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24 août 2019 ~ 0 Commentaire

pc ps (psl.be)

elephnats

Retour sur l’échec du gouvernement de gauche PS-PCF sous la présidence de François Mitterrand

France, 1981-1984 : de l’espoir au ‘‘tournant de la rigueur’’

10 mai 1981. A Paris, 200 000 personnes se rassemblent à la Bastille et crient leur joie. Des scènes de liesse éclatent dans toutes les villes du pays. François Mitterrand vient de remporter le 2e tour du scrutin présidentiel avec 52% des voix. Pour la première fois de l’histoire de la 5è République (instaurée en 1958), c’est un président de gauche qui est élu. Exprimant l’effroi patronal, le quotidien de droite Le Figaro écrivait au lendemain des élections : “Le collectivisme d’inspiration marxiste est désormais à nos portes”. Et pourtant…

La conquête du pouvoir

François Mitterrand avait été ministre à 11 reprises sous la 4è république (1946-58), il n’avait rien d’un révolutionnaire, mais avait bien remarqué à quel point les événements de Mai 68 avaient profondément radicalisé les travailleurs. Lorsqu’il prend la tête du tout nouveau Parti Socialiste (PS) en 1971, il l’engage sur la voie d’une alliance électorale avec le Parti Communis-te Français (PCF) qui, en freinant les grèves de ’68, avait démontré qu’il savait rester dans les limites du système.

En 1972, l’Union de la Gauche est constituée autour d’un programme commun réunissant le PS, le PCF et le Mouvement des radicaux de gauche (MRG) et reposant sur des réformes sociales et la nationalisation de neufs grands groupes industriels ainsi que du crédit. Chez les patrons et les riches, on craint le pire, d’autant plus qu’éclate peu après la crise économique de 1973-74. Les fermetures d’usine et les licenciements massifs s’enchaînent, un nouveau phénomène fait son apparition : le chômage de masse. Entre 1974 et 1981, le nombre de chômeurs triple et atteint le million et demi.

Aux élections de 1976 et 1977, le PCF est devancé par le PS. Désireux de regagner sa position de première force de gauche, le parti quitte l’Union de la Gauche et justifie son départ en raison du nombre insuffisant de nationalisations prévues. Dans les rangs du mouvement ouvrier, où l’on aspire à un changement de politique, la politique de zigzags du PCF est mal perçue alors que le PS est considéré comme le parti unitaire à gauche.

1981-1982. Une politique de relance keynésienne et le sabotage des capitalistes

Le programme électoral de Mitterrand contient un programme de relance économique grâce aux investissements publics (création de 150 000 emplois dans les services publics, politique de grands travaux publics, construction de logement sociaux,…), à l’augmentation du pouvoir d’achat, à l’instauration de la semaine des 35 heures pour combattre le chômage et à la redistri-bution des richesses via l’introduction d’un impôt sur les fortunes des plus riches (ISF). Le PS de l’époque va même plus loin en défendant la nationalisation de neuf grands groupes industriels, du crédit et des assurances. Il n’est cependant pas question d’une transformation socialiste de la société.

Finalement, c’est la victoire au second tour de l’élection présidentielle et un gouvernement comprenant 4 ministres du PCF initie une batterie de réformes : embauche de 55 000 fonction-naires ; augmentation du salaire minimum de 10%, des allocations familiales et logement de 25%, de l’allocation pour les personnes handicapées de 20% ; abolition de la peine de mort; abrogation de la loi ‘‘anti-casseurs’’ ; régularisation de 130.000 sans-papiers ; création de l’impôt ISF; augmentation de 40% à 500% des budgets pour le logement, la culture, l’emploi et la recherche ; blocage des prix ; nationalisation des 36 premières banques de dépôt ainsi que de Paribas, de Suez et de 5 grands groupes industriels (CGE, PUK, Rhône-Poulenc, Saint-Gobain, Thomson) ; introduction de la semaine des 39 heures, de la 5e semaine de congés payés, de la pension à 60 ans et d’une nouvelle législation du travail ; encadrement et plafonnement des loyers ; abrogation du délit d’homosexualité.

Le gouvernement lance une politique de relance keynésienne – par la consommation et les investissements – mais l’exceptionnelle période de croissance économique prolongée d’après-guerre était terminée.

Depuis la moitié des années ’70, le capitalisme était en crise. Les États-Unis étaient entrés en récession et le ralentissement économique de l’Allemagne, avait un profond impact sur l’écono-mie française. Le pays était en pleine stagflation : une récession économique combinée à une inflation galopante.

Le gouvernement va alors tout faire pour convaincre le patronat du bienfondé de sa politique de relance afin de restructurer le capitalisme français et de renforcer sa position concurrentielle. Mais les capitalistes veulent écraser les espoirs des travailleurs et organisent donc le sabotage de la politique du gouvernement.

Le gouvernement ayant voulu respecter le cadre légal plutôt que s’appuyer sur l’action du mouvement ouvrier, la droite et les patrons saisissent le conseil constitutionnel, font valoir le droit de propriété privée et arrachent 39 milliards de francs de l’État en compensation pour l’ensemble des nationalisations. Certains patrons se frottent les mains : avec la crise, ce sont aussi des pertes qui ont été nationalisées à grands frais.

De nombreux riches franchissent la frontière suisse avec des valises ou des sacs poubelles remplis d’argent et de l’or planqué dans les roues de secours. Les capitaux étrangers quittent également le navire. Le contrôle de taux de change sera instauré ainsi qu’un renforcement des contrôles à la frontière, mais les transferts de fonds vers le Suisse se poursuivront.

Le ‘‘tournant de la rigueur’’

Très vite, le gouvernement PS-PCF recule. Un blocage salarial de 4 mois prend place en juin 1982, suivi de la suppression de l’indexation automatique des salaires. Le PCF dénonce, mais ses ministres ne remettent pas en cause leur soutien au gouvernement. Le patronat applaudit : la gauche vient de réussir sans la moindre résistance ce que la droite n’avait jamais pu qu’espérer.

Le 21 mars 1983, c’est le ‘‘tournant de la rigueur’’, c’est-à-dire l’abandon des politiques économi-ques keynésiennes pour embrasser le monétarisme néolibéral. PS et PCF décident que la France reste dans le Système monétaire européen (SME). Pour résorber les déficits, le ‘‘plan Delors’’ d’austérité est mis en place.

En mars 1984, les ministres du PCF participent à une dernière attaque d’envergure : la suppres-sion de 21 000 emplois dans la sidérurgie d’Etat, soit le même nombre que la droite en 1978. 150.000 travailleurs manifestent en Lorraine, mais la marche vers Paris organisée par les direc-tions syndicales prend des allures d’enterrement.

