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28 janvier 2023 ~ 0 Commentaire

australie (slate)

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En Australie, la date de la fête nationale est une gifle donnée aux peuples autochtones

Célébrant l’arrivée de la première flotte britannique venue établir une colonie pénitentiaire en 1788, les festivités du 26 janvier morcèlent la nation. Au point qu’un changement de date n’est pas à exclure.

En Australie, la fête nationale est célébrée ce jeudi 26 janvier. Depuis 1994, cet «Australia Day» est un jour férié commun à tous les États du pays. Mais pour combien de temps encore? Car le choix d’une telle date est loin de faire l’unanimité et n’a d’ailleurs jamais permis d’inclure tous les habitants dans les festivités.

Cette date historique commémore en effet, pour les uns, l’arrivée de la flotte britannique destinée à fonder la première colonie pénitentiaire du pays, à Sydney, en 1788, mais marque aussi, pour les Aborigènes d’Australie, premiers habitants connus du pays, le début d’une colonisation violente et forcée.

«C’est une idée très étrange d’utiliser le jour de l’invasion d’un pays comme date d’une fête nationale. Y compris pour les personnes qui ne sont pas autochtones, ça semble bizarre», affirme la professeure Jakelin Troy, directrice de recherche à l’Université de Sydney et membre du peuple Ngarigo des Snowy Mountains (sud-est de l’Australie). «C’est un jour qui a été choisi par un nombre très limité de représentants et de descendants de bureaucrates, qui voulaient célébrer le fait d’avoir réussi à prendre le pays sans aucune tentative d’accord et sans aucune reconnaissance de leur souveraineté.»

Fête nationale ou «jour de deuil»?

L’«Australia Day» est donc logiquement perçu de manière négative par les Aborigènes et les Insulaires du détroit de Torrès, les deux grands ensembles de peuples autochtones d’Australie. Certains nomment ce jour «Invasion Day», quand d’autres évoquent un «Survival Day», célébrant la résistance des cultures autochtones parvenues à survivre à l’invasion.

Se réappropriant cette date, alors que certaines villes organisaient déjà des festivités pour l’anniversaire de l’arrivée de la première flotte britannique, l’Aboriginal Progressive Association avait organisé, dès 1938, à Sydney, le premier «Day of Mourning» («jour de deuil»), contre-manifestation aborigène dénonçant les festivités du 26 janvier.

Ce 26 janvier 2023, Sydney, la plus grande ville du pays, se partagera donc encore entre célébrations de l’Australia Day, manifestation pour les droits des Aborigènes et marquant l’«Invasion Day», et contre-festival célébrant les cultures autochtones, Yabun. Chaque année, les marches de l’Invasion Day prennent de l’ampleur dans les grandes villes quand les festivités de l’Australia Day, elles, s’essoufflent.

Si les Australiens qui profitent du jour férié restent nombreux, peu sont finalement ceux qui semblent réellement attachés à la signification du choix de cette date, plutôt qu’une autre. C’est peut-être pour cela que les événements publics organisés dans les grandes villes voient leur fréquentation diminuer d’année en année. En septembre 2022, la mairie de Melbourne révélait ainsi dans un rapport que seuls 12.000 participants avaient été dénombrés en 2019 et, pire, 2.000 en 2020, lors de la dernière édition avant la pandémie de Covid-19, contre 72.000 en 2018.

«Qui célèbre l’invasion, le meurtre et le vol?»

L’appel à déplacer la fête nationale est soutenu par certains politiques. Voix importante des peuples autochtones, la sénatrice aborigène Lidia Thorpe appelle notamment à remplacer l’Australia Day par un jour de deuil pour les communautés autochtones. «Qui célèbre l’invasion, le meurtre et le vol ce 26 janvier?», interrogeait-elle sur Twitter le 8 janvier dernier. Sur les réseaux sociaux, de nombreux comptes affichent aussi leur soutien à l’abandon de cette date, à l’aide du hashtag #changethedate.

Dans certaines régions, des actions politiques se mettent en place. Chaque mois de janvier, le gouvernement de l’État du Victoria organise normalement une parade. Mais cette année, le Premier ministre de l’État, Daniel Andrews, a annulé l’événement en toute discrétion –cette fois, le Covid-19 n’y est pour rien. Une décision qui a été saluée par le coprésident de l’Assemblée des premiers peuples du Victoria, Marcus Stewart.

«C’est un pas en avant, c’est positif, mais nous avons encore un long chemin à parcourir, a-t-il déclaré. Nous devons créer une fête que nous pouvons tous célébrer, et non qui nous éloigne les uns des autres.» Il a également rappelé que cette parade était ressentie chaque année par les autochtones «comme une gifle, et a remué le couteau dans la plaie».

Une idée de jeunes?

Les entreprises commencent, elles aussi, à se positionner et, pour certaines, à prendre leurs distances avec l’Australia Day. La direction de l’enseigne de supermarchés Woolworths et celle de l’un des principaux opérateurs téléphoniques du pays, Telstra, laissent notamment le choix à leurs employés de travailler ou non ce jeudi 26 janvier.

«Pour de nombreux peuples des Premières Nations, l’Australia Day est un rappel douloureux de la discrimination et de l’exclusion qu’ils subissent. Cette date marque un tournant, la mort de nombreuses personnes, la dévalorisation d’une culture et la destruction de liens entre gens et lieux», a justifié sur LinkedIn la PDG de Telstra, Vicki Brady le 23 janvier, avant d’ajouter que malgré tout, «pour beaucoup de gens, cette journée est aussi l’occasion de passer du temps avec leurs amis et leur famille et de célébrer les nombreuses choses dont nous pouvons être fiers en tant que communauté».

Un sondage réalisé en janvier 2022 par l’Université Deakin montre toutefois que les Australiens ne partagent pas majoritairement l’idée d’un changement de date de leur fête nationale: 60% des personnes interrogées avaient même affirmé vouloir continuer à célébrer la fête nationale le 26 janvier. Ce chiffre varie cependant selon les catégories d’âge.

Si seulement 23% des personnes nées avant 1945 souhaitent un changement de date, les millennials (nés entre 1986 et 2002) sont en effet 53% à l’appeler de leur vœux. Une différence qui s’explique notamment, selon Jakelin Troy, par la reconnaissance progressive de l’histoire des peuples autochtones, avant la colonisation britannique.

«On n’évite plus le terme “invasion” dans beaucoup d’écoles. Aujourd’hui, on enseigne plutôt le fait que l’Australie était déjà peuplée, qu’on était déjà là, reprend la linguiste. Les gens comprennent et les jeunes peuvent être embarrassés à l’idée de célébrer cet événement. Je pense que c’est pour ça qu’ils prennent moins part aux festivités.»

Une fête pour «célébrer ce qu’est réellement ce pays»

Trouver une autre date n’est pas la priorité du gouvernement australien d’Anthony Albanese, qui doit notamment se charger, en 2023, d’organiser un référendum sur l’intégration d’une voix autochtone dans la Constitution. Mais si cela devait arriver, Jakelin Troy indique que les options ne manquent pas. La fête nationale devra cependant, pour elle, avoir du sens et «célébrer ce qu’est réellement ce pays». À savoir «un lieu hybride, mais un endroit qui appartient fondamentalement aux Aborigènes et Insulaires du détroit de Torrès».

«Autour de moi, beaucoup de personnes aborigènes parlent du Mabo Day», reprend la professeure de l’Université de Sydney. Certaines communautés aborigènes célèbrent déjà, chaque 3 juin, ce Mabo Day, soit l’abandon par l’Australie de la notion de Terra Nullius, une décision de justice reconnaissant que le pays était bien peuplé lors de l’arrivée des Britanniques.

Peut-être que cela arrivera: selon un autre sondage, réalisé par l’institut Ipsos en 2021, 49% des Australiens pensent que la date de leur fête nationale sera amenée à changer dans les dix prochaines années.

Léo Roussel — Édité par Natacha Zimmermann — 26 janvier 2023 à 9h06

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26 janvier 2023 ~ 0 Commentaire

crimée (anticapitalist)

criee

Noman Çelebicihan

La République populaire de Crimée

La révolution de février, écrit Vladyslav Starodubtsev, est devenue une période de possibilités pour les nations de l’Empire. Les Tatars de Crimée ont saisi cette possibilité et l’ont utilisée autant qu’ils le pouvaient.

