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20 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

pcf (anti-k)

pcf laurent

PCF

Pierre Laurent prêt à laisser la place de numéro un à Fabien Roussel

Le secrétaire national du PCF Pierre Laurent propose lundi dans L’Humanité de « partager » avec Fabien Roussel la direction du PCF, manière selon son entourage de dire qu’il envisage désormais de lui abandonner la place de numéro un en échange d’une place éminente.

« Je fais une nouvelle proposition: que nous partagions la conduite de (la) liste » que la commission des candidatures doit établir mardi soir, en prévision du congrès de ce week-end, affirme-t-il. « Personnellement, j’accepterai le choix de la commission et du congrès sur la répartition proposée », poursuit-il.

Pierre Laurent pourrait laisser la place de numéro un à M. Roussel, à condition de se voir désigné président du conseil national, ou président du conseil exécutif du PCF, décrypte son entourage auprès de l’AFP. « Ce qu’il veut, c’est que la fonction et la tâche du numéro deux soient précisées, ce qui n’est habituellement pas le cas », précise cette source.

Fait inédit pour le Parti communiste, sa direction a été désavouée début octobre lors du vote des adhérents.

Le texte du secrétaire national Pierre Laurent a, avec 38% des voix, été battu par « le Mani-feste pour un PCF du 21è siècle » (42%), porté notamment par le patron des députés communistes André Chassaigne et Fabien Roussel.

Le PCF se réunit en congrès de vendredi à dimanche, le vote sur la future direction ayant lieu dimanche midi. La commission des candidatures du PCF doit se réunir mardi soir, et proposer une liste unique, la majorité des communistes souhaitant une solution consensuelle.

« Je sais que les communistes ne veulent ni de la division, ni de la victoire des uns sur les autres. J’ai consulté. J’ai beaucoup parlé avec Fabien Roussel. Tout le monde souhaite qu’une liste unique soit construite demain (mardi) par notre commission des candidatures », reconnaît Pierre Laurent.

Âgé de 49 ans, Fabien Roussel a été élu député de la 20e circonscription du Nord en juin. Il incarne au PCF une ligne « identitaire », affirmant haut et fort la volonté du PCF de sortir de l’ombre de la France Insoumise pour exister de manière autonome dans le débat public.

Lundi 19 Novembre 2018

https://www.anti-k.org/

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12 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

barzonegou (le peuple breton)

tardi drapeau

14-18. Barzhonegoù war an talbenn 

Poèmes du front

En cette époque de commémoration du centenaire de la fin de la Grande Guerre 14- 18, un livre vient récemment d’être édité : « Barzhonegoù war ar talbenn / Poèmes du front » (Edition TIR). Ce livre est un recueil des poèmes écrits en breton pendant la Guerre 14-18, et publiés dans la revue « Kroaz ar Vretoned » entre 1917 et 1919.

L’auteur de ces poèmes est Yann Mari Normand, originaire de Guiclan où il est né en 1886.

Il est allé en classe jusqu’en seconde et parle français et breton (et même latin, grec et anglais). Dès son arrivée au front, en 1915, il commence à écrire un journal. En 1916, il est hospitalisé et, proche de la mort, son besoin d’écrire devint intense. A la fin 1916-début 1917, il commence à écrire des poèmes en breton qu’il envoie régulièrement à la revue Kroaz ar Vretoned jusqu’à début 1919.

« Il y a 25 ans, nous dit Joseph Martin, un des éditeurs du livre, la conservatrice de la biblio-thèque de Rennes donne à Jean Normand, alors conseiller municipal de cette ville, une photo-copie du manuscrit des poèmes de Yann Mari Normand. Intriguée par le nom « Normand », elle demande à Jean Normand s’il connaît un Yann Mari Normand, poète breton.

« Oui, répondit-il, ce Yann Mari est le frère de mon grand père ». C’est un document inestima-ble de 39 poèmes que l’auteur a recopié de sa main dans trois cahiers avec même une table des matières à la fin de ceux-ci. Comment ce manuscrit était-il arrivé là ? Nul ne le sait. Toujours est-il que ces poèmes avaient été rassemblés par la main de l’auteur. »

Ce n’est que récemment, en 2014, que Jean Normand, alors retraité, s’inscrit au diplôme d’études celtiques de Rennes 2.

Joseph Martin nous explique : « c’est dans ce cadre du diplôme d’Études Celtiques que mon épouse Yvonne et moi-même avons rencontré Jean Normand à l’université de Rennes 2. Jean nous annonce qu’il est en possession d’un manuscrit des poèmes de Yann Mari Normand écrits au front en Breton pendant la guerre de 14-18. »

C’est ainsi que naît l’idée d’éditer le livre des poèmes de Yann Mari Normand dans le but de rendre hommage à la mémoire de l’auteur, mais aussi à celle de leurs grand-pères et plus largement à la mémoire des soldats bretons ayant combattu pendant la Grande Guerre. Il faut dire que Jean Normand était à la fois le petit neveu de Yann-Mari, et le petit-cousin de Joseph. Jean Normand est hélas décédé en 2017 sans voir la sortie du livre.

« Les bretonnants vont y trouver le texte breton en deux écritures. Les non-bretonnants y trouveront la traduction en français » nous dit l’éditeur. « Pour chaque poème, une photocopie du manuscrit écrit de la main de l’auteur s’y trouve. Ce manuscrit a cent ans. Ceci contribue à l’aspect scientifique du livre, et à sa mise à disposition des chercheurs.

Ce texte initial est écrit dans l’écriture appelée KLT qui unifiait à cette époque l’écriture des dialectes du Léon, Trégor et Cornouaille. C’était aussi l’écriture promue par le directeur de la revue Kroaz ar Vretoned, Fransez Vallée, linguiste renommé et éminent de la langue bretonne. »

Alors qu’on commémore les 100 ans de la fin de la guerre, il est évident que ce ce livre est un témoignage inestimable sur la vie au front pendant ces années terribles. Le témoignage d’un soldat pris entre le patriotisme français exacerbé à l’époque et le patriotisme breton.

Dans ses écrits, pour Yann Mari, la patrie c’est de temps en temps la France, de temps en temps la Bretagne, de temps en temps la Basse-Bretagne. Mais dès son premier poème « Va zellen » (Ma harpe), son amour profond pour « sa » Bretagne est notable.

En 1919, la guerre est terminée. Paraît alors son poème « Mennozhioù ur Breizhad » (Opinions d’un Breton). C’est dans ce poème que transparaissent ses sentiments profonds dont on relèvera deux passages :

Un tamm librentez, e pep giz /Un peu de liberté de toute manière,

En arvorik a zo rekis / En Armorique sera nécessaire ;

Lezit hor Yezh kozh ha sante / Laissez notre langue ancienne et vénérable

Da displegañ frank hec’h askell/  Déployer librement ses ailes.

Et un peu plus loin :

Breizhiz Tramor ’rak ar Saozon / Les Bretons d’Outre-Manche devant les Anglais

Biskoazh n’o deus diskouezer aon / N’ont jamais manifesté de crainte,

Hag hiziv pelloc’h, levenez ! / Et aujourd’hui,ô Joie !

Bet o deus o « Emrenerezh ». Ils ont obtenu leur « Autonomie ».

Des réflexions qui devraient parler aux lecteurs du Peuple breton ! Le livre sera présenté officiellement à Guiclan au Triskell le 10 novembre, à St Thégonnec à bibliothèque municipale le 13 novembre, à Rennes au Tambour (Campus Villejean) le 22 novembre.

