Archive | Histoire

21 mai 2024 ~ 0 Commentaire

La Commune (Contre temps)

commune

« Les communards n’étaient pas communistes » ?

Nouvelle historiographie contre « grille de lecture marxiste »

Dans un article récent consacré à l’historiographie de la Commune, Quentin Deluermoz crédite à juste titre Robert Tombs d’avoir « tout particulièrement contribué à sortir la Commune des grands schémas interprétatifs qui en orientaient le sens : avant tout la grille de lecture marxiste »[1].

La nouvelle historiographie ne se contente pas, en effet, de réfuter « les mythes marxistes », elle prétend également disqualifier la « grille de lecture marxiste » appliquée à la Commune. L’accusation est plus ou moins toujours la même : les « analyses marxistes » auraient plaqué sur la Commune une « grille de lecture » du XXe siècle pour en faire une révolution prolétarienne et socialiste préfigurant la révolution bolchévique d’octobre 1917.

La tentative de disqualification du marxisme entreprise par les nouveaux historiens est évidemment guidée par la volonté de nier que la Commune puisse être lue comme une révolution socialiste.

Pour cela, ils s’appuient sur le légalisme avéré du conseil de la Commune et sur son respect de la propriété privée, dont l’illustration la plus frappante est son attitude vis-à-vis de la Banque de France. Quentin Deluermoz assure ainsi, on l’a vu, que « contrairement à ce qu’ont espéré un temps les analystes marxistes, les communards dans leur ensemble n’ont pas voulu abolir la propriété »[22].

Robert Tombs, quant à lui, écrit que « la Commune ne manifesta pas un désir doctrinaire de réguler, comptant beaucoup sur les entreprises privées et sur le marché. (…) Aucun décret ne contesta le droit général de la propriété, et la Commune refusa explicitement les mesures d’expropriation »[23] et affirme péremptoirement que « les communards n’étaient pas communistes » [24].

Disons-le tout net, ces affirmations n’ont aucune pertinence historique. Dire que les « communards n’étaient pas communistes » n’a pas plus de sens que d’affirmer qu’ils l’étaient. Le problème n’étant pas de répondre par l’affirmative ou par la négative, mais bien de comprendre ce qu’était le « communisme » de 1871, avant de vérifier dans quelle mesure les communards l’étaient ou ne l’étaient pas.

Et qu’était-ce au juste que ce « communisme » de 1871 ? Pour le savoir tendons de nouveau l’oreille à ce que disent les communards. Écoutons d’abord le citoyen Roulleau, cet ouvrier cloutier qui écrit (à sa façon) à la Commune le 26 avril 1871 pour se plaindre :

« Citoyens, la Commune donne des commende de clous aux Patron cela nais pas bien et elle doi fair appel aux ouvrier avent, moi je suis communiste garde national et inscrit depuis longtemp a la chambre du travail [syndicat des ouvriers cloutiers, membre de l’Internationale] et je ne travail pas parce que je ne veux pas travailler sous la commune pour un patron car on ais trop esclave »[25].

 « Communiste », « garde national » et membre du syndicat. Dans cet ordre. L’identité communiste est donc bien revendiquée, parmi d’autres, par certains communards, certes minoritaires. Mais la revendication communiste n’est-elle pas plus largement partagée, même lorsqu’on ne s’en revendique pas explicitement ? Écoutons cette oratrice du club de la Délivrance :

« Les ateliers dans lesquels on vous entasse vous appartiendront ; les outils qu’on met entre vos mains seront à vous ; le gain qui résulte de vos efforts… sera partagé entre vous »[26] ; ou ce « citoyen » qui prononce un discours pendant le siège au club de la Cour des miracles : « à l’avenir, ce ne sera plus le travail qui sera l’humble serviteur du capital ; non, ce sera le capital qui deviendra l’esclave du travail.

Autre conséquence : tous les outils dont l’ouvrier se sert appartiendront à l’ouvrier. Même chose pour le local, même chose pour la terre »[27] ; ou encore « le citoyen Schneider », qui lors d’une réunion publique à l’Élysée-Montmartre en décembre 1870 explique que la Commune à venir « commanditera des associations ouvrières qui remplaceront les patrons, les grandes compagnies, et en particulier les compagnies de chemin de fer, dont elle congédiera les actionnaires, les administrateurs et autres parasites »[28]. Le mot « communisme » n’est certes pas prononcé, quant à l’idée on peut difficilement contester qu’elle y soit. Jacques Rougerie en explicite le contenu :

« Les ouvriers, formés en syndicats, entendent s’emparer dans chaque profession du monopole de la production, devenir “maîtres de leur travail”. Ils ne prétendent pas le faire par une dépossession brutale des patrons (notre collectivisation), mais par une opération savamment progressive (…) jusqu’à l’élimination totale du patronat »[29].

Comment nommer cette ambition de se rendre maîtres des outils de production jusqu’à élimination du patronat, sinon, pour paraphraser Marx, de « possible » communisme ?

Un « communisme » qui n’est certes pas celui du XXe siècle et coexiste avec des identités du passé, comme l’illustre cette lettre d’un ouvrier se réclamant de « l’hébertisme » à destination des élus de la Commune :

« Cela ne marche pas, citoyen, la Commune est en-dessous de sa mission (…). En ce moment il n’y a qu’un droit, c’est celui du prolétaire contre le propriétaire et le capitaliste, du pauvre contre le riche et le bourgeois (…). Qu’on ne nous berne plus avec ces mots vides de sens et vieux de probité, respect de la propriété, de droit, de produit du travail et de l’épargne ; tout nous revient, à nous prolétaires, tout est à nous, et nous le prendrons, entendez-le bien, beaux parleurs de l’Hôtel de Ville »[30].

On voit par cet exemple qu’il est faux de vouloir opposer, comme le font systématiquement les nouveaux historiens de la Commune, l’héritage sans-culotte au « communisme » ou au « socialisme » du communard.

En effet, comme l’explique Marx, « la tradition de toutes les générations mortes pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants. Et même quand ils semblent occupés à se transformer, eux et les choses, à créer quelque chose de tout à fait nouveau, c’est précisément à ces époques de crise révolutionnaire qu’ils évoquent craintivement les esprits du passé, qu’ils leurs empruntent leurs noms, leurs mots d’ordre, leurs costumes, pour apparaître sur la nouvelle scène de l’histoire sous ce déguisement respectable et avec ce langage emprunté »[31]. Jacques Rougerie ne dit au fond pas autre chose :

« Peut-il s’agir des mêmes hommes qui veulent la Terreur ou le maximum des subsistances, et l’expropriation du Capital ? (…) le socialisme ne se fait vigoureux et conscient que chez un petit nombre de cadres ouvriers de l’insurrection, tandis que plus on est peuple, plus foncièrement on est encore sans-culotte. Mais tout compte fait, ces deux aspects ne sont-ils pas confondus, à la fois confusément et profondément ? (…) Il y a mille exemples, en 1871, de cette intime union, contradictoire seulement en apparence, contradictoire pour des idéologues, de la vieille tradition révolutionnaire de 93 et du socialisme en train de naître »[32].

Un « socialisme en train de naître » que Georges Bertin, par exemple, ouvrier typographe membre de l’Internationale et secrétaire de la commission du Travail et de l’Échange, entend contribuer à édifier en favorisant le développement des associations ouvrières de production pour « soustraire le travail à l’exploitation du capital », « soustraire le travailleur à l’influence des capitalistes monarchistes »[33] et réaliser « la révolution de l’égalité sociale »[34].

