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30 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Il y a 70 ans, le 27 mai 1943, la création du Conseil national de la résistance : l’allégeance du PCF à De Gaulle et à l’ordre bourgeois (LO)

Il y a 70 ans, le 27 mai 1943, la création du Conseil national de la résistance : l'allégeance du PCF à De Gaulle et à l'ordre bourgeois (LO) dans A gauche du PS partisanis

Surtout pas çà! (Partisans italiens)

Le 27 mai 1943, dans un Paris occupé par l’armée allemande, les délégués de tous les mouvements de résistance, ceux des partis politiques opposés au régime de Vichy ainsi que ceux des syndicats, se réunissaient sur l’initiative de Jean Moulin.

Il s’agissait, suivant le vœu de de Gaulle, dont Jean Moulin était le représentant en France occupée, de constituer un organisme officialisant le ralliement de l’ensemble des forces politiques au général réfugié à Londres. En particulier, cette réunion et la création du Conseil national de la résistance qui en découla, concrétisaient le ralliement du Parti communiste français à de Gaulle. Le PCF, seul parti réellement présent dans la population et particu- lièrement dans la classe ouvrière, organisateur de différents mouvements de résistance et formé de militants nombreux et dévoués, donnait ainsi à de Gaulle le crédit nécessaire auprès des Alliés d’abord, de la population française ensuite, pour pouvoir prétendre incarner le nouveau pouvoir politique au moment de l’écroulement prévisible du régime de Vichy. Mais pour faire quoi ?

La peur de mouvements révolutionnaires

Au mois de mai 1943, la défaite de l’Allemagne se dessinait et, pour les états-majors et les hommes politiques bourgeois, il s’agissait de préparer la transition. Le souvenir de la fin de la Première Guerre mondiale était encore bien présent. En 1917, après trois années de guerre, les mutineries au front, les grèves à l’arrière, la colère et la haine des fauteurs et profiteurs de guerre, avaient conduit à la révolution en Russie, puis en Allemagne et en Hongrie, et dans nombre d’autres pays à de puissants mouvements contestant le pouvoir de la bourgeoisie. Ce souvenir venait d’ailleurs d’être ravivé, en mars 1943, par les grèves ouvrières d’Italie. Il fallait empêcher que la fin de la guerre entraîne de nouveau de tels mouvements révolutionnaires. À la question générale du maintien de son ordre social, la bourgeoisie française ajoutait celle du maintien de son empire colonial, source d’une bonne partie de sa richesse. Passer du camp des vaincus, celui de l’Allemagne, au camp des vainqueurs, celui des États-Unis, et retrouver le statut de grande puissance pouvait s’avérer délicat. Il allait falloir pour cela que l’État, son administration, son armée, soient capables d’assurer l’ordre après le retrait de l’armée allemande et la fin du régime de Vichy. Il allait aussi falloir continuer la guerre, faire repartir l’économie, intervenir immédiatement le cas échéant dans les colonies. Pour tout cela, de Gaulle avait besoin en particulier de l’allégeance du PCF et de son engagement à ne pas mener, à la fin de la guerre, une politique révolutionnaire. Staline, à la tête de l’URSS, avait assuré aux Alliés que les Partis communistes sous sa coupe collaboreraient au rétablissement de l’ordre bourgeois. Ceux-ci avaient d’ailleurs déjà largement montré, dans les années trente, leur rupture totale avec une politique révolutionnaire.

Le programme bourgeois du CNR…

Évidemment, rien ne pouvait se faire sous le simple mot d’ordre du retour à l’ordre ancien, ne serait-ce que parce que la guerre et son cortège d’horreurs étaient justement sortis de celui-ci. Il fallait, particulièrement pour le PCF, un programme, un discours permettant de prétendre que rien ne serait plus jamais comme avant. Le CNR allait donc établir un programme, adopté officiellement le 15 mars 1944, ne proposant rien moins que « l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ». Cela devait se faire par la nationalisation des transports, de l’énergie, d’une partie des finances ; l’existence d’une presse libérée des pressions financières ; la création d’un système de Sécurité sociale et de retraite ; une extension des droits politiques des peuples coloniaux. Aux travailleurs qui avaient souffert du rationnement, on promettait une amélioration, non chiffrée et qui allait mettre des années à venir. Aux capitalistes, on annonçait « l’établissement d’un impôt progressif sur les bénéfices de guerre et plus généralement sur les gains réalisés au détriment du peuple et de la nation pendant la période d’occupation ».Pour une classe composée dans sa totalité et par nature de profiteurs de guerre ce n’était pas cher payé.

… et son application

Les nationalisations allaient être effectives après la fin de la guerre sous le gouvernement de de Gaulle auquel participèrent des ministres PCF. Mais, loin d’être une mesure « sociale », elles étaient une nécessité pour le redémarrage de l’économie capitaliste et eurent lieu dans tous les pays, en Europe comme au Japon. Les entreprises furent d’ailleurs payées rubis sur l’ongle à leurs propriétaires. Pour tous droits politiques, les peuples coloniaux eurent dès le 8 mai 1945 les massacres de Sétif, en Algérie, puis encore près de vingt ans de guerres coloniales. En France, les quelques mesures sociales, comme la mise en place de la Sécurité sociale, ne coûtèrent en fait pas grand-chose à la bourgeoisie et ne furent que le prix à payer pour donner l’illusion d’un progrès social et permettre au PCF de brandir cet alibi. Dans ces conditions, l’union sacrée de tous les partis derrière de Gaulle pour éviter des troubles révolutionnaires, assurer la continuité de l’État et conserver l’empire, put fonctionner.

Et, comme on peut le constater aujourd’hui aux coups qu’elles portent aux travailleurs, les « féodalités économiques et financières » dirigent toujours l’économie, et par là toute la société. Elles n’ont jamais été menacées, ni en 1945 ni après. Et elles doivent d’avoir coulé ces jours heureux, après avoir mis la planète à feu et à sang dans deux guerres mondiales, au fait que la classe ouvrière n’a pas contesté leur pouvoir politique. Par l’intermédiaire des Partis communistes et en particulier en France du PCF, le mouvement ouvrier a été domestiqué et mis au service de la bourgeoisie et de son État. Les prétendues « conquêtes de la Libération » ne furent que le maigre pourboire versé par la bourgeoisie aux appareils politiques et syndicaux encadrant les travailleurs, sous la forme de places dans ses institutions. C’est ce reniement de toutes les traditions révolutionnaires, cet asservissement volontaire des partis et syndicats ouvriers, qui ont été présentés pendant soixante-dix ans comme un titre de gloire par les dirigeants du PCF et d’une partie de la gauche. Ceux-ci continuent de célébrer le Conseil national de la résistance et son programme comme l’exemple même d’une politique sociale. Mais, s’il démontre quelque chose, c’est surtout leur belle constance dans la tromperie à l’égard des travailleurs.

Paul GALOIS

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2339&id=41

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29 mai 2013 ~ 0 Commentaire

 Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était 

 Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était  dans Féminisme tounga

Christophe Darmangeat vient de publier une Conversation sur la naissance des inégalités où, de questions en réponses, il nous fait avancer dans les pas de diverses sociétés humaines pour tenter de comprendre l’apparition des inégalités sociales.

