Archive | Histoire

30 septembre 2017 ~ 0 Commentaire

joséphine pencalet

Extraits du film « Joséphine Pencalet, une pionnière » de la série documentaire « Aux urnes universelles » (26 mn, production « Beo », réalisation Anne Gouerou).

La révolte des sardinières de Douarnenez en 1924

Les grèves en Pays Bigouden en 1926-27

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25 septembre 2017 ~ 0 Commentaire

racisme (france culture)

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Bismarck, grosses bagnoles et Méphisto : le racisme anti-allemand

A la veille des élections allemandes, retour sur plus d’un siècle d’anti-germanisme en France.

Quand Jean-Luc Mélenchon a écrit Le Hareng de Bismarck, paru en 2015, il racontait des Allemands “roublards”, épris de “grosses bagnoles”, “bougons teutons” forcément dénués d’humour et “arrogants”. A une époque où les grosses cylindrées prisées par nos voisins n’existaient pas, un membre de la cour du Roi de France avait tenu une chronique de la Deuxième croisade. C’était au 12ème siècle, Français et Allemands combattaient côte à côte pour la première fois, et ce témoin décrivait les Allemands comme des gens “vulgaires”, “brutaux”, avides de “tout dévorer”.

En voyant des casques à pointe partout, le leader de la France Insoumise s’embar- rasse à peine de préciser que ce n’est pas à “l’Allemand” ontologique, celui qu’il appelle “le gros lourd”, mais à son gouvernement qu’il s’en prend.

D’un point de vue doctrinaire, c’est l’ordre libéral d’une Europe de l’orthodoxie budgétaire qui est ciblée, dix ans après la première victoire du parti d’Angela Merkel au Bundestag. L’exercice, à quelques mois d’entrer en campagne présidentielle, se voulait “pamphlétaire” et, évidem- ment, provocateur. Mais quatre ans plus tôt, c’était Arnaud Montebourg qui enfourchait le même épouvantail pour dénoncer, lui aussi “une politique à la Bismarck”.

Bismarck, épouvantail allemand

Bismarck, qui incarne la Prusse de la guerre de 1870 (perdue par la France, si vous êtes sujets aux trous de mémoire), est devenu cet épouvantail pour la gauche française bien avant la crise grecque.

Depuis les années 70, celui qu’on appelait le “Chancelier de fer” est même un motif récurrent de l’anti-germanisme politique. C’est-à-dire, cet anti-germanisme nourri par des hommes politiques ou des responsables syndicaux au nom de différences idéologiques… mais qui confine parfois, sous couvert de critique d’un anti-modèle, à déplorer le port des chaussettes dans les sandales.

Depuis une quarantaine d’années, cet anti-germanisme-là prospère plutôt à gauche. Une date marque son apogée : la campagne de 1979 pour les élections européennes. Et ce n’est pas un hasard si c’est un scrutin européen qui a achevé de décomplexer une partie de la classe politique : c’est le sort de l’Europe, ou plus précisément le sort de la place de la France dans l’Europe, qui attise un fond de braises encore mal éteint. A l’époque, Georges Marchais multiplie les dénonciations d’une “Europe à l’heure allemande”. Dès 1978, une affiche du Parti communiste français disait déjà : NON À UNE EUROPE ALLEMANDE. NOUS, NOUS VOULONS L’EUROPE DES TRAVAILLEURS

Officiellement, Georges Marchais s’efforcera de préciser, de loin en loin, que ce n’est pas au peuple allemand qu’il s’en prend mais à la droite française, au pouvoir en la personne de Valéry Giscard d’Estaing, parce que “leur seule volonté, c’est de prendre appui sur l’étranger pour s’opposer au peuple de France, dans la tradition des émigrés de Coblence, de Thiers s’alliant à Bismarck contre la Commune, ou de la collaboration pétainiste avec Hitler”.

Mais, dans les faits, les tracts distribués par la CGT dans les usines brocardent beaucoup l’Allemagne tout court, indistinctement. Au point que le concurrent syndical de la CGT, Edmond Maire, patron de la CFDT, dénoncera la germanophobie galopante dans les ateliers et les entreprises. Dans une émission de radio, le 4 février 1979, Edmond Maire s’élevait ainsi contre le “dévoiement “ de l’action syndicale : Il nous fallait réagir vite et fort contre l’exploitation d’un vieux fond anti-allemand toujours présent, surtout en Lorraine.

Le Parti communiste, qui fera 20% à ces élections européennes (à peine moins que le score de Jacques Duclos dix ans plus tôt, à la présidentielle de 1969), n’est pas le seul parti à remuer ce “vieux fond anti-allemand”. Le RPR créé fin 1976 par Jacques Chirac n’est pas en reste. Durant cette campagne pour l’élection des députés européens au suffrage universel, Chirac lui-même rivalise d’ambiguïté lorsqu’il dénonce par exemple “le parti de l’étranger”. C’était en décembre 1978, dans un discours prononcé depuis l’hôpital Cochin. L’Humanité reprendra à son compte l’idée du “parti de l’étranger” quelques mois plus tard. Mais, pour Henri Ménudier, c’est même Chirac qui initie la campagne la plus xénophobe à ce moment-là.

L’Europe et le « parti de l’étranger »

Après coup, le jeune patron du RPR expliquera qu’il entendait “parti de l’étranger” comme “le parti du doute”. Mais le plus souvent, il charge les lieutenants du gaullisme de répondre aux accusations d’anti-germanisme. Michel Debré, par exemple, à Marseille en 1979 :

« Je crains que ceux qui nous accusent de germanophobie et de xénophobie ne soient le plus souvent des francophobes. Non, ce n’est pas faire preuve d’anti-germanis- me, de xénophobie, que de dire que la politique de la sidérurgie française ne doit pas se faire sous la pression des sidérurgistes allemands. Avant bien d’autres nous avons voulu qu’il y ait un rapprochement profond entre la France et l’Allemagne. Mais ce rapprochement ne vaut que si une France forte équilibre une Allemagne qui a retrouvé sa puissance ».

