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29 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

bébés (lutte ouvrière)

hoptiam

Nourrissons : mortalité en hausse

Santé publique France vient de publier un rapport qui montre une augmentation de la mortalité des nourrissons sur une décennie.

Le taux de mortalité néonatale (le nombre de décès avant l’âge d’un mois pour 1 000 naissances) est passé en France de 1,6 en 2010 à 2 en 2019, soit une augmentation de 25 %.

L’évolution de cet indicateur de santé publique est en grande partie le reflet de l’accroissement de la pauvreté. Ainsi, en Outremer, il est le double de celui de la Métropole.

Même en France la situation se dégrade. En région Auvergne-Rhône-Alpes, la proportion de femmes ayant bénéficié d’au moins trois échographies durant leur grossesse a baissé, passant de 96 % à 89 % entre 2010 et 2017. En Île-de-France la proportion de femmes sans abri parmi les accouchements a été multipliée par quatre de 2015 à 2019.

Les progrès indéniables de la médecine de pointe ne peuvent pas cacher que les inégalités de santé progressent, débouchant sur des drames de grossesses malheureuses de plus en plus fréquents.

Lucien DÉTROIT 28 Septembre 2022

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26 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

dauphin (jdd)

fi

« Il est cassé » : à La France insoumise, la chute du dauphin Quatennens

La fulgurante ascension du député Adrien Quatennens, auteur de violences conjugales, connaît un brutal coup d’arrêt. Protégé de Jean-Luc Mélenchon, il figurait parmi ses possibles successeurs.

Bien sûr qu’ils n’ont pas tourné la page. Mais ils aimeraient tellement… Posez une question à un Insoumis sur l’avenir d’Adrien Quatennens, et la réponse oscillera entre un épais silence, un refus poli, ou encore un doigt pointé vers la marche du 16 octobre contre la vie chère organisée par le mouvement, qui, espèrent-ils, devrait leur permettre d’enfin reprendre une bouffée d’oxygène. Mais tous les membres de La France insoumise (LFI) en sont conscients : si l’ascension du député de 32 ans a été fulgurante, la chute qui se dessine l’est plus encore. « Il est cassé », confirme un de ses interlocuteurs récents.

L’absent que l’on remarque

Mardi dernier, lors de la conférence de presse de rentrée du groupe LFI à l’Assemblée nationale, le grand roux à la coiffure en brosse a été l’absent que l’on remarque. Jeudi et vendredi, le député du Nord se faisait à nouveau porter pâle lors des journées parlementaires du mouvement. Le voilà désormais « en retrait » de son poste de coordinateur du parti, et de son mandat de député, après avoir reconnu, entre autres, avoir giflé sa femme.

Mélenchon ne comprend pas que c’est une question de société

« Adrien décide de tout prendre sur lui, avait alors tweeté Jean-Luc Mélenchon. Je salue sa dignité et son courage. Je lui dis ma confiance et mon affection. » De quoi s’attirer les foudres des féministes et, chose rare, d’une partie de son camp. « Mélenchon ne comprend pas que c’est une question de société, regrette la députée ­écologiste ­Sandrine Rousseau. Il est comme un animal acculé, il devient agressif. »

Comme une petite poignée d’autres, Quatennens figurait en bonne place sur la liste des successeurs possibles au tribun Insoumis. « Jean-Luc Mélenchon a permis de former une très bonne deuxième ligne, souligne le député Manuel Bompard. Adrien Quatennens en faisait partie, c’est une évidence. » Même si un autre député LFI relativise : « Il est interprète, il répète la ligne, mais on ne voit pas ­l’originalité de sa parole. »

La définition de son « retrait » reste floue

Il y a dix jours, au moment des révélations du Canard enchaîné sur le dépôt d’une main courante par la compagne de Quatennens, un député de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), interdit, relayait le sentiment général : « Nous sommes tous tombés de notre chaise, même si nous avions vu à nos journées d’été qu’il n’était pas bien. Ça va le mettre à plat moralement. » Et de déceler, sur ces questions, une forme de dualité chez les Insoumis : « Nous avons une culture un peu viriliste, avec un vieux fond lambertiste [un courant trotskiste dont est issu Mélenchon], et une vraie culture féministe. »

Mercredi, lors de la réunion de l’intergroupe de la Nupes, les partenaires des Insoumis ont bien sûr abordé le sujet. Interrogeant leurs alliés sur la signification exacte du terme « retrait », ils n’en ont obtenu qu’une définition floue, et une durée indéfinie. « À ce stade, nous n’avons pas d’éléments précis sur Adrien Quatennens ni sur la suite », relève un participant.

Aujourd’hui, de nombreuses féministes, comme l’élue écologiste de Paris Raphaëlle Rémy-Leleu, demandent plus : sa démission. Ses camarades Insoumis, eux, ne l’exigent pas.« Il n’est pas interdit d’hémicycle », relève la députée LFI Danièle Obono. « En tant que femme politique, féministe, de gauche, j’ai toujours souhaité des sanctions politiques à la mesure des actes commis, pointe l’eurodéputée Manon Aubry.

Son retrait était nécessaire. Maintenant, nul ne sait ce qui va advenir de l’information judiciaire » ouverte par le parquet de Lille. Rousseau, qui a eu Quatennens au téléphone, aimerait « que son suppléant le remplace le temps de l’instruction », mais il faudrait pour cela changer la loi.

Pour l’heure, nul ne sait s’il sera présent à la reprise des travaux au Palais-Bourbon, le 3 octobre.​ Mélenchon, lui, a déclaré samedi soir sur France 2 dans l’émission Quelle époque ! souhaiter que son protégé revienne dans le combat politique une fois cette affaire apurée.