Nous revenons ici sur son précédent ouvrage, Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était, Aux origines de l’oppression des femmes, réédité l’an dernier et qui traite d’une inégalité particulière, celle des sexes.(1) Il y a des questions qu’on ne se pose pas tous les matins en se levant mais presque et qui vous turlupinent, auxquelles les réponses qui vous sont proposées restent insatisfaisantes. C’est le cas de celle-ci, assez fondamentale : mais pourquoi est-ce que ce sont les femmes qui sont opprimées par les hommes et non l’inverse ? Quand et comment nous sommes-nous fait avoir ? Le livre de Chris- tophe Darmangeat n’apporte pas de réponse simple. Mais armé de solides outils marxistes, il offre une limpide synthèse de l’état des connaissances et des théories sur ce sujet (enfin) plus de 130 ans après Engels.

Matérialiste dialectique, l’auteur l’est, sans aucun doute. Du coup, on le suit avec confiance et plaisir dans sa critique d’Engels, Kollontaï ou Luxemburg… S’appuyant sur les travaux les plus récents, il réinterroge les œuvres classiques pour en souligner l’importance et les manques, se moque gentiment des conclusions parfois hâtives qui y sont tirées dans le contexte de l’époque. C’est drôle et cela incite à toujours bien garder son sens critique, même quand on lit Lénine ou Luxemburg. Les références sont nombreuses et ont été encore enrichies pour la 2e édition. Une partie du livre, placée en fin de volume, discute des différentes formes de famille et des systèmes de parenté (sujet qui constitue la matière des premiers chapitres de L’origine de la famille d’Engels). Mais c’est la première partie, consacrée à la question des rapports entre les sexes dans les sociétés pré-étatiques, qui constitue l’essentiel de l’ouvrage. La théorie généralement admise est que dans les sociétés primitives qui n’avaient pas accumulé de richesses, l’oppression des femmes aurait été inconnue et celles-ci auraient occupé des positions élevées. Le livre démontre que cette théorie est largement contredite par les recherches scientifiques menées depuis un siècle. Décortiquant différentes organisations sociales, l’auteur nous entraîne à la recherche d’un matriarcat introuvable…

Des interrogations persistantes

Alors même qu’on ne trouve pas de sociétés dans lesquelles les femmes auraient réellement eu le pouvoir, la question reste entière : quelle est l’origine de l’oppression des femmes ? Christophe Darmangeat nous propose des éléments de réponse, avec l’humilité de celui qui essaye de comprendre en s’appuyant avec rigueur sur les données scientifiques disponibles à notre époque. On le suit bien sur la nécessité de la division du travail pour en augmenter la pro- ductivité, sur les critères de cette division (jeunes/vieux, femmes/hommes…). De son propre aveu, les choses deviennent plus délicates lorsqu’il s’agit de mettre en évidence et d’expliquer la mise en place des mécanismes de domination. Prudent sur les causes de la division sexuelle du travail, une carac- téristique propre à l’espèce humaine, il s’étend en revanche longuement sur ses conséquences, en particulier celles du monopole détenu par les hommes tout à la fois sur la chasse au gros gibier et sur la guerre. Les femmes se retrouvent donc dépossédées à la fois des armes et de la vie sociale extérieure au clan. De là à les inférioriser puis à les surexploiter, il n’y a qu’un pas à franchir… Pas qui prendra de multiples formes selon les lieux et les époques, mais dont on ne peut que constater l’universalité aujourd’hui. L’auteur prend le temps d’argumenter ses propositions, de les étayer par des faits, mais ne cache pas les difficultés liées aux interprétations des découvertes archéologiques ou au manque de preuves irréfutables. Du même coup, le livre éclaire les raisons pour lesquelles l’idéal de l’égalité des sexes est une idée profondément moderne, qui ne pouvait émerger que sur la base des structures éco- nomiques marchandes généralisées par le capitalisme. Bref, un livre à lire absolument pour actualiser notre analyse marxiste de l’origine de l’oppression des femmes et continuer à nous poser des questions !

Note

1. Conversation sur la naissance des inégalités, éd. Agone, février 2013, 200 pages, 12 euros. Le blog de l’auteur présente des articles, notes de lecture, enregistrements de débats, une brochure à télécharger… De quoi prolonger la réflexion autour du marxisme, de l’anthropologie et de l’évolution sociale : http://cdarmangeat.blogspot.fr/

Mardi 28 mai 2013Publié dans : Revue Tout est à nous ! 43 (mai 2013)

Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était. Aux origines de l’oppression des femmes, éd. Smolny, mars 2012 pour la 2e édition, 480 pages, 20 euros

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27 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Vassili Grossman (1905-1964) (Inprecor)

Vassili Grossman (1905-1964) (Inprecor) dans Histoire vassili-grossman

Le nom de Vassili Grossman a été familier pour des millions d’hommes et de femmes qui faisaient face à la barbarie nazie de 1941 à 1945 en subissant l’appareil policier de Staline.

Ses articles, publiés dans Krasnaia Zvezda (l’Étoile rouge), journal officiel de l’armée, parlaient de cette société malgré les efforts de la censure. Cette société a fait face à l’une des plus grandes épreuves du XXe siècle, la guerre contre l’Allemagne nazie et a subi le poids de la bureaucratie stalinienne et la terreur au quotidien durant les années 1930. Le portrait de Grossman aide à comprendre cette réalité complexe.

Vassili Grossman est né le 12 décembre 1905 à Berditchev en Ukraine, ville emblématique du Yiddishland.

Trop jeune pour participer à la Révolution de 1917, il est membre de cette génération qui a grandi avec le régime issu d’Octobre et avec sa dégénérescence, personnifiée par la lutte de Staline contre Trotsky. En 1923, il entre à l’Université de Moscou pour étudier la chimie. En 1930, année de naissance de sa fille Ekatérina, il est nommé ingénieur dans une mine du Donbass, son épouse, Anna Pétrovna Matsourka (Galia), restant à Kiev. Il découvre le monde des mineurs à l’heure du premier plan quinquennal. De ces contacts se développera l’originalité de son sens de l’humain. Une erreur de diagnostic l’envoie dans un sanatorium de la région de Moscou en 1932. Il rédige alors son premier roman Gluck auf (Bonne chance) et une nouvelle dont l’action se situe à Berditchev. S’il écrit dans « le ton officiel », il ne sombre pas dans le « réalisme socialiste ». Dès ses débuts, un de ses thèmes de prédilection est celui des gens ordinaires à travers leur dignité, leur héroïsme, mais aussi leurs défauts et leurs faiblesses. Son second roman Stepan Koltchougin, est proposé pour le prix Staline, mais est finalement rayé de la liste par Staline lui -même. En 1933, sa cousine, Nadia Alamy, est arrêtée pour ses opinions, jugées « trots-kistes ».  Grossman est interrogé par l’OGPU pour avoir eu des contacts avec Victor Serge. En 1935, il épouse Olga Makaikovna Goubert, dont le précédent mari sera fusillé en 1937. Cette même année, il devient membre de l’Union des écrivains de l’URSS et, n’étant pas membre du PCUS, son internationalisme un peu naïf ne le rend pas encore suspect aux yeux du régime en cette période de purges et de procès. Mais, en 1938, Olga est arrêtée. Il parvient à la sauver ainsi que ses fils, sans se compromettre. A la veille de la guerre c’est un écrivain reconnu. Les événements qui conduisent à la guerre vont changer le cours de sa vie.

