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01 juin 2017 ~ 0 Commentaire

douarnenez (médias libres)

contre-la-loi-travail-et-son-monde-297b1

9 Juin Soirée « Contre la loi travail et son monde »

Au Local à DZ 5-7 rue Sebastien Velly  19h

Le 9 juin L’équipe du local – lieu associatif à Douarnenez- vous invite pour une soirée autour du livre  » contre la loi travail et son monde » en présence de l’auteur Davide Gallo Lassere

« Onze ans après les émeutes des banlieues, dix ans après la lutte contre le CPE, six ans après les protestations contre la réforme des retraites, l’ensemble du territoire français est finalement réinvesti par une vague de contestation politique qui libère l’atmosphère de toutes les passions tristes qui ont pourri nos existences pendant cette année terrible qu’ a été 2015. »

L’ouvrage : Après une année marquée par les tueries de janvier et de novembre et par l’imposition de l’état d’urgence, la mobilisation contre la Loi Travail du printemps 2016, avec ses blocages de lycées et d’universités, ses cortèges de manifestants, ses Nuits debout et ses grèves syndicales, change le climat politique.

Cet ouvrage parcourt les moments topiques qui ont scandé la mobilisation, en montrant comme le « long mars français » puise ses racines dans une histoire récente qui le précède et qui le dépasse. Les événements du printemps 2016 doivent ainsi être situés dans une perspective transnationale qui va de 1968 jusqu’aux luttes globales de 2011, en passant par le déclenchement de la crise en 2007-2008.

Cette approche permet à l’auteur d’élaborer une vision d’ensemble de la crise en cours et des protestations qui l’ont accompagnée en mettant en lumière l’articulation entre le plan national français et celui de la gouvernance européenne. Les réformes néolibérales opérées par les gouvernements socialistes entrent en effet en forte résonance avec les normes en vigueur dans les différents contextes nationaux, même si les formes d’opposition et de résistance mises en place reflètent les spécificités françaises.

Attentif à la composition subjective de la contestation, l’essai avance enfin une proposition passible d’alimenter le débat politique dans les mois à venir : la socialisation du revenu et son lien avec les luttes antiraciales.

L’auteur : Davide Gallo Lassere est chercheur précaire rattaché au laboratoire Sophiapol de l’Université Paris Ouest Nanterre la Défense. Actuellement post-doctorant au Iuss de Pavie, il s’occupe de philosophie sociale, économique et politique et de théories monétaires et du capitalisme.

http://brest.mediaslibres.org/

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24 mai 2017 ~ 0 Commentaire

« thèses d’avril » (npa)

theses avril

Lénine (ré)arme le Parti bolchevique

Le 4 avril 1917(1) à Petrograd, Lénine présente ses « Thèses d’avril » devant une assemblée de bolcheviks, de mencheviks et de socialistes indépendants. « Délire, délire d’un dément ! » l’interrompt l’ancien bolchevik Bogdanov.(…)

Le Parti bolchevique en mars 1917

Ce parti avait été extrêmement désorganisé et affaibli par la répression étatique et policière. La majorité des militants s’étaient retirés ou avaient perdu le lien avec les structures clandestines,  mais beaucoup reviennent militer après Février,  tandis que l’essentiel des cadres se trouvent soit en exil à l’étranger (comme Lénine en Suisse), soit relégués et assignés à résidence en Sibérie, soit en prison.

Lorsqu’éclate la révolution de Février, la direction effective en Russie est assurée par un « bureau russe du comité central » composé d’Alexandre Chliapnikov (un cadre expérimenté, qui deviendra quelques années plus tard le principal dirigeant de l’« Opposition ouvrière »), flanqué de deux jeunes militants, Molotov (futur bras droit de Staline et qui a par ailleurs, suite à une plaisanterie finlandaise, donné son nom au célèbre « cocktail ») et Zalou- tsky. A la traîne face aux journées révolutionnaires de Février, comme tous les autres courants socialistes, cette direction maintient cependant une politique indépendante de la bourgeoisie.

Elle tâtonne, n’a pas de ligne et de perspective claires, ne parvient pas à dépasser vraiment la conception selon laquelle la révolution en cours est « bourgeoise », mais n’en dénonce pas moins, dans les premiers numéros de la Pravda (« La Vérité ») qui réapparaît début mars,  le gouvernement provisoire comme « un gouvernement de capitalistes et de propriétaires fonciers », en réclamant la formation d’un « gouvernement révolutionnaire provisoire » et en appelant le soviet à convoquer une assemblée constituante afin d’instaurer « une république démocratique ». Le 10 mars, elle appelle à transformer la guerre inter-impéria- liste en une guerre civile qui libérera les peuples du joug des classes dominantes.

Beaucoup change cependant lorsque, le 12 mars, reviennent de leur relégation en Sibérie deux membres du comité central, Léon Kamenev et Joseph Staline, qui pren- nent alors le contrôle des instances dirigeantes et de l’organe central du parti. Dans la Pravda du 15 mars, Kamenev renverse la position adoptée précédemment sur la guerre et se rallie à la position de « défense nationale » partagée, avec des nuances, par le gouvernement provi- soire et par la direction réformiste du soviet de Pétrograd.(…) Staline, de son côté, approuve le manifeste que le soviet vient d’adopter « pour une paix sans annexions ni compensations ». Cela suppose une politique de pression « pacifique » sur les bourgeoisies et gouvernements impérialistes qui sont en train de s’affronter au prix de millions de morts

Selon Chliapnikov, ces prises de position sont accueillies avec jubilation au sein du gouvernement provisoire comme a la direction du soviet, tandis qu’une opposition de gauche se lève au sein du parti, notamment dans son bastion ouvrier de la capitale, le district de Vyborg, dont le comité « demande même l’exclusion du parti de Staline et de Kamenev ».

Le 29 mars s’ouvre à Pétrograd la première conférence nationale, depuis le bouleversement de février, des organisations bolcheviques de Russie. La direction du parti y est confrontée, d’une part, à une aile « défensiste » alignée sur la position des mencheviks et des SR, d’autre part, à une forte opposition de gauche. Pour cette dernière, « la révolution russe ne peut obtenir un maximum de libertés démocratiques et de réformes sociales que si elle devient le point de départ d’un mouvement révolutionnaire du prolétariat occidental », pour cela « il faut préparer la lutte contre le gouvernement provisoire », le soviet étant « un embryon de pouvoir révolutionnaire » et la « garde rouge ouvrière » (issue des milices ouvrières constituées durant l’insurrection de février, et au sein desquelles l’influence bolchevique a été prégnante dès le départ) un outil central afin de l’imposer.

