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11 juin 2020 ~ 0 Commentaire

ile de sein (le télégramme)

sein

Marine Le Pen se rendra sur l’île de Sein pour commémorer l’appel du 18-Juin

La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, a prévu de se rendre sur l’île de Sein (29), le 18 juin. Elle souhaite y commémorer le 80e anniversaire de l’appel du Général de Gaulle.

Jeudi 18 juin sera commémoré le 80e anniversaire de l’appel du 18-Juin lancé par le général de Gaulle depuis les studios de la BBC à Londres. Dans les colonnes du Parisien, Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, a annoncé il y a quelques jours vouloir mener une action « pour rendre hommage au général ».

Ce jeudi, on en sait plus sur ses intentions. Elle a prévu de venir sur l’île le 18 juin accompagnée d’une dizaine de parlementaires et de cadres du RN, et se rendra devant le monument rendant hommage aux marins bretons qui, en juin 1940, ont rejoint la France libre à Londres. « C’est une manière, et au-delà de l’hommage à l’appel du 18-Juin, de rendre hommage à tous les Français qui se sont engagés dans cette voie de l’indépendance et de la résistance » a expliqué Marine le Pen devant les caméras de BFMTV.

Le maire : « on n’apprécie pas cette démarche »

Contacté par Le Télégramme, Didier Fouquet, le nouveau maire de l’île, élu le 15 mars, ne cache pas son embarras. « Depuis quelques jours on en parle. Des billets pour la traversée ont été achetés. J’ai prévenu la préfecture avec laquelle nous travaillons à l’organisation d’une cérémonie sur l’île ce jour-là.

La préfecture maritime y participe aussi ainsi que le département du Finistère et la Marine nationale. On ne peut pas lui interdire de poser les pieds à Sein, mais nous lui demandons de dissocier sa démarche avec la nôtre et de déposer sa gerbe de fleurs à un autre moment ». En clair, que Marine Le Pen et ses proches ne participent pas aux cérémonies officielles dont le nombre de participants a été réduit à la suite de l’épidémie de Covid-19. « Sur l’île, on n’apprécie pas trop cette démarche ».

Jacques Le Gall, un des premiers de la France Libre se dit « outré »

Jacques Le Gall, 99 ans, qui habite aujourd’hui à Saint-Malo, a été l’un des premiers Français à rejoindre outre-Manche, le chef de la France libre. Il a touché les quais de Plymouth le 20 juin 1939 au soir. C’est un des derniers survivants de cette traversée. « C’est de la récupération totale, commente-t-il. C’est lamentable.

Sein est une terre de patriotisme, pas de récupération politique, un lieu sacré à mes yeux. Jamais dans nos rangs nous ne parlions de politique. Demain, le RN va faire son coup de communication sur la mémoire de ceux, qui malgré leur jeune âge, ont choisi le camp de la liberté. Je suis outré ».

« Une provocation » pour Loïg Chesnais-Girard

Cette venue fait aussi réagir dans les rangs des adversaires politiques de Marine Le Pen. Parmi eux, Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne, qui, dans un tweet, estime que sa venue « est une provocation ». « L’idéologie du Rassemblement national n’a rien à voir avec les valeurs et le courage des héros dont nous commémorons l’engagement pour la liberté », ajoute-t-il.

« Un affront » selon Nathalie Sarrabezolles

« La venue d’une représentante du Front national sur l’île de Sein n’est pas seulement inappro-priée, estime Nathalie Sarrabezolles, la présidente du conseil départemental du Finistère. C’est une provocation, un affront à celles et ceux qui se sont battus pour la liberté et l’égalité.

Il ne suffit pas de changer de nom pour effacer ce qu’a été et ce que reste le parti d’extrême-droite de Marine le Pen : négationniste, fasciste, basé sur une idéologie raciste et xénophobe ».  Et de poursuivre : « Nous célébrerons le 18 juin le courage de l’engagement et de la résistance au nazisme, au fascisme. Réservons nos pensées à ces jeunes qui se sont livrés corps et âme pour construire un avenir ouvert et fraternel en France, en Europe et dans le monde ».

La visite de Marine Le Pen s’inscrit dans une stratégie de « continuité » avec le général de Gaulle, qui lui permet à la fois de poursuivre son travail de dédiabolisation du RN et de souligner son opposition à Emmanuel Macron.

Dans un long article paru lundi dans la Revue politique et parlementaire, la présidente du Rassemblement national juge « urgent » de s’« inspirer » du célèbre général dans la crise sanitaire actuelle.

11 juin 2020

https://www.letelegramme.fr/

Commentaire:

Honneur à la Résistance et aux nombreux bretons qui y ont participé…

(Mais aucune reconnaissance « patriotique » envers De Gaulle, bonaparte chargé de rétablir le capitalisme!) 

Ceci dit: Dehors la représentante des fachos européens!

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11 juin 2020 ~ 0 Commentaire

malcom x (psl)

fidel-castro-et-malcolm-X

Malcom X et Fidel Castro, New York 1960

“Il ne peut y avoir de capitalisme sans racisme.” Qui était Malcolm X?

Malcolm X était l’un des représentants les plus connus et les plus militants du mouvement des droits civiques qui a secoué la société américaine dans les années 1960. Il est aujourd’hui un symbole de résistance, non seulement pour les jeunes Noirs, mais pour toutes les couches opprimées de la population. Malcolm X reste une figure imposante dans le panthéon des révolutionnaires du 20ème siècle, examinons les 11 derniers mois de sa vie et l’héritage qu’il a laissé derrière lui.

1964 L’évolution d’un révolutionnaire

Le 8 mars 1964, Malcolm X décida d’annoncer qu’il quittait la Nation de l’Islam et prenait ses distances de son leader spirituel Elijah Muhamad afin de s’engager complètement dans la lutte pour les droits civiques et humains aux USA et à l’étranger.

Malcolm fonda Muslim Mosque Inc. (Mosquée Musulmane S.A.) pour regrouper les membres de la Nation de l’Islam qui l’avaient suivi. En juin, il en développa le bras politique : l’Organisation de l’Unité Afro-Américaine (OUAA) basée est sur le modèle de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA – précédant l’Union africaine) née après les victoires des luttes anti-coloniales de libérations, dans le monde néocolonial.

La Nation de l’Islam dénonçait l’hypocrisie de la ‘‘démocratie’’ américaine, le capitalisme, la suprématie blanche et les conditions de vie épouvantables de la population noire depuis l’esclavage.

Recrutant ses membres parmi la classe ouvrière, les pauvres, les détenus et les travailleurs précaires noirs, la Nation de l’Islam prêchait et pratiquait une combinaison de nationalisme culturel noir et d’idéaux pro-capitalistes comme le mouvement de Marcus Garvey (UNIA, d’où étaient issus beaucoup de ses membres), le plus large mouvement dirigé par des Noirs et auquel les parents de Malcolm X appartenaient.

La Nation de l’Islam était une organisation pyramidale, aux décisions prisent à la direction et imposées à la base, qui comprenait également une branche paramilitaire (Les fruits de l’Islam). L’organisation prêchait que le peuple noir était le ‘peuple élu’ destiné à être libéré du malin, de la suprématie blanche et des lois ségrégationnistes. Elle mettait en avant qu’il existe une connexion mondiale entre les peuples basanés d’Asie, d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Amérique-Latine.

La forme spécifique d’Islam afro-américain de la nation de l’Islam n’était pas reconnue par l’Islam sunnite. Sa politique vis-à-vis du mouvement des droits civiques était basée sur le non-engagement alors qu’il s’agissait du mouvement social le plus important de l’époque.

Elijah Muhammad craignait que le gouvernement ne s’attaque à son organisation. Alors que des évènements bouleversants se produisaient partout dans le monde avec des révolutions, des contre-révolutions, des rébellions et le Mouvement des droits civiques aux USA, l’embrasement politique et spirituel de Malcolm pour un engagement plus complet dans la lutte était de plus en plus palpable.

En tant que porte-parole national de la Nation de l’Islam, Malcolm politisait la théologie d’Elijah Muhammad au grand désarroi de ce dernier, ce qui provoqua la colère de la direction de l’organisation.

Après avoir quitté la Nation de l’Islam, Malcolm entreprit dès avril 1964 deux voyages interna-tionaux qui se sont étendus à l’Afrique, à l’Europe et au Moyen-Orient. Ces voyages avait des objectifs à la fois politiques et religieux, Malcolm voulant compléter son pèlerinage à La Mecque et accepter formellement les enseignements de l’Islam sunnite.

Il souhaitait devenir un point de référence aux USA pour l’Islam, théologiquement et d’un point de vue organisationnel. Les voyages de Malcolm à travers l’Afrique et le Moyen Orient ont eu un énorme impact sur sa manière de penser l’Islam et la révolution.

Lier la lutte de libération des noirs à l’anticolonialisme

Politiquement, Malcolm souhaitait amener sur le devant de la scène internationale la cause des 22 millions d’Afro-Américains qui subissaient la pauvreté, les violences policières, l’exclusion politique, etc. de la ségrégation américaine.

Malcolm a dû naviguer à travers un monde d’après-guerre qui connaissait révolutions et contre-révolutions. Les révolutions dans le monde colonial comme en Chine, en Algérie, au Vietnam ou à Cuba et le mouvement des pays non-alignés qui donna naissance à la conférence de Bandung en 1955 ont eu un puissant impact sur sa vision politique du monde.

Les révolutions anticoloniales ponctuaient le déclin de la puissance coloniale européenne, l’émergence des USA comme superpuissance capitaliste prééminente et le renforcement de la social-démocratie ainsi que du Stalinisme en Europe de l’Est.

Voilà la toile de fond de l’évolution des idées de Malcolm sur une période de 11 mois. Aux USA, le mouvement de libération des Noirs – avec la naissance en 1955 du Mouvement des droits civiques suite à la mort brutale d’Emmett Till et au refus de Rosa Parks de se lever d’un siège dans un bus de Montgomery – déclencha un puissant mouvement social contre cet esclavage d’un autre nom qu’était le système Jim Crow (un ensemble de lois ségrégationnistes).

La doctrine anti-communiste de 1947 du président Harry Truman, la chasse aux sorcières du sénateur McCarthy et le libéralisme de la guerre froide à travers le bloc de l’Ouest ont eu un effet dévastateur sur le mouvement de libération noir radical, ses activistes de gauche et ses dirigeants radicaux.

‘‘Le soutien de beaucoup de libéraux afro-américains à la politique étrangère américaine pendant la guerre froide et à sa position sur le racisme et le colonialisme à l’étranger a nuit à la lutte anticoloniale et à la lutte des Noirs américains pour les droits civiques’’, comme le dit l’historienne américaine Penny Von Eschen.

Le mouvement des droits civiques

La montée d’un leadership réformiste, libéral et s’appuyant sur l’Église dans des organisations comme le NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) et le SCLC (Southern Christian Leadership Conference) ont conduit le Mouvement des droits civiques à devenir la force dominante dans la lutte pour la liberté, par sa tactique de désobéissance civile non violente et sa lutte pour des réformes politiques et sociales accordées par l’establishment politico-économique pendant la période de croissance d’après-guerre.

