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28 avril 2019 ~ 0 Commentaire

partis (inprecor)

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Réflexions sur la « question du parti » 

Un tour d’horizon

Partis, périodes, consciences

Nous abordons évidemment ici la question du parti du point de vue de la gauche radicale, anticapitaliste. Nous aurions dit, dans les décennies 1960 et 1970, du point de vue de la gauche révolutionnaire. L’adjectif « radical » prend, à mon sens, acte d’une situation. Dans de nombreux pays – à commencer par ceux qui composent l’Europe –, il n’y a pas un niveau, une qualité des luttes sociales qui permettent de donner chair à une organisation révolutionnaire.

L’adjectif « révolutionnaire » ne renvoie pas seulement à un programme. Dans les années 1960 et 1970, la vie quotidienne des membres de l’extrême gauche était différente de celle des adhé-rents aux partis réformistes sociaux-démocrates ou staliniens. Bien des activités devaient être clandestines, ou partiellement clandestines. La perspective était celle d’une montée en puissan-ce des luttes de classes et l’on devait s’y préparer. Les États d’ailleurs s’y préparaient, dans des pays comme la France, et la répression frappait en priorité le militantisme politique.

En Europe, la situation a changé après l’épuisement de la dynamique de la révolution portugaise et la sortie contrôlée du franquisme dans l’État espagnol.

Une « normalisation » à la gauche de la gauche a suivi plus ou moins rapidement. La transition n’a pas été facile et une grande partie des organisations d’extrême gauche en Europe ont dispa-ru en cours de route. Depuis, la vie quotidienne d’un membre de la gauche radicale n’est plus si différente de celle de l’adhérent d’un parti réformiste. La perspective d’une confrontation majeure de classes s’est embrumée dans un horizon lointain. De façon symptomatique, la répression a progressivement ciblé les mouvements sociaux (et les « classes dangereuses » – classes d’âge et sociales) et non plus les politiques en tant que tels.

Bien entendu, cette périodisation varie suivant les pays du sud, du centre ou du nord de l’Euro-pe. Des résistances armées se sont longtemps prolongées en lien avec l’oppression nationale (Euskadi, Irlande du Nord, Corse), mais ces luttes ont cessé de s’inscrire dans une perspective révolutionnaire internationale, ce qui a posé la question de leur fonctionnalité et a changé le cadre des processus de paix. Malgré les différences de contexte, c’est aussi vrai pour les pays du Sud où des guérillas significatives continuaient à exister, de la Colombie aux Philippines.

Dans un premier temps, le changement de période a conduit l’extrême gauche « survivante » à repenser les rythmes et les modalités de sa construction. La course du « cent mètres » visait à profiter – avant qu’elle ne se referme – de la fenêtre ouverte par la crise de la domination impé-rialiste des années 1960. Elle a laissé place à une course de fond pour mieux s’implanter et durer jusqu’à la crise suivante. Cependant, cette dernière n’est advenue que trois décennies plus tard (une génération !).

Quant au changement de période, il a été beaucoup plus prononcé qu’escompté.

En fait, nous avons à faire à un changement d’époque marqué par l’implosion de l’URSS et la fin de la géopolitique des blocs ; l’épuisement de la dynamique révolutionnaire du 20è siècle y com-pris dans le tiers monde ; la mondialisation capitaliste ; une hégémonie idéologique du néolibéra-lisme qui, bien que temporaire, a profondément pénétré les consciences ; de véritables boule-versements des structures sociales tant au Nord qu’au Sud et à l’Est…

Dans ce cadre, la rupture générationnelle entre les héritiers des années 1960-1970 et les enfants de l’époque présente s’avère souvent particulièrement tranchée (Rousset, 2005). En règle générale, les jeunes sont peu intéressés à apprendre du passé contrairement à l’aile politique de la « génération 68 » qui se pensait dans la continuité de la révolution russe d’Octobre 1917, de la révolution chinoise d’Octobre 1949 ou de la révolution cubaine de janvier 1959, de la Guerre d’Espagne et de la résistance antifasciste…

Cette rupture de génération prend aussi des formes aiguës dans les pays où les « vieux » ont vécu l’expérience de la résistance à des dictatures et des régimes militaires et où les « jeunes » sont nés à la politique après leurs renversements, comme en Amérique latine ou aux Philippines.

Nous touchons ici à une question fondamentale. Les conceptions militantes dominantes ne sont pas forcément en adéquation avec certaines des tâches de l’heure ou avec la nature des épreu-ves à venir. Or, l’action politique se conduit à partir des consciences « réellement existantes » et non pas à partir d’impératifs catégoriques. Ainsi, même quand le « désir de parti » existe, il peut y avoir un fossé entre le parti possible (compte tenu des consciences) et le parti nécessaire (compte tenu des tâches). Une difficulté assez redoutable qui conduit à bien des tâtonnements. Néanmoins, des partis utiles ont existé et existent encore bel et bien.

Des partis utiles possibles et nécessaires

Nous sommes aujourd’hui confrontés à un rejet sec de la notion même de parti dans une aile importante de la jeunesse militante, y compris chez celle dont l’engagement personnel est le plus radical. Du moins tel est le cas dans certains pays.

Il y a à ce rejet de solides raisons qu’il nous faut pleinement prendre en compte. Le dépéris-sement de la démocratie bourgeoise a fini de discréditer le régime des partis, là où il avait un sens par le passé. Un secteur notable de l’extrême gauche s’est comporté de façon proprement manipulatrice et autoritaire, parfois carrément destructrice.

La « forme parti » n’est pas seule en cause, il importe de le noter. En fait, ce sont toutes les formes d’organisation d’hier et d’aujourd’hui qui méritent d’être passée en revue de façon criti-que. Des syndicats sont profondément bureaucratisés. Des ONG deviennent la « propriété » d’une personne. Des associations s’institutionnalisent au point d’appliquer en leur sein une grille de salaires fort inégalitaire. Des réseaux informels sont manipulés par une direction occulte. Des mouvements « virtuels » remplacent par un « clic » Internet (sans engagement militant aucun) les procédures démocratiques collectives. Des hommes providentiels se ramassent à la pelle…

Aucun parti n’est parfait. Néanmoins, des partis ont joué un rôle clef, au 20è siècle, dans toutes les luttes de libération, dans les révolutions qui ont été le plus loin dans la rupture avec le capita-lisme. Certes, ces révolutions se sont sclérosées ; elles ont donné naissance à des régimes bureaucratiques, puis laissé place à un nouveau développement capitaliste. Il y a à cela des causes multiples sur lesquelles on ne peut revenir ici.

Les critiques sans nuances ni merci des partis révolutionnaires devraient se pencher sur ce qu’il advint des révolutions sans partis. Ou ce qu’il en advient aujourd’hui encore. Nous avons rare-ment vu une levée populaire aussi ample et couvrant d’emblée une aire géographique aussi vaste que ce que l’on appelle un peu improprement le « Printemps arabe ». L’irruption des « masses » dans l’arène politique fut spectaculaire, le combat mené contre une cohorte de forces contre-révolutionnaires proprement remarquable. Elle mérite toujours notre soutien ; mais l’initiative a changé de camp. La lutte se poursuit parfois dans des conditions épouvantablement difficiles, comme sur le théâtre d’opérations irako-syrien.

Les peuples de la région paient notamment au prix fort les abandons et les trahisons des grands partis nationalistes de gauche

Dans le monde arabo-persan (ou au-delà), ainsi que l’isolement international dans lequel elle a été maintenus par les puissances –  une partie de la gauche radicale appuyant Poutine et Assad ou regardant ostensiblement ailleurs.

Il existe certes toujours Irak ou en Syrie des organisations révolutionnaires qui sont restées fidèles à leurs engagements initiaux – et qui méritent notre respect, poursuivant un très difficile combat – mais elles sont aujourd’hui affaiblies. On ne peut que regretter cette faiblesse – qui oserait s’en réjouir au nom d’une dénonciation théorique de la « forme parti » ?

Des partis suffisamment implantés pour jouer un rôle important sur le théâtre d’opération irako-syrien, il n’y en actuellement qu’aux Kurdistan. Peut-on nier que l’existence du PYD au Kurdistan de Syrie a été un facteur clé dans la capacité de résistance kurde, symbolisée par la bataille de Kobané ? Des partis radicaux, même de dimensions modestes, peuvent aujourd’hui être utiles.

Nous parlons ici de partis d’envergure modeste (quelques milliers de membres), mais bénéfi-ciant d’une implantation multisectorielle. Une organisation politique concentrant son activité dans un seul secteur social (par exemple les entreprises) ne saurait jouer le même rôle. Une forma-tion essentiellement parlementaire non plus. Au cœur de l’action partidaire se pose en effet la question de l’articulation des formes et des terrains de lutte.

L’articulation des formes et des terrains de lutte

Si je nourris la réflexion d’exemples concrets, c’est qu’il faut se garder des schémas trop abstraits. On ne peut en effet effacer d’un trait les héritages nationaux ou régionaux. En Europe, les rapports entre grands partis et syndicats varient considérablement d’un pays à l’autre. En Inde, chaque parti (parlementaire) – y compris de droite – est entouré d’un éventail d’« organisa-tions de masse » : confédération syndicale, associations paysannes et de femmes, jeunesses… Des « mouvements sociaux antipartis » leur font pièce. Des organisations indépendantes, mais pas nécessairement hostiles aux partis ont pris dernièrement plus d’importance. Toute action d’envergure pose la question de leur collaboration.

