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22 septembre 2017 ~ 0 Commentaire

catalogne (lutte ouvrière)

catalogne (lutte ouvrière) dans A gauche du PS

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Catalogne : deux camps étrangers aux intérêts des travailleurs

Après l’annonce de l’organisation d’un nouveau référendum d’autodétermination en Catalogne, le gouvernement espagnol a décidé d’employer la manière forte et l’intimidation pour empêcher la tenue de ce vote, multipliant les perquisitions, les arrestations et saisissant dix millions de bulletins déjà imprimés. Cela a eu comme effet de faire descendre dans la rue le camp indépendantiste qui, pour sa part, compte profiter de ces provocations pour souder la population derrière lui.

Les intérêts des travailleurs sont étrangers aux deux camps qui s’affrontent. Leur salut ne dépend pas des frontières ou de leur carte d’identité, mais de leur capacité à ôter le pouvoir à la bourgeoisie, qu’elle soit catalane ou espagnole.

21/09/2017

Commentaire: Ci-dessus une brève qui semble de simple bon sens: « Prolétaires de tous les pays, parlez la même langue! », mais hélas ce n’est pas du tout ce que disait Léon Troski, en accord avec Lénine!

Histoire de la révolution russe (Léon Trotsky):

 La question nationale 

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09 septembre 2017 ~ 0 Commentaire

émile masson (le peuple breton)

Émile MASSON : Antée, Les Bretons et le socialisme

Né à la fin du 19è siècle, Émile Masson est un précurseur de la pensée bretonne de gauche.

Seul contre tous, il veut croire en l’émancipation du peuple breton. Malgré un style très lyrique, ce long « poème » qu’est Antée (paru en 1912) a réussi à traverser le temps. À défaut d’être actuel, il donne quelques leçons historiques à tous ces « socialistes » qui ont échoué à faire partager leur idéal, par mépris ou défiance du peuple.

Au-delà du seul cas de la langue bretonne, Émile Masson faisait corps avec le peuple breton, ce que nombre de nos politiques ont tendance à oublier, en se retranchant derrière leur mandat pour parler en son nom, en le consultant assez rarement. Relire Masson est une façon de comprendre (et donc de combler) le fossé grandissant entre la « base » et le « sommet ».

Les Presses populaires de Bretagne, se plaçant parmi les derniers héritiers des fédéralistes, rééditent cet ouvrage, car c’est celui qui fait le lien entre l’identité et la gauche, ce qui n’est pas anodin à l’heure où la droite s’empare de la question identitaire, où le brouillage politique sème la confusion idéologique.

L’avant-propos est écrit par le rédacteur en chef du mensuel Le Peuple breton, Gael Briand, et c’est Alan Le Cloarec, auteur de l’ouvrage Aux origines des mouvements bretons (Coop Breizh, 2016), qui signe la préface.

Émile MASSON : Antée – Les Bretons et le socialisme

Presse populaires de Bretagne

85 pages, 10€

Lire aussi:

Emile Masson (Wikipedia)

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08 septembre 2017 ~ 0 Commentaire

olivier besancenot publie (la brèche)

olivier-besancenot_0

Dans cet essai vigoureux, argumenté et limpide, Olivier Besancenot plaide pour une relecture de la révolution russe : non, Lénine et Staline ne sont pas la conséquence immédiate de cet immense soulèvement populaire.

Octobre 1917 : les bolcheviks prennent le pouvoir en Russie. Révolution ou coup d’Etat ? Soulèvement démocratique ou manoeuvre politique ? La filiation avec le stalinisme des années 1930 est une évidence pour nombre d’historiens.

Besancenot démontre qu’il n’en est rien : stalinisme et communisme ne sont pas seulement distincts, ils sont irréductiblement antagoniques. Le stalinisme n’est pas une variante du communisme, mais le nom d’une contre-révolution bureaucratique, qui s’est érigé à l’encontre du projet d’émancipation communiste.

Scandé par des immersions dans les temps forts de 1917, comme autant de séquences cinématographiques, cet essai offre un regard neuf sur un des événements les plus passionnément étudiés et discutés de l’Histoire contemporaine.

http://www.la-breche.com/

Lire aussi:

Histoire de la révolution russe (Léon Trotsky)

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26 août 2017 ~ 0 Commentaire

plogoff

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22 août 2017 ~ 0 Commentaire

trotsky (rp)

Leon-TROTSKI-image

77ème anniversaire de l’assassinat de Léon Davidovitch Brontstein

Trotsky, le spectre de la révolution

Il y a une question que des travailleurs, des jeunes, des intellectuels, des historiens et des écrivains se posent depuis le 20 août 1940: pourquoi Staline a-t-il fait assassiner Trotsky? 

Dans son roman passionnant L’Homme qui aimait les chiens, l’écrivain cubain Leonardo Padura nous présente un dialogue imaginaire qui a eu lieu en URSS après que Ramon Merca- der, l’assassin stalinien, ait mis fin à la vie de Léon Trotsky. Dans ce roman, ses participants ne peuvent s’empêcher de dire que ce plan, conçu des années à l’avance était « une exagération. Au vieux on aurait du le laisser mourir dans la solitude ou, dans son désespoir, se tromper et se couvrir de merde. Nous l’avons sauvé de l’oubli et nous avons fait de lui un martyr ».