Une certaine élite libérale et politique pensait que le capitalisme pouvait endiguer la pauvreté, le racisme et l’oppression endémiques. Mais ce sont les militants du Mouvement qui forcèrent l’administration du président Johnson à des programmes sociaux clés sous le nom de programme de la guerre contre la pauvreté ainsi qu’à signer le Civil Right Act (1964, qui déclare la ségrégation et les discriminations illégales) et le Voting Rights Act (1965, qui octroie de facto le droit de vote aux Noirs sans tests ni taxes).

Durant cette période, Malcolm a souligné les limites du libéralisme sous Johnson. Elles sont devenues évidentes après l’implication complète (économique et militaire) de l’impérialisme américain au Vietnam, et le rôle joué par le système bipartisan républicains/démocrates.

La récupération des mouvements sociaux par le Parti Démocrate devenait flagrante. Malcom a dénoncé la suprématie blanche, l’hypocrisie de la démocratie américaine face aux explosions sociales qui secouaient de nombreuses villes du pays, la répression violente des militants (lynchages, intimidations et meurtres) et le cadre trop étroit du Mouvement des droits civiques.

Malcolm cherchait à placer la lutte américaine pour les droits civiques dans le cadre de la lutte internationale anticapitaliste et anti-impérialiste. Il souhaitait unir les plus opprimés et les jeunes du Tiers Monde et des USA dans le combat pour une libération totale de l’oppression et de l’exploitation quotidiennes.

Sa campagne consistait à vouloir confondre les USA devant les Nations Unies en portant plainte pour crimes contre l’humanité à l’encontre des Afro-Américains. Les élites dirigeantes interna-tionales, les forces gouvernementales américaines et les membres de la Nation de l’Islam voulaient la mort de Malcolm X à cause de sa capacité d’organisation (nationalement et internatio-nalement) et de sa capacité à inspirer les masses en offrant une alternative au racisme et au capitalisme.

La pertinence de Malcolm X aujourd’hui

À la fin de sa vie, Malcolm a tiré une analyse plus profonde du capitalisme et de la suprématie blanche, en fournissant une marche à suivre pour les jeunes générations d’activistes et d’organisations des mouvements de libération noirs.

Les conditions matérielles derrière l’émergence d’une figure telles que Malcolm X existent toujours aujourd’hui. La pauvreté, le racisme, le taux de chômage élevé, l’incarcération de masse, la violence policière, les licenciements, l’austérité, etc. sont les sous-produits d’un système capitaliste malade basé sur la soif de profits d’une poignée de dirigeants faisant partie de l’élite.

mardi 09/06/20 Eljeer Hawkins, Socialist Alternative

https://fr.socialisme.be/

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10 juin 2020 ~ 0 Commentaire

colonialistes (pùblico)

bristol

En période de manifestations antiracistes, la Belgique et Londres réévaluent leurs héros

La statue du roi Léopold II des Belges est enlevée à Anvers et le maire de Londres annonce une commission pour évaluer la diversité des monuments.

Une statue du roi Léopold 2 des Belges a été enlevée ce mardi du quartier d’Ekeren à Anvers pour être nettoyée et restaurée, en raison des dommages qu’elle a subis – les derniers ce week-end – du fait de l’association du souverain avec le colonialisme en Afrique. Mais sera peut être retirée définitivement, a reconnu le maire Koen Palinckx.

Tout comme aux États-Unis ou au Royaume-Uni, il existe également en Belgique un mouvement de protestation visant les statues et les rues qui célèbrent des personnages historiques liés à l’esclavage ou au passé colonial de ces pays. Le roi Léopold II, qui a régné de 1865 à 1909, est resté dans les mémoires pour avoir régné sur le Congo – aujourd’hui la République démocratique du Congo – avec une grande brutalité.

Une pétition demandant le retrait de toutes les statues de Léopold II des rues belges a recueilli 53 000 signatures en quelques jours. Une autre statue du roi a été recouverte d’encre au Musée de l’Afrique à Tervuren, en Flandre, parmi d’autres attaques contre la mémoire de Léopold. Les manifestations contre le racisme ont suscité l’indignation encore bien vivante contre l’ancien souverain.

En 2019, quatre experts indépendants de l’ONU ont conseillé à la Belgique de s’excuser pour les « atrocités » de la colonisation, rappelle la RTBL. Le rôle du roi Léopold II dans la colonisation doit être reconnu afin de « clore ce sombre chapitre de l’histoire ».

L’histoire et la lecture que les différentes époques font des événements et du comportement des personnages historiques est une pente glissante, qui donne toujours lieu à des polémiques. Au Royaume-Uni, les manifestations antiracistes ont également remis en cause des monuments et même des personnalités incontournables – comme le Premier ministre Winston Churchill lui-même.

Le maire de Londres, Sadiq Khan, a annoncé mardi la création d’une commission chargée d’évaluer la diversité des monuments dans les espaces publics de la capitale britannique, suite au renversement de la statue d’un marchand d’esclaves à Bristol et à la controverse autour des graffitis sur la statue de Winston Churchill le qualifiant de « raciste ».

« La diversité de notre capitale est notre plus grande force, mais nos statues, nos noms de rues et nos espaces publics reflètent une époque révolue. C’est une vérité désagréable que notre nation et notre ville doivent une grande partie de leur richesse à leur rôle dans la traite des esclaves, et bien que cela se reflète dans nos espaces publics, la contribution de beaucoup de nos communautés à la vie de notre capitale a été intentionnellement ignorée. Cela ne peut pas continuer », a justifié Sadiq Khan, cité par Lusa.

La Commission pour la diversité dans les espaces publics examinera les peintures murales, les arts de la rue, les statues, les noms de rues et d’autres types de monuments et évaluera leur signification, puis formulera des recommandations.

Khan a admis que les protestations du mouvement Black Lives Matter, déclenchées par la mort de George Floyd lors d’une opération de police aux États-Unis, ont « à juste titre » attiré l’attention sur ce problème, mais a défendu l’importance de prendre les « bonnes mesures ».

Cette décision intervient après qu’une statue du marchand d’esclaves du 17è siècle Edward Colston, un monument de bronze controversé érigé en 1895 dans le centre ville, ait été abattue dimanche à Bristol, traînée dans les rues et jetée dans les eaux du port de la ville.

Le gouvernement britannique a promis de poursuivre en justice pour vandalisme les responsables du renversement de la statue de Colston, ainsi que les manifestants qui ont endommagé la statue de l’ancien Premier ministre Winston Churchill à Londres, à côté du Parlement, où il était écrit que l’oeuvre « était raciste ».

Bien qu’il soit considéré comme un héros pour avoir dirigé le pays pendant la Seconde Guerre mondiale dans la guerre contre l’Allemagne nazie, Churchill était un ardent défenseur de l’Empire britannique et exprimait des opinions racistes. « Personne n’est parfait, que ce soit Churchill, Gandhi ou Malcolm X », a admis Sadiq Khan à la BBC, en plaidant pour que la statue de Churchill reste debout.

La destruction de la statue de Colston a revigoré les militants de l’université d’Oxford qui ont aussi demandé le retrait d’une statue de Cecil Rhodes, un impérialiste victorien d’Afrique du Sud qui a fait fortune dans les mines et financé des bourses d’études à l’université. Une pétition du groupe Rhodes Must Fall pour enlever la statue a échoué en 2016, mais une nouvelle manifestation est prévue et une banderole a été placée qui dit : « Rhodes, tu es le prochain ».

À Édimbourg, en Écosse, des voix s’élèvent pour réclamer le retrait d’une statue d’Henry Dundas, un éminent homme politique du 18è siècle qui a retardé de quinze ans l’abolition de l’esclavage par les Britanniques. Le maire d’Edimbourg, Adam McVey, a déclaré qu’il « ne ressentirait aucun sentiment de perte si la statue de Dundas était enlevée et remplacée par autre chose ou laissée comme socle.

Clara Barata et Lusa 9 juin 2020

https://www.publico.pt/

Lire aussi:

Léopold II (roi des Belges)

Cecil Rhodes

Le Crime du Bengale. La part d’ombre de Winston Churchill

En 1943, les Indiens sont prêts à soutenir l’effort de guerre contre le nazisme, à condition qu’on leur accorde l’indépendance. Comment ? « Partir à la demande de quelques macaques ? », s’offusque le premier ministre britannique Winston Churchill, qui apparaît ici d’un racisme confondant — « Je hais les Indiens. C’est un peuple bestial, avec une religion bestiale. » Il les fera donc participer de force, réquisitionnant massivement denrées et moyens de transport, particulièrement au Bengale, dans l’est du pays, que le Japon menace d’envahir. Sa priorité ? Nourrir les troupes sur les champs de bataille, ainsi que ses électeurs au Royaume-Uni. Cette politique aura des conséquences terribles : la pénurie de céréales et le retard dans l’appro-visionnement promis par Churchill causeront une famine sans précédent et, selon la journaliste Madhusree Mukerjee, la mort de trois millions d’Indiens. Bien documenté, ce récit nécessaire peut être prolongé par la lecture de Poverty and Famines (Oxford University Press, 1983), de l’économiste indien Amartya Sen, qui permet de saisir pleinement les ressorts économiques de cette immense pénurie. Naïké Desquesnes. https://www.monde-diplomatique.fr/

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09 juin 2020 ~ 0 Commentaire

ira (irish times)

irlande

L’importance de Michael Collins dans la guerre d’indépendance a été exagérée

Comment l’IRA, mal entraînée et mal armée, a-t-elle réussi à s’opposer aux forces britanniques supérieures ?

La guerre d’indépendance irlandaise a été à la fois une lutte politique et un conflit militaire. Sur le plan militaire, les deux camps semblaient injustement opposés. En 1921, les forces britanniques avaient déployé environ 55 000 hommes en Irlande, armés d’artillerie, de véhicules blindés, de mitrailleuses et d’avions, et soutenus par la Royal Irish Constabulary, une force paramilitaire.

Elles affrontaient l’Armée républicaine irlandaise (IRA), une milice citoyenne à moitié entraînée, armée de toutes les armes que ses membres pouvaient capturer. Pourtant, les forces républicaines ont rendu de grandes parties de l’île ingouvernables tout en combattant les puissantes forces de la couronne jusqu’à la fin.

L’IRA a évolué à partir de l’organisation des Volontaires Irlandais établie pendant la crise du Home Rule de 1913-14. Au début de la première guerre mondiale, les Irish Volunteers se sont divisés sur la question de la participation à l’effort de guerre britannique.

La grande majorité des membres ont suivi le pro guerre John Redmond et son parti parlementaire irlandais. Un petit élément séparatiste est resté avec les Volontaires, et a menacé de résister à toute tentative du gouvernement d’introduire la conscription militaire en Irlande ou de désarmer les Volontaires. Cette petite organisation de Volontaires irlandais comptait environ 14 000 membres en 1916, et la plupart de ses effectifs se trouvaient à Dublin.

