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04 février 2018 ~ 0 Commentaire

claude anjeli (acrimed)

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Jeudi d’Acrimed 15 février : « Ce qu’enquêter veut dire », avec Claude Angeli (Le Canard enchaîné)

Le prochain « Jeudi d’Acrimed » aura lieu le 15 février avec Claude Angeli, ancien rédacteur en chef du Canard enchaîné et toujours chroniqueur pour le palmipède.

La feuille d’impôts de Chaban-Delmas, les plombiers du Canard, les diamants de Giscard, l’assassinat de l’ancien secrétaire d’État de Broglie, le passé de collaborateur de Papon, le Carrefour du développement, les providentielles protections de l’ancien collaborateur Touvier, le prêt Pelat à Bérégovoy, les appartements parisiens de la famille Juppé, les frais de bouche de Chirac, les faux électeurs de Tiberi, le loyer avantageux de Gaymard, les vacances tunisiennes de Michèle Alliot-Marie, les cadences infernales de Penelope Fillon…

Autant d’affaires « sorties » par Le Canard enchaîné, et dont le contenu et les modalités de production/divulgation donnent de nombreux points d’appui à la critique des médias.

Pour quoi faire ? Pour notamment donner à voir d’autres conceptions du journalisme que le pâle exercice mimétique à visée hégémonique que nous livrent par exemple les « chaines d’info en continu », et pour explorer les conditions qui rendent possibles les enquêtes journalistiques et leur « publicisation ».

Ce « Jeudi d’Acrimed » sera donc l’occasion de réfléchir à ce qu’enquêter veut dire, en particulier sur les questions de défense et de relations internationales trop rarement traitées (ou trop souvent mal-traitées) dans la plupart des médias. À leur propos, Claude Angeli et Pierre-Édouard Deldique notent : « Il est anormal que les décisions et les analyses de politique étrangère échappent au contrôle du Parlement, trop souvent méprisé, et demeurent ignorées des Français, en vertu du sacro-saint domaine réservé du président de la République. » [2]

Nous essaierons de mettre à nu les idées reçues, les naïvetés et les « mythologies » (les médias comme « quatrième pouvoir » par exemple) auréolant encore aujourd’hui la production de l’information. Des « mythologies » qui sont autant d’obstacles à détruire pour quiconque souhaite accéder à une compréhension fine du métier de journaliste, tel qu’il est notamment pratiqué dans un journal qui ne dépend pas de la publicité [3] et formuler des propositions de transformation radicale des médias au service de l’intérêt général [4].

Rendez-vous jeudi 15 février 2018 

19 h Bourse du travail de Paris
3, rue du Château-d’Eau, Paris 10e (métro République)
Entrée libre

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http://www.acrimed.org/

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31 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

antisémitisme (libération)

Ghetto_Uprising_10
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Pologne: Holocauste : à Varsovie, la révision plutôt que l’examen de conscience
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Le parti Droit et Justice veut imposer une vision idéalisée du rôle de la Pologne dans l’Holocauste.

Depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2015, le parti ultraconservateur Droit et Justice (PiS) impose peu à peu sa «politique historique», au risque de faire rejaillir avec violence le passé douloureux que partagent Polonais et Juifs, et que l’on aurait pu croire normalisé après la chute du communisme. La proposition de loi visant à interdire l’expression «camps de la mort polonais» et toute implication de la «responsabilité ou coresponsabilité» des Polonais dans la mise en œuvre de la Solution finale n’est qu’un épisode de plus dans un long processus visant à renverser la «politique historique de la honte» du précédent gouvernement libéral, qui mettait, selon la droite aujourd’hui au pouvoir, «la Pologne à genoux devant le monde».

Le PiS s’est d’abord attaché à réécrire ses années passées sous le joug de Moscou. Ainsi, une loi oblige les communes à changer le nom des rues et des places ayant un rapport avec le communisme. Les derniers monuments de l’Armée rouge ont été enlevés de l’espace public. Des politiques, à l’instar du nouveau Premier ministre, Mateusz Morawiecki, ont même avancé l’idée de démolir le Palais de la culture et de la science, gigantesque tour voulue par Staline au cœur de Varsovie, que certains considèrent comme un symbole de l’oppression communiste.

«Infantile»

Le PiS s’en est ensuite pris au musée de la Seconde Guerre mondiale à Gdansk, projet international de haut niveau menacé de fermeture, accusé de n’avoir pas assez mis l’accent sur l’héroïsme des Polonais. A l’inverse, le gouvernement a inauguré en 2016 le premier musée dédié aux Justes polonais dans la localité de Markowa.

A la télévision publique, les histoires de sauvetages de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale sont mises en valeur. La Pologne a perdu 6 millions de ses citoyens durant la guerre, dont 3 millions de Juifs. «C’est infantile de la part du PiS de promouvoir une narration unilaté- rale dans laquelle les Polonais ne sont que des héros, juge Barbara Engelking, présidente du conseil international du musée d’Auschwitz. Il y a eu des personnages comme Irena Sendler qui ont sauvé plusieurs centaines d’enfants juifs du ghetto de Varsovie, mais aussi des délateurs qui ont travaillé pour les nazis.

Et il y a eu aussi Jedwabne, où des Polonais ont brûlé leurs voisins juifs.

La vérité est plus compliquée que celle présentée par le PiS. En majorité, les Polonais ont été soit indifférents, soit ont livré leurs voisins juifs aux nazis. Ils ont donc fait partie du mécanisme nazi de l’Holocauste. Par peur pour leur vie ou pour l’argent…»

Colère

Pour Engelking, la dernière proposition de loi polémique est «aussi absurde qu’inapplicable». Si cette dernière avait pour but originel de proscrire la désignation anglo-saxonne «camp polonais», considérée comme diffamatoire et blessante pour les Polonais, cette législation présente un «danger» pour la recherche, selon l’historienne. «Avec ce texte, les chercheurs pourront continuer à travailler sur ce passé difficile sans être pénalisé, mais ils n’auront pas le droit d’en parler au grand public, affirme cette auteure de nombreuses études sur le ghetto juif de Varsovie. A quoi servira leur travail ? Un enseignant d’histoire ou un guide ne pourra pas, si la loi entre en vigueur, dire que les Polonais sont en partie responsables de l’Holocauste. Alors qu’ils le sont.»

Signe du double discours du gouvernement que pointent nombre d’observateurs, le gouvernement prépare une loi sur la «reprivatisation» des bâtiments confisqués lors de l’ère communiste. Mais elle ne prendrait pas en compte les familles juives… De son côté, la droite polonaise s’est efforcée de minimiser la colère israélienne en mettant la réaction de Benyamin Nétanyahou sur le compte d’un affrontement interne avec Yaïr Lapid, le leader du parti centriste Yesh Adit. Les Jeunesses de la Grande Pologne, parti d’extrême droite, ont, elles, prévu une manifestation devant l’ambassade d’Israël à Varsovie mercredi sous le slogan «Stop à l’antipolonisme».

Maja Zoltowska,  29 janvier 2018

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29 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

république (médiapart)

Couv-MarianneS

Les dévôts de la République

L’idolâtrie républicaine gagne la France comme autrefois la vérole, lorsqu’elle s’abattait sur le bas-clergé qui n’en pouvait mais. Pour être différent, assurément, ce premier mal n’en est pas moins grave au regard de ses conséquences sur les individus atteints et sur ceux qui tentent de le combattre. Fort divers, venus d’horizons politiques distincts, parfois adversaires résolus qui n’ont pas de mots assez durs pour s’opposer les uns aux autres, ces nouveaux zélotes de la République forment aujourd’hui une coalition hétéroclite et souvent hargneuse dont les membres se prosternent devant leur Déesse : Marianne.