L’échec du gouvernement PS-PCF qui devait combattre le chômage et sauver la sidérurgie est total. Aux élections de juin 1984, le Front National obtient 11% et réalise sa première percée au niveau national. Le PS chute à 21% et le PCF à 11%. Le PCF quitte le gouvernement, mais jamais plus il ne regagnera ses bastions ouvriers perdus.

En 1986, Henri Emmanuelli (secrétaire d’État du gouvernement de 1981 à 1984) a résumé son avis sur le virage de mars 1983 en ces termes : ‘‘Les socialistes ont longtemps rêvé d’une troisième voie entre le socialisme et le capitalisme. À l’évidence, elle n’est plus possible. La solution, c’est de choisir clairement l’un des deux systèmes et d’en corriger les excès. Nous avons choisi l’économie de marché.’’  (Résumé voir lien)

22 août 2019 Boris

https://fr.socialisme.be/

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24 août 2019 ~ 0 Commentaire

la nueve (pùblico france-culture)

la nueve2

Un colonel qui avait été dans les brigades internationales

La Neuvième a été officiellement créé le 24 août 1943 en Afrique, où des dizaines de milliers d’Espagnols ont été exilés après la guerre civile.

La neuvième compagnie a été officiellement créée le 24 août 1943 en Afrique, où des dizaines de milliers d’Espagnols exilés après la guerre civile étaient arrivés, parfois directement de Valence et d’Alicante et d’autres après être passés par les camps de réfugiés en France. Une partie de ces 30 000 personnes avaient transité par Gurs et Argelès sûr Mer.

Ce n’était pas la seule unité avec les Espagnols, loin de là. Il y en avait aussi, bien que dans une proportion moindre, que dans La Nueve (où ils représentaient un tiers de la troupe), dans les 10è et 11è, dans Eleven et dans la compagnie d’appui du colonel Joseph Putz, syndicaliste et communiste français. Il avait combattu à Guadalajara, à Madrid et en Aragon à la tête de la brigade internationale  » La Marseillaise ». Certaines sources affirment que c’est lui, dans sa participation à la défense de Bilbao, qui a inspiré à Ernst Hemingway le protagoniste de « Par qui sonne le glas? ».

Un grand nombre de ses membres avaient précédemment passé par le troisième bataillon du corps franc d’Afrique, une unité à laquelle les soldats espagnols avaient été affectés. En 1942, la France leur avait donné la possibilité de s’enrôler sous le commandement de Putz.

À la fin du mois de juillet de l’année suivante, le Corps franc, qui s’était auparavant séparé du gouvernement collaborateur de Vichy pour les alliés et l’Armée française libre de De Gaulle se dissout pour créer l’Armée française de Libre.

L’ancienne unité de brigadiste avait déjà choisi celui qui serait président de la République dans sa lutte contre le général Henry Giraud.

Une armée sans soldats noirs

Dans ce bataillon de quatre compagnies et comme le reste des unités dotées d’antifascistes, ont gagné en importance à la suite d’une mesure xénophobe imposée par les États-Unis: elles opposaient leur veto aux soldats noirs de l’armée française qu’ils mettaient en place, ce qui signifiait: un revers surtout pour Leclerc, qui recrutait depuis trois ans des troupes du Cameroun en Afrique du Nord.

Leclerc s’y est opposé et de Gaulle l’a contraint à accepter ces conditions en raison de l’impossibilité de constituer une force de 14 000 hommes sans l’appui des États-Unis. «Les espagnols et les antifascistes d’autres pays, ainsi que des soldats nord-africains, ont commencé à remplacer les tireurs sénégalais.

La Neuvième a été transférés en Algérie pour recevoir une formation avec le matériel fourni par les États-Unis.

La Nueve a été transféré en Algérie pour y recevoir une formation sur le matériel fourni par les États-Unis avant de se concentrer au Maroc. Elle s’est ensuite installée en Écosse pour clore ses préparatifs avant de partir pour la Normandie.

À la fin de la guerre, seulement 16 des 144 espagnols de l’unité qui avaient atterri en Normandie étaient toujours vivants. Leur profil était celui de jeunes célibataires. Avec une moyenne d’âge de 27 ans, ils avaient déjà eu deux expériences militaires: une en Espagne sous le drapeau républicain et une autre en Afrique sous le drapeau français (130 avaient étaient passés par le Franco Corps) et d’idéologie de gauche ou progressiste.

Leur région d’origine la plus fréquente était l’Andalousie (37), suivie de la Catalogne, de Valence (18) et de Castilla La Nueva (11, dont cinq de Madrid). Et, dans une moindre mesure, Aragón (7), Galice (6), Euskadi (4), Iles Canaries (4), Melilla (4), Murcie (4), Cantabrie (3), Extrémadure (3), Îles Baléares (1). ), Asturies (1) et Maroc espagnol. Cinq autres n’ont pas précisé leur lieu de naissance, note l’historien dans son livre. Aucun d’entre eux n’est encore en vie, le dernier à mourir était Rafael Gomez.

Une histoire éclipsée par la « grandeur »

Son histoire a été occultée pendant des décennies pour deux raisons: en Espagne, à cause du silence sous lequel le franquisme a enterré la participation des républicains aux forces alliées (la dictature s’est officiellement plainte à la France de la participation de La Nueve au défilé de Paris) et en France, par le récit national officiel imposé dans l’après-guerre.

« Le compte-rendu officiel tait la participation des forces étrangères à la libération de la France »,  ce qui explique comment cette mémoire peine à se faire connaître.

https://www.publico.es/

Lire aussi:

Libération de Paris : la Nueve et ses républicains espagnols enfin pleinement reconnus (France Culture)

Las otras fuerzas españolas que derrotaron a Hitler (Pùblico)

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15 août 2019 ~ 0 Commentaire

romains (le peuple breton)

Vercingetorix

De la romanomanie en histoire

On a déjà évoqué la forte tendance chez beaucoup d’historiens à majorer l’influence de Rome et de la romanisation dans l’histoire de la France et surtout de l’État français.

Les exemples sont nombreux et s’inscrivent dans l’histoire réécrite dans l’objectif d’un « roman national » dont la justification politique est de renforcer le caractère centraliste et uniforme de l’État, en en faisant une caractéristique permanente.

Le sujet mériterait un livre. On se limitera ici à quatre exemples pris dans des périodes différentes.

