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10 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

médiapart (révolution permanente)

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Mediapart révèle la présence de l’extrême-droite à l’armée

Néo-nazis, suprémacistes, une enquête 

Le 8 juillet dernier, Mediapart publiait une enquête sur la présence de l’extrême-droite dans l’Armée. Ce travail prouve l’actuelle réalité des liens étroits entre les forces de répression et de la sécurité et les idéologies les plus réactionnaires. 

Ainsi, [l’enquête à source ouverte de Mediapart (c’est-à-dire basée sur des informations publiques et accessibles à tous), recense les commentaires et images que ces militaires ont posté depuis 2015.

En 2018, Alan V., jeune militaire du 27e bataillon des chasseurs alpins explique sur Facebook qu’il faudrait coller « une bonne balle dans la nuque » des migrants. Piou Turon a partagé, sur le même réseau et la même année la chanson « Fumeur de Spliff » du groupe identitaire Insurrection, avec ce commentaire : « Une pensée à toutes les grosses merde qui fument des spliffs et qui se disent NS [National Socialistes] ».

Une image vaut plus que mille mots

Sur les réseaux sociaux, un des militaires enquêtés s’affiche avec des vêtements ayant le logo du réseau « Blood & Honour », dont le nom provient des Jeunesses hitlériennes Blut und Ehre et dont la filiale française a été interdite en 2019. Un autre se montre dans les locaux de Casa Pound, le mouvement néofasciste italien. Teddy et Maxime, du 2e régiment étranger parachu-tiste, apparaissent ensemble sur plusieurs photos avec Marc Bettoni, « co-fondateur du groupe néonazi « Combat 18″ (les chiffres font référence à la place des lettres A et H dans l’alphabet, en hommage à Adolf Hitler ») comme le rapporte Mediapart.

« Piou Turon » est le pseudo d’un sous-officier de la Légion étrangère, hérité du groupe néonazi « Loups Turon » dont il était membre au début des années 2010. Beaucoup de posts montrent ces militaires faisant un geste similaire au salut nazi. Valentin, ex-militaire au 17e régiment du génie parachutiste apparaît dans une vidéo du groupe « Animus Fortis », proche de la mouvance de l’ex-Bastion social. Aussi il a pour photo de profil sur Instagram l’image du terroriste Brenton Tarrant, mythifié devant un soleil noir. C’est l’australien auteur de 51 morts dans deux mosquées à Christchurch (Nouvelle-Zélande).

De même, les enquêteurs ont recensé les tatouages de certains militaires : s’y mêlent des références aux SS (la devise « mon honneur s’appelle fidélité », Meine Ehre heiβt Treue ; la rune d’Odal ou encore la totenkopf, emblème d’une division de la Waffen-SS affectée à la garde des camps de concentration et d’extermination nazis), ou encore plus directement à Hitler et au nazisme (le chiffre 88 en référence à la huitième lettre de l’alphabet pour « Heil Hitler », le soleil noir sur l’épaule, la kolovrat) et au suprémacisme (une croix celtique au niveau du cœur surmontée du mot « White », une kolovrat surmontée du slogan « White Pride », le chiffre 14 en référence à un slogan du suprémaciste blanc américain David Lane).

Par la suite, l’article rapporte les déclarations du général Jean-Marc Cesari, sous-directeur de l’anticipation opérationnelle (service de renseignements de la gendarmerie) :

« À l’évidence, il n’y a pas de place chez nous pour des personnes qui véhiculent des idées antirépublicaines et extrémistes violentes, quelle que soit l’idéologie qui les sous-tend. » . Suivant les chiffres donnés par la DRSD aux enquêteurs, la proportion de radicalisation (« qu’elle soit islamique ou politique ») est évaluée à 0,005 % dans l’armée de terre, à 0,03 % dans la marine et pour ce qui est l’armée de l’air, « aucun aviateur n’est actuellement suivi pour radicalisation clairement démontrée. ».

La DRSD a affirmé qu’elle « ne communique aucun chiffre » concernant l’identification des soldats comme étant ou soupçonnés d’être d’extrême droite. En Allemagne, le service de renseignements militaire allemand a rapporté que 592 soldats ont été identifiés comme d’extrême droite en 2019.

Les enquêteurs affirment quant à eux que : « le profil d’anciens militaires est particulièrement recherché par les groupuscules de l’ultra-droite. ». Mais l’enquête démontre que plusieurs militaires en service sont proches ou membres de ces groupuscules.

Ainsi, Valentin est membre actif du groupe néonazi « Arsouille Naoned » basé à Nantes, et l’un des enquêteurs l’a identifié comme impliqué dans l’agression d’une militante LGBT en décembre 2019. Il a aussi participé à divers événements organisés par Génération identitaire. Pendant l’été 2019, Maxime et Teddy ont fréquenté plusieurs membres de Zouaves Paris, « jeune groupe héritier du GUD qui a récemment multiplié les actions violentes dans la capitale. ». François, le chasseur alpin est militant du groupuscule néonazi EdelweiSS-Savoie, à Chambéry.

Ainsi, lorsque le général Cesari se rapporte à « l’évidence » pour affirmer que l’armée est libre « d’extrémisme violent », on ne peut qu’en douter. De plus, lorsque l’on apprend que certains des militaires ont des tatouages ou photo sur les réseaux sociaux exprimant clairement leurs appartenances à des groupes ou idéologies d’extrême droite, on peut penser que leur hiérarchie et l’ensemble de l’institution a plutôt fait le choix de fermer les yeux.

L’enquête de Médiapart rappelle par ailleurs qu’en « 2017, la sous-direction antiterroriste (SDAT) et la DGSI démantelaient une cellule dans laquelle on trouvait un élève de l’école de formation des sous-officiers de l’armée de l’air. Ladite cellule projetait des actions violentes contre des migrants et des assassinats politiques – Jean-Luc Mélenchon puis Cristophe Castaner avaient été envisagés comme cibles – dans les Bouches-du-Rhône. »

Des militaires et ex-militaires français se sont également engagés dans la rébellion au Donbass, en Ukraine, alors que d’autres ont tenté de se charger (comme le remarquent les enquêteurs, « en vain »), du service d’ordre des gilets jaunes.

Des forces, mais de quel ordre ?

L’opacité et le nombre très limité d’enquêtes pour tenter de radiographier la constitution idéologique de l’Armée, qui se déclare inapte « par construction, [à] suivre les publications de [leurs] 140 000 personnels lorsqu’ils s’expriment sur internet », en dit long de la présence de l’extrême droite dans les forces de l’ordre et de la sécurité.

Le pouvoir de ces mêmes forces vient de leur possession de la violence légitime. Le rôle de l’armée est d’étendre et de défendre la nation et ses intérêts, indissolublement liés à ceux des capitalistes.

La présence de l’idéologie d’ultra droite ne fait que grandir selon les affirmations rapportées par l’enquête, et un rapport confidentiel d’Europol « tire la sonnette d’alarme : l’ultra-droite européen-ne s’arme et est en train d’embaucher dans les rangs des militaires. ». Toujours d’après cette enquête, la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) organise des réunions de sensibilisation, afin d’améliorer l’échange d’informations sur les militaires suspectés d’appartenir à la mouvance de l’ultra-droite. Mais on n’a jamais guérit une maladie chronique avec un pansement ; et on ne peut réformer ces forces qui sont là pour préserver l’ordre actuel, capitaliste et raciste.

Lola Alduna jeudi 9 juillet

Source:

https://www.mediapart.fr/

Note:

« Meine Ehre heißt Treue », que l’on pourrait traduire en français par « Mon honneur s’appelle fidélité ». Dans certains pays, comme l’Autriche, à partir de 1947, ou l’Allemagne (article § 86 a du Code Pénal sur l’utilisation de symboles d’organisations anticonstitutionnelles), l’utilisation de cette devise, ou de variations de cette devise, est proscrite.

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08 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

campagnes rouges (skol vreizh)

skol vreiz

En Bretagne, le communisme a su gagner le cœur des paysans du Trégor et de haute Cornouaille.

Le fait peut paraître surprenant car les campagnes bretonnes ont – à tort – la réputation d’être conservatrices.

Il n’y a pourtant nul paradoxe à cette vigueur mais un faisceau de causes profondes qui s’inscrivent dans la longue durée. Trois siècles de conflits entre la paysannerie et la noblesse ou l’Église ont préparé le terrain. Puis des « semeurs d’idées » parcourent le pays pendant des décennies. Enfin, le rôle actif des communistes dans la Résistance permet l’épanouissement du parti dans un terroir où il bénéficie d’un véritable transfert de foi.

Lors des dernières élections législatives en juin 2002, dans un bloc compact d’une centaine de communes situées à l’ouest de la Bretagne, le parti communiste a obtenu en moyenne 15,43 % des suffrages exprimés, soit plus de trois fois la moyenne française (4,91 %). Trente-six d’entre elles sont même allées jusqu’à lui accorder de 20 % à 31,30 % des suffrages exprimés, soit quatre à six fois la moyenne française.

Une telle fidélité au parti de Lénine en pleine période d’effondrement du vote communiste peut surprendre s’agissant du fin fond de cette Bretagne que des observateurs superficiels affublent volontiers et sans nuance de la livrée des chouans. Si, par endroits, « ce pays est le refuge de la réaction, c’est la faute des révolutionnaires, qui n’ont pas su le gagner à eux »1, écrit, en 1913, le révolutionnaire Émile Masson (1869-1923), qui ajoute que « avec le breton, on peut faire un cantique ou chanter L’Internationale »2.

Ce que confirme le témoignage d’un étudiant de BTS agricole des Côtes- d’Armor : « Chez nous, on est différent : on est communiste et on parle breton ! Pareil, Patrick aussi est très fier de parler breton. C’est un peu dans la façon d’être rouge. On n’est pas pareil que vous. Vous, vous êtes des chouans : vous parlez le français. Nous, par chez nous, on parle le breton et on est rouge. Dans ces patelins-là, c’est lié au terroir. »3

Autre façon de dire que « le bastion communiste chevauche toutes les divisions de Bretagne, anciennes ou récentes, administratives, sociologiques ou ecclésiastiques. Il ne présente d’homogénéité qu’aux points de vue linguistique, puisqu’il se situe à 99 % en pays bretonnant, et géographique, puisqu’il est à 73 % montagneux (au sens breton du terme) et qu’il est dans une très large proportion rural et paysan » [Le Coadic 1991].

Plus précisément, 98 des 99 communes qui forment le « bastion » communiste breton4 se situent non seulement en Basse-Bretagne5 mais, en outre, en plein cœur de la région où la langue bretonne est la plus pratiquée aujourd’hui. Tous ces éléments, qui peuvent à tort paraître paradoxaux, offrent l’une des matrices d’intelligibilité du communisme paysan bas-breton.

