Archive | Histoire

21 février 2017 ~ 0 Commentaire

le joint français, st brieuc 1972

La Bretagne, Saint-Brieuc, mars 1972. Une grève avec occupation éclate aux usines du Joint français. Le 6 avril, l’affrontement avec les forces de l’ordre est imminent.
De cette lutte un moment unique va être immortalisé par un cliché photographique : un manifestant, un CRS face-à-face. L’ouvrier est en rage, semble hurler, le visage déformé par la colère. Il tient le CRS par la vareuse… Deux hommes prêts au corps à corps. Mais l’image ne dit pas tout…

 

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15 février 2017 ~ 0 Commentaire

mafia et république” (les inrocks)

mafia et république” (les inrocks) dans Histoire mafiaz-tt-width-604-height-403-crop-0-bgcolor-000000-lazyload-0
Georges Boucheseiche, du gang des Tractions-avant, utilisé par le Sdece (contre-espionnage français) dans les années 1960
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Les documentaires édifiants sur une relation trouble

Mafia et République, série documentaire en trois parties de Christophe Bouquet, coécrite par Pierre Péan, explore les relations troubles entre la mafia corse et la vie politique française des années 1940 aux années 2000. Les trois épisodes, disponibles en replay sur Arte, relatent comment les mafias naissent, comment le gaullisme s’est appuyé sur elles à une époque, et comment elles ont réussi à être influentes dans la politique en France.

“De nombreux mafieux deviennent agents du Sdece ou du SAC”

Pierre Péan, que nous avions longuement interviewé à ce sujet, affirmait ainsi à propos des origines de la mafia : “Après 1945, il faut bien comprendre que l’Etat est à reconstruire. Il n’y a plus de police ou de services de sécurité pour maintenir l’ordre. De nombreux mafieux devien- nent agents du Sdece (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage) ou du SAC (Service d’action civique police parallèle sous de Gaulle).”

“Pour protéger le nouveau RPF, un service d’ordre comprenant des mafieux est constitué”

Le deuxième épisode est justement consacré à cette période : “Aux services de la France (1945-1975)”. Pierre Péant relate que le pouvoir gaulliste a alors eu recours aux mafieux pour faire face à la pression de l’Organisation armée secrète (OAS) notamment : “Pour protéger le nouveau RPF, un service d’ordre comprenant des mafieux et des gens douteux est constitué. Et, après le coup d’Etat de 1958 mené par les généraux en Algérie, le pouvoir gaulliste, fragile, surtout face à l’OAS, recourt encore plus à des gros bras.”

“Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls ont pris le problème à bras-le-corps”

La dernière partie, “La République gangrenée (1975-2016)”, dresse un constat assez accablant, même si “Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls ont pris le problème à bras-le-corps sans se préoccuper des conséquences politiques” : “Contrairement à l’ex-patron du rensei-gnement intérieur Bernard Squarcini qui, à force de vouloir rendre des services à ses amis corses, a visiblement dépassé la ligne rouge. Aujourd’hui, il peut encore y avoir des relais locaux mais ce n’est plus comparable avec ce que l’on a pu connaître”, conclut Pierre Péan. 

14/02/2017

arte.tv

http://www.lesinrocks.com/

Commentaire: « Après 1945, il faut bien comprendre que l’Etat est à reconstruire » oui mais pas avec les communistes, les FTP et autres résistant armés, trop à gauche et certains intégrés à l’armée et aux CRS. Ne restaient que les truants!

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02 février 2017 ~ 0 Commentaire

emile pouget (ldh)

emile pouget (ldh) dans Anticolonialisme pere_peinard-0468a

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Y a des types qui sont fiers d’être français. C’est pas moi, nom de Dieu !

“Barbarie Française” Emile Pouget

Y a des types qui sont fiers d’être français. C’est pas moi, nom de Dieu ! Quand je vois les crimes que nous, le populo de France, nous laissons commettre par la sale bande de capitalistes et de gouvernants qui nous grugent — eh bien, là franchement, ça me coupe tout orgueil !

