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22 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Transphobie ( RDF)

transphobie
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Contre la transphobie, « il faut que la mobilisation s’amplifie »

Au lendemain d’une journée de mobilisation regroupant des milliers de manifestant.es partout en France pour les droits des personnes trans, un rassemblement s’est organisé à Paris, lundi 6 mai, contre la transphobie à l’université. Les personnes concernées font face à une séquence d’offensives transphobes particulièrement marquée dans les médias et le monde politique.

Face à ce climat délétère, la lutte s’organise. Une date est déjà en construction pour le week-end du 25 et 26 mai, à la veille de l’examen au Sénat d’une loi contre les droits des mineurs trans.

Une quinzaine de fourgons de police encercle la place Jeanne d’Arc, dans le 13ème arrondissement de Paris. Entre 100 et 200 manifestant.es se tiennent là, à quelques pas du centre Charcot, annexe de l’université Paris-Panthéon Assas. Parmi la foule, deux amies, Anaëlle et Margot, issues de la même filière info-com, à l’université d’Assas. Il y a quelques jours, elles ont appris que la Cocarde, syndicat étudiant d’extrême droite, organisait une conférence avec Dora Moutot et Marguerite Stern, autrices du livre Transmania. Ce livre, « un ramassis de conneries » résume Anaëlle, fait l’objet entre autres d’une plainte de SOS Homophobie et Stop Homophobie pour injure et appel à la haine contre les personnes trans.

Il a pourtant fait l’objet d’une recension dans la presse et a été présenté sur des plateaux médiatiques, notamment celui de CNews : « Marguerite Stern, on lui a donné beaucoup trop de visibilité dans les médias, signe de la transphobie ambiante. Alors qu’on a trop peu entendu les paroles des personnes trans elles-mêmes », soupire Anaëlle. Alors elle est venue, comme la centaine d’autres personnes autour d’elle, pour protester contre ce climat transphobe. Et aussi « pour montrer qu’Assas n’est pas qu’une université de fachos », ajoute Margot dans un sourire.

« Pour rappel, la transphobie et l’homophobie sont des délits punis par la loi, l’existence des personnes trans n’est pas un point de vue et n’a pas à être débattue ! Nous ne pouvons accepter que ces deux militantes réactionnaires puissent propager leur idéologie à l’université d’Assas », écrit dans son communiqué sur le sujet Sud Éducation Paris, l’une des organisations ayant appelé au rassemblement du jour (avec Solidaires Etudiant-e-s Assas, Assas in Progress, Assas LGBT+ et l’Union des Féministes d’Assas).

La veille de ce rassemblement, dimanche 5 mai, un appel à la mobilisation pour les droits des personnes trans et contre les offensives transphobes a réuni plusieurs milliers de manifestant.es à Paris. Une cinquantaine de rassemblements ont connu un succès similaire partout ailleurs : dans de grandes villes comme Lyon, Marseille ou Montpellier où se sont réunies près de 500 personnes ; mais aussi dans de plus petites comme Chambéry ou Angers qui dénombraient une centaine de manifestant.es. La journée a même été reproduite en Belgique, avec des rassemblements à Bruxelles et à Liège.

L’extrême-droite à la manœuvre, relayée par la droite parlementaire

Au milieu de la place, une personne s’empare du micro et rappelle le manque de prise en compte des vécus des personnes trans dans le monde universitaire français. « Une personne trans sur six doit arrêter ses études à cause des discriminations. Ces discriminations produisent de la précarité sur le plan social, psychologique, économique. La transphobie détruit des vies ».

Soudain, un mouvement d’agitation dans la petite foule. Séparées des manifestant.es par un cordon policier, les autrices passent près de la place, pour se rendre à la conférence. Les huées pleuvent, les chants antifascistes et les slogans – « pas de transphobes à la fac ! » – aussi. Moutot et Stern « sont hyper dangereuses dans les discours qu’elles portent. On leur donne beaucoup trop de place dans les médias alors qu’elles vont à l’encontre des valeurs républicaines », insiste Beverly, brandissant une pancarte. « Tout cela reflète la situation critique de la France, la montée de l’extrême droite qui met en danger les droits de toutes les minorités ».

Un peu à l’écart de la foule, Camille* complète « Dora Moutot et Marguerite Stern sont assez proches de l’extrême droite et de jeunes cadres du RN. Pour le côté institutionnel, on a l’Observatoire de la petite sirène. Tous ces gens sont liés ». Surtout, cette sphère trouve des relais politiques dans la droite parlementaire. Nos consœurs chez Mediapart ou encore Les Jours ont enquêté sur le sujet et sur l’offensive contre les droits des mineurs trans menée par l’Observatoire de la petite sirène.

Preuve récente de cette influence : suite à un rapport sénatorial, une proposition de loi a été déposée le 11 avril par des sénateurs LR pour interdire « tout traitement médical et hormonal de transition de genre » aux mineurs. Cette proposition de loi débute, dans son exposé des motifs, par ces mots : « Mesdames, Messieurs, la mode sociétale du wokisme déferle sur la France, après avoir essaimé aux États‑Unis, en Angleterre et dans les pays nordiques depuis quinze ans. » Le ton est donné.

Des médias à l’hémicycle, « on refuse ce déballage de la parole transphobe »

« Il faut comprendre que cette proposition de loi fait du bruit sur rien », réagit Anaïs Perrin-Prevelle, co-présidente d’OUTrans. Après avoir collecté les données hospitalières disponibles, elle rappelle que les enfants trans qui ont eu une consultation avec des endocrinologues ne sont que « 1200, sur 10 ans. Parmi eux, seuls 10 à 15 % ont été mis sous bloqueurs de puberté. On parle donc de 100, 150 personnes sur 10 ans ; et on fait une proposition de loi ! Tout cela est idéologique : ça ne répond à aucun problème concret ».

Dans un avis rendu lundi, la Défenseure des droits, Claire Hédon, a estimé qu’en interdisant « l’accès à des soins pouvant être utiles au bien-être de mineurs », cette proposition de loi « méconnaît leurs droits au regard de la Convention internationale des droits de l’enfant ».

