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06 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

union européenne 1 (npa)

europe

L’Union européenne dans l’incertitude

Tout semble se conjuguer pour mettre en échec l’Union européenne et rendre incertain son avenir, tandis que montent les droites extrêmes et racistes. Dans ce contexte, maintenir un cap internationaliste est essentiel.

L’Union européenne (UE – nous utiliserons ce terme pour désigner ce qui s’est appelé dans le passé Marché commun et Communauté économique européenne) est née après la Seconde Guerre mondiale avec une double détermination : l’aspiration des peuples à ce que plus jamais il n’y ait de guerre en Europe, mais aussi, pour les dirigeants européens et des États-Unis, la reconstruction au plus vite une Europe capitaliste face au « bloc soviétique ».

Au départ, le projet  des initiateurs était d’ « avancer sur deux jambes ». Une jambe écono-mique : en 1951 est mise en place la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) qui jette les bases de politiques communes dans ce secteur industriel alors primordial. Et une jambe explicitement politique : en 1952 est signé le traité instituant la Communauté européenne de défense (CED) qui prévoit une armée « européenne » intégrée à l’OTAN et donc subordonnée à l’état-major US. En 1954, le Parlement français rejette la CED et le projet est définitivement enterré. Le volet économique va donc désormais prédominer avec, en 1957, la signature du traité de Rome instituant le Marché commun.

Le mouvement ouvrier face au Marché commun

Durant cette période de gestation de l’Union européenne actuelle, le mouvement ouvrier ne pèse guère. La méthode adoptée par les gouvernants et les technocrates est celle de la négo-ciation intergouvernementale discrète (avec consultation des lobbies patronaux), les parle-ments ne sont consultés que sur des textes achevés, et donc à prendre ou à laisser, alors que plane encore le souvenir des désastres de la guerre.

En France, la gauche est divisée.

La social-démocratie pare d’un verbiage internationaliste (qui ne l’empêche pas de mener la guerre d’Algérie) son ralliement au capitalisme et à l’alliance étatsunienne. Le Parti Communis-te et la CGT dénoncent les projets capitalistes mais défendent avant tout et de façon virulente des positions anti-allemandes  et anti-américaines : « Pour la France, la réalisation du Marché commun c’est l’acceptation de l’hégémonie allemande » écrit ainsi en 1956 Jean Duret, direc-teur du Centre d’études économiques de la CGT1.

Les marxistes révolutionnaires critiquent l’Europe telle qu’elle se construit, tout en formulant un point de vue internationaliste 

Ernest Mandel, à la fois militant en Belgique et dirigeant de la IVe internationale, essaie en 1958 de définir ce que devrait être l’attitude du mouvement ouvrier belge face au Marché commun2 :

« Constater que les prédictions socialistes concernant la centralisation et l’internationalisation croissantes de la vie économique se confirment de plus en plus est une chose ; approuver sans critique toutes les mesures dans ce sens comme justes ou progressives en est une autre. […] Chaque cas concret […] réclame […] une analyse précise des mesures proposées et de leurs répercussions sur l’économie et la société en général, à la lumière de l’idéal et des principes socialistes. […]

Malgré toutes les critiques que nous avons à formuler, le traité de Rome est un fait, même s’il ne nous plaît pas. Il impose des cadres nouveaux à notre action. […] Il faut mettre à nu les pré-misses naïves, simplistes et irréelles du credo libre-échangiste. Mais il faut le faire du point de vue socialiste, internationaliste, non en partant d’un nationalisme aussi étroit qu’anachronique.

À l’Europe des trusts nous opposons les États-Unis socialistes d’Europe

Non pas « l’idéal » d’États souverains s’entourant de barrières douanières de plus en plus épais-ses. » Mandel insiste sur la nécessité d’une action coordonnée du mouvement socialiste et syndical européen pour peser au niveau européen, tout en ne renonçant pas à la lutte sur un plan national :

« Il s’agit donc d’engager résolument, sur le plan belge, la lutte pour les réformes de structure et pour un début de planification, quitte à nous joindre à toute tentative de réaliser ces réfor-mes et cette planification à l’échelle internationale, dès qu’une possibilité concrète se présente dans ce sens.

Il va sans dire que les socialistes […] préféreraient une planification internationale aux mesures planistes forcément limitées qu’on pourrait appliquer sur la seule étendue de notre territoire. Mais ils préfèrent ces dernières aux aléas d’une économie européenne libérale. ». Ce texte est à la fois daté (il a été rédigé aux tout débuts du Marché commun) et marqué par son objectif immédiat (dirigé vers la gauche du Parti Socialiste belge, il a été écrit dans une revue de ce parti) mais la démarche exposée reste d’actualité.

La prégnance du libéralisme

D’emblée, l’Union européenne est marquée par le dogme économique libéral et ses initiateurs sont conscients des conséquences : « Il est fatal que l’intégration économique limite la liberté de chaque pays quant à son système social… » déclare ainsi en 1957 un dirigeant belge cité par E. Mandel.

Ceci dit, il ne faudrait pas tomber dans l’illusion que les mesures antisociales viendraient de «Bruxelles » de la Commission européenne : à l’époque et aujourd’hui encore, les États natio-naux et les bourgeoisies sont moteurs dans les offensives contre les acquis sociaux et les services publics. Toutefois, dans le contexte social et politique de la période de lancement de l’UE, sont prévus des amortisseurs à l’impact du libre-échange et de la concurrence (par l’entremise de fonds européens) pour limiter l’approfondissement des écarts entre États ou entre régions et pour gérer l’agriculture.

Jusqu’au début des années 2000, l’Union semble avancer irrésistiblement, mettant en place de nouvelles politiques et s’élargissant au sud puis à l’est.

En 1986, dans un contexte de fin de la période d’expansion économique d’après-guerre et de mise en œuvre un peu partout en Europe de politiques d’austérité, l’Acte unique européen représente un pas en avant supplémentaire de l’Europe capitaliste avec la libre-circulation totale des marchandises et des capitaux.

Dans la même logique est défini en 1996 le statut du travail détaché qui l’assi-mile à une presta-tion de service au lieu de relever de la circulation des travail-leurEs d’un pays à l’autre.

C’est ce qui fonde la possibilité de dumping social, et il n’est donc pas question d’aller vers une uniformisation des droits sociaux entre les États-membres. Quant à l’harmonisation des règles fiscales, elle patine, pour le plus grand bonheur des multinationales et des grandes fortunes…

Les services publics doivent quant à eux être libéralisés et, à terme, privatisés (du moins pour leurs segments rentables). Il n’y a pas, en revanche, de politique industrielle européenne : Airbus repose ainsi sur un accord particulier entre des gouvernements.

Le rouleau compresseur néolibéral va avancer au fil des traités et des sommets européens, avec une étape essentielle:

Le traité de Maastricht en 1992, qui renforce les règles auxquelles sont soumises les budgets nationaux et, avec la création de l’euro, met en place une banque centrale européenne (BCE) indépendante des États et du Parlement européen, mais pas de la finance.

Henri Wilno Vendredi 19 octobre 2018

https://npa2009.org/

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04 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

trotsky simenon ( rétro news)

TrotskySlayingtheDragon1918

1933 : une interview de Trotski par Georges Simenon

« Constantinople, le 7 juin 1933.

J’ai rencontré dix fois Hitler, au Kaiserhof, alors que, tendu et fébrile, déjà chancelier, il menait sa campagne électorale. J’ai vu Mussolini contempler sans lassitude le défilé de milliers de jeunes hommes. Et à Montparnasse, un soir, j’ai reconnu Gandhi dans une silhouette blanche qui rasait les maisons, suivie par de jeunes femmes fanatiques. Pour avoir une entrevue avec Trotsky, me voilà sur le pont plus grouillant que le Pont-Neuf de Paris qui relie le vieux et l’ancien Constantinople, Stamboul, Galata [...]. Ici, une rive s’appelle l’Europe et l’autre l’Asie. » 

L’interview a lieu dans des conditions un peu particulières. Trotski accepte de répondre par écrit aux questions soumises par l’écrivain belge, puis de le rencontrer pour en discuter librement. Lorsque Simenon arrive dans la grande maison de Prinkipo, il note la présence de plusieurs gardes du corps qui sont aussi, à n’en pas douter, les geôliers de son hôte. Son œil avisé remarque aussi le livre que Trotski est alors en train de lire : Voyage au bout de la nuit, d’un certain… Louis-Ferdinand Céline.

