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10 juin 2013 ~ 0 Commentaire

Conseil national de la Résistance : l’envers du décor

Conseil national de la Résistance : l’envers du décor dans A gauche du PS russie-urss-contre-financiers

Le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), dont c’est le 70e anniversaire, est régulièrement évoqué comme modèle à suivre, en opposition à la politique actuelle.
Il est vrai que « l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’État (…) ; le retour à la nation des grands moyens de pro- duction monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques » (…) et surtout l’instauration d’un « plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État » sont des mesures contradictoires avec la politique libérale actuelle. Et nous avons raison de répéter que s’il a été possible de mettre en place la Sécu dans un pays dévasté par la guerre, on peut faire bien plus aujourd’hui. Mais cela ne doit pas nous transformer en inconditionnels du CNR. Les capitalistes étaient inquiets de voir se répéter à la fin de la Seconde Guerre mondiale la vague révolutionnaire qui avait secoué l’Europe entre 1917 et 1923. En France, à part quelques personnages secondaires, tous les représentants de la droite ont soutenu les nazis ou le régime de Vichy. Les entreprises d’importance et tout l’appareil d’État ont « collaboré », seul un préfet, Jean Moulin, ayant refusé de servir. Même si tous ces gens ont commencé à jouer double jeu quand ils se sont aperçus que la défaite nazie appro-chait, cela ne suffisait pas aux résistants des milieux populaires qui aspiraient à se débarrasser des « collaborateurs » et à mettre en place une autre société. Ils avaient raison ! Et l’exemple (1) de la proposition du Comité des Forges (l’ancêtre du Medef), faite à un mouvement de résistance, de plusieurs dizaines de millions et 500 automitrailleuses, pour qu’il fournisse 20 000 hommes acceptant de participer à la lutte préventive contre le communisme, montrent qu’eux aussi se préparaient.
L’État remis sur pied
De Gaulle chercha donc à contrôler les résistants organisés par le PCF en constituant une structure d’unité nationale. Il fonde le CNR le 27 mai 1943. Il re- groupe les huit mouvements de résistance, les deux centrales syndicales (CGT et CFTC) et les six principaux partis de la IIIe République, le PCF, la SFIO (PS), les radicaux et trois petits partis de droite. Le programme, adopté le 15 mars 1944, validait le gouvernement de De Gaulle, préparait la réinstallation d’un État et reprenait les propositions socio-économiques des socialistes, soutenues par les milieux de droite chrétiens sociaux. Le PCF l’appliqua en accep- tant fin 1944 la dissolution des milices patriotiques, contre pouvoirs réels, au motif qu’il ne faut qu’un seul État, une seule police, une seule armée, et en combattant les grèves des mineurs : « Produire, c’est aujourd’hui la forme la plus élevée du devoir de classe »… Les réformes du CNR ne sont pas spécifiques à la France, contrairement à ce que notamment le PCF voudrait faire croire. Les mêmes nationalisations (de 20 à 25 % de l’économie) vont être faites en Grande-Bretagne, en Autriche, et des systèmes de sécurité sociale vont être instaurés à cette époque dans presque toute l’Europe. Alors oui, on peut mettre en cause la pertinence de ce modèle d’union nationale, qui a été un frein aux mobilisations qui auraient pu remettre en cause le pouvoir des capitalistes à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Patrick Le Moal
1. Grégoire Madjarian, Conflits, pouvoirs et société à la Libération, 1980, 10/18

Dimanche 9 juin 2013 Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 198 (06/06/13)

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10 juin 2013 ~ 0 Commentaire

L’extravagante leçon d’Histoire de Vincent Peillon à des enfants de dix ans (Rue 89)

L’extravagante leçon d’Histoire de Vincent Peillon à des enfants de dix ans (Rue 89) dans Educ'action etambour

La dernière réunion du Parlement des enfants – une sorte de mise en scène convenue qui voit les responsables politiques faire semblant de prendre les enfants au sérieux, pourvu que ces derniers récitent bien leur leçon – a donné l’occasion à Vincent Peillon, endossant ses habits préférés de Père La Morale, de développer devant son jeune auditoire, sans doute décontenancé, une conception qu’on lui sait chère de l’Histoire et de la République, malheureusement sans guère de rapport avec la réalité. Le ton avait été donné par le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, avec des accents à la Déroulède :

« Cette année, vos travaux vous ont permis d’approfondir le sens de la devise de notre République, “ liberté, égalité, fraternité ”. Héritée, comme les trois couleurs, bleu, blanc, rouge, de notre drapeau, de la révolution de 1789, cette devise, inscrite au fronton de chacune de vos mairies ou de vos ambassades, constitue l’identité profonde de notre démocratie. »

Qu’on se le dise : à l’école primaire, l’éducation civique – du moins dans sa version BOEN (Bulletin officiel de l’Education nationale) – c’est d’abord cela : se lever pendant la Marseillaise et honorer le drapeau. Le reste attendra.

Rousseau et Kant, des auteurs pour les 9-10 ans

Ce fut alors au tour de Peillon de se lancer dans une extravagante homélie à la gloire de la République – citée pas moins de onze fois en quelques minutes – et de la Révolution française (quatre mentions), agrémentant son exposé de références à Rousseau, Condorcet, Kant, des auteurs parfaitement appropriés à des enfants de neuf ou dix ans, mais aussi à Robespierre, à qui l’on doit, paraît-il, la devise républicaine « sainte devise de nos pères ». Les écoliers, sage- ment rassemblés dans l’hémicycle, auront donc appris que la liberté, l’égalité, la fraternité sont le legs de l’homme de la Terreur, de la loi des suspects, des massacres de masse et de la guillotine. Puisque c’est le Ministre qui le dit. Mais Peillon ne saurait s’arrêter à de si mesquins détails : en quelques minutes, il délivre sa version de l’Histoire, celle d’un régime républicain sans taches, immaculé, paré de toutes les vertus, un régime à qui l’on doit la liberté, l’instruction, la justice sociale, qui a fait sortir l’humanité des ténèbres, quelque chose de jamais égalé et d’ailleurs d’insurpassable.