Contre les stéréotypes d’une Bretagne archaïque et conservatrice, on voudrait montrer que le communisme a trouvé en Basse-Bretagne un terrain propice où de solides fondations ont été construites au fil du temps, avant de constituer le bastion actuel, qui menace certes de s’écrouler sous l’effet du déclin généralisé du parti mais qui tient encore debout.

Un terrain propice au communisme agraire

La genèse du « bastion rouge » s’inscrit dans la longue durée. L’un des plus anciens éléments qui ont pesé sur les conditions d’implantation du communisme dans cette zone aux confins des Côtes-d’Armor, du Morbihan et du Finistère est sûrement la quévaise. C’est « une coutume née de conditions destinées à attirer des défricheurs, puis à les transformer en agriculteurs », explique Jeanne Laurent [1972]. La quévaise s’est perpétuée jusqu’à la Révolution mais est restée prégnante au-delà, tant dans la mémoire collective que dans les pratiques d’organisation et d’exploitation des terres.

Les ordres religieux, cisterciens d’abord puis templiers, à l’origine des quévaises, se sont implantés en Basse-Bretagne durant la première moitié du 12è siècle. La quévaise est une « hostise », institution qui, pour le défrichement, attire des « hôtes » nés sur d’autres terres. Ce sont souvent des personnes en rupture de ban avec la société, car sur les terres des Templiers et des Hospitaliers est accordé le privilège du droit d’asile.

À son arrivée, chaque hôte reçoit un lopin de terre dont il a la jouissance illimitée sans jamais en être propriétaire. En échange, il doit payer une rente annuelle. Les lopins sont tous exactement de même taille et il est interdit de bâtir des clôtures sur les terres communes. La quévaise se caractérise par une véritable vie communautaire dans un habitat groupé, rare en Bretagne.

Ce mode de vie singulier, qui a fonctionné pendant sept siècles, est susceptible d’avoir façonné les représentations des générations qui l’ont vécu mais également celles des générations ultérieures, en favorisant une attitude positive à l’égard du collectivisme et de l’égalitarisme. En effet, la coïncidence entre la carte des communes et des paroisses à quévaises, sises dans les monts d’Arrée ou en Trégor intérieur (région de Bégard et Guingamp), et la carte de la partie septentrionale du territoire de l’actuel bastion communiste ne laisse pas d’être source d’interrogations.

Toutefois, les particularités de la quévaise, parfaitement adaptées au cadre originel du défrichement et de la vie communautaire, deviennent insupportables à mesure qu’évolue la société bretonne. La guerre de la Succession de Bretagne (1341-1381) provoque la désertion des campagnes. Dans des villages aux trois quarts abandonnés, ceux qui restent s’entendent pour réserver les abords de chaque quévaise à leurs tenanciers.

Ils bâtissent des talus sur ces parties de terres communes proches de leurs lopins. Les moines les leur refusent, arguant d’un droit qui, d’oral et évolutif, s’est progressivement figé en droit écrit. Les tenanciers engagent donc de nombreux procès contre leurs seigneurs, qu’ils perdent régulièrement. La situation devient explosive et génère des siècles de haine à l’encontre des moines ainsi que de nombreuses révoltes et violences. C’est une première source d’hostilité envers l’Église, alimentée par d’autres événements.

Selon Georges Minois, de 1500 à 1620, la piété populaire est à son apogée en Trégor : « pardons, pèlerinages, foires, offrandes, fondations pieuses connaissent un essor extraor-dinaire » [1987 ]. Quant au clergé, « les statuts synodaux de Guy Campion, entre 1620 et 1624, dépeignent les chanoines comme des vauriens, qui ne portent même plus l’habit ecclésiastique dans la cathédrale, qui passent leur temps à la taverne, mangent et boivent pendant les offices qui se déroulent d’ailleurs dans la plus épouvantable confusion ». Les fidèles, cependant, n’en veulent pas à leurs prêtres, qui sont au sein de la population trégorroise comme autant de poissons dans l’eau, du moins jusqu’à la contre-réforme tridentine visant à remettre en vigueur la séparation du sacré et du profane.

Les paysans trégorrois n’éprouvent pas le besoin de réformer leur foi ni leurs pratiques. La réforme vient de l’épiscopat, et les prêtres chargés d’en diffuser le message d’austérité ne peuvent guère prêcher par l’exemple. De surcroît, elle vient de l’est francophone, et « le Trégor est d’autant plus méfiant vis-à-vis de ces innovations qu’elles sont issues d’une culture étrangère suffisamment proche et présente pour être menaçante » .

Enfin, la paysannerie doute d’une réforme qui a séduit la noblesse par son aspect intellectuel et élitiste. Il s’ensuit que la contre-réforme aboutit à un échec : le nouveau clergé est ressenti par la population comme étranger et, de ce fait, il est isolé. Les fidèles se détachent de la religion, continuant, certes, à fréquenter la messe jusqu’au 19è siècle mais, avant tout, par conformisme et par peur de l’enfer.

La baisse de l’emprise du clergé sur la population et la chute de la ferveur religieuse, si elles n’ont pas mécaniquement favorisé l’apparition de courants revendicatifs en Trégor et en Cornouaille, ne leur ont pas été non plus étrangères, en sorte qu’a pu émerger une forte tradition de luttes agraires égalitaristes.

Au fil des siècles, une succession de révoltes agraires met les paysans bretons aux prises avec la noblesse et les villes. C’est le cas, dès 1490, en pleine guerre franco-bretonne, puis, en 1589-1590, lors des guerres de la Ligue. En 1675, sous le règne de Louis 14, la célèbre révolte des « Bonnets rouges » embrase la région, contestant l’ordre féodal dans son ensemble.

Or, il faut le souligner, ce sont toujours les mêmes zones qui se soulèvent : le Trégor et la Cornouaille, qui prendront ultérieurement le parti de la Révolution, puis celui de la République. Elles constituent ce que Pierre Flatrès [1986] a appelé la « diagonale contestataire », dont l’actuel bastion communiste est le cœur. Mais comment expliquer ce choix continu pour la contestation, alors que la Haute-Bretagne, le Léon et le Vannetais prennent toujours, eux, le parti de l’ordre ?

En premier lieu, les paysans insurgés agissent en vertu de motifs égalitaristes, dotés d’une sorte de conscience de classe les opposant tant à la noblesse qu’aux villes. « Sous le “bruit et la fureur de la populace furieuse et enragée” se dégage d’abord, en 1590 comme en 1675, la revendication de l’égalité. […] Or, la ville comme la noblesse mettent en cause cette égalité. » [Meyer et Dupuy 1975]

En deuxième lieu, la fronde est la plus forte là où le sentiment d’injustice est le plus grand, c’est-à-dire en pays de domaine congéable6, et là où les rapports avec la noblesse sont les plus difficiles.

Ainsi constate-t-on une remarquable concentration sur un même espace de trois facteurs décisifs qui ont préparé les esprits, comme on prépare un sol : la mémoire longue de la quévaise, une sécularisation de la vie quotidienne et un esprit égalitariste, propice à la révolte. Cette triple confrontation de ces populations bretonnes à leur histoire a pu offrir un terrain favorable à l’implantation des idées de gauche, dans leur version communiste. Cette généalogie ne peut pourtant jouer à elle seule ; elle vient s’articuler à des facteurs conjoncturels et structurels qui vont donner au communisme de robustes assises.

Parmi les mécanismes propices à l’apparition d’un vote de gauche, André Siegfried a souligné l’importance de la « circulation des idées ». Avant l’émergence du communisme, deux groupes complètement différents concourent à diffuser des « idées nouvelles » dans la zone concernée. D’une part, les pilhaouerien (les « chiffonniers ») – marchands ambulants qui parcourent la région à la recherche de chiffons vendus aux moulins à papier – introduisent très tôt des idées républicaines dans les monts d’Arrée, par les contacts réguliers qu’ils entretiennent avec les villes.

D’autre part, des protestants s’installent en Basse-Bretagne à partir du début du 19è siècle, à l’initiative de missionnaires gallois. Ils s’implantent dans la diagonale contestataire, sans doute parce que l’Église catholique y est déjà affaiblie. En butte à l’hostilité générale, ils doivent lutter, non seulement contre le clergé catholique mais contre toutes les autorités. Par la suite, certains intellectuels ou certains convertis n’hésitent pas à établir une continuité entre protestantisme et communisme.

La puissance électorale du PC est encore plus grande dans certains secteurs dénommés « petites Russies ». À Plufur, Saint-Nidodème, Coatascorn, son influence est considérable, et ces communes acquièrent ainsi une solide réputation. Trémel, Lanvellec, Plounévez, Louargat, Saint-Laurent, Coadout, Kergrist, Saint-Nicolas-du-Pélem, Berrien, Scrignac, Huelgoat, Motreff, Spézet, Landeleau et Leuhan marient communisme rural et municipal, rayonnent d’un rouge vif, déteignent sur les communes voisines, inscrivant l’emprise communiste dans l’espace et la durée. Les réalisations des élus et l’activisme des militants servent d’exemple et alimentent le discours dominant.

De la Libération à nos jours, le parti communiste, qui se présente explicitement comme l’héritier des Bonnets rouges, revendique la lutte en faveur des déshérités. En prônant une lutte de classes entre « petits » et « gros » agriculteurs, il se pose en défenseur du petit et moyen exploitant. (Extrait voir lien)

Ronan Le Coadic

https://journals.openedition.org

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07 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

nokia lannion (cccp anc rp)

cocos

Caricature: Marcel Cachin, le « cocos » sont des haricots…

Nokia Lannion. La position des communistes du Tregor:

NOKIA : IL FAUT EN FINIR AVEC LA DICTATURE DES ACTIONNAIRES

Depuis que le géant finlandais des télécoms Nokia a racheté le français Alcatel en 2016, les licenciements et délocalisations s’enchaînent : 400 suppressions de postes en 2016, 450 en 2017, 408 en 2018 et 1 233 cette année – dont 402 à Lannion.

Cette fusion qui en fait était une absorption ne pouvait conduire à terme qu’à la liquidation des sites français.

Pour la multinationale, comme pour toutes les entreprises capitalistes ce qui compte c’est le profit et la croissance du montant des dividendes versés aux actionnaires. Toutes les déclara-tions justifiant de telles décisions et les promesses faites à l’Etat et aux salariés ne visent qu’à endormir les travailleurs avec la complicité de certains syndicats (CFDT en tête).