Ces élections de 1979 montrent qu’à cette époque où la construction européenne bat son plein, l’anti-germanisme se nourrit de deux obsessions :

  • La question de la souveraineté française (et l’hostilité des communistes, comme des gaullistes, à une Europe supranationale)
  • La crainte d’une vassalisation de la France sous le poids de l’hégémonie allemande

Méphisto outre-Rhin

Bismarck devient le symbole de cette Allemagne prédatrice. Le contentieux militaire et territorial entre les deux pays a connu un paroxysme à la fin du 19è siècle, sous la houlette de ce chan- celier. Au point que des intellectuels s’emparaient déjà de l’épouvantail Bismarck. Dans sa conférence du 12 décembre 1914 à l’Académie des sciences morales et politiques, Henri Bergson, né en France d’une famille juive polonaise exilée, comparait Bismarck à Méphisto- phélès et disait ceci :

La civilisation avait déjà connu, sur tel ou tel de ses points, des retours offensifs de la barbarie; mais c’est la première fois que toutes les puissances du mal se dressent ensemble, coalisées, pour lui donner assaut ».

Dénazification et jumelages

En 1979, l’arrivée à la fonction (certes symbolique) de Président de la RFA d’un certain Karl Cartens, un ancien paramilitaire du parti nazi NSDAP, exacerbera encore ce sentiment anti- allemand. En particulier à gauche, et l’on trouve par exemple de nombreuses Une de L’Huma- nité consacrées dans les années 70 à ces hauts-fonctionnaires allemands, toujours en poste et nullement inquiétés, qui ont réchappé de l’épuration après la défaite de l’Allemagne nazie.

Mais au même moment, le travail de mémoire a lieu en Allemagne, tandis que le rapprochement entre la France et l’Allemagne. C’est l’époque où Helmut Schmidt, chan- celier social-démocrate en bons termes avec Valéry Giscard d’Estaing, revendique un devoir de mémoire impérieux. Une contrition à même de paralyser toute pulsion hégémonique dans son pays. C’est aussi l’époque où, parce qu’on dit qu’on fait la paix avec des hommes de chair et d’os et pas avec des nations, on a cherché à forger un récit commun. L’Office Franco-allemand pour la Jeunesse prendra ainsi son envol et les jumelages entre villes allemandes et françaises battront leur plein dans la foulée du Traité de l’Elysée, signé en 1963 par Konrad Adenauer et le Général de Gaulle.

Dans un article sur « L’amitié franco-allemande », Alfred Grosser raconte très bien que le Général de Gaulle a réussi à porter l’amitié franco-allemande au prix d’une révolution intime. Dès le mois de septembre 1958, très vite après son retour au pouvoir, Adenauer avait rendu visite à De Gaulle à Colombey-les-deux-Eglises pour le convaincre de la nécessité d’un tandem franco-allemand dans le contexte de la Guerre Froide. La relation entre les deux hommes sera une des clefs de ce tournant. Et il restera quelque chose d’intime voire de sentimental dans ce traité de l’Elysée. En conférence de presse, De Gaulle le défendra d’ailleurs en commençant par dire qu’il a “le coeur et l’esprit satisfaits” :

Après guerre, amitié et contrition

Cette politique de réconciliation mettra aussi l’anti-germanisme en sourdine en reléguant les accusations de nazisme au second plan. Le même Alfred Grosser raconte en effet que ce sont d’abord des Résistants qui, très tôt à la sortie de la guerre, ont commencé à préparer une politique de la réconciliation : « La seconde guerre mondiale n’a pas été franco-allemande, mais anti-hitlérienne. Nous nous sentions tous coresponsables de l’avenir démocratique de l’Allema- gne écrasée, du moins dans les trois zones d’occupation occidentales. Les rencontres et échanges ont ainsi commencé à se développer dès la fin des années quarante.

Pour que les âmes achèvent de fraterniser devant leur écran de télé, la chaîne de télé Arte, créée en 1991, a pour cahier des charges de diffuser des programmes communs (même si les horaires varient car on ne dîne pas à la même heure des deux côtés du Rhin). A la manœuvre, Jobst Plog côté allemand et Jérôme Clément, côté français. (…)

Vingt-cinq ans après la création d’Arte, près de 2% des couples, en Allemagne, sont franco-allemands. Mais le destin commun patine et un homme politique arrivé quatrième à l’élection présidentielle (Mélenchon, pour ceux qui ne suivent pas) continue de décrire les Allemands en “gros lourds” aux visées prédatrices boursouflées. Ni le traité de l’Elysée en 1963, ni Arte et ses programmes sur les stéréotypes (par exemple, l’émission Karambolage) n’enterreront complètement l’anti-germanisme. Et pas davantage les 200 000 jeunes français et allemand qui se côtoient encore chaque année sous le haut patronage de l’OFAJ, malgré l’allemand qui n’en finit pas de perdre du terrain dans l’apprentissage des langues au collège.

Après 1990, le come-back de Bismarck

Travail de mémoire oblige, ce n’est plus tant l’épouvantail du nazisme que la figure de Bismarck qui fait un retour en force depuis les années 90. Comme un retour aux fondamentaux ? La géographie n’y est pas pour rien : entre-temps, l’Allemagne s’est réunifiée et ses nouvelles frontières ravivent en fait celles de la Prusse d’hier. Et cette réunification a largement joué dans ce regain d’anti-germanisme.

François Mitterrand redoutait la réunification allemande pour le poids qu’elle allait conférer au voisin. Au point, même, d’avoir manqué de lucidité : peu de temps avant, le Président français gageait encore qu’une telle réunification des deux Allemagne était tout bonnement “impossible”. Totalement à rebours du sens de l’Histoire, François Mitterrand s’était d’ailleurs fendu d’une petite visite de courtoisie à la RDA le 20 décembre 1989.

Lorsque la Grande-Bretagne a déclassifié une partie de ses archives de l’époque, on a pu découvrir les propos que tenait François Mitterrand lors de ses rencontres avec Margaret Thatcher. Ainsi, consigné à la page d’une réunion du 20 janvier 1990, ce passage attribué au Président français : “La perspective de la réunification a provoqué un choc mental chez les Allemands”. Un choc qui aurait eu pour effet de les « faire redevenir les mauvais Allemands qu’ils étaient« , disait ce jour-là Mitterrand, redoutant que l’Allemagne ne se pique de “reprendre des territoires perdus pendant la guerre”.

