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16 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

France,11 novembre: le syndicalisme contre l’extrême-droite et les nationalismes (solidaires)

France,11 novembre: le syndicalisme contre l’extrême-droite et les nationalismes (solidaires) dans Antimilitarisme tardi-drapeau

Par Union syndicale Solidaires

Quelques dizaines de fascistes ont manifesté leur hostilité envers François Hollande, à l’occasion de la commémoration parisienne du 11 novembre. Ceci s’inscrit dans la stratégie de l’extrême-droite, qui tente de déstabiliser la société de diverses manières. Elle le fait pour imposer sa vision de l’Histoire, des rapports humains, de la vie collective: haine, racisme, violence, discrimination, exploitation des travailleurs et des travailleuses au profit d’une «élite», etc.

L’Union syndicale Solidaires combat l’extrême-droite, appelle à l’unité du mouvement ouvrier contre le fascisme, et poursuit sans relâche la lutte contre celles et ceux qui sont les pires ennemis de la liberté, les pires ennemis du mouvement ouvrier.

Mais de même qu’il est idiot et dangereux de nier la misère, les inégalités et les souffrances sur lesquelles s’appuie l’extrême-droite pour promouvoir ses détestables solutions, il est dramatique de répondre aux vociférations anti-Hollande du 11 novembre par un discours vantant les massacres de ce qui fut une boucherie humaine effroyable!

Quasiment tous les responsables politiques ont affirmé que le 11 novembre et donc la guerre de 1914-1918, représentent des valeurs fortes qui seraient «la défense de la Patrie», «l’Union nationale»…

– Quelle patrie défendait les centaines de milliers de Sénégalais, d’Algériens, de Marocains, etc. envoyés au massacre ? Celle qui expulse aujourd’hui leurs descendants?

– Pourquoi passer sous silence que cette guerre fut avant tout la conséquence de l’expan-sionnisme colonial de la France et de l’Allemagne mais aussi de bien d’autres pays européens?

– N’est-il pas scandaleux, et notamment pour celles et ceux qui se réclament du mouvement ouvrier, de taire la responsabilité conjointe de gros industriels français et allemands (Schneider, Krupp, De Wendel…) dans la préparation, le déclenchement et la durée de la guerre?

Face à la pseudo «union nationale» entre les massacreurs et les massacrés (comme on veut nous l’imposer entre exploiteurs et exploités), nous préférons nous référer à l’exemple des syndicalistes, de divers pays, qui refusèrent les postes ministériels et la trahison des décisions des congrès syndicaux, opposés à la guerre.

La guerre de 1914-1918 était une guerre menée contre les peuples européens au sein desquels les aspirations et organisations révolutionnaires se développaient. Les capitalistes y ont sacrifié des millions de travailleurs et paysans d’Europe, d’Afrique, d’Asie, d’Océanie ; ils ont sauvé leurs profits et leur ordre social, économique et politique à ce prix !

Ne pas laisser la place aux idées d’extrême-droite est une nécessité. On ne le fait pas en reprenant ses propos et en les accentuant. Nous en avons fait l’expérience sur d’autres sujets, il en est de même sur celui-ci. Mieux vaudrait par exemple soutenir la demande, certes uniquement symbolique aujourd’hui, de réhabilitation de tous les «fusillés pour l’exemple», victimes des ordres assassins de la hiérarchie militaire de l’armée française…

Publié par Alencontre le 14 novembre 2013

http://alencontre.org/europe/france/france-11-novembre-le-syndicalisme-contre-lextreme-droite-et-les-nationalismes.html

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16 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Soixante Libres penseurs au monument pacifiste (of)

 

Soixante Libres penseurs au monument pacifiste (of) dans Antimilitarisme monuments-14

 

Comme chaque année, après la commémoration officielle du 11-Novembre, les Libres penseurs du Finistère se sont réunis devant le monument pacifiste de la commune.

*

Une soixantaine de personnes étaient présentes, notamment pour réclamer la réhabilitation collective des 650 fusillés pour l’exemple de la Première Guerre mondiale, soulignant « le refus de rendre justice aux victimes des pelotons d’exécutions ». « Quand on est contre la peine de mort, on ne choisit pas entre les exécutés. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise condamnation à mort. » Avec l’Union pacifiste de France, la Ligue des droits de l’homme, le Mouvement pour la paix, l’Université européenne de la paix, le Crabes, entre autres, ils ont condamné « toutes les guerres ». En 2014, un procès symbolique des généraux assassins est également programmé. Puis un colloque, en 2015, sur le thème « Déserteurs, mutins, pacifistes de tous les pays et de toutes les guerres ». Primelin – 13 Novembre

http://www.ouest-france.fr/soixante-libres-penseurs-au-monument-pacifiste-1715182

Pour la réhabilitation des fusiliers pour l’exemple (of)

À l’issue de la commémoration traditionnelle du 11-Novembre, le cercle Jean-Marie Deguignet, de la Libre-pensée 29, organisait dimanche un rassemblement pour la paix au monument aux morts de Primelin, « le seul du Finistère qui soit pacifiste ». Avec les associations : Mouvement pour la paix, Ligue des droits de l’Homme, Université européenne de la paix, ARAC, CNT ou Crabes, il réclame la réhabilitation de tous les fusillés pour l’exemple de la guerre 1914-1918, « victimes de l’arbitraire » ; auxquelles ils associent Jaurès « le premier exécuté pour l’exemple ». Les intervenants ont également souhaité « un ministère de la Paix, plutôt que de la Guerre » et la résistance aux lobbies politico-économiques. Il a aussi été question de la crise européenne.

En fin du rassemblement, une motion, destinée au Président de la République a été votée. Elle réclame la réhabilitation collective de tous les fusiliers pour l’exemple. François Hollande, alors qu’il était président du conseil général de Corrèze, s’était en effet prononcé en faveur cette réhabilitation.

http://www.ouest-france.fr/pour-la-rehabilitation-des-fusiliers-pour-lexemple-1122577

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14 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Les causes de la Première Guerre mondiale (lo)

Les causes de la Première Guerre mondiale (lo) dans Histoire monuments-14

« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage » (Jaurès)

À l’heure où débutent les cérémonies commémorant la Première Guerre mondiale, certains historiens et commentateurs ont repris une thèse déjà exposée depuis plusieurs années dans les manuels scolaires. Selon eux, les causes de cette guerre ne seraient pas à rechercher dans la concurrence que se livrent entre elles les classes capitalistes rivales pour la conquête de nouveaux marchés. Ce serait « un natio-nalisme exacerbé », « une violence des masses » qui auraient amené un continent à s’embraser, des soldats venus des autres continents à s’entre-tuer sur les terres d’Europe car, disent-ils, les capitalistes ont besoin de la paix pour prospérer.

De telles idées, certes pas nouvelles, servent aujourd’hui à dédouaner la bourgeoisie de sa responsabilité dans le déclenchement de la guerre, en la reportant sur un prétendu « sentiment natio-naliste et à une violence des masses ». C’est là confondre les causes de la guerre et les moyens que se donne la bourgeoisie pour mobiliser des populations qui, elles, n’ont rien d’autre à gagner que les blessures, la misère et la mort.

Que certains capitalistes fassent plus d’affaires en temps de paix est indéniable. Encore faut-il qu’ils aient à leur disposition de vastes marchés qui leur permettent de s’approprier toutes les matières premières nécessaires à la production et, dans un second temps, d’écouler leurs marchandises. C’est pour cette raison que l’économie capitaliste ne peut survivre qu’en gagnant sans cesse de nou- veaux marchés. Dès le milieu du 19e siècle, les bourgeoisies nationales d’Europe, aidées par leurs États, ont étendu leurs emprises respectives sur la planète.

Le Royaume-Uni et la France furent les premiers pays à se lancer à la conquête de colo- nies. Leur marché national étant devenu trop étroit, il leur fallait impérativement étendre leur aire d’influence. En même temps que les puissances coloniales tiraient profit du pillage des ressources na- turelles de leurs colonies, celles-ci permettaient de nouveaux débouchés à leurs productions indus-trielles. Elles se sont ainsi partagé une grande partie de l’Afrique et des régions importantes d’Asie, avec la Belgique, le Portugal, la Hollande… et l’Allemagne loin derrière. À la fin du 19e siècle, la mainmise impérialiste sur toute la planète était achevée.