Le 22 juin 1941 débute le conflit entre l’Allemagne nazie et l’URSS, qui coûtera 27 millions de morts à l’Union soviétique.

Jugé inapte à servir dans l’armée, Grossman se porte volontaire pour le front en tant que correspondant de Krasnaia Zvezda. Ce journal est le périodique le plus lu. Outil de propagande, son contenu est suivi au quotidien par Staline. Grossman sera au front pendant près de mille jours, fera preuve d’un grand courage en particulier à Stalingrad, deviendra le confident et la plume de cette Armée rouge, où il terminera la guerre à Berlin avec le grade de lieutenant-colonel ! Il impose un style très particulier, où l’humain est au centre. Il rédige ses carnets de guerre qu’il tient de façon clandestine et qui auraient pu lui valoir un séjour au Goulag. Sans ses carnets de guerre impossible de comprendre son chef d’œuvre, Vie et destin. Les désastres de 1941 constitueront la matière d’un roman de guerre en 1942, Le peuple immortel.

De Stalingrad à Berlin il parlera de cette armée d’anonymes, ainsi que de ses généraux emblématiques. C’est dans l’Ukraine progressivement libérée que Grossman découvre l’ampleur des massacres commis contre les juifs. Ses pages sur l’occupation nazie de l’Ukraine, sur les camps de Majdanek et de Treblinka permettent à Grossman de parler de toutes les victimes des nazis en insistant sur l’extermination du peuple juif. Son récit L’enfer de Treblinka, le premier décrivant les camps nazis d’extermination, servit d’ailleurs de témoignage lors du procès de Nuremberg. « Le camp de Treblinka — écrivait-il — n’était pas un simple camp d’extermination, c’était un camp d’extermination à la chaîne. Tout comme un authentique combinat industriel, Treblinka n’a pas surgi d’un coup sous la forme que nous décrivons. Il a grandi petit à petit, s’est développé, a installé de nouveaux ateliers. (…) Treblinka disposait d’un espace industriel de mort de six cent trente-cinq mètres carrés. » Entre lui et les autorités soviétiques une faille s’ouvre et elle a un nom : l’anti-sémitisme de Staline. Grossman irrite le pouvoir en parlant des victimes juives, là où le pouvoir bureaucratique ne veut voir que des citoyens soviétiques. C’est la terrible histoire du Comité antifasciste juif, créé en 1942 — que Grossman rejoint en 1943, recruté par Ilya Ehrenbourg — dissous en 1948, dont plusieurs membres seront exécutés dans le cadre des persécutions antijuives en 1948 et dont le  Le Livre noir sur l’extermination scélérate des Juifs par les envahisseurs fascistes allemands dans les régions provisoirement occupées de l’URSS et dans les camps d’extermination en Pologne pendant la guerre de 1941-1945, ne sera publié dans sa version russe intégrale qu’en 1993 à Vilnius, en Lituanie indépendante.

En 1945, Grossman est encore bien en cours, ses articles sur la guerre sont publiés sous formes de volumes. Mais le temps de la terreur est revenu avec la victoire et la fin des illusions de changement entrevues à partir de 1942. En 1946, sa pièce, intitulée Si l’on en croit les pythagoriciens, publiée dans la revue l’Étendard, est passée au pilori, la répression contre les milieux intellectuels fait rage. C’est Jdanov qui mène le bal sans oublier Souslov. L’Union des écrivains est chargée de surveiller ses membres et de les dénoncer.  Les années 1946 à 1952 sont une nouvelle période de terreur. En mars 1952, le KGB ouvre une enquête sur Grossman et Ehrenbourg et seule la mort de Staline, en mars 1953, les sauve du Goulag, voire de la mort. Dans cette période difficile Grossman commence à élaborer son œuvre majeure, la première partie de Vie et destin, Pour une juste cause, qui est publiée, bien que censurée. Il sera défendu par l’un des héros de Stalingrad, Rodmitsev. La censure va conduire Grossman dans la deuxième partie des années 1950 à écrire Vie et destin; le roman à la force épique de Guerre et paix et de Docteur Jivago. Le pouvoir prend peur. Krouchtchev ordonne la saisie des manuscrits du roman, remis à Souslov, l’homme des purges et des déportations. Ce dernier déclara qu’il ne pourrait être publié avant 200 ans. Les ouvrages de Grossman sont retirés des librairies. Il meurt en août 1964 d’un cancer. Un seul exemplaire du manuscrit de Vie et destin a échappé aux perquisitions de la police politique, mais Grossman n’aura pas vu son roman publié de son vivant… Il sera pourtant reconnu comme l’un des plus grands romanciers du siècle dernier. Dresser ce portrait, c’est aussi rendre hommage à l’humanité et à la liberté face à la barbarie. C’est cette histoire que Vassili Grossman a racontée et qui ne pouvait que plonger dans l’embarras Staline et ses épigones. ■

* Michel Auslender, historien, est militant du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA, France) et de la IVe Internationale.

La naissance d’une nouvelle conscience de soi, vue par Vassili Grossman (extraits)

« Stalingrad, l’offensive de Stalingrad, ont contribué à créer une nouvelle conscience de soi dans l’armée et la population. Les Soviétiques, les Russes, avaient maintenant une autre vision d’eux-mêmes, une autre attitude à l’égard des autres nationalités. L’histoire de la Russie devenait l’histoire de la gloire russe au lieu d’être l’histoire des souffrances et des humiliations des ouvriers et paysans russes. Le national changeait de nature ; il n’appartenait plus au domaine de la forme mais au contenu, il était devenu un nouveau fondement de la compréhension du monde. (…) « Trois événements grandioses ont été à la base d’une nouvelle vision de la vie et des rapports humains : la collectivisation des campagnes, l’industrialisation, l’année 1937. « Ces événements, tout comme la révolution de 1917, ont provoqué des déplacements et des mouvements d’énormes masses de gens ; ces mouvements s’accompagnaient d’exterminations physiques supérieures en nombre à celles qui eurent lieu au moment de la liquidation de la noblesse, de la bourgeoisie industrielle et commerçante. (…) « Mais le nouvel ordre social qui avait triomphé au moment de la collectivisation, de l’industrialisation, du remplacement total des cadres de la nation, n’a pas voulu abandonner les anciennes formules et les représentations idéologiques, bien qu’elles eussent perdu, à ses yeux, tout contenu réel. Le nouvel ordre avait recours à l’ancienne phraséologie qui prenait sa source au début du XXe<:sup> siècle,au moment de la formation de l’aile bolchévique dans le parti social-démocrate. Mais ce nouvel ordre avait comme caractéristique fondamentale d’être étatico-national.

