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17 mars 2019 ~ 0 Commentaire

foulards rouges

michel

Réponse aux usurpateurs du Foulard Rouge ayant distribué des tracts hier matin à Lorient.

«Police, gendarmerie, République, même combat» et «touche pas à mon flic»
Figuraient parmi les slogans de la manifestation des prétendus « foulards rouges » à Paris il y a quelques semaines (Libération, 27 janvier 2019). Ces gens usurpent le foulard rouge.
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Ce foulard rouge a été donné aux insurgés kanaks de 1878 par Louise Michel. Versaillais d’hier et d’aujourd’hui, adulateurs des « forces de l’ordre », que cet ordre soit républicain, impérial ou vichyste, avec elles ils soutiennent le système capitaliste de chômage et de misère.
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ils soutiennent ceux qui éborgnent et mutilent les révoltés. Mais la révolte est là et elle persiste, car les rebelles n’ont rien à perdre, ils veulent pouvoir vivre dignement, comme Gilles Tautin (10 juin 1968), Pierre Beylot et Henri Blanchet (11 juin 1968), morts face à leurs forces de l’ordre « républicain » .
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Signé : un illettré de chez Gad

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17 mars 2019 ~ 0 Commentaire

montessori (questions de classe)

N-autre-ecole-De-Monteori-aux-neuro-sciences

On assiste aujourd’hui à une création exponentielle d’écoles privées hors contrat (+15% en 2018)

 En lien avec une récupération et un détournement des « pédagogies alternatives »

.Ce phénomène s’explique par la convergence entre trois mouvances distinctes, mais qui partagent un même rejet de l’école publique :

Une droite catholique galvanisée par le succès de la « Manif pour tous »,

Un courant néolibéral partisan du « libre choix » des familles et du marché scolaire, et

Un courant « écologique » cherchant à créer des îlots de pédagogie « bienveillante ».

Tous mettent en avant la « méthode­ » de Maria Montessori et les neurosciences.

L’enjeu est bien idéologique : il s’agit de jeter à bas l’idée même d’une école égalitaire et émancipatrice commune à tou·te·s les élèves, au profit d’une vision individualiste et vitaliste de « l’enfant » dont le développement se ferait spontanément, selon des « lois de la nature ».

Ce numéro hors série se propose non seulement d’examiner le phénomène, à travers ses réseaux et ses références pédagogiques, mais également de dénoncer ces offensives, au nom d’un service public de l’éducation, à réinventer autour des notions de bien commun et d’égalité.

https://www.questionsdeclasses.org/

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14 mars 2019 ~ 0 Commentaire

penn sardin (rennes 2)

rennes

Quand les Penn-Sardin chantaient la Bretagne

Les premières conserveries de poisson ouvrent sur les côtes bretonnes en 1860 ; les premières fermetures interviendront en 1960. Durant cent ans, ces usines vont être le lieu de travail de milliers de femmes qui vont y connaître des conditions pénibles mais aussi une certaine liberté et donc le début d’une émancipation.

C’est une tradition lointaine en Bretagne de conserver le poisson. Mais avec la découverte de l’appertisation au 18ème siècle puis l’essor de la fabrication des boites en fer blanc dans la deuxième moitié du 19ème siècle, le paysage prend de nouvelles couleurs. Dans les ports sardiniers implantés là où les sardines migrent d’avril à octobre, c’est-à-dire dans la baie de Douarnenez et celle d’Audierne, les conserveries se multiplient.

Plus de sous, plus de dentelles

A la fin du 19è siècle, Douarnenez compte 24 conserveries pour une population d’environ 8 000 habitant-e-s et Saint-Guénolé pour 3 à 4 000 habitant-e-s en compte 14. La sardine est un poisson fragile qu’il faut emboîter rapidement, une aubaine pour les industriels, mais aussi pour les familles pauvres que la terre ne suffit plus à nourrir. Malgré des conditions difficiles, l’usine est vécue comme un progrès pour celles qu’on appelle « les penn-sardin ».

De l’arrière-pays bigouden, les femmes et parfois les petites filles arrivent en nombre pour travailler à l’usine, tandis que les garçons s’embarquent sur les bateaux de pêche. « Ma grande-tante qui est née le 11 novembre 1918 – raconte Klervi Rivière – disait qu’à onze ans, elle était déjà à l’usine et comme ce n’était pas autorisé, elle devait se cacher lors des contrôles ! »

Elles disent qu’en principe, Klervi chante et Marie-Aline, sa mère, explique. En réalité, elles se répondent et se complètent, tout au long de la conférence chantée, parfois avec humour. Car si les conditions de travail des sardinières étaient terribles comme le rappellent les différentes grèves du début du 20ème siècle, les chansons qu’elles ont laissées n’ont rien de tragique.

On y parle plutôt des rivalités entre usines, entre quartiers, des amourettes et des coquetteries de ces femmes, souvent jeunes, qui découvrent tout à la fois la vie en ville, le travail en groupe et la joie d’avoir un salaire. « Elles avaient un peu de sous alors il fallait le montrer » plaisan-tent encore les conférencières qui ajoutent qu’elles « font évoluer les modes ». Notamment la célèbre coiffe bigoudène qui commence à monter jusqu’à bientôt atteindre les 33 centimètres de dentelle !

