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13 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Il y a 45 ans, mai 68 ! Ce n’était qu’un début…

Il y a 45 ans, mai 68 ! Ce n'était qu'un début... dans Histoire sine-mai68d02rv4

Le spectre de la révolution de 68
Le spectre de Mai 68 n’en finit pas de hanter les cauchemars des bourgeois et réacs. Lors de sa campagne de 2007, Sarkozy était parti en guerre pour « liquider une bonne fois pour toutes » Mai 68 qui « a introduit le cynisme dans la société et abaissé le niveau moral et politique », ses héritiers « ont renoncé au mérite et à l’effort, affaibli l’autorité de l’État et l’idée de citoyenneté, ils dénigrent l’identité nationale » ! Hommage involontaire au souffle des « événements ».
Petites ruses de l’histoire, en ce printemps maussade, les jeunes réacs des quartiers chics essaient de se donner un air sympathique en parodiant les slogans de l’époque pour masquer leur triste visage de vieux accrochés aux préjugés d’un monde fini. À l’opposé, le rayonnement de la force et de la générosité des idées de Mai 68 est loin d’être épuisé. Il tire sa force d’un mouvement international qui a changé le monde. Certes, les travailleurs, la jeunesse n’ont pu conquérir le pouvoir, mais ils ont donné un grand coup de balai à une société figée dans la défense des privilèges d’une vieille classe dominante façonnée par le pillage colonial.
Il s’agit bien d’un moment d’une révolution internationale. Le vieux monde issu des deux guerres impérialistes pour le partage du monde s’effondrait. Mai 68 n’est pas un éclair dans un ciel serein. Il est l’aboutissement de transformations profondes, alors que les Trente glorieuses prennent fin avec la liquidation des accords de Bretton Woods et la crise monétaire, que les peuples coloniaux brisent leur carcan et que les Noirs américains conquièrent les droits civiques, que les travailleurs s’émancipent de la domination stalinienne, en particulier en France, en Italie, en Tchécoslovaquie, que partout la jeunesse se révolte. La lutte contre la guerre du Vietnam a été le catalyseur de ces révoltes convergentes.

Derrière la dépression, de nouveaux bouleversements !
«  À un certain stade de leur développement, écrivait Marx, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale. Le changement dans la base économique bouleverse plus ou moins rapidement toute l’énorme superstructure. » La gestation et l’explosion de 1968 participent de ce mouvement profond, sans qu’il ait été possible d’en finir avec la propriété privée capitaliste.
Aujourd’hui, en ce printemps maussade, certains prétendent que nous connaissons un Mai 68 à l’envers. Non, car personne ne peut faire tourner la roue de l’histoire à l’envers. Leur monde est fini depuis longtemps. Il ne se survit qu’au prix de terribles sacrifices pour les travailleurs et les peuples parce que ces derniers n’ont pas réussi à aller jusqu’au bout de leur combat pour la conquête de la démocratie.
La veille de Mai 68, un éditorial du Monde titrait « La France s’ennuie ». Aujourd’hui, elle déprime sous la pression conjuguée de tous les partis institutionnels et des médias pour faire accepter les politiques d’austérité, de dévaluation que les États imposent pour sauvegarder la domination des classes capitalistes. Mais les bouleversements économiques, technologiques, sociaux, accomplis durant les quarante-cinq dernières années, entraînent des bouleversements des consciences qui préparent de nouveaux bouleversements révolutionnaires, à une échelle encore plus radicale et internationale.
Yvan Lemaitre

Dimanche 12 mai 2013 Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 194 (08/05/13)

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13 mai 2013 ~ 0 Commentaire

De Gaulle : « 10 ans, ça suffit » !

De Gaulle : « 10 ans, ça suffit » !  dans Histoire hara-kiri-233x300
L’homme de la Libération, ce vieux militaire réactionnaire, avait su assurer la transition mais celle-ci ne pouvait s’achever que sur sa défaite.
Il avait eu l’intelligence politique et le crédit d’imposer à la droite et à la bourgeoisie la présence de ministres communistes en 1945 avant de lui imposer l’indépendance de l’Algérie et la fin de la guerre en 1962. Il incarnait jusqu’à la caricature un monde englouti par le développement économique des Trente glorieuses et le soulèvement des peuples coloniaux. Il avait su jouer des contradictions, entre les intérêts de la bourgeoise et ceux des ultras d’Algérie, tout en sachant utiliser son crédit de chef de la Résistance pour s’appuyer sur les appareils syndicaux, en particulier la CGT afin de s’imposer comme Bonaparte, en liquidant « le régime des partis » de la IVe République. En 1958, accompagné par la SFIO de Guy Mollet, il porta sur les fonds ­baptismaux la Ve République, instaurant un régime présidentiel renforcé par l’élection du président de la République au suffrage universel décidée par référendum en octobre 1962.