De nombreux communards inscrivaient donc leur action dans une perspective clairement « socialiste » ou « communiste », et la Commune elle-même, en dépit de son légalisme avéré, a parfois parlé un langage clairement socialiste.

Le texte adressé « Au travailleur des campagnes » – rédigé par André Léo, signé « les travailleurs de Paris », mais imprimé par la Commune (qui se reconnaît donc dans la présentation qu’il fait de son combat) à 100.000 exemplaires pour être diffusé dans les provinces – ne dit-il pas explicitement « ce que Paris veut, en fin de compte, c’est la terre au paysan, l’outil à l’ouvrier, le travail pour tous » ?

La grande majorité des élus au conseil communal, y compris parmi ceux qui ne faisaient pas partie de l’Internationale, se définissaient d’ailleurs comme « socialistes »[35]. Rougerie est donc tout à fait fondé à écrire que « l’insurgé de 71 est bien aussi un socialiste, en son temps, à sa façon »[36], ce qui sous-entend que son « socialisme » n’est évidemment pas celui du XXe siècle, mais aussi et surtout qu’il est anachronique de rechercher dans la Commune ce socialisme du XXe siècle, que ce soit pour la réduire à un prélude de la révolution bolchévique ou, au contraire, pour lui refuser toute dimension socialiste.

On touche là à un problème de méthode historique. Ce n’est pas le seul. Outre l’anachronisme, les travaux de la nouvelle historiographie sont aussi marqués par ce qu’il faut bien appeler un « objectivisme » forcené. Le nouvel historien de la Commune ne croit en effet que ce qu’il voit, et il ne voit que ce qui « est », c’est-à-dire ce qui est réalisé. Pour lui, en toute logique, en toute objectivité, une chose « est » ou « n’est pas », c’est aussi simple que ça. Et comme il ne voit pas « le socialisme » réalisé durant les 72 jours de la Commune, il conclut qu’elle n’est « pas communiste ».

On lui objectera que suivant cette méthode, il faut également refuser la qualité de « communiste » à la révolution d’Octobre 1917 qui non seulement ne collectivise pas les terres mais les distribue aux paysans, comme la première « révolution bourgeoise » venue, et attend juillet 1918 (autant dire une éternité à l’échelle de la Commune) pour exproprier les capitalistes[37]. Nul doute que si la révolution bolchévique avait, comme la Commune, péri après 72 jours, il se trouverait aujourd’hui des historiens pour expliquer doctement, qu’au regard de son « maigre bilan », elle n’était « pas communiste »…

A juste titre, Jacques Rougerie récuse cette lecture « objectiviste » et montre qu’il faut aborder la révolution communarde comme un processus. Si au début la « Révolution ne s’est pas encore tout à fait reconnue elle-même »[38] et si « à la lettre (…) le Comité central dans sa grande majorité, sauf quelques hommes décidés, ne voulait [pas] de “révolution”, au sens exprès du terme (…).

Plus en profondeur, plus réellement si l’on veut, l’évidence est non moins forte, ce qui progressivement se dévoile à travers tant de péripéties, c’est l’exigence d’infiniment davantage. La République qu’entend Paris, “avec toutes ses conséquences”, c’est le gouvernement du peuple par le peuple, c’est “la Sociale” (…). Tout ceci confusément encore, mal défini, difficilement exprimé, suffisamment toutefois pour apeurer sérieusement les bourgeois, même républicains : à preuve leur hâte à quitter maintenant la capitale. Ce qui n’avait été au premier chef que le combat républicain de la Ville contre les royalistes ruraux se transformait, ne pouvait que se transmuer inexorablement en révolution politique et sociale »[39].

La preuve la plus irréfutable de la dynamique socialiste engagée par la Commune, ne réside-t-elle pas, en effet, dans la réaction qu’elle provoque « en face », du côté des possédants ? Citant le républicain versaillais Jules Favre le 21 mars – « Est-ce que nous ne savons pas que les réquisitions commencent, que les propriétés privées vont être violées » – Rougerie commente malicieusement : « celui-là a bien compris que c’est une guerre sociale qu’on vient de déclarer. (…) Souvent, ce sont ses adversaires qui comprennent le mieux, le plus vite, le sens d’une révolution »[40].

(Extraits)

Auteur: Stathis Kouvélakis

https://www.contretemps.eu/

Lire la suite

16 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Les « Comités de soldats » NPA

Les

La révolution «imminente» et la nécessité des comités de soldats

Le 15 mai 1974, dans l’entre-deux tours de la campagne présidentielle, une pétition signée par 100 soldats du contingent était publiée dans « Libération » et « Rouge », quotidien le temps de la campagne présidentielle. Retour sur une lutte démocratique au cœur de l’État, « cette bande d’hommes armés » par Robert Pelletier. 

Lire la suite

10 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Shoah (en Bretagne)

Ihil, Odette, Roza et Sonia Perper
La famille Perper avec Ihil, Odette, Roza et Sonia Perper. Originaire de Bessarabie, elle s’installe à Brasparts et sera déportée en mars 1943, à Sobibor. ©DR

La Shoah en Bretagne : l’histoire d’une famille réfugiée à Brasparts et déportée à Sobibor

« Ils sont partis comme ça… » est un documentaire racontant la déportation d’une famille juive qui s’était installée à Brasparts, au coeur de la Bretagne pour fuir l’antisémitisme.

« Ils sont partis comme ça… », le documentaire de Julien Simon, comédien et réalisateur, raconte l’histoire tragique d’une famille juive installée à Brasparts (Finistère), arrêtée puis déportée au camp d’extermination de Sobibor.

Il sera projeté mercredi 8 mai, à 18 h à la Maison de la Mer, à Lézardrieux (Côtes-d’Armor), salle Yves Cadic.

Une phrase résume l’impensable d’une situation et tout de sa brutalité : « Ils sont partis comme ça… ».

C’est aussi le titre de ce magnifique documentaire qui raconte une histoire violente et qui a été celle de millions de juifs européens.

Cette histoire-ci s’est passée ici, en Bretagne.

De la Bessarabie à Brasparts

Ihil et Sonia Perper, tous deux originaire de Bessarabie (aujourd’hui entre la Moldavie et l’Ukraine), viennent faire leurs études en France, à Nancy, médecine pour lui et pharmacie pour elle.

Fuyant l’antisémitisme dans leur pays, ils s’installent à Brasparts en 1935, petite commune du centre Bretagne, qui cherchait alors un médecin. Ils s’installent et auront trois enfants : Roza, Odette et Paul.

Mais l’Histoire les rattrape, et en 1942, ils seront arrêtés à Plounéour Ménez parce que qu’ils sont juifs.

Ils sont emmenés à Drancy où ils passent plusieurs mois, puis finalement déportés en mars 1943 à Sobibor, où ils seront immédiatement gazés.

Connaître toute leur histoire

Julien Simon découvre cette histoire après la lecture du livre de Marie-Noëlle Postic « Sur les traces perdues d’une famille juive en Bretagne ».

Il décide alors de suivre pas à pas leur itinéraire, pour en faire une pièce de théâtre. Il travaillait alors sur la mémoire et, il en fera le troisième volet de ses recherches.

J’ai décidé, pour reconstituer leur histoire de les suivre dans tous les lieux où ils sont allés : leurs villages d’origine en Bessarabie, Brasparts évidemment, les archives, les témoins, ceux qui les avaient croisés, les différentes maisons dans lesquelles ils ont habité  Julien Simon, réalisateur

Tout ce travail de collecte aboutira à une pièce, puis une pièce radiophonique diffusée par la RTBF. Mais Julien Simon a eu la bonne idée de filmer tout de ce travail. Il a ainsi accumulé une cinquantaine de rushes de son enquête.