Christian Pierre 9 novembre 2018

http://lepeuplebreton.bzh/

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11 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

juifs arabes (orient 21)

Enrico Macias

Retour sur un siècle de relations entre juifs et musulmans

Un essai d’Ethan B. Katz 

Comment, dans l’espace colonial d’abord, puis sur le sol de la métropole, juifs et musulmans ont-ils cohabité au 20è siècle ? Quelles ont été leurs relations, au Maghreb d’abord, en France ensuite ? L’historien Ethan Katz revient sur un siècle de relations entre ces deux communautés, de l’ère coloniale à la société française contemporaine

Entreprise originale que celle d’Ethan B. Katz, professeur d’histoire à l’univer-sité de Cincinnati dans l’Ohio, et spécialiste de l’histoire contemporaine de la Méditerranée.

Dans la récente traduction française de son livre de 2015 Juifs et musulmans en France. Le poids de la fraternité, il raconte la tumultueuse coexistence en France des juifs et des musul-mans venus du Maghreb à partir de la guerre de 1914-1918. À suivre les péripéties de la vie de ces petites gens dans leur quotidien, on est loin des clichés de la reprise d’un conflit ances-tral et d’une animosité inévitable entre deux groupes.

Il y a plus d’un siècle, les juifs séfarades et les musulmans, surtout algériens à l’époque, partagent beaucoup de choses

Ils sont dans l’ensemble émigrés, habitent les mêmes quartiers de la Huchette à Paris ou de Belsunce à Marseille, parlent arabe, mangent la même nourriture, écoutent la même musique et fréquentent les mêmes restaurants et hôtels.

Une chose cependant les sépare 

Les juifs sont citoyens français depuis le décret Crémieux de 1870, les autres pas. C’est là qu’intervient le troisième protagoniste, l’État français, qui a une double casquette : républicain dans l’Hexagone, et impérial, voire impérialiste, outre-mer. Dans un cas, il intègre, dans l’autre, il écarte.

Le décret Crémieux a favorisé une meilleure intégration des juifs dans l’Algérie coloniale. Les musulmans, réduits au rang d’« indigènes », se sont sentis blessés. Les premiers seront les derniers. Avant 1830, juifs comme chrétiens vivaient en terre d’islam sous le statut de dhimmi, c’est-à-dire qu’ils étaient « protégés », autorisés à pratiquer leur culte, en contrepartie de discriminations comme le port de couleurs spécifiques et surtout le paiement d’un impôt spécifique.

Avec le décret Crémieux, les juifs sont devenus plus proches des colonisa-teurs, surtout dans les grandes villes comme Alger ou Oran 

Moins dans les vieilles cités musulmanes de Constantine ou de Tlemcen où ils continuent de vivre côte à côte. Cette « fraternité » culturelle antérieure à la colonisation a continué quand ils se sont exilés en métropole dans l’entre-deux-guerres. Certains juifs séfarades ont d’ailleurs toujours la nostalgie de ce partage intimement lié à leur terre d’origine et à sa culture, d’où le succès du mythe d’Al-Andalous, cette terre espagnole où, avant le 15è siècle et la reconquête chrétienne, juifs et musulmans auraient vécu en harmonie relative.

Une vraie mixité culturelle

Les autorités françaises joueront les uns contre les autres. Dans l’armée, certains gradés favorisent les musulmans quand d’autres montrent au contraire en exemple les juifs devant des soldats musulmans pour mieux les humilier.

Dans des villes comme Marseille ou Paris, les juifs d’Afrique du Nord se sont souvent installés à côté des Arabes ou vice versa. Dans les années 1930, dans le sud du quartier du Marais, à Paris, ils vivent les uns à côté des autres, fréquentent les cafés tenus par les uns et les autres, écoutent ensemble de la musique arabo-andalouse. Il existe alors une vraie mixité culturelle. Les orchestres sont composés de juifs et de musulmans, qui jouent devant des assemblées mixtes, même après la seconde guerre mondiale.

Pendant l’entre-deux guerre, dans l’ensemble, l’écart n’est pas trop mal vécu, tant l’espoir de voir ses droits reconnus est vivace, entretenu par l’illusion du Front Populaire et un militantisme partagé par nombre d’émigrés venus en France pour faire mieux vivre leur famille restée au pays.

À partir de la seconde guerre mondiale, les chemins divergent.

Les juifs sont victimes du nazisme, tandis qu’une partie des nationalistes arabes voient au con-traire dans le Reich l’ennemi de leur ennemi, la France. Mais là encore, la coupure n’est ja-mais totale. Si Kaddour Benghabrit, recteur de la Mosquée de Paris et vieux collaborateur de l’ordre colonial (en Algérie où il est né et au Maroc auprès du sultan) fait établir des certificats de bons musulmans à des juifs. Mais seulement à ceux des juifs qu’il connait et qui sont de ses amis…

Après-guerre, la naissance d’Israël et la décolonisation du Maghreb changent la donne

D’abord sur le plan du nombre, les musulmans devenant plus nombreux que les juifs en France. L’année 1962 traumatise les Algériens musulmans très nombreux qui émigrent à la même période. Ils perdent du jour au lendemain leur qualité de citoyens français acquise en 1958, et par conséquent ne bénéficient pas des facilités consenties aux rapatriés, dont les juifs, de nationalité française.

Israël et sa domination sans complexe des Palestiniens enragent nombre de musulmans de France qui deviennent hostiles aux juifs accusés de dominer le pays. Mais leur attitude diffère en général de l’antisémitisme des années d’avant-guerre. Ainsi dénoncent-ils Israël et les juifs mais affirment, selon les sondages, n’avoir dans leur majorité aucune hostilité vis-à-vis de leurs voisins juifs.

La coupure est-elle définitive ?

Nombre d’associations culturelles et d’artistes s’y refusent et travaillent sans relâche à un rapprochement. Réussiront-ils ? L’auteur, à la différence de nombre d’observateurs, veut y croire. L’histoire et la culture l’y autorisent.

Jean-Pierre Sereni Journaliste, ancien directeur du Nouvel Économiste et ex-rédacteur en chef de l’Express. 9 novembre 2018
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 Ethan B. Katz, Juifs et musulmans en France. Le poids de la fraternité Préface de Benjamin Stora, traduction de Patrick Hersant, Belin, 25 avril 2018. — 52 pages ; 25,50 euros.

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11 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

armistice dossier (internationalism npa)

 tardi

11 novembre 1918: « Jamais plus de guerre »?

Un armistice pour sauver le capitalisme et préparer de nouvelles guerres

1. L’armistice : une pause pour préparer de nouvelles guerres

En novembre 1918, l’Europe était plongée dans un énorme chaos et des millions de personnes avaient été chassées de leurs maisons et de leurs régions et étaient à la recherche d’un endroit où poursuivre et reconstruire leur vie. Ainsi, un million de Belges s’étaient réfugiés en Hollande, et plus de 100.000 devaient toujours rentrer après l’armistice ; 300.000 réfugiés belges résidaient en France et devaient rentrer en 1918.

De plus, il y avait les centaines de milliers de militaires blessés, mutilés, invalides qui parcou-raient les régions d’Europe à la recherche de leur ville ou village. A cause du chaos de la guerre mondiale, des migrations massives qui l’accompagnaient et de l’épuisement des popu-lations, la grippe espagnole a pu faire de terribles ravages et causer en fin de compte plus de morts que la guerre mondiale elle-même.

Les idéologues bourgeois s’accordent sur le fait que les conditions, imposées par les alliés à l’Allemagne par le Traité de Versailles, ont posé les germes d’une nouvelle guerre vingt ans plus tard.