« Dans les pièces, les murs sont nus, tout blancs, et il n’y a que des rayonnages et des livres pour apporter quelque diversion. Les livres sont en toutes langues et je distingue le “Voyage au bout de la Nuit” dont la couverture est bien fatiguée. M. Trotsky vient de le lire et il en a été profondément troublé. En matière de littérature, d’ailleurs, c’est la française qu’il connaît le mieux.

Trotsky se lève pour me tendre la main, puis se rassied à son bureau, en laissant doucement peser son regard sur ma personne [...]. Sur le bureau, il y a, épars, des journaux du monde entier et Paris-soir est tout au-dessus de la pile. Sans doute Trotsky l’a-t-il parcouru avant mon arrivée ? […]

– Je n’ai, malheureusement, les journaux qu’avec plusieurs jours de retard.

Il sourit. Il a un visage reposé, le regard tranquille. Mais n’est-ce pas au prix d’un effort ? N’est-il pas obligé de ménager ses forces ? Pour poursuivre son œuvre, ne s’astreint-il pas à cette vie prudente qui fait un peu penser aux gestes hésitants d’un convalescent ? Mais, peut-être, n’est-ce que sagesse ?

– Vous pouvez me questionner. »

Le contenu de l’interview ne porte pas sur la Révolution russe, mais sur l’actualité la plus brûlante. En janvier 1933, Hitler, devenu chancelier, a accédé au pouvoir suprême. Son parti, le NSDAP, ayant remporté les élections de mars, les nazis sont désormais hégémoniques en Allemagne. C’est donc sur la montée des fascismes en Europe que Simenon interroge Trotsky.

«J’ai demandé à Trotsky : Croyez-vous que la question des races sera prédominante dans l’évolution qui suivra la fermentation actuelle ? Ou bien sera-ce la question sociale ? Ou la question économique ? Ou la question militaire ?

Trotsky répond :

– Non, je suis loin de penser que la race soit un facteur décisif dans l’évolution de l’époque prochaine [...]. Je ne nie évidemment pas la signification des qualités et des traits distinctifs des races ; mais dans le processus de l’évolution, devant la technique du travail et devant la technique de la pensée, elles passent à l’arrière-plan. La race est un élément statique et passif, l’histoire est la dynamique [...].

Si, aujourd’hui, au vingtième siècle, les nazis proposent de tourner le dos à l’histoire, à la dynamique sociale, à la civilisation, pour revenir à la “race”, alors pourquoi ne pas revenir encore plus en arrière : l’anthropologie, n’est-il pas vrai ?, n’est qu’une partie de la zoologie. Qui sait ? C’est peut-être dans le royaume des anthropopithèques que les racistes trouveraient les inspirations les plus élevées et les plus indiscutables pour leur activité créatrice ? »

Comment l’ex-camarade de Lénine définirait-il le fascisme, demande Simenon ? Réponse développée de Trotski :

« Le fascisme est provoqué non par une psychose ou par une “histérie” (c’est ainsi que se consolent les théoriciens de salon, dans le genre du comte Sforza), mais par une profonde crise économique et sociale qui, impitoyablement, ronge plus que tout le corps de l’Europe [...].

Le fait que le vieux continent, dans son ensemble, perd la situation privilégiée qu’il avait dans le passé, mène à une exacerbation démesurée des antagonismes entre les États européens et entre les classes au sein de ces États [...].

Au dix-neuvième siècle, on considérait comme une loi que les pays arriérés gravissent les degrés de la démocratie. Pourquoi donc le vingtième siècle les poussent-il dans la voie de la dictature ? […] Par analogie avec l’électro-technique, la démocratie peut être définie comme un système de commutateurs et d’isolants contre les courants trop forts de la lutte nationale ou sociale. Aucune époque, dans l’histoire humaine, ne fut saturée d’autant d’antagonismes que la nôtre. Une surtension du courant se fait de plus en plus sentir en différents points du réseau européen. Sous une trop grande tension des contradictions de classes et internationales, les commutateurs de la démocratie fondent ou volent en éclats.

Tels sont les courts-circuits de la dictature. Les interrupteurs les plus faibles se rendent évidemment les premiers. »

La question finale est celle qui préoccupe toute la presse française en 1933 : l’arrivée de Hitler au pouvoir et son entente avec l’Italie fasciste de Mussolini constituent-elles une menace pour les démocraties européennes ? Bref, une guerre est-elle inévitable ?

« Question. Croyez-vous l’évolution possible par glissement ou considérez-vous une secousse violente comme nécessaire? Combien de temps pensez-vous que puisse se prolonger le flottement actuel ?

Réponse. Le fascisme, particulièrement le national-socialisme allemand, apporte à l’Europe un danger indiscutable de secousses guerrières. Étant à l’écart, je me trompe peut-être, mais il me semble qu’on ne se rend pas suffisamment compte de toute l’étendue de ce danger. A-t-on en vue une perspective non de mois mais d’années, pas de dizaines d’années en tout cas, je considère comme absolument inévitable une explosion guerrière du côté de l’Allemagne fasciste. C’est précisément cette question qui peut devenir décisive pour le sort de l’Europe [...].

Mais je ne doute pas que, finalement, l’humanité trouvera son chemin. Tout le passé en est une garantie. »

Lorsque leur entrevue s’achève, Simenon s’autorise une dernière question qui touche plus directement au sort personnel de Trotski.

« Vous avez encore des questions à me poser ? demande Trotsky avec patience.

– Une seule, mais je crains qu’elle soit indiscrète.

Il sourit et, d’un signe de la main, m’encourage à poursuivre.

– Des journaux ont prétendu que vous avez reçu récemment des émissaires de Moscou chargés de vous demander votre retour en Russie ?

Le sourire s’accentue :

– C’est faux, mais je connais l’origine de la nouvelle. C’est un article de moi paru voilà deux mois dans la presse américaine. J’y disais, entre autres, qu’étant donné la politique russe actuelle, je serais prêt à servir à nouveau si un danger quelconque menaçait le pays.

Il est calme et quiet.

– Vous reprendriez du service actif ?

Il dit oui d’un mouvement de tête. »

En 1933, l’écrivain Georges Simenon se rend pour Paris-Soir à Istanbul afin d’interviewer Léon Trotski qui y est exilé. Répondant à l’inventeur de Maigret, l’ex-leader de la Révolution russe analyse la montée des fascismes en Europe. Quel rapport entre le père du célèbre commissaire Maigret et la Révolution russe ? Aucun. Si ce n’est que Georges Simenon (1903-1989), écrivain et reporter prolifique, fut l’un des rares journalistes francophones à interviewer Léon Trotski (1879-1940) après son départ forcé d’URSS. Le lieu de la rencontre est presque aussi insolite que ses protagonistes. Elle prend place le 7 juin 1933 à Prinkipo, « l’île des Princes », située dans la mer de Marmara, au large d’Istanbul (encore nommée officiellement Constantinople trois ans plus tôt). Simenon, envoyé spécial du quotidien à grand tirage Paris-Soir, y retrouve l’ex-leader bolchevik, qui y est placé en résidence surveillée depuis 1929. Exclu du Parti Communiste par Staline en 1927, l’ancien compagnon de Lénine vit en exil depuis quatre ans. Inlassablement, le fondateur de l’Armée rouge continue d’écrire et d’animer « l’Opposition de gauche » (future Quatrième Internationale) depuis sa retraite en Turquie. L’interview paraît en deux temps, les 15 et 16 juin 1933. Simenon, conscient qu’à seulement trente ans il est sur le point de rencontrer un des acteurs politiques les plus importants du début du 20è siècle. Trotski ne reverra jamais son pays. Après avoir fondé la Quatrième Internationale, il sera assassiné à Mexico par un agent du NKVD, sur ordre de Staline, le 21 août 1940. Entre-temps, son pronostic pessimiste sur les conséquences de l’arrivée au pouvoir de Hitler se sera révélé exact.