Après sa participation au soulèvement de Pâques 1916 (Easter Rising) et sa défaite, l’organisation fut encore affaiblie par les arrestations massives et la mort et l’emprisonnement de ses principaux dirigeants. Pourtant, quelques mois après leur défaite à Dublin, des républicains engagés ont réformé l’organisation et se sont préparés à une nouvelle résistance aux britanniques en Irlande.

Les jeunes hommes des régions les plus riches du pays ayant des liens économiques et culturels étroits avec la Grande-Bretagne étaient moins susceptibles de rejoindre l’IRA

Les réseaux de volontaires irlandais du Munster ont dirigé la réorganisation, qui a été coordonnée au niveau national par Cathal Brugha. La libération des prisonniers du Easter Rising à la fin de 1916 et au milieu de 1917 a encore renforcé la restructuration. Un groupe de direction émergea du camp de prisonniers de Frongoch, comprenant Michael Collins et Richard Mulcahy, et commença à affirmer son autorité sur l’organisation à Dublin.

Dans les provinces, les unités de Volontaires irlandais en bonne santé et intactes pendant et après le soulèvement, ont fourni de solides plates-formes pour l’expansion rapide de l’IRA. Ils recrutaient des membres et formaient de nouvelles unités. À la fin de 1917, la plupart des villes et des villages du pays ont mis en place une branche des Volontaires irlandais.

En octobre 1917, une convention nationale élit un exécutif national dirigé par Éamon de Valera et forme un « exécutif résident » administratif à Dublin, qui constitue le noyau de l’état-major du quartier général, connu plus tard sous le nom de GHQ.

Mise en place d’une organisation par paroisse

Une structure standardisée a été appliquée aux Irish Volunteers, qui combinaient les modèles d’organisation de l’armée britannique et des mouvements de masse nationalistes irlandais. Comme l’association catholique de Daniel O’Connell et l’Irish Land League, les Volunteers ont mis en place une organisation par paroisse.

La plus petite unité, appelée compagnie, était basée dans un village, une paroisse rurale ou un quartier urbain. Le nombre de membres se situait généralement entre 20 et 150 (dans les grandes villes).

L’unité suivante était un bataillon, composé de plusieurs compagnies (de trois à dix). Un bataillon était souvent basé dans une grande ville et accueillait des compagnies du district environnant. Le nombre de membres d’un bataillon allait généralement de quelques centaines à un ou deux mille. Un certain nombre de bataillons constituaient une brigade, qui était la plus grande unité de formation jusqu’au printemps 1921. Les brigades comptaient généralement entre un et plusieurs milliers de membres.

1920 : La guerre d’indépendance

Dans l’ensemble, l’IRA comptait en 1921 environ 70 brigades, 300 bataillons et quelque 2 000 compagnies. Sur le papier, elle comptait 115 000 membres, mais seule une poignée d’entre eux étaient des militants à plein temps.

L’organisation de l’IRA était très décentralisée, le QG n’exerçant qu’un contrôle nominal sur ses brigades provinciales. Le chef d’état-major Richard Mulcahy supervisait dix départements : adjudant, quartier-maître, renseignement, organisation, formation, propagande, ingénierie, achats, munitions et produits chimiques. Le personnel des départements comptait généralement moins d’une douzaine d’officiers, et offraient généralement des instructions de politique générale à leurs homologues des unités subordonnées.

Les membres de l’IRA juraient allégeance au Dáil Éireann (Parlement clandestin où ne figurait que Sinn Fein, le Labour boycottant blog), et Richard Mulcahy relevait du ministre de la défense du Dáil, Cathal Brugha.

En 1921, les relations de Brugha avec Mulcahy et Michael Collins se sont tendues en raison de ce qu’il percevait comme leur manque d’obéissance envers l’autorité civile. Ce problème persista au sein de l’IRA, en raison de la confusion des rôles militaires et politiques au sein du mouvement d’indépendance, des officiers supérieurs de l’IRA occupant des postes politiques au sein du Sinn Féin, du Dáil Éireann et d’organismes publics.

Si le service de renseignement de Michael Collins a été efficace dans la capitale, son importan-ce pour l’IRA à cette époque a été exagérée. C’est à Dublin que l’influence militaire de Collins s’est fait le plus sentir. Lui et le reste du GHQ ont maintenu un certain degré d’autorité sur la brigade de Dublin, reconnaissant que la force de l’IRA dans la capitale était cruciale pour la propagande républicaine et les stratégies politiques.

Au-delà de Dublin, cependant, la portée du GHQ était limitée. Les volontaires de l’IRA élisaient leurs propres officiers d’unité, qui prenaient généralement les décisions collectivement. Les brigades de l’IRA s’armaient, se finançaient et développaient leurs propres opérations. Cela a conduit à une évolution inégale de l’IRA à travers le pays. Certaines brigades fonctionnaient à peine au moment de la trêve de 1921, tandis que d’autres avaient mis en place des structures de guérilla très efficaces.

Niveaux de violence

L’adhésion à l’IRA était plus forte dans la moitié occidentale du pays. L’historien David Fitzpatrick a constaté que le nombre de membres de l’IRA par habitant était le plus élevé dans les comtés du sud et de l’ouest, à savoir Kerry, Clare, Longford, Sligo, Mayo et Limerick. Cork, Tipperary et Kerry ont connu les niveaux de violence les plus soutenus, en nombre de morts.

L’IRA a attiré beaucoup moins de jeunes hommes dans la province de l’Ulster, ce à quoi on pouvait s’attendre dans une région à forte population protestante unioniste. Plus surprenante encore est la faible mobilisation de l’IRA dans le Leinster, à l’exception notable de Dublin et de Longford. Fitzpatrick soutient que Connacht et Munster étaient généralement plus pauvres que Leinster et l’Ulster, mais que l’ouest et le sud étaient également plus cosmopolites et mondialisés en raison des taux d’émigration importants vers les États-Unis, ce qui a donné naissance au républicanisme.

Dans l’ensemble, les données suggèrent que les jeunes hommes étaient moins susceptibles de rejoindre l’IRA dans les régions plus riches du pays ayant des liens économiques et culturels étroits avec la Grande-Bretagne.

Dans le Connacht et Munster, je voudrais également souligner les taux de mortalité élevés pendant la Grande Famine, et les traditions de protestation rurale plus intenses avant et après. En conséquence, la gouvernance britannique a peut-être bénéficié d’une légitimité à long terme moindre au sein de la population dans ces régions, ce qui aurait renforcé le soutien populaire à une insurrection armée en 1920-21.

L’IRA a attiré de jeunes hommes catholiques d’un statut social limité. Les membres protestants étaient rares, mais pas totalement absents. Dans les zones rurales, les volontaires de l’IRA venaient généralement de milieux de petits exploitants agricoles plutôt que des classes de bergers et/ou de gros exploitants agricoles ; les ouvriers agricoles étaient présents mais sous-représentés.

Dans les zones urbaines, l’épine dorsale de l’IRA était constituée d’ouvriers qualifiés et de vendeurs, tandis que les membres non qualifiés ou semi-qualifiés de l’IRA occupaient généralement des postes à plein temps.

Les travailleurs occasionnels et les chômeurs étaient largement absents, ce qui n’est pas surprenant compte tenu du coût économique et des risques liés à l’adhésion à l’IRA. Les professionnels à hauts revenus et les autres membres des classes moyennes et moyennes supérieures étaient peu nombreux.

Les agents de l’IRA les plus privilégiés socialement travaillaient comme commis, enseignants et fonctionnaires de bas niveau. Les diplômés universitaires étaient peu nombreux, et probable-ment une forte majorité des membres de l’IRA n’avaient pas terminé leurs études secondaires. Beaucoup d’officiers n’ayant pas reçu d’éducation formelle approfondie avaient des antécédents dans la Ligue gaélique, qui soutenait le nationalisme culturel tout en offrant une éducation pour adultes accessible.

La survie de l’IRA pendant la guerre d’indépendance n’a pas été assurée par des colonnes volantes ou par la célèbre « équipe spéciale » de Michael Collins, mais par des volontaires ordinaires et non armés

Les anciens soldats étaient rares au sein de l’IRA, mais ils sont devenus plus nombreux lorsque la guérilla s’est intensifiée, avec des anciens militaires recrutés comme tireurs d’élite, officiers instructeurs et mitrailleurs. Presque tous les dirigeants de l’IRA n’avaient pas de formation militaire officielle. En fin de compte, cela a probablement profité à une organisation qui a contribué à l’avènement de la guérilla moderne. Ses stratèges ont développé des tactiques originales, applicables et distinctes selon leur géographie locale.

La guérilla ne découle pas d’un plan central, mais se développe organiquement dans des unités actives à travers le pays. Par exemple, les brigades de l’IRA à Cork, Tipperary et Limerick ont évolué à peu près de la même manière malgré un manque de coordination entre elles. La guérilla était logique pour des chefs pratiques qui manquaient de ressources matérielles. Les unités les plus performantes se caractérisaient par leur ingéniosité, leur adaptabilité et leur flexibilité dans une situation militaire en constante évolution.

Très mal armés

L’IRA est restée très mal armée tout au long de la guerre d’indépendance. L’incapacité du GHQ à importer des armes de manière adéquate a fait que la plupart des unités de l’IRA ont dû saisir leurs armes auprès des forces de la couronne ou de la population civile. L’IRA possédait un nombre relativement important de pistolets et de fusils de chasse, mais n’avait pas la puissance de feu des fusils modernes.

En 1921, elle ne possédait qu’environ 3 000 fusils (avec environ 50 cartouches par arme), ce qui signifie que les républicains étaient étonnamment dépendants  des armes. Les unités de combat à plein temps (appelées « colonnes volantes ») étaient peu nombreuses et n’infligeaient que des pertes mineures aux forces de la couronne. Pourtant, leur audace face à l’écrasante supériorité britannique a remonté le moral des républicains et a contribué à créer le mythe de la colonne volante.

La survie de l’IRA pendant la guerre d’indépendance n’a pas été assurée par des fusiliers des  colonnes volantes ou par la fameuse « Escouade » de Michael Collins, mais par des Volontaires ordinaires et non armés. La plupart des Volontaires n’ont jamais tiré.

Au lieu de cela, ils sabotaient les routes, surveillaient les forces de la couronne, cachaient les armes, interceptaient les communications britanniques, recherchaient les fugitifs, livraient des messages et accomplissaient d’autres tâches essentielles, bien que peu prestigieuses.

L’IRA a été renforcée par l’organisation féminine républicaine Cumann na mBan, en particulier pour l’entretien de ses réseaux de renseignement et de communication. C’est ce service apparemment subalterne mais essentiel qui a permis à l’insurrection républicaine de continuer.

La force de l’IRA résidait dans son organisation. Tout au long de la guerre d’indépendance, l’IRA a été un mouvement de masse efficace, qui a su tirer parti de l’intelligence, de l’ingéniosité et de la persévérance de ses membres de base. Aidés par Cumann na mBan et de vastes réseaux de sympathisants civils, ces volontaires ordinaires ont finalement réussi un exploit extraordinaire.