Mais si cela était le cas, pourquoi Staline aurait-il conçu un plan mobilisant ses agents sur quatre des cinq continents pendant plus d’une décennie, obligeant Trotsky à voyager sur une « planète sans visa » par des expulsions successives, la première de l’URSS, puis de la Turquie, de la France et d’autres pays européens pour finalement atterrir au Mexique, sa dernière adresse ? Et pourquoi la bureaucratie stalinienne a-t-elle déployé d’innombrables ressources matérielles et de propagande pour calomnier Trotsky parmi les masses, l’accusant d’être un agent de l’impérialisme anglais, allemand, japonais et semant d’intrigues sa trajectoire ?

De toute évidence, et malgré certaines interprétations à la mode dans l’historiogra- phie circulant dans les milieux universitaires, ce n’était pas une simple obsession paranoïaque. Et bien que Trotsky n’ait pas été la seule cible de la bureaucratie stalinienne, comme en témoigne le fait que Staline a procédé à l’élimination de toute la génération des révolutionnaires russes qui avaient dirigé la révolution d’octobre 1917, il y a quelque chose dans la figure de Trotsky qui est particulière. L’assassinat de Trotsky est l’aveu de la bureau- cratie soviétique de l’influence énorme qui pourrait encore être exercée par le créateur de l’Armée Rouge parmi les masses prolétariennes de l’URSS et du monde. Et plus encore face aux grands cataclysmes qui se profilaient.

Les taches de la formation d’une nouvelle Internationale Révolutionnaire

Tout au long des années 1930, le PCUS stalinisé et l’Internationale Communiste n’étaient plus l’expression de l’avant-garde prolétarienne, mais la cristallisation de la caste bureaucratique qui avait usurpé le gouvernement de l’URSS. Ils étaient guidés par leurs propres intérêts de caste et contre les besoins révolutionnaires du prolétariat. Cela a été tragiquement corroboré par Trotsky en 1933 avec la défaite sans combat du prolétariat allemand face à la montée du nazisme et  la stratégie contre-révolutionnaire du Front Populaire menée par l’IC au cours du processus révolutionnaire espagnol.

Depuis 1933, Trotsky était arrivé à la conclusion que le PCUS et le Komintern ne pouvaient plus être réformés. Pour cette raison, il a consacré toutes ses énergies à l’orga- nisation d’un nouveau parti mondial de la révolution socialiste. En résumant le meilleur de l’expérience de la génération révolutionnaire bolchevique, en passant par les trois révolutions russes, la guerre civile dans laquelle il a érigé une armée de cinq millions de soldats ouvriers et paysans, les importantes contributions des quatre premiers congrès de l’IC, celle du « prolé- tariat à l’offensive », les conclusions de ses batailles d’idées et physiques contre la dégénéres- cence de l’état ouvrier soviétique et les événements de l’Allemagne et de l’Espagne, Trotsky incarnait le point le plus élevé de ce qui restait de la génération révolutionnaire.

À la fin de la décennie, les trotskystes en URSS, un nom qu’ils ont accepté par respect pour le chef révolutionnaire, mais qui n’a jamais remplacé celui de bolcheviks-léninistes comme ils se nommaient eux-mêmes, étaient une poignée de révoltés obstinés qui ont résisté aux camps de concentration staliniens. En Europe, en Amérique du Nord et dans le reste du monde ils se composaient principalement de petits groupes. Mais ils avaient une vision claire du scénario stratégique qui commençait à se dessiner au seuil de la Seconde Guerre mondiale. Et ils étaient déterminés à se préparer à intervenir dans les événements que cette guerre réveillerait.

Trotsky et une tâche indispensable

Les marxistes révolutionnaires internationalistes en plein milieu de la Première Guerre mondia- le ont participé aux conférences de Zimmerwald et Kienthal pour jeter les bases de ce qui serait une nouvelle internationale révolutionnaire, face au soutien aux bourgeoisies de chacun de leurs pays par les social-démocrates. Trotsky a partagé cette bataille avec Lénine, Rosa Luxemburg, et ceux qui avaient fait face à  l’énorme capitulation de la Deuxième Internatio- nale. Tous les révolutionnaires du monde pouvaient entrer dans un wagon de train.

Maintenant, la tâche à laquelle Léon Trotsky a consacré toutes ses forces, était de forger les bases d’une organisation révolutionnaire et internationaliste, à un moment sombre de l’histoire de l’humanité, au seuil de la Seconde Guerre mondiale. Certes, comme le dit Isaac Deutscher, à ce moment-là, il se souviendrait des lignes qu’Adolf Ioffe lui avait envoyées dans une lettre qui lui rappelait l’inflexibilité et la détermination de Lénine au milieu de la Première Guerre mondiale : « Mais il m’a toujours semblé qu’il vous manquait cette inflexibilité, cette intransigeance dont a fait preuve Lénine, cette capacité de rester seul en cas de besoin, et de poursuivre dans la même direction, parce qu’il était sûr d’une future majorité, d’une future reconnaissance de la justesse de ses vues ».