A leurs yeux, elle est grande, belle, généreuse, libre, égale et fraternelle, bien sûr. En un mot, sublime, forcément sublime.

A l’instar de tous ceux qui adorent un ou plusieurs êtres imaginaires, dont l’existence est pour- tant improbable, ils lui trouvent des qualités et des vertus extraordinaires. A les entendre, elle guide de ses pas fermes et de son bras vigoureux le peuple et la nation vers un avenir radieux. Un éternel printemps républicain, prétendent certains qui ont juré de la servir et de la défendre toujours. Que dis-je, il est déjà possible d’observer les effets de ses pouvoirs augustes ; l’His- toire et le présent portent les marques de ses exploits multiples et tous se souviennent des batailles remportées contre des ennemis, quelquefois aidés par la main odieuse de l’étranger.

« Aux armes citoyens ! »

De l’exceptionnelle révolution qui l’a vue naître, grandir et prospérer jusqu’à nos jours, en dépit d’épreuves nombreuses, qu’elle a toujours surmontées avec courage et ténacité, Marianne n’a eu de cesse de veiller sur ses enfants. Elle les couvre de soins maternels afin que tous puis- sent s’épanouir et vivre dignement, librement et fraternellement dans ce pays à nul autre pareil qui se nomme la France ; celle-là même où elle s’est établie pour le plus grand bonheur de ses habitants et de l’humanité toute entière.

Marianne, en effet, étend ses bienfaits au-delà des frontières de l’Hexagone harmonieux, patiemment façonné par les mains d’un peuple fier, vaillant et laborieux.

La République est universelle, et l’humanité souffrante a toujours bénéficié de ses lumières, de sa culture immense, de ses sciences triomphantes, de son amour dispensé sur tous les cont- inents, et, enfin, de sa fidélité constante aux principes qui la guident depuis qu’elle a vu le jour au milieu des fracas de l’Histoire. Gloire à toi, oh Marianne qui, debout sur la barricade dressée contre la tyrannie, fièrement coiffée de ton bonnet phrygien, bravant la mitraille, tous les dangers et toutes les morts promises, a défait les despotes pour défendre ce peuple que tu aimes comme il t’aime !

Aux dires unanimes des spécialistes es-prophètes, divinités et mystères, il en est un qui fit reculer la mer pour libérer ses ouailles d’une impitoyable oppression, un autre qui, sous les yeux attendris de sa mère toujours vierge, marcha sur les eaux tumultueuses à la rencontre de ses disciples.

N’oublions pas celui qui, par une chaude et claire nuit d’Arabie, a fendu la lune devant des mecquois médusés. Certains sont dotés de quatre bras, d’autres encore ont les oreilles allon- gées, une protubérance sur le crâne, qui dit leur sagesse infinie, et un troisième œil au milieu du front.

Marianne a n’a point de ces fantaisies fantastiques mais la puissance de ses pou- voirs ne laisse pas de surprendre et ses miracles sont aussi nombreux que fameux.

Comme les alchimistes qui changeaient le vil plomb en or, elle transforme les guerres de conquête en aventures glorieuses au service de la liberté, d’impitoyables généraux, qui ont sacrifié des milliers d’hommes sur l’autel de leurs ambitions, en héros pensionnés, couverts de médailles et d’honneurs.

Quant à la brutale colonisation, elle se mue en une paisible et admirable civilisation, et l’écrasement impitoyable des classes pauvres en triomphe de la paix civile, du progrès et du droit. Jamais Marianne n’attaque, toujours elle se défend et son hospitalité légendaire a fait de la France une douce terre d’accueil. Sur tous les continents, le nom de cette République résonne comme la promesse d’une aube nouvelle offerte aux miséreux et aux persécutés qu’elle étreint de ses bras généreux.

Admirable ! Français, soyez fiers ! Immarcescibles beautés du passé qu’il faut aimer, admi- rer et conter afin que nul n’ignore la marche triomphale de Marianne, tant de fois abattue mais jamais vaincue. Depuis longtemps établie, elle continue d’avancer et de prospérer vaillamment pour le plus grand bonheur des citoyens. Fort nombreux, ses admirateurs transis narrent avec docilité sa gloire et ses victoires en croyant, pas ces récits pompeux, livrer une nouvelle his- toire. Jusqu’à la rue du quai de Conti, dans la française académie, on applaudit à ces mièvres écrits.

Ces dévôts ont aussi leurs lieux de culte, leurs cérémonies et leur signe de ralliement :

Un drapeau bleu, blanc, rouge qu’ils adorent et protègent des outrages qui pourraient le souiller. Gare à celui qui s’en rit, en mésuse ou, pire encore, le brûle. « Odieux blasphème » tonnent alors ceux qui prétendent se réjouir de la disparition de ce crime attaché à l’Ancien régime abattu en 1789. Ces fétichistes républicains, dont les ancêtres se gaussaient des “noirs sauvages” d’Afrique et de l’adoration aveugle qu’ils portaient à d’étranges créatures et objets, deviennent féroces lorsque cet étendard est attaqué.

Mise au ban de la société, scandale et condamnation, telles sont les peines promises à ceux qui osent flétrir cette bannière devant laquelle ses pieux adorateurs s’inclinent comme d’autres s’agenouillent au pied de leur divinité. Sainte relique de la République. Parfois certains baisent ce drapeau avant de l’élever majestueux vers les cieux dans un silence religieux. Plus singulier encore, les mêmes parfois adorent un fier gallinacé à la crête rouge et dentelée ; le coq est leur emblème et il décore, monnaies, insignes, monuments et palais.

Que de coutumes étranges !

Pour mieux se retrouver, communier et dire d’une même voix la passion qu’ils vouent à la sublime Marianne, ces dévôts ont un chant de ralliement, martial et mâle. De droite ou de gauche, quels que soient leur obédience, les clans et les sociétés diverses auxquels ils appartiennent, tous l’entonnent en maintes occasions. Cet hymne, chacun doit le connaître et, lors de cérémonies solennelles, l’entonner à tue-tête, en public et en chœur sauf à passer pour un traitre. Que la honte s’abatte sur celui qui l’ignore.

« La République est la République, et Marianne est sa déesse » ; telle est profession de foi de ces sectateurs zélés qui se poussent du col pour dire, plus fort et mieux que les autres, leur amour de Marianne. Ils rivalisent de déclarations enflammées en clamant urbi et orbi leur volonté de la servir et de combattre ses adversaires qui, dangereusement, vitupèrent et prospèrent. N’osez aucune critique, le courroux et l’indignation de ces dévôts braillards sont à la mesure de leur aveuglante passion ; tous deux sont terribles, de même leurs collectives accusations. « Ennemis, traitres, collaborateurs, islamo-gauchistes, communautaristes, droits-de-l’hommistes, etc., ». Sinistre mais féconde est leur imagination qui appelle de nouvelles proscriptions.

Divin marquis, réveille-toi, ils sont devenus fous. Je t’abandonne la plume. « Tenons donc aujourd’hui dans le même mépris et le dieu vain que des imposteurs ont prêché, et toutes les subtilités religieuses qui découlent de sa ridicule adoption ; ce n’est plus avec ce hochet qu’on peut amuser des hommes libres. (…) Ne nous contentons pas de briser les sceptres ; pulvérisons à jamais les idoles ! »

6 déc. 2017 Olivier Le Cour Grandmaison

  1. Le Cour Grandmaison, universitaire. Dernier ouvrage paru : L’Empire des hygiénistes. Vivre aux colonies, Fayard, 2014. https://www.academia.edu/

https://blogs.mediapart.fr/

Commentaire: Les révolutionnaires se réclament des débuts de la Révolution (où nos ancêtres les  » enragés » se firent massacrer par Robespierre), du peuple massacré en 1848 par le bleu blanc rouge et de la commune de Paris. La République elle est l’outil de la bourgeoisie pour maintenir l’exploitation.

