Archive | Histoire

08 mai 2013 ~ 0 Commentaire

L’Union ouvrière de Flora Tristan

L'Union ouvrière de Flora Tristan dans Féminisme flora

Publié par la militante révolutionnaire Flora Tristan en 1843,

cet ouvrage est désormais disponible sur Gallica.fr. Sa lecture est facile et gratuite sur le web. L’intérêt principal de ce petit livre est de prêcher l’union des prolétaires et des femmes contre la société de classe et l’ordre patriarcal. Flora Tristan, influencée par la doctrine de Saint-Simon et la militante féministe Mary Wollstonecraft, poussa son engagement révolutionnaire jusqu’à tenter pour la première fois de susciter l’union organisée des prolétaires, à travers un tour de France et ce petit livre : l’Union ouvrière, qui connut alors un grand succès.
Femme libre, partisane du divorce et des droits des femmes à disposer d’elles-mêmes, elle est également l’auteure des Pérégrinations d’une Paria. Avant Marx, on trouve chez elle une première approche de la lutte des classes, intrinsèquement liée à la lutte des femmes pour leur émancipation. Pour l’auteure la seule issue pour établir l’égalité entre les hommes et les femmes passe par la destruction de la société de classes. Elle écrit : « Jusqu’à présent, la femme n’a compté pour rien dans les sociétés humaines. Qu’en est-il résulté ? Que le prêtre, le législateur, le philosophe, l’ont traitée en vraie paria. […] De même, pendant six mille ans, les sages des sages ont porté un jugement non moins terrible sur une autre race de l’humanité : les prolétaires […] Or donc, tâchez de bien comprendre ceci : la loi qui asservit la femme et la prive d’instruction, vous opprime, vous, hommes prolétaires ».
À l’heure où le pouvoir socialiste communique sur l’égalité salariale entre hommes et femmes tout en appliquant une politique de droite qui brise les droits des salariés, cette lecture rafraîchissante offre un démenti cinglant. De ce fait, l’Union ouvrière est une lecture actuelle, utile et salutaire, en dépit du siècle et demi qui nous sépare de sa première publication.

Essai : l’Union ouvrière de Flora Tristan, Gallica.fr, gratuit
T. Schoumaker

Lundi 6 mai 2013 Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 193 (01/05/13)

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07 mai 2013 ~ 0 Commentaire

10 mai 2013 : Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions

10 mai 2013 : Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions dans Brest et région blackss-214x300

Quelles actions marquantes en 2013 ?

  • Année du centième anniversaire de la naissance d’Aimé Césaire, le récital annuel qui lui est consacré sera prolongé par une exposition (après les vacances d’été) sur sa vie et son œuvre.
  • En 2012, Jean Metellus, poète haïtien invité à Brest par l’association Eskemm a découvert l’histoire de Jean Mor, esclave exécuté pour avoir voulu se venger de son maître, un officier de Marine qui lui avait promis la liberté et n’avait pas tenu parole (une rue de Bellevue porte son nom). Frappé par cette histoire, Jean Metellus a écrit un grand poème à sa mémoire, poème que la Ville de Brest s’apprête à éditer.

Programme des festivités des 10 et 11 mai à Brest :

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Vendredi 10 mai, 18h30, auditorium du musée des Beaux-Arts  (organisation, association Eskemm-Echanger, en partenariat avec la Ville de Brest) :

Récital Aimé Césaire/Tanella Boni : « Le tumulte des mots » 

Lecture de textes par Mireille Fafra et Jean-Pierre Gaillard

Chant par Brigitte Kloareg

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Samedi 11 mai, à partir de 19h30 à l’Escale de Pontanezen

Dîner spectacle de Breizh Africa aux saveurs du Sénégal, musique, danse… Présentation de « body paint » sur le thème de l’Afrique… Présentation de Gorée par un Brestois venu de cette île… Présentation du projet de monument « Mémoires des esclavages »… Exposition : Justice et esclavage en Basse bretagne, de 1750 à 1850.