Le « traité de paix » a suscité le développement de sentiments de vengeance et de rétorsion qui se sont répandus dans de larges couches de la population allemande dans le courant des années 1920. Le commentaire du quotidien du SDAP (social-démocrate) en Hollande en 1919 en donne un avant-goût : « Cette paix pour tous est vue comme une amère désillusion, une déception ressentie comme une catastrophe. (…) Le traité de paix fixe le statut d’une Europe en décadence, de son recul à un niveau inférieur de civilisation. Le plus grand peuple du conti-nent est enchaîné et condamné aux travaux forcés (…) à l’humiliation et à l’amertume. La ran-cœur ici, la suffisance, la soif de puissance, la témérité là-bas, sont les nouveaux « traits de civilisation » générés par le traité de paix » (Het Volk, 21.06.1919).

Les bourgeoisies de divers pays étaient pleinement conscientes que cette paix était condam-née à l’échec. Il n’y avait pas seulement la politique envers l’Allemagne qui exacerbait les ran-cœurs, mais aussi, « la création de nouveaux états comme la Pologne, l’Autriche, la Hongrie et la Yougoslavie a mené à des conflits incessants à propos des nouvelles frontières de ces pays. Cela concernait en particulier la Hongrie qui perdait les deux tiers des territoires qu’elle occu-pait avant la guerre, (…). Bref, la paix était un échec » (Jay Winter, interview dans Le Monde, 12.11.2014).

L’armistice du 11 novembre 1918 était au fond une paix qui mettait fin à toute forme de paix !

La première guerre mondiale marquait l’entrée du capitalisme en décadence et la période qui s’ouvre alors menait à un état quasi permanent de guerre. Quelques exemples des deux décennies suivantes le démontrent.

Après la fin de la première guerre mondiale, la Grèce se voit attribuée une zone d’occupation en Turquie. Pendant l’été de 1920, les Grecs veulent étendre leur zone d’occupation. Ils se heurtent alors à une résistance exacerbée des Turcs. Ceci est le début de la guerre gréco-turque qui a duré jusqu’en 1922. Cette guerre a mené à des atrocités des deux côtés, comme par exemple le massacre de dizaines de milliers de Grecs et d’Arméniens par les Turcs.

En 1920, les tribus du Riff au Nord du Maroc s’unissent et déclenchent une guerre contre la domination espagnole. Lors de l’été de 1921, environ 19.000 soldats espagnols périssent. Cette guerre contre l’Espagne, plus tard épaulée par la France, durera jusqu’en 1926. Les Espagnols et les Français utiliseront pendant cette guerre des gaz asphyxiants, causant des milliers de morts.

En 1929, les Chinois occupent le chemin de fer de Mandchourie. Cela a mené à un conflit ouvert avec l’Union Soviétique. Lorsque les troupes soviétiques franchissent la frontière chinoise le 15 novembre, cela débouche sur des combats féroces, causant du côté chinois plus de 2.000 morts et 10.000 blessés.

L’incident de Mandchourie en 1931, un attentat à la bombe visant une voie ferrée, est exploité par le Japon pour déclencher la guerre et occuper la province chinoise. En 1937, la guerre est étendue par l’attaque de tout le sub-continent chinois, dont la plus grande partie est aussi occupée par le Japon. Pendant cette guerre, des centaines de milliers de Chinois seront tués, pour l’essentiel des civils et les troupes japonaises se rendront coupables de nombreux massacres.

Le 3 octobre 1935, l’Italie déclenche une guerre contre l’Ethiopie. Après 7 mois d’intenses com-bats, elle réussit à conquérir le pays. Dans leurs attaques contre la population civile, les Ita-liens ont utilisé à grande échelle le gaz moutarde. En plus des 25.000 militaires tués dans les combats, le conflit a coûté la vie à 250.000 civils.

En 1936, un certain nombre de généraux commencent une guerre contre la république espa-gnole, avec le soutien de l’Italie, l’Allemagne et le Portugal. De son côté, la république est soutenue par l’Union soviétique et le Mexique. Cette guerre, qui durera trois ans et qui se terminera par la victoire des généraux, se solde au total par plus d‘un demi-million de morts.

Le 12 mars 1938, les Allemands rentrent en Autriche et le 15 mars 1939, ils occupent la Tché-quie, tandis que des troupes hongroises occupent la Slovaquie. Ces conquêtes militaires constituaient les premières actions guerrières qui déboucheront sur l’éclatement de la seconde guerre mondiale.

L’armistice du 11 novembre 1918 n’a donc nullement ouvert une période de paix mais a conduit à une succession ininterrompue de conflits qui ont finalement débouché sur la seconde guerre mondiale.

2. L’armistice : une attaque contre la révolution prolétarienne en réaction à la guerre

L’armistice a permis à la bourgeoisie de déclarer la guerre au prolétariat:

(a) En divisant les ouvriers entre ceux des pays “vainqueurs” et ceux des pays “vaincus” et

(b) En retournant les armes contre la révolution.

En Russie, la contre-révolution s’était développée avec force. En Allemagne aussi, la bour-geoisie était prête à déclencher sa terreur contre-révolutionnaire. Nourrie d’une haine farouche contre la classe ouvrière, elle se préparait à écraser par la force et à exterminer les foyers de la révolution communiste.

Tardi-Vernet-copie

a) Diviser la classe ouvrière

La bourgeoisie était consciente du danger : « Toute l’Europe est pétrie de l’esprit de la révolu-tion. Il n’y a pas seulement un sentiment profond de mécontentement, mais également de colè-re et de révolte parmi les travailleurs (…). L’ensemble de l’ordre existant, aussi bien dans ses aspects politiques, sociaux et économiques est remis en question par les masses populaires d’un bout de l’Europe à l’autre » (Lloyd George, premier ministre britannique dans un mémo-randum secret adressé au premier ministre français Georges Clemenceau, mars 1919).

De par la signature de l’armistice, la classe ouvrière en Europe était divisée en deux parties 

D’un côté les ouvriers qui se trouvaient dans le camp des états-nations vaincus et de l’autre côté ceux qui vivaient dans les états capitalistes vainqueurs et qui étaient submergés par une vague de national-chauvinisme (surtout en France, en Grande-Bretagne, en Belgique et aux USA). De cette manière, la bourgeoisie réussit à limiter les mouvements révolutionnaires au premier groupe d’états (plus l’Italie).

La situation particulière qui a surgi à Bruxelles quelques jours avant le 11 novembre illustre parfaitement les conséquences de cette division. Les soldats allemands qui y étaient casernés, renforcés par des détachements de marins de la Kriegsmarine provenant d’Ostende, se révol-tent et élisent un conseil révolutionnaire de soldats. Ils manifestent dans les rues de Bruxelles avec des drapeaux allemands, belges et rouges et appellent à la solidarité des travailleurs belges et de leurs organisations.

Face à quelques fraternisations avec des membres des Jeunes Gardes Socialistes, les organi-sations syndicales ont rapidement appelé à ne pas bouger et, sous l’influence de la propagan-de chauvine, les ouvriers bruxellois ne se mobilisent pas mais attendent passivement l’entrée triomphale de l’armée belge victorieuse dans Bruxelles quelques jours plus tard.

b) Diriger les armes contre la révolution

« Les différentes bourgeoisies nationales avaient d’abord essayé de s’arracher mutuellement des territoires sur les champs de bataille de la guerre impérialiste au prix de 20 millions de morts et d’un nombre incalculable de blessés. Mais, confrontées à une classe ouvrière qui lutte sur son terrain de classe, elles sont d’emblée disposées à resserrer les rangs. Une fois de plus, ceci confirme que la classe dominante, de nature divisée, peut s’unir dans une situation révolutionnaire pour affronter la classe ouvrière ».