Le premier nous est fourni par le paléo-anthropologue Yves Coppens. Le savant nous rappelle qu’il a engagé sa première controverse scientifique à l’âge de 14 ans. Il avait mis au jour, lors de fouilles réalisées dans son Morbihan natal, de petits fours à augets – c’est-à-dire de petits godets de pierre cuite – servant à faire évaporer l’eau de mer de manière à en extraire le sel.

Coppens précise : « Pour moi, cette industrie était gauloise alors que pour mes aînés, elle était un apport romain, une telle technique n’ayant pu être maîtrisée par les malheureux indigènes ». « J’ai tenu bon avec arrogance devant leur condescendance ! », précise le chercheur.

Son père, physicien du même nom et bien connu des stagiaires des années 1950 de l’université d’été du mouvement bretonnant Ar Falz, les a départagés à partir d’une datation au carbone 14 : 377 avant Jésus-Christ, soit longtemps avant que César ne batte les Vénètes, en 56 avant Jésus-Christ. « J’ai jubilé », ajoute le célèbre chercheur.

Le second exemple est presque contemporain

Le site du Yaudet, en Bretagne nord, est un des rares éperons rocheux barrés de l’époque celtique et atteste une présence humaine encore beaucoup plus ancienne. Des fouilles de longue durée y ont mis au jour de nombreux vestiges, dont un mur en maçonnerie romaine près de la porte sud.

Hormis la chapelle, les guides n’évoquent que cette installation bienfaitrice des Romains. Interro-gé sur la période la plus prospère connue par la cité du Yaudet, l’archéologue britannique Barry Cunliffe qui a co-dirigé l’essentiel des fouilles répond pourtant sans hésiter que c’était « le second âge de fer, juste avant la conquête romaine ».

Et de pointer l’énorme fortification de terre et de pierre, de 6 à 8 mètres de hauteur, édifiée pour se protéger des menaces de conquête romaine. La prospérité était alors fondée sur un commer-ce maritime transmanche intense, que la présence romaine va faire péricliter, provoquant le dépeuplement des côtes.

Les Romains s’accordent alors le monopole du trafic avec l’île de Bretagne, l’interdisant de fait aux Coriosolites, aux Osismes et aux Vénète. Les zones côtières vont se trouver désertées par ces peuples celtiques locaux qui vont s’enfoncer vers l’intérieur et vers l’est.

Les Saxons, les Frisons, les Scots vont alors multiplier les incursions, voire les installations, dans ces zones de prospérité maintenant désertées. Cela va obliger les Romains à y concentrer des troupes. Parmi elles des « fédérés » bretons et chrétiens, réputés pour leur efficacité militaire, venus avec leur famille de l’île de Bretagne dès avant le 3è siècle de notre ère. Mais ce n’est plus la prospérité économique.

La pax romana et ses bienfaits ne correspondent pas à une réalité pour l’Armorique.

Un quatrième exemple de romanomanie est de parler d’une romanisation rapide de la population dans son ensemble en Gaule et singulièrement en Armorique. Sans s’attarder ici sur les travaux montrant la persistance du gaulois en Gaule, le cas de Germain d’Auxerre, devenu saint après sa mort, illustre les liens religieux et politiques demeurant entre la Gaule et l’île de Bretagne peu avant la fin théorique de l’empire romain d’Occident.

Germain se rend en Bretagne pour combattre l’hérésie pélagienne. Il s’adresse aux foules en langue du pays, c’est à dire en breton, sans doute en gaulois mais les deux langues brittoniques doivent être suffisamment proches pour qu’il y ait intercompréhension. Ce qui n’empêche pas Germain de s’exprimer aussi en latin et d’appartenir à la romanité. Le monolinguisme jacobin français du 20è siècle n’avait pas cours chez leurs ancêtres gaulois !

Les rapports entre Francs d’une part et Armoricains et Bretons de l’autre ne sont pas non plus empreints d’une amitié débordante.

Mais lorsqu’en 911, les Francs cèdent la Normandie au chef viking Rollon, ils l’encouragent à envahir la Bretagne à commencer par l’Avranchin, le Mont Saint-Michel et ces îles qu’on appelle-ra plus tard « anglo-normandes », avant de piller et détruire en 913 l’abbaye de Landévennec.

Si ce recours constant à la romanité comme référence du progrès humain ne cesse jamais depuis le ralliement réciproque de Clovis au christianisme et du christianisme aux Francs, il s’amplifie à la Renaissance et encore plus lors de la Révolution française.

« Le monde est vide depuis les Romains » soupirait le Robespierriste Louis Saint-Just alors qu’il demandait la mise en accusation d’une partie des révolutionnaires jugés « indulgents » et qu’avec ses amis politiques, il s’activait, tel un taliban moderne, à faire détruire toutes traces du Moyen Age religieux dont la célèbre abbaye de Cluny. Et gare à ceux qui n’approuvaient pas cette orientation d’exclusion !

Il ne s’agit pas pour l’historien de faire des Romains des monstres, ni des génies du bien, mais de voir comment leur impérialisme a pu se traduire par des avancées pour les autochtones, mais aussi par beaucoup de reculs.

Jean-Jacques Monnier 13 août 2019

http://lepeuplebreton.bzh/

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13 août 2019 ~ 0 Commentaire

brest 1935 (bourrasque)

brest naval

Août 1935 Émeutes à Brest : Pourquoi en parler ? (1)

Il y a 80 ans Brest était le théâtre de plusieurs journées d’émeutes contre un ensemble de mesures que l’on qualifierait aujourd’hui « d’austérité » ; l’occasion de revenir sur un épisode méconnu de l’histoire de notre ville.

Une série d’articles sera donc publiée, revenant sur le contexte de ces émeutes, faisant une description de ces journées et tentant d’expliquer ce qui s’est déroulé à ce moment. Mais avant cela j’ai jugé nécessaire d’apporter quelques précisions quant à ma démarche, afin de mieux appréhender la lecture de ces articles, ne pas se méprendre sur leur but ou leur contenu.

Nous ne sommes pas historiens !

Ces articles ont été écrits en faisant des recherches assez complètes sur ces événements : journaux d’époques, mémoires de militants communistes, anarchistes et trotskistes relatant ces événements.

Ils sont donc issus de sources assez diverses et relativement fiables, et j’ai fais de mon mieux pour relater ce qui se rapproche le plus de la réalité, mais ma démarche n’est pas une démarche d’historien, cela ne veux pas dire que je déprécie mon travail, mais qu’il n’a pas vocation à être un point de référence pour une recherche historique, si vous recherchez ces références je ne peux que vous orienter vers les sources qui ont été utilisées pour l’écriture de ces articles.