Lire aussi:

Conjuration des Égaux (Wikipédia)

Gracchus Babeuf (Wikipédia)

Gracchus Babeuf (Wikirouge)

1797 : Babeuf, premier révolutionnaire communiste ? (AL)

Jacques Roux (1752-1794) (Wikipédia)

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29 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

caen janvier 1968 (à l’encontre.ch)

caen janvier 1968 (à l'encontre.ch) dans A gauche du PS Caen2

Manifestation ouvrière étudiante à Caen en janvier 1968

Janvier 1968: grève de Caen, l’émergence de la figure du «jeune révolté», ouvrier et étudiant

La mémoire collective évoque Caen et la grève des ouvriers spécialisés [OS plus exactement ouvrier sans qualification professionnelle qui exécute un travail précis sur une machine, après une brève période d’apprentissage] de janvier 1968, qui culmine le 26 janvier, lors d’une nuit d’affrontements en ville avec les forces de l’ordre.

Répercuté par la presse nationale, la presse régionale et la presse d’extrême gauche, le sens de l’événement est donné dans le moment même: une révolte ouvrière dans une ville qui a grandi très vite: entre 1954 et 1968, la population est passée de 90’000 à 150’000 habitants, dont plus de la moitié ont moins de 30 ans.

L’initiative n’appartient pas au bastion caennais traditionnel, la Société métallurgique de Normandie, mais revient aux ouvriers spécialisés des usines qui ont poussé à la faveur de la décentralisation industrielle. Certains de ces OS aux origines rurales sont parfois qualifiés – près d’un quart d’entre eux ont un CAP (Certificat d’aptitude professionnelle) et sont venus travailler à Caen.

A la Saviem [entreprise de camions et d’autobus, issue de la fusion, en 1955, entre la firme Latil, les poids lourds de Renault et de SOMUA, puis les cars Chausson en 1959; elle «dispa- raît» en 1978], les plus de 3 000 salariés [sur quelque 4 000] de cette filiale de Renault se sont prononcés majoritairement le 19 janvier pour une grève illimitée à partir du 23: pour reven- diquer 6% d’augmentation des salaires, un fonds de garantie de ressources et l’extension des droits syndicaux.

Il en est de même dans plusieurs autres entreprises, dont celle des Etablissements Jaeger, dont la main-d’œuvre est très majoritairement féminine, où la pression des cadences est telle que les ouvrières dénoncent: «Les compteurs défilent, les ouvrières tombent.»  Un escadron de gendarmes mobiles est envoyé par le préfet devant la Saviem pour «protéger» les quelque 300 personnes qui veulent travailler et qui sont empêchées de le faire par un piquet de grève.

Le conflit se déplace de l’usine à la ville, où des affrontements ont lieu entre forces de l’ordre et ouvriers. Deux jours plus tard, le 26 janvier, les revendications salariales s’effa- cent devant la mise en cause des violences policières: la protestation du personnel de plu- sieurs entreprises caennaises, auquel se joignent une centaine d’étudiants, dégénère en bataille rangée: une nuit d’émeutes.

La figure de l’OS est remplacée par celle du jeune révolté

Le préfet souligne la récurrence de la liaison ouvriers-étudiants: lors d’une manifestation étu- diante à Caen, contre le ministre de l’Education nationale, Alain Peyrefitte, le 18 janvier 1968, deux jeunes ouvriers avaient été arrêtés. La CFDT locale a une tradition ancienne de contacts suivis avec le syndicat étudiant depuis les luttes communes pendant la guerre d’Algérie. En effet, les dirigeants de l’Unef ont en commun avec les syndicalistes d’être passés par l’Action Catholique Ouvrière (JOC note du blog) ou la Jeunesse Etudiante Chrétienne (JEC).

En responsable du maintien de l’ordre, le préfet incrimine un état d’esprit local favorable à la violence, perceptible selon lui dans les incidents qui se produisent dans les bals et les bagarres au restaurant universitaire et qui remontent au moins à la manifestation paysanne du 2 octobre 1967, au cours de laquelle les abords de la préfecture avaient été dévastés.

Il note aussi la présence active de groupes extrémistes, «JCR et prochinois», conte- nus par le service d’ordre de la CGT lors des cortèges de salariés. Les incidents du 18, du 24 et surtout du 26 janvier 1968 ont montré chez les manifestants, selon le préfet, une détermi- nation et même un courage physique lors des «attaques contre les symboles de la société en place: préfecture, chambre de commerce, banques, magasins» qui ont provoqué des bris de vitrines mais pas de pillage.

Il s’agissait donc d’un «désir profond de présence en ville», un rappel de l’existence de la jeune génération, un marquage symbolique de la centralité urbaine. La moitié des 83 mani- festants arrêtés avaient moins de 22 ans; les ouvriers prédominaient (54, dont la moitié de la Saviem), les autres étaient étudiants ou enseignants. En somme, diagnostique le préfet, on avait assisté à Caen à la crise de croissance d’une génération qui s’était exprimée par la violence. La figure de l’OS, privilégiée au début par les journalistes, est remplacée par celle du jeune révolté, ouvrier ou étudiant, encadré par des «meneurs», au premier rang desquels figure la CFDT locale.

Cette représentation n’est sans doute pas étrangère à une étude monographique effectuée par des chercheurs en sciences sociales du CNRS et à l’existence à Caen, à l’initiative de la préfecture, d’un observatoire de la jeunesse, qui a notamment mis en place un dispositif d’enquête permanent auprès des soldats du contingent.

Au printemps 1968, les grèves et les manifestations de Caen en janvier deviennent des emblèmes de la révolte et les symboles d’une possible convergence sociale entre étudiants et ouvriers. Le récit de ces «luttes exemplaires» et des leçons que l’on peut en tirer est récurrent dans les tracts, la presse, voire les slogans des étudiants contestataires et parfois de la CFDT. Caen en janvier 1968 est ainsi relu comme un possible après-midi anticipant ce qui devient pour certains un grand soir. (26 janvier 2017)

Livre dans Altermondialisme

[Voir l’ouvrage L’insubordination ouvrière dans les années 1968. Essai d’histoire politique des usines, de Xavier Vigna, Presses universitaire de Rennes, 2007.]

27  janvier  2018 Xavier Vigna

http://alencontre.org/europe/

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28 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

charles maurras (jdd)

maurras

Charles Maurras a été condamné en 1945 pour haute trahison et intelligence avec l’ennemi.

Charles Maurras ne sera pas commémoré par l’Etat français

Le ministère de la Culture va retirer la référence à l’écrivain d’extrême droite Charles Maurras dans le livre des commémorations nationales 2018 à la suite des protestations d’associations antiracistes, a annoncé la ministre Françoise Nyssen dimanche dans un communiqué.

Après Céline, Charles Maurras a semé la pagaille au comité des commémorations nationales.

Dimanche matin, le ministère de la Culture a annoncé qu’allait être retirée la référence à l’écrivain d’extrême droite Charles Maurras dans le livre des commémorations nationales 2018 à la suite des protestations d’associations antiracistes, a annoncé Françoise Nyssen dimanche dans un communiqué. Pour « lever l’ambiguïté » sur « des malentendus qui sont de nature à diviser la société française », la ministre a demandé le rappel du livre des commémorations nationales pour l’année en cours et sa réimpression « après retrait de la référence à Maurras », indique-t-elle dans un communiqué.

