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26 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Dossier PS: repères chronologiques

Dossier PS: repères chronologiques dans Histoire tppps

« Toujours prêt pour servir »,  service d’ordre de la fédé de la Seine de la SFIO

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23 Juin 1899 : Entrée d’un député socialiste, Alexandre Millerand, dans le gouvernement de « défense républicaine » de Waldeck-Rousseau, aux côtés du général de Galliffet, « fusilleur de la Commune ». Soutenu par Jaurès, condamné par Guesde, Millerand sera exclu du Parti socialiste pour ses prises de position au sein de ce gouvernement.
26 août 1914 : Face à l’« agression » de la France, Jules Guesde, Marcel Sembat et Albert Thomas sont ministres dans le gouvernement d’union nationale. Il y aura la présence de socialistes dans tous les gouvernements jusqu’en septembre 1917. La SFIO (section française de l’internationale ouvrière, PS de l’époque), participe au Cartel des gauches, avec des républicains bourgeois de gauche dont les radicaux-socialistes, et soutient les gouvernements qui vont être élus en 1924 et 1932, sans toutefois y participer.
5 juin 1936 : Le Front Populaire est le premier gouvernement dirigé par un socialiste, Léon Blum, avec la participation des radicaux et le soutien sans participation des communistes. Présence des socialistes dans les gouvernements qui se succèdent jusqu’au 8 avril 1938.
10 septembre 1944 au 10 juillet 1951 : Les gouvernements d’union nationale avec le général de Gaulle, intègrent la SFIO, le PCF et le MRP (parti bourgeois, démocrate chrétien centriste). À partir de mai 1947, ne restent que le MRP, les radicaux et la SFIO, qui constituent la « troisième force », entre le PCF et le parti gaulliste.
31 janvier 1956 au 8 janvier 1959 : Gouvernement Guy Mollet, puis participation à tous les gouvernements ultérieurs.
22 mai 1981 : Début de deux septennats de gouvernements socialistes sous la présidence de Mitterrand, à l’exception de deux périodes de cohabitation avec la droite (1986-88 et 1993-95).
4 juin 1997 au 6 mai 2002 : Gouvernement de Lionel Jospin (sous la présidence de Chirac).
15 mai 2012 : Jean Marc Ayrault sous la présidence Hollande.

Par Roseline Vachetta et Patrick Le Moal http://npa2009.org/node/37354

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16 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Mai 1968 et la guerre du Viêt-nam

Mai 1968 et la guerre du Viêt-nam  dans Histoire vietnam-fsi

Quand on considère le tableau qu’offre le Viêt-nam en 1998 (règne de la bureaucratie, corruption effrénée et culte du dollar) on a du mal à imaginer que 30 ans plus tôt, tous les regards de la jeune génération et des révolutionnaires étaient tournés vers ce petit pays qui menait une lutte exemplaire contre le colosse américain. Comment l’intrépidité, l’esprit d’initiative et les proclamations de foi socialistes qui caractérisaient les combattants viêtnamiens ont-ils pu aboutir à un aussi pitoyable résultat ?

Certes, le Viêt-nam a gagné la guerre et son combat, incroyablement difficile, a joué un rôle essentiel dans la floraison d’explosions contestataires qui se sont produites dans le monde à la fin des années 1960. Contrairement aux prévisions marxistes (même trotskistes), le capitalisme ne se porte pas trop mal dans les années d’après-guerre et grâce, en particulier, à la course aux armements provoquée par la guerre froide, il parvient à bouleverser la technologie, à augmenter la productivité du travail, à améliorer nettement le niveau de vie moyen dans les pays développés alors que le chômage demeure très limité. Cependant le système de formation des jeunes ne suit pas et les valeurs régnantes demeurent celles de la société bourgeoise d’avant-guerre. La jeunesse étudiante devient contestataire. En l’absence de grandes luttes de classe dans les pays impérialistes, ce sont les vagues de la révolution coloniale qui vont la stimuler, la convaincre que la pensée marxiste n’est pas à mettre au rebut et que l’URSS n’a plus grand chose à voir avec le socialisme.

Après la victoire de la révolution cubaine à leur porte, les USA mirent tout en oeuvre pour enrayer la contagion et endiguer la poussée révolutionnaire partout dans le monde et en particulier autour de la Chine. Il y eut toute une série de coups d’État, plus ou moins fomentés par la CIA, au cours des années soixante (Indonésie, Congo, Brésil, Saint-Domingue), et après la défaite de la France en Indochine, les Américains s’empressèrent de prendre sa place laissée vacante au Sud Viêt-nam et de financer (donc de contrôler) le régime de Ngo Dinh Diem. Par ses méthodes terroristes et dictatoriales celui-ci provoqua la levée d’une résistance populaire que les communistes locaux encadrèrent au moyen d’un Front de Libération Nationale (FLN) créé en 1960. Malgré les milliards de dollars US qui lui furent généreusement octroyés, Diem fut tellement impuissant et discrédité que ses protecteurs américains organisèrent son assassinat le 1 novembre 1963. Ses remplaçants ne furent pas plus heureux dans leur guerre contre le FLN, maintenant largement soutenu par le Nord. Devant le risque d’un effondrement complet de leur allié et de la prise de contrôle du Sud par les communistes, le président Jonhson décida d’intervenir militairement.

A la suite d’une provocation en mer (“l’incident” du golfe du Tonkin), en août 1964, la 7e flotte US se mit à canonner et à bombarder la côte nord-viêtnamienne puis des nuées de B-52 ( les plus gros bombardiers de l’époque) quittèrent leurs bases au Sud Viêt-nam pour pilonner le Nord en se rapprochant de plus en plus de Hanoi. En même temps des fantassins US débarquaient par dizaines de milliers dans le Sud. Ils devaient atteindre le chiffre d’un demi million. La guerre américaine fut véritablement criminelle et prouve encore une fois qu’on peut disposer d’un régime relativement démocratique sur le plan intérieur et se comporter de façon inhumaine et terroriste vis-à-vis de peuples considérés comme “inférieurs” : massacres, napalm, bombes à billes antipersonnel, défoliants, furent très largement utilisés cependant que la plupart des bâtiments du Nord étaient rasés (à l’exception de ceux de Hanoi). A l’opposé, la façon dont le peuple vietnamien, étroitement encadré par le PC (appelé PTV, parti des travailleurs du Viêt-nam), sut résister à l’escalade et finalement la rendre inopérante, donna un exemple inouï qui inspira non seulement d’autres mouvements de libération nationale mais également des secteurs de la jeunesse et du mouvement ouvrier dans les pays développés.