De fait, « il y a un vrai enjeu d’accès aux soins, central, pour les adultes trans. Alors pour les mineurs, je n’en parle même pas. Il y a 10 000 médecins généralistes en activité en Île-de-France. Parmi eux, seuls 30 acceptent d’engager des transitions pour les femmes trans », souligne Anaïs Perrin-Prevelle, après avoir centralisé les annuaires de toutes les associations franciliennes accompagnant des personnes concernées. « Trouver ces médecins est déjà d’une difficulté extrême. C’est quasiment impossible sans passer par les associations. Pour des mineurs, c’est encore plus un parcours du combattant. ». Au passage, il n’est question ici que de l’Île-de-France. Dans les autres régions, les médecins engagés et formés sur le sujet se font encore plus rares.

Face à ce relais politique des offensives transphobes, les organisations de défense des droits LGBTQIA+ comptent bien amplifier la lutte. « Des mobilisations, il y en aura d’autres, jusqu’à ce que l’on ait gain de cause. Notamment pour que cette proposition de loi ne soit ni débattue ni votée », insiste James Leperlier, président de l’Inter-LGBT, qui regroupe plusieurs associations et collectifs. Des médias à l’hémicycle, « on refuse ce déballage de la parole transphobe. On ne veut pas que nos droits et nos choix soient ainsi débattus sur la place publique ».

Au-delà de la lutte contre la transphobie : avancer vers « des droits supplémentaires »

L’examen en séance publique du projet de loi aura lieu le 28 mai. Pour s’y préparer, les associations de personnes trans planchent sur une date de mobilisation le week-end précédent, le 25-26 mai, annonce Anaïs Perrin-Prevelle. « Il faut que la mobilisation s’amplifie », défend pareillement la co-présidente d’OUTrans. « Nous avons beaucoup de combats sur lesquels il faut que l’on avance et que l’on gagne des droits supplémentaires ». Parmi les objectifs de lutte : simplifier le changement d’état civil (pour qu’il puisse se faire sur un mode déclaratoire comme cela se fait dans un grand nombre d’autres pays européens) ; améliorer l’accès aux traitements hormonaux, objets de pénuries récurrentes, ainsi qu’au suivi médical ; mettre fin aux discriminations persistantes à l’école…

« La parole autour de la transition de genre se libère. On avance doucement : l’Organisation mondiale pour la santé a enfin sorti en 2022 la transidentité de la liste des maladies mentales… Nous sommes dans une période de bascule. Mais comme toute période de bascule, cela amène une période d’offensive », explique-t-elle. Un phénomène de « backlash » (« retour de bâtons », en anglais) mené par les forces conservatrices après chaque grande séquence d’avancées des droits des minorités – comme cela a été analysé après la vague MeToo par exemple.

La veille de l’examen en séance publique, le 27 mai, les associations et collectifs de personnes trans ont obtenu une rencontre avec la ministre Aurore Bergé. D’abord pour évoquer le positionnement du gouvernement sur la proposition de loi. Mais aussi pour proposer des mesures à ajouter au plan national de lutte contre la haine et les discriminations anti-LGBT+, qui ne contient aucun chapitre sur les droits des personnes trans.

Les associations s’étaient d’ailleurs vues promettre la réunion d’un comité de suivi de ce plan en janvier : « mais ça a été reporté pour juin. On nous avait même proposé octobre », soupire James Leperlier. « On ne les sent pas très investis. Encore moins sur la transphobie : ils refusent de prendre cette question à bras-le-corps. C’est très compliqué d’avoir un dialogue avec eux. D’autant qu’Aurore Bergé a refusé de revenir sur son soutien publiquement apporté à Dora Moutot et Marguerite Stern », rappelle-t-il.

Le rassemblement contre ces deux autrices s’achève, justement, sur la place Jeanne d’Arc. Désormais, la police forme une nasse. L’ambiance est fébrile. Plusieurs personnes se sentent oppressées par l’important dispositif des forces de l’ordre. Lutter dans ce climat de tension, « c’est usant. Mais on n’a pas trop le choix », résume en conclusion Beverly, avant de s’échapper de la nasse.

7 mai 2024 Maïa Courtois

https://rapportsdeforce.fr/

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10 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Féminitudes ( actu )

Le spectacle d'improvisation théâtrale Féminités. sera présenté samedi 18 mai 2024 au centre social Jacolot au Relecq-Kerhuon, dans le cadre du festival Féminitudes.
Le spectacle d’improvisation théâtrale « Féminité.s » sera présenté samedi 18 mai 2024 au centre social Jacolot au Relecq-Kerhuon, dans le cadre du festival Féminitudes. ©Alexandre Heugas
 

Au Relecq-Kerhuon, première édition de Féminitudes, « un festival artistique, féministe et joyeux »

Les femmes sur le devant de la scène. La première édition du festival Féminitudes se tiendra les 18 et 19 mai au Relecq-Kerhuon. Spectacles, stages et rencontres sont au programme.

Les envies se sont mêlées et un festival a émergé. La première édition de Féminitudes aura lieu samedi 18 et dimanche 19 mai 2024 au centre social Jacolot au Relecq-Kerhuon. « Un festival artistique, féministe et joyeux », présentent les associations Latitudes et Le laboratoire des féminités, à l’initiative de de ce nouveau rendez-vous culturel.

Amélie Thomas  9 mai 2024

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09 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Kurdes (Orient 21)

kurdes
Avril 1988. Les personnes blessées lors de l’attaque chimique contre Halabja hébergées et soignées au complexe sportif Iran Khodro.
Sasan Moayedi/Wikimedia Commons

Les tourments ininterrompus des Kurdes d’Irak

Il y a trente-six ans, les avions irakiens larguaient des bombes chimiques sur la ville de Halabja, dans le Kurdistan irakien. Ce massacre peut être comparé à celui que l’aviation nazie de la légion Condor avait commis en avril 1937 en ravageant la ville basque de Guernica. Dans un récit, la journaliste Béatrice Dillies revient sur cette tragédie.

