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15 avril 2019 ~ 0 Commentaire

mâles en crise (bastamag)

domination-masculine-dvd

Les hommes se disent en crise mais ils possèdent 70 % des richesses mondiales et 80 % des terres de la planète! 

L’identité masculine serait en péril, menacée par l’ « inquisition féministe » ou le « totalitarisme » de mouvements comme #metoo. C’est ce que répètent écrivains ou éditorialistes réactionnaires, jusqu’à des groupes haineux de « célibataires involontaires », se référant souvent à – ne rigolez pas – la virilité mythifiée des chasseurs préhistoriques.

Ce discours ne date pas d’hier 

Il était déjà tenu dans la Rome antique ou à la fin du Moyen Âge, « dès que les femmes veulent s’affranchir des normes », nous explique Francis Dupuis-Déri, auteur de La crise de la masculi-nité, autopsie d’un mythe tenace. « La crise de la masculinité est une rhétorique politique visant à ré-affirmer la domination des hommes. » Entretien.

Basta ! : Que disent ceux qui affirment qu’il y a une crise de la masculinité ?

Francis Dupuis-Déri : Les tenants de ce discours – que l’on peut croiser autant dans les grands médias, sur les forums internet que dans les discussions en famille – affirment que les hommes et les garçons vont mal, en tant qu’hommes, à cause de la féminisation de la société, et du féminisme en particulier.

Il n’y aurait plus de modèles masculins. Les mères domineraient les pères. Parmi les symptômes de cette crise, on invoque les difficultés scolaires des garçons, le chômage des hommes, les difficultés des hommes à draguer des femmes, la violences des femmes contre les hommes, et tous ces suicides d’hommes poussés à bout par des femmes qui les ont rejetés. Il y a enfin le discours de certains groupes de pères séparés, qui affirment qu’ils vont mal à cause des tribunaux de la famille, qui seraient tous anti-pères.

On apprend dans votre ouvrage que la crise de la masculinité sévit depuis très longtemps. Des hommes s’en plaignaient déjà dans la Rome antique. Puis en France et en Angleterre à la sortie du Moyen Âge, et ailleurs en Europe ensuite…

J’ai été très étonné de découvrir, au cours de mes recherches, que la masculinité a toujours été en crise, et ce quelque soit le régime économique, culturel, religieux ou juridique. Dans la Rome antique par exemple, les femmes n’avaient pas de statut juridique autonome, elles appartenaient à leur père, puis à leur mari, au même titre que les esclaves.

Elles n’avaient pas le droit d’occuper une fonction publique. Ce qui n’a pas empêché l’homme politique et écrivain Caton l’ancien, en 195 avant J.-C., de se sentir menacé par les femmes qui demandaient alors le droit de conduire des chars et de porter des vêtements colorés. (…)

Nolwenn Weiler 15 avril 2019

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12 avril 2019 ~ 0 Commentaire

collapse (essf)

TheShift website Activities_EndOfEra PicCover01

C’est fini, les gars!

Un collapse écologique

L’époque présente est marquée par un collapse écologique. Pourquoi parler d’un collapse ? Que nous apprend cette situation pour penser les alternatives systémiques ?

Le dérèglement climatique global, les pertes de la biodiversité sont irréversibles et non négo-ciables. C’est pourquoi il ne s’agit pas seulement d’une crise, au sens habituel du terme car une crise désigne un temps court, réversible, après lequel il y a une sortie de crise et le retour à l’équilibre précédent.

Ces dérèglements peuvent et doivent être freinés, ils ne peuvent être supprimés, contrairement à l’idéologie technicienne qui prétend pouvoir reconstruire ce qui a été détruit.

Demain ne sera pas comme avant et l’avenir est imprévisible. Concernant le climat, nous savons qu’il existe des seuils au-delà desquels arrivent des phénomènes d’emballement climatique, non maîtrisables.

Les conditions de vie sont atteintes pour les générations présentes, des populations entières, souvent les plus précarisées, sont affectées par ces bouleversements. Non seulement les conditions de vie mais la vie elle-même, sous toutes ses formes, humaines et autres qu’humaines. Nous nous trouvons face à des responsabilités nouvelles, face à des défis nouveaux, pour lesquels il n’y a pas de réponse a priori.

Collapse « écologique » ou collapse d’un monde ?

L’écologie est une science qui étudie les écosystèmes ; elle nous enseigne la complexité des processus de la vie, la fragilité des écosystèmes, leur interdépendance et les limites qu’ils contiennent. Elle invite à des démarches holistiques et s’oppose au réductionnisme de l’homo œconomicus, à l’anthropocentrisme.

Cependant, l’écologie est aussi écologie sociale et écologie politique.

En ce sens là, elle définit un rapport social et politique particulier, à la Terre, à la nature, aux écosystèmes. Elle désigne nos milieux de vie : comment nous habitons le monde et la Terre, ce que nous mangeons, l’eau que nous buvons, l’air que nous respirons, comment nous nous déplaçons, l’énergie que nous consommons, comment nous répartissons les richesses.