Au Tonkin par exemple, dans ce bondieu de pays qu’on fume avec les carcasses de nos pauvres troubades, il se passe des atrocités.

Chacun sait que les Français sont allés là-bas pour civiliser les Tonkinois : les pauvres types se seraient bougrement bien passés de notre visite ! En réalité, on y est allé histoire de permettre à quelques gros bandits de la finance de barboter des millions, et à Constans de chiper la ceinture du roi Norodom.

Ah nom de dieu, il est chouette le système qu’emploient les Français pour civiliser des peuples qui ne nous ont jamais cherché des poux dans la tête !

Primo, on pille et chaparde le plus possible ; deuxiémo, on fout le feu un peu partout ; troisiémo, on se paie de force, pas mal de gonzesses tonkinoises — toujours histoire de civiliser ce populo barbare, qui en bien des points pourrait nous en remontrer.

Ca c’était dans les premiers temps, quand on venait d’envahir le pays ; c’est changé maintenant, mille bombes, tout est pacifié et les Français se montrent doux comme des chiens enragés.

Pour preuve, que je vous raconte l’exécution du Doi Van, un chef de pirates, qui avait fait sa soumission à la France, puis avait repris les armes contre sa patrie, à la tête de troupes rebelles.

Pas besoin de vous expliquer ce baragouin, vous avez compris, pas les aminches ? Les pirates, les rebelles, c’est des bons bougres qui ne veulent pas que les Français viennent dans leur pays s’installer comme des crapules ; c’est pas eux qui ont commencé les méchancetés, ils ne font que rendre les coups qu’on leur a foutus.

Donc, Doi Van a été repincé et on a décidé illico de lui couper le cou. Seulement au lieu de faire ça d’un coup, les rosses de chefs ont fait traîner les choses en longueur. Nom de dieu, c’était horrible ! Ils ont joué avec Doi Van comme une chat avec une souris.

Une fois condamné à mort, on lui fout le carcan au cou, puis on l’enferme dans une grande cage en bois, où il ne pouvait se remuer. Sur la cage on colle comme inscription : Vuon-Vang-Yan, traître et parjure. Après quoi, huit soldats prennent la cage et la baladent dans les rues d’Hanoï. A l’endroit le plus en vue on avait construit une plate-forme ; c’est là qu’on a coupé le cou à Doi Van avec un sabre — après avoir fait toutes sortes de simagrées dégoûtantes.

L’aide du bourreau tire Doi Van par les cheveux, le sabre tombe comme un éclair, la tête lui reste entre les mains, il la montre à la foule et la fait rouler par terre. On la ramasse car elle doit être exposée au bout d’un piquet, afin de servir d’exemple aux rebelles.

Ah, nom de dieu, c’est du propre ! Sales républicains de pacotille, infâmes richards, journaleux putassiers, vous tous qui rongez le populo plus que la vermine et l’abrutissez avec vos mensonges, venez donc encore nous débiter vos ritournelles sur votre esprit d’humanité ?

Vous avez organisé bougrement de fêtes pour le centenaire de 89 — la plus chouette, celle qui caractérise le mieux votre crapulerie, c’est l’exécution du Doi Van. C’est pas sur un piquet, au fin fond de l’Asie, dans un village tonkinois, qu’elle aurait dû être plantée, cette tête.

Foutre non ! Mais c’est bien au bout de la tour Eiffel, afin que dominant vos crimes de 300 mètres, elle dise, cette caboche, au monde entier, que sous votre républicanisme, il n’y a que de la barbarie salement badigeonnée.

Qui êtes-vous, d’où venez-vous, sales bonhommes, vous n’êtes pas nés d’hier ? Je vous ai vus, il y a dix-huit ans, votre gueule n’a pas changé : vous êtes restés Versaillais ! La férocité de chats tigres que vous avez foutue à martyriser les Communeux, vous l’employez maintenant à faire des mistoufles aux Tonkinois.