En 1988, le conflit qui oppose la république islamique d’Iran et la république d’Irak entre dans sa huitième année. Les deux États sont exsangues. Pourtant, un an plus tôt, dans un ultime sursaut belliciste, Saddam Hussein, considéré comme un rempart contre l’islamisme par l’Occident et l’URSS qui lui fournissent des armes, a confié à son cousin Ali Hassan Al-Majid, dit Ali le chimique, le soin de « régler la question kurde ».

Violant le droit international, en particulier la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (1948), Al-Majid va s’employer à noyer sous des pluies d’obus au gaz moutarde les populations des villages kurdes des provinces de Souleimaniyé, d’Erbil et de la vallée de Jafati.

Dans son ouvrage Un génocide oublié. La voix brisée du peuple kurde, la journaliste Béatrice Dillies revient sur cette tragédie à travers une enquête de terrain jalonnée de faits documentés rapportés par des témoins et des combattants peshmergas (1), accompagnée d’un appareil critique et de cartes.

Le précédent arménien

Béatrice Dillies raconte comment Al-Majid va autoriser des « munitions spéciales » sur Halabja et Khurmal. Un bassin de population de 55 000 personnes qui, initialement, ne faisait pas partie de ces « zones interdites » où toute forme de vie devait être éradiquée dans le cadre d’une solution définitive de la question kurde actée en juin 1987 par le décret 4008.

En quelques heures, l’opération menée ajoute 5 000 morts et 10 000 blessés au bilan de l’opération Anfal. Une action dévastatrice qui a fait au total 182 000 morts en un peu plus de six mois. La visée génocidaire d’un tel massacre ne fait aucun doute, les Irakiens s’inspirant de la façon dont les Jeunes-Turcs du Comité union et progrès (CUP) avaient tenté, en 1915, de faire disparaître la population arménienne de l’ex-empire ottoman.

Bien que le protocole de Genève de 1925 interdise l’usage de ce type d’armes, Ali Hassan al-Majid se vante le 26 mai 1987 devant les responsables du parti Baas : « Je ne les attaquerai pas (les Kurdes) avec des armes chimiques juste un jour, je continuerai de les attaquer pendant quinze jours ». Ni les États-Unis, ni l’Union soviétique, ni la France, ni l’Organisation des Nations unies (ONU) n’ont cru bon d’élever la moindre protestation au printemps 1987 lors des prémices de l’opération Anfal, ni lors de son déploiement à grande échelle l’année suivante. La Cour pénale internationale (CPI) n’a pu se prononcer dès lors qu’elle peut seulement juger les crimes commis après sa création en 2002.

Comme protagoniste principale de son récit, Béatrice Dillies a choisi Snur, Kurde de 25 ans, victime de l’attaque chimique alors qu’elle était bébé, et qui a toutes les peines à articuler correctement à cause de ses cordes vocales abîmées par les gaz. Grâce à un dispositif original, la journaliste nous introduit à l’intérieur du foyer familial de la jeune femme. Un lieu d’échanges sur les causes de son traumatisme, où les mots « fuir », « se cacher » mais aussi « lutter » reviennent comme des leitmotivs avant de nous embarquer dans sa mémoire et celle de ses proches.

Une remémoration faite d’événements douloureux, où la peur, la faim, l’incompréhension et le désespoir s’entremêlent. Des vies marquées à jamais quand, par ce jour d’août 1988 à 22 heures, les premiers MiG-23 de fabrication soviétique sont apparus dans le ciel et ont largué leur cargaison létale, répandant sur les villageois l’odeur de pomme caractéristique des bombes chimiques.

Afin d’inscrire ces crimes de guerre dans le temps, en mêlant habilement dialogues entre survivants et récits de péripéties, l’enquêtrice nous ramène en septembre 1969 à Surya, tout au nord du pays. À l’époque, les militaires irakiens ont assassiné 39 personnes, dont vingt-cinq chrétiens et quatorze musulmans.

Les corps ont été prestement enterrés dans des fosses communes, faute de temps, pour donner à chacun une sépulture digne dans la crainte du retour de l’armée. Un épisode parmi d’autres qui prouve, s’il en est besoin, que la vindicte du parti Baas contre les Kurdes revendiquant l’autonomie de leur territoire n’a pas attendu la guerre Irak-Iran pour se manifester.

L’enjeu du pétrole

Autre mise en perspective de l’opération Anfal proposée par Béatrice Dillies, l’évocation des déportations de populations kurdes entre 1969 et 1982, destinées à arabiser leurs terres. En particulier en 1972, au moment où le pouvoir baasiste prend la mesure des richesses pétrolières que recèle le sous-sol du gouvernorat de Kirkouk. Dès lors, toute promesse de régler pacifiquement la question de la place des Kurdes et de leur singularité ethnique et culturelle dans la République est abolie. Eux qui représentaient 64 % de la population de cette région en 1957, ne seront plus que 37 % vingt ans après.

Dans le cadre de son panorama, l’autrice revient aussi sur un autre épisode dramatique qui s’est déroulé en 2014 : la tentative d’ethnocide des Yézidis (2), vivant pour la plupart dans les monts Sinjar et considérés comme des apostats par les djihadistes de Daech. Le projet des terroristes n’a échoué que grâce à une intervention conjuguée de membres des YPJ (Unités de protection de la femme, une organisation militaire kurde syrienne composée exclusivement de femmes), du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et de peshmergas yézidis.

À l’issue de combats acharnés, les membres alliés sont parvenus à sauver des hommes de l’extermination et des femmes de l’esclavage sexuel. En tout, 6417 femmes et enfants avaient été kidnappés lors des premiers jours de l’attaque durant lesquels près de 1 300 Yézidis ont été tués.

Snur a beaucoup appris en écoutant Béatrice Dillies lui raconter l’histoire de son peuple. Dans un Kurdistan irakien autonome traversé de tensions, elle espère malgré tout que sa vie ressemblera à celle de n’importe quelle jeune femme indépendante. Peut-être qu’un jour, en solidarité avec ses soeurs de tous les Kurdistan, elle reprendra elle aussi le slogan kurde « Femme, Vie, Liberté ».

Kurdes (Orient 21) dans Altermondialisme

Jean Michel Morel

Écrivain, ancien médiateur culturel.