Un parti n’a pas le monopole de l’élaboration théorique et programmatique, contrairement à ce que beaucoup ont prétendu. Des militantes d’extrême gauche ont participé activement aux élaborations féministes (et LGBT blog) des années 1970, mais leur formulation s’est faite en dehors des orga-nisations politiques constituées, avant d’y pénétrer en force. Il en va de même pour ce qui est de l’écologie la décennie suivante. Idem encore en ce qui concerne l’évolution des rapports sociaux et du travail, ou la portée stratégique d’expériences de lutte innovantes…

En revanche, les partis militants offrent (peuvent, devraient offrir) dans la mesure du possible des choix globaux d’orientation alternatifs – à savoir comment articuler pour une période donnée formes et terrains de lutte. En cela, ils contribuent à préserver l’unité des mouvements sociaux, les choix politiques hétérogènes de leurs membres s’exprimant ailleurs au lieu de les diviser. Si division il y a néanmoins, elle s’opère sur le terrain propre à chaque mouvement social : syndica-lisme de classe ou d’accompagnement, écosocialisme ou écologie profonde, production paysan-ne ou agro-industrie, féminisme de lutte de classe ou institutionnel…

Tout cela présuppose évidemment que lesdits partis militants respectent le fonctionnement propre, la vie des mouvements sociaux 

Ce qui n’est pas gagné d’avance. Une solution alternative est défendue par des courants de référence généralement anarchiste, la constitution de mouvements sociopolitiques de type « syndicats révolutionnaires » (en période non révolutionnaire). C’est construire des avant-gardes nécessairement concurrentes au sein du salariat, imposant des divisions de nature partidaire.

Deux terrains de lutte méritent ici une mention spéciale : la lutte armée et l’activité parlementaire. Cela peut paraître étrange de les associer ici. Pourtant, toutes deux ont de profondes implica-tions sur les équilibres d’une organisation et toutes deux présentent de grands dangers si ces équilibres ne sont pas maîtrisés.

Activités parlementaires et institutionnelles.

L’activité parlementaire (et plus généralement institutionnelle) répond à des besoins très réels. Défendre dans toutes les arènes possibles les droits des dominé-e-s. Leur assurer une repré-sentation politique. Combattre l’hégémonie idéologique dominante. Utiliser le groupe parle-mentaire pour aider les luttes ici et ailleurs ; pour obtenir la libération de prisonniers politiques ; pour aider à la coordination internationale des mouvements…

Cette activité ne peut évidemment pas être mise en œuvre en tous lieux en tout temps. Ses modalités et son potentiel dépendent beaucoup de la nature du régime politique et des législa-tions électorales propres à chaque pays (qui, en règle générale, tendent aujourd’hui à se durcir).

C’est sur ce terrain que la gauche radicale a récemment connu ses plus grands succès en Europe 

Et elle a aussi subi l’un de ses échecs les plus cinglants. La première vague de succès élec-toraux a notamment touché le Danemark, l’État espagnol, la Grèce, le Portugal – avec pour point d’orgue, la conquête du gouvernement par Syriza et le soutien populaire massif pour en terminer avec les politiques d’austérité.

La première leçon, évidemment, c’est qu’un tel événement remarquable a été possible. La seconde, malheureusement, est la trahison de ses mandats par la direction Tsipras et son intégration (en position subordonnée) à la gouvernance autoritaire de l’Union européenne.

Après l’espoir, l’écœurement – et un point tournant négatif pour la gauche radicale en Europe. L’avenir de l’Alliance rouge et verte danoise, du Bloc de Gauche portugais, de Podemos, reste évidemment un enjeu majeur, mais le contexte leur est aujourd’hui plus difficile.

Un autre processus existe avec le Momentum de Corbyn (Labour) en Grande-Bretagne. Il n’est pas évident qu’il va se reproduire ailleurs. En Allemagne (Die Linke), en France, de la création entre le Parti de Gauche et le PC du Front de Gauche, il ne reste que Mélenchon. Les carottes sont cuites en Italie. Dans beaucoup de pays, c’est la droite extrême et l’extrême droite qui sont à même de polariser l’exaspération populaire.

L’avenir peut nous réserver à nouveau d’heureuses surprises 

Mais il faut prendre la mesure de la « logique hégémonique » du terrain électoral et du pouvoir de cooptation des institutions. L’aune du succès d’une organisation devient ses résultats élec-toraux et non les progrès de son implantation sociale – or l’audience électorale n’implique pas automatiquement une avancée dans l’enracinement local.

La succession des échéances électorales commande les priorités financières et accapare l’attention des directions. L’échec laisse le roi nu – et les coffres vides. Le succès est dangereux. Des organisations entières ont perdu leur âme militante dans les institutions, malgré la résis-tance farouche de minorités en leur sein : Syriza en Grèce… D’autres ont perdu leurs députés pour ne pas perdre leur âme (comme le RPM-M aux Philippines).

Un parti radical doit pouvoir intervenir selon les possibilités et les nécessités en tous domaines, y compris parlementaire et institutionnel, y compris hostiles. Le danger est d’adapter la conception même du parti « réellement existant » aux jeux électoraux. La rotation des élu-e-s, les règles financières, doivent être clairement établies et respectées.

L’ancrage social doit être assuré au lieu de s’affaiblir avec le temps. On gagnerait à réfléchir à des exemples originaux en la matière. Le mouvement populaire coréen a impulsé la création du Parti Démocratique du Travail (KDLP), la confédération syndicale KCTU et la Ligue des paysans (KPL) étant directement représentées à sa direction. Le KDLP a connu un véritable succès électoral, mais a été fortement réprimé au nom de la « sécurité nationale ». Par ailleurs, la cohabitation n’est pas simple, en Corée, entre le courant « libération nationale » qui donne la priorité à la question de la réunification du pays et le courant « démocratie du peuple » qui donne la priorité aux luttes sociales. L’exemple du KDLP est très spécifiquement sud-coréen et n’est pas reproductible ? Certes, mais la question de fond du lien entre partis radicaux et base sociale ne cesse de se poser.

Confrontés à l’absence de partis radicaux à basse de masse, d’autres courants syndicaux de lutte de classe se posent la question d’en fonder.

C’est aujourd’hui notamment le cas pour le Numsa, en Afrique du Sud. Au Mexique, le Syndicat Mexicain des Electriciens (SME) a jugé nécessaire d’appuyer la création d’une nouvelle formation politique, l’Organisation du peuple et des travailleurs (OPT)..

Les précédents historiques en Afrique du Sud et au Brésil montrent comment le parti initialement fondé sur le mouvement syndical peut l’instrumentaliser. Après l’accession au gouvernement, ce fut le cas au Brésil avec le PT et la CUT ; ou en Afrique du Sud avec l’ANC et la Cosatu. Il faut donc mieux s’en prémunir.

Enfin, l’une des particularités des processus européens contemporains, c’est le décalage temporel entre les mobilisations sociales qui ont ouvert à la voie à la gauche radicale et le moment où les succès électoraux se sont produits (Syriza, Podemos…). En conséquence, la base sociale organisée du mouvement parlementaire (ou du gouvernement dans le cas grec) reste étonnamment restreinte par rapport à leur audience électorale – un dangereux talon d’Achille.

L’expérience montre que la résistance aux dérives droitières de directions politiques et syndica- les ou l’élargissement de la base sociale de la gauche radicale après un succès électoral ne sont pas spontanés. On ne saurait s’en remettre à une simple « dynamique » dont la situation serait porteuse. Tout cela relève de tâches politiques et de redéploiements organisationnels. Il faut agir en dehors des institutions et pas seulement en leur sein.

Selon Lénine

• Horizon stratégique, analyse concrète. Lénine est particulièrement intéressant en ce qui concerne la façon dont il lie (et non juxtapose) théorie et objectifs à long terme d’une part et, d’autre part, la mise en contexte, « l’analyse concrète de la situation concrète ». Or, on l’a vu, le contexte actuel n’est pas favorable à la construction des partis dont nous avons, dont nous aurions, besoin. Il nous faut néanmoins mener une réflexion stratégique de fond.

• Un parti délimité et militant. Un parti devrait-il n’avoir plus de frontières ni d’exigences à l’heure d’Internet et du militantisme à la carte ? Devrait-il être « fluide » en adéquation à un capitalisme lui-même « fluide » ? Fluide, la domination de classe ? Fluide le matraquage idéologique quotidien ? Fluide l’État sécuritaire ? Fluide les diktats de la dette, de l’Union européenne, des interventions impérialistes ? En quoi la violence de la guerre de classe s’est-elle liquéfiée ? C’est notamment cette question qui détermine la nécessité d’un parti délimité, dont les membres sont actifs dans des structures militantes. Le fait qu’il soit constitué de militant-e-s lui permet d’être enraciné dans les couches populaires, en rapport et en lien organique avec les mouvements sociaux.

• Un parti pour l’action politique dans toute la société. Un parti révolutionnaire ne confine pas son action à l’entreprise, au face-à-face direct entre un patron et ses salariés. Il « repré-sente » la classe travailleuse, dans ses rapports non seulement à un groupe donné d’emplo-yeurs, mais aussi avec « toutes les classes de la société contemporaine et avec l’État en tant que force politique organisée ».