Ici je souhaite livrer quelques souvenirs personnels. En novembre 1966 se tint la première réunion du « Tribunal international contre les crimes de guerre commis au Viêt-nam », encore appelé Tribunal Russell, du nom du célèbre philosophe anglais qui accepta de le parrainer. Son but était « d’établir sans crainte de quiconque ni à la faveur de qui que ce soit toute la vérité sur cette guerre ». Vingt six témoins de différents pays furent envoyés au Viêt-nam. En tant que chirurgien, j’ai eu la possibilité de séjourner du 17 février au 23 mars 1967 dans le Nord Viêt-nam, puis, avec mon collègue médecin Marcel-Francis Kahn et le cinéaste Roger Pic, du 16 au 30 septembre 1967 dans les zones libérées du Sud, non loin de Tay Ninh. Comme j’étais encore membre du PCF (bien que déjà trotskiste….) et comme le PCF était jugé très sévèrement par les communistes vietnamiens à cause de sa mollesse pour appuyer leur combat (et de son soutien du bout des lèvres au tribunal Russell), les responsables vietnamiens me donnèrent une chance inespérée : me faire descendre jusqu’au 17e parallèle (la ligne de démarcation entre le Nord et le Sud). De cette équipée passionnante je retirais deux impressions prédominantes.

En premier lieu, la sauvagerie des bombardements US n’avait aucune limite. Après avoir quitté la capitale, j’ai dû constater que jusqu’au 17e parallèle, pas un bâtiment en dur n’avait été épargné par l’aviation américaine. Je devais enquêter notamment sur l’usage des bombes à billes et du napalm ainsi que sur les bombardements d’établissements hospitaliers. On m’a conduit dans tous les hôpitaux de province et dans plusieurs hôpitaux de district. Ils étaient tous marqués de larges croix-rouges et situés le plus souvent hors de la ville. Tous avaient été bombardés à plusieurs reprises, rasés et j’ai rapporté du carrelage de bloc opératoire recouvert de flaques de napalm. Il en allait de même des écoles et des habitations. Au Sud nous avons interrogé beaucoup de témoins qui nous ont détaillé les ratissages, bombardements, défoliations, opérés par les Américains et leurs protégés.

Mais en même temps nous avons été les témoins du formidable élan de la population pour résister et chasser l’envahisseur. J’ai pu observer admirativement comment la vie s’organisait sous terre dans les zones les plus bombardées du Nord : les écoliers étudiaient dans des tranchées, la tête recouverte d’un chapeau de paille tressée pour les protéger des billes, les hôpitaux décentralisés fonctionnaient en sous-sol et les salles d’opération souterraines étaient éclairées avec des phares de vélo, les magasins et les salles de réunion étaient creusés dans le sol. Nous circulions de nuit en command car et, de même que tous les camions empruntant la “piste Hô Chi Minh” pour rejoindre le Sud, nous ne disposions comme éclairage que d’une petite ampoule fixée sous le moteur. De chaque côté de la route des bâtons blancs étaient échelonnés tous les dix mètres, et la lampe permettait de constater que nous demeurions entre les bâtons, donc sur la route. Des équipes veillaient à ce que celle-ci demeure praticable. Une mobilisation populaire était indispensable pour aboutir à un tel résultat. D’autant qu’il fallait surveiller à intervalle régulier des lanternes, placées elles aussi le long de la route. Lorsque la feuille de bananier qui la recouvrait était remplacée par une feuille rouge, cela signifiait qu’il y avait un passage d’avions (non entendu avec le bruit du moteur de la voiture) et qu’il fallait s’arrêter et éteindre la petite ampoule sous le moteur. C’étaient souvent des jeunes filles des villages qui s’occupaient de ces lanternes. Dans tous les domaines l’ensemble de la population était ainsi mobilisée et, malgré leur écrasante supériorité technique, les Américains s’y cassèrent les dents.

Un journaliste du Monde qui avait d’abord été sur un porte-avions américain me dit un jour à l’époque : « Quand on m’a envoyé ensuite au Nord Viêt-nam, j’y suis allé avec l’idée qu’ils étaient foutus. Vous ne pouvez imaginer la débauche de moyens et d’appareils sophistiqués à la disposition de l’armée américaine. Mais après quelque temps de séjour ici, j’ai changé d’avis. C’est toute la population qui se bat, qui est encadrée et motivée. Contre cela, les Américains seront impuissants ». Le Mai 68 français a été provoqué par la guerre du Viêt-nam. Le 18 mars 1968, une centaine de militants avaient attaqué le siège parisien de l’American Express dans le quartier de l’Opéra (vitres brisées, drapeau américain brûlé). Les flics arrêtent Xavier Langlade, le responsable du service d’ordre de la JCR, qui est étudiant à la faculté de Nanterre. Des arrestations de lycéens ont lieu les jours suivants. Nanterre s’embrase et les étudiants exigent leur libération et occupent la Tour qui domine le campus. Les étudiants seront relâchés mais l’agitation ne cessera plus et de Nanterre gagnera le Quartier latin. Signalons qu’auparavant s’étaient déjà produites de nombreuses manifestations anti-guerre en Belgique, en Allemagne, au Japon et surtout aux USA où les pertes de l’armée américaine ne donnaient aucune envie de se battre aux futurs appelés. En France plusieurs mouvements animés par ce qu’on appelait alors les “groupuscules” développeront des actions parfois spectaculaires avec le slogan « FLN vaincra ! » qui contrastait avec le timide « Paix au Viêt-nam ! » du PCF, égaré dans les méandres de la coexistence pacifique. Les trotskistes participent activement au Comité Viêt-nam national (CVN), au mouvement du Milliard pour le Viêt-nam, à l’Association médicale franco-viêtnamienne, les maoïstes animent les Comités Viêt-nam de base (CVB), tous contribuent à faire prendre conscience que la lutte généralisée et organisée de tout un peuple peut faire reculer un adversaire cent fois mieux armé. En 1975, ce sera la prise de Saïgon par l’armée populaire puis la réunification du Viêt-nam. La suite devait se révéler nettement moins enthousiasmante.

