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30 juin 2019 ~ 0 Commentaire

bougnoule (en point de mire)

bananes

Le Bougnoule, sa signification étymologique, son évolution sémantique, sa portée symbolique

Le contexte historique

A l’assaut des tranchées adverses, ployant sous un déluge d’obus, suffoquant sous l’effet des gaz mortels sur les champs de bataille brumeux et venteux du Nord-est de la France, sous la glaciation hivernale des nuits noires de novembre, à des milliers de kilomètres de leur tropique natal, les grandes rasades d’alcool galvanisaient leurs ardeurs combatives à défaut d’exalter leur patriotisme.

En ces temps là, «la chair à canon» carburait à la gnôle.

Par un subterfuge dont la raison détient seule le secret, qui n’en révèle pas moins les présupposés d’un peuple, les ressorts psychologiques d’une nation et la complexion mentale de ses dirigeants, la revendication ultime préludant au sacrifice suprême  «Aboul Gnoul», apporte l’alcool, finira par constituer, par un dévoiement de la pensée, la marque d’une stigmatisation absolue de ceux qui auront massivement contribué, à deux reprises, au péril de leur vie, à vaincre, paradoxalement, les oppresseurs de leurs propres oppresseurs.

«Bougnoule» tire son origine de l’expression argotique de cette supplique ante mortem.

Elle finira par confondre dans la même infamie tous les métèques de l’Empire, piétaille de la République, promus au rang de défenseurs occasionnels de la Patrie, défenseurs essentiels d’une patrie qui s’est toujours voulue distincte dans le concert des nations, qui se distinguera souvent d’une façon lumineuse (1), d’une façon hideuse parfois, traînant tel un boulet, Vichy, l’Algérie, la collaboration, la délation, la déportation et la torture, les pages honteuses de son histoire, peinant des décennies durant à expurger son passé, et, pour avoir tardé à purger son passif, en paiera le prix en termes de magistère moral.

Curieux rapport que celui qui lie la France à sa mémoire, étrange rapport que celui qui lie ce pays à lui-même, à la fois «Patrie des lumières et des Droits de l’Homme» et patrie du «Code Noir» de l’esclavage, le code de l’abomination, de la traite de l’Ebène et du mépris de l’Indigène.

Etrangement curieux le rapport qui lie ce pays à ses alliés de la période coloniale, les peuples colonisés d’Outre-mer. Par deux fois en un même siècle, phénomène rarissime dans l’histoire, ces soldats de l’avant, les avant-gardes de la mort et de la victoire, goumiers Algériens, spahis Marocains, tirailleurs Tunisiens, Sénégalais et Soudano nigériens, auront été embrigadés dans des conflits qui leur étaient, totalement étrangers.

Avant d’être rejetés, dans une sorte de catharsis, dans les ténèbres de l’infériorité, renvoyés à leur condition subalterne, sérieusement réprimés aussitôt leur devoir accompli, comme ce fut le cas d’une manière répétitive pour ne pas être un hasard, à Sétif (Algérie), en 1945, cruellement le jour de la victoire alliée de la seconde Guerre Mondiale, au camp de Thiaroye (Sénégal) en 1946, et, à Madagascar, en 1947, sans doute à titre de rétribution pour leur concours à l’effort de guerre français.

Substituer une sujétion à une autre, se faire décimer, au choix, sur les champs de bataille ou sur le terrain de la répression au retour au pays, avant d‘être mobilisé à nouveau pour la relance de l’économie de la Métropole, que de conséquences traumatiques ils pâtiront de cette «querelle de blancs».

Il n’était pas question à l’époque de «seuil de tolérance» mais de sang à verser à profusion.

Beaucoup acquitteront leur tribut du sang en faisant l’apprentissage de l’ébriété, sans connaître l’ivresse de la victoire. Beaucoup survivront à l’enfer de Verdun ou de Monte Cassino avant de sombrer dans le désarroi de l’incompréhension au sein de la cohorte des alcooliques anonymes. Beaucoup en perdront la raison devant une telle aberration de comportement. Beaucoup, plus tard, bien plus tard, basculeront dans une révolte libératoire qui sonnera le glas de l’empire français.

Recru d’épreuves au terme d’une vie brève mais houleuse, Lapaye Natou, vaillant combattant de l’armée de l’Union Française, miné par les ravages de l’alcool de palme, s’effondrera un crépuscule de l’été 1961. Gisant au pied du baobab de sa ville natale de Kaolack, dans la région du Sine Salloum, au Sénégal, un des centres mondiaux de l’arachide, qui fit la fortune des comptoirs coloniaux des négociants bordelais.

Lapaye Natou, l’auteur en a été le témoin, apostrophera dans un ultime sursaut de fierté son auditoire en ces termes: «C’est moi Lapaye Natou, l’homme de l’homme, coeur de lion, peau de panthère, l’homme qui en fait son dawar, en a Mer, en a Méditerranée, en à l’Est Baden-Baden. Celui qui me connaît ça va, celui qui ne me connaît pas tant pis».

En termes policés, c’est à dire en termes moins rudimentaires mais certainement moins expressifs, cela donnerait: «C’est moi Lapaye Natou, un être humain, courageux et résistant, un homme qui a répondu à l’appel du devoir en participant, loin de son pays natal, à tous les combats de la France, de la Méditerranée jusqu’au point de jonction des forces alliées au coeur de l’Europe. Je rends grâce à ceux qui reconnaissent ma valeur et voue aux gémonies ceux qui méconnaissent ma valeur et celle de mes semblables».

Rares sont les populations qui auront connu pareil parcours chaotique sans jamais cultiver une idéologie victimaire, sans jamais en faire usage ultérieurement dans leur combat pour leur acceptation. Un agrégé de grammaire de l’Université française, une discipline où les lauréats sont rarissimes, qui présidera par la suite aux plus hautes destinées de son pays, Léopold Sedar Senghor (3), gratifiera ces victimes muettes de l’Histoire de la dignité de «dogues noirs de la République».

Ciselée avec soin par un orfèvre dans l’art sémantique pour affirmer sa douloureuse solidarité avec ses frères de race, cette formule passera à la postérité comme la marque de scarification morale de leurs cerbères et de leurs héritiers naturels. «Les dogues noirs de la République», anti-mémoire de la France, sa face cachée, ainsi que son prolongement conceptuel, la «Négritude», que cet enfant chéri de la Francité forgera par opposition identitaire à ses anciens maîtres, constitueront le levier d’affranchissement du continent noir, son thème mobilisateur vers son indépendance.

Signification étymologique

Dans les ouvrages de référence de la société savante de l’élite française, le calvaire de leur dépersonnalisation et leur combat pour la restauration de leur identité et de leur dignité se résumeront à cette définition laconique: «Le bougnoule, nom masculin apparut en 1890, signifie noir en langue Wolof ( langue du Sénégal).

Donné familièrement par des blancs du Sénégal aux noirs autochtones, ce nom deviendra au 20è siècle une appellation injurieuse donnée par les Européens d’Afrique du Nord aux Nord-Africains. « Synonyme de bicot et de raton ».

Avare de précision, la définition, masque-t-elle gêne, ignorance, indifférence ou volonté d’atténuation? L’expression était-elle vraiment familière? Serait-elle le fruit d’un paternalisme blanc de bon aloi envers de braves noirs «bons sauvages»? Qui sont donc ces Européens qui proféraient de telles appellations injurieuses? Des Suédois insultant des Phéniciens, les ancêtres des Carthaginois? De quelle planète étaient-ils les habitants? En quelle ère de notre Histoire?

Qui sont donc ces Nord-africains à l’identité mal définie qui faisaient -qui font- l’objet d’une telle interpellation? Le dictionnaire (4) qui donnait la définition du Bougnoule date pourtant de 1979, une époque récente de l’histoire contemporaine. Il se gardait bien d’identifier les Maghrébins, 30 ans après l’indépendance de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie, une nouvelle fois englobés dans le même sac de leur ancienne dénomination coloniale.

Treize ans plus tard, en 1996, ce même dictionnaire, cédant sans doute à l’esprit du temps sous l’effet des revendications des mouvements associatifs et des succès remportés par les jeunes générations issues de l’immigration, en donnera une définition laconique en un style télégra-phique qui masquait mal les connexions: «familier, péjoratif, injure raciste/ 2 maghrébins, arabes» sans qu’il soit précisé s’il s’agissait d’injures racistes proférées à l’encontre des Arabes et des Maghrébins ou des injures échangées entre eux par des Arabes et des Maghrébins.

