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06 avril 2018 ~ 0 Commentaire

higelin (npa + rp)

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Higelin, l’esprit de 68

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris la mort de Jacques Higelin. Un camarade dans le combat pour une autre société.

Nous avons milité ensemble pendant des années, depuis Mai 1968 jusqu’à ces dernières années où, même s’il s’était éloigné de l’extrême gauche, il était de tous les combats pour les sans-papiers et pour le droit au logement.

Il a commencé à prendre contact avec l’extrême gauche en 68, dans la cour de la Sorbonne où il jouait du piano.

Il a commencé à militer régulièrement au côté de la Ligue communiste au moment de la fête de la Commune. Peu de temps avant, il avait participé à l’organisation d’une manifestation pour soutenir les luttes internationales, en particulier en Amérique latine et au Vietnam. On avait écrit ensemble le texte du chœur parlé « De Den Hongh à Quang Tri, des plaines aux hauts plateaux, vive le peuple en armes ! »

Il était venu organiser cet événement à la Sorbonne, avec les membres de notre service d’ordre, et avait emmené, avec Jérome Savary, un orchestre de saltimbanques, de timbales, etc. Lors de l’anniversaire de la Commune en 1971, une grande manifestation avait eu lieu et, le soir, lors de la fête, Higelin avait chanté l’Internationale en version reggae. Les camarades de LO et un certains nombre de camarades de la Ligue, choqués, hurlaient et se sont mis à chanter la version classique !

Higelin a participé à la campagne électorale LCR-LO à Bordeaux en 1971, où se pré- sentaient Jean-Jacques Servan-Schreiber et Jacques Chaban-Delmas. Ensemble, on dénon- çait la farce électorale. On passait dans les rues, déguisés en JJSS et JCD, et lui faisait le bateleur : « Mesdames et Messieurs je vous présente deux candidats qui ont plein de choses à vous proposer. Du bénef de l’argent, ce que vous voulez ! »… mais avec des nez rouges. Rue Sainte-Catherine, on se retrouve nez-à-nez avec des fachos… et le nez rouge nous a sauvés. Parce qu’ils n’ont pas osé agresser des clowns dans la rue devant les commerçants.

Jacques Higelin avait chanté à la fête de Rouge à Pantin en 1975 et, auparavant en 1971, il avait participé à un camp organisé en Corse avec notre association « le droit à la paresse ». On faisait des concerts, des débats politiques. Il avait organisé une animation sur scène racontant l’histoire de la IVe Internationale et de la Ligue communiste en chansons. Sur des chansons de Johnny, etc.

Il a été très présent dans les mobilisations pour les sans-papiers et pour le droit au logement, même s’il s’était éloigné de l’extrême gauche. Il y a aussi sa musique. Une musique qui sortait des sentiers battus, reflétait la révolte de la jeunesse des années 68. Une musique qui ne s’est jamais sclérosée, Higelin se renouvelant toujours et cherchant toujours à exprimer les émotions et la révolte contre les injustices.

50 ans après 68, nous entendons toujours ses notes de musique dans la cour de la Sorbonne, nous entretiendrons sa joie et ses combats.

A.K., merci à Alain Cyroulnik Vendredi 6 avril 2018

https://npa2009.org/

Lire aussi:

Mort d’un grand rockeur Jacques Higelin (Révolution Permanente)

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06 avril 2018 ~ 0 Commentaire

le curé rouge (dissidences)

le curé rouge (dissidences) dans A gauche du PS markov

C’est une œuvre essentielle, une de ces biographies indispensables à une appré- hension totale de la Révolution française, que la Société des études robespierristes, associée pour l’occasion aux dynamiques éditions Libertalia, nous propose.

Une de ses singularités, et pas la moindre, est d’avoir été écrite par un historien de RDA. Ainsi que Jean-Numa Ducange  et Claude Guillon, qui ont élaboré l’appareillage critique et l’aperçu historiographique, l’expliquent en ouverture, la prose pratiquée par Markov est également pour beaucoup dans cette traduction réalisée par Stéphanie Roza [1]. Et il est vrai que la version française restitue bien un style souvent (trop) chargé en références érudites plus ou moins implicites.

Le portrait proposé de l’enragé Jacques Roux [2], élaboré dans les années 1960 à l’aide de nombreuses pièces d’archives, est en tout cas extrêmement détaillé et objectif. Issu d’un milieu plutôt aisé, Jacques Roux s’intégra au clergé par choix de son père, et Walter Markov estime qu’il souffrira de manière croissante, particulièrement en avançant dans la Révolution, de cet engagement professionnel subi. Est-ce lié, mais son caractère est souvent sévère, cassant, sanguin, et peu enclin au compromis. Une affaire de meurtre accidentel lors de son séjour à Angoulême, et dans laquelle il aurait été impliqué, semble aller encore davantage dans ce sens.

Au milieu des années 1780, il se retrouva en Saintonge, s’essayant alors à la poésie, non sans susciter certaines moqueries. C’est donc un homme en partie frustré, dans son métier et son expression, qui s’engage au cœur de la Révolution en marche. D’abord, à l’été 1790, par son sermon Le triomphe des braves Parisiens sur les ennemis du bien public, manifestation de soutien d’une Révolution voulue par Dieu (sic) et qui doit encore être consolidée en faveur du petit peuple. Ensuite, peu de temps après ce sermon qui fâcha certains de ceux qui – déjà – tiraient profit d’une Révolution modérée, en partant à l’aventure pour Paris, où battait le cœur des événements.

Il s’y rallie à l’Église constitutionnelle, un sentiment d’accomplissement pour celui dont la vie de clerc fut de plus en plus critique à l’égard de l’Église officielle. Associé à la paroisse de Saint-Nicolas-des-Champs, et au club des Cordeliers, il s’intègre surtout à la section des Gravilliers (située dans le centre de Paris, en un quartier plutôt pauvre, à majorité salariée), se rappro- chant du petit peuple au détriment des notables.

En 1792, il héberge pendant une semaine un Marat passé un temps dans la clandestinité, ce qui permit aux deux hommes de constater l’importance de leurs divergences et une rivalité rampante. Dans ces mois d’exacerbation de la lutte des classes, Jacques Roux fut poussé à défendre le droit de vivre contre le droit de propriété. Les événements de l’été sont conformes aux idées qu’il défend, et les sans-culottes de sa section le soutiennent totalement. Il approuve également, par réalisme, les massacres de Septembre, mais, contrairement à ce que l’on croit souvent, ne se présente pas aux élections de la Convention, préférant privilégier son rôle d’agitateur. S’en prenant aux aristocraties, qu’elles soient d’ordre ou d’affaires, il appelle à l’interventionnisme de l’État contre les accapareurs, tout en estimant que le pouvoir suprême est celui du peuple, et pas de ses représentants. Élu au conseil général de la Commune de Paris, c’est en tant que représentant de celle-ci qu’il assiste à l’exécution de Louis XVI, qu’il approuve pleinement, mais en ayant un rôle bien plus effacé que ce que veut faire croire sa légende noire.

