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29 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Le féminisme à l’offensive : pentalogue pro-vie (Lcr.be)

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Le débat politique et médiatique des dernières décennies autour de l’avortement, est accompagné d’une appropriation croissante de la défense de la vie par une partie de la droite, en opposition intéressée au féminisme pro-choix qui défend le droit de décider.

Si, comme féministes, nous nous sommes défendues contre les accusations  d’égoïsme et/ou d’infanticide venant de la machinerie catholique et de ses fidèles, il faut reconnaitre que nos tentatives de contester le monopole de la droite sur la défense de la vie a donné jusqu’ici peu de fruits. Bien qu’anti-choix, les anti-avortement sont reconnus par tout le monde comme pro-vie et le féminisme continue d’être identifié comme pro-avortement et anti-vie.

Cependant, cette logique est fausse. Le féminisme défend la vie. Il l’a toujours fait. C’est pourquoi, au moment où les tenants de la morale traditionnelle sortent de leur terrier pour charger à nouveau contre le droit de décider et la liberté, dans un contexte où les politiques d’austérité et les médias joignent leur forces pour ressusciter la mode de la femme soumise et pleine d’abnégation, il est plus que jamais stratégique de revendiquer le féminisme comme profondément pro-vie et de nous délivrer du cadre sémantique qui nous est imposé de l’extérieur. Le féminisme pro-vie n’appuie pas seulement la revendication de la liberté et de l’autonomie féminines comme éléments clés de la lutte des femmes. Au moment où la droite recommence à attaquer les femmes en nous criminalisant et en nous dépossédant de nos droits, il propose et présente aussi notre réappropriation de la vie comme point initial et cheminement émancipateur. Voici une première proposition pour les cinq lignes de force, un pentalogue, du féminisme pro-vie:

1. Le féminisme défend le droit des femmes à interrompre leur grossesse en toute sécurité. Comme le constate l’Organisation Mondiale de la Santé, la pénalisation de l’avortement provoque une augmentation de la mortalité maternelle. Aujourd’hui, 47.000 femmes meurent chaque année dans le monde en tentant d’interrompre clandestinement leur grossesse. 13% de la mortalité maternelle est dû à un avortement insécurisé, majoritairement dans les pays dotés d’une législation restrictive. Le nombre d’IVG ne diminue pas quand les lois se durcissent mais les avortement dangereux augmentent. C’est en mémoire de toutes les femmes qui ont tenté d’exercer leur droit à ne pas avoir d’enfant dans des situations insalubres, en mémoire de toutes les femmes qui ont risqué la mort ou qui y sont restées, que le féminisme est pro-vie.

2. Selon l’ONU, les avortements non médicalisés et clandestins ne sont pas seulement préoccupants à cause des risques pour la santé et la vie des femmes mais aussi en raison de la négation du droit à l’information, à la vie et à la liberté pour les femmes. Ainsi, l’avor- tement ne constitue pas seulement un problème de santé mais aussi, et surtout, de droits humains, sociaux et économiques. Les nombreux obstacles qui compliquent l’accès libre et équitable à une IVG -comme notre pouvoir d’achat qui nous permet de voyager et/ou de s’offrir discrètement une clinique privée, notre âge, notre lieu de résidence, notre pays d’origine ou notre situation administrative- ne sont pas seulement hypocrites, ils sont discriminatoires. C’est à travers ses efforts pour éliminer ces barrières que le féminisme est pro-vie.

3. Les principaux facteurs de diminution des grossesses non désirées et des avortements chez les jeunes femmes sont liés à l’augmentation de l’utilisation de contraceptifs, à un meilleur accès à l’information et à une meilleure éducation sexuelle et affective, c’est-à-dire tout ce qui est revendiqué depuis des années par le mouvement féministe. Etant donné que le droite qui nous appelle anti-vie s’oppose, elle, à préparer nos jeunes aux relations sexuelles sûres, libres et intelligentes, il est nécessaire et urgent de générer et de trans-mettre un modèle de sexualité riche, mature et stable. Et ça ne se fait pas en préconisant l’abstinence ou des silences hypocrites mais en garantissant que les décisions des jeunes soient toujours plus basées sur l’information, la liberté et le respect mutuel. C’est à travers sa solide défense de la prévention des grossesses non désirées -et, en conséquence, des avortements- basée sur la transmission de valeurs d’équité et d’autonomie que le féminisme est pro-vie.

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29 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Etat espagnol et droit à l’avortement : la femme décide (Esther Vivas)

Etat espagnol et droit à l’avortement : la femme décide (Esther Vivas) dans Féminisme arton28892-6b506

« C’est nous qui accouchons, c’est nous qui décidons ». Ce slogan ne perd pas une ride malgré le temps qui passe. Que ce soit en noir et blanc ou en technicolor, nous, les femmes, nous continuerons toujours de sortir dans la rue pour revendiquer nos droits. Personne ne le fera à notre place. En ce 28 septembre, Journée Internationale pour la Dépénalisation de l’Avortement, nous réaffirmons clairement que c’est seulement nous, les femmes, qui décidons pour notre corps.

L’offensive du gouvernement du Parti Populaire destinée à réformer et à restreindre encore plus la déjà très timide Loi d’interruption volontaire de grossesse, montre la nécessaire actualité de la lutte féministe. Cette réforme veut nous faire revenir 20 ans en arrière, avec une législation plus restrictive que celle de 1985. Elle n’autorisera l’avortement que sur  des  critères très limités. Il s’agit là d’une nouvelle tentative de la droite ultra-conservatrice de décider et légiférer sur le corps des femmes.

Face à ces mesures, nous ne pouvons rester silencieuses alors que l’on nous condamne à la clandestinité et à mettre notre vie en péril avec les avortements illégaux. L’interruption volontaire de grossesse ne peut pas être considérée, ce qui est le cas aujourd’hui, comme un délit inscrit au Code Pénal. Nous ne sommes pas des délinquantes, nous sommes des femmes ayant des droits (même si cela ne plait pas à certains) et nous voulons décider de notre maternité. L’avortement doit être inclus dans la santé publique et  accessible à toutes les femmes, indépendamment de leur origine et situation sociale. L’éducation sexuelle et l’accès aux contraceptifs est une préalable indispensable pour ne pas devoir avorter.