Si les écoliers ne sont pas émus aux larmes…

Florilège :

  • « Ce qui a fait notre modernité, ce qui a fait la République depuis la Révolution française, c’est l’affirmation que l’humanité se définit précisément par cette qualité imprescriptible et qu’aucun pouvoir ne peut et ne doit atteindre : la liberté de chaque individu. Liberté de conscience, liberté de pensée, liberté d’expression, liberté de mouvement, liberté de contester tous les pouvoirs […] ;
  • Pour que la liberté soit celle de chacun, il faut veiller à ce qu’il n’y ait pas entre les hommes trop d’inégalités ; il faut veiller à ce que chaque homme et chaque femme puisse avoir accès à cette liberté. Cela suppose des conditions d’instruction auxquelles on a réfléchi dès la Révolution. Elle a donné à chacun ce droit à l’instruction […] ;
  • La République est donc allée plus loin, elle s’est dit qu’il fallait la liberté pour chacun et pour tous, l’égalité des droits pour tous et pour chacun, mais aussi la fraternité, la justice, la solidarité. Telle est la grandeur de notre République : avoir posé la question de la justice sociale et du droit à la subsistance, vouloir vaincre à la fois l’ignorance et l’indigence […] ;
  • L’idée même de la fraternité, la voici : c’est le père à la table avec ses enfants. L’enfant est plus faible que le père, mais si l’enfant a faim, alors à chacun selon ses besoins. Cette grande devise de justice a animé tout le développement de notre République au XIXe siècle. »

Si les écoliers à qui l’on s’adresse ainsi ne sont pas émus aux larmes, c’est à désespérer de l’éducation civique… ou de la République. A moins qu’ils ne se soient endormis.

L’Histoire qu’on racontait au XIXe siècle

Pour les besoins de la cause, Peillon réécrit l’Histoire. Ou plutôt, il recopie celle qu’on écrivait au XIXe siècle, avec ses petits mensonges et ses grandes omissions, celle qu’ont apprise des générations de Français et dont on pensait pourtant qu’elle n’avait plus sa place sur les bancs de l’école ou dans le débat public. Une Histoire qui oublie que la république est née dans un bain de sang – la Terreur pour la première, la Commune pour la troisième –, qu’elle fut plus souvent portée sur la coercition et la violence que sur la tolérance. Qu’elle s’est compromise sans remords avec la colonisation et l’esclavage, pudiquement qualifié de travail forcé. Qu’en 1940, sans beaucoup d’hésitations, elle a laissé les clefs de la maison à Vichy et à la collaboration. Qu’elle a légitimé la torture et les massacres de la décolonisation, les tribunaux d’exception. Que la raison d’Etat a couvert bien des crimes. Qu’elle s’est accom-modée, jusqu’en 1945, d’une démocratie sans les femmes et aujourd’hui sans les immigrés. Que, dans un pays miné par le chômage et les inégalités, la justice sociale est plus souvent l’objet de belles paroles que d’une pratique. Et qu’enfin, dans les écoles, les enfants en situation d’échec sont dans tous les cas issus de milieux défavorisés, ce qui ne semble guère émouvoir un Ministre manifestement peu désireux d’y remédier et dont la loi d’orientation, dont il n’est pourtant pas peu fier, se révèle au final comme un élément de communication, en réalité une coquille vide.

Une conception de l’éducation civique ringarde et rudimentaire

Au fil des mois, la politique de Peillon se dévoile réellement pour ce qu’elle est : à défaut de refonder le système éducatif, il se rabat toujours plus sur le champ des symboles, dans l’espoir de flatter un électorat complaisant en la matière. Après le drapeau au fronton des écoles, après les leçons de morale, voilà qu’il instrumentalise l’Histoire dans un sens qui laisse d’ailleurs bien mal augurer d’un renouvellement des programmes ; renouvellement, qu’au passage, on attend toujours. Comme tous ses prédécesseurs, il s’avère incapable de dissocier le légitime apprentissage de la vie collective du cadre national, qui n’en est que la déviance. Son intervention ampoulée et pontifiante devant le Parlement des enfants témoigne d’une conception de l’éducation civique ringarde et rudimentaire, où l’endoctrinement et la contemplation béate d’un passé qui n’a jamais existé seraient censés répondre aux défis du moment.

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10 juin 2013 ~ 0 Commentaire

« Affaire Rosenberg » : rencontre de débat et de mémoire, le samedi 15 juin (Ldh)

« Affaire Rosenberg » : rencontre de débat et de mémoire, le samedi 15 juin (Ldh) dans Histoire

Le 5 avril 1951, deux citoyens américains, Julius et Ethel Rosenberg, étaient condamnés à la peine capitale au terme d’un procès à charge et inéquitable. Malgré une très large protestation mondiale, ils ont été exécutés par électrocution le 19 juin 1953.

2013 : soixante ans après l’exécution de Julius et d’Ethel Rosenberg…

Aux Etats-Unis, la peine de mort reste toujours pratiquée ou au moins légale. Dans les couloirs de la mort, des hommes, au terme de procès uniquement à charge, sont condamnés à cette inacceptable négation des droits, tels Mumia Abu Jamal, Hank Skinner… Pourtant, l’espoir existe puisque tout récemment, un dix-septième Etat américain, le Maryland, a décidé d’un processus législatif qui aboutira à l’abolition sur son territoire. La Ligue des droits de l’Homme rappelle son attachement à ce que toute justice soit rendue dans des circonstances où les droits des personnes, leur présomption d’innocence, la présen-tation publique de preuves et leur étude contradictoire soient respectées, et son refus de tout secret dû à un supposé « intérêt supérieur ». Or, dans le cas de l’ « affaire » Rosenberg − euphémisme qui atténue les responsabilités politiques du gouvernement américain de l’époque −, Ethel et Julius Rosenberg ont subi les méfaits d’une justice aux ordres et d’une conception archaïque de la punition. La Ligue des droits de l’Homme rappelle son opposition totale à tout traitement inhumain, et singulièrement à la peine de mort. C’est l’un de ses enga- gements majeurs, car aucune cause, aucune politique, aucune situation internationale ne justifient le recours à l’exécution capitale. En avril dernier, conformément aux décisions prises avec l’ex-Association pour le réexamen de l’affaire Rosenberg, nous annoncions l’initiative d’une rencontre de débat et de mémoire pour que l’on se souvienne du soixantième anniversaire de l’exécution des Rosenberg, pour une justice équitable, pour l’abolition universelle de la peine de mort. La LDH est heureuse, aujourd’hui, de vous annoncer la tenue de cette rencontre et vous invite à venir échanger avec elle :

le samedi 15 juin 2013 à 14h au siège de la Ligue des droits de l’Homme138 rue Marcadet, 75018 Paris Métro Lamarck-Caulaincourt (ligne 12) ou Marcadet-Poissonniers (ligne 4)

Programme de la rencontre

14h  : Accueil.