Walter Markov, dans un récit par en bas des événements révolutionnaires, montre bien que Jacques Roux n’est pas à la tête d’un parti, mais qu’il est porté par les initiatives des masses elles-mêmes qui se choisissent des porte-paroles, ainsi pour les émeutes de février 1793 [3]. « C’est ainsi qu’on peut les considérer : des garde-fous pour maintenir la Montagne à gauche et empêcher les retours en arrière (…) » (p. 262). L’essence de sa pensée, à ce moment clef de la Révolution, on la trouve dans le Discours sur les causes des malheurs de la République française, texte resté inédit, et écrit vers mai-juin 1793, véritable matrice du plus célèbre Manifeste des Enragés.

Walter Markov en propose une analyse détaillée, y repérant l’émergence d’une conscience anticapitaliste, une colère dirigée contre les riches et l’enrichissement indivi- duel, tout en prenant en considération les antagonismes proprement sociaux. L’apogée de son expression idéologique, la lecture du dit Manifeste devant la Convention, signe également le début de sa fin. Un large front contre lui et les autres figures des Enragés se coagule, Montagne, Commune, Cordeliers, etc… face au danger de sa « république populaire » (sic Walter Markov). Même sa propre section est retournée contre lui. Après la mort de Marat, Jacques Roux publie un journal se présentant comme l’héritier de l’ami du peuple, et s’efforce de prouver son soutien à la Montagne, qui accède finalement à une partie de ses demandes.

Cela n’empêche pas les tensions avec la Convention de s’exacerber, conduisant à une arrestation en août 1793, avant l’incarcération définitive en septembre, dans la foulée de nouvelles manifestations alimentaires. Walter Markov y voit la nécessité, pour une Assemblée nationale ayant fait le choix de s’allier au mouvement populaire, d’en écarter les indomptables leaders présumés.

Jacques Roux poursuivra un temps, bien qu’emprisonné, la publication de son journal, radi- calisant sa critique du pouvoir et jugeant également la politique de la Terreur mise en place, mais d’en haut, excessive, avant d’échapper à la guillotine en se suicidant. « Mais en appre- nant aux damnés de la Terre à brandir leur propre drapeau, les Enragés s’inscrivirent dans le livre d’or de l’histoire universelle. Ils mirent à l’ordre du jour la question de la place des tra- vailleurs dans la société. (…) Leur contribution historique consista à porter à son paroxysme la conception plébéienne de l’égalité, à en tirer les conséquences ultimes. Cela les mena dans une impasse et ils furent éliminés. Mais leur échec était nécessaire pour ouvrir la voie à une alternative non égalitaire à la loi du profit : celle de Babeuf le communautaire et finalement du slogan « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » » (p. 457-458).

Dans ce récit fidèle à une lecture marxiste classique, celle de la Révolution française comme révolution bourgeoise, étape qui ne peut être brûlée, Walter Markov évoque parfois l’inter- prétation d’un Piotr Kropotkine [4]. Richement appareillée, la biographie proprement dite est complétée par une postface de Matthias Middell, qui revient sur l’itinéraire de Walter Markov et sur son œuvre. Surtout, un CD Rom a été adjoint au livre, permettant d’avoir accès à l’en- semble des travaux de l’historien allemand sous forme de fichiers PDF : l’ensemble des textes de et sur Jacques Roux, base de données de plus de 700 pages, ainsi que plusieurs articles, de l’historien allemand ou d’autres auteurs, parmi lesquels Claude Guillon, qui signe un travail intéressant sur l’iconographie de Jacques Roux (sanguinaire et repoussant dans le récent jeu Assassin’s Creed). On tient bien là l’œuvre de référence sur Jacques Roux, et une contribution d’importance à l’histoire de son courant.

Jean-Guillaume Lanuque

https://dissidences.hypotheses.org/

Walter Markov, Jacques Roux, le curé rouge, Paris, Libertalia / Société des études robespierristes, 2017, 520 pages + 1 CD Rom, 20 €.

Lire aussi:

Jacques Roux (1752-1794) — Wikipédia

 

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06 avril 2018 ~ 0 Commentaire

saint cadou (brest média libre)

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St Cadou Soirée discussion sur la révolution espagnole avec les giménologues le 20 avril

Discussion avec les giménologues, collectif de chercheur-euse-s non académiques, ayant publié différents ouvrages sur la révolution espagnole

Nous avons le plaisir de recevoir les giménologues, collectif de chercheur-euse-s non aca- démiques, ayant publié différents ouvrages sur cette période avec entre autres : Les Fils de la Nuit. Souvenirs de la guerre d’Espagne (2006), A Zaragoza o al charco ! (2016), Les Chemins du communisme libertaire en Espagne (2017) . Après un rappel historique sur cette période, le thème de la soirée sera l’évolution des mœurs et la place des femmes durant cette période.

Vendredi 20 Avril  20h Kadhangar  Saint-Cadou.

https://brest.mediaslibres.org/

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01 avril 2018 ~ 0 Commentaire

mai 1968 (alternatives économiques)

ludivine

Avoir 20 ans en 1968 et en 2018

Qu’est-ce que cela signifiait d’être jeune en 1968 ?

Ludivine Bantigny : A cette époque-là, les conditions matérielles commencent à être réunies pour que la jeunesse existe comme une catégorie sociale à part entière. On lui accorde davantage de moyens pour exister comme telle, avec des loisirs spécifiques. Dans les espaces domestiques, par exemple, les conditions de logement s’améliorent. Le fait d’avoir une cham- bre à soi, de pouvoir y écouter sa musique, avec l’apparition du transistor, est quelque chose de très important pour que la jeunesse puisse se vivre comme un âge singulier. Elle commence à faire l’objet de politiques publiques spécifiques, comme le montre la création d’un secrétariat d’Etat (1963), puis d’un ministère (1966) de la Jeunesse et des Sports.

Ceci dit, elle est traversée par de nombreux clivages. Les goûts culturels restent socialement différenciés. Les étudiants sont alors une toute petite minorité, globalement très privilégiée d’un point de vue social et culturel. Les enfants d’ouvriers représentent 10 % des étudiants de cette époque, les enfants de paysans autour de 4 % à 6 %.