Que venez-vous nous seriner sur les Prussiens, les pendules chapardées, les villages brûlés ? (…) Ils n’ont pas commis, nom de dieu, la centième partie de vos atrocités, Versaillais de malheur ! Ah, vous n’avez pas changé ? Nous non plus : Versaillais vous êtes, Communeux nous restons !

Émile Pouget Le Père peinard, n°45, 12 janvier 1890

Commentaire: Il s’est toujours trouvé des hommes et des femmes pour s’élever contre les massacres de populations au nom de la civilisation. Emile Pouget, fondateur en 1889 de l’hebdomadaire Le Père Peinard, est de ceux-là.

Émile Pouget, syndicaliste anticolonialiste

Émile Pouget (1860-1931), fondateur du premier syndicat d’employés de Paris, devient secrétaire général-adjoint de la Confédération générale du travail (CGT) de 1902 à 1908. Il défend la tendance révolutionnaire du syndicalisme et prend en charge le premier organe de presse de la CGT : La Voix du peuple. En 1906, il participe à la rédaction de la Charte d’Amiens qui est restée la référence du syndicalisme français. Auparavant, il a été l’éditeur d’un journal pamphlétaire – Le Père Peinard – où il s’exprime dans une langue populaire très imagée. Le premier numéro sort le 24 février 1889. C’est dans ce journal que, le 12 janvier 1890, Emile Pouget fait paraître un de ses articles anticolonialistes au titre explicite : Barbarie française.

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31 janvier 2017 ~ 0 Commentaire

30 janvier 1972 (bloody sunday)

Wikipedia

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31 janvier 2017 ~ 0 Commentaire

paris charonne

charonne

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30 janvier 2017 ~ 0 Commentaire

penn sardin (sud étudiant(e)s)

L’image contient peut-être : une personne ou plus, personnes qui marchent, foule et plein air

Aujourd’hui sur RCF Alpha (96.3 FM) (Radio Vatican, note du blog)  à 11h et 20h Fanny Bugnon (historienne) viendra parler de la lutte des ouvrières sardinières de Douarnenez (Penn Sardin) et de Joséphine Pencalet.

Joséphine est l’une de ces nombreuses femmes anonymes qui se mirent en grève pour de meilleures conditions de travail, de meilleurs salaires et pour leur émancipation collective et individuelle. Joséphine deviendra en 1925 la première femme élue* dans un conseil municipal en France. Un exemple frappant de ces luttes quotidiennes est nécessaires pour l’émancipation de toutes et tous !

A Rennes 2, un amphithéâtre pourrait bientôt porter son nom…

https://rcf.fr/

pen

Solidaires étudiant.e.s Rennes

Lire aussi:

Les Penn Sardin

Le chant des sardinières

La penn sardin, premiere élue municipale bretonne

Une Penn Sardin à la mairie

Commentaire: Le PC n’était pas encore « français » mais « Section Française de l’Internationale Communiste ». Le nom de la coiffe de Douarnenez est « penn sardin » par extension celui des femmes de la région. Accorder « sardines » comme en français est un barbarisme!

La revendication était de 1 franc 25 de l’heure contre les 80 centimes du patronat. La langue bretonne ayant conservé les mesures d’ancien régime, le sou, la livre et le réal (0,25) la revendication était « Pemp real a vo » : On aura 5 reaux, donc 1 franc 25.

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26 janvier 2017 ~ 0 Commentaire

mauvaises filles ( tv5monde)

mauv ffill

Un exemple de ces « mauvaises filles », avec cette danseuse qui se déhanche dans une cave à Saint-Germain-des-Prés, en 1950.

Qui sont ces « mauvaises filles » ? Des rebelles subversives

Sur près de deux siècles, les historiens David Niget et Véronique Blanchard racontent la rébellion des femmes, ou leur tentative d’émancipation. Elles ont souvent été condamnées, jugées et ostracisées par une société qui voit en elles une déviance, une expression de la délinquance.