Elle n’est pas l’extérieur des sociétés comme nous l’avait enseigné le dualisme occidental et moderne. Elle est la forme vivante des sociétés. C’est pourquoi le collapse écologique est aussi le collapse d’un monde qui s’est cru séparé de la Terre, hors sol, sans attaches.

C’est le collapse aussi des pensées qui avaient imaginé l’émancipation comme un arrachement à la nature, niant la part naturelle, non construite de la condition humaine. Enfin, c’est le collapse d’un monde rongé par des inégalités qui accentuent la pression sur les ressources.

Ces renversements de pensée imprègnent les alternatives systémiques.

Ainsi, il ne s’agit pas de sauver l’Humanité, la Planète, comme des entités abstraites. « Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend » répondent les activistes aux grands sauveurs de la Planète, du Climat, fervents de la démesure et de l’hubris(*).

Nous faisons l’expérience quotidienne de notre dépendance vis-à-vis de la nature, souvent dans les pires conditions car nous l’avons niée et que les éléments vitaux dont nous dépendons sont en partie détruits ou pollués.

Dépendance alimentaire, dépendance énergétique, dépendance aux énergies fossiles.

Nous faisons également l’expérience de la non-maîtrise des évènements qui arrivent : une fois enclenchés les dérèglements climatiques, sècheresses, inondations, cyclones, ne sont plus maîtrisables.

Le futur ne dépend plus seulement de nos choix présents.

Enfin, nous faisons l’expérience de notre dépendance vis-à-vis des autres formes de vie. Nous ne somme pas l’espèce régnant sur les autres espèces vivantes. Nous réalisons par exemple que nous dépendons des insectes, ces êtres considérés comme insignifiants et que nous faisons disparaître dans une guerre chimique sans merci.

Enfin, le collapse est aussi celui d’une civilisation industrielle qui a réduit le sens de la vie à la transformation des ressources naturelles, à la fabrication, la production, à l’accumulation illimitée de richesses matérielles.

Du fait des limites matérielles de la Terre, du soubassement géophysique des activités, cette civilisation, qui s’est globalisée et s’est considérablement accélérée, n’est plus tenable. Ou plutôt elle n’est plus tenable à l’échelle de la Terre. Son maintien ne peut se réaliser que par la violence, les inégalités, les conflits, les guerres pour l’accaparement des ressources qui restent.

C’est pourquoi les perpectives éco-féministes, variées, annoncent des changements structurels.

Elles renversent les valeurs. Les activités de reproduction, considérées traditionnellement comme secondaires et non productrices de valeur économique par rapport à la production ou encore comme instruments et symptômes de la domination des femmes, deviennent centrales dans une perspective d’alternatives systémiques. Ce sont les activités du care, de réparation de la société, de la Terre, d’éducation, de transmission, qui deviennent les valeurs capables d’assurer la possibilité d’un avenir juste et soutenable sur la Terre.

Les alliances systémiques dans la situation du collapse écologique

Les alternatives systémiques ne visent pas « l’amélioration » dans ce monde, elles dessinent les voies de mondes post-énergies fossiles, post-croissance et post-développement. Elles supposent des alliances nouvelles, au niveau local et au niveau global.

Pour conclure, je voudrais évoquer de nouvelles alliances possibles.

Nous parlons de collapse écologique car la Terre répond aux agressions que nous faisons subir aux écosystèmes. Elle répond violemment : sécheresses, inondations, évènements météorolo-giques extrêmes, ouragans, incendies, tremblements de terre liés à l’extractivisme. Elle est une lanceuse d’alerte. Elle oblige à atterrir, à abandonner les utopies d’un monde hors-sol, dématérialisé, offshore. Encore faut-il être capables d’entendre ces alertes.

Les désastres récents sont riches d’enseignements.

Ainsi l’ouragan Maria qui a ravagé Porto Rico il y a presque deux ans a détruit le système électrique centralisé, laissant l’île sans secours et dans l’obscurité. Ainsi que le rapporte Naomi Klein, un des seuls endroits éclairés de l’île fut un centre écologique, équipé de panneaux solaires, qui a été le centre d’organisation des soins et de la solidarité. Par ailleurs l’ouragan Maria a détruit les cultures spéculatives, d’exportation, elle a épargné les cultures vivrières, cultivées au ras du sol. En quelque sorte, l’ouragan Maria a validé les alternatives systémiques.

Geneviève Azam Mercredi 10 Avril 2019

Texte présenté au séminaire d’Alternatives Systémiques, Rio 7 avril 2019 Plateforme Altermondialiste

http://alter.quebec/un-collapse-ecologique/

http://www.europe-solidaire.org/

Note: * L’hybris, ou hubris, du grec ancien ὕϐρις / hybris, est une notion grecque qui se traduit souvent par « démesure ». C’est un sentiment violent inspiré des passions, particulièrement de l’orgueil. Les Grecs lui opposaient la tempérance et la modération. Dans la Grèce antique, l’hybris était considérée comme un crime

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11 avril 2019 ~ 0 Commentaire

«thawra», révolution ! (révolution-permanente npa mee regards)

soudan

Soudan : le président Omar el-Béchir évincé du pouvoir par l’armée (MEE)

« La révolution continue »

L’armée a mis fin aux trente ans de règne du président soudanais après des mois de manifestations populaires, mais les meneurs de la contestation rejettent le « coup d’État du régime ».
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Les meneurs de la contestation ont quant à eux rejeté le « coup d’État du régime ».