14h15 : Ouverture de la rencontre : « La LDH et l’Affaire Rosenberg », par Pierre Tartakowsky, président de la LDH.

15h  : Discussion autour de la justice et de la peine de mort aux Etats-Unis, animée par William Goldberg, coresponsable du groupe de travail « Abolition universelle de la torture et de la peine de mort » de la LDH.

15h45 : Pièce de théâtre Clameurs publiques, par la compagnie Par les mots et merveilles.

16h45 : Présentation « L’Affaire Rosenberg : tentative d’analyse historique », par Gilles Manceron et Emmanuel Naquet, coresponsables du groupe de travail « Mémoire, histoire, archives » de la LDH.

17h45 : Clôture sur l’actualité d’un combat pour les droits et la justice, par Dominique Guibert, vice-président de la LDH.

http://www.ldh-france.org/Affaire-Rosenberg-rencontre-de.html

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04 juin 2013 ~ 0 Commentaire

Du Touvet (Isère) à Aix-en-Provence : non à de nouveaux éloges de l’OAS (Ldh)

Du Touvet (Isère) à Aix-en-Provence : non à de nouveaux éloges de l’OAS (Ldh) dans Antifascisme fdunnhfs

Au moment où s’ouvraient les négociations d’Evian pour mettre fin à la guerre d’Algérie, deux activistes, Albert Dovecar et Claude Piegts, membres des sinistres commandos delta de l’OAS, participaient à l’assassinat de Roger Gavoury, commissaire central d’Alger, dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1961. Condamnés à mort, Dovecar et Piegts ont été exécutés le 7 juin 1962. C’est précisément le 7 juin 2013 que le Collectif aixois des rapatriés – le CAR –, a choisi pour inaugurer à Aix-en-Provence un monument, de même nature que ceux de Nice, Toulon, Perpignan et Marignane, érigés à la gloire de tels assassins. La stèle sera installée dans la cour de la Maison du maréchal Alphonse Juin, propriété de la ville d’Aix, devenue véritable casemate de la « nostalgérie ». L’actuelle équipe municipale en a confié la gestion au CAR qu’elle subventionne abondamment. Coutumier des éloges de la colonisation et de l’OAS, le président du collectif, René Andrès, lance un appel pour l’inauguration d’un espace « appelé à devenir le haut lieu de la mémoire, et de la conservation, de la vérité du peuple Pied-Noir et Harkis ».

L’Association de défense des anciens détenus de l’Algérie française (ADIMAD) soutient cet appel. Ces irréductibles de l’Algérie française ont prévu de se retrouver, comme chaque année, début juin autour de la tombe de Claude Piegts au Touvet, dans l’Isère. L’hommage initialement prévu le 2 juin 2013, a soulevé de telles protestations qu’il vient d’être interdit par la préfecture de l’Isère. Ses initiateurs l’ont reporté au 9 juin, deux jours après la cérémonie d’Aix. La Ligue des droits de l’Homme dénonce avec force ces tentatives de réhabilitation des anciens tueurs de l’OAS, autant que les dérives idéologiques sur les aspects positifs de la colonisation et les nouvelles instrumentalisations du drame des Harkis et de leurs enfants. Il est indispensable que soient officiellement reconnus, simplement reconnus, les crimes et méfaits qui ont accompagné la colonisation et la guerre d’indépendance de l’Algérie. Indis-pensable pour bannir en France toutes les formes de racisme que ces dérives alimentent ; indispensable pour permettre le renforcement des liens d’estime et d’amitié entre les peuples algérien et français, l’établissement d’une coopération active et sincère entre la France et l’Algérie !

Paris, le 4 juin 2013 Communiqué LDH http://www.ldh-france.org/Du-Touvet-Isere-a-Aix-en-Provence.html

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30 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Syndicalistes et libertaires

Syndicalistes et libertaires

En 1976, un groupe de jeunes ouvriers est exclu de l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA) et fonde l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL). Adeptes du syndicalisme d’action directe, ils se trouvent rapidement engagés dans la résistance au recentrage de la CFDT . Alors que, durant les années 1980, le reflux des luttes sociales est fatal à une partie de l’extrême gauche, l’UTCL survit en liant son destin à cette gauche CFDT qui, fidèle à l’esprit de Mai 68, engendrera les syndicats SUD. Des grandes grèves de 1974 à l’irruption des coordinations de grévistes en 1986, raconter l’histoire de l’UTCL, c’est avoir en toile de fond une tranche d’histoire du mouvement ouvrier. Enquêtant sur l’UTCL, puisant dans des archives jusque-là inexplorées de la confédération CFDT, cette étude cherche à cerner le rôle qu’a joué ce courant révolutionnaire original, à la fois syndicaliste et libertaire.

Théo Rival, Syndicalistes et libertaires. Une histoire de l’UTCL (1974-1991),
éd. Alternative libertaire, 2013, 316 pages, 12 euros

http://boutique.alternativelibertaire.org/produit.php?ref=livre_utcl&id_rubrique=3#

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30 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Il y a 70 ans, le 27 mai 1943, la création du Conseil national de la résistance : l’allégeance du PCF à De Gaulle et à l’ordre bourgeois (LO)

Il y a 70 ans, le 27 mai 1943, la création du Conseil national de la résistance : l'allégeance du PCF à De Gaulle et à l'ordre bourgeois (LO) dans A gauche du PS partisanis

Surtout pas çà! (Partisans italiens)

Le 27 mai 1943, dans un Paris occupé par l’armée allemande, les délégués de tous les mouvements de résistance, ceux des partis politiques opposés au régime de Vichy ainsi que ceux des syndicats, se réunissaient sur l’initiative de Jean Moulin.