Ascension éclair

Jusqu’ici, son parcours politique avait ressemblé à un sans-faute. En juin 2018, dans une interview à Libération consacrée à son jeune poulain, Jean-Luc Mélenchon multipliait les éloges : « Il représente beaucoup pour moi […] Il m’inspire une confiance totale. À 28 ans, il est plus fort que tous ces poulets d’élevage. »

Un an plus tard, Quatennens était bombardé « coordinateur » de LFI, prenant de vitesse toute une génération arrimée à Mélenchon depuis des années, et qui guignait sa ­succession. « À un moment où tout le monde voyait arriver l’affrontement entre Clémentine Autain, Éric Coquerel et Alexis Corbière, Jean-Luc leur a coupé l’herbe sous le pied : nommer Quatennens, c’était le moyen d’éviter ça », note François Cocq, qui fut longtemps, lui aussi, un compagnon de route.

Rien ne promettait au Lillois une telle trajectoire. « Je ne me souviens pas avoir assisté à la moindre discussion politique à la maison », confessait-il en 2021 dans son livre Génération Mélenchon (Seuil), évoquant des parents électeurs de droite.

Jeune, il étanche sa soif de politique en passant des heures à lire des argumentaires sur le site Internet de la Ligue communiste révolutionnaire, avant de rejoindre l’association altermondialiste Attac. Il décroche à la fac, s’inscrit en BTS commercial, en alternance chez EDF. Au printemps 2012, il se rend à un meeting de Mélenchon, qui semble le transporter, et adhère peu après au Parti de gauche, l’ancêtre de LFI. « ­Militant bénévole, j’y consacrais autant d’heures que si j’avais été permanent du parti », écrit dans son livre l’ancien conseiller clientèle chez EDF. C’est le début de l’ascension de celui que les siens décrivent comme « humble » et « gros ­bosseur ».

De la course à la succession à la quête de la rédemption

En 2017, à moins de 30 ans, il conquiert son premier mandat à l’Assemblée nationale. L’arène aurait pu se révéler intimidante : il n’en est rien. Il aime le spectacle, la mise en scène et le public. Petit, n’avait-il pas passé, « pour le plaisir, le casting de Graines de star sur la plage de [s]on lieu de vacances avec une reprise a cappella de Vivre pour le meilleur, de Johnny Hallyday », comme il le raconte dans son livre.

Tout juste élu, le député se porte volontaire pour croiser le fer avec la ministre du Travail d’alors, Muriel Pénicaud, qui veut réformer le droit du travail par ordonnances. Il peaufine son intervention tout un week-end, transformant la table à repasser en pupitre pour mieux répéter la scène dans son salon.

À la tribune, Quatennens dénonce un « meurtre avec préméditation du Code du travail » et lance aux macronistes : « Voulez-vous que l’Histoire retienne que votre marche est d’abord un piétinement d’un siècle de lutte sociale ? » Son aisance et ses formules, sa capacité à débattre lui assurent un décollage fulgurant.

Aujourd’hui écarté des lumières, il passe de la course à la succession à la quête de la rédemption. Non sans dommages collatéraux : pour avoir déclaré qu’« une gifle n’est jamais acceptable, mais elle n’est pas égale à un homme qui bat sa femme tous les jours », semblant ainsi minimiser le geste de son camarade, c’est au tour de Manuel ­Bompard, autre dauphin potentiel de Mélenchon, de subir les répliques du séisme Quatennens.

26 septembre 2022

  • Anne-Charlotte Dusseaulx Arthur Nazaret

https://www.lejdd.fr/

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Violences sexistes : Julien Bayou démissionne de son poste de secrétaire national d’Europe Écologie-Les Verts

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25 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

kurdistan iranien (ia)

kurdes

Grève générale au Kurdistan iranien pour protester contre l’assassinat de Mahsa Amini

Mahsa Amini, une jeune femme kurde de 22 ans, a été la dernière victime de la « patrouille de la moralité » à Téhéran. Son crime : ne pas porter son voile correctement ! Les agents l’ont arrêtée dans la rue, ont dit à son frère que Mahsa serait emmenée au poste de police et relâchée après un « cours de rééducation » d’une heure.

Ce qui s’est passé n’a rien à voir avec ça. Les personnes rassemblées devant le poste de police, qui réclamaient sa libération et celle de nombreuses autres femmes détenues, ont été attaquées à coups de matraque et de gaz lacrymogène par les agents. Deux heures plus tard, une ambulance a transporté le corps de Mahsa à l’hôpital de Kasra, où le personnel médical n’a pu que constater la mort cérébrale de la jeune femme, dont le corps était blessé à la suite d’un passage à tabac brutal.

L’explosion dans les rues de Téhéran, du Kurdistan et sur les médias sociaux dénonçant le meurtre de Mahsa Amini aux mains de l’État criminel d’Iran a été immédiate et n’a pas cessé malgré le blocage de l’Internet à Saghez et Sanandaj, les menaces proférées à l’encontre des militants et le vaste déploiement des forces de sécurité dans les deux villes, qui ont utilisé la force contre les manifestants.

Lors des manifestations du samedi 17 septembre à Saqqez, au moins 33 personnes ont été blessées par la répression policière.

Malgré la réaction furieuse du régime à l’encontre des protestations, celles-ci se sont poursuivies en force.

Le Parti de la vie libre du Kurdistan (PJAK) et la Communauté libre et démocratique du Kurdistan oriental (KODAR), ont appelé les hommes et les femmes de Rojhilat (Kurdistan iranien) à se mettre en grève générale le lundi 19 septembre.