John Borgonovo Wed, Jun 3, 2020,

https://www.irishtimes.com/

Commentaire:

La guerre d’indépendance a débouché sur une guerre civile de classe où les riches ont gagné. Mickael Collins pour les héritiers des perdants est « un traître », tandis que pour les gagnants c’est « le » héros. C’est l’absence du mouvement ouvrier, le Labour et les syndicats (pro anglais?) se tenant de côté qui a empêché une entrée dans la lutte des masses populaires…

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08 juin 2020 ~ 0 Commentaire

révolution! (ernest mandel)

Rev

Stratégie révolutionnaire et stratégie réformiste

Au cours des trente dernières années, le débat « Comment sortir du capitalisme ? » a peu à peu cédé la place à un débat moins ambitieux « Comment résister au rouleau compresseur du nélolibéralisme ? », dans lequel la perspective d’une rupture radicale avec le système capitaliste s’est largement estompée.

Autant je considère qu’après la victoire de la révolution socialiste l’utilité des assemblées à côté de celles de type « conseils » est un problème purement tactique, autant je suis aussi un partisan intransigeant du suffrage universel avant, pendant et après la prise du pouvoir par les travailleurs. Ne pas confondre suffrage universel et assemblées de type parlementaire, caractérisées par la séparation des fonctions législatives et exécutives, ce qui n’est pas le cas des assemblées de type conseils ouvriers.

Mais allons au cœur du véritable débat, qui est d’ordre stratégique. Notre critique de la stratégie gradualiste et réformiste « vers le socialisme », que partagent les eurocommunistes avec la social-démocratie classique, repose sur une cohérence interne de prémisses analytiques socio-économiques et politiques et de conclusions révolutionnaires.

1. Depuis 1914, le capitalisme a achevé sa mission historiquement progressiste.

Les pré-conditions matérielles pour la construction d’une société sans classe, sans exploitation, sans pression ni violence entre les hommes, existent à une échelle mondiale. Mais la substitu-tion du capitalisme exige également des pré-conditions sociales et politiques, c’est à dire subjectives.

En l’absence de ces pré-conditions, le régime capitaliste agonisant continuera à survivre et la nouvelle société qu’il porte dans ses flancs ne verra pas le jour. Telle est la tragédie fondamentale du 20è siècle : l’Humanité paie un prix trop élevé pour cette survie.

Deux guerres mondiales, d’innombrables guerres locales, des régimes politiques totalitaires, la réapparition à grande échelle de coutumes barbares comme la torture, Auschwitz, Hiroshima, la faim dans le Tiers-Monde, les menaces qui pèsent sur l’environnement : nous ne pensons pas exagérer en affirmant que la survie du capitalisme a coûté au genre humain deux cent millions de morts. La lutte pour le socialisme international est à la fois possible et nécessaire. Il est aussi, littéralement, une question de survie pour le genre humain.

2. La crise structurelle du capitalisme, ouverte en 1914, débouche périodiquement sur des crises socio-politiques

Caractérisées par des explosions impétueuses de luttes de masses qui menacent objectivement l’existence du mode de production capitaliste et de l’Etat bourgeois. En nous limitant seulement à l’Europe et aux cas les plus évidents : la Russie en 1917 ; l’Allemagne en 1918-1919, 1920, 1923 ; l’Italie en 1919-1920, 1945-1948, 1969, 1974-1976 ; l’Espagne en 1931, 1934, 1936-1937, 1975-1976 ; la France en 1936, 1944-1947, mai 1968 ; le Portugal en 1974-1975 ont connu ce type de crises.

Ces crises résultent de l’aggravation de contradictions de classe objectives, périodiquement inévitables dans un régime secoué par une crise structurelle historique. Répétons-le : périodiquement et non de manière permanente et continue.

On ne peut comprendre l’histoire réelle de la lutte de classes dans l’Europe du 20è siècle ni avec la formule simpliste « les masses s’intègrent sans cesse plus dans le système », ni avec l’autre formule, non moins simpliste, « les masses sont toujours disposées à renverser le régime ». Il est évident qu’il y a une combinaison alternative entre ces deux types de conduite.

3. Chaque fois qu’il y a une montée impétueuse de la lutte des masses, chaque fois qu’il y a une exacerbation explosive des contradictions de classes, la vie politique s’oriente inévitablement vers l’épreuve de force frontale entre les classes.

Ceux qui pratiquent la politique de conciliation de classe dans le but d’éviter cette épreuve de force ne peuvent empêcher l’éclatement de ces faits, comme les événements tragiques au Chili l’ont récemment confirmé.

Ce qu’ils parviennent à éviter, c’est uniquement une préparation adéquate de leur propre classe et des larges couches des masses travailleuses, rendant ainsi inévitable la victoire de la réaction bourgeoise.

Dans cette épreuve de force frontale, l’appareil d’Etat bourgeois intervient toujours massivement et de manière décisive contre les travailleurs, et cela quelle que soit la forme parlementaire-démocratique de cet Etat.

Quand Jorge Reverte suggère que, précisément pour cette raison, la défaite des masses dans cette épreuve de force serait inévitable, nous lui répondons que cela n’est pas démontré. Il y a trois exceptions importantes : la Russie de 1917, le putsch de Von Kapp en Allemagne en 1920 et les cas de Madrid, Barcelone, Valence et Malaga en juillet 1936.

En outre, nous lui répondons que la stratégie opposée est une stratégie vouée à un échec certain. Dans aucun des cas d’exacerbation des contradictions sociales depuis 1914 la démocratie parlementaire n’a pu se sauver par une politique de conciliation de classe et de reculs afin d’éviter l’épreuve de force. Cette politique a partout succombé devant des régimes autoritaires et dictatoriaux.

4. L’histoire a confirmé depuis 1914 l’impossibilité de renverser le régime capitaliste en utilisant les institutions de l’Etat bourgeois, même démocratico-parlementaire.

Ces institutions ont été conçues pour défendre et non pour abolir le régime de la propriété privée. Au moment décisif, cette fonction apparaît toujours d’une manière particulièrement brutale. En outre, non seulement Lénine et Trotsky mais aussi Rosa Luxemburg et Gramsci, et, avant eux Marx lui-même, ont démontré que, de par sa propre nature sociale, le prolétariat ne peut s’organiser en classe dominante dans le cadre de ces institutions parce que cela exige, pour ce faire, des institutions d’un type particulier qui sont précisément celle du type des conseils ouvriers de la Commune de Paris ou des soviets.

L’expérience historique confirme que chaque fois qu’il se produit une montée impétueuse du mouvement de masse elle se termine en crise pré-révolutionnaire ou révolutionnaire, car le prolétariat tend instinctivement à créer ses propres organes.

Il existe une tendance embryonnaire à l’apparition d’organes de ce genre quand surgit une crise révolutionnaire où le prolétariat est dominant au sein des masses laborieuses, ce qui est empiriquement démontré. Et cela confronte les marxistes à un choix décisif.

Ou bien agir pour renforcer, généraliser, centraliser ce pouvoir naissant des travailleurs, ou bien limiter, fragmenter, noyer ou subordonner ce nouveau pouvoir naissant au nom de la souverai-neté et de la primauté des institutions de la démocratie bourgeoise. La première orientation permet la victoire de la révolution socialiste, évidement sans la garantir. La seconde garantit la victoire de la contre-révolution bourgeoise.

5. L’émancipation des travailleurs ne peut être l’œuvre que des travailleurs eux-mêmes.

Dans la construction de la société socialiste, le parti ou les organisations politiques peuvent et doivent orienter et éduquer les masses, mais elles ne doivent pas s’y substituer. Si le stalinisme exprime la variante la plus brutale de ce substitutisme, la social-démocratie parlementaire et électoraliste en représente une autre, non moins dommageable.

Il est impossible d’apprendre à nager sans se jeter à l’eau. Il est impossible d’orienter la classe ouvrière sur la voie de l’auto-émancipation et de l’auto-organisation dans la révolution, et après la révolution, sans s’initier dès maintenant à ces pratiques.

Pour cette raison, une stratégie qui aspire réellement à la construction du socialisme, c’est à dire une société autogestionnaire de producteurs dans le sens le plus large du terme, doit s’assimiler de manière prioritaire toutes les pratiques qui développent la confiance des masses en elles-mêmes, leur volonté et leur capacité de résoudre par leur propre effort leurs propres problèmes.

Cela signifie, indépendamment du fait qu’il y ait ou non une situation révolutionnaire, de favoriser l’éclosion de comités unitaires dans toutes les luttes quotidiennes ; de favoriser la lutte pour le contrôle ouvrier sur la production (et d’autres formes populaires de contrôle dans d’autres secteurs de l’activité sociale) ; de favoriser l’élection démocratique de comités de grève et leur fédération.

De l’habitude acquise avec ces pratiques naîtront les conseils de travailleurs dans les prochaines crises révolutionnaires, que personne ne peut provoquer ni prévoir à date fixe, mais auxquelles il s’agit de préparer patiemment et systématiquement l’avant-garde et les masses, non seulement par la propagande, mais aussi par la pratique quotidienne.

6. Cette stratégie, dite « transitoire », recouvre en réalité une conception de la politique qui est diamétralement opposée à celle des réformistes.

La différence ne consiste pas dans le fait que les révolutionnaires méprisent ou sous-estiment les revendications immédiates, les libertés démocratiques, les luttes pour les réformes, l’activité parlementaire, etc.

Elle réside dans le fait que les révolutionnaires situent ces luttes dans le cadre d’une conception de la politique qui repousse catégoriquement l’introduction de la division bourgeoise du travail au sein du mouvement ouvrier.

Elle n’admet pas que la politique se réduise essentiellement à des jeux parlementaires et à la sélection, à des manœuvres entre « professionnels de la politique », y compris les manœuvres au sommet des organisations ouvrières, tandis que les masses sont traitées comme des sujets subalternes ou comme des figurants tout juste bons à voter ou à lutter de temps en temps dans des grèves économiques.

Pour nous, il s’agit d’éduquer les masses pour qu’elles s’occupent elles-mêmes, collectivement, de la politique. Pour cette raison, le sens d’un programme de transition est, avant tout, la résolution des problèmes actuels brûlants par des mobilisations unitaires et par l’action directe des masses.

Notre politique de front unique se situe dans ce cadre. La dynamique de cette stratégie est d’amener les masses à se poser et à résoudre finalement de la même manière le problème du pouvoir politique.

Ceci implique de ne pas tourner le dos à la moindre revendication élémentaire, qu’elle soit démocratique, économique, culturelle, écologique et de ne fermer les yeux devant aucune réalité subjective, y compris les illusions électorales et parlementaires de masses elles-mêmes.

Mais ceci implique aussi que ces tactiques et ces préoccupations doivent s’intégrer dans une stratégie d’ensemble qui tend au renforcement du potentiel de lutte et d’élévation du niveau de conscience anticapitaliste des masses.

Ceci implique qu’on évite toujours de subordonner la défense de leurs intérêts immédiats à de savants calculs électoralistes et qu’on évite toute fragmentation artificielle de ses combats par crainte d’aggraver les tensions politiques et sociales. Comme on peut le constater, cette stratégie de rechange que nous proposons n’est pas seulement plus révolutionnaire et plus réaliste, elle aussi mille fois plus démocratique que celle des réformistes et des conciliateurs.