21/10/2018  Pierre Ancery

https://www.retronews.fr/

Commentaire: 1933! Trois ans après, les crimes de guerre commençaient en Espagne!

Voir aussi:

Un des plus vieux trotskistes vivants! Michel Lequenne

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04 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

slavoj zižek (les inrocks)

hors-serie-karl-marx

Pourquoi le “Manifeste du Parti communiste” est toujours d’actualité, selon Slavoj Zižek

Dans son nouveau livre, le philosophe slovène réhabilite le “Manifeste” écrit par Marx et Engels en 1848, tout en travaillant à combler ses limites.

Brandir le Manifeste du parti communiste, publié en 1848 par Marx et Engels, comme boussole pour nous guider dans le clair-obscur du temps présent peut paraître un brin audacieux. Mais le philosophe slovène Slavoj Zižek ne s’embarrasse pas du qu’en-dira-t-on. Il le prouve une nouvelle fois avec un petit livre au titre sans équivoque : L’actualité du Manifeste du Parti communiste (Fayard).

L’auteur, connu pour se revendiquer (avec son ami Alain Badiou) de “l’idée du communisme” (du nom d’un colloque réuni à Londres en 2009 en présence des principaux spécialistes mondiaux de la pensée marxiste), évite cependant l’écueil du dogmatisme.

Son livre – qui n’est pas dénué d’affirmations polémiques sur la “célébration actuelle des minorités”, ou l’idée très optimiste selon laquelle “le patriarcat a perdu définitivement son rôle hégémonique” (sic) – n’est pas une exégèse béate du fameux Manifeste, dont la résurrection pourrait souligner la faiblesse intellectuelle de la gauche radicale contemporaine.

Il s’agirait plutôt d’une tentative de rendre sa complexité à un texte souvent résumé à quelques phrases coup de poing (“L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes”, etc.), de discerner ses fulgurances comme ses angles morts face au capitalisme globalisé, et de formuler une critique constructive du marxisme occidental le plus étroit.

“Une acceptation cynique du ‘monde comme il va’”

En effet, comme Zižek l’a déjà expliqué dans son précédent ouvrage, La Nouvelle lutte des classes, la définition classique du prolétariat ne suffit plus à résumer l’antagonisme entre classes oppressives et classes opprimées. Les rangs du prolétariat contemporain se sont élargis bien au-delà du seul ouvrier qui doit vendre sa force de travail pour vivre – travailleurs précaires et immigrés, étudiants sans emplois, habitants des bidonvilles…

Mais dans ce contexte où le “sujet révolutionnaire” n’a jamais été potentielle-ment aussi pléthorique, la conscience qu’il a de sa propre force n’a jamais été aussi faible.

En cause, le coup de force du capitalisme globalisé, qui derrière sa promesse d’approfondir les libertés personnelles, a annihilé toute contestation.“L’idéologie dominante d’aujourd’hui n’est pas une vision positive de quelque futur utopique, mais une résignation, une acceptation cyni-que du ‘monde comme il va’, qui s’accompagne de la mise en garde que si nous voulons (trop) le changer, cela ne pourra produire qu’une nouvelle horreur totalitaire”, constate le philosophe.

“Nous vivons de plus en plus notre liberté comme ce qu’elle est effectivement: un fardeau”

Plus encore, l’aliénation capitaliste est arrivée au point où le contrôle et la domination sociale passent aux yeux de la majorité pour des expériences de liberté. Les mots de Zižek résonnent avec d’autant plus d’acuité à l’ère du macronisme et de la start-up nation, où il suffit de traver-ser la rue pour trouver du travail :

“Il y a mille et une manières de donner au visage de cette non-liberté celui de son opposé : quand nous sommes privés de couverture maladie universelle, on nous dit qu’une nouvelle liberté de choix nous est offerte ; quand nous ne pouvons plus compter sur un emploi de longue durée et que nous sommes obligés de trouver du boulot précaire d’année en année ou de mois en mois, on nous dit que l’opportunité nous est enfin donnée de nous réinventer [...].

Bombardés constamment de ‘libres choix’ imposés, forcés de prendre des décisions pour lesquelles nous ne sommes généralement pas qualifiés, nous vivons de plus en plus notre liberté comme ce qu’elle est effectivement : un fardeau nous privant de la réelle possibilité de changer”.

S’il concède donc à Marx le génie de certaines intuitions “d’une actualité plus criante que jamais”, sur l’impact social de la bourgeoisie, la fétichisation de la marchandise, l’aliénation capitaliste… , il ne néglige pas moins certaines insuffisances.

La principale réside dans la croyance de Marx que “la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs”, et que le capitalisme est condamné presque d’avance à laisser place à une société sans classes. “Marx lui-même a parfois sous-estimé cette capacité de l’univers capita-liste à intégrer le besoin de transgression qui semblait le menacer”, écrit Zizek.

Le capitalisme est en effet passé maître dans l’art de transformer la révolution en un “spectacle extrêmement rentable” (selon le philosophe Francesco Masci dans son Traité anti-sentimental, éd. Allia, qui paraît concomitamment). Le constat est donc pessimiste. Mais le philosophe a fait siens les mots de Beckett : “Essayer encore. Rater encore. Rater mieux.”

02/11/18 Mathieu Dejean
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Lire aussi : 

Slavoj Zizek (Wikipedia)

Slavoj Zižek : “L’idée de résister se perd, il ne reste plus que la colère”(Les Inrocks)

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01 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

la bombe (daoulagad breizh)

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Ils vont arrêter la bombe de François Reinhardt

Une tournée proposée par Daoulagad Breizh

Le 2 juillet 1966, une bombe atomique de 28 kilotonnes (2 fois Hiroshima) explose au large de Mururoa, en Polynésie française.

Le 1er essai atmosphérique français vient d’avoir lieu. 34 autres suivront, puis 147 souterrains jusqu’en 1996. Les populations des atolls sont les sacrifiés de l’atome dont le sort ne préoccupe guère en métropole, mais fait réagir bien au-delà des frontières.

Ce film s’arrête sur l’histoire du Fri, un navire de fortune parti de Nouvelle-Zélande pour rejoindre Mururoa afin de dénoncer et arrêter ces essais. A bord : 3 femmes et 10 hommes venus du monde entier qui s’embarquent pour un périple de 5 mois pour se confronter à la Marine française. Une histoire où se mêlent intrigues politiques et pressions diplomatiques, objectifs militaires, enjeux économiques, et, on l’oublierait presque, le sacrifice de la santé de milliers de polynésiens, et de leur environnement.

Dim 4 nov 17h30 Plomeur  Salle polyvalente
Mer 7 nov 20h30 Châteaulin Run ar Puñs
Jeu 8 nov 18h30 Quimper Salle socio-culturelle
Ven 9 nov 20h30 Saint-Evarzec L’Agora
Sam 10 nov 18h30 Le Drennec Espace des châtaigniers
Dim 11 nov 16h Landudec  Bibliothèque
Lun 12 nov 20h30 Plouarzel Médiathèque
Sam 17 nov 15h Plogoff Auditorium de la Pointe du Raz
Dim 18 nov 15h Locronan Espace Ti Lokorn
Dim 25 nov 17h Ergué-Gabéric  L’Athéna

http://www.daoulagad-breizh.org/

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01 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

maçonnerie 1 (anti-k)

ps macon

Communisme et franc-maçonnerie

Le développement du capitalisme a toujours approfondi et approfondit sans cesse les antagonismes sociaux.

