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07 août 2013 ~ 0 Commentaire

Mythes et mensonges sur Hiroshima et Nagasaki (2)

Mythes et mensonges sur Hiroshima et Nagasaki (2) dans Antiimpérialisme

Une bombe sans poids

La justification de l’usage de la bombe en tant qu’argument « de poids’ pour forcer la décision du pouvoir nippon de capituler est souvent avancée. Là aussi, elle ne repose sur rien de sérieux. Dès le mois d’avril 1945 en effet, l’Empereur était persuadé qu’il fallait négocier et conclure la paix au plus vite. Durant le mois de mai, une tentative de contact entre Japonais et Américains avait eu lieu via les diplomates nippons en poste à Berne. Vu l’échec de ces démarches, la diplomatie japonaise privilégiera ensuite des négociations détournées via Moscou. Le 22 juin, alors que l’île stratégique d’Okinawa (elle était la dernière étape avant le Japon) était définitivement perdue, les démarches s’accélèrent: « l »Empereur invita le Conseil suprême de direction de la guerre à entamer des négociations officielles de paix, si possible en utilisant les bons offices de la Russie » (8).

Mais les Japonais mettaient tous leurs espoirs de paix sur les Russes sans se douter qu’à la Conférence inter-alliés de Yalta, Moscou avait promis aux Alliés occidentaux de déclarer la guerre au Japon six mois après la défaite nazie en Europe. Misant ainsi toutes leurs cartes sur Moscou, la douche froide de l’invasion de la Mandchourie occupée par l’Armée rouge le 9 août 1945 fut le véritable coup de grâce qui amena les Japonais à la reddition, et non la destruction d’Hiroshima et de Nagasaki qui, pour terrible qu’elle fut, ne provoqua pas autant de victimes ni de destructions que les bombardements classiques décrits plus haut.

Les autorités étasuniennes savaient parfaitement tout cela. Un rapport secret des services spéciaux américains (découvert en 1988) qui relate les discussions au sein du pouvoir nippon, nous apprend que « les recherches montrent que [au sein du cabinet japonais] il fut peu question de l’usage de la bombe atomique par les États-Unis lors des discussions menant à la décision d’arrêter les combats. [sans l'usage de la bombe], les Japonais auraient capitulés après l’entrée en guerre de l’URSS » (9).

Un autre fait est à mettre en lumière avec ce qui précède. Si les États-Unis tenaient tant à précipiter la fin de la guerre et répugnaient à employer la Bombe, pourquoi diable dans leur ultimatum adressé aux Japonais le 26 juillet 1945 n’est-il fait nulle part mention du futur statut de l’Empereur en cas de reddition? Lors de la rédaction de ce document (au cours de la conférence inter-alliés à Potsdam), plusieurs conseillers du président ont fait remarquer à ce dernier l’importance de cette question: les Japonais étaient prêts à se rendre à condition que les États-Unis donnent la garantie que l’Empereur, considéré comme un demi-dieu, puisse rester sur le trône. Après débat, Truman et Byrnes, son bras droit, ont finalement décidé en pleine connaissance de cause de ne pas faire mention du statut de l’Empereur dans l’ultimatum… Les Japonais, pour qui la chute de l’Empereur constituait le déshonneur suprême, repoussèrent donc sans surprise ce dernier.

Mais le 10 août, lorsque les Japonais offrent officiellement leur reddition tout en demandant que Hiro-Hito et la monarchie soient maintenues, les États-Unis accepteront sans sourciller cette demande. On peut donc se demander pourquoi il ne l’ont pas mentionné 15 jours plus tôt, ce qui leur aurait permis d’éviter d’utiliser la Bombe et de sacrifier inutilement des centaines de milliers vies humaines. La réponse est évidente, Truman et Cie savaient pertinemment que les Japonais refuseraient l’ultimatum de Potsdam et qu’ils auraient là l’occasion et la justification « morale » d’employer la bombe atomique. En vérité, comme on le verra plus loin, la plus grande crainte de Truman à cette époque n’était pas d’employer la bombe atomique, mais bien tout au contraire de ne pas avoir le temps ni l’occasion de le faire !

Il faut par ailleurs connaître certaines de ses déclarations pour se faire une idée du personnage tel qu’il fut, loin de cette fable d’un « homme torturé par une décision difficile qui lui a coûté ». Lorsqu’il apprit le succès du bombardement d’Hiroshima, Truman déclara joyeusement à ses proches: « Les gars, on leur à balancé un concombre de 20.000 tonnes sur la gueule! » (10). On est loin ici de la phrase « historique », grave et pesée que l’on pourrait attendre d’un homme sensé qui a pris un décision aussi terrible pour l’humanité. Peu de temps après, à un journaliste qui lui demande « Quel a été votre plus grand remord dans votre vie? « , Truman répondra: « Ne pas m’être marié plus tôt »! (11) On voit là combien lui aura « coûté » son choix.

Pour conclure… Quelles furent donc les véritables raisons qui motivèrent Truman et sa clique? Plusieurs facteurs entrent en compte (12) et la thèse d’Alperovitz en apporte plusieurs. Mais elle est insuffisante quant à sa conclusion. Pour Alperovitz, les Étasuniens jugeaient que les rapports de forces, à l’heure d’un nouveau partage impérialiste du monde, étaient par trop favorables à l’URSS et qu’il fallait stopper « l’expansionnisme » soviétique. La possession (et la démonstration pratique) d’une arme de destruction sans équivalent était donc un atout important aux mains des États-Unis non pas pour terminer la Seconde guerre mondiale mais bien pour entrer de plein pieds dans ce qui allait devenir la Guerre froide en menant une politique de « refoulement » de « l’expansionnisme rouge ». C’est effectivement à la conférence de Potsdam que les Étasuniens vont commencer à modifier sensiblement leur ligne de conduite par rapport à l’« Oncle Joe » comme la presse américaine appelait Staline. Et c’est justement à ce moment que Truman, qui sait depuis peu que la bombe atomique est opérationnelle, en rédigeant un ultimatum inacceptable pour les Japonais, décidait d’employer la bombe comme un atout stratégique majeur face à Moscou.

Mais l’explication donnée par Alperovitz d’une réaction motivée par «l’ expansionnisme soviétique » est plus qu’à nuancer car elle sous-entend une volonté de la part des Soviétiques de dominer et d’envahir la planète. Ce qui, lorsque l’on connaît la pratique et la nature du régime stalinien, est entièrement faux. La bureaucratie soviétique se contentait en fait de créer un glacis stratégique protecteur autour de ses frontières et sabotait par contre toute possibilité révolutionnaire en dehors de ce glacis stratégique géographiquement circonscrit – au sein duquel d’ailleurs il s’agissait avant tout de modifier les régimes sociaux et politique de manière bureaucratique, et non par le biais d’authentiques révolutions. A la fin de la guerre, les Partis communistes staliniens, aux ordres de Moscou, ont ainsi, en France, en Italie et dans plusieurs pays coloniaux, étouffés les germes ou la marche en avant de la révolution. Rappelons également que Staline s’opposa avec véhémence à la révolution chinoise de Mao. « La politique dite de refoulement (qui provoquera directement la guerre de Corée et du Vietnam) n’est pas une réplique à une prétendue politique d’expansion de Staline, mais bien le signe de la volonté des États-Unis de dominer le monde » (13). Le véritable expansionnisme était étasunien et non soviétique. La bombe atomique (et son usage sur Hiroshima et Nagasaki) était une arme politique (et elle ne peut l’être vu sa nature), c’était une arme au service de l’impérialisme étasunien afin de s’assurer le statut d’une superpuissance mondiale sans partage. Article publié dans La Gauche en août 2000

http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?view=article&id=637:mythes-et-mensonges-sur-hiroshima-et-nagasaki&option=com_content&Itemid=53

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03 août 2013 ~ 0 Commentaire

4 août 1789 (1)

4 août 1789, les bras-nus imposent l'abolition des droits seigneuriaux dans Histoire williy-ronis-front-populaire

« La révolution française et nous », de Daniel Guérin

La Révolution française n’a pas été qu’une révolution bourgeoise

» La révolution française, en effet, n’a pas été qu’une révolution bourgeoise. Elle ne nous intéresse pas seulement à titre rétrospectif, en ce sens qu’elle a porté au pouvoir la classe qui, aujourd’hui dans les secousses les plus colossales de l’histoire, est en train de perdre le pouvoir ; elle se rattache directement à nos luttes, à nos problèmes du présent, car elle a été, en même temps qu’une révolution bourgeoise, la première ten- tative des opprimés pour se libérer de toute forme d’oppression. (…) La Révolution française, tout d’abord, est la première des révolutions modernes qui ait dressé sur leurs jambes les larges masses populaires, qui les ait tirées de leur sommeil séculaire et qui ait été faite en grande partie par elles.  La révolution anglaise a été plus militaire que populaire. (…)

Sans doute la bourgeoisie a eu sa part dans la Révolution française. Ses idéologues l’ont préparée. Ses parlementaires l’ont menée à coups de discours et de décrets. L’œuvre législative, l’action militante des assemblées révolutionnaires ne saurait être sous-estimée. Mais la bourgeoisie s’est montrée incapable de venir à bout de l’ancien régime féodal, clérical et absolutiste sans le concours des « bras nus ». (Les bras nus sont les travailleurs, de l’artisan à l’ouvrier, au domestique et au mendiant – note ) (…)

Sans la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, par les sans-culottes parisiens, l’assemblée nationale aurait fini pas succomber dans sa rébellion contre les baïonnettes royales. Sans la marche sur Versailles, le 5 octobre, des « bras nus » affamés et sans leur irrup- tion dans l’enceinte de l’Assemblée, la Déclaration des Droits de l’Homme n’aurait pas été sanctionnée. Sans l’irrésistible vague de fond partie des campagnes, l’assemblée n’eût pas osé s’attaquer, bien que timidement, à la propriété féodale, dans la nuit du 4 août 1789, l’ex- propriation sans indemnité des rentes féodales n’eût pas été, enfin, décrétée ; la bourgeoisie eût hésité devant la république et devant le suf- frage universel.