Le symbole de Verdun

François Mitterrand s’était pourtant montré moins méfiant jusqu’à la Chute du mur. Avec De Gaulle et Giscard, il faisait partie des trois dirigeants français les plus actifs en matière de réconciliation franco-allemande. Une image soigneusement travaillée en témoigne : c’est ce cliché de François Mitterrand et Helmut Kohl, main dans la main, au cimetière de Verdun en 1984. Ce jour-là, les deux hommes donnent un nouvel élan à la réconciliation franco-alleman- de. Au passage, ils inventent aussi une gestuelle politique qui fera date : dix ans plus tard, cette poignée de mains servait de visuel pour la page d’accueil d’un des premiers sites web du Quai d’Orsay.

François Mitterrand aurait-il tendu cette main à Gerhard Schröder ? Lorsque le chan- celier social-démocrate est arrivé au pouvoir, et avec lui une génération qui n’avait pas connu la guerre, sa communication volontariste sur la fierté allemande retrouvée a ravivé l’inquiétude en France. Comme si l’amitié franco-allemande était possible pourvu que l’Allemagne se fasse petite et poursuive cette politique de contrition qui a prévalu après-guerre jusqu’à la fin des années 90. Depuis douze ans qu’Angela Merkel dirige le pays, l’hégémonie allemande n’a jamais été aussi forte. Et avec elle, l’anti-germanisme reprend du service.

21/09/2017

https://www.franceculture.fr/

Commentaire: En tant que « trotskiste » on ne peut que rappeler que si l’Allemagne a été conquise par Hitler, c’est la faute du mouvement ouvrier allemand, socialistes (soutenant la droite) et communistes (au sectarisme sans limite) qui ont préféré la division à l’unité contre le nazisme.

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22 septembre 2017 ~ 0 Commentaire

clivage (jdd)

de gauche

Pourquoi le clivage droite-gauche n’est pas mort

Depuis déjà près de 30 ans, on entend des observateurs de la vie politique affirmer que les valeurs de gauche et de droite seraient en train de disparaître et que les citoyens ne feraient plus la différence. Cette idée se retrouve aussi dans les réponses à des questions de sonda- ges.

 Comme je l’ai écrit dans The Conversation France, un nombre croissant de person- nes affirment, dès les années 1980, que gauche et droite n’ont plus de sens.

Et pourtant, les mêmes personnes, dans les mêmes sondages, acceptent de se situer sur une échelle allant de la gauche à la droite, revendiquant une certaine identité politique en terme de droite et de gauche. Et, selon leur position sur cette échelle, les individus répondent aussi différemment à de nombreuses questions politiques.

Ce paradoxe de l’opinion s’explique assez facilement. Beaucoup se sentent plutôt de droite ou plutôt de gauche en fonction de ce qu’ils pensent, tout en estimant que les gouver- nants mettent en œuvre des politiques similaires lorsqu’ils sont au pouvoir.

Au cours de la campagne électorale de 2017, ce discours niant l’existence de la gauche et de la droite a beaucoup été repris par les partisans d’Emmanuel Macron puisque le candidat En marche se voulait « ni de droite, ni de gauche », ou parfois « et de gauche, et de droite ». Ce positionnement se voulait critique de ces deux références antithétiques classiques au nom d’un ailleurs ou d’un centre, selon un positionnement idéologique très proche de celui qu’avait adopté François Bayrou en 2007. Au soir du 23 avril, le futur président Macron affirmait qu’une nouvelle ère politique allait s’ouvrir, puisqu’il allait gouverner sans référence à ce clivage.

Nous voudrions montrer ici que l’idée de disparition du clivage gauche-droite est illusoire en considérant des résultats d’une enquête post-électorale (enquête French Election Study, FES 2017), administrée par l’institut Kantar. Ils soulignent en effet que les opinions publiques restent très fortement structurées par ces représentations. Si le pays a porté Emmanuel Macron à la présidence de la République, il n’a pas abandonné son logiciel politique.

Stabilité du positionnement sur l’axe gauche-droite

Premier élément de démonstration : sur une échelle en 11 positions, allant de 0 (« très à gauche ») à 10 (« très à droite »), seuls 8,8% ne se positionnent pas, ce qui veut dire que beau- coup de citoyens, bien que critiques à l’égard des politiques de gauche et de droite, acceptent de se situer et revendiquent un positionnement et une orientation dans l’espace politique.

Les répondants se répartissent de manière assez équilibrée sur l’ensemble de l’échelle, très semblable à ceux qu’on a pu construire dans les nombreuses enquêtes menées depuis plusieurs décennies. L’attirance pour la gauche et la droite sont stables, même si le contenu des idées revendiquées à droite et à gauche ont changé. L’attirance pour le centre de l’échelle est toujours forte, alors que les extrêmes ne mobilisent pas beaucoup. Le centre de l’échelle comporte beaucoup d’individus aux idées modérées, mais aussi des personnes ayant un faible intérêt et une faible compétence politique : 64% des centristes ont peu ou pas du tout d’intérêt pour la politique contre 53% chez l’ensemble des enquêtés.

L’axe gauche-droite permet toujours de situer leaders et partis

Deuxième élément de démonstration de la cohérence des univers politiques appréhendés avec la logique gauche-droite : la plupart des Français sont capables de positionner sur la même échelle les candidats à l’élection présidentielle. Évidemment, chacun ne situe pas exactement de la même manière les candidats sur l’axe, mais les perceptions moyennes de chaque can- didat sont très conformes à leur image, telle qu’elle ressort de leur passé, mais aussi des débats de la campagne. Les principaux candidats sont très répartis sur tout l’axe et non pas concentrés au centre, ce qui indique que l’opinion a bien conscience qu’il existe des différen- ces entre les programmes des principaux candidats. Si le répondant est, en moyenne, au centre (5 sur l’échelle), les principaux candidats sont situés entre 2,1 et 8,8.

Emmanuel Macron se situe à 5,3, donc très proche du positionnement moyen cen- triste des individus. Au total, il paraît bien correspondre à ce qu’on appelle traditionnelle- ment « l’électeur médian », celui qui est à la confluence des attentes des citoyens. C’est certaine- ment un élément important de son succès : il correspondait aux attentes des électeurs modé- rés déçus de la gauche et de la droite, prêts à tenter une hypothèse centriste. Dans un contex- te de désaveu des partis de gouvernement, il a pu siphonner les électorats de droite et surtout de gauche modérée au premier tour.