Hryhoriy Potemkin a écrit en 1794 : « Retirez les Tatars de Belbek, Kacha, Sudak, Uskut, de l’ancienne Crimée, et généralement des régions montagneuses ; parmi les Tatars qui vivent dans les steppes, personne ne doit être laissé derrière ; et si l’un des Maures souhaite partir, il doit être immédiatement ajouté à la liste appropriée et recevoir l’ordre de partir dans les 24 heures. » Cette note explique beaucoup de choses. Ainsi, la grande réinstallation a commencé. Selon des sources turques, sur les 1,5 million de Tatars qui vivaient en Crimée au 18e siècle, il en restait 250 000 au début du 20e siècle. Les Tatars de Crimée ont beaucoup souffert de l’impérialisme russe, et en 1917, le mouvement national tatar a eu une chance de se libérer.

La révolution de février est devenue une période de possibilités pour les nations de l’Empire. Les Tatars de Crimée ont saisi cette possibilité et l’ont utilisée autant qu’ils le pouvaient.

En 1917, les cercles révolutionnaires de l’intelligentsia tatare de Crimée ont créé le parti tatar ou, comme on l’a appelé plus tard, le Milliy Firqa[1] (également appelé parti du peuple et parti socialiste tatar). Il s’agissait d’un parti démocratique, musulman et d’orientation socialiste, qui prônait une république parlementaire démocratique, avec la liberté de réunion, de syndicats, d’activités de parti, la liberté et l’inviolabilité individuelles, et la liquidation des successions. Il accordait également une grande importance à la liberté nationale, à l’égalité des langues, des cultures et des peuples. Il soutenait notamment la lutte pour l’autonomie ou l’indépendance de tous les peuples asservis de Russie et préconisait de larges garanties pour toutes les nationalités habitant la Crimée.

Milliy Firqa a été construit comme un parti centralisé qui n’autorisait que les membres musul-mans comme un parti national pour représenter leurs intérêts. L’un des principaux objectifs déclarés était l’établissement d’une société sans classes et d’un État ou d’une autonomie régie par une interprétation démocratique de la charia.

Noman Çelebicihan était l’un des dirigeants et fondateurs du parti, un ardent socialiste, un poète et un avocat. Çelebicihan a donné son caractère au parti et est devenu le symbole d’une révolution naissante dans la péninsule.

La Crimée possède un grand nombre de fleurs, de couleurs et d’arômes différents. Ces fleurs représentent les nations qui vivent en Crimée : Tatars de Crimée, Russes, Juifs, Grecs, Allemands et autres. La tâche du Kurultai est de rassembler tout le monde et, en en faisant un merveilleux bouquet, de transformer la Crimée en une véritable Suisse culturelle. Le Kurultai national ne s’occupera pas seulement des musulmans, mais aussi des autres nations, il les invitera à coopérer, et il avancera au même rythme qu’eux. Notre nation n’est que l’initiatrice dans cette affaire Noman Çelebicihan

Les Tatars de Crimée ont formé leurs bataillons nationaux dans l’armée et ont commencé à créer des centres culturels et politiques légaux. Cependant, ces actions sont mal accueillies par le gouvernement russe.

Le gouvernement de Kerensky (proche des socialistes révolutionnaires) s’oppose à ce mouvement des Tatars de Crimée et le 23 juin, Çelebicihan est arrêté (par le contre-espionnage de Sébastopol) pour « activités illégales ». Cette arrestation a porté un coup fatal au sentiment national des Tatars de Crimée. Après avoir recueilli plus de 5 000 signatures de protestation, il est rapidement libéré.

La révolution de février a renversé l’ancien régime, et notre peuple s’est rallié à la bannière rouge. Mais les mois ont passé, et nous ne voyons toujours ni science, ni connaissance, ni art, ni industrie, ni ordre, ni justice. De plus, l’ordre s’est encore détérioré, et tous nos espoirs ont été anéantis. Tout autour de nous, il y a un vide terrifiant qui donne à réfléchir. Nous attendions une solution aux problèmes de la part des autorités centrales (de Russie). Cependant, de là, du gouvernement provisoire, seule l’anarchie est venue, et toute la région (la Crimée) a plongé dans l’obscurité et le conflit. À cet égard, nous avons dit : « Nation ! N’attendez plus rien du gouvernement central, prenez votre destin en main ! ».

Le 2 octobre 1917, le deuxième congrès musulman de toute la Crimée à Simferopol a décidé d’organiser des élections au Kurultai, parlement des Tatars de Crimée. Lors des élections qui se sont tenues dans la seconde moitié de novembre, 76 députés ont été élus au parlement, dont 4 femmes. L’élection de femmes députées dans une république musulmane a été considérée comme un symbole de progrès social dont les membres du premier parlement de Crimée étaient fiers.

Le Kurultai reconnaît l’égalité générale des personnes comme base et affirme l’égalité des droits des hommes et des femmes et confie l’élaboration et l’adoption de la loi correspondante sur l’égalité au Parlement. Article 18 de la Constitution de la République populaire de Crimée.

Kurultai des Tatars de Crimée

Quelque temps plus tard, le 13 décembre 1917, Kurultai a proclamé la République populaire de Crimée, fondée sur les idéaux de libération nationale, d’égalité sociale et de démocratie.

La décision de déclarer la RPC était également soutenue par les membres ukrainiens et tatars de Crimée du Conseil des représentants du peuple.

Il s’agissait de la première république turque, de la première république musulmane à accorder l’égalité des droits aux femmes et de la première république socialiste du monde musulman. La plupart des membres élus du Parlement étaient membres du parti Milliy Firqa, et ont commencé à réaliser leur programme, comprenant des réformes politiques, culturelles et économiques.

Dans son programme, Milliy Firqa a déclaré la socialisation des usines et des fabriques : « …En ce qui concerne la question du travail, Milliy Firqa est totalement solidaire des demandes des sociaux-démocrates… », réformes politiques et foncières.

La majorité des Tatars de Crimée étaient des paysans, dont près de la moitié étaient sans terre. C’est pourquoi le programme du parti militait pour la liquidation de la propriété foncière waqf (église) : 87 614 acres de terre ont été transférés à l’État et loués aux paysans les plus pauvres. « Toutes les terres appartiennent aux communautés » (jamaats) : chaque personne se voit garantir autant de terres qu’elle peut cultiver. Les terres administratives, ecclésiastiques et foncières pouvaient être aliénées sans compensation.

Mais malheureusement, la vision de la République ne tiendra pas longtemps.

Bientôt, les bolcheviks, se considérant comme le successeur légal de toutes les terres précédemment détenues par l’Empire russe, ont déclaré la guerre à la République populaire de Crimée et ont complètement occupé la péninsule de Crimée. Ils capturent Noman Çelebicihan et, le 27 janvier, le chef du gouvernement national de Crimée, est emprisonné à Sébastopol. Comment il a été torturé ou interrogé par les nouvelles autorités bolcheviques – nous ne le savons pas, mais peu après, le 23 février 1918, il a été fusillé et son cadavre a été jeté dans la mer Noire.

La République populaire de Crimée est devenue un exemple frappant de la lutte d’un peuple asservi pour ses droits, son État et sa liberté. La république n’a pas duré longtemps, et la population de Crimée a subi un sort difficile – régimes d’occupation russes, troupes françaises et allemandes. Le parti Milliy Firqa a été persécuté par toutes les forces en présence : le gouvernement provisoire, les bolcheviks, les Blancs et les forces françaises.

L’aile gauche du parti décide de collaborer avec les bolcheviks et adopte la plate-forme soviétique, mais après la vague de répression, elle est finalement interdite par les bolcheviks en 1920.

1) Résolution (à adopter) rejetant l’accord avec le groupe dans son ensemble comme une relique nuisible et inutile. 2) Commencer une campagne contre « Milliy Firqa » avec une agitation orale et écrite 3) Publier un pamphlet dirigé contre « Milliy Firqa » .