« Déclaration importante : la révolution continue. » Telle a été la réaction concise du Comité des médecins soudanais suite à l’annonce que l’armée planifiait de prendre le contrôle du pays pour les deux prochaines années.

L’Association des professionnels soudanais, fer de lance de la contestation, a également annoncé qu’elle rejetait le « coup d’État » et appelé à la poursuite des manifestations jusqu’à ce que le pouvoir soit transféré à « un gouvernement civil de transition représentant les forces de la révolution. »

« Le régime a mené un coup d’État militaire en présentant encore les mêmes visages et les mêmes institutions que ceux qui ont provoqué la colère de notre grande nation. Ceux qui ont détruit le pays et tué son peuple cherchent à voler chaque goutte de sang et de sueur répandue par la nation soudanaise pour secouer son trône », a-t-elle indiqué dans un communiqué.

Les activistes avaient averti depuis le matin, dans l’attente de l’annonce de l’armée, qu’ils accepteraient seulement que le pouvoir passe à un gouvernement civil, et beaucoup ont réagi avec colère à la déclaration télévisée du ministre de la Défense.

Certains manifestants se sont moqués de l’annonce et ont insisté pour que leurs manifestations se poursuivent. (…)

https://www.middleeasteye.net/fr/

soudan

Les soudanaises en première ligne contre le régime, Révolution! (RP)

L’image a fait le tour du monde : cette femme vêtue de blanc le doigt tendu vers le ciel haranguant la foule de manifestants au cri de « Thawra », Révolution ! Un symbole qui en dit long sur ce soulèvement populaire où les Soudanaises sont en première ligne. 

Si la gronde dans le pays résonne depuis plus de 4 mois, c’est depuis le 6 avril que le Soudan est secoué d’une vague massive de contestation contre le régime autoritaire d’Omar el-Béchir, qui la réprime dans le sang.

Ce sont 9 manifestants qui ont été tués depuis le 6 avril.

Une situation de précarité et de misère extrême dévore le pays, et c’est à l’annonce d’une hausse de trois fois le prix du pain, à côté d’une hausse de 30 % des prix du carburant, avec une inflation délirante, que la population a commencé les manifestations. Les manifestations ont connu un immense regain de mobilisation le 6 avril, date anniversaire du 6 avril 1985 qui avait marqué le renversement du régime du président Jaafar Nimeyri.

Pour donner un aperçu de la situation dramatique pour les classes populaires, comme le précise Mediapart : « Un Soudanais sur cinq vit au-dessous du seuil de pauvreté et le Soudan est, selon l’ONU l’un des huit pays les plus touchés par la malnutrition. Alors que 7 % seulement du budget national sont consacrés à la santé, et 75 % à la défense, à la sécurité et à la rémunération des principaux dirigeants, la crédibilité du chef de l’État est au plus bas et sa marge de manœuvre paraît dérisoire. Avec la division du pays, le Soudan a perdu 75 % de ses ressources en pétrole, c’est-à-dire 90 % de ses exportations et la moitié de ses recettes budgétaires. »

Dans ce contexte, ce sont encore les femmes qui sont les plus touchées par la misère sociale et l’autoritarisme du régime islamique.

D’un côté, elles subissent le chômage, en plus de devoir supporter le travail domestique et l’entretien de la famille dans des conditions d’extrême précarité. De l’autre, ce sont des lois discriminantes et sexistes qui président. Ayant pris le pouvoir par un coup d’État en 1989, le président islamique el-Béchir n’a fait que pérenniser la charia (loi islamique) qui avait été instaurée en 1983, en plus de lois gouvernementales tentant de restreindre le plus possible l’accès du marché du travail aux femmes, les contraignant à rester au foyer.

Une professeure à l’université de Bahri déclarait à l’AFP : « Car depuis le premier jour, ce gou-vernement a fait des lois contre les femmes. Ne portez pas de pantalon, couvrez vos cheveux, ne parlez pas fort… ».

Une loi qui se matérialise par la condamnation à la flagellation de 15.000 femmes en 2016, par la multiplication des viols et violences sexuelles, pour lesquels, jusqu’en 2015, elles pouvaient être jugées pour adultères. En 2017, Noura Hussein, figure tragique des lois misogynes était condamnée à mort pour s’être défendue face à son violeur, en l’occurrence l’homme auquel, selon la loi soudanaise, son père avait pu la marier de force.

Des conditions de vie effroyables pour les femmes rompues par le chômage, la surexploitation, et l’oppression systématique dont elles sont victimes. Mais ce sont elles qui aujourd’hui, sont sur le devant de la scène du combat contre ce régime mortifère, à l’image de cette femme dont la vidéo est devenue virale appelant la foule de manifestants à reprendre le mot d’ordre « Thawra », Révolution.