Entre les candidats des partis de gouvernement et ceux de la gauche et de la droite radicale, l’opinion établit une distinction assez nette : 1,1 point d’écart sépare Mélen- chon et Hamon, 1,3 point Le Pen de Fillon. Par ailleurs, Hamon est considéré comme plus à gauche que le PS et Fillon plus à droite que Les Républicains (LR). Au fond, situer les respon- sables politiques et les partis selon la métrique de l’axe gauche-droite permet de résumer, de façon simple, la perception que l’on a de chacun d’eux. C’est un langage particulièrement utile parce que simplificateur par rapport à la complexité des idées que chacun peut soutenir dans des domaines très variés.

Des identités de gauche et de droite profondément ancrées dans le vécu familial

Troisième élément de démonstration : quand on observe quelles sont les relations entre l’orien- tation politique et les variables objectives de statut des individus, on découvre que le fait de se dire de droite ou de gauche est très lié aux origines familiales. L’effet de la socialisation familiale apparaît très fort.

Si on a baigné dans une famille clairement orientée politiquement, il y a de bonnes chances que l’on adopte le même positionnement politique ou un positionnement voisin. Et pour ceux qui vivent en couple, l’homogamie des orientations politiques est encore plus nette. Tout ceci montre que se dire de gauche ou de droite correspond à une identité profondément ancrée, qui ne saurait se dissoudre dans le court terme d’une élection.

Les évolutions de ces identités existent mais elles sont assez lentes. On sait, par exemple, que les liens avec les groupes sociaux, très forts il y a une cinquantaine d’années, sont aujourd’hui plus faibles. Même si les professions indépendantes restent nettement orien- tées à droite et les professions intellectuelles ou artistiques à gauche. Si l’insertion familiale est très structurante pour nos identités politiques, ce n’est pas le cas de la psychologie individu- elle. En effet, on n’observe aucun lien significatif entre l’orientation politique et le profil psy- chologique que les individus tracent d’eux-mêmes. Que l’on se dise extraverti, critique, disci- pliné, anxieux, ouvert, réservé, sympathique, désorganisé, calme ou conventionnel, on n’est pas davantage orienté à gauche ou à droite.

Dans les principaux domaines de valeurs, un fort clivage entre gauche et droite

Dernier élément de la démonstration : une forte cohérence existe entre le positionnement à gauche ou à droite et toutes les questions d’opinion. Tout d’abord, le vote exprimé est évidem- ment fortement lié aux identités de gauche et de droite. Les personnes de gauche qui votent pour des candidats clairement de droite sont très minoritaires. Et l’inverse est vrai. Ce tableau montre aussi que l’électorat d’Emmanuel Macron est le plus composite : il a réussi à attirer de nombreux électeurs de gauche et de droite. Celui de Marine Le Pen, du fait de son orientation populiste et protestataire, comporte aussi une certaine diversité d’identités politiques.(…)

Sur les questions de politiques économiques, les personnes de droite se montrent beaucoup plus libérales que celles de gauche, qui veulent davantage de justice sociale et de redistribu- tion. Elles sont aussi plus favorables au nucléaire alors que les opinions de gauche se montrent plutôt sensibles à la décroissance.

Les conceptions sur l’immigration et la sécurité sont, bien sûr, aussi nettement clivées politi- quement. L’ordre est toujours une valeur de droite. Ce que devrait viser l’école est donc très différent selon son positionnement politique : pour la droite, l’école doit inculquer la discipline et l’effort, alors que, pour la gauche, elle doit former des esprits éveillés et critiques. Enfin le libéralisme des mœurs est clairement revendiqué par la gauche.

Tous ces résultats d’enquête montrent que le positionnement sur un axe entre la gauche et la droite n’a rien d’un artifice. Il exprime, de manière synthétique, la manière dont les individus se situent. À l’aide de cet outil et de ce vocabulaire, souvent contesté mais jamais abandonné, les individus se disent et se repèrent dans l’univers politique, ils se distinguent aussi des autres camps politiques.

Le clivage gauche-droite peut certes changer de forme et d’intensité, mais pour l’instant, son existence, attestée depuis la Révolution française, n’est en rien menacée par le nouveau quinquennat. Les réformes annoncées sont, d’ailleurs, régulièrement jugées selon la métaphore spatiale de l’axe politique : le Président fait-il une réforme de gauche ou de droite? Autrement dit, la gauche, le centre et la droite ont encore un bel avenir devant eux.

Pierre Bréchon, professeur émérite de science politique, Sciences Po Grenoble

Durant la campagne présidentielle, le camp Macron a beaucoup misé sur le dépassement du clivage droite-gauche. Un clivage qui demeure, juge aujourd’hui Pierre Bréchon, professeur à Sciences Po Grenoble.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

22 septembre 2017

http://www.lejdd.fr/

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22 septembre 2017 ~ 0 Commentaire

catalogne (lutte ouvrière)

catalogne (lutte ouvrière) dans A gauche du PS

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Catalogne : deux camps étrangers aux intérêts des travailleurs

Après l’annonce de l’organisation d’un nouveau référendum d’autodétermination en Catalogne, le gouvernement espagnol a décidé d’employer la manière forte et l’intimidation pour empêcher la tenue de ce vote, multipliant les perquisitions, les arrestations et saisissant dix millions de bulletins déjà imprimés. Cela a eu comme effet de faire descendre dans la rue le camp indépendantiste qui, pour sa part, compte profiter de ces provocations pour souder la population derrière lui.

Les intérêts des travailleurs sont étrangers aux deux camps qui s’affrontent. Leur salut ne dépend pas des frontières ou de leur carte d’identité, mais de leur capacité à ôter le pouvoir à la bourgeoisie, qu’elle soit catalane ou espagnole.

21/09/2017

Commentaire: Ci-dessus une brève qui semble de simple bon sens: « Prolétaires de tous les pays, parlez la même langue! », mais hélas ce n’est pas du tout ce que disait Léon Troski, en accord avec Lénine!

Histoire de la révolution russe (Léon Trotsky):

 La question nationale 

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09 septembre 2017 ~ 0 Commentaire

émile masson (le peuple breton)

Émile MASSON : Antée, Les Bretons et le socialisme

Né à la fin du 19è siècle, Émile Masson est un précurseur de la pensée bretonne de gauche.