Une démarche politique

Ma démarche historique est avant tout politique, partant du constat que l’histoire des luttes contre l’oppression est oubliée ou écrite par les oppresseurs. Celles et ceux qui luttent aujourd’hui, qui se reconnaissent dans les luttes d’hier, doivent faire le nécessaire pour se réapproprier cette histoire, qui est la leur, la nôtre.

En reprendre possession signifie ne pas en perdre le contenu, ne pas oublier les faits, mais aussi ne pas en oublier le sens : l’histoire n’est pas juste une suite d’événements et de dates, elle porte un sens politique.

Ces journées d’émeutes ne sont pas l’histoire d’une autre époque à commémorer tous les ans, c’est l’histoire d’un des nombreux combats contre l’oppression mené par les opprimés eux même, un combat émancipateur, pour une société plus juste, un combat qui est toujours d’actualité, et n’est pas une relique du passé.

13 août 2019

brest 1935 (bourrasque) dans A gauche du PS

Août 1935  Émeutes à Brest : Contexte politique et local (2/6)

   dans Brest et région

Août 1935  Émeutes à Brest : La mort de Joseph Baraër (3/6)

 dans Histoire

Août 1935 Émeutes à Brest : La journée du 7 août (4/6)

Août 1935 Émeutes à Brest : Funérailles, répression et vengeance (5/6)

Août 1935 Émeutes à Brest : Retour (6/6)

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11 août 2019 ~ 0 Commentaire

accumulation 2 (marx)

emigrants_1

Emigrants (Ecosse)

L’expropriation de la population campagnarde

La forme parlementaire du vol commis sur les communes est celle de « lois sur la clôture des terres communales » (Bills for inclosures of commons).

Ce sont en réalité des décrets au moyen desquels les propriétaires fonciers se font eux-mêmes cadeau des biens communaux, des décrets d’expropriation du peuple.

Le dernier procédé d’une portée historique qu’on emploie pour exproprier les cultivateurs s’appelle clearing of estates, littéralement : « éclaircissement de biens-fonds ». En français on dit « éclaircir une forêt », mais « éclaircir des biens-fonds », dans le sens anglais, ne signifie pas une opération technique d’agronomie; c’est l’ensemble des actes de violence au moyen desquels on se débarrasse et des cultivateurs et de leurs demeures, quand elles se trouvent sur des biens-fonds destinés à passer au régime de la grande culture ou à l’état de pâturage.

C’est bien à cela que toutes les méthodes d’expropriation considérées jusqu’ici ont abouti en dernier lieu, et maintenant en Angleterre, là où il n’y a plus de paysans à supprimer, on fait raser, comme nous l’avons vu plus haut, jusqu’aux cottages des salariés agricoles dont la présence déparerait le sol qu’ils cultivent. Mais le « clearing of estates », que nous allons aborder, a pour théâtre propre la contrée de prédilection des romanciers modernes, les Highlands d’Écosse.

Là l’opération se distingue par son caractère systématique, par la grandeur de l’échelle sur laquelle elle s’exécute, en Irlande souvent un landlord fit raser plusieurs villages d’un seul coup; mais dans la haute Écosse, il s’agit de superficies aussi étendues que, plus d’une principauté allemande et par la forme particulière de la propriété escamotée.

Le peuple des Highlands se composait de clans dont chacun possédait en propre le sol sur lequel il s’était établi. Le représentant du clan, son chef ou « grand homme », n’était que le propriétaire titulaire de ce sol, de même que la reine d’Angleterre est propriétaire titulaire du sol national.

Lorsque le gouvernement anglais parvint à supprimer définitivement les guerres intestines de ces grands hommes et leurs incursions continuelles dans les plaines limitrophes de la basse Écosse, ils n’abandonnèrent point leur ancien métier de brigand; ils n’en changèrent que la forme.

De leur propre autorité ils convertirent leur droit de propriété titulaire en droit de propriété privée, et, ayant trouvé que les gens du clan dont ils n’avaient plus à répandre le sang faisaient obstacle à leurs projets d’enrichissement, ils résolurent de les chasser de vive force. « Un roi d’Angleterre eût pu tout aussi bien prétendre avoir le droit de chasser ses sujets dans la mer », dit le professeur Newman.

On peut suivre les premières phases de cette révolution, qui commence après la dernière levée de boucliers du prétendant, dans les ouvrages de James Anderson et de James Stuart. Celui-ci nous informe qu’à son époque, au dernier tiers du 18è siècle, la haute Écosse présentait encore en raccourci un tableau de l’Europe d’il y a quatre cents ans.

« La rente [il appelle ainsi à tort le tribut payé au chef de clan] de ces terres est très petite par rapport à leur étendue, mais, si vous la considérez relativement au nombre des bouches que nourrit la ferme, vous trouverez qu’une terre dans les montagnes d’Écosse nourrit peut-être deux fois plus de monde qu’une terre de même valeur dans une province fertile. Il en est de certaines terres comme de certains couvents de moines mendiants : plus il y a de bouches à nourrir, mieux ils vivent. »

Lorsque l’on commença, au dernier tiers du 18è siècle, à chasser les Gaëls, on leur interdit en même temps l’émigration à l’étranger, afin de les forcer ainsi à affluer à Glasgow et autres villes manufacturières.

Dans ses Observations sur la « Richesse des nations » d’Adam Smith, publiées en 1814, David Buchanan nous donne une idée des progrès faits par le « clearing of estates. » Dans les Highlands, dit-il, le propriétaire foncier, sans égards pour les tenanciers héréditaires (il applique erronément ce mot aux gens du clan qui en possédaient conjointement le sol), offre la terre au plus fort enchérisseur, lequel, s’il est arnéliorateur (improver), n’a rien de plus pressé que d’introduire un système nouveau.

Le sol, parsemé antérieurement de petits paysans, était très peuplé par rapport à son rende-ment. Le nouveau système de culture perfectionnée et de rentes grossissantes fait obtenir le plus grand produit net avec le moins de frais possible, et dans ce but en se débarrasse des colons devenus désormais inutiles… Rejetés ainsi du sol natal, ceux-ci vont chercher leur subsistance dans les villes manufacturières. »

George Ensor dit dans un livre publié en 1818 : les grands d’Écosse ont exproprié des familles comme ils feraient sarcler de mauvaises herbes; ils ont traité des villages et leurs habitants comme les Indiens ivres de vengeance traitent les bêtes féroces et leurs tanières.