En 2011 déjà, une mention à Céline avait déjà fait polémique

Le « Monsieur antiracisme » du gouvernement, Frédéric Potier, avait demandé samedi le retrait de Charles Maurras de ce recueil, rejoint par SOS Racisme et la Ligue internationale de lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Licra). Après Céline en 2011, c’est la deuxième fois ces dernières années que le ministère, alors dirigé par Frédéric Mitterrand, retire un auteur de ce recueil après une polémique.

La ministre a également indiqué qu’elle recevrait « très prochainement » les membres du Haut-comité qui a rédigé le recueil « afin de questionner, ensemble, la pertinence de cette démarche mémorielle conduite au nom de l’Etat par des experts ». Présidé par l’Académicienne Danièle Sallenave, ce comité est composé entre autres des historiens Pascal Ory, Jean-Noël Jeanneney et Claude Gauvard. « Le travail et l’expertise des membres du Haut-comité ne sont évidemment pas en cause », affirme la ministre dans son communiqué.

28 janvier 2018

http://www.lejdd.fr/

Lire aussi!

Charles Maurras (Wikipédia)

Louis Ferdinand Céline (Wikipédia)

Chardonne, un autre auteur collaborationniste pour les commémorations 2018 (Le Parisien)

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24 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

mai 68 (le monde)

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Alain Krivine et Alain Cyroulnik  » Eh bien non, nous n’allons pas enterrer Mai 68 « 

Dans quelques mois, on va fêter les 50 ans de Mai 68. Plusieurs dizaines de livres sont déjà parus et d’autres se préparent.  » M Le magazine du Monde « (du 6  janvier) vient même de nous avertir que Daniel Cohn-Bendit et Romain Goupil préparent un film pour la télévision…

Entre Sarkozy qui voulait  » liquider une bonne fois pour toutes l’héritage de Mai 68 «  et ceux qui veulent le réduire à une révolution culturelle et sexuelle qui aurait modernisé nos mœurs, il y a surtout l’envie d’effacer dans la mémoire sociale ce que représente, pour les générations qui l’ont fait et celles qui ont suivi, la dimension subversive de ce qui reste la plus grande grève générale de l’histoire sociale française, dans l’héritage de la Commune de Paris ou de la grève de 1936 ! Une volonté d’écrire un roman historique français débarrassé de la lutte des classes et des massacres coloniaux, où il ne resterait plus que Charlemagne, Saint Louis, Jeanne d’Arc sur le bûcher, Louis XIV, Napoléon, de Gaulle et…  » Jupiter Macron « .

Ce dernier hésite à fêter 68. Il hésite entre la manif ouvrière du 13  mai ou le défilé réaction-naire du 30  mai. Mais pourquoi ne pas fêter, tant qu’il y est, les deux en même temps puisqu’il n’y a plus ni gauche ni droite ? Et puis, il a avec lui Cohn-Bendit et Goupil, ou, comme le dit Le Monde, » De Mai 68 à Macron, ou le parcours d’une génération « .

Eh bien non… Nous ne sommes pas pour  » fêter ce 68-là «  car nous ne sommes pas pour enterrer ce qui fut l’une des plus grandes grèves de notre histoire.

N’en déplaise à Dany, qui réunissait toute la droite au Parlement européen par sa gouaille et un libéralisme qui n’avait plus rien à voir avec 68, ou Romain, qui se flatte de  » s’être bien marré  » et d’avoir tout abandonné :  » Je ne supporte plus -de voir un militant politique. C’est comme les anciens alcooliques, je suis devenu intolérant. « 

Eh bien non…, Mai 68 n’était pas qu’une simple saute d’humeur et une crise de puberté.

Il n’était pas et n’est pas compatible avec les reniements, les petites combines. Il n’était pas -consensuel, et ne l’est toujours pas. Il n’était ni cocardier ni libéral. Notre génération, née de la seconde guerre mondiale, s’est dressée contre les affres de la guerre d’Algérie et de celle du Vietnam. Les guerres que mènent aujourd’hui les pays occidentaux, dont la France, en Afrique ou au Moyen-Orient, nous donnent toujours et encore la nausée. Nous voulions un monde qui ne soit aux ordres ni de Washington ni de Moscou, et nous voulions redonner au socialisme son visage humain. Le visage hideux du capitalisme nous répugne tout autant qu’hier.

Drapeaux rouges en têtePour nous, 68 ne se réduit pas à une révolution culturelle et à la libération sexuelle, même si cela a bien sûr existé, comme dans tout mouvement social où les gens deviennent quotidien-nement méconnaissables car heureux et joyeux. Mai 68, c’est surtout en France près de 10 millions de grévistes qui occupent leurs usines, drapeaux rouges en tête, les étudiants leurs facs, les lycéens leurs bahuts pendant plusieurs semaines, et les gens qui partout discutent ensemble.

Nous ne nous souvenons pas d’une grande farce ou d’une grande rigolade, mais surtout d’un moment intense où des millions de personnes se sont mises à exister.

Guy Hocquenghem, qui fut notre éditorialiste en 1968, a attaqué une partie de cette génération qui est passée de l’autre côté, dans un livre écrit deux ans avant sa mort, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary (1986, rééd. Agone, 2003). Eh bien, nous n’avons jamais été cela et nous ne sommes toujours pas de ceux-là.

Certes, la situation a changé :

des murs et des barbelés s’érigent partout, des milliers de morts tombent sur les routes, dans les mers de l’exil et sous les bombes des guerres qui se déroulent sur tous les continents, et, en France, il y a près de 10  millions de chômeurs et de précaires.

Certes, il n’y a plus 500 000 étudiants mais plus de 2  millions, dont la moitié travaillent pour payer leurs études ou leur logement. Les grandes usines comme Renault Billancourt ont disparu, mais jamais les exploités et les exclus n’ont été aussi nombreux. Ils et elles ne se retrouvent plus ni dans la gauche ni dans la droite, la droite faisant la politique de l’extrême droite et la gauche celle de la droite…

Non… Nous n’allons pas enterrer Mai 68. Au contraire, nous avons aujourd’hui au moins autant de raisons de nous révolter. Après trente ans d’attaques libérales qui ont permis à l’extrême droite d’être au second tour de la présidentielle et de contaminer tous les débats politiques, l’esprit de Mai 68 est plus que jamais d’actualité.

Pour nous, Mai 68 reste ce qu’il faut refaire, mais en étant capables de coordonner les luttes, de susciter dans les entreprises et les quartiers, les villes et les campagnes, un véritable pou- voir des travailleurs associant celles et ceux, inorganisés, associations ou syndicats, partis, avec ou sans emploi, Français ou étrangers, qui croient qu’un autre monde est possible et qui veulent le construire, sans frontières, sans murs et sans haine, comme l’affirmait ce mot d’ordre de 68 :  » Les frontières on s’en fout ! « 

La solidarité militante, l’espoir en une révolution pour balayer le  » Vieux Monde « , pour un nouveau Mai 68 du 21è  siècle qui, cette fois-ci, réussisse pleinement, nous, on signe encore.

Par ALAIN CYROULNIK et ALAIN KRIVINE

En réaction aux propos tenus dans le  » M Le magazine du Monde  » du 6 janvier par Daniel Cohn-Bendit et Romain Goupil, les deux anciens de la Ligue Communiste Révolutionnaire défendent les valeurs de Mai 68,  » pas compatible avec les reniements, les petites combines « 

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22 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

napoléon le petit (jdd)

victor

Toute ressemblance avec Macron n’est pas un hasard!