« La guerre accéléra le processus jusqu’alors souterrain, elle permit l’éclosion du sentiment national ; le mot “russe“ retrouva son sens. « Au départ, pendant la retraite, le mot “russe“ s’associait principalement à des phénomènes négatifs : le retard russe, le désordre russe, le fatalisme russe… Mais, une fois né, le sentiment national attendait le jour du triomphe militaire. « De la même manière, l’État prenait conscience de lui-même à l’intérieur de catégories nouvelles. (…) « La vie de l’Union soviétique relia l’éveil du sentiment national aux tâches que s’était fixées l’État après la guerre : la lutte pour la souveraineté nationale, l’affirmation du soviétique, du russe dans tous les domaines de la vie. « Toutes ces tâches n’apparurent pas brutalement pendant la guerre et l’après-guerre ; elles apparurent quand les événements qui se déroulaient à la campagne, la création d’une industrie lourde nationale et la venue de nouveaux cadres dirigeants marquèrent le triomphe d’un régime que Staline définit comme “le socialisme dans un seul pays“. « Les taches de naissance de la social-démocratie russe étaient effacées, supprimées. (…) « Ainsi la logique des événements a fait que, au moment où la guerre populaire atteignait son plus haut point pendant la défense de Stalingrad, cette guerre permit à Staline de proclamer ouvertement l’idéologie du nationalisme étatique. »

Vassili Grossman, Vie et destin, L’Âge de l’homme 1980, Le livre de Poche, pp. 896-899.

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Les œuvres de Vassili Grossman traduites en français

Vivre, Office français d’édition, Alger 1944.

 Stalingrad, Choses vues Septembre 1942 – Janvier 1943 (l’ouvrage rassemble les nouvelles et chroniques de guerre), Éditions France d’abord, Paris 1945

Le Peuple qui survit, La Centaine, Bruxelles 1946.

L’Amour (l’ouvrage rassemble les nouvelles et chroniques de guerre), Édition Arthaud, Paris 1947

 Le Peuple est immortel, Éditeurs français réunis, Paris1950.

 L’Enfer de Treblinka, Éditions Arthaud, Paris 1966.

 Vie et Destin, Éditions L’Âge d’Homme, Lausanne 1980.

Tout passe, Éditions L’Âge d’Homme, Lausanne 1984.

La Paix soit avec vous (récit du voyage en Arménie), Éditions L’Âge d’Homme, Lausanne 1989.

Années de guerre (l’ouvrage rassemble les nouvelles et chroniques de guerre), Éditions Autrement, Paris 1993.

Le Livre noir (écrit en collaboration avec Ilya Ehrenbourg), Acte Sud, 1995

 La Madone Sixtine, Éditions Interférences, Paris 2006.

Œuvres (rassemble les romans : Vie et Destin, Tout passe, les nouvelles Abel. Le six août, Tiergarten, La Madone Sixtine, Repos éternel, Maman, La Route, Le Phosphore, A Kislovodsk ; ainsi que les documents : Lettre à Krouchtchev, Entretien avec M. A. Souslov et Lettres à la mère), Éditions Robert Laffont, Paris 2006.

Carnets de guerre. De Moscou à Berlin. 1941-1945, Calmann-Lévy, Paris 2007.

Pour une cause juste, Éditions L’Âge d’Homme, Lausane 2008.

La Route (l’ouvrage rassemble les nouvelles), Lausane, Éditions L’Âge d’Homme, collection Archipel slave, Lausanne 2010.

Michel Auslender http://orta.dynalias.org/inprecor/article-inprecor?id=1462

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26 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Jospin, l’affirmation du social-libéralisme

Jospin, l’affirmation du social-libéralisme dans Histoire

Lionel Jospin a cru bon d’intervenir dans le débat sur le mariage pour tous et çà n’a pas loupé… hors-jeu!
En 1997, Lionel Jospin devient le Premier ministre d’un gouvernement de « gauche plurielle », avec le Mouvement des citoyens, les Verts et le PCF. Il prend quelques mesures qui visent à le situer dans la continuité de Mitterrand.
Le gouvernement Jospin met en place le PACS, les premiers textes sur la parité, allonge le droit à l’IVG à quatorze semaines, crée la Couverture maladie universelle, le congé paternité. Bien qu’insuffisante, l’instauration de l’Allocation pour la perte d’autonomie visant à renforcer la prise en charge des per- sonnes âgées en perte d’autonomie, est encore une amélioration. À l’inverse d’autres pays européens, il n’engage pas de processus de remise en cause des retraites, probablement en tenant compte de la grande mobilisation de 1995. Enfin sa « grande œuvre » est la loi des 35 heures sans perte de salaire, au- jourd’hui tant attaquée. Mais cette instauration se fait dans de telles conditions qu’elle n’a qu’un impact limité sur l’emploi (entre 20 et 400 000 emplois créés). Et surtout elle instaure une flexibilisation du temps de travail qui aggrave les conditions de travail de millions de salariéEs. Sur les questions économiques, la politique de ce gouvernement revendiquera clairement le choix du social-libéralisme. Henri Weber donne le ton : « Ce gouvernement n’affichera ni nostalgie volontariste à la mode de la gauche socialiste ni abandon aux sirènes trop libérales du blairisme. » Le risque de grand écart, que pourrait laisser supposer la phrase, n’existe pourtant pas. L’acceptation des critères européens de Maastricht et des décisions du sommet de Barcelone contre les retraites et les services publics confirment la profondeur de ces choix. C’est clairement la politique que la droite ne peut conduire elle-même que vont développer les ministres de gauche, chacun dans sa compétence.
Libéral et sécuritaire
Le ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement fait prendre à la gauche gouvernementale un réel tournant sécuritaire, en plaçant l’ordre sécuritaire au dessus des intérêts antagonistes de classe. Affirmant que « la sécurité n’est ni de droite ni de gauche », il stigmatise les parents « démissionnaires » et les « sauvageons », et remet en cause la justice des mineurs. Il appelle à la mobilisation de toutes les institutions et des éluEs contre l’« insécurité », devenue enjeu national, et les « zones de non-droit », c’est-à-dire les quartiers populaires… Une politique qui ne s’attaquera jamais aux causes profondes de la délinquance, ni surtout aux auteurs et circuits de la « grande » délinquance, une politique que la droite accentuera par la suite de plus en plus dangereusement.