Travaillant alors avec la réalisatrice Catherine Bernstein, il en a extrait un documentaire, bouleversant à plus d’un titre :  » C’est un film particulier, il n’a pas été conçu comme un produit formaté à l’avance, mais il s’est construit à partir de multiples éléments. Ce qui lui donne, je crois beaucoup d’authenticité ».

« Avec l’exigence d’un historien »

Archives, témoignages de ceux qui les ont croisés, lieux, tout est filmé, au plus près de ce qu’a été la vie tragique de la famille Perper. On les suit pas à pas, dans la trivialité de la vie, et à travers eux, on découvre aussi ce qu’a été la Shoah en Bretagne.

J’ai voulu raconter cette histoire avec l’exigence d’un historien, pour dire ce qui s’est réellement passé. Ils étaient cinq sur six millions, et j’ai voulu ramener ces cinq personnes dans l’humanité

Julien Simon projettera également des extraits de film qui n’ont pas été montés dans le documentaire final.

Un débat avec le public suivra la projection.

« Ils sont partis comme ça « . Projection mercredi 8 mai, à 18 h à Lézardrieux, à la Maison de la Mer, salle Yves Cadic. Entrée libre.
Par Rédaction Paimpol Publié le 5 mai 2024 à 18h30

Lire la suite

05 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Espagnols Rouges (Côté Brest)

Des réfugiés espagnols sur le quai de la gare de Brest en 1937.
Des réfugiés sur le quai de la gare de Brest en 1937. ©Archives de Brest.

Histoire à Brest : Républicains espagnols, les douleurs de l’exil

Un ouvrage historique évoquant le travail forcé des Républicains espagnols exilés à Brest pendant la Seconde Guerre mondiale permet de retracer le parcours de certains.

Le 12 avril 2024, la présentation d’un opus sur les Républicains espagnols exilés a permis de retracer le parcours de quatre d’entre eux, passés à Brest.

Le 12 avril était une date symbolique puisque ce fut ce jour-là, en 1931, qu’eurent lieu en Espagne les élections qui entraînèrent l’avènement du régime républicain mis à bas huit ans après par le coup d’État de Franco.

Les Républicains espagnols exilés n’ont pas tous été envoyés à Brest et ceux qui y sont passés ne sont pas tous restés, mais ils furent un certain nombre à y faire souche, rendant leur parcours accessible grâce à leur descendance.

Des victimes indésirables

Lucas Allende Santa Cruz connut les camps du Sud de la France avant d’être livré aux Allemands qui l’envoyèrent à Brest, où il travailla pour la NSKK qui s’occupait du transport de troupes, de matériel et de munitions pour l’armée du Reich. Il s’évada et entra dans la Résistance mais son groupe fut dénoncé.

Déporté à Dachau, il ne put sortir après la Libération, aucun pays ne voulant accueillir les Espagnols « rouges » ! Il fallut les efforts d’Edmond Michelet pour que ces déportés mal-aimés, dont Lucas, puissent revenir en France.

Un ouvrage historique

L’association MERE 29 œuvre pour faire vivre la mémoire des Républicains espagnols exilés en Finistère : elle collabore étroitement avec les chercheurs de l’UBO, ce qui a donné lieu, à ce jour, à trois colloques  à Brest.

Le dernier en date a débouché sur une publication  disponible en librairie depuis le 11 avril, un numéro double de la revue du Cermi (Centre d’études et de recherches sur les migrations ibériques) intitulé « Le travail forcé des Républicains espagnols pendant la Seconde Guerre mondiale » et réunissant des textes dus, pour une bonne part,  à des auteurs brestois.

Dirigé par Iván López Cabello et Geneviève Dreyfus- Armand, l’ouvrage traite des trois aspects du sujet.  En effet, ce travail forcé ne s’est pas limité aux travaux que l’armée allemande a imposés aux Espagnols livrés par la France de Vichy : avant la débâcle de 1940, la 3e République, déjà, a envoyé travailler ces exilés, dont un grand nombre sur la ligne Maginot, ce qui leur a valu d’être les premiers déportés du territoire français.

D’autre part, tous les Républicains n’ont pas quitté l’Espagne après leur défaite et la dictature franquiste n’a pas manqué de les réduire en esclavage. C’est donc ce sujet triplement douloureux qui est traité par le biais d’articles historiques et de témoignages.

Un camp au bois de Keroual !

Eduardo Caro Bermudo se rebella contre les autorités françaises du camp où il avait été interné, ce qui lui valut d’être envoyé au camp disciplinaire de Collioure. Il travailla dans une usine d’avions où il dut détruire ce qu’il avait construit quand les Allemands envahirent le Sud de la France.

Il connut plusieurs lieux d’internement brestois, y compris le camp du bois de Keroual dont on ne sait rien. Il s’échappa plusieurs fois et, au cours d’une de ses évasions, il rencontra une Bretonne avec qui il allait avoir… quatorze enfants ! À suivre…

Benoît Quinquis

Source : conférence prononcée le 12 avril à la bibliothèque universitaire de lettres et sciences humaines de Brest.
Par Rédaction Côté Brest Publié le 5 Mai 24

Lire la suite

04 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Orléans (NPA)

reupub1erjuin

Lire la suite

02 mai 2024 ~ 0 Commentaire

1er Mai 2014 (Lannion)

Lire la suite

01 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Paris

Affiche-2024

Lire la suite

27 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Arménie Israel ( A l’Encontre)

Arménie Israel ( A l'Encontre) dans Altermondialisme 9780765808349

Quand Netanyahou se souvient de l’«holocauste des Arméniens»

Le 9 mars, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a publié sur son compte de microblog le texte suivant, que l’on peut traduire ainsi: «Israël, qui adhère aux lois de la guerre, ne recevra pas de leçons de morale de la part d’Erdogan, qui soutient les meurtriers et les violeurs de l’organisation terroriste Hamas, nie l’holocauste arménien et massacre les Kurdes dans son propre pays.»

Le premier ministre israélien réagissait à un discours antérieur dans lequel le dirigeant turc l’avait comparé à Staline et à Hitler. Erdogan a accusé Netanyahou de commettre un génocide pur et simple contre la population palestinienne de Gaza.

La partie la plus curieuse du tweet de Netanyahou est sa référence à l’«Holocauste arménien». Le 12 janvier 2024, le ministre israélien des Affaires étrangères, Israel Katz, a publié un tweet similaire: «Le président de la Turquie @RTErdogan, originaire d’un pays dont le passé est marqué par le génocide arménien, se vante maintenant de cibler Israël avec des affirmations infondées. Nous nous souvenons des Arméniens, des Kurdes. Votre histoire parle d’elle-même…»

La chose curieuse est qu’Israël lui-même n’a pas reconnu le génocide arménien en tant que tel. L’establishment politique israélien a lutté pendant des décennies contre la reconnaissance du génocide arménien, pour deux raisons: pour préserver l’exceptionnalité de l’Holocauste des Juifs européens pendant la Seconde Guerre mondiale par l’Allemagne nazie, mais aussi en raison de l’alliance stratégique de longue date avec la Turquie.

L’historien Yair Auron, dans son livre The Banality of Denial, Israel and the Armenian Genocide (Routledge, 2003), comprend très bien le discours de cet officiel israélien lorsqu’il écrit: «Au fil des ans, j’ai été troublé par un sentiment de malaise oppressant et par la critique du comportement évasif, frôlant le déni, de divers gouvernements d’Israël à l’égard de la mémoire du génocide arménien.»