Confronté à cette situation, Staline ouvre la conférence en prononçant un rapport qui est politiquement aussi inepte qu’incohérent, typique du « centrisme » hésitant entre réforme et révolution : le gouvernement provisoire « a pris en fait le rôle de consolidateur des conquêtes du peuple révolutionnaire. (…).

Le choc des Thèses d’avril

C’est dans cette situation que le 3 avril, après un long voyage à l’intérieur du « train scellé » des révolutionnaires russes émigrés, notamment à travers l’Allemagne et la ligne de front, Lénine fait son retour à Pétrograd. Des milliers de personnes l’accueillent dans l’enthousiasme à la gare de Finlande. Chliapnikov, Kamenev et Alexandra Kollontaï sont les principaux diri- geants bolcheviques présents. D’emblée, Lénine tance Kamenev en ironisant sur ses articles dans la Pravda.(…)

 Il affirme que la révolution de Février n’a pas résolu les problèmes fondamentaux du prolétariat, que l’on ne peut s’arrêter à mi-chemin et qu’en alliance avec la masse des soldats, la classe ouvrière doit transformer la révolution démocratique en une révolution prolétarienne socialiste. Avant de conclure : « d’un moment à l’autre, chaque jour, on peut s’attendre à l’écroulement de tout l’impérialisme européen. La révolution russe que vous avez accomplie en a marqué les débuts et a posé les fondements d’une nouvelle époque. Vive la révolution socialiste mondiale ! »(…)

il s’agit de lutter pour « tout le pouvoir aux soviets », pour un gouvernement révolution- naire et une « république des Soviets de députés ouvriers, salariés agricoles et paysans dans le pays tout entier, de la base au sommet » qui supprimera la police, l’armée et le corps des fonctionnaires, expropriera les banques, garantira le contrôle ouvrier de l’industrie et nationa-lisera toutes les terres ; tant que les bolcheviks restent minoritaires au sein des soviets, leur tâche est cependant d’« expliquer patiemment » la situation aux masses, qui se convaincront peu à peu grâce à l’action des bolcheviks et à travers leur propre expérience ; enfin, il faut « prendre l’initiative de la création d’une Internationale révolutionnaire, d’une Internationale contre les social-chauvins et contre le « centre » » (la tendance « du milieu » de la social-démocratie internationale).

Une grande majorité des cadres bolcheviques accueillent ces positions avec stupeur et consternation.(…)

Après des échecs initiaux, Lénine parvient cependant à retourner le parti avec une rapidité surprenante. Réunie du 14 au 22 avril, la première conférence des organisations bolcheviques de la ville de Pétrograd finit par adopter la plupart de ses positions, par un vote massif de 37 voix contre 3. Le mois suivant, à l’issue de la septième conférence pan-russe du POSDR (bolchevique) tenue du 24 au 29 avril, la résolution politique présentée par Lénine est égale- ment adoptée, quoique avec une marge plus faible témoignant de la persistance de fortes oppositions, 71 pour, 39 contre et 8 abstentions.

Pourquoi l’a-t-il emporté aussi aisément ?

La plupart des auteurs mettent en avant trois raisons. La première est la force des idées et l’extraordinaire capacité de conviction de Lénine. La seconde, le processus de transformation du Parti bolchevique, qui se remplit de milliers puis dizaines de milliers de nouveaux militants lesquels, pour beaucoup, ne connaissent pas grand-chose au marxisme et ne veulent qu’une chose : imposer « le pain, la paix, la terre » et pour cela, en découdre avec le gouvernement et les capitalistes.

Une troisième raison a à voir avec l’évolution et la radicalisation brusque de la situation qui intervient précisément au cours de ce mois d’avril. Le ministre cadet des affaires étrangères, Milioukov, avait rédigé une note secrète, destinée aux gouvernements français et britannique, les assurant que non seulement ils pourraient toujours compter sur leur allié russe mais qu’une offensive était en préparation sur le front oriental afin d’aider leur propre effort de guerre. La divulgation de la « note Milioukov » provoque un énorme scandale et la première crise du gouvernement provisoire. A Pétrograd, des dizaines de milliers d’ouvriers et de soldats en fureur descendent dans la rue. Les 20 puis 21 avril, les manifestations massives tournent à l’émeute et, comme en février, des affrontements sont sanglants. Le processus révolutionnaire a franchi un pas.

Des conséquences durables

Toujours est-il que le Parti bolchevique se trouve maintenant en ordre de marche. Une aile droite (dont Staline s’éloigne précautionneusement, pour se ranger peu à peu derrière Lénine) se maintint toutefois autour de Kamenev, Zinoviev et Rykov. Les deux premiers s’opposeront – y compris publiquement, à l’insurrection d’Octobre, ce qui amènera Lénine à les traiter de « briseurs de grève » et à demander leur exclusion du parti, qu’il n’obtiendra pas. (…)

Le tournant représenté par les Thèses d’avril facilite également le rapprochement puis la fusion, fin juillet, avec Trotsky et les 4 000 militants de l’Organisations Interrayons (au nom officiel de « POSDR internationaliste »). Au-delà de la « thèse » largement répandue6 selon laquelle Lénine aurait alors changé de position pour se rallier de fait aux conceptions de la révolution permanente de Trotsky, il faut signaler que les positions sur ce point des deux grands dirigeants de la révolution d’Octobre n’étaient en réalité pas aussi éloignées qu’il pouvait y paraître.

« La révolution démocratique faite, nous aborderons aussitôt, dans la mesure précise de nos forces, des  forces du prolétariat conscient et organisé, la voix de la révolution socialiste. Nous sommes pour la révolution ininterrompue. Nous ne nous arrêterons pas à mi-chemin », écrivait ainsi Lénine dès 1905.7(Résumé)

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue du Parti.

Samedi 20 mai 2017 Jean-Philippe Divès

https://npa2009.org/

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21 mai 2017 ~ 2 Commentaires

idée reçue (lmd)

totalit
Affiches des films « Ilsa, la Tigresse du goulag », de Jean Lafleur, 1977 et « Ilsa, la Louve des SS », de Don Edmonds, 1975.
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Tous les totalitarismes se valent

Entrés en vigueur en septembre 2011, les nouveaux programmes de première se décomposent en cinq thématiques. L’une d’elles est consacrée au «siècle des totalitarismes » et mêle l’URSS de Staline, l’Allemagne de Hitler et l’Italie de Musso- lini. Cet amalgame, fréquent depuis un quart de siècle, vise à mettre sur le même plan communisme et nazisme.

Depuis quarante ans, les films de série Z – œuvres à petit budget généralement de mauvaise qualité – proposent des scénarios extravagants qui exploitent jusqu’à l’absurde la paranoïa des temps de guerre froide, entretenant parfois la confusion entre nazisme et communisme. Ainsi, l’héroïne-nymphomane de la saga Ilsa se retrouve tour à tour gardienne de goulag et de camp de concentration.