Les menaces proférées par les autorités iraniennes à l’encontre des syndicats et des entreprises pour qu’ils ne participent pas à la grève n’ont pas empêché cette dernière d’avoir un impact significatif. On rapporte que la grève est largement suivie dans des villes comme Sanandaj, Saqqaz, Baneh et Mariwan, des villes du Kurdistan iranien.

Des frappes ont également été signalées dans la province d’Azerbaïdjan occidental, dans des villes comme Urmia, Bukan et Piranshahr. Iran International ajoute que des commerçants de Yavanrud et de Kermanshah, dans l’ouest du pays, ont également rejoint la grève.

De nombreuses femmes ont rejoint la campagne en brûlant leur foulard ou en se coupant les cheveux aux cris de « Mort au dictateur mercenaire ! », tandis que les hommes se coupaient la barbe en signe de protestation contre la République islamique qui oblige les femmes à porter le hijab et les tue en toute impunité.

Ni la répression policière brutale, qui a déjà entraîné la mort de huit personnes en plus du nombre croissant de blessés, ni les promesses du président Ebrahim Raisi de mener une enquête complète sur la mort d’Amini ne parviennent à mettre un terme aux protestations croissantes.

Ces derniers mois, les patrouilles de la moralité de l’État iranien ont intensifié leur présence dans les grandes villes, harcelant et enlevant des femmes dans la rue pour leur choix de vêtements. On sait peu de choses sur les autres crimes commis contre les femmes dans les bases de patrouille et les centres de détention.

La violence sauvage contre les femmes dans les théocraties criminelles doit cesser maintenant !

Teresa Campos  22 Septiembre 2022
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https://www.izquierdarevolucionaria.net/

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25 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

iran (france info)

iran

Mort de Mahsa Amini : qu’est-ce que la police des mœurs, qui sème la terreur en Iran ?

Créée en 1979 pour assurer l’application de la loi islamique, la police des mœurs est de plus en plus critiquée pour des arrestations arbitraires et des violences.

Elle est à l’origine de la contestation qui secoue l’Iran. Le vendredi 16 septembre, c’est après l’intervention de la police des mœurs que la Kurde iranienne Mahsa Amini est morte. Elle avait été arrêtée pour « port de vêtements inappropriés » parce qu’elle portait mal son voile quelques jours plus tôt, est morte.

Le président Ebrahim Raïssi a affirmé jeudi 22 septembre qu’une enquête allait être ouverte, en assurant que le rapport du médecin légiste n’avait pas fait état d’abus de la part de la police.
A l’heure où de nombreuses femmes retirent leur voile en signe de contestation contre le régime islamique, Franceinfo vous explique ce qu’est cette police de la morale.

 Une police pour imposer le tchador

La Gasht-e Ershad, ou « police des mœurs » est née l’année du triomphe de la Révolution islamique en Iran, en 1979. Elle a été créée avec pour objectif principal d’assurer l’application de la loi qui a rendu le port du voile obligatoire pour les femmes.

A l’époque, il s’agissait d’un tchador, une tenue noire intégrale qui ne découvre que le visage. « Cette police inspirait une peur bleue, elle était composée de gens extrêmement agressifs » souligne Mahnaz Shirali, sociologue et politologue, spécialiste de l’Iran, dans Le Parisien.

Si le tchador n’est plus obligatoire aujourd’hui, les arrestations se poursuivent de manière arbitraire. L’absence de loi claire sur le code vestimentaire islamique laisse la police des mœurs libre de l’interpréter comme elle l’entend. La sociologue Mahnaz Shirali dénonce des « fourgonnettes en chasse » auprès du Parisien. A l’arrière de ces véhicules, des femmes se chargent de réprimander celles qui sont arrêtées et de leur faire un rappel à la loi.

Ces contrôles de la tenue des femmes se sont par ailleurs renforcés depuis l’élection de l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi à la présidence du pays en 2021. « Le gouvernement iranien a pris plusieurs mesures visant à renforcer l’obligation de porter le voile », explique le site Grand Continent. Une directive du 5 juillet dernier impose aux femmes de couvrir leur cou et leurs épaules en plus de leur chevelure. Un décret du 15 août les expose à des punitions plus sévères en cas de non-respect des règles vestimentaires, détaille le site.

 Une brigade sous le feu des critiques

Cette police de la morale a plusieurs fois été pointée du doigt ces derniers mois.  En avril, un champion de boxe a reçu plusieurs balles dans le dos alors qu’il tentait de défendre sa femme qui subissait un contrôle d’identité des officiers de cette unité, expliquent les Observateurs de France 24.

Le même mois « la police a arrêté une femme qui avait été harcelée et filmée par une autre personne, pour non-conformité à cette réglementation, rapporte Human Rights Watch. Elle aurait été battue lors de sa garde à vue et emmenée à l’hôpital pour une hémorragie interne, avant d’être forcée de présenter publiquement des excuses, dans une émission de la télévision d’Etat. »

Depuis la mort de Mahsa Amini, de plus en plus de voix s’élèvent contre cette police, y compris au sein de la classe politique iranienne. Elle « n’obtient aucun résultat, sauf causer des dommages au pays », a déclaré le député Jalal Rashidi Koochi à l’agence de presse ISNA. « Est-ce que les gens qui sont conduits par cette police d’orientation à ces séances d’explications reprennent conscience et se repentent quand ils en sortent ? », s’est notamment demandé le parlementaire. Washington a également annoncé des sanctions économiques à l’égard de cette police des mœurs et de plusieurs responsables de la sécurité.

