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18 octobre 2019 ~ 0 Commentaire

euskadi 1936 (pùblico)

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Gudaris galiciens dans la guerre civile

Lorsque, début octobre 1936, les miliciens du bataillon Bakounine de la CNT s’installent à Amurrio pour occuper des positions sur le front de l’Alava, ils ne passent pas inaperçus auprès de la population locale, notamment avec l’accent galicien de nombreux soldats. Ils arrivent de Trintxerpe (Pasaia, Guipúzcoa) et viennent combattre les rebelles dans les montagnes et les villages de Guipúzcoa.

La présence de miliciens de Galice au sein de l’Euskadiko Gudarostea, ou armée d’Euskadi, n’est pas anecdotique.

Bien que nous ne puissions pas en préciser le nombre, ce chiffre dépasse probablement 2 000 soldats. En plus du bataillon Bakounine, la présence de galiciens dans certains des 75 bataillons des forces basques est notoire.

Le plus caractéristique, le bataillon Celte CNT n ° 6. Composé majoritairement de miliciens originaires de Galice, d’unités d’Alava et de Navarre qui se sont échappées du territoire ennemi au complet.
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Le 3 décembre 1936, le journal communiste Euzkadi Roja a présenté une demande de drapeau « portant quelque chose qui symbolise la région galicienne », une demande présentée par le capitaine Manuel Lampón Ríos (A Pobra do Caramiñal) et du lieutenant José Paz Davila (galicien, mais sans son lieu d’origine).
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Le bataillon disciplinaire d’Euzkadi accueille dans sa 1ère compagnie de nombreux galiciens. Il deviendra une compagnie de choc et donnera tout dans la bataille da Saibigain (7-15 avril 1937). La plupart sont des prisonniers de guerre et des déserteurs des forces fascistes, bien qu’il existe également des miliciens condamnés pour indiscipline d’autres bataillons de l’Euskadiko Gudarostea.
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Et il ne faut pas oublier la marine auxiliaire d’Euzkadi
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Une sorte de force navale de circonstance composée de bateaux de pêche armés d’artillerie. Environ 10% des hommes inscrits dans cette unité navale viennent de Galice. Leur travail est loin d’être simple, car ils doivent s’opposer à des navires de guerre supérieurs à tous les égards.
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Cependant, la valeur de ces hommes à la mer réduit le déséquilibre. Ainsi, devant Matxitxako (Bizkaia), Bou Nabarra s’impose le 5 mars 1937. Pendant plus d’une heure, il s’opposera courageusement au croiseur « Canarias » jusqu’à la fin. Le bateau est coulé et les membres d’équipage survivants sont faits prisonniers. Le Nabarra servira de cercueil au Pontevedres Antonio Álvarez Domínguez et au Mugardés Francisco Fernández García O Cubano.
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La Galice étant un territoire contrôlé par les fascistes depuis les premières phases du conflit, les combattants galiciens qui alimenteront les forces basques sont originaires de différentes zones industrielles d’Euskadi, où des galiciens se sont installés depuis le début du 20è siècle, attirés par la demande de main d’oeuvre.
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La nombreuse colonie galicienne dans le quartier de Trintxerpe (Guipúzcoa) est particulièrement remarquable. La pêche industrielle à la morue, initiée par la PYSBE (poissonneries et sécheries de morue espagnole) en 1927, fait appel à des centaines de marins des rias galiciennes, en raison de leur connaissance des techniques de pêche de cette espèce.
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Ils intéressent aussi les employeurs car ils n’ont pas d’organisation associative ou syndicale pouvant créer des conflits du travail. La situation va changer pour eux avec la proclamation de la Deuxième République en 1931. Les temps nouveaux invitent à participer à la lutte populaire pour obtenir les anciennes aspirations sociales ouvrières.
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Ainsi, au début de 1933, est né le Syndicat de l’Industrie de la Pêche et de ses Dérivés (FNIP), «Avance Marino» de la CNT. Dans ce syndicat, de nombreux travailleurs de la mer galiciens sont encartés et gagneront bientôt la réputation méritée d’éléments combatifs.
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Ce n’est donc pas un hasard si, dans les milieux réactionnaires de la bonne société de Saint-Sébastien, Trintxerpe était connue comme « La Mecque du soviet rouge ». De même, nous trouvons également des militants galiciens dans les syndicats contrôlés par l’UGT: l’Alliance Maritime et La Polar. Tous ces éléments combatifs constitueront en juillet 1936 des contingents de volontaires pour combattre, d’abord dans les affrontements à Donosti / San-Sébastian puis dans les montagnes.
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Le bassin minier de Biscaye est une autre zone d’attraction pour les galiciens, avec la rive gauche du Nervión: l’industrie lourde basque et le mouvement ouvrier y jouit d’une profonde implantation parmi les travailleurs.
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Des localités telles que Barakaldo, Sestao ou Muskiz, formeront de nombreux bataillons de l’UGT ou du Parti Communiste, où nous trouverons également des miliciens d’origine galicienne.
Enfin, une autre pépinière se trouve parmi les déserteurs et les civils qui ont fui la Galicie par la mer, sont passés par l’Armée franquiste et des prisonniers de guerre.
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La question des désertions crée de véritables maux de tête fascistes. La fréquence des évasions sur le front d’Alava amène le chef militaire de la province, à envoyer une lettre au quartier général de Burgos pour dénoncer ce qui l’inquiète énormément.
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Les désertions touchent principalement les soldats galiciens et catalans. L’armée se plaint « de la grande propagande cachée sur l’arrière ». La presse basque recueille quotidiennement les passages venant des lignes adverses, plaçant la Galice au premier rang des régions d’origine des évadés.Le 7 octobre 1936 naît le gouvernement d’Euskadi, présidé par le nationaliste José Antonio Aguirre et le 27 octobre 1936, au Journal officiel du Pays Basque, la militarisation des milices de volontaire fut  décrétée. Le 7 novembre 1936, l’armée d’Euskadi était officiellement née.
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Euskadiko Gudarostea commence à apparaître. Le gouvernement autonome naissant contrôle la province de Vizcaya dans toute son étendue, une petite bande de Guipúzcoa et le nord de la province d’Alava. Sur ce territoire, 40 000 hommes se lèvent, encadrés dans 75 bataillons d’infanterie, la marine auxiliaire, sans oublier l’artillerie, les chauffeurs …De nombreuses troupes du Guipuzcoa viennent de Galice et font partie du premier bataillon  CNT, Bakounine, placé sous le commandement d’Isaac Olmos, un anarchiste charismatique originaire de Valladolid. Leur première destination est le front d’Álava, où ils arrivent en octobre 1936.
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Le bataillon aura son baptême du feu le 5 décembre 1936, à l’occasion de l’offensive lancée le 30 novembre par le corps d’armée Euskadi sur la ville de Villarreal (Legutio, Álava).
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La troisième colonne dans laquelle le Bakounine est intégré, reçoit l’ordre de prendre le village d’Uzkiano. Sa conquête permettra la progression républicaine sur Izarra et Murgia. Une fois pris Murgia ouvre la route vers Vitoria. (…)
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16 Octubre, 2019 Sergio Balchada
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17 octobre 2019 ~ 0 Commentaire

loyalistes (huffington post)

gorilla

Qu’est-ce que le DUP, ce parti irlandais qui a les clés du Brexit ?