Le 30 novembre 1920, résolution du RKP(b) sur Milliy Firqa.

Cela signifiait l’interdiction complète du parti.

Cependant, l’héritage de cette république éphémère, mais ambitieuse et courageuse, est toujours vivant.

[1] Certains historiens ont tendance à parler de Milliy Firqa comme d’un parti distinct, créé en 1919, mais la plupart s’accordent à dire qu’il s’agissait d’une nouvelle période de développement du parti tatar, et non d’un nouveau parti.

26 Jan 2023

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13 janvier 2023 ~ 0 Commentaire

grèce (courrier)

Sophie_de_Grece

Les aristocrates grecs, espagnols, danois…

Mort de Constantin II, le dernier roi de Grèce

Le dernier roi de Grèce (1964-1974) est mort dans la soirée du 10 janvier, à 82 ans. Le média d’opinion “Protagon” revient sur un règne court mais mouvementé, qui a marqué la fin de la monarchie dans le pays.

“Un grand chapitre de l’histoire contemporaine grecque s’est refermé, sans bruit”, décrit Protagon pour évoquer la mort de Constantin, 82 ans, roi de Grèce entre 1964 et 1974. Couronné à l’âge de 23 ans, il fut le dernier roi de Grèce. Sans regret, commente le média d’opinion :

“La monarchie était-elle un cancer ? Sans aucun doute. C’était un anachronisme, une trahison des rêves des héros de la révolution de 1821, un incroyable gaspillage de ressources quand le peuple était affamé.”

Mais, reprend Protagon, “qu’on le veuille ou non, [Constantin] était une personnalité du 20è siècle, mais aussi le visage d’une période mouvementée et d’une tragédie nationale”. Une référence à l’instabilité politique qui a prévalu dans le pays au cours de la seconde partie du siècle dernier et, surtout, à l’accession au pouvoir des Colonels (1967-1974) à la faveur d’un coup d’État. Or, dénonce Protagon, “il n’a rien fait pour les empêcher de prendre le pouvoir en avril 1967”.

13 millions d’euros

À la chute de la dictature et au retour d’exil de Constantin, la fin de la monarchie est actée par référendum : 70 % des Grecs se prononcent en faveur de l’établissement d’une république parlementaire et mettent ainsi fin à la dynastie danoise instaurée en 1863 par l’arrière grand-père de Constantin II, Georges I.

“Il n’a jamais accepté sa destitution”, assure le média grec, rappelant les paroles de l’ancien roi dans une interview télévisée en 2016 :“Je ne suis pas l’ancien roi Constantin, je suis le roi Constantin, point final.”

Protagon rappelle en outre l’existence d’un projet ourdi entre 1975 et 1977 visant à faire assassiner le Premier ministre de l’époque, Konstantinos Karamanlis, afin de faire revenir Constantin au pouvoir.

Son rapport avec l’État grec restera conflictuel, Constantin réclamant et obtenant plus de 13 millions d’euros de réparation de la part de l’État qui avait confisqué les biens de la famille royale. “Impénitent jusqu’au bout, son règne a beaucoup coûté”, conclut le média grec.

Courrier international  11 janvier 2023

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12 janvier 2023 ~ 0 Commentaire

socialistes (le télégramme)

becassine

Élection du Premier secrétaire ce jeudi : que pèse le Parti socialiste en Bretagne ?

Le nombre de militants socialistes qui voteront pour l’élection de leur Premier secrétaire sera une donnée particulièrement scrutée.

Le premier tour de l’élection du Premier secrétaire du PS se déroule ce jeudi. L’occasion de tenter de mesurer ce que pèse encore la gauche socialiste en Bretagne.

Que pèse aujourd’hui le PS en Bretagne ? 2,2 %, répondront les plus sévères, en rappelant le résultat d’Anne Hidalgo à la dernière présidentielle dans la région. Infiniment plus, nuanceront ceux qui ont la carte politique bretonne en tête. La gauche socialiste peut en effet compter sur trois sénateurs et trois députés.

Elle dirige la région Bretagne, ainsi que deux départements (les Côtes-d’Armor et l’Ille-et-Vilaine). Elle est au pouvoir à Rennes et à Brest. Et si elle a perdu Lorient lors des dernières municipales, elle a reconquis Quimper, Saint-Brieuc et Morlaix (*). Pas si mal pour une force politique qui a été percutée de plein fouet par le big-bang macroniste de 2017.

À l’échelle de la Bretagne, le PS reste une force structurée, même si elle est très dépendante des grandes villes et de ses bastions traditionnels

« À l’échelle de la Bretagne, le PS reste une force structurée, même si elle est très dépendante des grandes villes et de ses bastions traditionnels », observe l’historien François Prigent, auteur d’une thèse sur les réseaux socialistes en Bretagne. Il rappelle toutefois qu’on est loin de l’époque où les Bretons représentaient 10 % du groupe socialiste à l’Assemblée nationale et trustaient les postes ministériels.

C’était au début du quinquennat Hollande, à l’époque du premier gouvernement Ayrault. « La Bretagne était alors au cœur de la gauche socialiste, au même titre que le Sud-Ouest. Depuis, le PS est en reflux et retrouve une forme d’étiage dans la région », analyse François Prigent.

Le grand basculement des années 70

S’il garde malgré tout de solides positions, le PS le doit encore assez largement au grand basculement politique des années 70. Longtemps restée terre de mission pour les socialistes, la Bretagne était alors devenue cette région « en haut à gauche » de la France, selon la formule de Charles Josselin, l’homme qui avait fait tomber dès 1976 le conseil départemental des Côtes-d’Armor (qu’on appelait alors Côtes-du-Nord) dans l’escarcelle du PS breton.

Ce dernier avait réussi à cette époque une efficace synthèse entre socialisme démocratique, république laïque et réseaux catholiques. Parfaitement en phase avec les mutations de la société bretonne, d’où les succès électoraux qui s’étaient enchaînés (des victoires à Rennes, Nantes et Brest lors des municipales de 1977 jusqu’à la conquête du conseil régional par Jean-Yves Le Drian en 2004).

L’enjeu des classes moyennes et populaires

Pour le Parti socialiste, l’un des principaux défis sera précisément de se reconnecter aux classes moyennes et populaires qui ont tendance à lui tourner le dos, notamment dans ces secteurs périurbains où progresse le vote Rassemblement national. Et de redevenir, pour reprendre un tweet posté cette semaine par l’ancienne ministre Marylise Lebranchu, un parti capable de parler « aux Français qui rament, qui ne trouvent plus de services publics, qui sont mal payés ou ont de petites retraites, et ne croient plus en (lui) ».

Sauf que, pour l’instant, le PS paraît surtout empêtré dans des querelles stratégiques, renvoyant l’image d’un parti divisé entre ceux qui voient la Nupes comme la seule planche de salut et ceux qui, à l’instar du maire de Brest François Cuillandre, considèrent cette alliance, née à l’occasion des dernières législatives, comme mortifère pour les socialistes.

Querelles stratégiques

Ces débats ne sont toutefois pas une première. « Dans un système partisan où il n’y a pas une gauche, mais des gauches, ces questions d’union ont toujours été centrales. On peut trouver une forme d’analogie avec l’époque du programme commun, quand les débats internes portaient sur les relations avec le Parti communiste.

Il y avait alors des dissonances entre les anciens de la SFIO et les nouveaux militants », rappelle François Prigent, qui ne voit pas, non plus, comme une franche nouveauté le fait que certains élus socialistes, comme le président de la région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, ou la maire de Rennes, Nathalie Appéré, semblent jouer davantage leur partition personnelle que celle du parti.

« En Bretagne, le socialisme a toujours été l’agrégation de réseaux à bases multiples, et donc aussi à géométrie variable », note l’historien. Sans doute une des clés de son implantation durable dans la région.

(*) Si l’on prend en compte l’ensemble de la Bretagne historique, la gauche socialiste dirige également les villes de Nantes et de Saint-Nazaire, le conseil départemental de Loire-Atlantique et compte deux sénateurs dans ce département.

