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28 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

27 juillet 1953, fin de la guerre de Corée (lcr.be)

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Il y a 60 ans, le Nord communiste envahissait son voisin du Sud afin, par la force, de réunifier la Corée divisée au lendemain de la seconde guerre mondiale (1).

Le 25 juin 1950, les troupes militaires nord-coréennes franchissent la frontière du 38e parallèle ­ ligne de démarcation entre la République de Corée (Sud) et la République démocratique et populaire de Corée (Nord). L’invasion décidée par le leader Kim Il-sung est un succès. Le 28 juin, la capitale du Sud, Séoul, est prise. Trois jours ? Syngman Rhee, dictateur en chef de la Corée du Sud, soutenue par les Etats-Unis, avait estimé le 21 octobre 1949 qu’il était « en mesure de prendre Pyongyang (capitale du Nord, ndlr) en trois jours ». La guerre en Corée prendra fin en juillet 1953, impliquant d’une part, les Etats-Unis à la tête d’un corps expéditionnaire international sous mandat de l’Onu, et d’autre part la Chine populaire. Cela constituera l’affrontement armé le plus important de l’après-Yalta. L’Urss se bornera, de son côté, à fournir du matériel militaire aux troupes chinoises et coréennes. Pourtant ce conflit demeure un avatar de l’affrontement des deux « grands ».

Le contexte L’invasion de la Corée du Sud ne relève pas d’une décision prise à la légère par les Nord-Coréens ; elle est tributaire de plusieurs facteurs et éléments d’analyse du contexte international. Le 1er octobre 1949, la République populaire de Chine est proclamée, les troupes de Tchang Kai-Shek sont refoulées dans l’île de Formose. La RPC est aux frontières de l’Indochine française et accroît la vigueur combattante du Viêt-Minh. Le 18 janvier 1950, la République démocratique du Viêt-Nam, sous la houlette de Hô Chi Minh, marque la première défaite de la France coloniale.

De 1948 à 1950, les forces communistes (en Birmanie et en Malaisie) dans tout l’Extrême-Orient se lancent dans une offensive générale contre les pouvoirs en place. Les puissances coloniales (France, Angleterre, Pays-Bas) et les Etats-Unis se considèrent menacés par « l’expansionnisme communiste ». Le 19 juin 1950, Foster Dulles déclare à Séoul que « la Corée du Sud est sur la ligne de front de la liberté, soutenue dans cette bataille par le peuple américain ». Cinq mois auparavant, le secrétaire d’Etat américain à la Défense, Dean Acheson, considérait à l’opposé que la Corée du Sud et Formose se trouvaient « en dehors du périmètre défensif des Etats-Unis dans le Pacifique ».

Le déroulement Si les déclarations contradictoires de la part des Américains ont certainement joué leur rôle dans la détermination nord-coréenne à envahir son voisin du Sud, le refus de la partition n’en reste pas moins la raison première. Certes, le 9 septembre 1948, Kim Il-sung est « élu » président de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), quelques semaines après que la République de Corée (Sud) a été proclamée sous l’autorité de Syngman Rhee, le 15 août 1948. Au Sud, l’autoritarisme du dictateur proaméricain provoque grèves et foyers de « guérillas communistes » qui contestent son pouvoir. Pour Kim Il-sung, c’est une situation qui concourt à légitimer auprès de la population du Sud l’invasion qui prendrait dès lors l’apparence d’une libération nationale. Les entretiens du leader nord-coréen avec Staline l’engagent à prendre l’initiative des hostilités. Du 25 juin au mois d’août 1950, l’offensive du Nord est victorieuse et repousse les forces terrestres américaines et sud-coréennes jusqu’à la ville portuaire de Pusan (au sud-est de la péninsule). Le 15 septembre, le général MacArthur, gouverneur militaire du Japon et commandant en chef du contingent onusien, débarque derrière les lignes ennemies et entame la reconquête du territoire. Le 28 septembre Séoul est reprise, et le 30 septembre les Nord-Coréens sont repoussés au-delà du 38e parallèle.

Docteur Folamour Le général américain, partisan d’une guerre totale contre « le communisme », poussera son avantage sur le terrain militaire jusqu’à la frontière entre la Chine et la Corée du Nord, sur les rives du fleuve Yalou. Le monde est au bord d’une 3e guerre mondiale. L’Assemblée générale des Nations unies, séduite par le point de vue américain, opte pour la réunification de la Corée dans l’orbite du « monde libre ». MacArthur, pour l’obtenir, envisagera la guerre contre la Chine et l’Urss s’il le faut. Des frappes nucléaires sur les sites industriels de la Mandchourie (nord-est de la Chine) sont même envisagées.

La Chine de Mao réagit et engage 700 000 hommes dans le conflit. MacArthur doit reculer jusque derrière le 38e parallèle, les forces sino-coréennes reprennent Séoul le 4 janvier 1951, puis sont de nouveau repoussées. En mars-avril 1951, le front se stabilise. Le général MacArthur est destitué et remplacé par le général Ridgway. Des négociations s’ouvrent mais ne débouchent pas sur de réelles avancées. L’élection à la présidence des Etats-Unis du général Eisenhower, partisan de la fin des hostilités en Corée, et la mort de Staline le 3 mars 1953 relancent celles-ci. Le 27 juillet 1953, un armistice est signé à Panmunjon, sur la ligne même de démarcation des deux Corée. La partition du territoire coréen est entérinée.

Bilan d’une guerre Le nombre des victimes varie selon diverses estimations. Celles des Nations unies tournent autour de 2 500 000 morts, d’autres parlent de 4 millions de victimes. Côté américain, on compte 34 000 morts, pour 200 000 Chinois. Reste que les pertes les plus lourdes sont du côté coréen, et plus encore parmi les Nord-Coréens (300 000 victimes). Quant aux « accusations fallacieuses » concernant l’utilisation de l’arme bactériologique par les Américains, elles se révèlent aujourd’hui étayées par plusieurs types de sources(2). Les Américains auraient, par voie aérienne, pulvérisé à la frontière sino-coréenne des germes de contamination et auraient diffusé des insectes contaminés provoquant différentes épidémies.

Les deux Corée sortent dévastées de ce conflit de trois ans. Néanmoins, la Corée du Nord, sous la férule de Kim Il-sung, pourra prétendre à une certaine réussite économique. En 1960, le PIB par habitant est 2 fois plus élevé qu’en Corée du Sud. Le 19 avril 1960, Syngman Rhee est poussé à la démission par les manifestations étudiantes. La république est rapidement renversée par des juntes militaires (en 1961 et en 1979) ; une certaine « libéralisation » intervient en 1987. En 1997, le dissident démocrate Kim Dae-jung est élu président de la République de Corée. Quant à Kim Il-sung, il meurt en 1994 après avoir inventé le « communisme dynastique », nommé comme successeur son fils Kim Jong-il et réalisé le rêve de « beaucoup de dictateurs malades (…): isoler physiquement et mentalement du reste de l’humanité son bout de territoire et la population soumise à sa toute-puissance »(3).

1. L’émission de Marc Ferro, « Histoire parallèle » du 24 juin à 19 heures, est consacrée au 25 juin 1950.

2. voir le Monde diplomatique, « Les armes biologiques de la guerre de Corée », juillet 1999.

3. voir Libération, éditorial de Gérard Dupuy du 19 avril.

http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?option=com_content&view=article&id=634:conflit-au-38e-parallele-1950-1953–la-guerre-de-coree&catid=99:Luttes%20sociales&Itemid=53

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19 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Révolution et contre-révolution en Espagne (Lcr.be)

Révolution et contre-révolution en Espagne (Lcr.be) dans Antifascisme 547398_10150758746726023_1766635136_n

Le 18 juillet, il y aura exactement soixante ans (77) que l’insurrection de la classe ouvrière espagnole aura fait échouer le putsch du général Franco.

Tout de suite après ce succès, les travailleurs passèrent à la contre-offensive. Trois années et un million de morts plus tard, cette puissante vague révolutionnaire fut définitivement écrasée sous le talon de fer d’une dictature qui allait durer quarante ans. Mais la défaite de la révolution était effective dès 1937. Ni cette défaite ni la déroute militaire de 1939 n’étaient une fatalité.

Jusqu’à présent, l’explication dominante de ces dramatiques événements niait complètement ou minimisait qu’il y ait eu un processus de révolution sociale en Espagne. Les historiens parlaient essentiellement de la guerre civile mettant aux prises le camp réactionnaire et nationaliste de Franco et le camp républicain démocratique. Toujours selon cette explication, Franco remporta la victoire grâce au soutien de Hitler et de Mussolini. De fait, l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie ne respectèrent à aucun moment le pacte de non-intervention dans le conflit, pacte auquel la France, la Grande-Bretagne se tinrent par contre scrupuleusement, abandonnant la République espagnole dans des rapports de forces militaires défavorables. Toujours selon cette version officielle de l’histoire, l’URSS de Staline fut la seule puissance à soutenir la camp républicain agressé par la fascisme. Quant à ceux qui, dans cette guerre, refusèrent de se soumettre aux institutions bourgeoises de la république, l’Histoire officielle les dépeint comme des « aventuriers romantiques », dont l’action aurait compromis la défense de la démocratie. Cet « ennemi dans son propre camp », la république se devait de l’éliminer sans pitié. Ainsi fut fait et ainsi fut écrite l’histoire.

