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28 juillet 2017 ~ 0 Commentaire

pcf (ddt 21)

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Sur la « dés-ouvriérisation » du PCF

Ce qui a fait la force historique du PCF, c’était son emprise sur la classe ouvrière, au point que des groupes comme Socialisme ou Barbarie voyaient dans la bureaucratie ouvrière le principal obstacle à l’action autonome des prolétaires.

Qu’en est-il aujourd’hui ? 1

Pour qu’un parti puisse légitimement se dire celui «de la classe ouvrière», il a fallu que les ouvriers se séparent du monde agricole et artisanal dans lequel ils vivaient encore en France jusque vers 1930, et que se créent simultanément de grandes usines, les banlieues des métropoles et des bassins mono-industriels en zone rurale.

Cela a favorisé une «culture de classe» au sens d’un groupe relativement distinct, mais capable aussi de s’associer à d’autres couches « laborieuses » aux conditions de vie relativement proches (petits employés, fonctionnaires subalternes, voire artisans et commerçants). Dans la grande usine, par la discipline d’atelier et la solidarité dans la revendication, l’autorité du délégué syndical contrebalançait le pouvoir du patron. Et le travail qualifié donnait une marge d’autonomie à la classe ouvrière : l’ajusteur titulaire d’un CAP n’était pas passé par la même école que l’ingénieur ou le « petit bourgeois ».

Le « parti des ouvriers » agrégeait d’autres couches, y compris rurales, en une contre-société qui encadrait une partie de la population laborieuse tout en incarnant un modèle social.2 Les communes de la «banlieue rouge» n’étaient pas gérées comme les villes «bourgeoises» voisines. L’assise militante du PCF, ainsi que sa direction, s’organisait autour d’un groupe central, réel et symbolique, «les métallos». La bureaucratie syndicale et de parti offrait aux ouvriers une promotion.

Depuis quarante ans, la « dés-industrialisation » a frappé ce groupe central et ce qui tournait autour. Entre 1975 et 2010, la part des ouvriers dans la population active est descendue de 37 % à 23 %. Pour autant, forte baisse ne signifie pas évanescence. Si l’on inclut les manutentionnaires, les ouvriers des transports, considérant qu’en France la majorité des ouvriers travaillent hors de la production industrielle, un homme actif sur trois est ouvrier. La proportion des travailleurs d’exécution (souvent manuels) et des petits employés est stable depuis les années 1960: plus de 50 % de la population active, et le nombre de couples unissant ouvrier/ouvrière à employé/employée n’a pas non plus diminué. 3

Mais la question (ni sa solution) n’est jamais une simple affaire de nombre. Le changement décisif, c’est la défaite et la division qui ont suivi, marquées notamment par l’intérim (aux Chantiers de l’Atlantique, en 2000, 7 000 intérimaires pour 4 000 « permanents ») et le chômage (850 000 chômeurs recensés en 2010). Supérieur à 20 % il y a quarante ans, le taux de syndicalisation est inférieur à 10 % aujourd’hui.

Cela ne pouvait manquer d’avoir son effet à l’intérieur du PCF. Jusque vers 1970, 45 % de ses adhérents étaient ouvriers : ils n’étaient déjà plus que 31 % en 1997. En 2003, alors que les ouvriers composent un quart de la population active, on ne comptait que 10 % de délégués ouvriers au 32è congrès du parti.

Le PCF bénéficiait du soutien des fractions supérieures des classes populaires, d’où venaient la plupart de ses dirigeants. Or, dès la fin des années 1970, ces couches sont fragilisées par une crise qui ébranle autant la base qu’un appareil reposant sur une alliance entre ouvriers syndicalistes et «petite bourgeoisie culturelle» (enseignants, fonctionnaires de l’animation, éducateurs). Mais si le PCF a subi cette évolution, il y a aussi largement contribué.

Au lendemain de 68, illusionné par la force de la CGT et son score à la présidentielle de 1969 (21 %, contre 5 % pour une SFIO agonisante), le PC se croit le vent en poupe, alors que va s’aggraver une contradiction qui fera sa chute : sa base ouvrière décline, en raison de l’attrait d’une CFDT au visage « gauchiste », puis de la crise économique dès 1975 ; tandis que la direction renâcle à s’ouvrir aux «nouveaux mouvements sociaux», que sait capter un PS ascendant. Le parti oscille, optant pour l’Union de la gauche en 1972 avant de la rompre en 1977, tout en  participant au gouvernement socialiste de 1981 à 1984.

Menacé dans son élite dirigeante et même dans son assise sociale, le PC réagit par un repli conservateur, s’élevant contre «l’immoralité» (jusqu’à défendre «la pudeur»), restant à l’écart des « questions de société », par exemple des luttes pour l’avortement, tout en brouillant les cartes par la renonciation à sa spécificité idéologique (abandon officiel de la « dictature du prolétariat » en 1976 4).

À la fin des années 1970, raidissement moral et durcissement ouvriériste provoquent une résistance à la base, y compris une réticence à la ligne officielle sur l’immigration, désaccords qui se répercutent dans la CGT. Le PC se referme sur lui au moment où il n’a plus les moyens de faire taire des contestations qui débordent sur la place publique, l’exclusion ne faisant plus guère peur aux opposants. La solution qui finira par s’imposer mettra à l’arrière-plan la référence au «parti de la classe ouvrière», au profit d’une démarche « citoyenne », du municipalisme, de la diversité et de la mixité sociale. L’électoralisme se faisait au nom des travailleurs : ceux-ci sont maintenant d’abord traités en citoyens.

Une lutte de classe ne s’en déroule pas moins au sein du monde PC, entre la municipalité-patron et ses salariés, soutenus par les cellules des employés communaux et la CGT. Et ce ne sont pas les syndicalistes qui l’emportent, mais des élus d’autant plus puissants que, comme à Ivry, la mairie est souvent devenue le premier employeur de la ville. Quand le conflit oppose des ouvriers d’atelier aux chefs de service et aux cadres de la fonction publique territoriale, le PC cesse d’apparaître comme l’organisation par excellence de défense du travail, y compris aux yeux de ses militants.

Héritier d’une vieille tradition social-démocrate, le «communisme municipal», longtemps une des forces du PC, s’autonomise, conformément à un choix politique : à la fin du 20è siècle, le PCF se restructure sur la base des circonscriptions électorales aux dépens des cellules d’entreprise. L’Union de la gauche avait d’ailleurs permis d’augmenter le nombre d’élus PC, jusqu’au record de 1 500 maires PC en 1983. Pourtant, quand cesse l’alliance avec le PS (ou quand ce parti, comme aujourd’hui, s’effondre), et que le PC ne contrôle plus que 720 mairies en 2008, les élus ont beau être de moins en moins nombreux, leur pesanteur politique s’en affirme davantage. Ce ne sont plus les métallos mais les cadres des collectivités qui forment le groupe central du PCF. 5

En parallèle, le PCF valorise la multiplicité, les travailleurs n’étant que l’une des minorités auxquelles il s’adresse. Le texte du Conseil national pour le 34è congrès (2008) citait une seule fois le mot ouvrier, comme un groupe parmi tous ceux qu’il faut rassembler : « ouvriers, techniciens, employés ou cadres, femmes et hommes salariés de toutes catégories, précaires, intellectuels, sans-papiers, sans-emploi, paysans, créateurs, étudiants, retraités, artisans ».

Le PC s’est rallié au thème d’une « démocratie participative », qui ne vise pas à représenter ou promouvoir une classe ouvrière, ni même des classes dites populaires, mais à réunir quasiment la totalité de la population : le « lien social » est forcément trans-classiste, et la priorité donnée à la lutte «contre l’exclusion» signifie qu’il faut inclure tout le monde. Si différences il y a, elles relèvent de l’origine (ethnique, religieuse…) ou du sexe (recherche de la parité). La «démocratie locale» (par exemple l’habitude du référendum municipal sur un projet communal) réduit la politique à des fragments de vie quotidienne.

Les associations liées au PC se perpétuent, d’autres naissent, mais déliées d’un parti qu’elles ne nourrissent pas. Participer à l’action du parti ne se fait plus dans le cadre d’une cellule, mais d’un réseau, voire de plusieurs, chaque réseau ayant son thème particulier, et chaque personne choisissant ce qu’elle préfère. Quand les ex-staliniens comme les ex-gauchistes pratiquent une démocratie do-it-yourself, il n’y a rien d’étonnant à ce que dépérisse un militantisme qui n’avait jamais été le fait que d’une minorité.