Israël n’est pas seulement un gouvernement négationniste en ce qui concerne le génocide des Arméniens. Il est également un participant actif dans les récentes guerres que l’Azerbaïdjan a lancées, avec l’aide de la Turquie, contre l’Arménie et les Arméniens du Haut-Karabakh.

Israël a activement armé l’Azerbaïdjan avec des armes de haute technologie, permettant à l’Azerbaïdjan en 2020 de percer les défenses du Haut-Karabakh. Juste avant la «solution finale» azerbaïdjanaise du Haut-Karabakh en septembre 2023, 92 vols cargo ont transporté des armes et des munitions des bases militaires israéliennes vers l’Azerbaïdjan.

En juillet 2023, deux mois avant l’assaut, Yoav Gallant, ministre israélien de la Défense, s’est rendu en Azerbaïdjan pour faire l’éloge de la collaboration militaire entre les deux pays.

Israël a non seulement participé à la négation du génocide arménien dans le passé, mais a également pris une part active au nettoyage ethnique des Arméniens du Haut-Karabakh.

La prise de bec entre Israël et la Turquie a lieu alors que l’armée israélienne est accusée d’avoir commis des crimes de guerre et des crimes génocidaires lors de sa guerre à Gaza. Israël, pays construit par les survivants de l’Holocauste, est aujourd’hui accusé par l’Afrique du Sud, devant la Cour internationale de justice des Nations unies, d’avoir commis un «génocide» à Gaza. Israël est accusé de ne pas respecter les «lois de la guerre», contrairement à ce que prétend Netanyahou.

Alors, que dit Netanyahou lorsqu’il se souvient de «l’holocauste arménien»?

Il y a deux façons de se souvenir des atrocités du passé: l’une consiste à empêcher que des crimes se produisent à l’avenir. Le slogan «Plus jamais ça» est un premier pas vers la construction d’un ordre civilisé après les crimes de guerre et les destructions massives.

Mais Netanyahou n’adhère pas à ce slogan. Il adhère à un autre slogan: «Plus jamais ça pour nous!». La mémoire des atrocités passées justifie tous les crimes que les dirigeants israéliens décident de commettre. On se souvient des crimes contre l’humanité et des génocides passés pour justifier les crimes futurs, et non pour les empêcher de se produire.

Lorsque Netanyahou parle à Erdogan, il parle de pouvoir à pouvoir. Il dit: n’intervenez pas dans mes massacres contre les Palestiniens, comme je n’interviens pas dans votre génocide arménien, vos massacres kurdes et votre aide au nettoyage ethnique des Arméniens du Karabakh!

Le 24 avril est commémoré le 109e anniversaire du génocide arménien. Quelles leçons avons-nous tirées du premier génocide des temps modernes?

(Article publié sur le site Agos le 18 avril 2024; traduction rédaction A l’Encontre)

Vicken Cheterian

https://alencontre.org/

Lire la suite

26 avril 2024 ~ 0 Commentaire

25 AVRIL 1974 (Portugal)

25 AVRIL 1974 (Portugal) dans Europe 359289811_socialmedia
Lisbonne, 1er mai 1974.

Par Fernando Rosas

Etre ou ne pas être: la révolution portugaise de 1974-75. Thèses écrites à l’occasion de son 40e anniversaire

1. Le mouvement militaire victorieux du 25 avril 1974 a débouché, dès ce jour, sur l’explosion d’un mouvement révolutionnaire de masse, véritable secousse tellurique qui a subverti l’ordre établi à tous les niveaux de la société. La révolution a tenté de créer et d’articuler de nouvelles formes démocratiques d’organisation et d’expression de la volonté populaire dans des milliers d’entreprises, dans les quartiers populaires de la périphérie des villes, dans les campagnes du sud, dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les institutions locales et centrales de l’Etat et même au sein des forces armées.

Un mouvement révolutionnaire de masse qui, dans son développement, dans ses différentes périodes offensives: a occupé les usines, les terres des latifundia, les logements inoccupés; a découvert l’autogestion et le contrôle ouvrier; a imposé la nationalisation des banques et des principaux secteurs stratégiques de l’économie; a réorganisé l’activité des entreprises et des administrations; a créé des Unités Collectives de Production pour la Réforme Agraire et a amélioré la vie de milliers de pauvres du Nord au Sud du pays.

Un mouvement qui, par son élan, s’est imposé dans la rue, par sa propre force et son initiative, a obtenu des conquêtes telles que les libertés publiques, la démocratisation politique de l’Etat, la destruction du noyau dur de l’appareil répressif de l’ancien régime et la persécution de ses responsables, le droit de grève, la liberté syndicale, les fondements d’une nouvelle justice sociale. Un monde bouleversé, durant dix-neuf mois [jusqu’au 25 novembre 1975] où l’avenir se définissait «maintenant», un moment court et rare où les femmes et les hommes ordinaires, les travailleurs et travailleuses ainsi que les exploité·e·s, ont rêvé de pouvoir prendre leur destin en main. C’est ce que l’on a appelé, à juste titre selon moi, la révolution portugaise de 1974/1975.

2. Cette révolution présente une première caractéristique essentielle à laquelle on accorde généralement peu d’importance. Elle a été déclenchée par un coup d’Etat militaire aux caractéristiques uniques dans la longue histoire des coups d’Etat militaires au Portugal aux XIXe et XXe siècles.

Il s’agit d’un mouvement militaire né de l’épuisement d’une guerre coloniale [en Angola, au Mozambique, en Guinée-Bissau] qui durait depuis treize ans, sans possibilité de victoire et dans laquelle le Portugal avait subi de graves défaites, une guerre menée à contre-courant de l’histoire, injuste et ruineuse. Dans un pays où la dictature empêchait les gens de s’exprimer et de décider librement sur cette question, le mécontentement contre la guerre, par une de ces ironies qui abondent dans l’histoire, devait être représenté par les jeunes officiers qui la menaient sur le terrain, les capitaines et les officiers qui commandaient les compagnies qui constituaient les unités fondamentales de l’occupation militaire coloniale. En d’autres termes, il ne s’agissait pas d’un complot de généraux, d’amiraux et de colonels (fidèles jusqu’au bout au régime et à l’effort de guerre, à de rares exceptions près).

Il s’agissait d’un mouvement d’officiers intermédiaires qui, au cours du processus, seront rejoints par des officiers subalternes et des soldats. Une conspiration qui, dans le contexte d’un mécontentement populaire croissant et dans l’environnement politique et idéologique de l’époque, évolue rapidement d’objectifs corporatistes-professionnels (d’ailleurs satisfaits par le gouvernement de Marcelo Caetano –qui est président du Conseil depuis septembre 1968 – en octobre 1973) vers un objectif politique subversif: de septembre à décembre 1973, entre l’assemblée générale des officiers d’Evora [le 9 septembre] et celle d’Óbidos le 1er décembre [1], le mouvement prend clairement conscience de la nécessité de renverser le régime. Sans démocratisation, il n’y aura pas de solution politique pour mettre fin à la guerre.

3. L’extension rapide et la politisation de la conspiration des officiers intermédiaires, leur contrôle ou leur neutralisation de la plupart des principales unités opérationnelles des trois branches des forces armées du pays, ont créé une situation, non immédiatement perceptible, mais décisive: elle a drastiquement privé l’Etat et les élites de la force militaire, elle a transformé le serment d’obéissance au régime en un rituel pathétique et inutile.