« Ces jeunes filles étaient des féministes qui s’ignoraient. Elles ont mené des combats, notam- ment le droit à disposer de leur corps, depuis longtemps. » C’est ainsi que l’historien David Niget parle sur TV5MONDE, de ces « mauvaises filles ». Ces rebelles, ces femmes subversives, hors des normes, incomprises, oubliées de l’histoire, qui étaient considérées comme « déviantes » ou encore « hystériques ». Pas question alors de les appeler « féministes ».

« Nous n’avons pas choisi de grandes figures, explique David Niget. On a cherché à montrer comment des jeunes filles ordinaires dans le gris de l’histoire, dans la détresse sociale, soumises au pouvoir patriarcal dans ce qu’il a de plus violent étaient capables d’exister en tant qu’individus ordinaires.«  Ils ont voulu comprendre comment « ces jeunes filles rebelles étaient des actrices et pas seulement des victimes, des sujets, pas que des objets« .

Garçon manqué, voleuse, avortée …

Sur près de deux siècles, de 1840 à 2000, ils font sortir de l’ombre celles que nos livres d’His- toire ont laissé de côté. Elles sont garçon manqué, prostituée « incarnation de ‘fléau moral’« , fille-mère, mendiante accusée de vagabondage, fugueuse, voleuse pour nourrir leur famil- le, cheffe de bande, hippie, ou encore ont avorté… Souvent issues de la classe populaire, malmenées par la vie, elles se prennent en main pour s’en sortir ou pour revendiquer leur droit.

Pourtant la société de leurs époques en décide autrement. Incomprises, elles sont plutôt discriminées, incriminées, ostracisées, jugées.  »On ramène les filles à ce qu’elles sont et pas à ce qu’elles font« , souligne David Niget. D’où la qualification souvent d’hystériques « une termino- logie qui signifiait une excitation anormale de l’utérus qui produit des comportements  hiératiques« , explique David Niget. Ce terme va être utilisé tout au long du 20è siècle.

Les garçons des héros? 

Alors que les garçons ou « bad boys », eux, sont considérés comme des héros, les filles, elles, ont clairement un problème qui relève de la psychiatrie.  »La déviance ou la rébellion chez les garçons a toujours été relativement valorisée. On peut dire qu’elle est constitutive de la mascu- linité. Être un ‘bad boy’ c’est un être un vrai mec. Alors que chez les filles, cela a toujours été un stigmate. (…) Cette rébellion, cette insoumission aux normes a toujours été considérée antinomique avec le féminin, la douceur, la féminité idéalisée donc on a voulu montrer une réalité sociale différente« , explique l’historien David Niget sur le plateau de TV5MONDE. Il ajoute : « la déviance féminine n’est pas héroïque, elle n’a jamais été valorisée. »

Filles perdues, modernes, rebelles

Au 19è siècle, le « temps des filles perdues », c’est celui de  »l’obsession de la régulation omni- présente du comportement des filles par les pères, raconte David Niget. La correction pater- nelle est organisée, nommée, codifiée par le code civil de 1804 en France et dans tous les pays où l’influence du code civil existe, comme en Belgique et au Québec. (…) Cette correction paternelle est un pouvoir exorbitant donné au père de famille qui peut faire enfermer pour de longues années sa fille sans plus de justification.«   Il suffit, en effet, au père d’expliquer au juge que sa fille est « incorrigible » pour l’interner pendant de longues années, dans un couvent par exemple.

Puis vient le temps des filles dites « modernes » : « qui n’est pas un compliment dans les années 1920 ou 1930, car on associe la modernité au danger, au risque, justifie l’historien. Dans les années 1930-40-50, les jeunes filles expérimentent des formes d’autonomie sociale : de nouveaux loisirs, une sexualité moins régulée, une autonomie financière. Mais elles pren- nent le risque d’être rattrapées par les normes médicales psychlogiques et pshychiatrique qui montent en puissance dans ces années-là.«   La psychiatrie permet aux différents pouvoirs de contraindre le corps et l’âme des jeunes filles jugées irrégulières.