Dans les années de lutte contre la guerre, le slogan scandé : « Hô, Hô, Hô Chi Minh ! Che, Che, Che Guevara ! » était repris au cours de toutes les manifestations, au grand dam des trotskistes vietnamiens qui étaient, certes, de tous les comités de lutte mais, sachant comment le PCV avait systématiquement exterminé les trotskistes en 1945, souhaitaient un soutien plus critique. Et, de fait, on dut constater qu’après avoir terminé victorieusement sa lutte exemplaire, le PCV se mit à très rapidement édifier une société en tous points comparable à celles de ses homologues du “socialisme réel”, avec son parti unique, ses bureaucrates à tous les niveaux, ses magasins et hôpitaux “spéciaux”, ses centaines de milliers de prisonniers politiques “à rééduquer”, sa police politique omniprésente. Le FLN et l’Alliance des forces démocratiques, qui avaient clamé pendant des années leur volonté d’ouverture à la “troisième force”, leur désir d’établir un régime démocratique multi-partis, se virent mis sur la touche cependant que pratiquement tous les postes clés étaient occupés par des “nordistes” ou des gens qui ne devaient leur pouvoir qu’à la confiance qu’ils inspiraient aux “décideurs” du Nord et non pas à la population locale.

La déception se traduisit par l’exode des “boat people” mais elle atteignit également nombre d’“amis du Viêt-nam” qui avaient nourri bien des illusions pendant la guerre. Pour saisir toute leur amertume il suffit de se reporter aux Mémoires de Laurent Schwartz (1) qui fut un des principaux animateurs du CVN, du Tribunal Russell et qui eut l’occasion en 1968 de rencontrer Hô Chi Minh, Pham Van Dong et de donner une conférence aux cadres syndicaux et politiques de Hanoi : « Les officiels vietnamiens savaient pertinemment que j’avais été trotskiste, ils passaient là-dessus ; moi je n’ignorais pas qu’ils étaient staliniens et ne me faisais guère d’illusions sur le régime politique qui prévaudrait après la guerre; j’espérais quand même mieux que ce qui s’est produit ».

Comment interpréter un tel fiasco ?

L’explication n’est pas simple et donna lieu, à l’époque, à d’ardentes controverses dans la IVe Internationale. La majorité considérait que le PCV était, certes, de formation stalinienne et nourrissait donc de vives tendances à la bureaucratisation mais elle demeurait résolument optimiste en raison du combat exemplaire qu’il dirigeait. Il s’agissait pour elle d’une direction révolutionnaire partiellement empirique, susceptible d’évoluer sous l’influence de la mobilisation d’une population politisée, comme en témoignait la large démocratie à la base en contradiction avec le centralisme vertical (2). A ce point de vue s’était opposée, pendant toute une période, une minorité (essentiellement aux USA) pour qui le PCV n’était qu’un parti nationaliste à base paysanne, doté d’un programme stalinien petit-bourgeois de révolution par étapes (d’abord la révolution bourgeoise…). Seule la poussée des masses l’aurait obligé à dépasser les bornes qu’il avait prévues. Le groupe trotskiste vietnamien en France voyait les choses encore différemment et, a posteriori, son point de vue s’est révélé le plus lucide. Certes, le PCV avait été formé dans le moule stalinien de la IIIe Internationale, comme son homologue chinois, mais comme ce dernier, il a toujours su manœuvrer pour défendre ses intérêts nationaux sans trop indisposer son tuteur. Il était erroné de le représenter comme un parti petit-bourgeois poussé à l’action par les masses révoltées. Cette poussée n’existait ni en 1941 quand quelques dizaines de militants pourchassés prirent la décision audacieuse de commencer la lutte armée et créèrent le Viêt-Minh, ni dans les années soixante quand le Nord était ravagé par les bombes et le Sud étranglé par l’armée US, les flics et les mercenaires du régime fantoche. Le PCV a su être cette direction combattante, liée aux masses, farouchement décidée à vaincre et à conserver le pouvoir. Mais pour réaliser quoi ? Comme l’ont fait remarquer les zapatistes du Chiapas, les dirigeants d’une lutte armée victorieuse ne sont pas les plus aptes à construire une société civile démocratique en temps de paix. D’autant que la gangrène stalinienne corrodait déjà le Nord Viêt-nam au plus fort de son combat exemplaire.

Comment décrire l’amertume de l’auteur de ces lignes quand il apprit en 1991, à la lecture du livre de Georges Boudarel (3) qu’en pleine escalade, en 1967, alors qu’il se trouvait au milieu de cette population héroïque, la direction du PCV jetait en prison, sans aucun procès, cent à deux cents vieux militants lors de “l’affaire Hoang Minh Chinh”, accusés de “révisionnisme antiparti” krouchtchevien. Chinh connut 16 ans d’internements divers sans aucune décision de justice et n’est toujours pas réhabilité. On apprenait récemment que le propre secrétaire de Hô Chi Minh (de 1945 à 1954) avait fait partie de la même fournée sans que le brave Oncle ne lève le petit doigt pour le sauver (4). On avait donc affaire à un parti ouvrier bureaucratisé, certes de formation stalinienne, mais différant du parti stalinien standard (comme le PCF) en ce sens qu’il plaçait ses intérêts propres avant ceux de l’URSS. Il sut diriger avec brio une guerre de libération nationale (comme son homologue soviétique pendant la deuxième guerre mondiale) mais se révéla incapable de sortir du moule stalino-maoïste pour construire une société nouvelle en temps de paix. Actuellement le Viêt-nam suit globalement l’évolution de la Chine et le culte du billet vert a remplacé celui de Staline mais le pouvoir politique est encore solidement entre les mains des cadres du PCV. Il est heureux qu’en mai 1968 même les plus pessimistes n’eussent imaginé une telle trajectoire…

Notes

1. Laurent Schwartz, Un mathématicien aux prises avec le siècle,

Ed. Odile Jacob, Paris 1997.

2. Pierre Rousset, Le parti communiste vietnamien, François Maspéro, Paris1973 (2e ed. Paris1975).

3. Georges Boudarel, Cent fleurs écloses dans la nuit du Viêt-nam (communisme et dissidence – 1954-1956), éd. Jacques Bertoin, Paris1991.

