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14 juin 2019 ~ 0 Commentaire

débarquement (lutte ouvrière)

urss

Le débarquement de juin 1944

L’Allemagne nazie vaincue, mais pas l’impérialisme

Les grands de ce monde sont friands de commémorations, qui leur servent de faire-valoir sur les dépouilles des millions d’hommes que leurs prédécesseurs ont envoyés au massacre. Les cérémonies organisées pour le 75e anniversaire du débarquement des troupes alliées en Normandie, le 6 juin 1944, font partie de ces rites.

La particularité de cette année est que la grande cérémonie réunissant souverains et chefs d’État occidentaux a été déplacée de l’autre côté de la Manche, à Portsmouth, mercredi 5 juin, avant que Macron ne les reçoive les jours suivants dans plusieurs villes normandes.

Une fois de plus, les discours ont brodé sur le mythe de la victoire du « monde libre » sur la barbarie nazie. Certes, pour les peuples qui vivaient depuis des années sous la dictature hitlérienne, subissant les emprisonnements, les massacres d’opposants et les bombardements, le débarquement des troupes alliées sur le continent fut ressenti comme la promesse d’une paix future.

La bataille de Normandie qui s’ensuivit, où l’état-major allié bombarda systématiquement des villes peuplées de civils, faisant au moins 30 000 victimes, montra vite les limites de la prétendue démocratie que les libérateurs étaient censés apporter.

Par cette politique terroriste, les dirigeants alliés, craignant que la libération des territoires ne s’accompagne de révoltes comme il y en avait eu à la fin de la Première Guerre mondiale, cherchaient à vider les villes. Leur but était d’empêcher qu’une opposition à leur propre domination ne se développe avant que des appareils d’État capables de museler des mouvements de révolte soient remis en place dans l’Europe en ruines.

La fin de la Deuxième Guerre mondiale n’était rien d’autre que la victoire d’une bande de brigands impérialistes sur une autre. Les dirigeants des États occidentaux alliés, la Grande-Bretagne, la France jusqu’à 1940 et plus tard les États-Unis, connaissaient depuis longtemps la nature du régime hitlérien.

Ils connaissaient parfaitement la terreur que celui-ci faisait régner sur le peuple allemand, la destruction des organisations ouvrières, les assassinats d’opposants, la présence de camps et le massacre des Juifs. Ils avaient laissé faire et ne s’étaient inquiétés que lorsque l’impérialisme allemand devenait hégémonique en Europe, menaçant leur domination économique sur des pans entiers de la planète.

Les États-Unis avaient donc pris la tête de la croisade contre l’impérialisme allemand (et japonais en Asie). Ils étaient devenus une puissance économique dominante, loin devant la Grande-Bretagne et la France. De plus, cette dernière, occupée par les armées allemandes et dont les ressources économiques étaient sous leur contrôle, était hors-jeu. Quant aux États-Unis, dont le territoire avait été épargné par les combats des deux guerres mondiales, ils avaient gardé un appareil industriel intact, qui s’était sorti de la crise économique grâce aux commandes d’armement.

Lors du débarquement de juin 1944, l’armée des États-Unis possédait donc une capacité de destruction bien supérieure à celle que pouvaient lui opposer les armées allemandes, qui menaient en outre de lourds combats sur le front est. Ils avaient aussi la supériorité numérique.

Une intense propagande avait été développée dans les pays alliés pour convaincre leurs soldats qu’ils allaient se battre pour la liberté. Le jour J, le 6 juin 1944, 132 000 hommes, américains, canadiens et britanniques, firent partie de la première vague de débarquement, ayant contre eux 40 000 soldats allemands. Ce fut un carnage calculé, le calcul de l’état-major allié étant de faire débarquer plus d’hommes que l’ennemi ne pouvait en tuer dans le même laps de temps.

Par ailleurs, la majeure partie de l’effort de guerre reposait sur le peuple de l’URSS, alliée du camp américano-britannique, tan­­dis que la politique de Staline et des partis communistes staliniens garantissait à la bourgeoisie occidentale qu’ils empêcheraient toute révolution à la fin de la guerre.

La fin de la Deuxième Guerre mondiale a donc confirmé la suprématie de l’impérialisme américain sur ses concurrents et n’a pas été la fin du système économique à la source des guerres mondiales. Cette suprématie s’est marquée par des foyers d’incendie déclenchés et attisés partout sur la planète, du Vietnam à l’Afghanistan, de l’Irak au Proche-Orient, en permanence depuis 75 ans.

Les commémorations du Jour J rappellent la mort de dizaines de milliers de jeunes, victimes de la politique de l’impérialisme en ayant cru qu’en libérant l’Europe du nazisme ils apportaient la paix au monde.

Marianne LAMIRAL 12 Juin 2019
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12 juin 2019 ~ 0 Commentaire

déchets (le monde)

futur nukl

Le lent poison des déchets radioactifs « oubliés » qui contaminent les sols français

En France, 200 millions de mètres cubes de résidus à vie longue n’ont pas de filière de gestion. Seuls 1,6 million de mètres cube sont pris en charge par l’Andra.

Devant le stade municipal de la petite ville de Gueugnon (Saône-et-Loire), une esplanade goudronnée, entièrement vide, est ceinturée d’un grillage métallique haut de deux mètres. « Accès interdit », annonce en lettres rouges un panneau. Sur cet ancien terrain vague, la commune avait prévu d’aménager un parking pour les jours d’affluence. Car le Football Club de Gueugnon a eu son heure de gloire : champion de France de deuxième division en 1979, vainqueur de la coupe de la Ligue en 2000 face au PSG.

Là, sous le bitume, reposent plus de 20 000 tonnes de déchets radioactifs déversés par une ancienne usine de traitement de minerai d’uranium, exploitée, de 1955 au début des années 1980, par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), puis par la Cogema, devenue Areva et aujourd’hui Orano.

« A certains endroits, ça crache ! Les émanations de radon [un gaz cancérigène formé par la désintégration de l’uranium] sont énormes », affirme le physicien Roland Desbordes, porte-parole et ancien président de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), qui a mené plusieurs campagnes de mesures.

Fermé au public depuis 2009, le terrain n’a longtemps été gardé que par de simples barrières. En octobre 2018 encore, lors d’un match, des dizaines de supporteurs y ont pénétré pour se  garer. Ce n’est que début 2019 qu’a été posé un grillage et que le site a été intégré à une installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE), englobant une ancienne sablière où ont été transvasées 220 000 tonnes de boues uranifères, recouvertes d’une butte de terre. Sans que nul ne s’en émeuve à l’époque. Au point qu’avait été aménagé, tout autour, un parcours de santé démonté depuis.

« Informations tronquées et tendancieuses »

Le cas de Gueugnon est loin d’être isolé. Entre 1947 et 2001, près de 250 gisements d’uranium ont été exploités dans l’Hexagone, pour la fabrication de l’arme atomique puis l’alimentation en combustible des réacteurs nucléaires.

