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09 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

theodorakis (npa , presse de gauche)

Hommage au musicien

Mikis Theodorakis, une grande voix populaire… avec de fausses notes politiques

Avec la mort du compositeur Mikis Theodorakis, « Mikis » pour toute la population, c’est une légende qui s’éteint, qui a consisté à parer Mikis de toutes les valeurs de gauche, comme l’a fait depuis très longtemps la gauche réformiste française.

Ce qui serait à retenir du parcours de Mikis Theodorakis, c’est, à la différence du militant exemplaire que fut le résistant Manolis Glezos, toute sa vie fidèle à la gauche (réformiste et radicale), des engagements et des positionnements que lui-même revendiquait comme ceux d’un homme contradictoire.

À ce titre, le siècle de vie de Mikis renvoie surtout aux tragédies de l’histoire grecque moderne (à part le Pasok en 1981 et Syriza en 2015, le pays n’a connu que des gouvernements fascistes ou de droite extrême, au mieux très réactionnaires) et aux impasses dans lesquelles la gauche communiste, stalinienne ou « rénovatrice », a plongé le « peuple de gauche ». Reste l’œuvre du compositeur, magnifique et plus que jamais stimulante pour les combats actuels et à venir !

Un parcours politique sans cohérence malgré une dynamique de gauche

Dans sa jeunesse, Mikis adhère à EON : mouvement d’embrigadement des jeunes mis en place par le dictateur fasciste Metaxas. Mais, en 1943, Mikis rejoint, comme des dizaines de milliers de militantEs, la résistance anti-nazie, intégrant l’organisation armée ELAS et le KKE (PC grec).

Une fois le pays libéré par la Résistance, Churchill obtient de Staline la reddition des armes de ELAS et lance ses soldats et les fascistes impunis dans une guerre civile : Mikis se bat, tout en critiquant la ligne du KKE, et il est arrêté et déporté.

Plus tard, il obtient la permission de partir à Paris étudier la musique. À son retour en 1960, il est actif dans EDA (Gauche démocratique unie, sorte d’union de la gauche) puis, après l’assassinat du député (centre gauche) Lambrakis (voir le film Z), il fonde avec succès les Jeunesses Lambrakis, reprenant notamment les « marathons de la paix ».

Face au risque de voir le centre-gauche gagner les élections, les USA provoquent le coup d’État militaire des colonels en 1967. Mikis est vite arrêté, mais une campagne internationale obtient sa libération en 1970.

Revenu à Paris, il est une figure de la gauche anti-junte, organisant des tournées mondiales artistiques et anti­fascistes. Ces années sont aussi celles de la grande scission du KKE entre orthodoxes et eurocommunistes (noyau du futur Syriza), Mikis penchant pour les eurocommunistes. Après la chute de la junte en 1974 et un retour émouvant et triomphal en Grèce, il milite entre EDA et le KKE, devenant député de celui-ci en 1981 et 1985.

À partir de 1989, son parcours devient très chaotique : il va devenir ministre (sans portefeuille) … de la droite (Nouvelle Démocratie) ! À vrai dire, rien de surprenant : centrés sur une ligne anti-Pasok, le KKE et le noyau du futur Syriza s’allient avec la droite en 1989…

Dès lors, les positionnements deviennent de plus en plus contradictoires, entre soutien à la droite et soutien à Syriza, surtout avec un cours de plus en plus nationaliste, en contradiction avec ses positions de soutien aux peuples palestinien ou turc ! Cette contradiction permanente fait de Mikis la figure la plus emblématique des dangers pour la gauche (pas seulement réformiste) et la classe ouvrière d’un nationalisme qui gangrène la Grèce depuis 20 ans en particulier.

Ses dernières contradictions :

– La dernière apparition politique de Mikis, en février 2018, a été la participation comme orateur à un rassemblement appelé par la fange nationaliste et y compris par les nazis contre les projets de reconnaissance de l’État de Macédoine du Nord, Mikis y saluant la présence de l’extrême droite « patriotique »…

– Pourtant, la dernière volonté politique de Mikis, c’est de mourir en étant considéré comme communiste, comme l’a révélé le secrétaire du KKE, la droite extrême au pouvoir ne pouvant ainsi en faire « son » héros.

La voix musicale d’une conscience de gauche en Grèce

Si Mikis a été reconnu comme un grand compositeur de musique de chambre ou symphonique, ce qui va faire de lui le musicien enthousiasmant ses auditoires en Grèce et dans le monde. (Souvenir impérissable de ses concerts enflammés en France au début des années 70 !), c’est son talent unique de lier les musiques populaires redécouvertes – en particulier le rébétiko, « blues grec » des banlieues populaires et maudit jusqu’à Mikis – aux textes des plus grands poètes grecs contemporains, faisant chanter par toutes les générations les poèmes d’amour et de résistance des Ritsos, Séféris et autres Anagnostakis.

Alors, si Mikis peut être retenu comme une grande figure de la gauche, c’est avant tout pour son œuvre musicale, la force et l’espoir qui s’en dégagent et permettent de résister dans les pires périodes.

Le mot de la fin ? Vendredi, face aux flics les chargeant sauvagement, les étudiantEs en manif contre la casse de l’université ont entonné « Lorsqu’ils serrent les poings », célèbre poème de Ritsos mis en musique par Mikis !

 Athènes Vendredi 10 septembre 2021

https://lanticapitaliste.org/

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08 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

nathalie le mel (pontanezen brest)

le mel

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Nathalie Le Mel, (1826-1921), une Bretonne dans la tourmente de la Commune, par Anne Guillou

Samedi 18 septembre,  14 h 30, Médiathèque Jo Fourn – Pontanezen.

Partie prenante des événements tragiques de la Commune de Paris en 1871, Nathalie Le Mel fut le bras droit de Louise Michel avec laquelle elle partagea le bannissement. Née à Brest d’un père corroyeur, elle épouse un ouvrier-relieur. Après quelques années passées à Quimper, elle rejoint avec son époux et ses trois enfants la capitale. Gagnée aux idées socialistes, elle se dévoue totalement à l’amélioration des conditions de vie ouvrière, devient Secrétaire de la Seconde Union des Femmes et est présente sur les barricades. Déportée en Nouvelle-Calédonie de 1872 à 1978, elle retrouve son pays et y vieillira dans la solitude.

Dans le cadre des Journées du patrimoine et en amont de la pose d’une plaque commémorative à 16h auprès de la fresque représentant Nathalie Le Mel, rue Sisley ( Pontanezen) accompagné par la chorale Peuples et chansons.

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28 août 2021 ~ 0 Commentaire

schutzbund (jacobin)

Schutzbund-1930

D’anciens membres du Schutzbund autrichien, l’aile paramilitaire du parti social-démocrate autrichien, figurent parmi les personnes remises aux nazis par le NKVD.