Trotsky avait compris son rôle et considérait qu’il était essentiel comme jamais auparavant . Et là on parle de quelqu’un qui, en 1905, était président du Soviet de Pétrograd, qui en 1917, a dirigé avec Lénine la révolution russe et avait joué un rôle central dans l’insurrection d’octobre, qui plus tard se distinguera en tant qu’organisateur et stratège militaire à la tête d’une armée de cinq millions de soldats ouvriers et paysans, et qui en plus de tout cela, a participé comme l’un des principaux orateurs et rédacteurs des documents fondateurs de l’Internationale communiste dans ses quatre premiers congrès. Au moment de nager contre le courant de la « nuit noire » du stalinisme, en maintenant la continuité du programme et la stratégie du marxisme révolutionnaire, Trotsky a compris que sa place ne pouvait être occupée par quelqu’un d’autre.

Un nouveau parti de la révolution mondiale

Au moment de sa fondation, en 1938, la Quatrième Internationale n’a rassemblé dans ses rangs qu’un petit nombre de cadres et de militants. Cependant, Trotsky a prédit que la guerre générerait de nouvelles montées révolutionnaires, la faillite du stalinisme, de même que le déclenchement de la Première Guerre mondiale avait sonné le glas de la social-démocratie…

Héctor “Catoto” Penuto Federico Roth

lundi 21 août

http://www.revolutionpermanente.fr

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11 août 2017 ~ 0 Commentaire

pop (lcr.be)

superdupont

Le « moment populiste »

Le « moment populiste » est un concept proposé par la philosophe Chantal Mouffe. Selon Mouffe, la globalisation, l’hégémonie du capital financier et l’intégration de la social-démocratie à la politique néolibérale ont instauré une « post-démocratie ».

Le principe du peuple souverain est devenu une formule creuse : il n’y a plus de souveraineté, donc plus de débat entre gauche et droite. La défense des intérêts de l’oligar- chie financière est assurée par une caste qui ramène les problèmes politiques à des problè- mes techniques, à trancher par des experts. Dans ce contexte, le rapport entre les principes d’égalité (la gauche) et de liberté (la droite), est déséquilibré en défaveur de la gauche. Or, le peuple, pour Mouffe, n’est pas une donnée sociologique: c’est une construction politique qui dépend du tracé de la frontière entre le « eux » et le « nous ». Le mode de cette construction politique constitue pour elle le populisme.

Aujourd’hui, il y a un « moment populiste » car on note partout une profonde frustra- tion et une aspiration « populaire » à la démocratie, donc à la souveraineté, donc à un rééquilibrage entre égalité et liberté.

Ces sentiments sont captés principalement par un populisme de droite, mais cette situation n’est pas une fatalité. « Le populisme de droite rétablit la souveraineté populaire, mais pas l’égalité » – notamment parce qu’il ethnicise les problèmes sociaux. Il construit donc un « nous » qui réduit la démocratie au lieu de l’élargir. C’est son talon d’Achille. La gauche peut et doit développer un populisme de gauche, seule façon de combattre le populisme de droite. Pour ce faire, Mouffe recommande de ne pas parler de « fascisme » ni « d’extrême-droite » : « C’est un moyen de ne pas chercher à comprendre », dit-elle. Or, il faut « reconnaître que les demandes qui sont à la base des mouvements populistes de droite sont des demandes démocratiques ». Marine Le Pen donne des réponses aux gens victimes de la « globalisation heureuse ». Le populisme de gauche, pour Mouffe, se distingue du populisme de droite en disant que l’adversaire est la mondialisation néolibérale, pas les immigrés.

Pauvre Gramsci !

Les marxistes distinguent la « classe en soi » et la « classe pour soi ». La différence, c’est la conscience. La classe en soi est une donnée sociologique. La « classe pour soi » se constitue par l’expérience des luttes, l’auto-organisation, l’extension et l’unification des luttes, qui permet au prolétariat d’aller au-delà de ses revendications pour jeter les bases d’une révolution complète des rapports sociaux, ainsi que des rapports humanité-nature.

Mais Mouffe insiste: la construction d’un peuple n’est pas la constitution de la «classe pour soi». C’est un processus « beaucoup plus transversal », qui centralise des « demandes hété- rogènes » provenant de « différents secteurs sociaux ». Lesquels ? Mouffe cite le féminisme, les mouvements LGBT, l’écologie… Mais ce n’est pas le fond de l’affaire. Le fond de l’affaire est que la transversalité est nécessaire parce que nous ne sommes plus dans le capitalisme fordiste.

« Aujourd’hui, nous sommes tous sous la domination du capitalisme financier, y compris des secteurs sociologiques qui appartiennent à la droite ». Il s’agit donc de « reformuler le projet socialiste en termes de radicalisation de la démocratie ». Cela nécessite la cristallisation politique de revendications provenant aussi de secteurs du patronat. Cette cristallisation nécessite un leader charismatique qui mobilise les passions, car il n’y a pas que des arguments : en politique, les affects sont importants. Le populisme de droite l’a bien compris, le populisme de gauche doit faire de même.