Martin Vaugoude le 12 janvier 2023

https://www.letelegramme.fr/

Note:

Le PSU, option bretonne et de gauche « anti-libérale, a disparu, ont le retrouve dans Ensemble

Lire aussi:

Le Parti socialiste unifié en Bretagne

Un Front populaire en demi-teinte : le Finistère des années 1934-1936 (Jean Paul Sénéchal ex LCR)

1964, naissance de l’Union démocratique bretonne

 

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08 janvier 2023 ~ 0 Commentaire

ordre nouveau (contretemps)

ordre nouveau (contretemps) dans A gauche du PS b8a-001

Ne pas céder un pouce de terrain aux fascistes. L’exemple de la lutte contre Ordre nouveau

Lorsque l’extrême droite fasciste refit surface en France quelques années après la Seconde Guerre mondiale, la gauche révolutionnaire se dressa pour lui faire face. Ce fut notamment le cas dans les années qui suivirent mai-juin 68, durant lesquelles la Ligue communiste, animée notamment par Alain Krivine et Daniel Bensaïd (fondateur de la revue Contretemps), mena une bataille continue contre Ordre nouveau. Cette lutte antifasciste culmina le 21 juin 1973 lors de l’attaque du meeting fasciste qui devait se tenir à la Mutualité. L’historien Jean-Paul Gautier revient sur cette séquence dans un extrait de son livre Antifascisme(s), récemment paru aux éditions Syllepse.

Ligue communiste vs Ordre nouveau

Durant les années 1970-1973, le devant de la scène de l’extrême droite est occupé par Ordre nouveau (ON). Qualifié « d’Ordre nazi », il éclipse tous les autres groupuscules d’extrême droite et focalise l’action des antifascistes. Ordre nouveau va devenir la bête noire de la Ligue communiste, qui n’épargne pas les autres groupuscules. À chaque initiative d’Ordre nouveau, la LC organise des contre-manifestations radicales. Se met ainsi en place un processus d’agres-sion/riposte. L’affrontement physique avec l’extrême droite apparaît pour certains mouvements d’extrême gauche comme un des axes de construction. C’est le cas pour Révolution et la Ligue communiste, particulièrement en visibilité sur ce terrain.

D’autres groupes d’extrême gauche se cantonnent soit à une analyse simplement théorique, soit cette thématique est quasiment absente de leur problématique. Les partis de gauche refusent de s’y associer pour « ne pas leur faire de publicité ». La Ligue communiste se positionne comme favorable à une violence prenant le caractère d’exemplarité c’est-à-dire en lien avec ce que les gens peuvent accepter comme niveau de violence, comme pratique de la violence, le but étant de créer une dynamique qui peut faire que cette violence soit reprise.

Ordre nouveau, comme son ancêtre Occident, recourt systématiquement à l’usage de la violence. Sa première apparition est l’appel à une réunion au cinéma Saint-Lambert, à Paris dans le 15e arrondissement avec comme slogan « France réveille-toi ! Face au marxisme, face au régime, camarade au combat pour un ordre nouveau ».

Le 10 décembre 1969, la salle de cinéma est plastiquée. Ordre nouveau tient une réunion de protestation en plein air devant le cinéma. La première apparition d’ON sent le soufre. Ordre nouveau se replie sur la Mutualité et organise un meeting, à ambition européenne, le 26 février 1970 sur le thème « Europe libère-toi ! », avec la participation de représentants de mouvements d’extrême droite portugais, italien, allemand, suédois. Le meeting est interdit par le gouverne-ment. Pour Ordre nouveau, « le fer est croisé. Nous n’allons plus nous arrêter. » François Duprat déclare qu’entre les « bolches » et Ordre nouveau, « c’est eux ou nous ».

Ordre nouveau met sur pied, en 1972, une structure clandestine, le Groupe d’intervention nationaliste (GIN), qui est chargée des actions violentes contre des militants d’extrême gauche, leurs locaux, le vol de fichiers et des attentats[1]. Ordre nouveau entend « nettoyer l’université de la chienlit gauchiste puisque le gouvernement se refuse à assumer cette responsabilité ». L’affrontement physique, parfois très violent, se localise sur certains lieux : les campus universitaires (Nanterre, facultés parisiennes, Rouen…), sur les marchés parisiens comme celui de Convention dans le 15e arrondissement de Paris, des Abbesses dans le 18e… Il peut prendre la forme de « nettoyage » des bastions de l’extrême droite, d’actions contre les réunions, contre les manifestations de rue.

Les mois de mars et d’avril 1973 voient la mobilisation de dizaines de milliers lycéens pour protester contre la « loi Debré » qui réforme le régime des sursis d’incorporation[2]. L’agitation dans les lycées se double d’une contestation étudiante, suite au projet de réforme du premier cycle. Face à la mobilisation de l’extrême gauche, Ordre nouveau, qui vient de lancer le Front de la jeunesse, décide de contre-attaquer et appelle à une manifestation le 3 avril 1973.

Dans un premier temps, la manifestation est convoquée au métro Sèvres-Babylone puis finalement elle se rassemble au métro Duroc. L’extrême gauche, emmenée par la Ligue communiste, attaque la manifestation du Front de la jeunesse. Les heurts sont violents et de nombreux blessés sont à compter dans les rangs de l’extrême droite. François Duprat, tirant le bilan de cette manifestation, la qualifie de « manifestation massacre ». La mobilisation contre Ordre nouveau connaît deux grands moments de mobilisation.

Le 9 mars 1971, Ordre nouveau tient meeting au Palais des sports. Des mouvements d’extrême gauche diffusent un tract : « Le meeting d’Ordre nouveau n’aura pas lieu[3] ». De violents affrontements éclatent entre les contre-manifestants et la police à laquelle se joint le service d’ordre d’Ordre nouveau. France-Soir titre « Atmosphère néonazie au meeting d’Ordre nouveau ». La Ligue communiste continue ses interventions contre Ordre nouveau et entend riposter à toutes les interventions de l’extrême droite et la chasser du paysage politique.

Les militants de la Ligue communiste qui ont entrepris de continuer le combat contre le fascisme et ses organisations, combat abandonné par le Parti communiste, ne laisseront pas impunément se déverser la propagande raciste et nazie d’Ordre nouveau. Comme au marché Abbesses, au meeting fasciste rue du Renard, au marché Convention ou au meeting nazi du palais des Sports, nous riposterons à chaque provocation fasciste et comme ces anciens résistants FTP et déportés qui étaient présents avec nous porte de Versailles pour affirmer à nos côtés la continuité du combat antifasciste, nous crierons « Le fascisme ne passera pas » car nous l’empêcherons de passer et nous écraserons impitoyablement la « peste brune » dès qu’elle reparaîtra sur les marchés de nos quartiers.

Le 21 juin 1973, Ordre nouveau décide de tenir à la Mutualité un meeting sur le thème : « Halte à l’immigration sauvage ! » qui apparaît comme une véritable provocation pour l’extrême gauche et qui permet, une fois de plus, de démontrer que le racisme est un terreau privilégié pour le développement et l’expression du fascisme. La Ligue communiste décide d’interdire physi-quement ce meeting[4]. Le but est clair : « Meeting fasciste, meeting interdit ! » Alain Geismar, dans les colonnes du Monde, se solidarise avec la Ligue communiste : « Nous les empêchons [les nazis] de s’exprimer par tous les moyens. Si on en avait fait autant, il y a quarante ans… »

Le 20 juin se déroule une manifestation en « Défense des libertés » appelée par la gauche institutionnelle qui demande aux pouvoirs publics d’interdire ce meeting. La Ligue communiste participe à cette manifestation, même si elle considère que sa portée est limitée. La gauche refuse de s’associer à une contre-manifestation le jour du meeting.

Seuls La Cause du peuple, Révolution, le Parti communiste marxiste-léniniste-Humanité rouge, l’Alliance marxiste révolutionnaire s’associent à l’initiative de la Ligue communiste pour interdire physiquement le « meeting raciste ». Lutte ouvrière, l’Alliance des jeunes pour le socialisme (POI blog) et le Parti socialiste unifié refusent de participer à cette action.