Staline a remis des centaines de communistes à Hitler

Dans les années 1930, de nombreux communistes et socialistes d’Allemagne et d’Autriche ont cherché refuge en URSS pour échapper aux nazis. Mais dans une trahison choquante, la police secrète soviétique a livré des centaines d’entre eux à la Gestapo d’Hitler.

La constitution soviétique de 1936 accordait « le droit d’asile aux citoyens étrangers persécutés pour avoir défendu les intérêts des travailleurs ». Mais les autorités soviétiques ont honteusement rompu cette promesse lorsqu’elles ont traité des centaines d’exilés allemands et autrichiens, les livrant aux nazis à partir de la fin des années 30. Parmi les victimes figuraient des révolutionnaires chevronnés, des communistes juifs et des antifascistes militants.

L’une des déportées était la communiste allemande Margarete Buber-Neumann. Ses mémoires, publiées en 1949 en anglais sous le titre Under Two Dictators : Prisonnière de Staline et d’Hitler, est probablement le récit le plus connu de l’une des déportées. Buber-Neumann décrit le moment où les autorités soviétiques l’ont transférée sous la garde des nazis avec vingt-neuf autres personnes :

Le train s’est enfin arrêté, et pour la dernière fois, nous avons entendu le cri familier : « Préparez-vous. Avec les affaires. » Les portes du compartiment ont été déverrouillées… Une gare se trouvait un peu plus loin. Nous pouvions juste voir le nom sur un poste d’aiguillage voisin : Brest-Litovsk.

Buber-Neumann se souvient ensuite d’avoir vu un groupe d’hommes de la police secrète soviétique – le NKVD, encore souvent désigné par son ancien nom de GPU – traverser le pont vers le territoire allemand et revenir après un certain temps : « Il y avait des officiers SS avec eux. Le commandant SS et le chef de la GPU se sont salués. » Le commandant soviétique a commencé à lire les noms des prisonniers :

L’un d’eux était un émigré juif de Hongrie, un autre était un jeune ouvrier de Dresde, qui avait été mêlé à un affrontement avec des nazis en 1933, à la suite duquel un nazi avait été tué. Il avait réussi à s’échapper en Russie soviétique. Lors du procès, les autres avaient rejeté toute la responsabilité sur lui, le sachant, ou plutôt le pensant, en sécurité en Union soviétique. Son sort était certain.

Chercher un refuge contre Hitler

Née en 1901, Buber-Neumann avait rejoint le mouvement de jeunesse communiste allemand en 1921 et le parti principal, le KPD, cinq ans plus tard. À partir de 1928, elle a travaillé pour le journal de l’Internationale communiste, Inprekorr. Elle y rencontre Heinz Neumann, un membre de la direction du KPD, et tous deux deviennent partenaires. Après la prise du pouvoir par les nazis à Berlin, ils se réfugient tous deux en Union soviétique. « Les purges lancées par Staline à la fin des années 1930 ont fait de l’URSS un lieu de danger mortel pour les communistes allemands. »

Mais les purges lancées par Josef Staline à la fin des années 1930 ont fait de l’URSS un lieu de danger mortel pour les communistes allemands. Le NKVD a arrêté Heinz Neumann sous de fausses accusations d’espionnage et l’a exécuté le 26 novembre 1937. Ils emprisonnèrent également Margarete Buber-Neumann et finirent par la déporter en 1940 vers l’Allemagne nazie.

Plusieurs groupes différents de citoyens allemands vivaient en Union soviétique à l’époque. Certains y étaient venus pour travailler. Beaucoup, dans cette catégorie, avaient des sympathies communistes mais n’étaient pas nécessairement membres du parti. Il y avait ensuite les exilés politiques, les communistes et autres antifascistes, y compris les Autrichiens qui étaient officiellement devenus des citoyens allemands après l’annexion de l’Autriche par les nazis en 1938. D’autres avaient acquis la citoyenneté soviétique.

Les informations sur le sort de ces personnes sont dispersées dans de multiples archives, dont certaines sont encore inaccessibles aux chercheurs. Il est donc difficile de savoir avec certitude combien de personnes ont subi le même sort que Buber-Neumann. Une estimation prudente est que plus de six cents ont été déportées ou expulsées.

Le sort de Franz Koritschoner

Parmi les exilés envoyés dans l’Allemagne nazie figuraient des vétérans du mouvement communiste tels que Franz Koritschoner. Né en Autriche-Hongrie en 1892, ce jeune socialiste juif s’était opposé au soutien à l’effort de guerre des partis sociaux-démocrates après 1914. En 1916, Koritschoner rencontre Vladimir Lénine lors de la conférence de Kienthal, un rassemblement de socialistes révolutionnaires contre la guerre.

Koritschoner joue ensuite un rôle de premier plan dans les grèves et les protestations austro-hongroises de janvier 1918. La même année, il rejoint le tout nouveau Parti communiste d’Autriche (KPÖ). Koritschoner rédige le journal du KPÖ et traduit des ouvrages de Lénine, qui s’adresse à lui comme à un « ami cher ». De 1918 à 1924, Koritschoner est membre du comité central du KPÖ.

À la fin des années 1920, il se rend en Union soviétique pour travailler pour l’Internationale rouge des syndicats (Profintern), avant de rejoindre le Parti communiste de l’Union soviétique en 1930. Le NKVD a arrêté Koritschoner en 1936, l’accusant d’être un contre-révolutionnaire. Les autorités soviétiques ont décidé de le remettre à la Gestapo en avril 1941.

« Le NKVD a arrêté Franz Koritschoner en 1936, l’accusant d’être un contre-révolutionnaire. Les autorités soviétiques ont décidé de le remettre à la Gestapo en avril 1941. »

Nous en savons un peu plus sur les dernières semaines de la vie de Koritschoner car il a partagé une cellule avec Hans Landauer, un membre des Brigades internationales qui a survécu à la guerre. Selon Landauer, Koritschoner était un personnage très affaibli, portant les cicatrices des tortures qu’il avait subies aux mains du NKVD et de la Gestapo. Il n’avait plus de dents, disant à Landauer qu’il les avait perdues à cause du scorbut dans un camp de travail du Grand Nord soviétique. Le 7 juin 1941, les nazis ont envoyé Koritschoner à Auschwitz, où il a été tué deux jours plus tard.

La trahison des Schutzbündler

Les purges qui ont balayé l’Union soviétique sous le règne de Staline ont touché des cercles de personnes de plus en plus larges. Les anciens membres du Schutzbund autrichien, ou Ligue de défense républicaine, l’aile paramilitaire du parti social-démocrate autrichien, en sont les victimes.

Le 4 mars 1933, le chancelier autrichien, Engelbert Dollfuß, suspend le parlement et inaugure un régime fasciste. En février 1934, les membres du Schutzbund prennent les armes contre le nouveau système, mais ils ne font pas le poids face à l’armement lourd de l’armée gouvernementale. Environ deux cents d’entre eux perdent la vie dans les combats ou sont exécutés sommairement.