Ils ont laissé comme héritage 51 millions de tonnes (environ 40 millions de mètres cubes) de résidus stockés dans les enclaves minières, mais aussi 170 millions de tonnes (plus de 100 millions de mètres cubes) de stériles : des roches extraites pour accéder au minerai, qui contiennent des métaux lourds radioactifs.

Ces stériles ont été entassés çà et là en « verses », lorsqu’ils n’ont pas été réutilisés, sans autre précaution, pour remblayer des chemins, aménager des terrains de sport, voire servir de soubassement à des habitations. (Payant)

Pierre Le Hir

https://www.lemonde.fr/

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11 juin 2019 ~ 0 Commentaire

débarquement 1 (internationalisme)

enfantsoldat02

Les communistes ne célèbrent pas le débarquement de juin 1944

Comme ils pourraient le faire pour la Commune de Paris de 1871 ou la Révolution d’octobre 1917.

Cependant, il leur appartient, à l’occasion de cet anniversaire et des cérémonies qui l’ont entouré, de rappeler ce que fut vraiment cet événement, ce que fut sa signification afin d’opposer à la marée des mensonges bourgeois une petite digue au service de la petite minorité qui, aujourd’hui, peut les entendre.

La plus grande opération militaire de l’histoire

Jamais avant le 6 juin 1944, l’espèce humaine, dont l’histoire est pourtant riche en guerres, n’avait réalisé une opération militaire de l’envergure du débarquement Allié en Normandie. Ce sont 6 939 bâtiments qui, dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, ont traversé la Manche dont 1 213 navires de guerre, 4 126 bâtiments de débarquement, 736 bâtiments de servitude et 864 navires marchands.

Au-dessus de cette armada, 11 590 appareils zèbrent le ciel : 5 050 chasseurs, 5 110  bombardiers, 2 310 avions de transport, 2 600 planeurs et 700 avions de reconnaissance. Sur le plan des effectifs, ce sont 132 715 hommes qui sont débarqués le “Jour J”, ainsi que 15 000  américains et 7 000 britanniques qui ont été parachutés la veille derrière les lignes adverses par 2 395 avions.

Malgré leur énormité, ces chiffres sont encore loin de représenter toute l’ampleur de l’opération militaire. Avant même le débarquement, des dragueurs de mines avaient tracé cinq immenses chenaux permettant le passage de l’armada alliée. Le débarquement lui-même ne vise qu’à établir une tête de pont permettant de débarquer des troupes et des moyens matériels en quantité bien plus considérable.

C’est ainsi que, en moins d’un mois, ce sont un million et demi de soldats Alliés qui sont débarqués avec tout leur équipement, notamment des dizaines de milliers de véhicules blindés (le tank Sherman à lui seul a été construit à 150 000 exemplaires).

Pour ce faire, des moyens matériels et humains ahurissants sont mobilisés. Pour que les navires puissent décharger leur cargaison ou leurs passagers, il faut aux Alliés un port en eau profonde tel que Cherbourg ou Le Havre. Mais comme ces villes ne sont pas prises d’emblée, ils créent de toutes pièces au large de deux petites localités, Arromanches et Saint-Laurent, deux ports artificiels en acheminant d’Angleterre des centaines de caissons flottants en béton qui ensuite ont été immergés pour servir de digues et de quais (opération “Mulberry”).

Pendant quelques semaines, Arromanches est devenue le plus grand port du monde avant que le relais ne soit passé à Cherbourg qui est pris par les Alliés un mois après le débarquement et dont le trafic s’élève alors au double de celui du port de New York en 1939.

Enfin, dès le 12 août, les Alliés peuvent commencer à utiliser PLUTO (Pipe Line Under The Ocean), un pipeline sous-marin assurant l’approvisionnement en carburant depuis l’île de Wight jusqu’à Cherbourg. Ces moyens matériels et humains démesurés sont en soi un véritable symbole de qu’est devenu le système capitaliste, un système qui engloutit en vue de la destruction des quantités ahurissantes de moyens technologiques et de travail humain.

Mais au-delà de son côté démesuré, il faut rappeler que l’opération “Neptune” (nom de code désignant le débarquement en Normandie), préparait un des plus grands carnages de l’histoire (l’opération “Overlord”, l’ensemble des plans militaires en Europe occidentale à la mi-1944).

Le long des côtes de la Normandie on peut voir ces immenses alignements de croix blanches témoins du terrible tribut payé par toute une génération de jeunes américains, anglais, canadiens, allemands, etc. dont certains avaient à peine 16 ans.

Ces cimetières militaires ne comptabilisent pas les civils, femmes, enfants, vieillards, qui ont été tués lors des affrontements et dont le nombre, dans certains cas, est presque aussi élevé que celui des soldats tombés dans les combats. La bataille de Normandie, pendant laquelle les troupes allemandes ont tenté d’empêcher les troupes Alliées de prendre pied puis de progresser en France se solde par des centaines de milliers de morts au total. (Extrait)

https://fr.internationalism.org/

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10 juin 2019 ~ 0 Commentaire

chine (solidaires essf)

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La Chine concentre le quart des salarié·es du monde.

Cette revue fait suite à une délégation à Hong Kong, en novembre 2017, de l’Union syndicale Solidaires et de la centrale syndicale et populaire brésilienne CSP-Conlutas.

Elle s’appuie sur les propos recueillis à Hong Kong, en les croisant avec des documents publics émanant de nos interlocuteurs/trices et/ou de chercheurEs ayant leur confiance.Alors que le droit de grève n’y est pas explicitement reconnu, et malgré la répression qui frappe les grévistes, le pays connaît d’innombrables mouvements sociaux.

Bien qu’il n’existe pas d’organisation syndicale indépendante du patronat et du pouvoir, la Chine connaît de nombreuses grèves. La seule organisation autorisée à parler au nom des salarié·es est la centrale officielle et aucune autre n’est autorisée.

Les tentatives de former des syndicats indépendants sont nombreuses et ont souvent mené à l’emprisonnement nombre de leurs initiateur·trices. À propos de cette agitation sociale permanente, le Financial Times a même évoqué l’émergence d’un nouveau mouvement des travailleur·euses.

C’est à ce vaste sujet qu’est consacré cet ouvrage.

Avec l’appui de repères factuels, d’une chronologie, et d’un état de la situation économique du pays, le lecteur·trice pourra y découvrir la réalité sociale du plus grand atelier du monde. La question du mouvement syndical est également abordée.

Après avoir traité la réalité de la centrale syndicale unique, l’ouvrage s’attache à décrire le rôle des associations de défense des droits des salarié·es et leurs tentatives de construction d’un syndicalisme indépendant. Enfin, il aborde les questions de la mise en place d’une législation sociale, des droits et des libertés publiques, ainsi que les questions de la défense de l’environnement.