Emmanuel Macron invité à célébrer l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte

Il y a 170 ans, les Français ont, pour la première fois, pu élire un président de la République. Emmanuel Macron a été invité à s’exprimer à l’occasion d’un colloque célébrant cet anniversaire.

En décembre prochain, un colloque, auquel a été invité Emmanuel Macron, célébrera un événement unique qui a posé les bases de notre démocratie. Après la révolution de février 1848 et le renversement de la Monarchie de Juillet, une Assemblée nationale constituante décide l’organisation d’une élection présidentielle à suffrage universel direct. Elle a lieu le 10 décembre 1848 et permet à Louis-Napoléon Bonaparte de devenir le premier Président élu par le peuple français – du moins par les hommes, les femmes n’ayant pas le droit de vote.

Louis-Napoléon Bonaparte a été le plus jeune Président élu… avant Emmanuel Macron

Les monarchistes emportent donc le scrutin et Louis-Napoléon Bonaparte met en place ses partisans. Mais, après quatre ans au pouvoir, le président de la République se heurte à l’impossibilité d’être réélu. Il décide alors un coup d’Etat et impose le Second Empire en 1852. L’élection du 10 décembre 1848 reste toutefois la première expression de la démocratie directe en France. L’historien Jean Garrigues, président du Comité d’histoire parlementaire et politique, et Matthieu Labbé, l’un des conseillers du Républicain Maël de Calan, ont donc décidé d’organiser un colloque pour le 170e anniversaire de l’événement.

Pour marquer le coup, ils ont invité Emmanuel Macron – le courrier a été transmis cette semaine à l’Elysée – à intervenir en ouverture ou clôture des débats. Ses prédécesseurs Valéry Giscard-d’Estaing, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande seront aussi invités. Le chef de l’Etat pourrait ainsi parler de celui qui était le plus jeune Président élu. Louis-Napoléon Bonaparte a en effet accédé à la fonction présidentielle à l’âge de 40 ans. Quand Emmanuel Macron est entré à l’Elysée en mai dernier, il avait 39 ans.

21 janvier 2018

http://www.lejdd.fr/

Commentaire: Le Bonapartisme en 1852, une leçon de coup d’état que De Gaulle répètera en 1958! Le principal adversaire de Louis N Bonaparte, excusez du peu, c’était Victor Hugo! Obligé de s’exiler! Deux livres sur ce personnage: « Napoléon le Petit » de Victor Hugo et « Les luttes de classes en France » de Karl Marx. Détail: sa déclaration de guerre à la Prusse, la défaite et la perte de l’Alsace-Lorraine, mèneront à la guerre de 1914-1918 qui verra les socialistes participer au gouvernement…

Lire aussi:

Napoléon le Petit (Wikipédia)

Marx, Les Luttes de classes en France (Wikipédia)

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21 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

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« Les nazis n’ont rien inventé. Ils ont puisé dans la culture dominante de l’Occident libéral »  Entretien avec Johann Chapoutot

LVSL : Les programmes scolaires présentent le national-socialisme comme une rupture radicale, presque comme une énigme, un monstre né au milieu de nulle part au sein de l’Occident libéral, l’Europe des Lumières. Dans votre livre Fascisme, nazisme et régimes autoritaires, vous suggérez pourtant que l’idéologie nazie trouve ses racines dans la pensée dominante et la culture de l’Europe du 19ème et 20ème siècle…

Johann Chapoutot – Radicalité et rupture il y a eu en effet, dans la mesure où les nazis ont agi avec une violence extrême, dès 1933, contre leurs opposants politiques, c’est-à-dire la gauche sociale-démocrate, communiste et syndicale ; puis contre des personnes considérées comme biologiquement malades, qui ont été stérilisées dans un premier temps. Les nazis incarnent donc une rupture dans et par l’action.

Mais au niveau des idées, si l’on fait une analyse de la vision du monde nazie, si on décom- pose le nazisme en ses éléments constitutifs : le racisme, l’antisémitisme, l’eugénisme, le darwinisme social, le capitalisme version enfants dans les mines, le nationalisme, l’impérialisme, le militarisme… on découvre que ces éléments sont d’une grande banalité dans l’Europe, et plus largement dans l’Occident de l’époque. Les nazis puisent largement dans la langue de leurs contemporains, et c’est ce qui les rend fréquentables jusqu’au début de la guerre.

On se demande pourquoi les démocraties n’ont pas réagi face au nazisme ; d’une part, elles avaient autre chose à faire. D’autre part, elles considéraient que ce que faisait Hitler dans son pays était honorable : plus de gauche, plus de syndicats … l’Allemagne est devenu un paradis pour les investisseurs à partir de 1933. Dans ce climat de lutte contre le communisme, l’Allema- gne apparaissait en outre comme un rempart contre l’Est.

Lorsque Hitler évoquait ses intentions en politique étrangère, ses déclarations étaient reçues à l’étranger et actées. Un exemple : en mars 1939, Hitler envahit le reste de la Tchécoslovaquie, violant ainsi les accords de Munich. Protestation de Roosevelet devant cet homme si peu fiable qu’il déchire les traités ; Hitler répond à Roosevelt et aux chancelleries occidentales dans son discours du 23 avril 1939 au Reichstag.

Il déclare qu’il est responsable du sort de 80 millions de « Germains » (au sens racial) et qu’il doit les nourrir ; que l’Allemagne abrite 150 habitants au kilomètre carré, contre 15 kilomètre carré aux Etats-Unis : l’Allemagne a donc besoin de conquérir un espace, un espace vital. Hitler ajoute que les démocraties occidentales, elles, ont leurs colonies. Que les Etats-Unis possèdent leur propre colonie intérieure, née du massacre des Indiens. Hitler déclare donc que les trois grandes démocraties du monde (les Etats-Unis, l’Angleterre et la France) n’ont rien à dire à l’Allemagne, parce que ce qu’elles pensent en terme d’hinterland colonial (des espaces dont les métropoles tirent subsistance), l’Allemagne nazie le pense en terme de biotope.

Ce discours est structuré par deux logiques sous-jacentes. D’une part, une logique de darwi- nisme social : un peuple blanc doit pouvoir s’étendre au détriment d’autres peuples moins é- volués et moins civilisés. D’autre part, une logique encore plus clairement biologique: il doit y a- voir une adéquation entre l’espace et l’espèce, entre le territoire et la race. Quand les chan- celleries se trouvent face à ce genre de discours, que voulez-vous qu’elles trouvent à répon- dre? Surtout de la part de pays qui ont conclu un Traité sans que l’Allemagne y ait son mot à dire, volé 15% de son territoire et confisqué ses colonies…

Hitler joue sur deux choses : la mauvaise conscience des Occidentaux, vainqueurs d’hier, et le fait qu’il existe un monde commun entre eux. Il existe entre eux des catégories communes : la race, le juif, l’hinterland, une vision darwiniste du monde. Ce qu’ils font de ces catégories est différent, mais dire que les Juifs posent problème est un discours que personne ne conteste. En 1938, à la conférence d’Evian, chargée de statuer sur le sort des Juifs, aucun pays au monde ne veut accueillir les réfugiés ; seule la République dominicaine (sous le dictateur Trujillo) accepte d’accueillir les Juifs, pour des raisons racistes : il s’agissait de blanchir la population de la République dominicaine… Toutes ces catégories communes forment un monde commun entre l’Allemagne nazie et l’Occident libéral.