L’idée de départ était d’occuper la salle de la Mutualité avant les fascistes, mais la salle était protégée par la police. Le 21 juin, 4 000 à 5 000 manifestants équipés se retrouvent place Monge. La Ligue communiste prend la direction des opérations[5]. Les affrontements sont violents avec la police qui bloque l’accès à la Mutualité et qui recule face aux charges des manifestants[6]. Un groupe de manifestants attaque le local d’Ordre nouveau. Aux lendemains de la manifestation, la question qui se pose est de savoir quelle va être la réponse du pouvoir.

Depuis le mois d’avril 1973, le gouvernement a la Ligue communiste dans le collimateur et la dissolution du mouvement était déjà à l’ordre du jour. La problématique, pour la direction de la Police judiciaire, est la suivante : « Doit-on attendre que les violences imputables à la Ligue communiste prennent une nouvelle ampleur avant d’agir contre ses dirigeants[7] ? » Le 28 juin, le gouvernement dissout la Ligue communiste et Ordre nouveau, qui est considéré comme une organisation qui « entretient des relations étroites avec des partis néofascistes ou néonazis étrangers. Ces relations ne laissent aucun doute sur le but que les dirigeants d’Ordre nouveau poursuivent ».

Les dirigeants d’Ordre nouveau ne sont pas inquiétés par la justice. Il n’en va pas de même pour les dirigeants de la Ligue communiste[8]. Le local et la librairie de la Ligue communiste, situés 10 impasse Guéménée, sont saccagés par la police. Pierre Rousset et Alain Krivine sont arrêtés. La Ligue communiste est, elle, tombée dans un piège le 21, victime d’une provocation du pouvoir ? Fallait-il ne rien faire le 21 juin ?[9] Ce qui est sûr, c’est que dans les modalités d’organisation de la manifestation, il a manqué à la Ligue communiste un soutien de masse, un parapluie démocratique et elle s’est trouvée isolée.

Alain Krivine considère que la Ligue communiste est tombée dans un piège. La police était sous-équipée, mal informée par le centre de commandement. Pour lui, Raymond Marcellin a eu la volonté de souder la police contre l’extrême gauche et d’aider au développement d’un syndicalisme policier d’extrême droite pour contrer la Fédération autonome des syndicats de policiers (FASP). Il justifie, lors de sa conférence de presse avant son arrestation, le choix de son organisation :

Nous sommes jeunes, mais nous avons plus de mémoire que les vieux. Nous ne voulons pas que ce qui s’est passé il y a quelques décennies se reproduise. Avec les fascistes, il y a toujours eu les mêmes réactions ; ils ne sont pas dangereux, il sera toujours temps d’agir… et puis un beau jour, il est trop tard. Pas de liberté d’expression pour les racistes et les antisémites ! Et comme toutes les organisations ouvrières et démocratiques traditionnelles ne prennent pas leurs responsabilités, les révolutionnaires ont dû le faire[10].

Daniel Bensaïd dénonce la provocation et le piège tendu par le ministre de l’intérieur :

Marcellin a voulu utiliser la Ligue pour ramener la peur du rouge au couteau entre les dents, c’est son rôle de ministre de l’intérieur […]. La provocation démasquée, Marcellin apparaît comme le suspect n° 1 de l’affaire, comme un casseur assermenté, comme le coupable possible[11].

L’ensemble de la gauche, y compris le Parti communiste, se solidarise contre la dissolution de la Ligue communiste. Le 4 juillet se tient un meeting au Cirque d’hiver. La Ligue communiste y est privée de parole. Jacques Duclos, membre du bureau politique du PCF y prend la parole :

Parlant au nom du Parti communiste français, le grand parti révolutionnaire de notre temps, j’élève une vigoureuse protestation contre l’arrestation d’Alain Krivine et la dissolution de la Ligue communiste dont chacun sait que nous n’approuvons ni la politique, ni les plans d’action qu’elle préconise.

Un appel, signé par des organisations d’extrême gauche, est publié :

Nous exigeons l’abrogation du décret de dissolution de la Ligue communiste. La levée de toutes les inculpations des dirigeants ou militants de la Ligue communiste et de ceux qui seraient poursuivis à la suite du 21 juin. La libération immédiate de tous les emprisonnés politiques et notamment Pierre Rousset et Alain Krivine. Nous appelons à la constitution d’un comité national sur la base de cet appel pour engager la lutte et faire échec à la répression[12].

Daniel Bensaïd considère que Raymond Marcellin a été en quelque sorte l’arroseur arrosé, tout en insistant sur les limites du soutien et l’attitude du PCF :

Marcellin avait misé sur les divisions du mouvement ouvrier en espérant les aggraver. La réponse n’a jamais été aussi unitaire, même si les exclusives demeurent. Et Marcellin n’imaginait pas cette succession d’orateurs, porte-parole du Parti socialiste, du Parti communiste, du Parti socialiste unifié, de la Confédération générale du travail, de la Confédération française et démocratique du travail, de la Fédération de l’éducation nationale, prenant tous la défense de la Ligue dissoute et réclamant la libération d’Alain Krivine.

 

Pourtant, le Parti communiste était resté ferme sur un point : aucun responsable de la Ligue dissoute ne devait prendre la parole. C’eût été dépasser les limites du tolérable, légaliser les « gauchistes » en les côtoyant à la tribune[13].

L’action de son service d’ordre a conféré une certaine aura à la Ligue communiste. Henri Weber le reconnaît lorsqu’il déclare que « avoir un bon SO qui manœuvrait comme à la parade et qui était efficace ça conférait un prestige important dans le milieu lycéen et étudiant[14] ». La Ligue communiste et son service d’ordre interviennent également en direction des entreprises pour protéger des distributions de tracts face aux interventions de milices privées et de syndicats fascistes, comme la Confédération française du travail (CFT) puis la Confédération des syndicats libres (CSL) qui assurent une partie du maintien de l’ordre au sein des usines et qui tentent de briser les grèves, particulièrement chez Peugeot, Simca et Citroën :

La lutte contre l’oppression patronale dont les travailleurs de Citroën sont victimes ne doit pas se limiter à une lutte de pétitions, à des meetings symboliques, à des procédures judiciaires interminables, mais doit être un combat frontal avec la CFT-Citroën[15].

Section française de la 4e Internationale, la Ligue communiste se mobilise contre les régimes fascistes : la Grèce des colonels, l’Espagne de Franco et le Portugal de Salazar et Caetano. Après juin 1973, l’antifascisme reste une référence capitale, pour le Front communiste révolutionnaire[16], puis pour la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) qui succèdent à la Ligue communiste et pour une partie de la jeunesse étudiante et lycéenne.

Une rubrique régulière y est consacrée dans l’hebdomadaire Rouge, qui annonce les mobilisations contre l’extrême droite[17]. La LCR va poursuivre ses activités contre le GUD, le Front national, le Parti des forces nouvelles, les solidaristes et les néonazis de la Fédération d’action nationaliste européenne[18]. Ainsi, lors de la campagne pour les élections européennes de 1978, elle appelle à une manifestation unitaire à Paris, place d’Italie, « Contre le meeting nazi. Tous, ce soir dans la rue ! » La liste de l’Eurodroite avec les Espagnols de Fuerza Nueva, les Italiens du MSI et les Français du Parti des forces nouvelles tenaient meeting à la Mutualité.

Dans le climat de division qui ravage la classe ouvrière depuis plusieurs mois, il n’est pas indifférent qu’ait pu pour la première fois se réaliser l’unité sur une action précise […]. On peut remarquer le chemin parcouru depuis le 21 juin 1973 où l’extrême gauche s’était retrouvée seule dans son action contre un meeting raciste, l’unité des organisations ouvrières ne se faisant qu’après pour protester contre la dissolution de la Ligue communiste et l’emprisonnement de certains de ses dirigeants […]. Malgré les exclusives scandaleuses lancées par le PCF et la CGT contre l’extrême gauche, ce soir, la LCR sera massivement dans la rue[19].

Au niveau international, la Ligue communiste révolutionnaire (section française de la 4e  Internationale) continue de se mobiliser contre la dictature en Espagne[20], au Portugal. Elle soutient, en Amérique du Sud, les mouvements révolutionnaires qui luttent contre les dictatures militaires. Elle se mobilise, à travers les comités Chili, contre le coup d’État du général Pinochet au Chili en septembre 1973.

