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18 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

iran (à l’encontre)

une

Les Gardiens de la révolution, profondément intégrés dans la structure du pouvoir et l’économie, ont tout à perdre si le système tombe

L’ampleur des manifestations qui ont balayé l’Iran au cours du dernier mois, avec des appels à renverser la République islamique, a secoué l’Etat. Mais d’une certaine manière, les dirigeants autoritaires de la mollahcratie du pays se préparent à ce genre d’épisode depuis la révolution islamique de 1979. Celle-ci a instauré une théocratie conservatrice qui s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui.

Le fondateur de la révolution, l’ayatollah Ruhollah Khomeini, a ordonné la création de la force des Gardiens de la révolution islamique [les Pasdaran dans la formule abrégée] la même année [avril 1979, trois semaines après le référendum qui «valide» la formation de la République islamique] pour se défendre contre les coups d’Etat ou les défections de l’armée régulière.

Comptant aujourd’hui des centaines de milliers de membres, les Gardiens de la révolution islamique (GRI) constituent la force militaire la plus puissante de l’Iran, ainsi que des acteurs majeurs de son économie. De nombreux analystes affirment que l’Iran n’est plus une théocratie dirigée par des religieux chiites, mais un Etat militaire dirigé par les GRI.

En plus des forces de police nationales, une milice en civil – connue sous le nom de Bassidj [Niruyeh Moghavemat Basij, un corps mis en place en novembre 1979], une force de volontaires placée actuellement sous l’égide des Gardiens de la révolution – est en première ligne depuis des semaines, utilisant des tactiques brutales pour tenter d’étouffer les protestations, comme elle l’a fait lors des révoltes précédentes.

Mais ils ont échoué et, la semaine dernière, des éléments d’un autre genre ont commencé à se montrer dans les rues de Téhéran, la capitale, et d’autres villes – des hommes robustes portant des uniformes de camouflage couleur fauve que des témoins ont identifiés comme étant des membres d’une unité commando d’élite des Gardiens de la révolution connue sous le nom de Saberin.

En dehors du Bassidj, les Gardiens n’interviennent dans le maintien de l’ordre intérieur que lors d’épisodes de crise extrême. En fait, le régime s’est reposé sur les soldats les plus loyaux pour reprendre le contrôle des rues.

Le sort de ce mouvement de protestation – le plus grand défi lancé au régime iranien depuis 2009 [soulèvement post-électoral] – repose en grande partie sur la cohésion et la loyauté des Gardiens de la révolution et du reste des diverses forces de sécurité. Ces forces ont constitué un barrage redoutable pour prévenir la chute des dirigeants théocratiques intransigeants du pays.

Les GRI, distincts de et parallèles à l’armée nationale, sont chargés de protéger les frontières de l’Iran, ainsi que le Guide suprême [aujourd’hui Ali Khamenei] et d’autres hauts responsables. Selon les experts, ils sont si profondément ancrés dans l’économie et la structure du pouvoir en Iran qu’ils ont tout à perdre si le système s’effondre.

Afshon Ostovar, professeur associé d’histoire du Moyen-Orient et de questions de sécurité nationale à la Naval Postgraduate School, a déclaré à propos des Gardiens de la révolution qu’«ils ne se soucient pas vraiment, en tant qu’organisation, de perdre l’adhésion du peuple ou de faire face à des troubles ici ou là. Ils se soucient de préserver le système, pas de préserver l’Iran.»

Les forces armées iraniennes sont constituées d’un mille-feuille, comprenant l’armée, les forces de sécurité chargées du maintien de l’ordre à l’intérieur du pays, les Gardiens et leur milice Bassidj en civil.

Jusqu’à présent, il n’a pratiquement pas été fait état de défections au sein des forces de sécurité. Toutefois, selon une personne au fait des discussions sur la situation de la sécurité, il semblerait que certains de ceux qui ont affronté les manifestant·e·s soient épuisés par des semaines passées dans les rues et mal à l’aise face au niveau de violence, en particulier contre des jeunes femmes. Selon cette personne, qui s’est exprimée sous couvert d’anonymat car elle n’était pas autorisée à parler publiquement, pour éviter les défections, les commandants de l’armée et de la police ont prévenu les soldats de base que si le système en place s’effondre, l’opposition les exécutera.

Mais même si certains officiers font défection, les Gardes et la force paramilitaire Bassidj continueront très probablement à se battre pour préserver le système en place.

Ce mois-ci, selon des témoins et des vidéos, le Bassidj a ouvert le feu sur des étudiants et battu des professeurs lors d’une opération de répression à l’Université de technologie Sharif, une prestigieuse institution de Téhéran. La milice a également été envoyée dans la tristement célèbre prison d’Evin, à Téhéran, samedi soir 15 octobre, lorsqu’un énorme incendie s’y est déclaré, déclenché [officiellement] lors d’affrontements dans l’une des ailes. La prison détient des centaines de dissidents et de prisonniers politiques. L’Iran a déclaré lundi 17 octobre que huit personnes avaient péri dans l’incendie.

Les Gardiens de la révolution disposent d’un arsenal redoutable qui comprend des programmes de missiles balistiques et de drones [drones qu’ils livrent à l’armée russe qui les utilise en Ukraine]. Leurs dirigeants occupent des postes politiques clés, notamment le président de l’Assemblée consultative islamique, Mohammad Baqer Ghalibaf [maire de Téhéran de septembre 2005 à août 2017, président de l’Assemblée depuis mai 2020].

Leur service de renseignement, très redouté, arrête et intimide les dissidents et les militants politiques de l’opposition. Leur bras à l’étranger, la Force Al-Qdds, a recruté, formé et armé un réseau de milices supplétives, notamment au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen, qui pourraient leur venir en aide.

Ils possèdent des usines, des sociétés et des filiales dans le secteur bancaire, les infrastructures, le logement, les compagnies aériennes, le tourisme et d’autres secteurs. Ces firmes aident l’Iran à contourner les sanctions grâce à un réseau de contrebande. Les GRI n’ont pas de comptes à rendre au gouvernement, même lorsque les affaires de corruption deviennent publiques. Bien que le Guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, soit le commandant en chef de toutes les forces armées du pays, les GRI fonctionnent comme une armée régulière avec leur propre structure de commandement.