Voilà, en très condensé, l’essentiel de la théorie politique qui suscite l’engouement d’une partie de la gauche aujourd’hui.

Sous des dehors modernes et radicaux, c’est du très vieux vin dans une nouvelle outre. Le point de départ est faux : il consiste à séparer capital financier et capital en général, alors que les deux sont inextricablement imbriqués.

Pour Mouffe et ses adeptes, l’ennemi n’est pas le capitalisme qui exploite le travail et détruit l’environnement, mais le capital financier globalisé qui vide la « souverai- neté populaire » de son contenu.

La perspective stratégique qui en découle est celle d’une « insurrection citoyenne » pour rétablir… quoi ? La « démocratie » et la « souveraineté » d’avant le tournant néolibéral, avec son « équilibre » entre gauche et droite, dans le cadre de la nation. Mouffe est explicite : se référant à Syriza et Podemos, elle considère que le populisme doit entrer dans les institutions pour les transformer. Telles sont, pour elle, les conclusions à tirer de l’analyse de Gramsci sur la conquête de l’hégémonie. Pauvre Gramsci ! Il doit se retourner dans sa tombe car ce que Mouffe propose est ce que la social-démocratie a prétendu faire… et qui l’a transformée en social-libéralisme.

Les citations sont extraites du débat Chantal Mouffe/Jean-Luc Melenchon

10 août 2017  Daniel Tanuro

http://www.lcr-lagauche.org/

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11 août 2017 ~ 0 Commentaire

fascisme? (lcr.be)

dance

Sommes-nous dans les années 30 ?

Trump aux Etats-Unis, Orban en Hongrie, Farage en Grande-Bretagne, Le Pen en France, Wilders aux Pays-Bas, Duda en Pologne, Erdogan en Turquie… au-delà des spécificités nationales, il est clair qu’une tendance autoritaire, nationaliste, machiste et raciste monte en puissance dans de nombreux pays.

S’agit-il de fascisme ? Sommes-nous replongés dans la situation des années 20 et 30, qui a vu Mussolini et Hitler s’emparer du pouvoir ? Si ce n’est pas du fascisme, de quoi s’agit-il ? Et en quoi cette discussion est-elle importante pratiquement, dans la lutte sociale et politique quotidienne? Voilà quelques-unes des questions abordées dans cet article, qui n’est qu’une contribution au débat.

Tout régime autoritaire dans l’Histoire, même s’il est sanglant, n’est pas fasciste. Le fascisme est un phénomène propre au capitalisme parvenu à un certain niveau de dévelop- pement (ou de putréfaction). La dictature stalinienne a fait des millions de morts mais n’était pas fasciste. Le régime nord-coréen est abominable, mais pas fasciste. De nombreuses socié- tés avant le capitalisme ont subi des despotes cruels, mais Ivan le Terrible n’était pas fasciste.

Tout régime autoritaire n’est pas nécessairement fasciste

Le capitalisme tend vers des formes d’Etat de plus en plus autoritaires. C’est le résultat de la concentration et de la centralisation du capital : des investissements gigantesques sont plani- fiés sur de longues périodes. Ils sont financés à crédit par les banques. Toute l’économie flotte sur un océan de dettes. La baisse du taux de profit découlant de la mécanisation est compen- sée par l’augmentation de la masse de marchandises. La concurrence est farouche. Surtout en période de crise, le Capital a besoin de faire respecter la « pensée unique », de brider les droits syndicaux, de restreindre les libertés démocratiques. C’est la « tendance à l’Etat fort ». Elle est dangereuse, mais l’Etat fort n’est pas un fascisme : De Gaulle n’est pas Hitler.

Dans certaines circonstances, le Capital donne le pouvoir à l’armée qui instaure une dictature. L’Amérique latine a présenté de nombreux exemples.

Au Brésil, en Bolivie, au Chili… des putschs (décidés à Washington) ont instauré des dictatures féroces. Mais les décrire comme « fascistes » serait escamoter la spécificité du fascisme : sa démagogie pseudo-anticapitaliste, nationaliste, aux accents révolutionnaires, qu’il emploie pour recruter dans les couches déclassées de la classe ouvrière et de la petite bourgeoisie ruinée par la crise capitaliste.

Le fascisme, en effet, n’est pas un Frankenstein créé de toutes pièces par le Capital. C’est un mouvement populaire militant, de masse, issu des bas-fonds. Un mouvement violent, raciste, machiste, réactionnaire, mais qui naît en-dehors du contrôle et de la volonté du Capital. Des patrons le financent mais les grands bourgeois en général, la classe bourgeoise, n’éprouvent aucune sympathie pour les fascistes : ils les voient comme des sauterelles prêtes à leur bouffer leurs richesses. Les fascistes, pour leur part, méprisent les bourgeois, ils les trouvent veules et sans « idéal ». Il est donc erroné de dire que « le capitalisme se fascise », ou qu’il y a « fasci-sation de l’Etat capitaliste », etc. Ces formules empêchent de saisir le point clé: les fascistes doivent prendre le pouvoir. Ce n’est possible que s’ils se rendent indispensables aux yeux de la classe dominante, et ça ne va pas de soi.