Et c’est loin d’être une génération dorée, comme on le pense souvent. A partir de 1966, il y a un tournant dans la conjoncture économique. La question de l’emploi commence à se poser, tout particulièrement pour les jeunes : en 1968, on estime le nombre de chômeurs à près de 500 000. Il n’est pas anodin que l’ANPE soit fondée en 1967. Apparaît aussi à ce moment-là un secrétariat d’Etat à l’Emploi, dont Jacques Chirac a la charge. Ses détracteurs l’appellent d’ailleurs « M. Chômage ». La thématique du déclassement commence également à émerger. Certains étudiants le disent : « Notre licence ne va servir à rien ! » Ils redoutent déjà de ne pas trouver d’emploi à la hauteur de leur formation.Enfin, les jeunes subissent d’une certaine manière un « préjudice de l’âge » sur le marché du travail, à travers les abattements d’âge instaurés à la Libération. A travail égal et à qualification égale, ils sont moins rémunérés que les ouvriers adultes de plus de 21 ans et ne touchent qu’un pourcentage de ce salaire, variable selon les branches et les secteurs professionnels.

Peut-on dire de Mai 68 que c’est un mouvement de jeunes ?

L. B. : Difficile de parler d’un mouvement purement générationnel quand 10 millions de person- nes s’arrêtent de travailler en France, dont plus de 7 millions de salariés en grève ! Il y a néanmoins une dynamique spécifique de la jeunesse dans le déclenchement des événements. Pas seulement à Nanterre ou au Quartier latin, mais aussi à Caen, quelques mois plus tôt, où de nombreux jeunes ouvriers issus d’un milieu rural entament une grève très dure. Les jeunes sont aussi très présents dans les mobilisations d’agriculteurs qui ont précédé Mai 68. C’est d’ailleurs à Quimper que les premiers pavés ont été lancés contre la préfecture et au Mans que les premières barricades ont été dressées, en octobre 1967.

Ce qui est intéressant dans toutes ces mobilisations, c’est qu’il y a bel et bien une rencontre entre des milieux sociaux qui, jusqu’à présent, dialoguaient assez peu. A Caen, des étudiants ont prêté main-forte aux jeunes ouvriers sur les piquets de grèves. Au Quartier latin même, il y a plein de jeunes ouvriers, mais aussi des postiers, des employés, des coursiers, des plongeurs de restaurant, des garçons de café. Des formes de solidarités juvéniles s’expriment dans l’affrontement avec les forces de l’ordre.Sur cette solidarité pratique de bagarre contre la police se greffe, chez les étudiants mobilisés, un projet d’alliance sociale. Les étudiants ne veulent pas être réduits à leur statut de fils à papa ; ils ne veulent pas être, comme ils le disent, les rouages de la bourgeoisie.

Peut-on dire de Mai 68 qu’il s’agissait d’une révolte de jeunes contre leurs aînés ?

L. B. : L’essentiel ne me paraît pas être une opposition de générations. Il y a une vraie solidarité intergénérationnelle dans l’événement. En témoigne l’enjeu des conditions de travail. Partout en France, au 1er mai, une revendication importante des manifestations est la « défense de l’emploi », comme on le lit sur les tracts et les banderoles. Mais la question centrale est celle du coût de la prospérité. La croissance est là, le confort s’améliore, mais on travaille toujours énormément, près de 46 heures par semaine, quel que soit l’âge !

D’autre part, dans la foulée de 68, l’aspiration principale de la jeunesse a été de trouver sa place dans la société, d’y être mieux intégrée, de trouver un emploi. Ses valeurs étaient les mêmes que celles des générations précédentes : un grand attachement à la famille, à la fidélité dans l’amour… Même si l’événement 68 a eu une force contestataire indéniable en suspendant les évidences – les hiérarchies, l’autorité arbitraire, la concentration des pouvoirs… – et en interrogeant l’ordre social.

Donc il n’y a pas plus de conflit générationnel en 2018 qu’en 1968 ?

L. B. : J’ajouterais qu’on ne peut appréhender le destin d’une génération uniquement par le biais de son entrée dans la vie active : des baby-boomers ont été licenciés à 54 ans et sont restés au chômage jusqu’à la retraite. Eux aussi ont subi le préjudice de l’âge : « Vous êtes trop vieux, vous ne savez pas vous adapter, vous n’êtes pas assez flexibles… »

Les figures médiatisées de Daniel Cohn-Bendit, Serge July ou Bernard Kouchner ne sont pas représentatives des 10 millions de personnes qui se sont mobilisées en mai et juin 1968 ! Par ailleurs, Il faut également prendre en compte les solidarités intergénérationnelles, et le soutien financier que les parents apportent actuellement à leurs enfants. Au fond, dénigrer 68 revient à dire : « Regardez ce que ça a donné, surtout ne refaites pas la même chose ! » Les détracteurs d’une grève générale avec occupations y trouvent leur compte.

Un autre procès récurrent fait à Mai 68 est d’avoir ouvert la porte à une société ultra-individualiste…

L. B. : C’est un autre contresens majeur. Tout ce que portent les grévistes, les manifestants, bref les protagonistes de l’événement est orienté vers la perspective d’une émancipation collective. On ne peut pas réduire 68 à quelques slogans, aussi poétiques soient-ils, comme « Jouissons sans entrave » : ces mots sont peints sur les murs par une toute petite poignée de jeunes gens. D’ailleurs, le thème de la sexualité n’est pas vraiment abordé en 68. On cherche à penser une amélioration pour toutes et tous des conditions de travail et d’existence. C’est un mouvement qui est profondément solidaire.

L. B. : En fait, comme l’ont bien montré Luc Boltanski et Eve Chiappello2, c’est le néomanagement, à compter des années 1980, qui a mis la question de l’individu au goût du jour en récupérant les mots d’ordre de 1968 : vous ne voulez plus de contremaîtres, c’est trop hiérarchique ? Vous allez être vos propres contremaîtres, l’entrepreneur de vous-même ! C’est ce qui a conduit au mouvement de déstructuration des collectifs et d’individualisation des conditions de travail, via la multiplication des évaluations et des incitations à la performance, que l’on a connue ces dernières décennies, avec les drames qui l’ont accompagnée.

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Les jeunes de 1968 sont-ils très différents de ceux d’aujourd’hui ? Avoir 20 ans de nos jours, est-ce porter les mêmes espoirs que la génération des « soixante-huitards », posséder les mêmes chances de trouver sa place dans la société et les mêmes opportunités de la faire changer ?
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Entretien  avec l’historienne Ludivine Bantigny, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Rouen
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29 mars 2018 ~ 0 Commentaire

extrême droite (france info)

Fachos

Comment l’extrême droite radicale se recompose en France

Les actions violentes menées par de militants liés à l’extrême droite radicale ne cessent d’augmenter depuis 2010. Le nombre croissant d’événements va de pair avec une radica- lisation croissante de cette nébuleuse.