​On assiste à une psychiatrisation de ces comportements rebelles qui va « progressivement, à la fin du XIXe siècle, prendre le relais de la morale pour permettre aux différents pouvoirs de contraindre le corps et l’âme des jeunes filles jugées irrégulières« , précise David Niget.
Grâce à un certain nombre de conquêtes féministes, des droits sont reconnus aux rebelles du 20è siècle mais une certaine vulnérabilité sociale apparaît ensuite.

Individualiser les rébellions

Au cours de leurs recherches, David Niget et Véronique Blanchard ont fait le constat suivant : « Le drame des mauvaises filles c’est que l’on a toujours individualisé leur rébellion. Tous les dispositifs de pouvoir qui se sont appliqués à elles, que ce soit la justice, la psychiatrie, la médecine, même le pouvoir familial, a toujours essayé d’individualiser leur cas, à le ‘patholo- giser’, à le séparer des autres. Nous avons donc essayé de restituer ces portraits qui sont en fait des portraits collectifs censés représenter des trajectoires de filles des classes populai- res. Ces portraits se veulent assez représentatifs à chaque fois dans leur époque. »

Une réalité qui traversent aussi bien la France, que le Canada ou les Etats-Unis, des pays qui connaissent ou ont connu les mêmes problèmes économiques.

mauvaises

David Niget Véronique Blanchard dans un livre Les Mauvaises filles, incorrigibles et rebelles (Editions Textuel). Préface de Michelle Perrot Postface de Coline Cardi, 192 pages, éditions Textuel, Pari, septembre 2016, 39 €
TV5MONDE Léa Baron 25.01.2017

http://information.tv5monde.com/

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20 janvier 2017 ~ 0 Commentaire

histoire (jdd)

-histoire-de-France-

L’historien Patrick Boucheron : « La France est objectivement une puissance surévaluée »

Patrick Boucheron est historien et professeur au Collège de France. Il a coordonné « Une histoire mondiale de la France » où 122 chercheurs racontent notre passé avec un oeil neuf.

Pourquoi les historiens nous ont-ils tant menti? A vous lire, on comprend qu’il faut commencer par désapprendre…
Je ne suis pas sûr que les historiens mentent tant que cela! Je dirais plutôt que ceux qui par- lent en leur nom ne disent pas toujours la vérité. On sait depuis bien longtemps que Vercin- gétorix n’est pas le chef gaulois exalté dans les manuels de la 3è République. Au lendemain du désastre de Sedan en 1870, on a voulu faire d’Alésia le modèle de la défaite civilisatrice. Perdant magnifique, Vercingétorix est donc devenu un héros national… pour les besoins de la cause. Étrange idée de faire d’Alésia, une défaite, l’an I de l’histoire d’une nation! Comme s’il y avait une sorte d’art français de perdre la guerre. Voici pourquoi nous faisons démarrer notre histoire bien avant, quand des hommes de Cro-Magnon décorent il y a près de 40.000 ans la grotte Chauvet.

Mais pourquoi l’école a-t-elle enseigné si longtemps « nos ancêtres les Gaulois »?
En réalité, l’école républicaine valorisait surtout les « petites patries », celles des régions : elle exaltait beaucoup moins qu’on ne le dit les origines gauloises de la nation. La nostalgie sco- laire repose souvent sur ce que les psychologues appellent des faux souvenirs : on pleure la perte de ce que l’on n’a jamais eu. De là une instrumentalisation politique continue…

Pourquoi une histoire « mondiale » de la France?
Pour comprendre l’histoire de France, il faut l’intégrer dans une histoire plus large, qui s’inscrit dans plusieurs mondes : le monde gréco-romain méditerranéen, puis la chrétienté latine devenant l’Europe catholique du 16è siècle, peu à peu gagnée par l’idéal universaliste des Lumières, tandis que le monde finit par se confondre au 19è siècle avec la Terre tout entière.