 Et pourtant… Et pourtant le putsch de Franco n’était pas dirigé contre la République en soi. Par le putsch, le clergé, la noblesse, les grands propriétaires terriens et une partie de la bourgeoisie (dans beaucoup de cas ces dénominations différentes recouvraient les mêmes acteurs socio-économiques) voulaient établir une dictature parce qu’ils estimaient que la république ne serait pas capable de juguler la révolution montante dans le pays.

De la résistance à la révolution Le 18 juillet 1936, aussitôt que la nouvelle du putsch fut connue, les syndicats UGT (socialiste) et CNT (anarcho-syndicaliste) appelèrent à la grève générale. Les travailleurs/euses s’armèrent de leur mieux et aussi vite que possible pour tenir tête aux militaires. Pour cela, ils attaquèrent et pillèrent des arsenaux militaires, des casernes et des commissariats. L’improvisation fut grande, mais pas totale. En effet, syndicats et partis politiques ouvriers disposaient de structures d’autodéfense semi-clandestines, ce qui n’était pas exceptionnel en Europe à cette époque. Sentant venir le coup, ces organisations demandaient depuis des mois au gouvernement républicain d’armer les travailleurs. Mais il n’y a pas de directives venant d’en haut. Le pouvoir républicain, à ce moment crucial, tente de négocier un compromis avec les putschistes.

Les travailleurs, de leur côté, ne se contentent pas d’autodéfense. Emportés par leur élan, ils occupent les centres de communication, les centres vitaux des transports, les infrastructures d’approvisionnement… Milices et colonnes d’assaut formées en hâte par les organisations syndicales et politiques ouvrières supplantent complètement les institutions étatiques qui s’évanouissent, ou hurlent avec les loups fascistes.

C’est le moment historique où une république démocratique bourgeoise chancelante oscille entre les deux camps fondamentaux: la révolution ou la contre-révolution. Camillo Berneri, l’anarchiste italien qui sera « nettoyé » par les agents de Staline en mai 1937, exprime bien la situation : « Le seul dilemme est celui-ci : ou bien la victoire sur Franco grâce à la guerre révolutionnaire, ou bien la défaite ».

Le puissant mouvement social prend entre-temps le contrôle des entreprises et introduit l’autogestion. On exige des services publics. Dans les villages, des « juntas » (conseils) sont élus et la réforme agraire, réclamée en vain depuis de si longues années, est appliquée. Dans des régions telles que la Catalogne, l’Andalousie du Nord, l’Aragon, le Levant et la Nouvelle-Castille, les masses passent carrément à la collectivisation des terres. La révolution s’empare aussi de la justice, de la garde des frontières et fixe les prix des produits de première nécessité. La politique du logement est prise en mains par les conseils communaux. Les coopératives sortent de terre comme des champignons. Les contre-maîtres sont limogés et remplacés par des travailleurs élus. Dans certaines régions, le carnet syndical prend la place de la carte d’identité.

Les travailleurs pèsent sur le pouvoir politique. Les conquêtes sociales, culturelles, économiques sont à l’avenant : règlement du travail, lois sociales, école unique, maisons du peuple. C’est aussi à cette période que le premier mouvement autonome et de masse des femmes apparaît en liaison directe avec le mouvement ouvrier. Ils s’appelle « Mujeres Libres » (Femmes Libres), et est d’orientation anarchiste.

Dernière chance… Le putsch voulait empêcher une révolution. Il l’a fait éclater. La vieille taupe révolutionnaire creusait depuis le fin de la dictature et l’avènement de la république, en 1931. Avant le putsch de Franco, il y avait eu pas moins de 17 « pronuciamentos » militaires depuis le début du siècle. Et il y avait eu, aussi, des vagues successives de luttes sociales. Luttes du jeune et combatif prolétariat organisé surtout par les anarchistes selon le principe de l’action directe, dans les villes. Luttes des paysans sans terre et des ouvriers agricoles contre les pratiques féodales dans les campagnes. Avant 1936, le point culminant de cette agitation avait été 1934, avec les grèves générales, la formation de véritables fronts uniques ouvriers et l’insurrection des Asturies.

Mais il faut aussi rappeler le contexte international de l’époque pour situer correctement la révolution espagnole. Après la crise de 1929 (la grande dépression), avec son cortège de chômage de masse et de misères, toute une série de pays d’Europe (et de colonies) connaîtrons une vague de luttes sociales intenses. Ce sera le cas aussi en Belgique, avec les grèves générales de 1932 et de 1936.

Mais juste avant 1936, en janvier 1933, Hitler était arrivé au pouvoir en Allemagne. La politique de division criminelle de la social-démocratie et des communistes sous direction de Staline lui avait laissé le champ libre. La peur, la colère et le désarroi sont les sentiments dominants dans la classe ouvrière européenne. Ils s’exacerbent encore lorsque le chancelier autrichien Dolfuss, le 12 février, parvient à écraser le Schutzbund, les milices ouvrières de la social-démocratie, au terme de quatre jours de résistance héroïques de celles-ci. Six jours plus tôt, l’extrême droite française avait tenté un coup d’état auquel la classe ouvrière avait répondu par la grève générale.

On comprend donc l’énorme espoir qui s’empara de tous les militants de gauche dans le monde entier lorsqu’ils apprirent que le putsch franquiste avait été mis en échec sur la péninsule ibérique par une insurrection ouvrière. Pour toute la gauche internationale, ce succès magnifique représentait la dernière chance de barrer la route au fascisme sur l’ensemble du Vieux Continent. C’est ce qui explique l’engouement spontané et massif de jeunes révolutionnaires de tous les pays pour les Brigades Internationales, ainsi que l’énorme solidarité matérielle de la classe ouvrière de l’Europe entière avec ses frères et ses sœurs d’Espagne. Par Vincent Scheltiens le Vendredi, 04 Mai 2007

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19 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

19 juillet 1936, révolution espagnole, origines d’une défaite (Que faire?)

19 juillet 1936, révolution espagnole, origines d’une défaite (Que faire?) dans Antifascisme marina-ginesta Barcelone, 1936

Le 19 juillet 1936, les troupes militaires menées par le général Franco, soutenues par la droite réactionnaire et financièrement par les industriels, les grands propriétaires et l’Eglise, envahissaient l’Espagne.

Ce soulèvement militaire en provenance du Maroc a pour but de renverser le gouvernement ouvrier-républicain élu aux élections de février 36. Dans un contexte d’effervescence sociale profonde, la réaction espagnole ne peut tolérer l’existence d’un gouvernement de « front popu- laire » qui est un réel danger pour ses intérêts.

Les ouvriers se dressent contre les fascistes

Alors que le gouvernement, qui essaya piteusement la voie de la négociation, montrait un aveuglement qui ne dissimulait pas sa totale impuissance face à l’insurrection, dès le lendemain, le 20 juillet un formidable soulèvement ouvrier se dressait contre la junte fasciste. Sous l’impulsion de la CNT qui organisait alors plus d’un million de travailleurs, mais aussi de l’UGT et du POUM, les travailleurs s’organisent contre l’armée putschiste. Alors qu’il fait face à des rebelles structurés, fortement armés, le prolétariat espagnol fait preuve d’une conscience et d’une confiance incroyables et d’un profond enthousiasme révolutionnaire. Il encercle les casernes, les occupe, réquisitionne les armes restantes et les redistribue. Des détachements de gardes d’assaut et de civils rejoignent les travailleurs… Bien que complètement désorganisé et très mal équipé, en 15 jours il empêche la réussite du coup d’Etat dans les 2/3 de l’Espagne. A ce moment précis, dans les faits, il n’y a plus de gouver-nement ni en Catalogne (où le soulèvement a été le plus fort) ni à Valence (gouvernement central). Le pouvoir est aux mains des travailleurs qui ont seuls, par leur volonté, accompli la tâche de stopper la réaction fasciste. Le gouvernement est en sursis, il n’a plus d’autorité, plus d’armée : soit celle-ci obéit à la réaction, soit elle s’est fondue dans la masse prolétarienne entraînée dans l’élan révolutionnaire. « À partir du moment où c’est la majorité du peuple qui mate elle-même ses oppresseurs, il n’est plus besoin d’un pouvoir spécial de répression. » [1]. Par ce soulèvement allait naître un profond processus de transformation sociale, une révolution prolétarienne.

Le gouvernement trahit les travailleurs

Le prolétariat va prendre conscience de ses capacités d’auto-organisation et va commencer à réorganiser l’ensemble de la société selon ses propres intérêts. Dans la pratique, l’autorité gouvernementale est complètement désavouée. Sous l’impulsion de la CNT et du POUM (Parti ouvrier à unification marxiste), des milices se constituent et des colonnes s’organisent pour aller reconquérir les zones tombées sous le joug fasciste. La première et la plus célèbre, composée de 2 000 miliciens est la colonne Durutti qui partit de Barcelone, le 24 juillet pour l’Aragon et reconquit quelques 240 villages. Dans le même temps à Barcelone est créé le comité central des milices antifascistes qui devient un nouveau pouvoir, gérant le ravitaillement, l’administration judiciaire, la formation des unités de la milice, leur envoi au front, les questions économiques… Un large mouvement de collectivisation des terres, de l’industrie et des services se construit, principalement en Catalogne, en Aragon, dans la région de Valence, mais aussi en Andalousie et en Castille.