Au fur et à mesure que la Révolution va en s’approfondissant, on voit les bourgeois hésiter, s’arrêter à mi-chemin et, chaque fois, la pression des « bras nus » les obliger à pousser la Révolution bourgeoise jusqu’au bout. (…) A ce titre déjà, la Révolution française est toujours actuelle. Car même dans la mesure où elle a été une révolution bourgeoise, où elle a porté au pouvoir la bourgeoisie et non le prolétariat, elle a été une révolution de masses. Aussi son étude nous aide-t-elle à déchiffrer les lois permanentes du mouvement autonome des masses et offre-t-elle, en même temps, à notre examen les formes de pouvoir populaire que, spontanément, les masses forgent au cours de leurs luttes ; à ce titre, la Révolution française a été le berceau, non seulement de la démocratie bourgeoise, mais aussi de la démocratie de type communal ou soviétique, de la démocratie des conseils ouvriers.

Mais la grande Révolution n’a pas été qu’une révolution de masses travaillant, sans le savoir, pour le compte de la bourgeoisie. Elle a été aussi, dans une certaine mesure, une révolution des masses oeuvrant pour leur propre compte. (…) Les masses se levèrent avec l’espoir d’alléger leur misère, de secouer leur joug séculaire. Or, le joug séculaire n’était pas seulement celui des seigneurs, du clergé et des agents de l’absolutisme royal, amis aussi celui des bourgeois (…). L’idée de s’affranchir du joug séculaire conduisait naturellement les opprimés à celle d’une lutte contre l’ensemble des privilégiés, bourgeois y compris. (…)

Pour obtenir le concours des « bras nus » et parce que la proclamation des droits de l’homme la servait dans sa lutte contre l’ancien régime, la bourgeoisie aviva en eux le sentiment que c’en était fini de la vieille oppression de l’homme par l’homme, que le règne de la liberté et de l’égalité commençait pour tous. Ces mots ne tombèrent pas dans les oreilles de sourds. A maintes reprises, les « bras nus » invo- quèrent contre la bourgeoisie, contre l’oppression bourgeoise, les droits de l’homme. De même, la bourgeoisie, en s’attaquant à la propriété féodale et à celle du clergé, ouvrit la brèche dans le mur sacro-saint de la propriété. Elle s’en rendit compte elle-même et c’est ce qui la rendit parfois si timorée. (….)

Révolution permanente A partir du moment où les travailleurs ont commencé à prendre conscience de l’oppression de l’homme par l’homme, à secouer le joug séculaire, (…) il y a « transcroissance de la révolution bourgeoise en révolution prolétarienne » (Lénine cité par Trotsky dans « La révolution permanente »). Même lorsque le conflit n’est pas encore entièrement liquidé entre l’aristocratie et la bourgeoisie, déjà un autre conflit met aux prises la bourgeoisie et le prolétariat.

Il n’y a pas deux sortes de mouvement révolutionnaire, de nature différente, l’un d’espèce bourgeoise et l’autre d’essence prolétarienne ; la Révolution tout court, cette vieille taupe comme le disait Marx, poursuit son bonhomme de chemin, d’abord au travers d’une même crise révolutionnaire, et ensuite de crise révolutionnaire en crise révolutionnaire. Même quand elle paraît assoupie, elle creuse encore. Une crise révolutionnaire n’est pas la continuation directe de la crise précédente. il n’est pas possible de placer quelque part un poteau frontière et d’y inscrire : Révolution bourgeoise ! Défense d’aller plus loin !

La Révolution ne s’arrête pas sur commande. Ou si elle s’arrête, elle recule. (…) Dans une société où les rapports sociaux sont tendus à l’extrême, où deux forces opposées, force révolutionnaire et force contre-révolutionnaire, se heurtent comme deux bêliers, cornes contre cornes, si la pression révolutionnaire se relâche un instant, la contre-révolution profite aussitôt de cette défaillance et prend sa revanche. Empêcher la transcroissance de la révolution bourgeoise en révolution prolétarienne, faire les choses à demi, c’est s’exposer à perdre ce qui a été conquis ; laisser subsister un seul privilège c’est s’exposer à les voir renaître tous ; pour s’être arrêtés en 1793 au pied de la forteresse bourgeoise, les sans-culottes furent assommés en 1795 par les gourdins des royalistes. Robespierre, en donnant, le 20 novembre 1793, un coup de frein à la déchristianisation, en insultant et en persécutant les « ultrarévolutionnaires », fit faire demi-tour à la Révolution, l’engagea sur une pente fatale où lui-même laissa sa tête, qui conduisit à la dictature militaire de Bonaparte et aux ordonnances de Charles X. (…)

L’autonomie du mouvement des masses Le mouvement autonome des masses ? Lorsqu’il entend prononcer ces mots, le bourgeois fait l’étonné et l’ignorant. Quel est donc ce charabia ? Encore une abstraction issue du cerveau fumeux de quelque théoricien ? Mais, dans son for intérieur, il sait très bien ce dont il s’agit ; Son instinct de conservation le lui a appris. le mouvement autonome des masses est sa hantise inavouée, le cauchemar de ses nuits. Il ne craint rien tant que la force primitive, élémentaire que déchaînent, en certaines circonstances, les hommes de travail. (…) Mais quand le mouvement des masses ne se laisse pas utiliser, quand il entre en lutte ouverte avec le bourgeois, alors ce dernier essaie de réduire l’importance de son redoutable adversaire. Il le défigure, le couvre de boue. Il le désigne par les mots de « populace », « éléments troubles », « pègre des grandes villes », ou bien il présente ses manifestations comme non spontanées, comme fomentées par des « meneurs ». (…)

Le mouvement autonome des masses existe à l’état latent, souterrain, de façon permanente. Du fait même qu’une classe en exploite une autre, la classe exploitée ne cesse d’exercer une pression sur ses exploiteurs afin de tenter de leur arracher une ration alimentaire un peu moins congrue. Mais cette pression, dans les périodes creuses, est sourde, invisible, hétérogène. Elle consiste en faibles réactions individuelles, isolées les unes des autres. Le mouvement des masses est atomisé, replié sur lui-même. Dans certaines circonstances, il remonte à la surface, il se manifeste comme une grande force collective, homogène. (…) Ainsi, à la veille de la Révolution de 1789, la mauvaise récolte de l’année précédente, aggravant la misère permanente des masses laborieuses, leur avait arraché une protestation simultanée ; et la con- vocation des états généraux leur avait permis d’exprimer leurs doléances communes en des cahiers revendicatifs. (…)

C’est le déterminisme du mouvement autonome des masses qui, à travers la révolution, a le plus effrayé la bourgeoisie révolutionnaire. Le bourgeois aime donner des ordres, et non à être mené. (…) On ne veut pas dire, bien entendu, que le bourgeois révo- lutionnaire fût désarmé vis-à-vis des bras nus. Il déploya contre eux les mille artifices de la fourberie politicienne. (…) Mais il n’empêche que, pendant un peu plus de quatre ans, le bourgeois révolutionnaire avait été à la remorque du mouvement autonome des masses.
http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1082

Lire aussi: http://lesilencequiparle.unblog.fr/2013/02/05/daniel-guerin-et-la-revolution-francaise-denis-berger/

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03 août 2013 ~ 0 Commentaire

4 Août 1789 (2)

4 Août 1789 (2) dans Histoire gracchus-baboeuf-tribun-du-peuple-francoys-larue-langlois-9782866454968

 Babeuf, premier révolutionnaire communiste ?

Le 8 prairial an V de la révolution (27 mai 1797), François-Noël « Gracchus » Babeuf et son acolyte Augustin Darthé sont guillotinés à Vendôme (Loir-et-Cher) après un long procès qui démontrait la volonté de la République bourgeoise de mettre un terme à la Révolution.