4. Chroniques vietnamiennes, édité par le Groupe trotskiste vietnamien, (membre de la LCR) – n° spécial – automne 1997.

Mercredi 15 mai 2013 Jean-Michel Krivine

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16 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Journée des mémoires : Hollande assume le passé esclavagiste (LO)

Journée des mémoires : Hollande assume le passé esclavagiste (LO) dans Histoire Jacobains+noirs

Vendredi 10 mai, lors de la Journée des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, Hollande, répondant aux demandes de certaines associations, a redit qu’il ne pouvait être question d’indemniser les descendants des victimes de l’esclavage. En revanche, il a affiché une solidarité bien concrète avec les descendants de ceux qui ont tiré un gros profit de ce sinistre négoce.

Dans son discours, il a eu le toupet de s’abriter derrière le poète martiniquais Aimé Césaire, qui disait que l’esclavage ne saurait « faire l’objet de transactions en terme d’une comptabilité (…) en tous points impossible à établir ». Césaire soulignait l’immensité infinie de cette dette. Hollande, lui, en tire la conclusion que seul compte « le devoir de mémoire ». Alors, il multiplie les envolées ronflantes du genre : « Nous savons la part funeste prise par la France dans l’exploitation des terres d’Afrique » ou « Je sais ce que la France doit aux soldats africains »… pour conclure que la France paierait sa dette « en envoyant ses soldats au Mali ».

Il faut oser ! Comme si ces militaires faisaient autre chose qu’assurer la continuation du pillage de ce continent par les grands groupes français. Et quel culot d’empiler les « je sais », « nous savons », quand tout est fait, au contraire, pour que le bon peuple en sache le moins possible. Les programmes scolaires se gardent de souligner que l’histoire de l’État français moderne est indissociable de l’esclavagisme, puis du colonialisme. On estime qu’aux 17e et 18e siècles l’Europe a réduit en esclavage 11 à 15 millions d’hommes, de femmes et d’enfants arrachés à l’Afrique. Avant même de l’avoir colonisé, elle saignait à blanc ce continent, et pour longtemps. Ces déportés africains – du moins ceux qui survécurent à une traversée dans des conditions épouvantables, enchaînés à fond de cale – furent ensuite contraints de travailler gratuitement dans les colonies américaines de la France, de l’Angleterre, de la Hollande, pour ne citer que les principales puissances s’adonnant à la traite négrière.

Ce commerce triangulaire consistait à embarquer de la pacotille en Europe, que l’on échangeait contre des êtres humains en Afrique.

Devenus esclaves, ils produisaient des denrées (sucre, coton, tabac) commercialisées ensuite en Europe et cela rapportait gros. Il fit la fortune de dynasties d’armateurs, de colons esclavagistes établis dans les îles, de négociants vendant la production des esclaves, de banquiers facilitant ce négoce, d’une masse d’intermédiaires et de bourgeois petits ou grands empochant les dividendes. Et ils étaient énormes quand Saint-Domingue, l’actuel Haïti, fournissait les trois quarts de la production mondiale de sucre brut. Dans des villes comme Nantes – premier port négrier français –, Bordeaux – principal entrepôt de denrées coloniales –, Rouen, Honfleur, Saint-Malo, Le Havre, cela permit à la bourgeoisie de prospérer. Et de s’en vanter : au fronton de ses hôtels particuliers, on voit encore des motifs d’ornementation dits « à tête de nègre ».

La bourgeoisie française n’aurait jamais pu acquérir la puissance qui est la sienne sans cette exploitation esclavagiste.

Ainsi Napoléon Bonaparte envoya des troupes rétablir l’esclavage en Guadeloupe en 1802, après que les Noirs de cette île s’étaient libérés. À Haïti, ses troupes furent défaites par les anciens esclaves défendant leur liberté. Mais la France le leur fit payer très cher : Haïti dut lui racheter sa liberté pour l’équivalent de 17 milliards d’euros, de 1804 à la Première Guerre mondiale. Et en 1848, quand après de nouvelles révoltes aux Antilles l’État français dut abolir l’esclavage, il indemnisa les propriétaires « lésés ». En refusant d’entendre parler d’indemniser les descendants d’esclaves, Hollande évite de s’aventurer sur un terrain dangereux. Où irait-on si les exploités pouvaient demander des comptes à leurs exploiteurs ? Et qui sait où s’arrêteraient les travailleurs, s’ils pouvaient aller fouiller pour savoir d’où vient la fortune des bourgeois, à quoi et à qui elle sert ? Derrière ses propos hypocrites sur la « mémoire », Hollande affirme une fois de plus qu’il ne se tient pas du côté des exploités. Marine Le Pen a d’ailleurs déclaré qu’il avait « raison » : on a les soutiens qu’on mérite.

Pierre LAFFITTE

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2337&id=3

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14 mai 2013 ~ 0 Commentaire

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13 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Il y a 45 ans, mai 68 ! Ce n’était qu’un début…

Il y a 45 ans, mai 68 ! Ce n'était qu'un début... dans Histoire sine-mai68d02rv4

Le spectre de la révolution de 68
Le spectre de Mai 68 n’en finit pas de hanter les cauchemars des bourgeois et réacs. Lors de sa campagne de 2007, Sarkozy était parti en guerre pour « liquider une bonne fois pour toutes » Mai 68 qui « a introduit le cynisme dans la société et abaissé le niveau moral et politique », ses héritiers « ont renoncé au mérite et à l’effort, affaibli l’autorité de l’État et l’idée de citoyenneté, ils dénigrent l’identité nationale » ! Hommage involontaire au souffle des « événements ».
Petites ruses de l’histoire, en ce printemps maussade, les jeunes réacs des quartiers chics essaient de se donner un air sympathique en parodiant les slogans de l’époque pour masquer leur triste visage de vieux accrochés aux préjugés d’un monde fini. À l’opposé, le rayonnement de la force et de la générosité des idées de Mai 68 est loin d’être épuisé. Il tire sa force d’un mouvement international qui a changé le monde. Certes, les travailleurs, la jeunesse n’ont pu conquérir le pouvoir, mais ils ont donné un grand coup de balai à une société figée dans la défense des privilèges d’une vieille classe dominante façonnée par le pillage colonial.
Il s’agit bien d’un moment d’une révolution internationale. Le vieux monde issu des deux guerres impérialistes pour le partage du monde s’effondrait. Mai 68 n’est pas un éclair dans un ciel serein. Il est l’aboutissement de transformations profondes, alors que les Trente glorieuses prennent fin avec la liquidation des accords de Bretton Woods et la crise monétaire, que les peuples coloniaux brisent leur carcan et que les Noirs américains conquièrent les droits civiques, que les travailleurs s’émancipent de la domination stalinienne, en particulier en France, en Italie, en Tchécoslovaquie, que partout la jeunesse se révolte. La lutte contre la guerre du Vietnam a été le catalyseur de ces révoltes convergentes.