« De nombreux membres du Schutzbund autrichien, déçus par le manque de militantisme de la social-démocratie face au fascisme, rejoignent le parti communiste. Quelques années plus tard, leur passé social-démocrate fait d’eux une cible de persécution. »

Le mouvement communiste célèbre la résistance du Schutzbund, et l’Union soviétique leur offre l’asile. De nombreux membres du Schutzbund, déçus par le manque de militantisme de la social-démocratie face au fascisme, rejoignent le parti communiste. Quelque 750 Schutzbündler s’exilent en URSS.

Cependant, quelques années plus tard, leur passé social-démocrate fait d’eux la cible de persécutions. Si environ la moitié d’entre eux quittent l’Union soviétique, la plupart des autres Schutzbündler sont victimes des purges. Le NKVD a déporté beaucoup de ceux qui ont survécu vers l’Allemagne nazie.

Un groupe de vingt-cinq déportés transférés en décembre 1939 comprenait dix Schutzbündler. L’un d’entre eux était Georg Bogner. Il avait combattu lors du soulèvement de février 1934 dans sa ville natale d’Attnang-Puchheim avant de fuir en Union soviétique. La police secrète soviétique a arrêté Bogner en 1938. Fin décembre 1939, il était détenu par le service de renseignement allemand, le Sicherheitsdienst, à Varsovie. On ignore ce qu’il est devenu par la suite.

Avant le Pacte

En août 1939, l’Union soviétique a signé un pacte de non-agression avec l’Allemagne nazie. Une semaine plus tard, la Wehrmacht envahit la Pologne. Peu après, les forces soviétiques attaquent le pays par l’Est. Avant la fin des combats, les deux gouvernements ont conclu le « traité d’amitié et de frontière germano-soviétique » en septembre de la même année.

L’accord va au-delà d’une promesse mutuelle de non-agression : les parties s’engagent à ne pas soutenir une coalition dirigée contre l’autre et à échanger des informations « concernant des intérêts mutuels ». Des protocoles secrets sont également ajoutés aux traités, en vertu desquels Moscou et Berlin se partagent le territoire des États baltes et de la Pologne. L’Union soviétique ne reconnaîtra officiellement l’existence de ces protocoles qu’en 1989.

L’impulsion derrière les déportations était principalement interne au système soviétique. Les purges de Staline avaient commencé par s’attaquer à un groupe de personnes bien défini : les communistes considérés comme des soutiens potentiels de l’opposition. Au fil du temps, le recours à la torture et à d’autres formes de pression pour contraindre les suspects à donner des noms s’est combiné à une atmosphère généralisée de paranoïa et de méfiance et à l’impératif bureaucratique des quotas d’arrestation pour élargir inexorablement le nombre de cibles.

Fantasmes et fabrications

Les accusations contre les traîtres et les espions présumés sont de plus en plus étranges. Un ancien dirigeant de l’aile paramilitaire du KPD, le Roter Frontkämpferbund, est censé avoir organisé une organisation terroriste « trotskiste-fasciste ». Les responsables soviétiques ont même accusé les enfants de communistes exilés de former une Jeunesse hitlérienne clandestine.

En règle générale, les communistes étrangers comme Heinz Neumann sont accusés d’être à la solde de leur « pays d’origine » respectif. Staline a dissous le parti communiste polonais en 1938 et a fait exécuter ou envoyer au goulag ses membres, les accusant de travailler simultanément comme agents du gouvernement de Varsovie et de Léon Trotsky.

Comme l’a souligné l’historien Hermann Weber, sur les quarante-trois principaux dirigeants du KPD, plus nombreux sont ceux qui sont morts sous la garde de la police secrète soviétique que ceux qui ont été tués par les nazis. Des centaines d’exilés allemands ont été exécutés sur-le-champ, tandis que de nombreux autres sont morts dans des camps de prisonniers.
« Sur les 43 hauts dirigeants du KPD, plus nombreux sont ceux qui sont morts en détention par la police secrète soviétique que ceux qui ont été tués par les nazis. Des centaines d’exilés allemands ont été exécutés sur-le-champ, tandis que de nombreux autres sont morts dans des camps de prisonniers. »

Né en 1887, Hugo Eberlein était un membre fondateur du KPD. Il avait remplacé Rosa Luxemburg comme représentant du parti au congrès fondateur de l’Internationale communiste en 1919. Eberlein est arrivé en Union soviétique en 1936, mais il a été arrêté l’année suivante pour avoir prétendument mené des « activités terroristes » au nom des nazis.

Une lettre adressée à sa femme, retrouvée plus tard dans les archives du NKVD, décrit son calvaire : il est contraint de rester debout pendant les interrogatoires « pendant dix jours et dix nuits sans pause », n’a pas la possibilité de dormir et ne reçoit pratiquement aucune nourriture. Les gardes ont battu Eberlein sans relâche : « Sur mon dos, il n’y avait plus de peau, seulement de la chair nue. Pendant des semaines, je n’ai pas pu entendre d’une oreille et un œil est resté aveugle pendant des semaines. » Le NKVD l’a finalement tué le 16 octobre 1941.

Victimes d’une chasse aux sorcières

Buber-Neumann, Fabisch, Bogner, Eberlein et bien d’autres ont été victimes d’une chasse aux sorcières. Leur sort final dépendait de décisions bureaucratiques arbitraires. Dans plusieurs centaines de cas, les autorités soviétiques ont choisi de laisser les nazis s’occuper des victimes plutôt que de le faire eux-mêmes.

Les nazis ont envoyé Margarete Buber-Neumann au camp de concentration pour femmes de Ravensbrück. En avril 1945, alors que le régime s’effondre, elle est libérée. Craignant d’être à nouveau arrêtée par des fonctionnaires soviétiques alors que l’Armée rouge avançait, Buber-Neumann a parcouru 150 kilomètres vers l’ouest, où les troupes américaines constituaient la principale force d’occupation.

Buber-Neumann est morte en 1989, quelques semaines avant la chute du mur de Berlin. Elle était devenue une conservatrice de droite, arguant que sa propre expérience montrait que le fascisme et le communisme étaient des idéologies d’une criminalité similaire.

Si les socialistes veulent contrer de tels arguments aujourd’hui, nous ne pouvons ignorer ces histoires de cas honteux. Notre propre conception du socialisme devrait tenir ses promesses et avoir la dignité humaine au cœur de ses préoccupations. Nous ne devons rien de moins aux victimes.

Alex de Jong 08.22.2021

https://jacobinmag.com/

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Republikanischer Schutzbund

Commentaire:

Hitler 1933, Paris et Autriche 1934, ont poussé des jeunes à rejoindre les PS. En Espagne, l’UGT a préparé l’insurrection des Asturies avec la CNT quand les PC parlaient de « social-fascisme » pire que le fascisme.

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26 août 2021 ~ 0 Commentaire

dialectes (global voices)

Carte des langues parlées en France hexagonale repérées par des zones géographiques de différentes couleurs

Carte des langues parlées en France hexagonale, montrant leur zone d’extension géographique approximative. 