Les Verts ne feront pas progresser les questions environnementales et écologiques dans cette période. Les ministres communistes appuient toutes les politiques de la période. Jean-Claude Gayssot, ministre PCF des Transports, lance la privatisation de secteurs entiers, en phase avec l’Union européenne alors dirigée par une majorité de gouvernements socialistes. Au mépris des résistances, il amorce les privatisations d’Air France, de l’Aérospatiale, de France Télécom, de La Poste, du fret SNCF, d’ASF, pendant que sont privatisés le Crédit lyonnais ou le groupe d’assurances GAN. Si on pouvait se plaindre du faible nombre de nationalisations de Mitterrand, on ne peut que constater que Jospin est lui le champion des privatisations ! La défaite électorale de Jospin en 2002 était inscrite dans ces reculs : il n’est pas présent au second tour de l’élection présidentielle, devancé par Le Pen.

http://npa2009.org/node/37354

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26 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Mitterrand, les espérances… et la rigueur

Mitterrand, les espérances… et la rigueur dans Histoire mitterrand.le_retour_de_la_momie

L’élection de François Mitterrand en mai 1981 se traduit par des évolutions très insuffisantes, mais réelles.
La peine de mort est abolie et les terres du Larzac sont rendues aux paysans ( Plogoff abandonné NdB). Des nationalisations sont opérées, mais en nombre trop faible (seulement cinq groupes industriels et une partie des banques) et les indemnisations pour les actionnaires énormes. Si la retraite à taux plein à 60 ans avec 37, 5 annuités est adoptée, la durée du travail est portée à 39 heures… avec flexibilité.  Mais l’interruption volontaire de grossesse (IVG) n’est pas étendue et toujours pas gratuite, le nucléaire n’est pas arrêté et la promesse du droit de vote des immigrés est abandonnée.
Dans les pas de la droite
Et surtout, dès 1982, arrive le tournant dit de la rigueur. Face à la récession économique, une politique d’austérité est mise en place, très semblable à celle qu’avait prévue la droite, systématisée par le plan Delors avec l’objectif de maintenir le déficit de l’État à 3 % du PIB pour 1983 et 1984. Le Parisien du 28 septembre 2012 écrit qu’un haut fonctionnaire a inventé ces fameux 3 % en une heure, un soir de juin 1981, car François Mitterrand avait exigé, pour faire barrage à ses ministres trop dépensiers, un chiffre rond et facile à retenir.
Cet alignement sur les politiques économiques libérales et monétaristes justifie l’abandon des conquêtes sociales, de l’objectif des 35 heures. Laurent Fabius prononce un éloge de la libre entreprise, débarrasse la « gauche » de ses vieux habits, de son attachement aux revendications, à la réalisation du changement. Les mesures visant à moderniser l’appareil industriel français par les restructurations indispensables aux capitalistes se multiplient. S’ajoutent à cela les interventions impérialistes au Tchad et au Liban, et la recherche d’un compromis avec la hiérarchie catholique sur l’école privée…
Après la défaite des socialistes aux législatives de 1986, la droite reprend les rênes pour deux années, mais le PS redevient majoritaire après la réélection de Mitterrand en 1988, pour prolonger la politique d’austérité introduite en 1983-84. Au plan international, c’est le suivisme de l’impérialisme américain, au moment de la première guerre du Golfe, en 1990-1991.

http://npa2009.org/node/37354

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26 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Il y a très longtemps…

Il y a très longtemps… dans Histoire 200_sfio-phalempin-1937
Dès sa naissance, le Parti socialiste s’est posé la question de sa participation ou non à un gouvernement dans le cadre du capitalisme.

En quarante ans, de la fin du XIXe siècle à 1936, il est passé du refus de principe à la direction du premier gouvernement de Front populaire, avec des républicains radicaux. Le refus de principe était limité : la Deuxième Internationale socialiste se prononce en 1900 contre le « ministérialisme » sauf « circonstances exceptionnelles », par exemple « l’hypothèse d’une guerre d’invasion ». Dans les années 1920, le dirigeant socialiste Léon Blum invente une distinction subtile entre la conquête, c’est « la prise totale du pouvoir politique, prélude possible et condition nécessaire de la transformation du régime de la propriété, c’est-à-dire de la révolution » et l’exercice du pouvoir « la conséquence de l’action parlementaire elle-même, que vous pouvez être obligés d’accepter, de demander, de subir. »
Gérer l’économie de marché
Puis d’autres évolutions vont apparaître dans les textes de référence des socialistes.  La déclaration de principes du PS de 1969 affirmait que la « transformation socialiste ne peut pas être le produit naturel et la somme de réformes corrigeant les effets du capitalisme. Il ne s’agit pas d’aménager un système, mais de lui en substituer un autre ». En 1990, il s’affirme encore « parti de transformation sociale », pour une société « d’économie mixte ». Au- jourd’hui, finie l’orientation sur la transformation sociale, il reste toujours l’idée d’économie mixte mais surtout l’objectif d’une « économie sociale et éco- logique de marché (…) régulée par la puissance publique, ainsi que par les partenaires sociaux (…) qui a pour finalité la satisfaction des besoins sociaux essentiels. » Sans s’illusionner sur la façon dont s’appliquent ces déclarations, ce qui est déterminant c’est ce que font les gouvernements : on est passé du refus affiché de participer à un gouvernement socialiste à l’objectif de gérer une économie de marché !

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26 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Dossier PS: repères chronologiques

Dossier PS: repères chronologiques dans Histoire tppps

« Toujours prêt pour servir »,  service d’ordre de la fédé de la Seine de la SFIO

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23 Juin 1899 : Entrée d’un député socialiste, Alexandre Millerand, dans le gouvernement de « défense républicaine » de Waldeck-Rousseau, aux côtés du général de Galliffet, « fusilleur de la Commune ». Soutenu par Jaurès, condamné par Guesde, Millerand sera exclu du Parti socialiste pour ses prises de position au sein de ce gouvernement.
26 août 1914 : Face à l’« agression » de la France, Jules Guesde, Marcel Sembat et Albert Thomas sont ministres dans le gouvernement d’union nationale. Il y aura la présence de socialistes dans tous les gouvernements jusqu’en septembre 1917. La SFIO (section française de l’internationale ouvrière, PS de l’époque), participe au Cartel des gauches, avec des républicains bourgeois de gauche dont les radicaux-socialistes, et soutient les gouvernements qui vont être élus en 1924 et 1932, sans toutefois y participer.
5 juin 1936 : Le Front Populaire est le premier gouvernement dirigé par un socialiste, Léon Blum, avec la participation des radicaux et le soutien sans participation des communistes. Présence des socialistes dans les gouvernements qui se succèdent jusqu’au 8 avril 1938.
10 septembre 1944 au 10 juillet 1951 : Les gouvernements d’union nationale avec le général de Gaulle, intègrent la SFIO, le PCF et le MRP (parti bourgeois, démocrate chrétien centriste). À partir de mai 1947, ne restent que le MRP, les radicaux et la SFIO, qui constituent la « troisième force », entre le PCF et le parti gaulliste.
31 janvier 1956 au 8 janvier 1959 : Gouvernement Guy Mollet, puis participation à tous les gouvernements ultérieurs.
22 mai 1981 : Début de deux septennats de gouvernements socialistes sous la présidence de Mitterrand, à l’exception de deux périodes de cohabitation avec la droite (1986-88 et 1993-95).
4 juin 1997 au 6 mai 2002 : Gouvernement de Lionel Jospin (sous la présidence de Chirac).
15 mai 2012 : Jean Marc Ayrault sous la présidence Hollande.