Farouchement conservateur et anticatholique. Le parti nord-irlandais DUP a infligé un nouveau sérieux revers au gouvernement britannique dans le cadre du Brexit.

C’est une petite formation au poids considérable pour le sort du Brexit. Encore une fois, l’ultra-conservateur Parti Unioniste Démocrate (DUP) ébranle les chances d’un accord avec son intransigeance et inflige ce jeudi 17 octobre la formation un sérieux revers à Boris Johnson auquel il est allié.

Depuis toujours eurosceptique, le DUP a voté pour le Brexit, contrairement à la population nord-irlandaise qui s’est exprimée à 56% contre. Avec seulement dix députés, ce parti et son inflexible patronne Arlene Foster ont montré qu’ils détenaient les clefs de la sortie de l’Union européenne.

En mars, c’est lui qui a conduit à l’enterrement de l’accord qu’avait négocié Theresa May et au départ de cette dernière. Malgré la menace d’un divorce sans accord dans deux semaines seulement, c’est encore non. Ce jeudi le DUP a refusé de soutenir le compromis qui semblait prendre forme à Bruxelles, rendant très hypothétique une adoption par le Parlement.

En cause à chaque fois, les mesures proposées pour éviter un retour d’une frontière physique entre la province britannique du Nord et la République d’Irlande, membre de l’UE.

Techniques (concernant le régime de TVA notamment), elles risquaient pour la formation unioniste, créée en 1971 par le pasteur fondamentaliste Ian Paisley, d’aboutir à un traitement différent de l’Irlande du Nord par rapport au reste du Royaume-Uni, voire à une réunification de l’Irlande, le cauchemar des unionistes.

Boris Johnson n’avait pas ménagé ses efforts pour les convaincre, promettant un “New deal” économique pour l’Irlande du Nord et recevant quotidiennement les représentants du parti cette semaine.

Leur soutien est indispensable, d’autant que le Premier ministre a perdu sa majorité à Westmin-ster et doit se battre pour chaque voix. Surtout, leur feu vert devrait convaincre la cinquantaine de “Brexiters” les plus durs du parti conservateur, réunis dans le groupe ERG.

Avortement et mariage gay

Violemment anticatholique avant le tournant des années 2000, le DUP avait refusé toutes les discussions proposées pour sortir du conflit dans les années 1970, 1980 et 1990. Il s’était égale-ment opposé aux Accords du Vendredi saint, adoptés largement par référendum en 1998, qui ont mis fin aux Troubles, liés au conflit entre catholiques nationalistes et protestants unionistes, ayant fait plus de 3 500 morts en trente ans.

C’est pourtant en vertu de ces accords qu’il partage le pouvoir pour gouverner la province avec son ennemi juré, le parti républicain Sinn Féin.

Au plan sociétal, le DUP est ultra-conservateur: il refuse le moindre assouplissement de la législation sur l’avortement, interdit en Irlande du Nord sauf en cas de danger de mort pour la mère.

En 1977, il n’avait pas hésité à lancer une campagne baptisée “Sauver l’Ulster de la sodomie” pour combattre la dépénalisation de l’homosexualité. Et il s’est évidemment opposé au mariage pour tous, autorisé partout ailleurs au Royaume-Uni ainsi qu’en République d’Irlande. Des élus ou ex-élus du DUP, adeptes de courants créationnistes comme la Caleb Foundation, se sont aussi prononcés pour la peine de mort et ont mis en doute le changement climatique.

Premier parti d’Irlande du Nord même s’il a perdu du terrain aux élections de 2017, le DUP est dirigé par Arlene Foster, dont le père, un policier, avait reçu une balle dans la tête pendant les Troubles, cible des paramilitaires de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), attaque à laquelle il avait survécu.

Un scandale a provoqué l’éclatement du gouvernement nord-irlandais en janvier 2017. Depuis, le DUP et le Sinn Féin n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur une nouvelle coalition et les affaires courantes sont gérées par Londres.

17/10/2019

https://www.huffingtonpost.fr/

Commentaire:

En Irlande du Nord, il n’y a ni Labour ni Conservateurs. La gauche vote Sinn Fein ou SDLP et la droite autrefois pour les Unionistes modérés de l’UUP. Celui-ci ayant fait faillite, c’est le DUP qui le remplace. Or le DUP est proche des milices « loyalistes » qui terrorisaient les civils catholiques pendant les « troubles ». Il n’est pas « unioniste » ordinaire comme les « orangistes » qui paradent dans les quartiers catholiques.

Lire aussi:

Parti Unioniste d’Ulster (Wikipedia)

Unionisme en Irlande (Wikipedia)

Loyalisme d’Ulster (Wikipedia)

Parti Unioniste Démocrate (Wikipedia)

Le Processus de Paix

 

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17 octobre 2019 ~ 0 Commentaire

rébellion vétérans (the guardian)

vieux

Comment les personnes âgées sont devenues les héros d’Extinction Rebellion

C’est une génération qui regroupe les anciens combattants de Greenham (anti missiles US), de la grève des mineurs et de la Poll Tax (Thatcher) et des mani-festations anti-guerre en Irak  et, sans avoir à s’inquiéter pour leur CV , ce sont des «arrêtables» parfaits.

La protestation touchent l’opinion lorsque les militants ont l’air aussi ordinaires que possible, comme les pelotons de grands-parents qui grossissent les rangs d’Extinction Rébellion.

Les caméras recherchent le pittoresque – le stéréotype du jeune à dreadlocks, qui permet à la presse de droite de rejeter l’énorme soulèvement mondial comme « n’étant pas des gens comme nous ».

Mais tous ceux qui participaient à la marche de Londres de samedi ou aux manifestations de cette semaine, ont vu à quel point la grande majorité d’entre eux sont des «gens normaux» non photogéniques de tous âges, avec des bataillons de retraités. Il n’y a pas non plus beaucoup de groupuscules d’extrême gauche pour détourner un puissant événement grand public.

Lorsque Boris Johnson les a qualifiés de «hargneux peu coopératifs», il ne parlait probablement pas des personnes âgées. Et il a fallu que son père, Stanley, rejoigne la Rébellion aux côtés du flot des retraités arrêtés jour après jour.

C’est le rabbin Jeffrey Newman, âgé de 77 ans, agenouillé dans Lombard Street, en face de la Banque d’Angleterre qui lui a volé la vedette. L’interdiction générale de toutes les manifestations à Londres a été totalement ignorée par les contingents des anciens.

Les anciens sont souvent les plus expérimentés, avec des médailles pour le prouver: Aldermaston était ma première marche, âgée de 14 ans. Plus tard, sont venues les manifesta-tions anti-guerre du Vietnam. Cette génération regroupe aussi des vétérans de Greenham, de la grève des mineurs, de la Poll Tax de Thatcher et des manifestations anti-guerre en Irak.