« La chienlit c’est lui ! »
Le 19 mai 68, il lâche à l’issue du Conseil des ministres la célèbre formule, « La réforme, oui, la chienlit, non ». La réforme, c’était la participation, le vieux mythe de l’entente capital-travail cher au vieux Bonaparte, et De Gaulle propose le 24 mai un référendum sur le sujet.  Vainement, tout lui échappe, et le 29 mai, il rend visite au général Massu à Baden-Baden, en Allemagne. Le lendemain, il annonce la dissolution de l’Assemblée nationale. Le succès de la droite aux élections législatives de juin retarde son départ. Il partira en 69 après la victoire du Non au référendum du 27 avril. « La chienlit, c’est lui ! » avait clamé la rue, le slogan collait à la peau de celui qui était devenu l’incarnation d’une époque finie.
Yvan Lemaitre

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13 mai 2013 ~ 0 Commentaire

« Le pouvoir aux travailleurs » ? (Alain Krivine)

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Ce slogan a commencé à être repris par des dizaines de milliers de manifestants dès la fin mai. Il illustre à la fois la force et la radicalité du mouvement mais aussi ses faiblesses.
À ce moment-là, tout le pays était paralysé par une grève générale de près de 10 millions de travailleurEs, les usines occupées avec des drapeaux rouges sur leur façade. La police avait plus ou moins déserté les rues de Paris, dont la circulation était réglée par des grévistes porteurs de brassards. Le Parlement était fermé et déjà certains ministres avaient quitté le pays. « Le pouvoir aux travailleurs » semblait enfin une nécessité et pourtant ce mot d’ordre n’avait aucune possibilité de réalisation. À qui donner ce pouvoir, comment et pour quoi faire ? Ce sont ces questions centrales qu’il faudra résoudre le prochain « mai »…

À qui le pouvoir ?

– Aux directions syndicales ? Elles n’en voulaient à aucun prix. Ça n’était pas leur rôle, et en plus, pas sur la base d’une grève générale difficilement contrôlable.

– Au PCF ? Il n’en n’était pas question. Fidèle à sa dénonciation des « gauchistes » et à ses orientations institutionnelles et électoralistes, la direction du PCF n’attendait qu’un appel aux élections, que De Gaulle décida très vite pour enterrer dans les urnes un mouvement extra-parlementaire.
– Aux dirigeants connus de la révolte étudiante, Cohn-Bendit, Geismar ou Sauvageot ? Personne n’y avait songé. En effet, autant ces dirigeants étaient appréciés et crédibles pour organiser des manifestations de rue ou des meetings, autant personne, surtout dans le mouvement ouvrier, ne leur faisait confiance pour prendre le pouvoir et diriger le pays.
– Aux organisations révolutionnaires (JCR, VO, Maos, Anars…) ? Là encore, cela n’avait aucune crédibilité. Implantés essentiellement en milieux étudiant et lycéen, ces groupes (environ 800 militantEs aux JCR…) étaient reconnus dans leur milieux et ont joué un rôle important dans la jeunesse, mais ils n’avaient quasiment pas d’implantation en dehors de celle-ci.
– Aux délégués des comités de grève ? C’est tout le problème. Cette grève générale, en grande partie spontanée, sera vite prise en mains par les syndicats, sans création, à quelques exceptions près comme au centre de Saclay, de structures d’auto-organisation. Les « comités de grève » étant la plupart du temps des structures intersyndicales.
L’existence de milliers de comités de grève déléguant à Paris leurs délégués pour former une assemblée nationale représentative du mouvement aurait bouleversé la situation, en créant, face à un Parlement légal mais sans pouvoir, un pouvoir légitimé par des millions de grévistes. Dès lors, le « pouvoir aux travailleurs » devenait crédible, c’était celui de cette nouvelle Assemblée.

Gagner une crédibilité, s’implanter
C’est là qu’on comprend les faiblesses de 68 et son incapacité à changer de pouvoir et de société. Cet échec va ramener les couches moyennes aux côtés de la bourgeoisie, au nom de « l’ordre », et assurer le succès électoral de la droite. Ce qu’on avait gagné par la fenêtre des luttes, on le perdra par la porte des élections et le maintien d’un système opposé au « pouvoir des travailleurs » Ainsi, si l’on veut préparer un nouveau 68 qui réussisse, il faut dès maintenant que les révolutionnaires s’implantent dans les entreprises et les quartiers, pas seulement dans les universités, y acquièrent une crédibilité dans l’organisation des luttes quotidiennes, y développent la nécessité de l’auto-organisation avec des comités de grève là où c’est possible, et fassent de la propagande sur nos propositions sociales et politiques alternatives. Nos thèmes de propagande, compris par une minorité en dehors des luttes, peuvent devenir des thèmes d’agitation repris par des centaines de milliers de personnes en période de mobilisation. Voilà une des leçons de 68.

Alain Krivine

http://npa2009.org/node/37144

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13 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Mai 1968, brève chronologie :

Mai 1968, brève chronologie : dans Histoire premiers_jets_paves_232443_589469a65f_0