Paris : le lycée autogéré est attaqué le 16 mars par des militants d’extrême-droite. Lyon : un nouveau local appelé Bastion Social et géré par le Groupe Action Défense (GUD) ouvre en mars, confirmant l’installation de l’extrême droite radicale dans la vieille ville. Même histoire ou presque, à Marseille : des centaines de personnes ont ainsi défilé jusqu’au vieux port dénonçant l’ouverture de ces locaux. À Angers en début d’année, la polémique monte autour d’un bar « identitaire », l’Alvarium. Le 10 février le Courrier de l’Ouest titrait : Les identitaires d’extrême droite font leur nid en Anjou Juste après les attentats de l’Aude, ce sont des descente d’individus armés de bâtons cagoulés dans les amphis, venus écraser les étudiants manifestant et occupant les locaux. Beaucoup soupçonnent ces « gros bras » d’être proches de groupuscules d’extrême droite.

Hausse du nombre d’actions

Le constat est frappant : les actions violentes menées par de militants liés à l’extrême droite radicale ne cessent d’augmenter depuis 2010. Le nombre croissant d’événements va de pair avec une radicalisation croissante de cette nébuleuse. Ce militantisme violent se place dans le cadre plus large d’un double processus : d’une part, une recomposition des groupuscules en présence ; de l’autre, l’augmentation d’activistes sans appartenance précise, après les différentes dissolutions prononcées.

Depuis le décès de Clément Meric en 2013, plusieurs groupuscules radicaux ont ainsi été dissous par l’État : la Troisième Voie pour une avant-garde solidariste et les Jeunesses natio- nalistes révolutionnaires de Serge Ayoub ; l’Œuvre française d’Yvan Benedetti, les Jeunesses nationalistes d’Alexandre Gabriac. Plus récemment, les membres d’un groupe de « boneheads » (skinheads d’extrême droite) picard, le White Wolf Klan, né de la dissolution de la Troisième Voie, ont été arrêtés et jugés.

Cartographie de l’extrême droite

De fait, nous assistons depuis cette époque à une recomposition de l’extrême droite radicale. Des groupuscules ont donc disparu, comme la mouvance skinhead d’extrême droite ou les Nationalistes autonomes, d’autres sont en perte de vitesse comme Les Identitaires (ancienne- ment Bloc Identitaire), le GUD (Groupe Action Défense) ou l’Action française, une dernière catégorie a une audience limitée, comme la Ligue du Midi de la fratrie Roudier (le père Richard, les fils Olivier et Martial), à la violence assumée et à l’audience locale.

Le GUD et l’Action française tentent à la fois d’attirer de nouveaux militants et de s’implanter dans de nouvelles villes, outre Paris : Marseille pour l’Action française, Lyon pour le GUD. Pour se faire, ces groupes ont choisi la surenchère militante, avec un activisme violent qui leur permet de renouer le lien de leur tradition militante. Ces deux groupes tentent également de retrouver le « prestige » passé. En effet, le GUD, fondé en 1968 par d’anciens membres d’Occident (Gérard Longuet, Jack Marchal, Alain Robert, etc.), était connu pour sa violence militante, la période des années 1980/1990 étant restée dans la mémoire des activistes d’extrême droite. Le GUD était alors animé par Frédéric Chatillon et Axel Loustau. Quant à l’Action française, elle cherche à retrouver son faste de l’entre deux-guerre.

En recul dès les années 1990

De fait, la violence politique de l’extrême droite a baissé durant les années 1990/2010. Elle fut importante durant l’après-guerre, surtout dans les années de la fin de la guerre d’Algérie. L’échec de la stratégie de l’OAS (Organisation armée secrète), dont le terrorisme en métropole était l’un des éléments, a provoqué une prise de conscience de l’extrême droite. La violence persista, mais ne fut que résiduelle et le fait de militants seuls, le Front national, fondé en 1972, canalisant cette violence.

Paradoxalement, la violence antisémite augmente durant cette période, étant le fait d’anciens militants des Groupes nationalistes révolutionnaires de base de François Duprat lui-même tué dans un attentat en 1978). Les principaux acteurs de la violence d’extrême droite dans les années 1980 sont les skinheads qui apparaissent en France au début de cette décennie. Ceux-ci sont en grande majorité rétifs à toute organisation partisane mais qui ont le plus souvent des liens épisodiques avec le FN, du type brève adhésion ou actions de service d’ordre. Durant cette période, de nombreux actes de violence sont imputables à l’extrême droite.

Curieusement, les mobilisations violentes des militants royalistes et des commandos anti-avortement restent sous-étudiées.

C’est cependant la mouvance néonazie qui commet les actes les plus graves. Certains sont des actes de violence symbolique, comme la profanation d’une sépulture au cimetière juif de Carpentras (mai 1990) commise par des proches du Parti Nationaliste Français et Européen. D’autres sont des actes racistes imputables à cette mouvance.

Renouveau culturel

Au-delà de cet activisme violent, on assiste également à un renouvellement des pratiques culturelles. La culture « boneheads » a disparu au profit d’une contre-culture plus élaborée. Philippe Vardon, ancien responsable identitaire, devenu aujourd’hui membre du Front National, en a théorisé les grandes lignes dans son livre Éléments pour une contre-culture identitaire (paru à Nice en 2011). Le constat de l’échec de l’activisme violent a poussé les identitaires Fabrice Robert et Philippe Vardon à évoluer vers un activisme qui relève des happenings inspirés de l’activisme de Greenpeace, comme la Marche des cochons à Lyon en 2011 ou l’occupation de la mosquée de Poitiers en 2012.

L’usage de la violence politique a été rejeté pour plusieurs motifs : la stérilité de cette voie, le manque d’effectifs, le contexte d’une société apaisée, etc. Il s’agissait aussi de donner une légitimité au combat identitaire présenté auprès de l’opinion publique, des médias et des chercheurs en science politique comme celui de la sauvegarde d’une civilisation en péril… Leur faiblesse numérique a poussé les militants radicaux à investir Internet. Ainsi, le groupus- cule d’Alain Soral Égalité & Réconciliation ne milite quasiment qu’à travers ce moyen. La page Facebook du mouvement et celle de son fondateur étaient très consultées, cumulant 280 000 abonnés, jusqu’à leur fermeture en 2017.

Inspiration italienne

Outre cette forme de militantisme, les activistes d’extrême droite s’inspirent également des pratiques italiennes, en particulier de l’expérience du squat culturel et social connu sous le nom de la CasaPound (la « maison Pound »), fondé à Rome en 2003 par des militants nationalistes-révolutionnaires.

Plusieurs groupuscules français tentent d’imiter ce centre et cherchent à ouvrir des centres similaires dans notre pays. C’est ainsi que le Bastion social a vu le jour, mais aussi, par le passé d’autres tentatives comme la Maison flamande à Lambersart, près de Lille, entre 2008 et 2012, la maison de l’identité à Toulouse en 2012, La Citadelle ouverte à Lille en 2016. Dans ce dernier cas, l’activisme est à la fois d’ordre culturel, avec l’ouverture de lieux, et violent avec l’essor d’actions violentes.