Malheureusement alors que tout est à portée de mains pour les travailleurs et que rien ne peut empêcher la prise de pouvoir totale par les masses laborieuses qui investissent profondément la société, le processus n’est pas mené à son terme. Les organisations syndicales sont des organisations de masses en Espagne (CNT – de loin majoritaire -, UGT – syndicat dirigé par les socialistes). La CNT a une formidable audience auprès du prolétariat espagnol et, d’après Trotsky, « […] c’est dans les rangs de cette organisation qu’est concentrée l’élite du prolétariat espagnol. » Principalement, c’est elle qui impulse le soulèvement et organise les travailleurs dans le processus de transformation sociale. C’est donc la doctrine anarchiste qui guide la révolution. Et fidèles à leurs principes de refus de la dictature du prolétariat et d’un gouvernement des travailleurs, les anarchistes de la CNT vont s’arrêter en chemin, stopper le processus d’émancipation. La première bévue et exemple signi-ficatif, fut le refus de s’emparer de la réserve d’or. Une telle initiative aurait mis un point final à l’existence du gouvernement. « On répétait l’erreur des révolutionnaires de la Commune de Paris qui respectèrent la propriété des banques. » [2].

Alors que, le 20 juillet les gouvernements n’existaient plus que de nom, alors qu’il n’y avait pas de double pouvoir au lendemain du soulè- vement, les dirigeants anarchistes n’eurent de cesse de donner aux gouvernements les possibilités de se renforcer, de rétablir une dualité fatale aux travailleurs. Car effrayé par les masses en mouvement et prompt à se défendre face à elles, le gouvernement central retira les fonds d’une Catalogne beaucoup trop révolutionnaire à son goût. Ceci eu pour effet, de fortement paralyser le principal centre industriel et militaire de l’Espagne. Et, pendant sept semaines, bien qu’il ne manquait pas d’or, le gouvernement central refusa d’acheter des armes pour équiper les travailleurs en lutte. Ce qui d’ailleurs est une leçon de choses sur la nature d’un gouvernement de front populaire.

Et ces mêmes dirigeants anarchistes de continuer : « la CNT et la FAI se décidèrent pour la collaboration et la démocratie, renonçant au totalitarisme révolutionnaire qui aurait conduit à l’étranglement de la révolution par la dictature anarchiste et confédérale. » Ainsi García Oliver (dirigeant de la CNT) justifie l’entrée de la CNT à la Généralité en septembre 36, puis au gouvernement central en novembre. Et encore une fois par cette démarche, ils participent à la contre-révolution qui permet petit à petit de réaffirmer l’autorité gouvernementale qui par nature n’avait comme seul dessein, la répression et la domination sur la classe ouvrière. Une chose est d’analyser les politiques et choix opérés par les organisations anarchistes, mais étudier les stratégies et orientations défendues par les marxistes révolutionnaires en est une bien plus probante. Car, en désaccord profond avec le fondement même des doctrines anarchistes (refusant d’abolir la propriété et d’instaurer le seul pouvoir des travailleurs) nous n’avons aucun doute sur le fait que les stratégies qui en découlent ne peuvent conduire qu’à l’échec de la révolution socialiste. par Antonin Béranger Lire la suite: http://quefaire.lautre.net/1936-La-revolution-espagnole

Je vous le dis franchement, je crains fort que l’historien de l’avenir ne doive accuser les révolutionnaires espagnols de n’avoir pas su profiter d’une situation révolutionnaire exceptionnelle. Léon Trotsky (lettre à Andrès Nin, 12 décembre 1930)

Notes

[2] Vernon Richard, Enseignement de la révolution espagnole

[3] Gorkin, La Batalla, le 20 avril 1937

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19 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Brest, quand les franquistes tentent de voler un sous-marin rouge (LT)

Brest, quand les franquistes tentent de voler un sous-marin rouge (LT) dans Antifascisme sumarinos

En 1937, Brest fut au centre d’une affaire d’ampleur internationale. Un commando de franquistes tenta d’y dérober un sous-marin républicain. L’historien Patrick Gourlay vient de ressortir de l’oubli cette incroyable odyssée.

« Les pirates de Franco » – c’est ainsi que les qualifia la presse de l’époque – furent à l’origine de fortes tensions entre gouvernements français et espagnol. Mais ce fait divers serait aujourd’hui resté enfoui sans la perspicacité de l’écrivain Patrick Gourlay, enseignant à Lanmeur, et spécialiste de l’histoire politique contemporaine en Bretagne. « Il y a un an et demi, j’ai été intrigué par quelques lignes dans un livre ancien sur l’histoire de Brest », raconte l’auteur, vite emballé par le sujet et ses multiples rebondissements, mis au jour au fil d’une patiente recherche d’un an et demi. « C’est un suspense digne d’Hitchcock », résume parfaitement Roger Faligot, dans la préface de cette enquête qui aurait d’ailleurs pu s’appeler « Brest, nid d’espions ». On y trouve, en effet, tous les ingrédients qui auraient pu séduire le réalisateur de « Cinquième colonne », « Correspondant 17 » ou « Les enchaînés ».

Une prostituée au coeur de l’affaire  Un sous-marin républicain, du nom de C-2, qui tente le fuir les franquistes et se retrouve quai Malbert à Brest, le 29 août 1937, après une avarie moteur. Un commando, monté sur ordres de Franco lui-même, et dirigé par l’un des chefs des services secrets, qui tente de s’en emparer pour le faire revenir en Espagne. À leurs côtés, des Français de l’extrême-droite, dont des membres de la sinistre « Cagoule ». Par l’intermédiaire d’une prostituée, officiant dans un célèbre cabaret brestois, le commandant du sous-marin retournera sa veste, s’arrangeant pour octroyer un maximum de permissions à son équipage, le jour prévu pour l’attaque. Un assaut qui se soldera par un échec total, les Franquistes ayant été infiltrés par des Républicains espagnols, aidés par des communistes et des anarchistes français. Il y eut des coups de feu, des morts, un rebondissement de dernière minute et l’opération se solda par un échec. Hitchcock aurait sans doute fait mourir son « méchant », pourquoi pas en le faisant chuter du haut du Monument américain du cours Dajot. Mais dans la vraie vie, ce chef de commando prit la fuite « caché dans le coffre de la voiture de l’ambassadeur d’Argentine », raconte Patrick Gourlay, avant de se faire pincer lors d’un bref retour en France « pour tenter de libérer son chauffeur ».

L’espion qui aimait le foot Au terme de deux jours de procès, en correctionnelle, en mars 1938, au tribunal de Brest, les principaux protagonistes ne seront condamnés que pour détention et port d’armes de guerre. Ils s’en tireront avec des peines couvrant leur détention provisoire, provoquant l’indignation du monde syndical. Le chef du commando fera reparler de lui quelques années plus tard, mais dans un tout autre domaine. En 1939, il devint président de la Fédération espagnole de football puis, dans les années 50, vice-président du Real Madrid.

« Nuit franquiste sur Brest », édité par Coop Breizh, est en vente au prix de 12,50 €.

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18 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Mort d’Henri Alleg, qui dénonça la torture pendant la guerre d’Algérie (Rue 89)

Mort d’Henri Alleg, qui dénonça la torture pendant la guerre d’Algérie (Rue 89) dans Anticolonialisme inculpez-massu-ej5bi-300x300

Henri Alleg, le journaliste communiste qui a joué un rôle-clé pour révéler aux Français l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie, est mort mercredi, à l’age de 92 ans.

Il était l’auteur du livre « La Question », sorti en 1958 aux éditions de Minuit, aussitôt interdit et republié en Suisse. En 2003, il racontait son arrestation et la torture dans un documentaire de Jean-Pierre Lledo « Un rêve algérien ». Son livre « La Question », qui reste aujourd’hui encore le document de référence sur la torture par les paras français pendant la guerre d’Algérie, a été adapté au cinéma en 1977 par Laurent Heynemann. Henri Alleg, né à Londres de parents juifs, s’était installé à Alger en 1939, et s’était engagé auprès du Parti communiste algérien. En 1951, il était directeur du quotidien Alger républicain, auquel collaborait également Albert Camus. Je me trouvais il y a quelques semaines à Alger, et un journaliste algérien m’avait montré la façade de l’ancien siège d’Alger républicain au centre de la capitale, regrettant que la mé- moire sélective algérienne d’aujourd’hui n’ait même pas honoré d’une plaque ce journal engagé en faveur des droits des Algériens…

Après le déclenchement de la lutte armée, le 1er novembre 1954, Henri Alleg est entré dans la clandestinité lorsque son journal est interdit par les autorités coloniales françaises, à une époque où le Parti communiste français était loin d’être aussi clair dans son positionnement. Henri Alleg fut arrêté le 12 juin 1957 chez son ami Maurice Audin, un mathématicien alors âgé de 25 ans, qui, lui-même capturé la veille, mourra sous la torture. François Hollande a rendu hommage à Maurice Audin lors de sa visite officielle en Algérie l’an dernier. Le journaliste fut torturé à plusieurs reprises au cours de sa détention, et ce sont ces séances de « gégène » qui constituent le point de départ du livre « La Question ».