Loin de se fonder sur des dogmes abstraits ou sur des modèles historiques dépassés, notre critique résulte d’une analyse de la société capitaliste occidentale et de ses contradictions internes d’aujourd’hui.

D’autre part, elle se fonde sur une compréhension marxiste de la dialectique entre les moyens et les fins. La tragédie du réformisme naît avec la fameuse formule d’Edouard Bernstein : « Le mouvement (c’est à dire la tactique) est tout ».

L’histoire se prononce contre cette hypothèse. Certaines orientations, certaines tactiques – tant celles de la social-démocratie classique comme celles du stalinisme – ne nous mènent pas vers une fin socialiste, et elles ne peuvent le faire dans la mesure même où elles minent la conscien-ce de classe et la capacité d’auto-émancipation du prolétariat au lieu de les développer. C’est à partir de cette vérité élémentaire qu’il s’agit de discuter une stratégie de rechange, sauf si on fini par admettre franchement que le socialisme est impossible.

Notre projet stratégique: la voie révolutionnaire vers le socialisme est l’unique voie possible – et s’intégrer consciemment dans sa réalisation politique et organisationnelle, vu le terrible destin qui nous menace si les prochaines occasions révolutionnaires sont gâchées en Europe, comme cela s’est passé depuis plus d’un demi siècle ?

Note:

En contribution à ce débat que nous pensons vital, nous publions un texte important d’Ernest Mandel (1923-1995), économiste et théoricien marxiste internationalement reconnu, qui fut aussi militant et dirigeant de la Quatrième Internationale (trotskiste) pendant près de cinquante ans.

Ce texte date de 1978 et intègre donc des réflexions qui couvrent un siècle et demi d’histoire du mouvement ouvrier et révolutionnaire. Mais cette date est aussi significative parce qu’elle mar-que la fin d’un cycle de remontée des luttes qui a duré vingt ans (les révolutions anticoloniales et anti-impérialistes, Mai ’68, le Chili d’Allende, la Révolution des Œillets au Portugal,…) avant une longue période de recul, ouverte symboliquement en 1979 par les élections de Ronald Reagan aux Etats-Unis et de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne.

La chute des régimes prétendument « socialistes » en URSS et ailleurs, les défis posés par l’extension rapide et profonde de la mondialisation, l’urgence écologique de plus en plus dramatique, le développement de nouveaux mouvements (altermondialistes, indignés – ne sont, et pour cause, pas intégrés dans le raisonnement. (Avanti)

Ernest Mandel 28 janvier 2015

Texte publié comme « opinion » dans le journal « El Pais » (Espagne) le 7 octobre 1978 avec le titre « Estrategia revolucionaria y programa de transición ».

Source : http://elpais.com/diario/

http://www.avanti4.be/

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08 juin 2020 ~ 0 Commentaire

guerre 2 (ernest mandel)

raptor
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L’entrée en guerre, l’offensive contre l’URSS

Au début, les conflits en Asie et en Europe apparaissaient comme des conflits distincts. Mais ensuite les succès de l’Allemagne ont incité Tokyo à conquérir les colonies européennes dans le Sud-Est asiatique.

Lorsque, à la fin de juillet 1941, les Etats-Unis mettent un terme à toutes les exportations de matières premières pour arrêter la progression japonaise en Chine, le Japon savait ce qui lui restait à faire.

Même les cercle les plus radicaux du gouvernement impérial japonais ne visaient pas une guerre de longue durée, une guerre totale, jusqu’au bout. Même pas le 5 novembre 1941, lorsqu’ils décident de porter un grand coup aux Américains. Tokyo espérait plutôt une paix de compromis qui lui permettrait de stabiliser sa sphère d’influence. Mais Washington va rester intraitable…

Guerre contre l’URSS

L’attaque allemande contre l’URSS ne résulte pas d’une décision concertée du capitalisme mondial, c’est-à-dire d’une concertation entre les impérialismes britannique, français, allemand et américain. L’isolement de l’Union Soviétique et ses problèmes internes laissaient au contraire le champ libre pour la lutte des différentes puissances impérialistes entre elles.

L’ouverture du front de l’Est était en premier lieu l’affaire de l’impérialisme allemand qui, ce faisant, voulait se renforcer face à ses rivaux occidentaux.

En URSS même, une contradiction explosive s’était développée entre les infrastructures indus-trielles et militaires renforcées par le plan quinquennal d’une part, et la crise politique provoquée par les purges de Staline et sa diplomatie brutale d’autre part. Les purges avaient décapité l’Ar-mée Rouge et désorganisé la défense nationale. La diplomatie avait livré la Pologne et l’Europe à Hitler. Cela rendait plus facile une attaque ultérieure contre l’URSS. Mais le plan quinquennal va permettre à l’URSS de gagner la guerre.

L’impréparation de l’Année Rouge en 1941 était la conséquence directe du manque de compré-hension par Staline de la situation en Europe et des intentions de Hitler, c’est-à-dire de l’impéria-lisme allemand. Quelques années auparavant, le maréchal soviétique Toukhatchevsky (6) avait prouvé que l’armée française ne s’opposerait pas activement à l’Allemagne dont l’agressivité était surtout dirigée vers l’Est. Mais Staline était convaincu que Hitler n’attaquerait pas une Union Soviétique « qui se comporterait correctement ».

Le Pacte de non-agression germano-soviétique de 1939 représentait plus un mouvement stratégique qu’un mouvement tactique de sa part. Dans une étude de l’Etat-major général de l’Armée Rouge, datée de décembre 1940, l’idée que l’Allemagne pourrait être un ennemi potentiel est rejetée avec force.

Les projets de manoeuvres proposés ne tenaient pas compte de la situation et des besoins des forces armées et il n’y était pas question d’un plan de guerre coordonné. Le « Plan 1941 de défense de la frontière », que l’état-major général établissait en avril et avec lequel l’URSS devait entrer en guerre deux mois plus tard, limitait le rôle de l’Armée Rouge à la défense des frontières extérieures et attachait peu d’importance à une défense stratégique.

L’URSS avait pourtant toutes les raisons de se renforcer à court terme et le mieux possible contre une attaque allemande, d’autant plus que les Britanniques et les Français avaient hésité très fort – c’est le moins que l’on puisse dire – à conclure avec Moscou une alliance militaire pour la défense de la Pologne.

Mais le Pacte Hitler-Staline comprenait une clause secrète sur le partage de la Pologne (7), et cela alors qui n’était pas encore question d’une attaque allemande contre ce pays. Staline donnait donc le feu vert à Hitler et délivrait pour un certain temps le Troisième Reich du cauchemar d’une guerre sur deux fronts.

Les conséquences de la « Realpolitik » cynique de Staline ont été terribles pour la population soviétique. La Deuxième Guerre Mondiale a coûté à l’Union Soviétique 20 millions de vies humaines et des dégâts matériels incommensurables.

Une politique plus clairvoyante et moins cynique aurait pu épargner à l’URSS tant de souffrances. Ainsi peut-on affirmer que cette politique compte également parmi les causes principales du déclenchement de la Deuxième Guerre Mondiale.

La Gauche, 21 mai 1990 Ernest Mandel

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08 juin 2020 ~ 0 Commentaire

guerre 1 (ernest mandel)

hitler

Hitler a-t-il provoqué la Seconde guerre mondiale ?

La distinction entre les grands mouvements tendentiels séculaires de l’histoire et les variations à plus court terme dans le développement historique, constitue seulement, bien entendu, l’approche élémentaire de la compréhension de la relation entre des forces sociales et des individus dans la configuration du cours des événements. Une catégorie supplémentaire, essentielle, inclut les nécessités conjoncturelles des groupes sociaux.

Pour revenir à l’exemple de l’invasion de la Pologne, il est certainement vrai qu’elle a été le fruit d’une décision de Hitler.

Elle exprime, de manière saisissante, les facettes contradictoires de sa personnalité : témérité, monomanie, opportunisme habile, ainsi qu’une alternance cyclique entre indécision paralysante et hiper-voluntarisme. Mais il est également vrai que, dès 1932, les principaux cercles dirigeants de la classe capitaliste allemande avaient déterminés – en concordance avec leurs intérêts conjoncturels – que la seule issue pour la crise écononomique de l’Allemagne devait être l’établissement de leur hégémonie sur l’Europe occidentale et centrale.

A partir de cette orientation stratégique et du réarmement massif consécutif de l’Allemagne, la guerre était virtuellement inévitable du fait de deux facteurs.

Premièrement, le réarmement réactif des principaux rivaux capitalistes de l’Allemagne – avant tout l’Angleterre, mais aussi les États-Unis -, afin de tenter de bloquer la volonté de domination allemande sur l’Europe et évolution en une de puissance mondiale.

De cette réaction à sa propre volonté, découle la tentation croissante pour la direction nazie de déclencher la guerre avant que les énormes forces productives du capitalisme américain ne puissent êtres totalement mobilisées, tant que l’Allemagne jouissait encore en outre de certains avantages technologiques en blindés et en avions modernes.

Deuxièmement, le réarmement massif à mené à une crise financière plus profonde encore pour le capitalisme allemand. Les réserves en liquidité avaient presque disparues et le paiement des intérêts sur la dette nationale était devenu insupportable.

Dans ces conditions, la poursuite d’un tel niveau de militarisation sans l’intégration de ressour-ces matérielles supplémentaires extérieures à l’Allemangne était devenue impossible (2). À partir de là, il était donc nécessaire de piller les économies voisines et de chercher à établir une organisation industrielle à l’échelle continentale, comparable à celle des États-Unis ou de l’Union Soviétique.

Ainsi, si la décision finale de lancer la Wehrmacht dans la guerre le 1er septembre 1939 a été sans aucun doute prise par Hitler, elle s’inscrivait dans l’impulsion en direction de la guerre qui née quant à elle du choix à court terme décidé par la majorité de la classe dominante allemande. Cette décision étant elle-même conditionnée par les contradictions internes de l’impérialisme allemand qui furent aiguisées par les crises successives de 1919-23 et 1929-32.

La décision, plus ou moins unanime, de la classe dominante allemande de modifier de manière violente et agressive le partage mondial du pouvoir économique n’a pas été accidentel.

L’Allemagne est arrivée trop tardivement sur l’arène des grandes puissances impérialistes pour acquérir son propre empire colonial en dehors de l’Europe correspondant à son importance dans le marché mondial.

Sa « destinée manifeste » a donc été interprétée comme celle de l’établissement d’un tel empire en Europe elle-même. L’influence politique disproportionnée des « Junkers » (caste d’officiers artistocratiques et grands propriétaires terriens) – résultat des échecs des tentatives de révolutions démocratiques bourgeoises au 19è siècle en Allemagne -, a accentué les aspects aventuristes et arrogants de la politique extérieure allemande sous la forme d’une expansion militaire.

Tout cela explique que, malgré orgueil culturel et ses traditions de soutien à la « Loi et à l’Ordre », la classe dominante allemande a pu placer son avenir dans les mains d’un aventurier. Naturellement, dans des circonstances « normales », la bourgeoisie opte plutôt pour une direction politique choisie à l’intérieur de sa propre classe.