Chanter pour tenir et se soutenir

C’est au prix de bien des efforts que les sardinières gagnent leur salaire et leur indépendance. « Il faut emboîter le poisson dès sa sortie de l’eau – rappelle Marie-Aline Lagadic – donc les usines sont construites à proximité de l’accostage des bateaux et quand les pêches sont bonnes, c’est parfois jusqu’à 72 heures d’affilée qu’il faut travailler. »

Aussi pour qu’elles gardent du cœur à l’ouvrage et ne tombent pas d’épuisement, les patrons et les contre-maîtresses encouragent-ils les ouvrières à chanter. « Les gens de passage étaient stupéfiés – dit encore Marie-Aline Lagadic – d’entendre les chants de ces femmes quand ils passaient près des usines. » Chanter, ça empêche de s’endormir, ça crée aussi des solidarités. « Quand on sentait une voisine qui faiblissait, précise Klervi Rivière, on lui disait : allez, viens, on va chanter une chanson ! »

Et au début, ces femmes chantent ce qu’elles connaissent : le grand répertoire patrimonial de Bretagne. « J’avais appris ces chansons avec ma grand-mère, ma mère et mes tantes – se souvient Marie-Aline Lagadic – et quand j’ai voulu publier ce répertoire, tout le monde pensait qu’il s’était éteint. » Jusqu’à l’ouverture au public des collectes du musée des Arts et Traditions Populaires au début des années 2000 qui vient confirmer ses souvenirs. Non sans fierté, elle revendique aujourd’hui cet héritage : « Les ouvriers chez nous, c’étaient des ouvrières et notre répertoire a été sauvé par les usines ! »

Si travailler à l’usine permet aux femmes de la campagne de commencer à s’émanciper, les grèves des années 20 feront le reste. Dès 1905, les sardinières revendiquent d’être payées à l’heure et non plus au mille et obtiennent satisfaction ; elles seront désormais rétribuées 80 centimes de l’heure. Mais à l’aube des années 20, cette somme n’est plus suffisante et les ouvrières demandent une augmentation. Quand le kilo de beurre coûte 15 francs et que le kilo de café est facturé 17 francs, il ne semble pas excessif de rêver d’un salaire horaire de 1 franc 25.

La première grève de femmes en France

A Douarnenez, fin 1924, débute une grève spectaculaire, le « premier conflit de femmes ». Tellement étonnant qu’il sera médiatisé dans toute la France et que quelques grands syndica-listes se déplaceront pour soutenir les grévistes, parmi lesquels le Rennais Charles Tillon. Il reviendra quelques années plus tard (1926/1927) du côté de Lesconil et du Guilvinec pour apporter son soutien à d’autres femmes en grève.

C’est aussi à ce moment-là qu’il peindra sa célèbre toile, exposée aujourd’hui au Musée de Bretagne, et près de laquelle Klervi Rivière et Marie-Aline Lagadic tiennent conférence en 2019. Comme pour rappeler qu’avec l’intervention de ces syndicalistes venu-e-s de loin, c’est toute la vie des Bretonnes qui a été changée.

Elles entendent notamment que si elles doivent travailler aussi dur pour nourrir leur famille, c’est peut-être parce qu’elles ont trop de bouches à nourrir. Et dans cette Basse Bretagne où elles sont en prise chaque dimanche avec le curé, elles découvrent la méthode Ogino pour contrôler les naissances ! Ces femmes font un « bond dans la modernité » et Marie-Aline Lagadic y voit un lien direct avec leur fort engagement dans la résistance quelques années plus tard.

A l’issue des grandes grèves des années 20, les patrons du pays bigouden semblent céder et accordent aux ouvrières leur augmentation. Pourtant, lorsqu’il faut reprendre le travail, la déception est grande : toutes les usines ne rouvrent pas et les deux tiers des femmes se retrouvent sans travail, obligées de quitter le pays pour gagner leur vie ailleurs.

Marie-Aline Lagadic rappelle que seules deux régions de France ont gardé dans leurs traditions une chanson anarchiste, sans doute apportée par Charles Tillon ; « Saluez riches heureux ces pauvres en haillons, saluez se sont eux qui gagnent vos millions » chante-t-on dans les sardineries de Bretagne comme dans les mines de Carmaux. « On est toujours un peu émues – disent la mère et la fille – quand on chante cette chanson à la mémoire de toutes ces femmes qui se sont battues. » Un beau message de transmission entre générations de femmes.

Pour aller plus loin :

Conférence « Des sardines et des femmes, histoire des luttes des ouvrières de la mer » par Fanny Bugnon à Rennes 2 dans le cadre des mardis de l’égalité le 2 avril prochain. La confé-rence sera suivie de l’inauguration de l’amphithéâtre Joséphine Pencalet. Sardinière de Douar-nenez gréviste en 1924, elle se présenta aux élections municipales de 1925 sur la liste commu-niste et fut la première femme élue de France avant l’invalidation de son élection puisque les femmes n’ayant pas encore le droit de vote, elles n’avaient pas non plus le droit d’être élues !

Geneviève ROY 13 mars 2019

Lire aussi:

Quand les Penn-Sardin chantaient la Bretagne (Breizh Femmes)

Source

Commentaire: « Penn Sardin » n’est pas une moquerie, c’est le nom de la coiffe traditionnelle de la région « Douarnenez Audierne » par opposition aux voisines: le Cap, pays Bigouden, Porzay et Glazic de Quimper.