En 1997, un quart des cotisants disaient militer et 31 % des adhérents, consacrer moins d’une heure par mois au parti. Pire, moins d’un tiers des adhérents participent aux votes internes au PC. Il y a une vingtaine d’années déjà, Elise Grappe (1911-1996, élue député PCF en 1951) déclarait: «Dans ma cellule, on se réunit chez moi. Je leur fais un casse-croûte. Ils mangent, ils boivent. Ils sont bien contents. Et on s’en va tout heureux. On ne fait rien. On paie nos timbres, on souscrit, mais on ne fait rien. C’est la cellule du quartier.»

En réalité, «militer» n’a plus le même sens. À la base les «assos» (dépolitisation par éclatement) ; au sommet, la gestion locale et électorale (professionnalisation) ; pour faire coller le tout, des consultants en communication. Auparavant, un discours de classe structurait l’appel au peuple : aujourd’hui, avec l’effacement du vocabulaire de classe, le peuple ne tient plus que comme addition de minorités.

Ouvrier renvoyait au travail. Le peuple, lui, n’a de réalité que comme le rassemblement de ceux d’en bas, définis moins par ce qu’ils font que par ce qu’ils ne sont pas et n’ont pas, les 99 % privés de pouvoir, domination et privation étant supposées donner cohérence à cet ensemble. De l’abandon d’une classe mythifiée sortent un agrégat de catégories sans autre consistance qu’abstraite, parfaitement exprimée par le slogan : « L’humain d’abord. »

Le PCF a bien épousé son temps. Tant moqué autrefois pour son ouvriérisme, il a fait comme les autres, évoluant vers un parti d’élus et de diplômés dans ses instances dirigeantes, passant des prolétaires aux «gens», s’ouvrant à «la société civile», prônant la «mixité sociale » et la (re)reconstitution du «lien social», œuvrant à démocratiser la démocratie.

On comprend que ce PCF n’hésite plus à s’entendre avec des groupes souhaitant eux aussi compléter la démocratie «formelle» par une démocratie sociale: le «partage des richesses» prôné par le NPA est le programme commun d’une néo-extrême gauche résignée à atténuer les effets négatifs pour les prolétaires d’une lutte de classes que les bourgeois continuent – pour combien de temps ? – à gagner. 6

G.D., juillet 2017

Julian Mischi, Le communisme désarmé. Le PCF et les classes populaires depuis les années 1970, Agone, 2014.

https://ddt21.noblogs.org/

Commentaire: La nostalgie d’un bon vieux temps transpire partout dans ce texte qui décrit en réalité l’intégration de la gauche politique et syndicale y compris « radicale » dans l’appareil d’état. Et ce n’est pas en se revendiquant les meilleurs gestionnaires que çà va s’arranger!

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27 juillet 2017 ~ 0 Commentaire

dossier 1917 (alternative libertaire)

L’anarchiste Jelezniakov disperse l’Assemblée constituante

C’est un épisode historique relativement connu : la dispersion de l’Assemblée constituante russe, le 5 janvier 1918, s’est faite sous la contrainte du matelot de Cronstadt Anatoli Jelezniakov… avec évidemment l’aval du pouvoir bolchevik.

Dans la nuit du 5 au 6 janvier 1918, après seulement douze heures de session, le pouvoir bolchevik, approuvé par ses alliés anarchistes et SR de gauche, fait disperser l’Assemblée constituante. Celle-ci vient d’annuler plusieurs décisions du IIe congrès des soviets, tenu en octobre 1917.

Assemblées concurrentes, la Constituante et le congrès des soviets sont élues sur des bases très différentes : la Constituante l’est au suffrage universel, dans toutes les classes sociales ; le congrès des soviets ne comporte que des députés élus dans les usines et les régiments.
Pour les anarchistes, la légitimité politique revient au congrès des soviets… même si, par la force des choses, il est dominé par le gouvernement bolchevik auquel ils sont hostiles.

Les Parti bolchevik, lui, avait tellement réclamé la convocation d’une Assemblée constituante entre février et octobre qu’une fois au pouvoir, il n’a pu faire autrement que d’en organiser l’élection. Le quotidien anarchiste de Petrograd, « Bourevestnik », avait alors condamné une décision « contradictoire, extrêmement nuisible et dangereuse ». Sans surprise, le scrutin donne une large majorité de députés modérés, principalement SR et mencheviks.

La Constituante ne siégera cependant qu’une unique journée. Le 6 janvier, à 4h40 du matin, le commandant de la garde du palais de Tauride, l’anarchiste Anatoli Jelezniakov, avec l’aval du chef bolchevik Dybenko, vient donc taper sur l’épaule du président de l’Assemblée constitu- ante, Viktor Tchernov, et lui intime l’ordre de lever la séance. Le pays se montrant indifférent à ce coup de force, la Constituante ne sera plus autorisée à se réunir. Une semaine plus tard, le IIIe congrès des soviets approuvera ce coup de force, affirmant sa légitimité contre celle de la Constituante. Dans la réalité, c’est surtout le gouvernement bolchevik qui a désormais les coudées franches.

26 juillet 2017

http://alternativelibertaire.org/

Commentaire: Ce n’est pas tant le mode de scrutin qui importe mais la dynamique de la révolution en marche! Les soviets auraient-ils dû « rendre » le pouvoir à ceux qui ne songeaient eux mêmes qu’à le « rendre » à la bourgeoisie pour continuer la guerre avec les alliés et devoir tout recommencer? Faire ce qui a perdu la révolution espagnole?

Édito : Les anarchistes, leur rôle, leurs choix

De la Révolution russe, les libertaires ne retiennent souvent que deux épisodes épiques et signifiants : la Makhnovchtchina, Cronstadt 1921. La séquence initiale de 1917-1918 est plus mal connue. C’est pourtant là que l’essentiel de la partie s’est jouée pour le mouvement anarchiste. Quelle était alors sa consistance, quel fut son rôle, quels choix opéra-t-il ?

En février 1917, après l’effondrement des institutions impériales, émergea une administration alternative – les soviets, les comités d’usines –, base d’un possible pouvoir populaire. Possible, mais pas assuré. Beaucoup dépendrait de l’orientation imprimée par les différents courants politiques à l’œuvre. Or, en février 1917, l’anarchisme était la composante la plus minoritaire du socialisme russe.

Certes, la politisation fulgurante du prolétariat et des conscrits entraîna alors une croissance pléthorique des partis et des syndicats, jusque-là clandestins. Mais comment transformer ce flot de convertis volatils en une force collective, capable de peser sur le cours des événe- ments ? Toutes les organisations furent confrontées à cet enjeu, auquel le mouvement anarchiste ne put répondre. Par manque de moyens, assurément ; par manque de volonté aussi, du fait d’un reliquat de spontanéisme hérité de la période « terroriste » de 1905-1906.

Des années plus tard, bien des militants souligneront ces lacunes. Voline déplorera le manque de « cadres » pour répandre les idées anarchistes et « contrecarrer la puissante propagande et l’action bolchevistes » [1]. Makhno en voudra aux « anarchistes des villes » de n’avoir pas épaulé ceux des campagnes [2]. Anatole Gorélik jugera qu’« il y avait très peu de militants anarchistes de formation théorique suffisante » et évoquera son angoisse quand, dans le Donbass, il voyait « chaque semaine, des dizaines de représentants et délégués d’ouvriers » qui réclamaient « des orateurs et agitateurs, de la littérature politique, mais surtout une aide morale et théorique » sans que son groupe soit en mesure de répondre à la demande [3].

Le mouvement anarchiste n’ayant pu surmonter à temps son handicap initial, une large part de sa mouvance fut satellisée, puis aspirée par le Parti bolchevik, que sa supériorité numérique et organisationnelle faisait apparaître comme un outil plus efficace pour parer au plus pressé : vaincre la bourgeoisie et la contre-révolution. Que faire pour échapper à cette fatalité, et créer la surprise ? Ce dossier raconte comment le ­mouvement libertaire joua sa partition et tenta de rattraper son retard, avant d’être brutalement étranglé par le nouveau pouvoir.

Guillaume Davranche (AL Montreuil) et Pierre Chamechaude (Ami d’AL, Paris)

http://alternativelibertaire.org/

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26 juillet 2017 ~ 0 Commentaire

john reed (psl)

« Octobre » de Serguei Eisenstein

‘‘Dix jours qui ébranlèrent le monde’’, de John Reed

John Reed était un journaliste et militant communiste américain. A la chute du régime du tsar Nicolas II en 1917, il s’est rendu en Russie et a retranscrit ce qu’il y a vu et expérimenté. Son témoignage de la révolution est l’un des plus fascinants et enthousiasmants qui existe. Un siècle après la révolutuion russe, ses Dix jours qui ébranlèrent le monde restent, comme Lénine le faisait remarquer en son temps, ‘‘un rapport fidèle et animé’’ de cette révolution. “Je conseille sans retenue ce livre aux travailleurs du monde entier ”, avait écrit Lénine dans sa préface au livre.