Du fait de l’unification tardive de leurs États, l’Allemagne et l’Italie s’étaient lancées après d’autres dans la conquête coloniale. De leur côté, l’Autriche-Hongrie, elle aussi tard venue dans le partage du monde, ainsi que la Russie tsariste, cherchaient à profiter de la faiblesse de l’Empire ottoman pour s’étendre dans les Balkans. La Grande-Bretagne et la France étaient également en rivalité pour se disputer les ruines de cet Empire ottoman au Proche-Orient. Dans l’enchevêtrement des oppositions et des concurrences de toutes sortes, les tensions créées annonçaient la guerre ouverte entre les États.

La France avait été au bord de la guerre avec l’Allemagne à deux reprises, en 1905 et 1911, à propos du contrôle du Maroc, et la France cultivait une attitude revancharde en réclamant l’Alsace et la Lorraine perdues lors du précédent conflit de 1871. Elle souhaitait également faire main basse sur la Sarre et ses richesses minières. L’Allemagne, à la puissance industrielle grandissante, étouffait dans ses frontières. Sa bourgeoisie rêvait des grands espaces coloniaux déjà conquis par d’autres. Cette volonté expansionniste était une menace non seulement pour la France, mais aussi pour la Grande-Bretagne qui ne pouvait tolérer que s’installe au coeur de l’Europe un État pouvant lui faire concurrence.

Les conflits d’intérêts, menaçant de conduire à un conflit armé, étaient donc nombreux en ce début de 20e siècle, et les États s’y préparaient activement. En France, en 1913, les crédits militaires avaient été augmentés et le service militaire était passé de deux à trois ans. Et depuis plusieurs années une intense propagande nationaliste se développait, menée par le gouvernement, la presse et nombre d’intellectuels.

Le « nationalisme exacerbé » conduisant à la « violence des masses » a donc été façonné, développé par tous ceux qui agissaient pour le compte de la bourgeoisie et s’efforçaient de rallier les millions d’hommes et de femmes qui allaient périr dans la première déflagration mondiale. Dans un tel contexte de lutte entre impérialismes concurrents pour s’ouvrir de nouveaux marchés, il suffisait d’une étincelle pour mener à la guerre : ce fut l’assassinat d’un archiduc autrichien par un nationaliste serbe à Sarajevo. Par le jeu des alliances, la Première Guerre mondiale éclata le 3 août 1914, entraînant dans un premier temps une grande partie des pays d’Europe, pour ensuite toucher la plupart des pays du monde.

Anatole France avait mille fois raison quand il disait : « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels et les banquiers ». Aujourd’hui, certains semblent avoir oublié cette vérité, une façon pour eux d’attribuer à leur propre bourgeoisie des qualités démocratiques, humanistes et pacifistes qu’elle n’a jamais eues et n’aura jamais. Marianne LAMIRAL

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2363&id=27

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11 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Bancocratie : de la république de Venise à Mario Draghi et Goldman Sachs (cadtm)

Bancocratie : de la république de Venise à Mario Draghi et Goldman Sachs (cadtm) dans Economie templiers06

Du 12e au début du 14e siècle, l’Ordre des Templiers, présent dans une grande partie de l’Europe, s’est converti en banquier des puissants et a contribué à financer plusieurs croisades.

Au début du 14e siècle, il est devenu le principal créancier du roi de France, Philippe le Bel. Face au poids d’une dette qui grevait ses ressources, Philippe le Bel s’est débarrassé de ses créanciers et, par la même occasion, de sa dette en diabolisant l’Ordre des Templiers, l’accusant de multiples crimes |1|. L’Ordre a été interdit, ses chefs exécutés et ses biens confisqués. Il manquait un État et un territoire à l’Ordre des Templiers pour faire face au roi de France. Son armée (quinze mille hommes dont mille cinq cents chevaliers), son patrimoine et ses créances sur les dirigeants ne l’ont pas protégé de la puissance d’un Etat décidé à éliminer son principal créancier.

À la même époque (11e – 14e siècles), les banquiers vénitiens financent aussi des croisades et prêtent de l’argent aux puissants d’Europe, mais ils manœuvrent beaucoup plus habilement que l’Ordre des Templiers. A Venise, ils prennent la tête de l’État en lui donnant la forme d’une république. Ils financent la transformation de Venise, cité-État, en un véritable empire comprenant Chypre, l’Eubée (Négrepont) et la Crète. Ils adoptent une stratégie imparable pour s’enrichir durablement et garantir le remboursement de leurs créances : ils décident eux-mêmes d’endetter l’État vénitien auprès des banques qu’ils possèdent. Les termes des contrats de prêts sont définis par eux puisqu’ils sont à la fois propriétaires des banques et dirigeants de l’État.

Alors que Philippe le Bel avait intérêt à se débarrasser physiquement de ses créanciers pour se libérer du poids de la dette, l’État vénitien remboursait rubis sur l’ongle la dette aux banquiers, qui eurent d’ailleurs l’idée de créer des titres de la dette publique qui pouvaient circuler d’une banque à l’autre. Les marchés financiers commençaient alors à se mettre en place |2|. Ce type d’emprunt est le précurseur de la forme principale d’endettement des Etats tel qu’on le connaît au 21e siècle.

Sept siècles après l’écrasement de l’Ordre des Templiers par Philippe le Bel, aujourd’hui les banquiers d’Europe, tout comme leurs prédécesseurs vénitiens ou génois, n’ont manifestement pas d’inquiétude à avoir à l’égard des gouvernements en place.

Les États nationaux et le proto-État qu’est l’Union européenne d’aujourd’hui sont peut-être plus complexes et sophistiqués que les Républiques de Venise (ou de Gênes) du 13 au 16e siècle, mais ils sont tout aussi crûment les organes d’exercice du pouvoir de la classe dominante, le 1% opposé aux 99%. Mario Draghi, ancien responsable de Goldman Sachs en Europe, dirige la Banque centrale européenne. Les banquiers privés ont placé leurs représentants ou leurs alliés à des postes clés dans les gouvernements et dans les administrations. Les membres de la Commission européenne sont très attentifs à la défense des intérêts de la finance privée, et le lobbying que les banques exercent auprès des parlementaires, des régulateurs et des magistrats européens est d’une efficacité redoutable.

Si une poignée de grandes banques capitalistes occupe le devant de la scène ces dernières années, cela ne doit pas cacher le rôle des grandes entreprises privées de l’industrie et du commerce, qui usent et abusent de leur proximité avec les structures étatiques de manière tout aussi habile que les banquiers. L’interconnexion et l’imbrication inextricables entre les États, les gouvernements, les banques, les entreprises industrielles et commerciales, et les grands groupes privés de communication constituent d’ailleurs une des caractéristiques du capitalisme, dans sa phase actuelle comme dans les précédentes.

Effectivement, dès la victoire du capitalisme comme mode de production et comme formation sociale dominante, le pouvoir est exercé par les représentants des grands groupes privés et leurs alliés. D’un point de vue historique, le New Deal initié par le président Roosevelt en 1933 et les trente années qui ont suivi la 2e guerre mondiale apparaissent comme une parenthèse pendant laquelle la classe dominante a dû faire des concessions, certes limitées mais réelles, aux classes populaires. Les grands patrons ont dû dissimuler quelque peu leur emprise sur l’État.

