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13 décembre 2017 ~ 0 Commentaire

gauche (france5)

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Quand la gauche collaborait La case du siècle – Documentaire

Contrairement aux idées reçues, pendant l’Occupation, la collaboration n’a pas été l’apanage de l’extrême droite. Aveuglés par leur pacifisme et leur anticommunisme, de nombreux hommes de gauche ont choisi de se rallier à la cause allemande. Images d’époque, archives sonores et explications d’historiens à l’appui, ce film propose un nouvel éclairage sur cette période de l’histoire.

Après la défaite de 1940, beaucoup d’hommes de gauche se fourvoient dans la Collaboration. Les plus modérés soutiennent la politique de Collaboration de Vichy, comme l’ancien ministre du Front Populaire, Charles Spinasse. La Révolution Nationale est d’ailleurs mise à l’œuvre par de nombreux fonctionnaires de tendance radical-socialiste. Mais c’est à Paris que se regroupent les collaborationnistes partisans les plus durs de l’Allemagne.

Deux grands partis à la solde des allemands émergent de ce petit monde : le premier est le PPF de l’ex-communiste Jacques Doriot, le second celui du néo-socialiste Marcel Déat. L’an- cien pacifiste Jean Luchaire, patron de presse et personnage incontournable du monde de la nuit parisienne, festoie avec les officiels allemands.

À des milliers de kilomètres de la capitale, en Biélorussie, le jeune Marc Augier, ancien membre du gouvernement du Front Populaire, se bat désormais aux côtés des troupes du Führer après la rupture du pacte germano-soviétique en 1941. À la Libération, les collabos sont traqués et jugés. Ceux qui échappent à la justice se font oublier ou, comme Marc Augier, inspirent une nouvelle extrême-droite qui se reconstitue dans les années 60.

Dimanche 10 décembre à 22.40 sur France 5

http://www.francetelevisions.fr/

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11 décembre 2017 ~ 0 Commentaire

farhat hached (jeune afrique)

colloque farhathach

Après les promesses de Macron concernant Sankara, un chroniqueur tunisien l’interpelle à propos de Farhat Hached

À l’occasion de la commémoration de la disparition du fondateur de l’UGTT, et après que la question de la vérité et de la mémoire a été soulevée lors du voyage d’Emmanuel Macron au Burkina Faso, le chroniqueur et dessinateur Sadri Khiari demande à la France de reconnaître « toutes ses responsabilités ».

Tout indique qu’Emmanuel Macron ne donnera malheureusement pas suite.

Mais Sadri Khiari, membre fondateur d’AttacTunisie, ancien animateur du mouvement trotskiste tunisien et auteur de plusieurs ouvrages, dont le dernier en date s’intitule Malcolm X, stratège de la dignité noire, a rebondi sur l’actualité des tournées africaine et maghrébine du président français et de la commémoration de la disparition du syndicaliste tunisien Farhat Hached, le 5 décembre 1952, pour exiger : « La France doit reconnaître toutes ses responsabilités ».

Depuis 2016, Sadri Khiari publie une chronique hebdomadaire au ton très militant et adjointe d’une illustration, ou le contraire, sur le site Nawaat. Ce 7 décembre, il a représenté Hached qui dit, dans une bulle, « Manich Msamah » (« Je ne pardonne pas »), un clin d’œil à la campagne éponyme menée par de jeunes révolutionnaires opposés à la récente loi de réconciliation nationale.

Khiari accuse l’Etat français

Farhat Hached, né en 1917, a été un des principaux leaders du mouvement national et reste connu pour être le fondateur de la puissante Union générale tunisienne du travail (UGTT). Le 5 décembre 1952, le chef de file indépendantiste est assassiné par la Main rouge. Ce collectif  regroupe des ultras de la colonisation et quelques barbouzes et vise les nationalistes maghrébins.

Mais Khiari accuse : « L’Etat français était responsable. Au plus haut niveau, il était impliqué dans le meurtre du fondateur de l’UGTT.

Les témoignages, les documents abondent, un certain nombre d’entre eux, jusqu’alors conf- identiels, ont été déclassifiés et remis, officiellement, par l’ancien président, François Hollande, à la famille du leader syndical. » On peut en effet lire à propos de l’assassinat de Hached dans la biographie Habib Bourguiba de Sophie Bessis et Souhayr Belhassen, publiée par Jeune Afrique Livres en 1988 : « On saura plus tard que Hauteclocque (résident général de France en Tunisie, ndlr), au courant du projet, l’avait dûment approuvé. » Et en 2013, l’ancien prési- dent français Hollande avait délivré à la famille Hached des documents de police concernant le syndicaliste.

Une délicate question politique

Si Khiari s’empare du sujet cette année, ce n’est pas anodin. En visite officielle au Burkina Faso, l’actuel président français Emmanuel Macron a promis : « Tous les documents produits par des administrations françaises pendant le régime de Sankara et après son assassinat [qui sont toujours] couverts aujourd’hui par le secret-défense national [seront] déclassifiés pour être consultés en réponse aux demandes de la justice burkinabè ».

Une initiative dont Jeune Afrique relevait qu’elle pouvait tenir de l’effet d’annonce 

« À quatre reprises, entre 2014 et 2017, son prédécesseur, François Hollande, avait pris de semblables engagements à propos de dossiers sensibles ayant marqué l’histoire franco-africaine tels que le massacre de tirailleurs sénégalais au camp de Thiaroye, l’implication française au Rwanda de 1990 à 1994, la répression féroce contre l’Union des populations du Cameroun (UPC) ou encore la mort de Mehdi Ben Barka. Or, a posteriori, dans ces quatre affaires, familles de victimes, militants, avocats ou chercheurs se sont montrés plus que réservés. »

L’incapacité de l’État français à assumer son passé

Khiari, lui, pousse la question plus loin encore. Sur un terrain à la fois mémoriel et politique. Derrière les secrets toujours enfouis de l’affaire Hached, il y a, à l’en croire, l’incapacité de l’État français à assumer son passé et donc à rompre avec diverses pratiques politiques. Sous sa plume, la reconnaissance de ses responsabilités par l’État français dans la disparition du leader tunisien « ne peut être qu’une fin dont le préalable nécessaire est la reconnaissance officielle par l’Etat français du crime colonial, sans finasseries ni faux-fuyant, des excuses en bonne et due forme et un système de réparations. »

La presse tunisienne, de son côté, remarquait que la commémoration de la disparition de Farhat Hached était aussi devenue de manière récente une date symbolique des tensions post-révolutionnaires. En 2012, des militants des Ligues de protection de la révolution (LPR), à teinte islamiste, provoquent des militants de l’UGTT et finissent par en venir aux mains avec eux, alors que ces derniers s’affairent pour commémorer leur héros.

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04 décembre 2017 ~ 0 Commentaire

islamo-gauchisme (anti-k)

marxisme

Lénine, un précurseur de l’« islamo-gauchisme » ?