Peu nombreux, mais très déterminés

Si l’activisme des militants radicaux de l’extrême droite fait peur, il ne faut pas oublier que leur nombre reste restreint. On est face à quelques centaines de personnes très actives en France, guère plus. Du fait de cette faiblesse numérique, les moyens financiers sont également limités, le financement venant des cotisations des membres des groupuscules ou, très rarement, de mécènes. Cependant, il ne faut pas oublier que ces militants sont motivés et, pour certains, prêts à passer à l’action. Pensons, par exemple, à ces militants marseillais dirigés par Logan Alexandre Nisin, qui cherchaient à tuer des personnalités politiques et à commettre un attentat contre une mosquée.

The ConversationLe danger ne vient plus de tentatives fantasmées de coups d’État, les militants ne sont pas assez nombreux et n’en ont pas les capacités physiques et structurelles de le faire, mais d’éléments seuls et déterminés, sur le modèle du groupuscule allemand, le National- sozialistischer Untergrund (pour « mouvement clandestin national-socialiste »), qui a commis neuf meurtres de Turcs et celui d’une femme policier en dix ans. Le danger viendra donc d’individus seuls et déterminés plus que de formations organisées : un individu discret étant par principe difficile à suivre, au contraire des groupuscules, plus faciles à surveiller par l’État.

Stéphane François, Politiste, historien des idées, chercheur associé, École pratique des hautes études (EPHE) 29/03/2018

https://www.francetvinfo.fr/

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Voir aussi:

La Horde

Lire aussi:

Qui est derrière la LDJ, accusée d’avoir bousculé Jean-Luc Mélenchon et protégé Marine Le Pen (Le Huffington Post)

Faire barrage au FN… ou renflouer la digue ? Après Montpellier, Lille, Paris : quand Jupiter donne des ailes aux groupuscules d’extrême-droite (Révolution Permanente)

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26 mars 2018 ~ 0 Commentaire

roman national (les inrocks)

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Pourquoi il faut substituer au “roman national” l’enseignement d’une “histoire émancipatrice”

Dans son nouvel ouvrage, l’historienne et enseignante Laurence De Cock retrace plus de deux siècles de “passion française” pour cette discipline scolaire régulièrement au centre des polémiques, qu’elles soient politiques ou médiatiques. L’occasion de démonter quelques idées reçues, et de promouvoir l’enseignement d’une “histoire émancipatrice” en redonnant la parole “aux grands absents de ces débats”.

C’était l’un des engagements de Marine Le Pen dans son dessein de “remettre la France en ordre, en cinq ans” - spoiler : ça n’a pas trop fonctionné.

Au point 97 de son programme pour l’élection présidentielle de 2017, la patronne du Front national appelait à “renforcer l’unité de la nation par la promotion du roman national et le refus des repentances d’Etat qui divisent” dans le cadre de l’enseignement de l’histoire. Une telle proposition n’est pas très étonnante à l’heure où MLP n’hésite pas à affirmer – à tort évidemment – que “la France n’était pas responsable” dans la rafle du Vél d’Hiv de 1942.

Il n’empêche : la promotion d’une histoire de France magnifiée par “ses grands hommes” et “où le souffle héroïque et l’amour patriotique du peuple sont entièrement assumés” est souvent présentée comme un préalable nécessaire à l’attachement des citoyens à la nation française (car, ne l’oublions jamais : nous sommes la Nation française).

C’est cette “genèse et l’institutionnalisation de cette croyance dans les vertus de l’enseigne- ment du roman national” et “la nature et les finalités des débats autour de cette question” que l’enseignante Laurence de Cock donne à voir – et critique – dans Sur l’enseignement de l’histoire (éd. Libertalia).

Dans cet ouvrage très documenté et didactique, l’historienne, que l’on aperçoit régulièrement dans les vidéos des Détricoteuses du site d’information Mediapart, retrace l’histoire de la discipline depuis le 19è siècle jusqu’à aujourd’hui. Programmes, pratiques et autres contro- verses autour de la question y sont ici décortiqués de façon à porter une réflexion sur le temps long sur le sujet de l’instrumentalisation de l’histoire à des fins politiques.

“Réinterprétation de l’histoire”

Car ce que montre l’auteure est d’abord que les débats actuels ne sont pas, justement, si contemporains : ils ne sont que la continuation d’enjeux discutés depuis les origines mêmes de l’école… mais exacerbés depuis une trentaine d’années par le contexte politico-médiatique ambiant. Si le terme “roman national” n’a réellement été institutionnalisé qu’en 1992 via la publication de l’ouvrage Lieux de mémoire de Pierre Nora, lui-même se référant au livre de Paul Yonnet, Voyage au centre du malaise français – L’antiracisme et le roman national, c’est en fait avant même le Second empire que “l’histoire est pétrie d’une dimension politique”.

Des manuels scolaires d’un Ernest Lavisse – parfois injustement caricaturé selon l’historienne, par ailleurs critique des valeurs véhiculées par ses livres – à la “réinterprétation de l’histoire” initiée par l’historien Augustin Thierry dans son livre Une histoire des Gaulois en 1828 (coucou Sarko), l’enseignement de l’histoire se pare d’atours “moraux et patriotiques”, d’autant qu’il est “fortement corrélé à celui de l’instruction civique”.

La Commune de Paris, en 1871, enjoint aussi les autorités à la “construction d’un récit unitaire et réconciliateur” tandis que l’enseignement de la politique coloniale de la France – ou celle visant à “homogénéiser la culture nationale” en lissant le poids des cultures locales à l’école par exemple – participent également de ce phénomène. A cela s’ajoutant le fait que “le système scolaire français est intrinsèquement marqué par la sélectivité, l’élitisme et la méritocratie” dès ses débuts, cf. l’accès au secondaire à la base réservé à une minorité.

L’histoire “mise sous surveillance pédagogique”

Si la Première guerre mondiale et ses boucheries “touchent l’école dans son patriotisme”, c’est la Shoah et l’extermination de millions de Juifs qui va initier la première vraie remise en ques- tion de l’enseignement français, l’histoire en particulier. “L’école est interpellée à l’échelle de tous les acteurs de la guerre pour comprendre à la fois le rôle qu’elle a pu jouer dans la banalisation et la consensualisation de croyances et convictions criminelles”, écrit Laurence de Cock, qui relaie une interrogation répandue à l’époque : “L’enseignement de la supériorité de la race blanche n’avait-il pas aussi contribué au crime ? Et, surtout, comment éviter que le drame ne se reproduise ?”