A première vue, la France de François Hollande, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, le Venezuela de Nicolás Maduro et l’Union européenne ont peu en commun. Pourtant, en 2014, ils ont tous les quatre été affublés de l’adjectif « totalitaire » : la France parce que son ministre de l’intérieur a interdit les spectacles de Dieudonné Mbala Mbala, la Turquie en raison du blocage du réseau social Twitter, le Venezuela à cause de la répression de certaines manifes- tations et l’Union européenne car elle briderait la souveraineté des nations.

Le concept de totalitarisme a toujours eu un sens fluctuant. Il apparaît dans l’Italie du début des années 1920 sous la plume d’opposants au Duce, pour qualifier le régime fasciste. Mais Benito Mussolini récupère le mot et le charge d’une connotation positive. En 1925, il exalte la « farouche volonté totalitaire » unifiant le peuple italien : le totalitarisme, c’est la grandeur de l’Etat.

Au même moment, les adversaires de Joseph Staline utilisent ce concept pour décrire l’URSS. L’écrivain anarchiste Victor Serge, qui a soutenu la révolution de 1917, parle du régime soviétique comme d’un « Etat totalitaire, castocratique, absolu, grisé de puissance, pour lequel l’homme ne compte pas ». En août 1939, la signature du pacte germano-soviétique popularise, au Royaume-Uni et aux États-Unis, la thématique de l’alliance des totalitarismes.

Mais c’est surtout après la seconde guerre mondiale que la notion se charge d’un lourd poids idéologique : elle devient un mot d’ordre anticommuniste et sert à justifier le combat contre le bolchevisme. En 1944, dans La Route de la servitude, le théoricien ultralibéral Friedrich Hayek soutient que l’intervention de l’État produit inévitablement un contrôle des libertés individuelles, le refus du marché libre constituant ainsi la matrice de « l’avènement du totalitarisme ». Trois ans plus tard, le président des Etats-Unis Harry S. Truman renvoie lui aussi Hitler et Staline dos à dos : « Il n’y a aucune différence entre les Etats totalitaires », affirme-t-il en 1947.

Cette superposition discutable entre les expériences allemande et soviétique prend un caractère scientifique avec la publication des travaux de Hannah Arendt en 1951 puis de Carl Friedrich et Zbigniew Brzezinski. En 1956, ces deux chercheurs identifient six critères permettant d’identifier un régime totalitaire : un parti de masse dirigé par un chef charismatique, la banalisation de la terreur, la centralisation de l’économie, la mainmise des pouvoirs publics sur les moyens de communication, etc.

Parce qu’elle privilégie ce qui rapproche Hitler et Staline au détriment de ce qui les sépare, cette grille de lecture remporte un vif succès pendant la guerre froide. Loin de disparaître avec l’effondrement de l’URSS, elle connaît une seconde jeunesse au début des années 1990. En Allemagne, l’historien Ernst Nolte fait alors du nazisme une réponse extrême à la vague bolchevique ; en France, son homologue François Furet explique que le volonta- risme transformateur pousse à la limitation des libertés, à la violence et donc à la « mécanique totalitaire » : « Le bolchevisme stalinisé et le national-socialisme constituent les deux exemples des régimes totalitaires du XXe siècle, écrit-il dans Le Passé d’une illusion (1995). Non seulement ils sont comparables, mais ils forment en quelque sorte à eux deux une catégorie politique. »

Ce postulat ideologique a récemment pris corps dans les programmes scolaires : depuis 2011, il est demandé aux lycéens français d’étudier l’Italie fasciste, l’Allemagne nazie et l’Union soviétique dans un seul et même chapitre, baptisé « Le siècle des totalitarismes ». Une telle présentation efface les différences entre ces trois idéologies ; elle néglige la nature du nazisme, dont la quête d’un « espace vital » pour l’Allemagne implique une volonté raciste d’extermination des « sous-hommes » : Juifs, Tziganes, Slaves…

Devenu, selon les mots de l’historien Enzo Traverso, « outil de légitimation de l’Occident triom- phant », le concept de totalitarisme est aujourd’hui utilisé à tort et à travers, par les uns pour décrire les limitations des libertés, par les autres pour disqualifier les projets de transformation sociale. Aussi certains auteurs proposent-ils, à l’instar de Slavoj Žižek, de s’en débarrasser purement et simplement.

Benoît Bréville  Rédacteur en chef adjoint au Monde diplomatique.

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Commentaire: Un mot quand même pour dire que si le communisme « réel »  n’a pas été volontairement génocidaire (sauf le Cambodge) il a quand même dégoûté les masses de la planète du socialisme et du communisme. Si on peut se dire « anticapitaliste » , se définir
pour un régime « socialiste » ou « communiste » n’entraîne pas l’enthousiasme!

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13 mai 2017 ~ 0 Commentaire

suzanne citron (essf)

le mythe

Vous avez, en tant que professeure, beaucoup critiqué les méthodes d’enseigne- ment, la pédagogie mais aussi 
les programmes eux-mêmes. Quel cheminement vous amène à produire cette vision distanciée de l’école française ?

Suzanne Citron. J’étais une ancienne «  bonne élève  » et une militante convaincue de l’école publique. En 1959, la scolarité obligatoire est prolongée jusqu’à seize ans. Mais je découvre comme parent et comme enseignante que cette école a bien des défauts : surcharge des programmes, enfermement des enseignants dans leur discipline, méfaits du système de nota- tion, rigidités administratives. Les années 1960 voient une floraison de revues pédagogiques et d’ouvrages traitant de l’école. La société française est traversée d’interrogations : en mars  1968, un grand colloque réunit à Amiens 600  participants «  pour une école nouvelle  ». On a oublié aujourd’hui les remises en question de mai  1968 que j’ai moi-même expérimentées dans mon lycée d’Enghien : des élèves et des professeurs réinventaient l’enseignement dans leurs livres blancs. Mais, pour toutes sortes de raisons, grandes furent les déceptions immédiates, ce qui m’incita à écrire mon premier livre en 1971, l’École bloquée.

Votre rapport à l’histoire devient progressivement critique. En 1987, vous écrivez le Mythe national, l’histoire de France en question, devenu un ouvrage de référence. Pourquoi avez-vous ressenti le besoin 
de décortiquer les fondements 
d’un roman national ?