Voici un livre que devraient lire tous ceux qui, à longueur de colonnes, dénoncent « l’islamo-gauchisme » et chargent ses adeptes d’avoir troqué leur foi en la classe ouvrière contre une adoration des musulmans, nouveaux damnés de la terre.
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Un peu plus, tous ces éditorialistes, qui n’ont pourtant aucune sympathie, c’est le moins qu’on puisse dire, pour le communisme, accuseraient leurs adversaires d’avoir trahi les idéaux d’Octobre 1917 et de la révolution prolétarienne mondiale.
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Et si, au contraire, Lénine était le premier révolutionnaire européen à avoir pris la dimension de l’ère de l’impérialisme et de la nécessaire alliance entre le prolétariat européen et les peuples de ce que l’on ne nommait pas encore le tiers-monde, en premier lieu les peuples musulmans ? 
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A avoir rompu avec le dogmatisme de la 2ème Internationale qui ne voyait dans l’Orient que des pays archaïques, des peuples arriérés, des coutumes barbares.  Dans un ouvrage[1] bien documenté, dense et clair, Mathieu Renault, tout en récusant l’idée, anachronique, d’un Lénine décolonial: « il n’y a chez lui, note-t-il, aucune trace d’un quelconque désir de rupture-déconnexion avec l’Occident »;  montre la place majeure qu’occupe chez le dirigeant bolchevik la question de l’articulation entre la lutte du prolétariat européen et celle des peuples opprimés, en premier lieu musulmans. de la nécessité vitale de leur alliance contre l’impérialisme.
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Dès le lendemain de la révolution d’Octobre, Lénine lance un appel 
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Musulmans de Russie, Tatars de la Volga, Kirghizes et Sartes de Sibérie et du Turkestan, Trucs et Tatars de Transcaucasie, Tchétchènes et montagnards du Caucase ! Vous tous dont les mosquées et les maisons de prière ont été détruites, dont les croyances et les coutumes ont été piétinées par les tsars et les oppresseurs de Russie !
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Désormais, vos croyances et vos coutumes, vos institutions nationales et culturelles sont libres et inviolables ! » Et le texte se poursuit en exhortant les Perses et les Turcs, les Arabes et les Indiens à s’unir au gouvernement révolutionnaire bolchevik. Et, « dans un geste de haute portée symbolique, selon Matthieu Renault, (Lénine) ordonne la restitution à Tachkent du Coran d’Othman, l’une des plus anciennes copies du livre sacré », dont les Russes s’étaient emparés lors de la conquête du Turkestan et qui était conservé à Saint-Pétersbourg.
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Cet appel et ce geste rendent compte de la longue évolution de la pensée de Lénine, entamée depuis la révolution de 1905 et qui l’amène d’abord à disséquer le caractère colonisateur de la présence russe aux marges de l’empire, de l’Asie centrale au Caucase, colonisation qu’il rapproche de celle menée par la France en Algérie.
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Il va aussi, notamment après l’éclatement de la première guerre mondiale, approfondir sa réflexion sur l’impérialisme, son développement inégal et conclure que la révolution n’est pas seulement à l’ordre du jour en Europe, mais également dans le monde colonisé.
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Au premier congrès de Bakou des peuples d’Orient, convoqué en 1920 par les bol- cheviks, au mot d’ordre « Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! » est substitué celui de « Prolétaires de tous les pays et peuples opprimés unissez-vous ! », tout un symbole. Et la place que Lénine assigne à ces peuples n’est en rien mineure, ni subalterne : Nous savons, écrit-il en substance, que les masses populaires d’Orient interviendront comme « une force révolutionnaire indépendante », comme des sujets politiques à part entière. Et, pour cela, il ne faut pas refuser l’adaptation de la théorie communiste, comme lui-même l’avait fait en étudiant le développement du capitalisme en Russie. Il faut égyptianiser le marxisme expliqueront les communistes égyptiens dans les années 1940.
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Pour Lénine la Russie soviétique doit devenir le fer de lance de l’anti-impérialisme, d’où l’importance de rompre avec le passé « tsaristo-impérialiste ». Or, et Lénine en prendra conscience très tôt, les dirigeants bolchevik eux-mêmes ne sont pas exempts d’un comportement de supériorité grand-russe à l’égard des peuples autochtones. Il tente donc, comme le note Matthieu Renault, « une stratégie de contrôle du centre sur “ses” périphéries orientales » visant « à limiter l’appétit de pouvoir des organisations communistes (russes) locales, trop promptes à endosser les vieux habits du colonialisme et à priver les masses indigènes de tout possibilité de décider de leurs destinées ».
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L’auteur déroule les épisodes de ce combat, depuis la création de la république du Bachkor- tostan jusqu’aux conflits autour de la création d’un Turkestan indépendant, des débats internes aux bolcheviks, dont Lénine ne sort pas toujours victorieux. Et qui doivent être replongés « dans l’histoire des péripéties, quasi-quotidiennes, de l’expansion du processus révolutionnaire en Russie musulmane », mais aussi dans l’histoire concrète des premières années de la révolution marquée par la guerre civile, le délitement de l’Etat, les interventions étrangères.
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Que Lénine y ait consacré tant de temps et d’énergie, en dit toutefois long sur l’importance qu’il leur accordait. Le livre de Matthieu Renault nous permet de mesurer pourquoi et « d’interroger la portée décoloniale » de la révolution soviétique. Et si les islamo-gauchistes n’étaient, en fin de compte, que les petits-filles et petites fils de Lénine ?
Voici un compte rendu de livre que j’ai écrit pour Politis et qui est paru aujourd’hui
amitiés Alain Gresh Directeur du journal en ligne OrientXXI.info
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http://orientxxi.info

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[1] Matthieu Renault, L’empire de la révolution. Lénine et les musulmans de Russie, Syllepse, Paris, 2017.
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14 novembre 2017 ~ 0 Commentaire

sncf (alternative libertaire)

cata

SNCF : Le sectarisme syndical nous conduit droit dans le mur !

Esprit de clocher et appels à la mobilisation divergents : ça a été du grand n’importe quoi, en octobre, du côté des fédérations syndicales cheminotes.

Il est encore temps de retrouver le sens de l’action unitaire.

Le 12 septembre, les cheminots et cheminotes avaient répondu présent à la première journée de mobilisation contre les ordonnances Macron, avec un taux de grève autour de 30 %. Un début encourageant même si, à l’image des autres secteurs professionnels, la mobilisation a été en recul dès le 21 septembre.

La journée d’action du 10 octobre pour la défense du service public aurait pu constituer un nouveau tremplin, et il y avait donc de quoi espérer un appel dans l’unité ! Raté, complétement raté !

L’Unsa appelait à défiler avec les fonctionnaires mais sans faire grève ; la CFDT, elle, organi- sait un rassemblement sur Paris mais sans rejoindre la manif. SUD-Rail a inventé un appel à « converger tous sur Paris » alors qu’il n’y avait pas de manifestation nationale, mais des manifs dans toutes les régions. Et la CGT-Cheminots appelait à… rien. En revanche elle a décidé d’appeler seule à la grève le 19 octobre. Résultat des courses : des journées de grève par ci par là, sans autre impact que d’alléger la feuille de paie à la fin du mois. Et surtout, une image déplorable renvoyée à nos collègues par nos syndicats, quant à notre capacité à construire un mouvement fort qui peut gagner.

Arrêtons les frais !

Là où il y a besoin d’unité pour donner confiance aux salarié.es, nos fédérations syndicales CGT et SUD-Rail opposent le sectarisme au sectarisme. Or le problème n’est pas de crier le plus fort possible « grève générale », mais de la préparer, de l’organiser. Au point où nous en sommes actuellement, l’important est ailleurs : service par ­service, il faut reconstruire les conditions d’un mouvement fort, unitaire, reconductible et en lien avec ce qui se passe dans les autres secteurs professionnels.

Des organisations syndicales interprofessionnelles se dirigent vers une journée de grève mi-novembre.

C’est cela qu’il faut préparer dès maintenant, pour une grève massive et qui ne se limite pas à une protestation de vingt-quatre heures. Ce doit être une grève pour gagner, donc une grève portée par la masse des cheminots et des cheminotes à travers des assemblées générales où ils et elles décident de leur mouvement. Partout, poussons pour des appels syndicaux unitaires dans ce sens. Mais surtout organisons-nous pour créer et imposer cette dynamique !