Nous dénonçons cette situation inacceptable. Bien sûr les travailleurs dans l’unité doivent se battre pour que soit annuler ce nouveau plan social que les patrons finlandais (comme leurs collègues français) osent baptiser « Plan de Sauvegarde de l’Emploi » selon le vocabulaire utilisé depuis 40 ans.

Les politiciens qui font semblant de soutenir les salariés, de Le Bihan à Lejeune en passant par le culbuto Botherel et autres LR ont, non seulement accepté les politiques qui ont conduit à la liquidation de notre industrie nationale au nom de la mondialisation et de la libre concurrence, mais restent de chauds partisans de ce modèle dépassé d’économie.

La seule solution qui permettrait de pérenniser l’entreprise est la nationalisation avec un pouvoir décisionnel des salariés de tout le secteur des télécommunications : équipementiers comme opérateurs.

Le développement de la recherche, la réindustrialisation, la relocalisation, l’amélioration des conditions de travail et l’augmentation des salaires sont incompatibles avec l’accaparement des richesses créées par les seuls salariés, par les actionnaires et les dirigeants à leur service.

Si nous voulons que « le monde d’après » ne soit pas « le monde d’avant en pire », la question du socialisme doit être à l’ordre du jour ainsi que la reconstruction d’un parti révolutionnaire représentant le monde du travail et l’intérêt national.

26 juin 2020

Association Nationale des Communistes (ANC-Lannion)

Cercle des Citoyens Communistes et Patriotes (CCCP-Trégor)

nokia lannion (cccp anc rp) dans Histoire 170px-1959_CPA_2308

Lire aussi:

Nokia : mobilisation massive à Lannion, une nouvelle manifestation le 8 juillet à Paris

Commentaire:

A l’occasion de cette lutte ouvrière dans le Trégor revenons sur Marcel Cachin:

Mouvement breton

Natif de Bretagne, Marcel Cachin a joué un rôle dans le mouvement breton. Se liant d’amitié avec Yann Sohier, fondateur de l’organisation progressiste et laïque « Ar Falz », il crée avec d’autres militants communistes l’association des « Bretons émancipés de la région parisienne » au début des années 1930, et anime son journal officiel War Sao à partir de 1937. Cette asso-ciation se démarque du reste du mouvement breton en soutenant l’émancipation des travailleurs bretons de « toute forme d’oppression, celle du capitalisme et celle de l’Église ». Les « Bretons émancipés » participent à la lutte contre le fascisme, notamment en soutenant les républicains espagnols. En septembre 1938, pendant la conférence de Munich, ils dénoncent dans War Sao les dérives du courant nationaliste de l’Emsav qui voit dans l’Allemagne nazie la « protectrice des minorités en Europe ». Cela l’exposera aux critiques acerbes de la partie du mouvement breton qui lorgne vers le fascisme, tel Henri Caouissin qui déclare que les « Bretons émanci-pés » sont « sinon nuisibles, du moins inutiles à l’action bretonne ».

Après la Seconde Guerre mondiale, Marcel Cachin conserve ses positions et son discours revendicatif breton, même quand le Parti communiste s’éloigne de plus en plus de ses préoccu-pations régionalistes. Cachin dépose ainsi en 1947 une proposition de loi en faveur de la langue bretonne. Cette proposition, vidée de sa substance par ses collègues parlementaires, aboutit en 1951 à la loi Deixonne, qui autorise l’enseignement du breton à l’école.

Le 24 novembre 1951, Cachin participe à la refondation des « Bretons émancipés », qui deviennent l’« Union des sociétés bretonnes d’Île-de-France » (USBIF). Cette association au nom plus neutre se dote en 1958 d’un nouveau journal : Le pays breton. L’association est prési-dée par François Tanguy-Prigent, socialiste morlaisien et ancien ministre du général de Gaulle, puis par Marcel Hamon, député communiste des Côtes-du-Nord et Jean Le Lagadec, ancien journaliste à l’Humanité, journal dont Cachin fut longtemps directeur.

https://fr.wikipedia.org/

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06 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

propriété privée (cnrs)

terres

« La propriété privée n’a absolument rien de naturel »

Vous êtes spécialiste d’histoire environnementale. Pourquoi vous êtes-vous intéressé à la « propriété » ?

Fabien Locher1 C’est l’une des institutions les plus puissantes et les plus opaques de la modernité. Elle s’impose à tous et même en partie aux États, qui l’organisent mais ne peuvent y déroger que dans des circonstances limitées et codifiées. La propriété privée peut d’ailleurs être vue comme une forme de protection contre les dérives tyranniques ou autoritaires – c’est notam-ment une idée très implantée aux États-Unis. Mais cette même propriété privée est souvent présentée comme une évidence, comme quelque chose de naturel.

Et pourtant… elle n’a absolument rien de naturel ! C’est une forme d’appropriation qui a une histoire, qui n’est pas de toute éternité et qui est dépendante de nos codes sociaux, de nos valeurs et de nos usages. C’est vrai, plus généralement, des différentes formes de propriété : propriété publique, propriété commune, droits collectifs… le monde de la propriété est vaste et complexe.

Alors comment en sonder les mécanismes, les logiques profondes, les dimensions matérielles et écologiques ? Notamment avec cette idée du crash-test qui consiste à analyser ce qui se passe quand la propriété « percute » la survenue d’une catastrophe, idée que nous avons cherché à développer dans un volume collectif codirigé avec mon collègue Marc Elie, Crash Testing Property2.

Quelle interrogation a guidé ces recherches ?

F. L. Nous nous sommes d’abord demandé ce que devenait la propriété quand survenait une catastrophe, un séisme ou un grave accident industriel par exemple. Comment la répartition des biens, voire la forme même des institutions de la propriété, sont-elles modifiées ? Qui tire parti de ces situations, des « états d’exception » créés par les catastrophes ? Nous voulions aussi savoir si de tels désastres étaient susceptibles de mettre en exergue des caractéristiques méconnues ou cachées des formes de propriété et de leurs interactions avec les environne-ments…

Ce questionnement a fait l’objet d’un colloque fin 2015, dont les interventions ont été publiées dans la revue Global Environment deux ans plus tard. Chaque article aborde un cas spécifique éclairant la problématique d’ensemble : par exemple les effets des inondations dans le delta du Bengale sur l’appropriation des terres par le colonisateur britannique, ou les effets du tsunami de 2004 en Indonésie. Il s’agissait aussi de considérer des catastrophes de type industriel, comme avec les effondrements géants causés par des mines dans la Belgique des années 1930.
Pour traiter tous ces sujets, il faut bien sûr mobiliser des spécialistes de plusieurs disciplines et périodes historiques : il faut une recherche collective. C’est aussi ce que j’avais voulu faire avec le projet Governpro, qui portait de manière plus générale sur l’histoire des interactions environnement-propriété aux 19è et 20è siècles, et qui mobilisait des collègues de différents pays et spécialités.

La crise sanitaire liée au Covid-19 pourrait-elle être une nouvelle illustration pour ce type de travaux ?

F. L.  Par exemple, les grandes épidémies ont-elles suscité des comportements opportunistes, comme les historiens l’ont démontré pour le célèbre tremblement de terre de Lisbonne de 1755, où l’on a vu certains se construire des patrimoines sur les ruines de la ville ? Les apports de l’histoire médiévale seraient aussi passionnants pour évaluer les effets, sur les dynamiques d’appropriation, d’épidémies de masse qui ont tué des proportions énormes de population.

Historiquement, quelles ont pu être les conséquences des épidémies sur la propriété ?

F. L. Si j’en reviens aux travaux que nous avons rassemblés, je pense notamment à la question de l’héritage, que notre collègue australien Daniel Fitzpatrick a étudiée à propos du tsunami de 2004 : là, comme dans le cas d’autres catastrophes très meurtrières, le grand nombre de morts fait que beaucoup de propriétés se retrouvent littéralement en déshérence – les propriétaires comme les héritiers potentiels ayant disparu en grand nombre, parfois sans certitude sur leur décès.  (Après le tsunami de 2004) en Indonésie, c’est à l’échelle locale et sans attendre un règlement venu d’en haut que s’est faite la redistribution des terres. Cela révèle que la propriété se joue à plusieurs niveaux, pas seulement dans les plans du cadastre ou les recueils de droit.

Certaines formes de la propriété permettent-elles de limiter ou d’augmenter l’exposition à des risques ?

F. L. Oui et c’est un point important. Contrairement à ce qu’on dit parfois, et comme la propriété, les catastrophes sont tout sauf « naturelles ». Pour faire simple, elles naissent de la rencontre d’un aléa (par exemple, la terre tremble) et d’une vulnérabilité qui, elle, est profondément sociale et historique.

Or les formes de la propriété peuvent accroître ou diminuer cette vulnérabilité. On peut prendre l’exemple des assurances, qui sont une dimension importante de l’acte de posséder. On sait qu’aux États-Unis, la politique fédérale visant à développer un programme national d’assurance contre les inondations a eu pour effet d’accroître la vulnérabilité dans les zones côtières. En rendant possible d’assurer des biens pourtant très exposés, elle a eu tendance à encourager l’aménagement d’espaces qui n’auraient pas dû l’être… ce qui a généré de la vulnérabilité et des sinistres. À l’inverse, d’autres dispositifs liés à la propriété peuvent permettre de réduire la vulnérabilité des populations et des territoires aux catastrophes.

Par exemple ?

F. L. Pour changer complètement de lieu et d’époque, je pense au cas étudié par l’historien du Japon, Philip C. Brown, dans Crash Testing Property. Il analyse le « warichi », un système d’attribution des terres au sein de communautés rurales japonaises. Ce système, qui a existé du 17è au 20è siècle, consiste à classer les parcelles en fonction de qualités comme leur degré d’exposition aux risques – inondations, glissements de terrain… – ou le fait qu’elles soient plus ou moins fertiles.

Dans un deuxième temps, ces terres sont regroupées par lots qui sont ensuite redistribués par tirage au sort. C’est un peu le même principe que le « voile d’ignorance » du philosophe John Rawls : comme personne ne sait ce qu’il recevra, tout le monde s’efforce de composer des lots aussi identiques ou équilibrés que possible.

L’idée est de répartir le risque au sein de toute la communauté, pour éviter que certains se retrouvent beaucoup plus exposés aux catastrophes que d’autres. Ces communautés ne le font pas par égalitarisme ou sens de la justice, mais pour maintenir une cohésion de groupe qui leur permet, par exemple, de rester solvable pour les impôts à payer.
 
Des approches similaires ont-elles existé en France ?