La crise n’implique pas seulement une perte de droits économiques, sociaux, démocratiques, du travail, mais aussi des droits sexuels et reproductifs. Nous assistons à une offensive politico-idéologique qui nous fait retourner plusieurs décennies en arrière en matière de libertés qui ont pris des années de luttes pour être obtenues. Ce sont des mesures de droite, machistes et homophobes qui aggravent les inégalités et frappent principalement ceux qui possèdent le moins.

N’oublions pas la récente mesure du PP qui refuse le droit à la reproduction assistée (1) (insémination artificielle et fécondation in vitro) dans la santé publique pour les lesbiennes et les femmes seules. C’est une politique qui enfreint l’égalité d’accès aux services publics et qui discrimine certains secteurs de la population en cherchant à imposer un seul modèle familial. Ils nous veulent craintives, pauvres, soumises, silencieuses et hétérosexuelles. Mais face au corset hétéro-patriarcal qu’ils veulent nous imposer, nous réaffirmons notre diversité et notre liberté. Libres pour décider sur notre corps et notre sexualité. VIVAS Esther

* Article publié dans Publico.es, 27/09/2013. * Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera.

1: En France aussi

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article29869

Commentaire: Ils veulent refuser l’avortement pour malformation du foetus et baissent les aides aux handicapés…

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26 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Capitalisme, chasse aux sorcières et biens communs (Avanti.be)

Capitalisme, chasse aux sorcières et biens communs (Avanti.be) dans Féminisme sorciere

Il y a quelques siècles d’ici, elle aurait été envoyée au bûcher.

Féministe infatigable, l’historienne et auteure de l’un des livres les plus téléchargés sur Internet, nous explique de manière rigoureuse les raisons politiques et économiques qui se cachaient derrière la chasse aux sorcières.  C’est avec un œil scrutateur que l’italienne Silvia Federici étudie depuis plus de 30 ans les événements historiques qui ont provoqué l’exploitation sociale et économique des femmes. Dans son livre « Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive », elle fixe son attention sur la transition violente entre le féodalisme et le capitalisme, où s’est forgé au fer rouge la division sexuelle du travail et où les cendres des bûchers ont recouvert d’un épais manteau d’igno- rance et de mensonges un chapitre essentiel de l’Histoire. Dans son bureau du Département d’Histoire de la Hofstra University de New York, Federici nous parle de sorcières, de sexualité et de capitalisme et se propose de « faire revivre pour les jeunes générations la mémoire d’une longue histoire de résistance qui court aujourd’hui le risque d’être effacée ».

Comment est-il possible que le massacre systématique de femmes n’ait pas été abordé plus amplement que comme un chapitre anecdotique dans les livres d’Histoire ? Je ne me souviens même pas en avoir entendu parler à l’école…

Silvia Federici : C’est un bon exemple de comment l’Histoire est écrite par les vainqueurs. Au milieu du XVIIIe siècle, quand le pouvoir de la classe capitaliste s’est consolidé et que la résistance fut en grande partie défaite, les historiens ont commencé à étudier la chasse aux sorcières comme un simple cas de superstitions rurales et religieuses. En conséquence, jusqu’à pas longtemps d’ici, bien peu furent ceux qui investi-guèrent sérieusement les raisons qui se cachent derrière la persécution des « sorcières » et ses rapports avec l’instauration d’un nouveau modèle économique. Comme je l’expose dans « Caliban et la sorcière… » : deux siècles d’exécutions et de tortures qui ont condamné des milliers de femmes à une mort atroce ont été liquidés par l’Histoire comme étant un produit de l’ignorance ou comme quelque chose qui appartenait au folklore. Une indifférence qui frise la complicité vu que l’élimination des sorcières des pages de l’histoire a contribué à banaliser leur élimination physique sur les bûchers.

Les féministes se sont rendu compte qu’il s’agissait d’un phénomène très important, qui a modelé la position des femmes dans les siècles suivants et elles se sont identifiées avec le destin des « sorcières » en tant que femmes persécutées pour avoir résisté au pouvoir de l’Eglise et de l’Etat. Espérons qu’on enseignera aux nouvelles générations d’étudiantes l’importance de cette persécution.

Il y a quelque chose, en outre, de profondément inquiétant dans le fait que, mis à part dans le cas des pêcheurs basques de Lapurdi, les proches des prétendues sorcières ne se soulevèrent pas en armes pour leur défense, alors qu’ils avaient précédemment lutté ensemble dans les soulèvements paysans…

Malheureusement, la majorité des documents à notre disposition sur la chasse aux sorcières furent écrits par ceux qui occupaient des postes de pouvoir : les inquisiteurs, les magistrats, les démonologues. Cela signifie qu’il y ait pu y avoir des exemples de solidarité qui n’ont pas été enregistrés. Mais il faut tenir compte du fait qu’il était très dangereux pour les proches des femmes accusées de sorcellerie de s’associer à elles et plus encore de prendre leur défense. De fait, la majorité des hommes qui furent accusés et condamnés pour sorcellerie étaient des parents des femmes accusées. Cela ne minimise pas, bien entendu, les conséquences de la peur et de la misogynie que la chasse aux sorcières elle- même a produit, vu qu’elle a propagé une image horrible des femmes, en les transformant en meurtrières d’enfants, servantes du démon et dévoreuses d’hommes qui les séduisaient et les rendaient impuissants en même temps.

Tu exposes deux conséquences claires en ce qui concerne la chasse aux sorcières : qu’il s’agit d’un élément fondateur du capitalisme et qu’il suppose la naissance de la femme soumise et domestiquée.

En effet, la chasse aux sorcières, ainsi que la traite des esclaves noirs et la conquête de l’Amérique, constituent des éléments indispensables de l’instauration du système capitaliste moderne car ils ont changé de manière décisive les rapports sociaux et les fondements de la reproduction sociale, à commencer par les rapports entre les femmes et les hommes et entre les femmes et l’Etat. En premier lieu, la chasse aux sorcières a affaibli la résistance de la population face aux transformations qui accompagnèrent l’apparition du capitalisme en Europe : la destruction de la gestion communautaire de la terre ; l’appauvrissement massif et la famine, ainsi que la création dans la population d’un prolétariat sans terre, à commencer par les femmes d’âge mûr qui, n’ayant plus de terre à cultiver, dépendaient d’une aide étatique pour survivre.