• Un parti réactif. Un parti capable de percevoir l’émergence du neuf et de se réorganiser en conséquence, que ce soit en termes d’implantation sociale (exemple actuel : émergence du précariat dans des pays européens) ou de changement brutal de situation politique. Un parti capable aussi de répondre à l’imprévu – car imprévu, il y aura toujours. Sans être « fluide », ce type de parti est flexible…

Continuité et conservatisme. La construction d’un parti, comme de toute organisation populaire, est un processus d’accumulation de forces sociales, politiques, culturelles, orga-nisationnelles… Un tel processus exige de la continuité et de la profondeur dans l’activité. Etre réactif ne signifie donc ne pas butiner et ne s’investir que de façon éphémère.

Toute organisation est aussi conservatrice. Elle tend à recruter à son image et à fonctionner selon des codes implicites reflétant sa composition initialement majoritaire, ce qui rend très difficile l’intégration effective de membres ne collant pas à cette « norme » dominante : les femmes dans des mouvements masculins, les salarié-e-s non diplômés (étant entendu qu’une bonne partie du salariat de faible revenu peut avoir été étudiant), les précaires, les migrants, etc. Le problème est particulièrement aigu au niveau des directions, aux comportements souvent excluants, « familiaux » (une famille parfois déchirée…).

La politique de construction de l’organisation doit donc inclure une réflexion sur le poids de ces conservatismes et des mesures renforçant sa capacité d’accueil, de formation et d’intégration, en mettant l’accent sur le fonctionnement collectif. C’est bien plus qu’une question de quotas – et plus facile à dire qu’à faire, précisément parce qu’une bonne partie du problème relève de l’implicite, d’un état d’esprit, de codes informels.

• Un parti capable de présenter une orientation d’ensemble, des éléments de stratégie, puis une stratégie appropriée (en rapport avec les données de la période) quand le niveau des luttes le permet. Là encore, cela implique une politique de développement de l’organisation qui lui permette de s’enraciner dans des secteurs sociaux d’où elle est absente. Il n’y a rien de spon-tané en ce domaine. Bien entendu, plus un groupe est numériquement faible et moins il peut se déployer…

Dans bien des pays, les conditions réellement existantes ne permettent pas de construire « le parti révolutionnaire ». L’enjeu est alors de susciter ou de participer à la constitution de forma-tions politiques disons hybrides, exprimant l’expérience contemporaine, permettant d’agir sur le présent, d’élever le niveau de conscience, d’accumuler des forces, de faire des pas en avant – tout en évitant qu’elles ne se sclérosent et ne donnent naissance à de nouveaux réformismes impotents.

Ces mouvements « hybrides » peuvent s’avérer temporaires ; ils entreront en crise, mais non sans avoir permis une expérience nécessaire. Ils peuvent aussi donner naissance à des organisations plus durables, renouvelées, de la gauche radicale.  (Résumè)

Mai 2017 Pierre Rousset

Pierre Rousset, membre du Bureau exécutif de la Internationale, militant du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA, France), anime l’association Europe solidaire sans frontières (ESSF)

http://www.inprecor.fr

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25 avril 2019 ~ 0 Commentaire

1er mai (lutte ouvrière)

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Il y a cent ans

La journée de huit heures et la crainte de la révolution

Il y a 100 ans, le gouvernement Clemenceau faisait voter la journée de huit heures, après l’avoir longtemps repoussée. On était à quelques jours du 1er mai 1919 et, pour cette première grande manifestation d’après-guerre, la mobilisation ouvrière s’annonçait explosive. La bourgeoisie, par ses concessions, montrait sa crainte que la vague révolutionnaire qui avait porté les bolcheviks au pouvoir en Russie en 1917, puis gagné l’Allemagne et la Hongrie en 1918-1919, ne gagne la France.

Depuis près d’un siècle, la classe ouvrière luttait pour arracher une diminution de la journée de travail, que la révolution industrielle avait allongée démesurément dans toute l’Europe. En Grande-Bretagne, les ouvriers des trade-unions et du mouvement chartiste la revendiquaient depuis les années 1830-1840. Leur mobilisation avait imposé la limitation du travail des enfants et la réduction de la journée de travail à dix heures, alors qu’elle dépassait souvent seize heures.

En 1866, la Première Internationale affirma que limiter la journée de travail à huit heures était « la condition préalable sans laquelle tous les efforts en vue de l’émancipation doivent échouer». Pour les militants ouvriers les plus conscients, il s’agissait d’arracher pour les travailleurs non seulement le droit de se reposer et de se cultiver, mais aussi celui de se préparer au combat pour renverser le capitalisme.

À son congrès de fondation à Paris en 1889, la Deuxième Internationale décida d’organiser « une grande manifestation à date fixe de manière que dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de réduire légalement à huit heures la journée de travail. » Le choix de la date du 1er mai fut fait en hommage aux ouvriers américains qui avaient débuté le 1er mai 1886 la grève générale pour les huit heures et avaient été sauvagement réprimés à Chicago.

Le 1er mai, journée de grèves et de manifestations pour les huit heures

En 1890, la préparation des grèves et des manifestations du 1er mai, qui étaient illégales, créa un climat quasi insurrectionnel. Malgré la présence de milliers de soldats et de policiers pour empêcher toute manifestation, malgré la menace des patrons de ne pas reprendre les grévistes, il y eut cent mille manifestants rien qu’à Paris. Des millions d’autres allaient manifester ou tenir des meetings dans les principales villes du pays, comme dans toute l’Europe, à Vienne, Bruxelles, Copenhague ou Londres.

Le 1er mai 1891 fut noyé dans le sang à Fourmies, dans le Nord.

Le gouvernement, au service d’un patronat désireux de briser l’organisation naissante des ouvriers du textile, déploya l’armée qui tira et fit une dizaine de morts parmi les manifestants, soulevant une énorme émotion. Malgré la répression qui jeta les militants socialistes en prison, la grève pour les huit heures se poursuivit plusieurs semaines dans la région, bénéficiant de la solidarité ouvrière.

Le repos hebdomadaire, fruit du 1er mai 1906

Le 10 mars 1906, la catastrophe de la mine de Courrières, faisant près de 1100 morts, entraîna la colère des mineurs du Nord-Pas-de-Calais, qui allaient mener une grève de deux mois et revendiquer « huit heures et huit francs » par jour de salaire. Le ministre de l’Intérieur Clemen-ceau envoya 20 000 soldats quadriller le bassin minier, gagnant son surnom de « premier flic de France ». La défaite de la grève n’empêcha pas la popularité de la revendication des huit heures de grandir, avec des grèves éclatant dans le bâtiment, la poste ou les métaux à l’approche du 1er mai.

La CGT, qui avait été fondée en 1895, lança alors le mot d’ordre 

« À partir du 1er mai 1906, on ne travaille plus que huit heures ». Comme quinze ans plus tôt, Paris fut ce jour-là en état de siège, avec 60 000 hommes de troupe concentrés dans les maga-sins, les banques, les gares, et même aux portes des maisons de maître, ce qui renforça la panique des bourgeois. La répression fit deux morts et de nombreux blessés. Malgré les centai-nes d’arrestations, dont celles des dirigeants syndicaux, les grèves continuèrent, contraignant le gouvernement à céder sur une revendication ancienne, celle d’un jour de repos hebdomadaire obligatoire, le dimanche.

Le vote de la loi en 1919

Il fallut attendre la fin de la Première Guerre mondiale pour que la loi sur les huit heures soit promulguée par un gouvernement dirigé par ce même Clemenceau qui l’avait combattue par le passé en réprimant les grèves et en pourchassant les syndicalistes révolutionnaires. Avec sa loi des huit heures du 23 avril 1919, le gouvernement français espérait à la fois désamorcer le mécontentement accumulé par les années de privations dues à la guerre et contenir l’élan d’enthousiasme soulevé par la Révolution russe d’octobre 1917.

En Russie, le gouvernement bolchevik avait été le premier à adopter la journée de huit heures.

En novembre 1918, l’Allemagne en pleine révolution l’adopta également, suivie de la Pologne, du Luxembourg ou de l’Autriche. La question des huit heures fut par la suite abordée dans les négociations du traité de Versailles au printemps 1919, car la reconstruction exigeant des classes laborieuses de lourds sacrifices, les classes dirigeantes devaient se résoudre à faire quelques concessions.

Pour convaincre les bourgeois hostiles, le quotidien Le Temps expliquait 

« On eût pu trouver inopportune la décision de réduire davantage la journée du travail, à une époque où un redoublement de labeur semblerait plutôt s’imposer dans ce pays dévasté par la guerre, mais des grondements se font entendre, auxquels la Chambre pouvait malaisément rester sourde. » « C’est la Révolution russe qui nous a fait ce cadeau », estima le syndicaliste révolutionnaire Pierre Monatte. En cette veille du 1er mai 1919, alors que des mouvements révolutionnaires se développaient dans toute l’Europe, le gouvernement et la bourgeoisie estimaient que mieux valait lâcher du lest.

Le gouvernement voulut néanmoins interdire les grèves et manifestations du 1er mai, que les organisations ouvrières avaient maintenues pour exiger l’application rapide de la loi dans toutes les entreprises et sur tout le territoire.