Continuer la Révolution française, en allant jusqu’au bout de la revendication d’égalité affirmée en 1789 : c’est bien l’objectif de la « Conjuration des Égaux », qui se trame dans les dernières années de la Ire République, en 1796. Une République bourgeoise, gouvernée par le régime du Directoire, qui veut à tout prix refermer la parenthèse révolutionnaire pour garantir le pouvoir des classes possédantes. Au plus fort des événements, entre 1792 et 1793, les sections de sans-culottes, qui formaient la base populaire mais aussi l’aile gauche de la révo- lution, ont quasi imposé un double pouvoir aux parlementaires bourgeois, jugés timorés, qui siégeaient à la Convention. La Conjuration des Égaux de 1796-1797 est en fait l’ultime sursaut de cette aile gauche, populaire et agissante, qui refuse de se voir voler 1789 par les parlemen- taires bourgeois.

À la recherche de l’égalité

Après 1789, le peuple révolutionnaire s’était organisé de façon autonome en créant des sociétés populaires [1], fortement réprimées pendant la Terreur. Après le coup d’État du 9 thermidor an II (27 juillet 1794) s’ouvre une période de réaction visant à maintenir une domination des riches sur le peuple. Le gouvernement du Directoire instaure une « république des propriétaires », basée sur un suffrage censitaire étroitement contrôlé. C’est cette réaction thermidorienne qu’entendent combattre les Égaux regroupés autour de Gracchus Babeuf.

François-Noël Babeuf, qui se fait appeler Gracchus en référence à des réformateurs sociaux de la Rome antique, est un « bras-nus » d’origine picarde, qui a participé à la révolution dès ses débuts à Paris, dans le mouvement sans-culotte. Lors de la réaction de 1794, il a 34 ans, et tire les leçons d’une révolution inachevée. Constatant que l’égalité proclamée dès 1789 n’a abouti qu’à remplacer une aristocratie (la noblesse) par une autre (la bourgeoisie) sans améliorer le sort du peuple, il s’interroge sur les moyens d’assurer la subsistance pour tous. Sa conclusion est qu’il faut prendre le problème à la source : la production et la répartition des richesses. Il lance le slogan « les fruits sont à tout le monde, la terre à personne« . Trois mois après le coup d’État de thermidor, il crée un journal d’opposition, « Le Tribun du peuple » et impulse une coalition des “ républicains plébéiens ”. Les partisans de Babeuf, ou “ babouvistes ” pour la postérité, sont d’anciens robes- pierristes (comme Filippo Buonarroti), des partisans d’une Terreur extrême (Augustin Darthé) ou des personnalités inclassables comme le poète Sylvain Maréchal, militant de l’athéisme et vu comme un des précurseurs de l’anarchisme par l’historien Max Nettlau [2].

Maréchal rédige un Manifeste des Égaux qui exige la fin des « révoltantes distinctions de riches et de pauvres, de grands et de petits, de maîtres et de valets, de gouvernants et de gouvernés » et l’égalité totale basée sur « la communauté des biens« . Les Égaux imaginent une sorte de communisme [3] basé sur la propriété nationale de la terre, la redistribution des profits et la transformation des citoyennes et des citoyens en producteurs associés dans des communautés. Mais ce manifeste est jugé trop radical par certains des républicains plébéiens, et Babeuf refuse sa diffusion pour préserver ses alliances.

La conjuration

Face la répression thermidorienne qui s’accroît, le mouvement des républicains plébéiens se mue en une société secrète qui prend le nom de « Conjuration des Égaux », pour préparer une insurrection et le rétablissement de la constitution de 1793 [4]. La question de la propriété y est aussi discutée mais ne fait pas l’unanimité. Toutefois, le projet de la conjuration prévoit la suppression de l’héritage et, formule consensuelle, « la jouissance collective immédiate des biens communaux« . Le réseau de conjurés s’étend sur tous les arrondissements parisiens et dans quel- ques grandes villes de France. Il est dirigé par un « directoire secret de salut public ». La conjuration n’aura cependant pas le temps de mettre ses plans à exécution. Le 10 mai 1796, les meneurs sont arrêtés – à l’exception de Sylvain Maréchal – et 65 personnes sont traduites en justice. Si 56 sont acquittés, 7 (dont Buonarroti) sont condamnés à la déportation, la peine capitale étant réservée aux deux principaux responsables, Babeuf et Darthé. La répression contraint la plupart des babouvistes au silence et à la fuite, mais certains réapparaîtront dans les insurrections des années 1830 et 1840, auréolés de la légende de Babeuf. Les révolutionnaires du XIXe siècle auront tendance à voir dans Babeuf un précurseur du communisme.

Un premier projet communiste ?

Gracchus Babeuf est en fait devenu un précurseur « officiel » du marxisme, enseigné dans les écoles soviétiques, parce que les staliniens ont eu besoin d’un père fondateur que l’on puisse rattacher à des événements et à des principes consensuels : la Révolution française et la revendi-cation de l’égalité. Mais on a aussi voulu voir chez Babeuf l’esquisse de la « dictature du prolétariat » et de la conception léniniste du « parti de révolutionnaires professionnels ». Il est vrai que la conjuration des Égaux était dirigée par un comité secret, chargé de diriger les opérations révolutionnaires et de constituer une autorité révolutionnaire provisoire. Cette organisation secrète centralisée se donnait comme but de prendre le pouvoir d’État avant tout, ce qui suscitera, à la fin du XIXe siècle, les critiques de l’anarchiste Kropotkine, jugeant que Babeuf faisait trop confiance à la Constitution de 1793 et donc au jeu institutionnel, ainsi qu’à l’autorité des chefs conspirateurs [5].

C’est oublier un peu vite que le passage à la clandestinité des Égaux n’intervient qu’en 1797, dans le contexte d’une montée de la répression contre les “ jusqu’au-boutistes ” révolutionnaires. D’autre part, même dans ces conditions, la stratégie adoptée pour préparer l’insurrection a fait l’objet de négociations entre les différents partenaires. Babeuf avait demandé que, dès le succès de l’insurrection, le comité secret soit responsable de ses actes devant le peuple de Paris, réuni en assemblée, qui choisirait aussitôt la nouvelle forme d’autorité publique. Il avait aussi été convenu de la mise sur pied d’une armée populaire, contrôlée par la base, et une éducation populaire permettant à chaque citoyen de jouer pleinement son rôle dans le nouveau système. De plus, Buonarroti avait déjà analysé le danger de la concentration des pouvoirs entre les mains d’une « classe exclusivement au fait des principes de l’art social, des lois et de l’administration [qui] trouverait bientôt le secret de se créer des distinctions et des privilèges » mettant en place une « nouvelle servitude d’autant plus dure, qu’elle paraîtrait légale et volontaire« . Le supposé autoritarisme de la Conjuration des Égaux, largement exagérée par Buonarroti dans ses mémoires [6], est contredit par le projet révolutionnaire de Babeuf, qui imaginait un pouvoir issu des « assemblées de souveraineté » du peuple.

Les débats des babouvistes sur le projet de société ont en fait surtout eu lieu en 1795. Par la suite, ils sont passés au second plan de leurs préoccupations, les Égaux se concentrant surtout sur les moyens à mettre en œuvre et les alliances à tisser pour renverser le Directoire et éviter une restauration monarchique…

Un premier parti communiste ?

La Conjuration des Égaux a aussi été considérée comme un premier parti communiste, « précurseur des soulèvements populaires » selon Rosa Luxembourg. Les babouvistes se fixaient comme objectif de combattre le royalisme qui regagnait en influence à mesure que la République s’éloignait des plus pauvres et d’amener le peuple à s’organiser de façon autonome, sur des bases de « classe ». Pour toucher le peuple, les Égaux avaient imaginé divers moyens : les journaux et affiches naturellement, mais aussi des réunions publiques ou des chansons révolutionnaires. Selon Buonarroti, les babouvistes avaient compris que « le droit d’abattre le pouvoir tyrannique étant par la nature des choses délégué à la section du peuple qui l’avoisine, c’est à elle qu’est aussi délégué le droit de le remplacer d’une manière provisoire« . Ainsi, c’est bien au peuple qui souffre de l’oppression de s’organiser pour la détruire et créer de nouvelles institutions faites pour lui et par lui, le temps d’éliminer les révoltantes distinctions sociales. Ces conceptions, qui paraissent étonnamment modernes, sont issues d’une observation raisonnée du problème social et leur permet de comprendre la place que doit occuper le peuple dans la transformation politique.

Gracchus Babeuf avait compris l’évolution du monde et le sens de la Révolution française, et perçu l’avènement du capitalisme, un système « à l’aide duquel on parvient à faire remuer une multitude de bras sans que ceux qui les remuent en retirent le fruit« . Sylvain Maréchal, lui, était convaincu qu’on ne transformerait pas la société par la voie parlementaire tant qu’une « muraille d’airain s’élève encore entre ceux qui ont trop et ceux qui n’ont pas assez« . Il ne pouvait rien attendre de cette « démocratie » qui veut donner l’illusion qu’une population est unie et collabore dans un but commun, alors qu’elle est coupée par une fracture de classes entre exploités et exploiteurs.

Renaud (AL Alsace) http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article1347

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31 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

31 juillet 1914 : l’assassinat de Jaurès

31 juillet 1914 : l'assassinat de Jaurès dans Histoire 1004813-%C3%89loy_Vincent_Jean_Jaur%C3%A8s_%C3%A0_la_tribune

Le 31 juillet 1914, dans un café parisien tout proche de la rédaction du journal l’Humanité qu’il dirigeait, Jean Jaurès était assassiné.

La date de cet assassinat ne devait évidemment rien au hasard : on était à quelques heures de la déclaration de guerre entre la France et l’Allemagne; et Jaurès, depuis des années, était aux yeux de la classe ouvrière l’un des plus farouches adversaires de la guerre impérialiste.
Jean Jaurès est né le 3 septembre 1859 à Castres. Bien qu’issu d’un milieu relativement modeste, il fit des études brillantes, et fut reçu premier au concours de la prestigieuse École normale supérieure. On était alors dans les années 1880, c’est-à-dire une dizaine d’année après la chute du Second Empire. La République semblait encore fragile, et Jaurès en fut très tôt un défenseur farouche: son propre parcours lui paraissait un bienfait de la République et de ses possibilités d’ascension sociale. Jean Jaurès fut donc élu député républicain du Tarn, de 1885 à 1889.

C’est en 1892 que Jaurès se lia au mouvement ouvrier. Cette année-là, les mineurs de Carmaux avaient entamé une grève pour protester contre le licenciement d’un des leurs. La Compagnie des mines était dirigée par des patrons d’extrême droite, des « capitalistes aristocrates » d’une espèce que Jaurès, farouche admirateur de la Révolution française, ne pouvait que haïr. Il prit donc fait et cause pour les mineurs en grève contre leur patron, le marquis Ludovic de Solage, député de la circonscription. Après la victoire de la grève, le marquis démissionna et Jaurès, à la demande des ouvriers qui estimaient lui devoir leur victoire, devint leur député.

C’est avant tout cela qu’était Jean Jaurès : un militant qui mit ses capacités intellectuelles et oratoires au service de la classe ouvrière. Jaurès se sentait profondément lié aux problèmes de l’humanité. À l’instar de Marx qui disait que « rien de ce qui était humain ne (lui) était étranger », Jaurès parlait d’un « traité qui le liait à la race humaine ». C’est cet humanisme qui fit de lui un adversaire acharné de la guerre; c’est lui aussi qui le fit se jeter en 1898 dans la bataille pour la défense de Dreyfus – alors que certains socialistes français, comme Jules Guesde, considéraient que cette bataille était d’un intérêt mineur pour le mouvement socialiste.

À la fin du 19e siècle, lorsque débutèrent dans le mouvement socialiste les grands débats entre révolutionnaires et réformistes, Jaurès appuya l’entrée du socialiste Millerand dans le gouvernement Waldeck-Rousseau… mais s’inclina devant la condamnation de cette politique par l’Internationale socialiste. Comme l’écrivit Trotsky, il était beaucoup plus marqué par les idées de la Révolution française que par celles de Marx: « Jaurès était entré dans le parti, homme mûr, avec une philosophie idéaliste entièrement formée. (…) Son socialisme ne prenait jamais un caractère de classe nettement accusé et ne rompait jamais avec les principes humanitaires et les conceptions du droit naturel si profondément imprimées dans la pensée politique française de l’époque de la grande Révolution. »
Jaurès, qui avait fondé l’Humanité en 1904, devint le principal dirigeant du Parti socialiste français unifié, né du congrès de 1905. Mais si Jaurès était un réformiste, il n’avait rien à voir avec les domestiques conscients de la bourgeoisie que sont les dirigeants socialistes d’aujourd’hui: même si Mitterrand en son temps a osé se réclamer de Jaurès, il y a un gouffre entre ce bourgeois ennemi de la classe ouvrière qu’était Mitterrand et ce dirigeant dévoué au prolétariat qu’était Jaurès.
Le dernier grand combat de Jaurès a été celui qu’il a mené contre la guerre mondiale qui se profilait. Assassiné à la veille de la guerre – par un illuminé nationaliste nommé Villain, qui fut lui-même abattu par les ouvriers espagnols en 1936- Jaurès n’a pas connu la honte du ralliement de tous les socialistes français au camp de la bourgeoisie, en 1914. Comme l’écrivit Trotsky, « un morceau de plomb a soustrait Jaurès à la plus grande des épreuves politiques. »
Il est évidemment difficile de savoir quelle aurait été son attitude face à la guerre s’il avait vécu. Mais Trotsky, lui, affirmait: « Quelle position eût-il occupé? Indubitablement, la position patriotique. Mais il ne se serait jamais résigné à l’abaissement qu’a subi le parti socialiste français (…) Et nous avons entièrement le droit de croire qu’au moment de la révolution future, le grand tribun eût déterminé, choisi sans erreur sa place et développé ses forces jusqu’au bout. » Et il concluait: « Jaurès tomba sur l’arène en combattant le plus terrible fléau de l’humanité et du genre humain: la guerre. Et il restera dans la mémoire de la postérité comme le précurseur, le prototype de l’homme supérieur qui doit naître des souffrances et des chutes, des espoirs et de la lutte.» Pierre VANDRILLE

Lu dans la Lutte Ouvrière n°1878 du 30 juillet 2004

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30 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Anticolonialisme : à propos de la disparition d’Henri Alleg

Anticolonialisme : à propos de la disparition d’Henri Alleg dans Anticolonialisme arton633-300x155

Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur Henri Alleg décédé la semaine dernière.

Souvent beaucoup de mensonges et pas mal d’hypocrisie de la part des personnalités politiques de gauche qui lui ont rendu hommage. Henri Alleg, militant du PCA torturé par les paras de Massu, est un des symboles de la lutte anticolonialiste. Il restera dans l’histoire, tout comme les communistes Raymonde Dien qui se coucha sur le rails pour empêcher un train de munitions de partir pour la guerre en Indochine, le marin Henri Martin qui refusa d’y servir ou le soldat Alban Liechti qui fera de même pendant la guerre d’Algérie.
Mais en matière d’hypocrisie, commençons par les larmes de crocodiles des dirigeants PS pleurant la disparition d’Henri Alleg, alors qu’il suffit de rappeler que l’insurrection algérienne a commencé en 1954 et que l’essentiel de la guerre répressive a été menée par un gouvernement socialiste sous la houlette des Guy Mollet, Lacoste ou Mitterrand. Ce dernier qui proclamait que « l’Algérie était française » a été ministre de la justice jusqu’en mai 57 et c’est lui qui a refusé de gracier 45 condamnés à mort qui seront guillotinés, comme le communiste Fernand Yveton ou un autre membre du PCA, l’aspirant Maillot qui avait déserté en 1956 et sera arrêté, puis assassiné.

Les opposants tardifs à la guerre Le PCF, qui joue aujourd’hui sur ses « martyrs », oublie de dire qu’en 1954, comme le PCA, il avait con- damné le début de l’insurrection armée, puis voté en 1956 au Parlement les « pouvoirs spéciaux » qui ont permis au gouvernement dirigé par Guy Mollet d’envoyer le contingent en Algérie.

Par la suite, le PCF, partisan de la « paix en Algérie » et non de l’indépendance, s’est opposé à celles et ceux qui se sont engagés dans les réseaux de soutien au FLN (réseaux Jeanson, Curiel, ou à Jeune résistance, organisation agissant dans l’armée, bloquant les trains de sol- dats partant pour Marseille, aidant les déserteurs). Beaucoup de militants communistes furent exclus du parti pour avoir milité dans ces structures, souvent au coté de chrétiens comme ceux qui éditaient la revue Témoignages et Documents.
Le PCA ne ralliera le FLN qu’en 1956 après avoir créé ses propres groupes armés, et ça n’est qu’à la fin de la guerre que le PCF demandera à une vingtaine de ses militants (presque tous fils de dirigeants) de refuser de partir à l’armée et donc de se faire arrêter. Il n’est  pas question ici d’ignorer le rôle du PCF dans cette bataille anticolonialiste mais de rétablir quelques vérités, y compris pour comprendre l’origine des exclusions et le rôle de la guerre d’Algérie pour la génération de 68 et d’après.
Signalons enfin qu’Alleg était devenu un opposant organisé à la direction actuelle du PCF, lui reprochant ses « capitu- lations ». Membre du Pôle de renaissance communiste en France, ce nostalgique de l’URSS était aussi membre du Comité Honecker de solidarité internationaliste (du nom de l’ancien dirigeant d’Allemagne de l’Est…).

Alain Krivine Vendredi 26 juillet 2013 Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 205 (25/07/13)

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30 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Chine : Une trajectoire dans le siècle (1)

Chine : Une trajectoire dans le siècle (1) dans Histoire lotus-a

Au début du XVIIIe siècle, la Chine représentait près de 25 % de l’ensemble des richesses produites dans le monde.

Le chiffre est proche de 10 % aujourd’hui, il était de 3 ou 4 % en 19501. Le « communisme » selon Mao puis le « capitalisme rouge » lui ont donc redonné une place éminente… Dans cette trajectoire si singulière, le Parti communiste a joué un rôle étonnant, capable de révolutionner en profondeur l’ensemble de la société, mais pour mieux accoucher au final d’un capitalisme qui peut sembler suffisamment « performant » pour placer la Chine parmi les grandes puissances « émergentes ».

1911-1949 : trois révolutions et une indépendance retrouvée Au début du siècle précédent, la situation était bien différente. La Chine n’est plus « l’Empire du Milieu » qu’elle croyait être, au centre du monde. C’est un pays traumatisé, soumis aux invasions étrangères, humilié. La Chine a manqué le train de la révolution industrielle, elle subit désormais toutes les conséquences des « traités inégaux » que lui imposent après 1839 les occidentaux, qui bénéficient d’une véritable extraterritorialité grâce aux « concessions » et de l’ouverture forcée d’un certain nombre de villes au commerce.

En 1911, une révolution dépose le jeune empereur Pu Yi et la République est proclamée en 1912. Sun Yat-sen – qui a fondé le Guomindang, un parti nationaliste destiné à libérer et à moderniser la Chine sous l’impulsion de la bourgeoisie – est écarté par les militaires. Le pays s’enfonce un peu plus dans le chaos, martyrisé par les « seigneurs de guerre » qui se partagent les dépouilles sous le contrôle plus ou moins bienveillant des puissances étrangères. Un espoir pourtant : il est du côté de la Russie où la révolution en 1917, sous l’impulsion des bolcheviks, proclame le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

Au même moment émerge un véritable mouvement de renaissance culturelle qui prend son essor autour d’une grande figure intellectuelle, Chen Duxiu, et d’étudiants de l’université de Pékin. Il cherche à redonner à la Chine sa fierté et son indépen-dance, mais n’hésite pas pour cela à critiquer violemment la culture traditionnelle et le confucianisme, tous les rapports sociaux hérités du passé, la famille, osant ce paradoxe : la Chine doit être capable d’apprendre de l’occident si elle veut s’émanciper, et associer étroitement émancipation nationale et émancipation sociale en faisant des classes pauvres de la société le moteur de la révolution. Ce mouvement est directement à l’origine de la révolte du 4 mai 1919 qui éclate lorsque parviennent à Pékin les conclusions de la conférence de Versailles offrant de nouveaux territoires au Japon. Elle rencontre un écho profond dans tout le pays.

En fait deux partis s’en réclament : outre le Guomindang, transformé en un véritable parti militarisé sous la direction de Jiang Jieshi (Tchang Kaï-chek), qui prétend faire la révolution par en haut sous le contrôle de la bourgeoisie, il y a désormais le Parti communiste chinois fondé par Chen Duxiu en 1921, encore très embryonnaire. Suivant les conseils de Moscou, le PCC se fond dans le Guomindang, lequel obtient en échange des armes et des conseillers militaires, pour des raisons tactiques mais pas uniquement : c’est aussi l’idée d’une « révolution en deux étapes » (bourgeoise d’abord, prolétarienne ensuite) qui s’impose sous la direction de Staline et Zinoviev, contre Trotsky.

Or la situation change rapidement. Le PCC acquiert une certaine influence, porté par une véritable révolte qui gagne la population ur- baine à partir de 1924-1925. Ses militants sont massacrés par les troupes du Guomindang qui ont compris le danger. L’absence de politique indépendante pour le prolétariat débouche en 1927 sur un désastre, dont Staline est directement responsable. C’est la fin de la « deuxième révolution chinoise » et le point de départ d’une nouvelle étape.

Les survivants se réfugient dans les campagnes, puis constituent une « armée rouge » à la tête de laquelle s’impose peu à peu un nouveau dirigeant, Mao Zedong, qui entreprend une « longue marche » en 1934 afin d’échapper à une nouvelle tentative d’extermination. Chen Duxiu rejoint l’opposition trotskyste.

Dès cette époque, Mao donne au PCC un nouveau visage : par son fonctionnement bureaucratique et autoritaire, il a tous les traits d’un parti stalinien. Mais Mao s’oppose de plus en plus ouvertement à la fraction dirigée par Wang Ming, laquelle fait directement allégeance à Staline, avant de l’éliminer. Mao défend son pré-carré, et une version de plus en plus « sinisée » du marxisme, centrée sur la conquête de l’in- dépendance nationale. En son cœur, une stratégie qu’il élabore progressivement au cours de ces années, la « guerre populaire prolongée », et une armée qui prend appui sur la paysannerie, encadrée par les rares étudiants venus des villes qui ont échappé aux massacres. Les territoires libérés survivent comme ils peuvent, comme cette « République soviétique » (mais sans soviets !) du Shaanxi que dirige Mao dans le nord de la Chine durant plusieurs années.

La situation bascule quand le Guomindang, déjà affaibli par la corruption, est confronté à un nouveau rival : le Japon. Ce dernier envahit la Mandchourie en 1931 puis le reste du pays en 1937. Les massacres de Nankin font au moins 150 000 victimes. Conséquence des destructions et de toutes les atrocités commises, des famines et des déplacements de population, la guerre fait plus de 15 millions de morts.

En 1937, le Guomindang et le PCC s’allient contre l’envahisseur japonais. C’est une version particulière du « front populaire » que Staline et ses émissaires promeuvent désormais partout. L’alliance avec le Guomindang est cependant plus formelle que réelle et l’opposition entre les deux partis ne cesse pas durant la guerre. Mais face au Japon, l’armée rouge transformée en « Armée de libération du peuple » in- carne bien plus que le Guomindang la volonté de se battre pour l’indépendance du pays. Une volonté que symbolisent son drapeau et « l’union des quatre classes » désormais assumée par le PCC entre les ouvriers, la paysannerie, les intellectuels et la « bourgeoisie patriote ». Dimanche 28 juillet 2013 Publié dans : Revue Tout est à nous ! 45 (juillet 2013)

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30 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

1949-1976 : le maoïsme, une étape singulière (2)

1949-1976 : le maoïsme, une étape singulière (2) dans Histoire c05

Le 1er octobre 1949, Mao proclame officiellement la naissance de la « République populaire de Chine ».

Aux yeux de la bourgeoisie et de l’impérialisme, elle représente un mélange détonnant et inédit. Durant la Deuxième Guerre mondiale, les USA avaient fait de Jiang Jieshi un allié privilégié dans la région et la Chine avait obtenu en 1945 une place de membre permanent au conseil de sécurité de l’ONU. Cet espoir est vite déçu : contre toute attente, et contre l’avis de Staline qui cherche le plus longtemps possible à préserver le semblant de statu quo négocié à Yalta, le PCC reprend très vite l’offensive. Il obtient rapidement l’avantage en s’appuyant sur les révoltes de la paysannerie, jusqu’à obtenir la victoire contre le régime nationaliste qui se réfugie à Formose devenu Taïwan.

Dès 1946, une partie importante de la bourgeoisie chinoise avait commencé à placer massivement ses capitaux à l’étran- ger. Mais ce n’est pas la crainte d’une victoire de Mao qui l’avait poussée à agir ainsi, du moins à ce moment-là : bien plutôt, le niveau de violence et de corruption atteint par le régime nationaliste dirigé par Jiang Jieshi, et devenu réellement insupportable. Certains secteurs de la bourgeoisie et des pans entiers de l’armée du Guomindang se rallient même avec armes et bagages à Mao en 1949. Jusqu’en 1952, le nouveau régime cherche ouvertement à consolider son alliance avec le secteur privé au nom de l’intérêt de toute la nation.

En même temps, c’est bien une révolution sociale qui touche en profondeur les campagnes chinoises, débouchant sur une réforme agraire gigantesque, transformant en profondeur les rapports sociaux et posant les bases d’une société nouvelle. Avec certaines limites : au cours de « meeting d’amertume », des dizaines de millions de paysans mettent en cause le pouvoir des grands propriétaires – mais aussi les femmes, leurs maris violents – sans être en mesure de mettre en place leurs propres pouvoirs, toujours encadrés par l’armée. Les villes sont littéralement investies comme un corps étranger : à Shanghai, le premier réflexe du nouveau régime est de demander aux ouvriers de « travailler normalement ».

Réforme agraire, indépendance nationale, unité de la Chine et construction d’une économie nationale apte à répondre aux besoins du pays : ce sont autant d’objectifs qui relèvent d’une « révolution démocratique bourgeoise » menée de manière radicale, pour reprendre une terminologie marxiste. Le rapprochement avec l’URSS, les débuts de la guerre froide puis sa brutale aggravation avec la guerre de Corée changent la donne. A partir de 1953, le régime maoïste – sans autre appui que celui de l’URSS – nationalise en quelques années la totalité de l’économie.

La Chine semble alors copier le modèle de développement soviétique, avec la mise en place d’un plan quinquennal, la prio- rité donnée au développement de l’industrie lourde et même son culte de la personnalité… Mais chacun a ses propres intérêts nationaux distincts voire antagoniques, tout en se réclamant du « communisme ». L’URSS est accusée par la Chine de vouloir la maintenir dans un état de dépendance. Les tensions finissent par déboucher sur une rupture entre les deux pays en 1960. Staline avait inauguré le « socialisme dans un seul pays ». Il y aura désormais un « socialisme » pour chaque pays.

Mais de quel « socialisme » parle-t-on au juste ? La problématique à la base est la même que celle de l’URSS stalinienne : coupé du reste du monde, victime de l’état arriérée de son économie, le pays ne peut se développer et s’industrialiser que sur la base d’une accumulation primitive de capitaux réalisée aux dépends de la paysannerie. Le « Grand bond en avant » démarré en 1958 a ceci de particulier qu’il ne se contente pas de renforcer la pression sur les paysans dans le cadre des « communes populaires » (à la fois unités de production et unités administrative pouvant regrouper plusieurs dizaines de milliers de personnes). C’est la paysannerie elle-même qui doit produire l’acier qui manque ! Le résultat est un désastre : très peu d’acier utilisable, mais 20 à 30 millions de morts du fait de la famine et de la désorganisation de la production agricole.

Dans une forme de fuite en avant, Mao lance en 1966 la « grande révolution culturelle ». En apparence, un appel à la mobilisation des masses contre la bureaucratie, en réalité, une lutte pour le pouvoir face à d’autres dirigeants qui le critiquent de plus en plus ouvertement. C’est le début d’une nouvelle période de chaos, qui s’achève par une mise au pas de toute la population. L’armée joue à cette occasion un rôle essentiel.

L’expérience maoïste ne se réduit pourtant pas à ces désastres. Au prix de sacrifices énormes, ce sont bien les bases d’une économie moderne qui se sont mises en place durant cette période, bien mieux qu’en Inde par exemple, sans lesquelles l’étape suivante n’aurait pas été possible. Le pari de construire une économie nationale indépendante après un siècle de domination étrangère est donc atteint. Mais pas celui de sortir du sous-développement.

Le triomphe de « l’économie socialiste de marché » Le tournant a lieu du vivant de Mao. Les Etats-Unis – soucieux de se désengager de la guerre du Vietnam tout en conservant une certaine influence sur la région – font le choix de sortir la Chine de son isolement. C’est une pre- mière étape, décisive, dont le symbole est le voyage de Nixon à Pékin en 1972. Un changement de stratégie qui conduit par exemple les occi- dentaux, au moment de l’invasion du Cambodge par le Vietnam en 1979, à condamner le Vietnam soutenu par l’URSS et à soutenir pendant plusieurs années les Khmers rouges alliés des Chinois !

La Chine est désormais officiellement réintégrée dans le concert des nations… capitalistes. Reste à opérer le tournant écono- mique. En 1978, deux ans après la mort de Mao, Deng Xiaoping s’impose comme le nouvel homme fort du régime. Une fois la « bande des quatre » éliminée (dont la veuve de Mao), il lance avec le soutien du parti une politique de réforme – les « quatre modernisations » – qui chan- ge en profondeur le fonctionnement de l’économie : décollectivisation des campagnes, libération des prix, abandon de la planification, en- couragement des entreprises individuelles et, surtout, ouverture aux capitaux étrangers avec la création des ZES (les zones économiques spéciales). En 1992, cette ouverture concerne l’ensemble du littoral chinois au moment où Deng lance un nouveau concept : le « socialisme de marché », qui prétend concilier socialisme et capitalisme.

Le résultat est spectaculaire, avec un taux de croissance annuel qui dépasse les 10 % par an, ce qui permet à la Chine de devenir la deuxième puissance économique du monde en 2010 par le PIB. En même temps, une nouvelle bourgeoisie prend son essor. Elle rassemble des éléments divers, opérant une sorte de « fusion des élites » entre la bureaucratie d’Etat, les grandes familles réfugiées à l’étranger direc-tement à l’origine d’une majeure partie des IDE (investissements directs de l’étranger) vers la Chine, et parfois leurs « cousins » restés au pays et avec lesquels les liens n’ont jamais été interrompus, même durant les heures les plus dures du régime maoïste.

Après avoir adhéré au FMI, à la Banque mondiale et à l’OMC dans les années 2000, la Chine est désormais réintégrée au sein des instances dirigeantes du monde capitaliste. Non sans contradictions, car son IDH (indice de développement humain) reste celui d’un pays en développement, tandis que les inégalités spatiales et sociales se sont considérablement accrues. Une partie de la paysan- nerie a été littéralement expropriée par les caciques locaux, venant grossir le flot des émigrés sans droit dans les grandes villes du littoral. Trente à quarante millions d’ouvriers des grandes usines d’Etat ont été licenciés ces vingt dernières années. Dans le même temps, l’évolution très rapide de la société a également libéré de nouvelles aspirations, notamment au sein de la classe moyenne.

Au printemps 1989, les étudiant occupent la place Tian’anmen pendant plusieurs semaine, réclamant la démocratie avant d’être brutalement réprimés. Depuis, le régime cherche à trouver un équilibre : réprimer, mais sans trop d’excès non plus, les classes pauvres en lâchant du lest de temps en temps ; acheter la bienveillance des classes moyennes sur le terrain de la consommation ; réfréner autant que possible les mouvements inévitablement chaotiques provoqués par l’avidité des classes les plus riches. Jusqu’à présent il y est parvenu et, à partir d’une histoire bien différente de l’URSS, il a su gérer la transition. Mais celle-ci continue à reposer sur une montagne de contradictions. Jean-François Cabral

Notes 1 Angus Maddison, L’économie mondiale, statistiques historiques, OCDE, 2003

La Chine en un siècle et neuf dates

1911 : le jeune empereur Pu Yi est déposé, proclamation de la république

1927 : écrasement des communistes par le Guomindang de Jiang Jieshi

1949 : proclamation de la République populaire de Chine

1958 : début du « grand bond en avant »

1966 : début de la « révolution culturelle »

1978 : arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping deux ans après la mort de Mao Zedong

1989 : massacre des étudiant place Tien An Men

1992 : officialisation d’un nouveau concept, le « socialisme de marché »

2010 : le PIB de la Chine est le deuxième du monde

http://npa2009.org/node/38346

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28 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Cuba célèbre le 26 juillet 1953 (LBN)

Cuba célèbre le 26 juillet 1953 (LBN) dans Antiimpérialisme

José Marti, héro national cubain

 

Le 26 juillet est l’anniversaire de l’attaque par un groupe de jeunes cubain(e)s de la caserne de la Moncada en 1953 . Echec total, exécutions sommaires, tortures. Mais Fidel, prisonnier, « gagnera » son procès devant l’opinion publique, sera libéré en 1955 et son « Mouvement du 26 Juillet » prendra le pouvoir en 1959. Voici la préface de François Maspéro au livre « Ruptures à Cuba, le castrisme en crise » de Janette Habel…

La page arrachée

L’histoire raconte que dans la nuit du 5 mai 1895, peu de jours après le débarquement qui marqua le début de la seconde guerre d’indépen- dance de Cuba, les trois chefs des insurgés, Maximo Gômez, Antonio Maceo et José Marti, eurent, dans la centrale sucrière de La Mejorana près de Santiago, une ultime rencontre pour confronter leurs plans de campagne. L’histoire raconte encore que cette entrevue fut particu-lièrement orageuse. Que se dirent-ils ? Ni Gômez ni Maceo ne l’ont jamais rapporté. Marti, lui, le nota sur une page de son journal, l’une des toutes dernières : il devait mourir douze jours plus tard, frappé d’une balle en chargeant à la bataille de Dos Rios. Et c’est ici que l’histoire devient énigme : car nul ne peut lire cette page. Elle fut arrachée et perdue.
On affirme néanmoins que la discussion porta sur les problèmes du pouvoir après la victoire. Les trois chefs historiques avaient tous présent à l’esprit près de cent années d’indépendances hispano-américaines ; et la question fondamentale, qui depuis les origines, depuis le renonce- ment de San Martin et l’éviction de Bolivar, avait couru tout au long du siècle comme un danger mortel toujours renaissant, se résumait en un mot : le caudillisme ; le pouvoir conquis par le peuple à la force de ses armes, incarné par un seul homme prétendant agir pour le seul bien du peuple et se maintenant au pouvoir au besoin contre le peuple par la même force des armes. Un mot qui sur le continent signifiait cent noms:   Sâenz, Rosas, Francia, Melgarejo ou Porfirio Diaz… Les chefs cubains parlèrent-ils des moyens de conjurer ensemble cette « ombre du cau- dillo », ou en restèrent-ils à se suspecter mutuellement, chacun soupçonnant l’autre de ne viser qu’à la confiscation, la victoire remportée, du pouvoir pour lui seul ? A la veille de sa mort Marti nota encore sur son journal, et la page, ici, nous a ete conservée, la méfiance de Maximo Gômez : « N’appelez pas Marti président. Il n’est ici qu’en qualité de général. (…) En vérité je ne sais pas ce qui leur arrive, aux présidents, mais des qu’ils sont élus, c’en est fait d’eux. A l’exception de Juarez, et encore. Et de Washington. » Sur quoi, ajouta Marti, un insurgé brandit sa ma- chette et dit : « Tout dépendra de la volonté du peuple… Nous nous sommes joints à la révolution afin d’être des hommes, et non pour qu’on nous blesse dans notre dignité d’hommes [1]. »
Marti est mort à Dos Rios. Maceo a été tué au combat l’année suivante. Maximo Gômez, lui, a connu la victoire de 1898 et sa récupération par les Etats-Unis grâce à leur intervention de dernière heure. Il refusa le pouvoir qu’on lui offrait et finit ses jours dans une retraite ombra- geuse. Il repose au cimetière de La Havane, et la petite histoire raconte encore que c’est à dessein qu’il se fit construire un mausolée ou l’on ne peut entrer qu’en baissant la tête : il voulait rappeler leur humiliation aux grands de Cuba dont il savait bien qu’ils ne manqueraient pas de venir lui rendre périodiquement un hommage rituel.

L’histoire de cette île est singulière. Elle est faite d’extrême grandeur et d’extrême humiliation : toujours hors de proportion avec sa taille réelle. L’île fut le premier établissement de la Conquête espagnole. Lorsque Christophe Colomb répandit en Europe la nouvelle de la découverte de ces Indes qui n’étaient pas encore l’Amérique, c’est essentiellement Cuba qu’il décrivit ; et lorsque Thomas More écrivit son Utopie, c’est tout naturellement à Cuba que, sur la foi de cette description, il pensa pour décrire un monde neuf ; lequel, tout naturellement aussi, se retrouva être l’île de la Tempête de Shakespeare.

C’est de Cuba que partirent vers le continent Cortes et les conquistadores. C’est à Cuba que s’accomplit le premier génocide des Indiens, que furent introduits les premiers esclaves africains. C’est de Cuba que furent tirées les premières richesses du pillage de l’Amérique. C’est là que furent construites la première cathédrale et la première université. Premier établissement de l’empire espagnol, l’île fut aussi le dernier : l’esclavage ne fut aboli qu’en 1886 et l’indépendance proclamée en 1898. C’est dire que, lorsque Fidel Castro et les siens arrivèrent au pouvoir en 1959, ces choses-là appartenaient encore à la mémoire vivante : des paysans parlaient de leur enfance d’esclaves et de leur mère esclave, de même que pouvaient encore témoigner d’anciens vétérans de la guerre contre l’Espagne qui avaient serré la main de Maximo Gômez.

mercredi 1er décembre 2004, par MASPERO François Lire la suite: http://www.preavis.org/breche-numerique/article17.html

Note:   La première université galicienne, langue interdite sous le franquisme, fut crée à Cuba, (Castro étant d’origine galicienne?)

Pour en savoir plus:

http://www.avanti4.be/analyses/article/dossier-la-revolution-cubaine-a-la-croisee-des

http://www.avanti4.be/analyses/article/dossier-cuba-a-la-croisee-des-chemins-ii

http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?view=article&id=2957:retour-sur-des-revolutionnaires-oublies-de-lhistoire-les-trotskistes-cubains-des-annees-1930-a-19591-&option=com_content&Itemid=53

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28 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

27 juillet 1953, fin de la guerre de Corée (lcr.be)

27 juillet 1953, fin de la guerre de Corée (lcr.be) dans Histoire image-datant-de-la-guerre-de-cor%C3%A9e

Il y a 60 ans, le Nord communiste envahissait son voisin du Sud afin, par la force, de réunifier la Corée divisée au lendemain de la seconde guerre mondiale (1).

Le 25 juin 1950, les troupes militaires nord-coréennes franchissent la frontière du 38e parallèle ­ ligne de démarcation entre la République de Corée (Sud) et la République démocratique et populaire de Corée (Nord). L’invasion décidée par le leader Kim Il-sung est un succès. Le 28 juin, la capitale du Sud, Séoul, est prise. Trois jours ? Syngman Rhee, dictateur en chef de la Corée du Sud, soutenue par les Etats-Unis, avait estimé le 21 octobre 1949 qu’il était « en mesure de prendre Pyongyang (capitale du Nord, ndlr) en trois jours ». La guerre en Corée prendra fin en juillet 1953, impliquant d’une part, les Etats-Unis à la tête d’un corps expéditionnaire international sous mandat de l’Onu, et d’autre part la Chine populaire. Cela constituera l’affrontement armé le plus important de l’après-Yalta. L’Urss se bornera, de son côté, à fournir du matériel militaire aux troupes chinoises et coréennes. Pourtant ce conflit demeure un avatar de l’affrontement des deux « grands ».

Le contexte L’invasion de la Corée du Sud ne relève pas d’une décision prise à la légère par les Nord-Coréens ; elle est tributaire de plusieurs facteurs et éléments d’analyse du contexte international. Le 1er octobre 1949, la République populaire de Chine est proclamée, les troupes de Tchang Kai-Shek sont refoulées dans l’île de Formose. La RPC est aux frontières de l’Indochine française et accroît la vigueur combattante du Viêt-Minh. Le 18 janvier 1950, la République démocratique du Viêt-Nam, sous la houlette de Hô Chi Minh, marque la première défaite de la France coloniale.

De 1948 à 1950, les forces communistes (en Birmanie et en Malaisie) dans tout l’Extrême-Orient se lancent dans une offensive générale contre les pouvoirs en place. Les puissances coloniales (France, Angleterre, Pays-Bas) et les Etats-Unis se considèrent menacés par « l’expansionnisme communiste ». Le 19 juin 1950, Foster Dulles déclare à Séoul que « la Corée du Sud est sur la ligne de front de la liberté, soutenue dans cette bataille par le peuple américain ». Cinq mois auparavant, le secrétaire d’Etat américain à la Défense, Dean Acheson, considérait à l’opposé que la Corée du Sud et Formose se trouvaient « en dehors du périmètre défensif des Etats-Unis dans le Pacifique ».

Le déroulement Si les déclarations contradictoires de la part des Américains ont certainement joué leur rôle dans la détermination nord-coréenne à envahir son voisin du Sud, le refus de la partition n’en reste pas moins la raison première. Certes, le 9 septembre 1948, Kim Il-sung est « élu » président de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), quelques semaines après que la République de Corée (Sud) a été proclamée sous l’autorité de Syngman Rhee, le 15 août 1948. Au Sud, l’autoritarisme du dictateur proaméricain provoque grèves et foyers de « guérillas communistes » qui contestent son pouvoir. Pour Kim Il-sung, c’est une situation qui concourt à légitimer auprès de la population du Sud l’invasion qui prendrait dès lors l’apparence d’une libération nationale. Les entretiens du leader nord-coréen avec Staline l’engagent à prendre l’initiative des hostilités. Du 25 juin au mois d’août 1950, l’offensive du Nord est victorieuse et repousse les forces terrestres américaines et sud-coréennes jusqu’à la ville portuaire de Pusan (au sud-est de la péninsule). Le 15 septembre, le général MacArthur, gouverneur militaire du Japon et commandant en chef du contingent onusien, débarque derrière les lignes ennemies et entame la reconquête du territoire. Le 28 septembre Séoul est reprise, et le 30 septembre les Nord-Coréens sont repoussés au-delà du 38e parallèle.

Docteur Folamour Le général américain, partisan d’une guerre totale contre « le communisme », poussera son avantage sur le terrain militaire jusqu’à la frontière entre la Chine et la Corée du Nord, sur les rives du fleuve Yalou. Le monde est au bord d’une 3e guerre mondiale. L’Assemblée générale des Nations unies, séduite par le point de vue américain, opte pour la réunification de la Corée dans l’orbite du « monde libre ». MacArthur, pour l’obtenir, envisagera la guerre contre la Chine et l’Urss s’il le faut. Des frappes nucléaires sur les sites industriels de la Mandchourie (nord-est de la Chine) sont même envisagées.

La Chine de Mao réagit et engage 700 000 hommes dans le conflit. MacArthur doit reculer jusque derrière le 38e parallèle, les forces sino-coréennes reprennent Séoul le 4 janvier 1951, puis sont de nouveau repoussées. En mars-avril 1951, le front se stabilise. Le général MacArthur est destitué et remplacé par le général Ridgway. Des négociations s’ouvrent mais ne débouchent pas sur de réelles avancées. L’élection à la présidence des Etats-Unis du général Eisenhower, partisan de la fin des hostilités en Corée, et la mort de Staline le 3 mars 1953 relancent celles-ci. Le 27 juillet 1953, un armistice est signé à Panmunjon, sur la ligne même de démarcation des deux Corée. La partition du territoire coréen est entérinée.

Bilan d’une guerre Le nombre des victimes varie selon diverses estimations. Celles des Nations unies tournent autour de 2 500 000 morts, d’autres parlent de 4 millions de victimes. Côté américain, on compte 34 000 morts, pour 200 000 Chinois. Reste que les pertes les plus lourdes sont du côté coréen, et plus encore parmi les Nord-Coréens (300 000 victimes). Quant aux « accusations fallacieuses » concernant l’utilisation de l’arme bactériologique par les Américains, elles se révèlent aujourd’hui étayées par plusieurs types de sources(2). Les Américains auraient, par voie aérienne, pulvérisé à la frontière sino-coréenne des germes de contamination et auraient diffusé des insectes contaminés provoquant différentes épidémies.