Suzanne Citron. Ce livre est l’aboutissement de longues réflexions et de nombreuses lectu- res. Il y a d’abord le choc indélébile de la guerre 
d’Algérie, la raison d’État républicaine qui censure l’information sur les tortures. Je puise dans de nouvelles histoires de France, dans des travaux étrangers les outils d’une déconstruction critique du petit Lavisse. Je décortique la façon dont les historiens libéraux et républicains du 19è siècle, imprégnés de la Révolution française, ont identifié la nation à l’État et ont construit le récit d’une France toujours déjà là qui légitimait l’État même dans ses crimes. Disposant d’annales dynastiques qui débutaient avec Clovis, ces historiens leur ont rajouté en amont un peuple souche gaulois et couturé en aval l’inattendu de la Révolution. L’école républicaine a nationalisé les petits Français bretons, corses, basques, antillais, juifs… par ce récit d’une commune origine gauloise, d’une chaîne de grands souverains débutant avec Clovis et Charlemagne, d’une Révolution célébrée comme un avènement messianique.

Mais ce roman national ne continue-t-il pas 
à se transmettre intact encore aujour- d’hui ?

Suzanne Citron. Il n’a en effet jamais été véritablement déprogrammé. Certes d’importants travaux novateurs sont publiés. Mais les journalistes et le public se réfèrent aux souvenirs d’école primaire dès qu’il s’agit d’histoire de France et le récit scolaire demeure enfermé dans sa linéarité du 19è  siècle. La grande majorité des responsables politiques, de droite comme de gauche, ont une conception positiviste de l’histoire qui fétichise l’ancien récit comme socle indestructible de la nation.

Vous avez un regard très critique sur les lieux de mémoire. Pourquoi ?

Suzanne Citron. J’ai beaucoup espéré des historiens des Annales lors de ma quête critique du Mythe national. Dans son entreprise des Lieux de mémoire, Pierre Nora, qui bénéficiait d’un grand pouvoir médiatique, s’est voulu l’initiateur d’un regard patrimonial sur le passé. Mais dans cette histoire de France au second degré, il a maintenu en filigrane le récit du 19è  siècle et n’a pas recomposé le passé d’une France marquée par la honte de Vichy, les séquelles de la guerre d’Algérie, et profondément renouvelée par les immigrations postcoloniales.

Nous assistons à un retour des conservatismes et à une propagation des idées du Front national. En tant que résistante et historienne, quelle serait, pour vous, la meilleure manière 
de combattre ces thèses ?

Suzanne Citron. Le savoir-faire de Marine Le Pen dans son entreprise de «dédiabolisation» consiste en la manière dont, avec le support des médias, elle s’est appropriée et utilise le vocabulaire politique commun en le détournant : nation, État, république, laïcité. Face à cette emprise, le discours antifasciste des années 1930 et le front républicain de 2002 s’avèrent inefficaces.

Du PS à Mélenchon, on n’a jamais autant brandi la République. Mais cette invocation quasi religieuse d’une République au-dessus de tout soupçon, sous couvert d’une bonne conscience de gauche ou de droite, n’est pas la bonne méthode. La désaffection pour les gouvernants conforte l’impact démagogique du discours passéiste de Marine Le Pen.

Débusquer le totalitarisme masqué du Front National derrière son autolégitimation arrogante, cela exige de ses adversaires, par-delà l’incantation des mots, 
la refondation des choses : l’exemplarité éthique et civique des gouvernants et la simplification 
du train de vie de l’État, une administration proche des gens, une école ouverte à tous les talents, des débats constructifs entre adversaires politiques. Face au projet d’une nation maurrassienne clôturée dans ses frontières et nourrie de roman national, une France des diversités et des multiples racines est à inventer, morceau d’humanité, 
bribe d’Europe, présage d’avenir.

http://www.europe-solidaire.org/

Commentaire: Article de l’Humanité. Suzanne Citron a soutenu Ségolène Royal en 2007.

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03 mai 2017 ~ 0 Commentaire

thèses d’avril (npa)

capitla

Les « Thèses d’avril », naissance du parti de Lénine et de Trotski.

Le 7 avril, trois jours à peine après son arrivée à Petrograd, Lénine publiait dans la Pravda un article intitulé « Les tâches du prolétariat dans la présente révolution » qui sera plus tard désigné par le nom de « Thèses d’avril »

Ce texte, publié sous le seul nom de Lénine, constituait un projet de résolution que le comité central des Bolcheviques venait de mettre très largement en minorité.

Il constituait une critique radicale de l’orientation prise, sous l’impulsion de Kamenev et de Staline, par la direction russe des Bolcheviques, qui depuis la révolution de février avait de fait apporté son soutien au gouvernement provisoire, ce qui l’avait aussi amené à envisager de fusionner avec les mencheviques pour réunifier le Parti social-démocrate russe.

Fin des compromis

S’inscrivant en faux contre cette orientation, les Thèses d’avril affirmaient que le gouvernement provisoire ne constituait qu’un gouvernement bourgeois et que la guerre qu’il continuait à mener n’avait pas changé de nature en devenant une guerre de défense révolutionnaire, mais restait une guerre de brigandage impérialiste que les bolcheviques devaient radicalement combattre.

Estimant que le temps des compromis était révolu, Lénine se prononçait contre toute concilia- tion avec les mencheviques et pour la rupture définitive avec la 2e Internationale et les centristes zimmerwaldiens, ce qui l’amenait à suggérer symboliquement aux bolcheviques de renoncer à leur référence à la «social-démocratie» pour créer un nouveau «parti communiste».

En toute logique, cette politique d’opposition au gouvernement amenait Lénine à proposer de s’orienter vers une stratégie de conquête du pouvoir, ce qui constituait une rupture dans sa pensée stratégique, puisqu’il n’avait jusque-là guère pensé de marche vers un socialisme russe que dans le cadre d’une déflagration plus générale du capitalisme européen. Ce saut théorique était permis par la puissance acquise par les soviets, dans lequel il voyait le fonde- ment d’un nouvel « État-Commune », autrement dit d’un État fondé sur les principes de la Commune de Paris.

Vers la République des Soviets

En conséquence, Lénine proposait d’utiliser les possibilités ouvertes par l’installation d’une république démocratique pour se livrer à une vaste opération de propagande pour la création d’une République des Soviets, qui reprendrait les acquis de la Commune de Paris en suppri- mant la police, l’armée et le corps des fonctionnaires. Il se refusait ainsi à toute tentative de mise en place prématurée d’une dictature ouvrière, s’orientant vers une conquête de l’hégé- monie politique qui devait faire toute sa place aux masses paysannes. C’est dans cet esprit qu’il proposait un nouveau programme, faisant de la confiscation de la grande propriété foncière un axe prioritaire.

Si, à leur parution, les Thèses d’avril ne constituaient au sein des Bolcheviques qu’une orientation très minoritaire, un mois plus tard elles étaient devenues hégémoniques dans le parti en raison de l’échec patent de la politique de défense révolutionnaire menée par le gouvernement provisoire. La réorientation imposée par Lénine avait scellé définitivement les projets de réunification du Parti social-démocrate russe et par là même le destin de la Internationale.