On a également élargi le contrôle de l’Etat sur le corps des femmes, en criminalisant le contrôle que celles-ci exerçaient sur leur capacité reproductive et sur leur sexualité (les sages-femmes et les anciennes furent les premières accusées de sorcellerie). Le résultat de la chasse aux sorcières en Europe fut un nouveau modèle de féminité et une nouvelle conception de la position sociale des femmes, qui a dévalué son travail en tant qu’activité économique indépendante (processus qui avait déjà commencé graduellement) et les a placées dans une position subor- donnée aux hommes. Tel était la principale condition pour la réorganisation du travail reproductif exigée par le système capitaliste.

Tu parles ainsi du contrôle des corps : si au Moyen Age les femmes exerçaient un contrôle indiscutable sur les naissances, dans la transition au capitalisme « les utérus se transformèrent en territoire politique contrôlé par les homme et par l’Etat ».

Il n’y a pas de doutes qu’avec l’avènement du capitalisme nous commençons à voir un contrôle beaucoup plus strict de la part de l’Etat sur le corps des femmes. Ce contrôle n’a pas seulement été mené à bien par la chasse aux sorcières mais aussi à travers l’introduction de nouvelles formes de surveillance de la grossesse et de la maternité, l’institution de la peine capitale contre l’infanticide (lorsque le bébé était mort-né ou mourrait pendant l’accouchement, on accusait et on jugeait la mère). Dans mon travail, je soutien que ces nouvelles politiques, et en général la destruction du contrôle que les femmes au Moyen Age avaient exercé sur la reproduction, s’associent avec la nouvelle conception du travail que le capitalisme a promu.

Quand le travail devient la principale source de richesse, le contrôle sur les corps des femmes acquiert une nouvelle signification : ces mêmes corps sont alors vus comme des machines de production de la force de travail. Je crois que ce type de politique est encore très important aujourd’hui parce que le travail, la force de travail, est toujours cruciale pour l’accumulation de capital. Cela ne veut pas dire que les patrons veulent, partout et tout le temps, avoir plus de travailleurs, mais ils veulent sans aucun doute contrôler la production de la force de travail ; ils veulent décider combien de travailleurs produisent et dans quelles conditions.

En Espagne, le ministre de la Justice veut réformer la loi sur l’avortement, en excluant les cas de malformation du fœtus, et cela précisément au moment où les aides sociales aux personnes dépendantes ont été supprimées…

Aux Etats-Unis aussi ils tentent d’introduire des lois qui pénalisent gravement les femmes et qui limitent leur capacité de choisir si elles souhaitent ou pas avoir un enfant. Par exemple, plusieurs Etats introduisent des lois qui rendent les femmes responsables de ce qui arrive au fœtus pendant la grossesse. Il y a eu le cas polémique d’une femme qu’on a accusé d’assassinat parce que son fils est mort-né et qu’on a découvert ensuite qu’elle avait pris certaines drogues. Les médecins ont pourtant conclu que la consommation de cocaïne n’était pas la cause de la mort du fœtus, mais ce fut en vain, l’accusation a suivie son cours. Le contrôle de la capacité reproductive des femmes est également un moyen de contrôler la sexualité des femmes et notre comportement en général.

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« Caliban and the Witch : Women, the Body and Primitive Accumulation »  Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive. Edition française à paraître aux Editions Senonevero en 2013.  Son dernier livre, « Revolution at Point Zero : Housework, Reproduction, and Feminist Struggle » (Common Notions/PM Press, 2012) est un recueil d’articles indispensables pour connaître sa trajectoire intellectuelle. Entretien réalisé pour la rubrique « Numeros Rojos » du journal en ligne « Publico.es » (Avanti4.be))

 

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23 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Mouvement des pères : recul pour les femmes

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Dimanche 15 septembre à Paris a eu lieu la première « Marche des pères pour la coparentalité » à l’initiative d’un collectif d’associations plus au moins proches des réseaux masculinistes.
Enfin une mobilisation d’hommes pour l’égalité parentale, revendiquant une redéfinition des tâches et des temps de chacunE, une meilleure prise en compte de la parentalité au travail et dans la vie ? En réalité, cette manifestation ressemble plus à une copie de la « Manif pour tous » qu’à une joyeuse kermesse proféministe : des pères perchés sur les grues, des ­antiféministes notoires et autres réactionnaires de tous bords…
Revanche masculine Leur plateforme revendicative propose notamment l’application systématique de la résidence alternée en cas de séparation, y compris s’il y a désaccord entre les parents, c’est-à-dire un contrôle accru sur les femmes, une difficulté supplémentaire pour déménager, refaire leur vie, ou s’éloigner d’un ex-conjoint violent par exemple. De fait, dans l’immense majorité des cas, lors des séparation, la résidence est effectivement accordée à la mère, suite un accord entre les deux parents et très rarement réclamée par les pères. De plus, ils revendiquent le placement systématique en institution de l’enfant en cas d’accusation d’inceste, pour l’éloigner d’une mère jugée trop « mani- pulatrice ». L’application d’une telle mesure rendrait dans les faits plus difficile de porter une affaire en justice.

Ces revendications reflètent leur vision d’un monde où selon eux les femmes auraient gagné tous les pouvoirs, et contrôleraient l’institution judiciaire pour leur nuire. Au fond, cette marche des pères prône assez peu l’égalité, mais plutôt une volonté de revanche sur les droits acquis par les femmes, pour leur indépendance et leur autonomie, et un retour au modèle du chef de famille.  Loin, bien loin, de l’égalité réelle que nous souhaiterions pour nos vies.