Malgré la répression, il y eut 1,3 million de grévistes, avec plus de 2 000 grèves, les travailleurs entrant en lutte pour garantir les huit heures dans les faits et arracher les augmentations de salaires que la flambée des prix avait rendues indispensables. Elles étaient les prémisses d’une vague de grèves qui allaient déferler en mai et juin 1919.

La loi des huit heures et les concessions que la bourgeoisie dut faire furent ainsi pour elle le prix à payer pour éviter qu’en France l’après-guerre ne débouche sur une véritable vague révolutionnaire.

Louise Tissot 24 Avril 2019
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24 avril 2019 ~ 0 Commentaire

fln dégage! (cqfd)

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Aux origines d’un parti hégémonique

FLN dégage !

Partout, la foule compacte reprend le slogan «  FLN dégage ! », pouvait-on constater en déambulant dans le centre d’Alger, sous la pluie du 22 mars ou le soleil du 29 mars, où conver-geaient dans la liesse ou la colère des Algérois déterminés à en finir avec un « pouvoir assas-sin », tandis que flottaient les drapeaux algérien, amazigh et palestinien.

Aux côtés de mots d’ordre plus anciens comme « Djazaïr horra dimokratia ! » (« Algérie libre et démocratique ! ») ou plus confus tels que « Djeïch chaâb khawa khawa ! » (« Armée, peuple, frères, frères ! »), le slogan « FLN dégage ! » concentre, en deux mots et en français, le rejet d’un « système » souvent désincarné.

Il s’accorde pleinement à l’exigence formulée dès le 15 mars à travers l’expression « Trouhou gaae ! » (« Partez tous ! »), dépassant ainsi la volonté de se débarrasser du simple Président sortant. Deux semaines plus tard, une banderole tendue dans l’hypercentre de la capitale insistera sur ce point : « Goulna ga, c’est ga » (« Nous avons dit tous, c’est tous »).

Hégémonie par la violence

Mais comment comprendre ce paradoxe apparent qui consiste, pour des millions de mani-festants, à réclamer haut et fort la disparition du Front de Libération Nationale tout en bran-dissant, dans les rues, des portraits ou symboles de la lutte anticoloniale ? Pour la grande majorité de la population, cédant à une certaine idéalisation de l’histoire, il existerait une  différence fondamentale entre le premier FLN, celui de la séquence 1954-1962, et le second FLN, celui de l’Algérie indépendante et néanmoins autoritaire.

Sur le premier aspect, il convient de rappeler que cette opinion ne se démarque aucunement de la propagande du régime ainsi qu’on peut le lire dans le préambule de l’actuelle Constitution algérienne qui célèbre la date du 1er novembre 1954, à savoir celle du déclenchement de la lutte armée contre le colonialisme français par le FLN :

« Réuni dans le mouvement national puis au sein du Front de Libération Nationale, le peuple a versé son sang pour assumer son destin collectif dans la liberté et l’identité culturelle nationale retrouvées et se doter d’institutions authentiquement populaires. Couronnant la guerre populaire par une indépendance payée du sacrifice des meilleurs de ses enfants, sous la conduite du Front de Libération Nationale et de l’Armée de Libération Nationale, le peuple algérien a restauré dans toute sa plénitude, un État moderne et souverain. »

Si le FLN a prétendu monopoliser la cause indépendantiste, il n’a pu conquérir son hégémonie qu’en supplantant, dans la violence, son rival nationaliste, le Mouvement National Algérien dirigé par le pionnier Messali Hadj, et en intégrant, par la conviction ou la contrainte, des éléments issus du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD), de l’Union démocratique du Manifeste algérien, présidée par Ferhat Abbas, de l’Association des oulémas ou du Parti communiste algérien (PCA).

La sauvage répression anti-indépendantiste par les autorités coloniales, la compétition violente entre nationalistes algériens pour la direction de la révolution ainsi que l’emploi du terrorisme contre les civils tant par les ultra-colonialistes que par le FLN conduisirent à la militarisation du conflit et à la constitution d’une bureaucratie totalitaire, prélude à l’instauration d’un régime de parti unique. Le temps du pluralisme partisan – truqué et inégal en raison des règles du jeu colonial – était terminé.

Symbole de l’oppression

Après l’interdiction par les autorités algériennes du PCA en novembre 1962, du Parti de la Révolution Socialiste de Mohammed Boudiaf en août 1963 et du Front des Forces Socialistes (FFS) de Hocine Aït Ahmed, très implanté en Kabylie, en septembre de la même année, le FLN devint le seul parti autorisé jusqu’en 1989. Durant ces deux décennies, les autorités firent toute-fois preuve d’une certaine mansuétude, selon le contexte, à l’égard du Parti de l’Avant-Garde Socialiste (PADS), héritier du PCA, engagé dans une démarche de « soutien critique » au régime.

Lors des émeutes d’octobre 1988, des sections locales du FLN – tout comme des commissariats ou des bâtiments officiels – furent saccagées ou incendiées par de jeunes Algériens. Le FLN n’était plus qu’un symbole de l’oppression et de l’injustice. Le pluralisme concédé par les autorités après ce soulèvement populaire mit temporairement un terme au règne du FLN, dépassé par le FIS (Front Islamique du Salut) et le FFS lors du premier tour des élections législatives de décembre 1991.

Or, le second tour n’eut jamais lieu en raison de l’interruption du processus électoral par l’armée, en janvier 1992. Cette intervention militaire fut suivie d’une guerre civile opposant les forces de l’ordre aux groupes islamistes. Les législatives de juin 1997 virent le triomphe du Rassemble-ment national démocratique (RND), créé par l’administration à la veille des élections. Le FLN, traversé par une crise, fut alors relégué à la troisième position, derrière les islamistes du Mouvement de la Société pour la Paix (MSP), de tendance « frériste ».

Avec les élections de mai 2002, le FLN redevint le premier parti politique représenté à l’Assemblée populaire nationale et reprit son rôle d’instrument docile d’un régime corrompu et corrupteur, ouvrant ses portes aux affairistes de tout poil. Il maintint sa place au sein du gouver-nement, aux côtés du RND et des islamistes issus de la matrice MSP comme Amar Ghoul, qui fonda en 2012 le parti TAJ (Rassemblement de l’espoir de l’Algérie).

Comme en Tunisie ?

Le RND et TAJ font partie d’ailleurs des organisations conspuées par les manifestants depuis le 22 février. Mais en raison de son histoire aussi longue qu’ambivalente, le FLN demeure le parti qui cimente la colère des Algériens. Ce rejet n’est cependant pas si unanime. La presse datée du 31 mars offrait d’ailleurs deux contributions permettant de saisir les opinions contrastées à ce sujet.

Ainsi, El Watan – proche des oppositions – publiait un texte de l’ancien député du Rassemble-ment pour la Culture et la Démocratie (RCD) Ali Brahimi qui, reprenant sa proposition de loi datée de juillet 2011, exigeait des autorités «  l’interdiction immédiate, inconditionnelle et définitive de l’usage partisan des dénominations et sigles du FLN et de l’ Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA) » Ceci afin de « restituer tous les symboles de la Révolution algérienne à la mémoire nationale qui en est le seul propriétaire légitime ».

De son côté, L’Expression – pro-régime – publiait un article du professeur Abdelmadjid Merdaci qui accusait ceux qui souhaitaient renvoyer le FLN au musée de réaliser le rêve des « nostalgi-ques de l’Algérie française et de l’Organisation de l’armée secrète (OAS) »… Il ajoutait que « ceux qui jettent allègrement le bébé avec l’eau du bain se trompent et bien plus commettent la faute terrible d’atteinte, au travers du sigle du FLN, à la mémoire de tous ceux qui, sous son emblème, ont combattu, sont morts pour l’indépendance de l’Algérie ».

C’est là un amalgame douteux commis par un chercheur qu’on a pourtant connu mieux inspiré, d’autant que le « dégagisme » actuel concerne aussi d’autres partis, y compris ceux associés à l’opposition comme le FFS ou le Parti des Travailleurs (PT). Ces injonctions anti-partis s’expri-ment aussi avec le souci de défendre la souveraineté nationale de l’Algérie, y compris sous les formes les plus nationalistes.

Reste à savoir si le FLN connaîtra le même sort que celui du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), l’ancien parti hégémonique dans la Tunisie voisine, dissout en mars 2011, au risque de voir les tenants de l’ancien régime se redéployer sous d’autres étiquettes. L’enjeu n’est plus seulement de s’attaquer aux symboles du système actuel mais, sans doute, pour les révolutionnaires les plus déterminés, d’en finir avec tous les pouvoirs.

Depuis le surgissement du 22 février, le slogan « FLN dégage ! » a été largement repris par les manifestants, au point d’être aussi populaire que « Klitou lebled ya serrakine ! » (« Vous avez mangé le pays, bande de voleurs ! ») ou « Echaâb yourid isqat ennidham ! » (« Le peuple veut la chute du régime ! »), mettant ainsi la contestation algérienne au diapason des « printemps arabes » tant décriés par le régime depuis 2011. Dans ce texte, l’historien Nedjib Sidi Moussa revient sur la confiscation du pouvoir par ce parti, antérieure même à l’indépendance du pays.

Nedjib Sidi Moussa   24/04/2019
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19 avril 2019 ~ 0 Commentaire

émile masson (dispac’h)

emile masson

Dans le journal anarchiste Les Temps nouveaux, le breton Émile Masson met fin à une polémique de plusieurs mois

A propos de la langue et de la question bretonne.