France 24 relate : « D’après Hind Makki […] la femme « porte une robe blanche comme en portaient nos mères et grand-mères dans les années 60, 70 et 80, lors des grandes manifes-tations contre les précédentes dictatures militaires ». Cet habit de coton blanc était en effet porté par les femmes lors des mouvements populaires de 1964 et 1985, au Soudan. »

La répression qui s’abat sur les femmes est tout aussi violente. Lors du 8 mars ayant été une date de mobilisation importante dans ce contexte, Eilman, une jeune manifestante déclarait à RFI Afrique concernant les arrestations arbitraires du régime : « Je pense qu’il y a une volonté d’humilier les femmes. Certaines étudiantes ont eu leur foulard qu’elles portent sur la tête arraché par les forces de l’ordre ; on a également coupé les cheveux de certaines qui étaient en détention. Tout ça c’est une façon d’humilier les femmes de ce pays, de leur faire peur et de dire aux hommes, on a violenté vos femmes »

La moitié des manifestants sont des manifestantes, faisant suite à cette histoire de lutte et de combat, et dans un moment où les femmes, internationalement sont à l’avant-garde des luttes contre les régimes autoritaires.

La situation ne devient que plus explosive avec, en ce début de semaine, la division de l’armée. Loin d’être du côté de la population, les forces militaires se posent néanmoins en opposition au régime d’El-Béchir, faisant office d’arbitre du conflit qu’elle cherche avant tout à canaliser pour reprendre la main. Nul doute que le projet politique qu’elle porte ne soit pas beaucoup plus progressiste que celui d’El Bechir.

Iris Serant mercredi 10 avril

https://www.revolutionpermanente.fr/

soudan

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Solidarité avec le soulèvement au Soudan ! (NPA)

Soudan, une révolution au goût amer (Regards)

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10 avril 2019 ~ 0 Commentaire

soudan (courrier-international france-info lo npa)

Solidarité avec le soulèvement au Soudan !

Le soulèvement au Soudan a pris un nouveau tournant ces derniers jours. Des milliers de manifestantEs ont organisé un sit-in devant la résidence du président soudanais Omar al-Bashir dans le centre de Khartoum dimanche, après y avoir campé pendant la nuit. Ces occupations font suite à la plus grande manifestation de protestation depuis plusieurs mois.

Depuis le début du sit-in samedi, les forces de sécurité ont tenté à plusieurs reprises de déloger les manifestantEs des environs du complexe mais, malgré la répression, des milliers de personnes sont restées.

Depuis, le Soudan connaît des pannes de courant d’ampleur, quelques heures à peine après le blocage des réseaux sociaux sur l’ensemble du pays. Même s’il n’y aucune explication officielle, il y a fort à parier qu’il s’agit d’une réaction au mouvement de sit-in et d’occupations qui va croissant contre les trois décennies de dictature du président Omar al-Bashir.

Le mouvement dure depuis décembre, et appelle Bashir, au pouvoir depuis 1989, à se retirer, condition pour envisager d’en finir avec la situation économique et politique catastrophique qui règne au Soudan. Pourtant sous pression devant ce mouvement d’ampleur, Bashir a refusé de démissionner, déclarant l’état d’urgence pendant un an et ordonnant une répression qui a fait de nombreux morts, la police tirant à balles réelles sur les manifestantEs.

Le mouvement part de problématiques économiques et sociales, mais il s’agit bien d’une révolte politique.

Le slogan phare, repris par tous les cortèges, a été dès le départ « Le peuple veut la chute du régime », ou bien « Liberté, paix, justice, la révolution est le choix du peuple ». Les mouvement d’occupation sont une nouvelle étape dans la révolte, en continuité avec les soulèvements qui secouent la région depuis 2010-2011, et en phase avec le mouvement populaire en Algérie.

Le NPA salue l’insurrection soudanaise, l’assure de son soutien et réclame l’arrêt de la répression.

Il appelle toutes les forces, syndicales, politiques, dans la jeunesse, à la solidarité internationale avec le peuple soudanais en lutte pour la démocratie et la justice sociale.

Il rappelle aussi son soutien à la régularisation de tous les sans-papiers, parmi lesquels de nombreux SoudanaisEs qui, lorsqu’ils et elles sont expulsés à Khartoum, sont de facto livrés au régime d’Omar al-Bashir, et à l’arrêt des politiques anti-migratoires établies en concertation avec les dictatures locales comme c’est le cas avec le régime soudanais.

Montreuil, le 9 avril 2019.

https://npa2009.org/

soud

Soudan : pourquoi cette manifestante est devenue une icône de la contestation

Elle est devenue le symbole de la révolte au Soudan. Les images de cette manifestante vêtue de blanc qui chante sur le toit d’une voiture à Khartoum, lundi 8 avril au soir, sont devenues virales.

C’est devant une foule majoritairement féminine qu’elle appelle en arabe à la “Révolution”. Dans ce mouvement de contestation contre le président Omar Al-Bachir, au pouvoir depuis 1989, les femmes occupent en effet une place de choix et sont dans le collimateur des forces de l’ordre.

BuzzFeed et plusieurs médias arabophones ont identifié la manifestante : il s’agirait d’Alaa Salah, une étudiante en architecture de 22 ans. Sa tenue, comme l’explique une internaute dans un fil Twitter largement partagé, véhicule tout un lot de symboles : la robe de coton est l’habit porté par les travailleuses au Soudan, ses boucles d’oreilles dorées, appelées fedaya, sont aussi des bijoux traditionnels du pays, et les lignes noires peintes sur sa joue droite rappellent les marques ancestrales arborées jadis au Soudan.