Langues régionales, patois, dialectes : comment dit-on déjà ?

Quand il est question de langues, et en particulier de langues minoritaires, le vocabulaire employé fait souvent débat en raison des parti-pris politiques et des rapports de force entre communautés linguistiques.

En France, certaines communautés linguistiques ont derrière elles près de deux siècles de luttes pour accéder à des formes de reconnaissance, dont la désignation de « langue » par opposition à « dialecte » ou « patois », des termes qui existent toujours dans le vocabulaire courant mais tendent à revêtir une connotation négative.

La France considère le français comme langue nationale et officielle. Toutefois, la réalité linguistique est bien plus complexe car le pays compte 75 langues dites régionales selon la terminologie officielle, dont une vingtaine sur le territoire hexagonal (la majorité de ces langues sont donc parlées dans les départements et régions d’outre-mer).

On peut prendre pour exemple le gallo, une langue romane de Bretagne, dans le nord-ouest du pays, dont on estime le nombre de locuteurs à environ 200 000 selon une enquête sociolinguistique menée en 2018. Victime de l’idée reçue selon laquelle il s’agirait d’une déformation du français et considéré comme une variante peu prestigieuse, le gallo est actuellement enseigné dans les écoles publiques et peut être présenté comme épreuve au baccalauréat. Avec le breton, il a été reconnu en 2004 comme faisant partie des « langues de la Bretagne, au côté de la langue française » par le Conseil régional.

Le dossier Global Voices sur la situation linguistique en France emploie le terme de « langues régionales », suivant l’usage le plus courant actuellement. On retrouve par exemple cette appellation dans les textes de lois, tels que la loi relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion (loi Molac), dans les médias ou encore dans le discours des personnes engagées dans la défense et le développement de ces langues, à l’instar du collectif « Pour que vivent nos langues ».

Des définitions fortement connotées

La Délégation générale à la langue française et aux langues de France, l’organisme chargé de coordonner la politique linguistique au niveau national, propose une définition des langues régionales dans l’Hexagone « comme des langues parlées sur une partie du territoire national depuis plus longtemps que le français langue commune », se plaçant ainsi dans une perspective historique qui privilégie la longévité de la présence d’un parler comme critère de légitimation et accorde une place centrale au français en tant que langue de référence.

Le 18è siècle est un moment de consolidation linguistique, avec une forte volonté de la part des autorités de « détruire les patois » qui seraient un obstacle à l’avancement de la nation. Ce projet d’éradication se concrétise à la fin du 19è siècle, sous l’égide du ministre Jules Ferry, qui rend l’instruction obligatoire et interdit l’usage des langues autres que le français à l’école sous peine de châtiments. Le journal Le Messager publie cette exhortation en date du 24 septembre 1840 :

Détruisez, si vous pouvez, les ignobles patois des Limousins, des Périgourdins et des Auvergnats, forcez-les par tous les moyens possibles à l’unité de la langue française comme à l’uniformité des poids et mesures, nous vous approuverons de grand cœur, vous rendrez service à ses populations barbares et au reste de la France qui n’a jamais pu les comprendre.

Amorçant un timide virage dans les politiques précédemment très circonspectes vis-à-vis du plurilinguisme, perçu comme une menace à l’unité nationale, la loi Deixonne de 1951 « relative à l’enseignement des langues et dialectes locaux » concernait uniquement le basque, le breton, le catalan et l’occitan. Le texte faisait mention de « parlers locaux » et de transmission du « folklore, de la littérature et des arts populaires ». Le terme de « dialectes » a depuis été éliminé du vocabulaire officiel.

La linguiste Henriette Walter définit les langues régionales comme « des langues de différentes origines (latine, germanique, celtique ou encore d’origine inconnue, comme le basque), mais historiquement présentes sur le territoire français, de façon continue, et sur des emplacements géographiques bien identifiés », une territorialisation qui exclut notamment le romani ou le yiddish.

Si la chercheuse défend également l’usage du terme « patois » pour désigner un parler utilisé dans une zone géographique très restreinte, et s’accorde à dire que pour les linguistes le patois est une langue, cet emploi est devenu très minoritaire dans la communauté scientifique.

L’étymologie renvoie selon John Orr au verbe d’ancien français patoier, qui signifiait «agiter les mains, gesticuler (pour se faire comprendre, comme les sourds-muets)», puis «se comporter, manigancer».

Un glissement sémantique a fait passer le sens de « patois » de gesticulation à comportement, puis comportement grossier, avant de désigner un «langage particulier (p.ex. le babil des enfants, le jargon des oiseaux, un langage rustique ou grossier)».

La définition donnée par l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert reprend à son compte l’opposition langue/patois, appuyant l’idée d’une singulière pureté du français : « Patois. Langage corrompu tel qu’il se parle presque dans toutes les provinces : chacune a son patois […]. On ne parle la langue que dans la capitale. »

Ainsi, le mot « patois » est en France chargé de nombreuses connotations péjoratives, énumérées par Jean-Pierre Cavaillé dans un billet de blog. Il y évoque au demeurant la complexité de cette notion, montrant que le « patois » peut faire à la fois l’objet d’une dépréciation et d’un sentiment de fierté pour les locuteurs et locutrices :

Évidemment, je leur dis ce que je pense au sujet des idées attachées au terme de patois : qu’il est une sous langue ou du français corrompu ; qu’il y a (ou y avait) autant de patois que de villages ; qu’il se sait mais ne s’apprend pas, qu’il ne s’écrit pas, qu’il est différent de l’occitan ; libres à eux de me suivre ou pas.

Les éléments négatifs associés au patois se recoupent fortement avec ceux associés au « dialecte » dans le langage courant. En linguistique, le dialecte est tout simplement une variété d’une langue, sans qu’il soit établi de hiérarchie. Cette notion est d’ailleurs plus complexe qu’il n’y paraît, comme l’explique le YouTubeur Linguisticae dans cette vidéo explicative :

Cependant, dans son emploi courant, le « dialecte » véhicule l’image d’une sous-langue, associée à un morcellement jugé inférieur par rapport à la forte standardisation d’une langue dominante comme le français, et à une limitation territoriale, sociale, voire intellectuelle. L’absence supposée de littérature écrite dans le cas des patois et, dans une moindre mesure, des dialectes est ainsi retenue comme un critère d’infériorisation.

Le contexte linguistique français est caractérisé par un fort attachement à la langue française, qui s’est imposée sur l’ensemble du territoire par des politiques volontaristes d’unification nationale, notamment par le biais de l’instruction obligatoire en français. La « langue de la République » (article 2 de la Constitution, amendement de 1992) est actuellement largement majoritaire et dominante.

En ce sens, les langues dites « régionales » sont aussi des langues minoritaires en termes de nombre de locuteurs, et même minorisées du fait de leur marginalisation historique.

Laila Le Guen 12 août 2021
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Commentaire:
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L’aire du breton est exagérée.