Hélène Pierre Lundi 23 septembre 2013 Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 209 (19/09/2013)

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21 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

«On en a assez que les princes ne fassent rien» (Libération)

«On en a assez que les princes ne fassent rien» (Libération) dans Educ'action fille-avion

Dans une école primaire à Paris, une classe chasse les clichés sur le genre

Placardée sur l’un des murs, une affiche donne le ton de la séance : «Filles/Garçons : cassons les clichés !» Dans la classe de CE1 de l’école polyvalente de la rue de Lancry à Paris (Xe arrondissement), c’est l’heure de la lecture commentée d’un album. Aujourd’hui, c’est Marre du rose. Soit le récit d’une petite fille gavée par cette couleur mais aussi par «les tralalas de princesse, les rubans et les poupées». «Selon vous, pourquoi le personnage en a marre du rose ?» demande Isabelle Cabat-Houssais, l’enseignante. Marwa prend la parole : «Parce que c’est un garçon manqué.» «Qu’est-ce que c’est un garçon manqué ? C’est une fille ratée ?». «Eh ben c’est une fille qui adore les jouets de garçon», répond Françoise. «Ah bon ?, s’étonne la maîtresse. Il y a des activités réservées aux garçons et d’autres aux filles ?» «Ouiii!» répondent les élèves.

Omar tempère : «Des fois, les garçons, ils jouent à la corde à sauter…» Saja ajoute que son père lui raccommode parfois ses affaires. Et Ruben raconte comment, chez sa Mamie, il coud. Sans que cela provoque éclats de rire ou moqueries. A chaque nouvelle illustration, Isabelle Cabat-Houssais les questionne. «Qu’est ce que vous en pensez ?».«Pourquoi ?».«Vous êtes d’accord ?» L’album n’est qu’un prétexte pour engager la discussion sur les couleurs, les jeux, les vêtements attribués aux garçons et aux filles. Combattre les clichés, les compor- tements sexistes et les inégalités garçons-filles dès l’école primaire, c’est l’objectif de l’Education nationale et du ministère des Droits des femmes, qui frappent un grand coup en expérimentant, dans une dizaine d’académies, «les ABCD de l’égalité», des ateliers visant à décons-truire les «stéréotypes de genre», de la maternelle au CM2.

Carnaval. Isabelle Cabat-Houssais, elle, n’a pas attendu que 2013 soit déclarée «année de l’égalité garçons-filles». Voilà dix ans qu’elle «chausse les lunettes correctrices du genre» et qu’elle s’efforce d’enseigner de façon «non sexiste». Elle féminise tous les noms de métiers, s’adresse «à toutes et à tous», n’appelle pas systématiquement les mères des élèves si un enfant tombe malade, parle de «filles courageuses» et de «garçons coquets» dans ses leçons… «J’encourage les filles à s’engager corporellement dans les sports de lutte, par exemple, alors qu’elles sont plutôt éduquées à être dans la retenue. Pour les garçons, il s’agit de les inciter à se concentrer, à s’adonner à la relaxation, eux qui sont considérés comme plus agités», explique cette institutrice qui confesse, sans rire, ne pas savoir combien de filles ni de garçons elle compte dans sa classe. L’année dernière, pour le carnaval, elle a imaginé avec ses élèves quelles pourraient être les revendications des princesses des contes de fée. S’en est suivi un défilé d’écoliers avec des pancartes : «Je ne veux plus porter de robes mais des pantalons !» ; «On en a assez que les princes ne fassent rien.»

«Je réintroduis du féminin là où domine le prétendu « masculin neutre » : il ne s’agit pas de penser séparément les filles et les garçons mais bien de favoriser une réelle mixité, explique Isabelle Cabat-Houssais. Et surtout de ne pas assigner les enfants dans des rôles traditionnels ou une trajectoire prédéfinie par leur sexe.»

«Carcan». Car les faits sont là, toujours aussi désespérants. Selon un rapport de l’Inspection générale de l’Education nationale (IGEN), remis en juillet à Vincent Peillon, «les stratégies des élèves sont largement influencées par leur appartenance de genre». Et comme un jeu de domino, au fil de leurs orientations, les inégalités en entraînent d’autres, et les filles, qui ont pourtant une meilleure réussite scolaire, se retrouvent à la traîne sur le marché du travail. Si Isabelle Cabat-Houssais est la seule dans son école à introduire le genre dans ses leçons, son initiative n’est pas isolée. Plusieurs enseignants font de même et des syndicats comme le Snuipp, majoritaire dans le primaire, se sont emparés de la question.

L’ambition des ABCD de l’égalité est d’uniformiser ce qui se fait au coup par coup sur le terrain. Et, à terme, de toucher tous les écoliers et de former tous les enseignants. De quoi filer des cauchemars aux membres de la Manif pour tous qui ont pris le genre comme nouvel  épouvantail et incitent les parents d’élèves à créer des comités de vigilance au sein des écoles, à travers leur plan «Vigi-Gender». Pas de quoi effrayer Isabelle Cabat-Houssais. Au cours de ces dix années de «genre», elle n’a jamais reçu de plaintes de parents. «Au contraire, certains m’ont remerciée. Il y a des enfants qui ne se reconnaissent pas dans les stéréotypes sexués et que ces séances aident à s’émanciper de ces carcans. Il s’agit aussi de les éduquer à la différence : en termes de stéréotypes sexistes, ce sont les mêmes mécanismes de discrimination qui sont à l’œuvre dans le racisme.» Dans sa classe, sur les dossiers des chaises, les cartables restent pourtant bien roses avec des paillettes et des princesses pour les filles, et bleus avec des voitures dessus pour les garçons. «Comme pour les jouets, les fournitures scolaires sont sexuées, soupire-t-elle. Difficile d’échapper à cette vision bipolaire du monde.»

Anne-Claire GENTHIALON 17 septembre 2013 à 19:26 (Mis à jour : 20 septembre 2013 à 10:39)

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03 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Rencontre Internationale de la Marche Mondiale des Femmes (Cadtm)

Rencontre Internationale de la Marche Mondiale des Femmes (Cadtm)   dans Altermondialisme manifestac3a7c3a3o-mmm

La trajectoire du mouvement féministe en Amérique Latine
Lundi 26 août 2013, la 9e rencontre internationale de la Marche Mondiale des Femmes « Féminisme en marche pour changer le monde ! » a débuté dans la ville de Sao Paulo. C’est au Mémorial de l’Amérique Latine que se sont rassemblées 1400 féministes venues du Brésil tout entier, ainsi que 124 déléguées internationales venues de 49 pays des cinq continents. L’arrivée des déléguées a été marquée par l’enthousiasme et l’énergie des militantes brésiliennes accompagnées de leurs tambours « batucadas »,  qui ont entonné plusieurs chants militants en portugais, sur des rythmes variés de samba, funk, forro et autres styles typiques du Brésil.