Il s’agissait, suivant le vœu de de Gaulle, dont Jean Moulin était le représentant en France occupée, de constituer un organisme officialisant le ralliement de l’ensemble des forces politiques au général réfugié à Londres. En particulier, cette réunion et la création du Conseil national de la résistance qui en découla, concrétisaient le ralliement du Parti communiste français à de Gaulle. Le PCF, seul parti réellement présent dans la population et particu- lièrement dans la classe ouvrière, organisateur de différents mouvements de résistance et formé de militants nombreux et dévoués, donnait ainsi à de Gaulle le crédit nécessaire auprès des Alliés d’abord, de la population française ensuite, pour pouvoir prétendre incarner le nouveau pouvoir politique au moment de l’écroulement prévisible du régime de Vichy. Mais pour faire quoi ?

La peur de mouvements révolutionnaires

Au mois de mai 1943, la défaite de l’Allemagne se dessinait et, pour les états-majors et les hommes politiques bourgeois, il s’agissait de préparer la transition. Le souvenir de la fin de la Première Guerre mondiale était encore bien présent. En 1917, après trois années de guerre, les mutineries au front, les grèves à l’arrière, la colère et la haine des fauteurs et profiteurs de guerre, avaient conduit à la révolution en Russie, puis en Allemagne et en Hongrie, et dans nombre d’autres pays à de puissants mouvements contestant le pouvoir de la bourgeoisie. Ce souvenir venait d’ailleurs d’être ravivé, en mars 1943, par les grèves ouvrières d’Italie. Il fallait empêcher que la fin de la guerre entraîne de nouveau de tels mouvements révolutionnaires. À la question générale du maintien de son ordre social, la bourgeoisie française ajoutait celle du maintien de son empire colonial, source d’une bonne partie de sa richesse. Passer du camp des vaincus, celui de l’Allemagne, au camp des vainqueurs, celui des États-Unis, et retrouver le statut de grande puissance pouvait s’avérer délicat. Il allait falloir pour cela que l’État, son administration, son armée, soient capables d’assurer l’ordre après le retrait de l’armée allemande et la fin du régime de Vichy. Il allait aussi falloir continuer la guerre, faire repartir l’économie, intervenir immédiatement le cas échéant dans les colonies. Pour tout cela, de Gaulle avait besoin en particulier de l’allégeance du PCF et de son engagement à ne pas mener, à la fin de la guerre, une politique révolutionnaire. Staline, à la tête de l’URSS, avait assuré aux Alliés que les Partis communistes sous sa coupe collaboreraient au rétablissement de l’ordre bourgeois. Ceux-ci avaient d’ailleurs déjà largement montré, dans les années trente, leur rupture totale avec une politique révolutionnaire.

Le programme bourgeois du CNR…

Évidemment, rien ne pouvait se faire sous le simple mot d’ordre du retour à l’ordre ancien, ne serait-ce que parce que la guerre et son cortège d’horreurs étaient justement sortis de celui-ci. Il fallait, particulièrement pour le PCF, un programme, un discours permettant de prétendre que rien ne serait plus jamais comme avant. Le CNR allait donc établir un programme, adopté officiellement le 15 mars 1944, ne proposant rien moins que « l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ». Cela devait se faire par la nationalisation des transports, de l’énergie, d’une partie des finances ; l’existence d’une presse libérée des pressions financières ; la création d’un système de Sécurité sociale et de retraite ; une extension des droits politiques des peuples coloniaux. Aux travailleurs qui avaient souffert du rationnement, on promettait une amélioration, non chiffrée et qui allait mettre des années à venir. Aux capitalistes, on annonçait « l’établissement d’un impôt progressif sur les bénéfices de guerre et plus généralement sur les gains réalisés au détriment du peuple et de la nation pendant la période d’occupation ».Pour une classe composée dans sa totalité et par nature de profiteurs de guerre ce n’était pas cher payé.

… et son application

Les nationalisations allaient être effectives après la fin de la guerre sous le gouvernement de de Gaulle auquel participèrent des ministres PCF. Mais, loin d’être une mesure « sociale », elles étaient une nécessité pour le redémarrage de l’économie capitaliste et eurent lieu dans tous les pays, en Europe comme au Japon. Les entreprises furent d’ailleurs payées rubis sur l’ongle à leurs propriétaires. Pour tous droits politiques, les peuples coloniaux eurent dès le 8 mai 1945 les massacres de Sétif, en Algérie, puis encore près de vingt ans de guerres coloniales. En France, les quelques mesures sociales, comme la mise en place de la Sécurité sociale, ne coûtèrent en fait pas grand-chose à la bourgeoisie et ne furent que le prix à payer pour donner l’illusion d’un progrès social et permettre au PCF de brandir cet alibi. Dans ces conditions, l’union sacrée de tous les partis derrière de Gaulle pour éviter des troubles révolutionnaires, assurer la continuité de l’État et conserver l’empire, put fonctionner.

Et, comme on peut le constater aujourd’hui aux coups qu’elles portent aux travailleurs, les « féodalités économiques et financières » dirigent toujours l’économie, et par là toute la société. Elles n’ont jamais été menacées, ni en 1945 ni après. Et elles doivent d’avoir coulé ces jours heureux, après avoir mis la planète à feu et à sang dans deux guerres mondiales, au fait que la classe ouvrière n’a pas contesté leur pouvoir politique. Par l’intermédiaire des Partis communistes et en particulier en France du PCF, le mouvement ouvrier a été domestiqué et mis au service de la bourgeoisie et de son État. Les prétendues « conquêtes de la Libération » ne furent que le maigre pourboire versé par la bourgeoisie aux appareils politiques et syndicaux encadrant les travailleurs, sous la forme de places dans ses institutions. C’est ce reniement de toutes les traditions révolutionnaires, cet asservissement volontaire des partis et syndicats ouvriers, qui ont été présentés pendant soixante-dix ans comme un titre de gloire par les dirigeants du PCF et d’une partie de la gauche. Ceux-ci continuent de célébrer le Conseil national de la résistance et son programme comme l’exemple même d’une politique sociale. Mais, s’il démontre quelque chose, c’est surtout leur belle constance dans la tromperie à l’égard des travailleurs.

