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08 avril 2020 ~ 0 Commentaire

jeau paul sénéchal (l’anticapitaliste)

jp s

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06 avril 2020 ~ 0 Commentaire

cuba (combat-ouvrier npa )

cuba
L’aide des médecins cubains

Dans le contexte de crise sanitaire mondiale due à la pandémie de Covid-19, plusieurs centai-nes de médecins et infirmiers cubains ont été envoyés dans les pays les plus sévèrement touchés dont l’Italie. Certains de ces soignants ont combattu l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’ouest en 2014.

Depuis la fin du 19ème siècle, l’île était colonisée par les États-Unis. De grosses firmes sucriè-res américaines y avaient installé leurs usines. Mais en janvier 1959, de jeunes guérilleros, Fidel Castro et Che Guevara en tête, rejoints par des paysans opprimés et la population, ont pris le pouvoir contre la dictature de Batista, pantin des États-Unis, puis contre les firmes américaines.

Malgré le blocus imposé à l’île par les dirigeants américains depuis 1962, l’État cubain a tenu tête notamment grâce à l’aide de l’ex-URSS (Union des républiques socialistes soviétiques), ensuite grâce à d’immenses sacrifices imposés à sa population. Le régime castriste a remporté des succès incontestables : l’analphabétisme n’est plus qu’un lointain souvenir grâce à l’éduca-tion gratuite. La comparaison est accablante avec la plupart des autres pays latino-américains.

Quant au système de santé de Cuba, il est comparable non à ceux des autres pays sous-développés, mais à ceux des pays industriels. On y trouve partout cliniques, hôpitaux, médecins et l’accès à la santé est gratuit.

Selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé), il faut un minimum de 2,5 médecins pour 1 000 habitants pour assurer un service sanitaire correct. À Cuba, il y a 8,2 médecins pour 1 000 habitants. En France, il y en a 3,2 pour 1 000 habitants. Les États-Unis n’en enregistrent que 2,6. Il y a quelques années, en dépit de sa situation économique difficile, Cuba a engagé sa médecine dans l’aide humanitaire aux pays pauvres avec l’OMS. Plus de 50 000 soignants cubains travaillent dans plus d’une quarantaine de pays.

La révolution cubaine fut une révolution démocratique bourgeoise, populaire et non une révolution socialiste comme on l’entend souvent dire. Mais les choix politiques des dirigeants anti-impérialistes cubains dans le domaine sanitaire font leurs preuves.

Les grandes révolutions politiques et sociales ont toujours été porteuses de progrès. Et même si dans la plupart des secteurs Cuba demeure un pays sous-développé et pauvre, sans la révolu-tion, la médecine cubaine n’existerait pas. Le comble serait qu’aujourd’hui les États-Unis, le geôlier de Cuba, l’appellent à la rescousse contre le Covid-19.

Médecins cubains en Caraïbe

En Guadeloupe et en Martinique, pour faire venir des médecins cubains, des voisins, il faut présenter des textes de loi au gouvernement, à 7 000 km de la Caraïbe, pour tenter de le convaincre.

Pourtant la situation exige du renfort de ces soignants expérimentés et sérieux qui de surcroit se déplacent avec du matériel. À l’époque de la guerre froide, les Cubains, médecins ou pas étaient carrément indésirables. Car le gouvernement faisait croire qu’ils venaient fomenter des guérillas pour le compte de l’URSS ! Pour aller à Cuba en provenance de Guadeloupe ou de Martinique il fallait passer par Prague ou Moscou.

Aujourd’hui l’ennemi n’est plus l’URSS et ses satellites. Ils n’existent plus en tant que tels. C’est le Covid-19.

Contre le coronavirus, sont arrivés 130 médecins au Venezuela qui a déjà plus de 20 000 soignants cubains, 5 à La Grenade, 50 médecins et 90 infirmières spécialisées à la Jamaïque où ils sont déjà 434.

Le 21 mars 113 soignants arrivent à Sainte-Lucie. La République dominicaine, le Honduras, le Guatemala, le Nicaragua, Haïti et Belize ont également fait appel à Cuba. D’autres îles, pour des raisons idéologiques ou sous la pression de Trump qui profite de la situation, ne semblent pas concernées.

La Dominique reçoit l’aide de la Chine qui a fourni du matériel sanitaire à ses hôpitaux. L’ironie de la situation est le rappel du Brésil de ces soignants cubains pour le coronavirus 2020 par le président Bolsonaro qui les accusait d’être des « cellules de guérilla » !

Mais personne n’a remplacé les 8 000 médecins chassés en 2018. Les Cubains appelés les médecins « aux pieds nus » n’hésitent pas à aller dans les quartiers pauvres où d’autres soignants ne mettent pas les pieds.

Cette action est unique au monde aujourd’hui. D’autres pays, riches, ont coutume d’envoyer l’armée… Ce sont quand même ces révolutions, mêmes bourgeoises, comme en Chine (1) du reste, qui ont fait avancer ces pays et qui restent un puissant facteur de progrès

Cuba : quelques chiffres

Depuis 1963, commençant avec l’Algérie tout juste indépendante, Cuba a envoyé plus de 400 000 professionnels de santé dans 164 pays. Cuba a envoyé ses médecins pour aider des pays en sous-développement en Afrique, en Amérique du Sud et jusqu’au Pakistan.

Ils sont intervenus lors d’épidémies (sida, Ebola, choléra) ou de catastrophes naturelles. Fin 2019, ils étaient 29 071 médecins et infirmières dans 63 pays, dont 27 pays pauvres où le programme est gratuit, financé par Cuba. Suite aux pressions de Trump et avec l’apparition de gouvernements d’extrême-droite en Amérique du Sud, 8 000 médecins cubains ont dû quitter le Brésil fin 2018 et 1 000 autres le Salvador, l’Équateur et la Bolivie en novembre 2019.

3Combat Ouvrier c’est « Lutte Ouvrière » aux Antilles

http://www.combat-ouvrier.net/

Lire aussi:

 

Levée de l’embargo contre Cuba !

Il ne s’agit pas de ici faire l’éloge du régime cubain qui, au fil du temps, s’est bien éloigné des espoirs suscités par la chute du dictateur Batista et l’entrée triomphale des guérilleros à La Havane en janvier 1959. Mais, force est de constater que de plus en plus de pays, face à la pandémie du coronavirus, demandent à bénéficier de l’assistance des médecins cubainEs.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il y a sur l’île 82 médecins pour 10 000 habitantEs, contre 32 en France et 26 aux États-Unis… Cuba a, au fil des années, pour suppléer à des services de santé défaillants ou lutter contre des épidémies, envoyé 25 000 médecins en Amérique latine (les médecins cubains ont dû quitter la Bolivie et le Brésil sur pression des nouveaux régimes réactionnaires), mais aussi en Afrique, au Pakistan ou à Haïti.

Face au Covid-19, Cuba a déjà dépêché en Italie une équipe de 52 médecins et infirmierEs. Aux Antilles et en Guyane « françaises », les médecins cubains sont réclamés par les autorités locales.

Le « socialisme » de Cuba n’est pas le nôtre, d’autant qu’il est, de plus en plus, pénétré par les mécanismes de marché, les inégalités, tandis que sévit la répression des dissidentEs politiques. Il y a certes une « diplomatie médicale » cubaine et les médecins sont une source de devises pour le régime.

Mais, même déformée et pervertie, Cuba montre la supériorité d’une économie planifiée sur l’anarchie du marché capitaliste. Et qu’on ne vienne pas dire que c’est parce que Cuba est une  « dictature » : il y a des dizaines de pays dictatoriaux à travers le monde où les populations ne peuvent satisfaire leurs besoins élémentaires tandis que leurs dirigeants vont se faire soigner à l’étranger (à titre d’illustration, le général major Abdelhamid Ghriss, secrétaire général du ministère de la Défense nationale algérien, vient de se faire opérer en Suisse).

Alors, oui, il faut lever de toute urgence tout embargo contre Cuba comme le réclament divers organismes internationaux et, chez nous, en finir avec la dictature du marché sur la santé !

Henri Wilno Mercredi 8 avril 2020

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Dans la lutte contre le coronavirus, Cuba s’impose comme un allié de choix (Slate)

Cuba envoie des médecins au secours de 38 pays… et c’est insupportable pour Trump ! (L’Humanité)

Commentaires:

Quitte à déranger ce concert de louanges! Le blocus américain de Cuba est si dur depuis la fin de l’Urss que le pouvoir en route (difficile) vers le capitalisme cherche des revenus, et les médecins en sont un! Il faut le savoir tout en luttant contre la politique américaine.

Selon José Luis Rodriguez Garcia, ancien ministre de l’économie, ce service permet à Cuba de percevoir plus de 11 milliards de dollars en moyenne par an entre 2011 et 2015. Le régime cubain facture cette activité dans 35 des 62 pays bénéficiaires. Il s’agit de la première source de ressources de l’île loin devant le revenu du tourisme qui a rapporté 2,8 milliards de dollars en 2016. Les autorités cubaines reçoivent directement les salaires des personnels envoyés à l’étranger. Elles prélèvent alors entre 75 à 89 % du montant de ce salaire.

(1) Cuba est différent de la Chine, comme du Venezuela. C’est un pays en transition vers le socialisme, mais bloqué par la bureaucratie « éclairée » qui s’est accaparé l’état et aussi par le blocus américain. Pour la Chine, nous pensons que ce fut une révolution « socialiste » mais déformée dès le début. Nos camarades trotskistes y furent massacrés, comme au Vietnam. Mais cela n’empêchait pas le soutien à ces pays. Depuis Chine et Vietnam sont devenu des pays capitalistes dictatoriaux. Cuba lui est « à part ».