Un projet de refondation de l’école est lancé, notamment sous l’impulsion des historiens de l’Ecole des Annales, critiques du roman national.

Un de ses piliers, Fernand Braudel, procède à une réécriture « souvent montrée comme  emblé- matique d’une modernisation de l’histoire scolaire » du programme de terminale, en 1957. Il sera finalement supprimé en 1969. En fait, comme le raconte l’auteure, les années 1950-60 mar- quent pour l’enseignement de l’histoire une période dont il semble qu’elle “ait pu être qualifiée de ‘crise’” : “Elle semble comme mise sous surveillance pédagogique”, “prise dans plusieurs contradictions” et “peine à s’ajuster aux enjeux de la démocratisation”. Son “potentiel politique, pour le meilleur comme pour le pire”, est désormais connu. De quoi faire de la période un moment de débats et de militantisme dans le domaine éducatif.

“Discours alarmistes” des “porte-parole des débats publics”

En 1975, le collège unique est adopté. Lors des Trente glorieuses, des immigré-e-s coloniaux et post-coloniaux sont arrivés en France. C’est à ce moment-là que “l’école républicaine retrouve l’une de ses premières tensions du XIXe siècle : comment fabriquer de l’homogénéité à partir de la pluralité culturelle ?”

Une question qui n’a donc en fait jamais cessé d’être débattue, mais qui, dans le contexte des années 1980 – questionnements identitaires, “construction administrative de l’immigration comme ‘problème’”, politisation à outrance, début de la médiatisation de l’histoire à la télé (les émissions d’Alain Decaux par exemple, on pourrait maintenant penser à Stéphane Bern)… – va prendre une autre ampleur. Ce sont ces mêmes tensions qui agitent toujours l’école républicaine aujourd’hui – exacerbées par les attentats de 2015 – alors même que, pour Laurence de Cock, la réalité des salles de classe serait très différente des “discours alarmistes” tenus par les “porte-parole des débats publics”.

“La grande absente de l’écriture scolaire de l’histoire reste la dimension sociale, ou la place de l’ordinaire”

Aussi l’historienne appelle-t-elle, dans la veine du collectif d’enseignants d’histoire-géographie Aggiornamento, qu’elle a co-fondé, à la promotion d’une “histoire émancipatrice” ou “comment réfléchir à une histoire qui agirait comme tremplin d’un rapport critique au monde d’abord, puis d’une prise de conscience par les élèves de leur place à occuper en tant qu’acteurs de ce même monde”. Pour résumer, “de prendre acte du potentiel politique de l’enseignement de l’histoire, non pas dans le sens d’un endoctrinement piloté des coulisses ministérielles, mais en assumant et réhabilitant son potentiel mobilisateur dans l’accompagnement d’une responsabilité politique au présent et à l’avenir”.

“Un roman de gauche n’est pas plus souhaitable qu’un roman de droite”

Et si Laurence de Cock n’a jamais caché son engagement à gauche, elle rappelle que “les demandes de changement de contenus ne peuvent pas se contenter d’un procédé de substitution”, et qu’“un roman de gauche n’est pas plus souhaitable qu’un roman de droite”. Les propositions du collectif : une histoire plus inclusive et représentative de l’ensemble des élèves, plus articulée autour de son pendant économique et social, et qui interrogerait ses acteurs, “la grande absente de l’écriture scolaire de l’histoire [restant] la dimension sociale, ou la place de l’ordinaire”. En somme, “une histoire au service d’un monde plus juste et plus égalitaire bâti par des acteurs et actrices anonymes, animés par la conviction qu’ils et elles ont un rôle à y tenir, eux aussi”.

roman national (les inrocks) dans A gauche du PS ldc

Sur l’enseignement de l’histoire, Laurence de Cock, éd Libertalia, 329 p, 17€

https://www.lesinrocks.com/

Lire aussi:

Suzanne Citron (Libération)

Suzanne Citron (Essf)

 

oba-icon dans Histoire

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23 mars 2018 ~ 0 Commentaire

mai 68 (dossier npa)

mai 1968

68 : L’irruption d’une jeunesse contestataire

1967-1968 : des grèves ouvrières radicales annonciatrices de la grève générale

D’où vient le « mouvement du 22 mars » ?

L’agriculture avant 1968 : la décennie des grandes mutations

Pologne, mars 1968

Un retour en arrière nécessaire « Plan étudiants » : c’est quoi l’université de Mai 68 que Macron veut remettre en cause ? (Révolution Permanente)

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23 mars 2018 ~ 0 Commentaire

amoco (bretagne vivante)

mazouté

40 ans du naufrage de l’Amoco Cadiz À l’époque, Bretagne Vivante luttait contre la marée noire. Aujourd’hui, nous luttons contre d’autres atteintes à l’environnement. 

Le 16 mars, cela faisait 40 ans  que le pétrolier l’Amoco Cadiz s’échouait et polluait les plages bretonnes, générant une des plus choquantes pollutions du 20è siècle. Il y a 40 ans, les bénévoles de Bretagne Vivante étaient déjà là pour participer activement à la réparation des dégâts et à la lutte contre cette marée noire. Aujourd’hui, la nature bretonne a toujours besoin de tous. La terrible marée noire de l’Amoco Cadiz a déclenché une réelle prise de conscience chez beaucoup de Bretons de la fragilité de leur nature, et a généré de nombreuses vocations de protecteurs de l’environnement.

Pourtant, même si grâce à la vigilance de tous une pollution « visible » de l’ampleur de l’Amoco Cadiz ne s’est pas reproduite en Bretagne depuis 40 ans, la nature bretonne n’a cessé de se dégrader depuis. Les pollutions invisibles et les dégâts divers causés à notre environnement, localement comme à l’échelle mondiale, font que de nombreuses espèces animales et végétales et de nombreux milieux naturels se sont dégradés dans notre région.

Mais il est beaucoup plus difficile d’alerter sur les dégâts peu visibles, voire invisibles, que subissent la nature et les hommes. Là où l’Amoco Cadiz laissait une marque noire choquante pour chacun, le réchauffement climatique ou la disparition des espèces et des milieux naturels, les pollutions qui affectent notre santé et celle de nos enfants, ne se voient presque pas. Ils sont pourtant encore plus graves. Pour tout cela aussi, nous devrions dire, urgemment, « plus jamais ça ». Et rester aussi solidaires, mobilisés et persévérants que nous l’avons été au moment de la marée noire de l’Amoco Cadiz.

C’est un combat de chaque instant auquel tout le monde peut participer.Soutenez le rôle essentiel des associations pour lutter contre ces pollutions, avant, pendant, et après qu’elles se soient produites.

http://www.bretagne-vivante.org/

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23 mars 2018 ~ 0 Commentaire

rennes féminisme (breizh femmes)

beca ssine

Du CRIF au CIDF, toute une histoire

C’était l’époque où l’on parlait de condition féminine et où se dire féministe signifiait adhérer aux thèses radicales de quelques militantes échevelées du MLF. A Rennes, la culture asso- ciative coordonnée par l’OSC était déjà bien développée. Et c’est dans des commissions de cet Office Social et Culturel que se retrouvaient les présidentes des associations de femmes.