Par Roseline Vachetta et Patrick Le Moal http://npa2009.org/node/37354

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16 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Mai 1968 et la guerre du Viêt-nam

Mai 1968 et la guerre du Viêt-nam  dans Histoire vietnam-fsi

Quand on considère le tableau qu’offre le Viêt-nam en 1998 (règne de la bureaucratie, corruption effrénée et culte du dollar) on a du mal à imaginer que 30 ans plus tôt, tous les regards de la jeune génération et des révolutionnaires étaient tournés vers ce petit pays qui menait une lutte exemplaire contre le colosse américain. Comment l’intrépidité, l’esprit d’initiative et les proclamations de foi socialistes qui caractérisaient les combattants viêtnamiens ont-ils pu aboutir à un aussi pitoyable résultat ?

Certes, le Viêt-nam a gagné la guerre et son combat, incroyablement difficile, a joué un rôle essentiel dans la floraison d’explosions contestataires qui se sont produites dans le monde à la fin des années 1960. Contrairement aux prévisions marxistes (même trotskistes), le capitalisme ne se porte pas trop mal dans les années d’après-guerre et grâce, en particulier, à la course aux armements provoquée par la guerre froide, il parvient à bouleverser la technologie, à augmenter la productivité du travail, à améliorer nettement le niveau de vie moyen dans les pays développés alors que le chômage demeure très limité. Cependant le système de formation des jeunes ne suit pas et les valeurs régnantes demeurent celles de la société bourgeoise d’avant-guerre. La jeunesse étudiante devient contestataire. En l’absence de grandes luttes de classe dans les pays impérialistes, ce sont les vagues de la révolution coloniale qui vont la stimuler, la convaincre que la pensée marxiste n’est pas à mettre au rebut et que l’URSS n’a plus grand chose à voir avec le socialisme.

Après la victoire de la révolution cubaine à leur porte, les USA mirent tout en oeuvre pour enrayer la contagion et endiguer la poussée révolutionnaire partout dans le monde et en particulier autour de la Chine. Il y eut toute une série de coups d’État, plus ou moins fomentés par la CIA, au cours des années soixante (Indonésie, Congo, Brésil, Saint-Domingue), et après la défaite de la France en Indochine, les Américains s’empressèrent de prendre sa place laissée vacante au Sud Viêt-nam et de financer (donc de contrôler) le régime de Ngo Dinh Diem. Par ses méthodes terroristes et dictatoriales celui-ci provoqua la levée d’une résistance populaire que les communistes locaux encadrèrent au moyen d’un Front de Libération Nationale (FLN) créé en 1960. Malgré les milliards de dollars US qui lui furent généreusement octroyés, Diem fut tellement impuissant et discrédité que ses protecteurs américains organisèrent son assassinat le 1 novembre 1963. Ses remplaçants ne furent pas plus heureux dans leur guerre contre le FLN, maintenant largement soutenu par le Nord. Devant le risque d’un effondrement complet de leur allié et de la prise de contrôle du Sud par les communistes, le président Jonhson décida d’intervenir militairement.

A la suite d’une provocation en mer (“l’incident” du golfe du Tonkin), en août 1964, la 7e flotte US se mit à canonner et à bombarder la côte nord-viêtnamienne puis des nuées de B-52 ( les plus gros bombardiers de l’époque) quittèrent leurs bases au Sud Viêt-nam pour pilonner le Nord en se rapprochant de plus en plus de Hanoi. En même temps des fantassins US débarquaient par dizaines de milliers dans le Sud. Ils devaient atteindre le chiffre d’un demi million. La guerre américaine fut véritablement criminelle et prouve encore une fois qu’on peut disposer d’un régime relativement démocratique sur le plan intérieur et se comporter de façon inhumaine et terroriste vis-à-vis de peuples considérés comme “inférieurs” : massacres, napalm, bombes à billes antipersonnel, défoliants, furent très largement utilisés cependant que la plupart des bâtiments du Nord étaient rasés (à l’exception de ceux de Hanoi). A l’opposé, la façon dont le peuple vietnamien, étroitement encadré par le PC (appelé PTV, parti des travailleurs du Viêt-nam), sut résister à l’escalade et finalement la rendre inopérante, donna un exemple inouï qui inspira non seulement d’autres mouvements de libération nationale mais également des secteurs de la jeunesse et du mouvement ouvrier dans les pays développés.

Ici je souhaite livrer quelques souvenirs personnels. En novembre 1966 se tint la première réunion du « Tribunal international contre les crimes de guerre commis au Viêt-nam », encore appelé Tribunal Russell, du nom du célèbre philosophe anglais qui accepta de le parrainer. Son but était « d’établir sans crainte de quiconque ni à la faveur de qui que ce soit toute la vérité sur cette guerre ». Vingt six témoins de différents pays furent envoyés au Viêt-nam. En tant que chirurgien, j’ai eu la possibilité de séjourner du 17 février au 23 mars 1967 dans le Nord Viêt-nam, puis, avec mon collègue médecin Marcel-Francis Kahn et le cinéaste Roger Pic, du 16 au 30 septembre 1967 dans les zones libérées du Sud, non loin de Tay Ninh. Comme j’étais encore membre du PCF (bien que déjà trotskiste….) et comme le PCF était jugé très sévèrement par les communistes vietnamiens à cause de sa mollesse pour appuyer leur combat (et de son soutien du bout des lèvres au tribunal Russell), les responsables vietnamiens me donnèrent une chance inespérée : me faire descendre jusqu’au 17e parallèle (la ligne de démarcation entre le Nord et le Sud). De cette équipée passionnante je retirais deux impressions prédominantes.

En premier lieu, la sauvagerie des bombardements US n’avait aucune limite. Après avoir quitté la capitale, j’ai dû constater que jusqu’au 17e parallèle, pas un bâtiment en dur n’avait été épargné par l’aviation américaine. Je devais enquêter notamment sur l’usage des bombes à billes et du napalm ainsi que sur les bombardements d’établissements hospitaliers. On m’a conduit dans tous les hôpitaux de province et dans plusieurs hôpitaux de district. Ils étaient tous marqués de larges croix-rouges et situés le plus souvent hors de la ville. Tous avaient été bombardés à plusieurs reprises, rasés et j’ai rapporté du carrelage de bloc opératoire recouvert de flaques de napalm. Il en allait de même des écoles et des habitations. Au Sud nous avons interrogé beaucoup de témoins qui nous ont détaillé les ratissages, bombardements, défoliations, opérés par les Américains et leurs protégés.