Rejoignant la théorie de la « révolution permanente », les Thèses d’avril ouvraient en revanche la voie d’une fusion des Vieux-Bolcheviques avec le groupe de Trotski qui, à son arrivée en mai à Petrograd, fit le constat que plus rien ne le séparait de Lénine. La fusion fut actée en août, donnant ainsi naissance, sur un plan idéologique autant que pratique, au « Parti de Lénine et de Trotski »…

Vendredi 28 avril 2017 Laurent Ripart

https://npa2009.org/

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02 mai 2017 ~ 0 Commentaire

extrême droite (lmd)

euroope

Quand l’autoritarisme dominait

Les habits respectables de l’extrême droite européenne

Peu nombreux sont désormais les partis politiques qui assument l’héritage idéologique des fascismes, et a fortiori du national-socialisme. L’extrême droite européenne des années 2010 a opéré une mue radicale : elle prétend vouloir défendre l’identité du Vieux Continent contre le multiculturalisme et les musulmans.

La seule entreprise politique digne d’intérêt qui assume l’héritage idéologique des fascismes est italienne : l’association Casapound tente d’investir le champ culturel et social dans la continuité des idées de la république de Salo. La filiation fasciste demeure au sein de quelques partis d’extrême droite est-européens, dont le mieux implanté est le Jobbik hongrois. Le néo-national-socialisme du Nationaldemokratische Partei Deutschlands (NPD) promeut quant à lui, avec quelque succès électoral dans l’est de l’Allemagne, un pangermanisme agressif et antisémite qui doit, pour survivre, rester dans les limites de l’ordre juridique fixé par la Loi fondamentale de 1949.

En fait, l’extrême droite des années 2010 a entamé depuis dix ans, avec l’émergence du phénomène Pim Fortuyn aux Pays-Bas, une mue complète. Succédant à une vague de mouve- ments nationalistes xénophobes qui avaient percé électoralement dans la décennie 1985-1995 et dont le symbole demeure le Front National (FN) français, une droite radicale, populiste et xénophobe s’oppose avant tout au multiculturalisme et à la présence de l’islam en Europe. Elle brouille la ligne de partage entre les droites démocratiques et les extrêmes.

L’Union démocratique du centre (UDC) en Suisse, les populismes scandinaves, la Ligue du Nord italienne et le Parti de la liberté (PVV) du Néerlandais Geert Wilders incarnent cette tendance. Leur socle doctrinal commun est fait du détournement des valeurs fondamentales de la démocratie libérale (primat de la liberté individuelle, égalité des sexes et droits des minorités, laïcité et libre arbitre) au profit du combat contre le prétendu nouveau totalitarisme : celui du multiculturalisme hétérophile qui conduirait les sociétés européennes à la soumission intellec- tuelle à un islam en passe de conquérir le Vieux Continent.

Sous la direction de Marine Le Pen, le FN semble décidé à effectuer aussi un tour- nant important, abandonnant les polémiques sur le génocide « détail de l’histoire » pour se concentrer sur la défense des valeurs françaises. Ces idées sont aussi prisées dans les anciens pays communistes, où elles ne sont pas incompatibles avec des formes d’antisémitis- me virulent, comme en Hongrie ou dans la partie est de l’Allemagne.

C’est en effet l’islam (et non l’islamisme) qui est l’ennemi principal de cette droite radicale nourrie de la théorie du choc des civilisations et du concept d’Eurabia, inventé par la polémiste britannique Bat Ye’or. Depuis les attentats commis en Norvège le 22 juillet 2011, il apparaît que ces partis légaux risquent de sécréter des dérives terroristes individuelles : Anders Behring Breivik est un « djihadiste antidjihadiste » issu des rangs du Parti du Progrès.

La crainte du déclassement

Le combat contre le multiculturalisme et l’islam donne une tonalité nouvelle au discours anti- immigration de formations comme le FN français et le Vlaams Belang flamand. Ces partis justifient toujours l’arrêt de l’immigration et l’inversion des flux migratoires par le contexte de récession.

Ils utilisent aussi les replis identitaires suscités par la mondialisation libérale pour désigner le musulman non seulement comme un concurrent sur le marché du travail, mais comme un ennemi civilisationnel. La progression des mouvements d’extrême droite se produit parfois dans des pays frappés par la crise économique ; mais, dans ceux qui résistent mieux à celle-ci, la crainte du déclassement social et le sentiment de délitement des repères culturels permettent à l’extrême droite d’attirer un électorat transclassiste qui adhère en outre à l’idée du retour d’un Etat protecteur.

Le terme « populiste », souvent utilisé pour qualifier l’extrême droite, suggère une identité de contenu entre l’idéologie de celle-ci et d’autres formes de radicalité politique. Si ce terme rend bien compte de la dimension protestataire du phénomène, il occulte la différence fondamentale qui distingue les électeurs d’extrême droite des autres « populistes » : le degré d’ethno- centrisme.

Jean-Yves Camus

http://www.monde-diplomatique.fr/

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01 mai 2017 ~ 0 Commentaire

saint-nazaire fn (ouest france)

 grand pere

Le FN contraint de quitter l’hommage aux Déportés

Près de la stèle commémorative, ni les interpellations directes et ni la banderole déployée n’avaient décidé les sympathisants frontistes à quitter les lieux.

Ce dimanche matin à Saint-Nazaire, la présence du Front national a été dénoncée par plusieurs participants de la cérémonie en hommage aux victimes et héros de la Déportation. Interpellés directement par une Résistante, les militants du parti d’extrême droite ont quitté la salle municipale.

« Je ne ferai pas de discours mais juste dire que la présence du Front national, ici, est une honte et une insulte à nos amis disparus. Je vous demande de sortir. »

Ce dimanche matin à Saint-Nazaire, l’ancienne Résistante et déportée de Ravensbrück, Christiane Cabalé, a refusé de voir des membres du Front national participer à la cérémonie du souvenir des victimes et des héros de la Déportation. Ils ont du quitter le salon de la mairie alors que des applaudissements saluaient la déclaration de Mme Cabalé. La même tension s’était exprimée quelques minutes plus tôt à l’exterieur, devant la stèle commémorative.

« Aucune légitimité »

Avant même la cérémonie, Roger Ducastel, fils de déporté, et Guy Texier, du Comité du Souvenir de la Résistance en Loire-Inférieure, invitent ouvertement les membres du Front national à quitter un lieu « où ils n’ont pas leur place ». Les frontistes ne bougent pas alors que des militants du Parti Communiste déploient une banderole où est inscrit  « Le FN n’a aucune légitimité à saluer la mémoire des victimes du fascisme. Qu’il dégage. »

La cérémonie poursuit malgré tout  en présence d’une centaine de personnes. Un moment chargé d’émotion durant lequel se sont succedés des chants (La Marseille, Nuit et brouillard), de textes d’anciens déportés lus par des lycéens et un dépôt de gerbes.