Le fascisme ne se caractérise pas par ses « idées », il n’en a pas…

L’Histoire en atteste. Contrairement à une légende tenace, Hitler n’est pas arrivé au pouvoir par les urnes. Les nazis n’avaient pas la majorité (ils ne l’ont jamais eue); entre juillet et novem- bre 1932, ils avaient même perdu des millions de voix. Hitler a été nommé chancelier par le Président, le vieux général Hindenburg. Hindenburg était un réactionnaire, qui gouvernait par décret en usant et abusant de son droit de dissoudre le parlement.

Il refusait pourtant de nommer Hitler (il est juste bon à être ministre des Postes, disait-il). Pourquoi changea-t-il d’avis ? Parce que la crise politique était inextricable. La social-démo- cratie et les communistes totalisaient plus de voix que les nazis. Ceux-ci formaient le premier parti, mais le grand capital s’en méfiait. Hitler fut donc convoqué devant des patrons (Krupp, Thyssen, Allianz, Deutsche Bank…) qui lui demandèrent s’il comptait « nationaliser toutes les entreprises appartenant à des trusts », comme promis dans son programme. Hitler les rassura: évidemment, non. Par contre, il les débarrasserait des syndicats… Et Hindenburg a eu le feu vert.

Le fascisme ne se caractérise pas par ses « idées », il n’en a pas. Il lutte pour le pouvoir, point. Son message repose uniquement sur des mythes réactionnaires : l’unité de la nation, du peuple, de la race et de la famille, le rôle du chef, l’exaltation de la violence. Ces mythes impliquent à leur tour le racisme, l’oppression des femmes, celle des gays-lesbiennes, la haine viscérale contre l’action autonome des exploité.e.s et des opprimé.e.s, la banalisation du meurtre. Le fascisme n’a ni analyse, ni programme, ni morale, ni principes.

Ses accents « anticapitalistes » constituent un leurre grossier. Le mot « capitalisme », dans la bouche des fascistes, ne désigne pas un système mais des personnes riches étran- gères (ou « traîtres ») au peuple, à la nation et à la race. D’où la focalisation sur la corruption (« tous pourris ») et sur les impôts plutôt que sur l’exploitation et la plus-value. D’où la rage contre le capital financier « cosmopolite ». D’où la fonction clé de l’antisémitisme chez les nazis.

On ne discutera pas ici toutes les situations nationales énumérées au début de cet article. Malgré leurs spécificités, elles ont de nombreux points communs dont certains sont fascistoïdes. Mais une situation peut présenter des traits fascistes sans qu’il y ait fascisme proprement dit. Exemple : le coup de Pinochet au Chili était un putsch militaire, mais la grève des patrons camionneurs et les « casserolades », qui ont précédé le putsch, avaient des aspects fascistes. Dans le même ordre d’idées, quand Théo Francken dit que MSF fait le jeu des passeurs en sauvant des réfugiés, son message est clair : il faut que des êtres humains se noient en Méditerranée, et que ça se sache dans leur pays d’origine, pour que moins de candidats à l’asile tentent la traversée. Cette déclaration est clairement fasciste, et fait le jeu des fascistes. Mais la N-VA est un parti de droite national-libéral, pas un parti fasciste.

Qu’en est-il du FN?

Concentrons-nous sur le cas français. Qu’en est-il du Front National (FN) ? A la différence d’autres formations de droite extrême qui montent aujourd’hui, le FN est un parti dirigé par des fascistes issus du fascisme historique (Pétain, etc.). Le grand capital n’est pas prêt à leur laisser le pouvoir, mais il n’est pas maître des électeurs. Or, la stratégie du FN est subtile. Il sait que ce n’est pas en défilant en chemises brunes qu’il se rendra indispensable: il faut que la classe dominante ait besoin de ce qu’il offre. Or, de quoi la classe dominante a-t-elle le plus besoin aujourd’hui ? De troupes de choc pour briser les syndicats ? Non. D’un instrument politique fort pour approfondir radicalement la politique d’austérité tout en gardant le contrôle des contradictions sociales.

Face à ce besoin, la stratégie du FN comportait (et continue de comporter) en gros trois volets : détourner les sentiments altermondialistes en nationalisme (le « protectionnisme intelligent »), exciter le racisme et l’islamophobie, affaiblir ainsi la gauche, créer une situation de violence « communautaire » ; utiliser les leviers de l’Etat fort gaulliste, l’arsenal de mesures racistes/sécuritaires ajouté ces dernières années et l’influence FN organisée dans la police pour transformer cette situation de violence en situation de guerre civile ; créer ainsi un contexte où le fascisme proprement dit pourra se développer et « justifier » son action de destruction des droits démocratiques au nom de l’unité de la nation.

Le Pen n’a pas gagné. Macron l’a emporté en offrant une autre perspective: l’alliance de la droite, du centre et de la gauche de droite sur une base néolibérale moderniste et pro- européenne. Ce projet a les faveurs du grand capital. Celui-ci sait qu’un Etat fort, ce n’est pas seulement une police brutale et des lois répressives: c’est aussi, nécessairement, une classe politique forte, reposant sur une certaine légitimité, sur un bloc historique majoritaire. Cette légitimité en France est considérablement affaiblie par les affaires et la fausse alternance entre droite et gauche. Macron tente de la reconstruire en se présentant comme un moralisateur de la vie politique et un Bonaparte, « ni de gauche, ni de droite ».