Derrière la dépression, de nouveaux bouleversements !
«  À un certain stade de leur développement, écrivait Marx, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale. Le changement dans la base économique bouleverse plus ou moins rapidement toute l’énorme superstructure. » La gestation et l’explosion de 1968 participent de ce mouvement profond, sans qu’il ait été possible d’en finir avec la propriété privée capitaliste.
Aujourd’hui, en ce printemps maussade, certains prétendent que nous connaissons un Mai 68 à l’envers. Non, car personne ne peut faire tourner la roue de l’histoire à l’envers. Leur monde est fini depuis longtemps. Il ne se survit qu’au prix de terribles sacrifices pour les travailleurs et les peuples parce que ces derniers n’ont pas réussi à aller jusqu’au bout de leur combat pour la conquête de la démocratie.
La veille de Mai 68, un éditorial du Monde titrait « La France s’ennuie ». Aujourd’hui, elle déprime sous la pression conjuguée de tous les partis institutionnels et des médias pour faire accepter les politiques d’austérité, de dévaluation que les États imposent pour sauvegarder la domination des classes capitalistes. Mais les bouleversements économiques, technologiques, sociaux, accomplis durant les quarante-cinq dernières années, entraînent des bouleversements des consciences qui préparent de nouveaux bouleversements révolutionnaires, à une échelle encore plus radicale et internationale.
Yvan Lemaitre

Dimanche 12 mai 2013 Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 194 (08/05/13)

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13 mai 2013 ~ 0 Commentaire

De Gaulle : « 10 ans, ça suffit » !

De Gaulle : « 10 ans, ça suffit » !  dans Histoire hara-kiri-233x300
L’homme de la Libération, ce vieux militaire réactionnaire, avait su assurer la transition mais celle-ci ne pouvait s’achever que sur sa défaite.
Il avait eu l’intelligence politique et le crédit d’imposer à la droite et à la bourgeoisie la présence de ministres communistes en 1945 avant de lui imposer l’indépendance de l’Algérie et la fin de la guerre en 1962. Il incarnait jusqu’à la caricature un monde englouti par le développement économique des Trente glorieuses et le soulèvement des peuples coloniaux. Il avait su jouer des contradictions, entre les intérêts de la bourgeoise et ceux des ultras d’Algérie, tout en sachant utiliser son crédit de chef de la Résistance pour s’appuyer sur les appareils syndicaux, en particulier la CGT afin de s’imposer comme Bonaparte, en liquidant « le régime des partis » de la IVe République. En 1958, accompagné par la SFIO de Guy Mollet, il porta sur les fonds ­baptismaux la Ve République, instaurant un régime présidentiel renforcé par l’élection du président de la République au suffrage universel décidée par référendum en octobre 1962.

« La chienlit c’est lui ! »
Le 19 mai 68, il lâche à l’issue du Conseil des ministres la célèbre formule, « La réforme, oui, la chienlit, non ». La réforme, c’était la participation, le vieux mythe de l’entente capital-travail cher au vieux Bonaparte, et De Gaulle propose le 24 mai un référendum sur le sujet.  Vainement, tout lui échappe, et le 29 mai, il rend visite au général Massu à Baden-Baden, en Allemagne. Le lendemain, il annonce la dissolution de l’Assemblée nationale. Le succès de la droite aux élections législatives de juin retarde son départ. Il partira en 69 après la victoire du Non au référendum du 27 avril. « La chienlit, c’est lui ! » avait clamé la rue, le slogan collait à la peau de celui qui était devenu l’incarnation d’une époque finie.
Yvan Lemaitre

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13 mai 2013 ~ 0 Commentaire

« Le pouvoir aux travailleurs » ? (Alain Krivine)

http://www.matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH368/19Julio1936CarabinerosyMilicianosenBarcelona-dff3a.jpg
Ce slogan a commencé à être repris par des dizaines de milliers de manifestants dès la fin mai. Il illustre à la fois la force et la radicalité du mouvement mais aussi ses faiblesses.
À ce moment-là, tout le pays était paralysé par une grève générale de près de 10 millions de travailleurEs, les usines occupées avec des drapeaux rouges sur leur façade. La police avait plus ou moins déserté les rues de Paris, dont la circulation était réglée par des grévistes porteurs de brassards. Le Parlement était fermé et déjà certains ministres avaient quitté le pays. « Le pouvoir aux travailleurs » semblait enfin une nécessité et pourtant ce mot d’ordre n’avait aucune possibilité de réalisation. À qui donner ce pouvoir, comment et pour quoi faire ? Ce sont ces questions centrales qu’il faudra résoudre le prochain « mai »…

À qui le pouvoir ?

– Aux directions syndicales ? Elles n’en voulaient à aucun prix. Ça n’était pas leur rôle, et en plus, pas sur la base d’une grève générale difficilement contrôlable.

– Au PCF ? Il n’en n’était pas question. Fidèle à sa dénonciation des « gauchistes » et à ses orientations institutionnelles et électoralistes, la direction du PCF n’attendait qu’un appel aux élections, que De Gaulle décida très vite pour enterrer dans les urnes un mouvement extra-parlementaire.
– Aux dirigeants connus de la révolte étudiante, Cohn-Bendit, Geismar ou Sauvageot ? Personne n’y avait songé. En effet, autant ces dirigeants étaient appréciés et crédibles pour organiser des manifestations de rue ou des meetings, autant personne, surtout dans le mouvement ouvrier, ne leur faisait confiance pour prendre le pouvoir et diriger le pays.
– Aux organisations révolutionnaires (JCR, VO, Maos, Anars…) ? Là encore, cela n’avait aucune crédibilité. Implantés essentiellement en milieux étudiant et lycéen, ces groupes (environ 800 militantEs aux JCR…) étaient reconnus dans leur milieux et ont joué un rôle important dans la jeunesse, mais ils n’avaient quasiment pas d’implantation en dehors de celle-ci.
– Aux délégués des comités de grève ? C’est tout le problème. Cette grève générale, en grande partie spontanée, sera vite prise en mains par les syndicats, sans création, à quelques exceptions près comme au centre de Saclay, de structures d’auto-organisation. Les « comités de grève » étant la plupart du temps des structures intersyndicales.
L’existence de milliers de comités de grève déléguant à Paris leurs délégués pour former une assemblée nationale représentative du mouvement aurait bouleversé la situation, en créant, face à un Parlement légal mais sans pouvoir, un pouvoir légitimé par des millions de grévistes. Dès lors, le « pouvoir aux travailleurs » devenait crédible, c’était celui de cette nouvelle Assemblée.