La conférence d’ouverture proposait d’aborder la trajectoire du féminisme en Amérique latine par les présentations de trois panélistes: Nalu Faria (Brésil), Sandra Moran (Guatemala) et Sonia Alvarez (Etats-Unis).

Sonia Alvarez, professeure de l’Université de Massachussets aux Etats Unis, a présenté l’évolution du néolibéralisme depuis les années 80 et a expliqué comment les mouvements féministes ont évolué au fil de cette trajectoire. Elle distingue trois phases du néolibéralisme : libéralisme de marché et contexte militariste, néo-libéralisme multiculturel et ensuite, post-néolibéralisme. Les mouvements syndicaux, associatifs, féministes, indigènes et noirs ont gagné en visibilité dans la deuxième phase car le néo-libéralisme multiculturel cherche à redorer son image en associant la société civile à son projet. Des projets sociaux visant les femmes pauvres et marginalisées voient le jour. Dans la troisième phase, des gouvernements de gauche accèdent au pouvoir mais ils adoptent une attitude tout aussi paternaliste et absorbent des demandes féministes uniquement si celles-ci vont dans le sens du projet néolibéral. Elle conclut en soulignant la diversité et la complexité du mouvement féministe actuel et en insistant sur la nécessité d’accepter nos tensions et nos différences comme un facteur d’évolution et non de division.

Sandra Moran, activiste très connue dans la lutte pour les droits des femmes au Guatemala, a expliqué le contexte particulier de ce petit pays d’Amérique centrale qui est à la fois néolibéral et militarisé. Le mouvement féministe guatémaltèque s’est construit au sein de la guérilla afin de faire valoir le point de vue des femmes et s’est inspiré d’exemples de pays voisins afin de faire avancer leurs revendications. Il a aussi fallu démystifier le féminisme auprès des femmes de tout bord y compris les femmes maya qui le voyaient comme un concept occidental, en leur demandant de définir leur propre féminisme au travers de leur quotidien. Elles ont aussi créé une union entre féministes de droite et de gauche, entre intellectuelles et femmes rurales, pour faire entendre les revendications des femmes et rendre le mouvement visible. D’où l’importance de créer des espaces de dialogue permanents. Sandra a donc confirmé l’argument avancé par Sonia de l’importance de l’inclu-sivité et de la complémentarité dans le mouvement féministe. « Le féminisme est divers, mais partage un même but : changer le monde ».

Nalu Faria, coordinatrice de la SOF (Sempreviva organizaçao feminista), organisation support de la Marche Mondiale des Femmes au Brésil, a expliqué l’historique du mouvement féministe brésilien et les leçons apprises. Dans les années 90, ce mouvement était divisé sur la relation à entretenir avec les institutions nationales et internationales. Lors de la 4e conférence des Nations Unies à Pékin, beaucoup de femmes dont celles du syndicat (CUT) se sentaient isolées. C’est en entendant parler de la Marche Mondiale des Femmes qu’elles ont trouvé un écho à leurs idées. La MMF s’est différenciée des autres mouvements de femmes au Brésil en relevant trois défis : développer un discours critique du néolibéralisme, reprendre la lutte pour le droit à l’avortement et recréer des espaces de délibération populaire autonomes.

Nalu a ensuite repris l’analyse de Sonia et Sandra pour définir ce qui caractérise le mouvement féministe sur le plan international. Elle a souligné la manière de se positionner et de se libérer des oppressions communes que vivent les femmes. Elle a aussi partagé plusieurs recommandations pour la poursuite de nos luttes : Créer des alternatives, ne pas se diviser mais utiliser nos complémentarités, créer des structures horizontales et des espaces larges d’échanges, intégrer le plus grand nombre des intéressées dans les processus de concertation et les campagnes.

Nous sommes toutes des féministes en construction car nous vivons dans une société d’oppression et nous avons toutes nos contradictions. C’est le système qui cherche à diviser le mouvement féministe en distinguant les tendances jugées légitimes et celles illégitimes. Il nous faut au contraire un mouvement féministe le plus varié possible en intégrant toute l’intersectionnalité des femmes : immigrantes, autochtones, hétéros, lesbiennes, noires, blanches, etc.

Enfin, une dernière recommandation de Nalu a porté sur l’alliance avec les mouvements sociaux mixtes et l’importance d’y intégrer le féminisme. Elle a pris pour exemple l’implication de la MMF au Brésil dans le Forum Social Mondial, la Campagne contre l’ALCA, Via Campesina, Marche des marguerites au Brésil. Construire des comités de la MMF dans les universités pour préparer la relève est aussi un message que nous retiendrons de cette belle présentation brésilienne. 3 septembre par Marche mondiale des femmes

Angèle Muhigirwa – MMF Belgique Julie Martineau – MMF Québec

http://cadtm.org/Rencontre-Internationale-de-la-MMF

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03 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Les femmes de Greenham Common ont formé une génération de militant(e)s (The Guardian)

Les femmes de Greenham Common ont formé une génération de militant(e)s (The Guardian) dans Altermondialisme greenham_1985577b

Les femmes de Greenham voulaient la fin des  armes nucléaires.
Trente ans plus tard , certains disent que l’occupation de Greenham Common n’a eu aucune importance, mais ses enseignements sont tout aussi applicables aujourd’hui qu’ils ne l’étaient hier. On a dit souvent que la manifestation de  Greenham Common était inefficace. La fermeture de la base américaine de Newbury est réputée avoir été  beaucoup plus importante ( c’est à dire grâce à des forces politiques mâles). Dans cette optique, l’histoire d’un groupe de femmes assises près d’une clôture au milieu de l’Angleterre il y a 30 ans serait devenue obsolète.

Comme les militants qui veulent éviter au village de Balcombe la fracturation et les manifs  pour la justice fiscale du Royaume-Uni (Uncut)  sont observés à la loupe par les dirigeants mondiaux lors du G20 , le véritable succès de la manifestation n’est pas simplement ce qu’elle a modifié à Greenham Common , mais comment elle a changé la nature même de la contestation .