Avec le tournant néolibéral entamé dès la fin des années 1970, ils ont abandonné la discrétion. Les années 1980 mettent sur le devant de la scène une classe dominante complètement désinhibée qui assume et affiche avec cynisme la course au profit et l’exploitation généralisée des peuples et de la nature. La formule, tristement célèbre, de Margaret Thatcher « There is no alternative » marque jusqu’à aujourd’hui le paysage politique, économique et social, à travers des attaques violentes des droits et des conquêtes sociales. Mario Draghi, Angela Merkel, Silvio Berlusconi (grand patron italien), José Manuel Barroso apparaissent comme des figures emblématiques de la poursuite du projet thatchérien. La complicité active des gouvernements socialistes (de Schröder à Hollande en passant par Blair, Brown, Papandreou, Zapatero, Socrates, Letta, Di Rupo et bien d’autres) montre à quel point ils se sont insérés dans la logique du système capitaliste, à quel point ils font partie du système tout comme Barack Obama de l’autre côté de l’Atlantique. Comme l’a affirmé le milliardaire américain Warren Buffett : « C’est une guerre de classes, et c’est ma classe qui est en train de gagner ».

Le système de la dette publique tel qu’il fonctionne dans le capitalisme constitue un mécanisme permanent de transfert de richesses produites par le peuple vers la classe capitaliste. Ce mécanisme s’est renforcé avec la crise commencée en 2007-2008 car les pertes et les dettes des banques privées ont été transformées en dettes publiques. Sur une très vaste échelle, les gouvernements ont socialisé les pertes des banques afin qu’elles puissent continuer à faire des bénéfices qu’elles redistribuent à leurs propriétaires capitalistes.

Les gouvernants sont les alliés directs des grandes banques et mettent à leur service les pou- voirs et les deniers publics. Il y a un va et vient permanent entre les grandes banques et les gouver- nements. Le nombre de ministres des Finances et de l’Économie, ou de premiers ministres, qui pro- viennent directement des grandes banques ou qui y vont quand ils quittent le gouvernement ne cesse d’augmenter depuis 2008.

Le métier de la banque est trop essentiel à l’économie pour être laissé dans les mains du secteur privé, il est nécessaire de socialiser le secteur bancaire (ce qui implique son expropriation) et de le placer sous contrôle citoyen (des salariés des banques, des clients, des associations et des représentants des acteurs publics locaux), car il doit être soumis aux règles d’un service public |3| et les revenus que son activité génère doivent être utilisés pour le bien commun.

La dette publique contractée pour sauver les banques est définitivement illégitime et doit être répudiée. Un audit citoyen doit déterminer les autres dettes illégitimes ou/et illégales et permettre une mobilisation telle qu’une alternative anticapitaliste puisse prendre forme.

La socialisation des banques et l’annulation/répudiation des dettes illégitimes doivent s’inscrire dans un programme plus large |4|. Comme pendant la république de Venise, aujourd’hui dans l’Union européenne et dans la majorité des pays les plus industrialisés de la planète, l’État est en osmose avec la grande banque privée et rembourse docilement la dette publique.

Le non remboursement de la dette illégitime, la socialisation de la banque ainsi que d’autres mesures vitales seront le résultat de l’irruption du peuple comme acteur de sa propre histoire. Il s’agira de mettre en place, sous un contrôle populaire actif, un gouvernement aussi fidèle aux opprimés que les gouvernements de Merkel et de Hollande le sont aux grandes entreprises privées. Un tel gouvernement du peuple devra faire des incursions dans la sacro sainte grande propriété privée pour développer les biens communs tout en respectant les limites de la nature. Ce gouvernement devra également réaliser une rupture radicale avec l’État capitaliste et éradiquer toutes les formes d’oppression. Une authentique révolution est nécessaire.

10 novembre par Eric Toussaint http://cadtm.org/Bancocratie-de-la-republique-de

 

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11 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Prolétaires d’Europe ! (Appel de Zimmerwald 1915)

Prolétaires d’Europe ! (Appel de Zimmerwald 1915) dans A gauche du PS guerres

Voici plus d’un an que dure la guerre !

Des millions de cadavres couvrent les champs de bataille. Des millions d’hommes seront, pour le reste de leurs jours, mutilés. L’Europe est devenue un gigantesque abattoir d’hommes. Toute la civilisation créée par le travail de plusieurs générations est vouée à l’anéantissement. La barbarie la plus sauvage triomphe aujourd’hui de tout ce qui, jusqu’à présent, faisait l’orgueil de l’humanité.

Quels que soient les responsables immédiats du déchaînement de cette guerre, une chose est certaine : la guerre qui a provoqué tout ce chaos est le produit de l’impérialisme. Elle est issue de la volonté des classes capitalistes de chaque nation de vivre de l’exploitation du travail humain et des richesses naturelles de l’univers. De telle sorte que les nations économiquement arriérées ou politi-quement faibles tombent sous le joug des grandes puissances, lesquelles essaient, dans cette guerre, de remanier la carte du monde par le fer et par le sang, selon leurs intérêts.

C’est ainsi que des peuples et des pays entiers comme la Belgique, la Pologne, les Etats balka-niques, l’Arménie, courent le risque d’être annexés, en totalité ou en partie, par le simple jeu des compensations.

Les mobiles de la guerre apparaissent dans toute leur nudité au fur et à mesure que les évé- nements se développent. Morceau par morceau, tombe le voile par lequel a été cachée à la conscience des peuples la signification de cette catastrophe mondiale. Les capitalistes de tous les pays, qui frappent dans le sang des peuples la monnaie rouge des profits de guerre, affirment que la guerre servira à la défense de la patrie, de la démocratie, à la libération des peuples opprimés.

Ils mentent. La vérité est qu’en fait, ils ensevelissent, sous les foyers détruits, la liberté de leurs pro- pres peuples en même temps que l’indépendance des autres nations. De nouvelles chaînes, de nouvelles charges, voilà ce qui résultera de cette guerre, et c’est le prolétariat de tous les pays, vainqueurs et vaincus, qui devra les porter.

Accroissement du bien‑être, disait‑on, lors du déchaînement de la guerre. Misère et priva-tions, chômage et renchérissement de la vie, maladies, épidémies, tels en sont les vrais résultats. Pour des dizaines d’années, les dépenses de la guerre absorberont le meilleur des forces des peuples, com- promettront la conquête des améliorations sociales et empêcheront tout progrès. Faillite de la civi- lisation, dépression économique, réaction politique, voilà les bienfaits de cette terrible lutte des peuples.

La guerre révèle ainsi le caractère véritable du capitalisme moderne qui est incompatible, non seulement avec les intérêts des classes ouvrières et les exigences de l’évolution historique, mais aussi avec les conditions élémentaires d’existence de la communauté humaine.

Les institutions du régime capitaliste qui disposaient du sort des peuples : les gouver-nements ‑ monarchiques ou républicains, ‑ la diplomatie secrète, les puissantes organisations patro- nales, les partis bourgeois, la presse capitaliste, l’Eglise : sur elles toutes pèse la responsabilité de cette guerre surgie d’un ordre social qui les nourrit, qu’elles défendent et qui ne sert que leurs intérêts.

Ouvriers ! Vous, hier, exploités, dépossédés, méprisés, on vous a appelés frères et camarades quand il s’est agi de vous envoyer au massacre et à la mort. Et aujourd’hui que le militarisme vous a mutilés, dé- chirés, humiliés, écrasés, les classes dominantes réclament de vous l’abdication de vos intérêts, de vo- tre idéal, en un mot une soumission d’esclaves à la paix sociale. On vous enlève la possibilité d’exprimer vos opinions, vos sentiments, vos souffrances. On vous interdit de formuler vos revendications et de les défendre. La presse jugulée, les libertés et les droits politiques foulés aux pieds : c’est le règne de la dictature militariste au poing de fer.

Nous ne pouvons plus ni ne devons rester inactifs devant cette situation qui menace l’avenir de l’Europe et de l’humanité.

Pendant de longues années, le prolétariat socialiste a mené la lutte contre le militarisme; avec une appréhension croissante, ses représentants se préoccupaient dans leurs congrès nationaux et inter- nationaux des dangers de guerre que l’impérialisme faisait surgir, de plus en plus menaçants. A Stutt- gart, à Copenhague, à Bâle, les congrès socialistes internationaux ont tracé la voie que doit suivre le prolétariat. Mais, partis socialistes et organisations ouvrières de certains pays, tout en ayant contribué à l’éla- boration de ces décisions, ont méconnu, dès le commencement de la guerre, les obligations qu’elles leur imposaient. Leurs représentants ont entraîné les travailleurs à abandonner la lutte de classe, seul moyen efficace de l’émancipation prolétarienne.