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24 août 2021 ~ 0 Commentaire

plogoff (rando)

plog

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12 août 2021 ~ 0 Commentaire

gilbert achcar (à l’encontre)

achcar

«Réflexions d’un anti-impérialiste après dix ans de débat»

New Politics: Gilbert, tu as récemment publié un article très discuté dans The Nation sur l’anti-impérialisme [1]. Je me demande si, pour commencer, tu pourrais nous dire pourquoi tu as écrit cet article et nous résumer brièvement ton argumentation.

Gilbert Achcar: Merci, Steve. J’ai écrit cet article à cause de la grande confusion qui existe aujourd’hui à gauche sur le sens de l’«anti-impérialisme». A mon sens, cette confusion est principalement le résultat du changement radical de la situation mondiale qui a suivi l’effondrement de l’URSS. Il y a également eu un changement du type de guerres menées dans le Sud mondial. Les guerres impérialistes contre des mouvements ou des régimes de libération nationale ne sont plus le type dominant, comme elles l’étaient dans les premières décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Depuis les années 1990, nous avons assisté à des guerres impérialistes contre des régimes oppressifs, comme en Irak, dans les Balkans ou en Afghanistan. La situation s’est encore compliquée avec ce que l’on a appelé le Printemps arabe en 2011. Les puissances impérialistes occidentales – les Etats-Unis de Barack Obama en premier lieu – ont donné l’impression de soutenir les soulèvements populaires contre les régimes dictatoriaux.

Alors, que signifie être un anti-impérialiste dans ce nouvel environnement international? C’est la question que j’aborde dans l’article, par suite de ma longue implication personnelle dans de tels débats – surtout à partir de 2011, sur la Libye d’abord, puis sur la Syrie. Le titre original de mon article était «Leur anti-impérialisme et le nôtre» [2].

J’ai formulé trois principes de base de ce qui constitue à mes yeux un anti-impérialisme véritablement progressiste, des principes qui devraient être plutôt élémentaires pour toute personne de gauche, quelle que soit son orientation idéologique, marxiste, anarchiste ou autre, du moment que cette personne adhère au principe le plus élémentaire d’une vraie gauche, qui est la démocratie.

Les personnes qui sont d’accord sur ces principes peuvent discuter des tactiques anti-impérialistes. D’autres les rejettent, cependant. J’appelle ces personnes des «néo-campistes» parce qu’elles ne sont plus systématiquement alignées derrière un Etat spécifique ou derrière le «camp socialiste» comme l’étaient les campistes du temps de l’URSS, mais elles déterminent leurs positions de manière négative, par opposition systématique à tout ce que font les gouvernements américain ou britannique accompagnée de sympathie non moins systématique pour ceux auxquels ces deux gouvernements s’opposent, y compris des régimes despotiques et l’impérialisme rival de la Russie. Les néo-campistes sont le plus souvent incapables d’engager une discussion sans recourir à l’invective et à la calomnie. J’ai conclu mon article par cette observation, et en effet, à peine était-il publié que divers néo-campistes se sont empressés de la confirmer.

Maintenant, quels sont ces trois principes?

Le premier se rapporte au principe démocratique le plus élémentaire que j’ai déjà mentionné. En politique internationale, être de gauche, c’est d’abord soutenir le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cela devrait être le point de départ de toute définition d’un anti-impérialisme véritablement progressiste. Ce qui est crucial ici, c’est que ce point de départ n’est pas l’opposition en soi à tel ou tel Etat impérialiste, mais plutôt la défense du droit des peuples à l’autodétermination: c’est bien parce que les Etats impérialistes, par définition, bafouent ce droit qu’il faut les contrer.

Le deuxième principe est que l’anti-impérialisme exige que l’on s’oppose à l’ensemble des Etats impérialistes, plutôt que de soutenir l’un contre les autres ou d’ignorer l’un d’entre eux, ainsi que ses victimes, afin de s’opposer uniquement à l’autre, quel qu’il soit.

A gauche, dans les pays occidentaux, on trouve des néo-campistes qui s’opposent uniquement aux impérialismes américain et britannique, ou à l’impérialisme occidental en général, et ignorent au mieux, voire soutiennent, d’autres Etats impérialistes, comme la Russie.

On peut trouver l’inverse en Russie: des progressistes qui sont très hostiles à ce que leur gouvernement fait à l’étranger et restent silencieux sur ce que font les gouvernements occidentaux, voire les soutiennent. Une fois que l’on s’élève au-dessus de l’occidentalo-centrisme d’une grande partie de la gauche occidentale, on comprend qu’une perspective anti-impérialiste véritablement internationaliste est une perspective qui s’oppose à l’impérialisme quelle que soit sa nationalité ou sa position géographique, à l’Ouest ou à l’Est.

Le troisième principe concerne les cas exceptionnels.

Il peut y avoir, en effet, des circonstances exceptionnelles où l’intervention d’une puissance impérialiste est cruciale pour empêcher un massacre ou un génocide, ou pour empêcher qu’un soulèvement démocratique populaire soit réprimé dans le sang par une dictature. Nous avons vu de tels cas surgir ces dernières années. Mais même alors, les anti-impérialistes doivent combattre toute illusion et prôner une défiance absolue à l’égard du pays impérialiste. Ils doivent également exiger que son intervention reste limitée à des formes – et encadrée par des contraintes juridiques, si elles existent – qui ne permettent pas à la puissance impérialiste d’imposer sa volonté ou de déterminer le cours de l’action.

Ce troisième principe explique pourquoi, dans les cas de la Libye et de la Syrie, même si les gouvernements occidentaux prétendaient soutenir le changement démocratique contre le régime réactionnaire dictatorial, je me suis opposé à une intervention directe.

La seule exception a été au tout début de l’imposition de la zone d’exclusion aérienne autorisée par l’ONU au-dessus de la Libye, lorsque j’ai expliqué que, pour éviter un massacre annoncé, je ne pouvais pas m’opposer à l’intervention dans sa phase initiale. J’ai expliqué mille fois que je n’ai jamais dit que je soutenais l’intervention – mais, comme nous le savons, il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. Tout ce que j’ai dit, c’est que je ne pouvais pas m’opposer à cette intervention, ce qui n’est pas la même chose que de dire que je la soutenais, sauf pour ceux qui ne savent pas la différence entre s’abstenir et soutenir, ou qui préfèrent l’ignorer délibérément parce que leur seule façon d’argumenter consiste à déformer les opinions des personnes avec lesquelles ils ne sont pas d’accord.

La population de la deuxième ville de Libye, Benghazi – craignant légitimement d’être massacrée, au moment où le régime libyen dépêchait ses forces très supérieures vers la ville et où le dictateur Kadhafi jurait de les écraser – avait imploré la protection de l’ONU. Même Moscou et Pékin n’ont pu s’y opposer: ils se sont tous deux abstenus au Conseil de sécurité de l’ONU. Mais une fois le danger immédiat écarté, je me suis opposé à la poursuite des bombardements de l’OTAN, qui allaient bien au-delà du mandat de l’ONU.