«Il n’y a aucun contrôle de l’origine de leurs fonds et de ce à quoi ils les dépensent, et à ce propos on parle d’une énorme partie de l’Etat iranien», a déclaré Roham Alvandi, professeur associé d’histoire internationale à la London School of Economics. Selon Roham Alvandi, le pouvoir et la richesse des GRI dépendent de la survie du système, c’est pourquoi ils voient les protestations comme une telle menace. «Au plus haut niveau, ces gens ont beaucoup à perdre si cela dégénère avec violence ou s’exprime contre leurs intérêts.» (Extrait)

18 octobre 2022  Ben Hubbard et Farnaz Fassihi

https://alencontre.org/

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12 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

iran (courrier)

iran

Iran : après les femmes et les étudiants, ouvriers et professionnels rallient la révolte

Les appels à la grève générale se multiplient dans le pays, et les travailleurs du secteur pétrolier semblent amorcer un mouvement dans ce sens. Cette possibilité fait craindre aux autorités une contagion à l’ensemble des secteurs.

Les appels à la grève générale se multiplient en Iran, où la contestation née après la mort de Mahsa Amini a repris du poil de la bête ces dernières 48 heures, avec le ralliement des travailleurs du secteur pétrolier et de certains commerçants. Les étudiants et les lycéens continuent pour leur part de battre le pavé.

Ce mercredi 12 octobre, “les commerçants ont poursuivi leur grève dans les villes de Sanandaj, Saqqez, Boukan et Baneh. Dans certaines villes des provinces de Kermanchah et d’Azerbaïdjan occidental [extrême ouest de l’Iran], les magasins sont restés fermés”, indique Independent Persian. La version persane du journal britannique éponyme ajoute que des appels à manifester “jusqu’à l’aube jeudi” 13 octobre circulent sur les réseaux sociaux et les applications de messagerie instantanée, malgré les restrictions d’accès à Internet.

En parallèle, les travailleurs du secteur pétrolier commencent à se mobiliser et semblent rejoindre plus largement le mouvement de contestation qui secoue le pays depuis bientôt un mois. Selon IranWire, un média iranien critique du régime, “une série de grèves sur plusieurs sites [pétroliers] à travers l’Iran” ont déjà eu lieu le lundi 10 octobre. “Plus de 4 000 travailleurs étaient en grève, affectant […] les raffineries pétrochimiques de Bouchehr et d’Asalouyeh […] et une partie de la raffinerie d’Abadan”.

Dans des vidéos circulant sur Twitter, dont une relayée par IranWire, on voit des travailleurs en colère sur le site pétrochimique de Bouchehr bloquer la route et scander “Mort au dictateur”, “Mort à Khamenei [le guide suprême du pays]” et “Cette année est celle du sang, Khamenei est fini”.

iran (courrier) dans A gauche du PS

Qui sont les minorités ethnico-religieuses iraniennes ?

En dépit des idées reçues, la majeure partie des Iraniens ne sont pas persans. Selon une enquête menée en 2002 par le Centre de statistique d’Iran et l’équipe du CNRS-Monde iranien, l’ethnie persane ne constitue qu’une majorité relative, soit environ 46 % de la population. Le persan n’est pas non plus la seule langue parlée en Iran : à titre d’exemple, un cinquième de la population est turcophone, et 3,5 % sont arabophones. Mais avec l’urbanisation et les migrations, le bilinguisme s’est généralisé et tout le monde parle persan, y compris dans les zones rurales.

Le pays compte en effet de nombreuses ethnies, comme les Azéris (Turcs) (16 % de la population), les Kurdes (10 %, dans le nord-ouest), les Baloutches (sud-est) et les Arabes (sud-ouest), les Turkmènes (nord-est) ou encore les Arméniens (nord-ouest). Une diversité ethnique qui n’a toutefois jamais remis en question l’unité politique.

À ces minorités ethniques se superposent et s’additionnent des minorités religieuses, dont le nombre est toutefois en baisse depuis quelques années. Dans ce pays officiellement chiite, on estime qu’il y a 10 à 15 % de sunnites, principalement dans le sud du pays, parmi les minorités arabe, baloutche et kurde, 20 000 juifs, 300 000 chrétiens, ainsi que 30 à 35 000 zoroastriens. Ces derniers pratiquent la religion historique de l’Empire perse, dont nombre de fêtes continuent à être célébrées par l’ensemble de la population, comme Noruz, le nouvel an persan, Yalda, la nuit du 21 décembre qui fête la naissance du dieu du soleil ou encore Charchanbé, la fête du feu. L’Iran compte également 300 000 baha’i, qui pratiquent une religion monothéiste ésotérique fondée au milieu du XIXe siècle et non reconnue par l’État.

Lire aussi:

Note:

L’Iran perse et chiite est une mosaïque de peuples. Le pétrole iranien se trouve dans les zones arabes du Kouzhistan (Arabistan)  de religion musulmane mais sunnite. Le régime a toujours tenté de diviser les ouvriers du pétrole arabes et les perses. Il y a des minorités tolérées: Zoroastrienne, Juive, Chrétienne etc. et combattues: « Baha’is ». Les grèves dans le pétrole impliquent une intervention des arabes ce qui marque une nouvelle crise.

 

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07 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

syndicats (jdd)

immigres cgt

Féminisation, rajeunissement… Comment les syndicats retrouvent la cote après des années de déclin

En pleine période de réformes sociales, les syndicats enregistrent un regain d’intérêt. Une dynamique portée par l’adhésion des femmes et des jeunes salariés.

Chômage, retraites, salaires… Dans le contexte de refonte des politiques sociales menée par Emmanuel Macron, les syndicats enregistrent un regain d’intérêt après des années de stagnation.

Selon un sondage d’Harris Alternative, l’image que les Français ont des organisations salariales s’améliore. En 2020, 51 % des salariés déclaraient faire confiance aux syndicats pour défendre leurs intérêts. C’est la première fois depuis 2014 que ce niveau de confiance dépassait les 50 %.

Forte de cette dynamique, la CGT a ainsi enregistré 31 244 inscriptions en 2021. Une tendance qui semble se poursuivre en 2022 avec 2 931 inscriptions enregistrées en plus sur la même période (pour un total de 23 905). Même constat du côté de Force ouvrière, qui observe une augmentation d’environ 15 % de sa part de cotisations cette année.

Une dynamique portée par l’adhésion des femmes

« C’est quand il y a des réformes et des fortes mobilisations qu’on engrange des adhésions, remarque Celine Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT. Les salariés se rendent compte dans la lutte de l’utilité de faire partie d’une organisation salariale.C’est souvent elles qui organisent les assemblée générales et qui demandent les autorisations pour les manifestations. En faire partie permet de s’exprimer, de décider collectivement d’une plateforme de revendication et de réagir rapidement. » 

Cette dynamique est portée par l’adhésion des femmes. En 2021, elles représentaient près de la moitié des nouveaux adhérents. « C’est une évolution qui va dans le bon sens, note Catherine Giraud, membre de la Commission exécutive de la CGT en charge de la campagne syndicalisation.  À la CGT, on a longtemps eu un problème sur cet aspect. Seulement 35 % de nos adhérents étaient des femmes. Aujourd’hui, on approche des 50 %. » Le résultat des nombreuses campagnes menées par le syndicat pour sensibiliser aux problèmes d’inégalité des salaires et de violences faites au femmes dans le monde du travail.