Des cheminot.es d’AL 14 novembre 2017

http://alternativelibertaire.org/

Commentaire:

Le problème avec les syndicats, qu’ils soient d’accompagnement du capitalisme comme de résistance, c’est leur incorporation grandissante à l’état capitaliste.

Oubliée l’indépendance par les cotisations, il leur faut « d’autres ressources ». Pour loger les permanents dans des locaux somptueux. Sans parler de leurs logements! L’appareil de « permanents-cadres » est notoirement « sur-dimentionné » !

Par mille moyens le système tend à les absorber, pas pour récompenser leur bonne volonté, mais pour à travers eux,  limer les dents des salariés! Cela passe par des financements, mais aussi par leur participation systématique à la soit-disant « concertation » qui n’est que de la validation des thèses patronales, pour les médias. Il n’y a pas d’avancées par la « bonne volonté » des patrons comme le prétend la CFDT, cela n’arrive que par le rapport de force qui leur est imposé!

Lire aussi:

Les syndicats à l’époque de la décadence impérialiste (Léon Trotsky)

Construire à la base Manifestation du 16 novembre : Quelle stratégie pour la suite (Révolution Permanente)

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31 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

révolution russe 1 (npa)

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Février 1917, les femmes d’abord

Marxistes, populistes, anarchistes… Un mouvement ouvrier révolutionnaire

L’histoire de la Révolution russe est celle de la rencontre et de l’interaction permanente entre ses deux acteurs décisifs : une avant-garde marxiste révolutionnaire rassemblée au sein du Parti Bolchevique, une classe ouvrière gagnée au socialisme et dotée de formidables capacités de lutte…

Les particularités du développement de la Russie (1) y avaient fait surgir tardivement une classe ouvrière, certes encore peu nombreuse mais au développement très rapide :

Un million et demi d’ouvriers de l’industrie en 1900, trois millions en 1912 (auxquels il convient d’ajouter les travailleurs de la construction, des transports et une part substantielle de ceux des services), sur une population de 160 millions en 1914 ; et, surtout, la classe ouvrière la plus concentrée au monde :« en 1911, 54% des ouvriers russes travaillent dans des usines employant plus de 500 ouvriers, alors que le chiffre correspondant pour les Etats-Unis est de 31% ; 40 ?% dans des entreprises employant de 50 à 500 ouvriers ; moins de 12% seulement dans des entreprises de moins de 50 ouvriers »2.

Une radicalité exceptionnelle

Sur cette réalité s’en greffait une autre, celle de conditions d’exploitation et d’oppression éga- lement sans comparaison avec les principales sociétés capitalistes: des salaires très bas, des journées de travail de 14 heures et, sous la domination de l’autocratie, l’absence de toute liberté politique et syndicale. Toute grève et souvent même tout mouvement revendicatif donnait lieu à des licenciements voire des arrestations, toute mobilisation de rue pouvait faire l’objet d’une répression provoquant morts et blessés.

Dans une telle situation, les ouvriers qui ne voulaient pas courber l’échine n’avaient d’autre option que celle de l’action clandestine.

Et la question se posait à eux de façon immédiate : quel autre régime politique, quelle autre société ? Comme le relève Oskar Anweiler,« l’absence du droit de coalition, l’interdiction de présenter des revendications collectives et les lourdes peines dont les grévistes étaient mena- cés, contribuèrent notablement à pousser les ouvriers russes dans la voie de la révolution »3.

Pierre Broué insiste :« dans la société russe sous les tsars, il n’est pas de voie de garage pour les militants ouvriers. Les syndicats sont dissous dès qu’ils ont une existence effective et les mencheviks les plus « légalistes », liquidateurs compris, reçoivent de la police des coups aussi sévères que les bolcheviks les plus durs. Il ne peut y avoir de postes ni pour les bureau- crates ni même pour d’honorables transfuges, puisque le militant qui voudrait abandonner la lutte pour se monnayer n’aurait d’autre voie que le mouchardage au service de la police. Aucu- ne adaptation à l’Etat n’est possible sans capitulation ouverte : le réformisme, né en Occident comme un état d’esprit avant d’incarner une tendance dans les organisations ouvrières, puis une couche privilégiée, n’a pas, en Russie, de racines sérieuses».

Ainsi, la lutte revendicative débouchait naturellement sur le combat politique, les frontières entre l’une et l’autre s’estompaient, elles disparaissaient même pour de larges cou- ches de travailleurs qui accédaient aux idées du socialisme et du marxisme. En grande partie, celles-ci le firent par l’intermédiaire d’une intelligentsia de jeunes gens, sans perspective d’inté- gration au sein de la société tsariste et que tout portait donc vers des idéaux de révolte et de révolution. Pierre Broué décrit de la façon suivante les jeunes bolcheviks de l’époque: «Ce sont des moins de vingt ans qui renoncent à toute carrière et à toute ambition autre que politi- que et collective, s’engagent sans retour pour s’identifier à la lutte ouvrière (…) Ces jeunes hommes n’ont pas encore quitté l’âge de l’adolescence qu’ils sont déjà de vieux militants et des cadres».

Eugène Préobrajenski, devenu à partir de 1917 un important dirigeant du Parti Bolchevique, dressa à la mort de Lénine ce portrait, qu’il vaut la peine de citer un peu longuement, des ouvriers russes de la période révolutionnaire:« L’avant-garde de notre classe ouvrière est le produit du capitalisme européen qui, déferlant dans un pays neuf, y a édifié des centaines d’entreprises formidables, organisées selon les derniers perfectionnements de la technique occidentale.

« Notre ouvrier, c’est le jeune barbare plein de force que n’a pas encore corrompu la civilisation capitaliste, qui n’est pas corrompu par le confort et le bien-être, miettes de la table des exploiteurs des colonies, qui ne s’est pas encore laissé plier au joug de la légalité et de l’ordre bourgeois (…) Notre ouvrier a commencé à haïr le capital et à le combattre avant de le révérer comme organisateur d’un régime économique supérieur à l’artisanat: il a commencé à le mépriser avant d’avoir goût à la culture bourgeoise et de s’y être attaché. Il ne ressemble ni au prolétaire d’Occident, dressé par deux siècles d’industrie manufacturière et capitaliste, ni au semi-prolétaire de l’Inde et de la Chine.

«Qui ne comprend pas ses traits originaux ne comprendra rien à ses merveilleuses réalisa-tions, ne saisira pas l’essence de ce phénomène sociologique qu’est le parti bolchevique (…) Notre classe ouvrière alliait en elle l’élan révolutionnaire, la spontanéité de la verte jeunesse à la discipline qui cimente les millions d’êtres que groupe le travail autour de la machine.»4

Et aussi la force du marxisme, dont de nombreux travailleurs s’imprégnaient avec avidité, comme en témoigne cet exemple, significatif d’une tendance bien plus générale : « S. A. Smith décrit ainsi l’évolution d’un ouvrier russe dont l’esprit s’est ouvert dans cette voie de « pensée critique » : « pour Kanatchikov, la découverte de la théorie de l’évolution a eu l’effet d’un coup de tonnerre (…) Sa découverte de Darwin s’est bientôt complétée de celle de Marx : en 1902, à l’âge de 23 ans, il était parvenu au bout du premier volume du Capital. Cela lui a apporté une compréhension scientifique de la société et donné la volonté de se consacrer à la cause du renversement du capitalisme. »5

Primauté du politique et de l’auto-organisation

Jusque là interdits et durement réprimés dès qu’ils tentaient d’apparaître, les premiers syndi- cats un peu stables et de quelque importance se sont formés à partir de 1905. Eclipsés par les soviets et les comités d’usine, ils n’ont cependant joué dans les événements de 1917 qu’un rôle secondaire, même lorsqu’ils étaient représentatifs et puissants (à l’instar du syndicat des métallurgistes de Pétrograd, fort de 200 000 membres).