Ce mouvement a transformé l’appareil d’Etat en une tête désincarnée sans corps et sans conscience d’être désincarnée. Mais ce processus a également retiré ce pouvoir opérationnel aux rares généraux dissidents convaincus qu’ils pouvaient exécuter un contre-coup d’Etat militaire. Les premières heures du «25 avril» et les jours qui ont suivi ont été une amère surprise tant pour la hiérarchie militaire que pour le général Spinola et les officiers qui l’ont suivi. [En septembre 1974, Spinola vise à bloquer activement la radicalisation du MFA. Spinola est à la Présidence de la République du 15 mai au 30 septembre 1974 et président de la Junte de salut national (JSN) du 25 avril au 30 septembre 1974, Francisco de Costa Gomes le remplace. – Réd.].

4. Il en découle un deuxième élément central: la neutralisation/annulation du rôle traditionnel des forces armées. La victoire du mouvement des officiers intermédiaires brise la chaîne de commandement hiérarchique des Forces armées, les soustrait au contrôle traditionnel de l’Etat et des hiérarchies conçues par lui, paralysant ainsi le rôle des Forces armées en tant qu’organe central de la violence organisée de l’Etat.

Dans ce sens, les Forces armées ont cessé d’exister dans leur sens habituel. Elles ont été remplacées – ce qui était tout à fait différent – par le Mouvement des Forces armées (MFA), qui allait bientôt contrôler l’essentiel du pouvoir militaire opérationnel le plus important par l’intermédiaire du COPCON (Comando Operacional do Continente, il sera dissous après le 25 novembre 1975).

Pendant cette première période, que nous appellerons la période «spinoliste», et qui durera jusqu’à sa défaite le 28 septembre 1974, les restes de l’ancienne hiérarchie (d’ailleurs abondamment assainie pendant la «nuit des généraux» par les officiers rebelles après le 6 mai 1974) mèneront une lutte désespérée pour supprimer le MFA. La défaite du spinolisme a donc consacré cette forme de destitution des Forces armées comme colonne vertébrale de la violence d’Etat.

5. Il convient d’ajouter que cette situation a une autre conséquence importante: la paralysie, la fragmentation et l’affaiblissement général du pouvoir et de l’autorité de l’Etat. Ce qui émerge du coup d’Etat militaire est un pouvoir aux multiples facettes, aux compétences affaiblies et conflictuelles: une Junte de salut national sans pouvoir réel sur les Forces armées, un Gouvernement provisoire [le premier est institué un mois après le 25 avril, à sa tête se trouve Adelino Palma Carlos, remplacé dès juillet 1974 par Vasco Gonçalves] sans pouvoir sur les Forces armées et avec des forces policières et ministérielles paralysées, un Conseil d’Etat [instauré le 30 mai 1974 composé par un bloc hétérogène de 21 personnes] aux pouvoirs essentiellement rhétoriques.

En dehors de cette logique institutionnelle (bien qu’elle soit représentée dans le Conseil d’Etat), la Coordination du programme du MFA [institutionnalisée le 27 avril, où se trouvent Vasco Gonçalves, Vitor Alves, Melo Antunes, Vitor Crespo, Alamada Contreiras, Pereira Pinto pour les différents corps d’armée], seul organe doté d’un pouvoir effectif mais en fort désaccord avec la faction spinoliste au sein des Forces armées et dans les autres organes. L’ancien pouvoir est tombé, ne menaçant plus personne, et laissant un champ non défini, vulnérable à un changement drastique des rapports de forces sur le plan social et politique.

6. Enfin, et c’est un sujet que je n’aborderai pas ici, le processus décrit a un autre effet: l’arrêt à court terme de la guerre coloniale sur les trois fronts et la formation, tant dans les contingents en Afrique que dans l’opinion publique portugaise, d’un fort mouvement refusant de nouveaux envois de troupes dans les colonies, exigeant le déplacement de l’appareil militaire sur les côtes des colonies et le retour des troupes, poussant à l’ouverture immédiate de négociations avec les mouvements de libération aux conditions présentées par eux, ou, dans les zones de guerre, remplaçant le combat par la fraternisation avec l’«ennemi».

L’armée coloniale et l’opinion publique refusent de poursuivre la guerre. La décolonisation sera négociée par le MFA et le Gouvernement provisoire, sans «l’opinion publique», sans les Forces armées et sans soutien international pour autre chose que la seule autodétermination et indépendance des peuples des colonies.

7. La combinaison des facteurs énumérés ci-dessus (l’effacement du rôle des Forces armées en tant que garant central de «l’ordre» et la déliquescence du pouvoir d’Etat) et la forte tension politique et sociale accumulée au cours de la dernière période du régime marcelliste (Marcelo Caetano) conduisent à l’explosion révolutionnaire.

Le mouvement de masse, largement spontané en vertu d’un de ces «mystères» qui caractérisent les situations révolutionnaires mûres pour l’action, a eu, le matin même du coup d’Etat – le dénouement emblématique de l’affrontement de la Rua do Arsenal (à Lisbonne) y aura contribué [2] – la double intuition qu’il pouvait et devait prendre l’initiative. L’intuition du moment socio-politique et l’intuition de sa propre force: «c’est maintenant, parce que maintenant nous sommes plus forts qu’eux».

La compréhension presque intuitive que les rapports de forces, à ce moment auquel on ne pouvait échapper, était en faveur de l’initiative populaire. De spectateur, le mouvement de masse est devenu l’acteur principal.

Avant le coup d’Etat militaire, malgré sa force et son radicalisme, il n’avait pas réussi à renverser le régime. Mais maintenant, il a saisi l’opportunité offerte par ce mouvement militaire particulier, en prenant d’assaut les «portes qu’Avril a ouvertes».

Le coup d’Etat, contrairement à la tentative d’Alavaro Cunhal [dirigeant du Parti communiste portugais] de le réduire au vieux récit du «soulèvement national» [3], n’était pas l’expression armée de l’«insurrection populaire» (au départ, le MFA voulait même l’éviter…), il n’était pas non plus une explosion révolutionnaire. Mais, en raison de ses caractéristiques particulières, ce coup d’Etat allait contribuer de manière décisive à la déclencher.

8. Dans son élan initial imparable, entre mai et septembre 1974, le mouvement populaire révolutionnaire a conquis dans les rues, les usines, les quartiers populaires, les écoles et les zones rurales l’essentiel: soit les bases de la démocratisation politique, les libertés fondamentales, la liquidation des organes de répression politique et de censure et des milices fascistes, bien avant que tout cela soit inscrit dans la loi.

La démocratie politique au Portugal n’a pas été un cadeau du pouvoir. C’est une conquête imposée au pouvoir. Il en va de même pour la démocratisation sociale, le droit de grève, la liberté syndicale, le salaire minimum, les congés payés, la réduction du temps de travail et les fondements d’un système de sécurité sociale universel.

Tout cela, le mouvement de masse l’a fait en se heurtant à l’opposition systématique de la Junte de salut national (JSN-Junta de Salvação Nacional), du Gouvernement provisoire (GP) et du PCP (Parti communiste portugais) et de l’Intersindical, alors investis du rôle de gardiens de «l’ordre démocratique» contre le «gauchisme irresponsable» (à la manière de la Première République [1910-1926, arrivée de Salazar au pouvoir], ils appelaient même à manifester contre les grèves).