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06 avril 2020 ~ 0 Commentaire

peine de mort (el diario)

 bourreau mort
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Lorsque Zaragosse a vaincu la peine de mort
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La bourgeoisie locale florissante et les mouvements ouvriers à forte composante libertaire ont uni leurs forces à plusieurs reprises pour empêcher l’exécution de prisonniers condamnés à la potence à la fin du 19è siècle à Zaragosse. Les échafauds que l’armée installait à proximité de l’actuel marché central ont été détruits à plusieurs reprises à la veille des exécutions.
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La bourgeoisie et les mouvements libertaires et ouvriers ont tissé à plusieurs reprises d’étranges alliances à Zaragosse à la fin du 19è siècle, démontrant avec succès leur rejet de la peine de mort. Sans les révoltes et le sabotage , plusieurs personnes reconnues coupables pour des délits de droit commun seraient mortes sur les échafauds que l’armée dressait à proximité de l’actuel marché central.
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Cette place, située à proximité de la rue Predicadores, où se trouvait la prison de Zaragosse pendant des décennies, porte le nom de Juan de Lanuza en mémoire du juge du même nom, décapité le 20 décembre 1591 par ordre de Felipe II après un conflit entre la noblesse locale et la couronne quelques semaines avant la prise de la ville par les troupes castillanes, qui n’ont rencontré aucune résistance.La milice aragonaise, de seulement 2 000 hommes, s’était dispersée en vérifiant que l’armée du roi les sextuplait en nombre, après quoi Lanuza se réfugia à Épila pendant un peu plus d’un mois avant de rentrer à Saragosse. Il fut été arrêté le jour même de son arrivée pour être décapité le lendemain.
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« Le commerce a fermé ses portes
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« Trois cents ans plus tard, le peuple de Zaragosse empêchait l’exécution des prisonniers, à un moment où l’opposition à la peine de mort est devenue un point de confluence entre la bourgeoisie locale et les mouvements ouvriers, deux groupes qui maintenaient des divergences évidentes et des confrontations difficiles dans ce qu’on appelait à l’époque « la question sociale ».
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Cette alliance a fonctionné à l’automne de 1892. Le 21 septembre, quatre personnes reconnues coupables du meurtre du chapelier Conesa, ont été fixées sur la date de leur exécution. Le directeur de l’atelier et l’épouse du propriétaire, qui entretenaient une relation , avaient embauché pour le tuer un tueur à gages et une quatrième personne. Cependant, le procès et les condamnations avaient laissé à la population le sentiment que quelqu’un avait disparu du banc des accusés et était protégé en raison de sa position sociale.
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La femme et l’un des complices avaient été graciés quelques mois plus tôt, alors que l’amant et le tueur à gages présumé étaient toujours dans le «  couloir de la mort  » lorsque, la veille de l’exécution, une manifestation pour demander sa grâce a  traversé Zaragosse. »
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Alors que la manifestation passait, les commerce a fermé leurs portes », raconte Víctor Lucea dans un ouvrage sur « Prisonniers, bourreaux et foules », dans lequel il décrit une marche en présence de conseillers, de députés et de représentants de l’université, de la chambre de commerce et de la chambre agraire et de différentes associations de commerçants et d’agriculteurs, avec les syndicats amenant la présence de « travailleurs et de femmes du peuple en grand nombre ».
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La légitimation des « classes populaires »
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Le gouverneur civil (préfet) a promis, après avoir rencontré une délégation de manifestants, de communiquer la demande de grâce au gouvernement, mais il ne l’a pas fait. « Le lendemain matin, le public s’est pressé devant la prison en attente du pardon, alors quand le drapeau noir qui confirmait l’exécution est apparu, une colère profonde s’est répandue dans la foule ».Le lendemain matin, les magasins sont restés fermés et la Cour a jugé impossible « d’embaucher un menuiser et cela quelque soit le salaire  » pour construire la potence, dans un mouvement de pression qui a fini par produire des résultats le même jour: non il n’y aurait pas d’exécution.
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« Il semble clair que, qu’il y avait un désir général pour l’amnistie, les protestations populaires dans l’affaire Conesa sont plutôt une exception à la règle », explique Lucea, qui note qu’à la fin de ce siècle il y avait un tel climat de mobilisation à Zaragosse grâce au mouvement ouvrier, que cela  favorisait la protestation, en plus d’un sentiment général penchant pour l’innocence des coupables.
« Ce qui s’est passé dans la rue avec l’affaire Conesa a confirmé les classes populaires dans leur légitimité à demander publiquement justice, comme on peut le déduire de certains commentaires ultérieurs », ajoute-t-il.
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Le bourreau de Barcelone remplace celui de Zaragosse
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Les mobilisations populaires n’obtiendront pas le même résultat en d’autres occasions, comme ce fut le cas l’année suivante avec l’exécution du soldat Juan Chinchaurreta, reconnu coupable d’avoir tué, avec deux autres soldats (graciés), un travailleur de la canne à sucre pour lui voler les cinquante pesetas qu’il apportait à sa famille à Anzánigo, ou en 1900, avec l’exécution des frères Mariano et Lorenzo Ara, reconnus coupables de la mort d’un marchand sur la Plaza del Justicia.
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Ni les émeutes tout au long de la journée, ni le fait que l’échafaud avait été détruit lors d’un sabotage la veille du jour fixé pour les exécutions n’ont pu les empêcher. Les frères Ara ont été les derniers exécutés en public à Zaragosse.Ils furent tués par Nicómedes Méndez, le bourreau de l’Audiencia de Barcelone, qui avait remplacé José González Irigoyen qui après une carrière affreuse de deux cents exécutions (c’est l’homme qui a versé le plus de sang en Espagne), le tribunal de Saragosse avait ordonné son retrait après la mort de Chinchaurreta.
Eduardo Bayona 04/05/2020
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Commentaire:
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Et si les bourgeois abolitionnistes n’avaient tout simplement pas envie « d’énerver » les anarchistes très puissants? Zaragosse et l’Aragon sont la région où le communisme libertaire est allé le plus loin en 1936, avant d’être « remis au pas » par les bourgeois du Front Populaire ».
On peut aussi réfléchir sur la « justice » que l’on nous sert comme « apolitique », « universelle » et qui s’avère être soumise, comme le reste, aux rapports de force de la lutte des classes!
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05 avril 2020 ~ 0 Commentaire

rosa (npa)

mai 68

Encore et toujours, socialisme ou barbarie

En 1915, Rosa Luxemburg, emprisonnée pour son refus de la guerre, écrivait un texte (1) dont nous avons extrait ces lignes qui résonnent toujours en cette époque de pandémie.

« Souillée, déshonorée, pataugeant dans le sang, couverte de crasse ; voilà comment se présente la société bourgeoise, voilà ce qu’elle est.

Ce n’est pas lorsque, bien léchée et bien honnête, elle se donne les dehors de la culture et de la philosophie, de la morale et de l’ordre, de la paix et du droit, c’est quand elle ressemble à une bête fauve, quand elle danse le sabbat de l’anarchie, quand elle souffle la peste sur la civilisation et l’humanité qu’elle se montre toute nue, telle qu’elle est vraiment. […]

Friedrich Engels a dit un jour : « La société bourgeoise est placée devant un dilemme : ou bien passage au socialisme ou rechute dans la barbarie. »

Mais que signifie donc une « rechute dans la barbarie » au degré de civilisation que nous connaissons en Europe aujourd’hui ? Jusqu’ici nous avons lu ces paroles sans y réfléchir et nous les avons répétées sans en pressentir la terrible gravité.

Jetons un coup d’œil autour de nous en ce moment même, et nous comprendrons ce que signifie une rechute de la société bourgeoise dans la barbarie. […]

Nous sommes placés aujourd’hui devant ce choix : ou bien triomphe de l’impérialisme et décadence de toute civilisation, avec pour conséquences, comme dans la Rome antique, le dépeuplement, la désolation, la dégénérescence, un grand cimetière …

Ou bien victoire du socialisme, c’est-à-dire de la lutte consciente du prolétariat international contre l’impérialisme et contre sa méthode d’action : la guerre. C’est là un dilemme de l’histoire du monde, un ou bien – ou bien encore indécis dont les plateaux balancent… […] »

Mercredi 1 avril

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05 avril 2020 ~ 0 Commentaire

masques (france-info fr3)

riche

La France a sacrifié sa principale usine de masques

Basée en Bretagne

Alors que la France manque cruellement de masques face à l’épidémie de coronavirus, une entreprise française, installée en Bretagne, qui pouvait en fabriquer jusqu’à 200 millions par an, a fermé en 2018 après avoir été rachetée par un groupe américain. Qui est responsable de ce fiasco ? La cellule investigation de Radio France a enquêté.

« Pour eux, on est un peu comme des pions sur un jeu de Monopoly. » Antoine* est un « ancien » de l’usine de Plaintel, dans les Côtes-d’Armor. Depuis les années 90, il a vu passer plusieurs repre-neurs de l’usine bretonne spécialisée dans la fabrication des masques respiratoires, notamment les fameux masques FFP2 indispensables au personnel médical.

Il a connu le boom de l’entreprise au moment de la grippe H1N1, en 2009, lorsque l’usine fonctionnait « 24 heures sur 24, 7 jours sur 7″ avec « huit machines, dont cinq supplémentaires », raconte-t-il. Une capacité de production multipliée par cinq et 300 employés pour fabriquer des masques pour la France entière.

En pleine pandémie de coronavirus, et alors que la France manque actuellement cruellement de masques pour protéger les personnels soignants notamment mais aussi tous ceux qui conti-nuent de travailler au contact du public, cette entreprise française, installée en Bretagne et qui pouvait en fabriquer jusqu’à 200 millions par an, a fermé en 2018 après avoir été rachetée par un groupe américain.

« En 2005, j’avais signé un protocole d’accord avec le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, explique Roland Fangeat, ancien président de la division respiratoire du groupe Bacou-Dalloz, président de l’usine de Plaintel à l’époque. Nous nous engagions à garantir une production d’au moins 180 millions de masques par an. Le groupe a investi plus de près de neuf millions d’euros sur le site de Plaintel pour financer notamment une extension. Nous avions une capacité de production de 220 millions de masques par an, quatre millions par semaine, en cas de crise. »

L’État s’engage, avant de se retirer

Dans ce protocole d’accord, dont la cellule investigation de Radio France révèle l’existence, « l’État s’engage à commander à l’entreprise » plusieurs millions de masques chaque année. « L’État assurera le renouvellement de son stock arrivé à péremption », prévoit l’article 11 de cet accord. Une ligne de conduite alors suivie par l’État, malgré certains retards dans les comman-des, comme le montre ce courrier du 14 juin 2006 de Dominique de Villepin : « Je tiens à vous assurer que l’État continuera à respecter ses engagements, en termes de quantité comme de calendrier », écrit le Premier ministre de Jacques Chirac.