2  mai : Fermeture de la fac de Nanterre. Une information judiciaire est ouverte contre Cohn-Bendit. Huit étudiants du Mouvement du 22 mars sont convoqués devant la Commission disciplinaire de l’Université de Paris.
3  mai : Le mouvement gagne le quartier Latin. Georges Marchais dénonce « de faux révolutionnaire à démasquer. » L’après-midi, la police pénètre dans la Sorbonne, alors que les bâtiments universitaires lui sont interdits déclenchant les premiers affrontements : « Libérez nos camarades », « La Sorbonne aux étudiants », « CRS SS »… Premières barricades. Dans les jours qui viennent le mouvement s’étend à la province alors que le PCF engage sa campagne contre « les aventuriers gauchistes ».
10 mai : Première nuit des barricades dans le Quartier latin. Les affrontements avec les CRS font des centaines de blessés.
13 mai : Début de la grève générale, un million de personnes dans la rue à Paris, manifestations dans tout le pays.
14 mai : Grève illimitée avec occupation aux usines Sud-Aviation de Loire-Atlantique, première usine occupée.
18 mai : La grève devient générale.
27  mai : Les accords de Grenelle sont signés. Les assemblées générales les rejettent, même à Renault Billancourt où Georges Séguy, secrétaire général de la CGT, est sifflé. L’après-midi, 70 000 personnes au meeting de Charléty appelé par l’Unef auquel participent des dirigeants de la CFDT, de la FEN, de FO, des groupes d’extrême gauche, qui concrétise l’espoir d’une nouvelle force à gauche du PCF.
28 mai : François Mitterrand propose un gouvernement intérimaire, sans suite…
30  mai : De Gaulle annonce la dissolution de l’assemblée et des élections législatives pendant que les gaullistes défilent sur les Champs-Élysées (entre 200 000 et 800 000).
1er juin : « Ce n’est qu’un début continuons le combat » scandent les manifestants alors que les directions syndicales ont appelé aux négociations secteur par secteur. La grève se termine dans les PTT, c’est la reprise.
11 juin : La grève redémarre à Peugeot Sochaux. Affrontements avec les CRS, deux morts dans les rangs ouvriers.
13  juin : Le gouvernement dissout onze organisations d’extrême-gauche. La CGT s’active à liquider la grève, le PCF ne dit rien. La route est ouverte vers la victoire électorale de la droite.

http://npa2009.org/node/37144

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10 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Mai 1958 : un coup d’Etat… démocratique ? (Essf)

Mai 1958 : un coup d’Etat... démocratique ? (Essf) dans Histoire mariag10
La république mariée de force à de Gaulle, tenue par Guy Mollet (PS) (Le canard Enchaîné).

Depuis quelques semaines, la presse bruisse de références à la commémoration attendue du quarantième anniversaire de mai 68.

Il faut dire que Nicolas 1er, Président-Directeur de conscience-Directeur de mémoire y a été, comme toujours, de ses effets oratoires. Par contre, un étrange silence, jusqu’à présent, règne sur un autre anniversaire à venir : celui de mai 1958, dix années plus tôt.

Une première question : ce silence n’est-il pas un tantinet suspect ?

Mai 58… Pourtant, le fait n’est pas mince. Il s’agit ni plus ni moins du moment fondateur qui donna naissance à l’actuelle République, cinquième du nom. Les événements de la période qui tourne autour du 13 mai 1958 sont, pour l’histoire de la France contemporaine, d’une importance exceptionnelle. Outre le sort de l’Algérie, c’est le visage de la France contemporaine qui se dessina alors. Au printemps 1958, la France de la IV è République a derrière elle un bilan déjà lourd : une fracture sociale importante, marquée par des séries de grèves parfois violentes (1947, 1948, 1953), un déficit démocratique grave, conséquence d’un abandon en rase campagne des idéaux de la Résistance, une dépendance à l’impérialisme américain, dans le cadre global appelé guerre froide, une politique coloniale catastrophique (guerre d’Indochine, massacres de Madagascar, répression un peu partout…).

Et, surtout, une seconde guerre coloniale, commencée avec autant d’inconscience et de morgue que celle d’Indochine :

depuis novembre 1954, l’armée française tente de briser – avec quels moyens ! – la résistance du peuple algérien. Ni le gouvernement Mendès France, ni celui d’Edgar Faure, ni celui de Guy Mollet, dit de Front républicain n’ont su, voulu ou pu reconnaître le fait national algérien. La guerre d’Algérie s’est au contraire accentuée, répandant une odeur nauséabonde sur toute la société. Une crise de régime sans précédent secoue la France. Plus aucune majorité stable ne paraît possible. La lassitude, les désillusions aidant, une idée commence à faire son chemin : puisque les nains politiques de la IV è sont décidément incapables de régler les problèmes, un homme providentiel ne peut-il, une fois de plus, venir sauver le pays ? Cet homme, c’est Charles de Gaulle. Il serait bien naïf de croire que l’idée de ce recours a été le fruit d’une génération spontanée. Depuis l’effacement du RPF gaulliste, aucun réseau n’a été désactivé. Quelques-uns des barons futurs du gaullisme, Michel Debré, Olivier Guichard, Roger Frey, Alexandre Sanguinetti, travaillent l’opinion avec obstination… et efficacité. Jusqu’au sein du gouvernement, le gaullisme a ses hommes, comme en témoigne l’activité fébrile de Jacques Chaban-Delmas, ministre de la Défense.

Début 1958, à la suite d’une n.ième crise de régime, ces réseaux vont reprendre du service.

A Alger, un homme en est le principal animateur : Léon Delbecque. Il est en contact avec des milieux factieux de l’armée, dirigés par les colonels Thomazo et Trinquier, anciens d’Indo, baroudeurs extrémistes, prêts à tous les coups de force contre la République. Le 13 mai a lieu sur la place du Forum, à Alger, un rassemblement de protestation contre l’exécution, quelques jours plus tôt, de soldats français par le FLN. Une foule chauffée à blanc, irritée contre les capitulards de Paris, exige une accentuation de la politique de force. Des étudiants excités, dirigés par un certain Pierre Lagaillarde, fournissent les bataillons de choc qui débordent le service d’ordre et s’élancent à l’assaut des bâtiments du gouvernement général. Alors, c’est le coup de théâtre. En début de soirée, un Comité de Salut public, dirigé par le général Massu, et comptant dans ses rangs des officiers, des militants d’extrême-droite et des gaullistes, affirme devenir la seule autorité.