Cordialement

Anne-Marie Kervern, Adjointe au maire

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03 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Il y a 30 ans… Le « tournant de la rigueur » (LO)

Il y a 30 ans... Le « tournant de la rigueur » (LO) dans Histoire rainbow-warrior-264x300

Il y a trente ans, le 25 mars 1983, Jacques Delors, alors ministre de l’Économie, des Finances et du Budget dans le gouvernement Mauroy, annonçait son « plan de rigueur ».

Moins de deux ans après l’élection de Mitterrand et l’arrivée de la gauche aux affaires, celle-ci tournait ouvertement le dos à toutes ses promesses et se montrait prête à totalement servir la bourgeoisie, au mépris de l’intérêt des travailleurs. L’avant-veille, Mitterrand était intervenu à la télévision pour appeler la population à « l’effort » pour le « redressement national » et à « préférer les productions françaises », un discours qui en rappelle d’autres trente ans plus tard. Il avait exhorté les Français à épargner plutôt que de consommer, assurant que le gouvernement avait pour tâche de « développer l’épargne en l’orientant par tous les moyens vers la rénovation de l’industrie » et de « soutenir les entreprises et les équipes de créateurs qui innovent pour exporter ».

Le discours était clair : il fallait réduire le déficit extérieur qui s’élevait à dix milliards de francs (un record à l’époque !) et il fallait puiser dans les revenus de la population pour maintenir les profits des industriels.

Les deux furent faits. Le 21 mars 1983, Delors annonçait une dévaluation de 2,5 % du franc, la troisième dévaluation depuis le début du septennat de Mitterrand et, quatre jours après, il présentait son plan de rigueur, un plan « sans précédent » dirent les commentateurs. En effet un nouvel impôt était instauré : un prélèvement de 1 % supplémentaire sur tous les revenus imposables de 1981. Un emprunt obligatoire était mis en place, l’État prélevait d’office pour trois ans 10 % de l’impôt payé en 1982 à tous les contribuables acquittant au moins 5 000 F d’impôt. Et pour tout le monde, quel que soit le niveau de revenu, le gouvernement décrétait une série d’augmentations des tarifs de l’électricité, du gaz et du téléphone, de la SNCF et des autoroutes. Il augmentait les taxes sur le tabac, l’alcool et la vignette auto. Il instaurait un contrôle des changes, limitant le montant de devises pour quiconque – sauf les hommes d’affaires – se rendant à l’étranger. Enfin, il inventait le forfait hospitalier, le fixant à 20 F par jour pour tout séjour à l’hôpital, non remboursé par la Sécurité sociale.

Ce n’était pas le premier plan de rigueur du septennat de Mitterrand.

En juin 1982, quelques mois après que le gouvernement, conformément à son programme, avait augmenté le smic et les allocations familiales, Pierre Mauroy avait déclaré : « Les hausses nominales excessives de revenus et de salaires entretiennent l’inflation et privent notre économie des moyens de créer des emplois. » Et, il avait ajouté : « Le gouvernement est décidé à agir pour modérer davantage l’évolution des salaires. » Il le fit, en prenant une mesure que même les gouvernements de droite n’avaient pas osé prendre, instaurant le blocage complet des salaires pour quatre mois et décidant qu’ils ne pourraient plus être indexés sur les prix. Lors des élections municipales du 13 mars 1983, la gauche commença à payer cette politique. Bien des électeurs qui avaient rêvé d’un réel changement avec l’arrivée de la gauche au pouvoir se sentaient trahis. La gauche perdit ces élections et 31 grandes villes furent reprises par la droite. Ces élections virent aussi le début de la montée du Front national.

Mais finalement, peu lui importait. Moins de deux semaines après les municipales, le gouvernement par la voix de Delors annonçait son plan de rigueur. Il s’agissait de montrer par des actes que, bien que « socialiste », le gouvernement était au service des intérêts des capitalistes et qu’il le serait coûte que coûte, quitte à se discréditer complètement vis-à-vis de ses propres électeurs.

Sophie GARGAN

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2335&id=58

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25 avril 2013 ~ 0 Commentaire

Des grèves de mars 1943 à la chute de Mussolini (LO)

 Des grèves de mars 1943 à la chute de Mussolini (LO) dans Histoire mars-300x221

Le 5 mars 1943, en pleine guerre mondiale, dans une Italie où le régime fasciste de Mussolini régnait depuis vingt et un ans, une grève commençait aux usines Fiat de Turin.