Une exception de ce point de vue a été le Vikjel, Comité exécutif pan-russe du syn- dicat des travailleurs du rail, l’une des plus fortes organisations syndicales, représentant un secteur très imprégné de ses particularités corporatives et qui, par rapport aux ouvriers d’usi- ne, constituait une sorte d’« aristocratie ouvrière ».

La direction du syndicat des cheminots est notamment connue pour sa tentative conciliatrice au lendemain de l’insurrection d’Octobre : alliée alors avec l’aile droite de la direction bolchevique (Kamenev, Zinoviev, Rykov), elle avait tenté d’imposer un gouvernement composé de « toutes les tendances socialistes », c’est-à-dire en commun avec mencheviks et socialistes-révolutionnaires de droite, qui ne reconnaissaient pas le pouvoir des soviets et dont certains membres n’allaient pas tarder à œuvrer de concert avec la contre-révolution bourgeoise et impérialiste.

Le Vikjel, dont Edward Hallet Carr note qu’il « aspirait à agir en tant que pouvoir indépendant dictant au gouvernement ses conditions »6, s’est ensuite comporté comme une force d’opposition au nouveau pouvoir soviétique, allant jusqu’à menacer de paralyser le transport des troupes envoyées sur le front des premiers combats avec la contre-révolution.

Mais cet organisme se trouvait en réalité contrôlé par des forces politiques qui étaient clairement hostiles aux bolcheviks. Alexander Rabinowitch indique qu’à l’été 1917, sur les quarante membres du Vikjel, quatorze étaient des socialistes-révolutionnaires, sept des mencheviks, trois des socialistes populaires (l’un des courants les plus à droite parmi ceux se réclamant du socialisme), tandis que beaucoup des onze « indépendants » soutenaient le parti « cadet » (abréviation pour constitutionnel-démocrate, la formation de la droite bourgeoise libérale) ; face à eux ne se trouvaient que deux bolcheviks, un sympathisant bolchevique et deux membres de l’organisation interrayons (dirigée par Trotsky et qui s’intégra au Parti bolchevique à la fin juillet).7

Autrement dit, les choix des dirigeants syndicaux répondaient d’abord à ceux des partis ou courants politiques dont ils étaient membres ou proches. Ce sont ces orga- nisations politiques, construites dans la clandestinité et qui, après Février, voyaient les adhé- sions affluer en masse, qui donnaient le ton à tous les niveaux, depuis l’échelon de l’usine, de la localité ou du district jusqu’à celui des institutions nationales.

Alliée au caractère immédiatement politique de toute lutte, la faiblesse des traditions syndicales a entraîné une autre conséquence : la tendance spontanée des travailleurs à s’auto-organiser. Dès les premiers pas du prolétariat russe, ses membres qui entraient en lutte ou entendaient seulement présenter une demande à leur direction avaient, en l’absence d’organisations syndicales, pris l’habitude d’élire des délégués, mandatés et révocables.

L’anarcho-syndicaliste Voline souligne : « Quant au syndicalisme, aucun mouvement ouvrier n’ayant existé en Russie avant la Révolution de 1917, la conception syndicaliste quel- ques intellectuels érudits mis à part y était totalement inconnue (…) cette forme russe d’une organisation ouvrière, le « Soviet », fut hâtivement trouvée en 1905 et reprise en 1917, justement à cause de l’absence de l’idée et du mouvement syndicalistes » ; avant d’estimer que « sans aucun doute, si le mécanisme syndical avait existé, c’est lui qui aurait pris en mains le mouvement ouvrier. »8

Oskar Anweiler explique ainsi le surgissement des soviets en 1905 : « contrairement à la bourgeoisie libérale, organisée, au moins dans une certaine mesure, au sein des zemstvos [assemblées de district créées en 1864, élues au suffrage censitaire] et des doumas de ville [assemblées municipales, également réservées aux propriétaires et aux riches], la population laborieuse ne disposait en Russie d’aucune possibilité légale de s’organiser.

Alors que les partis révolutionnaires se trouvaient réduits aux dimensions de groupus- cules conspiratifs, elle se voyait interdite de confier à des syndicats la conduite de ses luttes économiques. Au moment de la révolution, elle était privée d’organisation permanente, à même d’unifier et de diriger le mouvement. D’où la nécessité d’une forme d’autodéfense spontanée, le soviet. » L’auteur enchaîne en mentionnant, pour cette classe ouvrière d’origine paysanne récente, « les traditions liées à l’archaïque commune rurale », la « foi dans la vertu « démo- cratique » de la coutume villageoise des assemblées où l’on délibérait en commun », « qui dut inciter les masses ouvrières à trouver naturelles la délibération collective et l’élection de députés. »9

Jean-Philippe Divès lundi 30 octobre

L’Anticapitaliste n° 85, mars 2017

http://www.revolutionpermanente.fr/

 

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31 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

révolution russe 2 (npa)

sr russe

Affiche du parti Socialiste Révolutionnaire

L’héritage populiste et le Parti socialiste-révolutionnaire

Dans son texte cité précédemment, Eugène Préobrajenski signale que l’ouvrier russe « a pour ancêtres les paysans qui pillaient les maisons et les récoltes des seigneurs, ceux que l’on fouettait dans les écuries (…) et que l’on envoyait sur des radeaux (…) dans les mines de l’Oural et de Sibérie. Dans ses veines coule le sang des factieux qui, à l’époque de Stenka Razine et de Pougatchev, faisaient trembler le trône des tsars moscovites. »

Le courant qui a incarné le plus directement ces traditions est celui du Parti socia- liste-révolutionnaire (SR), fondé en 1901 en se revendiquant de l’héritage des narodniks, actifs depuis les années 1870. Ces « populistes » (du nom russe narod qui signifie peuple), issus principalement de la petite-bourgeoisie urbaine, préconisaient une révolution fondamen- talement paysanne (les paysans représentant l’immense majorité de la population) qui instau- rerait la « démocratie » et une forme de socialisme spécifiquement russe fondée sur la tradition du mir, l’ancienne communauté paysanne reposant sur une propriété collective des terres.

Cependant déçus par le peu d’empressement de la paysannerie à remplir sa tâche révolutionnaire, les narodniks décidèrent de lui montrer la voie en multipliant les attentats et les assassinats de personnalités du régime. « L’histoire est trop lente, il faut la bousculer », déclarait leur principal dirigeant, Andreï Jéliabov, lors de leur congrès de 1879 à Voronej.10

Les actions d’une « poignée d’audacieux », ainsi qu’ils se définissaient eux-mêmes, devaient également contraindre le régime tsariste à concéder des libertés démocratiques qui permettraient, dans une seconde étape, de développer une lutte pour le socialisme. Le princi- pal fait d’armes de la Narodnaya Volya (Volonté, ou Liberté du peuple) fut l’assassinat, le 1er mars 1881, du tsar Alexandre II par Jéliabov et d’autres conjurés, qui furent tous exécutés. Six ans plus tard, un groupe de jeunes était arrêté par la police alors qu’il projetait d’assassiner son successeur. Parmi eux, Alexandre Oulianov, pendu le 8 mai 1887. Selon Lars T. Lih11, Lénine a été profondément marqué par la mort de son frère aîné et chercha ensuite les moyens de poursuivre son combat en empruntant « une autre voie », qu’il trouva dans le marxisme.