Un homme est vendu pour une toison de brebis, pour un gigot de mouton et pour moins encore… Lors de l’invasion de la Chine septentrionale, le grand conseil des Mongols discuta s’il ne fallait pas extirper du pays tous les habitants et le convertir en un vaste pâturage. Nombre de landlords écossais ont mis ce dessein à exécution dans leur propre pays, contre leurs propres compatriotes. »

De 1814 à 1820, ces quinze mille individus, formant environ trois mille familles, furent systémati-quement expulsés. Leurs villages furent détruits et brûlés, leurs champs convertis en pâturages. Des soldats anglais, commandés pour prêter main-forte, en vinrent aux prises avec les indigè-nes. Une vieille femme qui refusait d’abandonner sa hutte périt dans les flammes. C’est ainsi qu’une noble dame accapara 794.000 acres de terres qui appartenaient au clan de temps immémorial.

Le terrain ainsi conquis, fut partagé en vingt-neuf grosses fermes à moutons, établissant sur chacune une seule famille composée presque toujours de valets de ferme anglais. En 1825, les quinze mille proscrits avaient déjà fait place à 131.000 moutons. Ceux qu’on avait jetés sur le rivage de la mer s’adonnèrent à la pêche et devinrent, d’après l’expression d’un écrivain anglais, de vrais amphibies, vivant à demi sur terre, à demi sur eau, mais avec tout cela, ne vivant qu’à moitié.

Mais il était écrit que les braves Gaëls auraient à expier plus sévèrement encore leur idolâtrie romantique et montagnarde pour les « grands hommes de clan ». L’odeur de leur poisson vint chatouiller les narines de ces grands hommes, qui y flairèrent des profits à réaliser et ne tardè-rent pas à affermer le rivage aux gros mareyeurs de Londres. Les Gaëls furent une seconde fois chassés.

Enfin une dernière métamorphose s’accomplit. Une portion des terres converties en pâturages va être reconvertie en réserves de chasse. On sait que l’Angleterre n’a plus de forêts sérieuses. Le gibier élevé dans les parcs des grands n’est qu’une sorte-de bétail domestique et constitu-tionnel, gras comme les aldermen de Londres.

La conversion de leurs champs en pâturages… a chassé les Gaëls vers des terres moins fertiles; maintenant que le gibier fauve commence à remplacer le mouton, leur misère devient plus écrasante…

Ce genre de forêts improvisées et le peuple ne peuvent point exister côte à côte; il faut que l’un des deux cède la place à l’autre. Qu’on laisse croître le chiffre et l’étendue des réserves de chasse dans le prochain quart de siècle comme cela s’est fait dans le dernier, et l’on ne trouvera plus un seul Gaël sur sa terre natale.

Aux yeux des landlords, c’est un principe fixe, une nécessité agronomique que de purger le sol de ses indigènes, comme l’on extirpe arbres et broussailles dans les contrées sauvages de l’Amérique ou de l’Australie, et l’opération va son train tout tranquillement et régulièrement. »

Le livre, dont nous venons de citer quelques extraits, parut d’abord dans les colonnes du Times sous forme de lettres sur la famine que les Gaëls, succombant devant la concurrence du gibier, eurent à subir en 1847. De savants économistes anglais en tirèrent la sage conclusion qu’il y avait trop de Gaëls, ce qui faisait qu’ils ne pouvaient qu’exercer une  « pression » à malsaine sur leurs moyens de subsistance.

Vingt ans après: « Dépeupler le pays et convertir les terres arables en pacages, c’était en premier lieu le moyen le plus commode d’avoir des revenus sans avoir de frais… Bientôt la substitution des deer  forests aux pacages devint un événement ordinaire dans les Highlands. Le daim en chassa le mouton comme le mouton en avait jadis chassé l’homme…

La spoliation des biens d’église, l’aliénation frauduleuse des domaines de l’État, le pillage des terrains communaux, la transformation usurpatrice et terroriste de la propriété féodale ou même patriarcale en propriété moderne privée, la guerre aux chaumières, voilà les procédés idylliques de l’accumulation primitive. Ils ont conquis la terre à l’agriculture capitaliste, incorporé le sol au capital et livré à l’industrie des villes les bras dociles d’un prolétariat sans feu ni lieu. (Résumé voir lien)

https://www.marxists.org/

Lire aussi:

Accumulation primitive du capital (Wikirouge)

Accumulation 1 (Marx)

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11 août 2019 ~ 0 Commentaire

accumulation 3 (partage)

ecosse
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L’invention du capitalisme 
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Comment des paysans autosuffisants ont été changés en esclaves salariés pour l’industrie
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«Il faut être idiot pour ne pas comprendre que les classes populaires doivent être maintenues dans la pauvreté, sans quoi elles ne seront jamais laborieuses. » Arthur Young (1771)

La doctrine économique de notre culture stipule que le capitalisme est synonyme de liberté individuelle et de sociétés libres, n’est-ce pas ?

Eh bien, si vous vous êtes déjà dit que cette logique était une belle connerie, je vous recommande la lecture d’un livre intitulé The Invention of Capitalism (L’invention du capitalisme, non traduit) Ecrit par un historien de l’économie du nom de Michael Perelman, contraint de s’exiler pour son manque de sympathie envers l’économie de marché.

Perelman a utilisé son temps d’exil d’une des meilleures manières possibles, explorant et fouillant les travaux et la correspondance d’Adam Smith et de ses contemporains afin d’écrire une histoire de la création du capitalisme allant au-delà du conte de fées superficiel qu’est La Richesse des nations ; il nous propose ainsi de lire les premiers capitalistes, économistes, philosophes, prêtres et politiciens dans leurs propres mots. Et ce n’est pas beau à voir.

L’étude de l’histoire expose clairement le fait qu’Adam Smith et ses amis partisans du laisser-faire étaient en fait une bande de crypto-étatistes, qui avaient besoin de politiques gouverne-mentales brutales pour contraindre la paysannerie anglaise à devenir une main d’œuvre capitaliste docile prête à accepter l’esclavage salarial.

Francis Hutcheson, duquel Adam Smith apprit toute la vertu de la liberté naturelle, écrit : « C’est un des grands desseins des lois civiles que de renforcer les lois de la nature par des sanctions politiques… La populace doit être éduquée et guidée par les lois vers les meilleures méthodes dans la gestion de ses affaires et dans l’exercice de l’art mécanique. »

Eh oui, au contraire de ce qui est souvent suggéré, la transition vers une société capitaliste ne s’est pas faite naturellement ou sans douleur.