Son évolution sémantique

Un glissement sémantique du terme bougnoule s’opérera au fil du temps pour englober, bien au delà de l’Afrique du Nord, l’ensemble de la France, tous les «arabo-berbères et négro-africains» chers à Senghor, pour finir par s’ancrer dans le tréfonds de la conscience comme la marque indélébile d’un dédain absolu, alors que parallèlement, par extension du terme raton qui lui est synonyme, le langage courant désignait par «ratonnade» une technique de répression policière sanctionnant le délit de faciès. Le sujet demeure largement tabou en France et le problème soigneusement occulté des manuels scolaires et débats publics.

Tel un spasme, il surgit par soubresaut par suite de malencontreuses réminiscences. Craint-elle tant, la France, au point de l’exorciser, l’idée «qu’un sang impur ait abreuvé ses sillons»? Croit-elle vraiment à la réalité d’un «sang impur» si pourtant abondamment sollicité sur les champs de bataille de Champagne-Ardenne, de Bir Hakeim, de Toubrouk, de Coufra et d’ailleurs?

Loin de participer d’une hypermnésie culpabilisante, le débat ne s’en impose pas moins tant sur la contribution des «peuples basanés» à la libération du sol français, que sur leur apport au rayonnement de leur pays d’accueil.

Réalité honteuse longtemps niée et même déniée par une sorte de péché d’orgueil, la perma-nence d’une posture du mépris et de l’irresponsabilité – la singulière «théorie du fusible à la française» – et d’une idéologie proto-fasciste inhérente à un pan de la culture française, finiront par s’imposer dans toute leur cruauté à l’occasion des élections présidentielles de 2002.

Plaçant les Français devant l’infamant dilemme de choisir entre un «escroc» et un «facho» (6), entre un «super menteur» et un «superfacho» (7), deux septuagénaires vétérans politiques de l’époque de la guerre froide occupant le devant de la scène depuis près de quaran-te ans, les deux candidats les plus âgés, les plus fortunés et les plus décriés de la compétition, mutuelle-ment confortés dans une campagne sécuritaire, l’héritier d’un gaullisme dévoyé dans l’affairisme le plus débridé (8) face à l’héritier d’un vichysme sublimé par un ancien tortionnaire de la Guerre d’Algérie.

Le premier, Jacques Chirac, auteur d’une formule chauvine d’une démagogie achevée sur les «bruits et les odeurs» des familles immigrées qui ponctionnent la sécurité sociale par leur prolificité génésique, le second, Jean Marie Le Pen, auteur d’une formule d’une abomination absolue sur le «Durafour crématoire (…) point de détail de l’Histoire».

La France ne saurait être le dépotoir de l’Europe, mais ni les Arabes, pas plus que les Africains ne sauraient être l’exutoire à tous les maux de la société française. L’HISTOIRE est incomplète sans le témoignage des perdants.

La première consultation populaire à l’échelon national du 21è siècle révélera aux Français et au Monde médusés, le délitement moral d’un pays volontiers sentencieux

Et une élite incapable d’assumer au terme d’un pouvoir monopolisé tout au long de la seconde moitié du 20è siècle, au niveau économique, la mutation postindustrielle de la société française, au niveau sociologique, sa mutation postcoloniale, au niveau de son opinion nationale, sa mutation psychologique, signe de l’échec patent de la politique d’intégration de sa composante afro musulmane. (Résumé)

En ces temps là, «la chair à canon» carburait à la gnôle. En guise de commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale (1914-1918). En signe solidarité avec Christine Taubira, grande dame de la justice française, victime d’un méprisable délit de faciès. (Pour les notes voir le lien).

René Naba 22 juillet 2002 .

https://www.renenaba.com/

En Point de Mire

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29 juin 2019 ~ 0 Commentaire

gauche? 1 (npa)

 gauche 2

« La fin d’une époque »

Aors que la crise des années 1930 allait provoquer une croissance des courants du mouvement ouvrier dans toute leur variété (réformistes, staliniens, révolutionnaires, anarchistes), l’inverse se produit aujourd’hui : la crise ouverte en 2008 entraîne dans une spirale dépressive tous les courants de la gauche et du mouvement ouvrier. Cette crise est globale et ne peut être réduite à une crise de direction conjoncturelle. Elle questionne l’existence même de la gauche traditionnelle.

L’histoire de la gauche et du mouvement ouvrier traditionnel est marquée par les flux et reflux.

En France, elle a connu des pics : une mobilisation impressionnante entre 1919 et 1923, au cours de la grève générale de 1936, lors de la Libération dans les années 1944-1947, en Mai 68. Mais elle a également eu des bas : durant la Première Guerre mondiale et, pire, l’occupation nazie. Il faut y ajouter le recul du PCF après le retour de De Gaulle en 1958 et l’effondrement de la SFIO durant la guerre d’Algérie.

De quelle gauche et de quel mouvement ouvrier parle-t-on ?

En France, le mouvement ouvrier est le produit historique de la démocratie petite-bourgeoise et de l’organisation spontanée syndicale et d’entraide ouvrière. C’est à l’extrême gauche du radicalisme jacobin que les premiers porte-parole du Quatrième État, prenant au mot les défenseurs des idéaux de la révolution bourgeoise, dénoncent l’opposition entre, d’une part, le triptyque liberté-égalité-fraternité et, d’autre part, le pouvoir de la bourgeoisie, ces nouveaux privilégiés.

Les premiers balbutiements politiques de la classe ouvrière moderne apparaissent chez Babeuf et certains Enragés de la Révolution française qui se séparent au cours même de la Révolution de la Montagne jacobine.

Mais si le radicalisme petit-bourgeois est le père légitime du mouvement ouvrier politique — sa mère étant l’organisation spontanée syndicale et d’entraide ouvrière —, ce mouvement ne peut prendre son essor qu’en rompant brutalement avec cette parenté.

Les buts du radicalisme petit-bourgeois et du mouvement ouvrier sont en effet incompatibles. Le premier tend à obtenir le maximum d’avantages égaux pour les petits artisans et les entre-preneurs dans le cadre de la société bourgeoise, quand le deuxième remet en cause la propriété privée du capital et des moyens de production.

L’acte de naissance du mouvement ouvrier politique se confond avec l’établissement de la ligne de séparation théorique et pratique d’avec le radicalisme petit-bourgeois. Sociétés secrètes communistes après 1830, luttes du prolétariat en juin 1848, constitution d’associations ouvrières convergent dans l’Association internationale des travailleurs. Cette séparation s’est cristallisée dans la formation de la social-démocratie, des mouvements anarchistes, du syndicalisme indépendant, puis le surgissement des partis communistes et de forces révolutionnaires issues de la Révolution d’octobre.

Cette « séparation » pouvait s’accompagner de convergences « démocratiques » entre le mouvement ouvrier et la gauche républicaine, contre les royalistes, les cléricaux, les fascistes ou les dictatures militaires.

Par exemple, l’alliance entre la gauche républicaine et le mouvement ouvrier socialiste lors de l’affaire Dreyfus est une des illustrations du nécessaire combat démocratique du mouvement ouvrier. Celle-ci n’allait pas de soi, comme l’ont montré les débats entre Jaurès et Guesde.

La remise en cause de l’indépendance du mouvement ouvrier vis-à-vis de l’État et des institutions

Or, cette « séparation » est remise en cause par un double mouvement, interne et externe. D’une part, le mouvement ouvrier connaît un processus de bureaucratisation, c’est-à-dire l’émergence d’une couche de professionnels du syndicat ou du parti qui, progressivement, s’émancipe de sa base sociale, défend ses propres intérêts, et s’intègre dans les rouages et sommets de l’État, de l’économie et de ses institutions.

Chaque processus de ce type a ses spécificités : ainsi, la stalinisation bureaucratique des partis communistes à travers leurs relations à la bureaucratie soviétique. Mais pour revenir à la situation des dirigeants de la gauche officielle, c’est ce processus de bureaucratisation et d’intégration, qui connaît, avec l’économie globalisée, une nouvelle accélération.

L’intégration du mouvement ouvrier se fait dans l’État et ses institutions ainsi qu’à travers une politique d’alliance avec les partis bourgeois. Dès 1899, les socialistes français participent, pour la première fois, à un gouvernement bourgeois avec Millerand.

Au nom de l’Union sacrée durant la guerre de 1914-1918, la social-démocratie prend toute sa part dans la gestion des affaires de la bourgeoisie. La SFIO soutiendra les deux majorités électorales du Cartel des gauches élues en 1924 et 1932 sans participer au gouvernement. Avec Blum, elle théorisera, à défaut de la « conquête du pouvoir », la nécessité de « l’exercice du pouvoir » ou, moins, celui « de l’occupation du gouvernement ».

Les relations du PCF avec le pouvoir et l’État se caractérisent pendant toute une époque par la subordination du parti à la bureaucratie soviétique : pacte Laval-Staline avant le Front populaire, Yalta et statu quo de la guerre froide sous la et la République.

