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12 juin 2013 ~ 0 Commentaire

République et luttes de classes (Essf-Tean)

République et luttes de classes (Essf-Tean) dans Histoire 14-07-12-drapeau-rouge-contre-drapeau-tricolore

L’histoire des rapports entre le mouvement ouvrier et la République est tumultueuse. Ils se sont rencontrés, mêlés mais aussi opposés et combattus.

En France après le renversement de la monarchie

Il y a bien entendu, plusieurs définitions de la « République ». En France, elle est liée à la révolution de 1789, au renversement de la monarchie, et aux idéaux « d’égalité, de fraternité et de liberté ». C’est la « chose publique », un système politique représentant les citoyens, se présentant comme défendant l’intérêt général, et s’incarnant dans un gouvernement, des institutions et un Etat. Mais elle a aussi constitué depuis plus de deux siècles, avec des inter- ruptions, la forme politique de la domination des classes dominantes, de construction de l’Etat bourgeois. Cette double dimension a conduit les révo- lutionnaires, non pas à défendre, en tout temps et tout lieu, la « République », mais à définir leur politique en fonction de chaque conjoncture historique et de la dynamique que peut avoir ce mot d’ordre.

La Révolution française de 1789 a eu une portée universelle. La république lui est historiquement liée. Durant des décennies, ces idées ont soulevé l’enthousiasme des peuples du monde. Elles ont incarné les droits politiques et civiques, mais moins les droits sociaux au travail, à l’éducation, à l’exis-tence. Plus, malgré des luttes acharnées, en particulier celle de Robespierre, le droit d’existence n’a pu prévaloir sur le droit de propriété. C’était là, comme le dit Daniel Bensaïd, « l’originelle fêlure, la mortelle blessure, l’intime défaillance des droits de l’homme et du citoyen, le défaut de fabrication » [1]. Son histoire est aussi marquée par des « exclusives » : le suffrage censitaire, qui prive du droit de vote les classes populaires, celles qui ne paient pas l’impôt, le maintien de l’esclavage des peuples colonisés jusqu’en 1848, où il est aboli par la deuxième République, et le refus du vote pour les femmes jusqu’en 1946 ! Clémenceau voulait « qu’on prenne la révolution française comme un bloc ». On nous présente aussi la République comme un bloc. Ses origines comme son histoire prouvent que ce bloc n’est pas compact, ni homogène : les poussées républicaines-révolutionnaires de 1789, 1793, de février1848, ne peuvent être confondues avec Thermidor et les massacres de Juin 1848, tout cela au nom de la République ! Dans d’autres pays, comme aux Etats-Unis d’Amérique, la République n’a pas la portée subversive, antimonarchique, qu’elle a en France. En Turquie, la République de Mustapha Kemal est ultra laïque, mais pas démocratique. De même, nombre de dictatures en Amérique latine se sont parées des habits de la république. La république comme, d’autres formes politiques, exige donc l’analyse concrète d’une situation concrète.

République « tout court » ou république sociale?

La référence à la République a aussi servi de point de ralliement aux mouvements populaires, non seulement en France, mais aussi dans d’autres pays d’Europe. De grands soulèvements révolutionnaires contre la monarchie, le racisme ou la dictature ont été marqués du sceau républicain. Les journées de 1793, de 1830, de 1848, l’expérience fondatrice de la Commune de Paris en 1871, les mobilisations antifascistes en 1934-1936, en France ou en 1936-1939 en Espagne contre Franco, la résistance contre l’occupant nazi en 1940-44… Autant de guerres et de crises révolutionnaires où le ressort républicain a combiné les aspirations à la souveraineté populaire, aux libertés démocratiques et à l’égalité sociale. C’est dans ce sens, que dès 1905, Lénine considérait la république démocratique comme « l’ultime forme de la domination bourgeoise et comme la forme la plus appropriée à la lutte du prolétariat contre la bourgeoisie. » [2]

Mais la « République » confond, aussi, les aspirations démocratiques et les institutions qui forment l’Etat bourgeois, et peut s’avérer un terrible piège pour le mouvement ouvrier. La révolution de 1848 a incarné la rupture entre deux conceptions de la république. En février 1848, les insurgés parisiens combattent au nom de la « république sociale » et du « droit du travail ». En juin 1848, les ouvriers parisiens sont massacrés, tou- jours au nom de la « république », celle de la « république des propriétaires ». La bourgeoisie se sert de la forme politico-étatique de la république pour écraser le mouvement ouvrier. Marx en tire les leçons : « La bourgeoisie n’a pas de roi, la forme de son règne est la République ». Comme l’indique Daniel Bensaïd dans une contribution sur la Commune, l’Etat et la Révolution : « Dans sa forme achevée, la République constitutionnelle réalise la coalition d’intérêts du parti de l’ordre. Il n’y aura plus désormais de République tout court. Elle sera sociale ou ne sera qu’une caricature d’elle-même, le masque d’une nouvelle oppression ».

La référence à la « République, tout court » sera, plus tard, le terrain de toute la politique d’Union sacrée qui réunit les représentants des classes dominantes et ceux du mouvement ouvrier réformiste. C’est au nom de la République et de la civilisation qu’ont été poursuivies les expéditions coloniales contre les peuples d’Afrique du Nord, d’Afrique noire et d’Indochine. C’est au nom de la République qu’a été conduite une politique de répression et d’assimilation forcée de ces peuples. Et les « valeurs républicaines » n’ont pas évité à la France la vague de nationalisme et de racisme qui a submergé l’Europe à partir de la fin du XIXe siècle. C’est en son nom que les écoles républicaines ont préparé les consciences à la « revanche » contre l’Allemagne. C’est en son nom que se déchaînent les boucheries de la Première Guerre mondiale.

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12 juin 2013 ~ 0 Commentaire

République et collaboration de classe

 République et collaboration de classe dans Histoire soiree

C’est aussi au nom de la République qu’ont été approuvées nombre de politiques de collaboration de classes.