Seul contre tous, il veut croire en l’émancipation du peuple breton. Malgré un style très lyrique, ce long « poème » qu’est Antée (paru en 1912) a réussi à traverser le temps. À défaut d’être actuel, il donne quelques leçons historiques à tous ces « socialistes » qui ont échoué à faire partager leur idéal, par mépris ou défiance du peuple.

Au-delà du seul cas de la langue bretonne, Émile Masson faisait corps avec le peuple breton, ce que nombre de nos politiques ont tendance à oublier, en se retranchant derrière leur mandat pour parler en son nom, en le consultant assez rarement. Relire Masson est une façon de comprendre (et donc de combler) le fossé grandissant entre la « base » et le « sommet ».

Les Presses populaires de Bretagne, se plaçant parmi les derniers héritiers des fédéralistes, rééditent cet ouvrage, car c’est celui qui fait le lien entre l’identité et la gauche, ce qui n’est pas anodin à l’heure où la droite s’empare de la question identitaire, où le brouillage politique sème la confusion idéologique.

L’avant-propos est écrit par le rédacteur en chef du mensuel Le Peuple breton, Gael Briand, et c’est Alan Le Cloarec, auteur de l’ouvrage Aux origines des mouvements bretons (Coop Breizh, 2016), qui signe la préface.

Émile MASSON : Antée – Les Bretons et le socialisme

Presse populaires de Bretagne

85 pages, 10€

Lire aussi:

Emile Masson (Wikipedia)

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08 septembre 2017 ~ 0 Commentaire

olivier besancenot publie (la brèche)

olivier-besancenot_0

Dans cet essai vigoureux, argumenté et limpide, Olivier Besancenot plaide pour une relecture de la révolution russe : non, Lénine et Staline ne sont pas la conséquence immédiate de cet immense soulèvement populaire.

Octobre 1917 : les bolcheviks prennent le pouvoir en Russie. Révolution ou coup d’Etat ? Soulèvement démocratique ou manoeuvre politique ? La filiation avec le stalinisme des années 1930 est une évidence pour nombre d’historiens.

Besancenot démontre qu’il n’en est rien : stalinisme et communisme ne sont pas seulement distincts, ils sont irréductiblement antagoniques. Le stalinisme n’est pas une variante du communisme, mais le nom d’une contre-révolution bureaucratique, qui s’est érigé à l’encontre du projet d’émancipation communiste.

Scandé par des immersions dans les temps forts de 1917, comme autant de séquences cinématographiques, cet essai offre un regard neuf sur un des événements les plus passionnément étudiés et discutés de l’Histoire contemporaine.

http://www.la-breche.com/

Lire aussi:

Histoire de la révolution russe (Léon Trotsky)

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26 août 2017 ~ 0 Commentaire

plogoff

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22 août 2017 ~ 0 Commentaire

trotsky (rp)

Leon-TROTSKI-image

77ème anniversaire de l’assassinat de Léon Davidovitch Brontstein

Trotsky, le spectre de la révolution

Il y a une question que des travailleurs, des jeunes, des intellectuels, des historiens et des écrivains se posent depuis le 20 août 1940: pourquoi Staline a-t-il fait assassiner Trotsky? 

Dans son roman passionnant L’Homme qui aimait les chiens, l’écrivain cubain Leonardo Padura nous présente un dialogue imaginaire qui a eu lieu en URSS après que Ramon Merca- der, l’assassin stalinien, ait mis fin à la vie de Léon Trotsky. Dans ce roman, ses participants ne peuvent s’empêcher de dire que ce plan, conçu des années à l’avance était « une exagération. Au vieux on aurait du le laisser mourir dans la solitude ou, dans son désespoir, se tromper et se couvrir de merde. Nous l’avons sauvé de l’oubli et nous avons fait de lui un martyr ».

Mais si cela était le cas, pourquoi Staline aurait-il conçu un plan mobilisant ses agents sur quatre des cinq continents pendant plus d’une décennie, obligeant Trotsky à voyager sur une « planète sans visa » par des expulsions successives, la première de l’URSS, puis de la Turquie, de la France et d’autres pays européens pour finalement atterrir au Mexique, sa dernière adresse ? Et pourquoi la bureaucratie stalinienne a-t-elle déployé d’innombrables ressources matérielles et de propagande pour calomnier Trotsky parmi les masses, l’accusant d’être un agent de l’impérialisme anglais, allemand, japonais et semant d’intrigues sa trajectoire ?

De toute évidence, et malgré certaines interprétations à la mode dans l’historiogra- phie circulant dans les milieux universitaires, ce n’était pas une simple obsession paranoïaque. Et bien que Trotsky n’ait pas été la seule cible de la bureaucratie stalinienne, comme en témoigne le fait que Staline a procédé à l’élimination de toute la génération des révolutionnaires russes qui avaient dirigé la révolution d’octobre 1917, il y a quelque chose dans la figure de Trotsky qui est particulière. L’assassinat de Trotsky est l’aveu de la bureau- cratie soviétique de l’influence énorme qui pourrait encore être exercée par le créateur de l’Armée Rouge parmi les masses prolétariennes de l’URSS et du monde. Et plus encore face aux grands cataclysmes qui se profilaient.

Les taches de la formation d’une nouvelle Internationale Révolutionnaire

Tout au long des années 1930, le PCUS stalinisé et l’Internationale Communiste n’étaient plus l’expression de l’avant-garde prolétarienne, mais la cristallisation de la caste bureaucratique qui avait usurpé le gouvernement de l’URSS. Ils étaient guidés par leurs propres intérêts de caste et contre les besoins révolutionnaires du prolétariat. Cela a été tragiquement corroboré par Trotsky en 1933 avec la défaite sans combat du prolétariat allemand face à la montée du nazisme et  la stratégie contre-révolutionnaire du Front Populaire menée par l’IC au cours du processus révolutionnaire espagnol.

Depuis 1933, Trotsky était arrivé à la conclusion que le PCUS et le Komintern ne pouvaient plus être réformés. Pour cette raison, il a consacré toutes ses énergies à l’orga- nisation d’un nouveau parti mondial de la révolution socialiste. En résumant le meilleur de l’expérience de la génération révolutionnaire bolchevique, en passant par les trois révolutions russes, la guerre civile dans laquelle il a érigé une armée de cinq millions de soldats ouvriers et paysans, les importantes contributions des quatre premiers congrès de l’IC, celle du « prolé- tariat à l’offensive », les conclusions de ses batailles d’idées et physiques contre la dégénéres- cence de l’état ouvrier soviétique et les événements de l’Allemagne et de l’Espagne, Trotsky incarnait le point le plus élevé de ce qui restait de la génération révolutionnaire.