Dirigée contre la vie chère, elle allait s’étendre aux autres villes industrielles, du nord jusqu’au sud du pays. Déclenchée par la base ouvrière, en pleine dictature, elle révélait non seulement que la population en avait assez de la guerre, des souffrances qu’elle provoquait et du régime qui en était responsable, mais aussi qu’elle n’en avait plus peur. Ces grèves ouvrières annonçaient la fin du régime de Mussolini. Mais elles annonçaient aussi que sa chute pouvait déboucher sur une situation révolutionnaire. Pour les classes dirigeantes italiennes, le spectre des « années rouges » de l’après-Première Guerre mondiale réapparaissait.

LES GREVES METTENT A NU LA FAIBLESSE DU REGIME

Les désastres militaires subis par l’Italie, entrée en guerre trois ans plus tôt au côté de l’Allemagne, avaient aggravé le discrédit du régime et rendu l’exploitation encore plus insupportable pour les masses. Le 5 mars, lorsque la grève commença à l’usine Fiat Mirafiori de Turin, ce fut pour réclamer une indemnité pour chacun, plus le salaire d’une semaine pour compenser la hausse des prix. La grève gagna rapidement Milan et Gênes avant de s’étendre jusqu’au sud du pays. Le 13 mars, lorsque les 5 000 ouvriers des établissements Rio de la petite ville de Villar-Perosa se mirent en grève, l’ouvrière Olga Baravallo harangua ses camarades en ces termes : « Si les ouvriers cessent le travail, la production sera diminuée et on hâtera ainsi la fin de la guerre. » On estime que dans toute l’Italie 300 000 ouvriers firent ainsi grève contre les bas salaires, la vie chère, mais aussi parce qu’ils en avaient assez de la guerre.

Le régime réagit en procédant à des arrestations, décida pour les ouvriers grévistes le retrait de l’exemption de service militaire dont ils bénéficiaient pour répondre aux besoins de la production de guerre. Le 17 mars, le conseil national des syndicats fascistes déclarait que les grèves devant être considérées comme des mutineries de soldats, les travailleurs en grève étaient passibles de la peine de mort. Le régime tentait de montrer sa force, faisant patrouiller ses chars dans les rues de Turin, mobilisant la milice fasciste. Cependant, sous la pression ouvrière, les industriels et Mussolini lui-même furent contraints de céder et d’accepter d’augmenter les salaires.

Les grèves ouvrières faisaient ainsi éclater au grand jour la faiblesse du régime. La bourgeoisie italienne ne pouvait s’y tromper : celui-ci risquait désormais de s’écrouler et de l’emporter dans sa faillite. Il fallait donc se préparer à remplacer Mussolini. Mais, au moment où le rapport de force militaire tournait de plus en plus en faveur du camp anglo-américain, il fallait aussi préparer le renversement d’alliance de l’Italie. Se placer dans le camp des Alliés était le moyen de se retrouver dans le camp des vainqueurs, en abandonnant l’Allemagne hitlérienne à sa défaite désormais prévisible. Mais c’était aussi, en se plaçant sous la protection des armées anglo-américaines, prendre une assurance contre la révolution.

« VIVE LE PROLETARIAT ITALIEN ! »

Les événements se précipitèrent avec le débarquement des troupes alliées en Sicile, le 10 juillet. Le 24 juillet, le Grand conseil fasciste, organe suprême du parti fasciste, votait la destitution de Mussolini. Le lendemain, le roi Victor-Emmanuel usait de son pouvoir constitutionnel pour démettre Mussolini, le faisant arrêter et chargeant le maréchal Badoglio de former un nouveau gouvernement. Le roi, les milieux dirigeants de l’armée et une bonne partie des dirigeants fascistes souhaitaient une transition qui maintienne la continuité du pouvoir d’État, avec le même régime autoritaire, simplement débarrassé de Mussolini, avant de chercher à obtenir des Alliés une paix séparée. Mais dès le 25 juillet au soir, à l’annonce de l’arrestation de Mussolini, la foule déferla dans les rues de Rome, brûlant les portraits du dictateur, saccageant les appartements des fascistes connus. À Turin, des milliers d’ouvriers assiégèrent les prisons pour libérer les détenus politiques. Dans tout le pays, le 26 juillet prit une allure d’insurrection populaire. En se mettant en action, les masses populaires précipitaient l’effondrement du régime fasciste.