En 1979, à la suite de l’assassinat de Pierre Goldman, la Ligue communiste révolutionnaire participe massivement aux obsèques de Pierre Goldman, où sont présentes une trentaine d’organisations syndicales et de partis et d’associations. Elle est signataire de l’appel unitaire lancé le 21 septembre : « Les organisations soussignées dénoncent la responsabilité du pouvoir dont la politique contribue à réveiller les nouveaux démons du fascisme, du racisme et de l’antisémitisme. »

Les signataires entendent « tout mettre en œuvre pour riposter aux violences, provocations et attentats fascistes et assurer l’unité la plus large[21] ». La Ligue communiste révolutionnaire participe au meeting central à la Mutualité le 2 octobre. À la veille de l’élection présidentielle de 1981, l’antifascisme n’est plus un élément de mobilisation de la gauche institutionnelle par manque d’adversaires. Faute de recueillir les 500 parrainages nécessaires, le Front national et le Parti des forces nouvelles se retrouvent dans l’impossibilité de participer à la joute électorale. La Ligue communiste révolutionnaire développe évidemment une analyse aux antipodes de celles de la gauche parlementaire.

Jean-Paul Gautier 30 décembre 2022

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04 janvier 2023 ~ 0 Commentaire

femmes médecins (the conversation)

medicaments

La disparition progressive des femmes médecins du Moyen Âge, une histoire oubliée

La plupart des « sorcières » persécutées en Europe à partir du 15è siècle étaient en réalité des sages-femmes et des guérisseuses, héritières d’une longue tradition d’exercice laïc de la médecine, plus pragmatique que théorique.

Mais pour raconter l’histoire de ces expertes (avant qu’elles soient totalement évincées), les chercheurs se heurtent à plusieurs obstacles : les informations sont peu nombreuses et disparates, fragmentées en de nombreuses sources très différentes ; sources biographiques, par exemple, mais aussi sources économiques, judiciaires, administratives.

Quelquefois ne subsistent que des prénoms ou des noms, comme ceux des femmes inscrits à l’Ars Medicina de Florence (un traité médical), ou celui de la religieuse apothicaire Giovanna Ginori, inscrite sur les registres fiscaux de la pharmacie dans laquelle elle travaillait pendant les années 1560.

Ces recherches permettent néanmoins de mieux comprendre comment les femmes ont peu à peu été exclues de la médecine, de sa pratique et de ses études, de par un système institutionnel et hiérarchique totalement dominé par les hommes.

La Scola Salernitana

Il faut d’abord évoquer la plus célèbre École de Médecine active au début du Moyen Âge, celle de Salerne, la Scola Salernitana. Elle comptait dans ses rangs plusieurs femmes médecins : Trota (ou Trotula), pionnière de la gynécologie et chirurgienne, Costanza Calenda, Abella di Castellomata, Francesca di Romano, Toppi Salernitana, Rebecca Guarna et Mercuriade, qui sont assez connues et aussi celles qu’on nommait les mulieres salernitanae.

Contrairement aux femmes médecins de l’École, les mulieres travaillaient à un niveau plus empirique. Leurs remèdes étaient examinés par les médecins de l’École, qui décidaient ou non de les accepter, comme en témoignent le manuel Practica Brevis de Giovanni Plateario et les écrits de Bernard de Gordon. A Salerne se croisaient savants chrétiens, juifs et musulmans ; différentes cultures y cohabitaient, faisant de l’École un lieu exceptionnel, vivier de rencontres et d’influences scientifiques.

Des femmes accusées d’exercer illégalement

Cependant, dès 1220, la situation se complique car nul ne peut plus exercer la médecine s’il n’est pas diplômé de l’Université de Paris ou s’il n’a pas obtenu l’accord des médecins et du chancelier de l’Université, sous peine d’excommunication.

Citons l’exemple de Jacoba Felicie de Alemannia. Selon un document produit par l’Université de Paris en 1322, elle traitait ses patients sans connaître « vraiment » la médecine (c’est-à-dire sans avoir reçu d’enseignement universitaire) et était passible d’excommunication ; elle devait par conséquent payer une amende. Les actes du litige décrivent le déroulement d’un examen médical prodigué par cette femme : on apprend qu’elle analysait visuellement l’urine, prenait les pouls, palpait les membres du malade, et qu’elle soignait des hommes. C’est l’un des rares témoignages qui mentionne le fait que les femmes soignaient aussi des hommes.

Le procès de la jeune médecin a lieu pendant une période où l’on dénonçait et condamnait celles et ceux qui n’étaient pas diplômés de l’université. Avant elle, Clarice de Rouen avait été excommuniée pour l’exercice de la profession de médecin pour la même raison – avoir soigné des hommes – tandis que d’autres femmes expertes en médecine furent à nouveau condamnées en 1322 : Jeanne la converse de Saint-Médicis, Marguerite d’Ypres et la juive Belota.

En 1330, les rabbins de Paris sont également accusés d’exercer illégalement l’art de la médecine, ainsi que quelques autres « guérisseurs » qui se faisaient passer pour des experts sans l’être (selon les autorités) : on les taxait d’imposture, même s’ils étaient compétents. En 1325, le pape Jean 22, opportunément sollicité par les professeurs de l’Université de Paris après l’affaire Clarice, s’adresse à l’évêque de Paris Stephen en lui ordonnant d’interdire aux ignorantes de la médecine et aux sages-femmes l’exercice de la médecine à Paris et dans les environs, en insistant sur le fait que ces femmes pratiquaient des sortilèges.

La formalisation des études

L’interdiction progressive de la pratique de la médecine pour le genre féminin a lieu parallèlement à la formalisation du canon des études, le début de contrôle minutieux par les hiérarchies d’enseignants et par les corporations, marginalisant toujours plus les femmes médecins.

Elles continuent pourtant d’exister et d’exercer – parmi les italiennes on connaît les Florentines Monna Neccia, mentionnée dans un registre fiscal, l’Estimo de 1359, Monna Iacopa, qui a soigné les pestiférés en 1374, les dix femmes inscrites à la corporation des médecins de Florence – l’Arte dei Medici e degli Speziali – entre 1320 et 1444, ou les Siennoises Agnese et Mita, payées par la Ville pour leurs services en 1390, par exemple.

Toutefois, pratiquer la médecine devient très risqué pour elles, les soupçons de sorcellerie se faisant de plus en plus pesants.

Malheureusement, les sources officielles manquent de données au sujet des femmes médecins, car elles exerçaient dans une société dans laquelle seuls les hommes accédaient aux plus hautes fonctions.

Malgré tout, le cadre historique que l’on peut reconstituer montre l’existence non seulement de femmes qui étaient expertes et pratiquaient l’art de la médecine, mais aussi de femmes médecins qui ont étudié, souvent à titre non officiel – la plupart étaient instruites par leur père, leur frère ou leur mari.

Les femmes médecins dans les sources littéraires

Les sources non institutionnelles, comme les textes littéraires, sont très précieuses. Par exemple, Bocacce évoque une femme médecin dans le Decameron. Le narrateur, Dioneo, parle d’une certaine Giletta di Nerbona, une femme médecin intelligente qui parvint à épouser l’homme qu’elle aimait – Beltramo da Rossiglione – en récompense d’avoir guéri le roi de France d’une fistule à la poitrine. Boccacce fait dire à Giletta, qui perçoit bien le manque de confiance du souverain en elle, en tant que femme et jeune femme :

« Je vous rappelle que je ne suis pas médecin grâce à ma science, mais avec l’aide de Dieu et grâce à la science de Maître Gerardo Nerbonese, qui fut mon père et un célèbre médecin de son vivant ».

Boccace nous présente donc une femme experte en médecine d’une manière simple et naturelle : c’est peut-être un signe du fait qu’il se référait à des situations plus communes et connues par son public de lecteurs qu’on ne le croit généralement. Ce que dit Giletta au reflète une réalité de l’époque pour les femmes qui pratiquaient la médecine : ce qu’elle sait, elle l’a appris de son père.