A Paris, dans la nuit du 13 au 14, l’Assemblée ne s’en laisse pas compter. Malgré la menace, elle investit un nouveau Cabinet, dirigé par Pierre Pfimlin. Les députés socialistes, communistes, radicaux, mais aussi certains de droite, affirment qu’ils ne laisseront pas toucher à la légalité démocratique. Alors, Alger passe à une autre étape. Le 14, Massu demande – de quel droit ? – la constitution d’un gouvernement de salut public dirigé par de Gaulle. Le 15, toujours au Forum, c’est au tour d’un Salan exalté – et quelque peu poussé – de crier « Vive de Gaulle ! ». Le nom, qui courait dans bien des têtes, est enfin lâché au grand jour. Le grand homme, qui évidemment était alors informé heure par heure de l’enchaînement des événements, daigne alors sortir de sa réserve. Le 15 mai, il affirme être prêt à « assumer les pouvoirs de la République ». Aucune autorité républicaine ne le lui avait d’ailleurs demandé. Mais le scénario est bien huilé. Car, derrière cette façade démocratique se dessine une opération bien plus inquiétante, baptisée Résurrection. Beaucoup de contemporains l’avaient su, ou pressenti – et d’ailleurs les réseaux laissaient passer l’information : cela faisait partie du chantage – mais les travaux historiques, depuis 50 ans, ne permettent plus d’en douter : il y eut bel et bien des préparatifs, en coordination entre les milieux Algérie française de l’armée – Massu en est – et les réseaux gaullistes, d’un parachutage massif sur la métropole, d’une jonction avec des groupuscules violents – dirigés à Marseille par un certain Charles Pasqua – afin de s’emparer du pouvoir et d’y imposer la solution De Gaulle. A titre d’intimidation, les paras de Thomazo sont largués en Corse le 24 mai. Pour la métropole, une échéance-ultimatum est fixée : le 29 mai au plus tard.

Alors, le monde politique de cette fin de régime s’agite. « Les grenouilles qui demandent un roi » titrera plus tard Jean-Paul Sartre dans L’Express. La route Paris-Colombey est alors fort utilisée. Les missives se multiplient. Et l’historien ne saura jamais combien de coups de téléphone ont été échangés, ni les contenus. Les gloires de la IV è République – Bidault, Pinay – commencent le ralliement.

Et la gauche ?

Le 28 mai, des centaines de milliers de manifestants sont descendus dans la rue pour défendre la République. Au premier rang, tous les dirigeants communistes, mais aussi de nombreux socialistes, Depreux, André Philip (oui, mais pas Guy Mollet), d’autres démocrates, Mendès, Mitterrand… Mollet ? Il pratique, comme à son habitude, un jeu d’équilibre, affirmant à qui veut l’entendre que la menace bolchevik est au moins aussi dangereuse que le complot. Le 30, Mollet et Auriol, naguère Président de la IV è, sont d’ailleurs à Colombey. Mai 1958 s’achève. De Gaulle, qui a donc des assurances de presque tous les courants politiques, peut se permettre désormais de sauver les apparences démocratiques. Il se présente aux députés pour solliciter leur investiture. Seul le groupe communiste vote unanimement contre, le groupe socialiste se divisant (42 pour, 49 contre), la droite et le MRP votant évidemment pour. Le cabinet de Gaulle (qui compte dans ses rangs l’inévitable Guy Mollet), dernier de la IV è République, est investi le 1 er juin.

Le premier voyage du Général, comme il se doit, est réservé à l’Algérie. A Alger, là où les factieux avaient crié pour la première fois « Vive de Gaulle », il prononce son célébrissime « Je vous ai compris ! ». A Mostaganem, il lance le cri qui délivre : « Vive l’Algérie française ! ». Les observateurs notent d’ailleurs qu’il ne le dit qu’une seule fois, sous cette forme radicale. Oui, de Gaulle, dès ce moment, cultive l’ambiguïté. Mais c’est bel et bien le mouvement Algérie française qui le porte. Encore quelques mois, et il fera approuver par référendum son projet de Constitution, puis il deviendra le premier Président de la nouvelle République. Tout cela dans la plus parfaite légalité.

Légalité ? Oui, à condition de n’observer que la surface des choses.

En fait, la prise du pouvoir s’est faire grâce à un scénario particulièrement bien huilé, bien adapté à la psychologie des principaux acteurs, alternant appel au patriotisme et usage de la menace. De Gaulle lui-même ne s’est certes jamais compromis à commettre des actes illégaux. Mais il a laissé faire et dire ses partisans, il a continûment laissé planer une menace, voire, dans le cas d’Alger et de la Corse, couvert de son autorité des actes de rébellion. « La majorité de M. De Gaulle se compose de 100 députés et de 5.000 paras », écrit alors Pierre Courtade dans L’Humanité. Et Mendès France ajoutera : « Je ne voterai pas un pistolet appliqué sur la tempe ». Un certain François Mitterrand avait naguère utilisé le terme fort de Coup d’Etat permanent [1] pour qualifier le régime gaulliste (avant, il est vrai, de s’installer assez confortablement dans ses institutions). Les historiens confirment : un coup d’Etat démocratique pour Christopher Nick [2], meilleur analyste de l’événement, coup d’Etat de velours pour Michel Winock [3]. Qu’importent les adjectifs : il s’est bel et bien agi d’un Coup d’Etat, même si les termes polémiques de l’époque (« De Gaulle fasciste ») étaient inappropriés. C’est bel et bien un chantage anti-républicain, un coup de force factieux, qui aura été l’acte fondateur de ce régime. L’habillage démocratique qui sera jeté a posteriori sur cet acte ne pourra jamais effacer cette tache originelle.