D’autres aspects sont simplement évoqués car ils ne pouvaient faire l’objet d’études détaillés dans le présent ouvrage : la politique intérieure et internationale de l’État chinois, la question paysanne, la place des femmes, le monde étudiant, les ethnies minoritaires et les questions religieuses.

https://www.syllepse.net/

http://www.europe-solidaire.org/

Lire aussi:

Dossier Hong Kong

Le week-end noir de Pékin Tiananmen, les 4 et 5 juin 1989

Hongkong. Pékin veut asphyxier l’édition indépendante (Essf)

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09 juin 2019 ~ 0 Commentaire

québec (gauche socialiste)

quebec

STRATEGIE REVOLUTIONNAIRE DANS L’ETAT CANADIEN

Là ou la décentralisation relative de l’Etat canadien et la fragmentation régionale de son économie a créé une situation potentiellement explosive, potentiellement dangereuse pour l’impérialisme canadien, c’est au Québec. Dans ce cas-ci, la fragmentation économique et régionale de l’Etat canadien ainsi que l’existence d’un appareil d’Etat provincial se sont conjuguées avec la question nationale pour déterminer un type d’insertion très spécifique du Québec dans la Confédération canadienne.

L’appareil d’Etat québécois est un phénomène contradictoire. D’une part, il est partie intégrante de l’appareil d’Etat canadien, au même titre que les autres appareils d’Etat provinciaux. En ce sens, il est le relai de la domination impérialiste canadienne sur le Québec. D’autre part, précisé-ment à cause des pouvoirs qui lui ont été concédés par la bourgeoisie canadienne, précisément parce que c’est le seul corps gouvernemental au sein de l’Etat canadien qui peut être « contrôlé » par la nation québécoise, il est perçu par les masses québécoise comme une institution nationale.

L’Etat provincial est donc à la fois un relai de la politique impérialiste et un canal d’expression des aspirations nationales des masses québécoises. C’est ce qui détermine la forme de ces aspirations nationales comme nationalistes québécoises plutôt que nationalistes canadiennes françaises et qui définit ces aspirations par rapport au territoire du Québec. C’est là le fondement du caractère indépendantiste que tend à prend la volonté d’autodétermination.

A un autre niveau, chaque pas dans la construction de l’Etat canadien a été précédé par l’annexion et la conquête des territoire des habitants déjà établis sur différents portions de ce qui constitue actuellement son territoire. La conquête et l’oppression des divers peuples étaient la précondition politique à la fondation d’un Etat bourgeois unifié au Canada. La poursuite et le maintien de cette oppression demeure une nécessité absolue à la survie de cet Etat. Malgré la brutalité du processus, le capitalisme canadien n’a réalisé ni l’assimilation de ces peuples, ni le peuplement d’une partie des terres qu’il a annexées. C’est le cas pour les Acadiens, les nations amérindiennes, les Inuits et les Québécois-e-s.

Les limitations de cette conquête sont les plus visibles au Québec où les effets de la Conquête furent de stimuler et d’accélérer le développement d’une nation distincte qui possède non seule-ment un territoire et une langue distinctes, mais aussi une une structure sociale et économique qui lui est particulière.

La nation québécoise constitue la plus importante des nations opprimées dans l’Etat canadien. Cette oppression nationale s’articule d’abord aux niveaux politique et culturel. Le Québec n’a jamais décidé librement de son entrée dans la confédération canadienne. La constitution actuelle ne reconnait pas le droit du Québec à l’auto-détermination ni même son existence comme nation distincte. Au niveau linguistique et culturel, les Québécois-e-s sont victimes de discrimination. L’anglais reste au Québec même la langue de la promotion sociale. Les velléités de défendre les lois linguistiques, l’adoption de la loi 101, a fait l’objet d’attaques constantes pas les tribunaux fédéraux.

La bourgeoisie canadienne a composé encore moins avec les autres minorités nationales. Elles s’est contentée de les parquer, de nier tous leurs droits et de viser à leur assimilation. Mainte-nues sous un règne colonial, les nations amérindiennes et Inuit vivent dans des conditions de misère : les conditions de logement et de santé sont déplorables.

Non seulement on nie leur droit à l’autodétermination mais les administrations tant fédérale que provinciales ont toujours cherché à obtenir l’extinction de leurs droits territoriaux. La volonté de la bourgeoisie impérialiste de se réserver le contrôle absolu des ressources énergétiques et minières du grand nord canadien exerce une pression sur les gouvernement canadien et provinciaux pour qu’ils refusent de reconnaître les droits nationaux des autochtones.

La classe ouvrière québécoise et la question nationale.

La classe ouvrière québécoise a des origines complètement différentes de la classe ouvrière canadienne anglaise. Tandis que cette dernière est le produit d’une immigration relativement récente venant de la Grande-Bretagne et de l’Europe, la classe ouvrière québécoise se constitue par la prolétarisation d’une paysannerie catholique devenue conservatrice après la défaite de 1837.

C’est également à cette époque que le clergé catholique devait finalement prendre le dessus. Ce procesus de prolétarisation devait prendre son envol à la fin du 19è siècle. Les caractéristiques propres de ce prolétariat national découlent de ses origines, de la forme du développement du capitalisme (marquée par le renforcement de la domination impérialiste) et par l’existence d’une main-d’oeuvre nationale séparée (étant donné à la fois les facteurs linguistiques et économi-ques).

Les grosses concentrations ouvrières se retrouvent dans l’aluminium, les pâtes et papier, les équipements électriques, les textiles, les mines et la construction. Cependant comparativement aux classes ouvrières des pays capitalistes avancés, ces concentrations restes limitées. La majorité de la classe ouvrière est dispersé dans plusieurs milliers de petites et moyennes entreprises.

Le prolétariat recouvre également les travailleuses et les travailleurs du secteur public qui comptent près de 435 000 personnes. Il ne faut pas oublier les travailleuses et les travailleurs des services privés : restauration, communication, transports, finance, services… dont le personnel d’exécution doit être considérée comme faisant partie de la classe ouvrière. Il faut aussi ajouter les chômeuses, chomeurs et assisté-e-s sociales et sociaux qui comptent près de 1 million de personnes. Socialement très diversifiée, l’unité de la classe ouvrière québécoise est actuellement l’unité dans la soumission aux forces nationalistes populistes sur le plan politique. Sur le plan syndical, la division règne.

L’oppression nationale du Québec ne se réduit pas à une addition de manifestations spécifiques de l’oppression dans le domaine économique, social, linguistique et culturel. Elle se manifeste d’abord par le fait que le Québec est emprisonné dans un carcan qui l’empêche de choisir libre-ment son destin et qui l’empêche de contrer les différentes facette de l’oppression nationale. Des couches importantes des masses québécoises ont pris conscience de cette réalité et ne cher-chent plus une solution dans le sens de la récupération de pouvoirs pour le gouvernement du Québec, mais par la volonté de rupture avec l’Etat fédéral. C’est pourquoi, on peut dire que l’oppression nationale déterminent chez les larges masses un mode de radicalisation nationaliste et populiste.

Mais la forme que prend la politisation de la classe ouvrière n’est pas d’abord déterminée par l’oppression nationale. La forme que prend le nationalisme populiste est d’abord déterminée par la structuration du champ politique. Un vague instinct anti-impérialiste toujours présent dans la nation dominée se trouve accentué par l’ensemble des facteurs qui donnent lieu à la montée des luttes ouvrières.