Les efforts de la bourgeoisie ont toujours tendu à émousser ces antagonismes en politique. L’histoire du siècle dernier nous présente une extrême diversité de moyens employés par la bourgeoisie à cet effet. La répression pure et simple est son argument ultime, elle n’entre en scène que dans les moments critiques. En temps « normal », l’art politique bourgeois consiste à enlever pour ainsi dire de l’ordre du jour la question même de la dénomination bourgeoise, à la masquer de toutes sortes de décors politiques, juridiques, moraux, religieux, esthétiques et à créer de cette façon dans la société l’impression de la solidité inébranlable du régime existant.

Il est ridicule et naïf, pour ne pas dire un peu sot, de penser que la politique bourgeoise se fasse tout entière dans les parlements et dans les articles de tête. Non, cette politique se fait au théâtre, à l’église, dans les poèmes lyriques et à l’Académie, et à l’école. La bourgeoisie enveloppe de tous côtés la conscience des couches intermédiaires et même de catégories importantes de la classe ouvrière, empoisonnant la pensée, paralysant la volonté.

C’est la bourgeoisie russe, primitive et mal douée, qui a le moins réussi dans ce domaine, et elle a été cruellement punie. La poigne tsariste mise à nu, en dehors de tout système compli-qué de camouflage, de mensonge, de duperie, et d’illusions, se trouva insuffisante. La classe ouvrière russe s’empara du pouvoir.

La bourgeoisie allemande, qui a donné incomparablement plus dans les sciences et les arts, était politiquement d’un degré à peine supérieure à la bourgeoisie russe : la principale ressour-ce politique du capital allemand était le Hohenzollern prussien et le lieutenant prussien. Et nous voyons actuellement la bourgeoisie allemande occuper une des premières places dans la course à l’abîme.

Si vous voulez étudier la façon, les méthodes et les moyens par lesquels la bourgeoisie a grugé le peuple au cours des siècles, vous n’avez qu’à prendre en mains l’histoire des plus anciens pays capitalistes : l’Angleterre et la France. Dans ces deux pays, les classes dirige-antes ont affermi peu à peu leur domination en accumulant sur la route de la classe ouvrière des obstacles d’autant plus puissants qu’ils étaient moins visibles.

Le trône de la bourgeoisie anglaise aurait été brisé en mille morceaux s’il n’eût été entouré d’une atmosphère de respectabilité, de tartufferie et d’esprit sportif. Le bâton blanc des policemen ne protège que la ligne de repli de la domination bourgeoise et une fois le combat engagé sur cette ligne, la bourgeoisie est perdue.

Infiniment plus important pour la conservation du régime britannique est l’imperceptible toile d’araignée de respectabilité et de lâcheté devant les commandements bourgeois et les « convenances » bourgeoises qui enveloppe les cerveaux des trade-unionistes, des chefs du Labour Party et de nombreux éléments de la classe ouvrière elle-même.

La bourgeoisie française vit, politiquement, des intérêts du capital hérité de la Grande Révolution.

Le mensonge et la perversion de la démocratie parlementaire sont suffisamment connus et semble-t-il, ne laissent plus place à aucune illusion. Mais la bourgeoisie fait de cette perversion même du régime son soutien. Comment cela ? Par l’entremise de ses socialistes. Ces derniers, par leur critique et leur opposition, prélèvent sur les masses du peuple l’impôt de la confiance, et au moment critique transmettent toutes les voix qu’ils ont recueillies à l’Etat capitaliste.

Aussi la critique socialistes est-elle actuellement un des principaux étais de la domination bourgeoise. De même que la bourgeoisie française fait servir à ses but non seulement l’Eglise catholique, mais aussi le dénigrement du catholicisme, elle se fait servir non seulement par la majorité parlementaire, mais aussi par les accusateurs socialistes, ou même souvent anarchis-tes, de cette majorité. Le meilleur exemple en est fourni par la dernière guerre, où l’on vit abbés et francs-maçons, royalistes et anarcho-syndicalistes, se faire les tambours enthousiastes du capital sanglant.

Nous avons prononcé le mot : franc-maçonnerie.

La franc-maçonnerie joue dans la vie politique française un rôle qui n’est pas mince. Elle n’est en somme qu’une contrefaçon petite bourgeoise du catholicisme féodal par ses racines histori-ques. La République bourgeoise de France avançant tantôt son aile gauche, tantôt son aile droite, tantôt les deux à la fois, emploie dans un seul et même but soit le catholicisme authenti-que, ecclésiastique, déclaré, soit sa contrefaçon petite-bourgeoise, la franc-maçonnerie, où le rôle des cardinaux et des abbés est joué par des avocats, par des tripoteurs parlementaires, par des journalistes véreux, par des financiers bedonnants ou en passe de le devenir.

La franc-maçonnerie, ayant baptisé le vin fort du catholicisme, et réduit, par économie petite-bourgeoise, la hiérarchie céleste au seul « Grand Architecte de l’Univers », a adapté en même temps à ses besoins quotidiens la terminologie démocratique : Fraternité, Humanité, Vérité, Equité, Vertu.

La franc-maçonnerie est une partie non officielle, mais extrêmement importante, du régime bourgeois. Extérieurement, elle est apolitique, comme l’Eglise ; au fond, elle est contre-révolutionnaire comme elle. A l’exaspération des antagonismes de classes, elle oppose des formules mystiques sentimentales et morales, et les accompagne, comme l’Eglise, d’un rituel de Mi-Carême. Contrepoison impuissant, de par ses sources petites-bourgeoises contre la lutte de classe qui divise les hommes, la maçonnerie, comme tous les mouvements et organisations du même genre, devient elle-même un instrument incomparable de lutte de classe, entre les mains de la classe dominante contre les opprimés.

Le grand art de la bourgeoisie anglaise a toujours consisté à entourer d’attention les chefs surgissant de la classe ouvrière, à flatter leur respectabilité, à les séduire politiquement et moralement, à les émasculer. Le premier artifice de cet apprivoisement et de cette corruption, ce sont les multiples sectes et communautés religieuses où se rencontrent sur un terrain « neutre » les représentants des divers partis.

Ce n’est pas pour rien que Lloyd George a appelé l’Eglise « la Centrale électrique de la politique ». En France, ce rôle, en partie du moins, est joué par les loges maçonniques. Pour les socialistes, et plus tard pour le syndicaliste français, entrer dans une loge signifiait commu-nier avec les hautes sphères de la politique.

Là, à la loge, se lient et se délient les relations de carrière ; des groupements et des clientèles se forment, et toute cette cuisine est voilée d’un crêpe de morale, de rites et de mystique. La franc-maçonnerie ne change rien de cette tactique, qui a fait ses preuves, à l’égard du Parti Communiste : elle n’exclut pas les communistes de ses loges, au contraire, elle leur en ouvre les portes toutes grandes. La maçonnerie cesserait d’être elle-même, si elle agissait autrement.

Sa fonction politique consiste à absorber les représentants de la classe ouvrière pour contribuer à ramollir leurs volontés et, si possible, leurs cerveaux. Les « frères » avocats et préfets sont naturellement très curieux et même enclins à entendre une conférence sur le communisme. Mais est-ce que le frère de gauche, qui est le frère cadet, peut se permettre d’offrir au frère aîné, qui est le frère de droite, un communisme sous le grossier aspect d’un bolchévik le couteau entre les dents ? Oh ! non.

Le communisme qui est servi dans les loges maçonniques doit être une doctrine très élevée d’un pacifisme recherché, humanitaire, reliée par un très subtil cordon ombilical de philosophie à la fraternité maçonnique. La maçonnerie n’est qu’une des formes de la servilité politique de la petite-bourgeoisie devant la grande. Le fait que des « communistes » participent à la maçon-nerie indique la servilité morale de certains pseudo-révolutionnaires devant la petite bourgeoisie et, par son intermédiaire, devant la grande.

Bassesse, quémandage, écorniflage, aventurismes, carriérismes, parasitisme, au sens le plus direct et le plus matériel du mot, ou bien, en un sens plus occulte et « spirituel », voilà ce que signifie la franc-maçonnerie pour ceux qui viennent à elle d’en bas. Si les amis de Léon Blum et de Jouhaux s’embrassent dans les loges avec leurs frères du bloc des gauches, ils restent, ce faisant, complètement dans le cadre de leur rôle politique ; ils parachèvent dans les séances secrètes des loges maçonniques ce qu’il serait incongru de faire ouvertement en séance publique du Parlement ou dans la presse.