Après avoir demandé un soutien de la part du mouvement révolutionnaire français pour lancer une action anarchiste spécifiquement bretonne, de nombreuses critiques lui sont adressées pour expliquer que le breton est une langue de réactionnaires, que la question bretonne n’a pas lieu d’être dans le monde international.

Voila un extrait des réponses de Masson

« En vérité, pour un peu vous m’accuseriez d’inventer la Bretagne, et la conscience nationale des Bretons ! Eh bien, à votre aise. Moi, sentinelle avancée, dans ce pays-ci, mon devoir est de vous dire ce que je vois. Après ça, je m’en lave les mains.

Or je vois que ce pays-ci constitue une nation distincte, qu’il est acquis d’avance précisément à ceux qui ont la sagesse de le reconnaître comme tel, et qui flattent et exploitent à leur profit sa conscience nationale : aux réactionnaires !

Je vois et je dis que c’est l’unique secret de leur toute-puissance ici ! Et je déclare une dernière fois aux camarades que, s’ils veulent, eux aussi, flatter et exploiter pour nos idées ce sentiment-là, en une génération, ils feront de ce refuge de la réaction l’avant-garde révolutionnaire, car les Bretons sont essentiellement libertaires, et ils tiennent par-dessus tout à leur indépendance morale et économique.

Je vois et je déclare que, si ce pays est le refuge de la réaction, c’est la faute même des révolutionnaires, qui n’ont pas su le gagner à eux, et qui même font tout ce qu’ils peuvent pour anéantir en tant que peuple, un peuple essentiellement révolutionnaire, par le seul fait qu’ils lui refusent le droit de parler sa langue. »

29 mars 1913

https://expansive.info/

Émile Masson (Wikipedia)

Commentaire:

Sans le vouloir, il participe aussi à « la Bretagne pays réactionnaire ». En fait dans l’Ouest (sauf le Léon) on était bien plus républicain, radical-socialiste, socialiste, puis communiste qu’on ne le croît. Lui aussi idéalise quelque peu!

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17 avril 2019 ~ 0 Commentaire

antisionisme (émancipation mee)

antisem

De “l’État juif” à l’apartheid décomplexé

Les sionistes disent qu’Israël est un État juif et démocratique. Et que c’est la seule démocratie du Proche-Orient.

État juif et démocratique, c’est un oxymore. Dans un État juif, la terre est juive. Les Juifs/Juives en possédaient 8 % à la veille de la guerre de 1948, ils en auront 92 % après et 97 % aujourd’hui (dans les frontières d’avant 1967). Sur la carte d’identité, pour les non Juifs/Juives, est apposée la mention “musulman”, “chrétien”, “druze”, “bédouin” mais surtout pas palestinien. L’ancienne dirigeante Golda Meir avait expliqué que les Palestinien(ne)s, ça n’existe pas.

C’est la définition religieuse qui sera adoptée pour savoir qui est juif/ve. On est juif/ve parce qu’on a une ascendance juive du côté de la mère, ou parce qu’on s’est converti. Une application très souple permettra à des centaines de milliers de soviétiques qui n’ont pas grand-chose à voir avec le judaïsme de partir et parfois de devenir colons.

Les non Juifs/Juives qu’il serait plus exact d’appeler les Palestinien·ne·s de 1948 subissent le plus légalement du monde toute une série de discriminations à l’emploi (la plupart des métiers de l’énergie, de la sécurité, des transports et en général de la Fonction publique leur sont interdits) et au logement. Alors que le taux de pauvreté est de l’ordre de 10-15 % chez les Juifs/Juives israélien·ne·s, il dépasse largement les 50 % chez les Palestinien·ne·s d’Israël. En 1976, une révolte générale a éclaté contre le vol des terres en Galilée. Cet événement est commémoré par la journée de la terre.

Quant à la “seule démocratiedu Proche-Orient”, on se retrouve depuis 1967 dans la situation suivante. Entre Méditerranée et Jourdain, il y a 50 % de Juifs/Juives israélien·ne·s et 50 % de Palestinien·ne·s. Ce qui permet la domination absolue des premiers sur les seconds, c’est la fragmentation voulue de la Palestine : Cisjordanie, elle-même balkanisée en trois zones aux statuts différents et mangée par la colonisation, Jérusalem-Est où les Palestinien·ne·s ont un sous-statut de “résident” qu’on essaie de leur enlever, Gaza, véritable cage où deux millions de personnes sont retirées du monde.

Il faudrait ajouter à tout cela les prisonnier·e·s (40 % de la population masculine a connu la prison depuis 1967) et les réfugié·e·s. S’il y avait démocratie avec droit de vote pour tou.te.s, ce système de colonisation et d’apartheid serait impossible.

Quand on critique radicalement l’idéologie sioniste, on entend souvent l’objection suivante : le sionisme a créé l’État d’Israël. Maintenant qu’il existe, c’est de l’histoire ancienne. Erreur absolue. On ne comprend pas le rouleau compresseur colonial actuel, le racisme débridé, le développement des idées suprémacistes et le rapprochement avec l’extrême droite si on ne comprend pas que le projet sioniste est plus que jamais à l’œuvre.

Deux grands courants du sionisme se sont partagé le travail depuis 1948.

Les travaillistes étaient aux commandes lors de la Nakba, de l’arrivée des Juifs/Juives orientaux/ales ou de l’expédition impérialiste de 1956. Le travail des historien·ne·s a modifié ce qu’on sait sur la guerre de 1967.

Israël n’était pas menacé d’anéantissement. Le projet israélien de conquête de toute la Palestine historique existait depuis des années, Ben Gourion avait dit dès 1948 qu’il “faudrait finir le travail”. Sitôt cette conquête réalisée, c’est un ministre travailliste, Yigal Allon qui a conçu les plans de colonisation et annexé Jérusalem-Est.

Comme les travaillistes ne disposaient pas de militant·e·s prêt·e·s à partir coloniser la Cisjor-danie, ils se sont adressés au seul courant religieux sioniste (minoritaire chez les religieux à l’époque), les disciples du rabbin Kook. Le ralliement des religieux à la colonisation a été un point de départ de la fascisation du pays, en tout cas du fait que les droits et même la vie des nouveaux et nouvelles dominé·e·s n’avaient aucune importance. Puisque Dieu a donné cette terre au peuple juif, puisqu’on refait ce qui est décrit dans le livre de Josué, pourquoi se gêner ?

Les descendants idéologiques de Jabotinsky (Begin puis Shamir) qui arrivent au pouvoir en 1977 sont déjà idéologiquement majoritaires. Ils ont l’appui des religieux et des Juifs/Juives orientaux/ales qui pensent se venger ainsi des discriminations qu’ils/elles subissent.

Au moment de Sabra et Chatila (1982), les milliers de manifestant·e·s qui ont protesté en Israël ont donné le mince espoir qu’Israël devienne un État normal, acceptant de vivre avec ses voisins. La société israélienne hésitera: la répression féroce de la première Intifada puis signature des accords d’Oslo.

Certain·e·s ont voulu croire à cette époque qu’il existait un sionisme à visage humain incarné par Rabin. Quand on examine de près les accords d’Oslo, la seule chose réelle qui a été signée, c’est l’obligation pour l’occupé d’assurer la “coopération sécuritaire” au profit de l’occupant. Dans les 26 mois qui séparent Oslo de l’assassinat de Rabin, celui-ci installe 60 000 nouveaux colons. De quelle paix s’agissait-il ?

25 ans se sont écoulés. Plus personne ne peut ignorer l’apartheid. Pour ceux qui doutent de ce mot, je conseille une visite à Hébron, où tous les jours, quelques centaines de colons fous de Dieu caillassent les enfants palestinien·ne·s qui vont à l’école et déversent leurs ordures dans la rue palestinienne sous la protection de 2 000 soldats. Le projet initial du sionisme, transformer les Palestinien·ne·s, comme cela s’est fait pour les Amérindien·ne·s ou les Aborigènes, en population enfermée dans sa réserve, rendue incapable de réclamer ses droits, est à l’œuvre.

L’instrumentalisation de l’antisémitisme ou comment faire accepter l’ethnocide en cours

On est donc aujourd’hui dans une situation absurde, où un État raciste veut faire taire les critiques au nom de l’anti-racisme. Le sionisme a installé au Proche-Orient un morceau d’Occident qui concentre, même s’il n’en a pas le monopole, le racisme, l’apartheid, le militarisme, le suprémacisme et les technologies de pointe de répression.

Comment empêcher que cela ne soulève partout dans le monde une vague de protestation, à l’image de celle qui a fini par se déclencher comme les tenants de l’apartheid en Afrique du Sud ? Ils ont trouvé sans peine. Comme le dit sans honte Macron, “l’antisionisme est l’une des formes modernes de l’antisémitisme”. C’est le dirigeant du CRIF, ancien membre du Betar (une milice violente d’extrême droite), qui lui a soufflé cette idée lumineuse.

Il faut dire qu’une telle affirmation est une obscénité. La mémoire des révolutionnaires juifs et juives, des résistant·e·s, du ghetto de Varsovie, d’Abraham Serfaty et de bien d’autres est confisquée par des racistes d’extrême droite qui poussent jusqu’à la caricature la ressemblance idéologique avec les bourreaux d’hier. L’Europe se débarrasse de sa responsabilité dans l’antisémitisme et le génocide nazi en adoubant des suprémacistes.