De janvier 2009 à septembre 2010, nous avons livré 160 millions de masques FFP2 à l’État. Et puis il y a eu un désengagement de l’État. La chute des commandes a été catastrophique pour l’usine de Plaintel. Roland Fangeat, ancien président de l’usine de Plaintelà franceinfo. En 2010, le géant américain Honeywell rachète le groupe Sperian (le nouveau nom de Bacou-Dalloz) alors propriétaire de l’usine de Plaintel qui compte encore 140 salariés.

Licenciements, délocalisation et fermeture

« Lorsque les Américains arrivent à Plaintel, ils nous expliquent qu’Honeywell est une chance pour nous et que nous allons ‘intégrer’ un groupe mondial avec des ‘valeurs’ et une force de frappe commerciale importante », témoigne Damien*, ancien employé de l’usine de Plaintel. Pourtant, dès 2011, le groupe annonce 43 suppressions d’emplois. Les plans de licenciement s’enchainent, le chômage partiel devient la règle. A l’été 2018, les 38 derniers salariés de l’entreprise sont finalement licenciés pour des motifs « économiques ».

La production de masques est délocalisée sur un site déjà existant (créé dans les années 90) à Nabeul, en Tunisie. En septembre 2018, l’usine de Plaintel ferme ses portes. Un mois plus tard, les chaînes de production sont détruites.

Alexandre*, lui aussi un ancien salarié, se souvient : « Lorsque je suis sorti pour ma pause-déjeuner, j’ai vu un semi-remorque embarquer un morceau de nos lignes de production qui mesuraient entre 50 et 60 mètres de long. Tout est parti chez le ferrailleur pour être détruit. J’étais vraiment choqué. J’avais l’impression de voir un corbillard chercher le corps d’un mort. C’est un peu à l’image de ce qui nous est arrivé au sein de l’entreprise. »

Dès qu’Honeywell a repris l’usine, nous étions comme des cancéreux en soins palliatifs. On savait qu’on allait mourir, mais on ne savait pas quand ça se produirait.Alexandre, ex salarié de l’usine de Plaintel à franceinfo. Lors de sa fermeture, l’entreprise ne produisait plus que huit millions de masques par an.

Le silence de l’État

À l’été 2018, les élus du personnel, à la demande des salariés, tentent d’interpeller par mail le président de la République. Ils expliquent au chef de l’État que l’usine de Plaintel est « une entreprise d’utilité publique » dont l’actionnaire américain a tout fait pour la rendre « largement déficitaire » tout en « absorbant massivement les deniers publics ».

« Nous sollicitons votre aide pour intercéder en notre faveur auprès des dirigeants du groupe » concernant « des indemnités de licenciement dont le niveau se situe très largement au deçà de ce qui se pratique habituellement chez Honeywell, en Europe de l’Ouest », peut-on encore lire dans ce courrier adressé à l’Élysée.

Le 24 juillet 2018, le chef de cabinet de l’Élysée lui répond qu’il prend « bonne note » de ce courrier qu’il transmet au ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire. Le 7 août 2018, le chef de cabinet de Bruno Le Maire répond à son tour que « le ministre a pris bonne note des éléments (…) communiqués et a demandé à la délégation interministérielle aux restructurations d’entreprise et à la direction générale des entreprises de faire le point sur ce dossier.

Vous serez directement informé de la suite qui pourra lui être réservé », explique le ministère de l’Économie. « Je n’ai eu aucune nouvelle… », témoigne auprès de la cellule investigation de Radio France l’un des salariés à l’origine de l’envoi de ce courrier.

Contactée, la présidence de la République ne fait aucun commentaire. « C’est le temps de l’unité, pas de la polémique », souffle un proche de l’Élysée. Du côté du ministère de l’Économie, on assure « ne pas avoir eu les moyens d’empêcher une fermeture d’usine dans un secteur qui n’était pas alors considéré comme stratégique ».

Cette entreprise avait beaucoup de difficultés, elle avait perdu beaucoup de commandes. Ses effectifs ne permettaient pas à l’outil industriel de bien fonctionner.Un conseiller au ministère de l’Economie à franceinfo

« Ce n’est pas l’entreprise qui est en cause mais plutôt l’État qui a arrêté de stocker des masques, ajoute ce conseiller de Bruno Le Maire. Sans commande du ministère de la Santé entre 2010 et 2017, le site a été utilisé très en dessous de sa capacité. Si Honeywell avait eu une commande régulière de masques pour le compte de l’État, l’usine n’aurait pas fermé. »

« Ce message des salariés n’était pas une interpellation du chef de l’État demandant à conserver le site, souligne encore Bercy. Il s’agissait essentiellement d’une demande portant sur le niveau des indemnités de départ. Nous avons donc transmis à la Direccte [direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi] en lien avec le ministère du Travail. »

« À l’époque, la fermeture de l’usine a été considérée comme un non-évènement, s’indigne Serge Le Quéau, militant au syndicat Solidaires des Côtes-d’Armor. Jamais la question de l’utilité sociale de cette production de masques n’a été abordée. » 

C’est la logique du marché qui a prévalu. Fabriquer des masques à un moindre coût en Chine ou en Tunisie paraissait sensé pour nos responsables politiques et économiques. On voit bien aujourd’hui que c’est totalement absurde !Serge Le Quéau, du syndicat Solidaires à franceinfo

« Personne n’a rien fait lorsque notre usine a fermé, témoigne encore Coralie*, l’une des 38 personnes licenciées. C’est révoltant. On a eu l’impression qu’on nous laissait tomber. Quand je vois ce qui se passe en ce moment avec l’épidémie de coronavirus, je me dis que je devrais être en train de fabriquer des masques… « 

De l’artisanat à la mondialisation

« C’est une belle histoire industrielle qui se termine par un beau gâchis », commente, un brin désabusé, l’ancien maire de Plaintel, Joseph Le Vée. Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter à 1964, lorsque le Français Louis Giffard reprend l’activité de fabrication de chapeaux pour dames de son père.

Le secteur est alors en déclin. Un an plus tard, Louis Giffard se lance donc dans la production de masques anti-poussières. En 1971, il crée une société anonyme à Saint-Brieuc (baptisée FILGIF puis GIFFARD) et tente de s’inspirer de ce qui se passe aux États-Unis avec la société 3M qui écrase le marché. Dans les années 80, Louis Giffard quitte ses locaux à Saint-Brieuc pour s’installer à Plaintel.

« C’est l’époque où on commence à s’occuper plus sérieusement de la santé des salariés, explique l’ancien directeur général du site de Plaintel, Jean-Jacques Fuan. Il y a un essor important de ce qu’on a appelé les EPI, les équipements de protection individuelle. Mais la manière de produire des masques de Louis Giffard est assez artisanale.

Elle entraîne jusqu’à 30 % de rebut. » Après la mort de Louis Giffard, l’entreprise est vendue au groupe suédois Bilsom, en 1986. Elle est rachetée par le groupe français Dalloz en 1993 qui devient le groupe Bacou-Dalloz en 2001 (rebaptisé Sperian en 2003).

La production s’automatise et les normes se développent. « Nous vendions des masques dans le monde entier, se souvient Jean-Jacques Fuan, en Allemagne, en Angleterre, en Suède, à Taïwan, au Japon, en Amérique du Sud, aux États-Unis…

Lorsque je suis devenu directeur industriel du groupe en 2003, j’ai été chargé d’harmoniser les pratiques des 48 sites de production en Europe et en Afrique. Mon rôle a consisté à rationaliser les fabrications du groupe pour faire des économies d’échelle. » Jean-Jacques Fuan quitte le groupe Sperian, alors propriétaire de l’usine de Plaintel, en 2006.

Mais en Bretagne, on ne ressent pas encore l’effet des réductions des coûts. « Pour moi, ces années correspondent à une modernisation de l’entreprise, se souvient Alexandre*. C’est en 2010 avec Honeywell que tout bascule. »

Un licenciement économique « infondé »

La fermeture de l’usine de Plaintel était-elle vraiment inéluctable ? Les éléments recueillis par la cellule investigation de Radio France permettent d’établir que la reprise de l’usine bretonne par Honeywell en 2010 s’apparente plutôt à une opération financière sans réelle volonté de développer l’outil de production.

C’est ce que montre notamment un rapport d’audit financier confidentiel réalisé en 2018, peu avant la fermeture de l’entreprise bretonne. Selon les conclusions ce document, jamais révélé, jusqu’ici « le motif économique du plan de licenciement collectif est infondé »« La fermeture du site apparaît relever de motifs financiers et stratégiques bien plus qu’économiques parce que le résultat net est construit artificiellement », analyse le document.

Dire que le site de HSP (Honeywell Safety Products) Armor devrait fermer pour cause écono-mique est techniquement infondé… à moins de considérer que fournir un dividende par action et une valorisation boursière 2017 record (et supérieur à la moyenne des 500 entreprises cotées les plus représentatives du marché boursier américain) est un motif économique. Ce qui est plus que discutable. Extrait d’un rapport d’audit financier réalisé en 2018

« Il est évident que la fermeture du site de Plaintel ne permettra pas d’augmenter le dividende par action de 9 % comme annoncé par le nouveau CEO (Chief Executive Officer) du groupe, mais cela participe bien à la stratégie économique et financière globale du groupe », poursuit le texte.