Une nouveauté : les étudiants salariés

Et ce n’est pas la seule nouveauté. « Il se passe aussi quelque chose du côté des jeunes, observe Catherine Giraud. 32 % des nouveaux inscrits ont moins de 35 ans. Ils ont des profils de cadres, d’ingénieurs ou de techniciens. » Entre 2021 et 2022, ils représentaient près de 14 % des nouveaux inscrits. « C’est un signe intéressant qui marque un changement par rapport à ce que l’on a pu voir par le passé. »

Les moins de 30 ans se laissent aussi convaincre. Alors que la moyenne pour trouver un emploi stable se situe autour de 27 ans, les très jeunes se tournent de plus en plus vers les syndicats pour porter leurs revendications.

« De plus en plus d’étudiants salariés viennent nous voir pour se syndiquer à la CGT. C’est un phénomène complètement nouveau. Il s’agit surtout d’étudiants qui font des petits boulots à côté de leurs études et qui ont besoin de connaitre leurs droits et qui ressentent le besoin de s’organiser. » Leur intégration sera à l’ordre du jour de la grande réunion de la CGT en mars. L’organisation syndicale pourrait bien compter sur ces nouveaux profils pour atteindre son objectif de 50 000 nouveaux adhérents en 2022.

7 octobre 2022 Gabrielle De Verchère

https://www.lejdd.fr/

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06 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

iran (à l’encontre)

iran (à l'encontre) dans Altermondialisme Iran

«Femme! Vie! Liberté»: la révolution sociale en Iran

Après le meurtre de Zhina (Mahsa) Amini [1], une jeune femme kurde de 22 ans [originaire de Saqqez au Kurdistan iranien], par la police du hijab, et les mobilisations nationales de protestation [initiées dès le 17 septembre], l’Iran est entré dans une nouvelle étape du processus de sa révolution sociale. Les débuts des comités de quartier, en collaboration avec des étudiants universitaires, des syndicalistes et un réseau semi-structuré de militantes féministes dans les grandes villes comme Téhéran et Rasht [capitale de la province de Guilan au nord-ouest de l’Iran], ont réussi à organiser des manifestations dans plus de 100 villes à travers l’Iran. Les mobilisations de masse [malgré une répression très dure] ont affirmé leur présence dans la rue.

1. Parmi les innombrables événements de la semaine dernière [du 26 septembre au 2 octobre], certains revêtent une importance particulière pour la sphère politique iranienne. Tout d’abord, la diffusion à l’échelle nationale du slogan «Femme! Vie! Liberté!», scandé pour la première fois lors des funérailles de Zhina le 17 septembre dans sa ville natale de Saqqez au Kurdistan iranien. Bien que ce slogan ait un lien évident avec le slogan («Pain! Travail! Liberté!») des couches laborieuses scandé lors des manifestations de novembre 2019 [face à l’augmentation des prix du carburant], nous ne devons pas oublier qu’il a été créé à l’origine par les Unités de protection de la femme (YPJ, en kurde: Yekîneyên Parastina Jin) au nord de la Syrie et la Société des femmes libres du Kurdistan oriental (KJAR). Le chant de ce slogan au Kurdistan a donc une signification particulière, qui renvoie aux traditions des projets socialisants et autonomistes kurdes dans cette région.

2. Le rassemblement de militantes féministes dans les grandes villes d’Iran nous montre que les réseaux semi-structurés sont utiles pour mobiliser et diriger des manifestations de masse et intégrer les différentes revendications des couches paupérisées urbaines, des travailleurs et travailleuses, des classes moyennes pauvres et d’autres communautés politiquement marginalisées. Cependant, ces réseaux ne sont pas protégés face à la répression sévère et violente de la police, des unités de sécurité et des militaires de la République islamique. L’arrestation de nombreuses militantes féministes au cours des derniers jours indique que ces réseaux doivent être protégés par des structures plus organisées comme les syndicats et les comités de travailleurs et travailleuses [qui renvoient à une tradition de l’organisation ouvrière en Iran].

3. Les déclarations d’organisations telles que le Conseil de coordination des associations professionnelles des enseignants iraniens (CCITTA), le Conseil d’organisation des travailleurs contractuels [intérimaires, voir à ce propos les articles publiés sur ce site les 25 juin, 17 juillet et 27 août 2021] de l’industrie pétrolière, le Syndicat de la canne à sucre Haft Tapeh, le Syndicat libre des travailleurs iraniens [créé initialement en 2006 sous le nom de Syndicat national des travailleurs expulsés et sans emploi, son nom a été changé en 2008], ainsi que de nombreuses déclarations parallèles de syndicalistes dans les universités, montrent que certains travailleurs et travailleuses en Iran envisagent une grève générale en solidarité avec les manifestations de masse à l’échelle nationale. Certaines universités ont déjà commencé à faire grève en exigeant la libération immédiate des étudiant·e·s arrêtés.

4. Les événements du 2 octobre montrent que le régime a décidé d’intensifier l’usage de la violence pour réprimer les manifestations de masse et les grèves. Les forces du régime avaient déjà provoqué un bain de sang [le vendredi 30 septembre] à Zahedan [capitale de la province du Sistan-et-Baloutchistan, située dans le sud-est du pays] en tuant des dizaines de Baloutches qui manifestaient dans les rues [2]. Les forces répressives ont également assiégé le 2 octobre l’université de technologie de Sharif [fondée en 1965] située au centre de Téhéran. Elles ont brutalement blessé et arrêté des centaines d’étudiant·e·s afin de terroriser d’autres universités. Le lendemain, les étudiant·e·s de nombreuses universités du pays ont réagi en se mettant en grève et en appelant à des manifestations. Cette fois, les élèves des collèges et des lycées se joignent à la grève et appellent à la solidarité de leurs enseignants. Le CCITTA a également appelé à une grève à partir du 4 octobre, qui viendrait s’ajouter à la vague de grèves qui a débuté fin septembre.

Divisions politiques au sein de la diaspora iranienne

L’effervescence en Iran a inspiré la diaspora iranienne à travers le monde à manifester en solidarité avec la lutte. Fin septembre et à nouveau le week-end dernier, les grandes villes d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Australie ont vu des dizaines de milliers d’Iraniens et de sympathisants défiler à la mémoire de Zhina (Mahsa) Amini et contre la République islamique.