Dans des périodes de crise, cependant, la bourgeoisie a tenté à plusieurs reprises de rétablir son pouvoir de classe en faisant appel à des dirigeants réformistes issus du mouvement ouvrier, dans le but de les utiliser afin de préserver les structures et les valeurs de base du régime capitaliste.

Cette lignée dans la collaboration de classes s’est incarnée dans l’histoire au travers de personnages tels que Ebert, McDonald, Léon Blum, Clément Attlee, Van Acker, Spaak, Wily Brandt, Helmut Schimidt, et aujourd’hui François Mitterrand.

Pour une classe bourgeoise puissante, introniser au pouvoir un dirigeant du type Hitler suppose par contre des circonstances très exceptionnelles : une profonde crise socio-économique provoquant des tensions sociales généralisées de caractère pré-révolutionnaire.

Dans ces conditions de crise exceptionnelle, des couches déclassées issues de toutes les classes sociales – mais plus particulièrement de la petite-bourgeoisie – peuvent suivre aveuglé-ment des « desperados » démagogiques qui leur promettent de « résoudre les problèmes de la nation », quels que soient les coûts humains ou matériels et sans aucun égard pour les valeurs traditionnellement admise jusque là. Trotsky a caractérisé avec justesse les aventuriers de ce type comme étant des « wildgewordene kleinbürger » (des petits-bourgeois devenus sauvages).

Hitler, en tant que prototype politique, est ainsi le produit d’une concentration spécifique de circonstances : la ruine des petits artisans et boutiquiers, le chômage de masse dans la caste des fonctionnaires publics et des officiers, la destruction des petits commerçants et actionnaires, la jalousie concurrentielle de médecins et avocats antisémites ayant peu de clients, etc.

La mentalité de gangster de ces individus était déjà clairement visible dans la formation des « Freikorps » en novembre 1918. En vérité, il y avait littéralement des centaines de Hitler et de Himmler potentiels en Allemagne après 1918, avec les mêmes orientations idéologiques et au caractère quasi identique à celui du futur Führer.

Ainsi, la façon dont le Troisième reich a émergé de l’effondrement de la République de Weimar et pavé la route vers une nouvelle guerre mondiale a seulement été déterminée d’une manière limitée par les talents et les faiblesses particulières de Hitler en tant que politicien individuel.

La crise sociale plus large, dont le « type Hitler » a constitué un épiphénomène, est incompa-rablement plus déterminante.

Même la monomanie de Hitler envers les Juifs peut être vue aujourd’hui comme une démence répandue dans toutes les couches réactionnaires de la société allemande de l’époque.

Récemment, l’historien Rölhin a découvert une phrase sans équivoque dans le journal de l’Empereur Wilhelm II qui date de 1919 – année où Hitler entra en politique - : « Aucun Allemand ne peut se reposer tant que le sol de l’Allemagne n’aura pas été nettoyé de ces parasites (les Juifs) qu’il faut exterminer » (3).

http://www.ernestmandel.org/

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08 juin 2020 ~ 0 Commentaire

bristol (courrier inter)

bristol
Royaume-Uni.
La statue d’une figure esclavagiste vandalisée à Bristol lors des manifestations antiracistes

Après les manifestations antiracistes du week-end, de nombreux journaux britanniques présentent en couverture les photos du déboulonnage de la statue d’un ancien marchand d’esclaves à Bristol.

“Sans foi ni loi” [Lawless and Reckless], titre le Daily Mail. Citant les mots de la secrétaire d’État à l’Intérieur Priti Patel, le quotidien conservateur s’indigne des actes de violence et de vandalisme survenus le week-end du 6 juin au Royaume-Uni. Alors que les manifestations antiracistes en hommage à George Floyd se poursuivent à travers le monde, à Bristol, la statue d’un ancien parlementaire a été déboulonnée et jetée à l’eau.

Dimanche, dans cette ville du sud-ouest, 10 000 manifestants ont défilé malgré l’interdiction des rassemblements en pleine épidémie de Covid-19. Au milieu de “scènes invraisemblables”, écrit le Daily Mail, les participants ont pris pour cible la statue d’Edward Colston, figure de la ville de Bristol et notoirement connu pour avoir pris part au commerce d’esclaves.

Les policiers restent passifs

Après avoir renversé la statue à l’aide de cordes, des dizaines de manifestants l’ont recouverte de peinture et l’ont frappée “avec des bâtons et des skate-boards”, devant les policiers qui ont préféré ne pas intervenir. Le monument a ensuite été transporté jusqu’au port pour y être jeté à l’eau.

À l’approche de la célébration du 300è anniversaire de la mort d’Edward Colston, la présence de sa statue était de plus en plus controversée à Bristol : Cet hommage à Colston avait provoqué la fureur […] et une pétition demandant son retrait avait récemment réuni 11 000 signatures. La municipalité avait couvert la statue de sacs poubelles noirs pour la protéger, mais les manifestants les ont arrachés.

Le Daily Mail, qui dresse un parallèle avec l’image iconique du démontage de la statue de Saddam Hussein en Irak en 2003, dénonce également d’autres débordements à travers le pays : à Londres, une statue de Winston Churchill a notamment été vandalisée et une policière a été blessée.

08/06/2020

https://www.courrierinternational.com/

Lire aussi:

Royaume Uni. Déboulonner les statues coloniales pour dénoncer les racines esclavagistes du pouvoir (RP)

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08 juin 2020 ~ 0 Commentaire

palestine (ujfp)

Ils n’effaceront pas la Palestine

Depuis 1948 et pendant toute la période qui a précédé la création de l’État d’Israël, la stratégie de tous les dirigeants sionistes est restée la même, faire de la Palestine, la Terre promise aux Juifs.

Par la force militaire Israël depuis lors jusqu’à aujourd’hui a toujours remodelé le paysage et tenté d’exclure la trace des Palestiniens.

« Une terre sans peuple » ? Non ! Non ! Ils sont bien là vivants et toujours résistants, les Palestiniens. « Pour un peuple sans terre ». Non ! Non !

Depuis la déclaration « d’indépendance » et la partition des territoires en 1948 Israël n’a eu de cesse d’en conquérir davantage, car  » il revient » et cette Terre lui revient.

Le mythe de l’exil des Juifs et la loi du « retour » sont une mystification qui vise à masquer la réalisation d’un projet colonial.

Intégrité géographique et stratégie démographique

De la judaïsation intensive de Jérusalem-Est occupée.

La violation des droits des Palestiniens ne s’est jamais arrêtée jusqu’à aujourd’hui. Des familles palestiniennes expulsées sont à la rue, leurs maisons aussitôt squattées sous la protection de l’armée. C’est ainsi que Jérusalem « s’unifie » et que l’État Israélien tente d’asseoir sa démo-graphie montante, sa souveraineté et son contrôle exclusif sur la Ville Sainte.

A l’israélisation

Depuis 1948 aucun village, aucune ville, n’ont été construits, pas un dunum de terre n’a été concédé aux Palestiniens. De ce fait, les Palestiniens qui représentent près de 50 % de la population de la mer au Jourdain, sont confinés dans des espaces restreints, d’autres sont déplacés et viennent agrandir le nombre des réfugiés intérieurs, quand d’autres s’exilent.

Depuis 1967, avec le mur de séparation, les routes de contournement, les tunnels, Israël n’a cessé de renforcer son dispositif de sécurité.

L’agrandissement des colonies mord la terre palestinienne occupée, déchiquète ses vergers, scie ses oliviers. Les noms arabes sont hébraïsés, la mémoire palestinienne expropriée en même temps que les terres sont confisquées.

Ces pratiques et politiques sionistes imposent un état d’apartheid au peuple palestinien, en contravention avec la Convention internationale sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 30 novembre 1973.

Le sionisme vise l’entièreté territoriale

Netanyahu incarne la visée sioniste déjà visible en 1949 avec l’annexion de Jérusalem Ouest et de 77 % de l’ancienne Palestine mandataire, soit 50 % de plus que ce qui était prévu au plan de partage [1]

Le régime de Netanyahu depuis 10 ans a sans arrêt proclamé des lois fondamentales faisant l’éloge de la force pour étendre les droits israéliens et écraser ceux des palestiniens, se défaus-sant du droit international. Ces lois, dont la loi fondamentale du 19 Juillet 2018 qui fait d’Israël « l’État - nation du peuple juif », dévoilent le fait accompli et la complicité de la majorité des israéliens et de la communauté internationale.

Le prophète Bibi

Le 17 Mai 2020 lors de l’investiture du quatrième gouvernement de Netanyahu, celui-ci s’est montré dans le droit fil de l’imaginaire biblique et de la stratégie sioniste du grand Israël. Il a déclaré à la Knesset, l’annexion très prochaine de pans de la Cisjordanie jusqu’au Jourdain.

« Voici la vérité : ces territoires sont là où le peuple juif est né et s’est développé. Il est temps d’appliquer la loi israélienne et d’écrire un nouveau chapitre glorieux dans l’histoire du sionisme. »

Discrimination gravée dans le marbre de l’État et enclaves palestiniennes ratatinées

Des pans entiers de la Palestine de la mer au Jourdain sont depuis longtemps sous contrôle militaire d’Israël. Mais, ce qui fait la différence comme le crient :

- et Michel Warschawski : c’est que par « l’adoption de la loi constitutionnelle, cette fois la discrimination n’est plus seulement une pratique, mais est inscrite dans la constitution (même si Israël n’a pas de constitution).

- et Ahmad Al -Bazz : c’est que « Les Palestiniens la comprennent comme une autre étape du projet colonial de peuplement d’Israël qui est centenaire. » « Que la Communauté internationale ne regrette rien. Elle qui est restée muette. Elle n’a jamais pris de mesures pour arrêter l’annexion. »

La résistance des Palestiniens doit avoir le dernier mot, avec le soutien des défenseur.es des droits des Palestiniens

Ahmad Al Bazz : « il est temps pour les Palestiniens de revenir à leurs exigences initiales de décolonisation complète et d’un État démocratique où tous les être humains aient des droits égaux sur cette terre, et de développer de nouvelles stratégies pour atteindre cet objectif. »

La Commission Palestine-Israël, pour la Coordination nationale de l’UJFP, le 7 Juin 2020.

dimanche 7 juin 2020  Coordination nationale de l’UJFP

https://www.ujfp.org/

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07 juin 2020 ~ 0 Commentaire

débarquement (essf)

guerre froide

Seconde Guerre mondiale

Après le débarquement de Normandie, les derniers combats en Europe

Le débarquement anglo-américain en Normandie le 6 juin 1944 ; les offensives de l’Armée rouge d’août 1944 et janvier 1945 – respectivement menées du Dniestr au Danube et de la Vistule jusqu’à Oder – qui s’emparèrent de la base industrielle d’Hitler en Silésie ; et la conquête des Philippines – entre la bataille du Golfe de Leyte et le débarquement dans la baie de Lingayen (novembre 1944–février 1945) : tels furent les principaux événements qui marquèrent le commencement de l’offensive finale sur le sol national des impérialismes allemand et japonais et qui culminera avec leur défaite en mai et en août 1945.