Des premières expériences de « ministérialisme », c’est-à-dire de participation d’un ministre socialiste, Millerand à un gouvernements bourgeois, au début du XXe siècle, à la reconstruction de l’Etat bourgeois en 1944-1945, sous la houlette du général De Gaulle, avec le désarmement des forces de la Résistance, en passant par le Front populaire qui canalisa la force propulsive de la grève générale dans l’alliance avec le parti radical ; c’est à chaque fois la référence à la République identifiée aux institutions de l’Etat bourgeois démocratique qui désarma le mouvement social. D’ailleurs, n’oublions pas, comme le montre de manière saisissante le film Land and Freedom de Ken Loach, sur la guerre civile espagnole, la manière dont les staliniens, certains sociaux-démocrates et autres républicains ont utilisé la défense de la république pour étrangler la révolution. Il y avait, dans le camp de la République espagnole, une lutte im- pitoyable entre révolution et contre-révolution, entre ceux qui liaient la lutte pour la démocratie à une transformation sociale révolutionnaire et les autres, qui utilisaient la démocratie pour freiner puis abattre le processus révolutionnaire.

La République, comme forme politique, n’est jamais neutre.

Elle est intrinsèquement liée à l’Etat, et à la classe qui domine cet Etat. Nous ne partageons pas l’appréciation de Jean Jaurès dans ses écrits sur « L’Armée nouvelle », où il caractérise ainsi l’Etat : « L’Etat n’exprime pas une classe, mais le rapport des classes, je veux dire le rapport de forces ». La République, comme forme politique et étatique construite depuis plus d’un siècle en France n’est pas une forme politique indifférenciée qui se remplirait d’un contenu social donné, bourgeois ou prolétarien, selon les rapports de forces. L’Etat est au service des classes dominantes. Nous partageons, plutôt, le point de vue de Lénine, pour qui « la République bourgeoise, le Parlement, le suffrage universel, tout cela constitue un immense progrès du point de vue du dévelop- pement de la société à l’échelle mondiale… Mais la République bourgeoise la plus démocratique n’a jamais été et ne pouvait, être rien d’autre qu’une ma- chine servant au capital à opprimer les travailleurs, un instrument de pouvoir politique du capital. La République démocratique bourgeoise a promis et proclamé le pouvoir de la majorité, mais elle n’a pu le réaliser tant qu’existait la propriété privée du sol et des autres moyens de production » Cette ambi- valence, ou ambiguïté fondamentale de la République, nous conduit à rejeter toute idée d’alliance ou de mouvement ou de front républicain, avec la bour- geoisie. Cette question est toujours d’actualité, car c’est la politique proposée par d’importants secteurs de la gauche traditionnelle pour combattre le Front national. Or, face au fascisme, il faut opposer la mobilisation unitaire de tous les travailleurs et de leurs organisations, et non pas une alliance ou un front républicain qui subordonne la gauche à des accords avec la bourgeoisie. Dans des circonstances historiques spécifiques, l’opposition à la monarchie, à des dictatures, au fascisme ou à des coups d’État, la lutte pour la « république » peut incarner l’exigence démocratique. Face à des républiques bourgeoises, le mouvement ouvrier doit alors lever le drapeau de la « République sociale et démocratique », et s’appuyer sur les méthodes de la lutte de classes.

Et la 6è république?

Aujourd’hui, avec la campagne menée par Mélenchon, le mouvement ouvrier français est de nouveau confronté au débat sur la République. Ses partisans revendiquent une assemblée constituante pour une VIe République. La situation de crise politique en France et en Europe peut en effet poser, de manière centrale, des questions démocratiques, conjuguées à celles de la lutte contre l’austérité. Mais la dynamique de la lutte de classes épouse-t-elle aujourd’hui, les formes républicaines du siècle dernier ? Une situation prérévolutionnaire comme celle de Mai 68, par exemple, ne s’est pas située dans les traditions républicaines du mouvement ouvrier. Lorsque se déclenchent des luttes sociales ou démocratiques de grande envergure, ce n’est pas la République ni même « une VIe République », qui peut en constituer l’horizon politique. Une chose, sont, les meetings électoraux, autre chose est un programme ou une revendication dont les classes populaires s’emparent pour résister à la crise. La situation peut être différente dans l’Etat espagnol, où la conjonction de la crise de la monarchie et des nationalités pose plus précisément la nécessité de le République et de l’auto-détermination… Mais que signifie cette référence dans la situation française où, depuis plus d’un siècle, la bourgeoisie a accaparé la République ?

Discutons de la VIe République défendue par J. L. Mélenchon. La conçoit-il vraiment comme une rupture démocratique ? Il propose certes quelques modifications institutionnelles importantes sur la suppression du Sénat, la mise en place de la proportionnelle dans les élections ou le référendum révocatoire comme au Venezuela. Mais sur la clé de voûte de la Ve République (l’élection du président de la République au suffrage universel et le fait que tous les pouvoirs lui soient conférés), il renvoie la discussion à une future Constituante. Pourtant c’est le point nodal de l’architecture des « Républiques bonapartistes » . Dès le coup d’État de Louis Bonaparte du 2 décembre 1851, Marx avait compris la fonction perverse de cette institution : « La Constitution s’abolit elle-même en faisant élire le président au suffrage direct par tous les Français. Alors que les suffrages des Français se dispersent sur les 750 mem- bres de l’Assemblée nationale, ils se concentrent ici, au contraire, sur un seul individu […]. Il est, lui, l’élu de la nation. Vis-à-vis d’elle, il dispose d’une sorte de droit divin, il est par la grâce du peuple ». Le programme de Mélenchon se contente d’une formule générale : « Les pouvoirs exorbitants du pré- sident de la République doivent être supprimés dans le cadre d’une redéfinition générale et d’une réduction de ses attributions », nous indique le pro- gramme du Front de gauche. Si nous sommes pointilleux là-dessus, c’est que François Mitterrand, une des références de Jean-Luc Mélenchon, avait pen- dant des années critiqué la Ve République comme « un coup d’Etat permanent ». Mais lorsqu’il s’est agi d’établir le Programme commun de l’Union de la gauche, il refusa de remettre en cause « la présidence de la république ». Il suffit de reprendre le texte du Programme commun de 1973 pour y retrouver la dénonciation des « pouvoirs exorbitants » du président et la « nécessité de leur suppression »… mais pas la suppression de la présidence. Et pour cause, la suite de l’histoire nous a apporté la réponse. Un point central de discussion avec les partisans de la VIe République tourne autour des rapports entre les modifications institutionnelles et la mobilisation populaire pour assurer une démocratie réelle.