Pour Hala Al-Karib, militante soudanaise pour les droits des femmes citée par The Washington Post, l’une des sources d’inspiration de cette manifestante pourrait être “Mihera bint Abboud, une poétesse et guerrière qui a mené les hommes au combat contre l’invasion turco-égyptienne du début du 19è siècle”.

10/04/2019

https://www.courrierinternational.com/

soud

Lire aussi:

Soudan : une femme vêtue de blanc devient le symbole de la contestation contre Omar El-Béchir (FI)

Cinq messages du Soudan et de l’Algérie (RS)

Au Soudan, la révolution plus forte que la répression (MEE)

Soudan : “Le peuple veut la chute du régime !” (LO)

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07 avril 2019 ~ 0 Commentaire

transphobie (npa)

transph

Agression à Paris

Lutter contre la transphobie sous toutes ses formes

Le NPA condamne fermement l’agression transphobe qui s’est produite le dimanche 31 mars 2019 place de la République à Paris et apporte tout son soutien à la victime, Julia.

Une jeune femme trans sortant du métro a subi une agression sexuelle, accompagnée de coups, d’insultes et de crachats, en marge d’un rassemblement de soutien au peuple algérien.

Cet événement montre que, pour les personnes trans, le simple droit à l’existence est aujour-d’hui encore un véritable calvaire. Les agresseurs de République ont touché la poitrine de Julia et l’un d’eux a sorti son pénis et lui a demandé de « lui faire du bien ». Les agents de sécurité de la RATP qui ont physiquement secouru Julia ont eu une réaction malheureusement repré-sentative de celle des institutions répressives et judiciaires françaises. En effet, l’humiliation s’est poursuivie, puisqu’ils l’ont appelée « monsieur » et lui ont fait la leçon sur la façon de se vêtir.

Comme le sexisme, la transphobie est partout, et la transphobie tue.

Nous n’oublions pas qu’en août 2018 Vanesa Campos était assassinée au bois de Boulogne, parce que trans et prostituée. L’agression collective qui s’est produite à République, qui fait suite à bien d’autres agressions du même genre, aurait pu se passer n’importe où, dans n’importe quel autre lieu de sociabilité quasiment exclusivement masculine : cela montre la nécessité de s’organiser et de résister contre toutes les formes de transphobie, et de continuer le combat contre ce système global d’oppression des femmes, des personnes trans, lesbiennes, biEs, gays.

Évidemment, cette agression ne doit en aucun cas entacher le soutien à la lutte du peuple algérien pour la dignité, le changement et la chute du régime. Le NPA se solidarise des positions prises par les organisations algériennes condamnant l’agression de Julia. Nous savons que les fascistes, xénophobes et autres racistes en profitent pour déverser leur haine.

Mais les personnes qui subissent les LGBTphobies ne sont pas dupes de ceux qui prétendent les défendre seulement quand il y ont un intérêt pour diffuser leur propagande raciste. Julia l’a elle-même déclaré : « Les gens qui m’ont agressée sont des ignorants, mais cela rien à voir avec leur religion, leur origine. »

Le NPA continue de lutter contre toutes les formes de transphobie, et pour la dépathologisation des transidentités. Nous revendiquons également la liberté du changement de la mention de sexe à l’état civil, l’arrêt des mutilations des enfants intersexes, le droit à disposer de son corps et l’autodétermination de genre.

Montreuil, le 3 avril 2019.

https://npa2009.org/

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06 avril 2019 ~ 0 Commentaire

algérie (npa pst)

women

« Beaucoup de femmes ont pris conscience de l’utilité de revendiquer leurs droits et exiger le départ du système »

Comment les femmes s’impliquent-elles dans le processus actuel ?

Depuis le déclenchement de ce mouvement populaire, les femmes se sont tout de suite impliquées dans les différentes manifestations. On a vu une très forte adhésion de la gente féminine suite aux appels lancés par des collectifs de femmes, notamment Alger, Bejaia et Bouira, pour la journée internationale des luttes des femmes, qui est le 8 mars.

À partir de là, beaucoup d’autres femmes ont pris conscience de l’utilité de s’organiser et de se constituer en collectifs afin de revendiquer leurs droits et par la même occasion exiger le départ du système en place au côté de leurs compatriotes algériens, comme c’était le cas pendant la guerre de libération nationale.

Et rappelons-le, c’est grâce à leur participation effective et glorieuse qu’on a pu arracher des acquis considérables, notamment le rejet du statut personnel de 1966 inspiré de la Chariâa ainsi que d’autres acquis démocratiques et sociaux comme la scolarisation et le droit au travail.

Par rapport à l’agression qui a eu lieu pendant une manifestation, peux-tu raconter et expliquer les réactions ?

La matinée de la marche du 29 mars sur Alger, des femmes d’un collectif nouvellement créé ont subi des agressions de la part de quelques manifestants. D’autres féministes, qui étaient en train d’afficher des articles du Code de la famille afin de sensibiliser la société sur la situa-tion des femmes, ont subi le même sort. Elles ont été insultées et violentées et cela devant les yeux des services de sécurité qui n’ont même pas réagi face à cet acte condamnable.