Dans l’histoire du PCF, le Front populaire reste un événement majeur. Or, nous avons là l’exemple d’un moment tactique de lutte sociale et démocratique unitaire transformé par les dirigeants du Front populaire et du PCF en une alliance de pouvoir avec la bourgeoisie dite progressiste, en l’occurrence le Parti radical.

Cette alliance bloque le processus révolutionnaire de juin 1936 et désoriente le mouvement populaire – les conquêtes sociales de juin 36 relevant davantage des rapports de forces de la grève générale que de la politique de Blum.

Cette expérience du Front populaire, relayée par celles du gouvernement d’union nationale de 1944, de l’union de la gauche des années 1970, et de la gauche plurielle des années 1990, dessine une politique d’intégration dans les institutions de la république : municipalités, assemblées, conseils divers, organismes sociaux, même si certaines expériences du communisme municipal, comme la gestion de certaines institutions sociales, ont été le cadre de conquêtes ouvrières et populaires. (Résumé)

François Sabado jeudi 29 janvier 2015

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29 juin 2019 ~ 0 Commentaire

gauche? 2 (npa)

a-gauche-toute-

Du réformisme à la liquidation néolibérale

La remise en cause de cette « indépendance » du mouvement ouvrier au travers d’alliances avec la bourgeoisie ou d’une intégration étatique et para-étatique conduit la gauche et le mouvement ouvrier à rater nombre d’occasions historiques qui auraient permis « d’aller plus loin dans la lutte de classes et les incursions contre le pouvoir capitaliste ».

La combativité et la conscience socialiste s’érodent progressivement et désorientent le monde du travail. Mais, dans le même temps, la dynamique des rapports de forces internationaux combinée à un mouvement ouvrier en expansion permet de consolider une « double fonction » des directions du mouvement ouvrier.

Tout en défendant les intérêts des salariés et des classes populaires, ces directions les subor-donnent à la préservation de leurs intérêts de couche ou d’appareil dirigeant. Ce rapport de forces conduit à un certain équilibre avec les classes dominantes.

La contre-réforme capitaliste néolibérale remet en cause cet équilibre des forces.

Les compromis sociaux des Trente Glorieuses sont progressivement liquidés. Les destructions opérées au cours du siècle ont obscurci l’organisation et la conscience du mouvement ouvrier. Pour des millions d’êtres humains, stalinisme et communisme se confondent.

La préservation de certaines positions politiques et institutionnelles par les appareils syndicaux ou ceux de la gauche a conduit à l’adaptation et à l’intégration néolibérale. En Europe, ces changements sociopolitiques sont accentués par les orientations de l’Union européenne qui exigent l’application d’une austérité brutale. Du Pasok grec au gouvernement Hollande, tous les sommets de la sociale démocratie se sont alignés.

La crise ouverte en 2008 a accéléré ce processus.

Le basculement des centres de gravité de l’économie mondiale vers la Chine et les nouvelles puissances asiatiques, la pression toujours forte de l’impérialisme nord-américain, même si celui-ci connaît une crise de son hégémonie, conduisent les classes dominantes en Europe à redoubler d’efforts pour liquider le « modèle social européen » – ou de ce qu’il en reste – en confiant à la gauche traditionnelle une responsabilité directe dans ce remodelage.

Du coup, les marges pour le réformisme se réduisent considérablement. Cette intégration du mouvement ouvrier traditionnel dans l’application des politiques d’austérité rend inéluctable la rupture des relations et liens de millions de salariés avec la gauche… qui a appliqué avec zèle le programme politique de la droite.

Du coup, le clivage droite-gauche en sort brouillé, et la gauche se voit rejetée comme respon-sable de la situation. L’alliance historique entre la gauche et les classes populaires se défait sous nos yeux. Bien sûr, il s’agit d’une tendance et non d’un processus achevé : toutes les forces de gauche ne sont pas entraînées dans ce mouvement, mais elles ont bien du mal à y résister.

Nous ne pouvons pas non plus écarter des retournements, dans l’hypothèse où des attaques d’une droite et d’une extrême droite présumant de leurs forces iraient « trop loin » et susciteraient une nouvelle dynamique, à gauche. Mais dans l’histoire des rapports entre la gauche traditionnelle et les classes populaires quelque chose de fondamental s’est joué ces dernières années.

La transformation « bourgeoise » de la social-démocratie

La longue durée de la contre-réforme néolibérale et son accélération depuis le début de la crise de 2008 ont entraîné une mutation qualitative de la social-démocratie. Inégale selon les pays, cette transformation provoque une rupture de ses liens avec les travailleurs.

En France, ce n’est pas la première fois que les PS défendent et appliquent des politiques bourgeoises, ou qu’ils participent à des gouvernements bourgeois. Ils se sont même effondrés après la guerre d’Algérie.

Mais ils ont pu reconstruire un nouveau PS au congrès d’Épinay, surfant sur l’après mai 68. Aujourd’hui, après cette longue durée d’intégration dans la contre-réforme libérale, et la descente aux enfers qu’il connaît actuellement, nous ne voyons pas comment le PS pourrait se reconstruire en renouant avec les classes populaires. Car, depuis plusieurs décennies, il n’appli-que pas n’importe quelle politique bourgeoise : il remet en cause tous les équilibres socio-politiques qui permettaient précisément à la social-démocratie cette « double fonction » de défense des salariés et de l’ordre établi.

Cette transformation s’est traduite par une intégration sans précédent des appareils de la social-démocratie dans les sommets de l’État et de l’économie globalisée.

Le Parti socialiste est devenu « de moins en moins ouvrier et de plus en plus bourgeois ». La brutalité des politiques néolibérales endossées par la social-démocratie sape ses bases sociales et politiques. La composition des organes de direction s’est modifiée : les enseignants, les bureaucrates syndicaux, les avocats, (« les bistrotiers », ajoutait Trotski), ont laissé place aux énarques, technocrates et financiers.

Les politiques de l’Union européenne ont sommé les socialistes d’opérer cette mutation qualitative. Les politiques d’« union nationale » qui dominent aujourd’hui en Europe poussent dans le même sens. Il ne s’agit pas d’une énième politique d’austérité appliquée par des gouvernements de gauche : les processus actuels changent la nature de ces partis.

Ajoutons à cela que les tendances autoritaires actuelles des régimes bourgeois et la perte de substance « démocratique, même bourgeoise » des institutions parlementaires conduisent à une rétraction de la base politique des PS.

Sous des formes différentes, les partis socialistes peuvent se transformer en parti du type démocrate à l’américaine. Deviennent-ils pour autant des partis bourgeois comme les autres ? Pas tout à fait, le fonctionnement de l’alternance exige des PS qu’ils marquent leur différence avec les autres partis bourgeois.

Ils ont une histoire spécifique renvoyant à celle du socialisme et du mouvement ouvrier. Il reste, aujourd’hui encore, des traces de cette histoire qui créent autant de contradictions et d’oppo-sitions au sein de ces partis.

La transformation néolibérale de la social-démocratie est bien engagée, mais elle n’est pas suffisante pour un Valls ou un Macron pour lesquels il faut liquider toutes les références sociales-démocrates, « toutes les vieilleries de la gauche ».

Mais constatons que face aux tenants de la marche forcée vers la transformation néolibérale, la politique défendue par Martine Aubry, les « frondeurs » ou les Hamon et Montebourg, qui ont soutenu « le pacte de responsabilité », ne constitue pas une alternative « social-démocrate classique ». Ils participent tous, peu ou prou à la conversion néolibérale du PS. Une conclusion s’impose pour ceux qui refusent vraiment les politiques d’austérité : une indépendance claire et nette vis-à-vis des dirigeants socialistes.

François Sabado jeudi 29 janvier 2015

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27 juin 2019 ~ 0 Commentaire

république (npa)

republique

République et luttes des classes

L’histoire des rapports entre le mouvement ouvrier et la République est tumultueuse. Ils se sont rencontrés, mêlés mais aussi opposés et combattus…

Il y a bien entendu plusieurs définitions de la «  République  ». En France, elle est liée à la Révolution de 1789, au renversement de la monarchie et aux idéaux d’égalité, de fraternité et de liberté. C’est la «  chose publique  », un système politique représentant les citoyens, se présentant comme défendant l’intérêt général et s’incarnant dans un gouvernement, des institutions et un Etat.

Mais elle a aussi constitué depuis plus de deux siècles - avec des interruptions - la forme politique de la domination des classes dominantes, de la construction de l’Etat bourgeois. Cette double dimension a conduit les révolutionnaires non pas à défendre en tout temps et tout lieu la «  République  », mais à définir leur politique en fonction de chaque conjoncture historique et de la dynamique que peut avoir ce mot d’ordre.