Les paysans anglais, voyez-vous, n’avaient aucune envie d’abandonner leurs communautés rurales et leurs terres afin de travailler pour des salaires plus que précaires dans d’atroces et dangereuses usines, installées par une nouvelle et riche classe de propriétaires terriens capitalistes.

Et pour de bonnes raisons. Selon les estimations fournies par Adam Smith lui-même, avec un salaire ouvrier dans l’Écosse d’alors, un paysan d’usine devait trimer plus de trois jours durant pour pouvoir se payer une paire de chaussures produites commercialement. Autrefois, il pouvait fabriquer ses propres chaussures traditionnelles en utilisant son propre cuir, en quelques heures, et passer le reste du temps à s’enivrer à la bière. Quel cruel dilemme.

Seulement, pour faire marcher le capitalisme, les capitalistes avaient besoin d’une main d’œuvre peu chère et abondante. Que faire alors ? Appeler la Garde Nationale !

Face à une paysannerie qui ne voulait pas être réduite en esclavage, philosophes, économistes, politiciens, moralistes et hommes d’affaires commencèrent à plébisciter l’action gouvernemen-tale. Avec le temps, ils mirent en place une série de lois et de mesures calibrées pour forcer les paysans à se soumettre en détruisant leurs moyens d’autosuffisance traditionnels.

« Les actes brutaux associés au processus de dépossession de la capacité d’une majorité de la population à être autosuffisante apparaissent bien éloignés de la réputation de laisser-faire de l’économie politique classique, écrit Perelman. En réalité, la dépossession de la majorité des petits producteurs et la construction du laisser-faire sont étroitement liés, à tel point que Marx, ou du moins ses traducteurs, donnèrent un nom à cette expropriation des masses : « l’accumulation primitive ». »

Perelman souligne les nombreuses politiques qui forcèrent les paysans hors de leurs terres, de la mise en place des Game Laws (lois sur la chasse) empêchant les paysans de chasser, à la destruction de la productivité paysanne par la division des communs en parcelles plus petites.

Mais les parties les plus intéressantes du livre sont incontestablement celles où le lecteur découvre les complaintes et autres gémissements des collègues proto-capitalistes d’Adam Smith se lamentant de ce que les paysans sont trop indépendants et à leurs affaires pour pouvoir être efficacement exploités, et essayant de trouver un moyen de les forcer à accepter une vie d’esclavage salarial.

Ce pamphlet de l’époque illustre bien l’attitude générale des capitalistes envers les paysans autosuffisants et prospères :

« Posséder une vache ou deux, un porc et quelques oies exalte naturellement le paysan… À flâner après son bétail, il devient indolent. Des quarts, des moitiés, voire des journées entières de travail sont imperceptiblement perdues. La journée de travail devient repoussante ; et l’aver-sion augmente avec la complaisance. Enfin, la vente d’un veau ou d’un porc à moitié nourri donne les moyens d’ajouter l’intempérance à l’oisiveté. »

Tandis qu’un autre pamphlétaire écrivait :

« Je ne peux pas concevoir de plus grande malédiction pour un groupe de personnes que d’être jeté sur un terrain où la production des moyens de subsistance et de la nourriture serait principa-lement spontanée, et où le climat ne requerrait ou n’admettrait que peu de vêtements ou de couvertures. »

John Bellers, « philanthrope » quaker et penseur économique, considérait les paysans indépen-dants comme une menace l’empêchant de contraindre les pauvres dans des usines-prisons où ils vivraient, travailleraient et produiraient un profit de 45% à destination des aristocrates propriétaires :

« Nos Forêts et grands Communs (poussent les Pauvres qui y habitent à devenir presque des Indiens) et sont une menace à l’Industrie, ainsi que des Berceaux d’Oisiveté et d’Insolence. »

Daniel Defoe, écrivain et commerçant, notait quant à lui que dans les Highlands écossais, « on était extrêmement bien fourni en provisions […] gibier à foison, en toute saison, jeune ou vieux, qu’ils tuent de leurs pistolets quand ils en trouvent ». Pour Thomas Pennant, un botaniste, l’autosuffisance gâchait une population paysanne sinon parfaitement correcte :

« Les mœurs des indigènes des Highlands peuvent être résumées en quelques mots : indolence maximale, sauf lorsqu’ils sont stimulés par la guerre ou par quelque amusement. » Si avoir un estomac bien rempli et une terre productive constituait le problème, alors la solution pour bien dresser ces faignants était évidente : virons-les de leurs terres et affamons-les !

Arthur Young, auteur populaire et penseur économique respecté par John Stuart Mill, écrivait en 1771 qu’il « faut être idiot pour ne pas comprendre que les classes populaires doivent être maintenues dans la pauvreté, sans quoi elles ne seront jamais laborieuses ». Sir William Temple, politicien et patron de Jonathan Swift, était d’accord et suggérait qu’il fallait taxer la nourriture, autant que possible, afin de sauver les classes populaires d’une vie « de paresse et de débauche ».

Temple défendait également le travail des enfants à l’usine, dès quatre ans, arguant « qu’ainsi, nous espérons que la nouvelle génération sera si bien habituée à l’emploi permanent qu’il lui sera, à terme, agréable et divertissant. »

Pour d’autres, quatre ans, ce n’était pas assez. Selon Perelman, « John Locke, souvent vu comme un philosophe de la liberté, défendait le travail dès l’âge de trois ans ». Le travail des enfants excitait également Defoe, qui se réjouissait de ce que « des enfants de quatre ou cinq ans […] pouvaient chacun gagner leur propre pain ». Mais trêve de digression.

Même David Hume, le grand humaniste, vantait la pauvreté et la faim comme des expériences positives pour les classes populaires, et blâmait même la « pauvreté » de la France sur son climat favorable et ses sols fertiles :

« Les années de pénurie, à condition qu’elle ne soit pas extrême, on observe toujours que les pauvres travaillent plus, et vivent réellement mieux. » Le révérend Joseph Townsend croyait que restreindre l’accès à la nourriture était la voie à suivre :

« Contraindre [directement] et juridiquement [au travail] […] est reçu avec trop de protestations, de violences et de bruit, […] tandis que la faim est non seulement un moyen de pression paisi-ble, silencieux et incessant, mais en tant que meilleure motivation naturelle au travail, elle appelle les plus puissants efforts […]. La faim dompterait les plus rebelles des animaux, elle inculquerait décence et civilité, obéissance et assujettissement aux plus brutaux, aux plus obstinés et aux plus pervers. »

Patrick Colquhoun, un marchand qui monta la première « police de prévention » privée d’Angle-terre pour empêcher les travailleurs des docks d’arrondir leurs maigres salaires avec de la marchandise volée, fournit ce qui est peut-être l’explication la plus lucide sur la manière dont la faim et la pauvreté sont corrélés à la productivité et la création de richesse :

« La pauvreté est l’état et la condition sociale de l’individu qui n’a pas de force de travail en réserve ou, en d’autres termes, pas de biens ou de moyens de subsistance autres que ceux procurés par l’exercice constant du travail dans les différentes occupations de la vie.