Le pari est audacieux, mais risqué. Car le fond du problème demeure : l’austérité imposée despotiquement par l’Union européenne (UE) ultralibérale, dont Macron est un champion, alimente la montée du FN. Il n’y a pas de raison que ça change simplement parce que le nouveau locataire de l’Elysée est jeune et dynamique. Dès lors, soit l’UE se réforme pour lâcher du lest, soit la crise politique rebondira et le FN sera plus proche du pouvoir que jamais.

Le Pen a perdu une bataille, pas la guerre. Avec ses 11 millions de voix, le FN mise sur un échec de Macron pour recomposer une droite autoritaire qui apparaîtra comme un recours dans le chaos politique. Une droite qui prendra le relais pour continuer l’austérité en semant le désarroi dans les couches populaires par son positionnement nationaliste/souverainiste couplé à une exploitation débridée du racisme et de l’islamophobie qui gangrènent la société fran- çaise. Nous ne sommes pas vraiment dans les années 30. Les rythmes sont plus lents. Mais la bête immonde sait se montrer patiente. Unifier les luttes contre la politique néolibérale est plus urgent et nécessaire que jamais, en France et ailleurs.

11 août 2017  Daniel Tanuro

http://www.lcr-lagauche.org/

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08 août 2017 ~ 0 Commentaire

sionisme (michel warschawski)

Notre camarade Michel Warschawski définit le sionisme

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04 août 2017 ~ 0 Commentaire

brest 1935 (bml)

brest

Août 1935  Émeutes à Brest : Pourquoi en parler ?

Il y a 80 ans Brest était le théâtre de plusieurs journées d’émeutes contre un ensemble de mesures que l’on qualifierait aujourd’hui « d’austérité » ; l’occasion de revenir sur un épisode méconnu de l’histoire de notre ville. Une série d’articles sera donc publiée, revenant sur le contexte de ces émeutes, faisant une description de ces journées et tentant d’expliquer ce qui s’est déroulé à ce moment. Mais avant cela j’ai jugé nécessaire d’apporter quelques précisions quant à ma démarche, afin de mieux appréhender la lecture de ces articles, ne pas se méprendre sur leur but ou leur contenu.

Nous ne sommes pas historiens !

Ces articles ont été écrits en faisant des recherches assez complètes sur ces événements : journaux d’époques, mémoires de militants communistes, anarchistes et trotskistes relatant ces événements. Ils sont donc issus de sources assez diverses et relativement fiables, et j’ai fais de mon mieux pour relater ce qui se rapproche le plus de la réalité, mais ma démarche n’est pas une démarche d’historien, cela ne veux pas dire que je déprécie mon travail, mais qu’il n’a pas vocation à être un point de référence pour une recherche historique, si vous recherchez ces références je ne peux que vous orienter vers les sources qui ont été utilisées pour l’écriture de ces articles.

Une démarche politique

Ma démarche historique est avant tout politique, partant du constat que l’histoire des luttes contre l’oppression est oubliée ou écrite par les oppresseurs. Celles et ceux qui luttent aujourd’hui, qui se reconnaissent dans les luttes d’hier doivent faire le nécessaire pour se réapproprier cette histoire, qui est la leur, la notre. En reprendre possession signifie ne pas en perdre le contenu, ne pas oublier les faits, mais aussi ne pas en oublier le sens : l’histoire n’est pas juste une suite d’événements et de dates, elle porte un sens politique.

Ces journées d’émeutes ne sont pas l’histoire d’une autre époque à commémorer tous les ans, c’est l’histoire d’un des nombreux combats contre l’oppression mené par les oppressés eux même, un combat émancipateur, pour une société plus juste, un combat qui est toujours d’actualité, et n’est pas une relique du passé. Durant les prochains jours sera publiée une série d’articles, découpée en six parties, revenant sur ces événements.

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28 juillet 2017 ~ 0 Commentaire

pcf (ddt 21)

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Sur la « dés-ouvriérisation » du PCF

Ce qui a fait la force historique du PCF, c’était son emprise sur la classe ouvrière, au point que des groupes comme Socialisme ou Barbarie voyaient dans la bureaucratie ouvrière le principal obstacle à l’action autonome des prolétaires.

Qu’en est-il aujourd’hui ? 1

Pour qu’un parti puisse légitimement se dire celui «de la classe ouvrière», il a fallu que les ouvriers se séparent du monde agricole et artisanal dans lequel ils vivaient encore en France jusque vers 1930, et que se créent simultanément de grandes usines, les banlieues des métropoles et des bassins mono-industriels en zone rurale.

Cela a favorisé une «culture de classe» au sens d’un groupe relativement distinct, mais capable aussi de s’associer à d’autres couches « laborieuses » aux conditions de vie relativement proches (petits employés, fonctionnaires subalternes, voire artisans et commerçants). Dans la grande usine, par la discipline d’atelier et la solidarité dans la revendication, l’autorité du délégué syndical contrebalançait le pouvoir du patron. Et le travail qualifié donnait une marge d’autonomie à la classe ouvrière : l’ajusteur titulaire d’un CAP n’était pas passé par la même école que l’ingénieur ou le « petit bourgeois ».