C’est là la base de l’utilisation du discours nationaliste par les forces bourgeoises et petites bourgeoises visant à développer leur hégémonie sur la classe ouvrière et les couches populaires au Québec. Ce discours tire sa force de conviction parce qu’il propose une solution « québécoise » à l’oppression nationale et aux revendications des masses.

Le poids de l’idéologie nationale et populiste, conséquente de l’oppression nationale a constitué un obstacle décisif au développement de l’autonomie de la classe ouvrière au Québec. Histori-quement, la fraction social-démocrate du mouvement syndicale, à cause de son incompréhen-sion de la question syndicale n’a jamais pu lancer avec un succès un parti ouvrier réformiste.

D’autre part, pour le prolétariat et les masses populaires au Québec, l’indépendantisme contem-porain a constitué l’enveloppe de leur indignation sociale, de leur refus de la situation qui lui était fait. La montée de l’indépendantisme dans la classe ouvrière a été l’expression de la radicalisa-tion sociale profonde produite par les effets de la domination impérialiste.

Le sens et la nécessité de la lutte pour l’indépendance du Québec

La lutte des classes au Québec et le rôle particulier que joue la question nationale dans l’Etat canadien font de l’indépendance un des éléments clés pour la destruction de l’Etat impérialiste canadien et pour commencer à jeter les bases du socialisme à l’échelle de tout le territoire de cet Etat.

Le Québec est un maillon faible de l’impérialisme canadien. Economiquement, l’impérialisme canadien a besoin de conserver le Québec comme une liaison territoriale avec les provinces maritimes et son débouché sur l’Atlantique de même que sur la voie maritime du St-Laurent.

Le Québec représente presque 30% du marché intérieur canadien. Il constitue un des principaux centre d’extraction des richesses naturelles pour l’économie canadienne. La création d’un Etat indépendant créerait des contradictions économiques considérables pour l’impérialisme cana-dien. Politiquement en affaiblissant l’Etat canadien central, l’indépendance du Québec exacer-berait la fragmentation économique et régionale du pays.

L’Etat canadien tel qu’historiquement constitué serait atteint au coeur même de ses fondements. Socialement, l’affaiblissement économique et politique de la bourgeoisie canadienne créerait des conditions plus favorables à la lutte des classes au Canada même. Un des principaux ciments à la collaboration de classe au Canada-anglais, le mythe de l’ »unité nationale », le front interclassiste pour la subjugation nationale du Québec serait détruit.

Dans une société où toute la vie politique a été dominée depuis des siècles par la question nationale, il est inévitable que la classe ouvrière atteindra son indépendance de classe autour de l’axe de sa propre solution prolétarienne à la question nationale. La mobilisation révolutionnaire de la classe ouvrière québécoise suppose nécessairement sa mobilisation sur un axe de libéra-tion nationale, car l’oppression nationale et la lutte contre elle sont des réalités qui se posent nécessairement à la classe ouvrière québécoise et qu’on ne peut pas mettre de côté en attendant le renversement de l’Etat canadien dans son son ensemble.

La perpective indépendantiste constitue pour les masses québécoises la concrétisation la plus claire de la rupture avec la confédération impérialiste ; elle dresse directement la classe ouvrière directement contre les intérêts de la bourgeoisie canadienne et contre l’instrument central de sa domination politique sur le Québec et les classes ouvrières des deux nations, l’Etat fédéral.

L’indépendantisme remet en question la survie même de la structure étatique canadienne telle qu’on la connait. Plus immédiatement, un mouvement indépendantiste prolétarien de masse détruirait le mythe de l’unité nationale canadienne, révèlerait le caractère de « prison des peuples » de la confédération canadienne et exacerberaient l’ensemble des contradictions qui traversent déjà la structure étatique de l’Etat impérialiste canadien.

Lutte pour l’indépendance de classe passe par le fait que la classe ouvrière arrache la direction du mouvement national au forces bourgeoises et petites bourgeoises. En effet, la bourgeoisie québécoise est incapable de mener la lutte indépendantiste qui impliquerait une rupture frontale avec l’impérialisme canadien. L’histoire du PQ dans la dernière décennie est la démonstration de cette thèse.

Seule la classe ouvrière peut mener cette lutte jusqu’au bout. La reprise de la lutte pour l’indépendance par le mouvement ouvrier et les masses populaires permettrait d’arracher les masses à l’influence des forces nationalistes bourgeoises et petites-bourgeoises qui se cantonnent dans l’autonomisme. (Extraits)

G.S.1989

dimanche 8 septembre 2002 Gauche socialiste

https://www.lagauche.ca/

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08 juin 2019 ~ 0 Commentaire

question nationale (marxist.org)

nationalisme

La question nationale

La langue est le plus important instrument de liaison d’homme à homme, et, par conséquent, de liaison dans l’économie. Elle devient une langue nationale avec la victoire de la circulation marchande qui unit une nation.

Sur cette base s’établit l’Etat national, en tant que terrain le plus commode, le plus avantageux et normal des rapports capitalistes. Dans l’Europe occidentale, l’époque de la formation des nations bourgeoises, si nous laissons de côté la lutte des Pays-Bas pour l’indépendance et le sort de l’Angleterre insulaire, a commencé par la grande Révolution française et dans l’essentiel s’est achevée, à peu près en un siècle, par la constitution de l’Empire allemand.

Mais, dans la période où l’Etat national en Europe avait déjà cessé d’absorber les forces de production et se développait en Etat impérialiste, on n’en était encore en Orient – en Perse, dans les Balkans, en Chine, dans l’Inde – qu’au début de l’ère des révolutions nationales-démocratiques dont l’impulsion fut donnée par la Révolution russe de 1905.

La guerre des Balkans en 1912 représenta l’achèvement de la formation des Etats nationaux au sud-est de l’Europe. La guerre impérialiste qui suivit paracheva en cours de route, en Europe, l’œuvre incomplète des révolutions nationales en amenant le démembrement de l’Autriche-Hongrie, la création d’une Pologne indépendante et d’Etats limitrophes qui se détachèrent de l’Empire des tsars. (…)

Aux soixante-dix millions de Grands-Russiens qui constituaient le massif central du pays s’ajoutèrent graduellement environ quatre-vingt-dix millions d’ »allogènes » qui se divisaient nettement en deux groupes : les Occidentaux, supérieurs aux Grands-Russiens par leur culture, et les Orientaux, d’un niveau inférieur. Ainsi se constitua un empire dans lequel la nationalité dominante ne représentait que 43 % de la population, tandis que 57 % (dont 17 % d’Ukrainiens, 6 % de Polonais, 4,5 % de Blancs-Russes) se rapportaient à des nationalités diverses par leur degré de culture et leur inégalité de droits.

Les avides exigences de l’Etat et l’indigence de la base paysanne sous les classes dominantes engendraient les formes les plus féroces d’exploitation. L’oppression nationale en Russie était infiniment plus brutale que dans les Etats voisins, non seulement sur la frontière occidentale, mais même sur la frontière orientale. Le grand nombre des nations lésées en droit, et l’acuité de leur situation juridique donnaient au problème national dans la Russie tsariste une force explosive énorme.

Si, dans les Etats de nationalité homogène, la révolution bourgeoise développait de puissantes tendances centripètes, passant sous le signe d’une lutte contre le particularisme comme en France, ou bien d’un morcellement national comme en Italie et en Allemagne – dans les Etats hétérogènes tels que la Turquie, la Russie, l’Autriche-Hongrie, la révolution attardée de la bourgeoisie déchaînait, au contraire, les forces centrifuges.

Malgré l’évidente opposition de ces processus, exprimée en termes de mécanique, leur fonction historique est la même dans la mesure où, dans les deux cas, il s’agit d’utiliser l’unité nationale comme un réservoir économique important : il fallait pour cela faire l’unité de l’Allemagne, il fallait au contraire démembrer l’Autriche-Hongrie.

Lénine avait lutté obstinément, notamment contre Rosa Luxembourg pour le fameux paragraphe 9 du vieux programme du parti, formulant le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, c’est-à-dire à se séparer complètement de l’Etat. Par là, le parti bolcheviste ne se chargeait nullement de faire une propagande séparatiste, il s’obligeait seulement à résister avec intransigeance à toutes espèces d’oppression nationale et, dans ce nombre, à la rétention par la force de telle ou telle nationalité dans les limites d’un Etat commun. C’est seulement par cette voie que le prolétariat russe put graduellement conquérir la confiance des nationalités opprimées.(…)

Le renversement de la monarchie devait, pour les nations opprimées de la Russie, de toute nécessité, signifier aussi leur révolution nationale. Ici se manifesta, cependant ce qui s’était produit dans tous les autres domaines du régime de Février : la démocratie officielle, liée par sa dépendance politique à l’égard de la bourgeoisie impérialiste, se trouva absolument incapable de détruire les vieilles entraves.

L’égalité formelle des droits juridiques était surtout à l’avantage des israélites : le nombre des lois qui limitaient leurs droits atteignait le chiffre de six cent cinquante. En outre, comme nationalité exclusivement urbaine et des plus dispersée, les Juifs ne pouvaient prétendre non seulement à une indépendance dans l’Etat, mais même à une autonomie territoriale. En ce qui concerne le projet dit d’une  » autonomie nationalo-culturelle  », qui devait unir les Juifs sur l’étendue de tout le pays autour des écoles et d’autres institutions, cette utopie réactionnaire, empruntée par divers groupes juifs au théoricien autrichien Otto Bauer, fondit dès le premier jour de la liberté comme de la cire sous les rayons du soleil. (…)

L’égalité des droits civils ne donnait rien aux Finnois qui cherchaient non point l’égalité avec les Russes, mais leur indépendance vis-à-vis de la Russie. Elle n’apportait rien aux Ukrainiens qui, auparavant, n’avaient connu aucune restriction, parce qu’on les avait de force déclarés Russes. Elle ne changeait rien à la situation des Lettons et des Estoniens, écrasés par la propriété foncière allemande et par la ville russo-allemande.

Elle ne soulageait en rien dans leurs destinées les peuples et peuplades arriérés de l’Asie, maintenus dans les bas-fonds du manque de droits juridiques non par des restrictions, mais par les chaînes d’un servage économique et culturel. Toutes ces questions, la coalition libéralo-conciliatrice ne voulait même pas les poser. l’Etat démocratique restait toujours le même Etat du fonctionnaire grand-russien qui ne se disposait à céder sa place à personne.

A mesure que la révolution gagnait des masses plus profondes dans la périphérie, plus il devenait manifeste que la langue officielle était là-bas celle des classes possédantes. Le régime de la démocratie pour la forme, avec la liberté de la presse et des réunions, contraignit les nationalités arriérées et opprimées à sentir encore plus douloureusement combien elles étaient privées des moyens les plus élémentaires d’un développement culturel : écoles à elles, tribunaux à elles, et leur fonctionnariat.

Les renvoi à la future Assemblée constituante étaient seulement irritants : car enfin, dans l’Assemblée, devaient dominer les mêmes partis qui avaient créé le gouvernement provisoire et continuaient à maintenir les traditions des russificateurs, marquant avec âpreté la limite au-delà de laquelle les classes dirigeantes ne voulaient pas aller.(…)

Les meilleures terres qui avaient été saisies, sous le régime tsariste, chez les Bachkirs, les Bouriates, les Kirghiz et d’autres nomades, continuaient à rester entre les mains des propriétaires nobles et des paysans russes cossus, dispersés dans des oasis de colonisation parmi la population indigène. Le réveil de l’esprit d’indépendance nationale signifiait ici avant tout la lutte contre les colonisateurs qui avaient créé un morcellement artificiel et avaient condamné les nomades à la famine et au dépérissement. D’autre part, les intrus défendaient avec acharnement contre «  le séparatisme  » des Asiatiques l’unité de la Russie, c’est-à-dire de leurs pillages. La haine des colons à l’égard du des indigènes prenait des formes zoologiques. Dans Transbaïkalie l’on préparait en hâte des pogroms bouriates, la direction de socialistes-révolutionnaires de Mars, représentés par des greffiers de canton et des sous-off’s revenus du front.

Même les imans de la religion musulmane qui avaient levé sur les populations de montagne et les peuplades réveillées du Caucase septentrional l’étendard vert du Coran, dans tous les cas où la pression d’en bas les mettait en situation difficile, insistaient sur la nécessité de différer  » jusqu’à l’Assemblée constituante  ». Cela devint le mot d’ordre des conservateurs, de la réaction, des intérêts et privilèges cupides dans toutes les parties du pays. L’appel à l’Assemblée constituante signifiait : différer et temporiser. La temporisation signifiait : réunir des forces et étouffer la révolution.

Dans les cas où ils coïncidaient avec des contradictions de classes, les antagonismes nationaux prenaient une acuité particulière. La lutte séculaire entre la paysannerie lettone et les barons allemands poussa, au début de la guerre, bien des milliers de travailleurs lettons à s’engager volontairement dans l’armée. Les régiments de chasseurs composés de journaliers et de paysans lettons comptaient parmi les meilleurs sur le front. Cependant, en mai, ils se prononçaient déjà pour le pouvoir des soviets. Le nationalisme ne se trouva être que l’enveloppe d’un bolchevisme peu mûr. Un processus analogue avait lieu aussi en Estonie.

En Russie Blanche – où se trouvaient des propriétaires polonais ou polonisés, une population juive dans les villes et les localités, ainsi qu’un fonctionnariat russe – la paysannerie doublement et triplement opprimée, sous l’influence du front proche, dirigea dès avant Octobre sa révolte nationale et sociale dans le courant du bolchevisme. Aux élections pour l’Assemblée constituante, la masse écrasante des paysans de la Russie Blanche votera pour les bolcheviks.

Tous ces processus dans lesquels la dignité nationale éveillée se combinait avec une indignation sociale, tantôt la retenant, tantôt la poussant en avant, trouvaient au plus haut degré leur expression vive dans l’armée où se créaient fiévreusement des régiments nationaux, tantôt patronnés, tantôt tolérés, tantôt persécutés par le pouvoir central, suivant leur attitude vis-à-vis de la guerre et des bolcheviks, mais qui, dans l’ensemble, se tournaient avec une hostilité de plus en plus grande contre Pétrograd. (…)

En octobre, au congrès des Bouriates, dans le lointain Verkhnéoudinsk, un rapporteur témoignait : dans la situation des allogènes  » la Révolution de Février n’a rien apporté de neuf  ». Un pareil bilan forçait sinon à se ranger du côté des bolcheviks, du moins à observer à leur égard une neutralité plus amicale.

Le parti bolchevik fut loin d’occuper immédiatement après l’insurrection la position dans la question nationale qui lui assura finalement la victoire. Pendant les années de guerre (1914 1917), le parti s’était tellement affaibli, le niveau théorique et politique des cadres s’était tellement abaissé, que la direction officielle prit aussi dans la question nationale, jusqu’à l’arrivée de Lénine, une position extrêmement embrouillée et hésitante…  Léon Trotsky 1930. (Extraits)

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06 juin 2019 ~ 0 Commentaire

guerre 2 (ernest mandel)

indes

Les britanniques contre les indiens

Cinq guerres

Tout d’abord, il y avait bien entendu une guerre inter-impérialiste, une guerre entre les impérialismes nazi, italien, et japonais d’une part, et les impérialismes Anglo-Américain-Français d’autre part. Cette guerre était de nature réactionnaire, une guerre entre différents groupes de puissances impérialistes. Nous n’avons rien eu à faire avec cette guerre, nous étions totalement contre elle.

En second lieu, il y avait une guerre juste de défense nationale menée par le peuple Chinois, un pays semi-colonial opprimé, à l’encontre de l’impérialisme japonais. Malgré l’alliance de Chiang Kai-Shek avec l’impérialisme américain, rien ne pouvait justifier que les révolutionnaires modi-fient leur jugement sur la nature de la guerre chinoise.

C’était une guerre de libération nationale contre une armée de pillards, les impérialistes japo-nais, qui ont voulu asservir les chinois. Trotsky était absolument clair et sans ambiguïtés sur cette quesiton. Cette guerre d’indépendance a commencé avant la Deuxième Guerre Mondiale, en 1937, et, d’une certaine manière, elle avait déjà commencé en 1931 avec l’occupation de la Mandchourie par les Japonais. Elle s’est ensuite entrelacée avec la Deuxième Guerre Mondiale, tout en restant un élément séparé et autonome de cette dernière.

Troisièmement, il y avait une guerre juste de défense nationale de l’Union Soviétique, un Etat ouvrier, même si bureaucratiquement dégénéré, contre une puissance impérialiste. Le fait que la direction soviétique s’est alliée, non seulement militairement – ce qui était absolument justifié – mais également politiquement avec les impérialismes occidentaux, n’a nullement modifié la nature juste de cette guerre.

La guerre des ouvriers, des paysans, des peuples et de l’Etat soviétiques pour défendre l’URSS contre l’impérialisme allemand était une guerre juste, de n’importe quel point de vue marxiste qu’on l’analyse. Dans cette guerre nous étions à cent pour cent pour la victoire du camp sovié-tique, sans aucune réserve. Nous étions pour la victoire totale des soviétiques contre les criminels nazis.

Quatrièmement, il y avait une guerre juste de libération nationale des peuples coloniaux oppri-més de l’Afrique et de l’Asie (en Amérique latine il n’y avait nulle part de tels mouvements), initiée par les masses contre l’impérialisme britannique et français, mais aussi contre l’impérialis-me japonais – et parfois en même temps ou successivement contre ces impérialismes, comme ce fut le cas en Indochine (Vietnam).

Il s’agissait là encore de guerres de libération nationale absolument justifiées et ce indépendam-ment du caractère particulier de la puissance impérialiste en question. Nous étions, avec justes-se, en faveur de la victoire du soulèvement Indien contre l’impérialisme britannique, ainsi qu’avec le début d’un tel soulèvement à Ceylan (Sri Lanka), nous étions en faveur de la victoire des guérilleros birmans, indochinois, et indonésiens contre l’impérialisme japonais, français, et hollandais qui ont successivement occupé et opprimé ces peuples. Aux Philippines la situation était encore plus complexe.

Je ne veux pas entrer dans tous les détails, mais le point de départ est que toutes ces guerres de libération nationale étaient des guerres justes, indépendamment de la nature de leur direction politique. Il n’est pas nécessaire de placer sa confiance politique ou de donner un appui politique aux chefs d’une lutte particulière de libération nationale avant d’évaluer la justesse de cette lutte. Quand une grève est menée par des bureaucrates syndicaux envers lesquels vous n’avez aucune confiance, cela ne vous empêche nullement de soutenir la grève proprement dite.

J’en arrive à présent à la cinquième guerre, qui est la plus complexe.

Je ne dirais pas qu’elle existait dans la totalité de l’Europe occupée par l’impérialisme nazi, mais elle fut particulièrement prononcée dans deux pays, la Yougoslavie et la Grèce, présente en grande partie en Pologne, et naissante en France et en Italie. C’était une guerre de libération menée par les ouvriers, les paysans, et la petite-bougeoisie urbaine opprimés contre les impérialistes nazis et leurs faire-valoir locaux.

Il est vrai que si la direction de cette résistance de masse demeurait entre les mains des nationalistes bourgeois, des staliniens ou des sociaux-démocrates, elle pouvait être par la suite trahie au profit des impérialismes occidentaux. Mais c’était justement le devoir des révolution-naires d’empêcher que cette trahison se produire en essayant de disputer la direction de la conduite du mouvement. Empêcher une telle trahison en s’abstenant de participer à la résistance était illusoire.

Nous devons comprendre que ce qui a commencé en Europe en 1941 était véritablement une nouvelle variante du processus de la révolution permanente, un processus dynamique qui pouvait transformer le mouvement de la résistance en révolution socialiste. Je dis, « pouvait », mais dans au moins un exemple, c’est exactement ce qui s’est réellement produit : en Yougos-lavie. Dans ce pays, un processus de révolution socialiste authentique a eu lieu et ce au-delà de toutes nos critiques sur la manière bureaucratique avec laquelle il a été mené à bien, les crimes qui ont été commis en son nom, ou les déviations politiques et idéologiques qui ont accompagné ce processus.

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06 juin 2019 ~ 0 Commentaire

guerre 1 (ernest mandel)

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Seconde guerre mondiale

Les communistes ont été instruits dans le principe du rejet de « la défense nationale » ou de la « défense de la patrie ». Cette position a signifié un refus total de s’impliquer dans n’importe quelle guerre inter-impérialiste. Le mouvement trotskyste a été instruit dans le même esprit. C’était d’autant plus nécessaire qu’ avec le tournant droitier du Comintern et le pacte Laval-Staline de 1935, les staliniens des pays de l’Europe de l’ouest, et dans quelques pays coloniaux, se sont transformés en avocats du chauvinisme pro-impérialiste au nom de la « lutte anti-fasciste ».

En Inde, par exemple, ce tournant a mené les staliniens à la trahison désastreuse du soulève-ment national de 1942. Quand le soulèvement a éclaté, les colonialistes britanniques ont libéré les chefs du Parti communiste indien afin de les transformer en agitateurs contre la révolte et en propagandistes de la guerre impérialiste. Cette cruelle trahison a détourné les masses du socialis-me qui se sont alors tournées vers le parti nationaliste bourgeois du Congrès dont l’influence n’a cessé de croître au cours des années suivantes.

Dans les pays impérialistes, notre mouvement a été fortement inoculé contre le nationalisme, contre l’idée de soutenir les efforts de guerre impérialistes sous quelque forme que ce soit. Ce fut un bon enseignement, et je ne proposerai nullement de remettre en question cette tradition. Mais cette dernière a laissé hors de considération certains éléments de la position léniniste, beaucoup plus complexe qu’on ne le croit, sur la Première Guerre Mondiale.

Il n’est tout bonnement pas vrai que la position de Lénine puisse être réduite à la formule : « C’est une guerre impérialiste réactionnaire. Nous n’avons rien à faire avec elle ». La position de Lénine était beaucoup plus sophistiquée. Il a ainsi déclaré qu’ : »Il y a au moins deux guerres, et nous voulons représenter une troisième ». Cette « troisième guerre » étant la guerre civile révolutionnaire contre la bougeoisie, qui s’est effectivement déroulée en Russie.

Au sein du courant internationaliste qui n’a pas succombé au « social-patriotisme de la IIe Internationale », Lénine a mené une lutte déterminée contre une certaine forme de sectarisme qui ne voyait pas la distinction entre les deux guerres.

Il a notamment précisé : “Il y a une guerre inter-impérialiste. Avec cette guerre nous n’avons rien à faire. Mais il y a également des guerres de libération nationale menées par des nationalités opprimées. Le soulèvement irlandais est à cent pour cent justifié. Même si l’impérialisme alle-mand a essayé d’en profiter, même si les chefs du mouvement national ont maille à partie avec les Allemands, ceci ne change en rien la nature juste de la guerre irlandaise d’indépendance contre l’impérialisme britannique.

C’est la même chose avec la lutte de libération nationale dans les colonies et les semi-colonies, les mouvements nationaux indien, turc, persan”. Et d’ajouter : “C’est également valable pour les nationalités opprimées en Russie et en Austro-Hongrie. Le mouvement national polonais est un mouvement juste, le mouvement national tchèque est un mouvement juste. Un mouvement de libération mené par n’importe quelle nationalité opprimée contre l’oppresseur impérialiste est un mouvement de nature juste. Et le fait que les directions de ces mouvements pourraient les trahir en les associant politiquement et administrativement à l’impérialisme est une raison de dénoncer ses chefs, mais pas de condamner ces mouvements en tant que tels”.

Si nous regardons le problème posé par la Deuxième Guerre Mondiale d’une manière plus dialectique, à partir d’un point de vue léniniste plus correct, nous retrouvons une situation extrê-mement complexe. Je dirais, au risque de le souligner un peu trop fortement, que la Deuxième Guerre Mondiale était en réalité une combinaison de cinq guerres différentes. Cela peut sembler une analyse absurde à première vue, mais je pense qu’un examen plus approfondi le confirmera.

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05 juin 2019 ~ 0 Commentaire

anar brest (goater)

greve generale

Nous ferons la grève générale.

Jules Le Gall, les anarchistes et l’anarcho-syndicalisme à Brest et en Bretagne

Dans la Bretagne de la première moitié du 20è siècle, les Anarchistes ont pu créer à Brest et Lorient de véritables enclaves libertaires.

Jules Le Gall (1881-1944), militant ouvrier à l’arsenal de Brest, puis libraire, en devient la figure la plus connue. Il s’attire de violentes attaques de ses adversaires, qui le surnomment le « camelot » de l’Anarchie.

Fondant le groupe libertaire brestois, il veut créer une Maison du Peuple, qui saura allier la force de la revendication à la beauté de la culture. Le théâtre devient un moyen de divertir et d’édu-quer le peuple.

Après la guerre, pacifiste convaincu et militant internationaliste, il se bat pour le droit d’asile pour les anarchistes espagnols et italiens. Son grand combat sera la création d’un comité de défense des anarchistes américains, Sacco et Vanzetti. Il accueille également Nestor Makhno à Brest en 1927.
La guerre d’Espagne sera son dernier combat, le prélude à un conflit généralisé, qu’une seconde fois, les militants révolutionnaires n’auront pas pu empêcher.

Dénoncé en 1941 auprès des Allemands comme anarchiste et franc-maçon, il sera arrêté, et décède au camp de Buchenwald en juin 1944. « Oublié » dans l’euphorie de la victoire et effacé de la mémoire ouvrière.

Son histoire est une histoire de solidarité et d’amitié. Autour de lui, un cercle d’amis prend vie : Victor Pengam, le syndicaliste, promoteur du cinéma militant et des « pupilles » de la CGT, René Lochu, et ses amis de la Maison du Peuple.

Jean-Yves GUENGANT a publié des ouvrages et des articles consacrés aux mouvements utopistes en Bretagne. Son dernier ouvrage : « Pour un nouveau monde: les utopistes bretons au 19è siècle », Apogée, 2015. Il vit à Brest.

Le livre est fortement illustré de documents d’époque, d’affiches et de photographies.

Jean-Yves Guengant

http://www.editions-goater.org/

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04 juin 2019 ~ 0 Commentaire

révolution (marxist.org)

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COMMENT SE FORME UNE SITUATION REVOLUTIONNAIRE ?

La prémisse économique de la révolution socialiste.

La première et la plus importante prémisse d’une situation révolutionnaire, c’est l’exacerbation intolérable des contradictions entre les forces productives et les formes de la propriété. La nation cesse d’aller de l’avant. L’arrêt dans le développement de la puissance économique et, encore plus, sa régression signifient que le système capitaliste de production s’est définitivement épuisé et doit céder la place au système socialiste.

La crise actuelle, qui embrasse tous les pays et rejette l’économie des dizaines d’années en arrière, a définitivement poussé le système bourgeois jusqu’à l’absurde. Si à l’aurore du capitalisme des ouvriers affamés et ignorants ont brisé les machines, maintenant ceux qui détruisent les machines et les usines ce sont les capitalistes eux-mêmes. Avec le maintien ultérieur de la propriété privée des moyens de production, l’humanité est menacée de barbarie et de dégénérescence.

La base de la société, c’est son économie. Cette base est mûre pour le socialisme dans un double sens : la technique moderne a atteint un tel degré qu’elle pourrait assurer un bien-être élevé au peuple et à toute l’humanité ; mais la propriété capitaliste, qui se survit, voue les peuples à une pauvreté et à des souffrances toujours plus grandes.