Après le renversement de la monarchie

La Révolution française de 1789 a eu une portée universelle. La république lui est historique-ment liée. Durant des décennies, ces idées ont soulevé l’enthousiasme des peuples du monde. Elles ont incarné les droits politiques et civiques mais moins les droits sociaux au travail, à l’éducation, à l’existence.

Plus, malgré des luttes acharnées, en particulier celle de Robespierre, le droit d’existence n’a pas pu prévaloir sur le droit de propriété. Son histoire est aussi marquée par des « exclusives » :  le suffrage censitaire – qui prive du droit de vote les classes populaires, celles qui ne paient pas l’impôt , le maintien de l’esclavage des peuples colonisés jusqu’en 1848, où il est aboli par la Deuxième République, et le refus du vote pour les femmes jusqu’en 1946.

Clémenceau voulait «  qu’on prenne la révolution française comme un bloc  ». On nous présente aussi la République comme un bloc. Ses origines comme son histoire prouvent que ce bloc n’est pas compact, ni homogène  : les poussées républicaines-révolutionnaires de 1789, 1793, février 1848, ne peuvent être confondues avec Thermidor et les massacres de Juin 1848, tout cela au nom de la République  !

Dans d’autres pays, comme aux Etats-Unis d’Amérique, la République n’a pas la portée subversive, antimonarchique, qu’elle a en France. En Turquie, la République de Mustapha Kemal est ultra laïque mais pas démocratique. De même, nombre de dictatures en Amérique latine se sont parées des habits de la république. La république, comme d’autres formes politiques, exige donc l’analyse concrète d’une situation concrète.

République «  tout court  » ou république sociale  ?

La référence à la République a aussi servi de point de ralliement aux mouvements populaires, non seulement en France mais aussi dans d’autres pays d’Europe. De grands soulèvements révolutionnaires contre la monarchie, le racisme ou la dictature ont été marqués du sceau républicain.

Les journées de 1793, de 1830, de 1848, l’expérience fondatrice de la Commune de Paris en 1871, les mobilisations antifascistes en 1934-1936 en France ou en 1936-1939 en Espagne contre Franco, la résistance contre l’occupant nazi en 1940-44… Autant de guerres et de crises révolutionnaires où le ressort républicain a combiné les aspirations à la souveraineté populaire, aux libertés démocratiques et à l’égalité sociale.

Mais «  la République  » confond aussi les aspirations démocratiques et les institutions qui forment l’Etat bourgeois, et peut s’avérer un terrible piège pour le mouvement ouvrier. La révolution de 1848 a incarné la rupture entre deux conceptions de la république.

En février 1848, les insurgés parisiens combattent au nom de la « république sociale » et du «droit  du travail ». En juin 1848, les ouvriers parisiens sont massacrés, toujours au nom de la    « république  », celle de la « république des propriétaires ».

La bourgeoisie se sert de la forme politico-étatique de la république pour écraser le mouvement ouvrier. Marx en tire les leçons  : «La bourgeoisie n’a pas de roi, la forme de son règne est la République ».

La référence à la «  république tout court  » sera, plus tard, le terrain de toute la politique d’Union sacrée qui réunit les représentants des classes dominantes et ceux du mouvement ouvrier réformiste.

C’est au nom de la république et de la civilisation qu’ont été poursuivies les expéditions coloniales contre les peuples d’Afrique du Nord, d’Afrique noire et d’Indochine. C’est au nom de la république qu’a été conduite une politique de répression et d’assimilation forcée de ces peuples. Et les «  valeurs républicaines  » n’ont pas évité à la France la vague de nationalisme et de racisme qui a submergé l’Europe à partir de la fin du 19è  siècle.

C’est en son nom que les écoles républicaines ont préparé les consciences à la «  revanche  » contre l’Allemagne. C’est en son nom que se déchaînent les boucheries de la Première Guerre mondiale.

République et collaboration de classes

C’est aussi au nom de la république qu’ont été approuvées nombre de politiques de collabo-ration de classes. Des premières expériences de «  ministérialisme  », avec la participation d’un ministre socialiste, Millerand, à un gouvernements bourgeois au début du 20è siècle, à la reconstruction de l’Etat bourgeois en 1944-1945 sous la houlette du général De Gaulle, en passant par le Front populaire qui canalisa la force de la grève générale dans l’alliance avec le Parti radical, c’est à chaque fois la référence à la République identifiée aux institutions de l’Etat bourgeois démocratique qui désarma le mouvement social.

La république, comme forme politique, n’est jamais neutre. Elle est intrinsèquement liée à l’Etat, et à la classe qui domine cet Etat.

La république, comme forme politique et étatique construite depuis plus d’un siècle en France, n’est pas une forme politique indifférenciée qui se remplirait d’un contenu social donné, bourgeois ou prolétarien, selon les rapports de forces. L’Etat est au service des classes dominantes.

Cette ambivalence, ou ambiguïté fondamentale de la République, nous conduit à rejeter toute idée d’alliance ou de mouvement ou de front républicain avec la bourgeoisie. Cette question est toujours d’actualité, car c’est la politique proposée par d’importants secteurs de la gauche traditionnelle pour combattre le Front national.

Or, face au fascisme, il faut opposer la mobilisation unitaire de tous les travailleurs et de leurs organisations, et non pas une alliance ou un front républicain qui subordonne la gauche à des accords avec la bourgeoisie.

Et la 6è République  ?

La situation de crise politique en France et en Europe peut en effet poser, de manière centrale, des questions démocratiques, conjuguées à celles de la lutte contre l’austérité. Mais la dynamique de la lutte de classes épouse-t-elle aujourd’hui les formes républicaines du siècle dernier  ? Une chose sont les meetings électoraux, autre chose est un programme ou une revendication dont les classes populaires s’emparent pour résister à la crise.

La rupture avec les institutions de la Ve République et l’ouverture d’un processus constituant, pour une vraie démocratie, impliquent une refonte totale du système avec des assemblées souveraines élues au suffrage universel et à la proportionnelle.

Le rôle des anticapitalistes consiste à s’appuyer sur ce processus pour favoriser le mouvement d’en bas, les formes de pouvoir populaire. Ainsi, ces assemblées nationales élues doivent s’appuyer sur des assemblées locales dans les communes, dans les entreprises, sur un processus d’auto-organisation et d’autogestion qui donne le pouvoir au peuple.

République et socialisme

Il n’y a pas de continuité entre république et socialisme  : entre les deux, il y a des cassures, des discontinuités, en particulier dans la destruction de la vieille machine d’Etat. Affirmer une continuité entre la république et le socialisme, c’est ne plus penser la rupture qui pose la question de nouvelles formes d’autogouvernement ou d’autogestion sociale.

Mais le centre de gravité des révolutions, ce ne sont pas les urnes, c’est, d’une part, «  l’irruption des masses sur la scène sociale et politique  » et d’autre part, la remise en cause du pouvoir des classes dominantes.

Les révolutions créent, par leur propre dynamique, de nouvelles architectures de pouvoir économique, social et politique. Historiquement, la république, comme continuité institutionnelle, a souvent été un barrage pour ces nouvelles formes politiques. La révolution doit alors la dépasser. (Résumé)

lundi 8 février 2016  François Sabado
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L’idéologie républicaine et le spectre de la révolution

Extrait de textes de Daniel Bensaïd sur la république

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27 juin 2019 ~ 0 Commentaire

révolution ( marxiste)

leon t

La théorie de la révolution permanente

Dans les années précédant la révolution de 1917, la question de la nature de la future révolution russe était vivement débattue au sein du Parti social-démocrate russe (POSDR). Les divergen-ces portaient sur le rôle que la classe ouvrière serait appelée à jouer.

La théorie de « la révolution permanente », élaborée par Léon Trotsky dès 1904, était une anticipation brillante du processus réel qui s’est déroulé en Russie – d’abord lors de la révolution de 1905, puis surtout lors de la révolution de 1917. Depuis, cette théorie est l’une des pierres angulaires du marxisme.

La théorie des étapes

Le cours général de l’histoire de la plupart des pays capitalistes industrialisés nous permet de diviser leur évolution en un certain nombre d’étapes historiques successives. La classe capitaliste a pris forme graduellement, dans le cadre du système féodal, jusqu’au stade où elle ne pouvait plus progresser sans détruire l’ordre féodal lui-même. C’est ce qui a déterminé la longue série de révolutions bourgeoises qui se sont déroulées, en Europe, entre le 17è et le 19è siècle.