Cependant, c’est la force de ce mouvement qui s’est avérée décisive pour mettre en échec la première tentative contre-révolutionnaire du «spinolisme» en septembre 1974, imposant en quelque sorte le MFA comme force politico-militaire hégémonique dans le processus

9.  A partir d’octobre 1974, la crise économique, la fermeture ou le pillage de nombreuses entreprises par les patrons en fuite, la montée en flèche du chômage, ont modifié et radicalisé les modes d’action: les travailleurs ont occupé les entreprises et, à partir de janvier 1975, les grands domaines agraires de l’Alentejo [sud du pays] et du Baixo Ribatejo [rives du Page, région la plus fertile], ils ont expérimenté l’autogestion ou exigé l’intervention de l’Etat ou du MFA, ils ont répété diverses formes de contrôle ouvrier et l’ont fait par le biais de comités de travailleurs ou de comités d’habitants élus par ces derniers.

Maintenir les entreprises à flot, vaincre le sabotage économique et garantir l’emploi pose rapidement la question de la nationalisation des secteurs stratégiques de l’économie (à commencer par le secteur bancaire). C’est chose faite au lendemain de la défaite de la deuxième tentative contre-révolutionnaire des «spinolistes», le 11 mars 1975. La nationalisation des banques (en pratique, les grands groupes financiers) est approuvée et la réforme agraire, déjà en cours, est légalisée. Le contrôle ouvrier est à l’ordre du jour. Le processus révolutionnaire semble faire un pas en avant. En réalité, c’est le dernier.

10. En effet, le camp hétéroclite de la révolution subira trois défaites successives et décisives dans les mois qui suivent. La première est celle des élections à l’Assemblée constituante d’avril 1975. Il ne s’agit pas seulement des modestes résultats du PCP (12,5%, 30 députés), du MDP-Mouvement démocratique portugais [ en lien avec le PC] (4,1%, 5 députés) et de l’UDP-Union démocratique populaire (0,7%, 1 député maoiste): c’est un changement des critères de légitimation du pouvoir qui est en train d’être redéfini.

En réalité, avec les élections d’avril 1975, la légitimité électorale prend définitivement le pas sur la légitimité révolutionnaire. Et la vérité est que le PS [dirigé par Mario Soares] remporte les élections constituantes avec 37,8% des voix [et 116 députés].

La révolution n’avait ni la capacité de les reporter/annuler [les élections à la Constituante] comme en Russie en 1917 (ce qui était difficile dans un pays où l’opposition avait fait des élections libres sa bannière pour toujours), ni la force de les gagner (comme en 1999 Hugo Chavez).

C’est précisément à partir de ce moment, de cette crise de légitimité que même la rhétorique tutélaire du Premier Pacte MFA/Partis [4] n’a pas réussi à minimiser, que les secteurs intermédiaires ont commencé à rompre avec le processus révolutionnaire, en argumentant contre l’hégémonie totalisante que le rôle du PCP tendait à assumer dans ce processus.

Le Gouvernement provisoire éclate avec le départ du PS et du PSD [à propos de la question de l’unité syndicale et de l’occupation du quotidien República par les typographes, les graphistes, etc. en mai 1975 posant le problème de l’expression de divers courants politiques] et la désintégration croissante et déjà indéniable du MFA devient évidente.

Des terroristes d’extrême droite agissent dans tout le pays contre des organisations et des militants de gauche, et la hiérarchie catholique prend ses distances avec le «processus révolutionnaire en cours» sous prétexte de l’occupation de Rádio Renascença [propriété de l’Eglise, après son occupation en mars 1975, elle sera détruite, début novembre, par une bombe et rendue à la hiérarchie en décembre].

La mobilisation de masse contre le processus révolutionnaire commence avec les grands rassemblements et manifestations convoqués par le PS en faveur de la démocratie parlementaire et «européenne» et les rassemblements en faveur de l’épiscopat dans le nord et le centre du pays.

En réalité, en juillet 1975, avec la formalisation du «Groupe des 9» [5], se constitue une opposition politico-militaire et une alternative au camp révolutionnaire divisé, avec en son sein les «Neuf» et le PS, qui va se battre, pas à pas, pour les postes clés de l’appareil militaire et du gouvernement, comme première étape pour gagner, par la suite, sur le terrain de la mobilisation sociale. Ce camp était ouvertement soutenu par la droite politique et économiques, par des secteurs maoïstes qui proclamaient le danger d’un régime sous la tutelle du PCP et, plus dans l’ombre, par, comme nous le savons mieux aujourd’hui, les larges branches de l’extrême droite fasciste et terroriste de l’ELP-Exército de Libertação de Portugal/MDLP-Movimento Democrático de Libertação de Portugal et de groupes similaires.

11. La deuxième défaite du camp de la révolution socialiste, en août/septembre 1974, fut précisément le retrait généralisé de la «gauche militaire», en particulier des plus proches de Vasco Gonçalves et du PCP, non seulement de la direction du Gouvernement provisoire, mais aussi des positions fortes qu’ils occupaient au sein de l’appareil militaire: la 5e Division des Forces armées est «désactivée» [sur proposition de Costa Gomes qui l’avait instaurée en juin 1974], Vasco Gonçalves est démis de ses fonctions de premier ministre et empêché d’occuper le poste de CEMGFA (chef d’état-major des Forces armées), Eurico Corvelo est démis de ses fonctions de chef de la Région militaire Nord (RMN), les «gonçalvistes» sont mis en minorité au sein du Conseil de la révolution, perdant 9 membres, les membres du «groupe des 9» sont réintégrés, le 6e Gouvernement provisoire [du 19 septembre 1975 au 23 juillet 1976, le premier ministre est José Pinheiro de Azevedo, militaire issu de la Marine] est un net virage à droite.

Il reste Otelo Saraiva de Carvalho et le COPCON, mais l’encerclement de ce dernier noyau du révolutionnarisme militaire commence immédiatement. Ce qui ressort de cet affrontement est un changement substantiel dans les rapports de forces au niveau politique et militaire: dans la direction du MFA et dans le gouvernement, il y a maintenant des opposants au cours révolutionnaire. Ce n’était pas la fin, mais c’était le prélude de la fin.

12  Dans la mesure où le processus révolutionnaire étant en marche, la neutralisation des dirigeants du pouvoir politique et même du pouvoir militaire ne pouvait pas résoudre la situation. Il y avait encore un mouvement de masse prêt à se battre pour ce qu’il avait gagné.

La «contre-offensive des luttes populaires», comme l’appellera le PCP, sera forte et prolongée, mais elle représente déjà, malgré sa capacité de mobilisation entre septembre et novembre 1975, un processus clairement défensif face à «l’avancée de la réaction» et à l’imminence d’un coup d’Etat militaire, en réalité préparé déjà par le «groupe des 9» et depuis la «purge» de cet été.

Considérer cette radicalisation ultime, presque désespérée et sans direction claire comme un «moment insurrectionnel» ou comme un «assaut final» contre le pouvoir d’Etat [6] me semble être une approche qui n’a rien à voir avec la réalité.

En général, les mobilisations importantes de cette période ne posaient pas la question de la prise du pouvoir: elles tentaient de récupérer les positions perdues (démission d’Eurico Corvacho, commandant de la région de Porto, fermeture du CICAP-centre d’instruction du train sur ordre du commandant de la Région Nord, bombe contre Radio Renascença, attentats…), elles dénonçaient les plans politico-militaires, offensifs, du camp contre-révolutionnaire. Bref, ces mobilisations étaient sur la défensive et essayaient de conserver ce qu’elles avaient obtenu auparavant.