John Reed commence par replacer les évènements d’octobre 1917 dans leur contex- te historique. Il décrit les principaux courants de la vie politique dans les grandes lignes, il décrit les nombreuses tensions issues des restes de l’ancien régime de même que l’antago- nisme entre le Gouvernement provisoire qui avait officiellement repris les rênes du pouvoir après la chute du tsarisme en février 1917 et les révolutionnaires socialistes qui devaient conduire la prise du pouvoir par les soviets en octobre de la même année.

Le rythme trépidant du récit est maintenu tout au long du livre, ce qui donne une image puissante de la vie politique de l’époque à Petrograd (Saint-Pétersbourg).

La lutte de classes croissante est résumée comme suit : “Dans les rapports entre un gouverne- ment faible et un peuple en révolte, un moment arrive où chaque acte du gouvernement irrite les masses et où chaque refus d’agir stimule le mépris.” Les talents de Reed comme journaliste et comme historien s’expriment dans la façon entrainante avec laquelle les évènements sont présentés. Sa description de la prise du Palais d’hiver (où siègent les ministres du gouverne- ment provisoire), en grande partie pacifique, et de l’enterrement des martyrs de la révolution en sont des exemples parfaits.

Le personnage principal de ce livre est sans conteste la population russe. Reed n’a pas ménagé ses efforts pour mettre les expériences subjectives des travailleurs, des soldats et des paysans au centre de son ouvrage. Il est évidemment question des discours importants des partisans du parti bolchevik, surtout Lénine et Trotsky, et de leurs opposants. Aux mo- ments critiques de divergences d’opinion ou de discussion, le cours des débats est finalement déterminé par les masses, qui sont déterminantes pour la poursuite des évènements.

Reed a fait le commentaire suivant sur un ouvrier typique de Petrograd : “Le travailleur russe est révolutionnaire mais il n’est ni violent ni dogmatique ni bête. Il est prêt à lutter contre l’oppresseur, la classe capitaliste, jusqu’à la fin. Mais il ne nie pas l’existence d’autres classes. Il demande seulement à ces autres classes de choisir leur camp.” Le style de Reed rend justice à la politique des Bolcheviks de cette période : une politique consciente des besoins et des préoccupations de la population, combinée à une compréhension profonde de l’analyse marxiste des classes sociales en tant que guide pour l’action.

C’est sur cette base que les Bolcheviks ont pu jouer un rôle prépondérant dans les soviets (les conseils ouvriers et paysans qui représentaient un autre pouvoir à côté du gou- vernement provisoire). Ce livre est un excellent résumé des analyses des circonstances objec- tives en développement au cours de la révolution documenté à partir de l’expérience subjective vécue par les masses. Le lecteur est entrainé dans les évènements fiévreux des journées d’octobre.

Après avoir décrit le débat qui pris place au sein d’un régiment sur la question de la neutralité ou du soutien à la révolution, tranché de manière écrasante en faveur de la révolution, Reed déclare : “Imaginez-vous que cette lutte se répète dans chaque baraquement de la ville, du district, de tout le front, dans toute la Russie. Imaginez-vous le [général] Krylen- ko qui en perd le sommeil et assiste impuissant à ce qui se passe dans les régiments, qui court d’un endroit à l’autre pour y argumenter, menacer et perdre.

Et imagez-vous que la même chose se passe dans toutes les sections de chaque syndicat dans les usines, les villages, sur les navires de la flotte russe postée au loin ; pensez aux centaines de milliers d’hommes russes qui partout dans ce grand pays regardent les orateurs : des ouvriers, des paysans, des soldats, des marins, qui essaient à tout prix de comprendre et de choisir, qui réfléchissent intensivement et finalement, décident avec une telle unanimité. C’était ça la révolution russe.”

Une critique souvent formulée sur les ‘‘Dix jours qui ébranlèrent le monde’’ est la position de départ positive de John Reed vis-à-vis des Bolcheviks. Reed explique dans l’intro- duction qu’il ne peut être neutre dans ce récit du fait de son implication personnelle dans les évènements. Reed est au moins honnête depuis le début quant à ses opinions socialistes. Il essaie de ne pas les cacher derrière un vernis de soi-disant objectivité historique. Reed dit ouvertement et honnêtement dans quel contexte son livre doit être lu. Son sens étroit du détail et l’utilisation de sources de première main font de ces ‘‘Dix jours qui ébranlèrent le monde’’ un point d’orgue du journalisme du 20ème siècle.

A mesure que la crise actuelle du capitalisme continuera de faire ses ravages, les jeunes et moins jeunes tenteront avec un enthousiasme grandissant de s’emparer de cette période de l’Histoire dans laquelle de pauvres travailleurs, soldats et paysans ont renversé tout un système politique et socio-économique. Une période au cours de laquelle des opprimés sont entrés ensemble en lutte contre un système qui ne leur offrait pas d’avenir et dont ils s’aliénaient de plus en plus. Les ‘‘Dix jours qui ébranlèrent le monde’’ est une excellente introduction à l’histoire de la Révolution russe et un bon point de départ pour ceux qui ne peuvent plus se satisfaire de la manière dont notre société est organisée.

Stephen Ray, Socialist Party (section du Comité pour une Internationale Ouvrière en république irlandaise)

https://fr.socialisme.be/

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26 juillet 2017 ~ 0 Commentaire

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trotski

Origines

En France comme ailleurs, le mouvement communiste est né de la trahison des socialistes en 1914 : la SFIO et les dirigeants de la CGT se joignent à l’Union sacrée pour la guerre impéria- liste. Partout dans l’Internationale ouvrière, l’aile révolutionnaire et internationaliste se regrou- pe à gauche, et en Russie, elle mène la Révolution d’Octobre sous la direction des bolchéviks. L’Internationale communiste va alors naître en 1919.

Les décantions ne se font pas en un jour, et les débats et recompositions sont nombreux. On peut distinguer tout un courant centriste qui ne rompt pas tout à fait avec les idées réformistes, d’autant plus que les militants français sont assez mal informés de ce qui se passe ailleurs et notamment des débats dans la gauche de Zimmerwald. Ainsi vers 1916, peu d’entre eux connaissent le nom de Lénine, et connaissent plutôt Trotsky et Martov.[1]

Des minoritaires commencent à se regrouper, notamment dans la rédaction du journal Le Populaire. Certains forment le Comité de défense du socialisme internationalis- te (CDSI), ou le Comité pour la reconstruction des relations internationales (CRRI), plus radical, qui deviendra après la guerre le Comité pour la IIIe internationale. Souvarine créé en 1920 le Bulletin Communiste. Le Parti Socialiste quitte l’Internationale ouvrière au congrès de Strasbourg en février 1920.

1920 : Fondation de la SFIC

À la suite du congrès de Strasbourg, deux dirigeants centristes, Ludovic-Oscar Frossard  et Marcel Cachin sont envoyés durant l’été 1920 à Moscou, dont ils reviennent en ayant accepté (dans l’ensemble) les 21 conditions d’entrée dans l’Internationale Communiste.

Au congrès de Tours en décembre 1920, une large majorité approuve donc l’entrée dans l’IC, en votant la motion rédigée pour l’essentiel par Loriot, Monatte et Souvarine, mais acceptable par les centristes. Le parti prend le nom de « Parti Communiste – Section française de l’Internationale communiste (SFIC) », devenant plus tard le Parti Communiste Français, le secrétariat général restant à Frossard.

La droite (Léon Blum, Paul Faure) décide de maintenir la SFIO : ils sont minoritaires, mais gardent la majorité des élus, et pendant longtemps le crédit électoral. De son côté, la SFIC a pour elle le celèbre journal L’Humanité fondé par Jaurès, et a les militants les plus actifs ainsi qu’une meilleure implantation ouvrière. Un clivage similaire grossit dans la CGT, avec une forte minorité partisane de l’adhésion à l’Internationale Syndicale Rouge et proche de la SFIC. La direction réformiste pousse les minoritaires à scissionner pour former la CGTU en 1921.

La SFIC s’organise officiellement selon les principes du centralisme démocratique, et en particulier les élus doivent cesser d’être des carriéristes et sont dirigés par le parti. Mais la nouvelle direction est centriste. Une aile gauche pro-bolchévique s’organise, notamment autour de Boris Souvarine, qui est élu au premier comité directeur de la SFIC.

Souvarine fait partie, en 1921, des délégués français au 3e congrès de l’IC ; il est élu à la fois au comité exécutif et au Praesidium qui compte alors 7 membres. Le 17 juillet 1921, il entre au secrétariat de l’IC. Aucun Français n’y exercera de fonctions aussi élevées. À cette époque, Souvarine vit principalement à Moscou, mais est également engagé dans la vie du parti français : il s’oppose au « centre », formé autour du Premier Secrétaire, Ludovic-Oscar Frossard et de Marcel Cachin. Il perd son siège au comité directeur au congrès de Marseille en décembre 1921, mais, après le départ (janvier 1923) de Frossard et de ses proches, qui rega- gnent la SFIO, le conseil national de Boulogne marque la victoire de l’aile gauche pro-bolché- vique ; Souvarine revient au comité directeur, puis entre au bureau politique.