Mais nous ne pouvons que rougir de honte en apprenant que dans les rangs d’un Parti Communiste (!) il y a des gens qui complètent l’idée de la dictature du prolétariat par la frater-nisation dans les tenues maçonniques avec les dissidents, les radicaux, les avocats et les banquiers. Si nous ne savions rien d’autre sur la situation de notre Parti français, cela nous suffirait pour dire avec Hamlet : « Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark… »

L’Internationale peut-elle permettre à cet état de choses véritablement honteux de se prolonger et même de se développer ? Ce serait permettre que la Parti communiste français occupe dans les système du conservatisme démocratique la place de soutien de gauche occupée autrefois par le Parti socialiste. Mais cela ne sera pas, nous avons trop foi en l’instinct révolutionnaire et en la pensée révolutionnaire de l’avant-garde prolétarienne française.

D’une lame impitoyable elle tranchera une fois pour toutes les liens politiques, philosophiques, moraux et mystiques qui rattachent encore la tête de son Parti aux organes déclarés ou masqués de la démocratie bourgeoise, à ses loges, à ses ligues, à sa presse. Si ce coup d’épée laisse par delà les murs de notre Parti quelques centaines et même quelques milliers de cadavres politiques, tant pis pour eux. Tant pis pour eux et tant mieux pour le Parti du prolé-tariat, car ses forces et son poids ne dépendent pas du seul nombre de ses membres.

Une organisation de 50.000 membres, mais construite comme il faut, qui sait fermement ce qu’elle veut et qui suit la voie révolutionnaire sans jamais s’en écarter, peut et doit conquérir la confiance de la majorité de la classe ouvrière et occuper dans la révolution la place directrice. Une organisation de 100.000 membres contenant centristes, pacifistes, franc-maçons, journa-listes bourgeois, etc., est condamnée à piétiner sur place, sans programme, sans idée, sans volonté et jamais ne pourra conquérir la confiance de la classe ouvrière.

La franc-maçonnerie est une plaie mauvaise sur le corps du communisme français. Il faut la brûler au fer rouge.

Léon Trotsky, novembre 1922

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01 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

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Franc-maçonnerie et mouvement ouvrier

Au congrès de la première internationale à Londres en 1871, la même année que la commune, Marx déclare :

« Ce type d’organisation (la franc-maçonnerie) se trouve en contradiction avec le développe-ment du mouvement prolétarien, à partir du moment où ces sociétés, au lieu d’éduquer les ouvriers, les soumettent à leur lois autoritaires et mystiques qui entravent leur indépendance et entraînent leur conscience dans une fausse direction. » Et Engels l’appelait l’« internationale artistocratique-bourgeoise des lumières ».

Répondant au New York World, Marx ironisait sur son interprétation selon laquelle la Commune de Paris de 1871 « pourrait également avoir été une conspiration des francs-maçons car leur contribution n’a pas été petite. Je ne serais vraiment pas étonné si le pape venait à leur attri-buer toute la responsabilité de l’insurrection. Mais envisageons une autre explication. L’insur-rection de Paris a été faite par les ouvriers parisiens. »

« Résolution sur la question française » du quatrième congrès de l’Internationale communiste (1922) :

« L’incompatibilité de la franc-maçonnerie et du socialisme était considérée comme évidente dans la plupart des partis de la Deuxième Internationale (…) Si le deuxième Congrès de l’Internationale Communiste n’a pas formulé, dans les conditions d’adhésion à l’Internationale, de point spécial sur l’incompatibilité du communisme et de la franc-maçonnerie, c’est parce que ce principe a trouvé sa place dans une résolution séparée votée à l’unanimité du Congrès.

Le fait, qui s’est révélé d’une façon inattendue au 4e Congrès de l’Internationale Communiste, de l’appartenance d’un nombre considérable de communistes français aux loges maçonniques est, aux yeux de l’Internationale Communiste, le témoignage le plus manifeste et en même temps le plus pitoyable que notre Parti français a conservé, non seulement l’héritage psycholo-gique de l’époque du réformisme, du parlementarisme et du patriotisme, mais aussi des liaisons tout à fait concrètes, extrêmement compromettantes pour la tête du Parti, avec les institutions secrètes, politiques et carriéristes de la bourgeoisie radicale (…)

L’Internationale considère comme indispensable de mettre fin, une fois pour toutes, à ces liaisons compromettantes et démoralisatrices de la tête du Parti Communiste avec les organi-sations politiques de la bourgeoisie. L’honneur du prolétariat de France exige qu’il épure toutes ses organisations de classe des éléments qui veulent appartenir à la fois aux deux camps en lutte. Le Congrès charge le Comité Directeur du Parti Communiste français de liquider avant le 1er janvier 1923 toutes les liaisons du Parti, en la personne de certains de ses membres et de ses groupes, avec la franc-maçonnerie.

Celui qui, avant le 1er janvier, n’aura pas déclaré ouvertement à son organisation et rendu publique par la presse du Parti sa rupture complète avec la franc-maçonnerie est, par là-même, automatiquement exclu du Parti communiste sans droit d’y jamais adhérer à nouveau, à quelque moment que ce soit. La dissimulation par quiconque de son appartenance à la franc-maçonnerie sera considérée comme pénétration dans le Parti d’un agent de l’ennemi et flétrira l’individu en cause d’une tache d’ignominie devant tout le prolétariat. »

Trotsky, qui connaît le mieux le mouvement ouvrier français au sein de l’Internationale communiste, est chargé de la « question française » en son sein… « Le pourcentage bien infime d’idéalistes honnêtes qu’il peut y avoir dans les loges ne fait qu’accroître le caractère dangereux de la franc-maçonnerie. »

Trois points c’est tout, Léon Trotsky

« La franc-maçonnerie est une plaie mauvaise sur le corps du communisme français. Il faut la brûler au fer rouge. » Léon Trotsky, Communisme et franc-maçonnerie. « La Ligue des droits de l’Homme et la franc-maçonnerie sont des instruments de la bourgeoisie qui font diversion à la conscience des représentants du prolétariat français. Nous déclarons une guerre sans pitié à ces méthodes car elles constituent une arme secrète et insidieuse de l’arsenal bourgeois. On doit libérer le parti de ces éléments. »

« Le Parti communiste français n’était donc pas le seul dans son cas mais ce qui le caracté-risait fâcheusement, c’était l’hypocrisie de nombre de ses dirigeants. Le jour où je devais parler devant la commission, nous venions de recevoir le plus récent numéro du Bulletin communiste où, en ce moment même, on avait l’impudence de reprendre les critiques anciennes de la tactique de l’Internationale.

Ceci me fournit une entrée en matière qui, du coup, liquida les droitiers ; pendant la lecture, ils baissaient la tête, sentant la réprobation unanime de la commission. Aux représentants du centre, je posai la question : “ Vous prétendez exercer seuls la direction et en accord avec l’Internationale. Mais qui peut avoir confiance en vos déclarations ? ” Ici, quelques-uns d’entre eux grognèrent. Parlant en fin de séance, Trotsky prit à partie, nommément, Ker, dont il venait d’apprendre qu’il était franc-maçon, ce que beaucoup d’entre nous ignoraient.

Comment peut-on être communiste et franc-maçon ? demanda Trotsky ; pour lui, c’était absolu-ment incompatible… Après de longues délibérations au cours desquelles furent examinées et discutées l’activité du Parti, les particularités du mouvement ouvrier, les luttes des fractions, la presse, la question paysanne, la politique coloniale, la commission élabora un programme d’action. Elle reconnut unanimement que les membres du Parti adhérant à la franc-maçonnerie et à la Ligue des droits de l’homme devaient immédiatement abandonner “ ces machines de la bourgeoisie créées pour endormir la conscience de classe des prolétaires ”.