Cette colère contre la police des mœurs pourrait donner une nouvelle dimension au mécontentement qu’ont plusieurs fois exprimé les Iraniens depuis la Révolution islamique. « Cette fois-ci, on entend des protestations pas seulement contre la situation générale du pays, mais aussi pour les droits des femmes : c’est un changement important », a analysé Azadeh Kian, professeur de sociologie à l’université Paris Cité et spécialiste de l’Iran, pour l’AFP.

Jeudi 22, Washington a annoncé des sanctions économiques visant la police des mœurs iranienne et plusieurs responsables de la sécurité pour les « violences contre les manifestants », ainsi que pour le sort de Mahsa Amini.

Ces sanctions ciblent « la police des mœurs d’Iran et les hauts dirigeants de la sécurité iranienne responsables de cette oppression », et « démontrent l’engagement clair de l’administration Biden-Harris à défendre les droits humains et les droits des femmes, en Iran et dans le monde », a déclaré la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, dans un communiqué.

Au moins 17 personnes ont péri selon un bilan d’un média d’Etat du 22 septembre. Mais le bilan risque d’être bien plus lourd : l’ONG d’opposition Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, fait état d’au moins 50 civils tués par les forces de sécurité.

samedi 24 septembre 2022

https://www.francetvinfo.fr/

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23 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

voile (essf)

voilee

Protestations en Iran : « Les manifestantes contestent le voile comme un symbole religieux et politique »

La mort de Mahsa Amini aux mains de la police des mœurs la semaine dernière à Téhéran a provoqué un mouvement de colère contre le port obligatoire du hijab, l’un des fondements idéologiques du régime, selon la sociologue Azadeh Kian.

La colère explose depuis la mort de Mahsa Amini. La jeune femme de 22 ans a été interpellée le 13 septembre, à Téhéran, par la police des mœurs. Arrêtée car elle aurait mal porté le voile, elle est tombée dans le coma dans les premières heures de sa détention, puis est décédée trois jours plus tard.  La professeure de sociologie et directrice du Centre d’enseignement, de documentation et de recherches pour les études féministes à l’université Paris-Cité Azadeh Kian est spécialiste des mouvements d’émancipation des femmes en Iran.

L’obligation de porter le voile en Iran est-elle de plus en plus contestée ?

De plus en plus de femmes osent ne pas le porter en public, et pas seulement mal le porter, notamment dans les grandes villes : Téhéran, Shiraz et même Ispahan, plus conservatrice. Dans certains quartiers, des femmes ne portent pas le voile ou le laissent glisser sur les épaules. Dans les petites villes de province, ce n’est pas encore le cas.

Un débat existe parmi les clercs réformateurs qui contestent son caractère obligatoire : si le voile est religieux, personne ne peut être contraint à le porter, il devrait être accepté comme tous les préceptes religieux. Ils critiquent aussi Gashte Ershad [la police des mœurs, ndlr], vu comme contre-productive car la répression ne fait qu’augmenter le nombre de filles mal voilées ou refusant le voile.

L’obligation est-elle contestée depuis le début de la République
islamique ?

La contestation a changé de forme. Moi-même j’ai participé à une manifestation en mars 1979 [pendant la révolution] contre le port obligatoire du voile et les régressions dans le code civil. A cette époque-là, déjà, on a été réprimées ! Des femmes ont continué à montrer leur désaccord. Elles ont été virées de leur poste ou attaquées dans la rue, pas par la police des mœurs mais par des nervis.
L’ayatollah Khomeiny était intervenu pour dire qu’il ne fallait pas attaquer les femmes personnellement, mais qu’il fallait une structure pour protéger la société et faire appliquer ces préceptes. Cette idée a donné naissance à la police des mœurs, dont l’appellation a changé au fil des ans [elle est devenue Gashte Ershad en 2005].
Cette branche de la police est sous l’autorité du ministre de l’Intérieur. Sous les réformateurs et sous le conservateur modéré Hassan Rohani, Gashte Ershad existait mais disposait de moins de pouvoirs.

 L’ultraconservateur Ebrahim Raïssi, élu président l’année dernière, a-t-il aggravé la situation pour les femmes ?

Raïssi a redonné carte blanche à cette police des mœurs. On le voit avec cet assassinat, les arrestations des cinéastes…
Tout ceci montre la talibanisation en cours : avec Raïssi, les talibans sont arrivés au pouvoir en Iran. Ses ministres viennent tous des Gardiens de la révolution [armée ne répondant qu’au Guide suprême], des sphères du renseignement ou des comités responsables des exécutions sommaires de 4 000 prisonniers en 1988. Les trois pouvoirs sont aux mains des ultras, soutenus par le Guide.
C’est la différence par rapport à la situation antérieure, Gashte Ershad existait mais les exactions étaient moins nombreuses.

 La contestation prend-elle une forme plus radicale aujourd’hui que dans les premières années de la République islamique ?

Sur les 35 « filles de la révolution » arrêtées sur l’avenue Enqelab en 2017- 2018, parce qu’elles s’étaient dévoilées en public, presque aucune n’avait un passé féministe. C’était une contestation très individuelle. Elles disaient qu’elles n’aimaient pas le voile et ne voulaient pas le porter, en revendiquant des valeurs relevant du bien-être : « Je ne souhaite pas porter le voile, c’est mon droit. » Sans aller beaucoup plus loin, sans remettre en cause le régime islamique.

Aujourd’hui, les manifestantes contestent le voile comme un symbole religieux et politique. Les slogans ciblent le voile, le guide et le régime. C’est une action collective de femmes qui ôtent leur voile ensemble.
La volonté d’action collective refait surface, à laquelle répond une répression féroce. Les filles de la révolution avaient été emprisonnées, mais on ne les tuait pas. Aujourd’hui, le régime tire une fois de plus sur les manifestants. Il a peur.