Ils ont accordé aux classes dirigeantes les crédits de guerre; ils se sont mis au service des gouvernements pour des besognes diverses; ils ont essayé, par leur presse et par des émissaires, de gagner les neutres à la politique gouvernementale de leurs pays respectifs; ils ont fourni aux gou- vernements des ministres socialistes comme otages de l’« Union sacrée ». Par cela même ils ont accepté, devant la classe ouvrière, de partager avec les classes dirigeantes les responsabilités actuelles et futures de cette guerre, de ses buts et de ses méthodes. Et de même que chaque parti, séparément, manquait à sa tâche, le représentant le plus haut des organisations socialistes de tous les pays, le Bureau socialiste international manquait à la sienne.

C’est à cause de ces faits que la classe ouvrière, qui n’avait pas cédé à l’affolement général ou qui avait su, depuis, s’en libérer, n’a pas encore trouvé, dans la seconde année du carnage des peuples, les moyens d’entreprendre, dans tous les pays, une lutte active et simultanée pour la paix dans cette situation intolérable, nous, représentants de partis socialistes, de syndicats, ou de minorités de ces orga- nisations, Allemands, Français, Italiens, Russes, Polonais, Lettons, Roumains, Bulgares, Suédois, Nor- végiens, Hollandais et Suisses, nous qui ne nous plaçons pas sur le terrain de la solidarité nationale avec nos exploiteurs, mais qui sommes restés fidèles à la solidarité internationale du prolétariat et à la lutte de classe, nous nous sommes réunis pour renouer les liens brisés des relations internationales, pour appeler la classe ouvrière à reprendre conscience d’elle‑même et l’entraîner dans la lutte pour la paix.

Cette lutte est la lutte pour la liberté, pour la fraternité des peuples, pour le socialisme. Il faut entreprendre cette lutte pour la paix, pour la paix sans annexions ni indemnités de guerre. Mais une telle paix n’est possible qu’à condition de condamner toute pensée de violation des droits et des libertés des peuples. Elle ne doit conduire ni à l’occupation de pays entiers, ni à des annexions partielles. Pas d’annexions, ni avouées ni masquées, pas plus qu’un assujettissement économique qui, en raison de la perte de l’autonomie politique qu’il entraîne, devient encore plus intolérable. Le droit des peuples de disposer d’eux‑mêmes doit être le fondement inébranlable dans l’ordre des rapports de nation à nation.

Prolétaires ! Depuis que la guerre est déchaînée, vous avez mis toutes vos forces, tout votre courage, toute votre endurance au service des classes possédantes, pour vous entretuer les uns les autres. Aujourd’hui, il faut, restant sur le terrain de la lutte de classe irréductible, agir pour votre propre cause, pour le but sacré du socialisme, pour l’émancipation des peuples opprimés et des classes asservies.

C’est le devoir et la tâche des socialistes des pays belligérants d’entreprendre cette lutte avec toute leur énergie. C’est le devoir et la tâche des socialistes des pays neutres d’aider leurs frères, par tous les moyens, dans cette lutte contre la barbarie sanguinaire.

Jamais, dans l’histoire du monde, il n’y eut tâche plus urgente, plus élevée, plus noble; son accom-plissement doit être notre œuvre commune. Aucun sacrifice n’est trop grand, aucun fardeau trop lourd pour atteindre ce but : le rétablissement de la paix entre les peuples.

Ouvriers et ouvrières, mères et pères, veuves et orphelins, blessés et mutilés, à vous tous qui souffrez de la guerre et par la guerre, nous vous crions : Par‑dessus les frontières par‑dessus les champs de bataille, par‑dessus les campagnes et les villes dévastées :

Prolétaires de tous les pays, unissez‑vous !

Zimmerwald (Suisse), septembre 1915

http://www.marxists.org/francais/inter_com/1915/zimmerwald.htm

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11 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

1914, lettre de démission au Comité Confédéral de la CGT

1914, lettre de démission au Comité Confédéral de la CGT  dans A gauche du PS arrestation-monatte-1920

Camarades,

Après le vote émis dans sa séance du 6 décembre par le Comité Confédéral, je considère comme un devoir de renoncer au mandat que vous m’aviez confié.

Voici les raisons qui ont dicté ma détermination : au cours de ces cinq derniers mois, c’est avec stupeur, avec douleur, que j’avais vu le Comité Confédéral enregistrer purement et simplement l’acceptation par son secrétaire général d’une mission officielle de commissaire de la nation. Quelques semaines plus tard, la Commission Confédérale envoyée à Bordeaux consentir à faire une tournée de conférences pour le compte du gouvernement.

Des militants syndicalistes, des fonctionnaires d’organisations, tenir un langage digne de purs nationalistes. Aujourd’hui, le Comité Confédéral vient de refuser sa sympathie aux efforts tentés eu vue de la paix par les socialistes des pays neutres. Pour le Comité Confédéral, parler en ce moment de paix constituerait une faute, presque une trahison, une sorte de complicité dans une manœuvre alle- mande, tout comme pour Le Temps et pour le gouvernement. Dans ces conditions, il m’est impossible de rester plus longtemps dans son sein, car je crois, au contraire, que parler de paix est le devoir qui incombe, en ces heures tragiques, aux organisations ouvrières conscientes de leur rôle.

Le 22 novembre, le secrétaire confédéral donnait connaissance au Comité d’une invitation à la Con- férence des socialistes des pays neutres organisée à Copenhague, pour les 6 et 7 décembre par les partis socialistes scandinaves. M’opposant au passage à l’ordre du jour, je faisais la proposition suivante:  que la C.G.T. répondit en assurant les socialistes scandinaves que, s’il nous était impossible d’envoyer un délégué, nous suivrions cependant leur efforts en faveur de la paix avec la plus grande sympathie et que nous faisions des vœux pour le succès de Copenhague. A la séance du 29 novembre, la fédération des Métaux déposait une résolution motivée, inspirée du même esprit, à laquelle je me ralliai avec empressement. (…)

Ainsi, une nouvelle fois, des appels socialistes en faveur de la paix n’auront trouvé aucun écho dans les organisations centrales françaises, ni dans la presse ouvrière de ce pays, celle-ci allant même jusqu’à refuser de les reproduire. Appels et initiatives conformes cependant à la résolution des congrès socialistes internationaux de Stuttgart, de Copenhague et de Bâle, qui déclare :

 » Au cas où la guerre éclaterait néanmoins, c’est le devoir (aux classes ouvrières) de s’entremettre pour faire cesser promptement et d’utiliser de toutes leurs forces la crise économique et politique créée par la guerre pour agiter les couches les plus profondes et précipiter la chute de la domination capitaliste « .

Ce devoir, Keir Hardie et l’Independent Labour Party, en Angleterre, se sont efforcés, dès le premier jour, de le remplir ; ainsi que les deux partis socialistes russe ; de même que les socialistes italiens et suisses dans leur Conférence de Lugano et le parti socialiste américain par son initiative d’un Congrès socialiste international extraordinaire. C’est le devoir que vient de remplir Karl Liebknecht et avec lui une minorité du parti socialiste allemand par sa protestation au Reichstag, le 2 décembre :

 » Une paix rapide qui n’humilie personne, pour une paix sans conquêtes, voilà, déclare-t-il, ce qu’il faut exiger. Tous les efforts dirigés dans ce sens doivent être bien accueillis. Seule, l’affirmation continue et simultanée de cette volonté, dans tous les pays belligérants, pourra arrêter le sanglant massacre avant l’épuisement complet de tous les peuples intéressés.  » Seule, une paix basée sur la solidarité internationale de la classe ouvrière et sur la liberté de tous les peuples peut être une paix durable. C’est dans ce sens que les prolétariats de tous les pays doivent fournir, même au cours de cette guerre, un effort socialiste pour la paix « .