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11 mars 2019 ~ 0 Commentaire

fukushima (la dépêche)

fuk

Fukushima : huit ans après

La question du nucléaire toujours en suspens

Le 11 mars 2011, un tsunami au large de l’île principale du Japon atteignait la centrale nucléaire de Fukushima, provoquant la fusion du cœur des réacteurs et des explosions. Huit ans après la catastrophe, le nucléaire est toujours discuté au Japon comme en Europe.

C’est une catastrophe du même degré de gravité que celle de Tchernobyl. Il y a huit ans, plus de 18 000 personnes périssaient dans le tsunami qui a ravagé la région de Tohoku, au nord-est du Japon. Mais le nombre de décès liés à l’irradiation de la zone reste indéterminé. Les statistiques du ministère de la Santé japonais évoquaient en 2016 environ 1 700 cancers mortels directement liés à la catastrophe nucléaire.

Certains experts concluaient dès 2013 que le taux de cancers de la thyroïde chez les enfants de Fukushima était 30 fois supérieur à la normale. Mais, les campagnes entreprises, très poussées, ont détecté des cancers qui étaient en fait déjà présents chez les enfants avant même l’accident.

Des conséquences politiques

Un rapport publié ce lundi par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), Sciences Po et l’Institut technique de Tokyo affirme qu’en plus de problèmes sanitaires, la catastrophe a entraîné un problème de confiance des Japonais en leurs élus et leurs experts.

Les habitants sont tiraillés entre le fait d’abandonner leur village ou non, qui peut être mal vu au Japon, quand bien même la décision est prise pour protéger les enfants face aux risques radioactifs. Malgré les 46 milliards d’euros investis pour décontaminer de nombreux villages, seuls 15 % des habitants sont rentrés chez eux et beaucoup se sont tournés vers la justice.

L’ancien Premier ministre, en poste en 2011, a lui-même entrepris une campagne l’année dernière en faveur de la sortie du nucléaire.

Naoto Kan confiait alors à Franceinfo : « Jusqu’au 11 mars 2011, j’avais confiance en la technologie japonaise. Avec Fukushima, j’ai vu qu’une catastrophe nucléaire pouvait créer l’apocalypse dans la moitié d’un pays. Il faut absolument changer notre politique énergétique du jour au lendemain comme certains pays d’Europe ».

Selon lui, seuls cinq réacteurs sur 54 fonctionnaient au Japon l’année dernière, avec une économie prospère, preuve que le pays « n’a pas besoin des centrales ». Et d’ajouter : « L’erreur humaine est possible n’importe où. Le risque est beaucoup trop grand pour être pris. »

Dimanche dernier, 200 manifestants se sont réunis à Paris à l’appel du réseau Sortir du nucléaire pour commémorer la catastrophe de Fukushima et demander « la sortie du nucléaire en France et au Japon ». « Les particules radioactives sont encore dans les sols, elles y resteront pendant des siècles et on n’arrête pas de découvrir de nouveaux cas d’enfants malades de la thyroïde », a affirmé Charlotte Mijeon, porte-parole de l’association pour une sortie du nucléaire.

En Europe, une prise de conscience ?

Conséquence de la catastrophe de Fukushima, la chancelière allemande Angela Merkel a fait fermer sept des centrales nucléaires les plus âgées. Elle a annoncé par la suite une transition énergétique. D’ici 2022, toutes les centrales nucléaires devraient être fermées et l’énergie devrait provenir de sources durables.

Un défi gigantesque approuvé par la population. En 2015, les énergies renouvelables avaient déjà couvert 33 % de la consommation brute d’énergie en Allemagne. En décembre 2015, l’énergie éolienne avait été pour la première fois la principale source d’énergie pour l’électricité, devant l’énergie nucléaire, le charbon et le lignite.

En France, au contraire, Nicolas Sarkozy, alors président de la République, avait annoncé le 24 mars 2011 que le choix de l’énergie nucléaire n’était aucunement remis en question. Mais le gouvernement avait tout de même chargé une commission d’étudier des scénarios incluent une sortie progressive du nucléaire à l’horizon 2040.

En novembre dernier, Emmanuel Macron confirmait le report à 2035 de l’objectif de réduction de la part du nucléaire à 50 % du mix électrique, contre un peu de 70 % aujourd’hui. 14 réacteurs devraient donc être mis à l’arrêt d’ici seize ans. Le président de la République a tranché entre les vœux du ministre de la Transition écologique qui souhaitait six arrêts supplémentaires d’ici 2028 et Bercy — comme EDF — qui voulaient repousser les fermetures à l’après 2029.

Mais les catastrophes nucléaires ne connaissant pas de frontières, certains militants souhaitent mettre en place des mesures de sortie du nucléaire à l’échelle européenne notamment.

11/03/2019

https://www.ladepeche.fr/

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08 mars 2019 ~ 0 Commentaire

8 mars (révolution)

feminsite

Dépolitisation du 8 mars

Les classes capitalistes se sont appropriées le 8 mars. Elles ont effacé ses origines socialistes et l’ont transformé en « Journée des femmes ». Au-delà de son détournement commercial détestable, le 8 mars est trop souvent une célébration consensuelle des luttes passées, comme si aujourd’hui les femmes étaient émancipées (ou presque).