Gagner une crédibilité, s’implanter
C’est là qu’on comprend les faiblesses de 68 et son incapacité à changer de pouvoir et de société. Cet échec va ramener les couches moyennes aux côtés de la bourgeoisie, au nom de « l’ordre », et assurer le succès électoral de la droite. Ce qu’on avait gagné par la fenêtre des luttes, on le perdra par la porte des élections et le maintien d’un système opposé au « pouvoir des travailleurs » Ainsi, si l’on veut préparer un nouveau 68 qui réussisse, il faut dès maintenant que les révolutionnaires s’implantent dans les entreprises et les quartiers, pas seulement dans les universités, y acquièrent une crédibilité dans l’organisation des luttes quotidiennes, y développent la nécessité de l’auto-organisation avec des comités de grève là où c’est possible, et fassent de la propagande sur nos propositions sociales et politiques alternatives. Nos thèmes de propagande, compris par une minorité en dehors des luttes, peuvent devenir des thèmes d’agitation repris par des centaines de milliers de personnes en période de mobilisation. Voilà une des leçons de 68.

Alain Krivine

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13 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Mai 1968, brève chronologie :

Mai 1968, brève chronologie : dans Histoire premiers_jets_paves_232443_589469a65f_0


2  mai : Fermeture de la fac de Nanterre. Une information judiciaire est ouverte contre Cohn-Bendit. Huit étudiants du Mouvement du 22 mars sont convoqués devant la Commission disciplinaire de l’Université de Paris.
3  mai : Le mouvement gagne le quartier Latin. Georges Marchais dénonce « de faux révolutionnaire à démasquer. » L’après-midi, la police pénètre dans la Sorbonne, alors que les bâtiments universitaires lui sont interdits déclenchant les premiers affrontements : « Libérez nos camarades », « La Sorbonne aux étudiants », « CRS SS »… Premières barricades. Dans les jours qui viennent le mouvement s’étend à la province alors que le PCF engage sa campagne contre « les aventuriers gauchistes ».
10 mai : Première nuit des barricades dans le Quartier latin. Les affrontements avec les CRS font des centaines de blessés.
13 mai : Début de la grève générale, un million de personnes dans la rue à Paris, manifestations dans tout le pays.
14 mai : Grève illimitée avec occupation aux usines Sud-Aviation de Loire-Atlantique, première usine occupée.
18 mai : La grève devient générale.
27  mai : Les accords de Grenelle sont signés. Les assemblées générales les rejettent, même à Renault Billancourt où Georges Séguy, secrétaire général de la CGT, est sifflé. L’après-midi, 70 000 personnes au meeting de Charléty appelé par l’Unef auquel participent des dirigeants de la CFDT, de la FEN, de FO, des groupes d’extrême gauche, qui concrétise l’espoir d’une nouvelle force à gauche du PCF.
28 mai : François Mitterrand propose un gouvernement intérimaire, sans suite…
30  mai : De Gaulle annonce la dissolution de l’assemblée et des élections législatives pendant que les gaullistes défilent sur les Champs-Élysées (entre 200 000 et 800 000).
1er juin : « Ce n’est qu’un début continuons le combat » scandent les manifestants alors que les directions syndicales ont appelé aux négociations secteur par secteur. La grève se termine dans les PTT, c’est la reprise.
11 juin : La grève redémarre à Peugeot Sochaux. Affrontements avec les CRS, deux morts dans les rangs ouvriers.
13  juin : Le gouvernement dissout onze organisations d’extrême-gauche. La CGT s’active à liquider la grève, le PCF ne dit rien. La route est ouverte vers la victoire électorale de la droite.

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10 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Mai 1958 : un coup d’Etat… démocratique ? (Essf)

Mai 1958 : un coup d’Etat... démocratique ? (Essf) dans Histoire mariag10
La république mariée de force à de Gaulle, tenue par Guy Mollet (PS) (Le canard Enchaîné).

Depuis quelques semaines, la presse bruisse de références à la commémoration attendue du quarantième anniversaire de mai 68.

Il faut dire que Nicolas 1er, Président-Directeur de conscience-Directeur de mémoire y a été, comme toujours, de ses effets oratoires. Par contre, un étrange silence, jusqu’à présent, règne sur un autre anniversaire à venir : celui de mai 1958, dix années plus tôt.

Une première question : ce silence n’est-il pas un tantinet suspect ?

Mai 58… Pourtant, le fait n’est pas mince. Il s’agit ni plus ni moins du moment fondateur qui donna naissance à l’actuelle République, cinquième du nom. Les événements de la période qui tourne autour du 13 mai 1958 sont, pour l’histoire de la France contemporaine, d’une importance exceptionnelle. Outre le sort de l’Algérie, c’est le visage de la France contemporaine qui se dessina alors. Au printemps 1958, la France de la IV è République a derrière elle un bilan déjà lourd : une fracture sociale importante, marquée par des séries de grèves parfois violentes (1947, 1948, 1953), un déficit démocratique grave, conséquence d’un abandon en rase campagne des idéaux de la Résistance, une dépendance à l’impérialisme américain, dans le cadre global appelé guerre froide, une politique coloniale catastrophique (guerre d’Indochine, massacres de Madagascar, répression un peu partout…).