La rupture avec les institutions de la Ve République et l’ouverture d’un processus constituant, pour une vraie démocratie, implique une refonte totale du système avec des assemblées souveraines élues au suffrage universel et à la proportionnelle. Le rôle des anticapitalistes consiste à s’appuyer sur ce pro- cessus pour favoriser le mouvement d’en bas, les formes de pouvoir populaire. Ainsi, ces assemblées nationales élues, doivent s’appuyer sur des assem- blées locales dans les communes, dans les entreprises, sur un processus d’auto-organisation et d’autogestion qui donne le pouvoir au peuple. Pas un mot, chez Mélenchon, sur toute cette dimension, car sa VIe République est en fait une transformation de l’Etat et des institutions actuelles, et non une rupture ou la constitution d’un nouvel Etat. Nous sommes bien entendu aujourd’hui, très loin de ce type de situation en France ou en Europe. Mais observons que, lorsque les citoyens s’emparent de questions démocratiques institutionnelles, ils se tournent vers des mesures plus radicales. La crise actuelle (politique, institutionnelle) est telle que des mouvements comme les Indignés, par exemple, insistent sur « la démocratie réelle maintenant »… avec des propositions de démocratie directe ou des réformes institutionnelles radicales (contrôle des élus, proportionnelle, initiatives référendaires), plus que sur la défense de la république.

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article28895

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12 juin 2013 ~ 0 Commentaire

République et anticapitalisme

 République et anticapitalisme  dans A gauche du PS 300px-monogrammist_g.r._paris_1848_pack_dich_illustration_zu_dem_gleichnamigen_revolutionslied

Sur le plan économique et social, les républicains d’aujourd’hui analysent plus la société capitaliste, dans les termes d’une critique humaniste, « L’Humain d’abord », plutôt que ceux de la lutte de classes.

Ils s’opposent au néo-libéralisme et au capitalisme financier, inventent de nouvelles régulations, mais n’osent pas remettre en cause le noyau dur du sys- tème capitaliste, à savoir les rapports de propriété. Ils se prononcent bien entendu pour la défense des services publics, pour leur gestion démocratique. Le programme du Front de gauche, « L’Humain d’abord », explique que « le pouvoir économique ne sera plus entre les mains des seuls actionnaires, les sala- riés et leurs représentants seront appelés à participer aux choix d’investissement des entreprises en tenant compte des priorités sociales, écologiques et économiques démocratiquement débattues », mais ils ne vont pas jusqu’à des incursions dans la propriété capitaliste et l’amorce d’un processus de socia-lisation de l’économie. Ils défendent l’intérêt général, mais lorsque celui-ci bute sur la propriété du capital, les réponses se font plus qu’évasives. Alors que plus que jamais, la profondeur de la crise capitaliste, au-delà des résistances quotidiennes aux politiques d’austérité, pose au mouvement ouvrier l’alter-native historique suivante : accepter la logique du système capitaliste actuel et subir d’énormes régressions sociales, économiques, écologiques ou rompre avec le capitalisme, défendre le droit à l’existence avant le droit de propriété et s’engager dans une confrontation avec les classes possédantes. Et là, « l’in- térêt général », c’est redonner toute sa centralité à la Lutte de classes !

République et socialisme

Toutes ces considérations nous conduisent à ne pas donner une valeur stratégique à la « république » tout court ! Une chose est de défendre, dans la Ré- publique, des conquêtes sociales et démocratiques : le suffrage universel, les services publics, la laïcité comme principe de séparation de l’église et de l’Etat. Ces combats prennent aujourd’hui une nouvelle dimension face aux contre-réformes libérales qui remettent en cause l’espace démocratique. Ils doivent être liés à une perspective transitoire de transformation sociale radicale de la société. Autre chose est de proposer comme perspective stratégique une référence à la République qui, comme forme politique, fusionne libertés démocratiques et institutions étatiques. Cela ne peut que brider et limiter les luttes de classes dans la remise en cause des formes étatiques.

Il n’y a pas de continuité entre République et socialisme :

entre les deux, il y a des cassures, des discontinuités, en particulier dans la destruction de la vieille machine d’Etat. Affirmer une continuité entre la Répu- blique et le socialisme, c’est ne plus penser la « rupture », c’est relativiser toutes les problématiques liées à l’émergence de situations révolutionnaires qui posent la question de nouvelles formes d’autogouvernement ou d’autogestion sociale. On en arrive alors à la formule de Mélenchon, de « révolution par les urnes », révolution canalisée, déviée, corsetée par les institutions de la République. Car il ne s’agit plus, pour lui, de reprendre le drapeau de la République sociale, celle des communards, qui opposaient la république sociale aux classes bourgeoises, mais des républicains qui, au-dessus des classes sociales, fu- sionnent dans leur défense de la République les mots « Nation », « République » et « Etat ». Cette conception ne peut que subordonner la « révolution citoyenne » ou « la révolution par les urnes » au respect des institutions de l’Etat des classes dominantes. Il ne s’agit pas, pour les révolutionnaires, de nier la place des élections dans une stratégie révolutionnaire ou le suffrage universel comme mode d’expression et de décision démocratique, ni le fait que lors d’une crise révolutionnaire, le torrent du mouvement de masse bouscule et peut passer au travers des vielles institutions. Mais le centre de gravité des révolutions, ce ne sont pas les urnes, c’est, d’une part, « l’irruption des masses sur la scène sociale et politique » et d’autre part, la remise en cause du pouvoir des classes dominantes. Les révolutions créent, par leur propre dynamique, de nouvelles architectures de pouvoir économique, social, et politique. Historiquement, la République, comme continuité institutionnelle, a souvent été un barrage pour ces nouvelles formes politiques. La révolution doit alors la dépasser.