Mais en même temps nous avons été les témoins du formidable élan de la population pour résister et chasser l’envahisseur. J’ai pu observer admirativement comment la vie s’organisait sous terre dans les zones les plus bombardées du Nord : les écoliers étudiaient dans des tranchées, la tête recouverte d’un chapeau de paille tressée pour les protéger des billes, les hôpitaux décentralisés fonctionnaient en sous-sol et les salles d’opération souterraines étaient éclairées avec des phares de vélo, les magasins et les salles de réunion étaient creusés dans le sol. Nous circulions de nuit en command car et, de même que tous les camions empruntant la “piste Hô Chi Minh” pour rejoindre le Sud, nous ne disposions comme éclairage que d’une petite ampoule fixée sous le moteur. De chaque côté de la route des bâtons blancs étaient échelonnés tous les dix mètres, et la lampe permettait de constater que nous demeurions entre les bâtons, donc sur la route. Des équipes veillaient à ce que celle-ci demeure praticable. Une mobilisation populaire était indispensable pour aboutir à un tel résultat. D’autant qu’il fallait surveiller à intervalle régulier des lanternes, placées elles aussi le long de la route. Lorsque la feuille de bananier qui la recouvrait était remplacée par une feuille rouge, cela signifiait qu’il y avait un passage d’avions (non entendu avec le bruit du moteur de la voiture) et qu’il fallait s’arrêter et éteindre la petite ampoule sous le moteur. C’étaient souvent des jeunes filles des villages qui s’occupaient de ces lanternes. Dans tous les domaines l’ensemble de la population était ainsi mobilisée et, malgré leur écrasante supériorité technique, les Américains s’y cassèrent les dents.

Un journaliste du Monde qui avait d’abord été sur un porte-avions américain me dit un jour à l’époque : « Quand on m’a envoyé ensuite au Nord Viêt-nam, j’y suis allé avec l’idée qu’ils étaient foutus. Vous ne pouvez imaginer la débauche de moyens et d’appareils sophistiqués à la disposition de l’armée américaine. Mais après quelque temps de séjour ici, j’ai changé d’avis. C’est toute la population qui se bat, qui est encadrée et motivée. Contre cela, les Américains seront impuissants ». Le Mai 68 français a été provoqué par la guerre du Viêt-nam. Le 18 mars 1968, une centaine de militants avaient attaqué le siège parisien de l’American Express dans le quartier de l’Opéra (vitres brisées, drapeau américain brûlé). Les flics arrêtent Xavier Langlade, le responsable du service d’ordre de la JCR, qui est étudiant à la faculté de Nanterre. Des arrestations de lycéens ont lieu les jours suivants. Nanterre s’embrase et les étudiants exigent leur libération et occupent la Tour qui domine le campus. Les étudiants seront relâchés mais l’agitation ne cessera plus et de Nanterre gagnera le Quartier latin. Signalons qu’auparavant s’étaient déjà produites de nombreuses manifestations anti-guerre en Belgique, en Allemagne, au Japon et surtout aux USA où les pertes de l’armée américaine ne donnaient aucune envie de se battre aux futurs appelés. En France plusieurs mouvements animés par ce qu’on appelait alors les “groupuscules” développeront des actions parfois spectaculaires avec le slogan « FLN vaincra ! » qui contrastait avec le timide « Paix au Viêt-nam ! » du PCF, égaré dans les méandres de la coexistence pacifique. Les trotskistes participent activement au Comité Viêt-nam national (CVN), au mouvement du Milliard pour le Viêt-nam, à l’Association médicale franco-viêtnamienne, les maoïstes animent les Comités Viêt-nam de base (CVB), tous contribuent à faire prendre conscience que la lutte généralisée et organisée de tout un peuple peut faire reculer un adversaire cent fois mieux armé. En 1975, ce sera la prise de Saïgon par l’armée populaire puis la réunification du Viêt-nam. La suite devait se révéler nettement moins enthousiasmante.

Dans les années de lutte contre la guerre, le slogan scandé : « Hô, Hô, Hô Chi Minh ! Che, Che, Che Guevara ! » était repris au cours de toutes les manifestations, au grand dam des trotskistes vietnamiens qui étaient, certes, de tous les comités de lutte mais, sachant comment le PCV avait systématiquement exterminé les trotskistes en 1945, souhaitaient un soutien plus critique. Et, de fait, on dut constater qu’après avoir terminé victorieusement sa lutte exemplaire, le PCV se mit à très rapidement édifier une société en tous points comparable à celles de ses homologues du “socialisme réel”, avec son parti unique, ses bureaucrates à tous les niveaux, ses magasins et hôpitaux “spéciaux”, ses centaines de milliers de prisonniers politiques “à rééduquer”, sa police politique omniprésente. Le FLN et l’Alliance des forces démocratiques, qui avaient clamé pendant des années leur volonté d’ouverture à la “troisième force”, leur désir d’établir un régime démocratique multi-partis, se virent mis sur la touche cependant que pratiquement tous les postes clés étaient occupés par des “nordistes” ou des gens qui ne devaient leur pouvoir qu’à la confiance qu’ils inspiraient aux “décideurs” du Nord et non pas à la population locale.

La déception se traduisit par l’exode des “boat people” mais elle atteignit également nombre d’“amis du Viêt-nam” qui avaient nourri bien des illusions pendant la guerre. Pour saisir toute leur amertume il suffit de se reporter aux Mémoires de Laurent Schwartz (1) qui fut un des principaux animateurs du CVN, du Tribunal Russell et qui eut l’occasion en 1968 de rencontrer Hô Chi Minh, Pham Van Dong et de donner une conférence aux cadres syndicaux et politiques de Hanoi : « Les officiels vietnamiens savaient pertinemment que j’avais été trotskiste, ils passaient là-dessus ; moi je n’ignorais pas qu’ils étaient staliniens et ne me faisais guère d’illusions sur le régime politique qui prévaudrait après la guerre; j’espérais quand même mieux que ce qui s’est produit ».

Comment interpréter un tel fiasco ?

L’explication n’est pas simple et donna lieu, à l’époque, à d’ardentes controverses dans la IVe Internationale. La majorité considérait que le PCV était, certes, de formation stalinienne et nourrissait donc de vives tendances à la bureaucratisation mais elle demeurait résolument optimiste en raison du combat exemplaire qu’il dirigeait. Il s’agissait pour elle d’une direction révolutionnaire partiellement empirique, susceptible d’évoluer sous l’influence de la mobilisation d’une population politisée, comme en témoignait la large démocratie à la base en contradiction avec le centralisme vertical (2). A ce point de vue s’était opposée, pendant toute une période, une minorité (essentiellement aux USA) pour qui le PCV n’était qu’un parti nationaliste à base paysanne, doté d’un programme stalinien petit-bourgeois de révolution par étapes (d’abord la révolution bourgeoise…). Seule la poussée des masses l’aurait obligé à dépasser les bornes qu’il avait prévues. Le groupe trotskiste vietnamien en France voyait les choses encore différemment et, a posteriori, son point de vue s’est révélé le plus lucide. Certes, le PCV avait été formé dans le moule stalinien de la IIIe Internationale, comme son homologue chinois, mais comme ce dernier, il a toujours su manœuvrer pour défendre ses intérêts nationaux sans trop indisposer son tuteur. Il était erroné de le représenter comme un parti petit-bourgeois poussé à l’action par les masses révoltées. Cette poussée n’existait ni en 1941 quand quelques dizaines de militants pourchassés prirent la décision audacieuse de commencer la lutte armée et créèrent le Viêt-Minh, ni dans les années soixante quand le Nord était ravagé par les bombes et le Sud étranglé par l’armée US, les flics et les mercenaires du régime fantoche. Le PCV a su être cette direction combattante, liée aux masses, farouchement décidée à vaincre et à conserver le pouvoir. Mais pour réaliser quoi ? Comme l’ont fait remarquer les zapatistes du Chiapas, les dirigeants d’une lutte armée victorieuse ne sont pas les plus aptes à construire une société civile démocratique en temps de paix. D’autant que la gangrène stalinienne corrodait déjà le Nord Viêt-nam au plus fort de son combat exemplaire.