Mon attitude est devenue identique à celle que j’ai adoptée sur la Syrie depuis le début, à savoir soutenir la livraison d’armes défensives aux insurgés afin de protéger la population. Pas la livraison d’armes à une organisation comme Daech, bien entendu, car elle est aussi oppressive que le régime, sinon plus, mais certainement la livraison d’armes aux forces kurdes en Syrie ou à ce que fut l’Armée syrienne libre avant qu’elle ne tombe sous le contrôle total de la Turquie à partir de 2016.

Je suis opposé à la présence de troupes des Etats-Unis sur le terrain, même dans le nord-est de la Syrie dominé par les Kurdes où elles sont actuellement stationnées. Je suis d’ailleurs opposé aux cinq occupations que subit la Syrie, qui sont par ordre chronologique: Israël, l’Iran et ses auxiliaires, la Russie, la Turquie et les Etats-Unis.

Ces cinq Etats ont des troupes sur le sol syrien. Je m’oppose à toutes ces occupations et soutiens le droit du peuple syrien à l’autodétermination démocratique, et non le droit du régime assassin à faire appel à des complices pour l’aider à massacrer son propre peuple, ce que soutiennent certains néo-campistes. (Pour la suite voir lien)

12 août 2021  Entretien avec Gilbert Achcar Gilbert Achcar a grandi au Liban et a vécu et enseigné à Paris, Berlin et Londres. Il est actuellement professeur d’études du développement et de relations internationales à la SOAS, Université de Londres. Parmi ses nombreux ouvrages figurent Le choc des barbaries. Terrorisme et désordre mondial (10/18, 2004); La poudrière du Moyen-Orient, coécrit avec Noam Chomsky (Fayard, 2007); Les Arabes et la Shoah. La guerre israélo-arabe des récits (Actes Sud, 2009); Marxisme, orientalisme, cosmopolitisme (Actes Sud/Sindbad, 2015); Le peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe (Actes Sud/Sindbad, 2013); et Symptômes morbides. La rechute du soulèvement arabe (Actes Sud/Sindbad, 2017). Il a été interviewé par Stephen R. Shalom (professeur de sciences politiques à l’Université William Paterson, New Jersey) pour New Politics le 5 mai 2021.

https://alencontre.org/

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08 août 2021 ~ 0 Commentaire

agriculture (à l’encontre)

paysans

Piller et dévaliser le sol (I).

Biens communs et classes avant le capitalisme

«Tous les progrès de l’agriculture capitaliste sont des progrès dans l’art, non seulement d’exploiter le travailleur, mais de dépouiller le sol.» (Karl Marx) Pour vivre, les humains doivent manger, et plus de 90% de notre alimentation provient directement ou indirectement du sol (de la terre). Comme le dit le philosophe Wendell Berry: «Le sol est le grand connecteur des vies… Si nous n’en prenons pas soin, nous ne pouvons pas avoir de communauté, car si nous n’en prenons pas soin, nous ne pouvons pas avoir de vie.» [1]

La prévention de la dégradation des sols et la préservation de leur fertilité devraient être une priorité mondiale, mais ce n’est pas le cas.

Selon les Nations unies, un tiers des terres de la planète sont aujourd’hui gravement dégradées, et nous perdons chaque année 24 milliards de tonnes de sol fertile. Plus de 1,3 milliard de personnes dépendent d’aliments provenant de terres agricoles dégradées ou en voie de dégradation [2]. Même dans les pays les plus riches, la quasi-totalité de la production alimentaire dépend d’applications massives d’engrais et de pesticides de synthèse qui dégradent encore plus les sols et empoisonnent l’environnement. Pour reprendre les mots de Karl Marx, «une agriculture rationnelle est incompatible avec le système capitaliste» [3]

Pour comprendre pourquoi, il faut comprendre comment l’agriculture capitaliste a émergé d’un système très différent. Pendant presque toute l’histoire de l’humanité, nous avons presque tous vécu et travaillé sur la terre. Aujourd’hui, la plupart d’entre nous vivent dans des villes. Il est difficile d’exagérer la radicalité de ce changement et la rapidité avec laquelle il s’est produit. Il y a 200 ans, 90% de la population mondiale était rurale. En 1851, la Grande-Bretagne est devenue le premier pays majoritairement urbain du monde. En 1960, les deux tiers de la population mondiale vivaient encore dans des zones rurales. Aujourd’hui, c’est moins de la moitié, et seulement la moitié d’entre eux sont des agriculteurs. Entre le déclin du féodalisme et l’essor du capitalisme industriel, la société rurale a été transformée par un ensemble de processus que l’on appelle collectivement l’enclosure. Il s’agit de la séparation de la plupart des gens de la terre, et la concentration de la propriété foncière entre les mains d’une infime minorité, ont constitué des changements révolutionnaires dans les modes de vie et de travail des humains. Ces changements se sont produits de différentes manières et à différentes époques dans différentes parties du monde, et se poursuivent encore aujourd’hui. Notre point de départ est l’Angleterre, où s’est produit ce que Marx a appelé «l’accumulation dite primitive».

Champs communs, droits communs

Dans l’Angleterre médiévale et du début de l’ère moderne, la plupart des gens étaient pauvres, mais ils étaient également autosuffisants – ils tiraient leurs besoins essentiels directement de la terre, qui était une ressource commune, et non une propriété privée comme nous l’entendons. Personne ne sait vraiment quand et comment les systèmes agricoles communs anglais ont vu le jour. Il est fort probable qu’ils aient été introduits en Angleterre par les colons anglo-saxons après la fin de la domination romaine. Ce dont nous sommes sûrs, c’est que l’agriculture de plein champ était répandue, sous diverses formes, lorsque le féodalisme anglais était à son apogée, aux 12è et 13è siècles. Les terres elles-mêmes étaient détenues par des propriétaires terriens, directement ou indirectement par le roi. Un dignitaire local pouvait détenir et vivre sur un seul manoir – l’équivalent approximatif d’un village, d’une commune – tandis qu’un aristocrate, un évêque ou un monastère de haut rang pouvait en détenir des dizaines. Les personnes qui travaillaient réellement la terre, qui constituaient souvent un mélange de serfs non libres et de paysans libres, payaient un loyer et d’autres redevances en travail, en produits ou (plus tard) en espèces, et disposaient, en plus de l’utilisation des terres arables, d’une variété de droits légaux et traditionnels pour utiliser les ressources, comme faire paître les animaux dans les pâturages communs, ramasser du bois de chauffage, des baies et des noix dans la forêt du manoir, et collecter (glaner) le grain qui restait dans les champs après la récolte.