Ces révolutions répondaient au besoin de « libérer » la main-d’œuvre rurale du servage pour la mettre à la disposition de la classe capitaliste, sous la forme de travailleurs salariés et de créer, à la place des économies locales et fragmentées de l’Ancien régime, des Etats et des marchés véritablement nationaux, dotés de lois conformes aux intérêts de la classe capitaliste, ainsi que des monnaies et des langues communes.

Telles étaient les tâches fondamentales des révolutions bourgeoises qui se sont déroulées en Grande-Bretagne en 1642-1651 et, en Europe continentale, entre le début de la Révolution française (1789) et la fin du 19è siècle.

Au début du 20è siècle, la quasi-totalité des dirigeants de l’Internationale Socialiste considéraient que la Russie – et, en général, les pays tardivement industrialisés – devait suivre une évolution semblable aux pays européens, avec un train de retard. La Russie, pensaient-ils, se dirigeait vers une révolution bourgeoise « classique », qui transférerait le pouvoir entre les mains de la bourgeoisie.

Selon ce schéma, la classe ouvrière russe ne pourrait envisager de conquérir le pouvoir que plusieurs décennies plus tard, lorsque les rapports de production capitalistes et la démocratie bourgeoise se seraient pleinement développés.

La position de Trotsky

Le jeune Trotsky rejetait ce point de vue. Procédant d’une analyse des rapports entre les classes sociales, il soutenait qu’au lieu de suivre le schéma classique qu’avaient connu la Grande-Bretagne ou la France, la Russie évoluait d’une façon particulière.

Le rôle de l’impérialisme interdisait à un pays comme la Russie de suivre, étape par étape, l’évolution qu’avait connue l’Europe occidentale. En effet, dans sa quête de nouveaux marchés, le capitalisme des pays les plus avancés s’installait dans les pays moins développés, comme la Russie. Ce faisant, il modifiait profondément la structure de classe de ces sociétés.

En Russie, les formes de production les plus modernes, grandes usines, technologie industrielle, etc ont été introduites de l’extérieur par le capitalisme étranger et se sont greffées sur les formes de production pré-capitalistes.

A côté des rapports sociaux primitifs et féodaux, une classe capitaliste et un salariat modernes émergeaient, comme ceux qui existaient dans les pays industrialisés d’Europe occidentale. Cependant, la bourgeoisie nationale était beaucoup trop faible pour prétendre jouer un rôle indépendant. Elle craignait la révolution qu’elle sentait venir.

Après la frayeur que lui avait causée la révolution de 1905, elle se jeta dans les bras du régime tsariste, dans l’espoir de prévenir une nouvelle révolution. Les capitalistes russes devaient faire face à l’émergence du mouvement ouvrier non pas après, mais avant l’accomplissement de la révolution bourgeoise.

La théorie de la révolution permanente était une perspective, une tentative de prévoir, dans ses grandes lignes, le développement de la révolution russe. Même si on admettait que les tâches révolutionnaires qui se posaient, en Russie, étaient celles de la révolution bourgeoise, la bourgeoisie était trop faible pour les accomplir.

En conséquence, il n’y avait qu’une seule classe qui, en s’emparant du pouvoir, serait capable de supprimer les vestiges du système féodal, de rendre la terre aux paysans, de libérer le pays de l’impérialisme et de mettre fin à l’oppression nationale : c’était la classe du salariat urbain, en alliance avec la paysannerie pauvre.

Une fois au pouvoir, expliquait Trotsky, le salariat ne saurait se limiter à des mesures dans le cadre du capitalisme, mais prendrait des mesures de type socialiste, telles que l’expropriation des capitalistes étrangers et nationaux. Par ailleurs, dans les limites d’un seul pays, le nouveau pouvoir ne pourra pas résoudre les problèmes auxquels il se trouvera confronté.

La révolution devra nécessairement se développer au-delà des frontières nationales, et notamment dans les pays les plus industrialisés. La révolution commence dans le cadre d’un seul pays, mais ne peut aboutir qu’en devenant internationale. D’où la « permanence » de la révolution. (Résumé)

26 juin 2019

https://www.marxiste.org/

Lire aussi:

Trois conceptions de la révolution russe.

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26 juin 2019 ~ 0 Commentaire

ernest mandel (lcr.be)

mandel

Ernest Mandel Nationalité et lutte de classe en Belgique (1958 1973)

Les marxistes francophones en Belgique seront peut-être surpris : le dirigeant trotskiste Ernest Mandel (1923-1995) était un flamingant, et cela dans le sens originel et objectif du terme: quelqu’un qui, selon le Petit Robert, « prône en matière politique, culturelle et linguistique la limitation de l’influence de la minorité francophone ».

Et, plus exactement, quelqu’un qui prend la défense des aspirations légitimes des Flamands, longtemps bafoués par la bourgeoisie et l’establishment politique belges.

Un militant flamingant

Ernest Mandel ne s’est pas circonscrit au flamingantisme : il montre un effort théorique et pratique pour intégrer la question nationale flamande et la lutte du mouvement wallon dans une stratégie anticapitaliste. Mandel a été, au sein de la gauche en Belgique, le seul à le faire, enrichissant ainsi le marxisme révolutionnaire car la question nationale a donné et donne toujours du fil à retordre au mouvement socialiste.

Dans deux articles Ernest Mandel jeune (il venait de fêter son 16e anniversaire en 1939),  défend, en tant que militant du Parti Révolutionnaire Socialiste d’Anvers, les aspirations flamandes, aspirations qui concerneront Mandel sa vie durant.

Dans un de ces articles, Mandel prend la défense d’un certain Dr. Martens, un « activiste », c’est-à-dire quelqu’un, qui pendant l’occupation de 14-18, entendait profiter de la prétendue politique pro-flamande de l’occupant (la Flamenpolitik) pour promouvoir l’émancipation culturelle et politique des Flamands.

De retour d’exil aux Pays-Bas, Martens fut élu à la nouvelle Académie de Médecine Flamande, soulevant un tollé du côté des « patriotes » tant de droite que de gauche. Le jeune Mandel explique que, au regard de la légitimité des aspirations flamandes, on ne peut, d’un point de vue marxiste, accuser ce médecin flamingant d’être traitre à la patrie, la « patrie » étant bourgeoise.

La formation sociale belge

Le recueil présente une analyse de la formation sociale de la Belgique, État né en 1830, dominé par une infime minorité bourgeoise et aristocratique de culture française, et qui, contrairement à la politique linguistique jacobine française, n’interdisait pas les parlers régionaux.

Rien ne fut toutefois fait pour donner à la majorité de la population du nord la possibilité de s’instruire, ni en rendant possible l’apprentissage du français et moins encore en créant des écoles secondaires ou universitaires de langue flamande. La Flandre devint ainsi économiquement et culturellement la partie sous-développée et méprisée du pays.

Le mouvement flamand né vers 1840, était dirigé principalement par la petite bourgeoisie dans ses différentes composantes idéologiques. À l’origine favorable à l’existence de la Belgique en tant que nation, il redoutait une possible annexion par la France qui aurait eu des conséquences plus néfastes encore pour les Flamands.

Ce n’est que plus tard, après que le mouvement socialiste a refusé de prendre une position claire et univoque sur la question flamande, que le mouvement tombe sous l’influence du bas-clergé, puis, après la Grande Guerre, sous celle des nationalistes flamands et de l’extrême-droite.

Mandel n’hésite pas à souligner la responsabilité du mouvement ouvrier socialiste dans cette dérive du mouvement flamand. Remarquons aussi que la naissance du mouvement ouvrier chrétien, majoritaire en Flandre et à l’origine antisocialiste, a été également favorisée par l’attitude des socialistes partageant l’anticléricalisme libéral à l’encontre du flamingantisme.

Le refus du bilinguisme en Wallonie par les francophones et une partie du mouvement ouvrier wallon, qui cependant exigeaient le maintien du bilinguisme en Flandre, a finalement contribué au développement anti-belge du mouvement flamand.

Invoquant la thèse du « développement inégal et combiné » Mandel démontre que, lorsqu’une oppression nationale va de pair avec un développement économique inégal, la formation d’une nation (belge dans notre cas) devint problématique.

Fédéralisme socialiste ou fédéralisme capitaliste ?

Le fédéralisme envisagé par Mandel devait être un fédéralisme imposé par le mouvement ouvrier par la lutte anticapitaliste, cela dans la tradition du « programme de transition », stratégie développée par Trotski en 1938 à la fondation de la Quatrième Internationale.

La démocratie et le socialisme comme rêve positif

Dans son approche de la question nationale en Belgique Mandel affiche une attitude des plus démocratiques. Il rejette l’idée nationaliste flamande qui considérait (et considère toujours) Bruxelles comme une ville flamande, bien que la grande majorité y soit aujourd’hui francophone. On ne peut imposer à la population de devenir flamande et de parler le néerlandais..

Quelle unité du mouvement ouvrier?