Le Parti socialiste-révolutionnaire a été fondé en 1901, en revendiquant l’héritage de Narodnaya Volya. Immédiatement, il forma une « brigade terroriste » qui reprit la méthode des assassinats de représentants du régime. Implanté surtout dans les campagnes, il est demeuré majoritaire au sein du Soviet des députés paysans durant toute l’année 1917.

Des 1115 délégués au Premier congrès panrusse des soviets paysans, tenu en mai 1917, 571 se déclaraient SR, contre seulement 14 bolcheviks.

Au second congrès, réuni à partir du 9 novembre, ce sont les SR de gauche, alliés aux bolche- viks, qui se retrouvèrent majoritaires. Mais le parti SR disposait également de forces parmi les travailleurs des villes, sans compter l’armée, composée principalement de jeunes paysans. Au premier congrès panrusse des soviets de députés ouvriers et soldats, tenu en juin 1917, les SR étaient 283 sur 822 délégués pleins, contre 248 mencheviks et seulement 105 bolcheviks.12

Les SR ont compté près d’un million de membres au début de l’été 1917, loin devant les mencheviks (environ 200 000) et les bolcheviks (alors près de 100 000).

Mais leur prépondérance électorale dans les campagnes ne signifiait pas qu’ils organisaient directement une fraction importante du monde paysan. Selon une étude publiée en 1978, à l’ouverture de la guerre mondiale, les membres du Parti SR étaient à 28 % des ouvriers ou artisans, à 21 % des étudiants ou lycéens, à 16 % des employés ou membres des couches intellectuelles inférieures, et à 35 % des « membres de l’intelligentsia supérieure, c’est-à-dire médecins, ingénieurs, juristes… » « Un poids décisif revenait (…) aux éléments cultivés et qualifiés ». « La proportion infime de paysans parmi les membres du parti est un trait significatif. Le parti socialiste-révolutionnaire n’a pas réussi à lier à son organisation le groupe visé »13.

Comme les marxistes et les anarchistes, les SR ont connu leur lot de scissions. Dès 1906, une aile droite légaliste était allée fonder un « Parti du travail », tandis que sur la gauche rompaient les SR « maximalistes », proches à certains égards des anarchistes et qui resteront un courant politique actif jusqu’en 1918. En août 1914, un secteur des SR s’opposa à la politique d’union sacrée défendue par la majorité de la direction, qui avait à sa tête Victor Tchernov.

Mais c’est en 1917 que les contradictions ont explosé.

Les divergences ont alors provoqué une division irrémédiable entre les partisans d’une révo- lution sociale et ceux, de plus en plus liés aux secteurs aisés des campagnes, qui entendaient faire rentrer le processus dans un cadre démocratique-bourgeois. Au moins de juin, lors du premier congrès pan-russe des soviets de députés ouvriers et soldats, la gauche des SR s’était déjà alliée avec les bolcheviks contre la direction de son propre parti.

Au lendemain de l’insurrection d’octobre, la direction SR exclut du parti les repré-sentants de l’aile gauche qui avaient refusé de quitter le deuxième congrès panrusse des soviets (25 octobre au 7 novembre), après que celui-ci eut entériné le renversement du gouvernement provisoire et la transmission du pouvoir aux soviets. Le parti des socialistes-révolutionnaires de gauche tint son congrès de fondation du 19 au 28 novembre 1917.

La gauche était majoritaire au sein de la délégation des SR au deuxième congrès des soviets, et ce rapport de forces ne fit que s’accentuer au cours des mois suivants. Mais cela ne s’était nullement reflété dans les délégations à l’Assemblée Constituante (réunie le 5 janvier 1918), élues à la proportionnelle à travers des scrutins de listes régionaux.

La composition des listes SR, communes aux deux tendances, avaient été verrouillée par la droite, au point que sur 410 représentants SR à la Constituante (pour un total de 707 membres élus, les bolcheviks en ayant 175), seuls 40 étaient des membres du nouveau parti SR de gauche.14 C’est l’une des raisons,  trop peu soulignée, pour laquelle cette assemblée, élue de plus sur des plateformes dont la rédaction avait été antérieure à l’événement fondateur d’Octobre, s’avérait très peu représentative même d’un point de vue démocratique-bourgeois.

Les SR de gauche ont gouverné avec les bolcheviks jusqu’au printemps 1918, quand leur coalition s’est brisée du fait des divergences graves occasionnées par les conditions du traité de paix avec l’Allemagne ; avant que les vieilles traditions terroristes ne les conduisent à tenter un coup d’Etat, dont les conséquences furent catastrophiques.

Jean-Philippe Divès

L’Anticapitaliste n° 85, mars 2017

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31 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

révolution russe 3 (npa)

marx-bakunin-small

Marx et Bakounine

Les anarchistes

On est confronté avec les anarchistes à la même difficulté qu’avec le parti SR : l’absence d’études historiques qui soient à la fois globales et suffisamment documentées. Le livre de Voline, La révolution inconnue, a déjà été mentionné : écrit de façon très subjective, il manque cruellement de références, tout en présentant une série d’affirmations qui apparaissent gratuites voire dont l’inexactitude est devenue patente.15

Il y a pourtant des raisons de croire Voline (qui à son retour en Russie, en juillet 1917, adhéra à l’Union de propagande anarcho-syndicaliste de Pétrograd, laquelle publia bientôt l’hebdomadaire puis quotidien Goloss Trouda, La Voix du travail) lorsqu’il dit et répète que le mouvement anarchiste a été ultra-minoritaire en Russie jusqu’à la révolution d’Octobre ; et cela, bien que deux de ses principaux théoriciens, Bakounine (1814-1876) et Kropotkine (1842-1921), eussent été des Russes.

En 1905, « il existait aussi (…) un certain mouvement anarchiste. Très faible, totalement inconnu de la vaste population, il n’était représenté que par quelques groupements d’intellec- tuels et d’ouvriers (paysans dans le Midi), sans contact suivi (…) Leur activité se bornait à une faible propagande, d’ailleurs très difficile, à des attentats contre les serviteurs trop dévoués du régime, et à des actes de « reprise individuelle ».

La littérature libertaire arrivait en fraude de l’étranger. On répandait surtout les brochures de Kropotkine » (op. cit., p. 59). Le fait qu’en février 1916, soit en pleine boucherie impéria- liste, ce dernier ait pris position en faveur de l’union sacrée contre l’Allemagne, avec les autres responsables anarchistes du Manifeste des Seize, n’a sans doute pas été de nature à aider ce mouvement en Russie.

En 1917, « les anarchistes étaient, au début de la Révolution, tout au plus trois mille » (p. 719). A la veille d’Octobre, « le mouvement anarchiste (…) était encore bien trop faible pour avoir une influence immédiate et concrète sur les événements. Et le mouvement syndicaliste n’existait pas (…) les anarcho-syndicalistes et les anarchistes [sont] peu nombreux et mal organisés » (p. 142 et 148).

Selon Alexander Rabinowitch, ils ont cependant joué, entre février et octobre 1917, un rôle significatif à Pétrograd et à Cronstadt.

Non pas certes l’Union anarcho-syndicaliste de Goloss Trouda, que cet auteur estime alors marginale, mais la Fédération anarcho-communiste qui était bien représentée au sein des troupes (en particulier le 1er régiment de mitrailleurs, à l’avant-garde de l’effervescence révolutionnaire de l’été) comme des soviets ouvriers de Pétrograd et de sa région.