Un « traître »

Pour l’establishment français de l’époque, Henri Alleg était un « traître ». Il fut jugé pour « atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat » et « recon- stitution de ligue dissoute », et condamné à dix ans de prison. Il parvint à s’échapper, et rejoignit la Tchécoslovaquie alors communiste. Il ne put revenir en France qu’après l’amnistie des Accords d’Evian qui accordèrent l’indépendance à l’Algérie en 1962. Henri Alleg a incontes- tablement joué un grand rôle dans la prise de conscience, lente et progressive, de l’opinion française face aux crimes commis en son nom en Algérie. Il restera communiste jusqu’au bout, et même orthodoxe puisqu’il défendit l’ex-dirigeant de la RDA Erich Honecker, et reprocha à la direction du PCF sa « dérive social-démocrate ». Pierre Haski | Cofondateur

http://www.rue89.com/2013/07/18/mort-dhenri-alleg-denoncat-torture-pendant-guerre-dalgerie-244351

Henri Alleg, le combat et le courage contre les crimes de l’État français (NPA)

Henri Alleg est mort. Journaliste, militant, communiste, il était et restera le symbole du courage et de la force intellectuelle face à la barbarie de la guerre coloniale, le déchaînement de violence visant à briser le soulèvement de tout un peuple pour perpétrer une oppression et une exploitation coloniales insupportables. Directeur du Journal L’Alger républicain, il est arrêté et torturé en 1957 lors de la sinistre « bataille d’Alger » dirigée par le tortionnaire Massu. Il fera le récit des tortures qu’il a subies dans son livre, « La Question », saisi au lendemain de sa parution. Il était l’ami de Maurice Audin, professeur à l’université d’Alger, lui aussi militant communiste, torturé et assassiné par les sbires de Massu.

Le NPA salue la mémoire de celui qui restera le symbole même de la lutte anticoloniale et anti-impérialiste, du courage, de la force de caractère, de la ténacité dans la lutte pour en finir avec l’oppression et l’exploitation.

Montreuil, le 18 juillet 2013

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15 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Haïti: un carnaval pour commémorer un désastre, c’est dur de croire à une coïncidence (Essf)

Haïti: un carnaval pour commémorer un désastre, c’est dur de croire à une coïncidence (Essf) dans Antiimpérialisme manif-haiti

Haiti, manif anti-américaine

Le 28 juillet 1915, les marines américains débarquèrent en Haïti.

Ils quittèrent le territoire haïtien dix-neuf ans plus tard. Toute occupation amène humiliations et violations. Celle d’Haïti par les Etats-Unis d’Amérique eut des conséquences néfastes qu’il est difficile d’oublier : répression sanglante de la résistance ; assassinat de milliers de partisans haïtiens ; le traitement inhumain et sauvage pratiqué par les marines au camp de Chabert ; le massacre de Marchaterre ; les corvées ; la dépor-tation de populations désarmées ; les expropriations en masse des paysans, sans parler du renforcement des écarts sociaux et de l’exacerbation des préjugés de couleur et de classe.

Michel-Rolph Trouillot le dit dans Les Racines historiques de l’Etat duvaliérien : « S’il fallait trouver un désastre naturel pour peindre les effets de l’occupation américaine sur Haïti, il faudrait évoquer un tremblement de terre, un séisme sous-terrain qui aurait sapé les faibles fondations d’une maison déjà branlante exposée aux coups de l’ouragan dont il préparait la route. Je ne parle pas ici des intentions : elles n’étaient pas nobles, sans doute. Pourtant, l’impact de l’occupation ne doit point être apprécié en fonction de ses intentions, mais en fonction de ses effets sur la structure qu’on a décrite plus haut. Lue dans cette perspective, l’occupation prend les proportions d’un désastre. » [1]

Comme lorsqu’on qualifiait jadis Jean-Claude Duvalier d’ignorant ou d’innocent pour limiter sa responsabilité dans les actes commis sous son régime, certains se réfèrent au manque d’intérêt du président actuel pour les questions historiques pour expliquer sa décision de faire débuter des festivités carnavalesques le jour anniversaire du débarquement des marines américains sur le territoire national. Bien entendu, l’orga-nisation d’un deuxième carnaval dans une situation de marasme économique, de banditisme accru, de détresse sociale est déjà en soi un acte irresponsable et un affront à la misère de la population. De choisir, en outre, la date du 28 juillet symbolise le mépris du gouvernement pour un acte qui a marqué la société haïtienne et qui devrait être source d’enseignement, de réflexion pour les générations futures. Ce mépris s’est déjà traduit par l’absence des plus hautes autorités de l’Etat à des manifestations historiques importantes ; qu’il s’agisse du 17 octobre, du 18 novembre, le gouvernement actuel semble constant dans sa volonté de banaliser ces dates.

Il faut en effet parler de gouvernement, car c’est trop commode de singulariser ces actions autour d’un homme, – ce serait aussi renforcer des tendances déjà assez inquiétantes à la mégalomanie ! – le gouvernement consiste aussi en un ministre de l’Education nationale et en un minis- tre de la Culture dont les mandats exigent qu’ils tiennent compte du patrimoine culturel et historique de la nation en vue de sa valorisation et de sa transmission aux générations futures.

Le pouvoir exécutif, indifférent et insouciant dans sa bulle rose, ignorera peut-être cette note de protestation. Pourvu que les citoyens et les citoyennes de ce pays ne tombent pas dans le piège de l’occultation de l’histoire qui semble être lancé pour renforcer notre dépendance, nous amener à un état où l’occupation paraît de plus en plus « normale et acceptable » !

Le 7 avril 1803, Toussaint Louverture mourut au fort de Joux, dans le froid du Jura. Le 17 octobre 1806, Jean-Jacques Dessa-lines, le fondateur de l’État haïtien, fut assassiné au Pont-Rouge. Le 31 octobre 1919, les envahisseurs américains tuèrent Charlemagne Péralte et l’enterrèrent, enveloppé dans un drapeau haïtien. Son cadavre fut préalablement exposé pour instiller la peur et inciter à la passivité la po- pulation. Le 20 mai 1920, Benoît Batraville fut à son tour abattu par les marines américains. Veillons à ce que ces dates ne passent dans notre vécu de peuple comme des incidents insignifiants. Veillons à ce que cette campagne d’occultation de notre histoire ne nous transforme pas en un peuple qui célèbre ses indignités et oublie ses gestes de fierté, dans un constant carnaval de la honte. TROUILLOT DELMAS Évelyne 6 juillet

Notes

[1] Les Racines historiques de l’État duvaliérien, Éditions Deschamps, Port-au-Prince, Haïti, 1986.

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14 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

« Nous aussi des citoyennes », les femmes dans la Révolution française de 1789 (Rouge)

« La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits », jette Olympe de Gouges à la face des citoyens.

Paradoxe majeur d’une Révolution française fondée sur l’universalité du droit naturel: la moitié de la société reste exclue des droits politiques et du suffrage dit universel.  Les femmes jouèrent un rôle important, et même souvent un rôle moteur, dans le processus révolutionnaire. Rappelons ainsi la marche de milliers de femmes sur Versailles, les 5 et 6 octobre 1789, qui ramena le roi à Paris et l’obligea à ratifier les décrets du 4 août. Remémorons-nous l’engagement actif des « tricoteuses » parisiennes aux côtés des Montagnards dans le conflit qui les opposa, en 1793, aux Girondins. Ou évoquons encore les manifestations de femmes qui, en avril et mai 1795, marquèrent le déclenchement des grandes insurrections de l’an III. Contrairement à une vision répandue, la revendication du pain ne fut jamais l’unique étendard des foules féminines.

Présentes à chaque étape On retrouve la présence des femmes à chacune des étapes qui marquèrent la radicalisation de la Révolution : dans le rassemblement du Champ-de-Mars, le 17 juillet 1791 ; parmi les initiateurs de la pétition pour l’abolition de la royauté ; au sein du mouvement des sans-culottes parisiens, en 1793, et souvent sur les positions politiques les plus avancées. Ce sont elles encore qui peuplèrent les tribunes des grands clubs Jacobins et Cordeliers et de l’Assemblée nationale, d’où elles n’hésitèrent pas à interrompre les orateurs pour manifester leur approbation ou leurs désaccords. Leur exclusion des droits politiques ne suscita pas la naissance d’un mouvement féministe tel qu’en connut le XXe siècle. Mais la tonalité féministe de nombre de déclarations et d’écrits de ces femmes semble indéniable. Leur action mit souvent en cause concrètement le statut traditionnel que la société, même révolutionnaire, leur réservait alors.