Est-ce aussi l’histoire d’un affrontement avec l’Islam?
Non, je ne crois pas du tout qu’il s’agisse là d’un affrontement essentiel. Nous ne nous attar- dons pas sur un autre mythe du légendaire national comme la bataille de Poitiers. Mais en choisissant la date plus sûre de 719 (le partage du butin de Ruscino), on montre que les rapports entre la royauté franque et les minorités musulmanes ne sont pas simplement de pillages et de combats. On essaie de calmer le jeu… de raconter tranquillement qu’il y a une minorité musulmane depuis bien plus longtemps qu’on ne le croit. Longtemps invisible, à côté d’autres présences minoritaires, juives par exemple. On montre par exemple qu’un des pre- miers écrivains français est un rabbin de Troyes qui s’appelle Rachi, mort en 1105. En même temps, notre histoire n’est pas une histoire irénique. Il y a aussi un article sur la traduction du Coran en 1143, titré « l’exécrable Mahomet » : car c’est ainsi que l’appelait l’abbé de Cluny qui cherchait à le connaître pour mieux le combattre…(…)

Serions-nous les « grenouilles » du monde?
La France est objectivement une puissance surévaluée. Le texte sur 2011, avec l’arrestation de DSK qui marque notre apprentissage de la transparence comme nouvel impératif démo- cratique, rappelle que depuis les années 1960 il y a toujours des Français à la tête de la banque mondiale ou du FMI. (…) Le dernier exemple en date de surévaluation de la puissance est le discours de Dominique de Villepin à l’ONU en 2003. C’est un beau geste, mais au fond, il fait partie de notre longue histoire des coups de mentons

Nous avons aussi « inventé » le terrorisme, la terreur, les attentats anarchistes, la commune…
(…) On a parfois une vision un peu littéraire et romantique des attentats anarchistes de 1892-1894. Mais si on rappelle le nombre de morts et ses implications (les lois « scélérates » comme les avait baptisées Léon Blum) on se rend compte des similitudes avec aujourd’hui. Car cette vague d’attentats produit des limitations de libertés publiques qui blessent durablement la République. C’est l’éternelle question : jusqu’où va- t-on dans la limitation de nos libertés au nom de la sécurité? Nous vivons une sorte d’obsession avec la comparaison des années 1930, mais on peut aussi trouver dans cet autre moment (La dépression de 1890, le populisme, le boulangisme, l’affaire Dreyfus) beaucoup de concordances des temps.(…)

Qu’est-ce qui vous inquiète aujourd’hui?
La capacité des sociétés à renoncer à leurs libertés. La tentation qu’elles éprouvent pour le pouvoir autoritaire, la passion que nous avons pour les murs, les séparations, tout ce qui nous exclut, tout ce qui nous enferme. J’ai l’impression que ce que j’aime est en danger, que mes choix de vie sont de plus en plus minoritaires. Pourtant je ne suis pas du tout décliniste… Notre livre est un livre joyeux, entraînant et grave. À mes yeux, c’est un antidote aux passions tristes, une réponse à tous ceux qui aiment tant se détester – et qui finissent toujours par le faire payer aux autres…

* Éd. du Seuil. Un ouvrage collectif.

Laurent Valdiguié – Le Journal du Dimanche

http://www.lejdd.fr/

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08 janvier 2017 ~ 0 Commentaire

spartacus (le monde diplo)

« I’m Spartacus »: « Je suis Spartacus » Hommage à Kirk Douglas et Stanley Kubrick

Spartacus, la gloire des vaincus

À l’été 73 avant notre ère, à Capoue, une soixantaine d’esclaves tuent leurs gardiens et s’évadent. Bientôt mille fois plus nombreux, ils vont, pendant près de deux ans, mettre en déroute l’armée de Rome, la plus grande puissance du temps.

La République prend peur et donne les pleins pouvoirs à un milliardaire, qui recrute cinquante mille hommes.

En mars 71, l’armée des esclaves est vaincue. Les six mille survivants sont mis en croix le long des deux cents kilomètres de la voie Appienne, de Rome à Capoue. L’esclave qui les conduisait est mort au combat. Il s’appelait Spartacus, et il était gladiateur.

Il n’est pas tout à fait étonnant qu’une histoire aussi stupéfiante ait basculé du côté de la légende, son authenticité ayant été quelque peu oubliée.