L’élection de Raïssi en juin 2021 a démontré que le régime n’avait plus de popularité, le taux de participation [48,78 %] était très bas malgré le bourrage des urnes. Selon le centre statistique d’Iran, 50 % de la population iranienne vit sous le seuil de pauvreté. Le régime se maintient par la répression et l’absence d’alternative.

 Pourquoi le régime se raidit-il autant sur le port obligatoire du voile ?

Dès le départ, le régime a sacralisé le voile. Le voile des femmes est censé sauvegarder leur honneur, mais il symbolise aussi le sang des martyrs. Les femmes, leur corps, leurs droits se trouvent au fondement idéologique de ce régime. Le jour où le pouvoir acceptera de changer le code civil et le code pénal ne viendra pas, ou alors ce ne sera plus le régime islamique.

Avant la révolution, on était libre de porter ou non le voile. La République islamique n’a pas réussi à imposer le voile noir partout : dans le Turkménistan iranien, dans les tribus nomades bakhtiari et qashqai, les femmes portent des voiles colorés. La culture chiite a surtout été imposée dans les grandes villes, mais celles-ci sont devenues très modernes : les filles sont de plus en plus éduquées, revendiquent leur autonomie, ont obtenu plus de liberté que ma génération qui vivait sous le chah.

Quels droits les femmes iraniennes ont-elles conquis par la lutte depuis la révolution de 1979 ?

Avant la révolution, sous le chah, il n’y avait pas d’égalité dans les lois : la polygamie, le mariage temporaire et l’autorisation maritale pour quitter le pays étaient en vigueur. Après 1979, les femmes ont toutefois perdu beaucoup de droits inscrits. Les femmes sont placées sous la tutelle de l’homme, qui est le père puis le mari. Tous les deux possèdent véritablement les femmes. Dans la loi, la femme doit obéir à son mari. Le voile, c’est la partie émergée de l’iceberg. Selon le code pénal iranien, la vie d’une femme vaut la moitié de celle d’un homme.

En même temps, les femmes ont accédé davantage à l’éducation, elles sont partout dans les universités, plus ouvertes sur le monde grâce aux réseaux sociaux et aux antennes paraboliques. Elles ont revendiqué des droits.
Il y avait trois ou quatre femmes cinéastes avant la révolution, elles sont des dizaines aujourd’hui. Des femmes, y compris issues de milieux modestes, deviennent écrivaines et essayistes aujourd’hui. Des couples hétérosexuels habitent ensemble, alors que c’est théoriquement interdit sans être mariés. Les parents se montrent solidaires de leurs enfants et les laissent faire, même dans les familles religieuses. La société iranienne évolue beaucoup, pendant que le régime se talibanise

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21 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

édito (npa)

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femmes .
Soutien à celles qui ne se taisent plus

Elles sont 230 000 chaque année. 230 000 femmes victimes, en France, de violences conjugales. Leurs conjoints ont pu fouiller leurs mails, leurs textos, donner un ou plusieurs coups, les projeter contre un mur, les insulter, les harceler, les violer, les intimider, les isoler. Aucune de ces violences n’est minime. Même isolée, chacune d’entre elles reste une violence. Il y a en ce moment 230 000 femmes victimes qui ont fait, qui vont faire ou qui pensent faire exactement ce que Céline Quatennens a fait début septembre : poser une main courante, laisser une trace.

Les femmes victimes de violences conjugales se posent la question de partir, de porter plainte, se demandent comment elles vont faire, avec les enfants, avec le boulot, avec l’appartement, avec leurs proches, avec le compte en banque. Toujours les mêmes questions : Est-ce que c’était si grave ? Est-ce qu’elles sont sûres que cette fois il ne va pas vraiment changer ? Comment vont-elles faire si personne ne les croit ? Si personne ne les aide ? Est si c’était pire après ?

Toutes les victimes de violences conjugales doivent recevoir notre soutien plein et entier dans toutes les démarches qu’elles entreprennent ; et nous refuserons toujours de trouver des excuses aux agresseurs. Adrien Quatennens est un homme violent comme un autre, il n’y a pas de passe-droit, et ce n’est pas à lui ou à ses camarades de caractériser les violences qu’il a commises et leur gravité.

230 000 femmes regardent et écoutent ce qui se passe depuis que les violences commises par Adrien Quatennens ont été rendues publiques. Nous avons vu le soutien de Jean-Luc Mélenchon à son « ami ». Nous avons vu les réactions tièdes de sa famille politique. Et nous comprenons exactement ce qu’il y a à comprendre : même à gauche, les hommes puissants se soutiennent entre eux, à tout prix. D’une main ils minimisent les violences commises, de l’autre ils félicitent les hommes et louent leur « courage » quand ils admettent des faits.

Nous, nous voulons louer le courage de toutes celles qui essaient aujourd’hui de se protéger, de sortir des situations dans lesquelles elles se sentent en danger. Le courage de toutes celles qui critiquent l’insuffisance du « retrait » d’Adrien Quatennens de la coordination de La France insoumise et exigent qu’il quitte ses fonctions de député, et qui dénoncent les tentatives de minimisation ou d’occultation des violences qu’il a commises. Le courage de celles qui ne se taisent plus.