Il existe en particulier beaucoup de données concernant les femmes médecins juives, actives en particulier dans le Sud de l’Italie et en Sicile, qui apprenaient l’art médical dans leur familles.

L’Université de Paris a joué un rôle très important dans le processus historique de normalisation et d’institutionnalisation de la profession médicale. Dans son article « Les femmes et les pratiques de la santé dans le Registre des plaidoiries du Parlement de Paris, 1364–1427 », Geneviève Dumas a bien montré l’importance des sources judiciaires parisiennes du 14è et 15è siècle, parce qu’on y trouve la mémoire des femmes qui ont été condamnées pour avoir pratiqué illicitement la médecine ou la chirurgie. Dumas a publié deux procès : celui qui a été mené contre Perette la Pétone, chirurgienne, et contre Jeanne Pouquelin, barbier (les barbiers étaient aussi autorisés à pratiquer certains actes de chirurgie).

Tandis que l’enseignement de la médecine à l’Université de Paris devenait la seule formation valable en Europe et que l’École de Salerne perdait en influence, les femmes ont été peu à peu exclues de ces professions.

La disparition progressive des femmes médecins est à mettre en relation avec les interdictions ecclésiastiques, mais aussi avec la professionnalisation progressive de la médecine et avec la création d’institutions de plus en plus strictes telle que les Universités, les Arts et les Guildes, fondées et contrôlées par des hommes.

En Europe, il faudra attendre le milieu du 19è siècle pour que les premières femmes médecins diplômées puissent exercer, non sans essuyer de vives critiques.

Isabella Gagliardi Professeur Associé d’Histoire du christianisme, Fondation Maison des Sciences de l’Homme (FMSH)

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03 janvier 2023 ~ 0 Commentaire

dreyfus (socialist worker)

dreyfusforweb

L’affaire Dreyfus – un coup monté qui a alimenté une crise  

Une vicieuse injustice antisémite a divisé la société française en deux à la fin du 19è siècle. Il y a 125 ans ce mois-ci, le romancier Emile Zola s’est élevé contre cette injustice. Charlie Kimber se penche sur les enjeux politiques de l’affaire Dreyfus.

L’affaire Dreyfus a donné lieu à des débats importants pour les socialistes. Les classes dirigeantes en difficulté cherchent des boucs émissaires. Et la condamnation du capitaine Alfred Dreyfus pour espionnage en 1894 était parfaite pour l’élite en crise au sommet de la société française. Dreyfus était juif et vilipendé comme représentant des « étrangers » sapant tout ce qui était noble en France.

Quelques années auparavant, une affaire de corruption massive liée à la construction du canal de Panama a discrédité des pans entiers de la classe dirigeante française.  Deux des nombreu-ses personnalités impliquées dans la distribution de pots-de-vin étaient juives. Cela s’ajoute à la saleté antisémite déversée par une grande partie de la presse et des politiciens. Les crimes apparents de Dreyfus ont ajouté à ce poison.

Reconnu coupable par une cour martiale secrète d’avoir vendu des secrets militaires à l’Alle-magne, le tribunal condamne Dreyfus à la prison à vie.  Comme il ne veut pas reconnaître sa culpabilité, Dreyfus est envoyé dans la colonie pénitentiaire de l’île du Diable, en Amérique du Sud. Les autorités ont débarrassé un rocher stérile de trois kilomètres de long et de 500 mètres de large de toute forme de vie, à l’exception des gardes, afin de contenir Dreyfus seul. Il vivait dans une hutte de pierre sous une surveillance perpétuelle.

Il n’est pas étonnant, disait-on, que l’Allemagne ait vaincu la France lors d’une récente guerre lorsque des éléments aussi traîtres sont au cœur de l’État.  L’affaire pouvait être utilisée pour unir le peuple contre un ennemi extérieur et saper encore davantage le souvenir de la révolte ouvrière de la Commune de Paris de 1871. Presque personne ne doute de la condamnation.

Mais toutes les preuves contre Dreyfus étaient fausses, et peu à peu, sa famille, puis un cercle plus large de partisans, ont commencé à saper le récit officiel. Des sections de la gauche et certains libéraux prennent la défense de Dreyfus.  Tous les éléments pourris de la société s’unissent pour dire que Dreyfus est coupable et pour salir ses partisans en les traitant d’antipatriotes.

La droite a prétendu à tort que derrière les appels à la libération de Dreyfus se cachait un « syndicat » clandestin composé de Juifs, de socialistes et d’étrangers. Ce syndicat était censé corrompre les juges et soudoyer les témoins. Il visait à briser la confiance de la nation dans l’armée, à révéler ses secrets et, lorsqu’elle était sans défense, à ouvrir ses portes à l’ennemi allemand.

L’historienne Barbara Tuchman a écrit qu’il était « personnifié par les caricaturistes sous la forme d’un gros personnage juif portant des bagues et des chaînes de montre et arborant une expression de malveillance triomphante ». Cette question a dominé la vie politique pendant deux ans, de l’été 1897 à l’été 1899. Léon Blum, qui deviendra plus tard Premier ministre socialiste, écrit qu’il s’agit d’une « véritable guerre civile » et « d’une crise humaine non moins violente que la révolution française ».

Le 13 janvier 1898, le romancier Emile Zola, l’un des écrivains les plus traduits au monde, publie un article de 4 000 mots intitulé « J’Accuse » dans le journal libéral L’Aurore. Il s’est vendu à 300 000 exemplaires, dont une partie a été remise aux partisans de l’armée pour être brûlée dans les rues.  Il a l’audace d’attaquer nommément tant de personnes influentes qu’elles seront obligées de le poursuivre en justice pour diffamation, obligeant ainsi à un examen public de l’affaire.

Il écrit :  » J’accuse le général Billot d’avoir eu entre les mains les preuves certaines de l’innocence de Dreyfus et de les avoir dissimulées pour des motifs politiques et pour sauver la face de l’état-major.  « J’accuse le général Boisdeffre et le général Gonse de s’être rendus complices du même crime, le premier sans doute à cause de ses préjugés religieux, l’autre peut-être par cet esprit de corps qui vise à faire du bureau de la guerre un sanctuaire qu’il ne faut pas attaquer. »

Zola désignait les vrais coupables des délits d’espionnage et dénonçait « l’obsession du « sale juif » qui est le fléau de notre temps. »  Il fait de l’affaire une affaire internationale et amène les assignations que Zola avait espéré provoquer. La réaction est si violente que Zola est rapidement condamné pour diffamation criminelle et doit fuir en Angleterre pour échapper à la prison. Mais de plus en plus de gens se rendent compte que l’armée a piégé Dreyfus.

Un grand mouvement social, la Ligue des droits de l’homme, organise des réunions publiques dans tout le pays.  Il organise une pétition de masse pour la libération de Dreyfus, que chacun doit décider de signer ou non. Des villages entiers la soutiennent tandis que d’autres la refusent unanimement.

La pression exercée par une campagne de plus en plus importante dans les rues a forcé la tenue d’une deuxième cour martiale à la fin de l’année 1899, qui a vu la libération de Dreyfus de sa prison insulaire.  De façon sensationnelle, le second procès réitère l’ancien verdict, car l’idée d’admettre son innocence est trop déstabilisante pour les militaires.

Mais pour mettre fin à l’agitation, le président passe un accord pour gracier Dreyfus. Il faudra encore de nombreuses années pour que le nom de Dreyfus soit complètement blanchi. L’affaire divise les socialistes, non pas en raison d’un quelconque soutien à l’antisémitisme, mais en raison des forces de classe impliquées.

Jules Guesde est associé au slogan « Construire le socialisme et rien que le socialisme ». Il a déclaré que l’affaire n’était qu’un désaccord entre les éléments dirigeants, ce qui n’était pas pertinent pour les socialistes.  Après tout, dit-il, quelles que soient leurs différences, toutes les figures centrales faisaient partie d’une armée qui avait écrasé la Commune.  Les syndicalistes de premier plan et certains anarcho-syndicalistes considèrent que tout cela n’est qu’une mystification et une distraction bourgeoises.