Ceci a bien sur suscité beaucoup de réactions, certains condamnaient ces agressions, d’autres se réjouissaient du tournant qu’ont pris les événements. Ceci renseigne sur la situation inquiétante dans laquelle se trouve la femme algérienne, qui est le produit de l’endurcissement des idées conservatrices et rétrogrades et la discontinuité des luttes progressistes.

Peux-tu expliquer le poids de la décennie noire et de la tradition sur la lutte des femmes ?

Avec la montée de l’islamisme au début des années 80, on a assisté à une dégradation flagrante de la situation des femmes en Algérie, bien qu’elles aient tenu tête à la terreur intégriste avec d’extraordinaires mobilisations comme celle du 8 mars 1989. Mais le mouvement femme n’a pas cessé de régresser, le raz-de-marée du FIS aux élections locales du 12 juin 1990 a mis fin à cette dynamique, une immense vague rétrograde a fait surface, avec par la suite des agressions brutales, une terreur misogyne et à des assassinats.

Le mouvement femme qui s’est construit sur des revendications comme l’abrogation du Code de la famille et l’égalité des sexes a pris une tournure de résistance et de survie contre le terrorisme, le combat de la femme s’est donc vidé de ses forces vives.

Certaines ont quitté le pays, d’autres ont préféré garder le silence de peur de subir le même sort que celui de la défunte militante Nabila Djahnine, ou encore celui de Katia Ben Gana, qui a refusé le diktat vestimentaire des intégristes.

Mais malgré toutes ces difficultés, les femmes ne doivent pas abandonner leur combat, l’espoir est encore permis. Notre pays est en train de vivre une véritable révolution qui vise à faire chuter le système en place et aller vers une assemblée constituante souveraine représentative des aspirations des travailleurs, des étudiants, des chômeurs, des retraités, mais aussi des femmes.

C’est pourquoi toutes ces catégories de la société doivent s’auto-organiser et faire jonction de leur lutte afin d’aboutir à une société juste et égalitaire.

Propos recueillis par Antoine Larrache Titi Haddad est militante féministe en Algérie.

Jeudi 4 avril 2019

https://npa2009.org/

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Algérie : ce n’est qu’un début. Situation et perspectives stratégiques (PST)

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Algeria in revolt: “We woke up and you will pay!” (Roar)

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30 mars 2019 ~ 0 Commentaire

algérie (le-huffington-post à-l’encontre el-watan)

Algérie. A Tizi Ouzou, «la justice du peuple réclame la prison pour le système»

Ils étaient des centaines de milliers de personnes à investir les rues de Tizi Ouzou, hier, le 29 mars 2019, pour réitérer l’exigence populaire du départ du système et exprimer le rejet de la solution proposée par le chef d’état-major de l’armée, Gaïd Salah, à savoir l’application de l’article 102 de la Constitution.

Comme tous les vendredis depuis le 22 février, il n’était pas encore midi lorsque les premiers groupes de manifestants ont commencé à se rassembler devant l’entrée de l’université de Tizi Ouzou. La foule grossissait ensuite à vue d’œil. Les manifestants arrivaient, pour la plupart, par carrés entiers, bien organisés et bien encadrés.

Il y avait des hommes, des femmes, des personnes âgées, des jeunes et des enfants pour lesquels marcher pour le départ du système est devenu un rituel à ne pas manquer. Il y avait aussi des handicapés sur des fauteuils roulants qui se démenaient mais que tout le monde aidait et des bébés dans des poussettes qui, sans le savoir, participent à la construction de leur avenir.

À 13 heures, la foule s’ébranle dans l’habituelle ambiance, certes festive, parfois même folklorique, mais qui n’a rien perdu de son caractère hautement politique. “Seraqin, khedaine, houkoumat el cocaïne” (“Voleurs, traîtres, gouvernement de cocaïne”), scande-t-on dans le premier carré. “Bouteflika rayeh, rayeh, edi maak Gaïd Salah” (“Bouteflika étant partant, emmène Gaïd Salah”), entend-on un peu plus loin derrière. Plus loin encore on scande à tue-tête “Nehiw lna laissaba nkounou labes” (“Système dégage”, “Gaïd dégage”), et encore “Oulach lgaz à Macron, sehmou s triciti” qui s’adresse au président français, Macron, l’invitant à se chauffer désormais à l’électricité tant il n’y aura plus de gaz pour son pays.

Dans un des carrés du milieu de la marche, apparaît le Dr Saïd Sadi [ancien du Rassemble-ment pour la culture et la démocratie qui collaborait avec le pouvoir en place] avec, à ses côtés, plusieurs figures du Printemps berbère dont Mouloud Lounaouci [ancien membre du FFS – Front des forces socialistes de feux Ait Hamed, il a rejoint le RCD en 1991] et Arab Aknine [ex-militant du FFS].