Aurélie-Anne Thos Mercredi 21 septembre

https://lanticapitaliste.org/

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19 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

iran (sud ouest)

Mort de Mahsa Amini en Iran : manifestations, cheveux coupés, voiles brûlés... la colère des femmes iraniennes

Mort de Mahsa Amini en Iran : manifestations, cheveux coupés, voiles brûlés… la colère des femmes iraniennes
De nombreux cinéastes, artistes, personnalités sportives, politiques et religieuses ont également exprimé leur colère sur les réseaux sociaux.

Plusieurs manifestations ont eu lieu en Iran après la mort d’une jeune fille de 22 ans, détenue par la police des mœurs. Pour protester contre un régime strict envers les femmes, des Iraniennes se sont aussi coupé les cheveux et ont brûlé leurs voiles.

Les forces de sécurité iraniennes ont dispersé à coups de gaz lacrymogènes une manifestation dans le nord-ouest du pays et procédé à « plusieurs arrestations » après la mort d’une jeune fille détenue par la police des mœurs, a indiqué l’agence de presse Fars.

Cette unité de police, chargée de faire respecter le code vestimentaire strict de la République islamique pour les femmes, dont le port obligatoire du foulard en public, a été plusieurs fois critiquée ces derniers mois pour des interventions violentes.

Originaire de la région du Kurdistan, Mahsa Amini, âgée de 22 ans, a été arrêtée mardi alors qu’elle était à Téhéran en visite avec sa famille. Elle est décédée vendredi à l’hôpital après trois jours dans le coma, suscitant une vague de colère dans le pays.

« Environ 500 personnes se sont rassemblées à Sanandaj, capitale de la province du Kurdistan, et ont crié des slogans contre les responsables du pays », a rapporté Fars. Les manifestants « ont brisé les vitres de certaines voitures, incendié des poubelles », et « la police a utilisé du gaz lacrymogène pour disperser la foule », a ajouté l’agence. « Plusieurs personnes ont été arrêtées par la police », a encore indiqué Fars.

« Pas de contact physique »

« De nombreux manifestants sont convaincus que Mahsa est morte sous la torture », a souligné lundi l’agence Fars. La police de Téhéran s’était défendue vendredi, affirmant « qu’il n’y avait pas eu de contact physique » entre les agents et la victime. Le même jour, la télévision d’État a diffusé une courte vidéo de surveillance montrant une femme présentée comme Mahsa Amini s’effondrer dans les locaux de la police après une discussion avec une agente.

Lundi, le père de la victime, a déclaré qu’il « n’accepte pas ce que (la police) lui a montré » car, selon lui, « la vidéo a été coupée » et a critiqué « la lenteur d’intervention » des services d’urgence.

Samedi, le ministre iranien de l’Intérieur, Ahmad Vahidi, a affirmé que « Mahsa avait apparemment des problèmes physiques antérieurs » et qu’elle « avait subi une opération au cerveau à l’âge de cinq ans ». Ces informations ont été démenties par le père de la victime.

Soutien des femmes iraniennes

Pour montrer leur soutien et en plus des manifestations, plusieurs femmes iraniennes se sont coupé les cheveux et ont brûlé leur hijab pour protester contre ce qu’elles considèrent comme le meurtre de Mahsa Amini.

Une Iranienne a posté une vidéo dans laquelle elle explique que dès l’âge de 7 ans, « si nous ne nous couvrons pas les cheveux, nous ne pourrons plus aller à l’école ni trouver un emploi. Nous en avons marre de ce régime d’apartheid de genre ».

De nombreux cinéastes, artistes, personnalités sportives, politiques et religieuses ont également exprimé leur colère sur les réseaux sociaux. « Les cheveux de nos filles sont recouverts d’un linceul », ont écrit plusieurs joueurs de l’équipe nationale de football dans une story commune sur Instagram.

SudOuest 19/09/2022

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16 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

fatma n’soumer (l’orient le jour)

alger

Lalla Fatma N’Soumer, la résistante kabyle qui s’opposa à la colonisation en Algérie

19è siècle, Algérie. Au cours de sa courte existence, cette jeune femme qui refusait de se plier aux règles du patriarcat a réussi à s’imposer comme chef de guerre. Et a mis en déroute l’armée française.

Il paraît qu’aucun homme n’aura eu véritablement de pouvoir sur son corps ou son esprit. Si l’histoire de lalla Fatma N’Soumer a pu être romancée, voire mythifiée, par ceux qui voyaient en elle le prolongement de Kahina, reine guerrière berbère qui a combattu l’invasion arabe au Maghreb au VIIe siècle, Fatma N’Soumer est avant tout la figure de la femme kabyle qui défia l’armée coloniale française en Algérie, menant au combat des villages entiers et cassant les codes sociopolitiques de son temps.

Fatma N’Soumer, née Fatma sid Ahmad Ou Méziane, a grandi dans les plus hautes montagnes de la Kabylie, région historique peuplée de tribus guerrières dans le nord du pays, à l’est d’Alger, au cœur du massif du Djurdjura, dans le village d’Ouerdja. Coïncidence, malédiction ou ironie du sort, la France avait lancé, sur ordre du roi Charles X, sa vaste conquête de l’Algérie l’année exacte où est née celle qui défiera son occupation en 1830. L’Algérie restera une colonie française jusqu’à la déclaration de son indépendance, en juillet 1962, qui mit fin à huit années de guerre civile.

Féministe avant l’heure

Les quelques récits racontant son histoire sont unanimes : Fatma N’Soumer, chef de guerre et guide spirituelle, a marqué les esprits de tous ceux qui ont croisé sa route, ennemis comme partisans. [Elle était] petite mais robuste, et sa beauté et son élégance étaient chantées dans des poésies populaires berbères. Dans Récits de Kabylie. Campagne de 1857, l’explorateur et homme politique Émile Carrey la décrit drapée de foulards colorés, ornée de bijoux et couverte de henné alors qu’elle menait au combat les Imseblen, volontaires de la mort.