«Les droits communs étaient gérés, divisés et redivisés par les communautés. Ces droits étaient fondés sur le maintien de relations et d’activités qui contribuaient à la reproduction collective. Aucun seigneur féodal n’avait de droits sur la terre à l’exclusion de ces droits coutumiers des gens du commun. Ils n’avaient pas non plus le droit de s’emparer ou d’englober les champs communs dans leur propre domaine.» [4] Les systèmes culturaux variaient beaucoup, mais généralement un manoir ou un canton comprenait à la fois la ferme du propriétaire (le domaine) et des terres exploitées par des locataires qui avaient des droits d’utilisation à vie.

La plupart des récits ne parlent que des systèmes de champs ouverts (openfield), dans lesquels chaque locataire cultivait plusieurs bandes de terre (lanières, bandes : des parcelles) dispersées dans les champs arables afin qu’aucune famille ne dispose de tous les meilleurs sols. Mais il existait d’autres arrangements. Dans certaines régions du sud-ouest de l’Angleterre et de l’Ecosse, par exemple, les fermes situées sur des terres arables communes étaient souvent compactes, et non en lanières, et étaient périodiquement redistribuées entre les membres de la communauté des communes.

C’est ce qu’on appelle le runrig [rig=bande]; un arrangement similaire en Irlande était appelé rundale. La plupart des manoirs possédaient également des pâturages communs pour nourrir les bovins, les moutons et d’autres animaux, et dans certains cas, des forêts, des zones humides et des cours d’eau. Bien que coopératives, ces communautés n’étaient pas égales entre elles. A l’origine, toutes les exploitations étaient peut-être de la même taille, mais avec le temps, une différenciation économique considérable s’est opérée [5]. Quelques fermiers aisés possédaient des terres dont la production était suffisante pour être vendue sur les marchés locaux. D’autres (probablement la majorité dans la plupart des villages) disposaient de suffisamment de terres pour subvenir aux besoins de leur famille avec un petit excédent les bonnes années. D’autres, encore, disposaient de beaucoup moins de terres et travaillaient probablement à temps partiel pour leurs voisins plus aisés ou pour le propriétaire. «Nous pouvons voir cette stratification à travers les comtés anglais dans le Domesday Book de 1086, où au moins un tiers de la population paysanne était constitué de petits propriétaires. A la fin du treizième siècle, cette proportion, dans certaines parties du sud-est de l’Angleterre, était supérieure à la moitié.» [6]

Comme l’explique l’historien marxiste Rodney Hilton, les différences économiques entre les paysans médiévaux n’étaient pas encore des différences de classe. «Les petits propriétaires pauvres et les paysans plus riches faisaient, malgré les différences de revenus, toujours partie du même groupe social, avec un style de vie similaire, et se différenciaient les uns des autres par la quantité produite plutôt que par la qualité de leurs possessions.» [7] Ce n’est qu’après la dissolution du féodalisme au 15è siècle qu’une couche d’agriculteurs capitalistes s’est développée.

Le compte rendu le plus important sur la façon dont a réellement fonctionné l’agriculture des champs communs en Angleterre est le livre primé de Jeanette Neeson, Commoners: Common Right, Enclosure and Social Change in England, 1700-1820 [Past and Present Publications]. Son étude des registres manoriaux subsistants des années 1700 a montré que les villageois des champs communs, qui se réunissaient deux ou trois fois par an pour décider des questions d’intérêt commun, étaient pleinement conscients de la nécessité de réguler le métabolisme entre le bétail, les cultures et le sol.

«La régulation efficace des pâturages communs a été aussi importante pour les niveaux de productivité que l’introduction de cultures fourragères et la transformation des terres labourées en pâturages, peut-être même plus importante. Un contrôle minutieux a permis d’accroître le nombre de têtes de bétail et, avec elles, la production de fumier. …

Les ordres dans l’utilisation des terres montrent très clairement que les villageois des champs communs essayaient à la fois de maintenir la valeur des pâturages communs et de nourrir la terre.» [11] Les réunions de village sélectionnaient des «jurys» d’agriculteurs expérimentés pour étudier les problèmes et introduire des règlements permanents ou temporaires.

Une attention particulière était accordée aux «stints»: des limites au nombre d’animaux autorisés sur les pâturages, aux déchets et autres terres communes. «L’introduction d’un stint protégeait le commun en veillant à ce qu’il reste suffisamment grand pour accueillir le nombre de bêtes auquel les fermiers avaient droit. Il protégeait également les petits roturiers des activités commerciales des éleveurs et des bouchers.» [12]

Les «jurys» fixaient également des règles pour le déplacement des moutons afin d’assurer une distribution uniforme du fumier. Ils organisaient la plantation de navets et d’autres plantes fourragères dans les champs en jachère, afin de pouvoir nourrir davantage d’animaux et produire plus de fumier. Le jury de l’un des manoirs étudiés par Jeannette Neeson autorisait les fermiers à faire paître des moutons supplémentaires s’ils semaient du trèfle sur leurs terres arables – bien avant que les scientifiques ne découvrent l’azote et la fixation de l’azote, ces agriculteurs savaient que le trèfle enrichissait le sol [13].

Et, étant donné les préoccupations actuelles concernant la propagation des maladies dans les grandes installations d’alimentation animale, il est instructif d’apprendre que les gens des communs du 18è siècle ont adopté des règlements pour isoler les animaux malades, empêcher les porcs de souiller les étangs des chevaux et empêcher les chevaux et les vaches de l’extérieur de se mélanger aux troupeaux des villageois.

Il existait également des contrôles stricts sur le moment où les taureaux et les béliers pouvaient entrer dans les communs pour la reproduction, et les «jurys»: «réglementaient ou interdisaient soigneusement l’entrée dans les communs d’animaux médiocres capables d’inséminer les moutons, les vaches ou les chevaux» [14].

Jeannette Neeson conclut que «le système des champs communs était un moyen efficace, souple et éprouvé d’organiser l’agriculture villageoise. Les pâturages communs étaient bien gouvernés, la valeur d’un droit commun était bien défendue»[15]. L’agriculture fondée sur les communs a survécu pendant des siècles précisément parce qu’elle était organisée et gérée démocratiquement par des personnes qui étaient intimement liées à la terre, aux cultures et à la communauté. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une société égalitaire, elle préfigurait à certains égards ce que Karl Marx, faisant référence à un avenir socialiste, décrivait comme «les producteurs associés, gouvernant le métabolisme humain avec la nature de manière rationnelle» [16].

Les luttes de classes

Cela ne veut pas dire que la société agraire était exempte de tensions. Il y avait des luttes presque constantes sur la façon dont la richesse produite par les paysans était distribuée dans la hiérarchie sociale. La noblesse et les autres propriétaires terriens cherchaient à obtenir des loyers plus élevés, des impôts moins élevés et des limites aux pouvoirs du seigneur, tandis que les paysans résistent aux empiétements des propriétaires sur leurs droits et se battent pour obtenir des loyers plus bas. La plupart de ces conflits ont été résolus par la négociation ou par des recours devant les tribunaux, mais certains ont débouché sur des batailles rangées, comme ce fut le cas en 1215, lorsque les barons ont forcé le roi John à signer la Magna Carta, et en 1381, lorsque des milliers de paysans ont marché sur Londres pour demander la fin du servage et l’exécution de seigneurs impopulaires. (…)

Ian Angus 6 août 2021

Commentaire:

Des luttes paysannes ont existé aussi à la même époque en Allemagne, France, Espagne…

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03 août 2021 ~ 0 Commentaire

auschwitz (socialist worker)

Héroïsme et horreur – l’histoire vraie d’une évasion d’Auschwitz

La candidature slovaque à l’Oscar du meilleur film international raconte l’histoire vraie de deux prisonniers d’Auschwitz qui ont échappé à l’enfer.