Ce rapport d’audit note également « un changement de stratégie qui marginalise les masques au sein d’Honeywell Safety Products », la division de l’entreprise dont dépend l’usine de Plaintel. Honeywell « souhaite désormais se concentrer sur des activités davantage rentables, où il est leader et en avance dans la course technologique face à ses concurrents, explique le document. La priorité est de pousser l’offre sur les solutions connectées, à forte profitabilité. La priorité de la direction est de rationaliser la gamme et de se concentrer sur les marchés en forte croissance que sont l’Inde et la Chine. »

« Le groupe Honeywell n’a finalement jamais investi dans le site de Plaintel, constate encore le rapport d’audit. Les seuls investissements significatifs ont concerné un bâtiment de près de 20 000 m² largement sur-dimensionné. Les investissements en machines et outils de production ont été plus que limités depuis la reprise du site de Plaintel par Honeywell. (…)

La conséquence directe est que l’usine fonctionne depuis lors avec un outil vieillissant et aujourd’hui loin des performances des machines plus modernes. L’investissement incorporel (brevets notamment) a été inexistant et les dépenses de R & D [recherche et développement] n’ont pas concerné de réelles innovations mais presque exclusivement des homologations. Elles ont été largement financées par le Crédit impôt recherche.

Ces éléments viennent étayer le fait que le site de Plaintel n’a jamais été une entité stratégique pour le groupe, insiste le rapport, mais bien un complément non core [non essentiel] de sa gamme d’EPI [équipement de protection individuelle] et une source potentielle de revenus élevés en cas de pandémie.

Cela correspond tout à fait à la stratégie du groupe. Il n’investit que dans des marchés à forte croissance et à forte profitabilité puis accompagne ses activités matures sans investir jusqu’à arrêt ou cession de l’activité (..) Le marché du masque jetable reste en croissance et reste rentable à condition d’investir régulièrement dans ses outils de production et ses produits », ajoute le rapport d’audit.   

Honeywell Safety Products n’a investi, ni dans de nouveaux produits, ni dans de nouvelles capacités de production, ni même dans le simple renouvellement de l’outil productif. Le choix est fait de délocaliser la production vers un pays à faibles coûts de production, le site de Nabeul, en Tunisie.Extrait d’un rapport d’audit financier réalisé en 2018

Ce désinvestissement du groupe Honeywell est confirmé par les témoignages d’anciens salariés que nous avons recueillis. « Il y avait une stratégie claire de fermeture de l’entreprise, assure Damien*. Pour un groupe américain comme Honeywell, l’investissement doit forcément être remboursé par les bénéfices en six mois, c’est impossible !

Les investissements étaient donc interdits. Si on voulait lancer des nouveaux produits, c’était à nous de nous débrouiller, il n’y avait pas de crédit pour la recherche-développement. À l’époque de l’ancien propriétaire, le groupe Sperian, un nouveau masque sortait tous les quatre ans, j’en ai vu défiler trois. Avec Honeywell, aucun nouveau masque n’a été développé sur le site de Plaintel en huit ans. En fait, on cherche à faire mourir l’entreprise. »

« La période précédente a correspondu à une modernisation de l’entreprise, confirme Coralie*. Beaucoup d’innovations, la création d’un laboratoire et le renforcement du service recherche-développement. »

Avec Honeywell, notre travail a perdu tout son sens. Le groupe était obsédé par la fourniture d’indicateurs chiffrés. Nous étions constamment sous pression.Coralie, ex employée de l’usine de Paintelà franceinfo

« Nous avons découvert le système Honeywell, témoigne Antoine*. Ils appellent ça le ‘Honeywell operating system’, ce qui correspond en fait au lean management, c’est-à-dire : l’usine maigre. Le but est de supprimer tous les gaspillages à travers une multitude de procédures souvent ubuesques.

Réfléchir, c’était déjà commencer à désobéir. Il fallait appliquer les standards… même complètement idiots. Il y avait un système baptisé ’5 S’ qui établissait toute une série de règles pour un rangement poussé à l’extrême : chaque poubelle, téléphone ou même revue devait avoir une place bien déterminée. C’était du grand n’importe quoi. Honeywell appliquait également la technique du gemba, un mot japonais qui veut dire ‘sur le terrain’. Le but était de faire venir les managers en force au sein de l’usine, ce qui stressait énormément les salariés. »

« Honeywell surveillait constamment les stocks de matières premières, ajoute Damien*. Il ne fallait pas dépasser un certain niveau pour ne pas perdre de l’argent… parce qu’un stock, c’est de l’argent immobilisé. Et donc ce stock baissait régulièrement. Sauf que lorsqu’il fallait fournir des quantités importantes pour répondre à la demande d’un client, nous n’avions plus la capacité de le faire.

Le client devait attendre trois mois. Du coup, il allait voir ailleurs. C’était un cercle vicieux : faute de commandes notre production baissait, donc notre stock diminuait… ce qui faisait à nouveau diminuer la production. »

Pourtant, nous avions potentiellement une forte capacité de production pour le secteur hospita-lier. Nous avons pressé la direction du siège français d’envoyer des commerciaux auprès du monde médical pour nous ramener un chiffre d’affaires. Mais on nous a répondu que ce n’était pas possible, que notre cible était l’industrie… pas le secteur hospitalier. Antoine, un ancien employé de l’usine de Paintelà franceinfo

Une stratégie parfaitement assumée par le groupe américain. Ainsi, les catalogues de la firme américaine ne contiennent pas la gamme de masques Easyfit qui correspond aux masques utilisés en cas de pandémie. C’est ce qu’on constate dans le catalogue 2014-2015 ou 2016-2017 du groupe.

« Le fait qu’Honeywell n’essayait pas de vendre la totalité des produits que l’usine de Plaintel était en capacité de produire montre bien que le groupe voulait fermer le site, c’est tout, ajoute Antoine*. D’ailleurs, ils encourageaient les salariés à partir. Dès que l’effectif est descendu sous la barre des 50 personnes, ils ont lancé le go pour la fermeture. »

Contactée, la direction de la communication d’Honeywell explique que « le site n’a pas reçu de commandes suffisantes lui permettant de retrouver sa rentabilité et a accumulé des pertes financières importantes« . Elle ajoute que « la société n’a pas pu identifier d’acheteurs externes potentiels pour le site de Plaintel, et après un examen minutieux approfondi, il a été déterminé qu’il n’y avait pas d’autre option viable que de fermer nos installations« .

Des choix financiers contestables

Pourtant, les conclusions du rapport d’audit confidentiel de 2018 que la cellule investigation de Radio France a pu consulter montrent que le site de Plaintel était tout à fait être rentable. « L’activité d’Honewell de masques respiratoires jetables en Europe, dont celle de HSP (Honeywell Safety Products) Armor, est une activité rentable », peut-on lire dans ce document.

« Les comptes sociaux de HSP Armor n’en témoignent que partiellement dans la mesure où :

- Une partie (non négligeable) de la marge est captée par HSP Europe, l’entité de commercialisation du groupe pour ces produits.

- Les frais généraux intègrent des coûts de management, de services centraux, de top management, de commercialisation et de reporting bien supérieurs à ce que peut supporter une entité de moins de 5 millions de chiffre d’affaires et de moins de 50 personnes. »

Autrement dit : ce sont les choix financiers opérés par le groupe qui placent l’usine de Plaintel sous tension. Malgré cela, l’usine continue d’être profitable à Honeywell, constate encore le rapport d’audit. La « rentabilité économique [de l’usine] est avérée, peut-on lire dans le document, mais trop faible pour les standards du groupe » Honeywell.

« Une mort programmée »

« Ce qu’il faut bien comprendre c’est que l’usine de Plaintel n’avait pas accès directement au marché, explique Antoine*. Elle avait un unique client… c’était le groupe Honeywell. C’était lui qui fixait le prix d’achat des masques, donc si on ne rapportait pas assez d’argent, c’était de leur fait. Nous étions une goutte d’eau dans leur chiffre d’affaire. »

« Le groupe a construit une rentabilité très faible du site de Plaintel, estime l’avocat Laurent Beziz, qui défend plusieurs salariés licenciés. Le groupe fixait les prix très faibles auxquels étaient vendus les articles [c’est ce qu’on appelle les prix de cession ou prix de transfert] tout en effectuant des refacturations importantes de frais. Résultat : la rentabilité était forcément insuffisante. Tout ça était planifié, il s’agit d’une construction économique. La mort de l’usine de Plaintel était programmée. »

Ce point est également confirmé par l’audit réalisé en 2018 au sein de l’entreprise. « Avec une construction différente du compte de résultat, et notamment des prix de transfert, l’activité de HSPA aurait pu être bien plus profitable et dégager des résultats significatifs », conclut le rapport d’audit.

« Il y a eu un abus de l’employeur dans l’exercice de son droit de cesser son activité », estime encore l’avocat Laurent Beziz. C’est la raison pour laquelle plusieurs salariés contestent leur licenciement devant le tribunal administratif et le conseil de prud’hommes. Parmi eux se trouvent cinq salariés « protégés » (délégués du personnel et représentants syndicaux) dont le licenciement a été refusé par l’inspection du travail.

Quand le ministère du Travail déjuge l’inspection du Travail

Dans une lettre datée du 22 janvier 2019 que la cellule investigation a pu consulter, l’inspecteur du travail de Saint-Brieuc estime que « le motif économique invoqué à l’appui de la demande de licenciement n’est pas avéré » estimant que « la seule volonté de majorer le profit de l’entreprise n’entre pas dans la définition des difficultés économiques. »

Le 17 juillet 2019, la direction générale du travail désavoue l’inspection du travail, validant ainsi le licenciement économique de cinq salariés protégés de Plaintel. « Si une partie des moyens de production ont été déménagés en Tunisie afin d’être réutilisés par une autre entité du groupe, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une entité juridique distincte de l’entreprise HSAP (Honeywell Safety Products Armor), estime la direction générale du Travail.