La nouvelle de la chute de Mussolini ne fut pas sans retentissement, provoquant des grèves au Portugal où la classe ouvrière était soumise à la dictature de Salazar. Même en Espagne, le dictateur Franco craignant la contagion fit libérer des milliers de prisonniers politiques. Tout cela était le signe, alors que la fin de la guerre approchait, que la classe ouvrière se préparait à montrer de nouveau sa force. En France, les militants de l’Union communiste, groupe qui allait être à l’origine de Lutte Ouvrière, écrivaient le 4 août 1943 dans leur revue clandestine Lutte de classe : « Le régime fasciste s’effondre en Italie, les ouvriers italiens nous montrent la voie ! », et ajoutaient : « Les capitalistes qui à la suite de la guerre de 14-18 ont laissé leur peau en Russie, mais ont réussi à maintenir leur domination sur le reste du globe, manoeuvrent dans la présente guerre pour assurer définitivement leur domination capitaliste, par la destruction de la solidarité internationale des ouvriers, et pour mettre à profit l’isolement de l’URSS dans le monde capitaliste pour essayer de liquider l’économie planifiée de l’Union soviétique. Seule l’intervention des masses luttant pour leurs propres objectifs populaires peut détruire définitivement les plans de tous les impérialismes et mener à la victoire du socialisme. Vive le prolétariat italien ! Vivent les États-Unis socialistes d’Europe ! Vive la Quatrième Internationale ! »

LE PARTI COMMUNISTE STALINIEN A L’OEUVRE

Le 8 septembre 1943, lorsque le gouvernement Badoglio annonça sa demande d’armistice aux Alliés, ce fut aussi l’écroulement de tout ce qui restait d’autorité à l’État italien. Tandis que les troupes alliées progressaient au Sud, les troupes allemandes envahirent le Nord où Mussolini, libéré par un commando nazi, avait mis en place la République de Salò. Le pays allait être pendant encore deux ans le théâtre d’une guerre acharnée. Mais l’Italie n’en restait pas moins le pays d’Europe occidentale où, suite à la défaite militaire et à la déconfiture du régime fasciste, les possibilités révolutionnaires de la période de la fin de la guerre étaient apparues sous la forme d’une mobilisation ouvrière.

Cependant, dans les mois qui suivirent, le Parti communiste italien, dirigé par Togliatti et obéissant aux ordres de Staline, fit tout pour éviter que l’opposition au régime d’occupation allemand soit l’expression de cette classe ouvrière qui, en mars 1943, avait donné le signal de la fin du fascisme. Les mouvements de résistance qu’il contribua à organiser restèrent dans le cadre d’une politique dirigée par un Comité de libération nationale (CLN), visant à remettre en place un État bourgeois, tout au plus agrémenté d’apparences démocratiques. Ainsi c’est finalement l’appareil stalinien qui sauva la bourgeoisie italienne, et d’autres avec elle, d’une révolution.

Aline RETESSE

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2334&id=61

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23 avril 2013 ~ 0 Commentaire

La bataille de Kerguidu – Révolte contre-révolutionnaire en Basse-Bretagne (Skol Vreizh)

La bataille de Kerguidu - Révolte contre-révolutionnaire en Basse-Bretagne (Skol Vreizh) dans Histoire chouans

Mythe et réalité

« Elle (la bataille) eût duré davantage si le général n’avait fait fondre sur eux bayonnette au bout du fusil, ils furent enfin dispersés… Ces brigands attroupés par leur désordre même et par les retranchements qu’ils trouvaient dans les fossés et les genêts étaient des ennemis vraiment redoutables. Le canon en a atteint quelqu’un mais on en serait venu difficilement à bout sans l’ordre exécuté de les charger à la bayonnette, les moins lestes ont été pris et tués par l’effet de cette manoeuvre. » (Rapport des commissaires de la Révolution au département suite à la révolte de mars 1793)

La bataille de Kerguidu, en Tréflaouénan (Finistère), 24 mars 1793, a laissé dans les mémoires des habitants du Léon un souvenir vivace nourri par des publications telle Emgann Kergidu (La bataille de Kerguidu) de Lan Inisan. Considéré comme une révolte paysanne – il n’est pas associé à la Chouannerie, cet affrontement meurtrier a opposé des paysans contre-révolutionnaires à la troupe républicaine dirigée par le général Canclaux.