Mais un autre socialiste de premier plan, Jean Jaurès, soutient que les travailleurs doivent se saisir de toutes les questions de démocratie. Et il ajoutait : « Qui est le plus menacé aujourd’hui par l’arbitraire des généraux, par la violence glorifiée des répressions militaires ? Qui ? Le prolétariat.

« Ils ont donc un intérêt de premier ordre à punir et à décourager les illégalités et les violences des cours martiales avant qu’elles ne deviennent une sorte d’habitude acceptée par tous. » Selon lui, les divisions au sommet pourraient être utilisées pour affaiblir la classe dirigeante.

Jaurès était soutenu par la révolutionnaire germano-polonaise Rosa Luxemburg. Dans l’un de ses premiers ouvrages, elle défendait ce point. D’une certaine manière, elle préfigurait ce que le révolutionnaire russe Vladimir Lénine allait mettre en avant quelques années plus tard. Elle écrivait : « Le principe de la lutte des classes impose l’intervention active du prolétariat dans tous les conflits politiques et sociaux de quelque importance qui se déroulent au sein de la bourgeoisie. »

Selon Luxemburg, l’affaire implique « le militarisme, le chauvinisme-nationalisme, l’antisémitisme et le cléricalisme ». Luxemburg tonnait qu’il serait « totalement incompréhensible de ne pas entrer en lutte avec ces ennemis ». Et elle ajoute plus tard : « L’ennemi de la classe ouvrière, le militarisme, était complètement exposé et il était nécessaire de diriger toutes les lances contre lui. »

Mais elle soutenait également que les socialistes devaient aborder l’agitation autour de Dreyfus comme « une lutte de classe clairement caractérisée qui la différencie des autres factions du mouvement ». Jaurès et Luxemburg avaient raison de dire que les révolutionnaires doivent être des tribuns des opprimés plutôt que de simples syndicalistes. L’oppression détruit des vies, mais elle est aussi un couteau sous la gorge de l’unité de la classe ouvrière.

Mais ce n’est pas la fin du débat socialiste sur l’affaire Dreyfus. Moins d’un an après la publi-cation de J’accuse, le premier ministre conservateur offre un poste de ministre à l’un des partisans socialistes de Jaurès, Alexandre Millerand.

Il avait décidé que c’était le meilleur moyen de mettre fin à l’affaire et d’élargir le soutien à son nouveau gouvernement. Millerand était censé être « l’équilibre » de la nomination du général Gallifet, le bourreau de la Commune, comme ministre de la guerre.  C’est le premier exemple d’un socialiste entrant dans un gouvernement ouvertement capitaliste, ce qui, une fois encore, divise fortement la gauche. Jaurès défend la démarche comme une suite logique de l’affaire Dreyfus et comme une étape transitoire du régime commun capitaliste-ouvrier.

Mais Luxemburg fait appel à certains des plus grands théoriciens du mouvement socialiste européen pour s’opposer à Jaurès. Selon elle, le rôle de classe d’un gouvernement ne change pas à cause d’un changement de personnalités. Luxemburg argumente : « L’entrée d’un socialiste dans un gouvernement bourgeois n’est pas, comme on le pense, une conquête partielle de l’État bourgeois par les socialistes, mais une conquête partielle du parti socialiste par l’État bourgeois. »

C’était un signe avant-coureur des arguments qui allaient balayer les partis sociaux-démocrates, de type travailliste, sur la révolution ou la réforme.  Ils se sont presque tous adaptés à l’État bourgeois et, en 1914, au début de la guerre mondiale, ils se sont ralliés à leur propre classe dirigeante pour soutenir le massacre des travailleurs d’autres pays.

Les avertissements de Rosa Luxemburg concernant Millerand étaient tout à fait corrects. Le gouvernement qu’il rejoint refuse de poursuivre ceux qui ont fait condamner Dreyfus et Millerand leur donne un camouflage radical. Il abandonne l’exigence de justice comme prix à payer pour rester dans le cabinet.

Charlie Kimber

https://socialistworker.co.uk/

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30 décembre 2022 ~ 0 Commentaire

marx (der spiegel)

 karl
“Marx avait-il raison ?” “Der Spiegel” inaugure l’année 2023 en affichant en couverture une version écolo et tatouée du père du communisme. Der Spiegel

Même les banquiers et les traders lisent désormais Karl Marx

Dans un contexte de multiples crises et de dérèglement climatique, les écrits du père du communisme connaissent un regain d’intérêt, annonce “Der Spiegel”. Pour le journal de gauche, la critique du capitalisme ne se borne plus à une frange marginale de la population.

“Marx avait-il raison ?” Der Spiegel inaugure l’année 2023 en affichant en couverture une version écolo et tatouée du père du communisme. Dans son numéro de rentrée, il propose d’étudier les dysfonctionnements du capitalisme, un système qui “ne profite plus à suffisamment de personnes” pour en justifier le maintien.

“Trop de choses ne fonctionnent plus, assure l’hebdomadaire, orienté à gauche. La mondialisation part en lambeaux, entraînant avec elle le modèle économique allemand. La communauté internationale est en train de s’enfermer dans des blocs rivaux, l’inflation creuse un peu plus les inégalités entre les riches et les pauvres, et nous avons manqué presque tous nos objectifs climatiques.”

À l’ère des “polycrises” – pour reprendre le terme de l’historien britannique Adam Tooze désignant les mécanismes d’interactions entre les grands problèmes de notre époque –, la main invisible du marché n’apparaît plus comme une solution miracle, note le titre. Même dans les grandes banques ou les cabinets de conseils, les critiques se font entendre.

Le Spiegel cite le milliardaire américain Ray Dalio, qui a fait fortune dans le domaine des fonds alternatifs et pointe désormais du doigt les inégalités de richesse sur la planète.

“Pour la plupart des gens, le capitalisme ne fonctionne plus.”

Les solutions sont encore puisées dans l’économie de marché

La crise climatique est l’exemple le plus parlant des problèmes causés par le capitalisme, poursuit le journal allemand. Il reprend l’analyse du chercheur en philosophie Kohei Saito, selon lequel les aléas environnementaux actuels sont étroitement liés aux critiques marxistes du capitalisme. Il y a plus de cent cinquante ans, assure-t-il, Karl Marx avait déjà identifié les dangers de ce système pour la planète.

Le Japonais, qui a vendu plus d’un demi-million d’exemplaires de son livre Le Capital à l’ère de l’Anthropocène (2020, inédit en français), affirme qu’“on ne peut empêcher le monde de s’effondrer qu’en mettant en place un système post-capitaliste, dans lequel il n’y aurait plus de croissance, où la productivité humaine serait réduite et où la richesse serait redistribuée de manière ciblée”. Or la majeure partie des solutions proposées jusqu’à maintenant pour faire face à la crise climatique s’inscrit toujours dans l’économie de marché.

Malgré tout, note le Spiegel, les idées pour changer le système sont aujourd’hui davantage prises au sérieux. Certaines entreprises, comme le maroquinier suisse Freitag, refusent déjà de s’étendre davantage “parce qu’elles sont satisfaites de ce qu’elles ont”, et la pandémie a poussé de nombreux États à mettre en place des politiques plus interventionnistes.

Mais des réflexions plus poussées autour des critiques marxistes pourraient être amenées à se développer encore dans les années à venir. Car si “la critique du capitalisme n’est pas un phénomène nouveau”, le Covid-19 et la guerre en Ukraine lui ont donné “une ampleur considérable”.

https://www.courrierinternational.com/

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27 décembre 2022 ~ 1 Commentaire

ursulines (lannion)

brest

Nous vous invitons à l’inauguration de l’exposition « Les pontons-prisons de Brest », une histoire passée sous silence, le MARDI 3 JANVIER à 17H00 en présence de Stéphane Gatti, co-réalisateur de cette exposition.

Lieu : L’atelier des ursulines, Place des patriotes – Lannion
Dates : du 3 au 10 janvier (ouverture en fonction de la présence des membres du Comité Trégor-Argoat)

Site internet : https://commune-1871
Portail breton : https://commune-1871

 

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25 décembre 2022 ~ 0 Commentaire

algérie (pst)

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