La Flandre et la Wallonie deviennent des régions qui se connaissent de moins en moins. Les télévisions francophones ne nous apprennent peu ou rien sur ce qui se passe en Flandre et vice-versa. Seuls des mouvements contre les politiques libérales, comme celui de décembre 2014, parviennent à unifier sporadiquement les travailleurs Flamands et Wallons, chrétiens et socialistes.

L’unité du mouvement ouvrier en Belgique est une nécessité absolue, non pour promouvoir une Belgique capitaliste et monarchique ou même seulement unitaire, mais pour se défendre contre les attaques néolibérales qui profitent de la division du pays pour manipuler et insuffler des réactions nationalistes comme en Flandre.  En Wallonie le Parti Socialiste invoque l’unité belge au nom de la défense de la sécurité sociale unitaire, mais poursuit en réalité une politique d’austérité aux dépens des acquis des travailleurs.

La question d’une riposte unitaire des deux communautés, est aujourd’hui le problème crucial du mouvement ouvrier en Belgique. La disparition du mouvement national Wallon, dont la base était prolétaire, complique les choses. La Wallonie actuelle vit sous la houlette d’une social-démocratie devenue purement social-libérale et belgiciste, même si, ci et là, des syndicalistes s’interrogent sur l’opportunité de se détacher politiquement du PS social-libéral.

La gauche radicale flamande doit formuler une réponse politique à ces problèmes nés de la question des nationalités en Belgique. Ce n’est que récemment, et encore avec beaucoup de retenue, que la gauche radicale a rejeté le caractère monarchique de l’État, alors même que l’extrême droite se prononce franchement pour une république.

On laisse ainsi une revendication juste entre les mains d’une droite des plus dangereuses. Prétendre qu’on s’occupera plus tard de cette question, une fois le capital belge vaincu, fait preuve d’une attitude ouvriériste qui esquive un problème politique partie intégrante de la Belgique institutionnelle. La gauche en Belgique, a des racines matérielles et idéologiques profondes dans la Belgique unitaire, bourgeoise et monarchique. Il n’est pas facile de s’en détacher.

La Belgique d’aujourd’hui n’est, bien entendu, pas celle d’Ernest Mandel, mais l’approche méthodique de ce Belge, Flamand polyglotte, internationaliste et marxiste, lie la lutte de classe, le droit des nations à disposer d’elles-mêmes et la démocratie sociale et c’es toujours valable.

Ernest Mandel – Nationalité et lutte de classe en Belgique 1958 – 1973

Hendrik Patroons

https://www.iire.org/

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25 juin 2019 ~ 0 Commentaire

af212 (france info)

Vol AF212 : un crash classé secret défense depuis cinquante ans

Le 3 décembre 1969, un Boeing Air France s’est abimé en mer, ne laissant aucun survivant. L’enquête sur le crash de cet avion, reliant Caracas (Venezuela) à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), n’a jamais été résolue.

Le passé et les interrogations lui reviennent inlassablement en mémoire quand il remonte les allées du cimetière du François, en Martinique. Jean-Yves Banidol a perdu son père dans le crash de l’avion d’Air France, l’AF212. Presque 50 ans après, il ne connait toujours pas les circonstances du drame. Le 3 décembre 1969, le Boeing d’Air France quitte le Venezuela pour la Guadeloupe. Moins de deux minutes après son décollage, l’appareil s’abîme en mer avec à son bord 62 personnes. Il n’y a aucun survivant.

La présence d’explosifs à bord de l’avion ?

À l’époque, les médias s’interrogent sur les éventuelles causes du crash, comme l’explosion criminelle. Dans deux rapports rédigés après le crash, l’inspection générale de l’Aviation civile évoque la présence d’explosifs à bord de l’avion. Ces deux rapports sont classés secret défense pour dix années encore.

Parmi les passagers, deux noms retiennent l’attention :

Euvremont Gene, le secrétaire général du PC guadeloupéen, et Dolor Banidol, membre du bureau politique du PC martiniquais. Tous deux revenaient d’un congrès du PC à Santiago, au Chili. Ils auraient pu être visés.

Pour leurs camarades, s’ils ont disparu, c’est parce que leur proximité avec des indépendan-tistes antillais dérangeait. Pour obtenir la déclassification des documents, plusieurs familles de victimes ont écrit à Emmanuel Macron au printemps. Elles attendent la réponse.

25/06/2019

https://www.francetvinfo.fr/

GRS guad

DOLOR BANIDOL, ÉVREMOND GÈNE

ET 60 PERSONNES, DÉLIBÉREMMENT TUÉS

Une série de 3 articles de 2minutes 30 de Guadeloupe la première au journal télévisé ont porté à la connaissance du public une affaire resté bien enfouie depuis 50 ans ; le crash le 3 décembre 1969 d’un vol Air France venant du Vénézuéla.  Martinique la première n’a passé que l’émission concernant la Martinique le 9 juin dernier, ce qui ne permettait pas de comprendre tout l’enjeu de cette affreuse tragédie.

Ce jour du 3 décembre 1969, 62 passagers et personnel d’équipage, venant du Chili, transitant au Vénézuela pour se rendre à Pointe à Pitre, meurent en mer. Il avait été doucement dit à l’époque que tout cela paraissait trouble mais les dénégations n’étaient restées finalement qu’à ce seul stade.

Quand on reprenait la liste des passagers, il n’y avait pas de personnalités attirant l’attention médiatique. On y relevait cependant deux membres des partis communistes : l’un secrétaire général du PC Guadeloupéen (Évremond Gène), l’autre membre de la direction du PC Martiniquais (Dolor Banidol, ex ouvrier agricole, petit planteur et syndicaliste). Deux partis absolument hostiles à l’indépendance des Antilles francophones et opposés au guévarisme né de la révolution cubaine.

Le drame ne cessait cependant de tourmenter les parents des victimes ( dont ceux aussi du personnel de bord) qui re-collationnaient les traces des éléments qu’on leur donnait ou qui leur revenaient au fil des années. D’abord Air France a envoyé un télégramme aux familles des pilotes décédées en parlant d’une explosion à bord en plein vol.

Quelques mois plus tard, Air France a parlé d’une erreur de pilotage, ce qui revenait à mettre en cause l’équipage. Enfin surtout, on mit devant les demandes des enfants des victimes, le dossier en secret défense, ce qui ramène cette affaire à ne pouvoir être connue qu’après le 3 décembre 2029, soit 60 ans plus tard. Mais la persévérance s’est maintenue chez certains d’entre eux, dont un pilote expérimenté d’Air France et syndicaliste qui ne satisfaisait point de la mise en cause de ses collègues du vol AF du 3 décembre 1969 Santiago-Lima-Caracas-Pointe à Pitre-Paris.

Quelques années plus tard, une fuite du dossier défense permit de savoir que l’enquête avait établi qu’il y avait eu pose de bombes sous certains sièges. En 1969, Nixon était président des U.S.A, à 3 mois de l’élection possible de Salvador Allende (ami de Fidel Castro) au Chili. Il était donc possible que le voyage de ces deux communistes, invités à un congrès au Chili, ait pu être le motif de l’explosion. Le gouvernement Pompidou permit de mettre le dossier et l’avancée de l’investigation en secret-défense.

D’autres éléments ont fuité et permettent aujourd’hui d’exiger la levée de ce secret défense qui a tout l’aspect d’un affreux crime. L’ancien secrétaire général du PC Martiniquais, déclare qu’il lui avait été demandé (tout comme au représentant du PCF) de ne pas se rendre à ce voyage pour raison de sécurité.

Pourquoi Gène de la Guadeloupe ne l’a pas imité, pourquoi avoir pensé qu’il n’y avait pas danger pour Banidol ? La demande de la levée du secret défense, la nécessité de connaître toute la vérité, le deuil des onze enfants de Banidol et de celui de toutes les victimes méritent que nous joignons nos voix aux leurs.

Gilbert Pago.(Nos camarades antillais)

 

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25 juin 2019 ~ 0 Commentaire

république 1 (npa)

marianne

L’idéologie républicaine et le spectre de la Révolution

Un retour sur l’émergence de l’idéologie républicaine en France peut permettre d’y voir plus clair, notamment quant aux illusions qu’elle continue de semer.

Le mot de « république » peut être compris en un sens faible ou fort, comme type de régime politique ou comme idéal associé à ce régime. Mais selon la situation historique dans laquelle on se trouve, cet idéal républicain a pu prendre une variété de significations politiques.

Des aspirations progressistes à voir advenir une « république sociale », plus ou moins en rupture avec l’ordre capitaliste, jusqu’aux justifications du colonialisme, par référence à l’universalité prétendue des valeurs « républicaines », qu’il s’agirait donc d’exporter y compris contre les peuples, en passant par les appels – en période de soulèvement populaire – à rétablir la légalité « républicaine ».