Des centaines de personnes dans les 70 ans et certaines dans les 90 ans – une génération des années 1960 aguerrie – ont été arrêtées dans le monde entier lors de ces manifestations d’urgence climatique.

Il s’agit de la cohorte des retraités la plus en forme, non seulement en mesure de s’asseoir dans la rue, mais également de se relever. Ce sont les meilleurs «arrêtables»  sans enfants, et avec pension.

Ils n’ont pas besoin de s’inquiéter des CV niqués, ni du casier judiciaire, rien à perdre. La police, (en Angleterre peut-être blog) craint de traîner les personnes âgées dans la rue. En outre, c’est un devoir pour une génération culpabilisée: « C’est nous qui avons brûlé le carbone, avons mis le plastique dans la mer et avons souillé l’air de ceux qui viendront après ».

Polly Toynbee mar 15 oct 2019

https://www.theguardian.com/

Lire aussi:

Que faire avec Extinction Rebellion ? (Anti-k)

 

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16 octobre 2019 ~ 0 Commentaire

rené vautier (trignac)

vauquier rene

Deux jours d’hommage à travers conférences et concerts.

Projection de documents iconographiques et filmés qui parcourent l’époque dure mais très riche et très vivante où René Vautier témoignait par ses films des guerres coloniales, des luttes sociales, de l’impressionnant réveil culturel breton, sans oublier les côtés festifs et créatifs des années 1960-1980.

Programme :

Vendredi 8, Trignac :

Salle des Fêtes René Vautier
- Inauguration et Conférence-débat Inauguration de la salle des fêtes René Vautier  18h.
- Conférence-débat à partir du film « Quand tu disais Valéry » Table ronde en présence Guy Jaques, Nicole Le Garrec, Jean-Louis Le Corre, François Arvor à 20h.

Samedi 9, Trignac :

Salle des Fêtes René Vautier
- Projection du documentaire « Afrique 50 » et  « La Folle de Toujane » 10h.
- Conférence sur l’œuvre de René Vautier, à travers ses luttes anticolonialistes et son combat en Bretagne. Avec Olivier Caillebot, J.Monnier et Hubert Chémereau  15h.
- Concert de Gilles Servat à 18h.

Renseignements : Centre Culturel Lucie Aubrac – 02 40 90 32 48 – centre-culturel@mairie-trignac.fr – www.mairie-trignac.fr

En partenariat avec la Cinémathèque de Bretagne, l’ Agence Culturelle Bretonne ACB44, le CCP, le CREDIB, la Mairie De Trignac et le Département de Loire-Atlantique

https://acb44.wordpress.com

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16 octobre 2019 ~ 0 Commentaire

équateur (the guardian)

3500

Equateur: la victoire douce-amère des manifestants autochtones 

Huit personnes ont été tuées au cours des 12 jours de manifestations qui ont pris fin après la conclusion d’un accord avec le président de l’Équateur visant à rétablir les subventions au carburant.

Quelques heures à peine après la signature d’un accord mettant fin à la plus grande agitation politique de l’Équateur, des milliers d’autochtones, accompagnés d’étudiants volontaires et de résidents locaux, sont descendus dans les rues de Quito pour nettoyer la ville. Les équipes ont traversé le parc El Arbolito, encore jonché de pneus enflammés et de dalles de pavage qui avaient servi de barricades.

Au cours de 12 jours de manifestations souvent violentes, le parc a été l’un des points de ralliement de milliers d’équatoriens autochtones qui ont convergé vers Quito depuis les Andes et l’Amazone.

Les manifestations ont pris fin dimanche soir lorsque le président de l’Équateur, Lenín Moreno, a accepté de rétablir les subventions sur les carburants et de révoquer un programme d’austérité controversé soutenu par le FMI. Cet accord a mis fin à près de deux semaines de bouleverse-ments au cours desquelles violences, pillages et vandalisme ont eu lieu, ainsi qu’une lourde intervention policière qui a fait huit morts, plus de 1 300 blessés et près de 1 200 personnes arrêtées, selon le bureau du défenseur des droits humains du pays.

L’image des peuples andins et amazoniens – pour la plupart vêtus de leurs vêtements traditionnels – célébrant l’accord était un puissant exemple de la force du mouvement indigène en Équateur – et rappelait qu’il a contribué à renverser à maintes reprises les présidents du pays.

Mais la mort de huit manifestants, dont le dirigeant indigène Inocencio Tucumbi, a rendu le triomphe doux-amer pour beaucoup. «Je crois que la paix a triomphé», a déclaré Patricia Gualinga, de la communauté amazonienne Kichwa de Sarayaku. «Mais je me sens un nœud dans la gorge avec la mort de frères autochtones. Il y a beaucoup de douleur à guérir et le gouvernement devrait en être conscient », a-t-elle déclaré.

Il y a quelques jours à peine, le centre-ville de Quito ressemblait à une zone de guerre: des gaz lacrymogènes dans les airs, des combats acharnés entre la police anti-émeute et les manifes-tants se déroulaient au milieu de barrages routiers en flammes tandis que des explosions résonnaient dans la ville.

Certains manifestants étaient encapuchonnés et armés de bâtons et de lance-pierres, d’autres étaient des femmes autochtones vêtues de jupes, tous indignées par la décision de Moreno de mettre fin aux subventions au carburant.

Cette décision a entraîné une hausse d’un tiers du prix de l’essence et de plus du double du prix du diesel, ce qui a entraîné une hausse des coûts de la nourriture et des transports dans l’économie dollarisée du pays.

« Le mouvement autochtone est un acteur puissant en Équateur depuis les années 1990″, a déclaré Mario Melo, avocat au centre des droits de l’homme de l’université catholique de Quito.
Les manifestations indigènes ont joué un rôle central dans le renversement de plusieurs présidents équatoriens, notamment Abdalá Bucaram en 1997, Jamil Mahuad en 2000 et Lucio Gutiérrez en 2005.

«C’est le seul mouvement capable de paralyser le pays – et le courage de faire face à ces mesures économiques», a-t-il déclaré, qui a touché les plus pauvres.  Jaime Vargas, dirigeant de la confédération indigène de l’Équateur Conaie,  dissocie ses partisans des hommes masqués qui ont attaqué deux chaînes de télévision et le principal journal El Comercio, ainsi que des journalistes couvrant les manifestations. Les incendiaires ont également visé le bâtiment du ministère de la justice.

« C’est extrêmement curieux de constater que c’est le seul bâtiment de l’état totalement détruit par le feu », a déclaré le ministre José Valencia, contenant des archives concernant des accusations de corruption à l’encontre de l’ex-président Rafael Correa.

Moreno a accusé « des forces obscures » dirigées par son prédécesseur, l’ancien président Rafael Correa, et le chef du Venezuela, Nicolas Maduro, ainsi que « des trafiquants de drogue et des gangs de citoyens étrangers violents ». La ministre de l’Intérieur, María Paula Romo, a annoncé mardi l’arrestation de 57 étrangers. pendant les troubles.