Féministe avant l’heure, elle a refusé la consommation d’un mariage qui lui a été imposé par l’un de ses frères.

L’Orient-Le Jour

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Lalla Fatma N’Soumer, la résistante kabyle qui défia l’armée coloniale française

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16 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

godard (essf)

 Jon-Luc Godard, "New Wave" film director   NYC 4/70   sheet 612 frame 16

« Une image davantage qu’un sujet » : les femmes dans le cinéma de Jean-Luc Godard – La « Nouvelle Vague » (France, années 60)

Geneviève Sellier, historienne du cinéma, nous parle des films de Jean-Luc Godard (et plus largement, de la Nouvelle Vague) au prisme du genre.

Historienne du cinéma, Geneviève Sellier est spécialiste de l’étude des représentations des rapports sociaux de sexe et des identités de sexe au cinéma et à la télévision. En 2005, elle a publié l’ouvrage « La Nouvelle Vague, un cinéma au masculin singulier » (CNRS éditions) et écrit régulièrement pour le site « Le genre et l’écran ». Nous l’avons questionnée sur le « male gaze » propre à Jean-Luc Godard, et son rapport ambivalent au féminin.


Jean-Luc Godard vient de disparaître, à l’âge de 91 ans. Votre approche critique porte sur les rapports de genre au cinéma, et vous avez plus particulièrement étudié la Nouvelle Vague. Est-ce difficile de critiquer un « monstre sacré », est-ce que la légende – largement bâtie du vivant de Godard – oblitère en un sens la possibilité d’une telle critique ? Comment a-t-elle été reçue, en France et ailleurs ?

Mon livre sur la Nouvelle Vague (2005, CNRS éditions) a été largement ignoré ou boycotté par les universitaires et les critiques français pour qui Godard (et plus largement la Nouvelle Vague) est intouchable ; il faut ajouter que la question du genre (gender) est complètement taboue en France, en particulier quand il s’agit de traiter d’un « auteur », été 2020). En revanche dans les pays anglophones, ce livre a été bien accueilli, traduit par Kristin Ross et publié en 2008.

La critique des films de Godard du point de vue du genre a été inaugurée par la chercheuse britannique Laura Mulvey en 1980 dans un ouvrage co-écrit avec Colin MacCabe, Godard : Images, Sounds, Politics (Macmillan). Une vision critique d’un point de vue sociologique est développée par Jean-Pierre Esquenazi et par Philippe Mary, mais ces approches restent très marginales dans l’énorme bibliographie multilingue sur Godard qui se caractérise principalement par son ton hagiographique. Encore aujourd’hui, Godard reste un monument intouchable de « l’art contemporain ».

Comment résoudre le paradoxe (dans l’imaginaire collectif) d’une époque d’émancipation des femmes, dans les années 1960, d’un cinéma vu comme « moderne », et dans le même temps d’un regard masculin qui enferme les femmes dans des rôles fétichisés, dans un regard sexiste ?

Ce paradoxe n’est qu’apparent. L’imaginaire collectif est encore imprégné de la misogynie et du sexisme qui caractérisent sous des formes différentes la culture de masse et les « grands auteurs » en France. Comme en témoigne l’invisibilité des femmes (et des actrices) de plus de 50 ans dans les films alors qu’elles sont de plus en plus présentes dans le monde professionnel et politique, y compris aux postes de pouvoir. Comme l’a montré Reine Prat à propos du spectacle vivant, la création culturelle est un des domaines où la domination masculine reste la plus affirmée, sous prétexte que « le talent n’a pas de sexe ».

Godard est aussi celui qui a fait « émerger » de grandes actrices (Jeanne Moreau, Anna Karina). Sommes-nous aussi prisonniers de cette vision du cinéaste « Pygmalion » ? Comment ces actrices ont-elles réussi à s’émanciper – ou non – de ce regard ?

Cette affirmation est fausse concernant Jeanne Moreau : formée au Conservatoire, comédienne reconnue au théâtre (TNP) puis dans le cinéma populaire des années 1950 (La Reine Margot, Dréville, 1954), c’est Louis Malle qui crée son image « Nouvelle Vague » dans Ascenseur pour l’échafaud (1957) et Les Amants (1958), et Truffaut qui va la consacrer dans Jules et Jim (1962) comme « la » star de la Nouvelle Vague. Elle continuera en toute indépendance sa carrière au cinéma, au théâtre, à la télévision et dans la chanson. C’est sans doute la solidité de sa formation théâtrale qui lui permit d’exister en dehors de et après la Nouvelle Vague.

En revanche Anna Karina, jeune mannequin danoise sans formation, est en effet une « création » de Godard (de dix ans son aîné) qui la configure comme une femme-enfant, fétichisée par les alter-egos du réalisateur dans la fiction et par la caméra. De 1960 à 1967, elle incarne une vision réactionnaire et infantilisante de « l’éternel féminin » qui disparaîtra du cinéma de Godard après sa rencontre avec Anne-Marie Miéville en 1972. Quant à l’actrice Anna Karina, elle aura le plus grand mal à exister après ses « années Godard », malgré quelques performances remarquables (La Religieuse, Rivette, 1967), une carrière de chanteuse et même deux réalisations (Vivre ensemble, 1973 ; Victoria, 2008).

Quelles formes prend ce regard masculin chez Godard, pour donner quelques exemples ? Y a t-il des « gimmicks », des stéréotypes qui reviennent, dans la représentation des femmes, les paroles et les comportements qui leur sont attribués ?