Sur une pancarte brandie près d’eux, on pouvait lire: «Des cerveaux bien nourris feront tomber un régime bien pourri.» Au centre-ville, la foule devient plus dense encore. Ils étaient des centaines de milliers [la ville de Tizi Ouzou a rassemblé la population de toute la région le 29 mars 2019 – Réd.]. Comme les vendredis précédents, il était quasi impossible d’avancer. Des milliers de pancartes sont partout brandies, aux côtés de l’emblème national et du drapeau berbère. La plupart d’entre elles ont été adaptées à la dernière donne politique.

Elles résument le verdict sans appel du peuple concernant l’application de l’article 102. “Le peuple réclame l’application de l’article 2019 qui veut dire: yetnehaw gâa”, lit-on sur certaines d’entre elles. “Art 7: pouvoir au peuple. Art 2: tromperie du peuple”, “Article 102: on n’a rien changé”, “Non à l’application de l’article 102”. “La Constitution c’est le peuple: appliquez l’art 7”, “Article 7: le peuple est la source de tout pouvoir”, “On ne règle pas les problèmes avec ceux qui les ont créés: dégagez”, “Non à la transition guidée par le régime”, “La justice du peuple demande la prison pour le système”, lit-on sur d’autres pancartes encore.

Des slogans qui ne laissent place à aucune confusion autour de la revendication du peuple et son rejet de toute solution autre que le changement radical du système. A 17h, l’immense foule commence à se disperser dans le calme.

 Samir Leslous  (Article publié le 30 mars dans La Liberté Algérie)

A l’Encontre  30 – mars

http://alencontre.org/

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28 mars 2019 ~ 0 Commentaire

marielle franco (the guardian)

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26 mars 2019 ~ 0 Commentaire

femmes du soudan (courrier international)

womensmarch
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Les femmes en première ligne de la mobilisation au Soudan

Depuis plus de trois mois, la colère gronde contre le régime d’Omar Al-Bachir, au pouvoir depuis 1989. Les femmes, au premier rang des manifestations, sont dans le collimateur des forces de l’ordre.

Au Soudan, pour fêter la libération d’une militante de premier plan condamnée à être flagellée, des manifestants ont rebaptisé en son honneur une place d’un quartier de Khartoum cerné par les forces de l’ordre.

Muzan Abdul Samiaa fait en effet partie des neuf jeunes femmes inculpées début mars, ainsi que quatre manifestants masculins, pour avoir joué un rôle majeur lors des défilés de protesta-tion contre le président Omar Al-Bachir [au pouvoir depuis 1989 à la faveur d’un coup d’État] qui se sont déroulés dans son quartier de Burri, à l’est de la capitale.

Les manifestants avaient tous été condamnés à vingt coups de fouet et à un mois d’empri-sonnement en application des lois d’urgence décrétées [le 22 février] par Omar Al-Bachir pour faire face au mouvement de contestation qui secoue le pays depuis [le 19] décembre. Mais les jugements rendus ont provoqué une vague de condamnations sur le plan local et international. Militants, juristes et organisations de défense des droits de l’homme ont appelé les autorités à relâcher les manifestants et à cesser leur répression des dissidents.

Des manifestations presque tous les jours

Pas moins de 870 personnes ont comparu devant des tribunaux d’urgence depuis février, selon l’Alliance démocratique des avocats, favorable à l’opposition. Parmi celles visées récem-ment se trouve Mariam Sadek Al-Mahdi, la présidente adjointe du parti national d’opposition Oumma. La fille du dirigeant Sadek Al-Mahdi [ancien Premier ministre écarté du pouvoir en 1989] a été condamnée dimanche 10 mars à une semaine de prison pour avoir pris la tête de manifestations à Khartoum.

Mardi 12 mars, un membre du collectif de défense des manifestants a confirmé que les treize manifestants avaient vu leur condamnation annulée en appel et qu’ils avaient tous été relâchés. “Nous espérons que ce genre de peine ne

Les raisons de la colère des Soudanais

Des centaines de personnes sont descendues dans la rue dans de nombreuses villes du Soudan depuis le 19 décembre 2018 pour protester contre la décision du gouvernement de cesser de subventionner la farine et l’électricité.

L’économie soudanaise connaît des difficultés depuis dix ans avec un taux d’inflation avoisinant allégrement les 70 % durant l’année écoulée. Une telle situation a conduit au triplement du prix du pain, ainsi qu’à de nombreux problèmes de trésorerie et de retards de salaire. Les mesures d’austérité adoptées par le gouvernement s’inscrivent dans le cadre d’un vaste programme de réformes économiques recommandées par le Fonds monétaire international (FMI).

La mobilisation sur le terrain contre la hausse des prix orchestrée par l’Association des Professionnels soudanais (SPA) a trouvé quasiment immédiatement un écho favorable auprès des leaders de l’opposition, ainsi qu’auprès des jeunes et des mouvements de femmes. Elle s’est rapidement transformée en une expression plus large de mécontentement vis-à-vis du président Omar Al-Bachir, âgé de 75 ans.

On a pu entendre des manifestants scander les slogans : “liberté, paix, justice” ou “la révolution, c’est le choix du peuple” tandis qu’ils défilaient dans les rues de la capitale Khartoum.