Correa, qui a gouverné l’Équateur entre 2007 et 2017 et vit maintenant à Bruxelles, a nié être à l’origine des troubles, bien qu’il ait appelé Moreno à se retirer et envisagé la possibilité de se porter candidat lors de nouvelles élections.

Mais le mouvement indigène a peu d’affection pour Correa qui, au cours de sa décennie au pouvoir, a interdit les manifestations, emprisonné les dirigeants indigènes et réprimé les manifestations contre le forage pétrolier et l’exploitation minière sur le territoire ancestral des autochtones.

Santiago Basabe, politologue à l’Institut latino-américain de sciences sociales à Quito, a déclaré que le mouvement indigène avait considérablement renforcé son capital politique. Mais il a noté qu’il avait été « absolument intransigeant », ne laissant aucune alternative au gouvernement pour restructurer des dettes énormes, principalement envers la Chine.

Les nationalités autochtones de l’Équateur ne représentent qu’un dixième de la population de l’Équateur (16 millions d’habitants), mais elles ont montré qu’elles constituaient une force politique trop puissante pour être ignorée. Mais leur triomphe, a déclaré Gualinga, «a été payé avec des vies autochtones. Comme dans toute notre histoire.  »

Mer 16 oct 2019 Dan Collyns in Quito

https://www.theguardian.com/

Lire aussi:

Was this indigenous leader killed because he fought to save Ecuador’s land? (The Guardian)

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13 octobre 2019 ~ 0 Commentaire

enragé (journal d’un antifa)

revolution

Face à Robespierre, je suis un «enragé» 

Pour une nouvelle conjuration des Egaux

« La liberté n’est qu’un vain fantôme quand une classe d’hommes peut affamer l’autre impunément. L’égalité n’est qu’un vain fantôme quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable » (Jacques Roux, Manifeste des enragés, discours prononcé devant les députés de la convention nationale le 25 juin 1793)

Evoquons un mouvement peu connu de l’histoire de la révolution française, puisque  beaucoup s’y réfèrent volontiers à gauche, mais ne semblent pas le connaître, ou du moins très imprécisé-ment. Parmi les figures bien connues de cette période, la figure de Robespierre a ces  dernières années été portée symboliquement aux nues par la gauche radicale comme un étendard, Mélenchon en tête.

Je ne me reconnais pas dans cette figure révolutionnaire pour plusieurs raisons.Tout d’abord, c’est un membre de la bourgeoisie, avocat, et figure emblématique des Jacobins, dont la politique du Comité de Salut Public conduira à la dictature et à la Terreur, avec l’élimination des opposants (dantonistes, hébertistes) et les grands procès du printemps 1794.

Et je préfère mille fois m’identifier à ceux qu’on a cru bon autrefois d’affubler du titre méprisant d’enragés, un mouvement bien moins connu, et qui pourtant illustre bien davantage à mes yeux et selon mon positionnement personnel l’esprit de révolution. Par la grâce de cet extrait de Daniel Guérin que j’ai mis un peu de temps à retrouver, voici  pourquoi il me parle tant :

Extrait de « La révolution française et nous » de Daniel Guérin :

«Ceux que leurs adversaires affublèrent du nom d’ «enragés» : Jacques Roux, Théophile Leclerc, Jean Varlet, furent en 1793 les interprètes directs et authentiques du mouvement des masses; ils furent, comme n’hésita pas à l’écrire Karl Marx, «les représentants principaux du mouvement révolutionnaire».

A ces trois noms doit être attaché celui de Gracchus Babeuf.

Il ne s’associe certes que partiellement au mouvement des enragés. Il devait être davantage leur continuateur qu’il ne fut leur compagnon de lutte. Tous quatre étaient des révoltés. Tous quatre avaient partagé la grande misère des masses. Au nom de ce peuple qu’ils côtoyaient tous les jours, les enragés élevèrent une protestation qui va beaucoup plus loin que les doléances des délégations populaires.

Ils osèrent attaquer la bourgeoisie de front. Ils entrevirent que la guerre – la guerre bourgeoise, la guerre pour la suprématie commerciale – aggravait la condition des bras-nus ; ils aperçurent l’escroquerie de l’inflation, source de profit pour le riche, ruineuse pour le pauvre.

Le 25 juin 1793, Jacques Roux vint lire une pétition à la barre de la Convention: « La liberté n’est qu’un vain fantôme quand une classe d’hommes peut affamer l’autre impunément. La république n’est qu’un vain fantôme quand la contre-révolution s’opère de jour en jour par le prix des denrées auquel les trois quarts des citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes. »

Les enragés eurent le mérite incontestable, face aux montagnards enfermés dans le légalisme parlementaire, de proclamer la nécessité de l’action directe. Ils eurent aussi le courage de s’attaquer aux réputations établies, à la plus haute, à celle à laquelle il était le plus dangereux de toucher. Ils osèrent s’en prendre à l’idole populaire qu’était Robespierre. Théophile Leclerc rangeait ce dernier parmi les «quelques despotes insolents de l’opinion publique».

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Claire Lacombe

Jacques Roux dénonçait prophétiquement «les hommes mielleux en apparence, mais sanguinaires en réalité». (…) La Société des Femmes Révolutionnaires de Claire Lacombe poussa la témérité jusqu’à appeler Robespierre: «Monsieur Robespierre», injure impardon- nable à l’époque. (Résumé)

http://journal d’un antifa/

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01 octobre 2019 ~ 0 Commentaire

chine 1949 (révolution wiki-rouge lo)

chine

La révolution chinoise de 1949

70 ans plus tard, la République « Populaire » de Chine est un Etat capitaliste et même une puissance impérialiste.

Une semi-colonie

Au début du 20è siècle, la Chine est un pays très arriéré. De riches propriétaires terriens domi-nent l’économie et la société rurale. 10 % de la population possède près des deux tiers des terres. Les paysans pauvres sont contraints d’emprunter régulièrement aux grands propriétaires, à des taux d’intérêt pouvant atteindre les 150 %. Et quand le paiement ne vient pas, à cause d’une mauvaise récolte, le grand propriétaire peut saisir les terres.

Ce tyran local est aussi, souvent, le représentant officiel du pouvoir central. Il peut organiser de véritables milices chargées de faire régner l’ordre, son ordre. Ruinés, de nombreux paysans rejoignent alors ce tiers de la population chinoise qui ne possède aucune terre et qui est obligé de se louer comme ouvrier agricole pour des salaires de misère – ou d’émigrer vers les villes pour y chercher du travail.

A la fin du 19è siècle, un embryon d’industrie moderne s’est développé dans les villes côtières, sous le contrôle des impérialismes européens, américain et japonais. Ceux-ci exploitent la main d’œuvre à bas prix qui fuit les campagnes et vient former une classe ouvrière peu nombreuse : quelques millions sur près d’un demi-milliard d’habitants.

Dans les deux premières décennies du 20è siècle, cette jeune classe ouvrière se développe et commence à s’éveiller, politiquement. En 1920, un Parti Communiste Chinois (PCC) est fondé. Il s’inspire de la révolution russe de 1917. Le mot d’ordre de « révolution agraire » lui fournit une arme puissante pour se lier aux millions de paysans plongés dans la misère la plus noire.