Exceptionnellement, et pour permettre au Parti de sortir de l’impasse où il s’était enfoncé, elle proposait que le Comité directeur fût constitué selon la proportionnelle sur la base des votes du congrès de Paris, les titulaires devant être désignés par les délégations elles-mêmes. Les représentants des trois tendances (parce qu’il y avait des tendances? note du blog) déclarèrent alors accepter la résolution sans réserve ; tous protestèrent de leur attachement et de leur dévouement à l’Internationale communiste. »

Rosmer dans « Moscou sous Lénine »

« L’appartenance d’un nombre considérable de communistes français aux loges maçonniques est le témoignage le plus manifeste et le plus pitoyable que notre Parti français a conservé, non seulement l’héritage psychologique de l’époque du réformisme, du parlementarisme et du patriotisme, mais aussi des liaisons tout à fait concrètes, extrêmement compromettantes, avec les institutions secrètes, politiques et carriéristes de la bourgeoisie radicale. »

Document du congrès de Tours du parti communiste, section de France de l’Internationale communiste, reprenant les propositions de Trotsky

« Dans la franc-maçonnerie se réunissent des gens de différents partis, avec des intérêts différents et avec des fins personnelles différentes. Tout l’art de la direction de la franc-maçonnerie consiste à neutraliser les tendances divergentes et à aplanir les contradictions entre les groupes et les cliques (dans l’intérêt de la « démocratie » et de « l’humanité », c’est-à-dire de la classe dominante).

On s’habitue ainsi à parler à haute voix de tout, sauf de l’essentiel. Cette morale fausse, hypocrite, frelatée, imprègne en France, directement ou indirectement, la majorité des chefs ouvriers officiels. Marceau Pivert lui-même est pénétré de l’influence de cette morale. Il lui semble que nommer à haute voix un fait désagréable, c’est une inconvenance.

Nous, nous jugeons criminel de taire les faits qui ont une importance pour la lutte de classe du prolétariat. C’est là la différence fondamentale de notre morale. Pouvez-vous, Guérin, répondre clairement et franchement aux ouvriers ? Qu’est-ce qui lie Pivert à la maçonnerie ? Je vous le dis : c’est ce qui le sépare de la IV° Internationale, c’est-à-dire l’indécision sentimentale petite-bourgeoise, la dépendance à l’égard de l’opinion publique officielle.

Si quelqu’un me déclare qu’il est matérialiste et qu’en même temps il se rende à la messe le dimanche, je dis que son matérialisme est faux. Il peut bien crier que je suis intolérant, que je manque de tact, que j’attente à sa « personnalité », etc., cela ne m’émeut pas. Combiner le socialisme révolutionnaire à la franc-maçonnerie est aussi inconcevable que combiner la matérialisme au catholicisme.

Le révolutionnaire ne peut avoir politiquement deux domiciles : l’un avec la bourgeoisie, pour l’âme, l’autre avec les ouvriers, pour la politique courante. La duplicité est incompatible avec le révolutionnaire prolétarien. Excluant toute stabilité interne, la duplicité engendre la sensibilité, la susceptibilité, la timidité intellectuelle. A bas la duplicité, Guérin ! »

Léon Trotsky, lettre à Daniel Guérin, mars 1939

Source: https://www.matierevolution.fr/

mardi 19 décembre 2017 Robert Paris

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Commentaire: Marceau Pivert est un peu le Mélenchon de l’époque. Il sortira du PS pour créer le PSOP (Parti Socialiste Ouvrier et Paysan) rejoint par les trotskistes.

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01 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

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Mouvement ouvrier et canaille franc-maçonnique

Une des traditions du mouvement ouvrier a toujours été d’interdire l’appartenance d’un de ses membres à la franc-maçonnerie.

On se demande bien pourquoi, n’est-ce pas ? « Combiner le socialisme révolutionnaire à la franc-maçonnerie est aussi inconcevable que combiner le matérialisme au catholicisme. » (Trotsky) En 1922, lors du 4è Congrès de l’Internationale Communiste (la 3è Internationale) , Trotsky condamnera les dirigeants, cadres et militants du Parti Communiste qui avaient adhéré à la franc-maçonnerie, expliquant que l’appartenance à la franc-maçonnerie était incompatible avec l’appartenance au Parti Communiste, et leur intimera l’ordre de rompre publiquement immédiatement et sans condition toutes relations avec cette organisation qu’il définissait comme « une organisation de l’ennemi de classe »

Il considérait qu’elle constituait un des éléments les plus importants du dispositif mis en place par la bourgeoisie pour corrompre les militants ouvriers, appauvrir leur pensée et affaiblir leur volonté. Il ajoutera que : « La dissimulation par quiconque de son appartenance à la franc-maçonnerie sera considérée comme pénétration dans le Parti d’un agent de l’ennemi et flétrira l’individu en cause d’une tâche d’ignominie devant tout le prolétariat. »

Dans une lettre adressée à Daniel Guérin en 1937, Trotsky reprendra en partie la définition de la franc- maçonnerie qu’il avait déjà donnée en 1922 : « Dans la franc-maçonnerie se réunis-sent des gens de différents partis, avec des intérêts différents et avec des fins personnelles différentes.

Tout l’art de la direction de la franc-maçonnerie consiste à neutraliser les tendances divergen-tes et à aplanir les contradictions entre les groupes et les cliques (dans l’intérêt de la « démo-cratie » et de « l’humanité », c’est-à-dire de la classe dominante). On s’habitue ainsi à parler à haute voix de tout, sauf de l’essentiel. Cette morale fausse, hypocrite, frelatée, imprègne en France, directement ou indirectement, la majorité des chefs ouvriers officiels. »

Trotsky dira dans la même lettre : « Comment peut-on ne pas lutter contre eux ? Comment peut-on ne pas l’expliquer à tous les membres du parti que l’amitié politique avec ces messieurs, c’est une porte ouverte à la trahison ? »

Aujourd’hui, ce sont un certain nombre de dirigeants, de cadres et de militants de gauche qui ont adhéré ou qui entretiennent des liens étroits avec la franc-maçonnerie. Certains camarades me diront que c’est un secret de polichinelle qu’on s’en fout après tout, cela n’a aucune importance. Certes, mais à ceci près que tous les militants sont loin de le savoir, et surtout, ils n’en mesurent pas les implications directes sur la lutte des classes.

Lettre à Daniel Guérin  Trotsky  Oeuvres 1937

Trotsky s’interrogea sur les raisons qui ont conduit des militants à entretenir des relations étroites avec la canaille franc-maçonnique : « Qu’est-ce qui lie Pivert à la maçonnerie ? Je vous le dis : c’est ce qui le sépare de la IV° Internationale, c’est-à-dire l’indécision sentimentale petite-bourgeoise, la dépendance à l’égard de l’opinion publique officielle. Si quelqu’un me déclare qu’il est matérialiste et qu’en même temps il se rende à la messe le dimanche, je dis que son matérialisme est faux. Il peut bien crier que je suis intolérant, que je manque de tact, que j’attente à sa « personnalité », etc., cela ne m’émeut pas.

Combiner le socialisme révolutionnaire à la franc-maçonnerie est aussi inconcevable que combiner le matérialisme au catholicisme. Le révolutionnaire ne peut avoir politiquement deux domiciles : l’un avec la bourgeoisie, pour l’âme, l’autre avec les ouvriers, pour la politique courante. La duplicité est incompatible avec le révolutionnaire prolétarien. Excluant toute stabilité interne, la duplicité engendre la sensibilité, la susceptibilité, la timidité intellectuelle. A bas la duplicité, Guérin ! »

« En premier lieu, il faut rompre avec les francs-maçons (qui sont tous des patriotes) (…) et se tourner vers la IV° Internationale (…) »  L’appartenance à la franc-maçonnerie est incompatible avec l’appartenance à la IVe Internationale, c’est clair, net et précis.