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26 mars 2024 ~ 0 Commentaire

2 milliards (reorterre)

Plus de 2 milliards de personnes n'ont pas accès à l'eau potable
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Plus de 2 milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable

Un constat alarmant sur le partage de la ressource en or bleu. L’Unesco estime que 2,2 milliards de personnes n’ont pas accès à une eau potable sûre, selon son rapport annuel publié vendredi 22 mars, à l’occasion de la journée mondiale de l’eau.

Les premières victimes du manque d’eau dans le monde sont les femmes et les filles, selon l’Unesco. Ce sont elles qui, en zones pauvres et rurales, sont chargées de la collecte de l’eau, facteur d’abandon scolaire accentuant leur vulnérabilité. Dans son rapport, l’organisation indique qu’une meilleure coopération internationale en matière d’accès à l’eau douce jouerait un rôle non négligeable dans l’amélioration de leur quotidien.

Les inégalités risquent de s’accroître encore

L’agence onusienne le reconnaît  : «  L’objectif de garantir l’accès à l’eau potable à tous d’ici à 2030 est loin d’être atteint. Il est même à craindre que les inégalités continuent de s’accroître dans ce domaine.  »

Par ailleurs, « les inégalités dans la répartition des ressources en eau, dans l’accès aux services d’approvisionnement et d’assainissement » sont sources de tensions, qui peuvent elles-mêmes « exacerber l’insécurité hydrique », alerte le rapport. Les auteurs considèrent ainsi que les stratégies de partage des ressources en eau sont bien souvent négligées par les États. Sur les 153 pays partageant des cours d’eau, lacs ou eaux souterraines, « seuls 31 ont conclu des accords de coopération pour au moins 90 % de la superficie de leurs bassins transfrontaliers », souligne le rapport.

25 mars 2024

https://reporterre.net/

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11 mars 2024 ~ 0 Commentaire

la déferlante

Claude Moro
 La Déferlante : le numéro 13 est disponible !

Disponible dans votre point de vente préféré ou sur abonnement, le numéro 13 de la « revue des révolutions féministes » ! 

Comme toujours, un verbe donne le ton. Cette fois, Avorter. Le sous-titre, Une lutte sans fin, se passe de commentaires. Il introduit un dossier très complet sur la question, reposant sur des données mondiales et nationales, présentées sous forme de cartes qui d’un coup d’œil offrent une idée de la diversité de l’accès à l’avortement dans le monde et en France, avec ses fractures et ses inégalités ! La rédaction introduit aussi une vraie diversité de points de vue, allant d’un aperçu historique de la lutte du MLAC au traitement esthétique de la question dans l’art en passant par la lutte en Pologne.

Par ailleurs, Gaza, documenter la guerre, un article à l’actualité brûlante, donne à voir la situation dramatique de la couverture de presse de la guerre à Gaza, assumée uniquement par des reporteurices palestinienNEs, ici évoquée du point de vue des femmes.

Dans Complotisme et transphobie, l’alliance des haines, est mise en évidence la porosité entre les milieux des influenceureuses complotistes et transphobes, qui démontre une conjugaison des paniques et des haines et leurs conséquences graves sur la vie des personnes trans.

Enfin comme à chaque livraison, de la photo (Alice Austen, hors cadre, Pionnière de l’art photographique et de la visibilité lesbienne), de la BD (dont l’excellent « Ce matin, un lapin a tué un chasseur »), l’entretien entre deux personnalités (ici Fatima Daas & Aloïse Sauvage)… Un numéro à ne pas manquer !

CM

https://lanticapitaliste.org/

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08 mars 2024 ~ 0 Commentaire

paludières (fr3)

Photo de tournage. Séquence avec Morgane qui travaille dans ses oeillets, Jérémie Halbert au son et Aurélie Piel à la caméra.

« Les paludières ne se sont pas arrêtées à leur genre. Elles se sont battues pour faire bouger les choses »

Véronique Lefeuvre a hérité de l’exploitation de ses parents. Mais s’installer à son compte en tant que femme n’a pas été simple.

Dans les années 50, le terme « paludière » désignait principalement les épouses de paludiers dans les marais salants du pays de Guérande. Elles étaient reléguées à un rôle secondaire et non reconnues officiellement, à l’image des épouses d’agriculteurs. Aujourd’hui, 15% des exploitations de sel à Guérande sont dirigées par des femmes. Le témoignage de trois paludières est au cœur du film documentaire « Paludiers au féminin » réalisé par Sophie Averty. Rencontre.

La réalisatrice Sophie Averty connaît bien le milieu des marais salants. Cette longue histoire a débuté il y a plus de 30 ans, lorsqu’elle réalise son premier court métrage documentaire sur un paludier conteur dans les marais salants de Guérande. Fascinée par la beauté des paysages et les valeurs qui s’y dégagent, elle se passionne pour l’histoire de ce lieu et de ces gens qui y travaillent.

En 2021, Sophie réalise un documentaire intitulé « Guérande, un peu de la beauté du monde« . Ce film retrace l’histoire de la lutte qui a éclaté dans les années 70 pour protéger les marais salants face à un projet de construction de rocade autour de La Baule. En s’immergeant deux années dans ce milieu des marais salants, la réalisatrice rencontre beaucoup d’hommes et très peu de femmes.

Cette observation la questionne. Il existe une autre facette de l’histoire à explorer dans cet univers des marais salants de Guérande. Celle de la place des femmes paludières dont on a peu parlé. Elles ont pourtant beaucoup de choses à raconter. Sophie Averty décide de consacrer un film documentaire pour le magazine Littoral « Paludiers… au féminin » à retrouver dans son intégralité sur la plateforme France.tv

L’évolution de la place des femmes au marais

Les femmes paludières devaient souvent faire face à des stéréotypes de genre et à des préjugés dans un milieu traditionnellement dominé par les hommes. Longtemps reléguées au rôle de « femme de… », ou « conjointe d’exploitant » les paludières ont mis du temps à accéder au statut de « cheffe d’exploitation » et à être pleinement reconnues. De nombreuses femmes ont relevé le défi en se distinguant par leur engagement et leur persévérance.