La révolution chinoise et le stalinisme

Cependant, l’ascension du PCC, au début des années 20, côtoie un autre processus : la dégénérescence de la révolution russe. La bureaucratie stalinienne ressuscite la vieille théorie des « étapes ».  Dans les pays peu industrialisés, comme la Chine, la direction de la révolution  doit revenir à la « bourgeoisie nationale ». Charge à elle de prendre le pouvoir et de développer une société capitaliste moderne, dans laquelle les communistes pourront ensuite préparer la révolution socialiste.

Cependant, la soi-disant « bourgeoisie nationale » est complètement liée à la grande propriété terrienne et aux puissances impérialistes. Elle est donc incapable de réellement les combattre. En fait, elle est même objectivement poussée à les défendre. Lorsqu’en 1927 une vague révo-lutionnaire déferle et menace à la fois l’impérialisme et les grands propriétaires terriens, le KMT se retourne contre les ouvriers et les paysans pauvres. Des milliers de communistes sont massacrés. Les survivants fuient alors les villes pour mener une guérilla.

D’alliances provisoires en rupture du « Front Uni » formé face à l’invasion japonaise de 1937, la situation reste globalement la même durant toutes les années 1930 et pendant la Deuxième Guerre mondiale. Après, tout est en place pour que la guerre civile reprenne, en Chine, entre communistes et nationalistes.

La deuxième guerre civile

Tchang Kaï-chek (chef nationaliste) déclenche une nouvelle guerre civile en 1946. Il y est poussé par les grands propriétaires terriens, qui sont terrifiés par les souvenirs de la révolution de 1925-1927, et sont hostiles à toute réforme, aussi limitée soit-elle. Le KMT lance donc une offensive militaire tous azimuts contre les communistes.

Placé devant la menace, le PCC est contraint de brandir l’étendard de la révolution agraire pour mobiliser la paysannerie. Un programme de partage des terres des plus riches propriétaires – et uniquement des plus riches – est adopté, pour une alliance avec la « bourgeoisie nationale progressiste », qu’il ne faudrait pas effrayer en s’attaquant à tous les grands propriétaires terriens.

Malgré son caractère limité, ce programme rencontre un immense écho. Un mouvement révolu-tionnaire des paysans pauvres émerge dans le nord de la Chine. Il dépasse complètement les cadres fixés par le parti. Des milices paysannes se forment spontanément, liquident les grands propriétaires terriens, puis partagent leurs terres entre paysans pauvres. Le PCC doit lutter pour reprendre le contrôle de ce mouvement qui, dès lors, lui fournit une base de soutien massive, et qui se révélera invincible.

Les armées de mercenaires du KMT fondent comme neige au soleil face à l’hostilité générale de la population. A l’inverse, chaque fois que le PCC et son Armée Populaire de Libération (APL) conquièrent un territoire, ils y distribuent la terre aux paysans pauvres. Dès lors, l’APL ne cesse de croître. Elle prend une à une toutes les grandes villes du nord du pays, puis conquiert en 1949 toute la Chine continentale. Tchang Kaï-chek s’enfuit sur l’île de Taïwan et se place sous la protection de la marine américaine.

A l’époque, cette situation est complètement inédite. Le parti communiste qui vient de prendre le pouvoir ne s’est pas appuyé sur la classe ouvrière, mais sur une armée de paysans pauvres.  La majorité de la bourgeoisie fuit à Hong Kong ou à Taïwan (en emportant avec elle ses capitaux) ou reste sur place pour saboter l’économie.

L’Etat qui sort de cette révolution n’est pas la démocratie ouvrière. Il est, au contraire, calqué sur la Russie stalinienne, avec ses camps, sa police politique et ses déportations. D’emblée, il s’agit d’un Etat ouvrier déformé par la bureaucratie.

De cette déformation initiale découlera la restauration du capitalisme – à l’initiative de la bureaucratie elle-même. C’est chose faite, 70 ans après la révolution de 1949, bien que l’actuelle dictature bourgeoise se revendique du maoïsme. Tôt ou tard, ce masque sera déchiré par l’immense classe ouvrière chinoise. (Résumé)

1 octobre 2019 Jules Legendre
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KMT Kuomintang
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13 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

inde (essf)

cpi inde

Inde : la gauche est en difficulté

Des mouvements paysans organisant la marche de dizaines de milliers d’agriculteurs sur plusieurs jours, aux mobilisations de centaines de milliers de Dalits dénonçant les discrimina-tions dont ils sont victimes, en passant par les mouvements contre les déplacements de popu-lation liés à la construction de grands barrages hydroélectriques, le paysage indien des luttes sociales se distingue par sa diversité et son énergie. Ces mobilisations autour de causes précises essaiment à travers le pays.

Pourtant, dans un pays qui abrite plus du tiers des pauvres de la planète, ce dynamisme des mouvements sociaux ne signifie pas que la gauche est forte. Ni ces luttes, ni les mobilisations syndicales et partisanes ne parviennent à peser suffisamment pour conquérir une meilleure protection juridique des travailleurs, l’accès universel à des services publics: éducation, santé,  une meilleure redistribution de la valeur ajoutée. En écho aux interrogations de Werner Sombart sur l’absence de socialisme aux États-Unis, on peut s’interroger sur les raisons de cette faiblesse de la gauche dans le sous-continent.

Une gauche forte après l’Indépendance

Au moment de l’indépendance, en 1947, localiser la gauche sur la scène politique indienne était relativement simple. On la trouvait pour partie au sein même du Congrès national indien (CNI), parti-parapluie dont le courant socialiste s’émancipa progressivement. Nehru, qui fut premier ministre jusqu’en 1964, ne cessa jamais de clamer son attachement à cette famille politique, tout comme sa fille Indira Gandhi.

À l’extérieur du Congrès, la gauche était représentée par le Parti Communiste Indien (CPI), en proie au factionnalisme depuis sa naissance dans les années 1920. Mais dès 1957, le CPI remporte les élections régionales dans le petit État côtier du Kérala et en 1967, devenu CPI (M),  il émerge comme un parti majeur à l’autre bout du sous-continent, au Bengale occidental.

Dans cet État, la même année, des ouvriers agricoles du district de Naxalbari s’emparent des terres pour une distribution plus équitable. Le projet politique de ceux qu’on appellera bientôt les naxalites est maoïste : il s’agit de mettre fin, par les armes, au « système parlementaire fraudu-leux, semi-colonial et semi-féodal » pour le remplacer par une « dictature démocratique populaire ».

Les assassinats politiques se multiplient à Calcutta où l’on assiste, années 1970, à l’instauration d’une spirale de violence entre le « terrorisme urbain » des insurgés et sa répression impitoyable par la police et par l’armée. Le mouvement naxalite passe alors dans la clandestinité et se déplace vers les régions du centre de l’Inde, où il survivra jusqu’à une nouvelle phase de développement dans les années 2000.