F. L.  Nous nous sommes notamment plongés dans les débats de l’Assemblée nationale. Ils parlent énormément des forêts, qui sont un enjeu majeur à cette époque comme source d’énergie, de matériau de construction, d’espace pour les animaux… Or les députés disent que les propriétaires de forêts ne peuvent pas en faire ce qu’ils veulent, car ce ne sont pas des biens comme les autres : les terrains boisés assurent la régulation climatique et hydrologique de régions entières, ils sont donc en interdépendance avec d’autres propriétés et ont des fonctions collectives.

Seul l’État, disent les défenseurs des régulations, peut être le garant des équilibres : c’est pourquoi il a le droit – et même le devoir – de mettre des limites aux prérogatives de la propriété privée. Parce qu’à cette époque, on pense que déboiser signifie dégrader le climat, et potentiel-lement à grande échelle, les forêts cristallisent des luttes qui lient étroitement propriété et protec-tion des ressources et des environnements. Les « communs » forestiers, eux, sont accusés à la Révolution d’entraîner la destruction des bois et donc l’érosion des sols et le déclin climatique.

Les débats sur le risque climatique commencent-ils au XIXè siècle ?

F. L. Non pas du tout. Avec Jean-Baptiste, nous montrons dans notre livre que les espoirs et les angoisses liés à l’idée d’un agir humain sur le climat émergent dès le 15è siècle, dans le sillage de l’exploration et de la conquête de l’Amérique. Mais le changement climatique incriminé n’est pas le changement actuel causé par le CO2 : ce sont les effets de la destruction des forêts sur les cycles de l’eau et les températures qui sont redoutés.

En revanche, cela a eu des effets profonds sur la production des savoirs sur le climat, dont nous héritons. Dès le 18è siècle, la climatologie historique naît ainsi sous la plume de savants qui enquêtent sur les climats du passé en faisant la statistique des crues ou en recherchant des observations anciennes.

On se demande dans quelle mesure l’humanité a une part de responsabilité dans la multipli-cation de saisons désastreuses et comment contrer la dégradation redoutée des climats. Comme nous le montrerons dans le livre, ces conceptions se réverbèrent aussi dans les empires où elles servent à justifier la colonisation.

Retrouve-t-on d’autres aspects de débats contemporains en étudiant le rapport entre propriété et dégradation de la nature ?

F. L. Oui tout à fait : par exemple, justement, dans le champ de l’histoire coloniale. L’un des grands arguments des colonisateurs des 19è et 20è siècles est que les autochtones ne savent pas gérer leurs environnements, leurs ressources. Selon eux, l’« homme blanc » aurait alors toute légitimité à s’en emparer – par exemple en s’appropriant les communs des communautés – pour protéger la nature, les sols, la faune et la flore.

Ce discours et les pratiques concrètes qui l’accompagnent ont notamment été analysés par l’historien et anthropologue Roderick P. Neumann, spécialiste de l’Afrique de l’Est, qui parle à leur propos d’« enclosures de la conservation ».

Aujourd’hui encore, on retrouve des réminiscences postcoloniales de ces discours dans une certaine façon de pointer du doigt des populations locales accusées de mal gérer les ressour-ces, voire de contribuer à la crise climatique. Les débats contemporains sur l’environnement et sa dégradation par l’humain ne datent donc pas que de quelques décennies : ils s’inscrivent en fait dans le temps long de l’histoire. ♦ (Résumé)

La notion de propriété privée telle que nous la connaissons n’est pas universelle et ses modalités ont été régulièrement remises en question. L’historien Fabien Locher analyse comment crises et catastrophes ont pu percuter les régimes d’appropriation.

06.07.2020 Fabien Trécourt

https://lejournal.cnrs.fr

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La tragédie des communs était un mythe

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28 juin 2020 ~ 0 Commentaire

péril rouge (the conversation)

rouge

Le « péril rouge », un discours politique de droite à la finalité bien particulière

Ces dernières semaines, les élections municipales ont entraîné un changement de ton dans les discours de certains candidats Les Républicains (LR).

À Marseille, Martine Vassal appelle à l’union face au « péril rouge » que constituent la gauche et les « extrêmes » de la liste d’union de gauche, le Printemps Marseillais, menée par Michèle Rubirola. Le 18 juin à Lille, c’est le chef de la liste divers droite (DVD) Thierry Pauchet qui se rallie à un vote « de raison » en soutenant désormais la maire sortante Martine Aubry (Parti socialiste) contre les « fous furieux » de la liste écologiste.

L’idée sous-jacente dans ces prises de parole reste la même : discréditer les candidats de gauche et d’extrême gauche en les diabolisant. Ce processus de diabolisation visant à jouer sur le « péril rouge » est désormais centenaire puisqu’il est employé en France (comme dans le reste du monde) depuis la prise de pouvoir des bolchéviques en Russie en 1917.

Après la révolution d’octobre 1917, un anticommunisme acharné

La Russie connaît deux révolutions en 1917 : une première en février, qui fait tomber le tsarisme et instaure une démocratie représentative républicaine ; la seconde en octobre, où les bolché-viques s’emparent du pouvoir par un coup d’État. La mise en place d’une dictature d’un genre nouveau où la bourgeoisie et le capitalisme sont voués aux gémonies inquiète particulièrement les États européens et américains.

La situation catastrophique en Europe suite à la Première Guerre mondiale influence grandement les réactions. En Allemagne, la guerre civile oppose les communistes à leurs opposants dans des affrontements sanglants (notamment en 1918-1919). Aux États-Unis, la révolution russe provoque une première « red scare » (peur des rouges) entre 1917 et 1920 où attentats et arrestations arbitraires sont réguliers.

La France ne connaît pas de situation aussi extrême. Certes, l’anticommunisme est très répandu dans le pays et touche toutes les tendances politiques (du socialisme à l’extrême droite en passant par le radicalisme).

Particulièrement inquiet, le patronat met à la disposition des candidats de droite des fonds très importants pour faire « face au péril rouge », cette peur de voir des communistes « assoiffés de sang » prendre le pouvoir et créer une dictature où les opposants politiques seraient torturés et exécutés ou envoyés dans des camps de travaux forcés. Une peur motivée par les échos terrifiants (et les rumeurs) provenant de l’URSS qui serait impitoyable envers ses adversaires.

C’est pourquoi ils n’hésitent pas à pratiquer la corruption des notables pour augmenter les chances de succès de leurs protégés. Le « cartel des gauches » de 1924 et plus encore le Front populaire suscitent la peur dans les rangs de droite, d’extrême droite ainsi que du patronat. À chaque fois, mais plus encore avec le Front Populaire, l’opposition est convaincue (ou feint de croire) que l’URSS manipule le gouvernement, confirmant leur crainte d’un « péril rouge » imminent.

Traques contre les communistes

Après la parenthèse vichyste durant la Seconde Guerre mondiale, la France de la Libération reconnaît les sacrifices consentis par les militants du Parti Communiste Français (PCF) qui combattirent dans les rangs des Francs-tireurs et partisans. Le PCF devient le principal parti politique et domine temporairement l’Assemblée constituante. Cependant, l’idylle est de courte durée : de plus en plus critiqué et craint, le PCF décide de rejoindre l’opposition en mai 1947.

L’anticommunisme revient de plus bel, trouvant dans le Rassemblement du peuple français (RPF, parti gaulliste fondé et dirigé par Charles de Gaulle en personne) et le mouvement « Paix et Liberté » (créé par le radical Jean‑Paul David et soutenu par l’État), ses plus ardents adversaires. L’État traque les personnes soupçonnées d’être communistes ou proches du communisme, par exemple dans l’armée. Les affrontements entre militants communistes et anticommunistes sont fréquents, notamment entre gaullistes et communistes.

Les enjeux étant importants, les élections législatives de 1951 connaissent de fortes tensions et excès de violence militante. Les grands gagnants sont le RPF (121 députés) et le PCF (103 députés). Ce succès ne permet à aucun d’eux de prendre l’ascendant : marginalisés, diabolisés (les uns étant qualifiés de fascistes, les autres de stalinistes), ils sont voués à rester dans l’opposition et à mener un combat sur trois fronts (partisans de la République, communistes, gaullistes). L’effondrement du RPF en 1952-1953 et la baisse des tensions internationales provoquent un recul de l’anticommunisme (sans y mettre un terme).

1968, renouveau du discours anticommuniste

La « peur des rouges » recule progressivement entre le milieu des années 1950 (où le PCF réalise son meilleur score aux élections législatives de 1956) et la fin des années 1960. Cela s’explique en grande partie par la mort de Staline en 1953 et la fin de la guerre de Corée, qui ont permis le début de la Détente entre les deux blocs.

La guerre d’Algérie et le terrorisme d’extrême droite (OAS) ont également contribué à cet apaisement relatif. Celui-ci semble déjà disparaître lors des élections législatives de 1967 où un début de renouveau de la violence militante anticommuniste s’entame. Toutefois, ce sont les événements de mai-juin 1968 qui changent réellement la donne.

Le doute dans lequel fut plongé le pouvoir et l’impression de sa vacance ont provoqué l’effroi dans les rangs de la droite et l’extrême droite, à commencer par les gaullistes. Le sursaut du 30 mai 1968 (discours du président suivi par une immense manifestation sur les Champs-Élysées) permet une reprise en main progressive du pays par le général de Gaulle. Le ton employé par la majorité en place (gaullistes et républicains indépendants) est volontairement dramatique.

Les candidats gaullistes comme les membres du gouvernement évoquent un complot international communiste (la « subversion marxiste ») dont les coupables seraient tantôt la Chine, l’URSS ou Cuba, les trois à la fois ou encore un ensemble de petits complots réalisés plus ou moins en même temps par plusieurs pays, tels la Chine et la RDA, la CIA et le Mossad, ou encore la « Tricontinentale rouge » – cette improbable coalition entre l’URSS, la Chine et Cuba pour financer, armer et former toutes les entreprises révolutionnaires du globe si chère à Raymond Marcellin (ministre de l’intérieur).

La peur de l’anarchie et d’une dictature communiste se répand et offre à la majorité sortante une « vague bleue » sans précédent (par l’abstention blog). C’est ce que l’opposition surnomme les « élections de la peur ». Les années qui suivent voient la prolifération de ce discours, amplement soutenu par les élus et ministres de droite, et largement amplifié par les organisations du « gaullisme d’ordre » (SAC, CDR, CFT, UNI) ainsi que des organisations d’extrême droite.

Nouvel apogée et déclin de l’antimarxisme dans les années 1970

Globalement, l’anticommunisme socialiste et radical de gauche tend à s’atténuer (sans disparaître complètement), ce qui permet la création du « programme commun » en 1972 – une alliance politique entre radicaux de gauche, socialistes et communistes. Programme qui permet à la droite et l’extrême droite de dénoncer le « péril rouge » à l’œuvre, à une époque où les violences d’extrême gauche disparaissent peu à peu.