Paul GALOIS

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2339&id=41

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29 mai 2013 ~ 0 Commentaire

 Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était 

 Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était  dans Féminisme tounga

Christophe Darmangeat vient de publier une Conversation sur la naissance des inégalités où, de questions en réponses, il nous fait avancer dans les pas de diverses sociétés humaines pour tenter de comprendre l’apparition des inégalités sociales.

Nous revenons ici sur son précédent ouvrage, Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était, Aux origines de l’oppression des femmes, réédité l’an dernier et qui traite d’une inégalité particulière, celle des sexes.(1) Il y a des questions qu’on ne se pose pas tous les matins en se levant mais presque et qui vous turlupinent, auxquelles les réponses qui vous sont proposées restent insatisfaisantes. C’est le cas de celle-ci, assez fondamentale : mais pourquoi est-ce que ce sont les femmes qui sont opprimées par les hommes et non l’inverse ? Quand et comment nous sommes-nous fait avoir ? Le livre de Chris- tophe Darmangeat n’apporte pas de réponse simple. Mais armé de solides outils marxistes, il offre une limpide synthèse de l’état des connaissances et des théories sur ce sujet (enfin) plus de 130 ans après Engels.

Matérialiste dialectique, l’auteur l’est, sans aucun doute. Du coup, on le suit avec confiance et plaisir dans sa critique d’Engels, Kollontaï ou Luxemburg… S’appuyant sur les travaux les plus récents, il réinterroge les œuvres classiques pour en souligner l’importance et les manques, se moque gentiment des conclusions parfois hâtives qui y sont tirées dans le contexte de l’époque. C’est drôle et cela incite à toujours bien garder son sens critique, même quand on lit Lénine ou Luxemburg. Les références sont nombreuses et ont été encore enrichies pour la 2e édition. Une partie du livre, placée en fin de volume, discute des différentes formes de famille et des systèmes de parenté (sujet qui constitue la matière des premiers chapitres de L’origine de la famille d’Engels). Mais c’est la première partie, consacrée à la question des rapports entre les sexes dans les sociétés pré-étatiques, qui constitue l’essentiel de l’ouvrage. La théorie généralement admise est que dans les sociétés primitives qui n’avaient pas accumulé de richesses, l’oppression des femmes aurait été inconnue et celles-ci auraient occupé des positions élevées. Le livre démontre que cette théorie est largement contredite par les recherches scientifiques menées depuis un siècle. Décortiquant différentes organisations sociales, l’auteur nous entraîne à la recherche d’un matriarcat introuvable…

Des interrogations persistantes

Alors même qu’on ne trouve pas de sociétés dans lesquelles les femmes auraient réellement eu le pouvoir, la question reste entière : quelle est l’origine de l’oppression des femmes ? Christophe Darmangeat nous propose des éléments de réponse, avec l’humilité de celui qui essaye de comprendre en s’appuyant avec rigueur sur les données scientifiques disponibles à notre époque. On le suit bien sur la nécessité de la division du travail pour en augmenter la pro- ductivité, sur les critères de cette division (jeunes/vieux, femmes/hommes…). De son propre aveu, les choses deviennent plus délicates lorsqu’il s’agit de mettre en évidence et d’expliquer la mise en place des mécanismes de domination. Prudent sur les causes de la division sexuelle du travail, une carac- téristique propre à l’espèce humaine, il s’étend en revanche longuement sur ses conséquences, en particulier celles du monopole détenu par les hommes tout à la fois sur la chasse au gros gibier et sur la guerre. Les femmes se retrouvent donc dépossédées à la fois des armes et de la vie sociale extérieure au clan. De là à les inférioriser puis à les surexploiter, il n’y a qu’un pas à franchir… Pas qui prendra de multiples formes selon les lieux et les époques, mais dont on ne peut que constater l’universalité aujourd’hui. L’auteur prend le temps d’argumenter ses propositions, de les étayer par des faits, mais ne cache pas les difficultés liées aux interprétations des découvertes archéologiques ou au manque de preuves irréfutables. Du même coup, le livre éclaire les raisons pour lesquelles l’idéal de l’égalité des sexes est une idée profondément moderne, qui ne pouvait émerger que sur la base des structures éco- nomiques marchandes généralisées par le capitalisme. Bref, un livre à lire absolument pour actualiser notre analyse marxiste de l’origine de l’oppression des femmes et continuer à nous poser des questions !

Note

1. Conversation sur la naissance des inégalités, éd. Agone, février 2013, 200 pages, 12 euros. Le blog de l’auteur présente des articles, notes de lecture, enregistrements de débats, une brochure à télécharger… De quoi prolonger la réflexion autour du marxisme, de l’anthropologie et de l’évolution sociale : http://cdarmangeat.blogspot.fr/

Mardi 28 mai 2013Publié dans : Revue Tout est à nous ! 43 (mai 2013)

Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était. Aux origines de l’oppression des femmes, éd. Smolny, mars 2012 pour la 2e édition, 480 pages, 20 euros

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27 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Vassili Grossman (1905-1964) (Inprecor)

Vassili Grossman (1905-1964) (Inprecor) dans Histoire vassili-grossman

Le nom de Vassili Grossman a été familier pour des millions d’hommes et de femmes qui faisaient face à la barbarie nazie de 1941 à 1945 en subissant l’appareil policier de Staline.

Ses articles, publiés dans Krasnaia Zvezda (l’Étoile rouge), journal officiel de l’armée, parlaient de cette société malgré les efforts de la censure. Cette société a fait face à l’une des plus grandes épreuves du XXe siècle, la guerre contre l’Allemagne nazie et a subi le poids de la bureaucratie stalinienne et la terreur au quotidien durant les années 1930. Le portrait de Grossman aide à comprendre cette réalité complexe.