Lorsque les soviets prirent le pouvoir en octobre 1917, la réaction des forces impérialistes ne s’est pas fait attendre. Une bourgeoisie, unie sur le plan international, a affronté la jeune répu-blique soviétique avec des armées provenant de 21 pays. L’attaque contre-révolutionnaire a commencé en 1917 et a duré jusqu’en 1922.

Les « armées blanches » ont déclenché une terrible guerre civile. Les armées des états capita-listes d’Europe, des USA et du Japon ont causé par leurs attaques contre la classe ouvrière en Russie un nombre incalculable de victimes. Parmi les victimes de la guerre civile, il y avait envi-ron un million de soldats de l’armée rouge et plusieurs millions de personnes sont par ailleurs décédées à cause de conséquences indirectes de la guerre, comme la famine ou les épidé-mies. Le nombre de décès causés par la terreur des armées blanches se situe entre 300.000 et 1 million de personnes.

Le déclenchement de la révolution en Europe centrale: l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, etc.  a nécessité de ne pas désarmer complètement l’armée allemande. « On partait de l’idée que l’armée allemande devait être suffisamment forte pour maintenir l’ordre intérieur et pour empê-cher une éventuelle prise du pouvoir par les Bolcheviks » (Lloyd George at War, George H. Cassar). C’est ainsi qu’on permit à l’état-major allemand, qui en demandait 30.000, de garder 5.000 mitrailleuses.

En Allemagne également, l’insurrection éclata à la fin de 1918.

Le 10 novembre 1918, le général Groener, le successeur de Ludendorf à la tête du quartier général de l’armée allemande, propose par téléphone un pacte au chef du gouvernement, le social-démocrate Friedrich Ebert. Le général propose une collaboration loyale pour mettre fin aussi vite que possible au « bolchevisme » et pour assurer une restauration « de la loi et de l’ordre ». « C’était un pacte contre la révolution.

« Ebert accepta ma proposition d’alliance », écrit Groener. « A partir de ce moment, nous discutions chaque soir au moyen d’une connexion secrète entre la chancellerie et l’état-major les indispensables mesures à prendre. L’alliance a bien fonctionné » » (Sebastian Haffner, La révolution trahie).

À cause de l’influence de la révolution, la bourgeoisie ne pouvait plus se fier à de larges parties de l’armée de terre et de la marine.

Dans la perspective de la guerre de classes, le social-démocrate Gustav Noske, qui avait rejoint en décembre 1918 le gouvernement de Ebert, avait reçu la mission de constituer des Corps-francs. Ceux-ci regroupaient des soldats de métiers fidèles, conservateurs et ultranatio-nalistes, qui voulaient défendre leur patrie contre le bolchevisme et qui se retrouvaient de par la fin de la guerre en marge de la société.

Ainsi, l’État allemand pouvait à nouveau disposer en janvier 1919 d’unités militaires loyales de quelques centaines de milliers de soldats, parmi lesquelles 38 Corps-francs. Dans la lutte contre la révolution, Le SPD n’a pas hésité à utiliser sans la moindre pudeur ces forces armées les plus réactionnaires. En affirmant que « quelqu’un doit être le chien sanglant » et en dénon-çant les ouvriers et soldats révoltés comme « les hyènes de la révolution », Noske envoie les corps-francs contre les ouvriers : la guerre contre la classe ouvrière allemande avait commencé.

À partir de la mi-janvier, débute l’attaque militaire contre les insurgés et les organisations révolu-tionnaires (partis, groupe, la presse, etc.). Des quartiers ouvriers entiers des grandes villes étaient attaqués les uns après les autres et partout étaient perpétrés de terribles massacres.

La guerre contre la classe ouvrière n’était pas seulement menée en Allemagne mais aussi dans d’autres pays. Un de ces pays était la Hongrie, où la révolte ouvrière avait aussi mené au pouvoir une direction révolutionnaire. La révolte y fut également écrasée dans le sang après quelques mois au moyen d’une invasion militaire des forces capitalistes.

Le 1er août 1919, la Roumanie envahit la Hongrie et renversa le gouvernement révolution-naire, ce qui mit fin à l’expérience communiste. Soutenue par la France, l’Angleterre et l’armée blanche, les troupes roumaines entrent le 1er août dans Budapest et installent un gouverne-ment syndical qui liquide les conseils ouvriers. Lorsque les syndicats ont terminé leur basse besogne, ils transmettent le pouvoir à l’Amiral Horty (plus tard un collaborateur des nazis) qui met en place un régime de terreur contre les travailleurs (8.000 exécutions, 100.000 déportations).

François Kupka

3. La paix n’existe pas au sein du capitalisme

Le capitalisme, c’est la violence, et la paix au sein du capitalisme est une illusion complète. L’histoire du 20e siècle démontre qu’un « armistice » est seulement conclu pour commencer une nouvelle guerre. Tandis que les armes ne se sont jamais tues entre la première et la deuxième guerre mondiale, cette tendance à la guerre permanente est devenue encore plus évidente après la seconde guerre mondiale.

Ainsi la période de « guerre froide » n’était pas, contrairement à ce qui est souvent suggéré, une période de « simple » paix armée, mais bien de dizaines de confrontations: Corée, Vietnam, Moyen Orient… sur l’ensemble de la planète avec des millions de victimes.

Un vœux pieu de paix n’empêche pas la guerre, même s’il est soutenu par des manifestations massives. Ainsi, le 25 juillet 1914, le SPD appela à une manifestation de masse contre la guerre. L’appel fut massivement suivi : les 29 et 30 juillet, 750.000 personnes participent aux protestations dans toute l’Allemagne. Cela n’a pas amené la bourgeoisie à arrêter sa course vers la guerre. Bien au contraire, ce même SPD social-démocrate décida quelques jours plus tard de trahir les masses ouvrières et de soutenir la bourgeoisie dans sa ferveur guerrière.

Une manifestation de masse peut être un moment dans la résistance contre la guerre mais elle doit alors avoir lieu, dans le cadre d’une révolte ouvrière généralisée, dans une dynamique d’attaque contre l’Etat bourgeois, comme cela a eu lieu en 1917 en Russie. Et même en Alle-magne en 1918, la révolte visait seulement en première instance la fin de la guerre. Et la guerre fut effectivement arrêtée parce qu’il existait une menace réelle que les travailleurs pren-nent le pouvoir. De fait, seuls un renversement révolutionnaire et la prise du pouvoir par la classe révolutionnaire peuvent mettre fin à toute forme de guerre.

« Ou bien le gouvernement bourgeois fait la paix, comme il a fait la guerre, et alors l’impéria-lisme continuera, comme après chaque guerre, à dominer et la guerre sera suivie d’un nouvel réarmement, de nouvelles guerres, de destruction, de réaction et de barbarie. Ou bien, vous devez réunir vos forces pour une insurrection révolutionnaire, vous battre pour acquérir le pouvoir politique qui vous permettra d’imposer la paix, à l’intérieur du pays comme autre part » (Rosa Luxemburg, Spartakus, avril 1917).

Intro: Le 11 novembre 2018, cela fait exactement cent ans que la Grande Guerre s’est arrêtée. Les médias y consacrent une large attention. Faut-il effectivement saluer l’armistice du 11 novembre 1918 ? Avait-il pour but de déposer définitivement les armes et de bannir à jamais tout acte de guerre dans le futur ? Eliminait-il les causes réelles qui avaient mené à l’éclate-ment de la première guerre mondiale ? A-t-il effectivement ouvert pour les Etats européens une période de « jamais plus de guerre » ?

Dennis  10 novembre, 2018

http://fr.internationalism.org/

militarisme1

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Le 11 Novembre 1918, l’armistice était signé à Retondes, mettant officiellement un terme à la Première Guerre mondiale.