En effet, alors que la période 1968-1973 offre à la majorité et l’extrême droite l’opportunité de dénoncer les « sévices » des organisations libertaires, trotskistes et (surtout) maoïstes, le recul qui s’enclenche à ce moment-là (et s’accélère sous la présidence giscardienne) permet de diaboliser la gauche à travers l’idée – erronée – d’une future dictature soviétique en France en cas de succès « des socialo-communistes ».

La rupture du programme commun en 1977 rend ce discours obsolète, les socialistes et les communistes faisant désormais cavalier seul. Finalement, les élections présidentielles de 1981 voient le socialiste François Mitterrand l’emporter et prendre des ministres communistes dans son gouvernement. Elles marquent alors la fin de cette conviction (de plus en plus marginale) d’une dictature communiste en France où les chars soviétiques défileraient sur les Champs-Élysées.

La dénonciation d’un « péril rouge » est donc très ancienne et portée par tous les mouvements politiques anticommunistes. Idée vague, elle voulait à la fois convaincre la population d’un danger de dictature totalitaire imminente, le rôle d’agents intérieurs de puissances étrangères communistes porté par les différents militants se revendiquant du marxisme, la fourberie de politiciens communistes prêts à tromper leurs prochains et leurs alliés (forcément temporaires) pour obtenir le pouvoir.

La présidence de François Mitterrand voit se mobiliser de nouveaux discours justifiant l’oppo-sition à la gauche. Cela ne met pas pour autant un terme définitif au discours anticommuniste. Bien que marginalisés, des militants de droite et d’extrême droite maintiennent ce discours, comme les Comités d’actions républicaines (CAR) de Bruno Mégret, le Mouvement initiative et liberté (MIL) de Jacques Rougeot ou encore le Front National (FN) de Jean‑Marie Lepen.

À l’occasion de grandes élections, la diabolisation de la gauche dite radicale ressurgit dans des discours politiques. Ce fut par exemple le cas lors des élections présidentielles de 2017 où Jean‑Luc Mélenchon fut de plus en plus attaqué au fil de sa progression dans les sondages.

Il devint peu à peu, pour une partie des médias et des politiciens, un homme « dangereux », peut-être même un Lénine en puissance, voire un « péril » pour la nation. Certains, à l’instar de François Hardy, ne manquèrent pas de le qualifier de « fou furieux », ce qui n’est pas sans rappeler les mots de Thierry Pauchet lors de ce scrutin municipal…

24 juin 2020 Bryan Muller Doctorant contractuel chargé d’enseignement en Histoire contemporaine, Université de Lorraine

https://theconversation.com/

Commentaire:

Il faudrait un livre pour répondre! Qui a peur de qui? Disons que la dictature stalinienne c’est nous (les trotskistes et les anars) qui l’avons dénoncée dès le début, dans le désert, la droite ne voyant aucun inconvénient à voir éliminer des rouges en Russie. Pas plus de problème avec la chasse aux gauchistes du PCF post-1968!  D’autre part, nous doutions du péril rouge avec les milliers de chars rouillés, tant l’armée rouge était inférieure à l’Otan!  Pour nous, le vrai péril vient de la classe ouvrière quand elle se révolte et que les organisations traditionnelles sont en mesure ou pas de freiner. Le PCF n’arrive pas à arrêter la grève de Renault en 1947? Viré!

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24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

musulmans russes (global voices)

bakou 1920

Congrès des peuples d’Orient Bakou 1920

Revisiter la vision traditionnelle des musulman·e·s russes

Les musulman·e·s constituent 10 % de la population russe, faisant de l’islam la deuxième religion du pays derrière l’Église orthodoxe russe.

Elles et ils font partie de l’histoire russe depuis des siècles, et vivent sur l’ensemble du territoire, de la Sibérie au Caucase du Nord, et dans les grandes villes telles que Moscou ou Saint-Pétersbourg.

Le plus grand groupe ethnique musulman est celui des Tatars, qui constituent aussi la première minorité ethnique du pays, forte d’une population de plus 5 millions [en]. Les Tatars ont leur propre langue turcique et leur propre république à l’intérieur de la fédération de Russie, le Tatarstan.

Les Tatars ont joué un rôle spécifique dans l’expansion coloniale de la Russie tsariste en servant d’intermédiaires entre les groupes ethniques russes et les nations colonisées de Sibérie et d’Asie Centrale, qui partageaient souvent de grandes similitudes religieuses et linguistiques avec eux. Ils ont été les missionnaires, traducteur·rice·s, puis réformistes de l’islam à la fin du 19è et au début du 20è siècle.

Ils sont souvent décrits comme appartenant au courant des Jadides [en] – intellectuels, écrivains, penseurs qui ont proposé un nouveau courant islamique moderne inspiré par les réformes politiques et sociales vues dans l’Empire Ottoman et en Europe occidentale.

Cependant, ce récit montrant des hommes musulmans seuls guides de la modernisation, qui a dominé dans le milieu universitaire jusqu’à très récemment, est de plus en plus contesté par les chercheur·e·s.

Filip Noubel : Le récit dominant dans le milieu universitaire, à la fois post-soviétique et occidental, est que la modernité dans les communautés musulmanes de l’Empire tsariste a seulement été possible avec l’arrivée des Jadides — des hommes réformateurs de l’islam et de la société. Dans votre dernier livre, vous remettez en question ce récit. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Danielle Ross (DR) : L’un des principaux objectifs de ce livre est de mettre à jour l’étude de l’islam et de la réforme islamique dans la région russe de la Volga-Oural [ancien centre historique du district de la Volga, ndlt] grâce aux nouvelles tendances de la recherche historique dans d’autres parties du monde.

 

Cela signifie se séparer d’un modèle de modernité considéré comme importé ou introduit par une certaine société dans une autre, et, à la place, visualiser les années 1600 à 1910 comme une période pendant laquelle un ensemble de changements – mondialisation du commerce et des politiques, centralisation du pouvoir gouvernemen-tal, hausse du taux d’alphabétisation, démocratisation de la religion – a eu lieu dans les sociétés à travers le monde.

 

La région Volga-Oural, reliée au monde entier à travers le règne de la Russie impériale, l’islam, et les échanges commerciaux européens et asiatiques, s’est tout autant formée via ces courants que la Grande-Bretagne ou la France ont pu l’être, à ceci près que cette région a été un espace colonisé plutôt qu’un centre impérial.

 

Si l’on se positionne dans cette perspective, les Jadides ne peuvent plus être vus comme ceux qui ont importé la modernité. Le Jadidisme apparaît plutôt comme l’une des nombreuses réponses locales à un colonialisme fort, à une production de masse intégrée verticalement, et à un renouveau de la religion à travers le monde des années 1880 aux années 1910.

 

Les Jadides entretenaient un dialogue avec leurs contemporains en dehors de leurs communautés ethniques, mais devaient aussi beaucoup aux générations passées de leur propre peuple, qui avaient répondu à des changements à l’échelle mondiale à leur époque. Dans mon livre, je voulais amener l’idée d’une région Volga-Oural comme un lieu continuellement dynamique, plutôt que comme un territoire et une culture figés en 1552 qui se seraient soudainement réveillés dans les années 1860.

Vous mettez aussi en avant dans votre recherche le fait que l’édification de l’Empire tsariste, et plus tard de l’Empire soviétique, n’étaient pas le monopole des groupes ethniques russes – d’autres groupes tels que les Tatars, les Allemands, les Juifs, les Géorgiens, etc. y ont joué un rôle. Pourquoi cet aspect n’est-il guère mentionné dans l’histoire coloniale de ces deux empires ?

DR : L’étude universitaire de l’Histoire telle que nous la connaissons aujourd’hui est arrivée dans le contexte d’un 19è siècle nationaliste et colonialiste. Avec une telle base, écrire l’Histoire servait deux buts : exprimer clairement un passé cohérent et unificateur pour l’État-nation moderne, et justifier la domination politique de certaines personnes sur d’autres.

 

Les historien·ne·s ont travaillé depuis les années 1960 pour déconstruire ces récits nationaux et coloniaux, mais, dans le cas de la Russie, un tel travail est difficile pour plusieurs raisons.

 

Premièrement, il y a la question d’assembler un récit cohérent. Raconter le passé de la Russie comme une histoire de grands princes, de tsars et de leaders du Parti Commu-niste est très ciblé et linéaire. Mais comment peut-on conter l’histoire cohérente, attrac-tive, de centaines de groupes ethno-confessionnels dispersés sur des milliers de kilomètres carrés ? Où est le cœur du récit ?

 

Deuxièmement, l’approche intellectuelle de la Russie et de l’Union soviétique envers les non-russes, non-orthodoxes, a été de positionner ces peuples dans des territoires déterminés (nationalités, républiques unitaires, etc.), et de confiner toute discussion de leurs cultures et de leurs passés en ces lieux.

 

Les ethnographes, expert·e·s régionaux et historien·ne·s de républiques unies et autonomes pouvaient choisir d’écrire sur des groupes d’ethnie et confession spécifi-ques, mais seul un nombre restreint de ces écrits ont été inclus dans l’histoire générale de la Russie et de l’URSS. La même structure d’espaces nationaux et de différen-ciation, utilisée sous l’Empire soviétique, a été répliquée et renforcée dans l’éducation occidentale durant la Guerre Froide.

 

Dans les années 1990, les historien·ne·s ont commencé à poursuivre une recherche qui démantèle et dépasse les différenciations nationales et régionales autour des-quelles les études historiques sur la période de la Guerre Froide ont été structurées, mais cette transformation est encore en cours, et n’est toujours pas bien représentée dans les manuels scolaires et autres ouvrages généralistes auxquels peuvent s’intéresser les non-spécialistes et étudiant·e·s abordant le domaine de l’histoire russe.

 

De fait, l’intégration de sources et récits non-russes dans l’histoire russe dominante, et la décentralisation ou régionalisation de cette histoire d’un point de vue ethnique, continuent d’être un procédé lent.

Quel est le discours actuel de Moscou sur le rôle et la présence des musulman·e·s en Russie, que ces personnes soient originaires de ce territoire ou immigrées ?

DR : Depuis que Poutine est arrivé au pouvoir, Moscou s’est de plus en plus tourné vers le nationalisme ethnique russe comme idéologie unificatrice. Au Tatarstan, où cohabitent plusieurs groupes ethniques, les récentes stratégies de consolidation et de rationalisation des institutions culturelles et éducatives ont eu pour conséquence la réduction des subventions qui soutiennent les langues et cultures non-russes.