Les forces armées soudanaises ont riposté en aspergeant les manifestants de gaz lacry-mogène, et même parfois en tirant sur eux à balles réelles, fauchant au moins 30 personnes selon les chiffres donnés par le gouvernement. Mais pour l’association de droits de l’homme Human Rights Watch, le bilan humain serait plus proche des 51 morts.

Les manifestations ont soulevé un grand élan au sein de la diaspora soudanaise qui a abouti à une contestation du pouvoir d’Omar Al-Bachir d’une ampleur sans précédent depuis son arrivée à la tête du pays en 1989.

26/03/2019

https://www.courrierinternational.com/

 

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25 mars 2019 ~ 0 Commentaire

femmes d’algérie (le-télégramme npa)

alger

Algérie. Les femmes très mobilisées mais prudentes pour leurs droits

Drapeau à la main, avec ou sans foulard, seules ou en famille, les Algériennes descendues en masse dans les rues renforcent le rejet du « système ». Mais l’espoir de faire avancer les droits des femmes avec cette mobilisation reste fragile, soulignent des manifestantes et des militantes. La participation féminine « considérable » consolide « l’immense élan collectif populaire » pour exiger le départ du président Abdelaziz Bouteflika et du régime en place, se félicite Fadéla Chitour, professeure de médecine et figure du mouvement féministe algérien.

« Le caractère pacifique des marches a facilité la participation générale », y compris celle de femmes des milieux conservateurs « qui devaient demander l’autorisation d’un homme de leur famille » pour se joindre aux cortèges, relève-t-elle.

Pour Myriam Lakhdari, une avocate de Boumerdès, près d’Alger, venue manifester dans la capitale, il est temps que les Algériennes fassent entendre leur voix, et pas seulement pour donner une touche de folklore aux cortèges.

« Pas que les youyous »

« La femme algérienne est présente dans tous les domaines professionnels, mais elle doit avoir davantage sa place dans la société. Elle n’est pas là que pour les youyous », souligne-t-elle. L’Algérie s’enorgueillit de la présence de femmes dans tous les métiers, y compris la hiérarchie militaire, et elles sont majoritaires dans la santé, l’enseignement ou la justice.

Mais selon une note de l’Office national des Statistiques (ONS) d’avril 2018 sur l’emploi, leur part dans la population en activité connaît une « quasi-stagnation », autour de 18 %.

Le droit de vote et d’éligibilité à toutes les fonctions leur est acquis, mais les conservatismes sociaux et religieux, dans un pays où l’islam est religion d’Etat, pèsent sur leur présence dans l’espace public au profit du foyer domestique. Leurs droits juridiques dans des domaines comme le mariage, le divorce ou les successions sont inférieurs à ceux des hommes. Et les fléaux des violences contre les femmes et du harcèlement restent encore faiblement combattus, soulignent les associations qui leur viennent en aide.

En tête des revendications féministes, l’abrogation du Code de la famille de 1984, qui sous l’influence des traditionalistes se revendique de la charia (loi islamique) au détriment de l’égalité entre les sexes pourtant prévue par la Constitution. Des discriminations en matière de statut familial perdurent malgré une révision en 2005.

Pour Meriem Belaala, responsable de l’association SOS Femmes en détresse, la forte participation féminine dans les défilés s’explique aussi par ces inégalités. « Les problèmes de santé ou d’éducation touchent tout le monde, mais les femmes encore plus parce qu’elles ne sont pas des citoyennes à part entière », souligne-t-elle.

« Installer la mixité »

Mais avancer des revendications féministes, potentiellement clivantes au sein de la population, a fait débat au commencement du mouvement de contestation, dominé par des appels consensuels à un changement politique.

Le faible écho des revendications propres aux femmes lors des premières journées de mobilisation a finalement incité des féministes à monter en puissance pour que « les droits des femmes ne passent pas une nouvelle fois à la trappe », souligne Fadéla Chitour. Désormais, « on veut bien participer aux collectifs politiques, mais il faut pouvoir y injecter nos revendications », ajoute-t-elle.

La mobilisation de nombreuses femmes de tous les secteurs de la société, « y compris les plus conservateurs », va « constituer un repère positif supplémentaire pour installer la mixité comme nouvelle norme sociale », estime pour sa part la syndicaliste et féministe Soumia Salhi.

Mais pour l’instant, « ce qui domine, c’est la revendication politique », même si les droits des femmes « apparaissent ça et là », reconnaît-elle. Une « coordination féministe » a ainsi décidé d’organiser une permanence devant l’université d’Alger les jours de manifestation.

« Il faut aussi penser à l’Algérie profonde » ou le poids des traditions reste tenace, recon-naît Meriem Belaala. Et continuer de se battre contre une propagande présentant les droits des femmes comme le combat de « salonnardes à la solde de l’Occident ».

Plusieurs fois par le passé, en particulier après l’indépendance en 1962, « les femmes ont été applaudies, et puis les hommes ont repris l’espace public », déplore-t-elle. « Même si le systè-me s’en va, le plus gros du travail restera à faire.

On ne change pas comme ça deux ou trois décennies d’une espèce de dictature, et les mentalités ne changent pas du jour au lendemain non plus », constate-t-elle. « C’est un travail de longue haleine, ce n’est pas gagné ».

25 mars 2019

https://www.letelegramme.fr/

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