Le « parti des ouvriers » agrégeait d’autres couches, y compris rurales, en une contre-société qui encadrait une partie de la population laborieuse tout en incarnant un modèle social.2 Les communes de la «banlieue rouge» n’étaient pas gérées comme les villes «bourgeoises» voisines. L’assise militante du PCF, ainsi que sa direction, s’organisait autour d’un groupe central, réel et symbolique, «les métallos». La bureaucratie syndicale et de parti offrait aux ouvriers une promotion.

Depuis quarante ans, la « dés-industrialisation » a frappé ce groupe central et ce qui tournait autour. Entre 1975 et 2010, la part des ouvriers dans la population active est descendue de 37 % à 23 %. Pour autant, forte baisse ne signifie pas évanescence. Si l’on inclut les manutentionnaires, les ouvriers des transports, considérant qu’en France la majorité des ouvriers travaillent hors de la production industrielle, un homme actif sur trois est ouvrier. La proportion des travailleurs d’exécution (souvent manuels) et des petits employés est stable depuis les années 1960: plus de 50 % de la population active, et le nombre de couples unissant ouvrier/ouvrière à employé/employée n’a pas non plus diminué. 3

Mais la question (ni sa solution) n’est jamais une simple affaire de nombre. Le changement décisif, c’est la défaite et la division qui ont suivi, marquées notamment par l’intérim (aux Chantiers de l’Atlantique, en 2000, 7 000 intérimaires pour 4 000 « permanents ») et le chômage (850 000 chômeurs recensés en 2010). Supérieur à 20 % il y a quarante ans, le taux de syndicalisation est inférieur à 10 % aujourd’hui.

Cela ne pouvait manquer d’avoir son effet à l’intérieur du PCF. Jusque vers 1970, 45 % de ses adhérents étaient ouvriers : ils n’étaient déjà plus que 31 % en 1997. En 2003, alors que les ouvriers composent un quart de la population active, on ne comptait que 10 % de délégués ouvriers au 32è congrès du parti.

Le PCF bénéficiait du soutien des fractions supérieures des classes populaires, d’où venaient la plupart de ses dirigeants. Or, dès la fin des années 1970, ces couches sont fragilisées par une crise qui ébranle autant la base qu’un appareil reposant sur une alliance entre ouvriers syndicalistes et «petite bourgeoisie culturelle» (enseignants, fonctionnaires de l’animation, éducateurs). Mais si le PCF a subi cette évolution, il y a aussi largement contribué.

Au lendemain de 68, illusionné par la force de la CGT et son score à la présidentielle de 1969 (21 %, contre 5 % pour une SFIO agonisante), le PC se croit le vent en poupe, alors que va s’aggraver une contradiction qui fera sa chute : sa base ouvrière décline, en raison de l’attrait d’une CFDT au visage « gauchiste », puis de la crise économique dès 1975 ; tandis que la direction renâcle à s’ouvrir aux «nouveaux mouvements sociaux», que sait capter un PS ascendant. Le parti oscille, optant pour l’Union de la gauche en 1972 avant de la rompre en 1977, tout en  participant au gouvernement socialiste de 1981 à 1984.

Menacé dans son élite dirigeante et même dans son assise sociale, le PC réagit par un repli conservateur, s’élevant contre «l’immoralité» (jusqu’à défendre «la pudeur»), restant à l’écart des « questions de société », par exemple des luttes pour l’avortement, tout en brouillant les cartes par la renonciation à sa spécificité idéologique (abandon officiel de la « dictature du prolétariat » en 1976 4).

À la fin des années 1970, raidissement moral et durcissement ouvriériste provoquent une résistance à la base, y compris une réticence à la ligne officielle sur l’immigration, désaccords qui se répercutent dans la CGT. Le PC se referme sur lui au moment où il n’a plus les moyens de faire taire des contestations qui débordent sur la place publique, l’exclusion ne faisant plus guère peur aux opposants. La solution qui finira par s’imposer mettra à l’arrière-plan la référence au «parti de la classe ouvrière», au profit d’une démarche « citoyenne », du municipalisme, de la diversité et de la mixité sociale. L’électoralisme se faisait au nom des travailleurs : ceux-ci sont maintenant d’abord traités en citoyens.

Une lutte de classe ne s’en déroule pas moins au sein du monde PC, entre la municipalité-patron et ses salariés, soutenus par les cellules des employés communaux et la CGT. Et ce ne sont pas les syndicalistes qui l’emportent, mais des élus d’autant plus puissants que, comme à Ivry, la mairie est souvent devenue le premier employeur de la ville. Quand le conflit oppose des ouvriers d’atelier aux chefs de service et aux cadres de la fonction publique territoriale, le PC cesse d’apparaître comme l’organisation par excellence de défense du travail, y compris aux yeux de ses militants.