La rhétorique de Moscou et la politique envers les migrants ouzbeks, tadjiks, kirghizes et azéris montrent que :

(1)  Ces musulman·e·s n’ont pas leur place en Russie malgré leur rôle indispensable dans l’économie du pays ; et

(2) Les cultures des musulman·e·s d’Asie Centrale et du Caucase sont étrangères et incompa-tibles avec la culture russe prédominante malgré l’expérience commune de soixante-dix ans de régime soviétique.

Vu la position actuelle de Moscou sur les personnes musulmanes originaires de Russie et migrantes ainsi que leurs cultures, il semble assez clair que le pays n’est pas prêt, à l’heure actuelle, à reconnaître les contributions des non-slaves, non-orthodoxes dans l’histoire russe, ou à proposer une vision du futur qui reconnaîtrait les musulman·e·s comme des membres à part entière de la société russe.

Qui sont les vecteurs de la modernité aujourd’hui dans les communautés musulmanes en Russie ?

DR : Je ne sais si le terme « vecteurs de la modernité » est utile pour parler de l’islam en Russie aujourd’hui. Contrairement à la période 1880-1920, les principaux discours au sein de l’islam de nos jours ne portent pas sur les façons d’adapter la foi, la loi et la culture islamiques au monde moderne, mais plutôt sur qui prend la parole au nom des musulman·e·s, quel islam est le plus exact et légitime, quelles sont les langues les plus appropriées pour transmettre le savoir islamique, et quelle devrait être la position de l’islam en Russie actuellement et à l’avenir.

Les différents visages de l’islam en Russie sont les personnes d’origine musulmane ainsi que les Russes (ethniques) récemment converti·e·s, les salafistes ainsi que les partisan·e·s de divers courants classiques de l’islam et des traditions intellectuelles musulmanes locales et nationales ainsi que des tendances internationales et transnationales. Cette multiplicité de voix et d’opinions confère du dynamisme aux communautés musulmanes russes.

Global Voices a interviewé Danielle Ross, qui a enseigné à l’Université de Nazarbayev au Noursoultan (Kazakhstan), et est maintenant maîtresse de conférences à l’Universi-té d’État de l’Utah où elle enseigne l’histoire asiatique et islamique. Dans son dernier livre, L’Empire Tatar : les musulmans de Kazan et la fondation de la Russie impériale [Tatar Empire: Kazan's Muslims and the Making of Imperial Russia, en, non traduit en français, ndlt], elle remet ouvertement en question [en] ce mythe et propose une autre vision de la situation. Ce qui précède est une version abrégée de cet entretien.

https://fr.globalvoices.org/

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24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

tunisie (france 24)

Tunisie: troisième jour de manifestation à Tataouine pour réclamer la libération d’un militant

Des centaines de Tunisiens ont manifesté, mardi 23 juin, à Tataouine dans le sud du pays, pour appeler à la libération d’une figure du mouvement de contestation qui réclame les milliers d’emplois promis par le gouvernement en 2017.

Pour le troisième jour consécutif, des centaines de Tunisiens se sont rassemblés, mardi 23 juin, à Tataouine pour manifester en faveur de la libération de Tarek Haddad, une figure du mouvement de contestation qui réclame des emplois promis par le gouvernement dans cette région marginalisée du sud du pays.

Massés dans le calme devant le tribunal de la ville où la police était déployée en nombre, ils ont exigé la libération du militant arrêté samedi.

Selon son avocat, Abdelaziz Ayeb, Tarek Haddad est poursuivi pour « outrage à un fonctionnaire public », « participation à un attroupement de nature à troubler la paix publique », « outrage via les réseaux sociaux », et « entrave à la circulation de la route par la force ».

Il doit comparaître le 2 juillet, a déclaré à l’AFP Me Ayeb, qui a déposé une demande de libération.

Les deux jours précédents, les forces de l’ordre ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui leur jetaient pierres. L’armée a été déployée depuis lundi pour protéger certains bâtiments de la ville située à 500 kilomètres au sud de Tunis.

« Tataouine, ne baisse pas les bras »

Le président tunisien Kaïs Saïed avait reçu en janvier des militants de Tataouine, où le taux de chômage atteint 30 %, le double de la moyenne nationale. Mardi il a estimé que « l’approche sécuritaire n’est pas une solution. Cela peut déclencher d’autres manifestations et points chauds ».

Le président a été pris à partie à Paris, où il est en visite, par des partisans des protestataires tunisiens, scandant « Tataouine, ne baisse pas les bras ». Il leur a proposé de recevoir des représentants des manifestants au palais présidentiel à son retour, selon un témoin.

Les promesses faites par le gouvernement en 2017, après des semaines de blocage d’un site pétrolier voisin, portaient sur des embauches dans des sociétés d’entretien des jardins et espa-ces verts. Ce type de sociétés publiques a servi à embaucher des chômeurs dans plusieurs régions marginalisées mais riches en matières premières. Néanmoins, à Tataouine les embauches ont été en deçà des promesses.

« Il n’y a pas de jardin à Tataouine », a souligné Kaïs Saïed dans son interview à France 24, appelant les chômeurs à  »présenter des projets de développement » à l’État. Un conseil ministériel spécial est prévu vendredi sur la situation à Tataouine, selon le gouvernement.

24/06/2020

https://www.france24.com/fr/

Lire aussi:

Tunisie : nouveaux heurts à Tataouine où les manifestants réclament des emplois (F24)

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24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

leopold 2 ( psl ga)

congo

Léopold 2 tombe de son piédestal

Faut-il déboulonner les statues de Léopold 2 ? Que retient-on du règne de Léopold 2 et doit-on lui rendre hommage? Comment Léopold II a géré l’État indépendant du Congo ? Comment l’État belge s’est-il comporté lorsqu’il était un État colonisateur ? Ces questions et tout un tas d’autres sont venues dans le débat public suite aux actions de solidarité contre le racisme et la violence policière.

L’enjeu politique de l’histoire

La discussion sur les statues de Léopold II a révélé qu’il y a un débat public sur l’histoire de la colonisation qui est loin d’être tranché en Belgique. Certains tentent de limiter le débat à la question de la sauvegarde et à la protection du patrimoine. D’autres veulent maintenir ces statues comme témoins de notre identité « belge ». D’autres encore veulent contextualiser ces statues pour qu’elles fassent œuvre d’éducation historique.

Alors que différentes associations appellent depuis des années à une réévaluation du discours d’État sur la colonisation, il a fallu un contexte mondial de mobilisations contre le racisme et la violence policière pour ouvrir ce débat.

Ce n’est pas un hasard, car la colonisation a toujours utilisé les clichés et préjugés racistes pour pouvoir se justifier. À cette occasion, il est apparu aux yeux de tous que la propagande coloniale est encore présente. Ceci n’est pas étonnant, la société dont on raconte l’histoire est traversé par des forces sociales antagonistes. L’étude de l’histoire éclaire le passé mais la manière dont celle-ci est racontée à beaucoup à voir avec le présent.

L’historien américain Howard Zinn mettait en avant que « tant que les lapins n’auront pas d’historiens, l’histoire sera raconté par les chasseurs ». C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la résurgence de la « propagande coloniale ».

Comme par le passé, elle vise à masquer sous les draps de l’honorable cause de la « mission civilisatrice » des meurtres de masses et sévices commis dans un but d’enrichissement personnel. Le prince Laurent a fait une sortie dans la presse pour nier les atrocités que Léopold 2 a commises.

L’écrivain Pierre Vidal Naquet parlait « d’assassins de la mémoire » pour qualifier les négationnistes. Des déclarations comme celle du Prince Laurent sont réalisées au mépris de la vérité historique établie scientifiquement. Ce genre de déclarations à peu à voir avec la recherche de la vérité et tout à voir avec la recherche de la défense de son intérêt personnel et de celui de sa classe sociale.

L’histoire vue par les chasseurs

La révolution de 1830 est le moment fondateur de l’État belge.

C’est pourtant un événement qui n’est pas largement connu dans son déroulement. Si à l’époque on avait demandé les causes et les objectifs de la révolution à Guillaume d’Orange Nassau, roi des Provinces-Unies ; au Major Vander Smissen de la garde bourgeoise ;à un ouvrier ou à un paysan du nouvel État, les réponses auraient été fort dissemblable.

Cela ne veut pas dire que la réalité se situe un peu au milieu de tout ça, ou alors que toute réalité est relative. Cela veut dire que les forces sociales à l’œuvre dans une révolution n’apparaissent pas à leur acteurs de manière consciente immédiatement.

Pour faire apparaître ces forces, il faut analyser en profondeur les développements historiques. La révolution belge de 1830 a été un soulèvement populaire qui a été récupéré par une classe sociale, la bourgeoisie.

Au lieu du suffrage universel, demandé par les masses révolutionnaires et vu comme le moyen d’aboutir à une amélioration de leurs conditions de vie, nous avons hérité du suffrage censitaire et d’une monarchie constitutionnelle.

C’est le résultat de l’affrontement des différentes forces sociales en Belgique d’une part mais aussi des rapports de forces internationaux d’autre part.

C’est ainsi que Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld est arrivé sur le trône de Belgique, sous le nom de Léopold Ier. Cela aurait pu être la Grèce, ce fut la Belgique. Karl Marx décrivait la Belgique en 1869 comme un « paradis pour les capitalistes ». Il mettait en avant la violence avec laquelle les luttes ouvrières étaient réprimées dans le sang au bénéfice des capitalistes. Certains traits liés à la fondation de la Belgique sont similaires à la manière dont Léopold II a pu acquérir une part du « gâteau africain ».

Léopold 2 et le partage du « gâteau africain »

À partir des années 1870, Léopold 2 est à la recherche d’une colonie. Dès le départ, il ne s’agissait pas de trouver un peuple à civiliser ou des esclaves à affranchir. Il s’agissait de répondre directement à la nécessité capitaliste.

Les forces productives étaient trop à l’étroit dans les frontières nationales. Elles avaient besoin de terre et de nouvelles forces de travail pour continuer la circulation de capital. C’est dans ce sens que Léopold tenta de racheter des zones aux grandes puissances impérialistes.

Il investit dans le chemin de fer en Chine, il tenta de racheter les Philippines à l’Empire espagnol, mais sur ce terrain la concurrence avec les grandes puissances était trop forte et personne ne voulait vendre. Il lui faudra se rabattre sur l’Afrique. Le seul continent qui n’avait pas été entièrement réparti par les puissances impérialistes.

La bourgeoisie belge est une bourgeoisie paresseuse et peu aventureuse. Lors de la révolution belge, elle avait tenté de maintenir le régime Orangiste pour ne pas perdre le marché des colonies néerlandaises.