Et d’un pays à l’autre, cet idéal prend à l’évidence un sens encore plus diversifié.

Mais s’il est un point commun entre ces différentes significations attribuées à l’idéal républicain, du moins tel qu’il s’est affirmé en France à partir de la séquence révolutionnaire de 1789-1794, c’est qu’elles ont pour fonction d’exorciser le spectre de la révolution. Il faut toujours revenir sur le terrain institutionnel. Contre toute velléité manifestée par les dominé-e-s (classes populaires, peuples colonisés, etc.) de secouer le joug de l’exploitation et de l’oppression par leur activité politique autonome.

Née de la Révolution, et plus précisément de l’insurrection antimonarchique de l’été 1792, la République en est rapidement devenue la « sœur ennemie » (pour reprendre une formule de Daniel Bensaïd). C’est pourquoi, en France, on ne saurait saisir le sens politique de l’idéologie républicaine sans traiter des expériences révolutionnaires, au moins de 1789 à la Commune de Paris.

Révolution française et République

Il est bien connu que ce n’est pas l’idéal républicain qui fut au principe de ce formidable bouillonnement populaire qu’a été la Révolution française. Les facteurs politiques ont bien eu une importance décisive parmi les membres de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, exaspérés par la domination politique de l’aristocratie.

Mais ce sont les motifs économiques qui ont dominé parmi les masses populaires, urbaines et rurales. Or, si la Révolution française a bien été bourgeoise dans ses forces directrices et ses conséquences, elle a pris un tour nettement populaire à mesure qu’elle s’approfondissait.

Dès lors qu’il fallait balayer une aristocratie décidée à ne rien lâcher de ses privilèges et de son pouvoir, la bourgeoisie révolutionnaire a dû solliciter la participation active du petit peuple, qui a fini par prendre au mot les grandes déclarations de 1789 et à entrer en lutte pour défendre ses intérêts propres.

Or, comme insiste Daniel Guérin, c’est l’exigence du « pain quotidien » qui a amené les classes populaires à intervenir directement sur la scène politique et sociale en plusieurs moments décisifs. Portées bien au-delà de leurs aspirations initiales par la « force des choses » (comme disait Saint-Just), ce sont les classes populaires qui sont parvenues, au terme d’un processus particulièrement chaotique, à renverser la monarchie et à établir la République.

Ce qui excédait toute espérance raisonnable quelques années auparavant est alors devenu possible, précisément par l’action tumultueuse des plus larges masses, au moment où la Révolution et ses fragiles réalisations se trouvaient menacées par une conspiration, ourdie par les nostalgiques de l’Ancien régime et les puissances monarchiques coalisées.

Les aristocraties européennes aspiraient en effet à mettre fin à ce soulèvement révolutionnaire qui, par l’écho qu’il avait trouvé bien au-delà du territoire français (jusqu’à Saint-Domingue, où eut lieu la première révolte moderne d’esclaves en 1791), brisait l’évidence de leur domination et annonçait un monde nouveau.

A ce complot, et dans un contexte où venait d’être proclamée « la patrie en danger », les Fédéré et les sans-culotte parisiens, organisés dans 48 sections et dans le cadre de la Commune insurrectionnelle de Paris, répondirent en organisant, le 10 août 1792, la prise du palais des Tuileries, où résidait le roi et sa famille, en mettant à bas les derniers vestiges institutionnels de l’Ancien régime, et en installant ce qui devait devenir la Première République.

Mais à peine conquise contre les résistances de l’aristocratie et les bourgeois timorés qui s’accrochaient à l’espoir illusoire d’une monarchie « constitutionnelle », la République fut utilisée par une partie de la bourgeoisie, qui s’était ralliée à la Révolution en 1789, pour en appeler à une suspension du processus révolutionnaire.

Se retrouvant notamment dans le « parti » girondin, cette fraction de la bourgeoisie percevait tout le péril que recelait, pour elle et son pouvoir naissant, cette phase ascendante de la Révolution. Avec l’approfondissement de la crise économique et la menace de la disette, le sentiment se diffusait au sein du peuple que les promesses de 1789 n’avaient pas été tenues, et que les seuls à avoir tiré partie de l’abolition prétendue des privilèges étaient les « agioteurs » et les « accapareurs » (c’est-à-dire les spéculateurs dans le langage de l’époque).

Ainsi se multiplièrent les mouvements populaires revendiquant des mesures énergiques pour assurer le droit à l’existence de tous, sans lequel les libertés conquises en 1789 n’étaient que mots d’esprit.

Produit de la Révolution, l’idéal républicain changea donc rapidement de sens, à mesure que s’aiguisait la lutte entre des classes qui, auparavant unies pour faire front contre l’aristocratie, se trouvaient à présent aux prises pour définir la direction du processus révolutionnaire.

Fallait-il terminer la révolution, en sanctuarisant ses conquêtes (qui faisaient place nette pour le développement du capitalisme), ou la continuer en prenant au mot les idéaux révolutionnaires ? Suffisait-il de détrôner le roi pour faire advenir ce monde nouveau promis par les grandes proclamations révolutionnaires ?

Le droit de propriété devait-il primer sur le droit à l’existence ?

Ugo Palheta Mercredi 30 octobre 2013

https://npa2009.org/

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25 juin 2019 ~ 0 Commentaire

république 2 (npa)

casque

Double visage

Contre les tentatives encore maladroites des sans-culotte parisiens de poser en pratique ce qu’on appellerait plus tard la « question sociale », la République devint rapidement le nom du régime qui devait permettre à la bourgeoisie d’obtenir une forme de concorde nationale sous sa domination, et d’en finir ainsi avec l’action révolutionnaire des classes populaires.

Et à mesure que la Révolution s’engageait dans une phase descendante, les « partis » qui posait la question du droit à l’existence furent éliminés : tout d’abord les Enragés (présents et souvent reconnus dans les sections parisiennes), les hébertistes (bien représentés dans la Commune de Paris), les robespierristes (qui avaient mené eux-mêmes la répression des premiers alors qu’ils dominaient le Comité de Salut Public).

Les partisants de Baboeuf, de loin les plus conséquents dans leur remise cause de la propriété, arrêtés en mai 1796 alors qu’ils préparaient une insurrection et condamnés à mort en 1797.

1848 et la Commune : le double visage de l’idéal républicain

Contrairement à cette volonté de concorde nationale, manifeste dans l’idéologie républicaine et encore partagée par tous ceux qui s’en réclament aujourd’hui, l’installation d’un régime républicain impliqua, en chaque cas (1792, 1848, 1870), une radicalisation de la lutte entre bourgeoisie et classes populaires, et l’élimination des groupes les plus résolus à contester l’emprise du capital sur l’ensemble de la société, emprise naissante au moment de la Révolution française mais croissante tout au long du 19è siècle.

Il est en effet frappant de constater que chacune de ces républiques n’a pu s’installer véritablement qu’au terme d’une lutte à mort engagée avec les classes populaires.

Après un moment d’effervescence politique, permettant de rompre en 1792 avec le règne des Bourbons, en 1848 avec la monarchie de juillet et en 1870 avec le Second Empire, la nouvelle classe dirigeante entreprit de briser la révolte populaire qui prétendait ne pas s’arrêter au simple remplacement d’un personnel dirigeant par un autre. A l’illusion d’unanimité nationale succéda, dans chacune de ces situations historiques, la marginalisation politique des aspirations populaires et l’élimination physique des partis qui les portaient.

En 1870 comme en 1848 et en 1792, l’affirmation du régime républicain en France déplaça le conflit, qui ne portait plus que marginalement sur la forme politique de la domination de classe (république contre monarchie, république ou empire), mais sur la question sociale, c’est-à-dire sur le partage des richesses et du pouvoir.

On se souvient du mot de Thiers, selon lequel « la république est le gouvernement qui nous divise le moins », le « nous » désignant les différentes fractions de la classe dominante, qui se trouvaient dès lors contraintes de trouver entre elles des compromis, dans le cadre d’un même régime politique. Mais c’était oublier que l’unification partielle de ces fractions impliquait la rupture de l’alliance passée, aussi bien en 1792 qu’en février 1848 et septembre 1870, entre la bourgeoisie républicaine et les classes populaires.

Aussi bien dans la répression violente des mouvements populaires sous la Révolution française, qu’en juin 1848 ou en mai 1871, ce n’est plus le conflit entre les différentes fractions de la classe dominante qui se joue, mais celui entre la classe dominante en tant que telle et les classes populaires, avec un degré d’intensité de plus en plus fort.