Les médias mettent en avant les accomplissements individuels de femmes, leurs qualités personnelles ou les hautes responsabilités qu’elles occupent. On prétend que la première (sinon unique) barrière à la réussite des femmes est le manque de figures « inspirantes » – et qu’un plus grand nombre de femmes PDG changerait la face du monde.

Cette vision aseptisée des luttes féminines est mensongère et réactionnaire.

Ce ne sont pas les stéréotypes sexistes qui entravent la réussite des femmes, car ces normes ne sont elles-mêmes que le reflet de conditions matérielles et concrètes. Par exemple, en France, l’écart de salaire entre hommes et femmes est de 22,8 %.

Les mères sont contraintes aux temps-partiels pour compenser le manque de services publics de l’enfance et de la petite-enfance. Une mère célibataire sur cinq vit sous le seuil de pauvreté. Les politiques d’austérité aggravent sans cesse les inégalités – et les femmes les plus pauvres en sont les premières victimes.

Fondé sur l’exploitation, le système capitaliste est en contradiction complète avec les aspirations à l’égalité. Les origines socialistes du 8 mars nous rappellent que pour triompher, les luttes des femmes doivent se combiner avec un programme socialiste, seul capable de mettre fin à toutes les oppressions.

https://www.marxiste.org/

Lire aussi:

Journée internationale pour le droit des femmes. « Notre quotidien est une guerre sociale »  (Anti-K)

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06 mars 2019 ~ 0 Commentaire

l’internationale 1 (a et r)

  2e inte 2r

Affiche de l’Internationale Ouvrière.

L’Internationale Communiste Parti mondial de la révolution

L’internationalisme prolétarien : il faut un début et une fin à tout… 
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La révolution industrielle fit naître le prolétariat en Europe, et celui-ci se posa rapidement la question de s’organiser à l’échelle internationale : face aux guerres, mais aussi face à l’emploi par les capitalistes de salariés d’autres pays pour briser les grèves.
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Coordonner l’action de la classe ouvrière par-delà les frontières.
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Les débats firent rage et entraînèrent des scissions au sein du jeune mouvement ouvrier, mais une conscience émergea : quel que soit leur pays, les prolétaires ont des intérêts communs, comme la réduction du temps de travail, le suffrage universel, la fin du travail des enfants, etc. Cette conscience représenta un pas de géant, quand on sait qu’auparavant les ouvriers avaient le plus grand mal à s’organiser en dehors de l’échoppe. Malgré sa progression, la 1è Internatio-nale, créée en 1864, connut des désaccords théoriques importants qui entraînèrent sa disparition.
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Quelques années plus tard, en 1889, la 2è internationale – l’Internationale Ouvrière – fut fondée sur la base du marxisme, et elle fut à l’échelle européenne un outil impressionnant pour le prolétariat.
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Ses sections dans chaque pays étaient des partis de masse, comme le Parti Social-Démocrate allemand qui comptait près d’un million d’adhérents. Sa presse était lue par plus de 4 millions d’ouvriers et elle organisait des écoles de formation dans tout le pays. La défense du socialisme par la révolution faisait partie des principes de cette Internationale. Pourtant, la pratique de certaines de ses sections finit par infléchir son orientation réelle.
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Des discours sur la nécessité du socialisme et de la révolution avaient encore cours lors des grandes célébrations, comme celle du 1er Mai, mais de plus en plus, les dirigeants de la 2è Internationale théorisèrent le réformisme. À un moment critique, lorsqu’ éclata la Première Guerre mondiale, la très grande majorité des sections rejoignirent l’Union sacrée.
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Elles pactisèrent avec leur bourgeoisie, votant les crédits de guerre et lançant les ouvriers dans une guerre fratricide contre leurs frères de classe. C’est dans de telles circonstances historiques, quand la tension fut à son extrême, qu’on vit le véritable visage de ces organisations. Un bilan de cette Internationale en faillite devait être tiré : s’il était crucial qu’existât une unité théorique, celle-ci devait conséquemment coïncider avec une pratique, sans cela tout n’était que paroles en l’air.
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Ce fut pourtant au sein de cette 2è Internationale que firent leurs premières armes les cadres qui allaient contribuer à ce qu’émerge une nouvelle Internationale. Des militants comme Lénine, Trotsky ou Luxemburg menèrent des combats politiques à l’intérieur de la 2è Internationale en y incarnant une aile de gauche.
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Ils s’opposèrent à la guerre et cherchèrent à ce que cette opposition ne s’exprimât pas que dans des textes, mais aussi dans des démonstrations de rue. Les bolcheviks théorisèrent le défaitis-me révolutionnaire ; en Allemagne, les manifestations contre la guerre commencèrent dès mars 1915 et leur force augmenta d’année en année. Durant cette période, les militants révolutionnai-res s’aguerrirent, tant du point de vue des débats théoriques que de leur expression pratique.
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1917 : le début de tout 
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Immédiatement après le vote des crédits de guerre par les parlementaires de la 2è Internationa-le, les militants et les militantes qui s’opposaient à la guerre tentèrent de regrouper une opposi-tion. Lors des conférences de Zimmerwald en 1915 et de Kienthal en 1916, fut défendue la nécessité de construire une nouvelle Internationale. Mais comment fallait-il procéder alors que la 2è Internationale avait conduit le prolétariat à la boucherie, et que la répression et la censure étaient de mise dans chaque pays, jusque dans les organisations de la social-démocratie ?
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La réponse ne vint pas d’une formule magique, mais de la prise du pouvoir par les travailleurs en Russie. Ce fut un acte fondateur, qui traça le chemin théorique et pratique pour mettre fin à la guerre. Le prolétariat russe montra aux militants révolutionnaires, et surtout aux ouvriers du monde entier, qu’il était possible d’arrêter la guerre, d’en finir avec la bourgeoisie et ses gouver-nements, avec les vieilles recettes… Mais pour cela il fallait prendre le pouvoir, l’arracher des mains d’une classe dirigeante trônant sur une société en décomposition.
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L’impact de la Révolution russe fut gigantesque, bien que les moyens de communication de l’époque fussent infiniment plus limités qu’aujourd’hui… Alors que la guerre avait été un crépuscule assombrissant le monde, le prolétariat russe venait de raviver le soleil de l’espoir. Des révoltes eurent lieu parmi les soldats, comme en France au son de L’Internationale et sous les plis du drapeau rouge, ainsi qu’en en Allemagne, où des grèves et des manifestations avaient déjà eu lieu : la lutte se durcit.
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Avec l’espoir, pour une partie du prolétariat, de pouvoir mettre fin à la grande boucherie, une autre leçon fut tirée de la Révolution russe : la nécessité d’un nouveau parti. Un parti différent des précédents, liant la théorie et la pratique, et dont l’objectif allait être la prise du pouvoir par les travailleurs ; un parti dont toutes les actions, même les plus modestes, allaient être guidées par cet objectif stratégique.
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Lire aussi:
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06 mars 2019 ~ 0 Commentaire