Ce n’est pas que Rabinowitch en dresse un portrait spécialement flatteur : « le pro- gramme des anarcho-communistes était extrêmement général et peu sophistiqué. Selon un tract diffusé au début de l’été 1917, l’organisation appelait à la destruction ou élimination immé- diate de, entre autres choses, tous les gouvernements autocratiques et parlementaires, le système capitaliste, la guerre, l’armée, la police et toutes les frontières. Le même tract défen- dait l’instauration d’une société communale « totalement libre », sans gouvernement ni lois, où la liberté individuelle serait absolue, les paysans posséderaient la terre et les usines appartien- draient aux travailleurs (…)

Un auteur anarcho-syndicaliste qualifia, non sans justification, le programme anarcho-commu- niste de « collection de phrases creuses » (Goloss Trouda, 27 janvier 1918, p. 3). Il faut noter que les deux groupes anarchistes étaient à l’époque à couteaux tirés.  16

Pour en revenir à Voline, celui-ci estime donc que les difficultés puis l’échec du mouvement anarchiste avaient découlé de son retard d’implantation par rapport aux bolcheviks (lesquels n’organisaient pourtant pas plus de 5000 militants lorsque la révolution de Février a éclaté), de « la crédulité, l’insouciance des masses, l’ignorance de leur force » (p. 172) et par la suite de la « répression sauvage » exercée par les bolcheviks, nouveaux exploiteurs, de « l’idée libertaire et les mouvements qui s’y ralliaient » (p. 173).

Il met cependant en avant le fait qu’après Octobre, « en dépit de cette carence et d’une situa- tion aussi défavorable, les anarchistes aient su gagner un peu plus tard et un peu partout  une certaine influence, obligeant les bolcheviks à les combattre les armes à la main et, par en- droits, pendant assez longtemps, avant de les écraser. Ce succès rapide et spontané de l’idée anarchiste est très significatif » (p. 167). Les deux processus mis en avant dans ce cadre sont la révolte de la base navale de Cronstadt (1921) et le mouvement organisé en Ukraine autour de Nestor Makhno (1918-1921).

On peut toutefois, sur cette base, envisager une autre explication : incapables de gagner une base de masse pendant la période de la montée révolutionnaire, les anarchistes auraient commencé à développer leur influence dès que la révolution est entrée en crise, avec l’ouverture rapide de la guerre civile et son cortège de morts, de destructions et de privations…

Quant à leur échec politique, il était pratiquement contenu dès le départ, et pour ainsi dire par définition, dans leur rejet et dénonciation de « l’idée politique » et de « tout pouvoir politique » (Voline, p. 181 et 225). Avec pour corollaires l’incapacité ou refus de construire une organisa- tion nationale et même, moyennant des exceptions limitées dans le temps (Léningrad, Moscou, Cronstadt), le refus de participer aux soviets et la dénonciation de ces derniers justement parce qu’ils constituaient des organes de pouvoir.17

Jean-Philippe Divès

L’Anticapitaliste n° 85, mars 2017

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31 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

revolution russe 4 (npa)

1917

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Le marxisme : POSDR, bolcheviks et mencheviks

Le marxisme a été introduit en Russie par l’ancien populiste Georges Plékhanov, fondateur en 1881 du groupe « L’Emancipation du travail ». En 1898, neuf délégués de diverses régions se réunirent à Minsk dans ce qu’ils intitulèrent premier congrès du POSDR, Parti ouvrier social-démocrate de Russie (le terme de social-démocrate avait à l’époque un sens exactement inverse à celui d’aujourd’hui). Mais tous furent immédiatement arrêtés et envoyés en déportation.

Le flambeau fut repris par la « deuxième génération » des marxistes russes, avec à sa tête Vladimir Oulianov dit Lénine et Julius Martov, qui lancèrent fin 1901 le journal L’Iskra (L’Etincelle), visant à unifier autour d’une compréhension et d’un projet communs les groupes social-démocrates qui se formaient un peu partout en Russie mais restaient isolés.

En août 1903, le deuxième congrès du POSDR, réalisé à Bruxelles puis à Londres en présence d’une cinquantaine de délégués, marqua la véritable création du parti mais fut aussi, dans le même temps, le théâtre de la division entre bolcheviks (majoritaires) et mencheviks (minoritaires), une division devenue scission deux années plus tard. Un congrès de réunifica- tion fut organisé en 1906, dans la foulée de la première révolution russe, mais la rupture prit un tour définitif à partir de 1912.

Deux grands désaccords opposaient alors bolcheviks et mencheviks ; le premier, qui occasionna la division lors du deuxième congrès, portant sur le type de parti à construire et le second sur la nature et les perspectives de la révolution à venir.

Les formulations antagoniques sont connues. Pour Lénine, pouvaient être membres du parti « ceux qui participent personnellement à l’une de ses organisations », pour Martov, « ceux qui collaborent régulièrement et personnellement sous la direction d’une de ses organisa- tions ». Bref, un parti de militants dans le premier cas,  et de plus, dans les conditions russes de l’époque, un parti extrêmement cloisonné et hiérarchisé, une formation nettement plus large dans le second.

En suivant de nombreux auteurs marxistes (Pierre Broué, Marcel Liebman, Jean-Jacques Marie, Lars T. Lih et d’autres), il faut cependant souligner que la position de Lénine, explicitée et développée à la même époque dans « Que faire? » et à travers d’autres écrits, ne découlait nullement d’un principe général qui aurait été applicable en tout lieu et de tout temps. Ces modes d’organisation étaient simplement les seuls possibles pour construire, sous la clandes- tinité imposée par le régime tsariste, un authentique parti ouvrier révolutionnaire.

Dès le congrès de 1903, Lénine reconnaissait en outre que dans « Que Faire? » il avait « forcé la note » et « tordu en sens inverse le bâton » par rapport au courant dit économiste, qui était la cible de sa critique. Dans l’étape d’effervescence révolutionnaire et de relatives libertés démocratiques ouverte par la révolution de 1905, il préconisa très vite d’« ouvrir en grand les portes » du parti, en s’opposant au conservatisme des « comitards » qui revendiquaient face à lui… la lettre de Que Faire ?

En janvier 1905, avant que la première révolution n’éclate, la fraction bolchevique du POSDR organisait quelque 8 000 militants. Au Congrès de Londres (5e congrès du POSDR) de mai 1907, les 105 délégués bolcheviques et les 97 délégués mencheviques re- présentaient ensemble 77 000 militants.18 Une autre nouveauté de 1905 fut l’introduction à tous les niveaux du parti de procédures électives, se substituant à la cooptation qui était alors la règle, non seulement chez les bolcheviks mais dans toutes les organisations socialistes de Russie.

Le second grand débat, sur les perspectives de la révolution et donc les tâches politiques du parti, a été synthétisé ainsi par Pierre Broué : « les premiers disciples russes de Marx ont considéré que la tâche révolutionnaire immédiate en Russie était le renver- sement de l’autocratie tsariste et la transformation de la société dans un sens bourgeois et capitaliste avec instauration d’une démocratie politique (…) Les mencheviks accusent les bol- cheviks d’abandonner les perspectives de Marx, de tenter, artificiellement, d’organiser une révolution prolétarienne par le moyen de conspirations, alors que les conditions objectives ne permettent, dans une première étape, qu’une révolution bourgeoise.

« Les bolcheviks rétorquent que les mencheviks renoncent à organiser et à préparer une révolution prolétarienne qu’ils rejettent dans un avenir lointain : ce faisant, ils en viennent à se faire les défenseurs d’une sorte de développement historique spontané, menant automatiquement au socialisme à travers des « étapes » révolutionnaires différentes, bourgeoise-démocratique d’abord, prolétarienne-socialiste ensuite, et ce fatalisme les conduit à restrein- dre, pour l’immédiat, l’action des ouvriers et des socialistes au rôle de force d’appoint pour la bourgeoisie dans la lutte contre l’autocratie pour les libertés démocratiques. »19

Pour les bolcheviks, la révolution aurait bien dans un premier temps des objectifs démocratiques: libertés publiques, réforme agraire, amélioration des conditions d’existence des travailleurs, etc.) mais sa dynamique (son caractère « ininterrompu ») conduirait à un enchaînement, plus ou moins rapide selon ce que serait la situation concrète, avec des tâches socialistes. De plus, aucune confiance ne pouvant être déposée dans l’opposition libérale-bourgeoise, même pour mener à bien des tâches relevant historiquement des révolutions bourgeoises, la direction du processus ne pouvait être assurée que par la classe ouvrière alliée à la paysannerie, d’où la perspective de gouvernement dénommée « dictature révolutionnaire démocratique du prolétariat et de la paysannerie ».

En 1917 et ensuite, les mencheviks s’agrippèrent jusqu’au bout à la charrette brinquebalante de la démocratie bourgeoise.

Alors que dans les premiers mois, leurs positions conciliatrices et modérées leur avaient permis de gagner, comme c’est en général le cas au début de tout processus révolutionnaire, une influence plus importante que celle des bolcheviks, ils connurent à partir du mois de juin un processus d’effondrement, jusqu’à ne plus représenter grand-chose à la fin de l’année : seule- ment 14 délégués sur 670 au second congrès panrusse des soviets, et 16 élus sur 707 à l’Assemblée Constituante.

A l’inverse, les bolcheviks ne cessèrent d’étendre leur organisation. Environ 5000 militants en début d’année, 20 000 en avril, 100 000 en août, 200 000 juste avant Octobre), tout comme leur influence. Au deuxième congrès panrusse des soviets, réuni au lendemain de l’insurrec- tion, selon Alexander Rabinowitch qui cite le rapport préliminaire de la commission des man- dats, les bolcheviks comptaient 300 délégués sur 670, tandis qu’avec les SR de gauche et d’autres groupes ou individus, « une large majorité de délégués, quelque 505, étaient ferme- ment en faveur du transfert de « Tout le pouvoir aux soviets », c’est-à-dire la formation d’un gouvernement soviétique reflétant la composition du congrès. » 20

Pour y parvenir, rien ne fut cependant simple. Il fallut notamment et en premier lieu que Lénine, à son retour à Pétrograd début avril 1917, réussisse à « réarmer » son parti en le convainquant de s’engager dans une lutte résolue contre le gouvernement provisoire et les courants socialistes « conciliateurs », avec pour perspective l’instauration d’un pouvoir prolétarien… Ce qui sera le thème du prochain article.

Jean-Philippe Divès

L’Anticapitaliste n° 85, mars 2017

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31 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

intérimaires (politis + lo+ rp)

Manara-marre
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Industrie automobile : le ras-le-bol des intérimaires

Sur fond de chômage partiel, l’usine Renault Flins, dans les Yvelines, fait face à une fronde inédite des salariés en intérim, révélatrice d’une situation devenue insoutenable, entre heures non payées et pressions des agences de travail temporaire.

C’est l’abus de trop pour les intérimaires de l’usine Renault de Flins-sur-Seine, dans les Yvelines.

Le manque de pièces cause un arrêt de production, si bien que le chômage partiel attend les salariés pour la semaine du 30 octobre au 5 novembre. Pour une grande partie des intéri- maires, qui représentent moins de la moitié des employés de l’usine, cela implique de ne recevoir aucune rémunération.

Cet arrêt de production s’ajoute à la pile de problèmes récurrents auxquels font face chaque jour les intérimaires.

« Cela fait des années qu’on n’a pas eu d’intérimaires qui débrayent. Maintenant, on remarque que les gens en ont ras-le-bol et ça commence vraiment à bouger », constate Laëtitia Gomez, secrétaire à l’information de la CGT Intérim. Ils étaient 14 intérimaires à débrayer à l’usine PSA Sochaux les 13, 14 et 20 octobre et 80 les 19 et 20 octobre à PSA Rennes. Une grève, ou du moins des débrayages, se préparent à l’usine des Yvelines à compter du 30 octobre. « La grogne monte et je pense que cela ne va pas s’arrêter là », constate la syndicaliste.

Les problèmes rapportés concernent majoritairement des primes non versées et un traitement inégalitaire entre salariés à statut et intérimaires.

Déjà en 2015, 1 800 intérimaires de l’usine Renault de Flins faisaient grève pour protester contre les irrégularités des fiches de paie. Deux ans plus tard, Philippe Gommard, représentant de la CGT Renault Flins, confirme que ce problème est encore routinier et qu’il atteint son apothéose avec l’arrêt de production.

Les CDI et une partie des contrats temporaires seront payés grâce à la cinquième semaine et au système de capital temps collectif (appelé « pot commun » par Laëtitia Gomez) instauré par l’entreprise. Parmi les 2 030 intérimaires de l’usine, ceux qui ont encore de ce capital seront payés au moins partiellement.

Mais les autres verront leur contrat suspendu pour la semaine, sans rémunération. À quoi la direction a répondu « c’est la vie ! », rapporte Laëtitia Gomez. Si le contrat signé entre l’entreprise et le travailleur stipule qu’aucune rémunération n’est prévue en cas de chômage partiel, aucun recours n’est possible. « Si ce n’est pas stipulé sur le contrat, effectivement, il faut qu’ils fassent la demande à leur agence d’intérim », complète Laëtitia Gomez.

Abus des agences

Ce n’est pas seulement aux entreprises comme PSA ou Renault que les intérimaires repro- chent de ne pas respecter leurs droits. Ils se plaignent aussi des manquements des agences d’intérim. Un intérimaire rattaché à Adecco, Ahmed [1] raconte que l’agence a mis trois semai- nes à lui envoyer l’attestation d’employeur nécessaire pour obtenir le remboursement de ses deux semaines de congé maladie. Un document qui doit pourtant être envoyé spontanément par l’agence au travailleur. De même pour Aïda, qui suite à un accident du travail, a vu son arrêt maladie contesté par Adecco. L’agence l’a mise à pied pour faute grave et elle n’a toujours pas pu reprendre le travail.

C’est aux intérimaires lésés de demander recours à leur agence s’ils veulent un jour être payés. « Tant qu’elles n’ont pas un intérimaire qui connaît ses droits et qui les revendique ou un syndicat comme la CGT qui leur tape dessus, ils ne vont pas chercher », explique Laë- titia Gomez. Cela fait depuis février 2017 qu’Ahmed a demandé le remboursement de ses heures supplémentaires impayées, en vain. Et ce n’est pas faute d’avoir appelé Adecco, qui continue de ne pas donner suite à ses appels ou de le « faire tourner en rond » entre les différents services, comme il l’explique avec dépit.

Tout comme Mohammed Berrouigat, ancien intérimaire pour Renault Flins et lui aussi rattaché à Adecco. Il a dû faire appel à l’Inspection du travail pour rectifier des dates de contrats erro- nées. À ce jour, ses heures supplémentaires et ses jours fériés demeurent impayés. Il hésite à engager un avocat pour attaquer l’agence, notamment parce que son agence lui a refusé un « CDI intérim ».

Ce contrat garantit une rémunération mensuelle fixée d’un commun accord entre l’agence et le travailleur, même quand l’agence n’arrive pas à trouver assez de missions pour que l’intéri- maire touche ce salaire minimum. « Si l’agence d’intérim ne vous trouve du travail que sur deux semaines dans le mois et que ça ne couvre pas ce salaire, vous touchez une garantie men- suelle minimum de rémunération. Mais parfois, elle force les intérimaires à poser des congés, sans solde ou des congés payés », détaille Laëtitia Gomez qui ne compte plus les litiges engendrés par ce type de contrat.

Des recours risqués pour les travailleurs

« Le problème est qu’ils n’osent pas se plaindre, de peur d’être blacklistés dans leur agence ou qu’on leur repropose plus d’emploi, alors des fois ils ferment les yeux », regrette Laëtitia Go- mez.

Il est risqué pour un travailleur intérimaire de dénoncer des manquements ou des abus, mais aussi de débrayer comme l’ont fait les employés du groupe PSA.

« Suite au débrayage à Rennes des 80 intérimaires, [les agences] mettent fin aux missions des intérimaires, donc on est en train de rencontrer les directions de Manpower, Adecco et Syner- gie ». Sur les 14 travailleurs qui ont débrayé à PSA Sochaux, quatre n’ont pas vu leur contrat renouvelé, alors qu’ils avaient été formés pour terminer la saison au sein de l’usine. Comme le résume la syndicaliste, c’est de cette manière que leur est enlevé leur droit à la grève.

« C’est quand ils n’ont plus rien à perdre, en se disant qu’ils vont trouver un emploi dans une autre agence, qu’ils parlent », déplore-t-elle. Mohammed Berrouigat fait partie de ces déses- pérés. Avoir eu recours à l’Inspection du travail est ce qui a selon lui mis fin à son contrat. « Ma mission s’est terminée au bout de 11 mois, alors qu’elle devrait durer 18 mois normalement », dit-il avec ressentiment. Cela fait deux mois qu’il ne travaille plus. Il s’est inscrit auprès de Manpower pour reprendre son ancien travail, comme convenu avec son responsable à l’usine.

La peur règne dans le monde de l’intérim.

Ceux qui, comme Mohammed Berrouigat, osent parler ne le font pas sans crainte de repré- sailles. « Ils m’ont fait comprendre que je ne travaillerais plus pour eux », s’emporte Mohammed Berrouigat. Afin de justifier son anonymat, Ahmed explique qu’il ne veut pas risquer de perdre des contrats. « Les intérimaires ne parlent pas, car ils ont peur de se faire virer. Les chefs d’atelier disent qu’ils peuvent partir s’ils n’aiment pas travailler », rapporte-t-il. Le roulement d’intérimaires est tel que chacun est remplaçable. Même chose avec les agences, que les intérimaires et leurs représentants syndicaux accusent de profiter de la précarité et de la popularité de leur statut.

Selon les données publiées en octobre 2017 du Baromètre de l’organisation Prism’emploi Professionnels du recrutement et de l’intérim, la création du nombre d’emplois intérimaires aurait augmenté de 12 % en 2017.

[1] Le prénom a été modifié.

Marine Caleb 27 octobre 2017

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26 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

estelada (révolution permanente)

argent

Etoile de la liberté. D’où vient le drapeau républicain catalan ?

S’il y a bien quelque chose qui a envahi les écrans télé et les photos illustrant les reportages sur la situation en Catalogne, c’est ce drapeau méconnu, agité dans toutes les manifestations : quatre bandes horizontales de couleur rouge sur fond or dominées par un triangle bleu, à gauche, frappé d’une étoile blanche.

Quelle est l’origine et la signification de la « Estelada blava », le drapeau républicain catalan ?

senyera

A l’origine il y a la « Senyera », l’un des plus vieux étendards connus en Europe, dont les origines remontent au Moyen-Âge. Il s’agit du drapeau à quatre bandes horizontales rouges sur fond jaune que l’on retrouvait derrière Carles Puigdemont, lors de ses déclarations officielles au « Palau », le Palais de la Généralité, ou au « Parlament ».

Selon certains chroniqueurs de la Renaissance, repris par la première vague du nationalisme romantique catalan de la fin du 19è, il y aurait, dans ce drapeau, le blason des premiers véritables souverains de Catalogne : le Roi de France aurait passé ses doigts, teints du sang du Conte de Barcelone blessé lors d’une bataille conjointe contre les Normands, sur son écu doré, conférant ainsi aux Contes de Barcelone leurs armoiries.

Le drapeau est remis en avant par le mouvement de renaissance culturelle catalan à la fin du 19è siècle qui tente de construire, de reconstruire et de réinventer, à partir du passé, un récit national. En 1932, lorsqu’est créée la Généralité, après la proclamation de la 2é République espagnole, c’est « La Senyera » qui est tout naturellement choisie comme drapeau officiel par Companys. Même si « La Senyera » est loin de représenter l’option la plus radicale du sépa- ratisme catalan, elle n’en sera pas moins bannie et interdite par les autorités franquistes jusqu’en 1979. Ce n’est qu’un an après l’entrée en vigueur du Pacte de la Moncloa que les autorités madrilènes accepteront de revoir flotter à Barcelone un drapeau catalan.

images

Beaucoup plus ouvertement indépendantiste, en revanche, et en rupture avec une légende dorée d’un catalanisme qui plongerait ses racines dans l’histoire médiévale, on trouve « L’Estelada ».

Le drapeau reprend les quatre bandes de « La Senyera » mais rajoute un triangle bleu frappé d’une étoile blanche. Apparu pour la première fois à la toute fin du 19è, il s’agit d’un renvoi explicite au drapeau indépendantiste cubain inspiré, quant à lui, du tricolore républicain fran- çais et des couleurs du drapeau des Etats-Unis, par opposition au drapeau monarchiste colonial.

La Havane, en effet, ne s’était libéré du joug impérial madrilène qu’en 1898, aux côtés de Puerto Rico et des Philippines. « L’Estelada », ou drapeau étoilé, est un rappel de ces volontaires catalans qui, au cours des terribles guerres de contre-insurrection menées par les Espagnols contre les Cubains, entre 1868 et 1878 et 1895 et 1898, prennent le maquis aux côtés des indépendantistes antillais.

Estelada_roja.svg

Au tournant des années 1960, avec la resignification de la question nationale au prisme d’une gauche plus militante et parfois ouvertement marxiste (processus que l’on retrouve du côté de l’Euskadi-Pays Basque avec l’adhésion de l’ETA aux « principes du socialisme » lors de sa seconde assemblée, en 1963), plusieurs groupes considèrent « L’Estelada Blava » comme trop réformiste, et proposent « L’Estelada Vermella » ou « Groga », où un triangle et/ou une étoile rouges remplacent le bleu et le blanc.

C’est aujourd’hui le symbole de la CUP, le courant de gauche radicale qui soutient la coalition Junts Pel Sì de Carles Puigdemont et d’Oriol Junqueras qui, en dépit du coup de force de Rajoy, ne s’est pas encore résolu à décréter, réellement, l’indépendance républicaine vis-à-vis de la couronne madrilène.

Ciro Tappeste mercredi 25 octobre

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Commentaire:

Années 1920, le président des USA Wilson ayant promis la liberté aux nations opprimées, les nationalistes des petites nations se dirent que c’était le moment! En réalité cela ne ne concernait que le démembrement de l’Empire autrichien: la Hongrie oui, l’Irlande non! ( Aujourd’hui: Yougoslavie oui!, Espagne non!) Les nationalistes bretons et basques se dotèrent donc, comme les catalans, d’un drapeau:

union-jack-flag-8x5  Basque

USA-Flag  DrapeauBreton

Le drapeau breton n’a rien à voir avec le nazisme qui fera fureur dans le mouvement breton 15 ans plus tard… Il n’est pas moins républicain que les autres!

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