Comment décrire l’amertume de l’auteur de ces lignes quand il apprit en 1991, à la lecture du livre de Georges Boudarel (3) qu’en pleine escalade, en 1967, alors qu’il se trouvait au milieu de cette population héroïque, la direction du PCV jetait en prison, sans aucun procès, cent à deux cents vieux militants lors de “l’affaire Hoang Minh Chinh”, accusés de “révisionnisme antiparti” krouchtchevien. Chinh connut 16 ans d’internements divers sans aucune décision de justice et n’est toujours pas réhabilité. On apprenait récemment que le propre secrétaire de Hô Chi Minh (de 1945 à 1954) avait fait partie de la même fournée sans que le brave Oncle ne lève le petit doigt pour le sauver (4). On avait donc affaire à un parti ouvrier bureaucratisé, certes de formation stalinienne, mais différant du parti stalinien standard (comme le PCF) en ce sens qu’il plaçait ses intérêts propres avant ceux de l’URSS. Il sut diriger avec brio une guerre de libération nationale (comme son homologue soviétique pendant la deuxième guerre mondiale) mais se révéla incapable de sortir du moule stalino-maoïste pour construire une société nouvelle en temps de paix. Actuellement le Viêt-nam suit globalement l’évolution de la Chine et le culte du billet vert a remplacé celui de Staline mais le pouvoir politique est encore solidement entre les mains des cadres du PCV. Il est heureux qu’en mai 1968 même les plus pessimistes n’eussent imaginé une telle trajectoire…

Notes

1. Laurent Schwartz, Un mathématicien aux prises avec le siècle,

Ed. Odile Jacob, Paris 1997.

2. Pierre Rousset, Le parti communiste vietnamien, François Maspéro, Paris1973 (2e ed. Paris1975).

3. Georges Boudarel, Cent fleurs écloses dans la nuit du Viêt-nam (communisme et dissidence – 1954-1956), éd. Jacques Bertoin, Paris1991.

4. Chroniques vietnamiennes, édité par le Groupe trotskiste vietnamien, (membre de la LCR) – n° spécial – automne 1997.

Mercredi 15 mai 2013 Jean-Michel Krivine

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16 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Journée des mémoires : Hollande assume le passé esclavagiste (LO)

Journée des mémoires : Hollande assume le passé esclavagiste (LO) dans Histoire Jacobains+noirs

Vendredi 10 mai, lors de la Journée des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, Hollande, répondant aux demandes de certaines associations, a redit qu’il ne pouvait être question d’indemniser les descendants des victimes de l’esclavage. En revanche, il a affiché une solidarité bien concrète avec les descendants de ceux qui ont tiré un gros profit de ce sinistre négoce.

Dans son discours, il a eu le toupet de s’abriter derrière le poète martiniquais Aimé Césaire, qui disait que l’esclavage ne saurait « faire l’objet de transactions en terme d’une comptabilité (…) en tous points impossible à établir ». Césaire soulignait l’immensité infinie de cette dette. Hollande, lui, en tire la conclusion que seul compte « le devoir de mémoire ». Alors, il multiplie les envolées ronflantes du genre : « Nous savons la part funeste prise par la France dans l’exploitation des terres d’Afrique » ou « Je sais ce que la France doit aux soldats africains »… pour conclure que la France paierait sa dette « en envoyant ses soldats au Mali ».

Il faut oser ! Comme si ces militaires faisaient autre chose qu’assurer la continuation du pillage de ce continent par les grands groupes français. Et quel culot d’empiler les « je sais », « nous savons », quand tout est fait, au contraire, pour que le bon peuple en sache le moins possible. Les programmes scolaires se gardent de souligner que l’histoire de l’État français moderne est indissociable de l’esclavagisme, puis du colonialisme. On estime qu’aux 17e et 18e siècles l’Europe a réduit en esclavage 11 à 15 millions d’hommes, de femmes et d’enfants arrachés à l’Afrique. Avant même de l’avoir colonisé, elle saignait à blanc ce continent, et pour longtemps. Ces déportés africains – du moins ceux qui survécurent à une traversée dans des conditions épouvantables, enchaînés à fond de cale – furent ensuite contraints de travailler gratuitement dans les colonies américaines de la France, de l’Angleterre, de la Hollande, pour ne citer que les principales puissances s’adonnant à la traite négrière.

Ce commerce triangulaire consistait à embarquer de la pacotille en Europe, que l’on échangeait contre des êtres humains en Afrique.

Devenus esclaves, ils produisaient des denrées (sucre, coton, tabac) commercialisées ensuite en Europe et cela rapportait gros. Il fit la fortune de dynasties d’armateurs, de colons esclavagistes établis dans les îles, de négociants vendant la production des esclaves, de banquiers facilitant ce négoce, d’une masse d’intermédiaires et de bourgeois petits ou grands empochant les dividendes. Et ils étaient énormes quand Saint-Domingue, l’actuel Haïti, fournissait les trois quarts de la production mondiale de sucre brut. Dans des villes comme Nantes – premier port négrier français –, Bordeaux – principal entrepôt de denrées coloniales –, Rouen, Honfleur, Saint-Malo, Le Havre, cela permit à la bourgeoisie de prospérer. Et de s’en vanter : au fronton de ses hôtels particuliers, on voit encore des motifs d’ornementation dits « à tête de nègre ».

La bourgeoisie française n’aurait jamais pu acquérir la puissance qui est la sienne sans cette exploitation esclavagiste.

Ainsi Napoléon Bonaparte envoya des troupes rétablir l’esclavage en Guadeloupe en 1802, après que les Noirs de cette île s’étaient libérés. À Haïti, ses troupes furent défaites par les anciens esclaves défendant leur liberté. Mais la France le leur fit payer très cher : Haïti dut lui racheter sa liberté pour l’équivalent de 17 milliards d’euros, de 1804 à la Première Guerre mondiale. Et en 1848, quand après de nouvelles révoltes aux Antilles l’État français dut abolir l’esclavage, il indemnisa les propriétaires « lésés ». En refusant d’entendre parler d’indemniser les descendants d’esclaves, Hollande évite de s’aventurer sur un terrain dangereux. Où irait-on si les exploités pouvaient demander des comptes à leurs exploiteurs ? Et qui sait où s’arrêteraient les travailleurs, s’ils pouvaient aller fouiller pour savoir d’où vient la fortune des bourgeois, à quoi et à qui elle sert ? Derrière ses propos hypocrites sur la « mémoire », Hollande affirme une fois de plus qu’il ne se tient pas du côté des exploités. Marine Le Pen a d’ailleurs déclaré qu’il avait « raison » : on a les soutiens qu’on mérite.

Pierre LAFFITTE

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2337&id=3

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14 mai 2013 ~ 0 Commentaire

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