l’internationale 2 (a et r)

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« Nous ne sommes rien, soyons tout »  
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Lénine et Trotsky avaient une conscience aiguë de la nécessité pour les ouvriers de conquérir le pouvoir, de s’ériger en classe dominante, mais pour cela, d’après leur propre expérience en Russie, ils savaient qu’il était indispensable de disposer d’un parti.
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Le leur, le Parti bolchevik, prit en 1918 le nom de Parti Communiste de Russie, pour marquer la rupture avec la social-démocratie qui avait trahi. Leur parti ne devait pas se limiter à la sphère nationale.
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Pour ces révolutionnaires, la Révolution russe n’était que le premier chapitre d’une révolution prolétarienne vouée à triompher dans tous les pays. Cet objectif était guidé par deux éléments : la nécessité de libérer du joug capitaliste l’ensemble de la classe ouvrière, classe par nature internationale, et la conscience du fait qu’un Etat ouvrier isolé allait voir se liguer contre lui toutes les bourgeoisies du monde. Pour survivre à ces assauts, la jeune Russie des Soviets devait étendre la révolution au-delà de ses frontières.
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Lénine tourna son regard vers le pays qui lui semblait le plus mûr et le mieux doté pour une révolution ouvrière : l’Allemagne.
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Non pas simplement en raison de sa proximité géographique, mais parce que le prolétariat allemand était le plus puissant d’Europe, du fait de son nombre, de sa haute conscience socialiste et de son expérience des grèves politiques contre la guerre, comme à Berlin en 1918 où une manifestation avait réuni plus de 300 000 ouvriers. Qui plus est, le prolétariat allemand avait à sa tête des dirigeants communistes d’une qualité rare : Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.
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Les révolutionnaires soviétiques s’attelèrent de toutes leurs forces à l’extension de la révolution. Ils larguèrent des tracts par avion au-dessus des fronts militaires, imprimèrent des journaux, financèrent l’action des groupes communistes – alors de taille modeste – en Allemagne.
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Leur priorité était l’agitation autour du mot d’ordre d’un renversement du régime en place, seule solution pour mettre fin à la guerre. Quand Trotsky se rendit en Allemagne pour rencontrer les généraux allemands afin de négocier la paix, il s’adressa d’abord aux ouvriers venus l’accueillir à la gare et leur distribua des tracts en allemand.
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Une telle politique rencontra des échos de plus en plus importants dans de nombreux pays, en Italie, en Espagne, en France, etc. Les vieux partis sociaux-démocrates furent agités par des débats autour de leur positionnement par rapport à la Russie des Soviets, et des franges de plus en plus significatives de militants se reconnurent dans la politique des bolcheviks.
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Mais l’espoir d’une Allemagne soviétique marqua le pas, malgré la révolution de novembre 1918 qui renversa l’Empire. Les conseils d’ouvriers et de soldats se virent immédiatement confisquer le pouvoir par la social-démocratie, et les principaux dirigeants communistes allemands furent assassinés. Les bolcheviks accélérèrent alors le processus de constitution de l’Internationale communiste.
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Naissance de l’Internationale communiste 
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(….) L’objectif était clair : il fallait fonder une organisation internationale poursuivant l’objectif de la prise du pouvoir par les travailleurs, un outil agissant collectivement sur la base d’accords théoriques et pratiques, pour le communisme. Il devait s’agir d’un parti mondial de la révolution, doté de sections dans tous les pays. Ces sections devaient élaborer et discuter en commun, selon un même objectif, celui de la révolution prolétarienne mondiale. Il importait en effet de rompre avec le fonctionnement de la IIe Internationale, dont chaque section pouvait plus ou moins faire qu’elle voulait.
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Malgré la défaite du prolétariat allemand, le contexte historique était marqué par les explosions sociales et par l’espoir immense suscité par la Révolution d’Octobre. Les idées communistes provoquèrent une réorganisation du mouvement ouvrier international. L’Internationale communiste se nourrit des discussions théoriques et des expériences pratiques du mouvement révolutionnaire européen.
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Un parti mondial, outil pratique et théorique 
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Pour comprendre comment l’Internationale communiste a évolué, il importe de s’intéresser aux débats ayant eu lieu autour des expériences des révolutionnaires allemands. Ils permettent de saisir l’importance d’un parti mondial et des échanges internationaux, et aussi la nécessité d’adapter sa pratique à sa théorie.
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L’Allemagne connut une révolution en novembre 1918 ; le Parti Communiste d’Allemagne fut fondé fin décembre 1918, avec plus de 12 000 militants qui lancèrent une insurrection à Berlin en janvier 1919. Des grèves explosèrent partout dans le pays, mais l’avant-garde révolutionnaire était impatiente que le prolétariat prenne le pouvoir, parfois trop impatiente… La défaite fut cuisante.
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L’Internationale communiste expliqua dans ses thèses et par le débat la manière dont les communistes devaient gagner les masses à leurs idées et former leurs organisations, en mettant l’accent sur la nécessité de l’activité syndicale dans les usines.
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« Étant donnée la tendance prononcée des larges masses ouvrières à s’incorporer dans les syndicats, et considérant le caractère objectivement révolutionnaire de la lutte que ces masses soutiennent en dépit de la bureaucratie professionnelle, il importe que les communistes de tous les pays fassent partie des syndicats et travaillent à en faire des organes conscients de lutte pour le renversement du régime capitaliste ».
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Les conseils ouvriers (soviets) indispensables
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C’était par eux que la conscience de classe du prolétariat pouvait atteindre un degré supérieur de conscience communiste, celui de la nécessité de la prise du pouvoir. L’Internationale Communiste insista sur le rôle de l’auto-organisation au sein de soviets comme cadres de masse pour élaborer politiquement et agir. Elle s’appuya sur l’exemple allemand des conseils ouvriers qui s’étaient formés dans tout le pays.
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Pour autant, l’action des partis affiliés à l’Internationale communiste n’alla pas toujours dans ce sens. L’Internationale dut préciser les éléments stratégiques et tactiques des partis qui souhai-taient adhérer. Il était indispensable de ne pas reproduire les erreurs de la 2è Internationale.
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Quels problèmes tactiques ?
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La prise du pouvoir n’avait pas eu lieu ailleurs qu’en Russie, les bourgeoisies se réorganisaient et les conditions de vie du prolétariat se dégradaient rapidement à l’échelle internationale. Dans ce contexte, les militants allemands avaient fait de nombreuses expériences qui allaient nourrir les discussions et le positionnement des communistes.