De fait, la cause économique invoquée par l’employeur, à savoir la cessation totale et définitive de l’entreprise, doit s’apprécier au niveau de l’entreprise. Il est constant que la cessation totale et définitive de l’entreprise constitue une cause économique autonome sans qu’il n’appartienne à l’autorité administrative d’examiner la réalité d’éventuelles difficultés économiques rencontrées par l’entreprise en amont de la décision de cesser son activité. »

Autrement dit : l’État n’a pas à interférer dans la décision, souveraine, d’Honeywell. « Nous contestons l’analyse du ministère du Travail, commente l’avocat des salariés, Me Beziz, il s’agit bien d’une délocalisation. » Contacté, le ministère du Travail n’a pas souhaité réagir. Quant à l’avocat d’Honeywell, Philippe Gautier, il n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.

Faire revivre l’usine de Plaintel ?

« Avec cette crise du coronavirus, les vieux logiciels de compréhension doivent être modifiés, estime Serge le Quéau du syndicat Solidaires des Côtes-d’Armor. Il faut que l’État et surtout les citoyens et les salariés se réapproprient collectivement certains moyens de production essentiels à l’intérêt de la nation. » Avec d’autres, comme l’ancien directeur général du site de Plaintel, Jean-Jacques Fuan, Serge Le Quéau plaide pour une reprise de l’activité de l’usine à travers une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC).

L’idée avait été portée en 2001 par l’ancien secrétaire d’État à l’Économie sociale et solidaire du gouvernement Jospin, Guy Hascoët. Ce dernier est désormais en contact direct avec la présidence de la région Bretagne. « Ça va être la guerre sur les tarmacs d’aéroport autour des masques, estime Guy Hascoët.

Alors que nous avons besoin de 40 millions de masques par semaine et que nous ne sommes même pas à dix en production hexagonale, il faut pousser le plus vite possible toutes les capaci-tés pour se prémunir des épisodes à venir.

Dans une situation d’extrême urgence, la Société coopérative d’intérêt collectif est le seul méca-nisme qui permet à tous les Bretons de prendre des parts sociales au capital de l’usine devenant ‘leur’ projet tout en échappant à la loi de la concurrence du marché. Si on a la possibilité de faire sortir un million de masques par jour d’ici six mois, il ne faut pas se poser de question. Cette compétition mondiale va être cruelle. »

Il n’y a plus ni l’outil, ni le bâtiment, ni les machines. Donc ça ne va pas repartir d’un coup de baguette magique. Joseph Le Vée, ancien maire de Plaintel à franceinfo. Le site de l’usine de masques de Plaintel a été réoccupé par l’entreprise Bio Armor, « spécialisée dans les produits naturels pour la nutrition, l’hygiène et l’environnement de l’élevage ».

« Il y a des friches industrielles et des locaux disponibles dans la région pour relancer l’activité de l’usine, estime de son côté Serge Le Quéau. Les machines ont été détruites mais elles ont été fabriquées par une entreprise bretonne. Si de l’argent se débloque, on peut les reconstruire. Beaucoup d’anciens de Plaintel n’ont pas retrouvé de travail. Le savoir-faire est toujours là. »

Après la crise, il faudra mettre au grand jour l’histoire de cette société et pointer les manques et les très mauvais choix qui ont été faits mais aussi désigner les responsables.Joël Labbé, sénateur écologiste du Morbihanà franceinfo

Ces derniers jours, le groupe américain Honeywell a annoncé qu’il ouvrait une usine à Rhodes Island pour faire face à la demande de masques aux États-Unis. « Une information assez dérangeante« , commente l’ancien président de Plaintel, Roland Fangeat.

*Les prénoms ont été modifiés

Benoît Collombat  04/04/2020

https://www.francetvinfo.fr/

Lire aussi:

Plaintel: l’usine de fabrication de masques pourrait-elle un jour rouvrir ?

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05 avril 2020 ~ 0 Commentaire

fascistes catalans (el diario)

catalunya

Fascistes catalans: peu nombreux, mais protégés

L’historien José Fernando Mota radiographie le monde de l’extrême droite espagnoliste dans la Barcelone républicaine dans  « Vive la Catalogne espagnole! »  Histoire de l’extrême droite dans la Barcelone républicaine
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L’auteure-compositrice Mary Focela fut acclamée lorsqu’elle chanta suivie par un puissant « Je me bats comme une lionne au cri de « Viva España », c’est que le sang de Malasaña qui coule dans mes veines ». C’était en 1919, l’année de la grève du magasin « La Canadienne » et les protofascistes de la Ligue Patriotique espagnole applaudirent avec rage les paroles  qui rejetaient le «séparatisme catalan», la première tentative d’autonomie de la région.
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Barcelone était une ville agitée. La droite se sentait faible face à l’avancée du républicanisme, de l’anarcho-syndicalisme et du nationalisme catalan. La même année, les Syndicats Libres voient le jour, tandis que les bandits armés par les patrons protégés par le pouvoir se développent. Quatre ans plus tard, la dictature de Primo de Rivera -  saluée par la droite catalane de Francesc Cambó – fut la réponse à la vague révolutionnaire.
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Sans l’aide du pouvoir, l’extrême droite catalane, pendant la première moitié 20è siècle n’aurait pu quitter les loges des théâtres ou le quartier de Can Ràbia, où se trouve le stade du Real Club Deportivo Español (L’Espanyol est le concurrent du Barça « nationaliste » blog) . Comme une plante délicate, l’extrême droite catalane a toujours eu besoin des soins du pouvoir politique, économique, judiciaire ou militaire.
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Mais elle était toujours incapable de prospérer à des moments favorables. Elle ne sut pas profiter de l’impulsion de la dictature de 1923-1929 avec la création de l’Union Patriotique Espagnole (UPE) de Primo de Rivera. Les extrémistes de droite n’ont pas non plus réussi à rentabiliser politiquement la suspension de l’autonomie catalane après les Fets d’Octobre 1934.
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Près de deux ans plus tard, lorsque le soulèvement fasciste de juillet 1936 a éclaté, ses troupes ne dépassaient pas les 4 000 à Barcelone et parmi eux, 1 000 seulement pouvaient être considérés comme des militants. La plupart étaient orientés carlistes (plus de la moitié), puis il y avait les monarchistes et  la Falange espagnole.
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José Fernando Mota Muñoz publie une excellente radiographie de ce monde dans lequel se mouvaient monarchistes, falangistes, juges, militaires, policiers et réactionnaires de tout poil.
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L’auteur plonge dans l’époque et recrée les lieux de rencontre: le café de la Rambla; la Maison Dorée sur la Plaça Catalunya; le bar étudiant sur la place Universitat; la taverne andalouse de la Carrer de les Heures; le Celler Bohemi de Conde del Asalto (aujourd’hui Nou de la Rambla); ou le bar Orozco sur la rue Valdonzella.
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Mais en plus des complots de loisirs, l’extrême droite avait une claire division sociale du travail. La main-d’œuvre activiste était principalement fournie par le carlisme – divisé mais numériquement important – l’argent par les monarchistes, toujours avec d’élégantes cravates vertes, fréquentant le café Mirza, dans le Paseo de Gràcia.
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Jusqu’à l’arrivée de la Falange – qui voulait introduire la nouveauté de la fidélité militante – la promiscuité entre partis réactionnaires était à l’ordre du jour. L’idéologie n’était pas un élément décisif, ce qui importait vraiment, c’était d’être prêt ou non à agir. Il y a eu de véritables champions de cet « oeucuménisme » idéologique. René Llanas de Niubó, un antisémite éminent, était un exemple vivant de cette « fraternité » d’extrême droite.
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Des monarchistes comme José Bertran Güell ou Pedro Bosch déjà en septembre 1931 avaient comploté avec les crypto-fascistes de la Peña Ibérica en faveur d’une dictature militaire qui permettrait au roi de revenir.
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Domingo Batet – fils du général fusillé par Franco – a couvert de son poste de directeur des Cementos Sansón, à Sant Feliu de Lobregat, d’anciens militants des syndicats libres, membres de la Peña Ibérica et des réactionnaires en général. Le pouvoir de l’argent a toujours été derrière ces organisations patriotiques qui n’ont trouvé aucun terrain fertile dans la Barcelone révolutionnaire.
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Le manque de soutien social – jusqu’à ce que les militaires décident d’intervenir en 1936 – a fait du rôle de l’extrême droite catalane, plus qu’une action patriotique, une bouffonnerie. Les plans de complot ratés peuvent être comptés par dizaines, comme la tentative d’assassinat de Niceto Alcalá Zamora le 6 avril 1932. Les extrémistes voulaient à l’enterrement d’Alcalá Zamora, tuer Manuel Azaña. Le général Barrera n’a amené aucune troupe dans la rue et les pistolets rouillés que l’épouse du journaliste Feliciano Baratech Alfaro avait nettoyés chez lui, n’ont pas fonctionné. Tout cela s’est terminé en farce.
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Les Ibèricos ont été la force de choc des actions les plus agressives. Ils sont nés en 1925 dans la chaleur des gradins de « L’Espanyol ». Les traditionalistes avaient déjà créé des clubs de football, comme le Sport Club Olotí ou le Flor de Lis FC à Manresa. Sous le nom de Grups Esportius Ibèria, se dissimulait la force de choc de la jeunesse traditionaliste. Les fondateurs de la Peña Iberica – dont l’objectif était de se confronter au catalanisme, à la république et au syndicalisme révolutionnaire – étaient des amoureux de la dialectique des poings et des pistolets.
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Dans leurs rangs se trouvaient des traditionalistes tels que Francisco Palau, le fondateur des JONS, José María Poblador ou Domingo Batet susmentionné. Les combats et les coups de poing dans les tribunes ont commencé à être sa spécialité, surtout lorsque l’Espagnol a affronté le Barça, son plus grand rival, orienté vers le catalanisme dans la Lliga.
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Le prologue épique fut le dimanche 23 novembre 1924, dans le « Derby de la Calderilla ».Dans ce monde complexe et minoritaire de l’extrême droite catalane, les alliances étaient aussi courantes que les divorces. La Peña Ibérica, par exemple, a également servi pour le Parti Nationaliste Espagnol de José María Albiñana. La Falange Españole a voulu être l’exception à cette promiscuité organisationnelle.
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José Antonio Primo de Rivera, voulait attirer les masses laborieuses qui soutenaient la CNT et donc remplir sa « révolution » d’un contenu authentique. Pour ce faire, il avait besoin d’un discours qui se tenait clairement en marge ou contre le monde de droite habituelle.L’échec fut total. Ni l’uniforme des travailleurs de Falange – la chemise bleue – ni le discours anti-bourgeois n’ont impressionné les travailleurs catalans. La Falange restait était toujours minoritaire et l’anarchosyndicalisme la force hégémonique.
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En juillet 1936, la Falange a fini par rejoindre le coup d’État militaire.Les tensions n’étaient pas rares dans l’organisation de Jose Antonio Primo de Rivera, le fondateur lui-même devait remettre de l’ordre. L’avocat Roberto Bassas et l’homme d’affaires José Ribas Seva n’ont jamais été d’accord avec l’écrivain Luys de Santa Marina à la tête du parti en Catalogne. C’était l’éternel débat militant entre action et réflexion. Même le catalan est deve-nu un facteur de division, puisque Santa Marina leur a reproché – Bassas et Ribas – de le parler entre eux.
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Bien qu’étant une minorité, l’extrême droite n’a pas manqué de juges et de policiers. Parmi ces derniers se trouvait Juan Segura Nieto, militant d’extrême droite, anti-catalaniste et partisan de l’Espanyol qui a été à une Diada (fête nationale), un pistolet à la main, lors d’une manifestation qui criait « Visca Catalunya lliure y Mori Espanya! ».
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Segura a organisé, en tant que fonctionnaire, la section du Parti Nationaliste Espagnol du Dr Albiñana à Castellón, où il avait demandé son transfert depuis que la Generalitat avec l’indépendantiste Miquel Badia avait la charge de commissaire à l’ordre public.Sous le mandat du célèbre Capità Collons, les anarchistes, les Falangistes et les Requetes ont été fréquemment battus dans les commissariats de police. Un changement en Catalogne, où il y avait des tas de policiers qui sympathisaient avec les fascistes ou, qui comme Segura, fermaient  les yeux sur l’extrême droite ou même leur fournissaient des armes.
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La justice n’est pas non plus étrangère à cette situation d’asymétrie. L’aide aux droitiers a été fréquente par des personnalités telles que José Luis de Prat Lezcano, procureur de la Cour de cassation de Catalogne – du côté du CEDA de Gil Robles, fondamentaliste catholique et capitaine de créserve.
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Le juge Agustín Altés et son fils le procureur Juan Antonio Altés, tous deux contributeurs falangistes comme le magistrat Manuel Montero Alarcia. La serre où prospérait l’extrême droite était complétée par l’armée, avec de nombreux monarchistes et autres conservateurs en général qui ont géré le complot civil de l’extrême droite. Jusqu’à ce qu’ils portent le coup final.
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La faible participation civile – environ 300 personnes, selon Mota – donne un aperçu de la faiblesse de l’extrême droite dans le soulèvement militaire de Barcelone. Sur les 532 décès enregistrés le 19 juillet dans la capitale catalane, 47 étaient des civils et sur les 1 679 blessés, 50 étaient des civils qui avaient rejoint l’armée.
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Après la guerre, l’Espagnol  inaugura le 29 octobre 1943 un monument à ses membres tombés  «pour Dieu et pour l’Espagne». Seuls 62 noms sont apparus parmi les tués, ce qui représenterait – selon l’auteur – 10% du club de 1936.
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Francesc Valls 04/04/2020
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¡Viva Cataluña española! Histoire de l’extrême droite dans la Barcelone républicaine (1931-1936) Publications de l’Universitat de València, 2020.
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Commentaire:
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Humour: le club « Espagnol » (Español) se nomme actuellement « Espanyol » en catalan.