Rudolf Vrba et Alfred Wetzler ont fourni un rapport rare, de première main et choquant sur le génocide du camp. Après une planification méticuleuse et avec l’aide et la résilience de leurs codétenus, ils parviennent à s’échapper.

Les détenus qu’ils avaient laissés derrière eux tiennent courageusement tête aux officiers nazis du camp. Pendant ce temps, les deux hommes sont poussés à survivre par l’espoir que leur témoignage pourrait sauver des vies.

Emaciés et blessés, ils se frayent un chemin à travers les montagnes jusqu’en Slovaquie pour faire part de leur horrible rapport à la Croix-Rouge américaine.

Déchirant à chaque instant, L’évasion d’Auschwitz a pour but de raconter l’horreur et la vérité de l’Holocauste.

Cela signifie que le réalisateur Peter Bebjack doit montrer la brutalité terrifiante du régime en place dans le camp, ce qu’il parvient à faire de manière claire mais sensible.

Bebjack se concentre toutefois sur l’héroïsme des deux évadés et de ceux qui sont restés sur place et ont risqué leur vie pour les aider.

Il n’en reste pas moins que ce film est inévitablement très difficile à regarder.
The Auschwitz Escape, disponible sur Amazon Prime Video à partir du vendredi 6 août.

Hannah Smith Sun 1 Aug 2021

https://socialistworker.co.uk

Lire aussi:

Basé sur une histoire vraie, celle du rapport Vrba-Wetzler

Les évadés d’Auschwitz

Auschwitz, avril 1944. Alfred Wetzler et Rudolf Vrba, deux Juifs originaires de Slovaquie, sont parvenus à rassembler des informations sur le fonctionnement du lieu de détention. Ils les dissimulent dans une morgue à l’insu de leurs geôliers. Grâce à la complicité de leurs camarades du neuvième baraquement, ils échafaudent un plan pour s’enfuir dans l’espoir de transmettre leur rapport à la résistance. Durant trois jours, du 7 au 10 avril, ils se terrent dans une cachette située près de la réception des marchandises. Pendant ce temps, les gardes nazis, qui ont constaté leur disparition, sonnent l’alerte et soumettent leurs codétenus à un interrogatoire, mais se heurtent à leur silence. Date de sortie au Québec : 7 mai 2021

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29 juillet 2021 ~ 0 Commentaire

la commune (pays d’iroise)

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26 juillet 2021 ~ 0 Commentaire

otelo (le monde diplo)

Otelo : Sa mort « met fin à une époque et à une utopie »

« Ce matin [ao saber da notícia da morte] J’ai senti quelque chose, j’ai senti que c’était fini, qu’avec [a morte de] cet homme termine aussi une époque, une utopie. Je l’ai ressenti émotionnellement. J’ai ressenti la perte, la disparition. Il ne sera plus possible de lui parler », a déclaré Isabel do Carmo à l’agence Lusa.

Pour l’ancien chef du Parti révolutionnaire du prolétariat (PRP) éteint, un mouvement qui menait une activité clandestine à travers ses Brigades révolutionnaires (dans le PRP-BR), Otelo est, avec Vasco Lourenço, « le chef du 25 avril [de 1974], le Mouvement des Capitaines et le renversement de la dictature ».

« Voici Othello, qui fut plus tard général. Vers le 25 avril [de 1974] c’était un capitaine, qui dirigeait le mouvement militaire – ce n’était pas un coup militaire – avec Vasco Lourenço [que, na altura, estava preso nos Açores]».

« Nous avons eu plus de 40 ans de dictature, nous avons eu une résistance continue contre la dictature et contre le fascisme, répétée, épuisante, avec beaucoup de répression, mais il a fallu un mouvement qui a vraiment brisé et renversé la dictature par la force. Il fallait que ce soit par la force ».

Isabel do Carmo, docteur en endocrinologie, diabète et nutrition et professeur à la Faculté de médecine de Lisbonne, où elle a obtenu son diplôme et son doctorat, a rappelé le leadership d’Othello au sein du Commandement opérationnel du continent (COPCON) pendant le processus révolutionnaire en cours ( PREC).

« C’est donc lui qui a repoussé les chefs les plus traditionnels et qui était à la tête de COPCON et COPCON, que mouvement, était celui qui soutenait ceux qui étaient à terre : les travailleurs, les sans-abri, les gens qui étaient exploités dans les champs. Pour l’histoire, a-t-elle poursuivi, Othello restera comme « l’homme, parmi d’autres », du « 25 avril ».

« Il restera dans l’histoire comme le leader, entre autres, qui a créé un mouvement venu d’en bas, pas d’en haut, qui a renversé la dictature, qui a renversé le fascisme au Portugal. Pour moi, c’est ce qui reste pour l’histoire. C’est l’homme du 25 avril 1974.

Otelo Saraiva de Carvalho, militaire et stratège du 25 avril 1974, est décédé aujourd’hui à l’aube à l’âge de 84 ans, à l’hôpital militaire.

Né le 31 août 1936 à Lourenço Marques, Mozambique, Otelo Nuno Romão Saraiva de Carvalho a eu une carrière militaire depuis les années 1960, a fait une mission pendant la guerre coloniale en Guinée-Bissau, où il a croisé la route du général António de Spínola, futur ennemi.

Au sein du Mouvement des forces armées (MFA), qui a renversé la dictature de Salazar et Caetano, il était chargé d’élaborer le plan des opérations militaires et, par conséquent, était connu comme le stratège du 25 avril.

Après le 25 avril, il commande la COPCON, émergeant en association avec la gauche militaire la plus radicale, et est candidat à la présidentielle de 1976:  16% contre  8% au PCP.

Dans les années 1980, son nom apparaît associé aux Forces Populaires 25 de Abril (FP-25 de Abril), une organisation armée responsable de plusieurs attentats et morts, ayant été condamnée, en 1986, à 15 ans de prison par une association terroriste. En 1991, il a été gracié et a été amnistié des années plus tard.

25 juillet 2021  Move Aveiro

https://www.moveaveiro.pt/

Lire aussi:

Otelo Saraiva de Carvalho

Un procès politique au Portugal. Le « crime » d’Otelo de Carvalho (LMD)

25 novembre 1975 : retour sur le jour qui stoppa le processus révolutionnaire portugais

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