Ce n’est que devant l’ancienne Résistante de 93 ans que les militants du Front National ont tourné les talons. A Saint-Nazaire, le Front national est arrivé en quatrième position au scrutin de dimanche dernier avec 13,54%. Il est pourtant une des deux forces d’opposition du conseil municipal. 30/04/2017

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26 avril 2017 ~ 0 Commentaire

macron (npa)

macron

Tout est bon pour les patrons

Derrière l’aventure personnelle de Macron, on trouve le grand patronat et une partie du personnel politique du PS et de la droite. Rien d’étonnant donc à ce que la Bourse ait pris 4,5 % au lendemain du 1er tour.

Macron veut se donner l’image d’un homme jeune et nouveau.

Jeune, il l’est effectivement. Mais nouveau… Avant d’être ministre des Finances, l’énarque a fait une carrière marquée par des aller-retour entre la haute administration et la banque (plus précisément la banque Rothschild où il a gagné plus de deux millions d’euros).

Inspirateur et continuateur de Hollande

Il fut ensuite, d’abord comme secrétaire-général de l’Élysée, un des hommes-clefs de la prési- dence Hollande. « Les spartakistes, on les aura ! », proclamait-il à cette époque face aux velléités des « frondeurs » de s’opposer aux mesures du « pacte de compétitivité », c’est-à- dire aux cadeaux supplémentaires au patronat sous la forme du CICE et de nouvelles baisses de cotisations sociales employeurs et d’impôts. Macron a, par ailleurs, contribué au choix de l’Élysée de ne pas légiférer sur les salaires des patrons et de privilégier un « code de bonne conduite »… qui les laisse en pratique libres de faire ce qu’ils veulent.

Nommé ministre de l’Économie, il attache son nom à la « loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques » (la « loi Macron ») qui modifie notamment la réglemen-tation concernant le travail le dimanche et de nuit,  les transports avec l’ouverture du marché des autocars, etc. Par peur de ne pas trouver de majorité sur ce texte, le gouvernement Valls décide d’utiliser l’article 49-3 de la Constitution pour la faire adopter.

Macron n’est donc pas un ministre « lambda », mais il pressent l’effondrement du hollan- do-vallsisme. Il a compris que la crise du PS et l’incapacité du « centre » à se constituer en force politique indépendante des Républicains ouvraient la possibilité d’une opération bona- partiste (1) qu’il s’acharne à organiser. Il commence à collecter des fonds auprès de donateurs fortunés, crée en avril 2016 son propre mouvement « En Marche ! », puis démissionne du gouvernement. Il annonce en novembre 2016 sa décision de se présenter à la présidentielle sans passer par les primaires du PS.

L’homme de toutes les nomenklaturas

Il se présente comme « ni de droite, ni de gauche » et ne veut pas être assimilé aux hommes politiques qui ont exercé le pouvoir, qu’ils viennent de la droite ou du PS. Cela ne l’empêche pas d’additionner les soutiens : à droite du côté de Bayrou, et surtout du PS. Enfin, il faut mentionner quelques écologistes (Daniel Cohn-Bendit) et ex-communistes (Robert Hue, Patrick Braouezec) en perte de repères…

Du côté du patronat, Gattaz, le président du Medef, soutient Fillon mais il est loin de faire l’unanimité derrière lui.

Macron a derrière lui la fine fleur des patrons de la nouvelle économie, mais séduit aussi une partie du grand patronat adhérent à l’Afep (association qui regroupe les plus grands groupes français). Au niveau syndical, les soutiens sont plus discrets mais Pierre Ferracci, dirigeant du groupe de conseil Alpha (initialement lié à la CGT) l’a mis en relation avec les leaders syndicaux, et on peut penser à des contacts plus poussés du côté CFDT.

Une stratégie « attrape-tout »

Pendant la majeure partie de sa campagne, il est resté vague sur son programme. Son objectif a été de se placer au centre de ce qu’il pense être les aspirations de la société. Il a voulu s’a- dresser à tout le monde, y compris  aux jeunes des banlieues. Il panache baisse des impôts et des cotisations des entreprises, suppression de certaines cotisations salariés, hausse de la CSG, allègement de l’impôt sur la fortune et suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des foyers.

Tout le monde a l’air gagnant mais, en fait, si on additionne le tout, patrons et riches ramassent la mise. Il présente comme un gisement d’emplois la réforme du droit du travail, la flexibilité et le modèle Uber. Sur un certain nombre de terrains, il met le doigt sur des défail- lances : il annonce ainsi 12 000 postes dans le primaire dans les zones difficiles et un rem- boursement à 100 % des lunettes et des prothèses dentaires. Même si son objectif est au fond le même, Macron s’est bien gardé d’un discours austéritaire à la Fillon.

Le « troisième tour »

Macron est sans conteste l’homme du grand patronat. Il a su prendre la mesure de la crise de la 5è République et du système des partis. Dans la situation actuelle, son élection ne fait guère de doute. Il va continuer à émettre du brouillard et a commencé à recueillir des ralliements tous azimut. Au deuxième tour, certains issus de la gauche et des classes populaires feront prédo- miner leur rejet du FN, tandis que d’autres (parmi les plus éloignés de la politique) risquent d’être attirés par le discours « social » du FN.

Aux législatives, la partie sera sans doute plus difficile pour lui : les appareils des partis referont surface et voudront faire de l’élection des députés un « troisième tour des présiden- tielles ». Ils tenteront soit de peser (comme l’a annoncé Manuel Valls) sur les contours de la future majorité, soit de d’assurer leur hégémonie en dehors de cette majorité avec comme perspective les prochaines élections.

Au-delà, les braises existent encore qui ont donné le mouvement contre la loi tra- vail » : à nous, avec d’autres, de les entretenir pour construire le seul « troisième tour » qui vaille, celui de la défense des acquis sociaux. Mais il faudra aussi se mettre en situation de répondre à la crise politique dont le face-à-face Macron-Le Pen est l’expression…

Henri Wilno Mardi 25 avril 2017

https://npa2009.org/

Commentaire(1): Le Bonapartisme, une étape avant le fascisme?

Wiki Rouge Bonapartisme

Bonapartisme et fascisme (Léon Trotski)

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22 avril 2017 ~ 0 Commentaire

émile masson (le peuple breton)

emile masson

Souscription : Réédition d’Émile MASSON

Rééditer Émile Masson

Pourquoi rééditer Émile Masson aux Presses populaires de Bretagne? Né à la fin du 19è siècle, il précède après tout largement la naissance de l’Union Démocratique Bretonne, en 1964. Pourtant, la gauche bretonne (en général) se revendique allègrement de cet auteur qui, seul contre tous, veut croire en l’émancipation du peuple breton.

Il faut dire que les références progressistes à cette époque sont rares.

Participer à la popularisation de cet « anachronisme », de cet homme si en avance sur son temps et pourtant si peu connu du grand public, nous paraissait salutaire. C’est d’autant plus vrai que cet ouvrage, à l’exception de la réimpression de la Bibliothèque nationale, est rare et souvent chère, donc inaccessible au grand public.

Malgré un style très lyrique, ce long poème qu’est Antée (paru en 1912) a pourtant réussi à traverser le temps.

À défaut d’être actuel, il donne quelques leçons historiques à tous ces « socialistes » qui ont échoué à faire partager leur idéal, par mépris ou défiance du peuple. Au-delà du seul cas de la langue bretonne, Émile Masson faisait corps avec le peuple breton, ce que ne font plus nos politiques, qui se retranchent derrière leur mandat pour parler en son nom, en le consultant assez rarement. Relire Masson est une façon de comprendre (et donc de combler) le fossé grandissant entre la « base » et le « sommet ». Masson a foi en l’humanité, il lui fait confiance et refuse, de ce fait, l’autoritarisme qui prétend guider le peuple pour son bien.

Nous plaçant parmi les derniers héritiers des fédéralistes, il nous semblait important que chacun puisse connaître ce beau texte d’un auteur qui, bien que se sachant minoritaire, n’a jamais abandonné ses convictions. Émile Masson est, pour notre courant de pensée, celui qui fait le lien entre l’identité et la gauche, ce qui n’est pas anodin à l’heure où la droite s’empare de la question identitaire, où le brouillage politique sème la confusion idéologique.

Nous avons demandé à Alan Le Cloarec d’écrire la préface de cette réédition. Diplômé en sciences politiques de l’université Rennes-2, Alan a récemment publié un ouvrage important que nous avons recensé en livre du mois en janvier 2017 : « Aux origines des mouvements bretons » (Coop Breizh, 2016). Ce jeune auteur s’est spécialisé dans l’étude des mouvements politiques bretons avant la Première Guerre mondiale et durant l’entre-deux- guerres. Il donne des conférences régulièrement.

Afin d’éditer ce livre, nous faisons encore une fois appel à la souscription et à votre générosité. Après notre appel réussi pour Morvan Lebesque (près de 150 personnes avaient précommandé l’ouvrage), nous estimons la collecte nécessaire à 1 500 €, correspondant au prix de la composition, de la relecture-correction, de la mise en page, de la conception de la couverture, de l’impression (environ 700 exemplaires) et d’une contribution forfaitaire pour notre préfacier. Nous espérons pouvoir éditer cet ouvrage d’ici cet été. Cela dépendra beaucoup de la somme récoltée…

Le livre sera vendu au prix de 8 € (+ 2 € de frais de port). Vous pouvez donc en commander autant qu’il vous plaira soit en ligne soit en envoyant un chèque à : Le Peuple breton, 9 rue Pinot-Duclos, 22000 SAINT BRIEUC (ordre : Le Peuple breton).

La rédaction

http://lepeuplebreton.bzh/

masson_bretons

Lire aussi:

Eun dra bennag a zo da jeñch er bed… Ar re baour a labour a-hed o buhez evid pinvidikaad ar re a zo re binvidig dija… Al labourerien eo nerz ar vro, ar gwir bobl… N’eus nemed an dud pinvidig-braz hag o-deus eur Vamm-Vro… Er lezenneu a ve groeit aveid er re beur ne dint nemed hanter-lezenneu…

Il y a quelque chose à changer dans le monde…Les pauvres travaillent toute leur vie pour enrichir ceux qui sont déjà riches…Les travailleurs sont la force du pays, le vrai peuple…les détenteurs de grandes fortunes n’ont pas de patrie…les lois qui sont faites pour les pauvres ne sont que des demi mesures…

Note du blog: Le texte breton dit « Seuls les riches ont une patrie »… Mais le texte français dit le contraire! Vieux débat!

Les pauvres seuls ont-ils une patrie?…(leur seule richesse selon Jaurès et JLM) et les riches malgré leur patriotisme affiché, sont-ils si liés aux autres riches du monde, qu’ils sont « a-patrides »? Ou alors doit on laisser le patriotisme aux riches et dire comme Marx que « les prolétaires n’ont pas de patrie? » (même s’ils ont une nationalité!) et « Prolétaires de tous tous les pays unissez-vous » (contre vos bourgeoisies et leurs patriotismes).

Émile Masson (Wikipedia)

Emil Masson (Wikipedia e Brezoneg)

Emile Masson (Fañch Broudig)

Eun dra bennag a zo da jeñch er bed

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16 avril 2017 ~ 0 Commentaire

charles martel (steet press)

 carte France poitiers

En 732 Charles Martel le Franc a mis fin à l’invasion musulmane de la France.
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C’est en tout cas ce que les groupes identitaires martèlent (pas de jeu de mots ici) à longueur de blog. On respire et on décrypte le vrai du faux. Les années qui précèdent la bataille dite de “Poitiers”, les Sarrasins (arabo-berbères) avaient conquis une partie de l’Espagne et s’étaient installés dans le Languedoc, à Narbonne notamment.

À partir des années 719-720, ils mènent des razzia sur les terres des Francs. En 721, l’une d’elles a été particulièrement retentissante, mais oubliée de tous. Elle s’est déroulée à Tou- louse et c’est le duc d’Aquitaine qui est parvenu à les repousser et à prendre le pouvoir. Ce qui n’est pas sans intérêt dans le déroulement de la “bataille de Poitiers”. On va le voir dans ce qui va suivre.

La “bataille de Poitiers” : une histoire de rivalité… entre Francs

Au même moment, plus haut au nord, Charles Martel prend le pouvoir par la force en faisant une sorte de coup d’Etat. Il devient maire du palais d’Austrasie (l’actuelle Belgique). Il veut unifier le royaume mérovingien, l’Austrasie et la Neustrie. Cette dernière est limitrophe du royaume d’Aquitaine de notre cher duc. Une rivalité s’installe alors entre le fameux duc d’Aquitaine qui a battu les Sarrasins à Toulouse et Charles Martel.