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03 avril 2020 ~ 0 Commentaire

jean-paul sénéchal (l-c-r npa)

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Nous apprenons le décès de Jean-Paul Sénéchal  qui fut membre de la LCR puis responsable Sud Santé avant de reprendre ses études et de présenter une thèse sur le Front Populaire.

Toutes nos condoléances à sa famille

Hommage à Jean Paul Sénéchal

Notre ami et camarade Jean Paul Sénéchal vient de nous quitter ce 1er avril 2020, après un dernier combat, difficile, contre le cancer.

Dans les années 80, il a été un militant très actif de la Ligue Communiste Révolutionnaire à Quimper. Au moment où celle-ci décide de s’implanter de façon volontariste dans les entre-prises, il enlèvera de son CV ses diplômes universitaires et se fait embaucher comme balayeur à l’Hôpital Laennec de Quimper (le Centre Hospitalier Intercommunal de Cornouaille).

Il entre à la CGT, et doit alors faire face au sectarisme de certains responsables forts peu démo-crates, il finit par gagner de l’audience et accède à la direction de la section CGT. En 1989, se crée le premier syndicat Sud, aux PTT, puis dans d’autres secteurs comme l’Éducation … En juin 1999, c’est à partir le l’hôpital de Quimper que les déçus de la CGT, Jean Paul en tête, créent Sud Santé Sociaux, rejoints par d’autres militant.e.s syndicaux de l’EPSM Gourmelen.

Il jouera aussi un rôle très important dans la structuration de l’interprofessionnel. Le syndicat Sud Santé Sociaux 29 deviendra l’un des plus importants syndicats de Solidaires dans le Finistère et Jean Paul participera activement à toutes les batailles du quotidien dans son hôpital, en défense de celui de Carhaix et des hôpitaux de proximité, pour les retraites ou encore contre le licenciements lors des grandes manifestations des “Bonnets Rouges”.

Passionné d’informatique, il l’était aussi d’histoire, particulièrement de celle du mouvement ouvrier. Il a travaillé avec Jacques Kergoat économiste et dirigeant de la LCR , auteur de livres sur la social-démocratie, qui l’a poussé à écrire.

En 1987, sortira aux Éditions Skol Vreizh un premier livre : « Images du Front Populaire Finistère 1934 – 1938 », livre dédié à Pierre Guéguin, maire communiste de Concarneau et à Marc Bourhis militant trotskyste, tous les deux fusillés par les nazis le 22 octobre 1941 à Châteaubriant.

En 2016, à l’occasion des 80 ans du Front Populaire, un collectif d’une dizaine d’historiens, parmi lesquels Jean Paul Sénéchal, publie un livre: « C’était 1936, le Front Populaire vu de Bretagne ». Tout en continuant à travailler à l’hôpital, tout en continuant à militer syndicalement activement, Jean Paul travaillera de longues années à une thèse de doctorat qu’il réussira avec succès.

De sa thèse de 1400 pages, sortira un livre dans la collection Histoire des Presses Universitaires de Rennes : « Finistère du Front Populaire 1934 – 1938. Lutte pour l’hégémonie et logique de blocs. » Cet ouvrage analyse l’impact du Front Populaire sur le Finistère, département rural fortement marqué par la question religieuse.

Le balayeur devient docteur en histoire et chercheur associé au Centre de Recherches Bretonne et Celtique (CRBC) spécialisé dans l’étude des crises sociales et politiques.

Jean Paul aura lutté jusqu’au bout comme syndicaliste mais aussi comme militant anticapitaliste et révolutionnaire, adhérent à la Quatrième Internationale. Très malade, il est hospitalisé dans les conditions scandaleuses dans lesquelles les politiques libérales ont réduit l’hôpital. De son brancard, dans le couloir, il trouve le courage pour contacter la presse et dénoncer la situation faite aux patients.

Jean Paul était en retraite depuis le 1er février 2020, il avait 64 ans. Nous pensons à Claude avec qui il a partagé sa vie, à ses deux enfants Marine et Tanguy que nous assurons de notre soutien. Jean Paul, nous ne t’oublierons pas et continuerons ton combat internationaliste et anticapitaliste pour la justice sociale et un monde meilleur.

NPA 29

Jean-Paul Sénéchal était un syndicaliste à Sud et militant révolutionnaire et anticapitaliste, il avait été des combats pour la défense de l’hôpital public, et actif au sein du comité de défense de l’hôpital de Concarneau.

Depuis quelques années, il s’était engagé pleinement dans sa passion de l’histoire, écrivant une thèse d’histoire contemporaine sur le Front Populaire dans notre région qu’il avait adaptée dans un ouvrage collectif d’abord à travers un article développé et très intéressant « Front contre blocs: luttes hégémoniques dans le Finistère au moment du front populaire  » (C’était 1936. Le Front populaire vu de Bretagne, sous la direction d’Erwan Le Gall et François Prigent, éditions Goater, 2016), puis dans l’adaptation pour le grand public de sa thèse: Finistère du Front populaire. 1934-1938. Lutte pour l’hégémonie et logique de blocs, PUR, 2018.

Deux ouvrages qui ont permis de faire avancer la connaissance de l’histoire de la gauche, du mouvement ouvrier, et de la fin des années 1930 dans notre région.

Jean-Paul Sénéchal était venu le 14 mai 2019 faire une conférence passionnante dans le cadre des Mardis de l’éducation populaire du PCF Morlaix. Nous lui avions été reconnaissants de son travail de passeur et de pédagogue talentueux sur l’histoire politique de notre région, un travail où, bien évidemment, ses valeurs militantes se retrouvaient aussi même si son point de vue était sérieux, distancié et objectif.

Nous sommes peinés par sa disparition et voulons exprimer toute notre sympathie à sa famille et ses amis.

Son action et sa personne laisseront une empreinte forte dans le département et le monde militant.

Ismaël Dupont

Source: Le Chiffon Rouge PCF Morlaix

http://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr/

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31 mars 2020 ~ 0 Commentaire

manolis glezos (el-diario npa)

Mort d’une magnifique figure de la gauche antifasciste grecque, Manolis Glezos

La mort de Manolis Glezos était attendue : depuis l’automne dernier, la santé de ce formidable militant de toutes les justes causes s’était fragilisée et ses 98 années de résistance ne suffisaient plus face à l’épuisement de l’organisme.