À la fin de la décennie, les trotskystes en URSS, un nom qu’ils ont accepté par respect pour le chef révolutionnaire, mais qui n’a jamais remplacé celui de bolcheviks-léninistes comme ils se nommaient eux-mêmes, étaient une poignée de révoltés obstinés qui ont résisté aux camps de concentration staliniens. En Europe, en Amérique du Nord et dans le reste du monde ils se composaient principalement de petits groupes. Mais ils avaient une vision claire du scénario stratégique qui commençait à se dessiner au seuil de la Seconde Guerre mondiale. Et ils étaient déterminés à se préparer à intervenir dans les événements que cette guerre réveillerait.

Trotsky et une tâche indispensable

Les marxistes révolutionnaires internationalistes en plein milieu de la Première Guerre mondia- le ont participé aux conférences de Zimmerwald et Kienthal pour jeter les bases de ce qui serait une nouvelle internationale révolutionnaire, face au soutien aux bourgeoisies de chacun de leurs pays par les social-démocrates. Trotsky a partagé cette bataille avec Lénine, Rosa Luxemburg, et ceux qui avaient fait face à  l’énorme capitulation de la Deuxième Internatio- nale. Tous les révolutionnaires du monde pouvaient entrer dans un wagon de train.

Maintenant, la tâche à laquelle Léon Trotsky a consacré toutes ses forces, était de forger les bases d’une organisation révolutionnaire et internationaliste, à un moment sombre de l’histoire de l’humanité, au seuil de la Seconde Guerre mondiale. Certes, comme le dit Isaac Deutscher, à ce moment-là, il se souviendrait des lignes qu’Adolf Ioffe lui avait envoyées dans une lettre qui lui rappelait l’inflexibilité et la détermination de Lénine au milieu de la Première Guerre mondiale : « Mais il m’a toujours semblé qu’il vous manquait cette inflexibilité, cette intransigeance dont a fait preuve Lénine, cette capacité de rester seul en cas de besoin, et de poursuivre dans la même direction, parce qu’il était sûr d’une future majorité, d’une future reconnaissance de la justesse de ses vues ».

Trotsky avait compris son rôle et considérait qu’il était essentiel comme jamais auparavant . Et là on parle de quelqu’un qui, en 1905, était président du Soviet de Pétrograd, qui en 1917, a dirigé avec Lénine la révolution russe et avait joué un rôle central dans l’insurrection d’octobre, qui plus tard se distinguera en tant qu’organisateur et stratège militaire à la tête d’une armée de cinq millions de soldats ouvriers et paysans, et qui en plus de tout cela, a participé comme l’un des principaux orateurs et rédacteurs des documents fondateurs de l’Internationale communiste dans ses quatre premiers congrès. Au moment de nager contre le courant de la « nuit noire » du stalinisme, en maintenant la continuité du programme et la stratégie du marxisme révolutionnaire, Trotsky a compris que sa place ne pouvait être occupée par quelqu’un d’autre.

Un nouveau parti de la révolution mondiale

Au moment de sa fondation, en 1938, la Quatrième Internationale n’a rassemblé dans ses rangs qu’un petit nombre de cadres et de militants. Cependant, Trotsky a prédit que la guerre générerait de nouvelles montées révolutionnaires, la faillite du stalinisme, de même que le déclenchement de la Première Guerre mondiale avait sonné le glas de la social-démocratie…

Héctor “Catoto” Penuto Federico Roth

lundi 21 août

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11 août 2017 ~ 0 Commentaire

pop (lcr.be)

superdupont

Le « moment populiste »

Le « moment populiste » est un concept proposé par la philosophe Chantal Mouffe. Selon Mouffe, la globalisation, l’hégémonie du capital financier et l’intégration de la social-démocratie à la politique néolibérale ont instauré une « post-démocratie ».

Le principe du peuple souverain est devenu une formule creuse : il n’y a plus de souveraineté, donc plus de débat entre gauche et droite. La défense des intérêts de l’oligar- chie financière est assurée par une caste qui ramène les problèmes politiques à des problè- mes techniques, à trancher par des experts. Dans ce contexte, le rapport entre les principes d’égalité (la gauche) et de liberté (la droite), est déséquilibré en défaveur de la gauche. Or, le peuple, pour Mouffe, n’est pas une donnée sociologique: c’est une construction politique qui dépend du tracé de la frontière entre le « eux » et le « nous ». Le mode de cette construction politique constitue pour elle le populisme.

Aujourd’hui, il y a un « moment populiste » car on note partout une profonde frustra- tion et une aspiration « populaire » à la démocratie, donc à la souveraineté, donc à un rééquilibrage entre égalité et liberté.

Ces sentiments sont captés principalement par un populisme de droite, mais cette situation n’est pas une fatalité. « Le populisme de droite rétablit la souveraineté populaire, mais pas l’égalité » – notamment parce qu’il ethnicise les problèmes sociaux. Il construit donc un « nous » qui réduit la démocratie au lieu de l’élargir. C’est son talon d’Achille. La gauche peut et doit développer un populisme de gauche, seule façon de combattre le populisme de droite. Pour ce faire, Mouffe recommande de ne pas parler de « fascisme » ni « d’extrême-droite » : « C’est un moyen de ne pas chercher à comprendre », dit-elle. Or, il faut « reconnaître que les demandes qui sont à la base des mouvements populistes de droite sont des demandes démocratiques ». Marine Le Pen donne des réponses aux gens victimes de la « globalisation heureuse ». Le populisme de gauche, pour Mouffe, se distingue du populisme de droite en disant que l’adversaire est la mondialisation néolibérale, pas les immigrés.

Pauvre Gramsci !

Les marxistes distinguent la « classe en soi » et la « classe pour soi ». La différence, c’est la conscience. La classe en soi est une donnée sociologique. La « classe pour soi » se constitue par l’expérience des luttes, l’auto-organisation, l’extension et l’unification des luttes, qui permet au prolétariat d’aller au-delà de ses revendications pour jeter les bases d’une révolution complète des rapports sociaux, ainsi que des rapports humanité-nature.