Reste à élucider une dernière question. De Gaulle, porté par le mouvement Algérie française, a, quatre ans plus tard, fait signer les accords d’Evian. Fut-il un colonialiste ayant retourné sa veste ? Ou un décolonisateur lucide qui a manipulé ses partisans ? Ni l’un, ni l’autre. On sait aujourd’hui que de Gaulle, dès 1958, a également, en certaines occasions et devant certains interlocuteurs, évoqué une issue non militaire à la guerre d’Algérie. Cela a permis de tisser la légende rose d’un chef lucide et précocement décolonisateur. Mais cette légende oublie que la guerre s’est renforcée sous de Gaulle, que la pratique de la torture, par exemple, n’a pas cessé, et que le conflit a duré plus longtemps sous la V è République que sous la IV è… Plutôt que de réécrire l’histoire, ne faut-il pas affirmer, sans polémique, que de Gaulle, homme foncièrement attaché aux valeurs et aux traditions coloniales, a souhaité certes une évolution en Algérie, mais dans le cadre français, qu’il n’a finalement accepté l’indépendance réelle qu’aux tout derniers mois du conflit ? Alors, de Gaulle conservateur comme au temps du colonialisme de papa ? Ou de Gaulle grand libéral ? Nous pensons plutôt que le Général a été un précurseur du… néo-colonialisme, c’est-à-dire d’une forme nouvelle de domination de l’impérialisme français. Ce que le peuple algérien lui a interdit de mettre en place en Algérie, fut d’ailleurs bel et bien, exactement au même moment, expérimenté en Afrique noire…

En tout cas, mai 1958 nous a laissé, en héritage, un régime aujourd’hui cinquantenaire. Un demi-siècle, c’est déjà une longue, une très longue séquence de notre histoire. La III è République, rappelons-le, avait duré 70 années… la V è y parviendra-t-elle ? Elle paraît bien fatiguée…

Notes

[1] Ed. Plon, 1964.

[2] Ed. Fayard, 1998.

[3] In L’agonie de la IV è République, Ed. Gallimard, 2006.

RUSCIO Alain 19 avril 2008

* Alain Ruscio est historien. Dernier ouvrage paru : Histoire de la colonisation : réhabilitations, falsifications et instrumentalisations (ouvrage collectif dirigé en collaboration avec Sébastien Jahan), Ed. Les Indes Savantes, 2007.

Commentaire: L’analyse trotskiste « orthodoxe », voit dans le gaullisme le réalisation des souhaits de la haute bourgeoisie moderne, alors que d’autres ont parlé de « fascisme »: la concentration, la modernisation de l’appareil économique. Ici, Leclerc et d’autres « liquidant » les boutiques, l’exode rural vers l’industrie, un certain bien être. Mais aussi une chappe de plomb qui ne pouvait que sauter 10 ans plus tard en 1968.

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09 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Une expo sur les fosses du franquisme refusée au Parlement européen (Rtbf)

Une expo sur les fosses du franquisme refusée au Parlement européen (Rtbf) dans Europe arton1021-25375-300x199

mercredi 8 mai 2013 à 13h49

Une exposition qui montre les fosses où avaient été jetés les opposants au franquisme, ou les simples gens qui ne plaisaient pas au « Caudillo », aurait dû se tenir au Parlement européen. Mais le parlement en a décidé autrement, au grand dam des organisateurs qui ne comprennent pas ce refus. L’exposition a été refusée par le Parlement européen au motif que les images étaient choquantes et qu’elles suscitaient une controverse. Les organisateurs y voient plutôt une pression sur le Parlement des partis conservateurs au pouvoir en Espagne. Le parti populaire ne voit en effet pas d’un très bon œil que l’on exhume les morts et l’Histoire d’Espagne avec eux.

Hier midi, des familles regroupées en association se sont rassemblées sur la place du Luxembourg pour protester contre la décision du Parlement européen de refuser cette exposition. Parmi elles, Raül Romeva (Eurodéputé, groupe des Verts) s’indigne : « Plus choquant que les images, c’est le silence. C’est pour ça que nous voulions montrer notre indignation par rapport au fait que cette exposition ne puisse pas être montrée dans la maison de la démocratie européenne« .

Un deuil difficile

Isabelle Durant (vice présidente du Parlement européen, groupe des Verts), regrette aussi cette décision. A ses yeux, dans ce cas précis, le règlement a été appliqué de manière trop stricte. On évalue à 110 000 le nombre de personnes jetées dans les fosses sous Franco. Pour beaucoup des descendants de ces personnes, il est difficile de faire le deuil, et donc de tourner la page, sans connaître la vérité. Beaucoup aspirent simplement à pouvoir enterrer dignement leurs ancêtres.

L’expo « L’exhumation des fosses, la récupération des dignités » se tiendra jusqu’au 23 juin prochain aux Halles Saint Géry à Bruxelles.

RTBF http://www.rtbf.be/info/dossier/toute-l-info-europeenne-de-la-rtbf/detail_une-expo-sur-les-fosses-du-franquisme-refusee-au-parlement-europeen?id=7990400

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08 mai 2013 ~ 0 Commentaire

L’Union ouvrière de Flora Tristan

L'Union ouvrière de Flora Tristan dans Féminisme flora

Publié par la militante révolutionnaire Flora Tristan en 1843,

cet ouvrage est désormais disponible sur Gallica.fr. Sa lecture est facile et gratuite sur le web. L’intérêt principal de ce petit livre est de prêcher l’union des prolétaires et des femmes contre la société de classe et l’ordre patriarcal. Flora Tristan, influencée par la doctrine de Saint-Simon et la militante féministe Mary Wollstonecraft, poussa son engagement révolutionnaire jusqu’à tenter pour la première fois de susciter l’union organisée des prolétaires, à travers un tour de France et ce petit livre : l’Union ouvrière, qui connut alors un grand succès.
Femme libre, partisane du divorce et des droits des femmes à disposer d’elles-mêmes, elle est également l’auteure des Pérégrinations d’une Paria. Avant Marx, on trouve chez elle une première approche de la lutte des classes, intrinsèquement liée à la lutte des femmes pour leur émancipation. Pour l’auteure la seule issue pour établir l’égalité entre les hommes et les femmes passe par la destruction de la société de classes. Elle écrit : « Jusqu’à présent, la femme n’a compté pour rien dans les sociétés humaines. Qu’en est-il résulté ? Que le prêtre, le législateur, le philosophe, l’ont traitée en vraie paria. […] De même, pendant six mille ans, les sages des sages ont porté un jugement non moins terrible sur une autre race de l’humanité : les prolétaires […] Or donc, tâchez de bien comprendre ceci : la loi qui asservit la femme et la prive d’instruction, vous opprime, vous, hommes prolétaires ».
À l’heure où le pouvoir socialiste communique sur l’égalité salariale entre hommes et femmes tout en appliquant une politique de droite qui brise les droits des salariés, cette lecture rafraîchissante offre un démenti cinglant. De ce fait, l’Union ouvrière est une lecture actuelle, utile et salutaire, en dépit du siècle et demi qui nous sépare de sa première publication.

Essai : l’Union ouvrière de Flora Tristan, Gallica.fr, gratuit
T. Schoumaker

Lundi 6 mai 2013 Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 193 (01/05/13)

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07 mai 2013 ~ 0 Commentaire

10 mai 2013 : Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions

10 mai 2013 : Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions dans Brest et région blackss-214x300

Quelles actions marquantes en 2013 ?

  • Année du centième anniversaire de la naissance d’Aimé Césaire, le récital annuel qui lui est consacré sera prolongé par une exposition (après les vacances d’été) sur sa vie et son œuvre.
  • En 2012, Jean Metellus, poète haïtien invité à Brest par l’association Eskemm a découvert l’histoire de Jean Mor, esclave exécuté pour avoir voulu se venger de son maître, un officier de Marine qui lui avait promis la liberté et n’avait pas tenu parole (une rue de Bellevue porte son nom). Frappé par cette histoire, Jean Metellus a écrit un grand poème à sa mémoire, poème que la Ville de Brest s’apprête à éditer.

Programme des festivités des 10 et 11 mai à Brest :

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Vendredi 10 mai, 18h30, auditorium du musée des Beaux-Arts  (organisation, association Eskemm-Echanger, en partenariat avec la Ville de Brest) :

Récital Aimé Césaire/Tanella Boni : « Le tumulte des mots » 

Lecture de textes par Mireille Fafra et Jean-Pierre Gaillard

Chant par Brigitte Kloareg

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Samedi 11 mai, à partir de 19h30 à l’Escale de Pontanezen

Dîner spectacle de Breizh Africa aux saveurs du Sénégal, musique, danse… Présentation de « body paint » sur le thème de l’Afrique… Présentation de Gorée par un Brestois venu de cette île… Présentation du projet de monument « Mémoires des esclavages »… Exposition : Justice et esclavage en Basse bretagne, de 1750 à 1850.

Cordialement

Anne-Marie Kervern, Adjointe au maire

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03 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Il y a 30 ans… Le « tournant de la rigueur » (LO)

Il y a 30 ans... Le « tournant de la rigueur » (LO) dans Histoire rainbow-warrior-264x300

Il y a trente ans, le 25 mars 1983, Jacques Delors, alors ministre de l’Économie, des Finances et du Budget dans le gouvernement Mauroy, annonçait son « plan de rigueur ».

Moins de deux ans après l’élection de Mitterrand et l’arrivée de la gauche aux affaires, celle-ci tournait ouvertement le dos à toutes ses promesses et se montrait prête à totalement servir la bourgeoisie, au mépris de l’intérêt des travailleurs. L’avant-veille, Mitterrand était intervenu à la télévision pour appeler la population à « l’effort » pour le « redressement national » et à « préférer les productions françaises », un discours qui en rappelle d’autres trente ans plus tard. Il avait exhorté les Français à épargner plutôt que de consommer, assurant que le gouvernement avait pour tâche de « développer l’épargne en l’orientant par tous les moyens vers la rénovation de l’industrie » et de « soutenir les entreprises et les équipes de créateurs qui innovent pour exporter ».

Le discours était clair : il fallait réduire le déficit extérieur qui s’élevait à dix milliards de francs (un record à l’époque !) et il fallait puiser dans les revenus de la population pour maintenir les profits des industriels.

Les deux furent faits. Le 21 mars 1983, Delors annonçait une dévaluation de 2,5 % du franc, la troisième dévaluation depuis le début du septennat de Mitterrand et, quatre jours après, il présentait son plan de rigueur, un plan « sans précédent » dirent les commentateurs. En effet un nouvel impôt était instauré : un prélèvement de 1 % supplémentaire sur tous les revenus imposables de 1981. Un emprunt obligatoire était mis en place, l’État prélevait d’office pour trois ans 10 % de l’impôt payé en 1982 à tous les contribuables acquittant au moins 5 000 F d’impôt. Et pour tout le monde, quel que soit le niveau de revenu, le gouvernement décrétait une série d’augmentations des tarifs de l’électricité, du gaz et du téléphone, de la SNCF et des autoroutes. Il augmentait les taxes sur le tabac, l’alcool et la vignette auto. Il instaurait un contrôle des changes, limitant le montant de devises pour quiconque – sauf les hommes d’affaires – se rendant à l’étranger. Enfin, il inventait le forfait hospitalier, le fixant à 20 F par jour pour tout séjour à l’hôpital, non remboursé par la Sécurité sociale.

Ce n’était pas le premier plan de rigueur du septennat de Mitterrand.

En juin 1982, quelques mois après que le gouvernement, conformément à son programme, avait augmenté le smic et les allocations familiales, Pierre Mauroy avait déclaré : « Les hausses nominales excessives de revenus et de salaires entretiennent l’inflation et privent notre économie des moyens de créer des emplois. » Et, il avait ajouté : « Le gouvernement est décidé à agir pour modérer davantage l’évolution des salaires. » Il le fit, en prenant une mesure que même les gouvernements de droite n’avaient pas osé prendre, instaurant le blocage complet des salaires pour quatre mois et décidant qu’ils ne pourraient plus être indexés sur les prix. Lors des élections municipales du 13 mars 1983, la gauche commença à payer cette politique. Bien des électeurs qui avaient rêvé d’un réel changement avec l’arrivée de la gauche au pouvoir se sentaient trahis. La gauche perdit ces élections et 31 grandes villes furent reprises par la droite. Ces élections virent aussi le début de la montée du Front national.

Mais finalement, peu lui importait. Moins de deux semaines après les municipales, le gouvernement par la voix de Delors annonçait son plan de rigueur. Il s’agissait de montrer par des actes que, bien que « socialiste », le gouvernement était au service des intérêts des capitalistes et qu’il le serait coûte que coûte, quitte à se discréditer complètement vis-à-vis de ses propres électeurs.

Sophie GARGAN

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2335&id=58

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25 avril 2013 ~ 0 Commentaire

Des grèves de mars 1943 à la chute de Mussolini (LO)

 Des grèves de mars 1943 à la chute de Mussolini (LO) dans Histoire mars-300x221

Le 5 mars 1943, en pleine guerre mondiale, dans une Italie où le régime fasciste de Mussolini régnait depuis vingt et un ans, une grève commençait aux usines Fiat de Turin.

Dirigée contre la vie chère, elle allait s’étendre aux autres villes industrielles, du nord jusqu’au sud du pays. Déclenchée par la base ouvrière, en pleine dictature, elle révélait non seulement que la population en avait assez de la guerre, des souffrances qu’elle provoquait et du régime qui en était responsable, mais aussi qu’elle n’en avait plus peur. Ces grèves ouvrières annonçaient la fin du régime de Mussolini. Mais elles annonçaient aussi que sa chute pouvait déboucher sur une situation révolutionnaire. Pour les classes dirigeantes italiennes, le spectre des « années rouges » de l’après-Première Guerre mondiale réapparaissait.

LES GREVES METTENT A NU LA FAIBLESSE DU REGIME

Les désastres militaires subis par l’Italie, entrée en guerre trois ans plus tôt au côté de l’Allemagne, avaient aggravé le discrédit du régime et rendu l’exploitation encore plus insupportable pour les masses. Le 5 mars, lorsque la grève commença à l’usine Fiat Mirafiori de Turin, ce fut pour réclamer une indemnité pour chacun, plus le salaire d’une semaine pour compenser la hausse des prix. La grève gagna rapidement Milan et Gênes avant de s’étendre jusqu’au sud du pays. Le 13 mars, lorsque les 5 000 ouvriers des établissements Rio de la petite ville de Villar-Perosa se mirent en grève, l’ouvrière Olga Baravallo harangua ses camarades en ces termes : « Si les ouvriers cessent le travail, la production sera diminuée et on hâtera ainsi la fin de la guerre. » On estime que dans toute l’Italie 300 000 ouvriers firent ainsi grève contre les bas salaires, la vie chère, mais aussi parce qu’ils en avaient assez de la guerre.