La prémisse fondamentale, économique, du socialisme existe depuis déjà longtemps. Mais le capitalisme ne disparaîtra pas de lui-même de la scène. Seule la classe ouvrière peut arracher les forces productives des mains des exploiteurs et des étrangleurs.

L’histoire pose avec acuité cette tâche devant nous. Si le prolétariat se trouve pour telle ou telle raison incapable de renverser la bourgeoisie et de prendre le pouvoir, s’il est, par exemple, paralysé par ses propres partis et ses propres syndicats, le déclin de l’économie et de la civilisation se poursuivra, les calamités s’accroîtront, le désespoir et la prostration s’empareront des masses, le capitalisme-décrépit, pourrissant, vermoulu, étranglera toujours plus fort les peuples, en les entraînant dans l’abîme de nouvelles guerres. Hors de la révolution socialiste, point de salut.

Est-ce la dernière crise du capitalisme ou non ?

L’Internationale communiste essaya d’abord d’expliquer que la crise commencée en 1929 était la dernière crise du capitalisme. Deux ans après, Staline déclara que la crise actuelle n’est « vrai-semblablement » pas encore la dernière. Nous rencontrons aussi dans le camp socialiste la même tentative de prophétie: la dernière crise ou non  ? « Il est imprudent d’affirmer, écrit Blum dans Le Populaire du 23 février, que la crise actuelle est comme un spasme suprême du capitalisme, le dernier sursaut avant l’agonie et la décomposition. »

C’est le même point de vue qu’a Grumbach, qui dit le 26 février, à Mulhouse : « D’aucuns affir-ment que cette crise est passagère; les autres y voient la crise finale du système capitaliste. Nous n’osons pas encore nous prononcer définitivement. »

Dans cette façon de poser la question, il y a deux erreurs cardinales : premièrement, on mêle ensemble la crise conjoncturelle et la crise historique de tout le système capitaliste; secondement, on admet qu’indépendamment de l’activité consciente des classes, une crise puisse d’elle-même être la « dernière » crise.

Sous la domination du capital industriel, à l’époque de la libre concurrence, les montées conjoncturelles dépassaient de loin les crises; les premières étaient la « règle », les secondes l’ »exception »; le capitalisme dans son ensemble était en montée. Depuis la guerre, avec la domination du capital financier monopolisateur, les crises conjoncturelles surpassent de loin les ranimations; on peut dire que les crises sont devenue la règle, les montées l’exception; le développement économique dans son ensemble va vers le bas, et non vers le haut.

Néanmoins, des oscillations conjoncturelles sont inévitables et avec le capitalisme malade elles se perpétueront tant qu’existera le capitalisme. Et le capitalisme se perpétuera tant que la révolution prolétarienne ne l’aura pas achevé. Telle est la seule réponse correcte.

Fatalisme et marxisme.

Le révolutionnaire prolétarien doit avant tout comprendre que le marxisme, seule théorie scientifique de la révolution prolétarienne, n’a rien de commun avec l’attente fataliste de la « dernière » crise. Le marxisme est par son essence même une direction pour l’action révolutionnaire. Le marxisme n’ignore pas la volonté et le courage, mais les aide à trouver la voie juste.

Il n’y a aucune crise qui d’elle-même puisse être « mortelle » pour le capitalisme. Les oscillations de la conjoncture créent seulement une situation dans laquelle il sera plus facile ou plus difficile au prolétariat de renverser le capitalisme.

Le passage de la société bourgeoise à la société socialiste présuppose l’activité de gens vivants, qui font leur propre histoire. Ils ne la font pas au hasard ni selon leur bon plaisir, mais sous l’influence de causes objectives déterminées. Cependant, leurs propres actions-leur initiative, leur audace, leur dévouement ou, au contraire, leur sottise et leur lâcheté-entrent comme des anneaux nécessaires dans la chaîne du développement historique.

Personne n’a numéroté les crises du capitalisme et n’a indiqué par avance laquelle d’entre elles serait la « dernière ». Mais toute notre époque et surtout la crise actuelle dictent impérieusement au prolétariat: Prends le pouvoir! Si, pourtant, le parti ouvrier, malgré des conditions favorables, se révèle incapable de mener le prolétariat à la conquête du pouvoir la vie de la société continuera nécessairement sur les bases capitalistes-jusqu’à une nouvelle crise ou une nouvelle guerre, peut-être jusqu’au complet effondrement de la civilisation européenne.

La « dernière » crise et la « dernière » guerre.

La guerre impérialiste de 1914-1918 représenta aussi une « crise » dans la marche du capitalisme, et bien la plus terrible de toutes les crises possibles. Dans aucun livre il ne fut prédit si cette guerre serait la dernière folie sanglante du capitalisme ou non.

L’expérience de la Russie a montré que la guerre pouvait être la fin du capitalisme. En Allemagne et en Autriche le sort de la société bourgeoise dépendit entièrement en 1918 de la social-démocratie, mais ce parti se révéla être le domestique du capital.

En Italie et en France, le prolétariat aurait pu à la fin de la guerre conquérir le pouvoir, mais il n’avait pas à sa tête un parti révolutionnaire. En un mot, si la II° Internationale n’avait pas trahi au moment de la guerre la cause du socialisme pour le patriotisme bourgeois, toute l’histoire de l’Europe et de l’humanité se présenterait maintenant tout autrement. Le passé, assurément, n’est pas réparable. Mais on peut et on doit apprendre les leçons du passé.

Le développement du fascisme est en soi le témoignage irréfutable du fait que la classe ouvrière a terriblement tardé à remplir la tâche posée depuis longtemps devant elle par le déclin du capitalisme.

La phrase: cette crise n’est pas encore la « dernière », ne peut avoir qu’un seul sens: malgré les leçons de la guerre et des convulsions de l’après-guerre, les partis ouvriers n’ont pas encore su préparer ni eux-mêmes, ni le prolétariat, à la prise du pouvoir; pis encore, les chefs de ces partis ne voient pas encore jusqu’à maintenant la tâche elle-même, en la faisant retomber d’eux-mêmes, du parti et de la classe sur le « développement historique ».

Le fatalisme est une trahison théorique envers le marxisme et la justification de la trahison politique envers le prolétariat, c’est-à-dire la préparation d’une nouvelle capitulation devant une nouvelle « dernière » guerre. L’Internationale communiste est passée sur les positions du fatalisme social-démocrate.

Le fatalisme de la social-démocratie est un héritage de l’avant-guerre, quand le capitalisme grandissait presque sans cesse, que s’accroissait le nombre des ouvriers, qu’augmentait le nombre des membres du parti, des voix aux élections et des mandats. De cette montée automatique naquit peu à peu l’illusion réformiste qu’il suffit de continuer dans l’ancienne voie (propagande, élections, organisation) et la victoire viendra d’elle-même. (Réduit)

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Léon Trotsky Encore une fois, où va la France? (fin mars 1935)

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