Quant au CPI (M), après quelques années d’hésitation, il fait le choix du réformisme et de la démocratie parlementaire. Il remporte les élections en 1977 et va dès lors gouverner sans partage le Bengale occidental, au sein d’un Front de Gauche dont les plus grands succès seront une réforme agraire et une pratique de la décentralisation.

Au Kérala, où le Front de Gauche alterne au pouvoir avec une coalition dominée par le Congrès, la principale victoire du CPI (M) est le haut niveau de développement humain de cet État, qui doit beaucoup au maillage associatif serré de la société kéralaise du fait d’une forte tradition de mobilisation, tirée par les partis politiques et les syndicats mais aussi par les organisations religieuses, de caste et autres ONG.

La lente fragmentation idéologique de la gauche indienne

Situer la gauche sur l’échiquier politique indien devient beaucoup plus compliqué à partir des années 1980. Le BJP, parti de la droite nationaliste hindoue, s’impose progressivement comme l’autre parti pan-indien, à côté du Congrès.

D’autre part, apparaissent des partis dits « régionaux » à la politique limitée au périmètre régional. La compétition politique atteint alors un niveau inédit, puisqu’il devient de plus en plus difficile de gouverner dans les États, puis au Centre, sans ces partis. La « politique identitaire », renvoie au phénomène de mobilisation autour des identités de région, de caste et de religion.

Pour autant, plusieurs d’entre eux se réclament de penseurs politiques qui sont clairement, de gauche. Ces partis s’éloignent cependant bien vite de leur inspiration plus ou moins réformiste dans leur pratique du pouvoir.

Même si tous affirment vouloir lutter contre la pauvreté, ce sont les identités de caste ou de culture qu’ils mettent en avant. La caste s’est en effet révélée d’une redoutable efficacité sur le plan électoral. Aujourd’hui tous les partis politiques s’emploient à mobiliser certaines castes pour gagner les élections.

Au début du 21è siècle, seuls les naxalites placent encore la lutte des classes au centre de leur projet et de leur action.

Le mouvement maoïste consolide alors sa présence dans les régions tribales du centre de l’Inde, où il défend les droits de ceux que l’on appelle adivasis (indigènes) sur des forêts très convoitées par l’industrie minière car leur sous-sol est parmi les plus riches du pays.

On parle d’un « couloir rouge » qui couvrirait un tiers des districts du pays, au point qu’en 2009 le ministre de l’Intérieur du gouvernement central (dirigé par le Congrès) considère le mouve-ment comme la « principale menace à la sécurité nationale », et attribue aux maoïstes le statut d’organisation terroriste, avant de déployer l’armée, à l’appui des milices locales, dans les régions concernées.

L’une des raisons pour lesquelles les forces de gauche ont tant de mal à faire entendre leurs revendications tient aussi à la faiblesse structurelle du syndicalisme, qui n’est jamais parvenu à instaurer un rapport de force entre capital et travail. Au moment de l’indépendance les milieux d’affaires dénoncent les revendications exagérées des travailleurs et la multiplication des mouvements de grève. Les syndicats qui acceptent d’abandonner la stratégie du rapport de force au profit de la participation.  Bien que se réclamant d’un État socialiste, le gouvernement du Congrès dirigé par Nehru a très tôt pris le parti du capital contre celui du travail.

L’importance du secteur informel et la taille réduite du secteur industriel organisé rendent d’emblée difficile toute organisation et coordination de la part des travailleurs. Il n’y a donc pas eu, en Inde, de « moment social-démocrate ». « Le mouvement ouvrier n’a pas été en mesure de soutenir un parti de classe ancré à gauche » . Les syndicats n’ont pu trouver d’appui politique que dans les États du Kérala, du Bengale-Occidental et du Tripura, où le Parti Communiste a longtemps été au pouvoir.

Aujourd’hui la capacité des travailleurs à peser est plus faible que jamais. Les dernières grandes grèves remontent à 1982 quand, pendant près de 18 mois, plus de 250 000 travailleurs du textile de Bombay ont cherché à obtenir de meilleures conditions de travail.

La grève s’est tragiquement soldée par la fermeture des usines et leur délocalisation dans d’autres États du pays. Après les vagues de libéralisation de l’économie en 1991, les réformes fragilisant les droits des travailleurs sont de plus en plus nombreuses, comme le « Small Factories Bill » qui exempterait les usines de moins de 40 employés de nombreuses régulations des conditions de travail.

La grève générale du 2 septembre 2016 a eu beau mobiliser plus de 150 millions de travailleurs et porter des revendications originales concernant la régulation du secteur informel, elle n’a duré qu’une journée et n’a pas conduit à un renouveau du mouvement social.

L’ovni AAP

Dans ce contexte de dissolution de la gauche et de criminalisation de la politique, un parti atypique a pu sembler, au cours des dernières années, offrir une réponse nouvelle en faveur de la justice sociale.

L’Aam Aadmi Party (AAP – Parti de l’homme ordinaire), issu du mouvement de lutte contre la corruption qui a secoué les grands centres urbains en 2011, a été créé en 2012 pour, selon les mots de ses fondateurs, « nettoyer la politique de l’intérieur » parce que « l’Inde a besoin d’une révolution ».

Ce parti, qui se réclame de Gandhi et prétend régénérer la démocratie en développant la participation, a d’abord suscité méfiance et sarcasmes de la gauche marxiste, qui dénonçait la naïveté de sa posture « ni de droite ni de gauche », la myopie de son programme « anti-corruption », et l’élitisme de sa base sociale.

L’AAP remporte assez de sièges, lors des élections régionales de 2013, pour former le gouvernement du quasi-État de Delhi, il prouve qu’il est encore possible, en Inde, de mobiliser largement sur un programme non identitaire et de gagner des élections avec très peu d’argent. Il séduit alors une partie de la gauche indienne et parvient à mobiliser des leaders de la société civile contre le BJP en 2014. Ainsi des militants du mouvement anti-nucléaire ou de la campagne pour le droit à l’information concourent sous l’étiquette du AAP, tandis que par des tribunes médiatiques, des personnalités communistes expliquent leur ralliement .

En 2015 l’AAP gagne une deuxième fois les élections à Delhi, avec une participation électorale record qui lui vaut de remporter 67 sièges sur 70. Mais sa pratique du pouvoir se révèle particulièrement chaotique.

L’examen des politiques adoptées indique pourtant que le parti a fait des choix clairs : les services urbains de base sont sa priorité, et les plus pauvres sa cible privilégiée (gratuité de l’eau et prix bas de l’électricité pour les petits consommateurs, développement d’un réseau de dispensaires de quartier, application du Droit à l’éducation à travers la mobilisation des parents d’élèves dans les écoles publiques).

Mais le gouvernement central (dominé par le BJP) a systématiquement entravé la mise en œuvre et la publicisation de ces politiques, se livrant à un empêchement de fait de ce gouvernement régional.

L’asphyxie de la critique sociale

L’acharnement du BJP contre l’AAP, s’inscrit dans un ensemble de pratiques visant à l’étouffe-ment progressif des forces critiques. Celles-ci, nombreuses et diversifiées, constituent les soubassements de la démocratie indienne, mais subissent aujourd’hui un assaut sans précédent.