Un combattant antinazi

Pourtant, cette mort, intervenant qui plus est dans une période où l’immense hommage populaire attendu ne peut lui être aujourd’hui rendu, a quelque chose d’injuste : Manolis le résistant anti-nazi qui arracha le drapeau nazi de l’Acropole avec son camarade Santas n’aura pas pu voir envoyée en prison toute la clique des assassins de Chryssi Avgi (Aube Dorée), le procès de ces nazis nostalgiques d’Hitler a pris un énorme retard du fait des prétextes des accusés pour susciter des ajournements.

Il n’a pas pu non plus connaître l’épilogue d’un combat qui lui tenait à cœur : voir verser les réparations de guerre dues par l’Allemagne à la Grèce, un des pays les plus ravagés par la barbarie nazie, cause des centaines de milliers de mort de l’hiver 1941, des massacres de petites villes et villages, les horreurs les plus terribles étant celles des massacres de Kalavryta et de Distomo, équivalents pour la Grèce au massacre d’Oradour sur Glane, des convois de dizaines de milliers de juifs vers les camps de la mort.

Face à l’acharnement du ministre allemand Schaüble à vouloir réduire la Grèce jusqu’au fond de la misère, Glezos avait alors rappelé l’incroyable cadeau offert par le capitalisme à l’économie allemande à genoux pour se reconstruire aux dépens de la Grèce martyre : la dette d’alors représentait une bonne partie de l’endettement infligé récemment à la Grèce des memorandums et de la troïka. Glezos n’a jamais abandonné ce combat face à l’impérialisme allemand qui était soutenu par toute la bourgeoisie européenne, française et grecque notamment.

Un combattant des injustices sociales

Mais le plus triste, c’est certainement que Manolis Glezos n’aura pas pu voir ce qui correspondait à l’engagement de toute sa vie, pour lequel il aura payé en termes de multiples arrestations, exils et même condamnation à mort – De Gaulle était intervenu en faveur du « premier partisan » de l’Europe.

Car la vie de Glezos, c’est une bataille constante pour le socialisme, contre toutes les injustices sociales, pour le progrès, ce qui l’a amené à militer dans le KKE (PC grec), aux côtés du Pasok (PS grec), à Syriza, et à chaque fois, à quitter ces partis quand il jugeait qu’ils abandonnaient l’idéal socialiste ou même progressiste.

Toutefois, loin d’avoir fait de lui un esprit chagrin, cette trajectoire a fortifié l’infatigable résistant dans un optimisme sans illusion, et surtout dans une ouverture d’esprit qui fait de Glezos une figure bien rare en Grèce chez les dirigeantEs de la gauche : un militant opposé à tout sectarisme, qui pouvait discuter aussi bien avec ses anciens camarades du Pasok qu’avec notre camarade Yannis Felekis.

Dans la situation actuelle de la gauche grecque, qui se cherche après le traumatisme de l’expérience Syriza et de l’incapacité de la gauche anticapitaliste à peser à gauche, ce sont des traits politiques de premier ordre, indépendamment de tout désaccord qu’on pouvait avoir avec Manolis Glezos sur ses engagements partidaires.

Un combattant écosocialiste

Et ce qu’il faudra retenir aussi de cette figure rayonnante de la gauche, c’est aussi sa volonté quasiment écosocialiste avant l’heure de refuser la très polluante hyperconcentration athénienne de la vie administrative et culturelle.

Longtemps maire du bourg rocheux d’Apeiranthos, isolé sur la côte est de l’ile de Naxos, il avait fait en sorte que s’y développe une vie associative (association de femmes produisant et vendant leurs productions artisanales) et culturelle, avec entre autres réalisations un musée géologique et un musée d’histoire naturelle créé en 1996 et dont le message était déjà de tout faire pour préserver la faune et la flore contre la barbarie du profit.

Comme le proclame l’hommage du regroupement Synantisi (Rencontre pour une gauche anticapitaliste et internationaliste) à ce vieux camarade resté si simple et si énergique après une vie militante aussi intense : « Bon voyage, camarade Manolis, tu nous quittes comme tu as vécu, debout ! Tu seras toujours vivant dans nos cœurs et nos combats! »

Mardi 31 mars 2020  A. Sartzekis

https://npa2009.org/

manolis

Manolis Glezos, le partisan grec qui a arraché la svastika de l’Acropole est mort

Glezos, qui a enlevé le drapeau nazi le 30 mai 1941 avec Apostolos Santas, décède à 97 ans

C’est l’un des plus grands symboles de la rébellion partisane et de la résistance contre le nazisme. C’était le 30 mai 1941 et le drapeau nazi a disparu de l’Acropole, d’où il sagitait depuis le 27 avril 1941 comme synonyme de la domination nazie en Grèce.

« Où étais-tu? » J’ai ouvert ma chemise et j’ai montré un morceau du drapeau de l’Acropole « . Manolis Glezos (1922-2020) avec son ami Apostolos Santas (1922-2011) dans le documentaire « Le dernier partisan », sur sa longue vie politique, marquée par cet événement alors qu’il n’avait que 19 ans.

Glezos est décédé ces 97 ans d’une insuffisance cardiaque, et avec lui le dernier protagoniste de la résistance au nazisme en Grèce.

Il a été partisan, en prison et en exil pendant la dictature après la Seconde Guerre mondiale, a échappé à 2 condamnations à mort, condamnant le militant du Front de Libération Nationale et du KKE (PC grec) pendant la guerre, puis de la Gauche Unitaire Démocratique (EDA), a été le maire de sa ville natale – Apirantos–, député – avec le PASOK et Syriza– et Eurodiputé –Syriza–, jusqu’en qu’en 2015, puis il a démissionné pour faire partie d’Unité Populaire, une scission de Syriza à la suite du troisième plan d’austérité grec. A Apiranthos, sur l’île de Naxos, au milieu de la mer Égée, il a donné refuge à la famille du portugais Otelo Saraiva de Carvalho, homme clef de la Révolution des Oeillets au Portugal.

L’action du 30 mai 1941, « fut le signal patriotique, le fusible qui activa la résistance armée grecque contre l’Allemagne d’Hitler. Aujourd’hui, 74 ans après ce geste, Glezos reste incorruptible, fidèle à ses principes ».

L’action de Glezos et de Santas a inspiré les grecs, signal pour tout le peuple résistant à l’occupation et les a élevé à la catégorie de héros antinazis internationaux. Le régime nazi a répondu en les condamnant à mort, mais  ils étaient hors de portée.

Glezos a été arrêté par les forces d’occupation allemandes le 24 mars 1942 et a été soumis à l’emprisonnement et à la torture. À la suite de cela, il a été atteint de tuberculose. Par la suite, il a été arrêté le 21 avril 1943 par les forces d’occupation italiennes pour trois mois de prison.

L’idée d’enlever le drapeau nazi était « instinctive », se souvenait Glezos: « L’accès à l’Acropole était gardé par des soldats allemands: j’ai découvert dans des livres d’histoire l’existence d’une grotte qui pénètre dans le rocher depuis la base et se termine en haut, la même route qu’ont utilisé les Perses 500 ans AVJC pour prendre la ville.

Avec une lanterne et un couteau comme seuls outils, Santas et Glezos ont décidé de monter dans la nuit du 30 mai. Santas d’un côté et Glezos de l’autre côté, ils se sont retrouvé au pied du mat. Ils ont coupé la corde mais la toile n’est pas tombée. Elle était attaquée à une hauteur de 15 mètres. Ils ont réussi à décrocher le câble.

Du drapeau, d’un mètre sur quatre, ils ont pris un bout chacun, comme preuve. Le reste ils l’ont jeté dans un puits sec à proximité et sont partis. L’opération a duré plus de trois heures.

Mais Glezos, ne voulait pas être appelé « héros », il réservait cette distinction à son petit frère, Nikos, exécuté par des collaborateurs des allemands à Kaisarianí, à la périphérie d’Athènes, en mai 1944, il avait caché un message à l’intérieur de sa casquette.

« Sur le chemin de la place où avait lieu l’éxécution, le jeune homme avait lancé sa casquette par la fenêtre de l’autocar »: « Un ami l’a trouvée et l’a donnée à sa famille; l’objet que Glezos gardait avec plus d’amour. Nikos disait: « Chère Mère. Je t’envoie un message de souvenir. Aujourd’hui ils vont me tuer. Tombé pour le pueple grec. 10-5-44″.

Andrés Gil 30/03/2020

https://www.eldiario.es/

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27 mars 2020 ~ 0 Commentaire

la taupe (daniel tanuro)

taupe

Reconnaissons notre vieille amie la taupe…

Le vieux Marx disait que « Toute économie se réduit en dernière instance à une économie du temps » (je cite de mémoire).

L’économie capitaliste se réduit en dernière instance à un vol du temps de travail non payé, soit sous la forme du temps de travail salarié non payé – le temps producteur de plus-value, – soit sous la forme du temps du travail domestique gratuit – que le patriarcat impose principalement aux femmes – et qui contribue à baisser la valeur de la force de travail.

En temps normal, l’immense majorité des exploité.e.s et des opprimé.e.s subit cette réalité, et nombreux sont celles-ceux qui la trouvent même incontestable, voire nécessaire. Il va de soi que cette soumission est indispensable à la stabilité du capitalisme.

Or, la lutte contre la pandémie tend à modifier la situation.

On peut distinguer trois niveaux:

Le premier niveau est celui des personnels de la santé, de l’alimentation, du ramassage des ordures, du nettoyage, etc. Là, pas de crise du sens du travail, au contraire: les gens savent parfaitement que leur activité est utile à la société, indispensable même.

Par contre, ils ont une conscience de plus en plus aiguë du fait que la société n’investit pas suffisamment dans cette activité vitale, que leurs revenus sont trop bas, qu’il n’y a pas assez de personnel, etc. Bref, ils et elles touchent du doigt le fait que le capitalisme est bâti prioritairement sur la sphère productive de valeur abstraite, la sphère des soins étant pour lui secondaire.