SABADO François

Notes

[1] Moi La Révolution, éditions Gallimard, 1989.

[2] « La social démocratie et le gouvernement révolutionnaire provisoire », œuvres vol 18 p 281.

* Article paru dans un dossier sur la République, revue « Tout est à nous » n° 44 de juin 2013. http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article28895

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10 juin 2013 ~ 0 Commentaire

Conseil national de la Résistance : l’envers du décor

Conseil national de la Résistance : l’envers du décor dans A gauche du PS russie-urss-contre-financiers

Le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), dont c’est le 70e anniversaire, est régulièrement évoqué comme modèle à suivre, en opposition à la politique actuelle.
Il est vrai que « l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’État (…) ; le retour à la nation des grands moyens de pro- duction monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques » (…) et surtout l’instauration d’un « plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État » sont des mesures contradictoires avec la politique libérale actuelle. Et nous avons raison de répéter que s’il a été possible de mettre en place la Sécu dans un pays dévasté par la guerre, on peut faire bien plus aujourd’hui. Mais cela ne doit pas nous transformer en inconditionnels du CNR. Les capitalistes étaient inquiets de voir se répéter à la fin de la Seconde Guerre mondiale la vague révolutionnaire qui avait secoué l’Europe entre 1917 et 1923. En France, à part quelques personnages secondaires, tous les représentants de la droite ont soutenu les nazis ou le régime de Vichy. Les entreprises d’importance et tout l’appareil d’État ont « collaboré », seul un préfet, Jean Moulin, ayant refusé de servir. Même si tous ces gens ont commencé à jouer double jeu quand ils se sont aperçus que la défaite nazie appro-chait, cela ne suffisait pas aux résistants des milieux populaires qui aspiraient à se débarrasser des « collaborateurs » et à mettre en place une autre société. Ils avaient raison ! Et l’exemple (1) de la proposition du Comité des Forges (l’ancêtre du Medef), faite à un mouvement de résistance, de plusieurs dizaines de millions et 500 automitrailleuses, pour qu’il fournisse 20 000 hommes acceptant de participer à la lutte préventive contre le communisme, montrent qu’eux aussi se préparaient.
L’État remis sur pied
De Gaulle chercha donc à contrôler les résistants organisés par le PCF en constituant une structure d’unité nationale. Il fonde le CNR le 27 mai 1943. Il re- groupe les huit mouvements de résistance, les deux centrales syndicales (CGT et CFTC) et les six principaux partis de la IIIe République, le PCF, la SFIO (PS), les radicaux et trois petits partis de droite. Le programme, adopté le 15 mars 1944, validait le gouvernement de De Gaulle, préparait la réinstallation d’un État et reprenait les propositions socio-économiques des socialistes, soutenues par les milieux de droite chrétiens sociaux. Le PCF l’appliqua en accep- tant fin 1944 la dissolution des milices patriotiques, contre pouvoirs réels, au motif qu’il ne faut qu’un seul État, une seule police, une seule armée, et en combattant les grèves des mineurs : « Produire, c’est aujourd’hui la forme la plus élevée du devoir de classe »… Les réformes du CNR ne sont pas spécifiques à la France, contrairement à ce que notamment le PCF voudrait faire croire. Les mêmes nationalisations (de 20 à 25 % de l’économie) vont être faites en Grande-Bretagne, en Autriche, et des systèmes de sécurité sociale vont être instaurés à cette époque dans presque toute l’Europe. Alors oui, on peut mettre en cause la pertinence de ce modèle d’union nationale, qui a été un frein aux mobilisations qui auraient pu remettre en cause le pouvoir des capitalistes à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Patrick Le Moal
1. Grégoire Madjarian, Conflits, pouvoirs et société à la Libération, 1980, 10/18

Dimanche 9 juin 2013 Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 198 (06/06/13)

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10 juin 2013 ~ 0 Commentaire

L’extravagante leçon d’Histoire de Vincent Peillon à des enfants de dix ans (Rue 89)

L’extravagante leçon d’Histoire de Vincent Peillon à des enfants de dix ans (Rue 89) dans Educ'action etambour

La dernière réunion du Parlement des enfants – une sorte de mise en scène convenue qui voit les responsables politiques faire semblant de prendre les enfants au sérieux, pourvu que ces derniers récitent bien leur leçon – a donné l’occasion à Vincent Peillon, endossant ses habits préférés de Père La Morale, de développer devant son jeune auditoire, sans doute décontenancé, une conception qu’on lui sait chère de l’Histoire et de la République, malheureusement sans guère de rapport avec la réalité. Le ton avait été donné par le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, avec des accents à la Déroulède :

« Cette année, vos travaux vous ont permis d’approfondir le sens de la devise de notre République, “ liberté, égalité, fraternité ”. Héritée, comme les trois couleurs, bleu, blanc, rouge, de notre drapeau, de la révolution de 1789, cette devise, inscrite au fronton de chacune de vos mairies ou de vos ambassades, constitue l’identité profonde de notre démocratie. »

Qu’on se le dise : à l’école primaire, l’éducation civique – du moins dans sa version BOEN (Bulletin officiel de l’Education nationale) – c’est d’abord cela : se lever pendant la Marseillaise et honorer le drapeau. Le reste attendra.

Rousseau et Kant, des auteurs pour les 9-10 ans

Ce fut alors au tour de Peillon de se lancer dans une extravagante homélie à la gloire de la République – citée pas moins de onze fois en quelques minutes – et de la Révolution française (quatre mentions), agrémentant son exposé de références à Rousseau, Condorcet, Kant, des auteurs parfaitement appropriés à des enfants de neuf ou dix ans, mais aussi à Robespierre, à qui l’on doit, paraît-il, la devise républicaine « sainte devise de nos pères ». Les écoliers, sage- ment rassemblés dans l’hémicycle, auront donc appris que la liberté, l’égalité, la fraternité sont le legs de l’homme de la Terreur, de la loi des suspects, des massacres de masse et de la guillotine. Puisque c’est le Ministre qui le dit. Mais Peillon ne saurait s’arrêter à de si mesquins détails : en quelques minutes, il délivre sa version de l’Histoire, celle d’un régime républicain sans taches, immaculé, paré de toutes les vertus, un régime à qui l’on doit la liberté, l’instruction, la justice sociale, qui a fait sortir l’humanité des ténèbres, quelque chose de jamais égalé et d’ailleurs d’insurpassable.