Pour l’essentiel, l’objectif des organisateurs était de donner une audience à l’importance de la lutte des femmes pour leur liberté et leur dignité, qui est au cœur de la révolution sociale iranienne. Cependant, l’un des principaux problèmes auxquels la diaspora iranienne est confrontée réside dans la prévalence de groupes monarchistes dominés par les hommes qui tentent de prendre le contrôle des manifestations, souvent de manière violente. Leur objectif est de faire taire les voix des femmes et de dominer les manifestations avec des drapeaux monarchistes et des slogans réactionnaires qui ne représentent pas les voix des femmes, des travailleurs et des travailleuses, des minorités ethniques et d’autres communautés politiquement marginalisées.

La manifestation du 25 septembre à Manchester a illustré la situation critique que vivent les militant·e·s progressistes iraniens. Cet événement était organisé par le «Red Roots Collective», un groupe d’activistes féministes et socialistes migrants en collaboration avec des féministes, des syndicalistes et des socialistes britanniques.

Au début de l’événement, les monarchistes ont commencé à perturber la première prise de parole et à faire taire l’oratrice en la chahutant, ainsi qu’à frapper brutalement l’un des organisateurs de l’événement. Cependant, grâce au soutien d’activistes britanniques et d’organisations socialistes kurdes, le Red Roots Collective a réussi à déplacer la manifestation sur le St Peter Square au centre de la ville, et les autres orateurs ont pu élever la voix en faveur de «Femmes! Vie! Liberté!».

La révolution sociale en Iran doit se défendre contre deux menaces. Premièrement, les forces de la République islamique [en soutien à Bachar el-Assad, avec de plus l’appui des troupes du Hezbollah libanais] ont acquis en Syrie l’expérience de l’écrasement de la révolution en provoquant des bains de sang dans les villes qui tentaient de devenir autonomes et de s’émanciper de la dictature d’Assad.

Deuxièmement, les monarchistes s’efforcent de provoquer un «effondrement contrôlé» du régime théocratique et de prendre le contrôle d’un processus révolutionnaire en mobilisant les forces nationalistes de droite en Iran. Contre ces deux menaces, les féministes, les socialistes, les syndicalistes et les autres forces de cette révolution sociale ont besoin de la solidarité des classes laborieuses du Royaume-Uni [et de l’Europe, ainsi que dans d’autres continents]. Cela nécessitera un changement politique majeur dans l’attitude de la gauche britannique, qui devra intégrer l’internationalisme dans ses luttes quotidiennes.

La perspective de l’échec de la révolution sociale en Iran, en raison d’un manque de solidarité internationale, serait, selon les mots de William Blake, «une misère pour nous tous» (The holiness of minute particulars).

(Article publié sur le site rs21, le 4 octobre 2022; Gh. H Saedi ; traduction rédaction A l’Encontre)

https://alencontre.org/

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02 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

kurdes d’iran (aplutsoc)

kurdes

Être Kurde et Iranienne, c’est un combat 

Depuis sa mort, Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs pour un foulard « mal porté », est devenue un symbole de la répression et de la brutalité meurtrière de la police de l’Etat des mollahs et des bassidji. Elle est aussi devenue le symbole d’un large mouvement de manifestations au Kurdistan et en Iran contre le régime de l’ayatollah Ali Khamenei.

Dans de nombreuses villes, les femmes brandissent leurs voiles au-dessus de leurs têtes, en scandant « A bas le dictateur ! » , « Mort au dictateur ! » « Femme, vie , liberté ! » . Sur les réseaux sociaux, on peut voir des vidéos de femmes dans lesquelles elles se coupent les cheveux, ou brûlent leur voile en public, sous les applaudissements de la foule rassemblée pour protester contre ces règles de la République Islamique et en hommage à Mahsa Amini.

Des étudiantes de l’université de médecine de Tabriz, une grande ville dans le nord-ouest du pays, scandait : «La liberté est notre droit, Jina [le nom kurde de Mahsa,] est notre symbole !»

Depuis sa mort vendredi, après trois jours de coma, une vague de colère se répand dans le pays. Dans sa région d’origine, le Kurdistan, des grèves et des manifestations ont été signalées dès samedi, date de son inhumation, et à nouveau lundi. A Téhéran et dans les grandes villes du pays, les universités bouillonnent. La colère gronde sur les campus iraniens et atteint les rues, où les forces de sécurité sont déployées en masse d’après les vidéos circulant sur Internet.

Elles n’ont plus peur

De plus en plus de manifestants pas seulement des jeunes, mais aussi des familles avec enfants et des personnes âgées descendent dans la rue pour manifester leur colère contre ce régime… « Nous regardions les policiers dans les yeux. C’était comme si ma peur s’était évaporée en voyant le courage des autres. » dit une manifestante de Téhéran.

Au Kurdistan et dans les grandes villes, les Iraniens descendent dans la rue pour dénoncer la mort de la jeune femme. Si des hésitations se font entendre au sein du régime, la police continue de répondre aux rassemblements par la violence.

Dès samedi, dans sa ville natale de Saqqez où elle a été enterrée, la révolte des femmes s’exprimait, et encore lundi. A Divandarreh, une ville d’environ 35 000 habitants, des tirs d’armes automatiques sont rapportés, de même qu’à Sanandaj, la capitale régionale.

A Marivan, où vivent 135 000 personnes, une grève générale a bloqué l’activité économique de la ville, tout comme à Saqqez, dans le nord-ouest du pays, la manifestation a été dispersée samedi à tirs de gaz lacrymogènes par les forces de sécurité iraniennes.

« Les manifestantes contestent le voile comme un symbole religieux et politique de la République islamique. » et la police des mœurs est de plus en plus attaquée. Mardi 20 septembre des rassemblements ont eu lieu dans le centre de Téhéran et de nombreuses personnes ont été tabassées, arrêtées, dispersées par les forces de l’ordre par des tirs de flash-ball.

Selon l’ONG du Kurdistan « Human Rights Network » il y a déjà de nombreuses victimes :

« Dans le Kurdistan, il y aurait 6 morts, 221 personnes ont été blessées, dont 70 manifestantes et  250 arrestations » déclare le chercheur Asso Hassan Zadeh ( ancien vice-secrétaire du PDK  d’Iran).

Dans une autre université de Téhéran, des manifestants ont chanté des slogans contre « l’asservissement, le chômage et le port obligatoire du hijab pour les femmes ».

« Le Kurdistan sera la tombe des fascistes », ont lancé des courageux de l’université Tarbiat Modares. Des étudiants se sont également rassemblés à Ispahan, la deuxième ville du pays.