Il y a trente ans ce mois-ci, c’est l’anniversaire  du plus haut niveau de mobilisation pour les femmes de  Greenham Common . À l’été de 1983, près de deux ans après que la campagne ait commencé le 5 Septembre 1981,  des milliers de femmes ont pris part à la Marche de Star, marches simultanées à travers le pays vers Greenham,  qui ont contribué à montrer l’ampleur du soutien national. Le  gouvernement a publié il y a quelques semaines des Archives nationales  qui montrent que les ministres conservateurs étaient inquiets d’être en danger de perdre l’opinion publique sur le déploiement des missiles de croisière .

Pourtant, en Novembre , les premiers missiles étaient arrivés et – malgré le succès des manifestants qui occupaient la tour centrale depuis la fin de l’année – en Mars 1984, le conseil municipal a uni ses forces à celles du ministère de la Défense et de la police locale pour lancer le processus d’expulsions en masse du camp retranché . En dépit de ces expulsions et du démantèlement du camp, un coup a frappé Greenham sous la forme des traités de non-prolifération de la fin des années 80. Fermée depuis des années, la tour symbole de Greenham a récemment été mise en vente ( la date limite des soumissions est le 11 Septembre) .

Depuis plus de 30 ans, que  je filme la main lourde de la police et l’hostilité inexplicable des médias contre un groupe  dont le principal crime  semblait être l’absence  d’hommes , j’ai souvent réfléchi aux solutions créatives des femmes à des problèmes qui paralysent les plus sophistiqués de nos politiciens . Il s’agissait d’une communauté qui établissait ses règles en cours de route , et pourtant, ses enseignements ont été tirés par toute une génération .

Tout, de la façon de répartir les dons jusqu’à la distribution des tableaux de service de la cuisine était démocratiquement décidé . Qui devait parler , voyager et représenter la manifestation a été une source constante de frustration pour ceux de l’extérieur qui ont exigeaient des dirigeantes , tandis que celles de l’intérieur exigeaient qu’il  n’y en ait aucune. Pendant ce temps, des femmes ont travaillé sur comment prendre soin des jeunes, comment humilier les autorités sur le terrain, tout en faisant valoir leur dossier devant les plus hautes juridictions du pays , comment vivre avec des différences, tout en vivant dans une communauté qui a un but – le démantèlement des armes nucléaires .
Pendant ma présence là-bas, ma contribution au film Carry Greenham Home, le premier film sur cette lutte, j’ai vu naître un bébé,  vu des relations aller et venir,  d’incroyables actes de violence et de bonté . J’ai vu comment une communauté peut s’occuper de ses jeunes, de ses vieux, de ses nécessiteux et ses difficultés, montrant de la compassion même pour ceux qui l’attaquaient .

À une époque où la politique dans sa forme traditionnelle consiste à monter en épingle sa propre personnalité et à trouver les faveurs du public, nous devrions être plus attentifs à ceux qui protestent . Le gouvernement Blair a montré peu d’égards pour ceux qui marchèrent contre l’ invasion de l’Irak – et avec le recul, ils montraient pourtant plus de sagesse que leurs dirigeants va-t-en guerre .

La Countryside Alliance a porté la colère de ceux qui vivent en dehors des zones urbaines et qui ont subi des décennies de politiques publiques qui a mis à mal les services ferroviaires et les bureaux de poste,  favorisé les supermarchés sur les agriculteurs et vidé la campagne de sa jeunesse et de son identité.

Plus récemment, le mouvement « Occupy » a été la cible des médias, ricanants parce qu’il ne pouvait pas offrir de solution immédiate face aux crimes de la finance mondiale . Comme il était naïf de dire: «Nous sommes les 99% et nous voulons mieux « , ont déclaré les commentateur les uns après les autres. Personne ne semblait remarquer que, compte tenu de l’absence d’action, à la fois de la communauté internationale et des gouvernements nationaux dans la réforme du secteur financier , faire quelque chose était déjà tout à fait approprié.

Sous la surface de nombreuses femmes dans la vie publique vous  trouverez souvent une femme Greenham. Nous savons que la politique est la façon dont vous vivez votre vie, pas votre façon de voter . Les élus devraient prendre en compte votre environnement et  travailler à le rendre meilleur. A la violence on ne devrait pas répondre par la violence. La protestation est votre droit lorsque  ceux que vous avez élus ne veulent rien entendre , et il peut , à l’occasion, être plus efficace de  s’habiller en costume fantaisie et de chanter .

Greenham était un endroit où une génération de femmes a trouvé une voix publique . C’était une voix qui a été fondée sur l’inclusion, la différence , de multiples perspectives et pas un seul point de vue dominant . Il a aussi mis en évidence très tôt  nous étions déçues par la classe politique , que les intérêts des gens ordinaires étaient ignorés en faveur des fauteurs de guerre et des intérêts commerciaux internationaux.

Loin d’être non-pertinentes, les demandes des femmes de Greenham ont fait écho au fil des ans . Et si vous écoutez attentivement, vous pouvez encore entendre leur demande: «Nous voulons mieux. «      Beeban Kidron  The Guardian, Lundi 2 Septembre 2013 Traduit par nos soins

http://www.theguardian.com/uk-news/2013/sep/02/greenham-common-women-taught-generation-protest

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02 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Radicalités: contre un féminisme complice du patriarcat (Al.be)

Radicalités: contre un féminisme complice du patriarcat (Al.be) dans Féminisme fem%20tant%20qu%27il%20faudra.preview

Deux formes de militantisme féministe se font entendre : le militantisme lobbyiste et le militantisme « déshabillé » qui cherche à attirer les médias. Il manque aujourd’hui la voix d’un féminisme de combat. Entre féminisme institutionnel et nudité militante, la voie est étroite pour les féministes radicales. Ce texte est écrit avant « les 6 heures pour l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes » qui ont eu lieu le 20 octobre. Il s’agit là d’entendre des chercheuses, des militantes et des travailleuses en lutte pour « mettre au centre du débat sur l’égalité salariale les travailleuses les plus précaires » et exiger l’augmentation des salaires dans « tous les secteurs féminisés ». On ne peut qu’être d’accord sur les objectifs. Et un moment pour se réchauffer ensemble et alimenter nos analyses n’est pas à négliger. Mais pour quelle efficacité ? La loi sur l’égalité des salaires existe, le précariat des femmes est chiffré, analysé et connu.