Années 1920: Dynamisme militant

Dans ces premières années, le jeune parti est très activiste, et durement réprimé. Il n’est pas rare que les communistes fassent des séjours en prison, aussi bien les militants que les dirigeants. Le parti est minoritaire dans la société, mais dynamique. Le parti s’engage aussi dans le combat féministe.

En 1926, le Secours rouge international est créé pour être la « Croix-Rouge du peuple » : en France ce sont les communistes ou des intellectuels proches (Henri Barbusse,  Romain Rolland…) qui y contribuent le plus activement. L’association organise la solidarité à l’égard des prisonniers et déportés. Dès cette période, elle développe des activités sociales destinées aux enfants démunis : colonies de vacances, aide aux enfants des chômeurs… En 1924, aux élections législatives, le Parti obtient 9,82 % des suffrages et 26 députés.

L’épisode anti-impérialiste

Le combat anti-militariste et anti-impérialiste est alors très présent. Un groupe autour de Nguyễn Ái Quốc (le futur Ho Chi Minh) fut très impliqué dans l’organisation des travailleurs d’origine coloniale vivant en France – l’Union intercoloniale[2]. A partir d’avril 1922, une publi- cation spécifique fut lancée : Le Paria[3]. En mai 1924, la SFIC présenta Hadjali Abdelka- der comme candidat aux élections parlementaires pour le deuxième secteur de Paris (il était un des rares maghrébins qui avait la citoyenneté française). Parmi ceux qui assistèrent à une de ses réunions électorales, un jeune ouvrier de chez Renault : Messali Hadj.

Hadjali fit une très forte impression sur lui, et leur amitié se noua à cette occasion. L’année suivante Messali devint membre du parti communiste. En 1926, Messali et Hadjali fondèrent l’Étoile Nord-Africaine, le premier grand mouvement pour l’indépendance de l’Algérie. Des manifestations contre la guerre du Rif seront organisées par le parti en 1925… Les deux grandes guerres de libération nationale qui ont secoué la France après 1945 – l’Indochine et l’Algérie – ont eu leurs origines dans les milieux communistes à Paris dans les années 1920.

Le parti est encore malgré tout très imprégné des préjugés social-chauvins, y compris ses dirigeants comme Frossart et Cachin.[4] Une déclaration du Bulletin Communiste du 14 février 1922 affirme que les peuples colonisés ne pourront pas s’émanciper par eux-mêmes car ils n’ont pas de « passé révolutionnaire » et annonce la création d’un Comité d’études coloniales (CEC). La section de Sidi Bel Abbès (une des plus importantes en Algérie) provoqua des remous en écrivant une lettre à la direction du parti déclarant son désaccord total avec la ligne de Moscou et affirmant que si les indigènes se révoltaient l’Algérie sombrerait dans un régime féodal. Une attitude que Trotsky qualifia de « point de vue purement esclavagiste »[5]. Même la mobilisation du parti contre la guerre du Rif n’associe pas réellement les travailleurs tunisiens.

C’est une minorité qui est motrice sur ces sujets, mais elle a l’appui de l’Interna-tionale. En Afrique du nord, le mouvement communiste était organisé par des Français qui vivaient sur place et le nombre des membres autochtones était peu important. Le 24 septem- bre 1922, un rapport fut adopté à l’unanimité par le 2e Congrès Interfédéral Communiste de l’Afrique du Nord, et disait que « ce qui caractérise la masse indigène, c’est son ignorance. C’est, avant tout, le principal obstacle à son émancipation ». Envisagée ainsi, « l’émancipation des populations indigènes d’Algérie ne pourra être que la conséquence de la Révolution en France ». « La propagande communiste directe auprès des indigènes algériens […] est  actuellement inutile et dangereuse. »[6] Le parti a par ailleurs une grande faiblesse théorique sur la question de l’impérialisme, et par exemple connaît à peine les élaborations de Lénine.

Heureusement, il y avait en Afrique du nord d’authentiques internationalistes, en particulier Robert Louzon, secrétaire de la Fédération communiste tunisienne, laquelle lança en 1921 le premier quotidien communiste en langue arabe. Au bout de huit jours, le journal fut interdit. Pendant une dizaine de jours, de nouveaux quotidiens en arabe furent lancés, chaque jour sous un titre différent ; tous furent interdits immédiatement. Dans un article intitulé Une Honte[7], Louzon condamna la résolution. Il insistait sur le fait qu’« il n’y a pas d’équivalence entre le nationalisme d’un peuple oppresseur dont le nationalisme consiste à opprimer un autre peuple, et le nationalisme d’un peuple opprimé dont le nationalisme ne tend qu’à se débarrasser du peuple oppresseur ». Il ajoute que le communiste européen « ne doit pas se croire supérieur à l’indigène parce qu’il porte un chapeau au lieu d’un fez ».

Le CEC fut restructuré au milieu des années 1920 en Comité colonial, qui sera principalement animé par des jeunes communistes et par des de « spécialistes ». comme Nguyễn Ái Quốc.

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26 juillet 2017 ~ 0 Commentaire

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Stalinisation et sectarisme

Malheureusement, très vite le parti est marqué par la stalinisation. En 1923 éclatent entre les dirigeants bolcheviques les conflits qui couvent depuis le début de la maladie de Lénine. Souvarine, qui prend le parti de l’esprit critique face à la direction, et relaie donc parfois les points de vue de Léon Trotski, s’oppose en France à Albert Treint qui a les faveurs de Grigori Zinoviev et de la direction de l’Internationale.

En janvier 1924, au congrès de Lyon, Souvarine sort vainqueur de la confrontation, mais Treint, avec l’appui de Dmitri Manouïlski et de tous les envoyés de l’IC, fait basculer le Comité directeur courant mars.

Dans un texte de mars 1924, Souvarine dénonce le « centralisme mécanique, bureaucratique, et irresponsable » au sein de la SFIC. La publication par Souvarine d’un texte de Trotski, Cours nouveau, dans une brochure financée par souscriptions (notamment du jeune Maurice Thorez) sert de prétexte à son éviction de l’IC et donc de la SFIC, annoncée par L’Humanité le 19 juillet 1924. Son exclusion est une conséquence de son opposition à la « bolchevisation » de la SFIC (en fait « stalinisation »). Les exclusions de Pierre Monatte et Alfred Rosmer suivent. C’est aussi à ce moment qu’un anti-impérialiste comme Louzon quitte le parti.

Après avoir dirigé ces exclusions, Albert Treint sera exclu à son tour en 1928 après avoir dénoncé la politique de Staline comme contre-révolutionnaire.

Un nouveau personnel dirigeant, plutôt jeune, prend rapidement leur place, formé pour l’essentiel dans les écoles de l’Internationale communiste. Henri Barbé et Pierre Celor, qui accèdent au secrétariat du parti en 1927, sont emblématiques de ce nouveau personnel dirigeant. Suivant les directives staliniennes, ils mènent la politique dite de «Classe contre Classe», c’est-à-dire un tournant sectaire qui refuse les fronts uniques avec les socialistes, qu’ils traitent de social-fascistes. Le Parti perd la moitié de ses voix aux élections de 1928.

Années 1930

Stalinisation accrue et dissidences trotskistes

En 1930-1931, Moscou impose un nouveau changement de direction : un jeune secrétaire à l’organisation, Maurice Thorez, prend la tête en dénonçant la formation d’une fraction au sommet du parti. Des organisations communistes dissidentes, d’extrême gauche, se créent pour défendre un communisme opposé au stalinisme : le Cercle communiste démocratique, la Ligue communiste, l’Union communiste, entre autres. La revue La Révolution proléta-rienne regroupe les principaux fondateurs du PC, exclus ou démissionnaires.

En 1934, Thorez évince Jacques Doriot – qui crée le Parti populaire français – et il dirige alors librement le parti, avec Jacques Duclos, Benoît Frachon et le délégué du Komin- tern, Eugen Fried. L’équipe Thorez-Duclos-Frachon connaîtra une longévité exceptionnelle et dirigera pratiquement le parti français pendant une trentaine d’années. Les ordres sont directement reçus de Moscou, et toute contestation entraîne l’exclusion (c’est le cas d’André Ferrat, ancien rédacteur en chef de L’Humanité qui rejoindra la SFIO). Le grand prestige de l’URSS était utilisé pour souder les militants.