Vassili Grossman est né le 12 décembre 1905 à Berditchev en Ukraine, ville emblématique du Yiddishland.

Trop jeune pour participer à la Révolution de 1917, il est membre de cette génération qui a grandi avec le régime issu d’Octobre et avec sa dégénérescence, personnifiée par la lutte de Staline contre Trotsky. En 1923, il entre à l’Université de Moscou pour étudier la chimie. En 1930, année de naissance de sa fille Ekatérina, il est nommé ingénieur dans une mine du Donbass, son épouse, Anna Pétrovna Matsourka (Galia), restant à Kiev. Il découvre le monde des mineurs à l’heure du premier plan quinquennal. De ces contacts se développera l’originalité de son sens de l’humain. Une erreur de diagnostic l’envoie dans un sanatorium de la région de Moscou en 1932. Il rédige alors son premier roman Gluck auf (Bonne chance) et une nouvelle dont l’action se situe à Berditchev. S’il écrit dans « le ton officiel », il ne sombre pas dans le « réalisme socialiste ». Dès ses débuts, un de ses thèmes de prédilection est celui des gens ordinaires à travers leur dignité, leur héroïsme, mais aussi leurs défauts et leurs faiblesses. Son second roman Stepan Koltchougin, est proposé pour le prix Staline, mais est finalement rayé de la liste par Staline lui -même. En 1933, sa cousine, Nadia Alamy, est arrêtée pour ses opinions, jugées « trots-kistes ».  Grossman est interrogé par l’OGPU pour avoir eu des contacts avec Victor Serge. En 1935, il épouse Olga Makaikovna Goubert, dont le précédent mari sera fusillé en 1937. Cette même année, il devient membre de l’Union des écrivains de l’URSS et, n’étant pas membre du PCUS, son internationalisme un peu naïf ne le rend pas encore suspect aux yeux du régime en cette période de purges et de procès. Mais, en 1938, Olga est arrêtée. Il parvient à la sauver ainsi que ses fils, sans se compromettre. A la veille de la guerre c’est un écrivain reconnu. Les événements qui conduisent à la guerre vont changer le cours de sa vie.

Le 22 juin 1941 débute le conflit entre l’Allemagne nazie et l’URSS, qui coûtera 27 millions de morts à l’Union soviétique.

Jugé inapte à servir dans l’armée, Grossman se porte volontaire pour le front en tant que correspondant de Krasnaia Zvezda. Ce journal est le périodique le plus lu. Outil de propagande, son contenu est suivi au quotidien par Staline. Grossman sera au front pendant près de mille jours, fera preuve d’un grand courage en particulier à Stalingrad, deviendra le confident et la plume de cette Armée rouge, où il terminera la guerre à Berlin avec le grade de lieutenant-colonel ! Il impose un style très particulier, où l’humain est au centre. Il rédige ses carnets de guerre qu’il tient de façon clandestine et qui auraient pu lui valoir un séjour au Goulag. Sans ses carnets de guerre impossible de comprendre son chef d’œuvre, Vie et destin. Les désastres de 1941 constitueront la matière d’un roman de guerre en 1942, Le peuple immortel.

De Stalingrad à Berlin il parlera de cette armée d’anonymes, ainsi que de ses généraux emblématiques. C’est dans l’Ukraine progressivement libérée que Grossman découvre l’ampleur des massacres commis contre les juifs. Ses pages sur l’occupation nazie de l’Ukraine, sur les camps de Majdanek et de Treblinka permettent à Grossman de parler de toutes les victimes des nazis en insistant sur l’extermination du peuple juif. Son récit L’enfer de Treblinka, le premier décrivant les camps nazis d’extermination, servit d’ailleurs de témoignage lors du procès de Nuremberg. « Le camp de Treblinka — écrivait-il — n’était pas un simple camp d’extermination, c’était un camp d’extermination à la chaîne. Tout comme un authentique combinat industriel, Treblinka n’a pas surgi d’un coup sous la forme que nous décrivons. Il a grandi petit à petit, s’est développé, a installé de nouveaux ateliers. (…) Treblinka disposait d’un espace industriel de mort de six cent trente-cinq mètres carrés. » Entre lui et les autorités soviétiques une faille s’ouvre et elle a un nom : l’anti-sémitisme de Staline. Grossman irrite le pouvoir en parlant des victimes juives, là où le pouvoir bureaucratique ne veut voir que des citoyens soviétiques. C’est la terrible histoire du Comité antifasciste juif, créé en 1942 — que Grossman rejoint en 1943, recruté par Ilya Ehrenbourg — dissous en 1948, dont plusieurs membres seront exécutés dans le cadre des persécutions antijuives en 1948 et dont le  Le Livre noir sur l’extermination scélérate des Juifs par les envahisseurs fascistes allemands dans les régions provisoirement occupées de l’URSS et dans les camps d’extermination en Pologne pendant la guerre de 1941-1945, ne sera publié dans sa version russe intégrale qu’en 1993 à Vilnius, en Lituanie indépendante.

En 1945, Grossman est encore bien en cours, ses articles sur la guerre sont publiés sous formes de volumes. Mais le temps de la terreur est revenu avec la victoire et la fin des illusions de changement entrevues à partir de 1942. En 1946, sa pièce, intitulée Si l’on en croit les pythagoriciens, publiée dans la revue l’Étendard, est passée au pilori, la répression contre les milieux intellectuels fait rage. C’est Jdanov qui mène le bal sans oublier Souslov. L’Union des écrivains est chargée de surveiller ses membres et de les dénoncer.  Les années 1946 à 1952 sont une nouvelle période de terreur. En mars 1952, le KGB ouvre une enquête sur Grossman et Ehrenbourg et seule la mort de Staline, en mars 1953, les sauve du Goulag, voire de la mort. Dans cette période difficile Grossman commence à élaborer son œuvre majeure, la première partie de Vie et destin, Pour une juste cause, qui est publiée, bien que censurée. Il sera défendu par l’un des héros de Stalingrad, Rodmitsev. La censure va conduire Grossman dans la deuxième partie des années 1950 à écrire Vie et destin; le roman à la force épique de Guerre et paix et de Docteur Jivago. Le pouvoir prend peur. Krouchtchev ordonne la saisie des manuscrits du roman, remis à Souslov, l’homme des purges et des déportations. Ce dernier déclara qu’il ne pourrait être publié avant 200 ans. Les ouvrages de Grossman sont retirés des librairies. Il meurt en août 1964 d’un cancer. Un seul exemplaire du manuscrit de Vie et destin a échappé aux perquisitions de la police politique, mais Grossman n’aura pas vu son roman publié de son vivant… Il sera pourtant reconnu comme l’un des plus grands romanciers du siècle dernier. Dresser ce portrait, c’est aussi rendre hommage à l’humanité et à la liberté face à la barbarie. C’est cette histoire que Vassili Grossman a racontée et qui ne pouvait que plonger dans l’embarras Staline et ses épigones. ■

* Michel Auslender, historien, est militant du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA, France) et de la IVe Internationale.