Comment faire avancer le féminisme ? Le collectif Féministes en mouvement regroupe 21 associations et organisent des rencontres d’été. Cette année le thème était « L’égalité hommes-femmes en chantier ». Les objectifs sont l’échange, la production d’analyses et de propositions pour le pouvoir. Quelle efficacité ? Le mouvement féministe est riche en analyses de la situation. Et le pouvoir s’assied sur ses propositions, en particulier en matière économique. Elles ont également interpellé les candidates aux élections présidentielles. Toute cette énergie ne devrait-elle pas être utilisée autrement ? Ajoutons les rassemblements bi-annuels des 8 mars et 25 novembre, qui rappellent que rien n’est gagné (mais celles et ceux qui ne le savent pas ne seront pas convaincus ainsi), une pétition contre le viol… Internet a sans doute beaucoup facilité l’organisation entre militantes, mais malheureusement il a aussi rendu le « pétitionnage » trop facile. Ce féminisme tradi- tionnel – tout à fait estimable – ainsi que l’échange et l’élaboration, sont utiles mais ce féminisme n’a aucune efficacité, encore moins aujourd’hui où le patriarcat et le capitalisme sont en guerre contre le monde du travail et les femmes en particulier. Les rassemblements revendicatifs qui ont suivi le verdict récent et honteux d’un procès de viols collectifs ont plus fait pour l’appel du parquet que la campagne de pétitions et d’affiches en cours depuis des mois. Le harcèlement des féministes envers DSK a permis que le silence n’ensevelisse pas ses actes. C’est dans la rue, en harcelant les harceleurs, les machos, les violents que nos idées avancent.

Se déshabiller pour lutter : un leurre ! L’autre féminisme visible – beaucoup plus visible – est le féminisme déshabillé. C’est celui des Femen, ces militantes, dont le mouvement est issu d’Ukraine, qui réclament la fin du patriarcat et de la dictature avec des slogans peints sur leurs seins nus. Nous ne nous prononcerons pas sur le militantisme seins nus en Ukraine, mais sur les Femen France. C’est aussi le militantisme des « salopes » qui organisent des marches en tenues sexy et minimales pour réclamer le droit de s’habiller comme elles veulent. Exhiber sa nudité, c’est entrer complètement dans l’idée que le dévoilement est nécessaire et qu’il ne faut plus rien cacher. « La lumière représente, dans notre monde, un déterminant culturel puissant. Nous manifestons une foi profonde et obstinée dans les vertus de l’exposition, au point de nier la violence qu’elle implique. Nous sommes persuadés qu’il est bon d’en montrer le plus possible, que du dévoilement viendra une forme de révélation, de délivrance. Seule la honte paraît pouvoir justifier que l’on veuille garder des choses pour soi ». [1]

C’est une idée qui peut être analysée comme profondément capitaliste. « Une fille doit montrer ce qu’elle a à vendre. Elle doit exposer sa marchandise. […] On croyait avoir compris qu’un droit féminin intangible est de ne se déshabiller que devant celui (ou celle) qu’on a choisi(e) pour ce faire. Mais non. Il est impératif d’esquisser le déshabillage à tout instant. Qui garde à couvert ce qu’il met sur le marché n’est pas un marchand loyal. On soutiendra ceci, qui est assez curieux : la loi sur le foulard est une loi capitaliste pure. Elle ordonne que la féminité soit exposée. Autrement dit, que la circulation sous paradigme marchand du corps féminin soit obligatoire. Elle interdit en la matière – et chez les adolescentes, plaque sensible de l’univers subjectif entier – toute réserve ». [2]

L’utilisation de la nudité ou de l’exhibition de son corps pour militer rend-elle la nudité subversive ou au contraire fait-elle de la subversion un simple avatar de la publicité qui nous écœure de corps de femmes nus ? Cela participe de la pornocratisation de la société. Nous ne critiquons pas les choix individuels de ces femmes, ni ne mettons en doute leur sincérité, nous relèverons simplement que le patriarcat a des pièges profonds et qu’il est complexe d’échapper à son conditionnement. «  Depuis le déchaînement antiféministe orchestré par les industries pornographiques et proxénètes, en particulier à partir des années 1970, le patriarcat s’est assuré par tous les moyens que la seule chose qui passe pour féministe aux yeux et aux oreilles des jeunes femmes soit une image totalement pornifiée de nos luttes. Alors qu’il y a un silence de mort à la fois sur les mouvements féministes qui combattent pour faire cesser ces violences, et les atrocités commises sur les femmes par les hommes, les seuls événements que relaient les médias sont des actions de femmes qui reprennent les insultes misogynes, comportements ou stigmates de notre oppression. En d’autres termes, si les journalistes parlent de la lutte des femmes, c’est pour que les hommes puissent se masturber dessus – une des stratégies antiféministes les plus utilisées actuellement pour humilier notre mouvement et nous déshumaniser publiquement ». [3]

Un féminisme qui s’appuie sur les standards de désirabilité du patriarcat publicitaire, jeunes, minces, épilées et nues… est un féminisme complice du patriarcat. Si le féminisme institutionnel est inefficace à part pour entretenir nos compétences et nos argumentaires (ce qui est déjà bien), le féminisme déshabillé nuit aux femmes et au féminisme. En revanche, le féminisme de type lutte pour le droit à l’IVG est un exemple dont il faut s’inspirer : manifestations de rue, implication de personnalités, action directe (IVG à la maison)… Rosser les hommes violents et les déménager du domicile familial, ne pas taire les violences et protéger les violeurs par le silence, partager les salaires et le temps de travail, occuper, se mettre en grève… être illégales et convaincues… Mais surtout prendre et ne pas quémander, ne pas draguer les médias mais y mettre le feu… Les moyens du féminisme radical sont à retrouver. Par Christine (AL Orne)

[1] Mona Chollet, Beauté Fatale, la Découverte, 2012

[2] Alain Badiou, cité par Mona Chollet

[3] A. Ginva, « FEMEN : cessons de nous déshumaniser » sur http://sandrine70.wordpress.com/2012/10/05/

Source : http://albruxelles.wordpress.com/2013/08/04/radicalites-contre-un-feminisme-complice-du-patriarcat/

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26 août 2013 ~ 0 Commentaire

Nadia De Mond: « Dans la libération des femmes, la première étape est la conscience de soi » (lcr.be)

Nadia De Mond:

Qu’apporte le féminisme au discours marxiste classique sur l’oppression des femmes?