C’est le risque de perdre le contrôle sur le processus révolutionnaire qui l’a amené à en prendre la tête et à revendiquer l’indépendance. Ces traits de caractères vont se retrouver lors de la guerre de conquête coloniale.

De 1874 à 1895, le roi Léopold 2 a investi toute la fortune que lui a légué son père pour établir une monarchie absolue dans l’État Indépendant du Congo (EIC), une dictature personnelle.

Lors de la conférence de Berlin de 1885, Léopold II a joué sur les antagonismes entre les grands puissances pour s’assurer le contrôle de l’ensemble du territoire que constituait l’EIC. À la conférence, il exhiba plus de 500 traités de cessions de terres signés avec les chefs locaux.

En fait, ceux qui refusaient de signer étaient détruits militairement et la plupart de ceux qui signaient ne comprenait pas que le fait d’apposer une croix sur ce document était un acte de cession de propriété.

Par ce biais, il s’est approprié un immense territoire, le domaine de la couronne. Alors qu’auparavant les villageois quittaient leurs terres une fois que celles-ci étaient épuisées, les terres dites « vacantes » appropriés par Léopold 2 ont créé une tension sur la question agraire qui était la base pour des luttes entre communautés.

Ce processus est une formidable démonstration que les riches accumulent des richesses en dépossédant les plus pauvres et, ce faisant, ils créent des problèmes sociaux et environnementaux.

Pour mettre en valeur son investissement, il a fallu construire le chemin de fer. Afin de limiter les dépenses en capital, c’est du travail humain forcé qui a été utilisé dans le cadre des corvées et des impôts en nature dus à l’État.

Les habitants étaient interdits de quitter leurs villages afin que les hommes de main de Léopold 2 aient toujours de la main d’œuvre disponible. Une véritable économie de rapine s’est mise en place. Il s’agit pas de hasard ou de méchanceté de la part de l’un ou l’autre administrateur du roi. C’est bien un système étudié pour être le plus rentable qui a occasionné des massacres de masses et une dépopulation de 1 à 5 millions de personnes selon les estimations des historiens.

Le Roi savait, tout le monde savait !

Ces atrocités ont soulevés une campagne internationale. La « propagande coloniale » parle de la ‘campagne anglaise’ car elle était portée par des personnalités comme l’anglais Edmund Moreel, Joseph Conrad ou l’écrivain américain Mark Twain.

C’est la preuve qu’à l’époque non seulement le Roi mais tous les politiciens et bourgeois savaient. Il y a eu aussi une commission d’enquête qui a recueilli des témoignages de locaux qui ont décrit les sévices réalisés par les troupes de Léopold 2.

Suite à cela, celui-ci a brûlé plusieurs archives, antidaté des documents afin qu’on ne puisse pas mettre au clair sa comptabilité et remonter jusqu’à lui. Dans une lettre du 3 juin 1906, Léopold 2 déclarait : « mes droits sur le Congo sont sans partages : ils sont le produit de mes peines et de mes dépenses ». Pour diverses raisons, l’État belge reprendra à son compte la gestion de la colonie en 1908.

À côté de cette campagne, il y a eu des campagnes menées par le mouvement ouvrier.

Emile Vandervelde, un libéral-radical passé au Parti ouvrier belge (POB) à sa fondation a écrit plusieurs ouvrages sur les crimes de la colonisation capitaliste. Une fois élu, il a fait plusieurs interpellations (1895-1900-1903-1905) au parlement suite aux luttes qui ont brisé le suffrage censitaire et ont amené le suffrage universel tempéré par le vote plural.

Malheureusement, l’orientation parlementariste de la direction du POB l’a amenée uniquement à orienter la critique sur le terrain parlementaire au lieu de la faire vivre dans la rue et parmi les masses dans le cadre de la revendication de la grève générale pour le suffrage universel.

Imaginons la force qui se serait dégagée du mouvement si la direction du POB avait appelé la classe ouvrière belge, qui combattait pour ses droits démocratiques économiques et sociaux, à se solidariser avec la lutte des peuples colonisés pour leur droits.

Mais il n’en fut rien et les appels d’Emile Vandervelde se sont limités à la couche progressiste du Parti Catholique du Parti Libéral. Il a même été plus loin lors de la Première Guerre mondiale en acceptant d’être ministre d’État d’un gouvernement qui avait repris la gestion de la colonie depuis 1908.

C’est avec la montée en puissance de l’industrie automobile et la découverte du caoutchouc qui est produit par l’Hévéa que l’EIC a commencé à être rentable pour le roi. C’est à ce moment-là aussi que la bourgeoisie belge a commencé à investir de manière massive avec des sociétés comme l’Union Minière ou la Société Générale.

Avec l’argent dégagé, Léopold II n’a pas investi pour développer les infrastructures du Congo, mais pour lancer une politique de grands travaux afin de s’assurer, à lui et à sa classe, une base sociale en Belgique.

L’histoire racontée par les lapins

Si Léopold II avait une qualité, c’est d’être l’un des meilleurs défenseurs de sa classe sociale, la bourgeoisie belge. Afin de fournir à lui-même et au capital belge ensuite un débouché pour ses forces productives, il a dû avancer masqué afin de se frayer un passage entre les grandes puissances.

C’est cela qui explique tout le discours sur la lutte contre l’esclavage arabe. Pour justifier moralement sa quête d’enrichissement personnel, il a dû se draper dans la toge du roi humanitaire alors que c’était un dictateur de la pire espèce dans les territoires qu’il avait conquis.

C’est la lutte de masse du mouvement ouvrier qui l’a empêché lui et la bourgeoisie de se conduire de la même manière en Belgique. Il a fallu aussi dépeindre le colonisé comme un sauvage à civiliser pour justifier la guerre de conquête. Ce sont ces préjugés qui ont été recyclés une fois que l’État belge a repris la gestion du Congo.

Dans le débat actuel, certains tentent de préserver l’institution monarchique qui est mise à mal par un énième thème.

Léopold Ier a hérité de la Belgique malgré lui, comme résultat du rapport de forces entre grandes puissances ; Léopold III a dû abdiquer suite à la lutte de masse de 1950 à cause de sa collaboration avec le Reich allemand nazi ; Baudouin a démontré qu’il était l’ennemi des droits des femmes et sa glorification a été mise à mal à cause de sa participation dans l’assassinat de Lumumba et de l’amitié de son couple avec le dictateur espagnol Franco.

L’autorité d’Albert II a été minée par la non-reconnaissance de sa fille. Les affaires des Saxe-Cobourg Gotha suintent de puanteur par tous leurs pores.

En rendant hommage à Léopold ou à « l’œuvre coloniale », on ne rend pas hommage à notre histoire mais seulement à une partie de celle-ci. L’histoire de l’exploitation de ‘l’Homme par l’Homme’ ou, pour être plus précis, l’histoire de l’exploitation d’une minorité sociale sur la majorité sociale.

Pour maintenir son règne, la minorité a toujours utilisé le développement inégal des forces productives, le sexisme, le racisme et les discriminations. Déboulonner les statues ne veut pas dire qu’on oublie l’histoire, au contraire cela veut dire qu’on l’a bien apprise.

Pour notre part, nous préférerons toujours célébrer ceux qui sont tombés pour la liberté et l’émancipation de la majorité sociale, que ce soit au Congo dans les luttes pour l’indépendance, devant le mur des Fédérés lors de la Commune de Paris, ou ceux qui sont tombés lors des révoltes de Roux en Belgique en 1886.

Ce sont ces expériences qui ont permis à la majorité sociale de jouir de droits économiques sociaux et démocratiques et c’est sur base de ces luttes que nous pourrons élargir ces droits et jeter l’exploitation dans les poubelles de l’histoire.

mardi 23/06/20 Alain (Namur)

https://fr.socialisme.be/

Lire aussi:

Les crimes de la Belgique coloniale au Congo : Devoir de mémoire (GA)

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24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

maurice rajfus (npa)

raj

Les communistes juifs dans la Résistance

Entretien avec Maurice Rajsfus

Dans ton livre, tu as mis en lumière le destin tragique des militants juifs communistes.

Ils se sont retrouvés coincés dans une ambiguïté épouvantable. Pour la plupart, ils sont nés aux alentours de 1910, et se sont engagés politiquement au moment où l’étoile stalinienne était à son zénith. Ils sont devenus staliniens en ayant l’impres-sion de devenir révolutionnaires. Une des activités de la sous-section juive du PC était la chasse aux opposants, dont les trotskystes.

D’après des documents de police, elle aurait été créée en 1927 et fut dissoute dix ans après. Elle, comme la Main-d’œuvre étrangère – devenue par la suite Main-d’œuvre immigrée (MOI) – se donnait pour but l’encadrement et le contrôle par le PC de tous les militants étrangers qui arrivaient de l’Est. C’est un des aspects à démythifier.

Les militants communistes juifs emboîtèrent le pas au chauvinisme du PC en lançant dans leur presse en 1937, aux futurs migrants : « Ici, c’est complet ! » Peu d’entre eux ont rompu à cette époque.

L’un des facteurs déterminants fut les procès de Moscou, où les principaux accusés étaient juifs. Bien que Trotsky soit juif, les attaques contre lui n’avaient pas eu le même effet. Quant au pacte germano-soviétique, de vieux communistes juifs en parlent encore comme du « coup de poker génial » de Staline. Mais dans l’ensemble du milieu juif, comme dans les rangs du PC, pour beaucoup ce fut Je désarroi et l’atomisation.

De quand peut-on dater les débuts de la Résistance ?

De juillet 1941, après l’attaque d’Hitler contre l’Union soviétique. Cependant, si les communistes juifs ont attendu comme le PC, ils étaient prêts les premiers. Depuis 1940, on savait ce qui se passait à Varsovie, et avant cela les juifs immigrés avaient connu les persécutions, d’où un réflexe d’auto-défense.

A partir de là, le PC veut se faire pardonner le Pacte. Beaucoup de militants ont été arrêtés lors de sa réapparition au grand jour en août 1940. Beaucoup vont tomber à partir de 1942 dans les actions « pour le communiqué», qui permettaient au PC de se refaire une image.

Comment s’est développée sa politique militaire?

Elle est essentiellement le produit de la transformation de nature de l’OS, l’Organi-sation spéciale. Au départ, il s’agissait d’un service d’ordre, chargé notamment de la protection rapprochée des dirigeants et de l’exécution de « traîtres ». Fin 1941, elle regroupe de nombreux militants de la MOI, pour beaucoup anciens d’Espagne.

C’est au début 1942 qu’elle se transformera en groupes de Francs-tireurs et partisans (FTP). La saignée sera effroyable pour ces militants courageux, mais disposant de peu de moyens.