100 ans plus tard, les commémorations vont bon train, avec notamment un Emmanuel Macron qui se met en scène au cours d’une « itinérance mémorielle », et la perspective d’un grand raout le 11 Novembre. Nous avons décidé, pour notre part, de revenir sur la fin de la Première Guerre mondiale en insistant sur certains aspects de cette grande boucherie capitaliste qui ne seront probablement pas mis en avant dans les commémorations officielles.

Les femmes dans et après la Première Guerre mondiale

 dans Anticolonialisme

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tardi drapeau

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La commémoration, opium du peuple (Révolution Permanente)

Le 11 novembre n’est pas notre armistice ! (Révolution Permanente)

Pétain, collabo et bourreau de 1917 : « un grand soldat » selon Macron (Révolution Permanente)

Commémorations du 11 novembre : l’impuissance de Macron et son multilatéralisme (RP)

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08 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

primelin (ouest france lo)

Primelin

Quimper. Un rassemblement pour un « autre regard sur la guerre »

Les représentants organisent leur propre rassemblement annuel le 11 novembre 2018, à Primelin

Un rassemblement sera organisé au monument aux morts pacifiste de Primelin, le 11 novembre. Une initiative de l’association Libre pensée 29 et de nombreux partenaires associatifs.

La Libre pensée 29, accompagnée par d’autres associations, organise un rassemblement pacifiste, le 11 novembre 2018, à 11 h 45, devant le monument aux morts de Primelin.

« Pour le centenaire et le 21e anniversaire de cet événement, nous allons faire un rassemble-ment exceptionnel devant le monument aux morts pacifiste », explique Claude Le Moguen, de Libre pensée 29.

« Défendre la paix »

Les organisateurs souhaitent faire de ce rassemblement un appel à la paix. « Nous voulons actualiser les paroles des poilus : « plus jamais ça », déclare Gérard Mas du NPA. Nous soute-nons des valeurs de justices et antimilitaristes. À travers ce rassemblement, nous voulons donner un autre regard à la guerre et défendre la paix. » Les associations souhaitent également rappeler le sort de 639 soldats, fusillés. Parmi eux, sept Finistériens. « Pour l’exemple ». « Nous voulons que ces personnes soient réhabilitées. »

« L’éducation à la citoyenneté ne se fait pas dans le cadre militaire »

Ils dénoncent également le défilé des jeunes écoliers, collégiens et lycéens quimpérois. Cet événement est une initiative proposée par un groupe de travail composé de la délégation militaire départementale, la préfecture, la ville de Quimper, l’académie, l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre ainsi que le Souvenir français.

« Nous trouvons cela inquiétant que les élèves soit mobilisés dans des établissements scolai-res par une organisation composée de militaires, explique Martine Subtil, présidente de Libre pensée 29. Nous avons tenté de rencontrer les représentants de l’Éducation nationale au niveau départementale mais le rendez-vous a été annulé. »

« On aurait pu imaginer un débat sur cette guerre sous forme de forum, ici, c’est unilatéral, ajoute Gérard Mas.  L’éducation à la citoyenneté ne se fait pas dans le cadre militaire. »

07/11/2018

https://www.ouest-france.fr/

Commentaire:

Le monument aux morts de Primelin est un des rares monuments aux morts d’inspiration pacifiste du Finistère. Œuvre de Véronique Millour et Philippe Meffroy, il représen-te un enfant qui repousse et ébranle une pile de quatre blocs symbolisant les guerres du passé ; un cinquième bloc vierge, à terre, invite à ne pas reconstruire le mur et à ne jamais y poser le dernier bloc. Il fut inauguré le 11 novembre 1994.

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07 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

pétain (basta rp lo)

tardi drapeau

Ode à l’extrême-droite

Pétain, collabo et bourreau de 1917 : « un grand soldat » selon Macron

« Un grand soldat » que Pétain : bourreau des soldats mutinés de 1917, chef du régime de Vichy, collaborateur du régime nazi et de l’extermination des juifs. De quoi ravir les rangs de l’extrême-droite. 

A peine une semaine après les dénégations de Florence Parly, ministre des Armées, face à Jean-Jacques Bourdin, sur le plateau de RMC, Emmanuel Macron confirme la volonté du gou-vernement de rendre hommage, lors de la cérémonie du 11 novembre, au Maréchal Pétain.

Derrière le couac et le rétropédalage, il y a la concession du président au programme de l’Etat major des Armées, en charge de l’organisation de la cérémonie de commémoration du cente-naire de la fin de la guerre 14-18, prévoyant de rendre hommage, aux Invalides, aux huit maréchaux de la Grande Guerre, dont Pétain.

Cet hommage rendu à la mémoire du chef du régime fasciste de Vichy, qui collabora au régime nazi et à l’extermination de 10 millions de personnes (tzigane, homosexuels, communistes, opposants politiques…) en Europe, dont 6 millions de juifs, marque un recul incroyable dans la reconnaissance des responsabilités de l’Etat français lors des génocides de la Seconde Guerre mondiale. Du jamais vu depuis 1995 et la cérémonie du 54ème anniversaire de la rafle du Vél’ d’Hiv, où Jacques Chirac avait reconnu la participation de la France aux crimes nazis.

Mais le « grand soldat de la Première Guerre mondiale », en 1940, n’en était pas à ses premiers faits d’armes. Contrairement à ce que voudrait faire entendre Emmanuel Macron, le maréchal Pétain s’est, dès la première guerre mondiale, forgé cette expérience de bourreau dont on connait les suites. En 1941, c’est ce même Pétain qui, lors de son « discours du mauvais vent » contre la Résistance, rappelle ses exactions commises : « En 1917, j’ai mis fin aux mutineries » avait-il alors lancé.

En effet, en avril 1917, avec l’échec de l’offensive du général Nivelle sur le Chemin des Dames, la boucherie de 200 000 soldats français tués, la colère gronde dans les tranchées. Au prin-temps et à l’été 1917, se multiplient les actes de mutineries de soldats qui, selon l’historien André Loez, expriment « un refus de la guerre massif et multiforme ».

Le maréchal Pétain, succède à Nivelle. Il a la charge de mettre fin à l’opposition à la guerre et de fraternisation avec « l’ennemi » qu’expriment alors les soldats français. Pétain les réprimera dans le sang : la plupart des soldats mutinés sont fusillés sans plus de procès ; 600 sont condamnés à mort par des conseils de guerre à la justice expéditive. Autant de soldats refusant la guerre assassinés sous les ordres de Pétain.

Macron, en honorant Pétain, honore le bourreau de 1917 et le symbole de la collaboration française.

En réhabilitant la mémoire du plus illustre fasciste français, Macron participe à la banalisation et à la diffusion des idées de l’extrême-droite. De quoi nourrir ce « climat années 30 » qu’il dénonçait hypocritement il y a à peine quelques jours…

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06 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

union européenne 1 (npa)

europe

L’Union européenne dans l’incertitude

Tout semble se conjuguer pour mettre en échec l’Union européenne et rendre incertain son avenir, tandis que montent les droites extrêmes et racistes. Dans ce contexte, maintenir un cap internationaliste est essentiel.

L’Union européenne (UE – nous utiliserons ce terme pour désigner ce qui s’est appelé dans le passé Marché commun et Communauté économique européenne) est née après la Seconde Guerre mondiale avec une double détermination : l’aspiration des peuples à ce que plus jamais il n’y ait de guerre en Europe, mais aussi, pour les dirigeants européens et des États-Unis, la reconstruction au plus vite une Europe capitaliste face au « bloc soviétique ».