 Résultats mitigés en Italie

Toutes ces offensives se soldèrent par des défaites écrasantes pour les ennemis des puissances alliées. Ce n’est qu’en Italie que la Wehrmacht, sous le commandement de Kesselring – son plus habile commandant d’armée, avec Von Manstein – parvint durant toute l’année 1944 et les trois premiers mois de 1945 à empêcher un effondrement du front.

Outre les hésitations et l’incompétence des chefs américains après le débarquement de Salerne, les plans militaires de Kesselring furent préalablement aidés par sa connaissance du fait que la classe dominante italienne était en train de préparer un renversement d’alliance. Bien avant la chute de Mussolini, le Wehrmacht­führungs­stab avait préparé les plans « Alaric » et « Konstantin » qui prévoyaient l’occupation par l’armée allemande de l’Italie et des territoires qu’elle occupait alors.

D’un point de vue professionnel, et en dépit de leur supériorité numérique et matérielle, les chefs alliés occidentaux en Italie s’illustrèrent par leur incompétence. Ce n’est qu’en avril 1945 que l’Italie fut finalement libérée des forces allemandes.

En vérité, la reddition des troupes allemandes en Italie ne mena pas à leur dispersion ou à leur départ immédiat, car les Alliés souhaitaient qu’elles restent sur place dans l’éventualité d’une tentative de la Résistance de prendre le pouvoir avant leur arrivée. C’est pour cette raison que l’armée allemande reçut l’ordre de rester où elle était afin de « maintenir le fonctionnement de tous les services publics essentiels » et, avec l’appui du Comitato di Liberazione Nazionale Alta Italia (CLNAI), d’assurer « le maintien général de la loi et de l’ordre » [1].

 Prise de risques en Normandie

Le débarquement sur les plages de Normandie, dans ce qui constitua de loin la plus grande opération amphibie de l’histoire de la guerre, fut un audacieux exploit organisationnel de premier plan. Dans un laps de temps de six semaines, un million et demi de soldats et de gigantesques quantités d’armes, de munitions, de provisions, de moyens de transport, de matériel de construction, de ponts, d’essence, etc. furent amenées sur le continent.

L’opération était tellement risquée que le général Alan Brooke, le chef de la planification britanni-que, douta de sa réussite jusqu’après que le succès initial fut clairement obtenu. Il y avait en effet d’énormes obstacles – en premier lieu les champs de mines et les positions d’artillerie lourde, ainsi que les nids de mitrailleuses habilement dissimulés – que les troupes alliées devaient surmonter sur les plages où les forces d’invasion devaient débarquer.

En outre, les Allemands avaient là au moins une division de blindés, qui empêcha la tentative de Montgomery de capturer, dans la foulée du débarquement, la ville de Caen – il fallut plus de quatre semaines à l’armée britannique pour atteindre cet objectif initial.

D’une manière générale, l’armée allemande était supérieure en ce qui concerne les capacités professionnelles de ses officiers. Elle avait également à sa disposition un armement qualitati-vement supérieur. Il s’agissait là de facteurs avec lesquels elle aurait sans doute pu vaincre les Alliés, ou du moins les forcer à mener une guerre de position prolongée [2]. Mais ces désavan-tages pour l’armée d’invasion et les risques très réels liés à la gigantesque entreprise elle-même furent compensés par plusieurs avantages décisifs.

 Les atouts des Alliés

Le premier d’entre eux était la supériorité aérienne absolue des Alliés. La Luftwaffe n’était pas plus capable d’empêcher les opérations de débarquement que la marine allemande. Les chalands de débarquement des Alliés et leurs navires pouvaient croiser le canal de la Manche à volonté. Si cela n’avait pas été le cas, l’Opération Overlord aurait été un échec.

La supériorité aérienne des Alliés impliquait également un matraquage constant des lignes de communication allemandes à l’arrière du front (en premier lieu les ponts sur la Seine, la Somme et la Loire, ainsi que le réseau ferré de tout le nord de la France et de la Belgique jusqu’à la Meuse et au Rhin, et les routes de toute la France). Cela rendit les mouvements et les concen-trations des réserves allemandes extrêmement coûteuses et hasardeuses.

Un second avantage pour les Alliés fut l’échec du Haut Commandement allemand à déterminer immédiatement le type de défense qu’il devait opposer aux débarquements. Rommel était en faveur d’une contre-attaque immédiate concentrée sur les points de débarquement, tandis que Von Rundstedt – craignant l’effet des bombardements alliés sur la moindre concentration de troupes et de blindés – préférait une riposte plus flexible : il ne croyait pas que les Alliés seraient capables de réaliser une exploitation rapide.

Rommel comprenait que le temps jouait en faveur des Alliés si on leur permettait d’établir des têtes de pont suffisamment avancées pour assurer la concentration immédiate de troupes, de chars et de blindés. Von Rundstedt, par ailleurs, avait raison de penser que les Alliés allaient prendre un certain temps avant de se dépêtrer de leurs problèmes initiaux – période au cours de laquelle de petites contre-attaques pourraient se faire avec une grande efficacité [3].

 La guerre aurait pu s’achever à l’automne 1944

En réalité, les choses se passèrent d’une manière fort différente de ce qu’avaient imaginé tant les chefs allemands que les planificateurs alliés. La résistance obstinée des Allemands immo-bilisa l’infanterie alliée plus longtemps que prévu dans une étroite tête de pont, rendant difficile toute manœuvre d’ampleur.

La première tentative de rupture de Montgomery à l’est du front échoua. La seconde tentative, réalisée par Patton à Avranches, fut un succès. Mais l’encerclement de toutes les forces allemandes en Bretagne, dans le sud-ouest de la France et en Normandie, ne se réalisa pas.

Les Alliés mirent soixante jours pour atteindre la Seine. Au final, en l’absence d’une quelconque idée stratégique à long terme autre que celle de grignoter peu à peu les réserves de l’ennemi, la résistance allemande commença à s’écrouler.

Avec l’effondrement du front allemand sur la Seine, les Alliés occidentaux se lancèrent dans une poursuite éclair jusqu’à Liège et Anvers. Le général Blumentritt, chef d’Etat-major de l’armée allemande à l’ouest, a écrit à ce propos : « Il n’y avait pas de forces allemandes derrière le Rhin et, à la fin août, notre front était complètement ouvert » [4]. La guerre fut à deux doigts de se terminer à l’automne 1944.

Deux bourdes stratégiques monumentales du Haut Commandement allié sauvèrent la situation pour la Wehrmacht. Après de nombreuses discussions polémiques, arbitrées par Eisenhower, l’aile sud de l’offensive alliée contre l’Allemagne – celle commandée par les Américains – opta en faveur d’une avancée graduelle à travers la région de la Moselle, qui était fortement défendue, au lieu d’une offensive plus au nord, sur un territoire pratiquement dépourvu de fortifications et où l’armée allemande avait déjà obtenu deux fois dans le passé une rupture massive avec beaucoup moins de blindés que ceux dont disposait maintenant celle des Etats-Unis.

Simultanément, l’aile nord commandée par Montgomery tenta une percée à travers le Rhin à Arnhem [le 17 septembre 1944]. Mais, en dépit de l’existence d’importantes réserves, elle le fit avec des forces à peine suffisantes pour mener à bien l’opération. A l’insuffisante impétuosité donnée à l’Opération Market Garden s’ajoutait aussi un système de renseignement totalement inadéquat : ses chefs ignoraient qu’une division de choc de blindés était positionnée dans la zone d’Arnhem et que les parachutistes allaient précisément être lâchés au dessus d’elle et seraient mis en pièces par des chars et une puissance de feu supérieure [5].

 Faux calculs de Hitler

Le but immédiat de l’offensive allemande des Ardennes [qui débuta le 16 décembre 1944] était logistique : la capture de Liège et d’Anvers et, avec elles, des énormes dépôts de ravitaillement des Alliés, et en premier lieu les stocks d’essence, car la Wehrmacht et la Luftwaffe étaient désespérément à court de combustible.

Quant à l’objectif stratégique plus large, il reposait sur l’espoir que les contradictions internes dans le camp des Alliés, et plus particulièrement la perspective d’une occupation soviétique de l’Europe orientale et centrale, allaient convaincre les Anglo-américains d’envisager une paix séparée.

En décembre 1944, Hitler avait déclaré à ses généraux qu’« Il n’y a jamais eu dans toute l’histoire une coalition composée par des partenaires aussi hétérogènes. Les Etats qui sont maintenant nos ennemis sont les plus opposés qui existent sur Terre : des Etats ultra-capitalistes d’un côté, et des Etats ultra-marxistes de l’autre ; d’un côté un empire britannique moribond – la Grande-Bretagne ; de l’autre une colonie, les Etats-Unis, qui attend son heure pour réclamer son droit à l’héritage. Ce sont des Etats qui divergent quotidiennement… Si nous frappons quelques coups puissants, ce front commun artificiellement édifié peut se désintégrer à tout moment dans un bruit assourdissant. » [6]

Les calculs de Hitler s’enracinaient aussi dans la conviction obstinée – soutenue à l’encontre de l’avis de ses généraux (qui se fondaient sur des informations correctes) – selon laquelle l’armée soviétique ne serait pas capable de récupérer aussi rapidement qu’elle le fit et de frapper un grand coup sur le front oriental. Coup qui allait l’amener sur la frontière allemande et à une soixantaine de kilomètres de Berlin au début de février 1945.

 « Succès » militaires allemands sans lendemain

L’offensive des Ardennes infligea finalement de lourdes pertes aux troupes britanniques et américaines, mais avec des résultats stratégiques désastreux pour la bourgeoisie allemande. Ce qui survint fut exactement ce que les conspirateurs militaires du 20 juillet 1944, d’une part, et Churchill et ses collègues de l’autre voulaient précisément éviter : l’arrivée des troupes soviétiques sur le sol allemand et l’occupation soviétique de la Hongrie, de l’Autriche et de la plus grande partie de la Tchécoslovaquie.

Ainsi, ces succès tactiques allemands constituèrent en réalité d’énormes défaites politiques. Les batailles d’Arnhem et des Ardennes confirment que les victoires militaires ne sont pas des fins en soi : ce sont des moyens pour atteindre des objectifs politiques qui doivent être clairement compris et privilégiés.

Mutatis mutandis, la même chose s’applique au succès de la résistance de Kesselring contre les tentatives alliées d’effectuer une percée en Italie. A l’encontre d’une opinion exprimée par de nombreux experts, dont le général MacArthur, le front italien était loin d’être une « diversion » militaire, autrement dit un gaspillage de forces, sur un théâtre de guerre secondaire, qui auraient été mieux employées en France ou dans le Pacifique.

Churchill écrivait ainsi à Roosevelt, le 28 juin 1944 : « Le général Wilson […], le général Alexander […] et le maréchal Smuts […] nous ont présenté la perspective d’une attaque par l’est, à travers l’Adriatique […] et le général Wilson estime qu’il est possible, avec un tel plan, que lui ou le général Alexander puissent s’emparer de Trieste pour la fin du mois de septembre ».