Il est compréhensible, dans une certaine mesure, que les masses du peuple, trompées et excitées journellement par la presse, par toute la presse, aient accepté comme articles de foi toutes les décla-rations gouvernementales. Mais que les militants du syndicalisme n’aient pas montré plus de plus de clairvoyance, qu’ils n’aient pas apporté plus de sens critique à l’examen des allégations gouver- nementales, qu’ils se soient laissé gagner par la fièvre de la vanité nationale, qu’ils aient perdu le souvenir des principes qui guidaient jusqu’à maintenant leur action, voilà le plus attristant spectacle.

Quand Poincaré, il y aura deux ans le mois prochain, monta à la présidence de la République, certains d’entre nous se dirent :  » Nous aurons la guerre avant la fin de son septennat « .

Nous l’avons eue moins de deux ans après. Cette guerre prévue, redoutée par nous, cette guerre voulue, préparée par nos politiciens de l’esprit national, c’est elle que la majorité du Comité Confédéral envisage maintenant comme une guerre de libération pour l’Europe, comme une guerre capable de porter la liberté et la République à l’Allemagne et de ruiner le militarisme universel.

Quelle illusion ! Cette guerre, dont l’attentat de Sarajevo ne fut que le prétexte, a ses sources réelles dans le duel économique anglo-allemand et dans la rivalité germano-slave. L’alliance russe, déjà la honte de la République française, a précipité notre pays dans le gouffre. L’alliance russe et les ambitions marocaines de nos coloniaux. Le Kaiser n’a fait qu’avancer l’heure de la conflagration européenne. Sa responsabilité en est plus lourde que celle d’aucun gouvernement ; mais celle des gouvernements français, russe et anglais n’est pas légère. Encore n’est-il pas établi que le gouvernement français ait tout fait pour sauvegarder la paix dans la dernière semaine de juillet. Nul ne doute que la diplomatie secrète – aux méfaits tant de fois dénoncés – ait joué un rôle considérable dans la déclaration de la guerre.

Les travailleurs conscients des nations belligérantes ne peuvent accepter dans cette guerre la moindre responsabilité ; elle pèse, entière, sur les épaules des dirigeants de leurs pays. Et loin d’y découvrir des raisons de se rapprocher d’eux, ils ne peuvent qu’y retremper leur haine du capitalisme et des Etats. Il faut aujourd’hui, il faudrait plus que jamais conserver jalousement notre indépendance, tenir résolument aux conceptions qui sont nos nôtres, qui sont notre raison d’être.

Si on les croit fausses, qu’on le dise ! Alors seulement on aura le droit de faire du nationalisme sous toutes ses formes, nationalisme politique et nationalisme économique. Mais je crains fort que nos organisations centrales, en France comme en Allemagne, C.G.T. comme Parti socialiste, Union Syn- dicale internationale comme Internationale socialiste, n’aient signé leur faillite. Elles venaient de se révéler trop faibles pour empêcher la guerre, après tant d’années de propagande organisatrice. Mais on pouvait encore se dire que la faute en incombait peut-être aux masses restées à l’écart et qui n’avaient pas compris les devoirs de l’internationalisme. Cette dernière lueur d’espoir vacille sous les paroles des militants d’un pays à l’autre. C’est au centre que le feu, c’est-à-dire la foi, a manqué.

Si l’humanité doit connaître un jour la paix et la liberté, au sein des Etats-Unis du monde, seul un socialisme plus réel et plus ardent, surgissant des désillusions présentes, trempé dans les fleuves de sang d’aujourd’hui, peut l’y mener. Ce n’est pas, en tout cas, les armées des alliés, non plus que les vieilles organisations déshonorées qui le peuvent. C’est parce que je crois, chers camarades du Gard et du Rhône que la C.G.T. s’est déshonorée par son vote du 6 décembre, que je renonce, non sans tristesse, au mandat que vous m’aviez confié.  Pierre Monatte Décembre 1914

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10 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

La guerre et la social-démocratie russe (Lénine)

La guerre et la social-démocratie russe (Lénine) dans A gauche du PS 1914-tardi

La guerre européenne, préparée durant des dizaines d’années par les gouvernements et les partis bourgeois de tous les pays, a éclaté.

La croissance des armements, l’exacerba­tion de la lutte pour les débouchés au stade actuel, impé­rialiste, du développement du capitalisme dans les pays avancés, les intérêts dynastiques des mo- narchies les plus arriérées, celles d’Europe orientale, devaient inévitable­ment aboutir et ont abouti à cette guerre.

S’emparer de territoires et asservir des nations étrangères, ruiner la na­tion concurrente, piller ses richesses, détourner l’attention des masses laborieuses des crises politiques intérieures de la Russie, de l’Allemagne, de l’Angleterre et des autres pays, diviser les ouvriers et les duper par le men- songe nationaliste, et décimer leur avant‑garde pour affaiblir le mouvement révolutionnaire du pro- létariat : tel est le seul contenu réel, telle est la véritable signification de la guerre actuelle. La social‑ démocratie est tenue, en premier lieu, de dévoiler cette véritable signification de la guerre et de dénoncer im­placablement le mensonge, les sophismes et les phrases « patriotiques » que répandent en faveur de la guerre les classes dominantes : les grands propriétaires fonciers et la bourgeoisie.

La bourgeoisie allemande se trouve à la tête de l’un des groupes de nations belligérantes. Elle trompe la classe ouvrière et les masses laborieuses en les assurant qu’elle fait la guerre pour dé- fendre la patrie, la liberté et la culture, pour libérer les peuples opprimés par le tsarisme, pour dé­truire le tsarisme réactionnaire. En réalité, c’est précisément cette bourgeoisie qui, servilement prosternée devant les hobereaux prussiens avec à leur tête Guillaume II, a toujours été le plus fidèle allié du tsa- risme et l’ennemi du mouvement révolutionnaire des ouvriers et des paysans de Russie. En réalité, cette bourgeoisie alliée aux hobereaux fera tous ses efforts, quelle que soit l’issue de la guerre, pour soutenir la monarchie tsariste contre la révolution en Russie.

En réalité, la bourgeoisie allemande a entrepris une guerre de rapine contre la Serbie pour la soumettre et étouffer la révolution nationale des Slaves du Sud, tout en portant le gros de ses forces militaires contre des pays plus libres, la Belgique et la France, afin de piller un concurrent plus riche. La bourgeoisie allemande répand la fable d’une guerre qui serait défensive de son côté ; en fait, elle a choisi le moment le plus propice, de son point de vue, pour déclencher la guerre, en utilisant les derniers per- fectionnements de son matériel de guerre et en devançant l’emploi des nouveaux armements déjà envisagés et décidés par la Russie et la France.

A la tête de l’autre groupe de nations belligérantes se trouve la bourgeoisie anglaise et française, qui dupe la classe ouvrière et les masses laborieuses en les assurant qu’elle fait la guerre pour la patrie, la liberté et la culture, contre le militarisme et le despotisme de l’Allemagne. En réalité, cette bourgeoisie a, depuis longtemps, acheté de ses milliards et préparé, pour attaquer l’Allemagne, les troupes du tsarisme russe, la monarchie la plus réactionnaire et la plus barbare de l’Europe.

En vérité, la lutte de la bourgeoisie anglaise et française a pour but de mettre la main sur les colonies allemandes et de ruiner une nation concurrente, qui se distingue par un développement économique plus rapide. Et c’est pour ce noble but que des nations « avancées », « démocratiques », aident le tsarisme barbare à opprimer plus encore la Pologne, l’Ukraine, etc., à écraser encore plus la révolution en Russie.

Les deux groupes de pays belligérants ne le cèdent en rien l’un à l’autre, dans cette guerre, qu’il s’agisse des pillages, des actes de sauvagerie, ou des innombrables atrocités. Mais pour duper le prolétariat et détourner son attention de la seule guerre véritablement libératrice, c’est‑à‑dire de la guerre civile contre la bourgeoisie, celle de « son propre » pays comme celle des pays « étrangers », pour atteindre ce noble objectif, la bourgeoisie de chaque pays  cherche, par des phrases mensongères sur le patriotisme, à exalter la portée de «sa» guerre nationale et assure qu’elle veut triompher de l’en- nemi, non pour piller et conquérir des territoires, mais pour « libérer » tous les peuples, sauf le sien.