Aujourd’hui, sur les 370 exploitations de sel dans le marais de Guérande, seulement 15% sont dirigées par des femmes, soit une trentaine de femmes à la tête d’une exploitation. Ce chiffre progresse lentement d’année en année.

Le métier de paludier, qui est l’une des rares professions agricoles qui utilise une technique sans mécanisation, a limité l’accès des femmes en raison de ses exigences physiques. Mais grâce à l’évolution technologique, notamment en introduisant des matériaux plus légers et flexibles (comme la fibre de carbone pour le manche du las, principal outil des paludiers), le travail peut enfin se féminiser.

Trois femmes, trois générations, trois parcours

Pour raconter cette histoire, Sophie Averty est allée à la rencontre de trois femmes, trois parcours, trois générations pour une seule et même passion : le métier de paludière.

Dominique, Véronique et Morgane éprouvent toutes les trois un attachement viscéral au marais, elles témoignent de l’évolution de leur place dans une profession encore majoritairement masculine.

« J’aime les récits de vie et je connais suffisamment Dominique, Véronique et Morgane pour mesurer leur capacité à transmettre en mots leur trajectoire, leur amour du marais et leur combat pour la reconnaissance des femmes dans le métier ».

Dominique Pérraud représente une génération pionnière. Dans les années 70, elle a commencé à travailler aux côtés de son mari dans les marais salants. Malgré le manque de reconnaissance sociale à l’époque, elle a su imposer sa présence, aidant de manière significative au succès de l’exploitation familiale.

Véronique Le Feuvre incarne la transition vers une plus grande autonomie des femmes dans le secteur des marais salants. Ayant hérité de l’exploitation de ses parents, elle a pris les rênes de l’entreprise familiale avec détermination.

Morgane Warrion représente la nouvelle génération de femmes paludières. Elle apporte un regard neuf sur l’exploitation des marais salants. Elle regrette qu’encore aujourd’hui, certains refusent de céder des œillets parce qu’ils n’ont pas confiance dans une femme.

Dans son film documentaire « Paludiers… au féminin » réalisé en coproduction avec la société de production .Mille et Une. Films, Sophie Averty démontre que malgré la sous-représentation des femmes dans ce secteur, les paludières témoignent d’une grande passion pour leur métier. Elles sont conscientes d’être les garantes de la survie d’un espace naturel précaire (2000 hectares de paysage classés zone protégée), car sensible aux aléas météorologiques et aux pollutions. Leurs parcours illustrent l’évolution remarquable de la place des femmes dans les marais salants de Guérande, ainsi que leur participation indispensable à la pérennité de cette activité traditionnelle.

Retrouvez le film documentaire « Paludiers…au féminin » sur la plateforme France.tv 

Écrit par Sophie Bourhis

08/03/2024 à 12h39

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08 mars 2024 ~ 0 Commentaire

violence masculine (basta)

violence masculine (basta) dans Altermondialisme

« La violence masculine est une affaire de femmes »

  • Les inégalités de genre persistent dans le monde. Face aux discriminations, aux violences et au manque de perspectives, les femmes se battent, partout, pour un avenir meilleur. Les médias indépendants internationaux nous partagent leurs histoires.

« Cinq femmes et une fille, étouffées, poignardées, abattues. Dans un bordel et à la maison, par un inconnu, un père, un compagnon de vie. » En Autriche, en l’espace de quelques jours, six féminicides ont eu lieu, raconte la journaliste Lara Ritter dans une chronique pour le journal allemand Die Tageszeitung, le 28 février.

Trois de ces femmes, vraisemblablement d’origine étrangère, ont été poignardées dans une maison close de Vienne. Un demandeur d’asile a été arrêté.

Au lieu de soulever la nécessité de prendre en main le problème des violences, par exemple en créant des places d’hébergement d’urgence pour les femmes ou en luttant contre la précarité, « les féminicides servent souvent de prétexte à l’agitation raciste et au scandale », écrit la journaliste du quotidien indépendant. Face à cela, le silence du gouvernement autrichien envoie un message : « Il déclare ainsi que la violence masculine est une affaire de femmes. »

Partout, celles qui sortent dans la rue, bravent les interdits, osent bousculer l’ordre et se battent contre les violences sont des femmes. Elles se battent pour être reconnues, disposer de leur corps, ou simplement : vivre. Cet édito leur est consacré, et le contenu de notre newsletter également, car on ne peut penser un monde meilleur sans s’intéresser aux droits des femmes.

Toutes les femmes. Celles tuées parce qu’elles existent en tant que femmes, celles privées du droit à avorter, celles qui le font malgré tout, celles persécutées parce qu’elles ont le malheur de ne pas être nées dans le bon corps, celles qui haussent la voix et celles qui ne peuvent pas le faire.

Les inégalités existent toujours, partout

Le 8 mars est l’occasion de rappeler que l’inégalité entre les genres est encore la norme dans le monde. Ce jour est « l’occasion de reconnaître les luttes féministes qui ont élargi les horizons académiques, professionnels et économiques de femmes historiquement invisibles », suggère le magazine colombien Razón Pública. Le média se donne aussi pour mission de quantifier « les obstacles à la pleine égalité des sexes, en particulier dans des domaines critiques tels que le marché du travail, la ruralité, la fiscalité ». La pandémie de Covid-19 a eu un impact économique plus grand sur les femmes que les hommes, plus exposées au chômage encore.

« Si les inégalités sur le marché du travail sont marquées pour les femmes, les perspectives sont encore plus difficiles pour les femmes rurales », précise le média. Déjà en difficulté pour accéder à « la propriété foncière, aux crédits de production et aux marchés », elles sont également confrontées aux violences. C’est une réalité partagée dans le monde.

En Espagne, infoLibre raconte les conséquences de l’exode rural des femmes, notamment causé par des difficultés d’accès à la propriété des exploitations et à la seule perspective du travail non rémunéré. Dans « ces villes où il n’y a guère plus que l’église et le bar », la natalité baisse et l’avenir des communautés entières en est fragilisé. Le sort des femmes regarde tout le monde.