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En mars 1920, une tentative de putsch militaire eut lieu en Allemagne, à l’initiative des milieux conservateurs. La première réaction vint de syndicalistes, de sociaux-démocrates, qui appelè-rent à la grève générale pour empêcher le coup d’État contre un gouvernement auquel participaient les sociaux-démocrates.
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Les communistes allemands se montrèrent hésitants et refusèrent d’y appeler, en expliquant qu’ils n’avaient aucun ami au gouvernement et que défendre celui-ci aurait consisté à leurrer le prolétariat.
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Pourtant, la grève générale fut gigantesque, Berlin fut paralysé, et les putschistes ne purent même pas imprimer d’affiches pour proclamer leur prise du pouvoir. Le Parti Communiste se rallia à la grève générale, mais au dernier moment, et il resta hésitant face à une proposition lancée par le Parti Social-Démocrate : celle d’un gouvernement ouvrier, composé uniquement de syndicats et d’organisations ouvrières, à la place des putschistes et du régime en place.
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Il s’agissait d’une question nouvelle, une question d’unité dans l’action mais aussi de participation gouvernementale, à laquelle les communistes allemands n’avaient jamais encore réfléchi. Quand la bourgeoisie allemande se réorganisa et attaqua frontalement le prolétariat sur le plan des salaires et des conditions de travail, certains militants défendirent la nécessité de l’unité des organisations ouvrières contre ces attaques : le front unique ouvrier. Mais une fois encore, la majorité des communistes allemands hésitèrent.
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L’Internationale communiste soutint alors la thèse du front unique en tant que moyen de défense et de conquête politique des masses à travers l’action et l’unité des organisations du mouvement ouvrier.
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Pour les dirigeants de l’Internationale communiste, les masses n’ayant pas encore rompu avec le réformisme, il fallait leur prouver que les communistes étaient les plus déterminés quand il s’agissait de les défendre et d’améliorer leurs conditions de vie. Il fallait le leur démontrer en déclenchant des grèves, et il était pour cela nécessaire de s’accorder avec d’autres forces du mouvement ouvrier : seuls, les communistes étaient trop faibles.
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Les communistes n’avaient rien à perdre au front unique
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En cas d’accord, ils pouvaient montrer que leur détermination était la plus élevée, et leur politique la plus conséquente ; en cas de refus de la part des sociaux-démocrates, ils pouvaient pointer le fait que les dirigeants réformistes n’avaient aucune volonté réelle de défendre la classe ouvrière.
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Cette politique fit ses preuves, permettant ainsi de solder les débats portant sur l’« initiative révolutionnaire », théorie erronée selon laquelle un Parti Communiste suffisamment fort pouvait prendre seul la décision de l’insurrection sans que les masses y fussent prêtes.
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C’est après un bilan des erreurs faites en Allemagne que la tactique du front unique fut adoptée et mise en application.
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Malgré de longs débats, le front unique permit aux communistes allemands de conquérir les masses. En juillet 1923, leur parti rassemblait 600 000 militants et était à la tête de près d’un tiers des sections syndicales du pays.
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En octobre 1923, ses effectifs étaient proches du million de membres, et son influence s’étendait sur près de la moitié des sections syndicales. Dans ce contexte, l’Internationale Communiste entreprit une discussion avec les communistes allemands quant à la possibilité d’une insurrec-tion et d’une prise du pouvoir. Elle envoya en Allemagne des cadres révolutionnaires qui avaient déjà une connaissance de la situation allemande et de celle d’autres pays. Mais ce projet d’insurrection fut un échec…
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Après l’échec de la révolution en Allemagne, l’Internationale communiste passa progressivement sous la férule de la bureaucratie stalinienne, qui menait sa contre-révolution en URSS. Elle cessa d’être un parti mondial de la révolution pour se transformer en courroie de transmission de Staline.
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Des enseignements pour notre époque 
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Si seuls quelques aspects des premiers temps de l’Internationale Communiste doivent être retenus :
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Comme la bourgeoisie, le prolétariat doit s’organiser à l’échelle internationale, pour se défendre au quotidien dans une société encore plus mondialisée qu’au début du 20è siècle.
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Pour s’emparer du pouvoir, car un État ouvrier isolé ne peut survivre, le socialisme ne peut être construit que sur la base des ressources mondiales.
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L’expérience des militants à travers le monde est un atout pour mieux comprendre la situation objective, pour déterminer ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.
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Notre objectif stratégique étant le renversement du capitalisme à l’échelle planétaire, nous devons agir en commun par-delà les frontières.
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Il ne peut y avoir de solution nationale aux crises et aux contradictions du capitalisme, et du point de vue de la situation internationale, l’absence d’une Internationale ouvrière révolutionnaire digne de ce nom continue d’ailleurs de se faire cruellement sentir année après année.
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La tâche des révolutionnaires doit être de défendre les intérêts des travailleurs et des jeunes dans le pays où ils se trouvent, de mener les combats politiques permettant de les influencer et de propager parmi eux les idées communistes
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Poser la question du pouvoir c’est construire des organisations révolutionnaires à l’échelle nationale, mais leur tâche doit être aussi de poursuivre la perspective du regroupement des révolutionnaires à l’échelle internationale, de la construction d’une nouvelle Internationale révolutionnaire..
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L’Internationale Communiste ou 3è Internationale ou encore Komintern, fut à la fois une machine de guerre pour les ouvriers du monde entier, et un moyen de contrôle pour la bureaucratie stalinienne une fois sa contre-révolution achevée. Nombre de livres d’histoire oublient souvent de traiter des débuts de l’Internationale Communiste, et surtout de son objectif : la révolution prolétarienne mondiale. Comprendre son fonctionnement à ses débuts, c’est pour les militants révolutionnaires une nécessité pour pouvoir percevoir les enjeux de l’internationalisme d’un point de vue stratégique, mais aussi organisationnel. 
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Lire aussi:
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Commentaire:
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Le problème c’est qui dirige. Dans les partis de la 2è c’était le groupe parlementaire, les « camarades députés », pas les adhérents! D’ailleurs dans le Labour de Corbyn, c’est bien l’enjeu de ce qui s’y passe. Dans la 3è c’était le parti russe, expression d’une « classe dominante » que « la révolution mondiale » effrayait au plus haut point!