La naissance d’une nouvelle conscience de soi, vue par Vassili Grossman (extraits)

« Stalingrad, l’offensive de Stalingrad, ont contribué à créer une nouvelle conscience de soi dans l’armée et la population. Les Soviétiques, les Russes, avaient maintenant une autre vision d’eux-mêmes, une autre attitude à l’égard des autres nationalités. L’histoire de la Russie devenait l’histoire de la gloire russe au lieu d’être l’histoire des souffrances et des humiliations des ouvriers et paysans russes. Le national changeait de nature ; il n’appartenait plus au domaine de la forme mais au contenu, il était devenu un nouveau fondement de la compréhension du monde. (…) « Trois événements grandioses ont été à la base d’une nouvelle vision de la vie et des rapports humains : la collectivisation des campagnes, l’industrialisation, l’année 1937. « Ces événements, tout comme la révolution de 1917, ont provoqué des déplacements et des mouvements d’énormes masses de gens ; ces mouvements s’accompagnaient d’exterminations physiques supérieures en nombre à celles qui eurent lieu au moment de la liquidation de la noblesse, de la bourgeoisie industrielle et commerçante. (…) « Mais le nouvel ordre social qui avait triomphé au moment de la collectivisation, de l’industrialisation, du remplacement total des cadres de la nation, n’a pas voulu abandonner les anciennes formules et les représentations idéologiques, bien qu’elles eussent perdu, à ses yeux, tout contenu réel. Le nouvel ordre avait recours à l’ancienne phraséologie qui prenait sa source au début du XXe<:sup> siècle,au moment de la formation de l’aile bolchévique dans le parti social-démocrate. Mais ce nouvel ordre avait comme caractéristique fondamentale d’être étatico-national.

« La guerre accéléra le processus jusqu’alors souterrain, elle permit l’éclosion du sentiment national ; le mot “russe“ retrouva son sens. « Au départ, pendant la retraite, le mot “russe“ s’associait principalement à des phénomènes négatifs : le retard russe, le désordre russe, le fatalisme russe… Mais, une fois né, le sentiment national attendait le jour du triomphe militaire. « De la même manière, l’État prenait conscience de lui-même à l’intérieur de catégories nouvelles. (…) « La vie de l’Union soviétique relia l’éveil du sentiment national aux tâches que s’était fixées l’État après la guerre : la lutte pour la souveraineté nationale, l’affirmation du soviétique, du russe dans tous les domaines de la vie. « Toutes ces tâches n’apparurent pas brutalement pendant la guerre et l’après-guerre ; elles apparurent quand les événements qui se déroulaient à la campagne, la création d’une industrie lourde nationale et la venue de nouveaux cadres dirigeants marquèrent le triomphe d’un régime que Staline définit comme “le socialisme dans un seul pays“. « Les taches de naissance de la social-démocratie russe étaient effacées, supprimées. (…) « Ainsi la logique des événements a fait que, au moment où la guerre populaire atteignait son plus haut point pendant la défense de Stalingrad, cette guerre permit à Staline de proclamer ouvertement l’idéologie du nationalisme étatique. »

Vassili Grossman, Vie et destin, L’Âge de l’homme 1980, Le livre de Poche, pp. 896-899.

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Les œuvres de Vassili Grossman traduites en français

Vivre, Office français d’édition, Alger 1944.

 Stalingrad, Choses vues Septembre 1942 – Janvier 1943 (l’ouvrage rassemble les nouvelles et chroniques de guerre), Éditions France d’abord, Paris 1945

Le Peuple qui survit, La Centaine, Bruxelles 1946.

L’Amour (l’ouvrage rassemble les nouvelles et chroniques de guerre), Édition Arthaud, Paris 1947

 Le Peuple est immortel, Éditeurs français réunis, Paris1950.

 L’Enfer de Treblinka, Éditions Arthaud, Paris 1966.

 Vie et Destin, Éditions L’Âge d’Homme, Lausanne 1980.

Tout passe, Éditions L’Âge d’Homme, Lausanne 1984.

La Paix soit avec vous (récit du voyage en Arménie), Éditions L’Âge d’Homme, Lausanne 1989.

Années de guerre (l’ouvrage rassemble les nouvelles et chroniques de guerre), Éditions Autrement, Paris 1993.

Le Livre noir (écrit en collaboration avec Ilya Ehrenbourg), Acte Sud, 1995

 La Madone Sixtine, Éditions Interférences, Paris 2006.

Œuvres (rassemble les romans : Vie et Destin, Tout passe, les nouvelles Abel. Le six août, Tiergarten, La Madone Sixtine, Repos éternel, Maman, La Route, Le Phosphore, A Kislovodsk ; ainsi que les documents : Lettre à Krouchtchev, Entretien avec M. A. Souslov et Lettres à la mère), Éditions Robert Laffont, Paris 2006.

Carnets de guerre. De Moscou à Berlin. 1941-1945, Calmann-Lévy, Paris 2007.

Pour une cause juste, Éditions L’Âge d’Homme, Lausane 2008.

La Route (l’ouvrage rassemble les nouvelles), Lausane, Éditions L’Âge d’Homme, collection Archipel slave, Lausanne 2010.