En 1943, il ne restera plus dans les grandes villes comme Paris, Lyon, Marseille ou Toulouse que des groupes FTP-MOI, en majorité composés de juifs immigrés. Il y a eu une politique consciente d’expédier dans les maquis, où les pertes étaient moindres, les militants français plus « présentables » que ces immigrés, parlant mal le français, même s’ils étaient rebaptisés « patriotes ».

Le cours chauvin du PC, à ce moment, n’a pas que des explications   nationales ?

En juillet 1943, l’Internationale communiste est dissoute. C’est un événement d’importance pour le PC qui cherche à entrer au gouvernement mis en place à Alger. Le PC va peu à peu prendre par ses sous-marins, la tête du Front National et suivre un cours ultra-nationaliste. En même temps, il a besoin d’actions spectaculaires.

A l’automne 1943, les groupes de la MOI seront laminés. Il ne restait plus sur Paris que les rescapés des quatre détachements MOI dirigés depuis le mois de septem-bre par Manouchian. Ces militants, traqués par la police et décimés par la répres-sion, demandèrent l’autorisation de se replier. A. Rayski ne l’obtint pour les dirigeants du groupe juif qu’en juillet 1943. Manouchian ne l’obtiendra pas.

Une affirmation tenace du PC veut que le groupe dirigé par Manouchian n’ait été composé que de militants communistes. Qu’en est-il ?

C’est une contre-vérité. A côté de militants communistes se trouvaient des combat-tants d’une autre sensibilité. L’un d’entre eux, Tarov, ancien officier de l’Armée rouge, avait été trotskyste. Tomas Elek n’était pas communiste. Il y avait aussi des anarchistes espagnols. Il est établi qu’il y a eu un lâchage politique de ces militants qui se savaient filés et menacés d’une arrestation imminente.

Ils sont tombés au moment où le PC se préparait à entrer au Comité de la France libre d’Alger et était persuadé qu’un débarquement allié était sur le point de se produire sur les côtes du Pas-de-Calais.

L’exemple du lâchage s’est reproduit à Toulouse où l’unité de la MOI, la 35e brigade, avait le « tort » de ne pas s’en prendre qu’aux « boches », mais d’abattre aussi des notables français qui collaboraient. Évidemment, cela s’intégrait mal dans la perspective de l’union nationale.

Lorsque l’information d’un coup de filet contre cette unité est parvenue à la direction des FTP, « on » a oublié de prévenir les combattants concernés. Pour l’union nationale, il fallait pouvoir chanter la Marseillaise sans accent. Il faut rappeler le mot d’André Marty en 1945: « Chassez moi tout ces « sky » des directions du Parti. »

Arrive la Libération. Que firent les militants rescapés ?

Beaucoup d’entre eux souhaitaient poursuivre le combat politique sur place, mais la direction du PC invita les principaux responsables à aller construire le socialisme dans leurs pays d’origine … Si cela ne posait pas de problèmes majeurs aux communistes italiens dont le parti s’était replié en France, il n’en allait pas de même pour les juifs des pays de l’Est. Pourtant un certain nombre partiront.

En 1949, quand commencent les premiers procès dans les démocraties populaires, c’est aussi le procès des anciens des Brigades internationales et de la MOI. L’un des exemples les plus connus est celui d’Arthur London, qui l’a raconté dans L’Aveu. II y a une continuité entre le lâchage de l’équipe de Manouchian et les procès des démocraties populaires.

Malgré tout cela, ton livre n’est pas désespéré.

Non ! Il faut en tirer une morale sur le stalinisme, pas sur le militantisme des communistes juifs. Je dirai qu’il faut jeter le bébé stalinien avec l’eau du bain !

Propos recueillis par Jean Lantier et Jean-Jacques Laredo

Nous republions une interview de Maurice Rajsfus parue dans l’hebdomadaire de la LCR, Rouge n° 1163 du 7 juin 1985, et mis en ligne sur le site de RaDAR. Maurice Rajsfus, auteur du livre     « Des Juifs dans la collaboration » (Editions EDI), vient de publier « L’An prochain, la révolution» dont le sous-titre est explicite : « Les communistes juifs immigrés dans la tourmente stalinienne 1930-1945 » ( Éditions Mazarine, 95 F). Nous l’avons rencontré pour discuter de l’histoire de ces militants.

Mardi 23 juin 2020

https://npa2009.org/

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22 juin 2020 ~ 0 Commentaire

statues (global-voices psl)

Colonisation

Déboulonnage de statues

La France face à son passé colonial et esclavagiste

Depuis plusieurs semaines, alors que la mobilisation contre le racisme connaît une ampleur nouvelle à travers le monde, la France reste divisée sur le sort à réserver aux statues représentant des figures historiques liées à l’esclavagisme ou au colonialisme.

Un mouvement global de prise de conscience sur le racisme dans nos sociétés 

La mort de George Floyd aux États-Unis le 25 mai dernier et le renouveau du mouvement Black Lives Matter à l’échelle mondiale ont ravivé le débat sur le racisme systémique à l’égard des personnes noires au sein de plusieurs sociétés occidentales. La France n’est pas épargnée par ce débat, qui a gagné en ampleur depuis la mort d’Adama Traoré, un Français d’origine malienne, suite à son interpellation par des gendarmes en 2016. Sa famille continue depuis à demander justice.

Une facette de ce débat occupe depuis peu le devant de la scène : la question des statues de figures historiques controversées. Dans le port anglais de Bristol, haut-lieu de la traite des Noirs aux XVIIe et XVIIIe siècles, la statue du marchand d’esclaves Edward Colston a été déboulon-née le 7 juin 2020 par des militants Black Lives Matter.

En Belgique, plusieurs statues du roi Léopold II — architecte de la colonisation du Congo et responsable d’atrocités à l’encontre du peuple congolais entre 1885 et 1908 — ont été vandalisées au cours du mois de juin et font l’objet d’une pétition réclamant leur retrait.

En France métropolitaine et outre-mer, différentes figures contestées

En France, ce débat bénéficiait jusqu’alors de peu d’attention médiatique. Les figures à l’héritage contesté sont pourtant nombreuses dans cette ancienne puissance coloniale, dont l’empire constitué entre le XVIe et le XXe siècle s’étendait sur l’ensemble des continents, atteignant à son apogée une superficie de 12 millions de km2.

A Lille, c’est la figure du général Louis Faidherbe, natif de cette ville du Nord, qui pose problème. Selon le collectif Faidherbe doit tomber, ce militaire célébré pour ses exploits lors de la guerre franco-prussienne de 1870 était également un “acteur clé de la conquête du Sénégal” responsable de campagnes “pacificatrices” sanglantes au milieu du XIXe siècle.

A Paris, Jean-Baptiste Colbert, ministre sous Louis XIV (XVIIe siècle) et dont le buste siège devant l’Assemblée nationale est aussi visé. Il fut en effet l’auteur du Code noir pour les Antilles françaises, paru en 1685 et définissant les droits des propriétaires sur leurs esclaves, qualifiant ces derniers d’“êtres meubles”.

L’esclavage était alors interdit en métropole mais pratiqué dans les colonies. En 2017, Louis-George Tin, président du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) déclarait à propos de Colbert : “Colbert était l’ennemi de la liberté, de l’égalité, de la fraternité” [devise de la République française]. Plus récemment, l’ancien premier ministre Jean Marc Ayrault a appelé à ce que les lieux portant son nom soient rebaptisés.

Autre figure controversée : Georges Cuvier, naturaliste et anatomiste du début du XIXe siècle dont la statue orne plusieurs villes de France. Représentant des théories scientifiques racistes de l’époque, il entreprit de disséquer le corps de Saartjie Baartman (alors surnommée la Vénus hottentote) après sa mort. Il est notamment dénoncé par le groupe Coordination Action Autonome Noire.

Outre-mer, dans les territoires issus de l’empire colonial français et aujourd’hui rattachés à la République, la question est encore plus prégnante. En Martinique, deux statues de Victor Schoelcher (1804-1893), figure abolitionniste favorable à l’indemnisation des colons proprié-taires d’esclaves, ont été détruites le 22 mai dernier. En Guyane, sa statue a été placée sous protection policière par les autorités locales.

A la Réunion, département français d’outre-mer situé dans l’océan Indien, des habitants appellent au remplacement de la statue de Mahé de La Bourdonnais, ancien gouverneur de l’île qui profitait du commerce d’esclaves et les utilisait pour des travaux publics.

Entre retrait de l’espace public et nécessité de contextualisation : un équilibre à trouver

Si certains appellent au déboulonnage pur et simple des statues liées à la colonisation et de l’esclavagisme, d’autres estiment que des panneaux d’explications historiques remettant en contexte la figure historique sont à privilégier.

Karfa Diallo, directeur de l’association Mémoires et partages, promeut depuis longtemps la contextualisation des noms de rues comme des statues appartenant au passé colonial ou esclavagiste de la France. Il déclarait à France Inter :

Nous demandons] que quelques symboles tombent et que le reste des rues soit accompagné d’un dispositif explicatif qui permette de sauvegarder la mémoire que nous avons de ce crime contre l’humanité.

Pour le collectif Faidherbe doit tomber, tout dépend de la façon de contextualiser :

Si c’est pour raconter que le colonialisme a des aspects « positifs », […] pas sûr que cela soit la solution. S’il s’agit en revanche d’indiquer clairement, sur ces statues elles-mêmes, ce qu’est fondamentalement le colonialisme, à savoir un crime abominable dans son principe même, alors une telle solution pourrait se défendre.

Les statues : histoire ou mémoire ?

Face à ces revendications, d’autres défendent la présence de ces statues au sein de l’espace public et invoquent la nécessité de ne pas censurer l’histoire. Pour l’historien Dimitri Casali, retirer les statues n’est pas une solution. En 2017, il écrivait dans une tribune du Huffington Post :

On ne réécrit pas l’Histoire. Déboulonner les statues de nos Grands Hommes c’est ouvrir la boîte de Pandore du révisionnisme historique. […] L’Histoire, on doit l’assumer. C’est autant glorieux qu’honteux.

D’aucuns questionnent néanmoins l’utilité des statues en tant que support de l’histoire.

Pour Françoise Vergès, politologue, historienne et militante féministe décoloniale interviewée par la chaîne Youtube Histoires Crépues, le retrait de ces statues est une question de “justice mémorielle” qui n’a “rien à voir avec l’effacement de l’histoire”. Les personnages représentés dans les villes françaises seraient le résultat de “choix politiques”.

20 Juin 2020

https://fr.globalvoices.org/

Lire aussi:

Léopold II tombe de son piédestal (PSL)

 

 

 

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