« Si l’on prend en compte les associations de castes, les groupes de demande, la politique des mouvements sociaux et les organisations non gouvernementales, on peut “lire” l’Inde comme ayant une vie associative omniprésente et extraordinairement active, peut-être l’une des plus participatives au monde ».

Mais le secteur non gouvernemental est aujourd’hui très affaibli : à la fin de l’année 2016, le ministère de l’Intérieur a refusé à quelques 20 000 ONG le renouvellement de la licence leur permettant de recevoir une aide financière de l’étranger.

Le climat dans lequel s’exerce le journalisme en Inde est devenu nettement hostile en 2017. La loi contre la sédition, héritée de la période coloniale, a en effet été utilisée pour intimider des journalistes. Cette police de la pensée est redoublée par le vigilantisme de milices émanant de la constellation des organisations de l’hindouisme radical.

La gauche indienne face au péril fasciste

Cette violence émane à la fois de l’État, à travers la police et la justice, et de la société civile, à travers les milices de la nébuleuse nationaliste hindoue comme celles des groupes de « Protec-teurs de la vache ». Elle se déploie sur la base d’accusations de visées « anti-nationales ». Elle est emblématique d’une montée en puissance de forces que l’on peut qualifier de fascistes.

La gauche indienne, sociologiquement fragmentée, idéologiquement divisée et aux ressources matérielles décroissantes, est donc de surcroît intimidée par la violence physique d’une droite conquérante dont le projet politique et culturel semble en passe de devenir hégémonique. Le sécularisme (laïcité)  indien, dénominateur commun des gauches indiennes, est plus affaibli que jamais.

Il est clair, aujourd’hui, qu’aucun mouvement politique, partisan ou non, n’offre de répertoire idéologique à même de faire converger les intérêts des Dalits, des musulmans, des femmes, des populations dites tribales, des ouvriers agricoles, de la petite paysannerie, des ouvriers de l’industrie, et des travailleurs du secteur informel.

Les revendications portées par ces différents groupes semblent les condamner à être en concur-rence les uns avec les autres, alors que beaucoup d’individus se situent au croisement de plu-sieurs d’entre eux et partagent largement une condition commune de victimes de l’exploitation économique.

Dans le contexte politique actuel, la lutte sans relâche contre la montée du fascisme constitue probablement la seule voie qui s’offre à la gauche pour tenter de retrouver une certaine unité et, surtout pour maintenir son influence sur l’Inde du 21è siècle. (Extraits)

Jules Naudet & Stéphanie Tawa-Lama Rewal, La vie des idées, 12 juin 2018

mardi 3 septembre 2019

http://alter.quebec/inde-la-gauche-est-en-difficulte/

http://www.europe-solidaire.org/

Commentaire:

Le PC indien sous l’emprise de l’Urss, a choisi l’Angleterre contre l’indépendance (et s’y opposant), laissant aux nationalistes le « leadership » contrairement à la Chine. Puis lors de la guerre Chine Inde, les PC ont soutenu l’un ou l’autre belligérant.

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12 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

pacte hitler-staline (lutte ouvrière)

hitler

Pourtant quelques temps avant…

Août 1939 : signature du pacte germano-soviétique

Le 23 août 1939, sous l’œil de Staline, Molotov, le ministre soviétique des Affaires étrangères, signait avec son homologue allemand von Ribbentrop le pacte germano-soviétique.

Cet accord de non-agression entre la dictature nazie et la bureaucratie soviétique était une nouvelle trahison du prolétariat international à la veille de la généralisation de la guerre.

En août 1939, la guerre avait déjà commencé, et pas seulement en Asie, où le Japon poursuivait sa conquête de la Chine. En Europe, Hitler avait annexé l’Autriche et la Tchécoslovaquie, avec l’aval des autres puissances européennes qui avaient signé avec lui les accords de Munich. Hitler s’apprêtait à lancer ses troupes contre la Pologne.

Ce fut la stupeur, lorsque le 24 août le monde apprit cette alliance entre l’URSS des bureaucrates et l’Allemagne nazie que Staline prétendait combattre. (…)

Le pacte était censé interdire pour dix ans toute action agressive contre l’un des co-signataires. Des clauses commerciales permettaient à l’Allemagne d’obtenir certaines matières premières (cuivre, pétrole) indispensables pour préparer la guerre. Ces fournitures continuèrent jusqu’en juin 1941, à la veille de l’offensive allemande contre l’URSS.

En signant un accord avec Staline, Hitler s’assurait que l’Allemagne n’aurait pas à se battre directement sur deux fronts comme lors de la Première Guerre mondiale.

Quant à la bureaucratie soviétique, pour prix de sa dernière ignominie, des clauses secrètes lui assuraient de recevoir une part de la Pologne. Son armée en envahit la partie orientale quinze jours après l’attaque d’Hitler à l’ouest. Puis Staline, avec la complicité d’Hitler, allait s’attaquer à la Finlande et annexer les pays Baltes.

L’accord comprenait aussi la coopération entre les polices politiques des deux pays, la Gestapo et le NKVD. En plus d’une lutte commune contre toute résistance en Pologne, il prévoyait l’échange de prisonniers entre geôliers : des antifascistes allemands réfugiés en URSS seraient renvoyés à leurs bourreaux, en échange d’opposants au régime de Staline arrêtés en Allemagne.

À la veille de la guerre, l’URSS était affaiblie. Staline avait fait exterminer à travers les grandes purges de nombreux cadres de l’Armée Rouge et déporté plus de 30 000 d’entre eux, accusés d’être des agents d’Hitler.

Dès 1935, fut signé l’accord Laval-Staline, un soutien à la politique de réarmement de l’impérialisme français par l’Union soviétique et par le PCF.

Les accords de Munich, en novembre 1938, avaient montré ce que pouvaient valoir des traités d’alliance, la France et la Grande-Bretagne acceptant de voir un de leurs alliés (la Tchécoslo-vaquie) dépecé à la demande d’Hitler. C’était la méthode des dirigeants des impérialismes repus pour lui indiquer qu’il avait les mains libres pour orienter ses conquêtes vers l’est.

En signant un accord avec Hitler, Staline pensait sans doute leur rendre la monnaie de leur pièce. Ce calcul ne négligeait qu’une chose : comment pouvait le comprendre le mouvement ouvrier international, et en particulier les communistes dans les camps de concentration en Allemagne ?

Dans le monde entier, les travailleurs conscients qui se sentaient encore solidaires de l’URSS et du mouvement communiste furent décontenancés par ce cynisme et se sentirent abandonnés face au danger de guerre mondiale.

En France, ce fut la stupeur et l’effarement dans les rangs du PCF. Quant à sa direction, prise au dépourvu, elle tenta de rassurer la bourgeoisie française alors que le parti se trouvait dans la situation de défendre la politique extérieure de l’URSS, opposée à celle de son propre impérialisme.

L’Humanité du 25 août proclama ainsi que les militants du PCF étaient prêts « à remplir leur devoir de Français dans le cadre des engagements contractés par leur pays ». Cet alignement derrière son propre impérialisme, confirmé par le vote des crédits de guerre le 2 septembre 1939, alors que la presse communiste était déjà interdite, ne suffit pas à sauver l’appareil.