Mais Mouffe insiste: la construction d’un peuple n’est pas la constitution de la «classe pour soi». C’est un processus « beaucoup plus transversal », qui centralise des « demandes hété- rogènes » provenant de « différents secteurs sociaux ». Lesquels ? Mouffe cite le féminisme, les mouvements LGBT, l’écologie… Mais ce n’est pas le fond de l’affaire. Le fond de l’affaire est que la transversalité est nécessaire parce que nous ne sommes plus dans le capitalisme fordiste.

« Aujourd’hui, nous sommes tous sous la domination du capitalisme financier, y compris des secteurs sociologiques qui appartiennent à la droite ». Il s’agit donc de « reformuler le projet socialiste en termes de radicalisation de la démocratie ». Cela nécessite la cristallisation politique de revendications provenant aussi de secteurs du patronat. Cette cristallisation nécessite un leader charismatique qui mobilise les passions, car il n’y a pas que des arguments : en politique, les affects sont importants. Le populisme de droite l’a bien compris, le populisme de gauche doit faire de même.

Voilà, en très condensé, l’essentiel de la théorie politique qui suscite l’engouement d’une partie de la gauche aujourd’hui.

Sous des dehors modernes et radicaux, c’est du très vieux vin dans une nouvelle outre. Le point de départ est faux : il consiste à séparer capital financier et capital en général, alors que les deux sont inextricablement imbriqués.

Pour Mouffe et ses adeptes, l’ennemi n’est pas le capitalisme qui exploite le travail et détruit l’environnement, mais le capital financier globalisé qui vide la « souverai- neté populaire » de son contenu.

La perspective stratégique qui en découle est celle d’une « insurrection citoyenne » pour rétablir… quoi ? La « démocratie » et la « souveraineté » d’avant le tournant néolibéral, avec son « équilibre » entre gauche et droite, dans le cadre de la nation. Mouffe est explicite : se référant à Syriza et Podemos, elle considère que le populisme doit entrer dans les institutions pour les transformer. Telles sont, pour elle, les conclusions à tirer de l’analyse de Gramsci sur la conquête de l’hégémonie. Pauvre Gramsci ! Il doit se retourner dans sa tombe car ce que Mouffe propose est ce que la social-démocratie a prétendu faire… et qui l’a transformée en social-libéralisme.

Les citations sont extraites du débat Chantal Mouffe/Jean-Luc Melenchon

10 août 2017  Daniel Tanuro

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11 août 2017 ~ 0 Commentaire

fascisme? (lcr.be)

dance

Sommes-nous dans les années 30 ?

Trump aux Etats-Unis, Orban en Hongrie, Farage en Grande-Bretagne, Le Pen en France, Wilders aux Pays-Bas, Duda en Pologne, Erdogan en Turquie… au-delà des spécificités nationales, il est clair qu’une tendance autoritaire, nationaliste, machiste et raciste monte en puissance dans de nombreux pays.

S’agit-il de fascisme ? Sommes-nous replongés dans la situation des années 20 et 30, qui a vu Mussolini et Hitler s’emparer du pouvoir ? Si ce n’est pas du fascisme, de quoi s’agit-il ? Et en quoi cette discussion est-elle importante pratiquement, dans la lutte sociale et politique quotidienne? Voilà quelques-unes des questions abordées dans cet article, qui n’est qu’une contribution au débat.

Tout régime autoritaire dans l’Histoire, même s’il est sanglant, n’est pas fasciste. Le fascisme est un phénomène propre au capitalisme parvenu à un certain niveau de dévelop- pement (ou de putréfaction). La dictature stalinienne a fait des millions de morts mais n’était pas fasciste. Le régime nord-coréen est abominable, mais pas fasciste. De nombreuses socié- tés avant le capitalisme ont subi des despotes cruels, mais Ivan le Terrible n’était pas fasciste.

Tout régime autoritaire n’est pas nécessairement fasciste

Le capitalisme tend vers des formes d’Etat de plus en plus autoritaires. C’est le résultat de la concentration et de la centralisation du capital : des investissements gigantesques sont plani- fiés sur de longues périodes. Ils sont financés à crédit par les banques. Toute l’économie flotte sur un océan de dettes. La baisse du taux de profit découlant de la mécanisation est compen- sée par l’augmentation de la masse de marchandises. La concurrence est farouche. Surtout en période de crise, le Capital a besoin de faire respecter la « pensée unique », de brider les droits syndicaux, de restreindre les libertés démocratiques. C’est la « tendance à l’Etat fort ». Elle est dangereuse, mais l’Etat fort n’est pas un fascisme : De Gaulle n’est pas Hitler.

Dans certaines circonstances, le Capital donne le pouvoir à l’armée qui instaure une dictature. L’Amérique latine a présenté de nombreux exemples.

Au Brésil, en Bolivie, au Chili… des putschs (décidés à Washington) ont instauré des dictatures féroces. Mais les décrire comme « fascistes » serait escamoter la spécificité du fascisme : sa démagogie pseudo-anticapitaliste, nationaliste, aux accents révolutionnaires, qu’il emploie pour recruter dans les couches déclassées de la classe ouvrière et de la petite bourgeoisie ruinée par la crise capitaliste.

Le fascisme, en effet, n’est pas un Frankenstein créé de toutes pièces par le Capital. C’est un mouvement populaire militant, de masse, issu des bas-fonds. Un mouvement violent, raciste, machiste, réactionnaire, mais qui naît en-dehors du contrôle et de la volonté du Capital. Des patrons le financent mais les grands bourgeois en général, la classe bourgeoise, n’éprouvent aucune sympathie pour les fascistes : ils les voient comme des sauterelles prêtes à leur bouffer leurs richesses. Les fascistes, pour leur part, méprisent les bourgeois, ils les trouvent veules et sans « idéal ». Il est donc erroné de dire que « le capitalisme se fascise », ou qu’il y a « fasci-sation de l’Etat capitaliste », etc. Ces formules empêchent de saisir le point clé: les fascistes doivent prendre le pouvoir. Ce n’est possible que s’ils se rendent indispensables aux yeux de la classe dominante, et ça ne va pas de soi.