 Cette dimension féministe, on en trouve des traces dès les débuts de la Révolution, dans cette floraison de brochures, motions et pétitions à laquelle donne lieu la préparation des états généraux. Quelques femmes, de milieu aisé, prennent elles aussi la plume pour dénoncer la situation de mineures à vie qui est le lot de la moitié de la société. « La devise des femmes est travailler, obéir et se taire, écrit ainsi M.B. dans son « Cahier de doléances et réclamations des femmes », en 1789. « Voilà certes un système digne de ces siècles d’ignorance, où les plus forts ont fait les lois et soumis les plus faibles. » Les principales revendications alors mises en avant portent sur les droits civils (la fin du privilège de masculinité en matière d’héritage, le divorce) et sur l’instruction. « Ne nous élevez plus comme si nous étions destinées à faire les plaisirs du sérail », proteste encore M.B. Mais cette période reste avant tout marquée par deux grands textes de portée plus théorique: celui d’un homme, Condorcet (« Sur l’admission des femmes au droit de cité », paru dans la presse en juillet 1790), et la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne », d’Olympe de Gouges, en septembre 1791. Tous deux se placent d’emblée sur le terrain de l’égalité. Pour Condorcet, « ou aucun individu de l’espèce humaine n’a de véritables droits, ou tous ont les mêmes »; si les femmes restent exclues des droits politiques, c’est une violation des principes de 1789, un « acte de tyrannie ».

L’égalité ou la tyrannie De son côté, l’article premier de la Déclaration d’Olympe de Gouges proclame : « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. » Ce qui inclut les droits politiques (article VI) : « La loi doit être l’expression de la volonté générale; toutes les citoyennes et tous les citoyens doivent concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous. » Anticipation véritablement révolutionnaire, la Constitution du 3 septembre 1791, adoptée au même moment, instaure le suffrage censitaire masculin… Beaucoup plus modérée sur le plan politique, Olympe de Gouges dénonce à plusieurs reprises la politique des Montagnards : elle meurt sur l’échafaud le 3 novembre 1793. Mais le commentaire publié quelques jours plus tard dans le Moniteur montre bien quel est son principal crime: « Elle voulut être homme d’Etat. Il semble que la loi ait puni cette conspiratrice d’avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe. »

 D’autres voix s’élèvent également pour dénoncer l’exclusion des femmes des droits naturels. Celle de M. Jodin, qui écrit en 1790, dans ses Vues législatives pour les femmes : « Et nous aussi nous sommes citoyennes. » Ou encore, la même année, celle d’Etta Palm, avec son Discours sur l’injustice des lois en faveur des hommes, au dépend des femmes. Un changement va toutefois se produire à partir de 1792: les femmes ne vont pas rester en dehors du mouvement qui pousse le peuple à intervenir de plus en plus directement dans le cours d’une histoire en train de s’accélérer (menaces de guerre aux frontières, menées contre-révolutionnaires des « ennemis de l’intérieur », difficultés économiques croissantes, etc.). Et, ainsi, aux prises de position individuelles des premières années succèdent des formes d’action plus collectives et portées par des femmes d’origine plus populaire, qui vont inscrire dans les faits cette aspiration égalitaire.

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De la réthorique à la pratique Cette évolution est manifeste, par exemple, dans l’histoire des clubs de femmes, qui font leur apparition dès 1790-1791 dans plusieurs villes de province (une trentaine sont actuellement connus). Constitués au début essentiellement de bourgeoises, épouses ou filles de membres des clubs masculins, et principalement tournés vers des activités philanthropiques d’éducation et d’assistance publiques, activités traditionnelles qui traduisent toutefois la volonté de leurs adhérentes de contribuer directement au « service de la patrie », la plupart de ces clubs se radicalisent rapidement sous la pression des événements. Ils participent activement à la vie politique de leur ville, en même temps que leur recrutement se démocratise (parallèlement, de nombreuses femmes, et parfois les mêmes, entrent dans les sociétés populaires qui acceptent plus facilement leur participation).

La question de l’armement des femmes est une des revendications les plus souvent mises en avant. Au-delà de la volonté patriotique, il s’agit, pour celles qui avancent cette revendication, de s’affirmer comme citoyennes à part entière. « La société ne peut nous ôter ce droit que la nature nous donne, à moins que l’on ne prétende que la Déclaration des droits n ‘a point d’application pour les femmes »: de cette façon s’expriment trois cent dix-neuf Parisiennes en mars 1792 dans une pétition à l’Assemblée nationale. Quelques jours plus tard, Théroigne de Méricourt, devant la Société fraternelle des minimes, appelle les femmes à s’organiser en corps armé: « Il est temps enfin que les femmes sortent de leur honteuse nullité où l’ignorance, l’orgueil et l’injustice des hommes les tiennent asservies depuis si longtemps. » Comme on peut s’en douter, toutes ces demandes sont refusées: « Gardons-nous d’intervertir l’ordre de la nature », réplique un député aux signataires de la pétition…

Dans la rue et les clubs La volonté des femmes de participer pleinement à la vie politique et de peser directement sur la marche des événements se manifeste aussi par de nombreuses pétitions ou adresses portant sur des thèmes généraux, non spécifiques. Celles de Nantes demandent, par exemple, l’arrestation des nobles; à Besançon, elles réclament l’arrestation de la reine; d’autres dénoncent le clergé réfractaire ou exigent « la punition de tous les conspirateurs ». Le même souci anime celles qui, le 10 mai 1793, fondent à Paris le Club des citoyennes républicaines révolutionnaires. Estimant qu’elles ne pouvaient s’exprimer pleinement au sein des clubs et sociétés populaires, elles décident de se regrouper à part afin, expliquent-elles, de « délibérer sur les moyens de déjouer les projets des ennemis de la République ».

Elles vont ainsi se mobiliser pleinement, en mai-juin 1793, contre les Girondins, demandant leur mise en accusation et l’épuration des administrations. Elles participent directement à l’insurrection des 31 mai et 2 juin, qui pousse la Convention à décréter l’arrestation de vingt-neuf députés girondins. Durant toute cette période, leur club constitue l’une des principales forces du mouvement révolutionnaire, à l’origine directe de nombreuses initiatives. L’écrasante majorité des députés n’en continue pas moins à ne pas se poser le problème des droits politiques des femmes (à de rares exceptions près comme Guyomar ou Romme). La Constitution adoptée le 24 juin 1793 ne leur accorde toujours pas le droit de vote. Ce qui n’empêche pas un grand nombre de femmes, lors du référendum de ratification de la Constitution, de venir voter et prêter serment, elles aussi, manifestant dans les faits, une nouvelle fois, leur refus d’être exclues de la nation. Elles se regroupent donc, dans plusieurs villes, pour voter l’acceptation de la Constitution et rédiger des déclarations à l’adresse de la Convention: « Les citoyennes ont aussi le droit de ratifier un acte auquel elles ont si efficacement concouru. Les droits de l’homme sont aussi les nôtres », affirment les républicaines de Beaumont. Tandis que les citoyennes de la section du faubourg Montmartre regrettent que « la loi les prive du droit précieux de voter ».

Un sentiment d’injustice Ces femmes ont le sentiment légitime d’avoir contribué à la victoire du mouvement révolutionnaire et de représenter une force importante. Ce sentiment de leur force rend l’injustice d’autant plus flagrante. Cela éveille des interrogations, suscite des remises en cause… Cette prise de conscience, si elle reste encore minoritaire, n’est plus limitée, comme au début, à quelques individus isolés. Il ne s’agit pas d’un mouvement organisé, mais d’un débat diffus qui traverse la plupart des clubs et nombre de sociétés populaires. Début juillet 1793, des citoyennes de la section des Droits de l’homme affirment par exemple qu’elles ne veulent plus être considérées comme des « êtres passifs et isolés », relégués dans la « sphère étroite de leur ménage ». Durant tout l’été et l’automne 1793, les militantes des clubs vont continuer à intervenir directement dans le champ politique. Mais ceux qui viennent de s’assurer le pouvoir grâce à l’appui du mouvement populaire cherchent maintenant à endiguer celui-ci…

Sous l’impulsion de ses dirigeantes, Claire Lacombe et Pauline Léon, le Club des citoyennes républicaines révolutionnaires se rapproche des positions des Enragés. Dans une pétition, le 26 août, ce club dénonce « les prévarications sans nombre qui ont lieu dans les ministères », l’ »anarchie et le règne des Intrigants », les « scélérats qui sont à la tête de nos armées ». Les signataires demandent aux députés de destituer tous les nobles et les administrateurs coupables et de créer des tribunaux révolutionnaires. Un peu plus tard, le Club se prononce pour le contrôle et la responsabilité des agents de l’Etat, et pour un exécutif placé sous le contrôle direct du peuple organisé dans les sections. Cette conception de la démocratie directe va susciter l’hostilité croissante du gouvernement et des grands clubs masculins.

Auto préservation masculine A partir de septembre 1793. des députés dénoncent devant la Convention ces « prétendues révolutionnaires ». Elles sont désormais considérées comme suspectes, et à double titre: du fait de leurs positions politiques avancées, et parce qu’elles remettent directement en cause la suprématie masculine. La citoyenne Dubreuil l’a bien compris: « Les hommes s’aperçoivent qu’à mesure que les femmes s’éclaireront leur despotisme marital disparaîtra, comme celui du ci-devant roi. » La Convention va se saisir du premier prétexte venu – une rixe entre des membres du Club et des marchandes des Halles au sujet du port du bonnet rouge, pour déclencher l’offensive. Le député Fabre d’Eglantine se fait l’écho des angoisses et des fantasmes masculins devant ces « filles émancipées », ces « grenadiers femelles » qui, prédit-il, après avoir obtenu, peu de temps auparavant, l’extension aux femmes de l’obligation de porter la cocarde, ne vont pas tarder à « demander la ceinture, puis les deux pistolets à la ceinture ». Le lendemain, le 30 octobre, après avoir rappelé dans un long discours que « les fonctions privées auxquelles sont destinées les femmes par la nature même tiennent à l’ordre général de la société », Amar, le rapporteur du Comité de sûreté générale, conclut: « Il n’est pas possible que les femmes exercent des droits politiques. » En conséquence, la Convention décrète l’interdiction des clubs et sociétés populaires de femmes, « sous quelque dénomination que ce soit ». Un seul député proteste.