Et, surtout, une seconde guerre coloniale, commencée avec autant d’inconscience et de morgue que celle d’Indochine :

depuis novembre 1954, l’armée française tente de briser – avec quels moyens ! – la résistance du peuple algérien. Ni le gouvernement Mendès France, ni celui d’Edgar Faure, ni celui de Guy Mollet, dit de Front républicain n’ont su, voulu ou pu reconnaître le fait national algérien. La guerre d’Algérie s’est au contraire accentuée, répandant une odeur nauséabonde sur toute la société. Une crise de régime sans précédent secoue la France. Plus aucune majorité stable ne paraît possible. La lassitude, les désillusions aidant, une idée commence à faire son chemin : puisque les nains politiques de la IV è sont décidément incapables de régler les problèmes, un homme providentiel ne peut-il, une fois de plus, venir sauver le pays ? Cet homme, c’est Charles de Gaulle. Il serait bien naïf de croire que l’idée de ce recours a été le fruit d’une génération spontanée. Depuis l’effacement du RPF gaulliste, aucun réseau n’a été désactivé. Quelques-uns des barons futurs du gaullisme, Michel Debré, Olivier Guichard, Roger Frey, Alexandre Sanguinetti, travaillent l’opinion avec obstination… et efficacité. Jusqu’au sein du gouvernement, le gaullisme a ses hommes, comme en témoigne l’activité fébrile de Jacques Chaban-Delmas, ministre de la Défense.

Début 1958, à la suite d’une n.ième crise de régime, ces réseaux vont reprendre du service.

A Alger, un homme en est le principal animateur : Léon Delbecque. Il est en contact avec des milieux factieux de l’armée, dirigés par les colonels Thomazo et Trinquier, anciens d’Indo, baroudeurs extrémistes, prêts à tous les coups de force contre la République. Le 13 mai a lieu sur la place du Forum, à Alger, un rassemblement de protestation contre l’exécution, quelques jours plus tôt, de soldats français par le FLN. Une foule chauffée à blanc, irritée contre les capitulards de Paris, exige une accentuation de la politique de force. Des étudiants excités, dirigés par un certain Pierre Lagaillarde, fournissent les bataillons de choc qui débordent le service d’ordre et s’élancent à l’assaut des bâtiments du gouvernement général. Alors, c’est le coup de théâtre. En début de soirée, un Comité de Salut public, dirigé par le général Massu, et comptant dans ses rangs des officiers, des militants d’extrême-droite et des gaullistes, affirme devenir la seule autorité.

A Paris, dans la nuit du 13 au 14, l’Assemblée ne s’en laisse pas compter. Malgré la menace, elle investit un nouveau Cabinet, dirigé par Pierre Pfimlin. Les députés socialistes, communistes, radicaux, mais aussi certains de droite, affirment qu’ils ne laisseront pas toucher à la légalité démocratique. Alors, Alger passe à une autre étape. Le 14, Massu demande – de quel droit ? – la constitution d’un gouvernement de salut public dirigé par de Gaulle. Le 15, toujours au Forum, c’est au tour d’un Salan exalté – et quelque peu poussé – de crier « Vive de Gaulle ! ». Le nom, qui courait dans bien des têtes, est enfin lâché au grand jour. Le grand homme, qui évidemment était alors informé heure par heure de l’enchaînement des événements, daigne alors sortir de sa réserve. Le 15 mai, il affirme être prêt à « assumer les pouvoirs de la République ». Aucune autorité républicaine ne le lui avait d’ailleurs demandé. Mais le scénario est bien huilé. Car, derrière cette façade démocratique se dessine une opération bien plus inquiétante, baptisée Résurrection. Beaucoup de contemporains l’avaient su, ou pressenti – et d’ailleurs les réseaux laissaient passer l’information : cela faisait partie du chantage – mais les travaux historiques, depuis 50 ans, ne permettent plus d’en douter : il y eut bel et bien des préparatifs, en coordination entre les milieux Algérie française de l’armée – Massu en est – et les réseaux gaullistes, d’un parachutage massif sur la métropole, d’une jonction avec des groupuscules violents – dirigés à Marseille par un certain Charles Pasqua – afin de s’emparer du pouvoir et d’y imposer la solution De Gaulle. A titre d’intimidation, les paras de Thomazo sont largués en Corse le 24 mai. Pour la métropole, une échéance-ultimatum est fixée : le 29 mai au plus tard.

Alors, le monde politique de cette fin de régime s’agite. « Les grenouilles qui demandent un roi » titrera plus tard Jean-Paul Sartre dans L’Express. La route Paris-Colombey est alors fort utilisée. Les missives se multiplient. Et l’historien ne saura jamais combien de coups de téléphone ont été échangés, ni les contenus. Les gloires de la IV è République – Bidault, Pinay – commencent le ralliement.

Et la gauche ?

Le 28 mai, des centaines de milliers de manifestants sont descendus dans la rue pour défendre la République. Au premier rang, tous les dirigeants communistes, mais aussi de nombreux socialistes, Depreux, André Philip (oui, mais pas Guy Mollet), d’autres démocrates, Mendès, Mitterrand… Mollet ? Il pratique, comme à son habitude, un jeu d’équilibre, affirmant à qui veut l’entendre que la menace bolchevik est au moins aussi dangereuse que le complot. Le 30, Mollet et Auriol, naguère Président de la IV è, sont d’ailleurs à Colombey. Mai 1958 s’achève. De Gaulle, qui a donc des assurances de presque tous les courants politiques, peut se permettre désormais de sauver les apparences démocratiques. Il se présente aux députés pour solliciter leur investiture. Seul le groupe communiste vote unanimement contre, le groupe socialiste se divisant (42 pour, 49 contre), la droite et le MRP votant évidemment pour. Le cabinet de Gaulle (qui compte dans ses rangs l’inévitable Guy Mollet), dernier de la IV è République, est investi le 1 er juin.

Le premier voyage du Général, comme il se doit, est réservé à l’Algérie. A Alger, là où les factieux avaient crié pour la première fois « Vive de Gaulle », il prononce son célébrissime « Je vous ai compris ! ». A Mostaganem, il lance le cri qui délivre : « Vive l’Algérie française ! ». Les observateurs notent d’ailleurs qu’il ne le dit qu’une seule fois, sous cette forme radicale. Oui, de Gaulle, dès ce moment, cultive l’ambiguïté. Mais c’est bel et bien le mouvement Algérie française qui le porte. Encore quelques mois, et il fera approuver par référendum son projet de Constitution, puis il deviendra le premier Président de la nouvelle République. Tout cela dans la plus parfaite légalité.

Légalité ? Oui, à condition de n’observer que la surface des choses.