La pauvreté est donc l’ingrédient le plus nécessaire et indispensable de la société, sans lequel les nations et les communautés ne pourraient exister dans l’état de civilisation. C’est le destin de l’homme. C’est la source de la richesse, car sans pauvreté, il ne pourrait y avoir de travail ; et il ne pourrait donc y avoir de biens, de raffinements, de conforts, et de bénéfices pour les riches. »

La formule de Colquhoun est si juste qu’elle mérite d’être répétée. Car ce qui était vrai à l’époque l’est encore aujourd’hui :

« La pauvreté est donc l’ingrédient le plus nécessaire et indispensable de la société […], c’est la source de la richesse, car sans pauvreté, il n’y aurait pas de travail ; et il ne pourrait donc y avoir de biens, de raffinements, de conforts, et de bénéfices pour les riches. »

Yasha Levine  Alice Tréga

https://www.partage-le.com/

http://exiledonline.com/

Commentaire:

Nul besoin pour les Français d’aller chercher leurs exemples outre-Manche. L’histoire de l’agriculture bretonne, par exemple, montre que de la même façon, des paysans auto-suffisants et non-productivistes ont été petit à petit contraints d’abandonner leur mode de vie. Fondé sur l’usage collectif de vastes landes fournissant des espaces de pâturage et de la litière pour produire du fumier, le « modèle agricole » traditionnel laissait de plus une large place à la culture dans la vie quotidienne (chants, contes, danses, récits, etc.). Là aussi, le partage des communs, imposé par la loi à partir de 1850, a cassé l’équilibre forgé au fil des millénaires et on a nommé « paresse » ce qui était savoir-vivre.  Francois de Beaulieu

Lire aussi:

Accumulation primitive du capital (Wikipédia)

Caliban et la sorcière : femmes, corps et accumulation primitive (Médiapart)

Reproduire pour produire « Le capitalisme patriarcal » (Anti-k)

Accumulation primitive du capital (Wikirouge)

L’expropriation de la population campagnarde (Marx)

 

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10 août 2019 ~ 0 Commentaire

léonard peltier (le monde)

peltier_jan2019

Leonard Peltier, l’Indien rebelle, plus ancien prisonnier politique des Etats-Unis

En 1977, le militant de la cause indienne est condamné à la perpétuité pour le meurtre de deux policiers. Devenu le symbole de l’acharnement du FBI contre les Amérindiens, il continue de clamer son innocence.

En terre indienne, le drame n’est jamais loin des épisodes festifs. Au lendemain du 143anniversaire de la victoire de Little Big Horn, Pine Ridge commémore un événement plus sombre : la fusillade du 26 juin 1975 au cours de laquelle un militant indien a été tué, ainsi que deux agents du FBI.

Un fait d’armes pour lequel Leonard Peltier, 74 ans, le héraut de l’American Indian Movement (AIM), est toujours emprisonné. Après quarante-trois ans sous les verrous, Peltier est, selon Amnesty International, le plus ancien « prisonnier politique » des Etats-Unis.

Ce 26 juin a été proclamé « Journée de Leonard Peltier » à Pine Ridge.

Au bord du cimetière de la famille Little, où reposent les militants de l’AIM tués dans le tumulte des années 1970, quelques fidèles forment un cercle de prière : des anciens du mouvement Red Power, quoiqu’ils disparaissent inexorablement, comme Russell Means et Dennis Banks, morts en 2012 et 2017.

Des proches, vêtus du tee-shirt distribué par l’AIM. Et des enfants qui attendent sans impatience le goûter sur la propriété de la famille Jumping Bull, au bord du ruisseau où a eu lieu la fusillade. Comme chaque année, ils savent qu’ils vont recevoir des cadeaux, des ballons, des sacs à dos et des fournitures scolaires de la part de Leonard Peltier.

La loi du silence

« Nous croyons à l’innocence de Leonard, lance l’officiant, Fred Cedar Face, un ancien juge tribal. Et pourtant, il croupit en prison. »

L’atmosphère est lourde, plombée par le poids du passé. L’orateur déplore les divisions qui continuent sur la réserve, la loi du silence, la « négativité ».

Si Leonard Peltier n’est pas coupable, alors il doit se trouver quelqu’un à Pine Ridge qui sait la vérité, quelqu’un qui n’a pas témoigné. Qui a tiré à bout portant sur les deux agents du FBI ce 26 juin 1975 ?

Corine Lesnes 10 aout 2019

https://www.lemonde.fr/

Lire aussi:

Leonard Peltier : « Aux Etats-Unis, ce qui n’a pas changé, ce sont les tentatives des gouvernements d’en finir avec nous en tant que peuple indien » (Le Monde)

Leonard Peltier (Wikipédia)

American Indian Movement (Wikipédia)

Les Amérindiens et leurs luttes (TC)

 

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10 août 2019 ~ 0 Commentaire

mitterrand (npa)

hollane ps

A  sa troisième tentative, en 1981, Mitterrand fut élu.

Après quelques mesures limitées, comme le relèvement du Smic, le passage aux 39 heures et la retraite à 60 ans, le gouvernement d’union de la gauche prit le « tournant de la rigueur » : blocage des salaires, vague de licenciements avec la bénédiction gouvernementale.

C’est que les temps avaient changé : la bourgeoisie renonçait à concéder aux travailleurs ne serait-ce que quelques miettes et en était plutôt à leur reprendre les acquis de la période précédente.

La social-démocratie, n’ayant plus de « grain à moudre » selon l’expression célèbre du dirigeant FO de l’époque, André Bergeron, s’embarqua sans états d’âme dans le train néolibéral : c’est le Parti Socialiste qui, en France, prendra en charge la politique anti-ouvrière menée ailleurs par Thatcher ou Reagan.

Car la crise menaçait les profits de la bourgeoisie dans le monde.

Pour aider les capitalistes à reconstituer leurs bénéfices, les socialistes entamèrent une politique de baisse des cotisations sociales des entreprises. Dès juin 1981, Mauroy décida d’un abatte-ment de 50 % sur les très bas salaires, une politique qui connaîtra un grand succès dans les années qui suivirent.