Cette rivalité brise cette vision de la “bataille de Poitiers” qu’en dressent les groupes identi-taires. Ils en parlent comme de deux blocs unifiés : les Francs contre les Sarrasins, mais non ! Il y avait des divisions d’un côté, comme de l’autre, et même des alliances entre les Sarrasins et les Francs. Du côté Sarrasin, des dissidences commençaient à émerger entre arabes et berbères. C’est ainsi qu’avant la bataille de Poitiers, un dignitaire berbère s’était temporai- rement allié au duc d’Aquitaine, avant d’être puni par le pouvoir de Cordoue [province sarrasine de l’actuelle Espagne].

Un récit basé sur de nombreuses zones d’ombre

Les circonstances de cette “bataille de Poitiers” ne sont pas vraiment connues. On ne possède qu’une seule source détaillée. C’est ce qu’on appelle la chronique Mozarabe. On définissait par ce terme les populations chrétiennes vivants sous domination islamique dans l’Espagne musul- mane. Dans les années 750, soit une vingtaine d’années après la bataille, l’un des habitants de cette région, raconte toute cette période. C’est quelqu’un qui était vraisemblablement au contact de la cours de l’Émir de Cordoue.

Il raconte donc, qu’il y a eu une bataille, mais sans préciser où. Les historiens pensent qu’elle s’est déroulée entre Tours et Poitiers. Il n’y a cependant pas de traces archéologiques qui en attestent. Il n’existe donc aucune trace physique prouvant que cette bataille a eu lieu dans cette zone. Tout ce qu’on sait c’est… qu’on ne sait pas où elle s’est déroulée.

Oui il y a eu une grande bataille

Selon la majorité des historiens, c’était une razzia comme il y en a eu tant auparavant. Mais dire que c’était une petite escarmouche est faux. Il y avait quand même plusieurs milliers d’hommes de part et d’autre et le gouverneur Sarrasin Abdelrahman était présent. Ce n’était pas n’importe qui. Les Sarrasins ont remonté la Garonne, pillant tout sur leur chemin, en particulier les monastères et les abbayes. Des lieux riches, en raison de la présence de reliques. Ils sont arrivés à Bordeaux et là, le duc d’Aquitaine n’a pas réussi à les arrêter.

Il aurait ainsi demandé de l’aide à Charles Martel. Ce dernier, voyant l’aubaine politique, aurait accepté d’intervenir. Il y a derrière ça un calcul simple : s’il aide le duc d’Aquitaine, celui-ci lui sera redevable. Il y a d’abord une série d’escarmouches, puis un affrontement important. Et ce qui est sûr, et là-dessus les sources arabes (très tardives et peu bavardes) comme celles des Francs s’accordent, ce sont les troupes de Charles Martel qui remportent la bataille. Le gouverneur Abdelrahman perdra la vie dans les affrontements.

Non Charles Martel n’a pas mis fin à une invasion musulmane

En revanche, cette victoire n’a rien de décisif. On met fin à une razzia. Rien ne prouve que les Sarrasins voulaient envahir la région. Il n’y a pas non plus de caractère religieux dans cette bataille. Ce n’est pas un affrontement entre chrétiens et musulmans. Il n’y avait pas de sym- boles religieux lors des batailles, comme c’était le cas lors des Croisades. Ce sont des affron-tements politiques avec des intérêts de part et d’autre. À l’époque les royaumes chrétiens ne connaissent absolument rien de l’Islam. Pour eux, ce sont des hérétiques ou des païens et ça s’arrête là. Ils ne considèrent pas les Sarrasins comme porteur d’une religion à part entière.

Des intérêts politiques et personnels

Charles Martel n’était pas là pour arrêter une invasion, mais plutôt parce qu’il sentait qu’il pouvait en tirer profit. Le véritable perdant de cette bataille a été le duc d’Aquitaine, car même s’il est dans le camps des vainqueurs, il a une dette envers Charles Martel qui en est ressorti plus fort politiquement. Du côté du gouverneur de Cordoue, il y avait la nécessité d’accumuler un butin pour nourrir ses troupes, car ça commençait à s’agiter dans l’Espagne musulmane. Et c’est la même chose du côté Franc, pour calmer les troupes, il faut un butin.

Les alliances entre Sarrasins et Francs, rien d’étonnant à l’époque

Après la “bataille de Poitiers”, les Provençaux ont passé un accord avec les Sarrasins, leur permettant d’arriver jusqu’à Avignon. Ce qui a conduit à une nouvelle intervention de Charles Martel qui est parvenu à les battre. Mais ce genre d’accord est banale pour l’époque. Dans le contexte actuel, elles nous surprennent car certains groupes identitaires en font un récit biaisé et manichéen entre les gentils Francs chrétiens et les sauvages Sarrasins musulmans.

Une alliance entre Francs et Sarrasins à l’origine de la bataille ?

Certains historiens pensent même que la razzia lancée par le gouverneur de Cordoue s’inscrit dans le prolongement de l’alliance entre le dignitaire berbère, cité plus haut, et le duc d’Aqui-taine. Les troupes du gouverneur seraient remontées jusque dans les Pyrénées pour lui faire payer sa traitrise et auraient poursuivi leur mission en lançant une razzia. On le voit bien, dans ce récit, il y a beaucoup de suppositions et d’incertitudes.

Une bataille devenue un mythe

Il y avait une idée reçue, selon laquelle cette bataille serait un fait majeur de ce qu’on appelle le “roman national”. En enquêtant un peu, on voit que ce n’est pas le cas. Contrairement à Charlemagne ou Jeanne d’Arc, Charles Martel a été longtemps absent ou très peu présent dans les programmes d’histoire. On a regardé les grands manuels des 3ème et 4ème Répu- blique et il est soit absent, soit au second plan. À partir des années 70 et jusqu’à aujourd’hui, on mentionne cette histoire, mais elle n’est pas explicitement mise en avant.

Pour la première fois, cette année on en parle vraiment dans les programmes scolaires (cela ne figure que dans les documents pour aider les enseignants de 5e pour le programme mis en place à partir de la rentrée 2016) mais pour dire que la bataille de Poitiers n’a pas été décisive et que celle de Toulouse en 721 est beaucoup plus importante.

Ce sont bien les mouvements identitaires qui ont placé la bataille de Poitiers sur le devant de la scène. Ceux qui la mette en avant ont juste un intérêt politique derrière.

Propos recueillis par Aladine Zaïane
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13 Avril 2017 Christophe Naudin, coauteur de Charles Martel et la bataille de Poitiers (Libertalia) et Les historiens de garde (Inculte/Libertalia)
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Commentaire: Tiens les bretons n’étaient pas en France? Rappelons qu’en « Hispanie » les juifs et les chrétiens ont bien accueilli les « arabes » (des berbères en fait) fatigués des persécutions des wisigoths chrétiens. Quand au fameux « Cid » (Sidi voire Caïd) des siècles après, il était aussi mercenaires… des sarrasins!

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