Parce qu’elles avaient identifié des demandes récurrentes d’information notamment sur les nouvelles lois ou les nouveaux droits, elles ont commencé à envisager ensemble la création d’un centre pour y répondre collectivement. La réflexion dura presque trois ans et en septembre 1979 débutaient les permanences du CRIF qui deviendrait deux ans plus tard, le CIDF toujours actif aujourd’hui.

Blandine Lefierdebras s’est penchée sur l’histoire du CRIF – centre rennais d’information des femmes – voilà quelques années pour son mémoire de master d’histoire. Elle prolonge désormais son travail au sein de l’association Histoire du Féminisme de Rennes et puisque le thème pour le mois de mars cette année était l’engagement des femmes, elle a partagé ses connaissances – illustrées d’archives de l’INA – dernièrement au Tambour. Ce fut l’occasion de revenir sur cette France de la fin des années 70 qui découvrait peu à peu les droits des femmes.

Elu président de la République en 1974, Valéry Giscard d’Estaing qui veut incarner la moder- nité a pris deux mesures emblématiques : l’abaissement de la majorité à 18 ans et la légalisa- tion de l’avortement. Localement, Rennes a changé de majorité municipale avec l’élection en 1977 du socialiste Edmond Hervé. Mai 68 est passé depuis dix ans, c’est le moment de mettre en place des politiques en faveur des femmes, si ce n’est par conviction au moins pour « canaliser le mouvement social qui s’exprime » de plus en plus clairement.

Des questions multiples, une réponse collective

A Rennes, trois associations sont au plus près des questions quotidiennes des femmes : l’UFCS (Union Féminine Civique et Sociale) présidée par Anne Cogné, l’UFF ( Union des Femmes Françaises qui deviendra Femmes Solidaires) présidée par Nelly Bigot et l’AFCF (association des Femmes Chefs de Famille qui contribuera quelques années plus tard sous son nouveau nom d’association des familles monoparentales à la fondation de l’ASFAD) présidée par Armelle Couanon.

Au cours de leurs permanences respectives, les trois associations ont fait le constat suivant : les femmes sont de plus en plus en demande d’information et personne n’est véritablement formé pour leur répondre. L’idée naît alors de créer un centre d’information pour « accueillir, écouter et orienter les femmes ».

De février 1976 à septembre 1979, les réunions se succèdent entre les trois principales asso- ciations bientôt rejointes par les veuves civiles et veuves de guerre, la municipalité, la délé- gation régionale à la condition féminine et une dizaine de femmes personnellement motivées par ces questions. A l’automne 79, le CRIF – centre rennais d’information des femmes – voit le jour et propose des permanences animées par des bénévoles qui trouvent tout de suite leur public.

Associations féminines ou féministes ?

Depuis la fin du 19è siècle des associations féminines comme celles qui donnent naissance au CRIF sont actives auprès des femmes mais aussi des pouvoirs publics pour influer sur les politiques. Parallèlement, en cette décennie 70 s’est développée une pensée féministe qui remet en cause la structure patriarcale de la société analysée comme étant à l’origine de l’oppression des femmes et des inégalités. C’est pour Blandine Lefierdebras « la complé- mentarité de ces deux tendances qui impose une prise en compte politique de la question des femmes ».

Mais elle précise aussi que ces deux courants se fréquentent peu et que « le CRIF n’est pas un engagement militant » ; pas plus qu’il n’est un « engagement institutionnel » puisque très vite ses fondatrices tiennent à garder leurs distances des instances de l’Etat. C’est plutôt un « engagement pragmatique » répondant à des besoins concrets ; son objectif est d’être « un outil au service des femmes », de toutes les femmes « même celles qui n’osent pas pousser la porte d’une association féminine », un outil « neutre, presque à l’image d’un service public ». 

Toutefois, pas question pour les bénévoles qui portent le projet de devenir une émanation du pouvoir. Elles veulent toucher de plus en plus de femmes mal informées sur les évolutions législatives notamment et ont une réelle exigence professionnelle en particulier dans la formation des écoutantes bénévoles. Mais avant tout, elles font le choix de garder leur autonomie.

Une structure associative très liée à l’Etat

Leur « rapport au pouvoir » est selon Blandine Lefierdebras « mesuré ». Les associations qui veillent à la création du CRIF acceptent volontiers d’être des interlocutrices notamment de la délégation régionale à la condition féminine mais elles refusent d’adhérer au CIF, association créée à Paris en 1972 qui bénéficie d’un contrôle du gouvernement assez rapproché.

En 1981, avec l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand et après deux ans d’un bénévolat chronophage, les choses ne s’envisagent plus de la même façon. La condition féminine s’est transformée en droits des femmes et Yvette Roudy, nommée ministre, propose de créer des CIDF, centre d’information sur les droits des femmes, dans toutes les villes de France.

Le CRIF y voit une opportunité pour pérenniser son action. Ce nouveau réseau, doté de réels moyens, va permettre de passer du bénévolat au salariat et de créer quatre postes à mi-temps. Une façon nouvelle aussi de s’engager.

Près de quarante ans plus tard, le CIDF reste « une structure associative avec une mission d’intérêt général confiée par l’Etat » comme le rappelait Régine Lepinay, jeune retraitée après plus de trente ans d’activité au sein du CIDF 35, à l’issue de la conférence. C’est désormais un acteur reconnu dans la lutte pour les droits des femmes et aujourd’hui, se dire féministes n’est plus un problème pour ses représentantes, bien au contraire !

Geneviève ROY  21 mars 2018

http://www.breizhfemmes.fr

Pour aller plus loin : cet épisode ainsi que toutes les luttes des femmes à Rennes dans les années 1965/1985 sont décrites par Lydie Porée et Patricia Godard dans leur ouvrage « Les femmes s’en vont en lutte » (éditions Goater – 2014)

Lire aussi:

Une féministe « en évolution » (Planning Rennes)

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18 mars 2018 ~ 0 Commentaire

génération 68 (essf)

mai 1968

Existe-t-il une « génération 68 »? Quand les « figures de proue » masquent « ce qui faisait l’extension, la force et la profondeur d’un mouvement social qui a bouleversé des vies »

Etudiants, mais aussi lycéens, ouvriers, immigrés, banlieusards, paysans… La figure du « soixante-huitard » converti au néolibéralisme par opportunisme masque une réalité plurielle. Depuis des décennies, on se repasse le même film. Celui d’une génération d’étudiants qui évoluent dans un tout petit périmètre parisien, entre la Seine et le Luxembourg, la rue d’Ulm et le boulevard Saint-Michel.