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05 mars 2019 ~ 0 Commentaire

dominique vidal (regards)

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05 mars 2019 ~ 0 Commentaire

plogoff (mpt kerfeunten)

plog

Le film de Laure-Dominique Agniel sera projeté dimanche à 16 h à la salle des fêtes

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03 mars 2019 ~ 0 Commentaire

rosa luxembourg (la brèche numérique)

nono r

Rosa Luxemburg

Et la question nationale

C’est par la question nationale que Rosa Luxemburg effectue son entrée sur la scène internationale. Elle tentait de faire obstacle en 1896 à la volonté du Parti socialiste polonais (PPS) de faire de l’indépendance de la Pologne l’un des objectifs de l’Internationale.

Lutte contre le nationalisme qui la situe dans le camp des internationalistes intransigeants mais qui n’est pas pour autant synonyme d’indifférence au phénomène national. La même année, en effet, à propos de la question d’Orient et du massacre des Arméniens, elle réaffirme sa lecture du marxisme en matière nationale : soutenir les mouvements de libération en se situant résolu-ment du côté des opprimés mais tenir compte, ce faisant, de l’objectif prioritaire que constitue la défense des intérêts de classe du prolétariat.

Elle ne cesse de ferrailler contre le « social-patriotisme » du parti rival, le PPS dont l’aile droite, dirigée par Pilsudski, finit par présider aux destinées de la Pologne indépendante dans l’entre-deux-guerres, tandis que l’aile gauche, le PPS-Lewica, rejoint la Social-démocratie du Royaume de Pologne et de Lituanie (SDKPiL), le parti de Rosa Luxemburg, pour former, après la grande guerre, le Parti communiste polonais.