Du sectarisme à l’opportunisme 

Après l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne, et les manifestations d’extrême droite de 1934 en France, la clique stalinienne (en Urss) se sent militairement menacée. Elle va alors opérer un revirement stratégique total, passant du sectarisme à l’opportunisme, afin de se concilier la bourgeoisie démocrate.

En France, le PC va prôner l’unité contre le fascisme, ce qui répond dans un premier temps à une forte aspiration des travailleurs. Le 12 février 1934, les cortèges SFIO et SFIC fusionnent dans l’enthousiasme au cri de « Unité, Unité ! » et les grèves et manifestations se multiplient dès lors. Mais ce ne sera pas un Front Unique. Non seulement le PC va remettre à plus tard sa visée révolutionnaire, mais il va jusqu’à brouiller les lignes de classe en cherchant l’alliance des communistes jusqu’au Parti radical, qui est un parti bourgeois.

En mai 1935 fut signé le pacte d’assistance mutuelle franco-soviétique entre Staline et Laval, Ministre des Affaires Etrangères.

A cette occasion, Staline déclara qu’il approuvait la politique de défense nationale menée par le gouvernement réactionnaire de Flandin. Le PC cesse alors de critiquer l’impérialisme français. Afin de « défendre l’URSS », le PC se fait nationaliste, ses élus portent l’écharpe tricolore, ses militants se mettent à chanter la Marseillaise, et à défiler avec des drapeaux tricolores le 14 juillet…

Le PCF se met à parler souvent de « peuple français », alors que jusque là on employait surtout ce terme pour parler des peuples opprimés. Avec la menace fasciste, l’anticolonialisme fut abandonné car il était perçu comme une possibilité d’affaiblir la France. Le parti connaît alors une vague d’adhésions sur cette base. Il n’y a plus que de rares figures comme André Morel qui défendent l’idée que les communistes devaient s’allier aux mouvements nationalistes des colonies afin de lutter à la fois contre le fascisme et le colonialisme.

(Résumé)

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25 juillet 2017 ~ 0 Commentaire

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1848

Journées de juin 1848

Histoire du Parti Socialiste en France  1878-1920

En mai 1981, lors de son investiture, François Mitterrand rendait un hommage hypo- crite et mensonger à Jean Jaurès, suggérant par-là une filiation du Parti socialiste (PS), qui nous gouverne et nous exploite depuis plusieurs décennies, avec la Deu- xième Internationale de l’époque, et spécialement sa “section française”, la SFIO1, dans laquelle ont combattu d’authentiques militants ouvriers de la trempe des Jean Jaurès, Jules Guesde, Paul Lafargue ou l’ancien communard Édouard Vaillant. Aujour- d’hui encore, les Hollande, Valls, Royal, Hamon et consorts, tous ces politiciens bourgeois cyniques et hypocrites, se réclament de cet héritage socialiste.

La série que nous débutons avec ce premier article a pour objectif de mieux faire connaître les origines souvent ignorées de ce parti initialement prolétarien afin de mieux mettre en évidence le processus qui le mena ensuite à la trahison et à devenir même un rouage incontournable de l’appareil d’État français.

Nous retracerons les grandes étapes de cette évolution, depuis l’élaboration du programme d’inspiration marxiste du POF2 entre 1879 et 1882, la constitution d’un parti socialiste unifié en 1905 et la scission au congrès de Tours en 1920, qui clôtura l’histoire de la SFIO en tant que parti de la classe ouvrière, en passant évidemment par la trahison du principe fondamental de l’internationalisme prolétarien en 1914 avec le vote des crédits de guerre.

Afin de comprendre les étapes de la construction du parti socialiste en France, processus long, chaotique et laborieux, il est nécessaire de revenir sur les conditions très particulières qui ont fortement marqué sa naissance.

Forces et faiblesses dans la constitution d’un parti prolétarien en France : le poids d’un double héritage

La construction d’un parti socialiste unifié en France ne s’est en effet réalisé qu’en mai 19053 et portait alors le poids du lourd héritage de la révolution bourgeoise de 1789 et les effets de l’écrasement de la Commune de Paris en mai 1871. Ce double héritage a pesé négativement sur les épaules du prolétariat et du mouvement ouvrier en France, notamment sur son avant-garde révolutionnaire : il a non seulement affecté la conscience ouvrière et généré des confusions théoriques importantes, mais il a également produit des faiblesses et des fragilités récurrentes que le mouvement ouvrier n’a jamais pu totalement surmonter dans ce pays.

Pourtant, à travers trois événements majeurs qui devaient rayonner sur le mouvement ouvrier international (les révolutions de 1789 et 1793, les journées de juin 1848 et la Commune de 1871) s’était forgé en moins d’un siècle un élément exceptionnel et unique de force et d’assurance, une expérience insurrectionnelle et une tradition combative hors pair.

Les déformations héritées de 1789 et de la Révolution bourgeoise triomphante

Les faiblesses et déformations politiques du mouvement ouvrier en France étaient fortement liées aux aléas de l’histoire de la nation française, particulièrement à une tendance de la plu- part des anarchistes, mais aussi parmi de très nombreux socialistes français, à se considérer comme les héritiers de la révolution bourgeoise de 1789.

Les références à l’expérience française de 1789, aux armées révolutionnaires de 1792 et à la lutte du “peuple français” contre “l’envahisseur allemand” réactionnaire étaient permanentes dans la défense de leur point de vue révolutionnaire. Cette démarche tintée de jacobinisme introduisait en fait une vision nationale de la révolution en opposition avec la nature et le principe essentiel de l’internationalisme prolétarien.

Cette identification révolutionnaire à la révolution bourgeoise venait du fait que le “petit peuple” (les sans-culottes) avait amplement pris part à la lame de fond révolution- naire de 1789-1793 contre la morgue et l’arrogance de la monarchie et de l’aristocratie. Ces manifestations insurrectionnelles ont largement occulté l’antagonisme de classe entre bour- geoisie et prolétariat, masquant la confiscation totale du pouvoir par la bourgeoisie. Les pion- niers du mouvement socialiste en France allaient ainsi la négliger, voire perdre totalement de vue cette notion d’intérêts distincts, et devenus irréconciliables, avec ceux de la bourgeoisie.

Plusieurs facteurs contenus dans la référence à la révolution de 1789-1793 interve- naient pour expliquer un tel oubli :

- Le poids de la vision d’une bourgeoisie progressiste et éclairée, une vision intellectuelle théorisée par les philosophes des Lumières et marquée par les illusions d’une possible alliance avec cette dernière contre le retour de la monarchie et du bonapartisme ;

- Le rayonnement et l’aura de la révolution de 1789-1793 sur le mouvement ouvrier en général et en France en particulier. Cette fierté se cristallisera sous la forme d’une conception jacobine de la révolution qui va de pair avec un poids du nationalisme, du patriotisme et du républica-nisme, avec la vision que la monarchie s’appuie sur les régimes réactionnaires des autres pays et complote son retour au pouvoir avec l’aide de l’étranger.

C’est en réalité d’abord et avant tout le grand soulèvement de juin 1848 à Paris qui permit de vérifier la réalité du prolétariat tel qu’il est défini dans le Manifeste du Parti Communiste : une force politique indépendante irrévocablement opposée à la domination du capital. On est saisi par le contraste de la méthode de Marx et Engels qui furent en mesure de tirer les leçons fondamentales des précieuses expériences de juin 1848 et de la Commune de 1871 pour aider la social-démocratie allemande à former un Parti Socialiste et une nouvelle Internationale sur des bases politiques solides, tandis que les socialistes français s’exaltaient et s’enivraient avec orgueil de leur passé national, s’embourbant dans le patriotisme et faisant ainsi le lit de leur futur social-chauvinisme.

La méthode critique de Marx lui fit ainsi tirer de toutes autres leçons des événe- ments de 1871. Car si la Commune a pu reprendre à son propre compte les principes de la révolution bourgeoise de 1789, ce n’est certainement pas pour leur donner le même contenu. Ainsi, loin d’avoir été un mouvement pour la défense de la patrie contre l’ennemi extérieur, c’est bien pour se défendre contre l’ennemi intérieur, contre “sa” propre bourgeoisie représentée par le gouvernement de Versailles, que le prolétariat parisien refusa de remettre les armes à ses exploiteurs et instaura la Commune.