Loin de subir la loi des marchés financiers, selon une fiction véhiculée par elle-même, la gauche mitterrandienne a contribué à les doper. Endettant massivement l’Etat pour soutenir les groupes capitalistes, le gouvernement emprunta sur les marchés financiers et, pour cela, démantela un certain nombre de réglementations qui limitaient les activités financières et les mouvements de capitaux.

Ces contraintes, en partie héritées de la crise économique de 1929, avaient pour objectif d’éviter les effets destructeurs de faillites financières en cascade. Lorsqu’on entend certains socialistes se plaindre de l’instabilité des marchés financiers ou des placements spéculatifs, il faut se souvenir que le PS a tout fait pour cela !

Ensuite, à partir de 1997, Jospin continua sur la lancée en privatisant plus que tous les gouvernements de droite qui avaient précédé. La sanction en fut, en 2002, une énorme perte de voix populaires (à travers l’abstention et un report sur d’autres candidats – avec l’extrême gauche, LO et LCR, à 10 %).

Et la qualification de Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Est-ce que c’en était fini avec le PS ? Pas encore. Le quinquennat de Nicolas Sarkozy a été tellement caricatural que bon nombre d’électeurs s’en sont détournés en 2007 et ont voulu le dégager, en votant sans trop d’illusions pour Hollande. Lequel a mis en œuvre une politique que Sarkozy n’avait même pas osé mener.

Régine Vinon Lundi 19 juin 2017

https://npa2009.org/

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09 août 2019 ~ 0 Commentaire

folk (mamm douar kafe)

mamm

Conférence : We Shall Not Be Moved 

Folk Music et Agit Prop pendant la Grande Dépression américaine

Dans la folk music, la notion même de folk, inventée à partir de la fin du 18è dans le contexte des révolutions démocratiques et de la création des états-nations, peut renvoyer tant à une mise en valeur des classes populaires qu’aux politiques identitaires les plus fermées.

Dans les États-Unis du début du 20è siècle, après un long combat pour en établir la dimension multiculturelle représentative du peuple américain: noirs, blancs, immigrants de multiples origines, voire amérindiens, les sympathisants communistes du Front Culturel et les Socialistes-Chrétiens l’investissent comme arme de mobilisation prolétaire et citoyenne.

Si certaines de ces actions échoueront presque totalement, d’autres fonderont une culture militante qui sera déterminante entre autres lors du mouvement des Droits Civiques.

Conférenciers :

Camille Moreddu est docteur en histoire, spécialiste des arrières-plans intellectuels et idéologiques de l’invention de la notion de « folk music américaine » au début du 20è siècle. Dans le milieu rock, elle est plus connue en tant que Calamity.

Yves Dorémieux, ethnologue mongoliste de formation, hante les conférences et séminaires de Popular music studies depuis une douzaine d’années. Il prétend travailler à acquérir une vision globale des musiques de bar, d’autres disent que c’est un bon prétexte. Pour les punk-rockeurs, c’est Ratel.

L’un et l’autre n’aiment rien tant que pérorer sur leurs obsessions en bonne compagnie, ils appellent ça des conférences, heureusement, ils passent de la bonne musique et montrent de belles images.

https://mammdouarkafe.bzh/

http://www.rennes-info.org

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09 août 2019 ~ 0 Commentaire

inégalité (pùblico)

 Femmes-de-la-préhistoire

Les débuts de l’inégalité hommes-femmes

À quelle moment a commencé la domination des hommes sur les femmes? Des chercheurs ont une réponse

Une équipe d’archéologues de l’Université de Séville a étudié les origines de l’inégalité des sexes dans la préhistoire péninsulaire. La conclusion principale est que c’est au Néolithique que la domination masculine est devenue évidente.

Des chercheurs du département de préhistoire et d’archéologie de l’université de Séville ont étudié les restes archéologiques des sociétés néolithiques de la péninsule ibérique sous l’angle de la problématique hommes-femmes.

Selon les résultats de ses travaux, publiés dans le European Journal of Archaeology, c’est au Néolithique que nait l’inégalité entre les sexes, à l’origine de la domination masculine dans les périodes historiques ultérieures.

Pour parvenir à ces conclusions, les auteurs ont analysé d’une part les conditions de vie et les aspects démographiques et d’autre part, les pratiques funéraires. Dans le premier groupe, ils ont étudié des facteurs tels que le sexe ratio (ratio démographique hommes-femmes), l’alimentation, les données génétiques, la mobilité, les maladies les plus courantes et les marqueurs de stress détectés.

L’inégalité entre les sexes n’a pas été consolidée ni généralisée pendant le néolithique péninsulaire, mais des situations de domination sont apparues progressivement

Dans un deuxième groupe, ils ont examiné des données telles que le type d’inhumation, le caractère primaire ou secondaire du gisement, qu’il s’agisse d’une sépulture individuelle ou collective, l’organisation spatiale du gisement, la position et l’orientation des corps, les éléments de resserrement ils ont été déposés dans la tombe ou dans les gestes funéraires (signes de manipulation des cadavres, de pigmentations ou d’altérations induites par la chaleur).

L’étude conclut que l’inégalité entre hommes et femmes n’était ni consolidée ni généralisée dans le néolithique péninsulaire. Cependant, les situations indiquant une domination des hommes sur les femmes apparaissent progressivement.

Rites et rôles funéraires

Les auteurs soulignent quatre axes principaux dans lesquels l’inégalité entre hommes et femmes peut être examinée au cours de périodes historiques successives: leur accès aux rites funérai-res, les conditions matérielles de leur existence, l’émergence de rôles sociaux spécifiques pour chacun des genres et l’association croissante de l’homme à la violence.

C’est précisément ce dernier aspect qui ressort le plus dans son étude. Les blessures de flèches dans les corps des hommes, le dépôt de projectiles dans leurs tombes ou les représentations picturales (art rupestre) d’hommes participant à des activités de chasse ou de guerre n’ont pas de équivalent chez les femmes.

Par conséquent, les chercheurs soulignent la naissance d’une idéologie associant les hommes à l’exercice de la force. À cet égard, ils soulignent que la création de rôles différenciés fondés sur le genre et d’autres formes d’inégalité de genre a joué un rôle fondamental dans l’émergence de la complexité sociale, facteur qui n’a pas toujours été bien compris dans les documents de recherche précédents.

Madrid 19/06/2019

https://www.publico.es/

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