Mais plus les gouvernements et la bourgeoisie de tous les pays s’évertuent à diviser les ou- vriers et à les dresser, les uns contre les autres, plus on applique férocement, dans ce noble but, le ré- gime de la loi martiale et de la censure militaire (qui, même aujourd’hui, en temps de guerre, vise bien plus l’ennemi « intérieur » que celui du dehors),  et plus le prolétariat conscient est impérieusement tenu de sauvegarder sa cohésion de classe, son internationalisme, ses convictions socialistes, contre le déchaînement du chauvinisme de la clique bourgeoise « patriotique » de tous les pays. Renoncer à cette tâche, ce serait, pour les ouvriers conscients, renoncer à leur idéal de liberté et de démocratie, sans parler de leurs aspirations au socialisme.

Force est de constater, avec une profonde amertume, que les partis socialistes des prin- cipaux pays européens n’ont pas accompli cette tâche qui leur incombait, et que l’attitude des chefs de ces partis ‑ du parti allemand surtout ‑ confine à la trahison pure et simple de la cause du socialisme. En cette heure d’une portée historique capitale, la plupart des chefs de l’actuelle, de la II° Internationale socialiste (1889‑1914), cherchent à substituer le nationalisme au socialisme. En raison de leur com- portement, les partis ouvriers de ces pays ne se sont pas opposés à l’attitude criminelle des gouver-nements, mais ont appelé la classe ouvrière à aligner sa position sur celle des gouvernements impé- rialistes.

Les leaders de l’Internationale ont trahi le socialisme en votant les crédits de guerre, en reprenant les mots d’ordre chauvins (« patriotiques ») de la bourgeoisie de « leurs » pays, en justifiant et en défendant la guerre, en entrant dans les ministères bourgeois des pays belligérants, etc., etc. Les plus influents des chefs socialistes et des organes de la presse socialiste de l’Europe contemporaine pro- fessent un point de vue bourgeois chauvin et libéral, et nullement socialiste.

Si le socialisme se trouve ainsi déshonoré, la responsabilité en incombe avant tout aux social‑démocrates allemands, qui étaient le parti le plus fort et le plus influent de la II° Internationale. Mais on ne saurait justifier pour autant les socialistes français acceptant des postes ministériels dans le gouvernement de cette même bourgeoisie qui avait trahi sa patrie et s’était alliée à Bismarck pour écra- ser la Commune.

Les social‑démocrates allemands et autrichiens essaient de justifier leur soutien de la guerre en prétendant lutter ainsi contre le tsarisme russe. Nous déclarons, nous social-démocrates russes, que cette justification est un simple sophisme. Ces dernières années, le mouvement révolu-tionnaire contre le tsarisme a de nouveau pris de vastes proportions dans notre pays. La classe ouvrière de Russie a toujours été à la tête de ce mouvement. Les grèves politiques qui se sont déroulées ces dernières années, et auxquelles ont participé des millions de travailleurs, avaient pour mot d’ordre le renversement du tsarisme et l’instauration de la république démocratique.

A la veille même de la guerre, le président de la République française, Poincaré, a pu voir de ses propres yeux dans les rues de Pétersbourg, au cours de la visite qu’il fit à Nicolas II, des barricades dressées par les mains des ouvriers russes. Le prolétariat de Russie n’a reculé devant aucun sacrifice pour délivrer l’humanité de cette honte qu’est la monarchie tsariste. Mais nous devons dire que si quel- que chose peut, dans certaines conditions, retarder la chute du tsarisme, si quelque chose peut aider le tsarisme dans sa lutte contre tout le mouvement démocratique de Russie , c’est précisément la guerre d’aujourd’hui, qui met les coffres‑forts de la bourgeoisie anglaise, française et russe au service des buts réactionnaires du tsarisme. Et si quelque chose peut entraver la lutte révolutionnaire de la classe ou- vrière russe contre le tsarisme, c’est précisément l’attitude des chefs de la social‑démocratie allemande et autrichienne, attitude que la presse chauvine de Russie ne cesse de nous donner en exemple. (…)

La faillite de la II° Internationale est celle de l’opportunisme, qui a grandi sur le terrain spécifique d’une époque historique révolue (dite « pacifique ») et qui, en ces dernières années, domina pratiquement dans l’Internationale. Les opportunistes ont préparé de longue date cette faillite, en répudiant la révolution socialiste pour lui substituer le réformisme bourgeois ; en répudiant la lutte des classes et la nécessité de la transformer, le cas échéant, en guerre civile, et en se faisant les apôtres de la collaboration des classes ; en prêchant le chauvinisme bourgeois sous le nom de patriotisme et de défense de la patrie, ‑et en méconnaissant ou en niant cette vérité fondamentale du socialisme, déjà exposée dans le Manifeste du Parti communiste, que les ouvriers n’ont pas de patrie ; en se bornant, dans la lutte contre le militarisme, à un point de vue sentimental petit‑bourgeois, au lieu d’admettre la nécessité de la guerre révolutionnaire des prolétaires de tous les pays contre la bourgeoisie de tous les pays ; en faisant un fétiche de la légalité et du parlementarisme bourgeois qui doivent nécessairement être mis à profit, et en oubliant qu’aux époques de crise, les formes illégales d’organisation et d’agitation deviennent indispensables. Le courant anarcho‑syndicaliste ‑ « complément » naturel de l’oppor-tunisme, non moins bourgeois et non moins hostile au point de vue prolétarien, c’est‑à‑dire marxiste ‑ s’est manifesté, non moins honteusement, par une paraphrase béate des mots d’ordre chauvins au cours de la crise actuelle. (…)

Dans la situation actuelle, on ne saurait dire, du point de vue du prolétariat international, quel est le groupe de nations belligérantes dont la défaite serait le moindre mal pour le socialisme. Mais pour nous, social‑démocrates russes, il est hors de doute que, du point de vue de la classe ouvrière et des masses laborieuses de tous les peuples de Russie, le moindre mal serait la défaite de la monarchie tsariste, le plus réactionnaire et le plus barbare des gouvernements, qui opprime le plus grand nombre de nations et les masses les plus larges de l’Europe et de l’Asie.

Le mot d’ordre politique immédiat de la social‑démocratie d’Europe doit être la forma- tion d’Etats‑Unis républicains d’Europe. Mais à la différence de la bourgeoisie, prête à « pro- mettre » tout ce qu’on voudra pourvu qu’elle puisse entraîner le prolétariat dans le flot général du chau- vinisme, les social‑démocrates montreront tout ce qu’il y a de mensonger et d’absurde dans ce mot d’ordre si les monarchies allemande, autrichienne et russe ne sont pas renversées par la révolution.

Pour la Russie, les tâches des social‑démocrates, vu l’immense retard de ce pays qui n’a pas encore achevé sa révolution bourgeoise, doivent être, comme par le passé, les trois conditions fondamentales d’une transformation démocratique conséquente :

république démocratique (avec l’égalité complète des nations et leur droit à disposer d’elles‑ mêmes),

confiscation des terres des grands propriétaires fonciers et

journée de travail de 8 heures.

Mais, dans tous les pays avancés, la guerre met à l’ordre du jour la révolution socialiste, mot d’ordre qui s’impose d’autant plus impérieusement que les charges de la guerre pèsent plus lour- dement sur les épaules du prolétariat et que le rôle de ce dernier devra être plus actif dans la recons- truction de l’Europe, après les horreurs de la barbarie « patriotique » actuelle, multipliées par les gi- gantesques progrès techniques du grand capitalisme. (…)

C’est seulement en s’engageant dans cette voie que le prolétariat pourra s’arracher à l’influence de la bourgeoisie chauvine et avancer résolument, d’une manière ou d’une autre, avec plus ou moins de rapidité, sur le chemin de la liberté réelle des peuples et du socialisme.

Vive la fraternité internationale des ouvriers contre le chauvinisme et le patriotisme de la bourgeoisie de tous les pays !