Pour les ouvriers de la Commune, “Liberté, Égalité, Fraternité” signifiait l’abolition de l’esclavage salarié, de l’exploitation de l’homme par l’homme, de la société divisée en classes. Cette perspective d’un autre monde qu’annonçait déjà la Commune, on la retrouve justement dans le mode d’organisation de la vie sociale que la classe ouvrière a été capable d’instaurer pendant deux mois. Car ce sont bien les mesures économiques et politiques impulsées par le prolétariat parisien qui confèrent à ce mouvement sa véritable nature de classe, et non les mots d’ordre du passé dont il se réclamait.4

Mais la leçon essentielle de la Commune de Paris tirée par Marx dans La Guerre civile en France est celle-ci : “La classe ouvrière ne peut se contenter de prendre telle quelle la machine d’État et la faire fonctionner pour son propre compte. Car l’instrument politique de son asservissement ne peut servir d’instrument politique de son émancipation”. Et dans Les Luttes de classes en France, écrit en 1850, on trouvait déjà : “La nouvelle révolution française sera obligée de quitter aussitôt le terrain national et de conquérir le terrain européenle seul où pourra l’emporter la révolution sociale”.

Les courants socialistes français, même les plus radicaux qui se réclamaient pourtant du marxisme, ignoraient au contraire ces leçons rapidement oubliées ou mal assimilées.

Le 23 janvier 1893, Guesde et Lafargue, au nom du POF, lançaient ainsi un appel “aux tra- vailleurs de France”, formule qui résume déjà le degré de confusion qu’ils semaient au sein du prolétariat : “On ne cesse pas d’être patriote en entrant dans la voie internationale qui s’impose au complet épanouissement de l’humanité, pas plus qu’on ne cessait à la fin du siècle dernier d’être Provençal, Bourguignon, Flamand ou Breton, en devenant Français. Les internationa- listes peuvent se dire, au contraire, les seuls patriotes parce qu’ils sont les seuls à se rendre compte des conditions agrandies dans lesquelles peuvent et doivent être assurés l’avenir et la grandeur de la patrie, de toutes les patries, d’antagoniques devenus solidaires.

(…) Les socialistes français sont encore patriotes à un autre point de vue et pour d’au- tres raisons : parce que la France a été dans le passé et est destinée à être dès maintenant un des facteurs les plus importants de l’évolution sociale de notre espèce. Nous voulons donc – et ne pouvons pas ne pas vouloir – une France grande et forte, capable de défendre sa République contre les monarchies coalisées et capable de protéger son prochain “89 ouvrier” contre une coalition, au moins éventuelle, de l’Europe capitaliste”.

Cette rhétorique non seulement masque et dénature le caractère bourgeois du nationalisme et du patriotisme mais elle véhicule dans sa confusion extrême un poison mortel qui aura des conséquences tragiques.

La trahison de l’internationalisme prolétarien par les socialistes dans la guerre de 1914 ! On mesure l’ampleur du fossé que même les plus déterminés des socialistes français ont creusé avec l’internationalisme prolétarien et avec le principe fondamental du marxisme : “les ouvriers n’ont pas de patrie”. On retrouve la même confusion et cette ambiguïté fondamentale dans le texte de Lafargue de 1906 censé dénoncer le “patriotisme de la bourgeoisie” qui au lieu de proclamer que “les patriotes sont les ennemis des ouvriers” entreprend de démontrer qu’ils sont en même temps “les alliés des ennemis de la France”…

La confusion, la perte de vue et même l’oubli des leçons fondamentales par les socialistes français traduisaient une incompréhension fondamentale du marxisme, en particulier dans le POF, aile révolutionnaire pourtant la plus avancée du socialisme français, qui s’en revendiquait ouvertement.5

Source:

http://fr.internationalism.org/

Lire aussi:

Histoire du Parti socialiste en France – 1878-1920 (Partie II): le chaotique processus d’unification

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25 juillet 2017 ~ 0 Commentaire

ps 2 (internationalism)

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La sous-estimation des conséquences de l’écrasement de la Commune

Le prolétariat français, comme classe révolutionnaire, fut littéralement décapité par l’écrase- ment de la Commune de Paris et pareille épreuve ne pouvait que lui laisser une empreinte indélébile. Après les événements de la Commune de Paris, une terrible répression s’abattit sur les mouvements socialistes.

Il y eu entre 20 000 et 30 000 morts, plus de 38 500 fugitifs ou exilés et autant d’arres- tations. Puis vinrent les arrestations en masse, les exécutions de prisonniers pour l’exemple, les déportations au bagne et les placements de plusieurs centaines d’enfants dans des maisons de correction. Parmi les personnes arrêtées, 78 % étaient des ouvriers, 84 % d’entre- deux furent déportés dans les plus lointaines contrées de l’empire colonial français.

Or, le poids de l’écrasement, de la répression et de l’ampleur de la défaite du prolé- tariat fut complètement sous-estimé. Avec l’écrasement de la Commune, qui a conduit à la disparition de la Première Internationale après 1872, la bourgeoisie est parvenue à infliger une défaite aux ouvriers du monde entier. Et cette défaite fut particulièrement cuisante pour la classe ouvrière en France, puisqu’elle cessa dès-lors d’être aux avant-postes de la lutte du prolétariat mondial.

Dès 1872, seul l’immédiatisme et l’activisme stérile se manifestèrent. Les ouvriers se réorganisèrent aussitôt en chambre syndicale. Le 28 mai 1872, Jean Barberet, un ouvrier bijoutier devenu journaliste, proche du leader républicain Gambetta, créa le Cercle de l’Union syndicale ouvrière, à partir du regroupement de 23 associations ouvrières. Finalement, le Cercle fut dissous par la police le 22 octobre de la même année, et Barberet emboîta le pas de la politique républicaine de Gambetta l’année suivante en prônant un socialisme républicain et réformiste.

En octobre 1876, c’est encore sous l’influence de Barberet que se tint à Paris le premier Congrès ouvrier de France, marqué par l’esprit du mouvement des coopératives et du mutualisme proudhonien. À Londres, les exilés, notamment les amis de Blanqui, s’orga-nisèrent également. Jules Guesde, journaliste condamné pour avoir défendu la Commune, pris néanmoins une orientation nettement plus influencée par le marxisme que les autres partis.

Aux lendemains de la défaite, l’éparpillement et les influences diverses dans le mouvement ouvrier, en grande partie masquées et surmontées par le soulèvement et la constitution de la Commune, se révélèrent au grand jour malgré les efforts pour construire une unité organisa-tionnelle par l’éclatement et les divisions des différents courants socialistes.

La dispersion et la disparité des courants

Une structure socialiste unitaire fut pourtant créée en 1878 sous l’impulsion de Guesde et du courant marxiste : la Fédération du parti des travailleurs socialistes de France (FPTSF). Mais les congrès de 1880 et 1881 virent s’affirmer la désunion des socialistes. À partir de 1882, ils créèrent plusieurs partis.

Les Guesdistes étaient alors de loin le courant le plus déterminé et le plus solide. La FPTSF, formée en parti au Congrès de Lyon en 1878, décida l’année suivante, au congrès de Marseille, d’élaborer un “programme électoral minimum” qui fut en fait dicté par Marx à Guesde. Cette influence marqua notamment ses considérants qui stipulent que ce programme passe par la “propriété collective et ne peut sortir que de l’action révolutionnaire de la classe pro- ductive (ou prolétariat) organisée en parti politique distinct”. Ce programme fut confirmé en congrès national au Havre en 1880.

Guesde, Lafargue et Deville, furent les principaux animateurs de ce parti qui devint le Parti Ouvrier en 1882 puis le Parti Ouvrier Français en 1893. Le parti se battit non seulement pour des réformes mais aussi pour la conquête du pouvoir politique par les prolétaires. Cette organisation directement inspirée par le marxisme devient d’ailleurs la fraction socialiste la plus nombreuse en France. De  2000 membres du POF en 1889, ce chiffre bondit à 20 000 en 1902, avant de régresser les années suivantes face aux succès du courant réformiste. Dans les années qui suivirent 1880, près du tiers des 200 syndicats corporatistes parisiens adhérè- rent au Parti Ouvrier. En 1890, le congrès de Lille fit un devoir de chaque militant d’entrer dans la Chambre syndicale de sa corporation.

Cependant, l’existence de ce courant marxiste, lui-même affecté de faiblesses et de confusions politiques, a été contrecarrée par plusieurs scissions dues notamment à de sérieu- ses influences politiques néfastes. Ainsi, les Possibilistes de Paul Brousse qui fondèrent en 1882 la Fédération des travailleurs socialistes de France (FTSF) subissaient l’influence réfor- miste du mutualisme fédéraliste et anarchisant proudhonien. Ils affirmaient la nécessité de “fractionner le but idéal socialiste en plusieurs étapes sérieuses, immédiatiser en quelque sorte quelques-unes des revendications pour les rendre enfin possibles”.