Ce qui n’était pas incompatible – en l’absence d’un mouvement de masse unifié et d’une orientation politique claire – avec le fait de se laisser entraîner dans l’aventure putschiste naissante menée par les parachutistes et les unités COPCON de la Région militaire de Lisbonne (RML), avec l’appui de certains secteurs syndicaux liés au PCP et à des forces militantes d’extrême gauche (occupation des bases aériennes, de certains points stratégiques de la capitale, de la RTP-Rádio e Televisão de Portugal et de l’EN-Emissão Nacional-Radiodiffusion nationale).

Le 25 novembre 1975, ce fut le prétexte tant attendu pour déclencher un sérieux contre-coup d’Etat militaire. Ce qui est précisément révélateur dans ce contexte, c’est la facilité surprenante avec laquelle, sans pratiquement aucune résistance (à l’exception d’un bref affrontement avec la Police militaire), le Regimento de Commandos [forces spéciales casernées à Amadora] a maîtrisé les unités rebelles une à une.

Les quelques centaines de personnes qui les «défendaient» se dispersent, leurs chefs, disciplinés, se rendent au Palais de Belém. La troisième défaite est désormais définitive pour le processus révolutionnaire. [Nous reviendrons sur la politique du PCP à partir d’un article de Francisco Louça: «Le “vertige insurrectionnel”: théorie et pratique du PCP dans le revirement d’août 1975». – Réd.]

13. Le novembrisme était à la contre-révolution ce que le mouvement militaire du 25 avril était à la révolution. Il n’était pas la contre-révolution, mais le changement qu’il imposait dans les rapports de forces lui ouvrait la voie pour imposer graduellement, progressivement et constitutionnellement la politique qui dominera la situation post-révolutionnaire.

De manière détournée et prudente, elle s’est engouffrée dans les portes que le mois de novembre avait ouvertes. Le 25 novembre, le coup d’Etat ordonne l’arrestation de 118 militaires, licencie 82 salarié·e·s de la RTP et de l’EN et révoque les administrations et les directeurs de la presse nationalisée, remplacés par des personnes du PS et du PSD-Partido Social Democrata (centre droit) ou des militaires analogues.

Contrairement aux souhaits de l’extrême droite et de certains secteurs de la droite, il n’y a pas eu d’arrestations massives de «rouges», d’annulation des libertés publiques, de dissolution de partis et de syndicats ou de leurs publications. Le PCP est resté dans le gouvernement provisoire et la Constitution de 1976 [entrée en vigueur le 25 avril 1976] a consacré l’objectif du socialisme, le caractère irréversible des nationalisations, la réforme agraire, le contrôle ouvrier et le rôle des CT-Comités de travailleurs.

14. En réalité, le Groupe des 9 avait discrètement négocié avec le PCP un endiguement concerté du processus révolutionnaire. Le PCP avait stoppé les militants syndicaux, les civils et militaires entraînés dans l’aventure commencée par les parachutistes [de la Base Escola, qui suite aux manifestations du 12 novembre avaient occupé diverses bases militaires et la RTP].

Cela s’est traduit par un processus évidemment différent d’une riposte contre-révolutionnaire classique et violente. Un accord qui fit l’économie d’une contre-révolution sanglante, mais dans lequel les vainqueurs changèrent les règles du jeu concernant deux dimensions cruciales: ils imposèrent la consécration de la légitimité électorale sur la légitimité révolutionnaire et, surtout, ils liquidèrent le MFA, rétablirent la hiérarchie traditionnelle des FA et, en ce sens, annulèrent l’alliance essentielle avec ce bras armé qu’avait passée le mouvement populaire dans le processus révolutionnaire.

Les FA sont redevenues la colonne vertébrale de la violence légitime de l’Etat. Il est certain que la révolution était terminée. Mais elle a laissé au sein de la démocratie parlementaire qui lui a succédé l’empreinte génétique de ses conquêtes politiques et sociales, des droits et des libertés qu’elle avait gagnés dans la lutte révolutionnaire et dont elle avait imposé et défendu le maintien dans la nouvelle situation politique.

C’est pourquoi l’équation schématique qui est parfois faite entre la contre-révolution et la démocratie parlementaire [7] ne tient pas compte du fait que, dans le cas du Portugal, elle a été le résultat d’un compromis avec un processus révolutionnaire qui l’a profondément marquée. Contrairement à ce que dit la droite politique et historiographique – dans une curieuse approximation du point de vue susmentionné – la démocratie politique n’existe pas au Portugal malgré la révolution, mais parce qu’une révolution s’est produite.

15. Il y a donc un être et un non-être dans la révolution portugaise de 1974/75. Elle a eu le mérite de renverser l’ordre établi en frappant les fondements mêmes du système capitaliste, mais elle n’a pas réussi à conserver ces acquis et encore moins à les approfondir pour déboucher sur un pouvoir socialiste durable. Elle a été stoppée à mi-chemin et a perdu une grande partie de ses conquêtes les plus avancées dans la «paisible» contre-révolution qui s’est instaurée avec la «normalisation démocratique». En d’autres termes, elle a été vaincue par les formidables réactions qu’elle a suscitées tant au niveau national qu’international. D’où la nécessité d’essayer d’analyser, même brièvement, quelques-unes de ses principales difficultés fondamentales.

16. Premièrement, la situation de «double pouvoir» créée par les milliers d’organes traduisant la volonté populaire, élus dans les entreprises, les quartiers et les latifundia du Sud par les travailleurs et travailleuses ainsi que les habitants, n’a jamais constitué une organisation nationale unie et articulée. Et encore moins, étant donné leur dispersion, la plupart de ces organes n’ont pas réussi à dégager une orientation politique claire ou à se poser la question de la prise du pouvoir.

Contrairement aux soviets russes de 1917 ou à la révolution des conseils allemands de 1918/19, il n’y a pas eu de «pouvoir populaire» parallèle et unifié dans la révolution portugaise. Cela explique pourquoi la question de «tout le pouvoir aux organes de la volonté populaire» n’a jamais, dans la pratique, été abordée. Jusqu’en juillet 1975, le PCP et sa structure syndicale se sont opposés aux CT et, avant et après, chaque groupe politique de la gauche radicale avait «ses» CT et CM-Comitê de Moradores-Comité d’habitants, «ses» structures de coordination partielles, structures souvent en lutte les unes contre les autres et contre celles que le PCP a finalement créées cet été-là.

17. Deuxièmement, dans la révolution portugaise, les organes de la «volonté populaire» ne sont pas armés, ce qui constitue un contraste essentiel avec les expériences soviétiques et du Rätebewegung de 1918-1919 mentionnées plus haut. Ils sont soutenus par un allié extérieur à eux, soit un mouvement militaire, ou une partie de celui-ci, ou même par certaines fractions de cette partie, au fur et à mesure que la gauche du MFA se divise et se subdivise. Il n’y a pas d’ouvriers, de paysans ou de soldats en armes, comme le prétendent certains secteurs de la gauche radicale.

En fait, le PCP et les organisations de la gauche radicale ont maintenu des organisations dans le cadre des Forces armées, plus pour influencer les officiers du MFA que pour promouvoir une insurrection parmi les soldats [l’expérience des SUV-Soldados Unidos Vencerão en août 1975, au-delà de deux manifestations assez grandes en septembre et octobre à Porto et à Lisbonne, fut succinte – Réd.].

En d’autres termes, le processus révolutionnaire des travailleurs était soutenu de l’extérieur, si tant est qu’il l’ait été effectivement, par un mouvement d’officiers de plus en plus divisé et affaibli. Sa fragilité est dès lors évidente: si et quand la réaction-résistance au processus révolutionnaire réussit à réencadrer le MFA dans la chaîne de commandement des Forces armées, en y mettant fin, le mouvement de masse, même s’il subsiste, perd son expression indirecte armée et subversive, revenant à la nature d’un mouvement revendicatif sans capacité de poser la question du pouvoir. Il se tournera vers une orientation défensive. C’est précisément ce qui s’est passé.