Tout d’abord, le féminisme signifie prendre conscience de la place des femmes dans une société patriarcale. Le patriarcat existe toujours en lien avec divers modes de reproduction économique et sociale. A notre époque, dans ce siècle,  le patriarcat continue d’exister imbriqué avec le capitalisme néolibéral. Deuxièmement, le féminisme signifie la libération des femmes, la libération de la moitié du genre humain, et la moitié de la classe ouvrière. C’est donc un outil indispensable dans la lutte pour la libération de l’humanité toute entière. En fait, contrairement à la façon dont c’est normalement perçu dans l’idéologie dominante, le féminisme est un outil pour unir et renforcer les luttes de libération en général.

Le capitalisme, en fait, utilise l’oppression des femmes pour diviser la classe ouvrière. Il profite du patriarcat, structure sous-jacente et préexistante de domination, pour faire du profit grâce au travail non-rémunéré des femmes: le travail domestique. Si cela devait être payé, cela représenterait un énorme fardeau économique. Le capitalisme utilise donc le patriarcat pour maintenir le taux de profit du capital. L’imbrication du capital avec le patriarcat est également utilisée pour diviser la classe ouvrière au niveau idéologique. Les femmes ont tendance à être moins bien payées que les hommes, et donc la moitié de la main-d’œuvre est soumise à une exploitation accrue. C’est cette oppression et l’idéologie du sexisme qui créent une division politique entre les hommes et les femmes, ce qui est bénéfique au capital. Il faut dire clairement que le féminisme doit aussi être un but en lui-même. Le patriarcat, la domination masculine, le machisme, etc., sont beaucoup plus anciens que le capitalisme. Depuis le début de l’Histoire écrite, c’est à dire depuis près de 10.000 ans, il y a eu des relations patriarcales entre les hommes et les femmes: dans la famille, dans la société, dans l’espace public. Tenter d’abolir cette oppression, la domination et la dévalorisation des femmes, qui constituent la moitié de la société humaine, est un long et dur combat.

Depuis la vague féministe qui a commencé dans les années 1960, on peut dire qu’il y a eu un divorce entre les mouvements féministes et marxistes. Quelles sont les conséquences du divorce, selon toi, et proposes-tu une réunification de ces mouvements?

Oui, c’est ce que je propose, d’une part, mais il faut aussi un mouvement autonome des femmes. On en a grand besoin. Mais il doit y avoir une alliance, c’est certain. Il n’y a pas qu’un seul féminisme; il existe diverses théories et aussi diverses pratiques féministes. Mais, de manière générale, le féminisme de la deuxième vague des années 1960 et 1970 s’est développé dans le contexte d’une révolte générale contre la société dans laquelle nous vivons. La deuxième vague féministe est née d’une période de radicalisation politique et était donc très étroitement liée à «la gauche», disons, en général.

Il y a eu opposition,  parce que très souvent, le féminisme a été vu par les mouvements de classe comme une divergence avec ce qu’ils considéraient la contradiction primaire dans la société capitaliste, c’est à dire la contradiction de classe. Seules les féministes socialistes ont réussi à faire le lien entre l’oppression de classe et l’oppression sexuelle. Une partie du mouvement féministe en avait tellement marre d’être reléguée à une question secondaire qu’elle a rompu avec la gauche, en disant: «Ok, la gauche et la droite c’est pareil» et «Le patriarcat est partout», ce qui n’est pas tout à fait faux, mais ce n’est pas pareil partout (c.-à-d. dans la gauche radicale, à droite, etc.) et cette partie du mouvement féministe a choisi de rompre avec la gauche et de poursuivre son propre chemin.

Donc il y a eu  scission, mais il est important de savoir qu’il y a toujours eu une partie du mouvement féministe qui a essayé d’actualiser le marxisme et de l’intégrer dans les hypothèses théoriques du mouvement féministe, et vice versa. Ce n’est pas impossible, puisque Marx et Engels ont eu beaucoup d’intuition sur le rôle des femmes dans la société. Ils n’étaient pas féministes avant la lettre, bien entendu – cela aurait été très difficile. Mais ils n’étaient pas aveugles sur la question de l’oppression des femmes, comme le pensent certains. Nous pouvons donc nous appuyer sur quelques concepts marxistes, tels que l’oppression sociale en tant que question matérialiste, l’existence d’une division injuste du travail, l’espace économique pour les femmes dans la société et la famille, et ainsi de suite. Ces concepts sont toujours très valables.

Nous devons nous baser sur ces connaissances pour développer une compréhension plus intime et plus intériorisée ou subjective de l’oppression des femmes, ce que nous appelons aujourd’hui les questions politiques « de genre », comment les gens sont socialisés dans différents rôles de genre, et sur la question de la norme hétérosexuelle. Ces élaborations sont apparues au XXe siècle et ne pouvaient pas faire partie de l’œuvre de Marx et Engels.

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25 août 2013 ~ 0 Commentaire

Sao Paulo: 9è Rencontre de la Marche Mondiale des Femmes

Sao Paulo: 9è Rencontre de la Marche Mondiale des Femmes  dans Féminisme marcha

La 9è Rencontre internationale de la Marche Mondiale des Femmes (MMF), se tiendra entre le 25 et le 31 Août à São Paulo, Brésil. Débats, cercles de conversation,  conférences,  ateliers et  activités culturelles sont prévues. Elle se terminera par une manifestation le 31 Août dans les rues de São Paulo, qui espère recueillir 10.000 femmes.

 http://marchamulheres.wo rdpress.com.

http://www.marchemondiale.org/index_html/fr

http://www.mmf-france.fr/

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