 La révolution commence par les femmes.

Elles sont de plus en plus nombreuses à être dans la rue, sans voile, cheveux coupés donnant une énergie et une détermination communicative aux manifestations qui prennent de plus en plus d’ampleur dans tout le pays après la mort de Mahsa Amini.

Des femmes en Iran sont tuées par le régime des mollahs, mais elles enlèvent courageusement leur hijab et combattent et résistent ainsi contre un gouvernement anti femmes…contre la milice détestée du régime.

Cela ressemble au début de la grande révolution de 1923 en Égypte qui avait aussi commencé par une mobilisation où des femmes avaient retiré leur voile en public.

Il est possible que les manifestations féministes actuelles en Iran aient une influence au Pakistan, en Inde, en Afghanistan, en Syrie, et partout où les droits des femmes sont bafoués, contre l’oppression et toutes les discriminations, pour chasser les dictateurs, les oppresseurs et le capitalisme.

L’internationalisme c’est aussi la mobilisation pour détruire la République islamique afin que la vie et les voix des femmes soient entendues et respectées.

Hélène. 21 septembre 2022

https://aplutsoc.org/

Lire aussi:

Avec la mort de Mahsa Amini, les Kurdes iraniens dans la tourmente

Manifestations en Iran : « Nous sommes face à une situation avec un énorme potentiel révolutionnaire »

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29 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

bébés (lutte ouvrière)

hoptiam

Nourrissons : mortalité en hausse

Santé publique France vient de publier un rapport qui montre une augmentation de la mortalité des nourrissons sur une décennie.

Le taux de mortalité néonatale (le nombre de décès avant l’âge d’un mois pour 1 000 naissances) est passé en France de 1,6 en 2010 à 2 en 2019, soit une augmentation de 25 %.

L’évolution de cet indicateur de santé publique est en grande partie le reflet de l’accroissement de la pauvreté. Ainsi, en Outremer, il est le double de celui de la Métropole.

Même en France la situation se dégrade. En région Auvergne-Rhône-Alpes, la proportion de femmes ayant bénéficié d’au moins trois échographies durant leur grossesse a baissé, passant de 96 % à 89 % entre 2010 et 2017. En Île-de-France la proportion de femmes sans abri parmi les accouchements a été multipliée par quatre de 2015 à 2019.

Les progrès indéniables de la médecine de pointe ne peuvent pas cacher que les inégalités de santé progressent, débouchant sur des drames de grossesses malheureuses de plus en plus fréquents.

Lucien DÉTROIT 28 Septembre 2022

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26 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

dauphin (jdd)

fi

« Il est cassé » : à La France insoumise, la chute du dauphin Quatennens

La fulgurante ascension du député Adrien Quatennens, auteur de violences conjugales, connaît un brutal coup d’arrêt. Protégé de Jean-Luc Mélenchon, il figurait parmi ses possibles successeurs.

Bien sûr qu’ils n’ont pas tourné la page. Mais ils aimeraient tellement… Posez une question à un Insoumis sur l’avenir d’Adrien Quatennens, et la réponse oscillera entre un épais silence, un refus poli, ou encore un doigt pointé vers la marche du 16 octobre contre la vie chère organisée par le mouvement, qui, espèrent-ils, devrait leur permettre d’enfin reprendre une bouffée d’oxygène. Mais tous les membres de La France insoumise (LFI) en sont conscients : si l’ascension du député de 32 ans a été fulgurante, la chute qui se dessine l’est plus encore. « Il est cassé », confirme un de ses interlocuteurs récents.

L’absent que l’on remarque

Mardi dernier, lors de la conférence de presse de rentrée du groupe LFI à l’Assemblée nationale, le grand roux à la coiffure en brosse a été l’absent que l’on remarque. Jeudi et vendredi, le député du Nord se faisait à nouveau porter pâle lors des journées parlementaires du mouvement. Le voilà désormais « en retrait » de son poste de coordinateur du parti, et de son mandat de député, après avoir reconnu, entre autres, avoir giflé sa femme.

Mélenchon ne comprend pas que c’est une question de société

« Adrien décide de tout prendre sur lui, avait alors tweeté Jean-Luc Mélenchon. Je salue sa dignité et son courage. Je lui dis ma confiance et mon affection. » De quoi s’attirer les foudres des féministes et, chose rare, d’une partie de son camp. « Mélenchon ne comprend pas que c’est une question de société, regrette la députée ­écologiste ­Sandrine Rousseau. Il est comme un animal acculé, il devient agressif. »

Comme une petite poignée d’autres, Quatennens figurait en bonne place sur la liste des successeurs possibles au tribun Insoumis. « Jean-Luc Mélenchon a permis de former une très bonne deuxième ligne, souligne le député Manuel Bompard. Adrien Quatennens en faisait partie, c’est une évidence. » Même si un autre député LFI relativise : « Il est interprète, il répète la ligne, mais on ne voit pas ­l’originalité de sa parole. »

La définition de son « retrait » reste floue

Il y a dix jours, au moment des révélations du Canard enchaîné sur le dépôt d’une main courante par la compagne de Quatennens, un député de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), interdit, relayait le sentiment général : « Nous sommes tous tombés de notre chaise, même si nous avions vu à nos journées d’été qu’il n’était pas bien. Ça va le mettre à plat moralement. » Et de déceler, sur ces questions, une forme de dualité chez les Insoumis : « Nous avons une culture un peu viriliste, avec un vieux fond lambertiste [un courant trotskiste dont est issu Mélenchon], et une vraie culture féministe. »

Mercredi, lors de la réunion de l’intergroupe de la Nupes, les partenaires des Insoumis ont bien sûr abordé le sujet. Interrogeant leurs alliés sur la signification exacte du terme « retrait », ils n’en ont obtenu qu’une définition floue, et une durée indéfinie. « À ce stade, nous n’avons pas d’éléments précis sur Adrien Quatennens ni sur la suite », relève un participant.

Aujourd’hui, de nombreuses féministes, comme l’élue écologiste de Paris Raphaëlle Rémy-Leleu, demandent plus : sa démission. Ses camarades Insoumis, eux, ne l’exigent pas.« Il n’est pas interdit d’hémicycle », relève la députée LFI Danièle Obono. « En tant que femme politique, féministe, de gauche, j’ai toujours souhaité des sanctions politiques à la mesure des actes commis, pointe l’eurodéputée Manon Aubry.

Son retrait était nécessaire. Maintenant, nul ne sait ce qui va advenir de l’information judiciaire » ouverte par le parquet de Lille. Rousseau, qui a eu Quatennens au téléphone, aimerait « que son suppléant le remplace le temps de l’instruction », mais il faudrait pour cela changer la loi.