Bien sûr, l’antisémitisme demeure. En France, il a tué. Merah, l’hypermarché casher,… Il n’est pas la seule forme de racisme meurtrier. Les Arabes, les Roms, les Noir·e·s subissent régulièrement discriminations, humiliations, assassinats et violences policières. Les médias s’en préoccupent moins. Finkielkraut peut reprendre les pires stéréotypes antisémites contre les Noir·e·s et les habitant·e·s des quartiers (“ils n’aiment pas la France”), les médias ne parleront que d’antisémitisme quand il est insulté. De lui on dira juste qu’il est “controversé”.

Pour l’antisémitisme, s’est ajoutée à la traditionnelle détestation du Juif, de la Juive par l’extrême droite, la confusion systématique et voulue entre juif et sioniste. Les antisémites qui s’en prennent aux Juifs en prétendant défendre la Palestine, ne sont pas seulement “immoraux”, ils rendent le plus grand service à ce qu’ils prétendent combattre.

Plus que jamais, combattre le sionisme qui est une idéologie criminelle contre les Palestinien·ne·s et suicidaire pour les Juifs/Juives, est une nécessité. Être antisémite a été, est et sera toujours un crime. (Résumé voir lien)

Pierre Stambul  Lundi 15 Avril 2019

http://www.emancipation.fr/

Lire aussi:

De l’antisémitisme en France (MEE)

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17 avril 2019 ~ 0 Commentaire

extrême droite (courrier international)

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kkk

Le terrorisme d’extrême droite, une menace mondiale sous-estimée

Souvent minimisées, les violences commises par les nationalistes extrémistes se multiplient dans de nombreux pays. Et les groupes fascistes, identitaires et suprémacistes sont de plus en plus liés entre eux.

C’était apparemment un loup solitaire.

D’après la police, l’homme qui a massacré 50 fidèles musulmans et en a grièvement blessé neuf autres dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, le 15 mars, ne faisait partie d’aucune organisation. Cet Australien de 28 ans, Brenton Tarrant, dit s’être forgé des convictions extrémistes en surfant sur Internet et en visitant l’Europe. Il a acheté ses armes seul, et son projet de massacre était resté secret.

Pourtant, son action s’inscrit dans un projet plus vaste.

Les noms et les slogans inscrits sur ses armes résonnent familièrement aux oreilles des nationalistes blancs du monde entier. Son manifeste publié sur Internet, intitulé “Le Grand Remplacement”, reprenait une des théories du complot les plus prisées de l’extrême droite, qui affirme que les immigrés non blancs et musulmans dans les pays occidentaux sont des envahis-seurs, poussés par des élites manipulatrices afin de remplacer les populations européennes d’origine. Ces idées autrefois marginales sont devenues monnaie courante, pas seulement dans les posts de cinglés anonymes sur les réseaux sociaux, mais également dans les discours de politiques élus, aussi bien en Hongrie que dans l’État de l’Iowa.

Une meute

Ce qui signifie que ce loup solitaire faisait quand même partie d’une meute. Les attentats commis par des néonazis, des suprémacistes blancs et autres fanatiques d’extrême droite sont de plus en plus fréquents. Aux États-Unis leur nombre dépasse ceux perpétrés par des islamis-tes. Entre 2010 et 2017, sur 263 actes de terrorisme, 92 ont été le fait d’assaillants d’extrême droite, contre 38 perpétrés par des djihadistes, selon le Washington Post. En Europe, les tueries des djihadistes continuent d’être majoritaires, mais le nombre de morts liés au terrorisme d’extrême droite a fortement augmenté depuis 2010.

Ces six derniers mois ont été marqués par une multiplication du nombre d’actes terroristes d’extrême droite.

À l’automne dernier un nationaliste blanc a tué 11 personnes dans une synagogue à Pittsburgh. La France a déjoué un complot d’ultradroite destiné à supprimer Emmanuel Macron et l’Espagne a arrêté un fasciste qui voulait assassiner le Premier ministre, Pedro Sánchez. L’Allemagne a découvert une cellule extrémiste dans son armée, cellule qui comptait éliminer des ministres, notamment celui des Affaires étrangères. En février, le FBI a arrêté un officier des gardes-côtes américains qui possédait tout un arsenal et une liste d’élus démocrates à éliminer.

Si, dans le monde, le terrorisme des nationalistes blancs est bien moins meurtrier que sa variante djihadiste, il est plus fréquent que ne le reconnaissent les autorités, explique Jacob Aasland Ravndal, du Centre de recherche sur l’extrémisme, établi en Norvège.

La définition légale du terrorisme veut qu’une attaque ait été planifiée.

Or la violence d’extrême droite peut avoir un caractère « spontané ». Ainsi, l’incendie d’un centre de réfugiés est considéré comme un acte de haine et non comme du terrorisme. Europol, l’agence européenne de police criminelle, a attribué 3 % seulement des attaques terroristes en 2017 à l’extrême droite. Mais la base de données de Ravndal sur les incidents violents motivés par une idéologie montre que, en Europe de l’Ouest, si les djihadistes tuent plus de gens, l’extrême droite est à l’initiative de plus d’attaques.

Si la menace des nationalistes blancs est sous-estimée, c’est en partie parce qu’ils communiquent peu.

Brenton Tarrant et son héros, Anders Breivik, qui a tué 77 personnes en Norvège en 2011, sont des exceptions. Ils ont écrit des manifestes et essayé de médiatiser leur cas au maximum. Le tueur de Christchurch était même proche des djihadistes dans la cruauté affichée de son massacre et sa volonté de diviser… (Payant)

17/04/2019

https://www.courrierinternational.com/

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16 avril 2019 ~ 0 Commentaire

espagne 14 avril (izquierda revolucionaria)

 14-de-abril-república

La proclamation de la deuxième république et la révolution démocratique bourgeoise

À la fin des années 1930, et après la chute de la dictature de Primo de Rivera, la monarchie d’Alphonse XIII était corrodée par la crise économique, la réaction sociale de larges couches de la petite bourgeoisie, des étudiants et du mouvement ouvrier.

Faute de base sociale, les dirigeants monarchistes ont tenté de gagner du temps en convoquant des élections municipales le 12 avril 1931, dans l’espoir de contenir le mouvement et d’obtenir l’appui des secteurs républicains pour l’instauration d’une monarchie constitutionnelle. Mais il était déjà tard.

En dépit de la fraude et de l’intervention des caciques monarchiques dans les zones rurales, le triomphe des candidatures républicaines-socialistes a été massif dans les grandes villes. La jubilation des masses a éclaté dans les principales capitales et localités du pays, où la République a été proclamée dans les mairies.

Avec une telle corrélation des forces, la bourgeoisie – qui soutenait la monarchie alfonsine et son régime répressif depuis des décennies – ne pouvait empêcher la proclamation de la République, sans parler de l’utilisation de l’armée pour réprimer le mouvement. Les capitalistes considéraient la République comme un mal mineur tout en essayant de gagner du temps.

Les dirigeants socialistes et républicains qui ont pris la direction du mouvement et ont manifesté de grandes hésitations et une méfiance énorme à l’égard des masses révolutionnaires. Lorsque Alphonse XIII prit la voie de l’exil, le gouvernement provisoire – une coalition entre les républi-cains bourgeois et les dirigeants du PSOE – souhaitait ardemment que les événements reviennent sur le terrain du parlementarisme et de la concorde avec la classe dirigeante.

Les dirigeants socialistes étaient pleinement convaincus que leur coalition avec la bourgeoisie républicaine leur permettrait de mener à bien les transformations démocratiques radicales survenues en Angleterre ou en France lors des révolutions bourgeoises des 17è et 18è siècles: créer les bases matérielles d’un capitalisme avancé, réforme agraire, séparation entre l’Église et l’État, faire progresser l’éducation publique, la modernisation de l’armée, la création de lois garantissant la liberté de réunion, d’expression et d’organisation, la résolution du problème national, surtout en Catalogne …

Mais une telle stratégie a ses contreparties: le prolétariat révolutionnaire doit se soumettre à la bourgeoisie républicaine jusqu’à ce que, en théorie, les organisations ouvrières soient suffisamment fortes au sein des institutions politiques et économiques du nouveau régime. Ce n’est qu’alors que l’on pourrait parler de lutte pour le socialisme.

Dans le cas de l’État espagnol, mais aussi en Russie, la bourgeoisie a très vite uni ses intérêts à ceux des anciennes puissances. Elle n’a jamais joué de rôle dans une révolution comme en France ou en Grande-Bretagne. Au contraire, elle avait constamment des accords avec les vieilles classes nobles avec lesquels elle partageait la propriété foncière. La consolidation du régime bourgeois ne signifiait aucun changement fondamental pour la paysannerie. La classe dirigeante espagnole a choisi de préserver les bases d’un capitalisme agraire extensif, propriétaire et expropriateur des masses paysannes.

Les grands industriels, étroitement liés à la grande propriété agraire, ont utilisé le régime monarchique pour tirer parti des bas salaires de la classe ouvrière, des longues heures de travail et de la répression systématique des syndicats, en particulier des anarcho-syndicalistes.