Pourtant, les faits sont attestés, et ce ne fut d’ailleurs pas la seule grande révolte d’esclaves. Mais, comme chacun sait, l’histoire est écrite par les vainqueurs, et si les historiens de la Rome antique, de Salluste à Plutarque, les ont bien commentées, en particulier celle de Spartacus, c’est avec une certaine parcimonie, et une tout aussi certaine absence d’empathie.

Puis, au fil de l’enseignement des humanités et de la transmission de valeurs confortant l’ordre en place, l’épopée de Spartacus s’est effacée.

La grande révolte des esclaves à Saint-Domingue au début des années 1790, l’admiration de Karl Marx, la Ligue spartakiste fondée en 1915 par Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht vinrent la réactiver. Il ne semble pas qu’aujourd’hui les programmes d’histoire en France lui accordent quelque importance (1).

Il est vrai que, sauf en des temps portés sur l’idéal révolutionnaire, l’insurrection de Spartacus et de ses camarades peut sembler un exemple regrettable, rappel d’une menace à droite, d’un échec à gauche ; alors, « qui écrira l’histoire de nos batailles, quelles furent nos victoires et nos défaites ? Et qui dira la vérité (2)  ? ».

En 1951, Howard Fast (1914-2003) écrit Spartacus, que tous les éditeurs refusent.

Cet unanimisme touchant obéit à la forte prescription du directeur du Federal Bureau of Inves- tigation (FBI), John Edgar Hoover, qui n’aime pas les écrivains communistes. Fast s’autoédite. C’est un succès, que le film de Stanley Kubrick, en 1960, relaiera. Le roman, qui intègre tous les faits connus, alterne pour l’essentiel les conversations, après la dernière crucifixion, entre membres de l’élite romaine, dont Crassus, le vainqueur de Spartacus, et les actions de ce dernier, qui les hante comme une énigme insoluble.

Comment un esclave, qui n’est pour le Romain qu’un instrumentum vocale, un « outil qui parle », peut-il devenir un grand général, capable de fédérer tant d’autres « outils » pour refuser les lois romaines et créer les leurs propres ? Comment a-t-il pu avoir d’aussi grands rêves d’homme ?

C’est littéralement impensable, sauf à remettre en question « une société bâtie sur le dos des esclaves et qui trouvait son expression symphonique dans le chant des fouets », sauf à reconnaître que les citoyens de la République n’ont plus d’autre idéal que de lutter contre l’ennui, et à choisir alors d’en finir avec une vie qui apparaît dénuée de sens, comme le fait le vieux politicien Gracchus.

Quant à Spartacus, au fil d’un récit où passent des échos, des rythmes de l’épopée homérique, il n’est jamais un surhomme : il se contente d’être, entièrement, un homme qui refuse de pactiser avec la mort, mentale, spirituelle, et qui jamais « ne se considérait comme seul ».

C’est à la question qui dévaste Crassus et Gracchus qu’entreprend de répondre l’historien Yann Le Bohec (3) (qui présente Howard Fast comme un écrivain britannique) : comment des esclaves ont-ils pu former une armée ? Animé d’un allègre mépris pour les lectures marxistes, il s’appuie sur les textes de l’Antiquité, parfois bien postérieurs à l’insurrection, pour expliquer sobrement la réussite de Spartacus par son étonnant talent militaire, brut mais percutant.

Il explique aussi son échec final, celui qui, dans le roman, obsède le dernier survivant, par le « manque de personnel qualifié », auquel il ajoute une autre raison, bien plus perturbante : seule une minorité a rejoint les rangs des insurgés. Car il n’y aurait pas eu d’aspiration collective à l’abolition de l’esclavage, mais, au mieux, un désir de libération individuelle ; certains, de surcroît, se satisfaisaient de leur condition.

Ce qui donne précisément à ce soulèvement son exemplaire beauté. Car ce défi des misérables aux vainqueurs du monde a pour vertu essentielle d’avoir eu lieu, d’avoir montré que ce qui paraissait impossible pouvait devenir possible. C’est là la victoire de Spartacus, invention d’un autre horizon, promesse à accomplir, et elle importe davantage que son échec final.