Car avec le développement de l’industrie moderne, l’accroissement de la concentration capitaliste et l’affaiblissement des petits propriétaires, se sont développé aussi bien la classe ouvrière au sens de Marx, une classe dépossédée des moyens de production, qu’un mouvement socialiste, revendiquant la socialisation des moyens de production.

La fondation en 1864 de l’Association internationale des travailleurs (la Première Internationale), est ainsi le produit non seulement du développement numérique de la classe ouvrière, mais aussi d’un foisonnement des doctrines socialistes à partir des années 1830 et de la multiplication des organisations populaires (sociétés de secours mutuel, syndicats, etc.).

De sorte que, si les révoltes populaires de juin 1848 et mars 1871 mêlent encore de nombreux petits propriétaires (artisans, commerçants) à la masse des travailleurs salariés, elles posent la question sociale d’une manière de plus en plus conséquente, mettant au centre de leurs action et revendications la question de la propriété.

Si les sans-culottes de 1793 se contentaient d’affirmer le « droit à l’existence », sans poser la question de l’organisation de la production et généralement sans remettre en cause en elle-même la propriété privée (foncière ou mobilière), les insurgés de 1848 en viennent à revendiquer le « droit au travail » (ce qui pose la question du pouvoir patronal).

Les communards iront plus loin puisque, nourris par la pensée de Proudhon (« la propriété c’est le vol ») et, pour une minorité d’entre eux, par celle de Marx (Le Capital restait largement méconnu en France en 1871), ils chercheront à mettre en place une société de producteurs associés, libérée de la propriété capitaliste et de l’Etat bourgeois.

On comprend donc que plus s’affinait et se diffusait la critique socialiste du capitalisme, plus devait être brutale la répression des mouvements populaires qui traduisaient dans l’action cette critique et l’aspiration à une autre société.

Or la 3è République – qui se maintint jusqu’en 1940 – s’est érigée sur les cadavres des 30 000 communards massacrés durant la « Semaine sanglante » (sans même parler du système colonial instauré et maintenu par les républicains vénérés par les dirigeants contemporains : Jules Ferry, Georges Clémenceau, etc.).

Ce péché originel n’a rien d’anodin ou d’accidentel, car il renvoie à des dimensions structurantes de l’idéologie républicaine, frontalement contredites par la Commune de Paris : la défense de la propriété privée, l’éloge de la démocratie représentative, le culte de la nation, et l’illusion d’un Etat indépendant des classes et de leurs luttes.

Leur République et la nôtre

L’idéal républicain, dont la signification va bien au-delà de la simple forme du régime politique et des institutions, est historiquement un produit de la « victoire défaite » de la Révolution française (pour reprendre, là encore, les mots de Bensaïd).

En effet, si la République est née, pour la première fois en France, de l’accélération révolution-naire de l’été 1792, elle-même portée par l’auto-organisation des sans-culotte parisiens, l’idéo-logie républicaine exprime à l’inverse la nécessité,  pour les classes dominantes, de dompter l’intervention politique des classes populaires en la fixant sur le terrain des arrangements et agencements institutionnels.

C’est cette ambivalence fondatrice qui explique que, tout au long du 19è siècle, les républicains vont être amenés, selon les circonstances et parfois malgré eux, à combattre sur deux fronts.

Contre les nostalgiques de régimes dynastiques (qu’ils soient monarchistes ou bonapartistes), et

Contre le mouvement ouvrier socialiste.

Si les premiers veulent faire tourner la roue de l’histoire à l’envers, les seconds portent une critique radicale sur les quatre points notés plus haut. Ainsi défendent-ils une tout autre République, supposant :

- L’abolition de la propriété privée des moyens de production ;

- L’appropriation de la chose publique (res publica) par toutes et tous, ce qui implique la déprofessionnalisation de la politique ;

- Le dépassement du cadre étroit des nations et l’horizon d’une «République sociale universelle»

- Le dépérissement de l’Etat bourgeois, au profit d’un pouvoir public qui soit l’émanation directe des producteurs associés.

C’est évidemment cet héritage qui est le nôtre, et qu’il importe de populariser en se réappro-priant collectivement l’histoire des mouvements révolutionnaires passés, en France et ailleurs.

Ugo Palheta Mercredi 30 octobre 2013

https://npa2009.org/

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25 juin 2019 ~ 0 Commentaire

république 3 (le monde)

club breton

Mélenchon (PS) et Picquet (LCR) invoquent les valeurs de la République pour refonder la gauche

Le cofondateur du courant Nouveau Monde et le dirigeant trotskiste publient chacun un ouvrage sur ce thème.

La passerelle jetée entre une figure du PS et un dirigeant de la Ligue Communiste Révolution-naire peut paraître surprenante. Dans un même mouvement, Jean-Luc Mélenchon et Christian Picquet, tous deux minoritaires dans leur formation, dressent pourtant aujourd’hui un constat identique : la refondation d’une « gauche de gauche » passe par la République.

Le premier vient de publier un recueil de discours et de tribunes, baptisé Causes républicaines (Seuil). Le second l’a précédé de quelques semaines, avec un essai intitulé La République dans la Tourmente (Syllepse). Cette trame républicaine permet aux deux protagonistes de nouer un dialogue…

Mélenchon-Picquet, nouveaux Montagnards républicains de gauche ? Les deux hommes affichent en tous cas leur ambition de reconquérir un terrain qu’ils accusent Jean-Pierre Chevènement d’avoir dévoyé.

« Certains ont embourbé -la République- dans la confusion d’un prétendu point de vue situé au-dessus de la droite et de la gauche », écrit M. Mélenchon, et « ont habillé de mots ronflants leur obsessions sécuritaires ». « Il faut redonner de l’influence au républicanisme de gauche, explique-t-il ; avant, Chevènement nous étouffait. » « Je ne pense pas que la République puisse transcender la lutte des classes, estime pour sa part M. Picquet. Chevènement fait une confusion majeure, il a étranglé et perverti le combat républicain. »

« SOUVERAINETÉ POPULAIRE »

De l’aveu même du responsable de la LCR, la marginalisation du maire de Belfort, depuis l’élection présidentielle d’avril 2002, autorise désormais l’expression d’un courant républicain « plus gauche ». « Je n’aurai pas pu écrire mon livre en mars 2002″, assure-t-il.

Ce n’est pas tout à fait vrai pour M. Mélenchon, qui confie avoir sollicité dès 1995 – en vain – Pierre Joxe pour qu’il se présente à l’élection présidentielle pour défendre cette thématique. Dans son livre, écrit avec verve, l’ancien ministre délégué à l’enseignement professionnel affirme sa conviction que « la République n’est pas un régime neutre », et défend « la notion clé de l’intérêt général » à travers les exemples de l’école, de la question des femmes, de la Corse, de la laïcité.

« Un dur mouvement de tenaille est engagé contre l’unité et l’indivisibilité de la Nation républicaine par le style de construction européenne, le modèle libéral de décentralisation et enfin l’ensemble des procédés de délégitimisation du modèle de démocratie représentative », expose-t-il en plaidant pour une République européenne d’essence fédéraliste. Tout en revendiquant haut et fort sa filiation jacobine.

Christian Picquet reprend lui aussi cette référence à la République jacobine, mais se situe surtout dans l’héritage de Marx et des trotskistes français de 1934, qui « citaient la Convention de 1792-1793″.

Selon lui, la notion de « souveraineté populaire », qu’il place au cœur du patrimoine républicain français, a aujourd’hui une portée d’autant plus  » subversive »qu’elle lui semble remise en cause par « la contre-réforme libérale ».

 » Qu’il s’agisse de la défense des services publics, de la Sécu en 1995, ou des mobilisations anti-Le Pen en 2002, les grandes mobilisations populaires se font sur un attachement à un idéal républicain », estime M. Piquet, avant de se prononcer pour un projet de « République sociale et autogérée ».

Malgré des divergences importantes – notamment sur la place du PS dans la refondation d’une alternative de gauche -, les deux hommes s’accordent pour voir dans les principes républicains un rempart au modèle libéral.

« Chacun avec notre rythme et notre propre pensée, nous essayons de reprendre le fil laissé par Jaurès qui tentait de faire la synthèse entre la tradition marxiste et républicaine », souligne M. Mélenchon.

Ce dernier rêve d’un pôle antilibéral de gauche, mais qui soit ancré sur un projet républicain. « L’antilibéralisme n’est pas un dénominateur commun suffisant pour refonder la gauche, dit-il. Cela ne construit pas un projet politique. »

Isabelle Mandraud et Caroline Monnot

LE MONDE du 14 janvier 2004

http://www.gauchemip.org/

Commentaire:

Aux sources du « populisme de gauche ». Depuis JL Mélenchon est devenu leader de la FI et Piquet élu du PCF.

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