Le coup du 9 brumaire C’est ainsi que le problème des droits politiques des femmes est, pour la première fois, débattu à l’Assemblée nationale… et rapidement tranché! De ce 9 brumaire an 1 (30 octobre 1793) date la première grande mesure contre-révolutionnaire de la Convention. Ce décret renvoie officiellement les femmes au domaine du privé – que selon beaucoup de gens, elles n’auraient jamais dû quitter. Reste que, à travers les Citoyennes révolutionnaires, cette mesure vise aussi tous les courants politiques radicaux. Le deuxième article du décret (toutes les séances des sociétés populaires doivent dès ce moment être publiques) annonce déjà l’offensive suivante, contre les sociétés sectionnaires. Celles qui se veulent des « femmes libres » trouvent bien peu de défenseurs, même parmi les révolutionnaires politiquement les plus avancés. Le rapport Amar exorcise sans doute des peurs masculines largement partagées! Le décret du 9 brumaire ne met pas un terme à l’intervention politique des femmes, qui continuent à jouer un rôle de premier plan dans toutes les manifestations de mécontentement général, jusqu’à l’insurrection du 1er prairial an III (20 mai 1795). L’échec de ce dernier signe la fin du mouvement féminin de masse : les décrets des 1er et 4 prairial interdisent aux femmes d’assister aux assemblées politiques et de s’attrouper dans la rue à plus de cinq. En revanche, le 9 brumaire met bien fin à ce mouvement d’idées qui s’est développé depuis le début de la Révolution, pour lequel l’avènement d’une société réellement nouvelle devait signifier aussi l’avènement d’une femme nouvelle, une femme libre. Après le rapport Amar, personne n’élèvera la voix pour défendre les droits des femmes.

Paru dans un supplément à « Rouge », juillet 1989, Par Anne Marie Granger le Dimanche, 02 Septembre 2007

http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?view=article&id=796:qnous-aussi-des-citoyennesq-les-femmes-dans-la-revolution-francaise-de-1789&option=com_content&Itemid=53

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14 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

1789, une révolution inachevée? (1)

1789, une révolution inachevée? (1) dans Histoire cropped-cropped-an00338429_001_l1

Le développement de l’économie française en 1789 est relativement semblable à celui de ses homologues européens.

Le commerce a augmenté de 400 % pendant les 60 années précédant la révolution et les productions de fer et de charbon ont elles, respec- tivement augmenté de 300 et 700 % [5]. C’est à dire que « la France d’alors se caractérise par la présence contradictoire d’éléments capi- talistes en expansion dans un pays essentiellement agricole et aux structures féodales (…) » [6]. Cette expansion ne se fait pas dans le vide mais en transformant qualitativement les relations sociales préexistantes : de nouvelles façons de vivre apparaissent, ainsi que de nouvelles classes sociales. Aussi la stabilité des institutions de l’Ancien Régime était-elle largement érodée de l’intérieur avant même la Révolution. Les conséquences politiques et sociales de ces transformations économiques sont très bien perçues, 50 ans avant Marx, par Barnave, repré-sentant de la nouvelle bourgeoisie industrielle : « Dès que les arts et le commerce parviennent à pénétrer dans le peuple et créent un nouveau moyen de richesse au secours de la classe laborieuse, il se prépare une révolution dans les lois politiques ; une nouvelle distribution de la richesse prépare une nouvelle distribution du pouvoir. De même que la possession des terres a élevé l’aristocratie, la propriété industrielle élève le pouvoir du peuple ; il acquiert sa liberté… » [7].

Par contre la société française d’Ancien Régime est toujours divisée en trois ordres : noblesse, clergé et tiers-état. Le tiers-état est de loin l’ordre le plus nombreux et le plus hétérogène. Il englobe 99 % de la population en regroupant depuis les grands bourgeois investis dans l’industrie, le commerce et la finance jusqu’aux journaliers, ouvriers agricoles, paysans pauvres et petits artisans. Or seul le tiers-état paye des impôts et dans son écrasante majorité il n’a aucun accès aux structures politiques existantes (Etat et armée notamment). Même si une partie non négligeable de la minorité bourgeoise du Tiers est intégrée dans l’appareil d’Etat absolutiste (en tant que fonctionnaires assu- rant les tâches courantes : levée de l’impôt, etc.), l’ordre dans son ensemble est réuni par son inexistence politique. Ainsi que l’écrit le bourgeois Sieyès dans son célèbre pamphlet « Qu’est-ce que le Tiers-état ? », l’aristocratie est perçue comme l’obstacle à cette reconnaissance politique : « D’une manière ou d’une autre, toutes les branches du pouvoir exécutif sont tombées aussi dans la caste qui fournit l’Eglise, la Robe et l’Epée. Une sorte d’esprit de confraternité fait que les nobles se préfèrent entre eux, et pour tout, au reste de la nation. L’usurpation est complète ; ils règnent véritablement » [8]. Le problème fondamental que va dénouer la Révolution française, est donc que « les formes politiques n’ont pas changé depuis 1661 alors que tout le reste a changé » [9]. Les structures politiques du féodalisme sont encore en place mais « en dessous » les relations sociales ont profondément évolué. L’importance de ces contradictions explique la profondeur et la portée de la Révolution Française. Et il faudra plusieurs années de radicalisation du mouvement de masse, de crises et de renouvellement de la direction du mouvement révolutionnaire pour venir à bout de la domination de l’aristocratie.

De la réforme à la révolution

La concurrence avec les autres puissances européennes, l’Angleterre en particulier, a plongé la France dans une profonde crise économique et financière. La guerre américaine d’indépendance, notamment, a largement vidé les caisses de l’Etat. Pour les remplir,  il aurait fallu faire payer les ordres privilégiés et scier ainsi la branche sur laquelle reposait le système dans son entier… Toutes les tentatives du roi pour réformer la fiscalité échouèrent donc devant la résistance de l’aristocratie. Dans une ultime tentative, le roi convoque les Etat généraux pour le 5 mai 1789. Ayant plusieurs fois déjà bénéficié du soutien populaire, Louis XVI pense ainsi trouver dans le Tiers un allié pour ses réformes. Il ouvre en fait la porte à la révolution. Lors des Etat généraux les trois ordres élisent des délégués qui se réunissent ensuite séparément. Les diffé-rentes propositions sont enfin votées « par ordre » ; à un ordre correspond une voix.

Cette fois, les délégués du Tiers commencent par refuser le vote par ordre puis votent leur transformation en Assemblée nationale. La majorité des délégués du Tiers est issue de la bourgeoisie (donc non représentative de l’ensemble de l’ordre) et va donc d’abord chercher un compromis avec l’aristocratie [10]. Le compromis repose sur un rachat des droits seigneuriaux (décret du 4 août 1789) et une participation politique élargie sur la base d’un suffrage censitaire qui distingue citoyens passifs et actifs. Le Roi conserve un droit de veto sur les décrets adoptés par l’Assemblée (monarchie constitutionnelle). Mais les travaux de l’Assemblée nationale, rebaptisée Assemblée consti-tuante, se déroulent dans un contexte de très forte crise sociale. La mauvaise récolte de 1788 a entraîné une importante hausse des prix des denrées de base dans les villes. En 1789, par exemple, le pain représente environ 88 % du revenu des ménages [11]. Cette contestation urbaine est telle qu’elle aboutit à la prise de la Bastille le 14 juillet 1789.