Il y a un saut épistémique dans la mesure où les nazis reprennent ces idées, très banales, très communes, qui constituent depuis le 19ème siècle la grille de lecture des Occidentaux, et les mettent en cohérence, dans une vision du monde très organisée, et surtout en application. Prenons la stérilisation des malades, par exemple ; ce n’est pas l’Allemagne nazie qui l’a inven- tée : on la pratiquait aux Etats-Unis, en Suisse, en Scandinavie. Mais cette stérilisation a atteint une échelle inégalée en Allemagne nazie : 400.000 personnes ont été stérilisées jusqu’en 1945, contre quelques dizaines de milliers auparavant. Les nazis agissent très massivement, très violemment et très rapidement. Pourquoi? Parce que (autre idée propre aux nazis) les nazis pensent que l’Allemagne est en train de mourir, qu’elle est en train de s’éteindre biolo- giquement. Et que s’il n’y a pas une réaction violente, l’Allemagne va s’éteindre en tant que peuple.

LVSL : Vous mentionnez à plusieurs reprises l’importance du darwinisme social dans la vision du monde nationale-socialiste, ce courant de pensée selon lequel les individus les plus faibles d’une société sont destinés à mourir, en vertu de la loi impitoyable de la sélection naturelle. À l’origine, c’était une grille de lecture utilisée par des penseurs libéraux anglo-américains, destinée à justifier la mortalité que causait le capitalisme au sein des classes populaires… Existe-t-il une continuité entre ce courant de pensée, et l’eugénisme racialiste propre au national-socialisme ?

Totalement. Les nazis sont des gens qui n’inventent rien. Lorsque j’ai commencé à étudier le nazisme il y a quinze ans, je l’ai fait dans l’idée qu’il était un phénomène monstrueux, maléfique, incompréhensible, en rupture radicale avec ce qui l’avait précédé… Mais quand j’ai lu les nazis, j’ai découvert qu’ils disent des choses tout à fait banales par rapport aux penseurs de leur temps. L’idée que toute vie est combat est d’une banalité absolue dans l’Europe du 20ème siècle. Le darwinisme social a été introduit en Allemagne par un britannique, Houston Stewart Chamberlain, gendre de Wagner et mélomane. Il avait lu Darwin et surtout les darwinistes sociaux : Spencer, Galton… En 1897, il rédige les Fondements du 19ème siècle, un livre qui pose les bases du darwinisme social allemand. Cet ouvrage est la passerelle culturelle entre le darwinisme social anglo-saxon et sa version allemande.

Cette idée d’une lutte pour la vie, et d’une vie comme zoologie, d’une lutte zoologique pour l’existence en somme, qui passe par la sécurisation des approvisionnements et de la repro- duction, se retrouve partout, singulièrement en Grande-Bretagne et en France ; en effet, le darwinisme social est la théorie d’une pratique politique – l’ordre capitaliste, et géopolitique – la colonisation. Il se trouve qu’au 19ème siècle, l’aventure coloniale allemande n’est pas très importante par rapport à ce qu’elle est en France et en Grande-Bretagne.

Elle a donc été introduite tardivement dans ce pays, par Chamberlain. Cette idée prospère rapidement, se développe, et nourrit les argumentaires pangermaniques : les Germains sont supérieurs aux Slaves comme les Britanniques le sont aux « Nègres » ; par conséquent, les Germains doivent conquérir leur espace vital au détriment des Slaves. Les nazis récupèrent ces idées banales radicalisées par la Grande Guerre. La guerre de 14-18 prouve que les darwinistes sociaux ont raison : tout est guerre, lutte et combat. Les nazis décident de faire de cette expérience une politique : si les Allemands ne veulent pas mourir, ils doivent être réalis- tes, et laisser choir l’humanisme et l’humanitarisme. Il faut accepter que toute vie est combat, sous peine de mourir.

J’irais plus loin que le cadre de votre question. Je trouve que ce darwinisme social se porte très bien aujourd’hui. Il se retrouve dans des petits tics de la langue qui se veulent bienveillants (« t’es un battant toi« …). Il se retrouve dans la bêtise de certaines personnes que l’on prétend philosophes et qui vous parlent des gens qui ne sont rien, des assistés, des fainéants… Si l’on se retrouve au sommet de la société parce qu’on a été banquier, haut fonctionnaire, président de la République, alors on a tendance à croire que c’est un ordre naturel qui nous a élu, que l’on est là parce qu’on est le meilleur, naturellement ; que l’on s’est affirmé dans la lutte pour la vie, en somme. Cela part d’un manque de lucidité stupéfiant sur la fabrique sociale de la « réussite ».

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21 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

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LVSL : Les historiens marxistes mettent l’accent sur une autre forme de continuité : la continuité économique et sociale qui existe entre l’ordre pré-nazi et le 3ème Reich, c’est-à-dire la perpétuation de la domination d’une classe de financiers et d’indus-triels sur celle des travailleurs. Que pensez-vous de la thèse marxiste classique, qui analyse le fascisme et le nazisme comme « expressions politiques du capitalisme monopolistique » ?

C’est la thèse officielle du Komintern à partir de 1935. Les membres du Komintern se sentent fautifs, car jusqu’alors c’est la stratégie « classe contre classe » qui a prévalu ; elle a abouti à ce que les communistes combattent les sociaux-démocrates davantage que les nazis. L’arrivée d’Hitler au pouvoir a constitué un vrai choc pour eux. D’où l’abandon de la stratégie « classe contre classe » au profit de la tactique du « Front Populaire ».

Les communistes allemands ont été traumatisés par la disparition de la gauche la plus puissan- te d’Europe, la gauche allemande. Pour penser ce traumatisme, ils ont élaboré cette hermé- neutique, en stricte orthodoxie marxiste, qui consiste à dire que le “fascisme” constitue la dernière tentative d’une bourgeoisie aux abois pour se maintenir en position de domination sociale, économique, politique, financière…

Le « fascisme » devient un terme générique qui désigne tout aussi bien la doctrine de Musso- lini que celle des nationaux-socialistes allemands (en Europe de l’Est, on parlait de « deutsche Faschismus« , fascisme allemand), alors que ce n’est pas du tout la même chose. Dans sa formulation la plus résumée et la plus dogmatique, cette grille de lecture devient un catéchisme un peu idiot. Cette lecture orthodoxe issue du Komintern est demeurée celle d’une historio- graphie de gauche fortement marquée par l’histoire sociale, qui n’est pas à rejeter, car elle a produit de grands travaux.

La grande industrie allemande et la finance allemande ont évidemment trouvé tout leur intérêt à l’arrivée des nazis au pouvoir. Les répercussions de la crise de 1929 sont terribles en Alle- magne. L’Allemagne est le pays le plus touché, parce qu’il était le mieux intégré au circuit du capital international ; il a beaucoup souffert de la fuite brutale des capitaux américains.

À l’été 1932, l’Allemagne compte 14 millions de chômeurs ; si on prend en compte les chô- meurs non déclarés, elle en compte 20 millions. La crise signifie pour les Allemands la famine et la tuberculose. Les nazis ont été vus comme les derniers remparts possibles contre une révolution bolchévique. D’où la lettre ouverte de novembre 1932 à Hindenburg qui l’appelle à nommer Hitler chancelier, signée par des grands patrons de l’industrie et de la banque.