Le fascisme ne se caractérise pas par ses « idées », il n’en a pas…

L’Histoire en atteste. Contrairement à une légende tenace, Hitler n’est pas arrivé au pouvoir par les urnes. Les nazis n’avaient pas la majorité (ils ne l’ont jamais eue); entre juillet et novem- bre 1932, ils avaient même perdu des millions de voix. Hitler a été nommé chancelier par le Président, le vieux général Hindenburg. Hindenburg était un réactionnaire, qui gouvernait par décret en usant et abusant de son droit de dissoudre le parlement.

Il refusait pourtant de nommer Hitler (il est juste bon à être ministre des Postes, disait-il). Pourquoi changea-t-il d’avis ? Parce que la crise politique était inextricable. La social-démo- cratie et les communistes totalisaient plus de voix que les nazis. Ceux-ci formaient le premier parti, mais le grand capital s’en méfiait. Hitler fut donc convoqué devant des patrons (Krupp, Thyssen, Allianz, Deutsche Bank…) qui lui demandèrent s’il comptait « nationaliser toutes les entreprises appartenant à des trusts », comme promis dans son programme. Hitler les rassura: évidemment, non. Par contre, il les débarrasserait des syndicats… Et Hindenburg a eu le feu vert.

Le fascisme ne se caractérise pas par ses « idées », il n’en a pas. Il lutte pour le pouvoir, point. Son message repose uniquement sur des mythes réactionnaires : l’unité de la nation, du peuple, de la race et de la famille, le rôle du chef, l’exaltation de la violence. Ces mythes impliquent à leur tour le racisme, l’oppression des femmes, celle des gays-lesbiennes, la haine viscérale contre l’action autonome des exploité.e.s et des opprimé.e.s, la banalisation du meurtre. Le fascisme n’a ni analyse, ni programme, ni morale, ni principes.

Ses accents « anticapitalistes » constituent un leurre grossier. Le mot « capitalisme », dans la bouche des fascistes, ne désigne pas un système mais des personnes riches étran- gères (ou « traîtres ») au peuple, à la nation et à la race. D’où la focalisation sur la corruption (« tous pourris ») et sur les impôts plutôt que sur l’exploitation et la plus-value. D’où la rage contre le capital financier « cosmopolite ». D’où la fonction clé de l’antisémitisme chez les nazis.

On ne discutera pas ici toutes les situations nationales énumérées au début de cet article. Malgré leurs spécificités, elles ont de nombreux points communs dont certains sont fascistoïdes. Mais une situation peut présenter des traits fascistes sans qu’il y ait fascisme proprement dit. Exemple : le coup de Pinochet au Chili était un putsch militaire, mais la grève des patrons camionneurs et les « casserolades », qui ont précédé le putsch, avaient des aspects fascistes. Dans le même ordre d’idées, quand Théo Francken dit que MSF fait le jeu des passeurs en sauvant des réfugiés, son message est clair : il faut que des êtres humains se noient en Méditerranée, et que ça se sache dans leur pays d’origine, pour que moins de candidats à l’asile tentent la traversée. Cette déclaration est clairement fasciste, et fait le jeu des fascistes. Mais la N-VA est un parti de droite national-libéral, pas un parti fasciste.

Qu’en est-il du FN?

Concentrons-nous sur le cas français. Qu’en est-il du Front National (FN) ? A la différence d’autres formations de droite extrême qui montent aujourd’hui, le FN est un parti dirigé par des fascistes issus du fascisme historique (Pétain, etc.). Le grand capital n’est pas prêt à leur laisser le pouvoir, mais il n’est pas maître des électeurs. Or, la stratégie du FN est subtile. Il sait que ce n’est pas en défilant en chemises brunes qu’il se rendra indispensable: il faut que la classe dominante ait besoin de ce qu’il offre. Or, de quoi la classe dominante a-t-elle le plus besoin aujourd’hui ? De troupes de choc pour briser les syndicats ? Non. D’un instrument politique fort pour approfondir radicalement la politique d’austérité tout en gardant le contrôle des contradictions sociales.

Face à ce besoin, la stratégie du FN comportait (et continue de comporter) en gros trois volets : détourner les sentiments altermondialistes en nationalisme (le « protectionnisme intelligent »), exciter le racisme et l’islamophobie, affaiblir ainsi la gauche, créer une situation de violence « communautaire » ; utiliser les leviers de l’Etat fort gaulliste, l’arsenal de mesures racistes/sécuritaires ajouté ces dernières années et l’influence FN organisée dans la police pour transformer cette situation de violence en situation de guerre civile ; créer ainsi un contexte où le fascisme proprement dit pourra se développer et « justifier » son action de destruction des droits démocratiques au nom de l’unité de la nation.

Le Pen n’a pas gagné. Macron l’a emporté en offrant une autre perspective: l’alliance de la droite, du centre et de la gauche de droite sur une base néolibérale moderniste et pro- européenne. Ce projet a les faveurs du grand capital. Celui-ci sait qu’un Etat fort, ce n’est pas seulement une police brutale et des lois répressives: c’est aussi, nécessairement, une classe politique forte, reposant sur une certaine légitimité, sur un bloc historique majoritaire. Cette légitimité en France est considérablement affaiblie par les affaires et la fausse alternance entre droite et gauche. Macron tente de la reconstruire en se présentant comme un moralisateur de la vie politique et un Bonaparte, « ni de gauche, ni de droite ».

Le pari est audacieux, mais risqué. Car le fond du problème demeure : l’austérité imposée despotiquement par l’Union européenne (UE) ultralibérale, dont Macron est un champion, alimente la montée du FN. Il n’y a pas de raison que ça change simplement parce que le nouveau locataire de l’Elysée est jeune et dynamique. Dès lors, soit l’UE se réforme pour lâcher du lest, soit la crise politique rebondira et le FN sera plus proche du pouvoir que jamais.

Le Pen a perdu une bataille, pas la guerre. Avec ses 11 millions de voix, le FN mise sur un échec de Macron pour recomposer une droite autoritaire qui apparaîtra comme un recours dans le chaos politique. Une droite qui prendra le relais pour continuer l’austérité en semant le désarroi dans les couches populaires par son positionnement nationaliste/souverainiste couplé à une exploitation débridée du racisme et de l’islamophobie qui gangrènent la société fran- çaise. Nous ne sommes pas vraiment dans les années 30. Les rythmes sont plus lents. Mais la bête immonde sait se montrer patiente. Unifier les luttes contre la politique néolibérale est plus urgent et nécessaire que jamais, en France et ailleurs.

11 août 2017  Daniel Tanuro

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