Au départ, le projet  des initiateurs était d’ « avancer sur deux jambes ». Une jambe écono-mique : en 1951 est mise en place la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) qui jette les bases de politiques communes dans ce secteur industriel alors primordial. Et une jambe explicitement politique : en 1952 est signé le traité instituant la Communauté européenne de défense (CED) qui prévoit une armée « européenne » intégrée à l’OTAN et donc subordonnée à l’état-major US. En 1954, le Parlement français rejette la CED et le projet est définitivement enterré. Le volet économique va donc désormais prédominer avec, en 1957, la signature du traité de Rome instituant le Marché commun.

Le mouvement ouvrier face au Marché commun

Durant cette période de gestation de l’Union européenne actuelle, le mouvement ouvrier ne pèse guère. La méthode adoptée par les gouvernants et les technocrates est celle de la négo-ciation intergouvernementale discrète (avec consultation des lobbies patronaux), les parle-ments ne sont consultés que sur des textes achevés, et donc à prendre ou à laisser, alors que plane encore le souvenir des désastres de la guerre.

En France, la gauche est divisée.

La social-démocratie pare d’un verbiage internationaliste (qui ne l’empêche pas de mener la guerre d’Algérie) son ralliement au capitalisme et à l’alliance étatsunienne. Le Parti Communis-te et la CGT dénoncent les projets capitalistes mais défendent avant tout et de façon virulente des positions anti-allemandes  et anti-américaines : « Pour la France, la réalisation du Marché commun c’est l’acceptation de l’hégémonie allemande » écrit ainsi en 1956 Jean Duret, direc-teur du Centre d’études économiques de la CGT1.

Les marxistes révolutionnaires critiquent l’Europe telle qu’elle se construit, tout en formulant un point de vue internationaliste 

Ernest Mandel, à la fois militant en Belgique et dirigeant de la IVe internationale, essaie en 1958 de définir ce que devrait être l’attitude du mouvement ouvrier belge face au Marché commun2 :

« Constater que les prédictions socialistes concernant la centralisation et l’internationalisation croissantes de la vie économique se confirment de plus en plus est une chose ; approuver sans critique toutes les mesures dans ce sens comme justes ou progressives en est une autre. […] Chaque cas concret […] réclame […] une analyse précise des mesures proposées et de leurs répercussions sur l’économie et la société en général, à la lumière de l’idéal et des principes socialistes. […]

Malgré toutes les critiques que nous avons à formuler, le traité de Rome est un fait, même s’il ne nous plaît pas. Il impose des cadres nouveaux à notre action. […] Il faut mettre à nu les pré-misses naïves, simplistes et irréelles du credo libre-échangiste. Mais il faut le faire du point de vue socialiste, internationaliste, non en partant d’un nationalisme aussi étroit qu’anachronique.

À l’Europe des trusts nous opposons les États-Unis socialistes d’Europe

Non pas « l’idéal » d’États souverains s’entourant de barrières douanières de plus en plus épais-ses. » Mandel insiste sur la nécessité d’une action coordonnée du mouvement socialiste et syndical européen pour peser au niveau européen, tout en ne renonçant pas à la lutte sur un plan national :

« Il s’agit donc d’engager résolument, sur le plan belge, la lutte pour les réformes de structure et pour un début de planification, quitte à nous joindre à toute tentative de réaliser ces réfor-mes et cette planification à l’échelle internationale, dès qu’une possibilité concrète se présente dans ce sens.

Il va sans dire que les socialistes […] préféreraient une planification internationale aux mesures planistes forcément limitées qu’on pourrait appliquer sur la seule étendue de notre territoire. Mais ils préfèrent ces dernières aux aléas d’une économie européenne libérale. ». Ce texte est à la fois daté (il a été rédigé aux tout débuts du Marché commun) et marqué par son objectif immédiat (dirigé vers la gauche du Parti Socialiste belge, il a été écrit dans une revue de ce parti) mais la démarche exposée reste d’actualité.

La prégnance du libéralisme

D’emblée, l’Union européenne est marquée par le dogme économique libéral et ses initiateurs sont conscients des conséquences : « Il est fatal que l’intégration économique limite la liberté de chaque pays quant à son système social… » déclare ainsi en 1957 un dirigeant belge cité par E. Mandel.

Ceci dit, il ne faudrait pas tomber dans l’illusion que les mesures antisociales viendraient de «Bruxelles » de la Commission européenne : à l’époque et aujourd’hui encore, les États natio-naux et les bourgeoisies sont moteurs dans les offensives contre les acquis sociaux et les services publics. Toutefois, dans le contexte social et politique de la période de lancement de l’UE, sont prévus des amortisseurs à l’impact du libre-échange et de la concurrence (par l’entremise de fonds européens) pour limiter l’approfondissement des écarts entre États ou entre régions et pour gérer l’agriculture.

Jusqu’au début des années 2000, l’Union semble avancer irrésistiblement, mettant en place de nouvelles politiques et s’élargissant au sud puis à l’est.

En 1986, dans un contexte de fin de la période d’expansion économique d’après-guerre et de mise en œuvre un peu partout en Europe de politiques d’austérité, l’Acte unique européen représente un pas en avant supplémentaire de l’Europe capitaliste avec la libre-circulation totale des marchandises et des capitaux.

Dans la même logique est défini en 1996 le statut du travail détaché qui l’assi-mile à une presta-tion de service au lieu de relever de la circulation des travail-leurEs d’un pays à l’autre.

C’est ce qui fonde la possibilité de dumping social, et il n’est donc pas question d’aller vers une uniformisation des droits sociaux entre les États-membres. Quant à l’harmonisation des règles fiscales, elle patine, pour le plus grand bonheur des multinationales et des grandes fortunes…

Les services publics doivent quant à eux être libéralisés et, à terme, privatisés (du moins pour leurs segments rentables). Il n’y a pas, en revanche, de politique industrielle européenne : Airbus repose ainsi sur un accord particulier entre des gouvernements.

Le rouleau compresseur néolibéral va avancer au fil des traités et des sommets européens, avec une étape essentielle:

Le traité de Maastricht en 1992, qui renforce les règles auxquelles sont soumises les budgets nationaux et, avec la création de l’euro, met en place une banque centrale européenne (BCE) indépendante des États et du Parlement européen, mais pas de la finance.

Henri Wilno Vendredi 19 octobre 2018

https://npa2009.org/

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04 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

trotsky simenon ( rétro news)

TrotskySlayingtheDragon1918

1933 : une interview de Trotski par Georges Simenon

« Constantinople, le 7 juin 1933.

J’ai rencontré dix fois Hitler, au Kaiserhof, alors que, tendu et fébrile, déjà chancelier, il menait sa campagne électorale. J’ai vu Mussolini contempler sans lassitude le défilé de milliers de jeunes hommes. Et à Montparnasse, un soir, j’ai reconnu Gandhi dans une silhouette blanche qui rasait les maisons, suivie par de jeunes femmes fanatiques. Pour avoir une entrevue avec Trotsky, me voilà sur le pont plus grouillant que le Pont-Neuf de Paris qui relie le vieux et l’ancien Constantinople, Stamboul, Galata [...]. Ici, une rive s’appelle l’Europe et l’autre l’Asie. » 

L’interview a lieu dans des conditions un peu particulières. Trotski accepte de répondre par écrit aux questions soumises par l’écrivain belge, puis de le rencontrer pour en discuter librement. Lorsque Simenon arrive dans la grande maison de Prinkipo, il note la présence de plusieurs gardes du corps qui sont aussi, à n’en pas douter, les geôliers de son hôte. Son œil avisé remarque aussi le livre que Trotski est alors en train de lire : Voyage au bout de la nuit, d’un certain… Louis-Ferdinand Céline.