18. Troisièmement, le front politique de la révolution était profondément divisé sur la nature du pouvoir à construire et sur les moyens d’y parvenir. Et il n’y avait ni force clairement hégémonique capable de marginaliser les autres, ni capacité à trouver une plate-forme minimale d’action commune.

Le FUP-Frente de Unidade Popular lui-même, formé le 25 août 1975 par le PCP et sept autres groupes, dans son document, proposait déjà avec des objectifs clairement défensifs et sans présence d’aucun maoïste [qui disposaient d’une certaine force dans l’extrême gauche]. Il commença à se désagréger trois jours plus tard avec le départ du PCP. La divergence centrale était entre la stratégie cunhaliste (Alvaro Cunhal) d’occupation progressive de l’appareil civil et militaire de l’Etat, du MFA, des directions des syndicats et des journaux/radio/RTP, des conseils locaux, etc., et cela presque toujours en marge de tout contrôle démocratique, partant du «haut vers le bas», et l’orientation commune à la gauche radicale de créer dans la lutte de classe un «pouvoir populaire» capable de lancer un assaut révolutionnaire contre l’Etat.

Mais même dans le sous-front de l’extrême gauche, la guerre sectaire autour de la «pureté» révolutionnaire était très répandue. Et tout cela, bien sûr, se reflète au sein de l’aile la plus à gauche du MFA, qui rompt déjà avec le «Groupe des 9».

19.  En réalité, l’une des singularités de la révolution portugaise, que le préjugé idéologique d’une grande partie de l’historiographie sur cette période tend à occulter, est que l’extrême gauche, bien que fragmentée et connaissant des guerres internes, disposait d’une force sociale et politique suffisante pour empêcher l’hégémonie politico-idéologique du PCP dans le processus, toutefois sans pour autant parvenir à imposer une orientation alternative.

Ce sur-place sur le terrain de la révolution a ouvert une guerre en son sein où la violence sectaire n’était souvent pas seulement verbale, mais donnait lieu à des agressions, des épurations, des manipulations, voire des répressions massives pour tenter d’éliminer politiquement le camp maoïste le plus hostile au PCP [8]. Ce phénomène conflictuel a naturellement éloigné des alliés sociaux instables ou désabusés, montré l’impuissance de la riposte, exprimé la désunion et la faiblesse, a replié ces forces sur elles-mêmes, et l’on peut y trouver certaines des raisons de l’incapacité de la gauche radicale à résister avec succès à la contre-offensive de l’été 1975 et à ce qui s’ensuivit.

20. En conclusion, on peut dire que le novembrisme n’a pas mis fin à la révolution portugaise en 1975. La force tellurique qui a explosé lors de ce «premier jour plein et propre» [parole de la poétesse Sophia de Mello Breyner] n’a pas été suffisante pour gagner, mais elle a permis de riposter et de conditionner fortement la suite. C’est à partir de la défense, de la consolidation et de l’expansion de cet héritage que la gauche portugaise se définit encore aujourd’hui.

(Article publié dans le magazine Vírus-Revista politica et de ideias, n° 5, Abril 2014; traduction et édition rédaction A l’Encontre)

Fernando Rosas, historien, professeur émérite à Universidade Nova de Lisboa. Fondateur du Bloco de Esquerda. Député de 1999 à 2002 et de 2005 à 2011.

https://alencontre.org/europe

Lire la suite

21 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Toponymie bretonne

Pour l'association Koun Breizh, la loi sur l'adressage postale "conduit de manière silencieuse à la débretonnisation" de nombreux lieux-dits.
Pour l’association Koun Breizh, la loi sur l’adressage postale « conduit de manière silencieuse à la débretonnisation » de nombreux lieux-dits. 

« C’est l’aboutissement de la politique de francisation de la Bretagne » Une association appelle l’Unesco à protéger les noms de lieux-dits en breton

L’association Koun Breizh, « Souvenir breton » en français, demande l’inscription en urgence des lieux-dits bretons au Patrimoine immatériel de l’Unesco. Elle estime qu’ils sont menacés par le formatage des adresses postales imposé par la récente loi 3DS. Une loi destinée à faciliter la distribution du courrier, des livraisons et des secours.

Une association bretonne a adressé une requête à l’Unesco afin d’obtenir l’inscription « en extrême urgence de la toponymie bretonne (…) sur la liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente« , estimant que les lieux-dits en langue régionale sont menacés par le formatage des adresses postales imposé par la loi.

En vertu de la Loi 3DS (« différenciation, décentralisation, déconcentration et simplification »), adoptée en février 2022, les communes « doivent dénommer les voies et les lieux-dits, donner un numéro à chaque usager et fournir l’adressage au format Base Adresse Locale dans la Base adresse nationale« , écrit l’association Koun Breizh (« Souvenir breton ») dans un communiqué.

Pour l’association, cet adressage « conduit de manière silencieuse à la débretonnisation » de nombreux lieux-dits, parfois sans que les élus ne le mesurent.

L’article 169 de loi 3DS concernant l’adressage est destinée à simplifier les échanges de données.  »Bien des petites communes ne disposaient d’aucune adresse, ce qui pénalisait les services, au premier rang les administrés et les communes elles-mêmes« , peut-on lire sur le site data.gouv.fr.

En mars 2024 déjà, le village de Plouégat-Guérand, près de Morlaix, dans le Finistère, s’est battu pour garder les noms bretons de ses 140 lieux-dits. La petite commune de 1065 habitants avait obtenu gain de cause auprès de La Poste qui s’est engagée à s’adapter aux décisions de la commune.

Des lieux-dits qui disparaissent

Cependant, selon l’association, « pour des raisons techniques, il arrive que les lieux-dits disparaissent au moment de la saisie dans la Base Adresse Locale gérée par La Poste » car « les règles fixées par le logiciel informatique privilégient les noms de rue et prennent le pas sur une toponymie ancestrale en langue bretonne, occasionnant une perte inestimable« , considère Koun Breizh.

Avec la loi 3DS (…) c’est l’aboutissement de la politique de francisation de la Bretagne. Association Koun Breizh

« Il n’existe plus aucun lien entre le nom et la parcelle de territoire ainsi nommée, alors que le nom en langue bretonne indique toujours une caractéristique liée à l’histoire du lieu, à la nature du sol ou à sa situation dans son environnement« , souligne l’association.

« Avec la loi 3DS (…) c’est l’aboutissement de la politique de francisation » de la Bretagne, assure-t-elle.

La langue bretonne  « gravement menacée » pour l’Unesco

Dans ce contexte, Koun Breizh « sollicite un moratoire sur l’application de la loi 3DS, le temps que l’on puisse dresser un bilan fiable et précis des atteintes infligées » à cette toponymie bretonne « millénaire« .(Et oui!*)

Les opérations d’adressage doivent se poursuivre jusqu’en juin pour les petites communes de moins de 2.000 habitants, rappelle l’association.

Avec un peu plus de 200.000 locuteurs actifs, dont près de 80% de plus de 60 ans, la langue bretonne est considérée comme « gravement menacée » par l’Unesco.

Manon Le Charpentier 21/04/2024

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

Remarque; (*) par exemple, les noms lieux en « Coz Ker » décrivent des lieux déjà « vieux », en ruine, lors de l’arrivée des bretons il y a 1 500 ans… C’est bien « millénaires » non?

 

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin