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03 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

giscard (le monde diplo)

giscard

Le Déshonneur de Valéry Giscard d’Estaing.

Avant la lecture de ce pamphlet, on ne pouvait s’empêcher d’une certaine affection pour l’ancien président de la République française.

On ne pouvait oublier ni la loi sur l’avortement, ni le regroupement familial, ni l’abaissement de la majorité à 18 ans, parmi quelques réformes importantes de son septennat (1974-1981).

Mais on avait oublié la peine de mort et l’affaire Ranucci. Au printemps dernier, la presse hexagonale célèbre avec une certaine ostentation le 30è anniversaire de l’élection à la présidence de M. Valéry Giscard d’Estaing.

Le Monde propose notamment à l’ancien chef d’Etat de commenter quelques photos emblématiques de son passage à l’Elysée. Le commentaire – trois erreurs en trois phrases – accompagnant la photo de Christian Ranucci, l’un des condamnés à mort exécutés sous Giscard, entraîne l’auteur du Pull-Over rouge à reprendre aussitôt sa plume d’irréductible abolitionniste.

La démonstration est alors implacable contre celui qui prétendait avoir une « aversion profonde » envers la peine de mort. On reste confondu par ce mélange de mauvaise foi et de prétention qui semble avoir animé l’ancien président : durant la seule année 1977, ce « pourfendeur » de la peine capitale gracia quatre condamnés et en laissa guillotiner trois, tout en versant des larmes de crocodile. En refermant cet acte d’accusation, notre nostalgie giscardienne est bien entamée.

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03 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

erika (ecologistas)

erika

Pétrolier Erika (12 décembre 1999)

La forte tempête qui s’est produite au petit matin du 12 décembre 1999 a littéralement cassé l’ Erika en deux et plus de 20 000 tonnes de fioul ont été libérés à 400 kilomètres au large des côtes bretonnes.

Cette catastrophe écologique a changé la législation européenne sur la sécurité maritime, mais il reste à prouver que son application pratique permettra d’éviter d’autres catastrophes.
Après de nombreux voyages à travers le monde, l’Erika battait pavillon de Malte sur son chemin de Livourne (Italie) à Dunkerque (France).

Sous le commandement de Karun Mathur, l’homme d’orchestre – ainsi appelé par la presse française, car avec un équipage réduit il avait de nombreuses tâches à bord – a lancé le premier avertissement le 11 décembre à midi pour signaler une gîte sur tribord et des fissures dans les réservoirs.

Après plusieurs messages confus, la nuit est venueavec la forte houle et la cargaison mal répartie pour compenser le basculement ont fait des ravages sur le vieux navire qui, après avoir donné le SOS final à 6 heures du matin, a coulé quelques heures plus tard au large du golfe de Gascogne.

L’arrêt publié 7 ans plus tard par le tribunal correctionnel de Paris, a jugé qu’indépendamment des actions de l’équipage, l’accident était dû à une défaillance structurelle de la coque. Un problème qui aurait dû être détecté par l’entité qui a effectué la dernière inspection du navire : la société de certification RINA.

Le verdict a donc créé un précédent important en obligeant cette entité, ainsi que la compagnie pétrolière Total, le propriétaire et le gestionnaire du pétrolier, à verser 192 millions d’euros d’indemnisation.

Sur ce montant, 154 millions seraient pour l’État français et le reste pour les 101 parties civiles impliquées dans l’affaire. Toutefois, non seulement cela a été réalisé, mais la catastrophe a également mis en évidence la nécessité d’un cadre réglementaire plus efficace pour contrôler le transport maritime, ainsi que la reconnaissance pour la première fois dans ce domaine du délit de dommages environnementaux, une évolution juridique qui a été très bien accueillie par les organisations environnementales.

Suite au naufrage, une série de mesures connues sous le nom d’Erika I ont été mises en place.

Ce paquet, élaboré par la Direction générale des transports et de l’énergie de la Commission européenne, comprenait trois propositions réglementaires relatives aux critères de sécurité. Tout d’abord, il a été proposé d’améliorer les procédures d’inspection, notamment sur les pétroliers.

Dans le cas de l’Erika, une grande partie de la responsabilité, avec celle la compagnie pétrolière Total, est attribuée à la société italienne RINA, qui a effectué la dernière certification du navire sans signaler de déficiences, ce qui est considéré comme suspect compte tenu de l’usure normale d’un navire de 25 ans.

Deuxièmement, les conditions ont été renforcées pour les sociétés de classification – groupes de professionnels chargés de ces examens -, ce qui donne aux États membres de l’UE la compétence d’évaluer le respect des règles.

Enfin, l’entrée en vigueur de la double coque obligatoire pour les pétroliers a été accélérée. Cette mesure a déjà été établie par l’OMI (Organisation maritime internationale) en 1973, par le biais de la Convention européenne MARPOL, un accord international visant à prévenir la pollution par les navires de 25 ans et plus.

Étant donné le non-respect de la convention, il est paradoxal que cette troisième mesure ait été controversée sur un autre point, à savoir que la règle s’appliquerait aux navires battant pavillon de l’UE et aux navires faisant escale dans les ports communautaires, et n’empêcherait donc pas le transit de navires non communautaires dans les eaux de l’UE.

Ils ont toutefois été adoptés sans amendement dans cette troisième proposition. À la fin de la même année, le deuxième paquet de mesures – Erika II – a été proposé comme étant un peu plus pratique, car il complétait la législation précédente en mettant particulièrement l’accent sur la directive relative au contrôle du trafic maritime.

Cette intervention s’est faite par la mise en place du réseau SafeSeaNet, dans lequel les États membres partagent des informations sur leur flotte et les conditions de chaque navire. Ce système a été modernisé avec l’incorporation cette année d’un système d’identification et de suivi à longue distance – LRIT – qui transmet des informations sur le navire toutes les six heures. Ces deux opérations formalisent l’obligation de chaque navire de fournir des informations sur son état.

Cependant, ils ont été approuvés sans aucune modification de cette troisième proposition. À la fin de cette même année, le deuxième paquet de mesures – Erika II – a été proposé, ce qui était un peu plus pratique, car il complétait la législation précédente en mettant l’accent sur la directive relative au contrôle du trafic maritime.

Cette intervention s’est faite par la mise en place du réseau SafeSeaNet, dans lequel les États membres partagent des informations sur leur flotte et les conditions de chaque navire. Ce système a été modernisé avec l’incorporation cette année d’un système d’identification et de suivi à longue distance – LRIT – qui transmet des informations sur le navire toutes les six heures. Ces deux opérations formalisent l’obligation de chaque navire de fournir des informations sur son état.

Les deux autres propositions de règlement étaient : la création d’un fonds d’indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures -COPE-, renforçant ainsi la solvabilité des deux autres conventions existantes : la CLC (Convention internationale sur la responsabilité civile pour les dommages dus à la pollution, 1991) et le FIPOL (Fonds international d’indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures).

Ce nouveau fonds serait alimenté par les contributions des entreprises européennes qui reçoivent plus de 150 000 tonnes de pétrole brut par an. Deuxièmement, l’Agence européenne pour la sécurité maritime (AESM) a été créée pour fournir un soutien technique à la Commission européenne et aux États membres dans l’application des normes de sécurité et leur évaluation.

L’Erika III a été adopté en mars 2004 et prévoit sept propositions législatives basées sur : l’amélioration du contrôle des normes internationales par les navires battant pavillon européen, la révision de la législation sur le contrôle des ports par l’État afin d’améliorer l’efficacité des inspections, le renforcement de l’accueil des navires en difficulté et le soutien au développement du réseau SefeSeaNet, l’amélioration des règles relatives aux sociétés de classification, l’élaboration d’un cadre européen unique pour les enquêtes sur les accidents, la garantie d’une indemnisation équitable des personnes potentiellement touchées et l’introduction d’une directive sur la responsabilité civile des propriétaires de navires avec un régime d’assurance obligatoire.

https://www.ecologistasenaccion.org/

Lire aussi:

Erika (pétrolier)

 

 

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01 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

le pen 2 (socialist worker)

fachos milice

L’ère de Marine Le Pen

La France est entrée dans le 21è siècle comme la septième économie mondiale.

Toutefois, comme en Grande-Bretagne et dans d’autres grandes puissances européennes, certaines régions souffrent de désindustrialisation et de pauvreté extrême . Il s’agit, par exemple, de pans entiers du nord de la France et des banlieues entourant les grandes villes, où vivent les plus pauvres de la société française, dont beaucoup d’origine immigrée.

Ces communautés sont confrontées à l’isolement économique et à de mauvaises conditions de logement, ainsi qu’au racisme d’État et au harcèlement policier. L’absence de moyens contre ces inégalités a entraîné un déclin du vote des partis traditionnels, ce qui a permis au FN de devenir le troisième parti le plus important.

L’élection de Marine Le Pen à la tête du parti en 2011 a marqué à la fois une rupture avec l’héritage politique de son père mais aussi une continuité avec les idées de l’ancien FN. Elle a remporté un premier siège de conseillère régionale dans le Nord-Pas de Calais en 1988. En 2017, elle a été élue à l’Assemblée nationale dans la région du Pas de Calais, une ancienne zone minière qui a souffert de la désindustrialisation et du chômage, un bastion de gauche.

Son père a facilité son ascension grâce à la direction du parti, la nommant vice-présidente du FN en 2003, alors qu’elle avait été 34e aux élections du parti. Elle a remporté le poste de leader contre Bruno Gollnisch, représentant de longue date de la vieille garde du parti, en obtenant 67,65 % des voix.

Elle a fait l’éloge de son père dans son discours d’arrivée, citant sa « fermeté, son âme noble, sa persévérance, la vision et la bravoure ». Son père qui a financé sa campagne présidentielle de 2017 avec un prêt de 6 millions d’euros, même après qu’elle l’ait expulsé du parti.

Marine Le Pen a une grande visibilité médiatique et est souvent traitée comme une célébrité de la télévision.

Elle a intitulé son programme présidentiel 2012 : « Mon projet, pour la France et pour le peuple français ». Pour la campagne présidentielle de 2017, elle a simplement utilisé son prénom sur la publicité et a changé l’emblème du parti , une flamme tricolore (à l’origine inspirée du parti fasciste italien, Movimento Sociale Italiano MSI, pour une rose.

Après avoir atteint le second tour contre le candidat du centre de gravité Emmanuel Macron, elle a annoncé, deux semaines avant le vote final, qu’elle se retirait de la présidence du FN, en disant « Ce soir, je ne suis plus la présidente du Front national. Je suis la candidate à la présidence française ». L’élection de 2017 lui a permis de remporter plus de 10,6 millions de voix.

Marine Le Pen s’est engagée depuis longtemps dans la stratégie de dédiabolisation et son leadership représente une nouvelle phase, plus profonde, dans ce processus. Sa « Génération Le Pen » s’articule autour de ses jeunes membres qui souhaitent moderniser le parti.

Dans le cadre de cette stratégie, elle a tenté de prendre ses distances avec les membres du parti qui expriment des opinions plus extrêmes et qui participent à des actes de violence dans la rue. Comme le dit Wallerand de Saint-Just, le trésorier du parti : « Toute phrase maladroite ou malheureuse peut nous tuer. Et Marine Le Pen n’en est que trop consciente ».

Elle a également été l’instigatrice de changements dans les alliances internationales du parti, en retirant le parti d’un groupement européen avec d’autres partis fascistes. Elle n’appelle plus à une sortie de l’UE, s’engageant plutôt à la changer de l’intérieur. Elle considère la Russie comme un allié, affirmant qu’elle partage ses « valeurs sociales ». Elle a proposé « un axe nationaliste Washington-Paris-Moscou » avec Donald Trump et Vladimir Poutine.

Mais elle aussi a également dû maintenir un équilibre délicat. Elle veut conserver la base que le parti a construite au cours des décennies, tout en gagnant de nouveaux partisans. Lorsqu’elle s’exprime, elle continue à donner des signaux au hardcore du RN.

Racisme et Marine Le Pen

Les récents attentats terroristes ont permis une escalade toujours plus importante du racisme à l’encontre des musulmans. Marine Le Pen a cherché à en tirer parti, en présentant les musulmans de France comme des personnes qui alimentent le terrorisme et en affirmant que la France multiculturelle était devenue « une université pour les djihadistes ».

les auteurs des attentats terroristes : « Ces monstres sont aussi les enfants de la diversité ». L’islamophobie est si profondément ancrée au sein de la classe dirigeante française, et dans toute la société française, qu’elle fausse les politiques et les pratiques des partis et des mouvements de tout l’éventail politique.

La représentation de l’islam comme une religion arriérée, intrinsèquement oppressive pour les femmes et un défi à la laïcité, est devenue une vision de bon sens. En prétendant défendre les valeurs républicaines de laïcité lorsqu’elle attaque l’Islam, Marine Le Pen gagne à la fois la légitimité de son islamophobie et positionne le FN comme un défenseur de la République française, plutôt qu’un défi contre-révolutionnaire à celle-ci.

L’absence d’une opposition soutenue à l’islamophobie lui a permis de gagner en légitimité, même parmi certaines féministes et sections de la gauche. .

Marine Le Pen n’a pas inventé le récit raciste contre les musulmans, qui fait passer le sexisme de la société pour un produit de l’Islam, de l’immigration et du multiculturalisme. Cependant, en tant que femme dirigeante politique, elle a réussi à armer cette racialisation du sexisme, en affirmant que la société multiculturelle et l’immigration « font reculer les femmes de plusieurs siècles ».

Antisémitisme

L’antisémitisme fait toujours partie intégrante de la vision du monde de Marine Le Pen. Sa défense de la laïcité a pour effet de cibler implicitement les juifs pratiquants. Lorsqu’elle dénonce la fourniture de viande halal dans les écoles, elle inclut également la nourriture casher. Pourtant, elle déclare avoir rompu avec l’antisémitisme auquel le parti a adhéré dans le passé. Son ancien partenaire, Louis Aliot, élu maire de Perpignan (RN) en 2020, affirme :

C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. C’est la seule chose… Dès que vous brisez cet étau idéologique, vous libérez le reste. C’est tout ce qu’il y a. Marine Le Pen est d’accord avec cela. Elle n’a pas compris pourquoi et comment son père et les autres n’ont pas vu qu’il y avait une erreur sur le parti.

Elle a expulsé son père du FN en août 2015 pour ses commentaires répétés qui nient l’Holocauste, bien qu’elle lui ait trouvé des excuses jusqu’en 2014, en disant « Je suis convaincue que le sens attribué à ses paroles provient d’une interprétation malveillante ».

Elle refuse cependant de condamner le gouvernement de Vichy ou les collaborateurs nazis français. Elle a déclaré que la France n’était pas responsable de la déportation notoire, en 1942, de 13 000 hommes, femmes et enfants juifs du Vélodrome d’Hiver de Paris vers les camps de la mort nazis, malgré l’implication de la police française.

La prétendue défense du peuple juif est également utilisée pour légitimer les attaques contre les musulmans, qui sont supposés être antisémites. Elle a déclaré que la communauté juive « n’a rien à craindre du FN » et a affirmé qu’elle « devrait pouvoir se tourner vers nous pour obtenir un soutien » parce qu’elle a « été de plus en plus victime d’attaques de la part de radicaux islamiques ».

La théorie du « grand remplacement

Marine Le Pen a déclaré qu’elle ne souscrivait pas à la théorie du « grand remplacement », popularisée par Renaud Camus et privilégiée par l’extrême droite au niveau international. Cette théorie prétend que les populations occidentales blanches seront « remplacées » par les migrants entrants et leur progéniture.

Pourtant, les propos de Marine Le Pen sur l’immigration, par exemple lorsqu’elle parle de « submersion migratoire », découlent directement de ce point de vue. Cette position se reflète également dans son soutien à la « préférence nationale », selon laquelle les allocations familiales ne devraient être versées qu’aux familles « ayant au moins un parent français ».

Marine Le Pen utilise constamment le glissement vers la droite des politiques générales sur ces questions pour pousser l’idéologie et les politiques encore plus loin vers la droite. Lors de l’élection présidentielle de 2017, elle a fait naître des préjugés anti-immigrants en utilisant un langage similaire à celui de son père : « Il suffit de regarder les intrus du monde entier venir s’installer chez nous… Ils veulent transformer la France en un squat géant ».

Qui soutient Marine Le Pen ?

Le nombre de membres du FN a considérablement augmenté sous Marine Le Pen.

Le racisme a été la principale motivation des électeurs du FN et du RN. Les électeurs de Jean-Marie Le Pen étaient constamment plus « intolérants » que les autres électeurs sur des questions telles que l’immigration et la peine de mort. « Les recherches sur les candidats aux élections du FN révèlent que peu de choses ont changé aux niveaux local et régional, indépendamment de la volonté des dirigeants d’être respectables.

Une étude a révélé que « lors des élections départementales de 2015, 104 candidats du FN ont  été poursuivis pour des commentaires ouvertement racistes, homophobes et antisémites ». Dans un sondage auprès des partisans du FN, la moitié des personnes interrogées ont déclaré que l’expression « sale Arabe » n’était « pas condamnable ». L’expression « sale juif » ne l’était pas non plus pour 36 % d’entre eux.

Des études suggèrent que la base électorale du FN a été principalement constituée par les commerçants et les petits propriétaires agricoles ainsi que par des propriétaires de petites entreprises et des travailleurs indépendants. La base sociale de soutien du FN, ses racines historiques et sa vision idéologique du monde montrent que le FN de Jean-Marie Le Pen était au cœur un parti fasciste, mais qu’il a réussi à attirer le soutien de courants d’extrême droite plus larges.

Sous la direction de Marine Le Pen, le parti a maintenu et développé son soutien traditionnel. Par exemple, elle a obtenu le soutien de 51 % de la gendarmerie – la police militarisée de la France – lors de l’élection présidentielle de 2017.

Elle dirige un parti qui conserve son noyau de cadres fascistes, bien qu’affaibli, mais elle a également gagné des électeurs et des membres au RN sur la base qu’il n’est plus identifié avec le fascisme et la négation de l’Holocauste.

Cela a permis au parti de s’implanter dans des domaines qui n’étaient pas auparavant associés à l’extrême droite. Par exemple, des études montrent qu’il y a eu une augmentation du soutien au RN parmi les électeurs âgés de 18 à 24 ans.

Il est également prouvé que l’écart historique entre les sexes parmi les électeurs du parti a été presque entièrement comblé. Une étude a montré que l’écart entre les sexes est passé d’une différence de sept points entre les femmes et les hommes lors des élections présidentielles de 1988 et 1995 à un seul point en 2012.

Dans les années 1980, seulement 20 % des membres du parti étaient des femmes ; en 2012, les femmes représentaient 45 %. Marine Le Pen a été la première dirigeante d’un parti d’extrême droite à élargir son attrait auprès des femmes en mettant en avant le genre dans sa campagne.

Elle se présente comme une mère célibataire qui travaille, étrangère dans un monde dominé par les hommes. Cependant, les apparences peuvent être trompeuses : la direction du parti reste extrêmement dominée par les hommes. Après le congrès de 2018 du parti, elle était la seule femme au sein de l’exécutif du parti, et seuls 12 des 43 membres du bureau national étaient des femmes.

Un certain nombre de commentateurs en ont conclu que le FN a gagné des sièges dans les anciennes zones industrielles du nord, ce qui lui permet d’attirer le soutien de la classe ouvrière. Nous devons faire attention à ne pas exagérer cette évolution.

L’effondrement des industries lourdes et l’affaiblissement des syndicats et des organisations socialistes au cours des 40 dernières années ont entraîné la dislocation de nombreuses personnes de ces communautés et liens avec leurs origines de classe.

Des décennies de chômage élevé et de privations ont laissé beaucoup de personnes en marge de l’économie, et un nombre encore plus important d’entre elles sont devenues des travailleurs indépendants. Le FN peut gagner des voix parmi la petite bourgoisie et le lumpenprolétariat dans ces régions. Pourtant, malgré tous les discours sur la représentation des « Français oubliés », une étude de cas sur la base de vote du FN réalisée par l’universitaire française Christèle Marchand-Lagier montre qu’elle n’a pas changé de manière significative :

Les catégories les plus ouvertes au vote du FN restent les plus socialement stabilisées, pour la plupart des salariés, et pas nécessairement les plus précaires financièrement. Contrairement au discours diffusé par les dirigeants du FN, ce parti n’est pas le parti des marginaux, des classes populaires ou des groupes vivant dans la précarité. Ces groupes s’abstiennent dans une bien plus large mesure que de voter FN.

Le processus de modernisation des FN a également conduit à l’expulsion ou à la marginalisation des combattants de rue et des néonazis ouverts. Un processus similaire s’est déroulé au sein du Parti national britannique et des démocrates suédois mal nommés, et il se déroule actuellement au Jobbik en Hongrie.

Marine Le Pen a été heureuse d’utiliser les éléments violents du parti comme fantassins pour ses campagnes, mais elle s’en est consciemment distancée lorsqu’ils sont devenus un handicap électoral. Par exemple, au cours de sa première année à la tête du parti, elle a annoncé que les skinheads n’étaient pas les bienvenus lors de la marche du 1er mai.

Des groupes plus ouvertement fascistes sont toujours liés au FN. Par exemple, l’organisation skinhead Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires a assuré la sécurité des événements du FN.

Elle s’inscrit dans la stratégie électorale qui domine le parti depuis les années 1980. Elle a maintenant travaillé plus longtemps dans un milieu politique électoraliste qu’au sein d’une organisation qui se considérait comme contestant ouvertement le système.

La principale ligne de faille dans le RN se situe aujourd’hui entre ceux qui soutiennent la campagne électorale de Marine Le Pen et une partie du parti qui soutient toujours la stratégie adoptée par Jean-Marie Le Pen. Un exemple très visible est celui de Marion Maréchal, nièce de Marine Le Pen et rivale potentiel-le qui a évoqué un possible retour à l’activité politique.

Maréchal veut que le parti se batte sur un programme idéologique plus dur et est mécontente de toute concession sur le rôle traditionnel des femmes dans la famille, l’avortement et les droits des LGBT+, par exemple.

Il existe des divisions et des tensions autour de nombreuses questions dans un parti de masse de longue date comme le RN. Ses dizaines de milliers de membres ont des priorités politiques et une histoire différentes au sein de l’extrême droite. Il peut s’agir de questions moins centrales mais néanmoins controversées, comme le changement de position du parti sur l’UE et sa position sur l’intervention de l’État pour sauver des emplois.

Marine Le Pen espère contenir ces tensions à l’approche du grand test de la prochaine élection présidentielle. Il lui sera plus facile de maintenir sa domination si elle remporte des succès électoraux. C’est sous-estime à la fois l’héritage du passé du parti. En outre, d’autres forces politiques pourraient se faire remarquer au sein du parti en cas de graves défaites électorales. Il serait insensé de supposer que, dans une crise politique ou économique profonde, il est hors de question de se tourner vers la construction d’un mouvement de rue.

Conclusion

Marine Le Pen vise résolument l’élection présidentielle de 2022. La popularité du président Macron a fortement chuté depuis le début de sa présidence ; les taux d’approbation sont passés de 60 % à 38 % à la fin du mois de juillet 2020.

Le projet néolibéral de Macron visant à résoudre les problèmes du capitalisme français a fait face à des vagues successives de résistance. Le mouvement des Gilets Jaunes (Gilets jaunes) s’est d’abord développé en opposition aux taxes sur les carburants, mais il s’est ensuite attaqué à des questions plus larges concernant les politiques de Macron et les inégalités dans la société française (Le RN a tenté d’influencer les groupes locaux des Gilets Jaunes avec un succès limité).

Le projet de Macron d’attaquer les droits à pension de millions de travailleurs a provoqué des actions de masse des travailleurs à partir de décembre 2019 à un niveau jamais vu depuis des décennies. Le blocage de Covid-19 a bloqué les luttes mais la gestion de la pandémie par Macron ne fait qu’ajouter à ses problèmes, et maintenant une nouvelle crise économique se profile à l’horizon.

Marine Le Pen espère que les difficultés de Macron et l’échec de son projet politique donneront une ouverture au RN, mais elle se heurte à une contradiction en essayant d’exploiter l’opposition à Marcon. Les luttes ouvrières, les Gilets Jaunes et, plus récemment, le mouvement Black Lives Matter, qui a amené de nouvelles forces dans les rues pour contester le racisme dans la société française, la menacent également. Ces mouvements ouvrent de nouvelles possibilités pour construire une organisation de front unique à large assise* qui pourrait la  défier.

Le Covid-19 pose également des problèmes à Marine Le Pen. Sa première réaction a été de soutenir les actions de Macron, ce qui a entraîné une chute des sondages, elle s’est donc tournée vers la critique.

Elle a racialisé la crise sanitaire, blâmant l’immigration pour la propagation du virus et plaidant pour la fermeture des frontières, tout en montrant son soutien aux théories de conspiration populaires au sein de sa base. Un sondage a montré que 40 % des membres de RN pensaient que le Covid-19 était « conçu intentionnellement dans un laboratoire ». Elle a publié un livre au cours de l’été 2020 condamnant la gestion de la crise par le gouvernement, intitulé « Le livre noir du coronavirus » : Du Fiasco à l’abîme.

Les dernières élections locales et régionales ne se sont pas bien déroulées pour le RN. Bien que la victoire de l’ancien allié de Le Pen, Louis Aliot, au siège de maire de la ville de Perpignan, ait fait la une des journaux, sa campagne a pris ses distances avec le parti et son chef.

Ailleurs, le vote pour le RN a été en baisse. Les problèmes du parti sont aggravés par ses énormes dettes, qui ont conduit à un prêt controversé d’une banque russe, et par des enquêtes de longue date sur des allégations de fraude et de mauvaise utilisation des fonds européens, qui ont conduit le parti à perdre des subventions publiques.

Ces revers ont conduit certains à conclure que le RN a atteint la limite de son succès. De telles déclarations ont été faites chaque fois que la chance du parti a fondu. Néanmoins, les sondages placent toujours Marine Le Pen en deuxième position lors de l’élection présidentielle, et affirmer que le RN est fini est à la fois prématuré et dangereux.

L’histoire a montré que les crises peuvent propulser les organisations fascistes en avant lorsque les gens sont désillusionnés par les options politiques dominantes et cherchent des alternatives.

Tous les ingrédients des multiples crises politiques et économiques existent en France. Le RN a le potentiel pour tirer profit de cette situation. Une victoire de Marine Le Pen renforcerait la confiance de l’extrême droite et des fascistes dans le monde entier, tout comme une défaite constituerait un revers important. L’enjeu est de taille.

6 octobre 2020 Judith Orr

http://isj.org.uk

Note:

Une organisation de front unique à large assise* fait réference aux campagnes « monstrueuses »  que savent construire les camarades anglais: telle la « Poll Tax » et celles contre les guerres impérialistes. 

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30 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

en finir! (révolution permanente)

macron flics

En finir avec l’offensive autoritaire de Macron et la 5è République qui lui donne les pleins pouvoirs !

Le tournant autoritaire de Macron inquiète jusque dans son propre camp. Le pays est dirigé depuis un conseil de défense, qui mène une « guerre » liberticide, usant de tous les leviers les plus antidémocratiques de la Vème république. Plutôt que de sa force, ces attaques témoignent des faiblesses du gouvernement et d’un pourrissement du régime.

La république en marche vers « L’État autoritaire »

Depuis le début de son quinquennat, Macron entend avancer dans les réformes néo-libérales en France. Pourtant, après 3 ans, force est de constater que son projet réactionnaire a été freiné, d’abord par la révolte des Gilets jaunes, puis par la grève historique contre la réforme des retraites, et enfin par la pandémie qui a mis en lumière les profonds problèmes de l’hôpital public causés par ces mêmes réformes. Aussi, il ne reste plus au gouvernement qu’à tenter d’imposer un saut autoritaire pour tenter de contenir tout risque d’explosion sociale. Liberté de manifester, liberté d’expression, liberté d’association, liberté religieuse, liberté de la presse, liberté académique, toutes sont ainsi remises en question.

Face à ces attaques, une large mobilisation démocratique commence cependant à se développer, rassemblant notamment étudiants, journalistes, associations de défense des droits de l’homme, collectifs, partis et syndicats. « État de Droit, libertés floutées » affichait la une de Libération du 20 novembre. Lors des deux rassemblements qui ont eu lieux à Paris les 17 et 21 novembre, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées, et la police a violemment réprimé, notamment des journalistes. On pouvait alors lire sur les pancartes « La république en marche vers l’État policier », « démocratie floutée », ou encore « je n’arrêterai jamais de filmer ».

Le 23 mars dernier, la loi sur l’état d’urgence sanitaire était votée, laissant les mains libres au gouvernement pour appliquer des mesures inédites telles que le confinement de la population, justifiées par la crise sanitaire et l’état catastrophique des hôpitaux publics. Certaines de ces mesures ont souvent été uniques en Europe, comme le fait de devoir rédiger des attestations de déplacement qui n’a été mise en place qu’en France et en Italie.

Depuis, le pays est dirigé par un conseil de défense dont les échanges sont tenus secrets, réunissant le Président, quelques ministres, des experts et des responsables de l’appareil militaro-policier. Macron, chef d’état bunkerisé (au sens propre comme au figuré, les premières réunions du conseil s’étant tenues au PC Jupiter), ne s’embarrasse pas de délibérations parle-mentaires pour décider de mesures aussi graves que la contravention aux allées et venues de la population, et de la militarisation de l’espace public, la réunion du 30 octobre ayant fait passer les effectifs de l’opération sentinelle de 3 000 à 7 000 soldats.

A cette gestion autoritaire de la crise sanitaire, s’est superposé un volet sécuritaire depuis juillet dernier, renforcé par l’instrumentalisation de l’assassinat horrible de Samuel Paty, à la veille du deuxième confinement. Loi sur le « séparatisme », dissolution d’associations musulmanes luttant contre les discriminations, loi de programmation de la recherche qui promet de la prison ferme en représailles des mobilisations étudiantes, loi Sécurité Globale visant à empêcher la diffusion d’images de violences policières, tout en généralisant la surveillance vidéo de la population… un ensemble de dispositions qui semblent viser un ennemi intérieur, combattu depuis le conseil de défense… mais qui n’est clairement ni le coronavirus, ni les terroristes.

De fait, alors que le chômage et la pauvreté explosent, et que le gouvernement se voit contesté sur sa gestion catastrophique de l’épidémie, impossible de ne pas voir dans ces attaques une volonté d’anticiper de futures explosions sociales incontrôlées. Alors que le spectre des gilets jaunes continue de hanter l’exécutif, la crainte de la « gilet jaunisation » de la crise sanitaire est profonde et la presse patronale s’en fait bien souvent le relais.

Dès lors, ce renforcement autoritaire n’est pas un signe de force mais bien plutôt de faiblesse, symptôme de la décadence d’un régime incapable de susciter l’adhésion, sous les coups de la crise sanitaire et économique. Et l’élargissement des secteurs visés par la répression, des quartiers populaires aux « mouvements sociaux » et des « mouvements sociaux » à des secteurs aussi essentiels pour la stabilité du régime tels que l’université ou les médias est loin de se faire sans contradictions.

En octobre dernier, l’offensive islamophobe du gouvernement a beaucoup indigné à l’interna-tional, notamment dans les pays à majorité musulmane, mais elle a aussi suscité de vives réactions de la part de piliers médiatiques du néo-libéralisme comme le New York Times, le Washington Post et le Financial Times. Ces institutions à rayonnement international de la presse bourgeoise anglo-saxonne ont fortement critiqué les attaques faites aux musulmans suite à l’assassinat de Samuel Paty, tandis qu’en France la Conférence des Présidents d’Universités dénonçait les propos de Jean-Michel Blanquer associant les universités à l’« islamo-gauchisme ».

Plus récemment, c’est la loi Sécurité Globale qui cristallise les oppositions à ce renforcement autoritaire, en France comme à l’extérieur. Dans un récent édito du Monde, le directeur du journal demande « de suspendre l’examen de la proposition de loi » sécurité globales et note que « de l’affaire Benalla aux violences commises à l’encontre des « gilets jaunes », de la faiblesse camouflée en autoritarisme de Christophe Castaner aux démonstrations de force non maîtrisées de Gérald Darmanin, le pouvoir en place éprouve une difficulté majeure à se tenir à l’intérieur d’une conception républicaine du maintien de l’ordre », tandis que la Défenseure des Droits fustige un texte qui porte atteinte aux « droits fondamentaux ».

A l’international, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a lui aussi énergiquement critiqué le texte. Au point que dans le camp du macronisme lui-même règne un certain malaise. Au parlement, une partie des élus Modem ont défendu la suppression de l’article le plus polémique de la loi, au sujet de la diffusion d’images de la police, tandis que la majorité se tend face aux injonctions de Darmanin à durcir le projet.

Comme un révélateur à grande échelle de ce que les personnes qui se sont mobilisées ces 4 dernières années savent pertinemment, le gouvernement apparaît aujourd’hui comme un ennemi déclaré de nos droits démocratiques les plus élémentaires.

Dans sa logique de contre-révolution sociale, le macronisme est obligé de pousser jusqu’au bout les mécanismes totalement anti-démocratiques et réactionnaires de la Ve République, sur fond de scandales de corruption, à l’image de la tentative de création artificielle d’un syndicat lycéen pro-gouvernement, arrosé de plusieurs dizaines de milliers d’euros de deniers publics.

Ce rouleau-compresseur de la « nécessité » incarné aujourd’hui par Macron, l’était hier par Hollande qui usait du 49.3, légiférait par ordonnance et a gouverné de novembre 2015 à la fin de son mandat sous état d’urgence. Le sociologue Thomas Seguin rappelle ainsi dans un article du 21 novembre que :

« Ces 5 dernières années et quelques mois d’ici février, soit 1930 jours, la France a vécu sous un régime d’exception pendant 969 jours, soit près de la moitié du temps. Depuis 5 ans, nous avons plus vécu dans un état d’exception suspendant l’exercice démocratique que sous un régime normal de fonctionnement démocratique de la République. » tout en notant que « cet état d’exception permet aux autorités de restreindre les libertés, d’interdire la libre circulation des individus, de réquisitionner des locaux, et surtout d’assigner à résidence des individus jugés comme « perturbant l’ordre public » »

Quand la République tue les prétentions démocratiques de la République

Du Conseil Constitutionnel, qui acte le 28 mai 2020, la possibilité pour le gouvernement de faire passer des ordonnances sans les faire voter par le Parlement, à l’utilisation de l’article 44 de la Constitution pour évincer les amendements votés par le Parlement, en passant par le fameux article 49.3, utilisé pour passer la réforme des retraites en force, c’est bien sur les règles de la 5è République que s’appuie l’offensive du gouvernement. Interviewé par Jean-Dominique Merchet, l’historien Nicolas Roussellier décrit ainsi le fonctionnement récent de l’exécutif :

« On observe un fonctionnement “parfait” de la 5è République, parfait dans le sens de sa propre logique. (…) On observe (…) la mise au point d’une technologie de la décision qui s’éloigne des vieux principes républicains de la responsabilité et du contrôle. L’organisation des conseils de défense à l’Elysée a réglé la question de bicéphalie de l’exécutif entre le Président et le Premier ministre.

Le Conseil des ministres devient un mécanisme sans ressort, sans grande importance. Au Conseil de défense, le Président convoque qui il veut et il ne doit pas s’expliquer devant le Parlement. On tend vers ce que l’on pourrait appeler un décisionnisme parfait, en éliminant le débat parlementaire contradictoire, libre et approfondi. »

Le 10 novembre dernier, Frédéric Lordon décrivait ainsi la situation comme un « sas vers le fascisme » et notait : « On ne voit plus que la république du sas, la république qui conduit à la non-république, à la manière de Les Républicains appelant au démantèlement du droit républicain, et des Républicains En Marche vers la démolition, pièce par pièce, de la république. ».

Ce mécanisme décrit par le philosophe fait écho à la description que le révolutionnaire Léon Trotsky donnait du bonapartisme décadent en France, dans les années 1930, à un autre moment de crise sociale et politique, suite à l’arrivée de la Grande Dépression en France.

En 1934 il écrivait : « Dirigée par la grande bourgeoisie, la France sombre dans la décompo-sition du monde capitaliste. Dans les couches dirigeantes de la société, dans toutes les institu-tions du régime, les scandales pullulent, la corruption des riches s’étale. Pour les ouvriers, c’est le chômage grandissant ; pour les petits paysans, c’est la ruine ; pour tous les exploités, c’est la misère accrue.

Le capitalisme agonisant a fait faillite. Et pour essayer d’échapper à cette banqueroute historique, les classes dirigeantes n’ont qu’un plan : encore plus de misère pour les masses laborieuses ! Suppression de toutes les réformes, même les plus minimes ! Suppression du régime démocratique ! ».

Ce constat a de quoi terrifier tous les démocrates sincères : ce qui détruit la démocratie, c’est la « démocratie » elle-même, supposément incarnée dans la constitution de la 5è république. Celle-ci montre chaque jour un peu plus sa vraie nature : éloigner le plus possible les masses des mécanismes du pouvoir, de l’appareil gouvernemental.

La toute-puissance de la fonction présidentielle en est l’incarnation la plus évidente, en permettant de diriger comme un quasi-monarque sans avoir de comptes à rendre ni au parlement, ni à un quelconque organisme élu au suffrage universel. Et que dire de l’existence du Sénat, qui n’est pas élu au suffrage universel et a comme fonction historique d’éviter tout possible débordement de l’assemblée ?

Cette chambre a ces dernières semaines eu pour rôle d’aggraver considérablement à droite le projet de Loi de la Programmation de la Recherche et de remettre la réforme des retraites à l’ordre du jour, alors que la très grande majorité de la population s’y oppose. Face à la polarisation sociale grandissante, ce à quoi nous assistons n’est que l’application, poussée à l’extrême, de la constitution de la 5è république, dans laquelle le parlement a un rôle cosmétique face à une Présidence qui peut gouverner en s’appuyant simplement sur l’appareil militaro-policier, comme c’est le cas actuellement. (Résumé voir le lien)

29 . 11 . 20

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29 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

douarnenez (france musique)

 

douarnenez
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La grève des sardinières de Douarnenez en chansons

Le 20 novembre 1924 à Douarnenez, en Bretagne, une grève débute dans les conserveries de sardines, grève menée par les sardinières, des ouvrières qui travaillent dans ces usines et réclament une augmentation de salaire. Pendant 46 jours, la lutte va mobiliser toute la ville, et se fera en chansons.

Le 20 novembre 1924 à Douarnenez en Bretagne, une grève paralyse les usines de sardines, une grève menée par les femmes. Depuis le milieu du 19è siècle, Douarnenez est une ville industrielle. Dans les années 20, elle compte 21 conserveries de sardines, des usines où les femmes s’occupent de frire et mettre en boîte les sardines fraîchement pêchées.

Mais ce travail est très mal rémunéré : les sardinières perçoivent entre 80 centimes et 1,30 franc de l’heure. Elles sont dans les usines plus de 70 heures par semaine, et il n’existe aucune prise en compte du travail de nuit et des heures supplémentaires. En novembre 1924, les ouvrières se mettent en grève et réclament une augmentation de salaire.

Ce mouvement prend une ampleur inespérée : les marins aussi se mettent en grève pour les soutenir, puis tous les ouvriers de la ville, enfin le maire, communiste, prend parti et se met du côté des sardinières. Un comité de grève est organisé, des rassemblements réunissent des milliers de grévistes.

Penn Sardin : les têtes de sardine

La vie à Douarnenez est rythmée par la lutte de celles qu’on appelle alors les Penn Sardin qui veut dire ‘têtes de sardine’ en breton en raison de la coiffe qu’elles portent dans les usines. Mais la vie est aussi rythmée par les chants révolutionnaires entamés depuis le début de la grève.

L’un des plus populaires alors, avec l’Internationale, s’appelle Saluez riches heureux. Il ne parle pas directement du combat des sardinières : aucune mention de la Bretagne, de Douarnenez ou des usines de conserverie, mais symboliquement il représente la lutte qui se joue alors entre les riches patrons et ces ouvrières qui vivent dans des conditions misérables et n’ont aucune reconnaissance de leur travail.

L’ambiance en chansons dans les usines

Ce goût pour la musique vient de l’ambiance dans les usines : les femmes, pour tenir le rythme effréné et se soutenir, entament ensemble des chants, légers, des chansons d’amour ou grivoises… A partir de décembre 1924, la lutte de ces courageuses Penn Sardin devient un enjeu national. Le contexte enflamme le combat puisqu’il ne s’agit plus seulement d’une lutte ouvrière contre le patronat : c’est aussi une lutte politique.

Deux ans avant le début de la grève, Douarnenez devient la première municipalité communiste de France. Au moment des grandes grèves, c’est Daniel Le Flanchec qui est fraîchement élu à la mairie. Son soutien aux sardinières va lui valoir une suspension de ses fonctions puis un attentat raté, le soir du nouvel an. Trois jours après le journal l’Humanité titre : « À Douarnenez, première flaque de sang fasciste”.

La ville s’organise pour tenir : des soupes populaires se mettent en place, un Noël pour les enfants est arrangé, le tout financé à la fois par la ville mais aussi des soutiens de toute la France et des producteurs locaux qui sont du côté de cette lutte.

Victoire pour les sardinières

Après 46 jours de grève où malgré la faim, la violence et la pression, les sardinières n’ont rien lâché, le conflit se résout le 8 janvier 1925. Une augmentation de salaire de 20 centimes est votée. Les sardinières se sont battues et elles ont gagné.

Cet épisode historique va marquer la région mais aussi toute la France et inspirer de nombreuses personnes comme le cinéaste Marc Rivière qui a sorti un film sur le sujet en 2003. Il existe aussi un disque dont on a entendu quelques extraits ce matin, disque de Marie-Aline Lagadic et Klervi Rivière intitulé Le chant des sardinières, et puis une belle chanson interprétée par Les gabiers d’Artimon.

La chronique d’Aliette de Laleu
Samedi à 10h52 France Musique
Samedi 21 novembre 2020

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26 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

classe ouvrière (dossier npa)

ouvrier

Où en est la classe ouvrière ?

Il est de bon ton pour les politologues habitués des principaux médias d’enregistrer une prétendue disparition de la classe ouvrière, noyée dans les classes moyennes, intermédiaires tandis que, pourtant, elle connaît un développement inédit à l’échelle internationale.

En Chine, en Inde et dans nombre de pays du « sud », la classe ouvrière se renforce numériquement et, malgré les difficultés et la répression, les travailleurEs chinois, usine par usine, ont pu imposer des augmentations de salaire et quelques améliorations (limitées) des conditions de travail.

Invisibilisation ou disparition ?

Dans les pays capitalistes « avancés », dès le milieu des années 1960, la disparition de la classe ouvrière, du prolétariat, ou à tout le moins son rétrécissement, sont envisagés par des sociologues grisés par le développement de l’automatisation supposée mettre fin au taylorisme, au profit de couches techniciennes libérées de la division du travail.

Des idées reprises dans les concepts d’enrichissement des tâches et que l’on retrouve aujourd’hui à l’ère de la numérisation, de l’informatisation des activités économiques. De la même façon, le succès des Adieux au prolétariat (Gorz 1980) ou de la Fin du travail (Rifkin 1995) vont participer de ces tentatives d’invisibilisation de ce qui reste le plus important groupe social.

Mais plus redoutable sera l’offensive entamée au milieu des années 1970 de déstabilisation, de fracturation de la classe ouvrière, visant à la rendre incapable de riposter aux attaques dont elle est la cible sur fond de développement du chômage de masse.

La mutation accélérée de l’appareil de production (externalisations, délocalisations, réduction de la taille des établissements) et des processus de production, avec notamment le développement de l’informatisation, vont conduire à une déstructuration du « cœur » de la classe ouvrière.

Enfin la disparition des pays du prétendu « socialisme réellement existant » va valider le « no alternative ». C’est l’heure où un Sarkozy peut fanfaronner : « Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit ». L’invisibilisation s’aggrave, les représentations syndica-les, politiques, culturelles s’affaiblissent voire disparaissent : 4,6 % des députéEs sont employés, aucun n’est ouvrier…

Un rôle essentiel dans les confrontations

Avec la succession des crises économiques et depuis bientôt une année de gestion capitaliste de la pandémie Covid-19, les difficultés se multiplient : isolement des salariéEs en particulier lié au développement du télétravail, aggravation des conditions de travail, crainte augmentée du chômage, sans parler des dégâts psychologiques engendrés par la situation, politique répressive d’un pouvoir totalement décrédibilisé.

Un climat qui favorise les tentatives de récupération et de dévoiement de la colère des travailleurEs comme en témoignent aussi bien Trump aux USA que le RN en France. Dans ces conditions, il n’est pas sûr que les salariéEs de Bridgestone reprennent le flambeau des « Lip » dont la lutte reste exemplaire près de 50 ans plus tard…

Le constat est néanmoins sans appel : c’est une large majorité de la population active qui relève du prolétariat.

Et qui donc joue, est appelée à jouer, un rôle essentiel dans les confrontations partielles ou plus générales contre le patronat, la bourgeoisie et l’appareil d’État à leur service.

Et la lumière ne viendra ni de Mélenchon ni plus généralement de l’arène électorale mais du redéploiement, de l’amplification de mobilisations dans lesquelles la classe ouvrière devra prendre toute sa place. Autant de raisons qui justifient le modeste inventaire présenté dans ce dossier. Pour analyser, comprendre, préparer, organiser les ripostes.

Note :

On pourra utilement compléter de ce dossier en (re)visionnant le documentaire : Le temps des ouvriers ARTE

Mercredi 25 novembre 2020 Robert Pelletier

https://lanticapitaliste.org/

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25 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

asturies (pùblico)

cartel astrurias

Deux ans avant, la Révolution d’Octobre 1934

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Les Asturies souveraines n’ont pas été vaincues par le fascisme

Le cinéaste Ramón Lluís Bande présente au Festival international du film de Gijón « Vaca mugiendo entre ruinas », un long métrage sur le Conseil Souverain des Asturies et de León et sur la figure de son président, Belarmino Tomás.

C’est une histoire de résistance et de lutte. Egalement d’identité. En réalité, c’est une histoire dans laquelle la résistance, la lutte et l’identité vont de pair, en se donnant un sens. C’est l’histoire d’un peuple digne qui avait un allié improbable : les nuages. « Des nuages qui descen-dent vers le sol, et des montagnes qui cherchent le ciel avec leurs sommets en filigrane », disait le journaliste Juan Antonio Cabezas en octobre 1937.

L’offensive du nord se déroulait à El Mazucu, une zone montagneuse sur les rives du fleuve Sella et au sud-est de Llanes, dans les Asturies. 54 jours de résistance héroïque des troupes du Conseil Souverain des Asturies et de Léon, qui étaient en infériorité numérique et manquaient cruellement de munitions et d’armes, et qui ont pu résister aux attaques du coup d’État. Au-dessus de leurs têtes, un brouillard intense a empêché la légion Condor (nazis blog) de prendre son envol criminel.

Et dans ce pays où même les nuages étaient anti Franco, un type nommé Belarmino Tomas, et un Conseil Souverain composé de boulangers, de cheminots, de mineurs et d’enseignants, ont donné son éclat au mot engagement. C’est ce dont parle le dernier long métrage de Ramón Lluís Bande (Xixón, 1972), et comment donner une voix à ceux qui n’en ont pas, parce qu’ils l’ont perdue ou parce qu’ils n’en ont jamais eu auparavant.

« Cette histoire nous a été volée et nous avons seulement l’intention de la récupérer, nous avons les preuves historiques qui nous permettent de le faire, nous avons les photographies de ce qui s’est passé, et personne ne peut discuter avec une photographie, le défi est de mettre en place un dispositif qui les contextualise et les ordonne ».

Ce « dispositif » s’appelle « Les vaches mugissent dans les ruines », il a la voix off de Nacho Vegas et bien qu’il ait les caractéristiques d’un film, en réalité c’est un règlement de comptes avec un silence historique qui naît avec la démocratie.

« Le piège de la Transition aurait été impossible à construire dans les Asturies en revendiquant l’héritage politique de Belarmino Tomás et du Conseil Souverain, sa stature éthique aurait dynamité cette adaptation évolutive du régime franquiste qu’est la Transition, pour le simple fait que sa valeur symbolique aurait impliqué une rupture démocratique beaucoup plus profonde », explique Bande.

Né en 1892, Belarmino Tomás a débuté dans la mine à l’âge de 11 ans. La dureté du travail a progressivement façonné un caractère maussade qui, d’une certaine manière, a contribué au fait que sa figure a été dénigrée par certains secteurs. Il y a un certain classisme dans tout cela », dit le réalisateur, « il est vrai qu’il n’était pas le roi de la diplomatie, mais sa personnalité et sa façon de comprendre la politique ont été conditionnées par un travail très dur dès son plus jeune âge.

L’histoire, en tout cas, n’a pas été juste envers Belarmino. Pas même dans ses propres rangs,  ayant un certain envers les thèses modérées du socialisme. Ce qui, selon Bande, doit être nuancé : « Il a participé aux grèves des 1917 et 1919, a mené la première expérience d’autogestion ouvrière dans une mine, a joué un rôle de premier plan dans la révolution de 1934, s’est exilé et est revenu comme député des Asturies après la victoire du Front Populaire.

« Les Asturies n’ont pas été vaincues par le fascisme »

Bande tire le nom du film d’un dessin du peintre de Gijón Nicanor Piñole (1878-1978), une gravure sur bois commandée par le Conseil, dans laquelle on peut voir une vache meugler dans un endroit apparemment dévasté. Un meuglement de pur désespoir, celui d’un peuple abandonné à son sort, assiégé et condamné, mais pas pour autant vaincu, comme si dans sa rébellion il avait trouvé sa raison d’être.

« Il y a un thème universel qui est derrière cette histoire et c’est le fait que l’identité de la classe ouvrière est constituée par ses luttes et non par ses victoires, comme si la lutte était une obligation, quelque chose de naturel, et la victoire simplement une contingence », dit le réalisa-teur. Cela expliquerait l’épique résistance de cette époque, où tout était perdu mais où il était inconcevable d’abandonner la lutte, car c’était la seule chose entre leurs mains, la seule chose possible.

« Les Asturies n’ont pas été vaincues par le fascisme. Dès le premier instant, elle a défendu son territoire seule, autant qu’elle le pouvait, centimètre par centimètre. Elle a généreusement aidé – et cela n’a aucun mérite – les autres provinces du Nord. Elle est ensuite tombée à cause de l’épuisement matériel de ses hommes et de l’usure de ceux qui sont restés.

Un rapport, le dernier du Conseil Souverain avant l’entrée imminente des troupes de Franco, ne nie pas la réalité, il est fidèle à une idéologie qui comprend la lutte comme un mode de vie, c’est peut-être pour cela que, même en exil, Belarmino et son peuple n’ont jamais été vaincus.

Des centaines de prisonniers fascistes attendaient une décision du Conseil pendant la fin. Le conseil débattait de la question de savoir s’ils devaient être exécutés ou s’ils devaient être libérés.

Un dilemme éthique au plus fort de l’urgence, qui prévoyait la répression sanglante des rebelles s’ils étaient laissés en vie, mais on ne pouvait permettre qu’un massacre soit la dernière décision prise par le Conseil. La thèse de Belarmino s’est imposée, celle qui invitait son peuple à être « humain parmi les bêtes ». La répression a été brutale.

25/11/2020 juan losa

https://www.publico.es/

Note:

Asturies se dit « Asturies » en asturien et « Asturias » en espagnol.

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19 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

brigades (el diario)

espagne

Les brigades internationales

L’histoire commence par les Jeux Olympiques Populaires de Barcelone, convoqués en juillet 1936 comme contre-programme aux Jeux Olympiques allemands organisés par Hitler.

L’événement a été annulé en raison du déclenchement de la guerre civile, mais de nombreux sportifs étrangers, au lieu de rentrer dans leur pays, ont rejoint les milices républicaines et ont participé aux premiers affrontements.

Ces sportifs, ainsi qu’un certain nombre d’Européens de gauche déjà exilés en Espagne – principalement en Catalogne -, forment une sorte de prélude à ce qui deviendront les Brigades Internationales, la plus grande mobilisation internationale de combattants que le monde ait jamais connue.

Environ 35 000 volontaires de plus de 60 pays se sont battus du côté républicain, dans un exploit qui, comme toutes les grandes épopées, a eu ses hauts et ses bas, ses joies et ses déceptions, ses scènes d’amour et de haine, ses moments d’excitation et d’ennui.

Les Brigades ont été officiellement créées à Albacete le 14 octobre 1936 à l’initiative du Comintern, l’organe directeur de l’Internationale communiste dirigée par Moscou.

Bien qu’Hitler et Mussolini aient ouvertement soutenu la partie « nationale » dès le premier jour, l’Union soviétique essayait de garder un profil bas dans son soutien au gouvernement républicain afin d’honorer le Pacte de non-intervention et d’éviter les affrontements avec le Royaume-Uni et la France, dont Staline savait qu’il aurait besoin comme alliés lorsqu’il s’agirait d’affronter l’Axe.

À cette époque, l’objectif de Moscou dans l’Europe non fasciste n’était pas d’encourager la révolution communiste, mais d’avoir des gouvernements progressistes amis, comme l’était le Front populaire en France dirigé par Léon Blum.

Ainsi, les chefs et conseillers militaires envoyés par l’URSS en Espagne ont été appelés « les Mexicains » dans une tentative ridicule de dissimuler leur origine. L’un d’eux était le général Manfred Stern, alias Kleber, qui, après son retour à Moscou en héros, est tombé en disgrâce et est mort malade dans un goulag.

Le livre décrit parfaitement les tensions persistantes dans les brigades, non seulement en raison du pouvoir accumulé par les commandants communistes, mais aussi en raison de la difficile adaptation des anarchistes à cet engrenage étroitement discipliné, ou en raison des rivalités entre les différentes nationalités.

L’un des pires personnages du livre est André Marty, le chef suprême des brigades et surnommé « le boucher d’Albacete », qui est décrit comme un être misogyne, cruel et paranoïaque, qui voyait des traîtres partout.

Tous les brigadiers n’ont pas eu une biographie exemplaire : certains sont devenus le noyau dur de la Stasi, la redoutable police secrète de la RDA, après la Seconde Guerre mondiale. Néanmoins, l’auteur est généreux avec les volontaires, dont beaucoup de jeunes idéalistes qui, à un moment décisif de l’histoire et sans avoir tiré un seul coup de feu dans leur vie, ont pris les armes parce qu’ils ont compris que ce qui se passait en Espagne était bien plus qu’un conflit interne à un pays.

Le livre rassemble de curieuses anecdotes, comme la découverte faite par les combattants retranchés dans la bibliothèque de la faculté de philosophie de l’université Complutense lors de la première bataille de Madrid en novembre 1936.

Après avoir analysé l’impact des balles des snipers « nationaux » sur les livres qu’ils utilisaient comme barrière, ils ont conclu qu’ils dépassaient rarement la page 350. Les livres sur la métaphysique hindoue et ceux sur la philosophie allemande sont devenus des parapets par excellence, car ils étaient les plus volumineux.

L’un des chapitres les plus émouvants du livre de Tremlett, et dont l’auteur est le plus fier, est la lettre dans laquelle le jeune Piet Akkerman révèle à sa mère pourquoi il est parti combattre en Espagne. Piet et son frère Emiel, Polonais de naissance et exilés économiques en Belgique, sont morts pendant la guerre civile.

L’auteur part de cette tragédie familiale pour évoquer la présence disproportionnée des Juifs dans les Brigades. Il estime qu’au moins 10 % des volontaires l’étaient, bien que d’autres sources portent ce chiffre à près de 25 %. Une présence qui a été utilisée par la partie nationale pour développer son discours sur une prétendue conspiration judéo-maçonnique. (Résumé voir lien)

Las Brigadas Internacionales. Fascismo, libertad y la Guerra Civil española del periodista británico Giles Tremlett

https://www.eldiario.es/

Lire aussi:

Révolution et contre-révolution en Espagne (1936-1938) Felix  Morrow

Buenaventura Durruti:

Buenaventura Durruti, a grandi dans la pauvreté, a eu peu d’éducation et a commencé à travailler à l’âge de quatorze ans comme apprenti mécanicien. Il a toujours été un homme d’action, plus d’actes que de paroles. En Espagne, il y avait deux syndicats : l’UGT aux racines marxistes et la CNT aux racines anarchistes.

Durruti était avec les libertaires de la CNT. Il préfèrait Bakounine à Marx, la liberté à l’autorité, l’organisation par le bas aux diktats du haut, l’assemblée au comité central, l’autogestion à l’État. C’était l’époque où les paysans et les ouvriers vivaient dans des cabanes ou des appartements misérables et où leurs protestations étaient réduites au silence par la Guardia Civil et où leurs chefs étaient abattus par les tireurs du patron.

Les dernières images de Durruti ont été prises par des reporters soviétiques près de la façade de la cité universitaire. Il a l’air calme, déterminé et souriant, portant une casquette et une veste en cuir. Peu de temps après, il a été touché par une balle devant l’hôpital clinique, où des combats acharnés se déroulaient contre les légionnaires de Franco. Transféré à l’hôtel Ritz, saisi par les anarchistes pour le transformer en hôpital, Durruti mourra au petit matin du 20 novembre 1936. Selon Dan Kurzman, ses derniers mots ont été antibureaucratiques : « Trop de comités… »

https://www.nuevatribuna.es/

 

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18 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

lgbt moyen-âge (pùblico)

bagdad

Artiste: Yahya ibn Mahmud al-Wasiti en 1237 à Bagdad, les deux personnages, Al-Hârith (le narrateur) et Abû Zayd (le héros), auréolés de leur amour,

Pedro y Muño, le premier mariage gay en Espagne… en 1061

Le premier mariage homosexuel documenté dans la péninsule ibérique a eu lieu il y a mille ans. Le couple a promis de prendre soin l’un de l’autre et d’hériter des biens de leur conjoint en cas de décès.

Un mariage homosexuel entre deux hommes en 1061 ?

Il en fut ainsi, plus précisément le 16 avril, il y a presque mille ans, et fut contracté par Pedro Díaz et Muño Vandilaz, voisins de la paroisse de Santa María de Ordes, située dans le conseil d’Ourense de Rairiz de Veiga.

Une union officielle dans laquelle les deux parties s’engagent à prendre soin l’une de l’autre, à partager leurs biens et à travailler sur un pied d’égalité. « Et si Pedro mourrait avant Muño, il laisserait les biens et les documents à Muño. Et si Muño meurt avant Pedro, il lui laissera la maison et les papiers ».

C’est ce qui est indiqué dans le texte du jumelage institutionnel, réalisé en présence de témoins qui ont attesté du mariage.

Ce n’est pas le seul émariage qui a eu lieu en Europe au Moyen Âge, mais c’est le plus ancien de la péninsule ibérique. Il y en a peut-être eu d’autres avant cela, bien qu’ils ne soient pas documentés, de sorte que le couple est considéré comme le pionnier du mariage homosexuel dans l’Espagne et le Portugal actuels.

L’écrit avait été déposée à Celanova, jusqu’à son transfert aux Archives historiques nationales de Madrid, un pillage qui s’est étendu à d’autres centres de documentation du royaume de Galice.

Le médiéviste américain John Boswell a écrit « Le mariage de la ressemblance. Les unions homosexuelles dans l’Europe pré-moderne » (Muchnik) où il examine la tolérance du christianisme à ses origines avec les relations entre deux hommes, dont l’union est officialisée ou sanctifiée par un rituel similaire à celui du mariage hétérosexuel. Au début du siècle dernier, le juriste Eduardo Hinojosa avait déjà cité l’union de Pedro et Muño dans ses études sur les protocoles de fraternité en Galice, en León et au Portugal.

L’indice a conduit le philologue Carlos Callón à se pencher sur ce mariage, dont il parle dans le livre Amigos e sodomitas. A configuración da homosexualidade na Idade Media (Sotelo Blanco). Il avait déjà trouvé des références aux relations homosexuelles dans la poésie des troubadours.

Il met l’accent sur les unions entre personnes du même sexe, comme Boswell l’avait déjà fait, où il affirmait qu’elles avaient l’approbation ou la participation de l’Église, jusqu’à ce que le catholicisme commence à condamner les relations entre hommes à partir du 12e siècle.

Callon, s’appuyant sur des études antérieures, analyse comment se constituent les préjugés anti-gais et comment la sodomie devient un acte de péché, même si au Moyen-Âge il y avait encore de la permissivité dans les relations homosexuelles.

« Nous connaissions l’existence de pierres tombales qui parlent de l’amour entre deux hommes dans le contexte péninsulaire, mais ce document est particulier car il reflète le fait que l’amour entre hommes n’est pas une invention récente », explique-t-il depuis Lisbonne, où il enseigne l’histoire à l’Institut Giner de los Rios.

Les critiques pourraient faire valoir que, plus qu’un mariage, il s’agissait d’une adelfopoiesis (du grec, faire des frères), une cérémonie de jumelage similaire au mariage hétérosexuel, sous la coupole d’une église et officiée par un prêtre.

Pour Callon, « Boswell aussi le cite comme un cas qui n’est pas de l’adelfopoiesis. En fait, ce rituel n’était pas suivi, mais était une union entre deux hommes qui promettaient de partager leurs biens et de prendre soin l’un de l’autre tout au long de leur vie, avec la possibilité d’une séparation ».

Si, au lieu de Muño, la mariée était Sara, personne ne remettrait en question ce mariage, reflète le philologue galicien, qui insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une union pour des raisons économiques.

« À l’époque, il n’y avait pas de mariages d’amour, mais plutôt des mariages arrangés, mais celui-ci a toutes les implications de ce que nous comprenons comme tel aujourd’hui », qualifie Carlos Callón, dont la thèse est qu’une « amitié spéciale » est solennisée avec des résultats juridiques, la cohabitation et l’héritage similaires à ceux d’un mariage hétérosexuel.

L’appeler mariage, selon lui, ne serait pas approprié si l’on tient compte du fait que l’Église n’a pas montré d’intérêt à le réglementer avant le 10e siècle, alors que le sacrement n’a pas nécessité son intervention avant le 4e Concile du Latran (1215).

Néanmoins, certains critiques considèrent ce type de mariage comme une union sans liens affectifs ou sexuels, dans le but de consolider les familles ou les héritages. Une circonstance qui, d’autre part, pourrait également être attribuée aux mariages hétérosexuels, comme le prévient Callon, qui considère que le document précise qu’il ne s’agit pas d’un mariage de complaisance, mais d’une union plus profonde.

Il exclut également le simple « jumelage », bien qu’il rappelle que dans le passé, « frère » était utilisé pour désigner le conjoint hétérosexuel, tout comme « ami » était synonyme d’amant dans la poésie de troubadour. En Galice ceux qui étaient unis lors de cette cérémonie aient été enterrés ensemble.

Le débat serait anachronique, à cette époque, il n’y avait pas de frontières immuables entre l’amitié et l’amour, comme le reflète les chants médiévaux, où le terme « ami » avait des connotations érotiques.

En tout cas, le document fait référence à une relation homosexuelle en raison de l’affection et parce qu’elle n’est pas basée sur une union de parenté, mais sur « l’amitié ». En outre, le texte met en évidence ce que devrait être la vie entre les deux, au-delà d’un contrat commercial, et stipule les mêmes droits et devoirs qu’un mariage hétérosexuel.

Certains articles aient donné lieu à des malentendus, car ils situent la célébration dans l’église de Santa Maria de Ordes, avec le consentement du prêtre. Tous deux vivaient à côté du temple, qui était leur propriété, ainsi que des terres adjacentes.

Ainsi, dans le document, on peut lire : « Pedro Díaz et Muño Vandilaz font un pacte entre nous et pour la connaissance des autres [...] en ce qui concerne la maison et l’église de Santa María de Ordes, que nous possédons tous deux et dans lesquelles nous sommes égaux en travail, en accueillant les visiteurs, en prenant soin d’eux, en la décorant et en la gouvernant, ainsi qu’en plantant, en construisant et en travaillant dans le jardin ». Il s’agissait donc d’une union civile.

Sodomie et homophobie

Boswell a été critiqué pour avoir traduit le concept moderne d’homosexualité à l’époque,  Callon insiste sur le fait qu’il s’agit là d’une dispute académique : « Si ce mot n’existait pas, on peut affirmer que le terme hétérosexuel n’existait pas non plus.

Callón, pour sa part, attribue le mérite à John Boswell et précise que son travail a consisté à mettre le document en contexte, pour cela il s’est appuyé sur Michel Foucault, Robert Ian Moore et d’autres auteurs cités, ainsi que sur les recueils de chansons de troubadours.

Il n’y a pas d’autres preuves qu’il s’agissait d’un mariage homosexuel que les noms masculins du couple lui-même, bien qu’il n’hésite pas à le considérer comme homosexuel si l’on suit le contexte affectif du document. « Nous n’avons pas non plus compris les chants de mépris et de malédiction à cause des préjugés avec lesquels nous avons été élevés, dans lesquels seule l’hétérosexualité avait sa place.

Son étude approfondie l’a amené à observer des clins d’œil gais dans certaines chansons, alors que dans les chansons de mépris et de malédiction les références sont évidentes. « Ils ont été interprétés comme homophobes, alors qu’en fait ils ne critiquent pas la sodomie, mais le rôle passif dans une relation », dit Callon.

« De plus, pendant le processus de recherche, j’ai rencontré de nombreux spécialistes qui, lorsqu’ils trouvaient une allusion homosexuelle, se joignaient à la satire et faisaient des blagues « de pédés ». Cependant, alors que les préjugés homophobes se façonnent à l’époque, il rappelle que l’art et la littérature incarnent un idéal d’amitié entre les hommes qui leur permet d’exprimer librement leur amour en public.

« Dans la correspondance médiévale, il y a des déclarations d’amour effusives entre deux hommes. Il y a aussi des éléments que, dans les termes d’aujourd’hui, nous qualifierions de « tomber amoureux » ou de « couple ». Maintenant qu’ils sont devenus une cause de péché, ces signes disparaissent, mais pendant longtemps la frontière qui différenciait une amitié idéale ou pécheresse était très nébuleuse », explique le philologue galicien, qui se réfère à nouveau à la position de la religion concernant les relations homosexuelles.

« Pendant les mille premières années du christianisme, il n’y a pas eu de mots pour faire référence au péché ultérieur de la sodomie, pas même dans la prédication de Jésus-Christ. Les préjugés homophobes sont nés au XIe siècle et se sont consolidés à la fin du Moyen Âge.

Le sexe en est venu à jouer un rôle plus important dans le discours de l’Église. Et, en même temps, les monarchies autoritaires qui commençaient à germer ont eu recours à des crimes qui leur ont permis d’avoir plus de pouvoir. C’est pourquoi Alfonso X a réglementé la sodomie ou pourquoi Isabel et Fernando en sont venus faire office de juges », explique Callón.

L’auteur de l’essai Friends and Sodomites, qui a remporté le prix Fervenzas Literarias, pense que l’histoire a été falsifiée, en supposant que l’hétérosexualité est « éternelle ».

Les relations homosexuelles ont laissé leur marque dans des écrits documentant les mariages civils et même religieux. Mais « les femmes étaient aliénées de la société à cause de la misogynie. Les cantigas galego-portugaises nous offrent beaucoup plus d’informations sur les couples de femmes, mais en revanche, ne figurent pas dans les documents d’état civil. En d’autres termes, il n’y avait pas de reconnaissance de leurs unions parce qu’elles n’avaient pas la même considération ou position sociale ».

Ce vide se reflète également dans une chanson d’amour lesbienne qui a été modifiée dans les éditions du XIXe et du XXe siècle. Dans « Dizia la ben-talhada », attribuée à Pedr’Eanes Solaz, les pronoms féminins sont changés en pronoms masculins.

« Le travail de Boswell a été couronné, mais ses études ne sont pas dans les manuels. La diversité sexuelle a été mal représentée et marginalisée, il faut aussi se demander où sont les femmes. Il les rendra bientôt visibles dans une enquête qui reflète l’amour et le désir entre elles – et parmi elles – dans la littérature médiévale.

madrid 18/11/2020 henrique mariño

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14 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

douarnenez (psl)

douarnenez

Il était une fois dans l’histoire de la lutte de classes

La grève des sardinières de Douarnenez

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la Bretagne est une région peu industrialisée, pauvre et catholique. L’agriculture reste traditionnelle et nourrit avant tout les familles paysannes qui comptent beaucoup d’enfants. Au domicile, la langue usuelle est le breton. Les enfants n’apprennent le français qu’en entrant à l’école primaire.

A Douarnenez, un port du Finistère, on pêche essentiellement la sardine : 21 usines de conserves produisent annuellement 40 millions de boîtes de sardines.

Les matelots partent pêcher le soir à bord de chaloupes et rentrent le matin. Les femmes sont sardinières : elles nettoient et préparent les sardines avant leur mise en conserve. Elles attendent longtemps le retour des chaloupes en espérant pouvoir traiter les tonnes de sardines achetées par les usiniers.

Leur travail est précaire car il dépend des résultats de la pêche. Si celle-ci est abondante, elle est vendue à bas prix aux usiniers. Les sardinières font alors de longues heures supplémen-taires pour tout mettre en boîte : jusque 70 heures de travail d’affilée et sans primes !

Mais si la pêche est maigre, les patrons pêcheurs vendent leur pêche aux grossistes qui l’écoulent dans le commerce. Dans ce cas, les sardinières sont sans travail. Leurs heures d’attente ne sont pas payées. Les matelots touchent une part de la vente de la pêche. On voit donc qu’une grève des sardinières risque vite de dresser les matelots contre la grève.

Deux militants communistes hors du commun

Deux militants communistes exceptionnels vont jouer un rôle important dans la grève qui s’annonce : Charles Tillon(1), responsable local de la CGTU, et Daniel Le Flanchec, un communiste libertaire qui vient d’être élu maire de la ville en octobre 1924.

Le mouvement de grève commence à l’usine Carnaud où les soudeurs et les manœuvres arrêtent le travail. Le maire court à l’usine soutenir les grévistes. Mais les ouvriers de Carnaud estiment qu’ils ne pourront pas gagner seuls et ils décident d’aller discuter avec les sardinières de toutes les usines pour les inciter à la grève.

La grève s’étend comme une traînée de poudre : des milliers de sardinières se mettent en grève pendant plusieurs semaines. Le comité de grève reçoit le soutien de la municipalité. La grève est terrible car elle est unanime. Elle devient un enjeu national et de nombreux responsables (ministres, députés communistes, viennent sur place).

L’attentat

Les patrons conserveurs engagent alors des tueurs pour abattre ceux qu’ils considèrent comme « meneurs ». Le jour de l’An, Le Flanchec est abattu en public. Transporté d’urgence à l’hôpital, le maire en réchappe. Mais la colère des grévistes est à son comble. Les renforts de police envoyés sur place ont fort à faire pour protéger les demeures des patrons.

Victoire !

L’affaire prend tellement de l’ampleur que les patrons usiniers sont contraints de céder. Le salaire des sardinières passe de 8 francs par jour (pour 10 heures) à 12 francs (pour 8 heures) soit une augmentation de 30 %. Dorénavant les heures d’attente seront payées et les heures supplémentaires seront majorées de 50 %.

De ceci, retenons l’essentiel. Cette lutte menée par des femmes, des ouvrières dans un petit port du bout de la Bretagne, c’est aussi, au-delà de la hausse de salaire, la conquête d’une dignité.

Et s’il vous arrive de temps à autre d’ouvrir une boîte de sardines, ayez une pensée pour les sardinières de Douarnenez !

1) En 1921, alors qu’il était mécanicien sur un navire de guerre français en mer Noire, Charles Tillon avait animé une révolte de l’équipage pour s’opposer aux manœuvres de la flotte française qui soutenait les Blancs lors de la guerre civile en Russie. Condamné à 5 ans de bagne militaire, puis libéré à la suite d’une campagne de solidarité, il était devenu un animateur de la CGTU (La branche communiste du syndicat de 1921 à1936).

samedi 14/11/20 Guy Van Sinoy,

https://fr.socialisme.be

Commentaire:

Le PSL est un parti anticapitaliste belge

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