On raconte l’histoire de ces jeunes gens qui ont décidé, un joli jour de mai, de transformer la cour de la Sorbonne en agora. On évoque en toile de fond les guerres d’Algérie et du Vietnam, la révolution cubaine et les projets de Mao, trame de leur engagement politique. On parle de ces rebelles d’un soir qui se sont convertis au néolibéralisme pour occuper des postes de pouvoir.

 Figures de proue

Ces trajectoires sont-elles vraiment emblématiques d’une « génération 68 » expression devenue un lieu commun ? « Un certain nombre de porte-parole autoproclamés ont construit cette idée de “génération 68” sur la base de leur devenir propre, qui n’était pas représentatif des destinées des soixante-huitards ordinaires. Leur vision a évacué la masse des lycéens, des ouvriers, des employés qui ont participé à l’événement », estime la sociologue Julie Pagis.

Un livre joue un rôle crucial dans la construction de ce mythe : Génération (Seuil)

Le best-seller d’Hervé Hamon et de Patrick Rotman, dont les deux tomes paraissent en 1987 et 1988, donne naissance à une série documentaire diffusée sur TF1 à la fin des années 1990. Il popularise le mythe d’une jeunesse révoltée, privilégiée, hédoniste et opportuniste. Au fil des commémorations, une poignée de « vedettes » ayant un accès direct aux médias ont contribué à façonner ce portrait à leur image.

Dans les années 2000, ce sont les mêmes figures de proue que fait revivre l’écrivain Olivier Rolin dans ­Tigre en papier (Seuil, 2002), roman amer sur les ruines de la révolution. Et quand, quarante ans après les événements, Virginie Linhart publie Le Jour où mon père s’est tu (Seuil), c’est toujours aux plus célèbres des intellectuels militants: Benny Lévy, Blandine Kriegel, Roland Castro… que la fille de l’ancien leadeur maoïste Robert Linhart fait référence dans son enquête sur les enfants de dirigeants révolutionnaires.

Très tôt, sous l’influence de ce Who’s Who de 1968, on a vu se dessiner un profil trompeur. Ainsi Serge July, ex-directeur de Libération, publie-t-il dès 1978 un article dans lequel il se définit comme « libéral et libertaire », une appellation que revendique aussi Daniel Cohn- Bendit. Les philosophes Blandine Kriegel, qui fut conseillère de Jacques Chirac, et André Glucksmann, qui a soutenu Nicolas Sarkozy, sont venus alimenter la figure du « renégat » dénoncée par Guy Hocquenghem dans sa Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary (Albin Michel, 1986). Et, de ces cas particuliers, les commentateurs ont tiré des généralités. « Pendant un long moment, le vide historiographique autour de ce sujet a été comblé par le recours au témoignage des anciens soixante-huitards ayant pignon sur rue. Lesquels ont construit des clichés qui se sont enkystés dans la mémoire dominante », explique le politiste Boris Gobille.

 Absences criantes

Il a fallu du temps pour que Mai 68 devienne un objet de recherche légitime. Le premier jalon est posé au mois de novembre 1988, avec le colloque « Exploration du Mai français ». Il remet en cause l’homogénéité induite par l’idée de génération : loin de se concentrer sur le Quartier latin et les enceintes universitaires, on y parle des usines et des entreprises.

En 1994, un séminaire à l’Institut du temps présent sur « les années 68 », auquel contribue l’historienne Michelle Zancarini-Fournel, lance le mouvement. Celle-ci observe déjà, dans la revue Espaces Temps, que « le panel [des personnes interviewées par Hamon et Rotman] est loin d’être représentatif, limité essentiellement à la génération la plus ancienne de ceux qui, étudiants ou enseignants, avaient plus ou moins 25 ans en 68 et déjà une solide expérience militante ». Et elle relève, dans ce portrait de groupe, « des absences criantes : celle de la banlieue, de Nanterre et de ses libertaires pourtant à l’origine conjoncturelle du mouvement ; absence aussi des catholiques, des immigrés, des paysans et des OS [ouvriers spécialisés] ».

Mais il faut attendre le milieu des années 2000 pour que le rythme s’accélère, avec l’enquête d’Ivan Bruneau sur la participation paysanne, les livres de Xavier Vigna sur les ouvriers (L’Insubordination ouvrière dans les années 68, Presses universitaires de Rennes, 2007), de Julie Pagis sur les anonymes (Mai 68, un pavé dans leur histoire, Presses de Science Po, 2015), etc.

L’année 2018 constitue l’apogée de cette évolution récente : plusieurs ouvrages d’historiens, de sociologues et de politologues restituent toute la palette des acteurs dans sa diversité. Citons notamment 1968. De grands soirs en petits matins, de Ludivine Bantigny (Seuil, 464 p., 25 euros), ou les ouvrages collectifs Changer le monde, changer sa vie. Enquête sur les militantes et militants des années 68 en France (Actes Sud, 864 p., 28 euros) ou Mai 68 par celles et ceux qui l’ont vécu (L’Atelier, 480 p., 29,90 euros, à paraître le 22 mars).

 Une réalité plurielle

Ces travaux sont unanimes : la notion de génération homogénéise une réalité plurielle. « Elle laisse de côté les “inorganisés”, ceux qui n’appartenaient pas à une organisation d’extrême gauche, mais aussi l’ensemble des militants restés fidèles à leurs idéaux de jeunesse », souli- gne Boris Gobille. Lors des événements, certains étaient encore lycéens, d’autres travaillaient déjà. Les uns étaient impliqués dans des organisations d’extrême gauche, mais pas tous. « Il n’y a pas une, pas deux, mais des micro-unités de génération en 68 », résume Julie Pagis sur la foi des entretiens qu’elle a réalisés avec environ deux cents personnes.

Par ailleurs, le vécu de cette cohorte hétéroclite contredit le cliché : la plupart témoi- gnent en effet d’une fidélité à leurs idéaux. Dans le couple, la famille, le travail, ils ont tenté d’importer l’espoir de nouvelles pratiques. Autrement dit, « il est possible de distinguer une singularité générationnelle, précise l’historienne Ludivine Bantigny. Il s’agit d’une “génération” plus à gauche que celles qui se sont socialisées avant et après ». Ce socle constitue peut-être l’un des effets durables d’un événement parfois présenté comme une parenthèse enchantée. Michelle Zancarini-Fournel en est certaine : « En se focalisant sur quelques têtes, on a gommé ce qui faisait l’extension, la force et la profondeur d’un mouvement social qui a bouleversé des vies. »

Marion Rousset 16.03.2018

http://www.lemonde.fr/

http://www.europe-solidaire.org

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