Le parti nazi reçoit des soutiens financiers considérables. C’est grâce à eux qu’il peut fournir à des centaines de milliers de SA des bottes, des casquettes, des chemises, de la nourriture. Les campagnes électorales des nazis coûtent une fortune, notamment du fait de l’organisation de leurs gigantesques meetings ; Hitler ne cesse de se déplacer en avion, à une époque où l’heure de vol est hors de prix. Les mécènes qui financent le parti nazi voient en lui le dernier rempart contre le péril rouge. Ils sont gâtés, car d’une part les nazis détruisent de fait la gau- che allemande, les syndicats, l’expression publique ; de l’autre, ils relancent l’économie comme personne ne l’avait fait avant eux par la mise en place de grands travaux d’infrastructure à vocation militaire, et par des commandes d’armement inédites dans l’histoire de l’humanité. Les commandes d’armement font travailler le charbon, l’acier, la chimie, les composants électriques, le cuir, la fourrure, la mécanique, l’aviation…

Les industriels savent très bien que l’Etat allemand ne peut pas financer ce qu’il est en train de faire. L’Etat commande des chars, des avions, mais ne paie pas ; il joue un jeu assez complexe et plutôt malin (je vais simplifier, mais le principe est là). Il paie les industriels en bons à inté- rêt… et leur déclare que ceux-ci seront versés grâce au pillage de l’Europe. Tout le monde est au courant, les industriels au premier rang, parce qu’ils ne sont pas payés, ou très peu : l’heu- re des comptes va sonner plus tard, quand le Reich aura les moyens d’envahir l’Europe. Les industriels ont donc été les complices et les bénéficiaires du Reich.

Ne parlons même pas de ce qu’est devenue leur activité après 1940. Leurs commandes aug- mentent, et l’industrie obtient via Himmler que l’on mette le système concentrationnaire à son service. On en arrive à la loi d’airain des salaires de Karl Marx : vous ne rémunérez la force de travail qu’autant que nécessaire, afin qu’elle puisse se renouveler pour se maintenir. La loi d’airain des salaires dans les années 1940, c’était les camps de concentration, c’est-à-dire l’exploitation jusqu’à son terme de travailleurs que l’on n’a même pas besoin maintenir en vie, parce qu’il y avait une telle rotation que si un travailleur mourait en deux jours, un autre le remplaçait aussitôt.

LVSL : On commémore le centenaire de la Révolution d’octobre 1917, et on a pu voir un certain nombre de parallèles effectués entre 3ème Reich et Union Soviétique. Dans les programmes scolaires de Première, les deux sont clairement amalgamés sous le concept de « totalitarismes », et des parallèles très nets sont effectués entre l’idéologie nazie et l’idéologie marxiste-léniniste : « lutte des races » d’un côté, « lutte des classes » de l’autre. Que pensez-vous de ces parallèles ?

La comparaison est toujours légitime en histoire ; même inconsciente, elle est à la base de la démarche historienne. Les paroles que je prononce ici et maintenant prennent sens comp- arées à autre chose. La comparaison est l’essence même de l’intelligence historienne. Ce qui est plus gênant, c’est l’assimilation. Comparaison n’est pas assimilation.

Le concept de totalitarisme n’est pas inintéressant à la base, tel qu’il a été pensé par Enzo Traverso. L’utilisation qui en a été faite après 45 a été politiquement investie. Il s’agissait par la comparaison entre l’Union Soviétique, ennemie du monde libre, et le nazisme, d’induire l’idée que le communisme dans sa version stalinienne était criminel et maléfique.

Cela est absolument indubitable en termes de pratique sociale ou si on prend en compte le nombre de morts. Le problème, c’est que cette assimilation, qui n’est plus une comparaison, et qui est motivée par une logique de Guerre froide, en vient à fausser l’intelligence historienne. En tant que spécialiste du nazisme, je ne me sers pas du concept de totalitarisme. C’est un concept scolastique, qui ne m’apporte rien d’un point de vue heuristique. Il n’apporte rien non plus à Nicolas Werth, lorsqu’il s’agit de parler de l’URSS. Le totalitarisme est devenu un objet d’étude en soi, dont le parcours et l’histoire sont intéressants ; mais pour un regard heuristique sur nos objets, ce concept nous embarrasse tant il est chargé de son histoire propre. Son introduction dans les programmes scolaires et sa déclinaison en trois branches, « commu- nisme », « fascisme” et « nazisme » (qui sont ainsi assimilés) fausse totalement la perspective historienne, parce qu’il existe des différences flagrantes entre ces visions du monde.

On peut vous opposer qu’une balle du NKVD vaut une balle du SD [service de renseignement de la SS]. Mais il reste que l’histoire, qui est en partie un art de la comparaison, reste un art de la distinction. Une victime du goulag n’est pas tuée pour les mêmes raisons, et aux mêmes fins qu’une victime de la Shoah. La biologisation chez les nazis est poussée à l’extrême, totalement, partout. Une victime du nazisme ne peut pas, biologiquement, échapper au nazisme ; un Juif ne peut pas échapper au fait qu’il soit biologiquement Juif. Cette biologisation est absente de la culture communiste. Elle est présente dans le stalinisme : Staline raisonnait en termes d’ethnies et avait des penchants antisémites. Mais cette dimension biologique est censée être absente du stalinisme. Une victime de la répression stalinienne est censée pouvoir y échapper en faisant amende honorable. On peut sortir d’un goulag. On ne sort pas d’un centre de mise à mort nazi. On est condamné de naissance à mourir, parce qu’on n’échappe pas à sa biologie. En théorie ce n’est pas le cas avec le stalinisme, même si c’est différent en pratique…

LVSL : Aujourd’hui, on assiste à une montée de l’extrême-droite partout en Europe. On ne compte plus les références faites aux « années 30 » pour parler de la situation actuelle. Peut-on comparer ces deux époques s’agissant de la montée de l’extrême-droite en Europe ?

Le parallèle est pertinent entre les extrêmes-droites actuelles et celles des années 20 et 30. D’une part, parce que les extrêmes-droites actuelles en sont les héritières en filiation sociale. On connaît l’histoire du Front National ; on sait que des anciens Waffen SS ont contribué à sa création, ou que d’ex-nazis ont participé à la fondation du FPÖ autrichien. En termes de genè- se, il y a bien une filiation sociale et intellectuelle.

Il y a en effet une filiation idéologique, parce que leurs dirigeants se réclament des mêmes réflexes, font appel aux mêmes lieux communs, aux mêmes angoisses, aux mêmes aspirations : critique de la modernité cosmopolite, critique de la mixité des sexes, nationalisme ultra, alliance avec les intérêts financiers et industriels… Cela ne veut pas dire, par exemple, que le Front National est une organisation fasciste, c’est une extrême-droite qui n’a pas besoin d’aller cher- cher ailleurs ses références. Zeev Sternhel a très bien démontré qu’elle les puise dans la France des 19ème et 20ème siècles (Boulanger, Maurras, Barrès, l’OAS…).

Comparer les périodes, en revanche, est non pertinent. Bien qu’il y ait des éléments similaires (remise en cause de la démocratie, doutes politiques, sociaux, éthiques, etc…), on ne vit pas dans le même monde, ne serait-ce que parce que l’Europe des années 30 était un monde informé, créé par la Grande Guerre. L’Europe des années 30 était habitée par 80 millions d’hommes à qui l’on a dit qu’il était bien de tuer, de frapper, de blesser. Ils avaient un rapport à la violence et à la mort qui n’est pas le nôtre aujourd’hui. Nous (je parle des Européens de l’Ouest et du centre, je n’inclus pas les Balkans qui ont connu une guerre civile au début des années 90) avons un rapport à la violence et à la mort qui ne vient pas encourager quelque chose comme le nazisme. Le nazisme se nourrit de cette fascination pour la mort, de ce romantisme héroïque à la fois mortifère et morbide…

LVSL : Dans vos ouvrages (et notamment La loi du sang), la doctrine nazie apparaît comme une vision du monde unifiée, systématisée, presque monolithique. Le nazis- me possédait-il une telle cohérence, ou avez-vous procédé à une reconstitution a posteriori, à la mise en place d’une sorte d’idéal-type de la pensée nazie, pour lui donner une cohérence qu’elle n’avait pas ?