Le prototype féminin dans le cinéma du Godard, du moins jusqu’aux années 1970, est une femme-enfant androgyne, souvent étrangère, maîtrisant mal le français, opaque, une image davantage qu’un sujet : dans les films centrés sur un personnage masculin alter-ego de l’auteur (A bout de souffle, Le Petit Soldat, Pierrot le fou), elle est l’objet d’une fixation amoureuse qui sera fatale au héros, soit qu’elle le trahisse, soit qu’elle le rende vulnérable.

Dans les films centrés sur un personnage féminin, elle est l’objet du regard à la fois fétichiste et « sociologique » du réalisateur, mais jamais le sujet actif et conscient de son histoire : Une femme est une femme, Vivre sa vie, Une femme mariée, Masculin féminin, Deux ou trois choses que je sais d’elle. Elles incarnent souvent l’aliénation de/à la société de consommation que le discours masculin commente en voix off ou par l’intermédiaire d’intellectuels.

Seuls les personnages féminins incarnés par des stars échappent en partie à ce stéréotype : Jean Seberg dans A bout de souffle est une aspirante journaliste et sa liaison avec le « mauvais garçon » Belmondo perturbe son projet professionnel : elle le fera arrêter. Brigitte Bardot dans Le Mépris est une secrétaire qui a épousé un scénariste (Michel Piccoli) fasciné par sa beauté : quand elle comprend qu’il l’utilise pour faire carrière, elle le quitte.

Quelles sont les conséquences d’un tel regard sur le monde du cinéma sur la place des réalisatrices, sur les types de narration ou la façon dont nous considérons les actrices ?

Au-delà du cas Godard, dont le cinéma est devenu de plus en plus confidentiel, les cinéastes masculins de la Nouvelle Vague et leurs héritiers (Arnaud Desplechin, Olivier Assayas, Léos Carax, François Ozon, Bertrand Bonello, Christophe Honoré, Emmanuel Mouret…) sont considérés par la critique et par les institutions cinéphiliques comme des « auteurs » dont l’œuvre échappe aux déterminations sociales – c’est-à-dire aux questions de genre, de classe et d’ethnicité –, et qu’il s’agit d’abord de valoriser auprès d’un public pas toujours sensible au narcissisme plus ou moins abscons de beaucoup de ces films (je renvoie aux critiques publiées sur le site Le Genre et l’écran). Les réalisatrices qui peinent à faire partie de ce premier cercle, ont le plus souvent intériorisé ce modèle du cinéma d’auteur masculin (Claire Denis, Catherine Breillat, Valeria Bruni-Tedeschi, Maïwenn, Anne Fontaine…) et même si leurs films font une place beaucoup plus conséquente aux personnages féminins de tous âges, on y décèle rarement une conscience féministe ou un regard critique sur les rapports homme/femme.

Qu’en est-il des autres grands noms de la Nouvelle Vague, en matière de regard genré ?

Contrairement à Godard, beaucoup d’autres cinéastes de la Nouvelle Vague ont insufflé un ton nouveau au cinéma de fiction sans remettre en cause les conventions narratives du scénario et des dialogues, la vraisemblance, l’identification du public à des personnages incarnés par des stars au glamour indiscutable…

Si Chabrol et Truffaut ont largement rejoint le cinéma narratif dominant et se sont illustrés dans des genres populaires (policier, film à costumes), un cinéaste plus confidentiel comme Rohmer a construit sa carrière sur sa capacité à reconduire le même type de récit « intimiste », le même genre d’écriture « ciselée », le même type d’acteurs et d’actrices « ordinaires », qui s’inscrivent dans une tradition littéraire dont l’élite cultivée raffole. Mais ce type de récit, aussi bien que le cinéma de genre, contribuent à maintenir l’asymétrie genrée qui naturalise la domination masculine.

Geneviève Sellier, Professeure émérite en études cinématographiques, Université Bordeaux Montaigne mercredi 14 septembre 2022

https://www.europe-solidaire.org/

 

 

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23 août 2022 ~ 0 Commentaire

planning (jdd)

Affiche-du-Planning-familial

Qu’est-ce que le Planning familial ?

 Une affiche du Planning familial suscite la controverse à droite et à l’extrême droite. Mais quelle est l’histoire de cette confédération ?

« Au Planning, on sait que des hommes aussi peuvent être enceints » : une affiche sur la parentalité des hommes transgenre, nés avec un sexe biologique féminin et ayant gardé leur utérus après leur transition de genre, fait polémique depuis ce week-end à droite et à l’extrême droite. À l’origine de la campagne, le Mouvement français pour le planning familial (MFPF), une confédération d’environ 70 associations locales.

Plus communément appelé « Planning familial », le mouvement tient les rênes de nombreux centres dédiés à la santé reproductive et sexuelle, essentiellement financés par des subventions publiques.

Ils accueillent chaque année plus de 300 000 personnes selon l’association. Les consultations y sont anonymes, gratuites pour les mineures et mineurs. On peut y avoir accès à différents services de santé (contraception, dépistage des maladies et infections sexuellement transmissibles, avortement) ou sociaux (lieu d’écoute en cas de violence, groupes de paroles, éducation à la sexualité).

Créé en 1956 sous l’appellation La Maternité heureuse, l’association – qui se définit aujourd’hui comme un « mouvement féministe et d’éducation populaire » – revendiquait à ses débuts le droit pour chaque femme et chaque couple de contrôler les naissances, alors que la contraception et l’avortement étaient illégaux.

23 août 2022  Zoé Lastennet

https://www.lejdd.fr/

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