Le PCF fut dissous fin septembre par le gouvernement.

Même du point de vue de la bureaucratie à la tête de l’URSS, le pacte germano-soviétique était en réalité un traité de dupes. Hitler en parlait lui-même comme d’un chiffon de papier. Comme l’écrivait Trotsky en juin 1940 à propos d’Hitler, « ses victoires à l’ouest ne sont qu’une gigantesque préparation pour un gigantesque mouvement vers l’est ».

Le traité germano-soviétique résumait le degré de dégénérescence des dirigeants staliniens, prêts à liquider toute apparence de politique révolutionnaire et à donner l’accolade à un Hitler, bourreau du mouvement ouvrier allemand, pour tenter de sauver leur propre peau. Il n’allait pas empêcher Hitler de déclencher la guerre contre l’URSS en juin 1941. (Résumé)

Gilles BOTI 11 Septembre 2019
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11 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

naomi klein (à l’encontre)

annees 20

Le nouveau livre de Naomi Klein, On Fire: The Burning Case for the Green New Deal, Simon & Schuster, septembre 2019.

Lynne Feeley: Le livre se concentre sur ce que vous appelez les «histoires profondes» qui interfèrent avec la volonté des gens de faire face à la crise climatique. Pouvez-vous nous parler de ces histoires et de la façon dont elles bloquent l’action climatique?

Naomi Klein: Il y a le discours économique du néolibéralisme, sur la façon dont les choses tournent terriblement mal quand les gens essaient de travailler ensemble et comment, si nous nous écartons du marché et le laissons faire sa magie, les avantages se répercuteront sur tous les autres. J’ai beaucoup écrit au fil des ans sur la façon dont l’orthodoxie du néolibéralisme, privatisation, déréglementation, faibles impôts, réductions des dépenses sociales, entre en conflit, très ouvertement, avec ce que nous devons faire face à la crise climatique.

Mais l’histoire la plus profonde concerne notre relation avec le monde naturel. Dans les pays coloniaux comme les Etats-Unis, le Canada (où je suis née) et l’Australie, les continents ont été «découverts» à un moment où l’Europe atteignait ses propres frontières écologiques, où elle avait abattu ses grandes forêts, où ses propres stocks de poissons s’étaient effondrés et où elle avait chassé ses grands animaux jusqu’à l’extinction.

Ces terres ont été imaginées comme une sorte d’Europe surdimensionnée. Si vous regardez comment les premiers explorateurs européens décrivaient cette corne d’abondance de nature qu’ils avaient trouvée, vous verrez que «nous ne manquerons plus jamais de nature».

Ainsi, l’idée d’une nature sans limites est ancrée dans l’histoire des pays coloniaux. Je pense que c’est la raison pour laquelle la résistance à l’action climatique est, à bien des égards, la plus forte dans ces pays. Ce n’est pas seulement une menace pour une vision du monde de droite qui pense que le marché a toujours raison, mais bien une menace fondamentale pour leur histoire nationale.

Les changements climatiques menacent les gens qui ont une vision du monde très rigide et fondée sur la domination. La vérité est que tous ceux qui ont grandi dans la culture occidentale avec ces récits ne s’en sont pas libérés. Je pense que nous devons déterminer quels sont les récits qui rendent difficile de vraiment comprendre que nous vivons une crise aussi profonde que celle dans laquelle nous sommes. Mais nous avons aussi besoin de nouvelles histoires pour sortir de cette crise, ou nous avons besoin d’histoires différentes, et certaines de ces histoires ne seront pas nouvelles du tout.

Vous écrivez qu’alors que la crise climatique met à nu la fiction de la mentalité coloniale, nous assistons à «une résurgence terrifiante des parties les plus laides et les plus violentes de ces récits coloniaux», dont l’éco-fascisme et l’ethno-nationalisme. Comment voyez-vous le lien entre la crise climatique et la résurgence du nationalisme blanc?

D’un côté, c’est très simple. Depuis la Seconde Guerre mondiale, nous avons maintenant plus de gens en mouvement que jamais. Les migrations massives vont devenir une réalité à l’ère des bouleversements climatiques qui nous attendent.

Les perturbations climatiques sont une cause directe de la migration, et aussi une cause indirecte de la migration, parce que les stress climatiques agissent comme un accélérateur dans de nombreux conflits armés. Dans de nombreux cas, elles se recoupent avec différentes formes de violence. Elles agissent comme un accélérateur. Le stress climatique aggrave les problèmes que vous rencontrez, ce qui incite souvent les gens à migrer.

Nous sommes confrontés à un choix très clair quant à la façon dont nous allons faire face à cette réalité. Allons-nous complètement ré-imaginer nos frontières? Allons-nous comprendre qu’il s’agit d’une crise qui a été créée dans le monde des riches et qui est ressentie d’abord et avant tout par les populations les plus pauvres de la planète? Allons-nous ouvrir nos bras et ouvrir nos frontières à d’autres personnes? Ou allons-nous fortifier ces frontières et nous contenter de dire que nous allons prendre soin des nôtres?

La montée de l’éco-fascisme nous dit ce que nous allons faire. Quand des milliers de personnes commencent à se noyer en Méditerranée, quand vous avez des gens enfermés dans des condi-tions abominables dans des camps de détention, que ce soit au Texas, en Libye, à Manus ou à Nauru [îles transformées par le gouvernement australien en camps de détention], il faut des théories pour justifier cette barbarie, des théories qui disent que la vie de certaines personnes vaut plus que d’autres et qui réaffirment cette hiérarchie brutale.

Ainsi, de la même manière que le racisme pseudo-scientifique est apparu comme un moyen de justifier la barbarie de l’esclavage et le vol de terres coloniales, nous sommes maintenant au milieu d’une résurgence de ces mêmes visions brutales du monde, pour justifier le sacrifice actuel et futur de la vie humaine face aux bouleversements climatiques.

Vous écrivez qu’à long terme, le changement climatique menace tout le monde, mais à court terme, «il discrimine».

NK: C’est effectivement discriminatoire. On parle parfois de Donald Trump comme d’un négationniste du changement climatique. Je ne pense pas qu’il nie l’existence du changement climatique. Il sait très bien qu’il y a des changements climatiques. Mais il croit que tout ira bien.

C’est pourquoi il se demande comment acheter le Groenland, pour profiter de la fonte des glaces pour s’approprier le pétrole et le gaz. Quelqu’un qui ne croit pas aux changements clima-tiques ne serait pas intéressé par le Groenland. Le Groenland ne l’intéresse que parce que la glace fond, ouvre des routes commerciales et libère des réserves de combustibles fossiles.

Certains vont très loin et imaginent installer une station spatiale, comme Jeff Bezos d’Amazon, ou des colonies sur Mars, et d’autres s’imaginent dans leurs demeures dorées, ici sur Terre, lorsque les eaux monteront. Je mettrais Trump dans la catégorie des demeures dorées. (Extrait)

http://alencontre.org/

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