Si les écoliers ne sont pas émus aux larmes…

Florilège :

  • « Ce qui a fait notre modernité, ce qui a fait la République depuis la Révolution française, c’est l’affirmation que l’humanité se définit précisément par cette qualité imprescriptible et qu’aucun pouvoir ne peut et ne doit atteindre : la liberté de chaque individu. Liberté de conscience, liberté de pensée, liberté d’expression, liberté de mouvement, liberté de contester tous les pouvoirs […] ;
  • Pour que la liberté soit celle de chacun, il faut veiller à ce qu’il n’y ait pas entre les hommes trop d’inégalités ; il faut veiller à ce que chaque homme et chaque femme puisse avoir accès à cette liberté. Cela suppose des conditions d’instruction auxquelles on a réfléchi dès la Révolution. Elle a donné à chacun ce droit à l’instruction […] ;
  • La République est donc allée plus loin, elle s’est dit qu’il fallait la liberté pour chacun et pour tous, l’égalité des droits pour tous et pour chacun, mais aussi la fraternité, la justice, la solidarité. Telle est la grandeur de notre République : avoir posé la question de la justice sociale et du droit à la subsistance, vouloir vaincre à la fois l’ignorance et l’indigence […] ;
  • L’idée même de la fraternité, la voici : c’est le père à la table avec ses enfants. L’enfant est plus faible que le père, mais si l’enfant a faim, alors à chacun selon ses besoins. Cette grande devise de justice a animé tout le développement de notre République au XIXe siècle. »

Si les écoliers à qui l’on s’adresse ainsi ne sont pas émus aux larmes, c’est à désespérer de l’éducation civique… ou de la République. A moins qu’ils ne se soient endormis.

L’Histoire qu’on racontait au XIXe siècle

Pour les besoins de la cause, Peillon réécrit l’Histoire. Ou plutôt, il recopie celle qu’on écrivait au XIXe siècle, avec ses petits mensonges et ses grandes omissions, celle qu’ont apprise des générations de Français et dont on pensait pourtant qu’elle n’avait plus sa place sur les bancs de l’école ou dans le débat public. Une Histoire qui oublie que la république est née dans un bain de sang – la Terreur pour la première, la Commune pour la troisième –, qu’elle fut plus souvent portée sur la coercition et la violence que sur la tolérance. Qu’elle s’est compromise sans remords avec la colonisation et l’esclavage, pudiquement qualifié de travail forcé. Qu’en 1940, sans beaucoup d’hésitations, elle a laissé les clefs de la maison à Vichy et à la collaboration. Qu’elle a légitimé la torture et les massacres de la décolonisation, les tribunaux d’exception. Que la raison d’Etat a couvert bien des crimes. Qu’elle s’est accom-modée, jusqu’en 1945, d’une démocratie sans les femmes et aujourd’hui sans les immigrés. Que, dans un pays miné par le chômage et les inégalités, la justice sociale est plus souvent l’objet de belles paroles que d’une pratique. Et qu’enfin, dans les écoles, les enfants en situation d’échec sont dans tous les cas issus de milieux défavorisés, ce qui ne semble guère émouvoir un Ministre manifestement peu désireux d’y remédier et dont la loi d’orientation, dont il n’est pourtant pas peu fier, se révèle au final comme un élément de communication, en réalité une coquille vide.

Une conception de l’éducation civique ringarde et rudimentaire

Au fil des mois, la politique de Peillon se dévoile réellement pour ce qu’elle est : à défaut de refonder le système éducatif, il se rabat toujours plus sur le champ des symboles, dans l’espoir de flatter un électorat complaisant en la matière. Après le drapeau au fronton des écoles, après les leçons de morale, voilà qu’il instrumentalise l’Histoire dans un sens qui laisse d’ailleurs bien mal augurer d’un renouvellement des programmes ; renouvellement, qu’au passage, on attend toujours. Comme tous ses prédécesseurs, il s’avère incapable de dissocier le légitime apprentissage de la vie collective du cadre national, qui n’en est que la déviance. Son intervention ampoulée et pontifiante devant le Parlement des enfants témoigne d’une conception de l’éducation civique ringarde et rudimentaire, où l’endoctrinement et la contemplation béate d’un passé qui n’a jamais existé seraient censés répondre aux défis du moment.

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10 juin 2013 ~ 0 Commentaire

« Affaire Rosenberg » : rencontre de débat et de mémoire, le samedi 15 juin (Ldh)

« Affaire Rosenberg » : rencontre de débat et de mémoire, le samedi 15 juin (Ldh) dans Histoire

Le 5 avril 1951, deux citoyens américains, Julius et Ethel Rosenberg, étaient condamnés à la peine capitale au terme d’un procès à charge et inéquitable. Malgré une très large protestation mondiale, ils ont été exécutés par électrocution le 19 juin 1953.

2013 : soixante ans après l’exécution de Julius et d’Ethel Rosenberg…

Aux Etats-Unis, la peine de mort reste toujours pratiquée ou au moins légale. Dans les couloirs de la mort, des hommes, au terme de procès uniquement à charge, sont condamnés à cette inacceptable négation des droits, tels Mumia Abu Jamal, Hank Skinner… Pourtant, l’espoir existe puisque tout récemment, un dix-septième Etat américain, le Maryland, a décidé d’un processus législatif qui aboutira à l’abolition sur son territoire. La Ligue des droits de l’Homme rappelle son attachement à ce que toute justice soit rendue dans des circonstances où les droits des personnes, leur présomption d’innocence, la présen-tation publique de preuves et leur étude contradictoire soient respectées, et son refus de tout secret dû à un supposé « intérêt supérieur ». Or, dans le cas de l’ « affaire » Rosenberg − euphémisme qui atténue les responsabilités politiques du gouvernement américain de l’époque −, Ethel et Julius Rosenberg ont subi les méfaits d’une justice aux ordres et d’une conception archaïque de la punition. La Ligue des droits de l’Homme rappelle son opposition totale à tout traitement inhumain, et singulièrement à la peine de mort. C’est l’un de ses enga- gements majeurs, car aucune cause, aucune politique, aucune situation internationale ne justifient le recours à l’exécution capitale. En avril dernier, conformément aux décisions prises avec l’ex-Association pour le réexamen de l’affaire Rosenberg, nous annoncions l’initiative d’une rencontre de débat et de mémoire pour que l’on se souvienne du soixantième anniversaire de l’exécution des Rosenberg, pour une justice équitable, pour l’abolition universelle de la peine de mort. La LDH est heureuse, aujourd’hui, de vous annoncer la tenue de cette rencontre et vous invite à venir échanger avec elle :

le samedi 15 juin 2013 à 14h au siège de la Ligue des droits de l’Homme138 rue Marcadet, 75018 Paris Métro Lamarck-Caulaincourt (ligne 12) ou Marcadet-Poissonniers (ligne 4)

Programme de la rencontre

14h  : Accueil.

14h15 : Ouverture de la rencontre : « La LDH et l’Affaire Rosenberg », par Pierre Tartakowsky, président de la LDH.

15h  : Discussion autour de la justice et de la peine de mort aux Etats-Unis, animée par William Goldberg, coresponsable du groupe de travail « Abolition universelle de la torture et de la peine de mort » de la LDH.

15h45 : Pièce de théâtre Clameurs publiques, par la compagnie Par les mots et merveilles.

16h45 : Présentation « L’Affaire Rosenberg : tentative d’analyse historique », par Gilles Manceron et Emmanuel Naquet, coresponsables du groupe de travail « Mémoire, histoire, archives » de la LDH.

17h45 : Clôture sur l’actualité d’un combat pour les droits et la justice, par Dominique Guibert, vice-président de la LDH.

http://www.ldh-france.org/Affaire-Rosenberg-rencontre-de.html

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04 juin 2013 ~ 0 Commentaire

Du Touvet (Isère) à Aix-en-Provence : non à de nouveaux éloges de l’OAS (Ldh)

Du Touvet (Isère) à Aix-en-Provence : non à de nouveaux éloges de l’OAS (Ldh) dans Antifascisme fdunnhfs

Au moment où s’ouvraient les négociations d’Evian pour mettre fin à la guerre d’Algérie, deux activistes, Albert Dovecar et Claude Piegts, membres des sinistres commandos delta de l’OAS, participaient à l’assassinat de Roger Gavoury, commissaire central d’Alger, dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1961. Condamnés à mort, Dovecar et Piegts ont été exécutés le 7 juin 1962. C’est précisément le 7 juin 2013 que le Collectif aixois des rapatriés – le CAR –, a choisi pour inaugurer à Aix-en-Provence un monument, de même nature que ceux de Nice, Toulon, Perpignan et Marignane, érigés à la gloire de tels assassins. La stèle sera installée dans la cour de la Maison du maréchal Alphonse Juin, propriété de la ville d’Aix, devenue véritable casemate de la « nostalgérie ». L’actuelle équipe municipale en a confié la gestion au CAR qu’elle subventionne abondamment. Coutumier des éloges de la colonisation et de l’OAS, le président du collectif, René Andrès, lance un appel pour l’inauguration d’un espace « appelé à devenir le haut lieu de la mémoire, et de la conservation, de la vérité du peuple Pied-Noir et Harkis ».

L’Association de défense des anciens détenus de l’Algérie française (ADIMAD) soutient cet appel. Ces irréductibles de l’Algérie française ont prévu de se retrouver, comme chaque année, début juin autour de la tombe de Claude Piegts au Touvet, dans l’Isère. L’hommage initialement prévu le 2 juin 2013, a soulevé de telles protestations qu’il vient d’être interdit par la préfecture de l’Isère. Ses initiateurs l’ont reporté au 9 juin, deux jours après la cérémonie d’Aix. La Ligue des droits de l’Homme dénonce avec force ces tentatives de réhabilitation des anciens tueurs de l’OAS, autant que les dérives idéologiques sur les aspects positifs de la colonisation et les nouvelles instrumentalisations du drame des Harkis et de leurs enfants. Il est indispensable que soient officiellement reconnus, simplement reconnus, les crimes et méfaits qui ont accompagné la colonisation et la guerre d’indépendance de l’Algérie. Indis-pensable pour bannir en France toutes les formes de racisme que ces dérives alimentent ; indispensable pour permettre le renforcement des liens d’estime et d’amitié entre les peuples algérien et français, l’établissement d’une coopération active et sincère entre la France et l’Algérie !

Paris, le 4 juin 2013 Communiqué LDH http://www.ldh-france.org/Du-Touvet-Isere-a-Aix-en-Provence.html

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30 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Syndicalistes et libertaires

Syndicalistes et libertaires

En 1976, un groupe de jeunes ouvriers est exclu de l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA) et fonde l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL). Adeptes du syndicalisme d’action directe, ils se trouvent rapidement engagés dans la résistance au recentrage de la CFDT . Alors que, durant les années 1980, le reflux des luttes sociales est fatal à une partie de l’extrême gauche, l’UTCL survit en liant son destin à cette gauche CFDT qui, fidèle à l’esprit de Mai 68, engendrera les syndicats SUD. Des grandes grèves de 1974 à l’irruption des coordinations de grévistes en 1986, raconter l’histoire de l’UTCL, c’est avoir en toile de fond une tranche d’histoire du mouvement ouvrier. Enquêtant sur l’UTCL, puisant dans des archives jusque-là inexplorées de la confédération CFDT, cette étude cherche à cerner le rôle qu’a joué ce courant révolutionnaire original, à la fois syndicaliste et libertaire.

Théo Rival, Syndicalistes et libertaires. Une histoire de l’UTCL (1974-1991),
éd. Alternative libertaire, 2013, 316 pages, 12 euros

http://boutique.alternativelibertaire.org/produit.php?ref=livre_utcl&id_rubrique=3#

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30 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Il y a 70 ans, le 27 mai 1943, la création du Conseil national de la résistance : l’allégeance du PCF à De Gaulle et à l’ordre bourgeois (LO)

Il y a 70 ans, le 27 mai 1943, la création du Conseil national de la résistance : l'allégeance du PCF à De Gaulle et à l'ordre bourgeois (LO) dans A gauche du PS partisanis

Surtout pas çà! (Partisans italiens)

Le 27 mai 1943, dans un Paris occupé par l’armée allemande, les délégués de tous les mouvements de résistance, ceux des partis politiques opposés au régime de Vichy ainsi que ceux des syndicats, se réunissaient sur l’initiative de Jean Moulin.

Il s’agissait, suivant le vœu de de Gaulle, dont Jean Moulin était le représentant en France occupée, de constituer un organisme officialisant le ralliement de l’ensemble des forces politiques au général réfugié à Londres. En particulier, cette réunion et la création du Conseil national de la résistance qui en découla, concrétisaient le ralliement du Parti communiste français à de Gaulle. Le PCF, seul parti réellement présent dans la population et particu- lièrement dans la classe ouvrière, organisateur de différents mouvements de résistance et formé de militants nombreux et dévoués, donnait ainsi à de Gaulle le crédit nécessaire auprès des Alliés d’abord, de la population française ensuite, pour pouvoir prétendre incarner le nouveau pouvoir politique au moment de l’écroulement prévisible du régime de Vichy. Mais pour faire quoi ?

La peur de mouvements révolutionnaires

Au mois de mai 1943, la défaite de l’Allemagne se dessinait et, pour les états-majors et les hommes politiques bourgeois, il s’agissait de préparer la transition. Le souvenir de la fin de la Première Guerre mondiale était encore bien présent. En 1917, après trois années de guerre, les mutineries au front, les grèves à l’arrière, la colère et la haine des fauteurs et profiteurs de guerre, avaient conduit à la révolution en Russie, puis en Allemagne et en Hongrie, et dans nombre d’autres pays à de puissants mouvements contestant le pouvoir de la bourgeoisie. Ce souvenir venait d’ailleurs d’être ravivé, en mars 1943, par les grèves ouvrières d’Italie. Il fallait empêcher que la fin de la guerre entraîne de nouveau de tels mouvements révolutionnaires. À la question générale du maintien de son ordre social, la bourgeoisie française ajoutait celle du maintien de son empire colonial, source d’une bonne partie de sa richesse. Passer du camp des vaincus, celui de l’Allemagne, au camp des vainqueurs, celui des États-Unis, et retrouver le statut de grande puissance pouvait s’avérer délicat. Il allait falloir pour cela que l’État, son administration, son armée, soient capables d’assurer l’ordre après le retrait de l’armée allemande et la fin du régime de Vichy. Il allait aussi falloir continuer la guerre, faire repartir l’économie, intervenir immédiatement le cas échéant dans les colonies. Pour tout cela, de Gaulle avait besoin en particulier de l’allégeance du PCF et de son engagement à ne pas mener, à la fin de la guerre, une politique révolutionnaire. Staline, à la tête de l’URSS, avait assuré aux Alliés que les Partis communistes sous sa coupe collaboreraient au rétablissement de l’ordre bourgeois. Ceux-ci avaient d’ailleurs déjà largement montré, dans les années trente, leur rupture totale avec une politique révolutionnaire.

Le programme bourgeois du CNR…

Évidemment, rien ne pouvait se faire sous le simple mot d’ordre du retour à l’ordre ancien, ne serait-ce que parce que la guerre et son cortège d’horreurs étaient justement sortis de celui-ci. Il fallait, particulièrement pour le PCF, un programme, un discours permettant de prétendre que rien ne serait plus jamais comme avant. Le CNR allait donc établir un programme, adopté officiellement le 15 mars 1944, ne proposant rien moins que « l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ». Cela devait se faire par la nationalisation des transports, de l’énergie, d’une partie des finances ; l’existence d’une presse libérée des pressions financières ; la création d’un système de Sécurité sociale et de retraite ; une extension des droits politiques des peuples coloniaux. Aux travailleurs qui avaient souffert du rationnement, on promettait une amélioration, non chiffrée et qui allait mettre des années à venir. Aux capitalistes, on annonçait « l’établissement d’un impôt progressif sur les bénéfices de guerre et plus généralement sur les gains réalisés au détriment du peuple et de la nation pendant la période d’occupation ».Pour une classe composée dans sa totalité et par nature de profiteurs de guerre ce n’était pas cher payé.

… et son application

Les nationalisations allaient être effectives après la fin de la guerre sous le gouvernement de de Gaulle auquel participèrent des ministres PCF. Mais, loin d’être une mesure « sociale », elles étaient une nécessité pour le redémarrage de l’économie capitaliste et eurent lieu dans tous les pays, en Europe comme au Japon. Les entreprises furent d’ailleurs payées rubis sur l’ongle à leurs propriétaires. Pour tous droits politiques, les peuples coloniaux eurent dès le 8 mai 1945 les massacres de Sétif, en Algérie, puis encore près de vingt ans de guerres coloniales. En France, les quelques mesures sociales, comme la mise en place de la Sécurité sociale, ne coûtèrent en fait pas grand-chose à la bourgeoisie et ne furent que le prix à payer pour donner l’illusion d’un progrès social et permettre au PCF de brandir cet alibi. Dans ces conditions, l’union sacrée de tous les partis derrière de Gaulle pour éviter des troubles révolutionnaires, assurer la continuité de l’État et conserver l’empire, put fonctionner.

Et, comme on peut le constater aujourd’hui aux coups qu’elles portent aux travailleurs, les « féodalités économiques et financières » dirigent toujours l’économie, et par là toute la société. Elles n’ont jamais été menacées, ni en 1945 ni après. Et elles doivent d’avoir coulé ces jours heureux, après avoir mis la planète à feu et à sang dans deux guerres mondiales, au fait que la classe ouvrière n’a pas contesté leur pouvoir politique. Par l’intermédiaire des Partis communistes et en particulier en France du PCF, le mouvement ouvrier a été domestiqué et mis au service de la bourgeoisie et de son État. Les prétendues « conquêtes de la Libération » ne furent que le maigre pourboire versé par la bourgeoisie aux appareils politiques et syndicaux encadrant les travailleurs, sous la forme de places dans ses institutions. C’est ce reniement de toutes les traditions révolutionnaires, cet asservissement volontaire des partis et syndicats ouvriers, qui ont été présentés pendant soixante-dix ans comme un titre de gloire par les dirigeants du PCF et d’une partie de la gauche. Ceux-ci continuent de célébrer le Conseil national de la résistance et son programme comme l’exemple même d’une politique sociale. Mais, s’il démontre quelque chose, c’est surtout leur belle constance dans la tromperie à l’égard des travailleurs.

Paul GALOIS

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2339&id=41

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29 mai 2013 ~ 0 Commentaire

 Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était 

 Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était  dans Féminisme tounga

Christophe Darmangeat vient de publier une Conversation sur la naissance des inégalités où, de questions en réponses, il nous fait avancer dans les pas de diverses sociétés humaines pour tenter de comprendre l’apparition des inégalités sociales.

Nous revenons ici sur son précédent ouvrage, Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était, Aux origines de l’oppression des femmes, réédité l’an dernier et qui traite d’une inégalité particulière, celle des sexes.(1) Il y a des questions qu’on ne se pose pas tous les matins en se levant mais presque et qui vous turlupinent, auxquelles les réponses qui vous sont proposées restent insatisfaisantes. C’est le cas de celle-ci, assez fondamentale : mais pourquoi est-ce que ce sont les femmes qui sont opprimées par les hommes et non l’inverse ? Quand et comment nous sommes-nous fait avoir ? Le livre de Chris- tophe Darmangeat n’apporte pas de réponse simple. Mais armé de solides outils marxistes, il offre une limpide synthèse de l’état des connaissances et des théories sur ce sujet (enfin) plus de 130 ans après Engels.

Matérialiste dialectique, l’auteur l’est, sans aucun doute. Du coup, on le suit avec confiance et plaisir dans sa critique d’Engels, Kollontaï ou Luxemburg… S’appuyant sur les travaux les plus récents, il réinterroge les œuvres classiques pour en souligner l’importance et les manques, se moque gentiment des conclusions parfois hâtives qui y sont tirées dans le contexte de l’époque. C’est drôle et cela incite à toujours bien garder son sens critique, même quand on lit Lénine ou Luxemburg. Les références sont nombreuses et ont été encore enrichies pour la 2e édition. Une partie du livre, placée en fin de volume, discute des différentes formes de famille et des systèmes de parenté (sujet qui constitue la matière des premiers chapitres de L’origine de la famille d’Engels). Mais c’est la première partie, consacrée à la question des rapports entre les sexes dans les sociétés pré-étatiques, qui constitue l’essentiel de l’ouvrage. La théorie généralement admise est que dans les sociétés primitives qui n’avaient pas accumulé de richesses, l’oppression des femmes aurait été inconnue et celles-ci auraient occupé des positions élevées. Le livre démontre que cette théorie est largement contredite par les recherches scientifiques menées depuis un siècle. Décortiquant différentes organisations sociales, l’auteur nous entraîne à la recherche d’un matriarcat introuvable…

Des interrogations persistantes

Alors même qu’on ne trouve pas de sociétés dans lesquelles les femmes auraient réellement eu le pouvoir, la question reste entière : quelle est l’origine de l’oppression des femmes ? Christophe Darmangeat nous propose des éléments de réponse, avec l’humilité de celui qui essaye de comprendre en s’appuyant avec rigueur sur les données scientifiques disponibles à notre époque. On le suit bien sur la nécessité de la division du travail pour en augmenter la pro- ductivité, sur les critères de cette division (jeunes/vieux, femmes/hommes…). De son propre aveu, les choses deviennent plus délicates lorsqu’il s’agit de mettre en évidence et d’expliquer la mise en place des mécanismes de domination. Prudent sur les causes de la division sexuelle du travail, une carac- téristique propre à l’espèce humaine, il s’étend en revanche longuement sur ses conséquences, en particulier celles du monopole détenu par les hommes tout à la fois sur la chasse au gros gibier et sur la guerre. Les femmes se retrouvent donc dépossédées à la fois des armes et de la vie sociale extérieure au clan. De là à les inférioriser puis à les surexploiter, il n’y a qu’un pas à franchir… Pas qui prendra de multiples formes selon les lieux et les époques, mais dont on ne peut que constater l’universalité aujourd’hui. L’auteur prend le temps d’argumenter ses propositions, de les étayer par des faits, mais ne cache pas les difficultés liées aux interprétations des découvertes archéologiques ou au manque de preuves irréfutables. Du même coup, le livre éclaire les raisons pour lesquelles l’idéal de l’égalité des sexes est une idée profondément moderne, qui ne pouvait émerger que sur la base des structures éco- nomiques marchandes généralisées par le capitalisme. Bref, un livre à lire absolument pour actualiser notre analyse marxiste de l’origine de l’oppression des femmes et continuer à nous poser des questions !

Note

1. Conversation sur la naissance des inégalités, éd. Agone, février 2013, 200 pages, 12 euros. Le blog de l’auteur présente des articles, notes de lecture, enregistrements de débats, une brochure à télécharger… De quoi prolonger la réflexion autour du marxisme, de l’anthropologie et de l’évolution sociale : http://cdarmangeat.blogspot.fr/

Mardi 28 mai 2013Publié dans : Revue Tout est à nous ! 43 (mai 2013)

Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était. Aux origines de l’oppression des femmes, éd. Smolny, mars 2012 pour la 2e édition, 480 pages, 20 euros

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