Dans les campagnes c’est l’ébullition : 50 000 cahiers de doléances ont été remplis avant la réunion des Etats généraux et la Consti-tuante focalise désormais tous les espoirs de voir enfin changer les choses. Au premier rang de ces revendications : la suppression des taxes et impôts de toutes sortes que les paysans doivent payer à la noblesse, au clergé et au Roi. Or la compromis élaboré par la Constituante ne résout absolument pas la question de la faim dans les villes et des droits seigneuriaux dans les campagnes. En fait le rachat des droits bénéficie avant tout à la bourgeoisie et aux paysans propriétaires les plus riches. Mais surtout, la résistance acharnée des seigneurs provinciaux qui, contrai-rement à la noblesse de cour et financière, ne vivent que grâce à leurs droits, va rendre impossible une quelconque stabilisation du nouveau régime. En effet une véritable guerre civile aura lieu dans les campagnes entre 1790 et 1793 qui poussera constamment vers l’avant la Révo- lution [12]. La fuite du roi à Varennes le 21 juin 1791 en termine avec l’illusion du compromis et donne un visage à la contre-révolution. L’aris- tocratie s’organise alors ouvertement à l’intérieur et pour Louis XVI une seule option s’impose, la guerre des têtes couronnées euro- péennes contre la bourgeoisie française : « Au lieu d’une guerre civile, ce sera une guerre étrangère et les choses en seront bien meilleures » [13]

Guerre et radicalisation du processus révolutionnaire : une seconde révolution

De son côté la bourgeoisie voit dans la guerre une bonne opportunité de faire main basse sur des zones stratégiques dans sa concurrence avec l’Angleterre (Belgique, Hollande) [14]. De plus, cela lui permettrait d’unir toutes les classes sociales dans la défense nationale, derrière un gouvernement fort à même de stabiliser la situation. Seul un faible groupe de députés, autour de Robespierre, s’y oppose. Par ailleurs, une nouvelle hausse des prix après l’hiver 1791-1792 alimente une recrudescence des mobilisations sociales au début de l’année 1792. La guerre, déclenchée en avril 1792, est rapidement un désastre et plutôt que de stabiliser la situation elle ne fait qu’aiguiser les tensions sociales en rendant imminente la menace contre-révolutionnaire. La réponse populaire face à cette menace est massive et prend de court la bourgeoisie : les sans-culottes investissent les nouvelles sections administratives, et en font des outils de démocratie directe permettant de construire largement le mouvement, ainsi que les clubs politiques. Cette organisation s’accompagne de la formulation de revendications précises, sur un contrôle des prix, et sur des mesures de ‘terreur’ contre ceux qui menacent la Révolution : en mai 1792 le prêtre rouge Jacques Roux deman- dait la peine de mort pour tous les spéculateurs [15]. On retrouve ce trait caractéristique tout au long de la révolution : une imbrication constante entre questions politiques et sociales.

Cette situation va pousser à une différenciation au sein de la bourgeoisie autour de deux programmes, sur la base d’in- térêts économiques divergents [16]. Le premier, porté par les Girondins, représente la haute-bourgeoisie commerciale des grands ports de l’Atlantique (Nantes, Bordeaux) ainsi que les grandes industries textiles (Lyon, Grenoble, Rouen). La rivalité commerciale avec l’Angleterre alimente chez les Girondins une très forte anglophobie à laquelle s’ajoute une défiance du mouvement de masse et un refus de tout contrôle de l’économie dont les revendications populaires sont porteuses. Ce programme l’amène à une recherche permanente de compromis, tantôt avec la contre-révolution aristocratique, tantôt avec le mouvement révolutionnaire. Le second, porté par les Jacobins, est celui d’une bourgeoisie moyenne qui a bénéficié des confiscations des terres de la noblesse et de la vente des biens du clergé. Autant dire, une fraction de la bourgeoi- sie résolument opposée à un retour de l’ordre ancien.

Les Girondins sont alors majoritaires à l’Assemblée. D’un côté, ils vont convaincre leur classe d’en appeler au mouvement populaire pour sauver la patrie en danger : le 21 juillet 1792 l’Assemblée promulgue un décret appelant les volontaires à partir au front, le 30 juillet elle entérine la participation des citoyens passifs à la Garde nationale assurant ainsi l’armement des militants révolutionnaires les plus actifs et une radicalisation des unités. De l’autre ils vont continuer à ménager le Roi pour circonscrire le conflit avec l’aristocratie : le 9 août 1792 les Giron- dins font repousser à l’Assemblée une pétition présentée par les sections parisiennes demandant l’instauration d’une République. Ceci dans une situation où ce qui a été conquis durant les premières années est très concrètement menacé par des victoires successives de l’aristocratie, à l’intérieur et sur le front. La situation est critique : le général de l’armée prussienne, alors à 200 km de Paris, a fait publier un manifeste promettant la mort à tous ceux qui prendraient les armes contre le Roi. Alors que celui-ci, réfugié au Palais des Tuileries, reste un point de ralliement pour la contre-révolution.

Le refus de l’Assemblée met alors clairement l’insurrection à l’ordre du jour afin de faire respecter la volonté populaire. Le 29 juillet (donc relativement tardivement) Robespierre, chef de file des Jacobins fait une déclaration de soutien au mouvement populaire, signifiant par là qu’une fraction conséquente de la bourgeoisie soutiendrait un soulèvement. L’insurrection a lieu le 10 août. Des unités de la Garde nationale vont se confronter aux nobles, aux troupes royales et aux unités de la Garde nationale des quartiers aisés de Paris réunies autour du Roi au Palais des Tuileries. En tête marchent les unités marseillaises avec leur chant éponyme. L’insurrection est victorieuse et le jour même l’Assemblée nationale vote la suspension du Roi. Les Girondins, effrayés par la force qu’ils ont contribué à mobiliser, restent en marge de l’insurrection du 10 août.

La force des sans-culottes va être exposée plus puissamment encore le 20 septembre 1792, à Valmy : contre toute attente l’armée française repousse l’armée prussienne qui lui est pourtant techniquement bien supérieure. Goethe, assistant à la bataille, dira : « De ce lieu et de ce jour date une époque nouvelle dans l’histoire du monde ». Le lendemain, la nouvelle Assemblée fraîchement élue confirme la portée de cette victoire en déclarant l’an I de la République. Désormais tout compromis avec l’aristocratie signifie transiger avec la défense de la République. Symboliquement le lien avec l’ordre ancien est définitivement rompu quand le Roi est guillotiné le 21 janvier 1793.

http://quefaire.lautre.net/spip.php?page=article&id_article=53

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14 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

1789, une révolution inachevée ? (2)

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Sans-culottes

Quelle est cette force qui vient de renverser la monarchie et d’arrêter la contre-révolution ? Les sans-culottes constituent un assemblage hétéroclite d’artisans, petite-bourgeoisie et journaliers, ouvriers d’ateliers. La faim et l’intérêt commun contre les spéculateurs, gros négo- ciants ou bourgeois aisés cimentent cette union et la rendent capable de canaliser l’aspiration des plus pauvres contre les plus riches mais sans programme véritablement cohérent. « Relevant des classes populaires par leur conditions d’existence et souvent la misère, les artisans n’en possédaient pas moins leur échoppe et leur petit outillage ; de tenir sous leur discipline compagnons et apprentis accentuait leur mentalité bourgeoise. Mais l’attachement au système de la petite production et de la vente directe les opposait à la bourgeoisie marchande et au capital commercial (…). De là, parmi les artisans et les boutiquiers qui formèrent les cadres du mouvement populaire des aspirations contradictoires.[Soboul, op.cit., p. 17.]] »

Leur programme visait en effet à la fois la restriction de la propriété privée et son maintien, ils s’opposaient à la logique de l’accumulation du capital qui les menaçait mais, eux-mêmes propriétaires, ne pouvaient la combattre de manière conséquente. L’idéal social sans-culotte était celui d’une République de petits propriétaires. Par ailleurs il n’existe pas alors de classe ouvrière à même de développer une conscience de ses intérêts propres. S’il existe quelques grandes manufactures, elles regroupent une minorité des ouvriers qui sont alors épar- pillés dans de petits ateliers employant 2 ou 3 journaliers. Ces journaliers ne pouvaient fournir la base sociale d’un programme anticapitaliste conséquent et d’une organisation indépendante. Certes il y eut des grèves et les journaliers participèrent à la lutte mais sous la bannière de leurs maitres petit-bourgeois.  » (…) l’avant-garde révolutionnaire n’était pas constituée par un prolétariat de fabrique, mais par une coalition de petits patrons et de compagnons travaillant et vivant avec eux. De là certains traits du mouvement populaire, un certain comportement, comme aussi certaines contradictions résultant d’une situation ambigüe. Le monde du travail est marqué dans son ensemble par la mentalité petite bourgeoise artisanale et, comme elle, participe de la mentalité de la bourgeoisie. Ni par la pensée, ni par l’action, les travailleurs ne constituaient un élément indépendant. Ils n’établissaient pas un rapport direct entre la valeur du travail et le taux de salaire ; le salaire se déterminait par rapport au prix des subsistances : la fonction sociale du travail n’était pas clairement conçue. [17] »

Même sans programme cohérent (‘maximum’ des prix et des fortunes) les sans-culottes sont donc une force redoutable contre l’aristocratie. Mais une force efficace seulement sous la direction d’une fraction de la bourgeoisie. Point crucial qui sera exposé le 10 mars 1793. Les revendications sociales d’un contrôle accru de l’économie prenaient alors une forme politique par l’exigence des sans- culottes que l’Assemblée soit purgée des élus girondins, trop compromis dans la contre-révolution (notamment lors du soulèvement en Ven- dée). La manifestation à l’Assemblée prévue pour le 10 mars 1793 par les sans-culottes est un échec retentissant car elle n’a pas alors le sou- tien des jacobins. Par contre, c’est une préparation commune qui permettra d’éliminer les Girondins le 2 juin 1793.