Les exécutions d’ennemis de la Révolution, la remise en cause de la religion et, surtout, en février 1793, la décision de la levée en masse afin de « défendre la patrie en danger », ont favorisé les révoltes dans toute la France. Le sud-est de la Bretagne et tout le Léon sont concernés. Aucun historien sérieux ne s’était penché sur cet épisode de la Révolution. Des pertes humaines considérables (jusqu’à 400 morts) furent mises en avant au point que la bataille de Kerguidu est devenue un véritable mythe.

C’est le mérite d’Albert Laot de nous présenter une étude solidement documentée, sur le contexte et sur l’événement lui-même, à partir des registres de décès, des sources historiques ou littéraires. Il rétablit la vérité et nous dévoile ce qu’a été véritablement la bataille de Kerguidu.

84 pages, tout quadri, Illustrations, cartes, 20 x 22 cm

http://www.skolvreizh.com/catalog?page=shop.product_details&category_id=19&flypage=flypage_images.tpl&product_id=238

Enquête sur la bataille de Kerguidu (OF)

Intrigué par la découverte de plusieurs erreurs de chiffres dans des documents concernant la bataille de Kerguidu, Albert Laot a voulu se pencher sur cette « révolte contre-révolutionnaire »,devenue un véritable mythe dans la région. Aucun historien ne s’était sérieusement penché sur cet épisode de la Révolution, auparavant. Cet ouvrage est le résultat d’une étude solidement documentée qui tente d’éclairer le lecteur sur ce qui s’est réellement passé au cours de cette journée du 24 mars 1793, sur les terres de Plounévez-Lochrist, entre les paysans du Léon et la troupe républicaine dirigée par le général Canclaux.

La bataille de Kerguidu, révolte contre-révolutionnaire en Basse-Bretagne, d’Albert Laot, aux éditions Skol Vreizh. 80 pages illustrées, 12 €.

http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Enquete-sur-la-bataille-de-Kerguidu-_29151-avd-20130309-64713170_actuLocale.Htm

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23 avril 2013 ~ 0 Commentaire

La Révolution des Oeillets au Portugal (25 avril 1974)

La Révolution des Oeillets au Portugal (25 avril 1974) dans Histoire 25-abril-300x192

La date du 9 septembre 1973 ne dit sans doute rien à personne.

Elle fut pourtant le point de départ d’un événement qui allait secouer toute l’Europe: la révolution portugaise de 1974-1975. Ce jour-là, cent trente-six officiers de l’armée portugaise se réunissent. Ils discutent de revendications professionnelles, dans un esprit de corporation menacée. Mais les circonstances de la guerre coloniale (le Portugal s’essoufflait à défendre un vaste empire colonial contre les guerres de libération au Mozambique et en Angola, notamment) et de la dictature allaient les pousser beaucoup plus loin. Deux mois plus tard ils préparaient un coup d’État contre la dictature du général Caetano. C’était un secret de polichinelle: le commandant de la région militaire d’Evora avait pris note des numéros d’immatriculation des voitures qui avaient amené les participants à la réunion. Mais la police secrète du régime, la Pide, n’avait pas l’habitude d’agir contre ses propres alliés, les militaires, ce deuxième pilier du régime…

La dictature s’efface

Le l4 mars 1974, les généraux jurent fidélité aux chefs de la dictature. Une révolte militaire devait éclater deux jours plus tard. Elle est annulée, mais le contre-ordre tarde à parvenir à Calda da Rainha, de sorte que des militaires marchent sur Lisbonne, où tout se résout sans grandes émotions. La « révolution des oeillets » triomphe. Le dictateur Caetano? Il était déjà en train de tomber, convaincu de l’inévitabilité d’un coup d’État militaire contre son régime. La police secrète mise à part, la dictature s’effaça donc sans grande résistance. Elle était isolée de la population, sans volonté ni initiative, comme dégoûtée de sa propre répression et du machiavélisme jésuitique de son fondateur, le fasciste Salazar. Cette chute allait plonger la société portugaise, atomisée, dépendante, subordonnée dans une crise pré-révolutionnaire que l’on peut découper en trois grandes périodes.