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07 janvier 2017 ~ 0 Commentaire

octobre (npa)

La Révolution russe d’octobre 1917

Ce livre est la réédition des cinq derniers chapitres de l’ouvrage de Trotsky écrit durant son exil de Prinkipo et publié en France entre 1933 et 1944, Histoire de la révolution russe1. Ces chapitres – L’art de insurrection, La prise de la capitale, La prise du Palais d’hiver, Insurrection d’Octobre, Le congrès de la dictature soviétique – sont centrés sur le point culminant de la révolution, celui de la conquête du pouvoir, octobre 1917.

Le livre de Trotsky demeure la plus importante contribution historique publiée sur la révolution. Il s’y combine le travail de l’historien, la plénitude de vue d’un marxiste, la compré- hension vivante d’un de ses principaux acteurs dans une écriture passée maître dans l’art de saisir « le général et le particulier », l’abstrait et le concret, les événements dans leur détail et dans leurs perspectives historiques, « la logique du développement ».

« L’histoire de la révolution est pour nous, avant tout, le récit d’une irruption violente des masses dans le domaine où se règlent leurs propres destinées », écrit Trotsky dans sa préface elle aussi rééditée. Et c’est bien le souffle de cette irruption qu’il nous transmet et nous permet de comprendre, illustration pratique de la supériorité de « la méthode matérialiste ».

Les masses sont le principal acteur, le héros du livre.

« Derrière les événements, nous essayons de découvrir les modifications de la conscience collective ». Dans le chapitre sur l’insurrection, Trotsky aborde la question du rapport entre les soviets, le parti et les masses à travers la conquête du pouvoir, là où se concentrent les débats, voire les polémiques, sur l’autorité de la révolution et la démocratie la plus large. Là aussi où l’on peut le mieux comprendre le contenu du bolchevisme dans ses aspects contradictoires, un parti pour l’émancipation des travailleurs par eux-mêmes.

Une pensée révolutionnaire moderne

Ce livre est une première étape pour s’approprier la pensée d’un de ces militantEs qui consa- crèrent toute leur vie consciente au combat intellectuel, politique, à la lutte d’idées pour l’éman- cipation humaine, le socialisme et le communisme. Ces femmes, ces hommes, se considéraient comme des militantEs professionnels au sens où leur métier, leur utilité sociale, étaient ce combat : participer à cette lutte de Titans pour que la classe ouvrière puisse selon l’expression de Marx « se constituer en classe dominante », rompre ses chaînes, conquérir la démocratie.

Cette pensée s’est forgée dans la lutte quotidienne, le combat politique, pratique, concret, engagé, qui interdit tout dogmatisme comme tout dilettantisme.

Ces militantEs qui manièrent le fusil comme la plume, surent affronter la prison et l’exil sans craindre d’assumer leurs responsabilités de dirigeants pour devenir les premiers hommes d’État prolétariens. Et Trotsky fut de ceux qui surent avoir le courage, l’audace intellectuelle pour reprendre le chemin de la lutte clandestine, des prisons, de l’exil pour continuer le combat face à la dégénérescence bureaucratique stalinienne de l’État qu’ils avaient construit.

La puissance de leur œuvre reste, d’une certaine façon, malheureusement, inégalée, indis- pensable pour nourrir une pensée révolutionnaire moderne, aussi vivante et anti-­dogmatique que fut la leur. Ce livre est une introduction à la lecture du livre de Trotsky dans son intégralité, une invitation à un retour à l’ensemble de son œuvre.

Yvan Lemaitre Vendredi 6 janvier 2017

Léon Trotsky, L’esprit du temps, 2016, 21,50 euros.

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À propos de Les bolcheviks prennent le pouvoir (Ugo Palheta)

Ce que fut le bolchevisme en 1917. Alexander Rabinowitch, « Les bolcheviks prennent le pouvoir », La fabrique, 2016, 550 pages, 28 euros.

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