La dictature jacobine et la destruction des anciennes institutions

Début 1793 les problèmes ressurgissent de manière plus aiguë encore. Sur le plan social rien n’a changé et les défaites militaires se multiplient (la France est alors en guerre contre les puissances majeures européennes : Espagne, Angleterre). Il faut plus de troupes : le décret du 23 août 1793 sur la levée en masse permettra la mobilisation d’un million d’hommes jusqu’au début de 1794. Mais cette mobilisation sans précédent dans l’histoire militaire de l’époque exige, pour être efficace, que l’ensemble de l’économie soit tournée vers le front. C’est en s’appuyant sur la mobilisation des sans-culottes le 5 septembre 1793 que les Jacobins, alors majoritaires au Comité de salut public, vont imposer à la bour- geoisie les efforts d’une économie dirigée. Le 17 septembre une loi permettant l’arrêt de toute personne suspectée de spéculation ou de sou- tien à la contre-révolution, est promulguée. Le 21 septembre le commerce extérieur est mis sous contrôle de l’Etat et le 29 septembre le ‘Maxi- mum’ des prix est voté pour un panier de produits de consommation courante. C’est l’apogée de l’alliance entre sans-culottes et Jacobins.

Mais pour les Jacobins l’économie dirigée n’a jamais été un but en soi, mais un moyen de mettre l’ensemble de l’économie au service de la guerre et de l’approvisionnement des villes. Et c’est seulement dans la perspective de vaincre la contre-révolution que la bourgeoisie accepte l’alliance avec les Sans-culottes et l’économie dirigée. En clair, le mouvement révolutionnaire est mis au service des intérêts de la bourgeoisie. Aussi en même temps qu’ils s’allient avec lui, les Jacobins attaquent-ils le mouvement populaire. A l’aide d’une combinaison de mesures, ils parviennent à discipliner les sans-culottes : attaque des porte-paroles, bureaucratisation des secteurs combatifs (en faisant notamment payer la participation aux sections et aux clubs politiques) et diminution du nombre hebdomadaire des assemblées de sections. A cela il faut ajouter que la ‘levée en masse’ a amputé le mouvement révolutionnaire de ses militants les plus actifs. D’un autre côté l’abolition sans contrepartie des droits seigneuriaux le 17 juillet 1793, ‘calme’ la paysannerie en la plaçant définitivement du côté de la Ré- publique. Ainsi au début 1794 les deux mouvements qui poussaient la révolution en avant et qui constituaient la base du soutien aux Jacobins sont assagis.

Thermidor et la consolidation du pouvoir bourgeois

Avec les victoires du début 1794, le spectre de la contre-révolution semble s’éloigner et les divergences sur l’opportunité de supporter plus longtemps le poids d’une économie dirigée ressurgissent au sein de la bourgeoisie. La dictature jacobine apparait donc de moins en moins nécessaire et le gouvernement se retrouve attaqué de toutes parts. Privé de sa base de soutien, qu’il à lui-même contribué à affaiblir, le gou- vernement tombe le 26 juillet 1794 (9 Thermidor an II). Le lendemain Robespierre est guillotiné. La bourgeoisie affirme alors son crédo dans la Constitution de 1795 qui institue par les lois ce que Boissy d’Anglas pose comme un principe de la société bourgeoise : « Un pays gouverné par les propriétaires est dans l’ordre social ; celui où les non-propriétaires gouvernent est dans l’état de nature. » [18] Il faudra une dizaine d’années pour stabiliser définitivement le nouvel ordre bourgeois. Néanmoins, Thermidor marque la fin de la révolution et la première étape d’un reflux qui s’achèvera avec Napoléon en 1799. Reflux sur la base d’une consolidation des gains essentiels de la révolution, au profit de la bourgeoisie.

Quels enseignements pour aujourd’hui ?

Tout d’abord la Révolution française permet d’illustrer un trait caractéristique des révolutions bourgeoises : tout au long du processus révo- lutionnaire qui mène à la destruction du féodalisme, les masses auront toujours été mobilisées afin de créer les conditions politiques de la domination du capital [19]. En léguant un pouvoir unifié et centralisé, la Révolution française est bien allée à son terme. Un deuxième élément est que la domination politique du capital arrive après le développement de relations capitalistes dans l’ancienne société. L’Ancien Régime est en place mais la société est de plus en plus bourgeoise. « La marche si brillante des révolutions bourgeoises repose socialement sur le fait que, dans une société dont la structure absolutiste féodale est profondément minée par le capitalisme déjà fortement développé, elles tirent les conséquences politiques, étatiques, juridiques, etc., d’une évolution économico-sociale déjà largement accomplie. Mais l’élément réellement révolutionnaire, c’est la transformation économique de l’ordre de production féodal en ordre capitaliste (…) [20] »

Mais le développement du capitalisme change les conditions matérielles de la transformation sociale. Tout d’abord il crée une classe, la classe ouvrière, qui détient la capacité de réorganiser économiquement l’ensemble de la société. Ensuite, il développe de nouvelles contradictions liées à la centralisation politique et économique (en totale opposition avec la socialisation toujours croissante du travail), qui imposent à cette nouvelle classe de prendre le pouvoir avant de mener cette réorganisation. La dynamique à l’œuvre dans une révolution prolétarienne est alors totalement contraire à celle d’une révolution bourgeoise. Car il n’existe pas, sous le capitalisme, d’enclaves de socia-lisme, de ‘brèches de socialisme’ dont il s’agirait d’assurer le développement par des conditions politiques favorables. Pour le dire autrement, il ne suffit pas de pousser plus à gauche le curseur politique pour favoriser le développement de bases économiques du socialisme, sous le capitalisme.

La pression populaire a pu pousser les Jacobins plus loin qu’ils ne le voulaient, notamment sur la question foncière avec l’abolition des droits le 17 juillet 1793. Mais jamais ils n’ont été confrontés à un ‘deuxième pouvoir’ à même de mettre en œuvre de ma- nière indépendante son programme. Cette force là n’existait pas encore. Bien plus, le rôle crucial joué par les Jacobins dans leur capacité à fournir un programme au mouvement de masse devrait inspirer l’action des révolutionnaires aujourd’hui. A travers le réseau de leurs clubs politiques, et les liens entretenus avec les clubs plus populaires, les Jacobins ont pu conquérir une hégémonie dans le mouvement tout en gardant leur indépendance politique. Le piston jacobin a été primordial pour canaliser la puissance de la vapeur sans-culotte.

Enfin il y a une continuité entre révolution bourgeoise et révolution prolétarienne. « Le trait le plus incontestable de la Révo- lution, c’est l’intervention directe des masses dans les événements historiques » [21]. Cette révolte contre l’injustice est la nôtre. De surcroît, elle possède dans son développement quelque chose de plus que sa nature bourgeoise, des éléments qui pointent plus loin qu’une simple domination du capital. Ainsi, la Conjuration des égaux de Babeuf, expression d’une révolution sociale prématurée, entre un déjà là et un pas encore là en 1795, aspirait effectivement à une transformation sociale bien plus radicale que ne pouvaient l’imaginer les Jacobins. Transfor- mation que seule l’existence d’une classe ouvrière aurait pu réaliser.

Mais il faut souligner la nécessité d’une rupture avec le schéma de la révolution bourgeoise. Le point de départ d’une réponse aux défis d’aujourd’hui réside dans la possibilité que détient la classe ouvrière de réorganiser, concrètement et non pas simplement dans ses aspirations, l’ensemble de la société au bénéfice de la majorité. C’est une rupture profonde avec 1789 : « Tous les mouvements ont été, jusqu’ici, accomplis par des minorités ou dans l’intérêt de minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement autonome de l’immense majorité dans l’intérêt de l’immense majorité. » [22] Seule l’action indépendante de la classe ouvrière, mobilisée consciemment autour de ses propres revendications, associée à la construction consciente en son sein d’une direction, par les militants révolutionnaires, permettra de renvoyer dans les poubelles de l’histoire la société née avec la Révolution française : « La Révolution française n’est que l’avant-courrière d’une autre révolution bien plus grande, bien plus solennelle, et qui sera la dernière » [23]. par William Vey

http://quefaire.lautre.net/spip.php?page=article&id_article=53

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13 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Les luttes pour l’annulation des dettes aux temps bibliques et dans la Rome antique

Les luttes pour l’annulation des dettes aux temps bibliques et dans la Rome antique dans Austérité euro-300x220

Le CADTM publie une série d’articles sur les annulations de dette, les luttes dans cette perspective, la place de la dette dans les conflits politiques, sociaux et géostratégiques au cours de l’histoire. Pour la réaliser, le CADTM a fait appel à plusieurs auteurs différents.
Le premier article de la série, par Éric Toussaint, La longue tradition des annulations de dettes en Mésopotamie et en Égypte du 3e au 1er millénaire av. J-C, a été publié le 24 août 2012.
Le deuxième par Isabelle Ponet, La remise des dettes au pays de Canaan au premier millénaire avant notre ère, le 8 novembre 2012.
le troisième par Jean Andreau, Endettement privé et abolition des dettes dans la Rome antique, le 13 novembre 2012,
le quatrième par Michael Hudson, Démocratie et dette : A-t-on brisé le lien entre les deux ? 11 mars 2013.

Le cinquième, « Les luttes pour l’annulation des dettes aux temps bibliques et dans la Rome antique », est tiré de l’exposé qu’Isabelle Ponet a présenté à la 3e université d’été du CADTM Europe à Namur le 30 juin 2013.

10 juillet par Isabelle Ponet http://cadtm.org/Les-luttes-pour-l-annulation-des

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