Héritier d’une vieille tradition social-démocrate, le «communisme municipal», longtemps une des forces du PC, s’autonomise, conformément à un choix politique : à la fin du 20è siècle, le PCF se restructure sur la base des circonscriptions électorales aux dépens des cellules d’entreprise. L’Union de la gauche avait d’ailleurs permis d’augmenter le nombre d’élus PC, jusqu’au record de 1 500 maires PC en 1983. Pourtant, quand cesse l’alliance avec le PS (ou quand ce parti, comme aujourd’hui, s’effondre), et que le PC ne contrôle plus que 720 mairies en 2008, les élus ont beau être de moins en moins nombreux, leur pesanteur politique s’en affirme davantage. Ce ne sont plus les métallos mais les cadres des collectivités qui forment le groupe central du PCF. 5

En parallèle, le PCF valorise la multiplicité, les travailleurs n’étant que l’une des minorités auxquelles il s’adresse. Le texte du Conseil national pour le 34è congrès (2008) citait une seule fois le mot ouvrier, comme un groupe parmi tous ceux qu’il faut rassembler : « ouvriers, techniciens, employés ou cadres, femmes et hommes salariés de toutes catégories, précaires, intellectuels, sans-papiers, sans-emploi, paysans, créateurs, étudiants, retraités, artisans ».

Le PC s’est rallié au thème d’une « démocratie participative », qui ne vise pas à représenter ou promouvoir une classe ouvrière, ni même des classes dites populaires, mais à réunir quasiment la totalité de la population : le « lien social » est forcément trans-classiste, et la priorité donnée à la lutte «contre l’exclusion» signifie qu’il faut inclure tout le monde. Si différences il y a, elles relèvent de l’origine (ethnique, religieuse…) ou du sexe (recherche de la parité). La «démocratie locale» (par exemple l’habitude du référendum municipal sur un projet communal) réduit la politique à des fragments de vie quotidienne.

Les associations liées au PC se perpétuent, d’autres naissent, mais déliées d’un parti qu’elles ne nourrissent pas. Participer à l’action du parti ne se fait plus dans le cadre d’une cellule, mais d’un réseau, voire de plusieurs, chaque réseau ayant son thème particulier, et chaque personne choisissant ce qu’elle préfère. Quand les ex-staliniens comme les ex-gauchistes pratiquent une démocratie do-it-yourself, il n’y a rien d’étonnant à ce que dépérisse un militantisme qui n’avait jamais été le fait que d’une minorité.

En 1997, un quart des cotisants disaient militer et 31 % des adhérents, consacrer moins d’une heure par mois au parti. Pire, moins d’un tiers des adhérents participent aux votes internes au PC. Il y a une vingtaine d’années déjà, Elise Grappe (1911-1996, élue député PCF en 1951) déclarait: «Dans ma cellule, on se réunit chez moi. Je leur fais un casse-croûte. Ils mangent, ils boivent. Ils sont bien contents. Et on s’en va tout heureux. On ne fait rien. On paie nos timbres, on souscrit, mais on ne fait rien. C’est la cellule du quartier.»

En réalité, «militer» n’a plus le même sens. À la base les «assos» (dépolitisation par éclatement) ; au sommet, la gestion locale et électorale (professionnalisation) ; pour faire coller le tout, des consultants en communication. Auparavant, un discours de classe structurait l’appel au peuple : aujourd’hui, avec l’effacement du vocabulaire de classe, le peuple ne tient plus que comme addition de minorités.

Ouvrier renvoyait au travail. Le peuple, lui, n’a de réalité que comme le rassemblement de ceux d’en bas, définis moins par ce qu’ils font que par ce qu’ils ne sont pas et n’ont pas, les 99 % privés de pouvoir, domination et privation étant supposées donner cohérence à cet ensemble. De l’abandon d’une classe mythifiée sortent un agrégat de catégories sans autre consistance qu’abstraite, parfaitement exprimée par le slogan : « L’humain d’abord. »

Le PCF a bien épousé son temps. Tant moqué autrefois pour son ouvriérisme, il a fait comme les autres, évoluant vers un parti d’élus et de diplômés dans ses instances dirigeantes, passant des prolétaires aux «gens», s’ouvrant à «la société civile», prônant la «mixité sociale » et la (re)reconstitution du «lien social», œuvrant à démocratiser la démocratie.

On comprend que ce PCF n’hésite plus à s’entendre avec des groupes souhaitant eux aussi compléter la démocratie «formelle» par une démocratie sociale: le «partage des richesses» prôné par le NPA est le programme commun d’une néo-extrême gauche résignée à atténuer les effets négatifs pour les prolétaires d’une lutte de classes que les bourgeois continuent – pour combien de temps ? – à gagner. 6

G.D., juillet 2017

Julian Mischi, Le communisme désarmé. Le PCF et les classes populaires depuis les années 1970, Agone, 2014.

https://ddt21.noblogs.org/

Commentaire: La nostalgie d’un bon vieux temps transpire partout dans ce texte qui décrit en réalité l’intégration de la gauche politique et syndicale y compris « radicale » dans l’appareil d’état. Et ce n’est pas en se revendiquant les meilleurs gestionnaires que çà va s’arranger!

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