« Dans les pièces, les murs sont nus, tout blancs, et il n’y a que des rayonnages et des livres pour apporter quelque diversion. Les livres sont en toutes langues et je distingue le “Voyage au bout de la Nuit” dont la couverture est bien fatiguée. M. Trotsky vient de le lire et il en a été profondément troublé. En matière de littérature, d’ailleurs, c’est la française qu’il connaît le mieux.

Trotsky se lève pour me tendre la main, puis se rassied à son bureau, en laissant doucement peser son regard sur ma personne [...]. Sur le bureau, il y a, épars, des journaux du monde entier et Paris-soir est tout au-dessus de la pile. Sans doute Trotsky l’a-t-il parcouru avant mon arrivée ? […]

– Je n’ai, malheureusement, les journaux qu’avec plusieurs jours de retard.

Il sourit. Il a un visage reposé, le regard tranquille. Mais n’est-ce pas au prix d’un effort ? N’est-il pas obligé de ménager ses forces ? Pour poursuivre son œuvre, ne s’astreint-il pas à cette vie prudente qui fait un peu penser aux gestes hésitants d’un convalescent ? Mais, peut-être, n’est-ce que sagesse ?

– Vous pouvez me questionner. »

Le contenu de l’interview ne porte pas sur la Révolution russe, mais sur l’actualité la plus brûlante. En janvier 1933, Hitler, devenu chancelier, a accédé au pouvoir suprême. Son parti, le NSDAP, ayant remporté les élections de mars, les nazis sont désormais hégémoniques en Allemagne. C’est donc sur la montée des fascismes en Europe que Simenon interroge Trotsky.

«J’ai demandé à Trotsky : Croyez-vous que la question des races sera prédominante dans l’évolution qui suivra la fermentation actuelle ? Ou bien sera-ce la question sociale ? Ou la question économique ? Ou la question militaire ?

Trotsky répond :

– Non, je suis loin de penser que la race soit un facteur décisif dans l’évolution de l’époque prochaine [...]. Je ne nie évidemment pas la signification des qualités et des traits distinctifs des races ; mais dans le processus de l’évolution, devant la technique du travail et devant la technique de la pensée, elles passent à l’arrière-plan. La race est un élément statique et passif, l’histoire est la dynamique [...].

Si, aujourd’hui, au vingtième siècle, les nazis proposent de tourner le dos à l’histoire, à la dynamique sociale, à la civilisation, pour revenir à la “race”, alors pourquoi ne pas revenir encore plus en arrière : l’anthropologie, n’est-il pas vrai ?, n’est qu’une partie de la zoologie. Qui sait ? C’est peut-être dans le royaume des anthropopithèques que les racistes trouveraient les inspirations les plus élevées et les plus indiscutables pour leur activité créatrice ? »

Comment l’ex-camarade de Lénine définirait-il le fascisme, demande Simenon ? Réponse développée de Trotski :

« Le fascisme est provoqué non par une psychose ou par une “histérie” (c’est ainsi que se consolent les théoriciens de salon, dans le genre du comte Sforza), mais par une profonde crise économique et sociale qui, impitoyablement, ronge plus que tout le corps de l’Europe [...].

Le fait que le vieux continent, dans son ensemble, perd la situation privilégiée qu’il avait dans le passé, mène à une exacerbation démesurée des antagonismes entre les États européens et entre les classes au sein de ces États [...].

Au dix-neuvième siècle, on considérait comme une loi que les pays arriérés gravissent les degrés de la démocratie. Pourquoi donc le vingtième siècle les poussent-il dans la voie de la dictature ? […] Par analogie avec l’électro-technique, la démocratie peut être définie comme un système de commutateurs et d’isolants contre les courants trop forts de la lutte nationale ou sociale. Aucune époque, dans l’histoire humaine, ne fut saturée d’autant d’antagonismes que la nôtre. Une surtension du courant se fait de plus en plus sentir en différents points du réseau européen. Sous une trop grande tension des contradictions de classes et internationales, les commutateurs de la démocratie fondent ou volent en éclats.

Tels sont les courts-circuits de la dictature. Les interrupteurs les plus faibles se rendent évidemment les premiers. »

La question finale est celle qui préoccupe toute la presse française en 1933 : l’arrivée de Hitler au pouvoir et son entente avec l’Italie fasciste de Mussolini constituent-elles une menace pour les démocraties européennes ? Bref, une guerre est-elle inévitable ?

« Question. Croyez-vous l’évolution possible par glissement ou considérez-vous une secousse violente comme nécessaire? Combien de temps pensez-vous que puisse se prolonger le flottement actuel ?

Réponse. Le fascisme, particulièrement le national-socialisme allemand, apporte à l’Europe un danger indiscutable de secousses guerrières. Étant à l’écart, je me trompe peut-être, mais il me semble qu’on ne se rend pas suffisamment compte de toute l’étendue de ce danger. A-t-on en vue une perspective non de mois mais d’années, pas de dizaines d’années en tout cas, je considère comme absolument inévitable une explosion guerrière du côté de l’Allemagne fasciste. C’est précisément cette question qui peut devenir décisive pour le sort de l’Europe [...].

Mais je ne doute pas que, finalement, l’humanité trouvera son chemin. Tout le passé en est une garantie. »

Lorsque leur entrevue s’achève, Simenon s’autorise une dernière question qui touche plus directement au sort personnel de Trotski.

« Vous avez encore des questions à me poser ? demande Trotsky avec patience.

– Une seule, mais je crains qu’elle soit indiscrète.

Il sourit et, d’un signe de la main, m’encourage à poursuivre.

– Des journaux ont prétendu que vous avez reçu récemment des émissaires de Moscou chargés de vous demander votre retour en Russie ?

Le sourire s’accentue :

– C’est faux, mais je connais l’origine de la nouvelle. C’est un article de moi paru voilà deux mois dans la presse américaine. J’y disais, entre autres, qu’étant donné la politique russe actuelle, je serais prêt à servir à nouveau si un danger quelconque menaçait le pays.

Il est calme et quiet.

– Vous reprendriez du service actif ?

Il dit oui d’un mouvement de tête. »

En 1933, l’écrivain Georges Simenon se rend pour Paris-Soir à Istanbul afin d’interviewer Léon Trotski qui y est exilé. Répondant à l’inventeur de Maigret, l’ex-leader de la Révolution russe analyse la montée des fascismes en Europe. Quel rapport entre le père du célèbre commissaire Maigret et la Révolution russe ? Aucun. Si ce n’est que Georges Simenon (1903-1989), écrivain et reporter prolifique, fut l’un des rares journalistes francophones à interviewer Léon Trotski (1879-1940) après son départ forcé d’URSS. Le lieu de la rencontre est presque aussi insolite que ses protagonistes. Elle prend place le 7 juin 1933 à Prinkipo, « l’île des Princes », située dans la mer de Marmara, au large d’Istanbul (encore nommée officiellement Constantinople trois ans plus tôt). Simenon, envoyé spécial du quotidien à grand tirage Paris-Soir, y retrouve l’ex-leader bolchevik, qui y est placé en résidence surveillée depuis 1929. Exclu du Parti Communiste par Staline en 1927, l’ancien compagnon de Lénine vit en exil depuis quatre ans. Inlassablement, le fondateur de l’Armée rouge continue d’écrire et d’animer « l’Opposition de gauche » (future Quatrième Internationale) depuis sa retraite en Turquie. L’interview paraît en deux temps, les 15 et 16 juin 1933. Simenon, conscient qu’à seulement trente ans il est sur le point de rencontrer un des acteurs politiques les plus importants du début du 20è siècle. Trotski ne reverra jamais son pays. Après avoir fondé la Quatrième Internationale, il sera assassiné à Mexico par un agent du NKVD, sur ordre de Staline, le 21 août 1940. Entre-temps, son pronostic pessimiste sur les conséquences de l’arrivée au pouvoir de Hitler se sera révélé exact.