Cette chronique pourrait être un livre de milliers et de milliers de pages. Le nombre d’histoires rapportées infini. Nous avons choisi de vous raconter certaines d’entre elles qui peuvent nous inspirer toutes et tous, d’où qu’elles viennent. Vous partager le récit d’une femme trans, Maria Belén Correa, qui écrit de sa communauté, dans la version sud-américaine d’elDiario : « Nous ne nous projetions pas dans la vieillesse. » Car « si la vieillesse est un problème de société dans son ensemble, en ce sens qu’elle est considérée comme un rebut, imaginez que vous soyez une vieille femme transgenre. »

Le droit à l’avortement en France et dans le monde

Nous parlerons dans cette édition des réactions de la presse internationale à la constitutionnalisation du droit à l’avortement en France. Si la nouvelle fait réagir hors de nos frontières, c’est parce que ce droit est loin d’être un acquis. Enab Baladi, média indépendant syrien, raconte les difficultés auxquelles font face les femmes de la ville d’Idlib qui veulent avorter. Et ce, même lorsque leur santé est mise en danger par la grossesse : « La loi syrienne considère l’avortement comme un crime passible d’une peine d’emprisonnement pour la mère et toute personne qui l’a aidée, y compris les médecins, les pharmaciens ou autres. »

En juillet 2023, le site de datajournalisme italien Openpolis faisait un état des lieux du droit à l’avortement en Europe et constatait qu’il était encore « souvent entravé, principalement par l’objection de conscience ». Aux États-Unis, alors que le droit à l’IVG n’est plus protégé nationalement depuis 2022, la Cour suprême de l’Alabama a statué fin février sur le statut légal des embryons congelés (dans le cadre d’une fécondation in vitro, ou FIV, par exemple). Ce sont des êtres vivants à ses yeux. Dans cet État, « l’idée qu’un fœtus ou un embryon devrait avoir les mêmes droits qu’un enfant » a eu des conséquences immédiates, raconte Mother Jones : nombre de cliniques de FIV ont interrompu leurs services, de peur d’être poursuivies en justice si quoi que ce soit arrivait aux embryons.

Face à cette incertitude, mercredi 6 mars, la gouverneure républicaine d’Alabama a promulgué une loi protégeant les personnes bénéficiant ou se chargeant de fécondations in vitro. Mais la décision de la Cour suprême pose d’autres questions : « Si un fœtus est un enfant, qu’est-ce que cela signifie pour les fausses couches ? Que se passe-t-il avec le droit de la responsabilité civile : la succession d’un fœtus peut-elle intenter une action en justice en cas de préjudice ? » Dans une interview pour le média états-unien Mother Jones, l’autrice et docteure Michele Goodwin explique les conséquences, nombreuses, de telles décisions pour les femmes : « Nous avons constaté qu’à la suite de l’adoption de lois contre l’avortement, certains petits amis et maris ont agi de manière abusive et criminelle, croyant qu’ils avaient une certaine autorité sur le corps des femmes qu’ils côtoyaient. »

Nous vous parlerons aussi des femmes qui se battent pour protéger l’Amazonie dans un monde où nous dépendons tous de la santé de la nature. Nous vous raconterons l’histoire de celles qui inventent de nouveaux moyens de lutter contre le « no future » en Colombie, des femmes kurdes qui se battent pour la liberté en Irak ou des personnes LGBTQI+ mises en danger au Ghana. Ces récits de vie de personnes situées à l’intersection des discriminations, et bien d’autres, sont à lire dans cette édition de « Chez les indés International ».

Emma Bougerol 8 mars 2024

https://basta.media/

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08 mars 2024 ~ 0 Commentaire

8 mars brest (OF, Le Tél)

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  • À Brest, environ 500 personnes mobilisées contre les inégalités de salaires femmes-hommes

Des centaines de personnes se sont rassemblées sur la place de la Liberté, à Brest (Finistère), à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Une manifestation organisée par l’intersyndicale.

Entre 200 et 300 personnes se sont réunies, ce vendredi 8 mars 2024, sur la place de la Liberté, à Brest (Finistère), à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Des manifestants rejoignent le cortège, qui atteint environ 500 personnes au total.

Cette première manifestation, qui se tient depuis 15 h 40, est particulière car elle commencé à l’heure précise où les femmes travailleraient gratuitement, en raison de l’écart de salaire entre les hommes et les femmes. Une mobilisation nationale, lancée par l’intersyndicale.

Des salaires inférieurs à ceux des hommes

Cette dernière rappelle que 62 % des personnes payées au Smic (salaire minimum interprofessionnel de croissance) sont des femmes. Elles touchent également des salaires un quart inférieur à ceux des hommes.

Marin RABIN. Publié le 08/03/2024

https://www.ouest-france.fr/

Brest, elles ont manifesté pour leurs droits ce vendredi 8 mars (Le Tel)

Pour la journée internationale des droits des femmes, environ 300 personnes ont manifesté ce vendredi 8 mars à Brest. Elles revendiquaient notamment l’égalité salariale et des actions contre les violences sexistes et sexuelles.


La PMA (procréation médicalement assistée) pour toutes était l’une des revendications de la manifestation.

Les violences sexistes et sexuelles étaient notamment au centre des revendications

Les femmes ont marché à Brest dans une ambiance de défiance vis-à-vis du gouvernement.

L’heure était inhabituelle mais symbolique. Vendredi 8 mars 2024, l’intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires et Union pirate a donné rendez-vous place de la Liberté à Brest à 15 h 40, horaire théorique auquel les femmes cessent d’être payées au regard de l’écart de salaires entre femmes et hommes. Environ 300 personnes, en majorité des femmes, ont répondu à cet appel à la grève du travail et des tâches domestiques en venant manifester.

Isabelle Jaffré 08 mars 2024

https://www.letelegramme.fr/

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06 mars 2024 ~ 0 Commentaire

8 mars carhaix (OF)

photo  une manifestation à paris, le 8 mars 2022 (photo d’illustration). .