Etant donné la supériorité des armées alliées sur ces deux fronts, leur renforcement avec les trente divisions alliées stationnées en Italie n’aurait fait aucune différence par rapport au résultat final de la guerre. Mais le succès d’une rupture du front italien par ces divisions au printemps, à l’été ou à l’automne 1944 vers la vallée du Pô et, de là, à travers le col de Ljubljana, aurait pu changer la carte de l’Europe. Les forces anglo-américaines seraient parvenues à Budapest, Vienne et Prague bien avant l’Armée rouge.

 Efficacité tactique de la Wehrmacht sur le front Est

Les « victoires » de Kessel­ring étaient donc en réalité des victoires pour Staline. Bien entendu, l’incompétence du commandement militaire des forces alliées en Italie mérite un blâme équiva-lent à celui qui fut porté contre Kesselring par les capitalistes qui se lamentèrent amèrement du fait que ce furent des soldats russes qui libérèrent – à un prix très élevé en sang versé – l’Europe orientale des bouchers nazis. Ce n’est qu’en avril 1945 que les forces allemandes furent écrasées en Italie, mais à ce moment là le destin de l’Europe centrale avait déjà été scellé.

Les interruptions successives imposées aux offensives de l’Armée rouge – les batailles de Koursk et du Donetz pour reprendre Kiev, Smolensk, Minsk, les Pays baltes et Odessa – peuvent facilement se comprendre.

L’Armée rouge manquait toujours de transports motorisés. En conséquence, d’énormes problèmes de ravitaillement et de maintenance des divisions blindées employées surgissaient en abondance après chaque progression importante. La politique de la « terre brûlée » d’Hitler rendait quasiment impossible tout approvisionnement sur place. Après la libération du Donetsk et de l’Ukraine, pas une seule usine d’importance n’a pu y produire des fournitures militaires avant la fin de la guerre.

A l’inverse, chaque retraite successive de la Wehrmacht signifiait un raccourcissement de ses propres lignes de communication. Comme la production de guerre allemande était encore intacte, et avait même augmenté en dépit de bombardements dévastateurs (le point le plus élevé de la production de tanks, d’avions et de pièces d’artillerie fut atteint à l’été 1944), la Wehrmacht recevait ainsi plus de fournitures que l’Armée rouge.

Son principal point faible était le manque d’effectifs et non le matériel. Mais après les terribles pertes des trois années de guerre précédentes, le potentiel humain commençait lui aussi à diminuer en URSS. De plus en plus de femmes devaient êtres mobilisées pour compenser les pertes de soldats masculins.

 Avantage stratégique de l’Armée rouge

Les officiers allemands du front se montrèrent très habiles dans la retraite et dans l’organisation de contre-offensives locales qui érodaient de manière répétée la reconstitution des réserves de l’Armée rouge en prévision des offensives planifiées. Les contre-attaques surprises les plus réussies eurent lieu en avril 1944 dans le sud de la Pologne et en août 1944 sur la Vistule. Une fois de plus, cependant, l’armée allemande ne faisait que gagner du temps dans ces opérations défensives qui ne poursuivaient aucun but stratégique visible.

L’Armée rouge avait quant à elle un tel but stratégique : refouler la Wehrmacht jusqu’à Berlin. Cela lui prit plus de temps que prévu initialement, mais cet objectif fut largement couronné de succès. Et elle mena à bien certaines opérations brillantes ; en particulier la bataille de Minsk, dans laquelle près de 200 000 soldats allemands furent capturés et qui brisa en quelques jours le Groupe d’Armées Centre de la Wehrmacht ; la reprise des Etats baltes, qui entraîna l’encerclement d’une grand armée allemande en Courlande (à l’extrême nord de la Lettonie) ; et les offensives géantes sur la Vistule et sur l’Oder en décembre 1944 et en janvier 1945.

D’un point de vue stratégique, l’offensive de Malinovski et Tolboukhine sur le Prut, qui commen-ça le 20 août 1944, fut encore plus décisive. En brisant en quelques jours les positions de la Wehrmacht en Moldavie, toute la situation du sud-est de l’Europe en fut bouleversée.

La défection de la Roumanie et de la Bulgarie par rapport au Troisième Reich fut ainsi rendue inévitable. L’amiral Horthy tenta lui aussi d’opérer une même défection de la Hongrie, mais il échoua. Le principal résultat fut surtout que l’ensemble du Groupe d’Armées Sud de la Wehrmacht – près d’un million de soldats ! – se désintégra dans un désastre militaire qui était pour les nazis bien pire que celui de Stalingrad.

Tous les plans de Churchill pour atteindre les Balkans avant l’Armée rouge devinrent alors caducs. Ce n’est pas à Yalta que les classes dominantes du sud-est de l’Europe ont été « sacrifiées » ,  elles ont été vaincues sur le champ de bataille, ensemble avec leurs anciens alliés allemands.

 Insurrection tragique de Varsovie

Pendant ce temps, une terrible tragédie se déroulait plus au nord, sur l’axe principal Minsk-Berlin. Stimulée par les appels ambigus des commandants de l’Armée rouge ; motivée par le désir de libérer sa capitale par ses propres efforts et d’établir un rapport de forces plus favorable pour le gouvernement polonais en exil à Londres vis-à-vis du régime de Lublin instauré par Staline ; également anxieuse d’obtenir un maximum d’armes pour se défendre contre les répressions à venir de la part du NKVD, la résistance polonaise de l’Armija Krajowa (dominée beaucoup plus par le Parti social-démocrate PPS que par les réactionnaires bourgeois) se souleva à Varsovie contre les forces d’occupation allemandes au moment où l’armée soviétique atteignait la Vistule.

Ce soulèvement reposait sur une supposition doublement erronée : en premier lieu que l’Armée rouge se joindrait à elle ou, du moins, lui apporterait son aide (Staline l’avait promis lors de sa rencontre avec Mikolayczik, le premier jour du soulèvement, promesse qu’il réitéra dans un télégramme adressé à Churchill, le 15 août 1944) ; et en second lieu, que la Wehrmacht avait été affaiblie de manière décisive sur la Vistule.

En réalité, la Wehrmacht parvint à rassembler des forces encore impressionnantes pour s’opposer en même temps à la poussée de l’Armée rouge et à l’insurrection de Varsovie. Et Staline empêcha quant à lui toute aide à Varsovie, laissant les Allemands faire la sale besogne de liquider l’Armija Krajowa à sa place.

En conséquence de cette double erreur de jugement, le soulèvement fut écrasé par les nazis en dépit de l’héroïsme de ses combattants. Leurs bourreaux exercèrent une terrible vengeance : « Après deux mois d’une lutte sans merci, 62 jours d’horreurs et d’atrocités interminables, avec 15 000 hommes tués sur les 30 à 40 000 de l’Armija Krajowa, la population évacuée de force ou assassinée sur place, de 150 000 à 200 000 civils immolés sur un total d’un million, les morts ensevelis sous les ruines et les blessés abandonnés sans secours dans les rues ou agonisants dans les caves, il n’était plus possible de retarder la reddition.

Le 2 octobre 1944, la lutte cessa : les Polonais furent rassemblés pour être déportés ou exterminés dans les chambres à gaz, après quoi les Allemands se consacrèrent au labeur maniaque de raser totalement Varsovie » [7].

 Chute de Berlin

L’Armée rouge fit halte sur la Vistule pendant cinq mois. Le bond de la Vistule à l’Oder eut lieu en janvier 1945. Au début du mois de mars 1945, la Wehrmacht lança sa dernière grande offensive sur le front oriental – similaire à celle des Ardennes à l’ouest – autour du lac Balaton, en Hongrie, dans le but de couvrir les approches de Vienne. Après certains succès initiaux, l’offensive s’enlisa, comme dans les Ardennes, à cause de la pénurie de combustible et de forces de réserve [8].

Après les défaites dans les Ardennes, sur l’Oder et en Hongrie, la résistance allemande était sur le point de s’effondrer. Les deux principaux centres industriels de production pour l’armée – la Ruhr et la Silésie – furent progressivement isolés du gros des forces armées allemandes et occupés peu de temps après.

Toutes les réserves allemandes avaient été épuisées. Une fois de plus, Hitler hésita entre donner l’ordre à ses forces principales de mener une défense désespérée à outrance autour de Berlin, ou constituer un mythique « réduit alpin » relié à l’industrie de la Bohème. Mais il fut finalement incapable de concentrer ses forces sur l’un ou l’autre de ces deux objectifs.

Après la traversée du Rhin à Remagen par l’armée des Etats-Unis, et à Wesel, au nord, par l’armée britannique, les Alliés occidentaux firent leur jonction avec l’Armée rouge sur l’Elbe. Joukov et Koniev avancèrent leurs troupes dans une manœuvre en forme de pince sur Berlin, où la Wehrmacht opposa une ultime résistance en leur infligeant de lourdes pertes qui ne remettaient toutefois nullement en doute le résultat final.

Hitler se suicida le 30 avril 1945. Le 1er mai 1945, le drapeau rouge flottait sur le Reichstag. Quelques jours plus tard, le Haut Commandement allemand capitulait.

 Pourquoi l’Armée rouge est-elle arrivée la première ?

Vu le retard porté à l’offensive finale soviétique – qui dura du mois d’août jusqu’en décembre 1944 ; les armées anglo-américaines auraient-elles pu atteindre Berlin avant l’Armée rouge ?

Au début du mois de novembre 1944, l’Armée rouge et les armées occidentales étaient pratiquement à la même distance de Berlin. Les Russes, avec 4 000 chars, faisaient face à 3 millions de soldats allemands, tandis que les Anglo-américains en affrontaient 1 million avec      1 600 blindés [9].

Du 11 au 15 avril 1945, la situation était équivalente en termes de distances [10]. Des pressions antagonistes furent alors exercées sur Eisenhower. Certains (surtout Churchill, mais aussi Bradley) le pressaient de prendre Berlin (y compris en envisageant l’utilisation des parachutistes du général Gavin), suggérant un changement d’axe de l’offensive vers la région de Dresde, Leipzig et Prague.

Outre des considérations politiques – parmi lesquelles figuraient non seulement l’accord de Yalta, mais aussi la volonté de détourner les Britanniques pour ne pas permettre à Montgomery de progresser rapidement vers Berlin – il y avait également deux motifs militaires importants qui expliquent les hésitations de Eisenhower, qui finirent par lui faire perdre le butin de Berlin.

Il y avait d’abord la crainte du terrible coût en pertes humaines qu’impliquait un combat de rue dans la capitale allemande. Eisenhower pensait que la capture de Berlin coûterait au moins 100 000 hommes aux Alliés occidentaux et, en réalité, les Russes perdirent 300 000 soldats dans cette bataille.

Il y avait ensuite la nécessité de transférer aussi rapidement que possible des troupes sur le théâtre du Pacifique. Interrogé par Willy Brandt, en 1958, Eisenhower déclara que s’il avait pu tout refaire à nouveau, il aurait certainement pris Berlin [11]. Dans l’état actuel des choses, et vu les éléments disponibles, il n’est pas possible d’en juger avec certitude.

Ernest Mandel 1986

http://europe-solidaire.org/

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