La conclusion de Trotsky sur la franc-maçonnerie sera sans appel et demeure d’actualité :
« La franc-maçonnerie est une plaie mauvaise sur le corps du communisme français. Il faut la brûler au fer rouge. »

https://www.anti-k.org/

Lire aussi:

Franc-maçonnerie (Wikipédia)

Mélenchon franc-maçon : était-ce connu du grand public ? L’assume-t-il ? (Libération)

Commentaire: La menace d’exclusion de JL Mélenchon, nous permet de revenir sur cette organisation (plusieurs en réalité dont la principale est « de gauche »)

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20 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

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Un livre indispensable!

Robespierre sans masque

Deux siècles de calomnies

La première phase de la Révolution française, visant le renversement du pouvoir absolutiste, fait l’unanimité, ou presque : ne vient-elle pas donner corps à l’esprit des Lumières ? Mais la suite divise violemment. Notamment au sujet de Robespierre, qui, selon certains, conjuguerait tous les vices antidémocratiques : le populisme et l’extrémisme. De quoi se méfier de tout projet radical…(…)

Tantôt c’est un magazine à grand tirage qui dépeint l’Incorruptible en « psychopathe légaliste », en « forcené de la guillotine » (Historia, septembre 2011), tantôt un documentaire qui, sur France 3, le présente comme le « bourreau de la Vendée » (3 et 7 mars 2012).

Le comédien Lorànt Deutsch, reconverti dans l’histoire bas de gamme, imagine, dans son best-seller Métronome (Michel Lafon, 2009), un Robespierre profanateur de tombeaux. L’essayiste Michel Onfray, bizarrement entiché de Charlotte Corday, pourfend, sur son site, l’« engeance » robespierriste. Pedro J. Ramirez, vedette du journalisme espagnol, consacre un lourd pavé au « coup d’Etat » ourdi par Robespierre « contre la démocratie » (1).

Michel Wieviorka, sociologue multicarte, n’hésite pas à comparer l’Organisation de l’Etat islamique à « la France de Robespierre » (2). Quant à l’éditorialiste Franz-Olivier Giesbert, il s’alarme à intervalles réguliers du retour du personnage, en qui il voit l’incarnation du «ressen-timent social », voire un « précurseur du lepénisme ». Pour d’autres, il ne suffit pas de noircir la mémoire de Robespierre : il faut l’effacer. A Marseille, à Belfort, des maires ont entrepris de débaptiser les places qui portent son nom. Entre approximations, calomnies et escamotages, la damnatio memoriae s’accomplit.

Un ennemi du genre humain ?

Rien de bien neuf, à vrai dire, dans cette démonologie grand public. Les historiens Marc Bélissa et Yannick Bosc (3) montrent que la légende noire a débuté du vivant de l’homme. Quand le député d’Arras commence sa carrière, les gazettes se plaisent à écorcher son nom et moquent son obstination à « parler en faveur des pauvres ». Mirabeau, retors pour deux, rica-ne de ce jeune orateur qui « croit tout ce qu’il dit ». Puis ce sont les Girondins qui l’accablent. Jean-Marie Roland, ministre de l’intérieur, subventionne la presse qui lui est hostile, et le député Jean-Baptiste Louvet l’accuse d’aspirer à la dictature.

La chute de Robespierre, le 9 thermidor (27 juillet 1794), ne suffit pas à apaiser ses ennemis.

Thermidoriens et contre-révolutionnaires ont la passion de la revanche. Des pamphlets, et bientôt un rapport officiel, prêtent au député abattu d’abracadabrants projets. On évoque un complot visant à instaurer une théocratie. On divague sans fin sur l’enfance, les mœurs, la psychologie du chef montagnard.

A Robespierre, vrai diable, on reprochera, décennie après décennie, tout et son contraire. Il est pâle — trop pâle pour être honnête — mais se repaît du sang des autres. C’est un petit avocat de province, un médiocre — mais c’est aussi un génie du mal, plus redoutable que Néron.  Aspirant pontife ou destructeur de la religion ? Maniaque de l’ordre ou promoteur d’anarchie ? Peu importe quel Robespierre on forge : l’essentiel est qu’il soit repoussant.

Ce concours de calomnies va s’insinuer dans l’imaginaire collectif et nourrir, au fil du temps, une abondante littérature.

On pouvait penser que le développement, au 20è siècle, d’une histoire de la Révolution moins littéraire balayerait définitivement ces poncifs. Mais François Furet allait, à partir des années 1960, leur donner une nouvelle jeunesse — et un tour plus élégant. Communiste repenti devenu un essayiste libéral influent, il s’attaqua à ce qu’il appelait le « catéchisme révolutionnaire » et proposa une nouvelle lecture de la Révolution : d’un côté 1789, la bonne révolution, celle des élites éclairées ; de l’autre 1793, le « dérapage », l’irruption brutale des masses dans la politique.

Dans ce nouveau dispositif narratif, Robespierre devient le symbole d’une Révolution qui, après une parenthèse enchantée, s’emballe et se fourvoie. Furet le présente comme un « manœuvrier », qui sait s’appuyer sur « l’opinion populaire » et sur la redoutable « machine » politique que constituent les clubs jacobins. Ce portrait amalgamait des idées et des images empruntées à diverses traditions de l’anti-robespierrisme. Mais Furet, en écrivain subtil, sut donner à cet alliage les allures de la nouveauté.

Son interprétation, lourde d’arrière-pensées politiques, rencontra un écho favorable dans le contexte des années 1970 et 1980, entre mobilisations anti-totalitaires et conversion libérale des socialistes français. Elle trouva sa traduction cinématographique avec le Danton d’Andrzej Wajda (1983), qui jouait lourdement de l’analogie entre le Paris de la Convention et la Pologne de Jaruzelski, et utilisait la figure de Robespierre pour évoquer les logiques du stalinisme.

Mais cette offensive n’a pas suffi à éteindre tout intérêt pour Robespierre.

La recherche s’est poursuivie. La Société des études robespierristes (SER), fondée en 1908 par l’historien Albert Mathiez, pilote une édition des Œuvres complètes qui comptera bientôt douze volumes. En dehors même des cercles savants, l’intérêt est sensible. La souscription lancée en mai 2011 par la SER pour racheter des manuscrits vendus par Sotheby’s a suscité la mobilisation de plus d’un millier de souscripteurs.

Sur Internet, les conférences qu’Henri Guillemin, historien non conformiste et grand défenseur de l’Incorruptible, consacra à la Révolution connaissent un franc succès. Dans les librairies, même tendance. Robespierre, reviens ! (4), petit plaidoyer dense et vigoureux, s’est écoulé à plus de 3 000 exemplaires et se vend encore. Le livre Robespierre. Portraits croisés (5), un ouvrage collectif de facture plutôt universitaire, connaît — à la surprise des auteurs — un nouveau tirage. Hasard ou signe des temps, les éditeurs republient aussi plusieurs classiques de la tradition robespierriste, comme le récit par Philippe Buonarroti de la Conjuration des Egaux (6) ou la prodigieuse Histoire socialiste de la Révolution française de Jean Jaurès (7).

Surtout, les lecteurs disposent depuis peu d’une nouvelle biographie de référence, due à l’universitaire Hervé Leuwers (8). Le personnage qu’on y découvre est assez éloigné du dictateur féroce de la légende. Un ambitieux, Robespierre ? Il n’a jamais accepté qu’avec réticence les charges qui lui étaient offertes et a même choisi, lorsqu’il était député de la Constituante, de ne pas se représenter à la Législative, incitant ses collègues à faire de même pour « laisser la carrière à des successeurs frais et vigoureux ».

Un ennemi du genre humain ? Il s’est prononcé pour la pleine citoyenneté des Juifs et contre le système colonial. Un tyran ? Il a défendu, très tôt et très seul, le suffrage universel, s’est battu pour le droit de pétition et la liberté de la presse, et n’a pas cessé de mettre en garde les citoyens contre la force militaire et les hommes providentiels. Un centralisateur totalitaire ? Il a théorisé la division du pouvoir et condamné « la manie ancienne des gouvernements de vouloir trop gouverner ».