À Carhaix le 8 mars, un rassemblement pour la Journée de lutte pour les droits des femmes

L’union locale du syndicat CGT (Confédération générale du travail) encourage la population à se réunir vendredi 8 mars 2024, devant la maison des syndicats à Carhaix (Finistère), à l’occasion de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

https://brest.maville.com

À Brest, plusieurs syndicats appellent à une grève « féministe » pour le 8-Mars

La CGT, Solidaires, la FSU, FO et Union Pirate organisent une manifestation à Brest (Finistère), à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, vendredi 8 mars 2024. Les syndicats appellent également à une grève « féministe » du travail, des tâches domestiques et de la consommation.

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06 mars 2024 ~ 0 Commentaire

agricultrices (basta)

agricultrices (basta) dans Ecologie & climat

Publié dans Plus invisibles que les paysans : les paysannes
 Agriculture et féminisme, une alliance heureuse

Des gros tracteurs et des gros bras : c’est la méthode qu’a – encore une fois – choisi le monde agricole pour se faire entendre ces dernières semaines. Mais à l’ombre de ces actions médiatiques bruisse une autre révolte agricole, qui propose un avenir plus collectif et plus joyeux. Portée par des paysannes qui revendiquent la non-mixité comme un espace de choix pour s’émanciper, cette révolte s’appuie sur une longue tradition de groupes « femmes », nés dans le secteur au sortir de la guerre.

Être libres d’apprendre

La rencontre des Travailleuses de la terre, qui s’est tenue en septembre 2022 dans une ferme près de Rennes (Ille-et-Vilaine), est l’héritière d’une histoire de non-mixité vieille de plus de 50 ans dans le monde agricole. Parmi les objectifs de cette rencontre de deux jours : la réappropriation des savoirs techniques. « Il y avait des ateliers câblage de prises, moteurs deux et quatre temps, abattage de poules… » raconte Manon Lemeux, qui prévoit de s’installer prochainement comme agricultrice. En Isère, où ont eu lieu au même moment les Rencontres paysannes féministes, on pouvait apprendre à se servir d’une tronçonneuse et d’un poste à souder. Quel est l’intérêt de ces échanges de savoirs en non-mixité ?

« On peut poser toutes les questions qu’on veut, répond Manon Lemeux. Et on est libres d’apprendre sans le regard masculin qui, même sans être malveillant, nous place toujours dans un rapport de séduction et une recherche de validation. » Faire part de ses doutes ou de son ignorance à des collègues masculins, c’est plus difficile, rapportent les femmes qui ont pu bénéficier de ces espaces d’apprentissage en non-mixité. Elles s’exposent à des moqueries inconfortables qui s’ajoutent à un présupposé de moindre compétence, lassant à force d’être répété.

« Avoir une formatrice facilite l’identification des participantes », remarque Agathe Demathieu, ingénieure en mécanique et membre de l’Atelier paysan [1]. « L’exemple, c’est fondamental. Cela montre qu’on est capable. De conduire un tracteur, de faucher, de mener une exploitation… » pense la sénatrice Marie-Pierre Monier. Ces ateliers sont aussi l’occasion de concevoir des ergonomies de machines agricoles plus adaptées, comme les postes de conduite des tracteurs, généralement peu confortables pour les femmes, qui n’arrivent pas toujours à atteindre les pédales.

« Une femme qui avait de grandes surfaces nous a fait part de ses difficultés avec son enrouleur d’irrigation [sur lequel on rembobine les tuyaux d’arrosage, ndlr], très difficile à manier, rapporte Marie-Pierre Monier. La mise au point d’outils plus petits est vraiment nécessaire pour les femmes. Cela permet aussi à de nombreux hommes d’éviter des troubles musculo-squelettiques. »

Concilier travail agricole et travail domestique

Moins initiées que les hommes au maniement des machines lors de leurs formations initiales, les femmes disposent d’un temps de formation continue assez restreint. Agathe Demathieu a ainsi calculé que plus les formations proposées par l’Atelier paysan étaient longues, moins les femmes y participaient. Elles représentaient 57 % des participants aux formats d’initiation sur deux jours, mais seulement 20 % des participants aux formations avancées qui durent cinq jours. « Pour les paysannes installées, se libérer cinq jours d’affilée pour assister à une formation semble compliqué – d’autant plus pour les femmes qui ont des enfants en bas âge », note l’ingénieure. Ce problème d’organisation ne semble pas toucher les jeunes pères.

La conciliation entre le travail domestique et le travail agricole faisait partie des thèmes de discussion des Travailleuses de la terre. Il faut dire qu’il y a là de quoi faire, tant la confusion entre les deux sphères est importante dans les fermes, au détriment des femmes le plus souvent. « Les normes de rendement des fermes se basent sur le travail domestique gratuit des femmes qui n’est jamais comptabilisé, avance Gwenen Montagnon, installée en polyculture élevage et en Gaec [Groupement agricole d’exploitation en commun, ndlr] avec son compagnon. On paye une personne alors qu’elles sont deux à travailler. C’est cela qui a permis de rendre l’alimentation pas chère. »

Avec les Elles de l’Adage, un collectif d’une dizaine de femmes dont elle fait partie, Gwenen Montagnon réfléchit à cette invisibilité du travail des femmes. Parmi les solutions à l’étude de leur petit groupe [2] figurent les banques de travail, qui permettraient par exemple d’échanger une demi-journée de maraîchage ou une demi-journée de baby-sitting contre un panier de légumes.