La manière dont je représente la vision du monde nazie n’est pas monolithique. Je montre qu’il existe des débats, des désaccords, que le traitement des populations à l’Est faisait l’objet de disputes politiques entre Alfred Rosenberg et Himmler par exemple ; je montre qu’il y a des désaccords entre les acteurs sociaux qui sont porteurs de cette vision du monde, qu’il existe des contradictions, mais aussi que cette vision du monde est suffisamment plastique et dynamique pour digérer ses propres contradictions.

Un exemple : quand j’étudiais la vision de l’Antiquité des nazis, j’ai constaté qu’il existait des désaccords autour d’Alexandre le Grand : selon certains auteurs, Alexandre était un grand conquérant nordique blond aux yeux bleus, le premier à avoir soumis l’Asie, le premier guerrier impérial germanique… Selon d’autres, Alexandre avait fauté, péché contre la race, parce qu’il avait diligenté les noces de Suse entre l’élite macédonienne nordique et l’élite perse asiatique, sémitique.

J’ai montré qu’il y a eu un dépassement de cette contradiction dû à la puissance agrégative de la vision du monde nazie : en définitive, l’élite perse était une élite germanique, parce que l’empire perse ne pouvait avoir été créé, dans sa magnificence, que par le génie germanique ; l’élite impériale était donc restée germaniquement pure ; avec la célébration des noces de Suse, Alexandre recréait finalement le lien racial entre les élites nordiques : cela permettait de sauver Alexandre pour la cause raciste.

C’est une des raisons multiples pour lesquelles la vision du monde nazie séduit, convainc, fonctionne : elle est agrégative, dynamique, cumulative et infalsifiable. Vous avez toujours raison quand vous la mobilisez : elle a cela en commun avec n’importe quelle théorie du com- plot ; soit un élément vient la confirmer : ça veut dire que cette vision du monde est la bonne ; soit un élément vient l’infirmer, mais cela signifie qu’il a été créé par les ennemis de la théorie du complot. C’est pour cela qu’il est difficile de discuter avec un nazi (cela existe encore !) ou un négationniste. Aux arguments scientifiques, ils opposent que vous êtes payés par les Juifs. En cela les négationnistes sont de vrais petits héritiers de leurs modèles nazis.

LVSL : Justement, peut-on pousser plus loin ce parallèle entre la vision du monde nazie et les « théories du complot » dans les mécanismes psychologiques qu’elles mobilisent ? Dans le Système totalitaire, Hannah Arendt explique l’attrait des idéologies totalitaires par le fait qu’elles proposent des visions du monde globales et structurantes, qui ramènent la multiplicité des phénomènes à des schémas explicatifs systémiques et rassurants. Les théories du complot fonctionnent-elles de la même manière ?

C’est l’un des grands mérites intellectuels et psychologiques d’une théorie du complot. Très clairement, le nazisme est une théorie du complot : le complot racial, le complot juif, judéo-chrétien, judéo-bolchévique… Le grand mérite intellectuel de ces discours-là, c’est d’être aisément compréhensibles, puisqu’on ramène la complexité à un principe simple, aisément digérable, infalsifiable, et qui apporte un réconfort psychologique. Vous étiez démuni face à un choc, un traumatisme, une incompréhension… et désormais vous êtes pleinement rassurés. En plus vous faites partie de la caste des illuminés, des sages, des mages, de ceux qui ont compris la complexité du monde…

Vincent Ortiz décembre 11, 2017

Johann Chapoutot est professeur d’histoire à l’Université Paris-Sorbonne, spécialiste de l’Allemagne nazie. Il a consacré de nombreux  ouvrages à l’étude de l’idéologie nationale-socialiste (La loi du sang, le nazisme et l’Antiquité…) traduits en sept langues et récompensés par de nombreux prix. Il s’intéresse aux fondements philosophiques, historiques et (pseudo-)scientifiques du nazisme ; il étudie les moyens par lesquels cette vision du monde a pu devenir hégémonique en Allemagne à partir de 1933. Ses analyses mettent en lumière certains aspects peu connus de ce phénomène historique ; nous avons décidé de le rencontrer.

Pour aller plus loin :

  • Johann Chapoutot, Le nazisme et l’Antiquité (2012)
  • Johann Chapoutot, Fascisme, nazisme et régimes autoritaires en Europe (2013)
  • Johann Chapoutot, La loi du sang (2014)
  • Johann Chapoutot, La révolution culturelle nazie (2017)

http://lvsl.fr/

Lire aussi:

Comment vaincre le fascisme ? Introduction : La théorie du fascisme chez Léon Trotsky (Ernest Mandel)

Comment vaincre le fascisme ?(Léon Trotsky)

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21 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

plogoff (essf)

fem mes de plog

Plogoff (1975-1981)

Tandis que les paysans du Larzac luttent contre l’invasion des militaires, les Bretons de Plogoff (Finistère) mènent bataille contre le projet d’implantation d’une centrale nucléaire. En dépit de la promesse faite par le candidat à l’élection présidentielle Valéry Giscard d’Estaing en 1974 qu’aucune infrastructure de ce type ne serait édifiée contre l’avis des populations, leur bourg de quelque 2 000 âmes a été choisi d’un commun accord, dès 1975, par le conseil régional de Bretagne et le Conseil économique et social.

Entériné fin novembre 1978 par le conseil général du Finistère, le projet concerne 24 hectares de lande en bordure de la baie d’Audierne et exige le dynamitage de 17 millions de tonnes de granit pour ramener de 40 à 10 mètres l’à-pic permettant aux quatre réacteurs de 1 300 mégawatts d’avoir les pieds dans l’eau. A deux pas de la pointe du Raz, site le plus touristique de Bretagne…

Dès septembre 1978, 5 000 personnes manifestent au cap Sizun tandis que 15 000 autres simulent la mort dans les rues de Brest pour symboliser leur combat antinucléaire. Des mani- festations se succèdent jusqu’au 30 janvier 1980 où, devant la mairie de Plogoff, les opposants font un autodafé des dossiers d’enquête d’utilité publique à peine livrés. C’est le début de six semaines d’échauffourées, jets de pierre contre jets de grenades incapacitantes.

L’enquête est effectuée dans des camionnettes faisant office d’annexes, escortées par les forces de l’ordre.

En l’absence de leurs époux majoritairement marins de commerce, les femmes de Plogoff mènent la vie dure aux sept escadrons de gendarmes mobiles déployés sur le village qu’un hélicoptère survole et que des véhicules du génie militaire sillonnent pour franchir les barri- cades. Le 16 mars 1980, 50 000 personnes manifestent à l’occasion de la clôture de l’enquête d’utilité publique. Le 24 mai 1980, 100 000 à 150 000 opposants fêtent la fin de la procédure, et 50 000 à 60 000 organisent sur place un fest-noz.

Le 3 décembre 1980, le gouvernement donne son feu vert à EDF pour débuter les travaux de terrassement mais, peu après son élection au printemps 1981, François Mitterrand classe le projet sans suite comme il s’y était engagé durant sa campagne. Pour la première fois, un projet d’aménagement d’« intérêt général » porté par l’Etat est abandonné en France.

http://www.europe-solidaire.org/

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