Pour l’heure, nul ne sait s’il sera présent à la reprise des travaux au Palais-Bourbon, le 3 octobre.​ Mélenchon, lui, a déclaré samedi soir sur France 2 dans l’émission Quelle époque ! souhaiter que son protégé revienne dans le combat politique une fois cette affaire apurée.

Ascension éclair

Jusqu’ici, son parcours politique avait ressemblé à un sans-faute. En juin 2018, dans une interview à Libération consacrée à son jeune poulain, Jean-Luc Mélenchon multipliait les éloges : « Il représente beaucoup pour moi […] Il m’inspire une confiance totale. À 28 ans, il est plus fort que tous ces poulets d’élevage. »

Un an plus tard, Quatennens était bombardé « coordinateur » de LFI, prenant de vitesse toute une génération arrimée à Mélenchon depuis des années, et qui guignait sa ­succession. « À un moment où tout le monde voyait arriver l’affrontement entre Clémentine Autain, Éric Coquerel et Alexis Corbière, Jean-Luc leur a coupé l’herbe sous le pied : nommer Quatennens, c’était le moyen d’éviter ça », note François Cocq, qui fut longtemps, lui aussi, un compagnon de route.

Rien ne promettait au Lillois une telle trajectoire. « Je ne me souviens pas avoir assisté à la moindre discussion politique à la maison », confessait-il en 2021 dans son livre Génération Mélenchon (Seuil), évoquant des parents électeurs de droite.

Jeune, il étanche sa soif de politique en passant des heures à lire des argumentaires sur le site Internet de la Ligue communiste révolutionnaire, avant de rejoindre l’association altermondialiste Attac. Il décroche à la fac, s’inscrit en BTS commercial, en alternance chez EDF. Au printemps 2012, il se rend à un meeting de Mélenchon, qui semble le transporter, et adhère peu après au Parti de gauche, l’ancêtre de LFI. « ­Militant bénévole, j’y consacrais autant d’heures que si j’avais été permanent du parti », écrit dans son livre l’ancien conseiller clientèle chez EDF. C’est le début de l’ascension de celui que les siens décrivent comme « humble » et « gros ­bosseur ».

De la course à la succession à la quête de la rédemption

En 2017, à moins de 30 ans, il conquiert son premier mandat à l’Assemblée nationale. L’arène aurait pu se révéler intimidante : il n’en est rien. Il aime le spectacle, la mise en scène et le public. Petit, n’avait-il pas passé, « pour le plaisir, le casting de Graines de star sur la plage de [s]on lieu de vacances avec une reprise a cappella de Vivre pour le meilleur, de Johnny Hallyday », comme il le raconte dans son livre.

Tout juste élu, le député se porte volontaire pour croiser le fer avec la ministre du Travail d’alors, Muriel Pénicaud, qui veut réformer le droit du travail par ordonnances. Il peaufine son intervention tout un week-end, transformant la table à repasser en pupitre pour mieux répéter la scène dans son salon.

À la tribune, Quatennens dénonce un « meurtre avec préméditation du Code du travail » et lance aux macronistes : « Voulez-vous que l’Histoire retienne que votre marche est d’abord un piétinement d’un siècle de lutte sociale ? » Son aisance et ses formules, sa capacité à débattre lui assurent un décollage fulgurant.

Aujourd’hui écarté des lumières, il passe de la course à la succession à la quête de la rédemption. Non sans dommages collatéraux : pour avoir déclaré qu’« une gifle n’est jamais acceptable, mais elle n’est pas égale à un homme qui bat sa femme tous les jours », semblant ainsi minimiser le geste de son camarade, c’est au tour de Manuel ­Bompard, autre dauphin potentiel de Mélenchon, de subir les répliques du séisme Quatennens.

26 septembre 2022

  • Anne-Charlotte Dusseaulx Arthur Nazaret

https://www.lejdd.fr/

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25 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

kurdistan iranien (ia)

kurdes

Grève générale au Kurdistan iranien pour protester contre l’assassinat de Mahsa Amini

Mahsa Amini, une jeune femme kurde de 22 ans, a été la dernière victime de la « patrouille de la moralité » à Téhéran. Son crime : ne pas porter son voile correctement ! Les agents l’ont arrêtée dans la rue, ont dit à son frère que Mahsa serait emmenée au poste de police et relâchée après un « cours de rééducation » d’une heure.

Ce qui s’est passé n’a rien à voir avec ça. Les personnes rassemblées devant le poste de police, qui réclamaient sa libération et celle de nombreuses autres femmes détenues, ont été attaquées à coups de matraque et de gaz lacrymogène par les agents. Deux heures plus tard, une ambulance a transporté le corps de Mahsa à l’hôpital de Kasra, où le personnel médical n’a pu que constater la mort cérébrale de la jeune femme, dont le corps était blessé à la suite d’un passage à tabac brutal.

L’explosion dans les rues de Téhéran, du Kurdistan et sur les médias sociaux dénonçant le meurtre de Mahsa Amini aux mains de l’État criminel d’Iran a été immédiate et n’a pas cessé malgré le blocage de l’Internet à Saghez et Sanandaj, les menaces proférées à l’encontre des militants et le vaste déploiement des forces de sécurité dans les deux villes, qui ont utilisé la force contre les manifestants.

Lors des manifestations du samedi 17 septembre à Saqqez, au moins 33 personnes ont été blessées par la répression policière.

Malgré la réaction furieuse du régime à l’encontre des protestations, celles-ci se sont poursuivies en force.

Le Parti de la vie libre du Kurdistan (PJAK) et la Communauté libre et démocratique du Kurdistan oriental (KODAR), ont appelé les hommes et les femmes de Rojhilat (Kurdistan iranien) à se mettre en grève générale le lundi 19 septembre.

Les menaces proférées par les autorités iraniennes à l’encontre des syndicats et des entreprises pour qu’ils ne participent pas à la grève n’ont pas empêché cette dernière d’avoir un impact significatif. On rapporte que la grève est largement suivie dans des villes comme Sanandaj, Saqqaz, Baneh et Mariwan, des villes du Kurdistan iranien.

Des frappes ont également été signalées dans la province d’Azerbaïdjan occidental, dans des villes comme Urmia, Bukan et Piranshahr. Iran International ajoute que des commerçants de Yavanrud et de Kermanshah, dans l’ouest du pays, ont également rejoint la grève.