En fait, la prise du pouvoir s’est faire grâce à un scénario particulièrement bien huilé, bien adapté à la psychologie des principaux acteurs, alternant appel au patriotisme et usage de la menace. De Gaulle lui-même ne s’est certes jamais compromis à commettre des actes illégaux. Mais il a laissé faire et dire ses partisans, il a continûment laissé planer une menace, voire, dans le cas d’Alger et de la Corse, couvert de son autorité des actes de rébellion. « La majorité de M. De Gaulle se compose de 100 députés et de 5.000 paras », écrit alors Pierre Courtade dans L’Humanité. Et Mendès France ajoutera : « Je ne voterai pas un pistolet appliqué sur la tempe ». Un certain François Mitterrand avait naguère utilisé le terme fort de Coup d’Etat permanent [1] pour qualifier le régime gaulliste (avant, il est vrai, de s’installer assez confortablement dans ses institutions). Les historiens confirment : un coup d’Etat démocratique pour Christopher Nick [2], meilleur analyste de l’événement, coup d’Etat de velours pour Michel Winock [3]. Qu’importent les adjectifs : il s’est bel et bien agi d’un Coup d’Etat, même si les termes polémiques de l’époque (« De Gaulle fasciste ») étaient inappropriés. C’est bel et bien un chantage anti-républicain, un coup de force factieux, qui aura été l’acte fondateur de ce régime. L’habillage démocratique qui sera jeté a posteriori sur cet acte ne pourra jamais effacer cette tache originelle.

Reste à élucider une dernière question. De Gaulle, porté par le mouvement Algérie française, a, quatre ans plus tard, fait signer les accords d’Evian. Fut-il un colonialiste ayant retourné sa veste ? Ou un décolonisateur lucide qui a manipulé ses partisans ? Ni l’un, ni l’autre. On sait aujourd’hui que de Gaulle, dès 1958, a également, en certaines occasions et devant certains interlocuteurs, évoqué une issue non militaire à la guerre d’Algérie. Cela a permis de tisser la légende rose d’un chef lucide et précocement décolonisateur. Mais cette légende oublie que la guerre s’est renforcée sous de Gaulle, que la pratique de la torture, par exemple, n’a pas cessé, et que le conflit a duré plus longtemps sous la V è République que sous la IV è… Plutôt que de réécrire l’histoire, ne faut-il pas affirmer, sans polémique, que de Gaulle, homme foncièrement attaché aux valeurs et aux traditions coloniales, a souhaité certes une évolution en Algérie, mais dans le cadre français, qu’il n’a finalement accepté l’indépendance réelle qu’aux tout derniers mois du conflit ? Alors, de Gaulle conservateur comme au temps du colonialisme de papa ? Ou de Gaulle grand libéral ? Nous pensons plutôt que le Général a été un précurseur du… néo-colonialisme, c’est-à-dire d’une forme nouvelle de domination de l’impérialisme français. Ce que le peuple algérien lui a interdit de mettre en place en Algérie, fut d’ailleurs bel et bien, exactement au même moment, expérimenté en Afrique noire…

En tout cas, mai 1958 nous a laissé, en héritage, un régime aujourd’hui cinquantenaire. Un demi-siècle, c’est déjà une longue, une très longue séquence de notre histoire. La III è République, rappelons-le, avait duré 70 années… la V è y parviendra-t-elle ? Elle paraît bien fatiguée…

Notes

[1] Ed. Plon, 1964.

[2] Ed. Fayard, 1998.

[3] In L’agonie de la IV è République, Ed. Gallimard, 2006.

RUSCIO Alain 19 avril 2008

* Alain Ruscio est historien. Dernier ouvrage paru : Histoire de la colonisation : réhabilitations, falsifications et instrumentalisations (ouvrage collectif dirigé en collaboration avec Sébastien Jahan), Ed. Les Indes Savantes, 2007.

Commentaire: L’analyse trotskiste « orthodoxe », voit dans le gaullisme le réalisation des souhaits de la haute bourgeoisie moderne, alors que d’autres ont parlé de « fascisme »: la concentration, la modernisation de l’appareil économique. Ici, Leclerc et d’autres « liquidant » les boutiques, l’exode rural vers l’industrie, un certain bien être. Mais aussi une chappe de plomb qui ne pouvait que sauter 10 ans plus tard en 1968.

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09 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Une expo sur les fosses du franquisme refusée au Parlement européen (Rtbf)

Une expo sur les fosses du franquisme refusée au Parlement européen (Rtbf) dans Europe arton1021-25375-300x199

mercredi 8 mai 2013 à 13h49

Une exposition qui montre les fosses où avaient été jetés les opposants au franquisme, ou les simples gens qui ne plaisaient pas au « Caudillo », aurait dû se tenir au Parlement européen. Mais le parlement en a décidé autrement, au grand dam des organisateurs qui ne comprennent pas ce refus. L’exposition a été refusée par le Parlement européen au motif que les images étaient choquantes et qu’elles suscitaient une controverse. Les organisateurs y voient plutôt une pression sur le Parlement des partis conservateurs au pouvoir en Espagne. Le parti populaire ne voit en effet pas d’un très bon œil que l’on exhume les morts et l’Histoire d’Espagne avec eux.

Hier midi, des familles regroupées en association se sont rassemblées sur la place du Luxembourg pour protester contre la décision du Parlement européen de refuser cette exposition. Parmi elles, Raül Romeva (Eurodéputé, groupe des Verts) s’indigne : « Plus choquant que les images, c’est le silence. C’est pour ça que nous voulions montrer notre indignation par rapport au fait que cette exposition ne puisse pas être montrée dans la maison de la démocratie européenne« .

Un deuil difficile

Isabelle Durant (vice présidente du Parlement européen, groupe des Verts), regrette aussi cette décision. A ses yeux, dans ce cas précis, le règlement a été appliqué de manière trop stricte. On évalue à 110 000 le nombre de personnes jetées dans les fosses sous Franco. Pour beaucoup des descendants de ces personnes, il est difficile de faire le deuil, et donc de tourner la page, sans connaître la vérité. Beaucoup aspirent simplement à pouvoir enterrer dignement leurs ancêtres.

L’expo « L’exhumation des fosses, la récupération des dignités » se tiendra jusqu’au 23 juin prochain aux Halles Saint Géry à Bruxelles.

RTBF http://www.rtbf.be/info/dossier/toute-l-info-europeenne-de-la-rtbf/detail_une-expo-sur-les-fosses-du-franquisme-refusee-au-parlement-europeen?id=7990400

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