L’industrialisation était faible et inégale, de vastes territoires très en retard par rapport à d’autres, alors que Catalogne et Bizcaye, concentraient la part du lion des industries extractives, sidérur-giques et textiles et, bien entendu, des bataillons du prolétariat. Cette configuration du capitalis-me a également ajouté une forte dépendance à l’égard des capitaux étrangers, notamment anglais et français, qui monopolisaient des secteurs entiers, tels que l’exploitation du cuivre, du plomb, du fer …

En bref, l’aristocratie des affaires et les grands propriétaires terriens, dont beaucoup de nobles, ont fusionné avec les grands banquiers pour former le bloc dominant du pouvoir, les fameuses cent familles qui contrôlaient la vie économique et politique du pays.

L’histoire du capitalisme espagnol a rapidement mis en lumière le caractère profondément contre-révolutionnaire de la bourgeoisie nationale et son renoncement total à mener systématiquement la lutte pour les revendications démocratiques.

Et cette solution impliquait la lutte pour le renversement révolutionnaire de la bourgeoisie en mettant fin à son monopole du pouvoir politique et économique.

Les « réformes » du gouvernement de conjonction républicaine et socialiste

Le retard du capitalisme espagnol se manifeste dans la position prédominante de l’agriculture dans l’économie nationale: elle contribue pour 50% des revenus et constitue les deux tiers des exportations. Environ 60% de la population était concentrée dans les zones rurales et vivait dans des conditions de pauvreté et d’exploitation extrême, de salaires misérables et de difficultés  entre les récoltes. Les deux tiers des terres arables étaient aux mains de grands et moyens propriétaires. Dans la moitié sud, 75% de la population possédait 4,7% du territoire et 2%, 70%.

La classe ouvrière, qui compte plus de trois millions de personnes dans tout le pays, a amplement démontré ses traditions de combat et le pouvoir de ses organisations. Ce n’est pas en vain que les paysans et les ouvriers avaient organisé trois années de lutte révolutionnaire au cours de la période dite bolchevique (1918-1920), avaient renversé la monarchie et avaient créé de grands syndicats de masse, l’UGT et la CNT,  radicalisés par leur militantisme de base.

Face à une classe ouvrière et paysanne puissantes, la bourgeoisie avait de puissants alliés dans le clergé et dans l’armée. En 1931,  il y avait 35 000 prêtres, 36 569 moines et 8 396 religieuses vivant dans 2 919 couvents et 763 monastères. Au total, le nombre de personnes incluses dans la qualification professionnelle de « secte et clergé » en 1930 était de 136 181. Le maintien de cette authentique armée de soutanes a absorbé une part très importante de la plus-value extrai-te à la classe ouvrière et à la paysannerie. L’Église était un véritable pouvoir économique: selon les données du ministère de la Justice de 1931, l’Église possédait 11 921 propriétés rurales, 7 828 en zones urbaines.

L’armée, quant à elle, était composée de 198 généraux, de 16 926 chefs et officiers et de 105 000 soldats. Les officiers, choisis avec soin dans les milieux bourgeois et monarchiques, ont joué un rôle de premier plan dans les événements politiques depuis le 19è siècle et ont constitué le pilier de l’appareil d’État bourgeois qui les a systématiquement employés dans la répression du mouvement révolutionnaire et dans des aventures colonialistes en Afrique du Nord.

http://www.izquierdarevolucionaria.net/

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14 avril 2019 ~ 0 Commentaire

« classes moyennes » (courrier international)

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Inégalités. L’OCDE s’inquiète pour les classes moyennes

La classe moyenne est sous pression dans les pays développés, où elle est confrontée à la stagnation des revenus, à la précarité et à la hausse du coût de la vie, alerte l’OCDE. Une situation qui crée de l’instabilité politique et affecte la croissance.

“Aujourd’hui, la classe moyenne ressemble de plus en plus à un bateau qui naviguerait en eau trouble”, s’est inquiété le secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développe-ment économiques (OCDE), Ángel Gurría, lors de la présentation le 10 avril à New York d’un rapport intitulé “Sous pression : les classes moyennes en perte de vitesse”. “Les gens sont en colère. Ils estiment ne pas recevoir ce qui leur revient”, a-t-il insisté.

“L’idée que la classe moyenne est sous pression n’est pas complètement nouvelle, relève le Wall Street Journal, et elle est devenue de plus en plus saillante depuis la crise financière. Mais le rapport de l’OCDE vient apporter des preuves. (..) Payant

11/04/2019

https://www.courrierinternational.com/

Commentaire:

La bourgeoisie est la seule classe ayant conscience d’elle-même et qui défend collectivement ses intérêts (Voir les Pinçont-Charlot). Les salariés, les chômeurs, les précaires, les retraités n’ont plus conscience d’appartenir à une une classe sociale, une classe exploitée qui est la seule force de la société capable de remettre en question de fond en comble le système capital­iste. La classe ouvrière, pourtant est en pleine extension sur la planète! L’exode rural « prolétarise » des millions de paysans. Les salariés (sans rôle répressifs), les précaires, les petits boulots, les chômeurs, retraités, sont 70 ou 80% de la population! Il faut dissimuler ce fait et diviser les « col blancs » (des bureaux) et les « col bleus »(des usines). Ces derniers ne seraient plus que 40% . Or les ouvriers aussi font des études et Bac +2, +3 voire plus, font partie de la classe ouvrière, bien qu’on leur fasse croire qu’ils font partie des « classes moyennes »!

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11 avril 2019 ~ 0 Commentaire

vénézuéla (essf)

venezuela

 

L’impact de la crise vénézuélienne sur la gauche latino-américaine

Le modèle bolivarien, qui pendant des années a servi de phare et a inspiré d’autres forces politiques de la région, est désormais un fardeau. La crise que traverse le Venezuela devrait susciter un débat sur les limites et les erreurs du seul pays qui s’est proclamé socialiste après la chute du mur de Berlin.

Il y a vingt ans, le triomphe d’Hugo Chavez a été suivi avec un enthousiasme, plus ou moins limité, par la gauche latino-américaine. Un peu pittoresque, l’ancien parachutiste avait organisé un coup d’Etat militairement infructueux en 1992 mais qui, à la longue, s’est avéré politiquement réussi.

Au début, ses positions idéologiques étaient ambiguës: bien qu’il ait eu des rapprochements avec la gauche au cours de sa carrière militaire, il s’était entouré de conseillers tels que le nationaliste argentin Noberto Ceresole [hypernationaliste, négationniste, antisémite] proche des militaires argentins d’extrême droite dans la fin des années 1980, et en même temps, il louait la troisième voie de Tony Blair. C’est après le coup d’Etat de la droite et du patronat contre lui, en 2002, que l’expérience de Chaviste a été adoptée, contre la crise du «socialisme réel existant» et les défaites des années 1970.

Le rêve de Jorge Abelardo Ramos [1921-1999 un des théoriciens argentins de la «gauche nationaliste»] d’articuler le populisme et le socialisme semblait partiellement devenu réalité, d’abord au Venezuela, puis en Bolivie et en Equateur.

Mais ce qui était par le passé une locomotive est devenu aujourd’hui un fardeau pour les progressismes régionaux, au point que personne ne peut aujourd’hui gagner une élection en Amérique latine sans se différencier du «madurisme», dans le contexte d’une migration massive des Vénézuéliens [vers la Colombie, le Brésil, le Pérou, etc.] qui donne une image corporelle et une voix aux échecs de leur gouvernement.

La culture politique de la «bonne opération»

Il est difficile d’attribuer à la «malédiction de l’abondance» [des ressources en pétrole, gaz, minerais] l’effondrement économique que traverse le Venezuela; d’autres pays de la région et du monde dépendent des exportations d’hydrocarbures et ne subissent pas une régression d’une dimension propre à une situation post-guerre – la chute du PIB au Venezuela est d’environ 50% ces cinq dernières années, un fait sans précédent dans la région.

Jusqu’à il y a quelques années encore, grâce à la combinaison d’une série de données, souvent peu débattues par la gauche latino-américaine, le chavisme avait réussi à repousser la discus-sion sur la «voie vénézuélienne vers le socialisme… pétrolier».

Et cela jusqu’à ce que prenne force le thème «des complots impérialistes», qui, par définition, sont sans limites. Parmi les données (ayant évité le débat), on trouve le charisme exceptionnel de Chávez (impossible à transmettre à son successeur),  une sorte de messianisme compatissant avec une matrice chrétienne; un crypto-stalinisme tropical, relié aux rituels du «socialisme réellement existant», accompagné d’une vision militariste des problèmes. Tout cela dans le cadre d’une grande inefficacité administrative, même par rapport aux autres «populismes» de la région.

Après la mort de Chávez (mars 2013), sans l’existence d’une structure institutionnelle bolivarienne et dans un contexte de baisse prononcée du prix des hydrocarbures, la formule bolivarienne: pétrole, charisme, un pouvoir symbolique accordé aux exclus, s’est affaiblie pour aboutir à la situation actuelle.

Face à cette dérive, une partie de la gauche critique a tenté de s’arrimer à une sorte de «chavisme mélancolique» et d’attribuer les problèmes au seul fait du leadership de Nicolás Maduro. Mais la profondeur de la crise (hyperinflation, effondrement du PIB, insécurité, exil massif), ainsi que le manque d’espaces pour une véritable délibération politique au sein du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), ont empêché l’émergence d’un «chavisme critique» ce qui a abouti, en partie, au Frente Amplio Venezuela Libre.