De nombreuses femmes ont rejoint la campagne en brûlant leur foulard ou en se coupant les cheveux aux cris de « Mort au dictateur mercenaire ! », tandis que les hommes se coupaient la barbe en signe de protestation contre la République islamique qui oblige les femmes à porter le hijab et les tue en toute impunité.

Ni la répression policière brutale, qui a déjà entraîné la mort de huit personnes en plus du nombre croissant de blessés, ni les promesses du président Ebrahim Raisi de mener une enquête complète sur la mort d’Amini ne parviennent à mettre un terme aux protestations croissantes.

Ces derniers mois, les patrouilles de la moralité de l’État iranien ont intensifié leur présence dans les grandes villes, harcelant et enlevant des femmes dans la rue pour leur choix de vêtements. On sait peu de choses sur les autres crimes commis contre les femmes dans les bases de patrouille et les centres de détention.

La violence sauvage contre les femmes dans les théocraties criminelles doit cesser maintenant !

Teresa Campos  22 Septiembre 2022
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https://www.izquierdarevolucionaria.net/

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25 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

iran (france info)

iran

Mort de Mahsa Amini : qu’est-ce que la police des mœurs, qui sème la terreur en Iran ?

Créée en 1979 pour assurer l’application de la loi islamique, la police des mœurs est de plus en plus critiquée pour des arrestations arbitraires et des violences.

Elle est à l’origine de la contestation qui secoue l’Iran. Le vendredi 16 septembre, c’est après l’intervention de la police des mœurs que la Kurde iranienne Mahsa Amini est morte. Elle avait été arrêtée pour « port de vêtements inappropriés » parce qu’elle portait mal son voile quelques jours plus tôt, est morte.

Le président Ebrahim Raïssi a affirmé jeudi 22 septembre qu’une enquête allait être ouverte, en assurant que le rapport du médecin légiste n’avait pas fait état d’abus de la part de la police.
A l’heure où de nombreuses femmes retirent leur voile en signe de contestation contre le régime islamique, Franceinfo vous explique ce qu’est cette police de la morale.

 Une police pour imposer le tchador

La Gasht-e Ershad, ou « police des mœurs » est née l’année du triomphe de la Révolution islamique en Iran, en 1979. Elle a été créée avec pour objectif principal d’assurer l’application de la loi qui a rendu le port du voile obligatoire pour les femmes.

A l’époque, il s’agissait d’un tchador, une tenue noire intégrale qui ne découvre que le visage. « Cette police inspirait une peur bleue, elle était composée de gens extrêmement agressifs » souligne Mahnaz Shirali, sociologue et politologue, spécialiste de l’Iran, dans Le Parisien.

Si le tchador n’est plus obligatoire aujourd’hui, les arrestations se poursuivent de manière arbitraire. L’absence de loi claire sur le code vestimentaire islamique laisse la police des mœurs libre de l’interpréter comme elle l’entend. La sociologue Mahnaz Shirali dénonce des « fourgonnettes en chasse » auprès du Parisien. A l’arrière de ces véhicules, des femmes se chargent de réprimander celles qui sont arrêtées et de leur faire un rappel à la loi.

Ces contrôles de la tenue des femmes se sont par ailleurs renforcés depuis l’élection de l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi à la présidence du pays en 2021. « Le gouvernement iranien a pris plusieurs mesures visant à renforcer l’obligation de porter le voile », explique le site Grand Continent. Une directive du 5 juillet dernier impose aux femmes de couvrir leur cou et leurs épaules en plus de leur chevelure. Un décret du 15 août les expose à des punitions plus sévères en cas de non-respect des règles vestimentaires, détaille le site.

 Une brigade sous le feu des critiques

Cette police de la morale a plusieurs fois été pointée du doigt ces derniers mois.  En avril, un champion de boxe a reçu plusieurs balles dans le dos alors qu’il tentait de défendre sa femme qui subissait un contrôle d’identité des officiers de cette unité, expliquent les Observateurs de France 24.

Le même mois « la police a arrêté une femme qui avait été harcelée et filmée par une autre personne, pour non-conformité à cette réglementation, rapporte Human Rights Watch. Elle aurait été battue lors de sa garde à vue et emmenée à l’hôpital pour une hémorragie interne, avant d’être forcée de présenter publiquement des excuses, dans une émission de la télévision d’Etat. »

Depuis la mort de Mahsa Amini, de plus en plus de voix s’élèvent contre cette police, y compris au sein de la classe politique iranienne. Elle « n’obtient aucun résultat, sauf causer des dommages au pays », a déclaré le député Jalal Rashidi Koochi à l’agence de presse ISNA. « Est-ce que les gens qui sont conduits par cette police d’orientation à ces séances d’explications reprennent conscience et se repentent quand ils en sortent ? », s’est notamment demandé le parlementaire. Washington a également annoncé des sanctions économiques à l’égard de cette police des mœurs et de plusieurs responsables de la sécurité.

Cette colère contre la police des mœurs pourrait donner une nouvelle dimension au mécontentement qu’ont plusieurs fois exprimé les Iraniens depuis la Révolution islamique. « Cette fois-ci, on entend des protestations pas seulement contre la situation générale du pays, mais aussi pour les droits des femmes : c’est un changement important », a analysé Azadeh Kian, professeur de sociologie à l’université Paris Cité et spécialiste de l’Iran, pour l’AFP.

Jeudi 22, Washington a annoncé des sanctions économiques visant la police des mœurs iranienne et plusieurs responsables de la sécurité pour les « violences contre les manifestants », ainsi que pour le sort de Mahsa Amini.

Ces sanctions ciblent « la police des mœurs d’Iran et les hauts dirigeants de la sécurité iranienne responsables de cette oppression », et « démontrent l’engagement clair de l’administration Biden-Harris à défendre les droits humains et les droits des femmes, en Iran et dans le monde », a déclaré la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, dans un communiqué.

Au moins 17 personnes ont péri selon un bilan d’un média d’Etat du 22 septembre. Mais le bilan risque d’être bien plus lourd : l’ONG d’opposition Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, fait état d’au moins 50 civils tués par les forces de sécurité.

samedi 24 septembre 2022

https://www.francetvinfo.fr/

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23 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

voile (essf)

voilee

Protestations en Iran : « Les manifestantes contestent le voile comme un symbole religieux et politique »

La mort de Mahsa Amini aux mains de la police des mœurs la semaine dernière à Téhéran a provoqué un mouvement de colère contre le port obligatoire du hijab, l’un des fondements idéologiques du régime, selon la sociologue Azadeh Kian.

La colère explose depuis la mort de Mahsa Amini. La jeune femme de 22 ans a été interpellée le 13 septembre, à Téhéran, par la police des mœurs. Arrêtée car elle aurait mal porté le voile, elle est tombée dans le coma dans les premières heures de sa détention, puis est décédée trois jours plus tard.  La professeure de sociologie et directrice du Centre d’enseignement, de documentation et de recherches pour les études féministes à l’université Paris-Cité Azadeh Kian est spécialiste des mouvements d’émancipation des femmes en Iran.

L’obligation de porter le voile en Iran est-elle de plus en plus contestée ?

De plus en plus de femmes osent ne pas le porter en public, et pas seulement mal le porter, notamment dans les grandes villes : Téhéran, Shiraz et même Ispahan, plus conservatrice. Dans certains quartiers, des femmes ne portent pas le voile ou le laissent glisser sur les épaules. Dans les petites villes de province, ce n’est pas encore le cas.

Un débat existe parmi les clercs réformateurs qui contestent son caractère obligatoire : si le voile est religieux, personne ne peut être contraint à le porter, il devrait être accepté comme tous les préceptes religieux. Ils critiquent aussi Gashte Ershad [la police des mœurs, ndlr], vu comme contre-productive car la répression ne fait qu’augmenter le nombre de filles mal voilées ou refusant le voile.

L’obligation est-elle contestée depuis le début de la République
islamique ?

La contestation a changé de forme. Moi-même j’ai participé à une manifestation en mars 1979 [pendant la révolution] contre le port obligatoire du voile et les régressions dans le code civil. A cette époque-là, déjà, on a été réprimées ! Des femmes ont continué à montrer leur désaccord. Elles ont été virées de leur poste ou attaquées dans la rue, pas par la police des mœurs mais par des nervis.
L’ayatollah Khomeiny était intervenu pour dire qu’il ne fallait pas attaquer les femmes personnellement, mais qu’il fallait une structure pour protéger la société et faire appliquer ces préceptes. Cette idée a donné naissance à la police des mœurs, dont l’appellation a changé au fil des ans [elle est devenue Gashte Ershad en 2005].
Cette branche de la police est sous l’autorité du ministre de l’Intérieur. Sous les réformateurs et sous le conservateur modéré Hassan Rohani, Gashte Ershad existait mais disposait de moins de pouvoirs.

 L’ultraconservateur Ebrahim Raïssi, élu président l’année dernière, a-t-il aggravé la situation pour les femmes ?

Raïssi a redonné carte blanche à cette police des mœurs. On le voit avec cet assassinat, les arrestations des cinéastes…
Tout ceci montre la talibanisation en cours : avec Raïssi, les talibans sont arrivés au pouvoir en Iran. Ses ministres viennent tous des Gardiens de la révolution [armée ne répondant qu’au Guide suprême], des sphères du renseignement ou des comités responsables des exécutions sommaires de 4 000 prisonniers en 1988. Les trois pouvoirs sont aux mains des ultras, soutenus par le Guide.
C’est la différence par rapport à la situation antérieure, Gashte Ershad existait mais les exactions étaient moins nombreuses.

 La contestation prend-elle une forme plus radicale aujourd’hui que dans les premières années de la République islamique ?

Sur les 35 « filles de la révolution » arrêtées sur l’avenue Enqelab en 2017- 2018, parce qu’elles s’étaient dévoilées en public, presque aucune n’avait un passé féministe. C’était une contestation très individuelle. Elles disaient qu’elles n’aimaient pas le voile et ne voulaient pas le porter, en revendiquant des valeurs relevant du bien-être : « Je ne souhaite pas porter le voile, c’est mon droit. » Sans aller beaucoup plus loin, sans remettre en cause le régime islamique.

Aujourd’hui, les manifestantes contestent le voile comme un symbole religieux et politique. Les slogans ciblent le voile, le guide et le régime. C’est une action collective de femmes qui ôtent leur voile ensemble.
La volonté d’action collective refait surface, à laquelle répond une répression féroce. Les filles de la révolution avaient été emprisonnées, mais on ne les tuait pas. Aujourd’hui, le régime tire une fois de plus sur les manifestants. Il a peur.

L’élection de Raïssi en juin 2021 a démontré que le régime n’avait plus de popularité, le taux de participation [48,78 %] était très bas malgré le bourrage des urnes. Selon le centre statistique d’Iran, 50 % de la population iranienne vit sous le seuil de pauvreté. Le régime se maintient par la répression et l’absence d’alternative.

 Pourquoi le régime se raidit-il autant sur le port obligatoire du voile ?

Dès le départ, le régime a sacralisé le voile. Le voile des femmes est censé sauvegarder leur honneur, mais il symbolise aussi le sang des martyrs. Les femmes, leur corps, leurs droits se trouvent au fondement idéologique de ce régime. Le jour où le pouvoir acceptera de changer le code civil et le code pénal ne viendra pas, ou alors ce ne sera plus le régime islamique.

Avant la révolution, on était libre de porter ou non le voile. La République islamique n’a pas réussi à imposer le voile noir partout : dans le Turkménistan iranien, dans les tribus nomades bakhtiari et qashqai, les femmes portent des voiles colorés. La culture chiite a surtout été imposée dans les grandes villes, mais celles-ci sont devenues très modernes : les filles sont de plus en plus éduquées, revendiquent leur autonomie, ont obtenu plus de liberté que ma génération qui vivait sous le chah.

Quels droits les femmes iraniennes ont-elles conquis par la lutte depuis la révolution de 1979 ?

Avant la révolution, sous le chah, il n’y avait pas d’égalité dans les lois : la polygamie, le mariage temporaire et l’autorisation maritale pour quitter le pays étaient en vigueur. Après 1979, les femmes ont toutefois perdu beaucoup de droits inscrits. Les femmes sont placées sous la tutelle de l’homme, qui est le père puis le mari. Tous les deux possèdent véritablement les femmes. Dans la loi, la femme doit obéir à son mari. Le voile, c’est la partie émergée de l’iceberg. Selon le code pénal iranien, la vie d’une femme vaut la moitié de celle d’un homme.

En même temps, les femmes ont accédé davantage à l’éducation, elles sont partout dans les universités, plus ouvertes sur le monde grâce aux réseaux sociaux et aux antennes paraboliques. Elles ont revendiqué des droits.
Il y avait trois ou quatre femmes cinéastes avant la révolution, elles sont des dizaines aujourd’hui. Des femmes, y compris issues de milieux modestes, deviennent écrivaines et essayistes aujourd’hui. Des couples hétérosexuels habitent ensemble, alors que c’est théoriquement interdit sans être mariés. Les parents se montrent solidaires de leurs enfants et les laissent faire, même dans les familles religieuses. La société iranienne évolue beaucoup, pendant que le régime se talibanise

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