Vive l’Internationale prolétarienne, affranchie de l’opportunisme !

Le Comité central du Parti ouvrier social‑démocrate de Russie

Ecrit avant le 28 septembre (11 octobre) 1914. Paru dans le n°33 du Social-Démocrate (1.11.1914)

http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1914/11/vil19141101a.htm

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10 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Le 9 novembre 1938, la « Nuit de Cristal »: la marche au génocide (lcr)

Le 9 novembre 1938, la « Nuit de Cristal »: la marche au génocide (lcr) dans Antifascisme magasin_juif-239x300

 La politique raciale du IIIe Reich trouve là son parachèvement. Ce pogrom ouvre la voie à l’extermination des Juifs.

Prenant prétexte de l’assassinat, à Paris, le 7 novembre, du conseiller d’ambassade du Reich par un jeune Juif polonais réfugié d’Allemagne, Hershl Grynzpan, l’appareil nazi lance un gigantesque pogrom. Un appel en ce sens est lancé, le 8 novembre, dans le journal du parti, le Völkischer Beobachter.

Le 9 novembre, en Allemagne, des agents provocateurs, aidés des chefs nationaux-socialistes et des organisations qui leur sont liées (Jeunesses hitlériennes, SA, SS) se ruent sur les synagogues (267 d’entre elles sont pillées, incendiées), les centres communautaires, les institutions juives encore en activité. Des maisons et des appartements sont saccagés, 7 500 magasins sont dévalisés ou détruits, près d’une centaine de Juifs sont assassinés, des centaines sont blessés, des femmes sont violées, les enfants juifs sont chassés des orphelinats. En Autriche, 42 synagogues sont détruites, 27 Juifs sont tués, une centaine est blessée. Dans l’« ancien Reich », près de 30 000 hommes sont arrêtés, dont 11 000 sont envoyés à Dachau et autant à Buchenwald. En Autriche, près de 6 500 personnes se retrouvent à Dachau. C’est le premier internement massif de Juifs en tant que tels…

Indifférence internationale Ces événements sont suivis, pour « réparer les dégâts », d’une « amen- de » d’1 milliard de marks prélevés sur les 7 milliards d’avoirs juifs bloqués par le régime à partir de 1938. Ils accélèrent l’exode des Juifs (en 1938-1939, 120 000 d’entre eux quittent l’Allemagne et 126 000 partent d’Autriche). Surtout, ils ouvrent la voie, quelques années plus tard, à la politique nazie d’extermination. Au lendemain de la « Nuit de Cristal », Hitler confie ainsi à Göring la responsabilité de la « question juive ».

Le 30 janvier 1939, il annonce au monde le génocide à venir : « Si la juiverie internationale réussissait, en Europe ou ailleurs, à précipiter les peuples dans une guerre mondiale, le résultat n’en serait point une bolchevisation de l’Europe et une victoire du judaïsme, mais l’extermination de la race juive en Europe. » L’historien Léon Poliakov écrit à juste titre : « Ainsi s’ouvrait l’ère des violences phy- siques. Dans la perspective hitlérienne, ces violences présentaient l’avantage supplémentaire d’habi- tuer les militants et les futurs combattants à obéir sans sourciller, au nom du Führer bien-aimé, à des ordres sadiques et insensés. »2

Ce faisant, le national-socialisme parachève la politique raciale engagée avec l’accession de Hitler au pouvoir. C’est, en effet, dès 1933 que l’égalité légale des Juifs comme citoyens du Reich s’avère abrogée. Les lois de Nuremberg, deux ans plus tard, séparent physiquement les Juifs des autres Allemands. L’expropriation de la communauté juive, sous couvert d’« aryanisation » de l’économie, suit et elle s’accélère à mesure que la conflagration planétaire se rapproche. Les persécutions n’attendent pas novembre 1938 et, dès l’été, les synagogues de Munich, Nuremberg et Dortmund sont dynamitées.

Cette entreprise est facilitée par la xénophobie imprégnant la politique des gouverne- ments d’Europe et des États-Unis. À la fin des années 1930, le droit d’asile est restreint un peu partout, les frontières se ferment aux réfugiés juifs3, la Suisse va jusqu’à faire apposer par l’Allemagne la mention « Juif » sur le passeport des candidats à l’exil, l’opinion américaine se prononce à 87 % pour le refus d’accueillir les réfugiés européens …

Le monde se prépare donc à connaître l’« indicible », la destruction scientifiquement conçue et méthodiquement planifiée des Juifs d’Europe4. Auschwitz, dont l’abominable irrationalité apparente créera tant de difficultés d’interprétation à la pensée progressiste et marxiste, systématise certains des traits de la grande industrie. Il s’alimente de la montée du racisme et des nationalismes ethniques au xixe siècle. Il procède de la férocité des expansions coloniales et des concurrences entre puissances. Ces phénomènes se catalyseront dans la brutalisation inouïe des relations internationales, à l’occasion du premier conflit mondial, puis des termes léonins du Traité de Versailles imposé à l’Allemagne défaite. Hannah Arendt le soulignera magistralement5. Plus précisément, on suivra ici Enzo Traverso, lorsqu’il recherche « l’ancrage du nazisme, de sa violence et de ses génocides, dans l’histoire de l’Occident, dans l’Europe du capitalisme industriel, du colonialisme, de l’impérialisme, de l’essor des sciences et des techniques modernes, dans l’Europe de l’eugénisme, du darwinisme social, bref l’Europe du “long” XIXe siècle achevés dans les champs de bataille de la Première Guerre mondiale »6.

La bête aux aguets À 75 ans de distance, il convient autant d’entretenir la mémoire d’une barbarie passée que d’être conscient des dangers du présent. La haine des Juifs, renouvelée en permanence par l’histoire, représente un phénomène singulier. Des pogroms russes de 1881-1882 et de l’Affaire Dreyfus à la même époque, aux récentes saillies délirantes d’un Le Pen ou aux prêches enflammés de l’intégrisme islamique, l’antisémitisme contemporain a constamment reproduit le rejet et la diabolisation des Juifs. Sous des formes qui ne se résument pas, loin de là, à la racialisation nazie. Le soupçon, par exemple, d’un rapport particulier des Juifs à l’argent – à l’image de Shylock, le riche usurier du Marchand de Venise, de Shakespeare – ou d’une différence irréductible qui les rendrait dangereux, resurgit sans cesse. Les plus récents sondages attestent ainsi que le « tabou » né de la révélation des horreurs de la Shoah tend à être progressivement levé. Ce qui n’est pas sans expliquer la récrudescence d’actes anti-Juifs, ces dernières années.

Le contexte présent – celui d’une crise historique du capitalisme, des désastres sociaux qu’elle est de nature à engendrer, des discriminations qui affectent notamment la société française, des politiques d’exclusion visant l’immigration, de l’offensive néoconservatrice qui postule à un « choc des civilisations », sans parler de la violence meurtrière de gouvernants israéliens se prétendant garants des intérêts du judaïsme mondial – est de nature à exacerber les fragmentations communautaires, les différentes formes de racisme et, donc, l’antisémitisme. S’il est désastreux de les instrumentaliser pour tenter de justifier le déni de justice dont les Palestiniens sont victimes, comme le font certains, rien ne serait plus grave que de négliger ces tensions montantes. Le racisme, cette « bête immonde » dont parlait Brecht, n’attend qu’un prétexte pour flamber de nouveau… ■ Rouge2274, 13/11/2008

C Picquet http://orta.dynalias.org/archivesrouge/article-rouge?id=8859

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10 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

La nuit sanglante du 9 novembre 1932 à Genève

La nuit sanglante du 9 novembre 1932 à Genève  dans Europe

Il y a septante et un ans, le parti fasciste local, l’Union nationale de Georges Oltramare, se met en tête de « juger », lors d’une réunion publique, ses adversaires politiques :

les dirigeants socialistes Léon Nicole et Jacques Dicker. La gauche convoque une contre-manifestation. Ce soir-là, l’armée tirera sur la foule, tuant treize personnes et en blessant 65 autres, dans les rangs antifascistes et parmi les curieux. A l’époque, comme partout en Europe, la crise économique sévit, le chômage est important (8 000 chômeurs à Genève), les scandales politiques et financiers nombreux (à l’instar de la faillite de la Banque de Genève), la classe moyenne s’appauvrit et la classe ouvrière connaît la misère.