La période des généraux

La première période fut celle des généraux. Le général Spinola, qui avait énoncé ses projets dans un livre, « Le Portugal est l’avenir », occupa le pouvoir comme si celui-ci lui était naturellement destiné. Les capitaines se soumirent, fidèles au sens de la discipline et de la hiérarchie. Mais les discussions sur le programme du Mouvement des Forces Année, le MFA, allaient être rapidement dépassées par les événements.

Très vite, la mobilisation populaire entame en effet la libération de tous les prisonniers politiques et exige la fin des hostilités dans les colonies et le rapatriement des troupes d’outre-mer. Le projet de Spinola était tout différent. Le général voulait barrer la route à un pouvoir multipolaire dans lequel les rapports de forces se seraient décidés entre la junte, le MFA, les initiatives populaires et celles des partis. Son projet était un projet de continuité organique du régime. il visait seulement, par une ouverture temporaire, à lâcher une partie de la pression sociale et politique.

Le discours de Spinola lors de la prise du pouvoir était très clair à ce sujet: le général déclara en effet que « le destin des territoires d’Outre-mer devrait être décidé par tous ceux qui considéraient ces territoires comme les nôtres » et que la présidence allait garantir « la survie de la Nation souveraine comme un tout pluricontinenta1″. Mais ce projet d’État fort échoua, faute de légitimité. Spinola se réfugia en Espagne, d’où il lança une campagne terroriste. Aujourd’hui il est maréchal tandis que son compère Mellos est banquier…

La période des capitaines

Mais n’anticipons pas, la deuxième période fut celle des capitaines. Après l’échec de Spinola, on vit se constituer une étrange pouvoir militaire à géométrie variable. il s’adapta avec souplesse aux accords entre partis, prit des mesures économiques d’urgence, élabora des réponses aux pressions sociales qui se focalisaient autour des occupations de terres par les paysans pauvres et des occupations de fabriques par les ouvriers.  Il prit même des mesures défensives contre le sabotage économique d’un patronat rétrograde, pour pouvoir résister à la montée impétueuse des revendications et des actions populaires. C’est de cette époque que datent toute une série d’acquis tels que les nationalisations de terres et d’entreprises, que les gouvernement ultérieurs s’acharnèrent à démanteler, sous la houlette de la social-démocratie.

La fragilité des structures sociales était le fait dominant dans cette situation sans précédent. Comme le dictateur déchu devait l’expliquer lui-même, dans un livre publié au Brésil où il s’était réfugié: « La bourgeoisie portugaise, habituée à jouir d’un climat de paix durant plus d’un demi-siècle, sous la protection des nombreuses institutions qui lui servaient de tuteur, n’avait pas d’esprit combatif et ne semblait pas agir pour défendre les principes qu’elle disait professer ». Les spinolistes financèrent et impulsèrent des partis bourgeois, le PPD (Parti Populaire Démocratique) et le CDS (Centre démocratique et Social), mais ces partis étaient si marginaux et si mal articulés sur le pouvoir politique qu’ils n’avaient guère de capacité de manoeuvre sociale. De l’autre côté, les partis de la gauche institutionnelle ne canalisaient pas non plus les mobilisations et ne contrôlaient pas la dynamique sociale. Cette déshérence permanente des partis conféra une grande autorité au Mouvement des Forces Armées (MFA) qui, auréolé du prestige du coup d’État, put jouer un rôle de premier plan pour tenter de canaliser les multiples pressions sociales en s’y adaptant.