Le deuxième niveau est précisément celui des gens obligés de travailler dans des secteurs non essentiels parce que ces secteurs sont productifs, et qui se voient du coup exposés à la maladie.

Pour cette partie de la classe travailleuse, la situation tend à dissiper toutes les illusions sur le sens du travail et la hiérarchie au sein des classes populaires: en dernière instance, ces salariés ne sont que de la « chair à patrons » (comme disent les camarades italiens) – des appendices des machines qu’on ne peut pas déplacer, de sorte que le télétravail est impossible..

Le troisième niveau est celui de celles et ceux qui sont confiné.e.s en télétravail, ou qui ne peuvent plus exercer leur travail (les femmes de ménage par exemple, ou les employé.e.s du commerce).

Le confinement est évidemment une épreuve, dont la pénibilité augmente quand le logement est petit, qu’on est seuls, ou avec un homme violent, ou avec des enfants, sans terrasse ni jardin, etc. Cependant, même en cas de contrôle pointilleux du télétravail, on est pour ainsi dire dans le temps face à soi même, aux proches, aux tâches quotidiennes, et cela soulève des questions de fond sur le sens de cette « économie du temps » qui s’appelle le capitalisme.

Nos gouvernements luttent contre la pandémie selon des stratégies capitalistes néolibérales.

Je veux dire par là que leur objectif est de juguler la maladie en nuisant le moins possible à la production et en évitant au maximum la remise en cause de l’austérité dans le secteur reproductif (les soins). En d’autres termes, ils veulent la juguler sur le dos des 99%…

La contradiction de cette politique est que, dans les trois secteurs cités, elle favorise une prise de conscience de la brutalité et de l’absurdité du système que les possédants s’acharnent à défendre.

Je mets ma main à couper que ce sont des considérations de ce genre – des considérations sur la nécessité d’un encadrement social strict par la discipline du travail – qui amènent à dénoncer celles et ceux qui « abusent du chômage économique ».

Mais les appels de ce genre ne résolvent évidemment rien, au contraire: ils approfondissent la crise d’hégémonie capitaliste.

Je ne sais pas comment tout cela peut évoluer, mais il se passe quelque chose de très profond, et c’est bien intéressant… Pour citer encore une fois le vieux barbu:

« Nous reconnaissons notre vieille amie la taupe… »

Daniel Tanuro (membre de la Gauche Anticapitaliste Belgique)

https://www.anti-k.org/

Commentaire:

Marx comparait la Révolution à une taupe.

 

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26 mars 2020 ~ 0 Commentaire

donatien laurent (le peuple breton)

Donatien Laurent, au cœur de la tradition orale

Donatien Laurent est décédé la nuit dernière.

Dans un ouvrage collectif publié aux PUR (Presse Universitaires de Rennes), une pléiade d’universitaires rendaient hommage au directeur de recherche du CNRS, ancien directeur du CRBC (Centre de recherche bretonne et celtique) et fondateur du département d’ethnologie à l’ Université de Bretagne occidentale.

« Chercheur internationalement reconnu pour ses travaux sur les chants du Barzaz Breiz de Théodore Hersart de la Villemarqué, pour ses contributions à la connaissance de la littérature orale bretonne… ».

Cet été [2009], comme un écho indirect à cet hommage, paraissait chez Coop Breizh Régis Huiban 1732, un CD « fresque sonore, confrontant la matière traditionnelle au jazz, à partir d’une histoire vieille de trois siècles, celle de l’assassinat d’un paysan ».

Il s’agit de la gwerz relatant le meurtre de Loeiz er Ravaleg, enregistrée par Donatien Laurent, en 1966, auprès de Marie Huilliou, pratiquement in extenso la version collectée par La Villemarqué.

La controverse, plus idéologique que scientifique, sur l’authenticité du Barzaz Breiz s’en est trouvée du même coup dégonflée. Ce CD donne aussi l’occasion de rappeler que Donatien, comme nous sommes nombreux à l’appeler, a joué un rôle important dans le renouveau musical breton de la fin des années cinquante et du début des années soixante.

Donatien est né en 1935. Mais ce n’est qu’après la guerre (39 45) que celui-ci découvrira véritablement le pays et la mer, et d’abord dans la maison familiale du Conquet. De sa mère, originaire de Loire-Atlantique, il héritera du goût pour la musique et d’une oreille musicale particulièrement fine.

Dès l’adolescence, il se met à l’étude de la langue, seul au départ, puis à Ker Vreizh avec Kerlann. Ne se sentant « pas parisien du tout », il est en décalage par rapport au monde qu’il côtoie, à commencer par ses camarades de classe.

A Paris, comme nombre d’autres acteurs du renouveau culturel breton, il fréquente les cercles Nevezadur, Jabadao, y rencontre beaucoup de monde, Yvon Palamour, René Henry, Pierre Le Padellec…

Sur les conseils de sa famille qui doute de la possibilité de vivre uniquement de la collecte de la tradition orale, il s’inscrit en droit, tout en étudiant l’anglais et, attiré par les pays celtiques, visite l’Écosse et l’Irlande.

Parallèlement, il suit les cours du célèbre linguiste Martinet et les cours de celtique du non moins renommé Bachellerie. Il est également en contact avec Pierre Roland Giot, le responsable du laboratoire d’anthropologie préhistorique de Rennes.

Familier du Barzaz Breiz depuis l’adolescence et instruit de la polémique qui entoure l’œuvre, il commence les enquêtes et le collectage de terrain très tôt.

Lors du stage Ar Falz de Glomel ; il fait la connaissance de Jean-Michel Guilcher, un maître devenu un ami. Le grand ethnologue dont la thèse sur la danse traditionnelle en Basse-Bretagne reste une somme inégalée, lui apprend, dit-il, la rigueur, l’exigence, la dimension humaine du travail d’ethnologue : l’attention aux milieux les plus simples, la fidélité à l’héritage du passé.

Pour Donatien « le lien avec l’histoire est essentiel dans son goût pour la tradition orale ». Les contraintes formelles de la gwerz favorisent la conservation de la mémoire. Il s’agit de fixer le souvenir de l’événement, la vérité prime.

Noms, lieux, détails, tout est important, alors que la marque de la chanson de la tradition orale française c’est la généralisation, des figures types dans lesquelles chacun peut se projeter: le fils du roi, le jeune chasseur, la bergère etc. Cela s’explique par des limites géographiques réduites, Haute-Bretagne, Basse-Bretagne, les territoires ne sont pas si grands qu’on ne puisse situer les choses.

Marie Huilliou, bretonnante monolingue illettrée, qui en 1966 a chanté à Donatien la gwerz relatant le meurtre de Loeiz er Ravaleg, ainsi qu’une autre informatrice pouvaient faire le récit de l’histoire, deux cent trente quatre ans plus tard, avec des détails ne figurant pas dans le chant lui-même : lieu exact de domiciliation de la victime, contexte de l’assassinat, l’endroit où fut jeté le corps dans l’Ellé, le nom même de l’assassin…

Étonnante mémoire du peuple au travers de laquelle surgissent aussi des clivages, y compris politiques, entre terroirs, ainsi entre Langonnet « de droite » et Le Faouët « de gauche », clivages qui ont perduré et qui ont été « reformatés » par la Révolution.

La façon dont Donatien Laurent a magnifiquement su solliciter et révéler cette mémoire popu-laire a permis de mettre un terme à la querelle idéologique autour de l’authenticité du Barzaz Breiz pour ramener le débat sur le terrain de l’étude et de la science.

Pour lui parler de tonalité nationaliste pour certains chants – tonalité insupportable pour d’aucuns – est inadéquat. La mémoire populaire, dit-il, traduit au long de l’ histoire bretonne une revendication de liberté. Ni plus, ni moins.

Le travail de l’ethnologue brestois sur les chants recueillis par La Villemarqué va avoir un grand retentissement dans les milieux universitaires étrangers. C’est ainsi qu’il sera invité en Finlande, du fait des analogies avec la situation en Bretagne.

En effet, c’est en 1835 qu’Elias Lönnrot a publié l’équivalent du Barzaz Breiz, le Kalevala. Cette publication marque le début de la reconquête de leur histoire et de leur liberté culturelle par les Finlandais, liberté culturelle qui ne sera effective qu’au 20è siècle.

Dans cette lutte des Finlandais il n’est pas plus question de communautarisme que dans le combat actuel des Bretons pour la reconnaissance de leur identité culturelle. « Il s’agit de s’ouvrir et d’emprunter et non de s’ouvrir pour se fondre et disparaître », dit Donatien Laurent qui ajoute :

« Langue et tradition sont inséparables. Une Bretagne sans breton populaire ne se conçoit pas ». C’est cette philosophie qui va le guider durant les douze années qu’il passera à la tête du CRBC après avoir succédé à son fondateur, Yves Le Gallo. Au travers de nombreuses conférences internationales il fera en sorte d’ouvrir sur l’extérieur, bien au-delà des pays celtiques.

Pour lui rendre hommage, Le Peuple breton fait profiter ses lecteurs d’un article d’Herri Gourmelen publié en 2009 sur celui qui fut un « défricheur ».

Herri Gourmelen 25 mars 2020

http://lepeuplebreton.bzh/

Lire aussi:

Théodore Hersart de La Villemarqué

Anatole Le Braz

François-Marie Luzel

Prosper Proux

Commentaire:

Au 19è siècle, dans de nombreux pays des intellectuels ont redécouvert les cultures populaires paysannes. George Sand par exemple. Les sagas scandinaves. Certains comme « Ossian » en Ecosse étaient de pures inventions « pour la bonne cause ». Alors on s’est mis à douter de La Villemarqué, aristocrate, avait-il « arrangé » ses chants pour la cause royaliste? En retrouvant ses carnets, Donatien Laurent a remis les pendules à l’heure. Depuis la science a prouvé que la mémoire populaire pouvait garder des souvenirs sur des centaines (voire millier) d’années. Un chant recueilli en Bretagne était identique à un autre gallois du 12è siècle, lui-même noté après des siècles de tradition orale.

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