Appel au meurtre Le 5 novembre 1932 fleurissent sur les murs de la ville des affiches de l’Union nationale annonçant pour le 9 une « mise en accusation publique des sieurs Nicole et Dicker » à la salle communale de Plainpalais. Des tracts les accusent de préparer la guerre civile et concluent : « Abattons-les ! » Le Parti socialiste demande l’interdiction de ce « procès », requête déclinée par les autorités municipales et cantonales. Dès 19h, les rues environnantes du meeting sont bouclées. Quelque 5 000 manifestants affluent. Ils sont empêchés de pénétrer dans la salle communale. A la rue de Carouge, un barrage commence à céder. Des bagarres éclatent, mais la police contient la foule.

Confondant échauffourée et insurrection, le conseiller d’Etat libéral Frédéric Martin demande alors l’intervention de la troupe. La I re Compagnie, des recrues inexpérimentées, se fraie un passage à travers la foule ; quelques soldats sont désarmés, des fusils cassés, des appels à fraterniser lancés. L’or- dre leur est donné de se replier. Les soldats se retrouvent alors dos au mur du Palais des Expositions, encerclés par un certain nombre de manifestants. Personne n’a compris les sommations. Ni ne sait que les balles à blanc ont été remplacées par des balles réelles. A 21 h 34, la troupe ouvre le feu : 150 coups sont tirés en douze secondes. Le premier à être abattu est Henri Fürst, président du Parti communiste genevois. Parmi les treize morts, également des curieux comme ce fraiseur de 54 ans, dont le fils faisait partie des recrues.

« L’ordre est rétabli » Ce fut une tragédie et un immense gâchis. Mais « l’ordre est rétabli », comme l’affirmera le lendemain le président de la Confédération, Giuseppe Motta, en déplacement à Genève. Le jour même, le Conseil d’Etat interdit tout rassemblement sur la voie publique « jusqu’à nouvel ordre » et Léon Nicole est arrêté, puis sera condamné à six mois de prison pour émeute.

samedi 8 novembre 2003, par Christiane Pasteur, Tribune de Genève

http://www.lescommunistes.org/spip.php?article330

Lire aussi:

http://npa29quimper.over-blog.fr/article-9-novembre-1932-l-ordre-regne-a-geneve-treize-morts-et-une-centaine-de-blesses-par-balle-112117269.html

 

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08 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Pourquoi est-ce nécessaire de diffuser l’histoire du FLB sur France3 Bretagne ? (fr3)

Pourquoi est-ce nécessaire de diffuser l'histoire du FLB sur France3 Bretagne ? (fr3)  dans Histoire flb

Les samedis 9 et 16 novembre, à 15h20, France 3 Bretagne diffuse un documentaire en deux volets sur l’histoire du FLB.

Est-ce jouer avec le feu dans le contexte actuel ? Bien au contraire. Ce travail sur le FLB raconte avant tout les enjeux politiques de la régionalisation. Explications.

Entre 1964 et 1981, le Front de Libération de la Bretagne revendique près de 300 attentats. Les plus célèbres restent celui de l’émetteur de Roc’h-Trédudon, en 1974 et surtout celui de l’aile gauche du Château de Versailles, en 1978. La mémoire collective conserve avant tout ce sigle :  »FLB ». Tagué à l’époque sur tous les ponts enjambant les quatre voies bretonnes, sur tous les bâtiments symboles de l’Etat,  et même… sur les bus de la capitale !

Alors, en pleine révolte des Bonnets Rouges, est-il pertinent de diffuser aujourd’hui cette histoire, au risque de réveiller certaines revendications autonomistes ? La réponse est un grand OUI ! Car justement, le film d’Hubert Béasse, co-produit avec la société rennaise Vivement Lundi, ne traite pas seulement des exactions des fameuses « Kevrenn », ces groupes de militants indépendantistes. En les éclairant du contexte politique de l’époque, il nous livre un éclairage passionnant sur l’histoire de la décentralisation.

Deux ans de travail  L’idée de ces deux documentaires remonte déjà à deux ans. Au sortir d’un précédent film d’Hubert Béasse, « Berlin-Vichy-Bretagne », qui explorait les relations entre le 3ème Reich et le très minoritaire Parti National Breton. Il apparaissait alors comme une évidence de continuer à travailler dans cette voie, en comblant cette fois une autre lacune : raconter en images l’histoire du FLB.

Hubert Béasse s’est donc plongé pendant de longs mois dans les archives de la Préfecture de région et celles du SRPJ de Rennes. Très vite, est apparue la nécessité de réaliser deux volets pour ce documentaire. Car le FLB s’est construit, s’est fait moins présent, puis s’est reconstruit sur deux mandatures républicaines bien distinctes : les années De Gaulle et les années Giscard. A travers ces deux époques, on comprend ainsi  tous les enjeux politiques de la décentralisation et des rendez-vous manqués avec la Bretagne. Au final, ces deux documentaires viennent éclairer avec une formidable acuité le contexte actuel de la révolte bretonne.

Pour mieux comprendre Car qui se souvient par exemple qu’en 1969, le Général De Gaulle lança le référendum sur la régionalisation à… Quimper ! Un référendum qui voulait par ailleurs réformer les institutions, à commencer par le Sénat et ouvrir la voie à plus de décentralisation. On connaît la suite. Qui se souvient aussi que cette décentralisation fut l’objet d’une véritable course aux déclarations d’intentions entre Giscard et Mitterrand pour l’élection présidentielle de 1981 ? Qui se souvient enfin de l’interview du commissaire Le Taillanter, lors du démantèlement du FLB ? Lui-même avait bien du mal à comprendre la composition très hétéroclite de l’organisation.

Au final, après le visionnage de ces deux films de 52′, on comprend mieux pourquoi la révolte actuelle des Bonnets Rouges ne peut se résumer à  »l’expression d’un régionalisme borné ou d’une simple jac- querie », comme le rappelle Pierre-Marie Barrault, dans un excellent article du Monde. Ou comme l’explique également Thierry Pech, le rédacteur en chef d’Alternatives Economiques, « le patriotisme ouvert du collectif  « Vivre, travailler et décider au pays », n’est pas exclusif ! Il illustre avant tout la compétition qui surgit actuellement entre des territoires très fortement touchés par la crise ».

Décentralisation ratée « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre », disait Winston Churchill. En replongeant dans les archives, l’histoire du FLB nous rappelle avant tout, et  parfois cruellement, combien l’histoire de la décentralisation française reste celle des rendez-vous manqués entre l’Etat et ses territoires. Car la décentralisation française, c’est aujourd’hui un mille-feuilles poli- tique monstrueux, comptant plus de 600 000 élus dans l’hexagone ! Chacun d’entre eux ne possèdent qu’une toute petite partie du pouvoir et souvent très peu de moyens pour tracer l’avenir de leur propre territoire

Face à une crise économique sans prédécent, les gouvernants peinent donc de plus en plus à proposer des solutions crédibles aux yeux de la population. Et la fracture territoriale ne cesse de croître au gré des entreprises qui ferment un peu partout dans l’hexagone. D’un côté, ceux qui profitent encore des effets bénéfiques de la mondialisation, et de l’autre, ceux qui en subissent de plein fouet les consé- quences.  En regardant l’histoire du FLB, on comprend ainsi beaucoup mieux pourquoi les Bretons réclament aujourd’hui un nouveau projet régional ambitieux, en l’exprimant dans un cri de colère désespéré !

Bertrand Rault Délégué Régional France 3 Bretagne Publié le 07/11/2013 | 17:52, mis à jour le 08/11/2013 | 08:48

http://bretagne.france3.fr/2013/11/07/pourquoi-est-ce-necessaire-de-diffuser-l-histoire-du-flb-sur-france-3-bretagne-353445.html

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