Leur programme fit une place importante à la conquête des institutions, particulière- ment des municipalités et à une alliance avec le parti républicain radical bourgeois. Les Alle- manistes de Jean Allemane qui formèrent en 1890 le Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire (POSR) s’inspiraient dans leur vision fédéraliste d’un syndicalisme autogestionnaire et d’un réformisme municipal. Quant au Comité révolutionnaire central d’Édouard Vaillant (CRC) créé en 1881 qui devient en 1889 le Parti Socialiste Révolutionnaire (PSR), il mit en avant la vision blanquiste selon laquelle une petite minorité conspirative bien organisée pourrait effectuer des actions révolutionnaires pour entraîner à sa suite la masse du peuple.

Mais ce furent les illusions réformistes et parlementaristes qui constituèrent le plus lourd handicap du socialisme en France. Elles furent la base du programme des socia-listes indépendants comme Jaurès et Millerand qui, au nom de la solidarité républicaine, prô- naient une politique d’alliance et de compromis avec la bourgeoisie radicale. Ce courant a pris une influence croissante jusqu’à créer en 1898 la Confédération des Socialistes indépendants, qui fusionna en 1902 avec la FTSF de Brousse pour créer le Parti Socialiste Français.

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Lire aussi:

Histoire du Parti socialiste en France – 1878-1920 (Partie II): le chaotique processus d’unification

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25 juillet 2017 ~ 0 Commentaire

ps 3 (internationalism)

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Jean Jaurès et Jules Guesde

Réformisme, anarchisme et populisme

Lors du banquet de Saint-Mandé, le 30 mai 1896, Millerand fit un discours qui servit de charte à toutes les tendances réformistes, appelant à l’unité de tous les socialistes autour des trois points suivants :

- Substitution progressive de la propriété capitaliste par la propriété sociale ;

- Conquête des pouvoirs publics par le suffrage universel ;

- Nécessité de ne pas sacrifier la patrie à l’internationalisme.

Ce type de faiblesses et d’abandon des principes prolétariens étaient également à l’œuvre dans la plupart des pays occidentaux les plus développés où se développaient ouvertement le réformisme et le parlementarisme sur la base de la prospérité économique du capitalisme d’alors et du développement du suffrage universel.

En Allemagne, par exemple, Bernstein propageait un révisionnisme qui considérait qu’il ne s’agissait plus de renverser le capitalisme par une révolution internationale mais de conquérir graduellement et pacifiquement le pouvoir, y compris au moyen d’alliances avec les partis progressistes de la bourgeoisie.

En France, l’ensemble des courants ouvriers furent également marqués par une tendance plus ou moins forte au réformisme. Après quelques succès électoraux aux municipales de 1892 et aux législatives de 1893, plusieurs membres du POF, oubliant leur programme et l’objectif révolutionnaire, finirent même par prôner le réformisme, affirmant que le socialisme pouvaient être atteint par la voie électorale. Au poids du réformisme s’ajoutaient en outre les influences de la tradition artisanale et corporatiste portées par les déformations proudhoniennes et par la fédération jurassienne de Bakounine, traduisant le poids de l’anar- chisme en général, mais aussi le poids du populisme boulangiste qui sévit dans le mouvement ouvrier en France, en particulier au sein du blanquisme.

En 1889, les deux-tiers des députés boulangistes venaient de la gauche et de l’extrême gauche.

Paul Lafargue écrivit à ce titre : “La crise boulangiste a ruiné le parti radical ; les ouvriers, lassés d’attendre les réformes qui s’éloignaient à mesure que les radicaux arrivaient au pouvoir, dégoûtés de leurs chefs qui ne prenaient les ministères que pour faire pire que les opportu- nistes, se débandèrent ; les uns passèrent au boulangisme, c’était le grand nombre, ce furent eux qui constituèrent sa force et son danger : les autres s’enrôlèrent dans le socialisme”.

Toutes ces faiblesses expliquent en grande partie les difficultés de constitution d’un parti socialiste unitaire ainsi que ses tares idéologiques congénitales :

- Une sous-estimation, voire un mépris pour les luttes économiques. Guesde impose au sein du POF une politique purement opportuniste envers les syndicats qu’il étouffe en subordonnant totalement ceux-ci aux visées électorales et parlementaires du parti et en les réduisant à une masse de manœuvre utilitaire, en particulier dans la CGT, ce qui eut un effet repoussoir en faveur du syndicalisme révolutionnaire, alimenta leur hostilité envers le parti et les poussa dans de nombreux cas dans les bras de l’anarchisme ;

- De nombreuses et fortes confusions sur l’action politique qui favoriseront l’entretien des divisions, handicaperont lourdement les tentatives d’unification du parti et l’armeront mal face à l’infiltration de l’idéologie bourgeoise et la collaboration de classe ;

- La faiblesse relative de l’implantation du marxisme dans le mouvement ouvrier en France, la mauvaise assimilation, les déformations sous une forme vulgarisée et simplifiée par Guesde, Lafargue ou Deville, présentés comme des théoriciens du marxisme.

C’est dans une lettre à Lafargue que Marx décocha sa boutade à l’encontre des socialistes français “Moi, je ne suis pas marxiste et Engels lui-même s’opposa à la traduc- tion en allemand des brochures de Deville : Le résumé du Capital, ou Aperçu sur le socialisme scientifique qu’il voyait comme une catastrophe, dont les erreurs et le simplisme vulgarisateur sèmeraient la confusion et le ridicule. Ainsi, Guesde professait comme marxiste l’absurde thèse lassalienne sur “la loi d’airain des salaires”, fermement combattue par Marx et qui consiste à dire que du fait de la concurrence entre ouvriers pour vendre leur force de travail, les salaires ne feront que diminuer et qu’ils devront avec leur famille toujours se contenter du minimum vital sans aucune considération de l’existence de la lutte de classes.

La popularité du blanquisme et de ses “combattants héroïques de la Commune” véhicula une grande confusion dans les moyens de la lutte et imprégna l’organisation révolu- tionnaire d’un état d’esprit conspiratif et putschiste. Engels, dans un article paru dans Der Volksstaat, le 26 juin 1874, se livra à une critique impitoyable mais profondément juste d’un Programme des Communeux marqué par l’immédiatisme, l’esprit de conspiration, plein de déclarations grandiloquentes et creuses, écrit peu de temps avant et signé à Londres par 33 blanquistes émigrés (dont Vaillant et Eudes).

Malgré tous ses défauts, le POF de Guesde, Lafargue et Deville a joué un rôle déter- minant dans la naissance et l’impulsion d’une organisation d’inspiration marxiste en France qui fut la colonne vertébrale de l’introduction et de l’implantation du socialisme. De même, le fait qu’Édouard Vaillant et ses amis blanquistes se soient ralliés au POF et à l’aile gauche du socialisme et ont lutté pour la constitution unitaire d’un Parti Socialiste démontre que le blan- quisme fut capable d’évoluer ; la conversion de Jaurès lui-même au socialisme aurait été selon plusieurs sources le fruit d’une nuit de discussion avec Guesde à Toulouse le 27 mars 1892.

Nous reviendrons dans un deuxième article de manière plus détaillée sur la position des socialistes français face à deux épreuves qui vont conduire à l’échec les tentatives d’unification des courants socialistes : l’Affaire Dreyfus et le “cas Millerand”. Ces événements ont été l’occasion d’une confrontation entre deux grandes tendances, où chaque camp a montré des faiblesses idéologiques et politiques marquées par l’opportunisme mais aussi des éclairs de lucidité qui montrent qu’une dynamique du débat et une certaine clarification des idées et du programme socialiste fut possible. Nous verrons également comment le succès de l’unification du parti socialiste fut acquis grâce à l’aide déterminante du SPD allemand, de Rosa Luxemburg et de la IIe Internationale.

Wim, 10 mars 2017

Notes:

1 Section française de l’internationale ouvrière.

2 Parti ouvrier français.

3 Une année charnière pour le mouvement ouvrier international marquée par une vague révolutionnaire en Russie.

4 Voir notre article « La Commune de Paris, premier assaut révolutionnaire du prolétariat« , Révolution internationale n° 423.

5 Malgré ses tares et ses confusions, le mouvement ouvrier et le courant socialiste en France représentait, comme le soulignait Marx, un des trois piliers du socialisme scientifique international. Sur la tombe de Lafargue en 1911, Lénine saluait d’ailleurs sa conviction révolutionnaire, sa fidélité au prolétariat et l’immense énergie qu’il avait déployée tout au long de sa vie. L’œuvre de Lafargue est encore très précieuse aujourd’hui pour les générations futures qui auront encore à puiser ou à redécouvrir la force et l’originalité de ses écrits, notamment son pamphlet, Le Droit à la paresse, qui s’élève vigoureusement contre l’idéologie du travail inculquée par la morale bourgeoise pour défendre ses conditions d’exploitation, dénonçant par avance un encensement qui sera repris et érigé en modèle plus tard par les partis staliniens

http://fr.internationalism.org/

Lire aussi:

Histoire du Parti socialiste en France – 1878-1920 (Partie II): le chaotique processus d’unification

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19 juillet 2017 ~ 0 Commentaire

das kapital (médiapart)

manga cpa

« Le capital » en manga : actualité du marxisme

 Vous pensez que c’est une blague ? Eh bien, non ! « Le capital » de Karl Marx a été adapté en manga au Japon, et vient d’être édité en français par Soleil Manga. Et ce n’est pas un pensum mais une illustration prenante du fonctionnement du capitalisme, à l’aide du cas banal d’un petit fromager qui veut faire fortune.