Un fanatique sanguinaire ? Il a longtemps réclamé la suppression de la peine de mort et un adoucissement des sanctions. Résolu à frapper les ennemis de la Révolution, il a néanmoins appelé à ne pas « multiplier les coupables », à épargner les « égarés », à « être avare de sang ». Et si, face aux périls qui menaçaient la République, il s’est rallié à la politique de Terreur, il n’en a jamais été le seul responsable, ni même le plus ardent.

Pourquoi, alors, cet acharnement ?

Sans doute parce qu’il y a, derrière son nom et son action, quelques principes irréductibles et qui dérangent. Comme le rappelait le philosophe Georges Labica (9), il a toujours prétendu parler pour le peuple et n’a jamais voulu reconnaître aux possédants la moindre prééminence. Sa crainte, c’est qu’à la vieille « aristocratie féodale » renversée par la Révolution ne vienne se substituer une « aristocratie de l’argent ».

Toute son action procède de ce tropisme fondamental. Dans l’ordre politique, il s’élève contre le suffrage censitaire et défend une conception extensive de la souveraineté populaire. Dans le domaine social, il veut borner le droit de propriété et limiter la liberté du commerce quand ceux-ci vont contre le droit naturel du peuple à l’existence.

En défendant ainsi « la cause du peuple », Robespierre est devenu le symbole de la Révolution dans sa phase haute, radicale et populaire.

Par métonymie, son nom désigne un moment de politisation massive, d’intervention populaire et d’invention sociale sans précédent ; un moment dont les régimes ultérieurs s’efforceront de conjurer le souvenir. Se réclamer de Robespierre, c’est d’abord rappeler que la Révolution n’est pas terminée et reprendre le programme ébauché au cours des débats sur la Constitution de 1793 : celui d’une république exigeante, démocratique et sociale.

C’est pourquoi, comme l’indique l’historien Jean-Numa Ducange (10), la figure tutélaire de Robespierre accompagne les luttes politiques du 19è et du premier 20è siècle. Après Thermi-dor, Gracchus Babeuf juge qu’il faut, pour raviver la démocratie, « relever le robespierrisme ». Albert Laponneraye, insurgé des Trois Glorieuses, s’efforce de réhabiliter celui qu’il appelle l’« homme-principe ». Louis Blanc, quarante-huitard de choc, rédige une vaste Histoire de la Révolution qui lui rend hommage. Et, deux générations plus tard, le grand Jaurès se prononce clairement : « Ici, sous ce soleil de juin 1793 (…), je suis avec Robespierre, et c’est à côté de lui que je vais m’asseoir aux Jacobins. Oui, je suis avec lui parce qu’il a à ce moment toute l’ampleur de la Révolution. »

Robespierre répétait qu’il n’y a ni démocratie ni liberté sans égalité.

Il affirmait que la politique n’est pas une carrière, demandait qu’on limite le cumul des magistra-tures et qu’on renforce le contrôle des représentants. Il niait que « le droit de propriété puisse jamais être en opposition avec la subsistance des hommes », et refusait que les intérêts privés l’emportent sur l’intérêt public. A ceux qui voulaient répondre aux émeutes par la loi martiale, il rétorquait qu’il fallait « remonter à la racine du mal » et « découvrir pourquoi le peuple meurt de faim ». Aux Girondins qui brûlaient de déclarer la guerre aux princes d’Europe, il rappelait que la liberté ne s’exporte pas avec des « missionnaires armés ».

Il n’est pas question, bien sûr — Mathiez le rappelait déjà il y a un siècle — de « brûler des cierges en l’honneur » de l’idole Robespierre, ni de « lui donner toujours et en tout raison ». Mais qui peut prétendre qu’un tel homme n’a plus rien à nous dire ? (Résumé)

Maxime Carvin

https://www.monde-diplomatique.fr/

Commentaire:

En Bretagne, Robespierre et les « jacobins » ne sont pas bien vus des ci-devants « militants bretons ». Il y a deux aspects dans la révolution vue de Bretagne, menée par le peuple rural mais dirigée par les petits bourgeois urbains.

Un, l’aspect « national »  de constitution de la nation française, en déconstruisant la nation bretonne. « Terminer le travail des rois » et finir l’assimilation de la Bretagne. Sûr que les bourgeois révolutionnaires voyaient leur intérêt dans un marché unifié! Sûr aussi que le peuple a adhéré à la République y mettant de faux espoirs. Et il ne regrettait pas la monarchie. Les nationalistes actuels sont bien seuls à regretter les soi-disant « libertés bretonnes », que l’on comprend « privilèges d’ancien régime ».

D’autre part il y a l’aspect « lutte de classes » au sein des républicains. Le mouvement des masses contre l’absolutisme, la bourgeoisie le craignait aussi! D’où l’obligation pour elle de composer puis de réprimer!

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16 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

crozon vu du japon (akahasa shinbun)

crozon

Notre manifestation au Fret, dans le journal du PC japonais: Akahata Shinbun

Le journal « Drapeau Rouge » quotidien du PC japonais est très lu. Pour l’ancien diplomate Magosaki Ukeru, « Alors que la plupart des médias traditionnels se compromettent, Akahata est le seul média qui essaie de révéler la vérité et, pour de nombreux citoyens, c’est le journal qui garantit leur droit d’avoir accès à cette vérité. » (Notamment sur Fukushima)

akaha

Pub du journal
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11 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

pcf (lutte ouvrière)

pcf

PCF : dans l’impasse, persiste et signe

Quatre textes étaient soumis au vote des militants du Parti Communiste Français samedi 6 octobre.

62 % des adhérents du parti, soit 30 833 personnes ont participé au vote, et le texte proposé par la direction actuelle, celle du secrétaire national Pierre Laurent, s’est trouvé en minorité puisqu’il n’a recueilli que 38 % des suffrages. Un texte alternatif soutenu par André Chassai-gne, président du groupe communiste à l’Assemblée nationale, s’est trouvé en tête avec 42 % des voix.

Les commentateurs et les responsables du PCF interrogés par les médias s’accordent pour voir un cataclysme dans la mise en minorité de la direction.

C’est sans doute une nouveauté mais, si cataclysme il y a, il ne concernera que la répartition des postes au sommet du parti. Car, sur le plan des idées et des perspectives, rien ne distin-gue vraiment les deux textes réunissant 80 % des votants, ni d’ailleurs les deux autres.

L’un et l’autre font la liste des différentes formes et dénominations qu’a connues l’union de la gauche.

Et chacun constate que ce fut une suite de déceptions, d’échecs et d’hémorragies militantes. La motion alternative de Chassaigne veut faire porter à la seule direction de Pierre Laurent la responsabilité de la dernière déroute.

Avoir fabriqué Mélenchon en s’effaçant derrière lui à deux reprises aux élections présiden-tielles, pour finir par se voir réduit par lui à la portion congrue aux élections législatives. Celles-ci ont vu en effet le plus mauvais résultat enregistré par le PCF depuis sa création, avec 2,72 % des votes exprimés.

Il est probable que les militants, mécontents, ont voté moins pour Chassaigne que contre Laurent et surtout contre l’alliance avec Mélenchon.

Les quatre textes en présence sont faits de pages de considérations très semblables et portant sur tous les sujets. Ils parlent même de révolution, de lutte de classe et des travailleuses et des travailleurs.

Mais au fond la véritable préoccupation qui transparaît est celle des alliances à conclure pour obtenir des places d’élus.

Le PCF n’a pas varié d’une ligne là-dessus depuis 1965, son effacement devant Mitterrand et les débuts de l’Union de la gauche. Il est peut-être en train de mourir de cette tactique car il y a usé, démoralisé et saccagé des générations de militants ouvriers, mais il ne veut pas en avoir d’autre.

Sur cette voie, quelle que soit la façon dont ses dirigeants tournent les phrases, il reste tout au plus quelques places à glaner ici et là, mais aucune amélioration à attendre qui puisse concer-ner les travailleurs, leur organisation et leurs conditions de vie.

Quant à l’espoir de changer le monde et d’aller vers le communisme, on ne l’a jamais trouvé au fond d’une urne.

Paul GALOIS 10 Octobre 2018
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