Le phénomène MFA

Minoritaire au sein de la hiérarchie militaire, sans projet cohérent, le mouvement des capitaines vivait de ses propres illusions. Il ambitionnait de créer « un appareil d’État à base populaire ». Son document programmatique détaillait une véritable géographie des pouvoirs populaires, de la base au sommet, à laquelle aucun signataire ne croyait évidemment. Le MF A discuta en profondeur ces thèses, totalement inédites pour des militaires. A telle enseigne que le conflit social finit par éclater au sein de l’armée.

La période des soldats

Ainsi s’ouvrit la troisième période de la révolution portugaise, celle des soldats. Ce fut la période la plus courte, qui dura l’espace d’un printemps au cours duquel les soldats se manifestèrent tandis que le MFA se dissolvait en diverses fractions. Le Président décréta l’État de siège à Lisbonne. Des centaines de soldats bouclèrent la ville, des centaines d’ordres furent donnés pour tenter de contrôler une armée dans laquelle plus personne ne savait quoi faire.

Mais la bataille pour un changement social en profondeur était déjà perdue, et la stabilisation du Portugal capitaliste sous un régime « démocratique » était déjà en bonne voie. La chance a été manquée par manque de capacité de mobiliser un front uni des travailleurs, et aussi parce qu’il aurait été nécessaire de développer et d’approfondir un processus de mobilisation populaire condensant les expériences concrètes de démocratie directe, de participation et d’action immédiate des habitants des quartiers et des organisations de travailleurs.

Le 25 novembre 1975 marque le point final de la montée pré-révolutionnaire et la victoire de la contre-révolution « démocratique ». La question centrale de la période ouverte par le 25 avril 1974 fut la désynchronisation entre les rythmes de développement de la crise des appareils d’État et de la mobilisation/organisation des classes sociales. Cette distance a marqué tous les conflits, mais elle a aussi donné une légitimité au conflit: la fragilité des appareils de répression et la contradiction entre les organes de décision, décentralisés du fait des luttes de tendance au sein du MFA, a ouvert tout un champ d’action aux mouvements populaires et, dans certains cas, a stimulé les initiatives. Mais elle a aussi aggravé les illusions sur l’appareil d’État, notamment sur certains secteurs des forces années.

Leçons stratégiques

Le problème que cette réalité nous pose aujourd’hui est de comprendre que l’augmentation de la marge d’autonomie réelle de l’État face à la société dans une situation de confrontation généralisée peut être un instrument efficace pour l’absorption des conflits. De la sorte, l’expérience portugaise s’inscrit en faux contre les théories de la gauche réformiste institutionnelle, qui voit l’occupation de parties de l’appareil d’État comme stratégie de la transformation sociale. Elle s’inscrit en faux aussi contre des théories plus sophistiquées, prétendant que l’État, au sens marxiste et léniniste du terme, c’est-à-dire en tant qu’instrument de coercition au service de la dictature plus ou moins ouverte du capital, n’existait plus pendant la révolution portugaise.

L’État portugais n’était certes plus capable de jouer son rôle de coercition et de répression, mais il gardait son hégémonie sur la société, et cette hégémonie faisait barrage à une organisation populaire alternative. Cet État délabré, divisé, n’en montra pas moins sa capacité d’initiative, de résorption des conflits, d’absorption des fractures sociales. Le 25 novembre 1975, qui marque la fin de la période pré-révolutionnaire dans le pays et la victoire de la « contre-révolution démocratique », est la démonstration chimiquement pure du pouvoir propre de la superstructure étatique, et de son rôle décisif dans le maintien du système capitaliste.

Les crises révolutionnaires ne durent pas éternellement. Tant que la classe dominante garde son appareil d’État, et si délabré que soit celui-ci, elle garde en même temps la possibilité de rasseoir son pouvoir dès que la mobilisation de la classe ouvrière s’essouffle. Du coup, elle garde aussi la possibilité de récupérer tous les acquis qu’elle a dû concéder aux masses pour éviter l’irréparable. C’est ce que la classe dominante portugaise s’est employée à faire à partir de l’automne 1975,  jusqu’au jour d’aujourd’hui. Sous la houlette de la social-démocratie d’abord, en se passant des services de celle-ci ensuite.

Par Francisco Louça le Mardi, 04 Juillet 2006

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