Si le tome un est exclusivement centré sur cette illustration, le tome deux, tout en gardant l’aspect attractif du manga, est le plus explicatif, puisque Friedrich Engels vient de temps en temps nous donner quelques notions économiques éclairantes.

La théorie marxiste est régulièrement décriée, ridiculisée, ou assimilée aux régimes qui s’en sont servis comme totem pour asservir un peuple qu’elles étaient censées libérer.

Du coup, on a tendance à oublier que l’exploitation de l’homme par l’homme est une tentation de l’humanité, que cet asservissement peut prendre plusieurs aspects, et que le servage moderne peut prendre la forme de la division du travail, de la restriction des coûts, de la réduction de la « masse salariale », du chômage entretenu et de la promotion du crédit.

Et, surtout, on comprend comment un système basé sur l’enrichissement exponentiel de quelques-uns aux dépends de la force de travail du plus grand nombre, ne peut fonctionner que par le pouvoir absolu ou par le pouvoir sur les consciences. Ce pouvoir poussant chacun à consommer plus qu’il n’est nécessaire, quitte à s’aliéner lui-même, pour que la machine à profit enrichisse ceux qui ont le pouvoir et la capacité d’investissement. Cette course en avant à la production de richesses ne pouvant qu’aboutir à des crises régulières dues à la limite de la surconsommation.

Un livre salutaire, donc, une introduction à l’œuvre de Karl Marx pour ceux qui le souhaitent, mais aussi une base pour les jeunes qui, soumis à la propagande consumériste, n’entendent plus la voix de ceux qui savaient que le capitalisme portait en lui, dès l’origine, les graines du malheur du peuple. Et que seul un état freinant les appétits des investisseurs, défendant le pouvoir d’achat des salariés et l’emploi, institutionnalisant la redistribution et la protection sociale pour tous, peut permettre au régime capitaliste de garder un visage humain.

Nous nous en éloignons chaque jour un peu plus, non ?

26 févr. 2011 Liliane Baie

« Le capital » Karl Marx, éditions Soleil Manga, 2011, deux tomes

https://blogs.mediapart.fr/

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17 juillet 2017 ~ 0 Commentaire

juillet 1917 (npa)

octobre

Ces décisives journées de juillet

Lorsque le 2 juillet 1917, la population de Petrograd apprit l’échec de l’offensive russe, la situation se tendit très rapidement.

Stationnés dans le quartier industriel de Vyborg, les 10 000 soldats du 1er régiment de mitrailleurs, l’unité militaire la plus importante de Petrograd, mais aussi la plus infiltrée par les bolcheviques, se mutinèrent, craignant d’être envoyés au front.

Le gouvernement débordé

Les mutins mirent en place un comité révolutionnaire et envoyèrent des émissaires dans les usines, dans les autres unités militaires de la capitale ainsi qu’à la base navale de Petrograd, pour leur proposer de se joindre à la manifestation qu’ils envisageaient d’organiser le lende- main, afin de demander la destitution du gouvernement provisoire et le transfert du pouvoir au Soviet.

Le lendemain, 3 juillet, renforcés par les marins de Cronstadt et les autres unités mili- taires stationnées dans la capitale, mais aussi par des dizaines de milliers d’ouvriers, les soldats du 1er régiment de mitrailleurs déferlèrent dans le centre de Petrograd pour arriver devant le palais de Tauride, siège du Soviet, afin de lui remettre le pouvoir. Totalement débor- dé, le gouvernement avait perdu le contrôle de la capitale, les rares points de résistance ayant été balayés par les manifestants armés. Pour la bourgeoisie, ces manifestations ne constitu- aient qu’une tentative de coup d’État des bolcheviques, dont les mots d’ordres « À bas les ministres capitalistes » et « Tout le pouvoir aux soviets » étaient ceux que les manifestants mettaient en avant.

La poussée bolchevique

L’insurrection de Petrograd mettait de fait en évidence l’extra-ordinaire montée en puissance des bolcheviques qui étaient en quelques semaines devenus la principale force politique de Petrograd, passant de 2 000 à 32 000 adhérents entre février et juin 1917. Appuyés sur de nombreux journaux quotidiens, ainsi que sur des cercles organisant des dizaines de milliers de sympathisants, ils avaient acquis une très large influence tant dans les usines de Petrograd qu’au sein des unités militaires.

Depuis des mois, les bolcheviques menaient une campagne de masse, aussi simple qu’efficace, autour de deux grands mots d’ordre : « la paix » et « du pain », en expli- quant que la condition pour les réaliser était de déposer les ministres capitalistes et de trans- férer le pouvoir au Soviet. C’est cette ligne que les mutins de Petrograd voulaient mettre en pratique et c’est pour cela qu’ils vinrent, le 4 juillet, devant la villa Kschessinska, siège des bolcheviques, leur offrir le pouvoir.

Qui pour exercer le pouvoir ?

La direction des bolcheviques se trouvait toutefois dans une situation peu enviable. Les manifestations des 3 et 4 juillet s’étaient en effet faites sur leurs mots d’ordre et avaient été animés par leurs propres militants. Toutefois, la situation concrète pointait une faiblesse majeu- re de leur politique : le mot d’ordre « Tout le pouvoir aux soviets » avait en effet un caractère abstrait, dans la mesure où le soviet de Petrograd, comme d’ailleurs la quasi-totalité des soviets de province, ne voulait pas de ce pouvoir et soutenait le gouvernement provisoire.

Lors de la manifestation du 4 juillet, les manifestants avaient pu s’en rendre compte, lorsque Tchernov, qui en tant que leader des socialistes-révolutionnaires était l’un des princi- paux dirigeant du Soviet mais aussi ministre du gouvernement provisoire, leur avait annoncé que le Soviet ne voulait pas du pouvoir que la rue lui proposait. Si Tchernov avait été fort imprudent, puisqu’il n’avait eu la vie sauve que grâce à l’intervention de Trotski l’arrachant aux mains des manifestants qui avaient commencé à le lyncher, sa position posait toutefois un sérieux problème : comment envisager de transférer le pouvoir aux soviets… si ceux-ci ne voulaient pas l’exercer ?

Les bolcheviques se trouvaient ainsi devant une difficulté majeure, car ne pouvant s’appuyer sur le Soviet, les manifestations de juillet ne pouvaient trouver d’autre débouché qu’une dictature de leur propre parti. Or, si les bolcheviques avaient à Petrograd une puissan- ce indéniable, ils restaient une force très minoritaire à l’échelle du pays. Tirant toutes les leçons de la Commune de Paris, les bolcheviques ne voulaient en aucun cas instaurer une commune de Petrograd qui succomberait en quelques semaines. Dans ces conditions, non sans hésitations et divisions, la direction du parti apporta son soutien aux manifestants… tout en se refusant à prendre le pouvoir que ceux-ci leur proposaient.

Retour à l’ordre

De fait, le vent était en train de tourner. Le 5 juillet, tandis que les manifestants, privés de tout objectif politique concret, n’avaient d’autre solution que de retourner dans leurs casernes et leurs usines, la presse bourgeoise publiait de pseudo-révélations qui accusaient Lénine d’être un agent allemand. S’imposant comme l’homme fort du gouvernement, Kerenski en profita pour rassembler quelques troupes et prendre d’assaut la villa Kschessinska.

Le gouvernement fit saisir la presse bolcheviques et arrêter ses principaux diri- geants, accusés de trahison et de sédition, à l’exception de Lénine qui parvint à s’enfuir en Finlande. Devenu chef du gouvernement, Kerenski se posa en garant du retour à l’ordre, ordonnant en particulier le rétablissement de la discipline militaire, en faisant restaurer le 12 juin la peine de mort au front.

Les journées de juillet 1917 s’achevaient ainsi dans la confusion par une apparente victoire de la réaction. Si les bolcheviques semblaient être les grands vaincus de cette confrontation, le succès du gouvernement provisoire n’était toutefois qu’apparent. À la tête d’un pays en voie de désintégration, bien décidé à poursuivre une guerre que son armée n’avait plus la capacité de poursuivre, Kerenski n’avait en réalité pas les moyens de sa politique. Ses jours étaient désormais comptés…

Mercredi 12 juillet 2017 Laurent Ripart

https://npa2009.org/

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