Les deux Corée sortent dévastées de ce conflit de trois ans. Néanmoins, la Corée du Nord, sous la férule de Kim Il-sung, pourra prétendre à une certaine réussite économique. En 1960, le PIB par habitant est 2 fois plus élevé qu’en Corée du Sud. Le 19 avril 1960, Syngman Rhee est poussé à la démission par les manifestations étudiantes. La république est rapidement renversée par des juntes militaires (en 1961 et en 1979) ; une certaine « libéralisation » intervient en 1987. En 1997, le dissident démocrate Kim Dae-jung est élu président de la République de Corée. Quant à Kim Il-sung, il meurt en 1994 après avoir inventé le « communisme dynastique », nommé comme successeur son fils Kim Jong-il et réalisé le rêve de « beaucoup de dictateurs malades (…): isoler physiquement et mentalement du reste de l’humanité son bout de territoire et la population soumise à sa toute-puissance »(3).

1. L’émission de Marc Ferro, « Histoire parallèle » du 24 juin à 19 heures, est consacrée au 25 juin 1950.

2. voir le Monde diplomatique, « Les armes biologiques de la guerre de Corée », juillet 1999.

3. voir Libération, éditorial de Gérard Dupuy du 19 avril.

http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?option=com_content&view=article&id=634:conflit-au-38e-parallele-1950-1953–la-guerre-de-coree&catid=99:Luttes%20sociales&Itemid=53

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19 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Révolution et contre-révolution en Espagne (Lcr.be)

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Le 18 juillet, il y aura exactement soixante ans (77) que l’insurrection de la classe ouvrière espagnole aura fait échouer le putsch du général Franco.

Tout de suite après ce succès, les travailleurs passèrent à la contre-offensive. Trois années et un million de morts plus tard, cette puissante vague révolutionnaire fut définitivement écrasée sous le talon de fer d’une dictature qui allait durer quarante ans. Mais la défaite de la révolution était effective dès 1937. Ni cette défaite ni la déroute militaire de 1939 n’étaient une fatalité.

Jusqu’à présent, l’explication dominante de ces dramatiques événements niait complètement ou minimisait qu’il y ait eu un processus de révolution sociale en Espagne. Les historiens parlaient essentiellement de la guerre civile mettant aux prises le camp réactionnaire et nationaliste de Franco et le camp républicain démocratique. Toujours selon cette explication, Franco remporta la victoire grâce au soutien de Hitler et de Mussolini. De fait, l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie ne respectèrent à aucun moment le pacte de non-intervention dans le conflit, pacte auquel la France, la Grande-Bretagne se tinrent par contre scrupuleusement, abandonnant la République espagnole dans des rapports de forces militaires défavorables. Toujours selon cette version officielle de l’histoire, l’URSS de Staline fut la seule puissance à soutenir la camp républicain agressé par la fascisme. Quant à ceux qui, dans cette guerre, refusèrent de se soumettre aux institutions bourgeoises de la république, l’Histoire officielle les dépeint comme des « aventuriers romantiques », dont l’action aurait compromis la défense de la démocratie. Cet « ennemi dans son propre camp », la république se devait de l’éliminer sans pitié. Ainsi fut fait et ainsi fut écrite l’histoire.

 Et pourtant… Et pourtant le putsch de Franco n’était pas dirigé contre la République en soi. Par le putsch, le clergé, la noblesse, les grands propriétaires terriens et une partie de la bourgeoisie (dans beaucoup de cas ces dénominations différentes recouvraient les mêmes acteurs socio-économiques) voulaient établir une dictature parce qu’ils estimaient que la république ne serait pas capable de juguler la révolution montante dans le pays.

De la résistance à la révolution Le 18 juillet 1936, aussitôt que la nouvelle du putsch fut connue, les syndicats UGT (socialiste) et CNT (anarcho-syndicaliste) appelèrent à la grève générale. Les travailleurs/euses s’armèrent de leur mieux et aussi vite que possible pour tenir tête aux militaires. Pour cela, ils attaquèrent et pillèrent des arsenaux militaires, des casernes et des commissariats. L’improvisation fut grande, mais pas totale. En effet, syndicats et partis politiques ouvriers disposaient de structures d’autodéfense semi-clandestines, ce qui n’était pas exceptionnel en Europe à cette époque. Sentant venir le coup, ces organisations demandaient depuis des mois au gouvernement républicain d’armer les travailleurs. Mais il n’y a pas de directives venant d’en haut. Le pouvoir républicain, à ce moment crucial, tente de négocier un compromis avec les putschistes.

Les travailleurs, de leur côté, ne se contentent pas d’autodéfense. Emportés par leur élan, ils occupent les centres de communication, les centres vitaux des transports, les infrastructures d’approvisionnement… Milices et colonnes d’assaut formées en hâte par les organisations syndicales et politiques ouvrières supplantent complètement les institutions étatiques qui s’évanouissent, ou hurlent avec les loups fascistes.

C’est le moment historique où une république démocratique bourgeoise chancelante oscille entre les deux camps fondamentaux: la révolution ou la contre-révolution. Camillo Berneri, l’anarchiste italien qui sera « nettoyé » par les agents de Staline en mai 1937, exprime bien la situation : « Le seul dilemme est celui-ci : ou bien la victoire sur Franco grâce à la guerre révolutionnaire, ou bien la défaite ».

Le puissant mouvement social prend entre-temps le contrôle des entreprises et introduit l’autogestion. On exige des services publics. Dans les villages, des « juntas » (conseils) sont élus et la réforme agraire, réclamée en vain depuis de si longues années, est appliquée. Dans des régions telles que la Catalogne, l’Andalousie du Nord, l’Aragon, le Levant et la Nouvelle-Castille, les masses passent carrément à la collectivisation des terres. La révolution s’empare aussi de la justice, de la garde des frontières et fixe les prix des produits de première nécessité. La politique du logement est prise en mains par les conseils communaux. Les coopératives sortent de terre comme des champignons. Les contre-maîtres sont limogés et remplacés par des travailleurs élus. Dans certaines régions, le carnet syndical prend la place de la carte d’identité.

Les travailleurs pèsent sur le pouvoir politique. Les conquêtes sociales, culturelles, économiques sont à l’avenant : règlement du travail, lois sociales, école unique, maisons du peuple. C’est aussi à cette période que le premier mouvement autonome et de masse des femmes apparaît en liaison directe avec le mouvement ouvrier. Ils s’appelle « Mujeres Libres » (Femmes Libres), et est d’orientation anarchiste.

Dernière chance… Le putsch voulait empêcher une révolution. Il l’a fait éclater. La vieille taupe révolutionnaire creusait depuis le fin de la dictature et l’avènement de la république, en 1931. Avant le putsch de Franco, il y avait eu pas moins de 17 « pronuciamentos » militaires depuis le début du siècle. Et il y avait eu, aussi, des vagues successives de luttes sociales. Luttes du jeune et combatif prolétariat organisé surtout par les anarchistes selon le principe de l’action directe, dans les villes. Luttes des paysans sans terre et des ouvriers agricoles contre les pratiques féodales dans les campagnes. Avant 1936, le point culminant de cette agitation avait été 1934, avec les grèves générales, la formation de véritables fronts uniques ouvriers et l’insurrection des Asturies.

Mais il faut aussi rappeler le contexte international de l’époque pour situer correctement la révolution espagnole. Après la crise de 1929 (la grande dépression), avec son cortège de chômage de masse et de misères, toute une série de pays d’Europe (et de colonies) connaîtrons une vague de luttes sociales intenses. Ce sera le cas aussi en Belgique, avec les grèves générales de 1932 et de 1936.

Mais juste avant 1936, en janvier 1933, Hitler était arrivé au pouvoir en Allemagne. La politique de division criminelle de la social-démocratie et des communistes sous direction de Staline lui avait laissé le champ libre. La peur, la colère et le désarroi sont les sentiments dominants dans la classe ouvrière européenne. Ils s’exacerbent encore lorsque le chancelier autrichien Dolfuss, le 12 février, parvient à écraser le Schutzbund, les milices ouvrières de la social-démocratie, au terme de quatre jours de résistance héroïques de celles-ci. Six jours plus tôt, l’extrême droite française avait tenté un coup d’état auquel la classe ouvrière avait répondu par la grève générale.

On comprend donc l’énorme espoir qui s’empara de tous les militants de gauche dans le monde entier lorsqu’ils apprirent que le putsch franquiste avait été mis en échec sur la péninsule ibérique par une insurrection ouvrière. Pour toute la gauche internationale, ce succès magnifique représentait la dernière chance de barrer la route au fascisme sur l’ensemble du Vieux Continent. C’est ce qui explique l’engouement spontané et massif de jeunes révolutionnaires de tous les pays pour les Brigades Internationales, ainsi que l’énorme solidarité matérielle de la classe ouvrière de l’Europe entière avec ses frères et ses sœurs d’Espagne. Par Vincent Scheltiens le Vendredi, 04 Mai 2007

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