Le régime réagit en procédant à des arrestations, décida pour les ouvriers grévistes le retrait de l’exemption de service militaire dont ils bénéficiaient pour répondre aux besoins de la production de guerre. Le 17 mars, le conseil national des syndicats fascistes déclarait que les grèves devant être considérées comme des mutineries de soldats, les travailleurs en grève étaient passibles de la peine de mort. Le régime tentait de montrer sa force, faisant patrouiller ses chars dans les rues de Turin, mobilisant la milice fasciste. Cependant, sous la pression ouvrière, les industriels et Mussolini lui-même furent contraints de céder et d’accepter d’augmenter les salaires.

Les grèves ouvrières faisaient ainsi éclater au grand jour la faiblesse du régime. La bourgeoisie italienne ne pouvait s’y tromper : celui-ci risquait désormais de s’écrouler et de l’emporter dans sa faillite. Il fallait donc se préparer à remplacer Mussolini. Mais, au moment où le rapport de force militaire tournait de plus en plus en faveur du camp anglo-américain, il fallait aussi préparer le renversement d’alliance de l’Italie. Se placer dans le camp des Alliés était le moyen de se retrouver dans le camp des vainqueurs, en abandonnant l’Allemagne hitlérienne à sa défaite désormais prévisible. Mais c’était aussi, en se plaçant sous la protection des armées anglo-américaines, prendre une assurance contre la révolution.

« VIVE LE PROLETARIAT ITALIEN ! »

Les événements se précipitèrent avec le débarquement des troupes alliées en Sicile, le 10 juillet. Le 24 juillet, le Grand conseil fasciste, organe suprême du parti fasciste, votait la destitution de Mussolini. Le lendemain, le roi Victor-Emmanuel usait de son pouvoir constitutionnel pour démettre Mussolini, le faisant arrêter et chargeant le maréchal Badoglio de former un nouveau gouvernement. Le roi, les milieux dirigeants de l’armée et une bonne partie des dirigeants fascistes souhaitaient une transition qui maintienne la continuité du pouvoir d’État, avec le même régime autoritaire, simplement débarrassé de Mussolini, avant de chercher à obtenir des Alliés une paix séparée. Mais dès le 25 juillet au soir, à l’annonce de l’arrestation de Mussolini, la foule déferla dans les rues de Rome, brûlant les portraits du dictateur, saccageant les appartements des fascistes connus. À Turin, des milliers d’ouvriers assiégèrent les prisons pour libérer les détenus politiques. Dans tout le pays, le 26 juillet prit une allure d’insurrection populaire. En se mettant en action, les masses populaires précipitaient l’effondrement du régime fasciste.

La nouvelle de la chute de Mussolini ne fut pas sans retentissement, provoquant des grèves au Portugal où la classe ouvrière était soumise à la dictature de Salazar. Même en Espagne, le dictateur Franco craignant la contagion fit libérer des milliers de prisonniers politiques. Tout cela était le signe, alors que la fin de la guerre approchait, que la classe ouvrière se préparait à montrer de nouveau sa force. En France, les militants de l’Union communiste, groupe qui allait être à l’origine de Lutte Ouvrière, écrivaient le 4 août 1943 dans leur revue clandestine Lutte de classe : « Le régime fasciste s’effondre en Italie, les ouvriers italiens nous montrent la voie ! », et ajoutaient : « Les capitalistes qui à la suite de la guerre de 14-18 ont laissé leur peau en Russie, mais ont réussi à maintenir leur domination sur le reste du globe, manoeuvrent dans la présente guerre pour assurer définitivement leur domination capitaliste, par la destruction de la solidarité internationale des ouvriers, et pour mettre à profit l’isolement de l’URSS dans le monde capitaliste pour essayer de liquider l’économie planifiée de l’Union soviétique. Seule l’intervention des masses luttant pour leurs propres objectifs populaires peut détruire définitivement les plans de tous les impérialismes et mener à la victoire du socialisme. Vive le prolétariat italien ! Vivent les États-Unis socialistes d’Europe ! Vive la Quatrième Internationale ! »

LE PARTI COMMUNISTE STALINIEN A L’OEUVRE

Le 8 septembre 1943, lorsque le gouvernement Badoglio annonça sa demande d’armistice aux Alliés, ce fut aussi l’écroulement de tout ce qui restait d’autorité à l’État italien. Tandis que les troupes alliées progressaient au Sud, les troupes allemandes envahirent le Nord où Mussolini, libéré par un commando nazi, avait mis en place la République de Salò. Le pays allait être pendant encore deux ans le théâtre d’une guerre acharnée. Mais l’Italie n’en restait pas moins le pays d’Europe occidentale où, suite à la défaite militaire et à la déconfiture du régime fasciste, les possibilités révolutionnaires de la période de la fin de la guerre étaient apparues sous la forme d’une mobilisation ouvrière.

Cependant, dans les mois qui suivirent, le Parti communiste italien, dirigé par Togliatti et obéissant aux ordres de Staline, fit tout pour éviter que l’opposition au régime d’occupation allemand soit l’expression de cette classe ouvrière qui, en mars 1943, avait donné le signal de la fin du fascisme. Les mouvements de résistance qu’il contribua à organiser restèrent dans le cadre d’une politique dirigée par un Comité de libération nationale (CLN), visant à remettre en place un État bourgeois, tout au plus agrémenté d’apparences démocratiques. Ainsi c’est finalement l’appareil stalinien qui sauva la bourgeoisie italienne, et d’autres avec elle, d’une révolution.

Aline RETESSE

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2334&id=61

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