L’enjeu organisationnel est de taille, non seulement dans la « grande » Internationale, mais aussi dans la petite Internationale qu’est le Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR). Jusqu’à son deuxième congrès en 1903 l’indécision demeure sur la question de savoir qui, du PPS ou de la SDKPiL, en fera partie.

La question n’est pas tranchée en 1903. Le PPS se rapproche plutôt de la nébuleuse socialiste révolutionnaire. Au congrès de 1903, connu pour la scission entre bolcheviks et mencheviks, le débat s’articule autour de l’opposition entre organisations nationales ou territoriales, donc autour du problème de la fédération.

Ne voulant pas se fondre dans des comités locaux nationalement indifférenciés, la SDKPiL quitte le congrès avant même qu’il ne se déplace de Bruxelles à Londres. Le Bund, parti ouvrier juif, fait de même à Londres.

C’est alors que s’amorce un différend crucial entre les partisans du droit à l’autodétermination nationale et ceux qui proposent la création d’« institutions garantissant la liberté du développe-ment culturel national », formule avancée par la SDKPiL et reprise par le Bund.

Luxemburg n’assiste pas à ce congrès, mais elle énonce les directives auxquelles les délégués de la SDKPiL doivent se conformer ; ses prises de position se situent plutôt sur le versant polonais qu’allemand de son action.

Elle explique son refus du droit à l’autodétermination par l’intégration, l’interdépendance écono-mique des différentes nations qui composent l’empire russe ; dans le caractère illusoire, à l’ère impérialiste, d’une indépendance des petites nations qui ne peut qu’être préjudiciable au prolétariat.

Lénine insiste plutôt (selon la formule des pères fondateurs qui veut qu’une nation qui en opprime une autre ne peut se libérer elle-même) sur le caractère émancipateur du droit à l’autodétermination.

Les positions de Rosa Luxemburg ne sont pas pour autant figées : avec la révolution de 1905 dans l’empire russe, elle prend conscience de l’importance du sentiment national et de ses potentialités révolutionnaires en Pologne. Elle énonce alors un des présupposés de sa démar-che : la nécessité de faire sortir les certitudes du mouvement ouvrier du coffret où elles sont conservées comme un trésor. Elle contribue à élaborer la revendication d’autonomie territoriale pour la Pologne.

On a longtemps considéré que Rosa Luxemburg, internationaliste intransigeante, s’était rangée dans le camp que Lénine qualifie d’« historico-économique » en matière nationale, en opposition avec la conception « psychologico-culturelle » qu’il attribue aux austro-marxistes et, en particu-lier, à Otto Bauer, qui fut sans doute le meilleur théoricien marxiste de la question nationale.

Or, si l’on compare l’analyse de la culture nationale par Bauer (dans La Question des nationalités et la social-démocratie) et par Luxemburg (en particulier dans la série d’articles intitulée « la Question nationale et l’autonomie » publiée en 1908-1909), on est frappé par des similitudes.

Mêmes agents de la culture nationale ­les « gens cultivés » chez Otto Bauer, l’intelligentsia que Rosa Luxemburg ne réduit pas, contrairement à d’autres, aux « travailleurs de la langue » ; même rôle des paysans ­« tenanciers » de la nation chez Bauer, conservatoire susceptible d’un examen anthropologique chez Luxemburg ; même nécessité pour le prolétariat de s’approprier la culture bourgeoise dont il est le producteur sans en avoir la jouissance pour Otto Bauer et que, « rejeton déshérité », il dévoie en kitsch selon Rosa Luxemburg.

Mais alors que Bauer, infirmant les pronostics d’Engels qui les vouait à la disparition ou à l’absorption par des nations plus fortes, analyse le « réveil des nations sans histoire », Luxem-burg reste dans la lignée hégélienne, voire darwinienne, des pères fondateurs, refusant le statut de nation à ces peuples paysans.

Lituaniens, Biélorusses, voire Ukrainiens. Là, elle ne fait pas de distinction entre nations domi-nantes et « peuples sans histoire » en condamnant le nationalisme, même si elle lui concède un rôle émancipateur dans des conjonctures historiques précises, bien délimitées (en particulier pour les colonies) au nom de la hiérarchie des priorités énoncée dès le début de son activité militante.

Un de ses derniers textes, le « Fragment sur la guerre, la question nationale et la révolution », est particulièrement éloquent : « Des nations et des mini-nations s’annoncent de toutes parts et affirment leurs droits à constituer des Etats. Des cadavres putréfiés sortent de tombes cente-naires, animés d’une nouvelle vigueur printanière et des peuples »sans histoire« qui n’ont jamais constitué d’entité étatique autonome ressentent le besoin violent de s’ériger en Etat [...], c’est aujourd’hui la nuit de Walpurgis sur le Brocken nationaliste. »

Historienne, Claudie Weill est ingénieur de recherche à l’Ecole des Hautes études en sciences sociales. Elle a notamment publié l’Internationale et l’autre (Arcamtère, 1987), Etudiants russes en Allemagne 1900-1914 (L’Harmattan, 1996) et, en collaboration avec Georges Haupt et Michael Löwy, Les Marxistes et la question nationale 1848-1914 (réédition L’Harmattan, 1997).

mardi 26 février 2019 WEILL Claudie

http://www.preavis.org/

Lire aussi:

La Taupe bretonne (Wikipédia)

Commentaire:

Questions toujours d’actualité dans les rangs des forces de gauche, par rapport au souverainisme catalan, par exemple.

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