« Casser le schéma capitaliste »

Sa collègue Lucie Rigal estime que « les installations collectives peuvent permettre de casser le schéma capitaliste qui s’appuie sur la famille nucléaire, où la femme est exploitée à la maison et l’homme, en dehors ». Installée en Gaec avec son frère, elle explique qu’ils ont tous les deux eu à cœur de se « déspécialiser »  : « On ne voulait pas que mon frère s’occupe que des machines, et jamais de ses enfants, et inversement pour moi. J’avais moins de compétences que lui en électricité et en plomberie, par exemple. Mais on a décidé ensemble qu’il fallait me laisser le temps de réapprendre. J’ai mené des chantiers dans lesquels il n’est pas intervenu. » De son côté, son frère a choisi de passer beaucoup de temps auprès de ses enfants, de ne pas laisser ce travail à sa seule compagne. « Ce sont des choix qui font qu’on a eu moins de temps pour le travail de production de la ferme, prévient Lucie Rigal. Du coup on n’a pas décollé tout de suite économiquement. »

Toutes ces réflexions, Lucie et Gwenen les élaborent en lien étroit avec leurs collègues féminines, prolongeant des pratiques déjà anciennes. « Dans le monde agricole perdure une longue tradition d’engagement des femmes en non-mixité, avec des commissions féminines dans tous les syndicats et organisations agricoles, précise la sociologue Rose-Marie Lagrave. Dans les commissions « agricultrice », s’élaborait un travail syndical entre femmes qui était ensuite reversé dans les structures mixtes. Ces commissions femmes étaient des espaces nécessaires pour s’enhardir à prendre la parole en séance plénière devant les hommes. C’était des lieux de formation et de réassurance pour elles. »

« Dès les années 1960 en Aveyron, des agricultrices se sont réunies pour améliorer leurs conditions de travail et de vie, situe Alexandre Guérillot, sociologue. À l’époque, elles réclamaient de ne plus cohabiter avec leurs belles-familles qui les exploitaient volontiers. Et elles voulaient pouvoir mettre en place leurs propres ateliers de production. » En Ille-et-Vilaine, à la même époque, elles questionnent la pertinence du surinvestissement matériel dans les fermes. « Combien de fermes sont encombrées de matériel qui traîne dans la cour ? » demandent-elles lors de l’AG du Centre national des jeunes agriculteurs de juillet 1957. « Le matériel ménager utilisé tous les jours n’est-il pas plus rentable, plus nécessaire ? » interrogent celles qui doivent alors cumuler deux journées et s’entendre dire qu’elles ne travaillent pas…

Moteurs de la transition

« Ces femmes ont été pionnières, mais pour des raisons presque opposées à celles des groupes féministes qui décident de se retrouver en non-mixité pour faire sécession, reprend Rose-Marie Lagrave. Au sein des commissions femmes de la FNSEA ou de la Jac, il s’agissait de se former pour pouvoir mieux coopérer avec les hommes. Il y avait toujours cette idée d’être complémentaires des hommes. Toutes les femmes ont souligné l’importance dans leur vie professionnelle et personnelle de ces groupes non mixtes. »

Cette idée de complémentarité avec les hommes semble toujours d’actualité, si l’on en croit un texte de la Coordination rurale (syndicat minoritaire classé à droite [3]) qui s’intéresse au rôle « central » des femmes : « Nous ne faisons pas du militantisme féministe, nous faisons du militantisme égalitaire qui accepte les différences, mais dans leurs complémentarités. »

On assiste donc aujourd’hui à un renouveau des dynamiques de non-mixité, plutôt portées par les organisations relevant de l’agriculture paysanne : Confédération paysanne, Associations pour le développement de l’emploi agricole et rural (Adear), et Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural (Civam). Il existe une douzaine de groupes non mixtes dans le réseau Civam. Plutôt mal vus au début, ces groupes ont fini par gagner en légitimité. Mais Sixtine le Prioux, coordinatrice femmes et milieu rural au sein de cette organisation, regrette de « devoir sans arrêt justifier la non-mixité ». Elle rappelle que « c’est un outil transitoire de transition agroécologique, qui permet aux femmes de mettre en place des changements de pratiques sur leurs fermes. Il ne s’agit pas simplement de bien-être intello. »

Plusieurs études ont en effet démontré que les groupes non mixtes sont des moteurs dans la transition des fermes vers des modèles plus résilients. « Beaucoup de conversions à l’agriculture biologique se font sous leur impulsion, dit Émilie Serpossian, animatrice au sein d’un Civam. L’enjeu de l’agroécologie, c’est d’être en collaboration avec le vivant. Or, du fait de leur expérience de travail de care (soin), qui impose de prendre en compte des besoins multiples, les femmes ont acquis des compétences sur cette collaboration. C’est pourquoi il est plus facile pour elles de se mettre à l’agroécologie [4]. »

Agriculture paysanne et écoféminisme

« Dans les discussions que j’entends au sein des groupes non mixtes, il y a une remise en cause perpétuelle, quelque chose d’infini dans le souci de s’améliorer en termes de préoccupations environnementales et de qualité du travail », relève Manon Lemeux. « Pour nous, c’est important de poser qu’avec nos expériences de femmes paysannes travaillant avec le vivant, nous avons une expertise sur le sujet, ajoute Gwenen Montagnon. Nous revendiquons d’avoir des choses à dire sur des questions telles que la mort animale par exemple. »

Le sujet a été longuement abordé lors des rencontres des Travailleuses de la terre. « La mort dans les abattoirs ne nous convient pas, complète Lucie Rigal. Comment fait-on pour se la réapproprier ? Nous avons mis en place des ateliers d’abattage et j’ai pu accompagner des femmes à tuer leur premier animal, en prenant en compte les affects, le besoin de soins, de douceur, leurs pleurs… » Lucie et Gwenen revendiquent un féminisme « incarné ». « Il s’agit de partir de nos savoir-faire, vécus et expériences afin de créer du savoir qui émerge du terrain et ne plus laisser aux seuls intellectuels l’apanage d’écrire notre histoire, précise Lucie Rigal. Nous voulons creuser le lien ténu entre agriculture paysanne et écoféminisme et voir comment les articuler pour donner une nouvelle dimension à nos luttes et pratiques paysannes ! »

« Les agricultrices qui se revendiquent de l’écoféminisme sont de plus en plus nombreuses, remarque Rose-Marie Lagrave. On assiste à une rencontre entre des agricultrices qui pensent à partir de leurs expériences quotidiennes et des chercheuses qui analysent à partir d’ enquêtes pour proposer des théories. Les théoriciennes sont reliées à celles qui travaillent la terre, telle Geneviève Pruvost [chercheuse au CNRS, sociologue du travail et du genre, diplômée de permaculture, ndlr], pour ne citer qu’elle. » Toutes les paysannes évoluant au sein de groupes non mixtes racontent l’apaisement que ces moments de rencontres leur procurent. Et la joie aussi d’évoluer dans des espaces libres de domination.

Nolwenn Weiler 6 mars 2024

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