Michel Auslender http://orta.dynalias.org/inprecor/article-inprecor?id=1462

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26 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Jospin, l’affirmation du social-libéralisme

Jospin, l’affirmation du social-libéralisme dans Histoire

Lionel Jospin a cru bon d’intervenir dans le débat sur le mariage pour tous et çà n’a pas loupé… hors-jeu!
En 1997, Lionel Jospin devient le Premier ministre d’un gouvernement de « gauche plurielle », avec le Mouvement des citoyens, les Verts et le PCF. Il prend quelques mesures qui visent à le situer dans la continuité de Mitterrand.
Le gouvernement Jospin met en place le PACS, les premiers textes sur la parité, allonge le droit à l’IVG à quatorze semaines, crée la Couverture maladie universelle, le congé paternité. Bien qu’insuffisante, l’instauration de l’Allocation pour la perte d’autonomie visant à renforcer la prise en charge des per- sonnes âgées en perte d’autonomie, est encore une amélioration. À l’inverse d’autres pays européens, il n’engage pas de processus de remise en cause des retraites, probablement en tenant compte de la grande mobilisation de 1995. Enfin sa « grande œuvre » est la loi des 35 heures sans perte de salaire, au- jourd’hui tant attaquée. Mais cette instauration se fait dans de telles conditions qu’elle n’a qu’un impact limité sur l’emploi (entre 20 et 400 000 emplois créés). Et surtout elle instaure une flexibilisation du temps de travail qui aggrave les conditions de travail de millions de salariéEs. Sur les questions économiques, la politique de ce gouvernement revendiquera clairement le choix du social-libéralisme. Henri Weber donne le ton : « Ce gouvernement n’affichera ni nostalgie volontariste à la mode de la gauche socialiste ni abandon aux sirènes trop libérales du blairisme. » Le risque de grand écart, que pourrait laisser supposer la phrase, n’existe pourtant pas. L’acceptation des critères européens de Maastricht et des décisions du sommet de Barcelone contre les retraites et les services publics confirment la profondeur de ces choix. C’est clairement la politique que la droite ne peut conduire elle-même que vont développer les ministres de gauche, chacun dans sa compétence.
Libéral et sécuritaire
Le ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement fait prendre à la gauche gouvernementale un réel tournant sécuritaire, en plaçant l’ordre sécuritaire au dessus des intérêts antagonistes de classe. Affirmant que « la sécurité n’est ni de droite ni de gauche », il stigmatise les parents « démissionnaires » et les « sauvageons », et remet en cause la justice des mineurs. Il appelle à la mobilisation de toutes les institutions et des éluEs contre l’« insécurité », devenue enjeu national, et les « zones de non-droit », c’est-à-dire les quartiers populaires… Une politique qui ne s’attaquera jamais aux causes profondes de la délinquance, ni surtout aux auteurs et circuits de la « grande » délinquance, une politique que la droite accentuera par la suite de plus en plus dangereusement.

Les Verts ne feront pas progresser les questions environnementales et écologiques dans cette période. Les ministres communistes appuient toutes les politiques de la période. Jean-Claude Gayssot, ministre PCF des Transports, lance la privatisation de secteurs entiers, en phase avec l’Union européenne alors dirigée par une majorité de gouvernements socialistes. Au mépris des résistances, il amorce les privatisations d’Air France, de l’Aérospatiale, de France Télécom, de La Poste, du fret SNCF, d’ASF, pendant que sont privatisés le Crédit lyonnais ou le groupe d’assurances GAN. Si on pouvait se plaindre du faible nombre de nationalisations de Mitterrand, on ne peut que constater que Jospin est lui le champion des privatisations ! La défaite électorale de Jospin en 2002 était inscrite dans ces reculs : il n’est pas présent au second tour de l’élection présidentielle, devancé par Le Pen.

http://npa2009.org/node/37354

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26 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Mitterrand, les espérances… et la rigueur

Mitterrand, les espérances… et la rigueur dans Histoire mitterrand.le_retour_de_la_momie

L’élection de François Mitterrand en mai 1981 se traduit par des évolutions très insuffisantes, mais réelles.
La peine de mort est abolie et les terres du Larzac sont rendues aux paysans ( Plogoff abandonné NdB). Des nationalisations sont opérées, mais en nombre trop faible (seulement cinq groupes industriels et une partie des banques) et les indemnisations pour les actionnaires énormes. Si la retraite à taux plein à 60 ans avec 37, 5 annuités est adoptée, la durée du travail est portée à 39 heures… avec flexibilité.  Mais l’interruption volontaire de grossesse (IVG) n’est pas étendue et toujours pas gratuite, le nucléaire n’est pas arrêté et la promesse du droit de vote des immigrés est abandonnée.
Dans les pas de la droite
Et surtout, dès 1982, arrive le tournant dit de la rigueur. Face à la récession économique, une politique d’austérité est mise en place, très semblable à celle qu’avait prévue la droite, systématisée par le plan Delors avec l’objectif de maintenir le déficit de l’État à 3 % du PIB pour 1983 et 1984. Le Parisien du 28 septembre 2012 écrit qu’un haut fonctionnaire a inventé ces fameux 3 % en une heure, un soir de juin 1981, car François Mitterrand avait exigé, pour faire barrage à ses ministres trop dépensiers, un chiffre rond et facile à retenir.
Cet alignement sur les politiques économiques libérales et monétaristes justifie l’abandon des conquêtes sociales, de l’objectif des 35 heures. Laurent Fabius prononce un éloge de la libre entreprise, débarrasse la « gauche » de ses vieux habits, de son attachement aux revendications, à la réalisation du changement. Les mesures visant à moderniser l’appareil industriel français par les restructurations indispensables aux capitalistes se multiplient. S’ajoutent à cela les interventions impérialistes au Tchad et au Liban, et la recherche d’un compromis avec la hiérarchie catholique sur l’école privée…
Après la défaite des socialistes aux législatives de 1986, la droite reprend les rênes pour deux années, mais le PS redevient majoritaire après la réélection de Mitterrand en 1988, pour prolonger la politique d’austérité introduite en 1983-84. Au plan international, c’est le suivisme de l’impérialisme américain, au moment de la première guerre du Golfe, en 1990-1991.

http://npa2009.org/node/37354

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