21/10/2018  Pierre Ancery

https://www.retronews.fr/

Commentaire: 1933! Trois ans après, les crimes de guerre commençaient en Espagne!

Voir aussi:

Un des plus vieux trotskistes vivants! Michel Lequenne

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04 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

slavoj zižek (les inrocks)

hors-serie-karl-marx

Pourquoi le “Manifeste du Parti communiste” est toujours d’actualité, selon Slavoj Zižek

Dans son nouveau livre, le philosophe slovène réhabilite le “Manifeste” écrit par Marx et Engels en 1848, tout en travaillant à combler ses limites.

Brandir le Manifeste du parti communiste, publié en 1848 par Marx et Engels, comme boussole pour nous guider dans le clair-obscur du temps présent peut paraître un brin audacieux. Mais le philosophe slovène Slavoj Zižek ne s’embarrasse pas du qu’en-dira-t-on. Il le prouve une nouvelle fois avec un petit livre au titre sans équivoque : L’actualité du Manifeste du Parti communiste (Fayard).

L’auteur, connu pour se revendiquer (avec son ami Alain Badiou) de “l’idée du communisme” (du nom d’un colloque réuni à Londres en 2009 en présence des principaux spécialistes mondiaux de la pensée marxiste), évite cependant l’écueil du dogmatisme.

Son livre – qui n’est pas dénué d’affirmations polémiques sur la “célébration actuelle des minorités”, ou l’idée très optimiste selon laquelle “le patriarcat a perdu définitivement son rôle hégémonique” (sic) – n’est pas une exégèse béate du fameux Manifeste, dont la résurrection pourrait souligner la faiblesse intellectuelle de la gauche radicale contemporaine.

Il s’agirait plutôt d’une tentative de rendre sa complexité à un texte souvent résumé à quelques phrases coup de poing (“L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes”, etc.), de discerner ses fulgurances comme ses angles morts face au capitalisme globalisé, et de formuler une critique constructive du marxisme occidental le plus étroit.

“Une acceptation cynique du ‘monde comme il va’”

En effet, comme Zižek l’a déjà expliqué dans son précédent ouvrage, La Nouvelle lutte des classes, la définition classique du prolétariat ne suffit plus à résumer l’antagonisme entre classes oppressives et classes opprimées. Les rangs du prolétariat contemporain se sont élargis bien au-delà du seul ouvrier qui doit vendre sa force de travail pour vivre – travailleurs précaires et immigrés, étudiants sans emplois, habitants des bidonvilles…

Mais dans ce contexte où le “sujet révolutionnaire” n’a jamais été potentielle-ment aussi pléthorique, la conscience qu’il a de sa propre force n’a jamais été aussi faible.

En cause, le coup de force du capitalisme globalisé, qui derrière sa promesse d’approfondir les libertés personnelles, a annihilé toute contestation.“L’idéologie dominante d’aujourd’hui n’est pas une vision positive de quelque futur utopique, mais une résignation, une acceptation cyni-que du ‘monde comme il va’, qui s’accompagne de la mise en garde que si nous voulons (trop) le changer, cela ne pourra produire qu’une nouvelle horreur totalitaire”, constate le philosophe.

“Nous vivons de plus en plus notre liberté comme ce qu’elle est effectivement: un fardeau”

Plus encore, l’aliénation capitaliste est arrivée au point où le contrôle et la domination sociale passent aux yeux de la majorité pour des expériences de liberté. Les mots de Zižek résonnent avec d’autant plus d’acuité à l’ère du macronisme et de la start-up nation, où il suffit de traver-ser la rue pour trouver du travail :

“Il y a mille et une manières de donner au visage de cette non-liberté celui de son opposé : quand nous sommes privés de couverture maladie universelle, on nous dit qu’une nouvelle liberté de choix nous est offerte ; quand nous ne pouvons plus compter sur un emploi de longue durée et que nous sommes obligés de trouver du boulot précaire d’année en année ou de mois en mois, on nous dit que l’opportunité nous est enfin donnée de nous réinventer [...].

Bombardés constamment de ‘libres choix’ imposés, forcés de prendre des décisions pour lesquelles nous ne sommes généralement pas qualifiés, nous vivons de plus en plus notre liberté comme ce qu’elle est effectivement : un fardeau nous privant de la réelle possibilité de changer”.

S’il concède donc à Marx le génie de certaines intuitions “d’une actualité plus criante que jamais”, sur l’impact social de la bourgeoisie, la fétichisation de la marchandise, l’aliénation capitaliste… , il ne néglige pas moins certaines insuffisances.

La principale réside dans la croyance de Marx que “la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs”, et que le capitalisme est condamné presque d’avance à laisser place à une société sans classes. “Marx lui-même a parfois sous-estimé cette capacité de l’univers capita-liste à intégrer le besoin de transgression qui semblait le menacer”, écrit Zizek.

Le capitalisme est en effet passé maître dans l’art de transformer la révolution en un “spectacle extrêmement rentable” (selon le philosophe Francesco Masci dans son Traité anti-sentimental, éd. Allia, qui paraît concomitamment). Le constat est donc pessimiste. Mais le philosophe a fait siens les mots de Beckett : “Essayer encore. Rater encore. Rater mieux.”

02/11/18 Mathieu Dejean
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Lire aussi : 

Slavoj Zizek (Wikipedia)

Slavoj Zižek : “L’idée de résister se perd, il ne reste plus que la colère”(Les Inrocks)

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01 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

la bombe (daoulagad breizh)

ils-vont-arre-ter-la-bombre-2

Ils vont arrêter la bombe de François Reinhardt

Une tournée proposée par Daoulagad Breizh

Le 2 juillet 1966, une bombe atomique de 28 kilotonnes (2 fois Hiroshima) explose au large de Mururoa, en Polynésie française.

Le 1er essai atmosphérique français vient d’avoir lieu. 34 autres suivront, puis 147 souterrains jusqu’en 1996. Les populations des atolls sont les sacrifiés de l’atome dont le sort ne préoccupe guère en métropole, mais fait réagir bien au-delà des frontières.

Ce film s’arrête sur l’histoire du Fri, un navire de fortune parti de Nouvelle-Zélande pour rejoindre Mururoa afin de dénoncer et arrêter ces essais. A bord : 3 femmes et 10 hommes venus du monde entier qui s’embarquent pour un périple de 5 mois pour se confronter à la Marine française. Une histoire où se mêlent intrigues politiques et pressions diplomatiques, objectifs militaires, enjeux économiques, et, on l’oublierait presque, le sacrifice de la santé de milliers de polynésiens, et de leur environnement.

Dim 4 nov 17h30 Plomeur  Salle polyvalente
Mer 7 nov 20h30 Châteaulin Run ar Puñs
Jeu 8 nov 18h30 Quimper Salle socio-culturelle
Ven 9 nov 20h30 Saint-Evarzec L’Agora
Sam 10 nov 18h30 Le Drennec Espace des châtaigniers
Dim 11 nov 16h Landudec  Bibliothèque
Lun 12 nov 20h30 Plouarzel Médiathèque
Sam 17 nov 15h Plogoff Auditorium de la Pointe du Raz
Dim 18 nov 15h Locronan Espace Ti Lokorn
Dim 25 nov 17h Ergué-Gabéric  L’Athéna

http://www.daoulagad-breizh.org/

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