Le Venezuela vit, dans une sorte d’«autoritarisme anarchique et désorganisé», incapable même d’imposer l’autorité de l’Etat, comme le démontre la crise du système carcéral, le «pranato» (la mafia) dans le secteur des minéraux et l’explosion de l’insécurité (80 morts violentes pour 100 000 habitants), qui a mis fin à une partie de la vie nocturne.

A cela s’ajoutent les structures para-étatiques Operativos para la Protección y Liberación del Pueblo (OLP) et, plus récemment, les Fuerzas de Acciones Especiales (FAES), qui dans les deux cas ont systématisé les actions répressives dans les quartiers. A cela s’est ajoutée une gestion prédatrice des ressources de Petróleos de Venezuela (PDVSA), la poule aux œufs d’or. La situation est si grave que Maduro, lui-même, a parlé, après presque deux décennies de «faux socialisme» de convaincre les électeurs de voter pour «un nouveau départ».

Alors que ce modèle semblait fonctionner, par exemple en réduisant la pauvreté, le Venezuela, par l’écho de la rhétorique de Chávez, était devenu un phare politique dans la région, avec des discours qui revitalisaient la tradition anti-impérialiste et même «mettaient le socialisme à l’ordre du jour».

Certains critiques d’une orientation s’appuyant sur la rente parlaient de la «culture du coup d’éclat», dans laquelle prédominaient des opérations extraordinaires sans continuité dans le temps. Mais c’est Chávez lui-même qui, admettant implicitement l’échec d’un programme de développement post-hydrocarbures (les «semences de pétrole»), a défini le projet en cours comme un «socialisme pétrolier».

Les images du socialisme

Le cas vénézuélien montre que, depuis la chute du mur de Berlin en 1989, il n’a pas été possible de penser, théoriquement ou pratiquement, une transformation socialiste intégrale de la société sans tomber dans la culture anti-pluraliste du «socialisme réellement existant».

Et le rôle de Cuba dans cette dérive n’a pas été moins important, puisque le régime cubain s’est lancé dans une série de réformes économiques sans perdre sa vocation totalitaire dans divers domaines de la vie sociale.

Le Venezuela, sans aucun doute, ne s’est pas transformé en Cuba

Il n’a pas réussi à mettre en pratique certaines politiques publiques d’inclusion sociale systématique, comme l’ont fait les Cubains en matière de santé et d’éducation.

Ainsi, le «silence face à Cuba», comme le disait Claudia Hilb (Université de Buenos Aires), de nombreux  latino-américains de gauche – et d’autres continents – est devenu un «silence face au Venezuela». Ce qui ne signifie pas de ne pas parler du Venezuela, mais consiste à éviter les problèmes en faisant appel mécaniquement aux «agressions impérialistes». Sous le même harcèlement impérial, la Bolivie d’Evo Morales a connu plus d’une décennie de croissance et de consolidation macroéconomiques, de faible inflation et de stabilité des taux de change.

Ce qui est certain, c’est que ce même Venezuela qui semblait encourager l’expansion du socialisme dans la région a fini par devenir un boomerang pour la gauche.

Il n’est pas surprenant que les forces de droite latino-américaines incluent le Venezuela dans leurs campagnes électorales. Sebastián Piñera (Chili) a parlé de  «Chilezuela» si le candidat de centre gauche [Alejandro Guillier] triomphait, sans parler de «l’effet Venezuela» sur la politique argentine, colombienne et brésilienne.

Bien sûr, ces histoires peuvent être rejetées comme faisant partie de la rhétorique conservatrice traditionnelle qui cherche à discréditer les gouvernements populaires. Mais cela reviendrait à ignorer le fait que le Venezuela est le seul pays qui s’est proclamé «socialiste» après la chute du mur de Berlin et qui reproduit aujourd’hui les images classiques de la décadence du «socialisme réel existant»: pénuries, files d’attente, hyperinflation, migrations massives et un état de plus en plus autoritaire.

Les aberrations du Forum de São Paulo

La présence en son sein de personnalités de l’aile la plus conservatrice de Cuba, comme le secrétaire adjoint du Parti Communiste de Cuba (PCC), José Ramón Machado Ventura, a contribué au repli idéologique et à la rhétorique contre le siège imposé par l’impérialiste. Des problèmes tels que la corruption ont été inclus dans le grand récit de la conspiration impérialiste politico-judiciaire lors de la réunion du Forum.

Mais même au-delà de cette question, la solidarité non critique du Forum avec le gouvernement vénézuélien et avec Daniel Ortega au Nicaragua montre une sous-estimation de la gauche régionale de la crise politique et morale de la plupart de ses forces et de l’importance du problè-me démocratique. Cette sous-estimation rappelle les réactions à la crise du «socialisme réellement existant» peu avant l’effondrement de l’Union soviétique en 1991.

«Tirage catastrophique»

Reste à voir comment se terminera l’«impasse catastrophique» qui a commencé avec la guerre des pouvoirs lancée en 2015, lorsque l’opposition a remporté les deux tiers de l’Assemblée nationale. Juan Guaidó se proclame lui-même «président en exercice», essayant de profiter d’une conjoncture politique passagère… Et il a fait de «l’aide humanitaire» – avec le soutien des Etats-Unis – son cheval de bataille pour montrer qu’il dispose un certain pouvoir matériel et essayer de diviser les forces armées. Il est clair que la chute de Maduro serait un coup inévitable pour la gauche dans la région (maduriste ou non-maduriste).

Cependant, l’expérience du socialisme réel met en garde contre le risque de lier le sort de la gauche à des projets politiques dont le seul mérite est de «résister à l’empire», même si ces régimes sont oppressifs pour ceux qui y vivent. Et n’exiger l’Etat de droit, les libertés démocratiques et une justice indépendante uniquement lorsque la droite gouverne.

On ne peut ignorer que la persistance de Maduro au pouvoir, dans les conditions actuelles, a également un effet dissuasif sur tout projet de transformation sociale qui se définit comme socialiste. Bernie Sanders l’a compris en critiquant démocratiquement de façon radicale le gouvernement vénézuélien tout en rejetant l’ingérence des faucons de la Maison Blanche. (Résumé)

Article publié dans Le Monde diplomatique/Buenos Aires, mars 2019; traduction A l’Encontre

Pablo Stefanoni, journaliste et historien, rédacteur en chef de la revue Nueva Sociedad.

 Alencontre le 11 avril 2019 Pablo Stefanoni
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09 avril 2019 ~ 0 Commentaire

14 de abril repùblica! (léon trotsky)

14-de-abril-república

14 Avril 1931: proclamation de la deuxième république espagnole

Ce 14 avril marque le 87e anniversaire de la proclamation de la République, après des municipales, les partis républicains ont obtenu la majorité, par les votes et les luttes du peuple. Cela a entraîné la chute de la monarchie et la fuite du Roi Alphonse XIII. Cela signifiait l’ouverture d’une phase excitante et prometteuse de changement de modèle de société. Un pays démocratique et pacifique, salué par des millions de travailleurs, de journaliers et les classes populaires, qui s’étaient battus massivement.

L’une des premières tâches entreprises par la République a été la bataille de la culture, la réforme de l’éducation.

L’accès au savoir en général et à l’éducation des masses opprimées a été l’une des principales revendications des organisations de travailleurs, ainsi que l’amélioration des conditions de vie et de travail, aspirations légitimes des forces de gauche en Europe dans un pays appauvri et entravé par l’analphabétisme chronique. Une fois la République proclamée, au beau milieu d’une grande fête populaire, la classe ouvrière est descendue dans les rues pour célébrer la réforme du système éducatif avec les premiers décrets du gouvernement.

Le ministère a élaboré un plan quinquennal pour la construction de 17 151 nouvelles écoles, ce qui représente une augmentation de plus de 50% par rapport au nombre de cette époque: 32 680 écoles, en créant 7 000 la première année et 5 000 chaque année.

En 1931, sur un peu plus de 25 millions de la population espagnole, 32,4% étaient analpha-bètes et plus d’un million d’enfants non scolarisés et mal nourris.

En 1934, il y avait déjà 50 000 enseignants, dont 34 000 étaient affiliés à la FETE-UGT. Un autre aspect des conquêtes obtenues a été la dignité de la profession enseignante, ainsi que les améliorations salariales. Le clergé était composé de 160 000 personnes jusque-là dominant par les obstacles la science au nom de la réaction ecclésiastique.

http://mediterraneo.diario16.com/

Commentaire:

C’est la 2è République espagnole après celle du 11 février 1873,  proclamée par les Cortes, qui ne durera que jusqu’au 29 décembre 1874. Pour nous cette 2è république n’est vraiment pas idéale. Elle représentera les intérêts des riches bourgeois, en particulier pas de réforme agraire, elle enverra la police assassiner des anarchistes et  le général Franco contre les mineurs des Asturies en 1934. Sa politique coloniale au Maroc, entraînera la victoire de Franco en lui fournissant des troupes en 1936.

Lire aussi:

Madrid se llena de banderas tricolor y la República se cuela en la campaña electoral (Pùblico)

Seconde République (Wikipedia)

Massacre de Casas Viejas (Wikipedia)

Léon Trotsky La révolution espagnole et les dangers qui la menacent (Marxist)

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