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18 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Ken Loach : « Commençons ensemble une nouvelle étape »

Ken Loach : « Commençons ensemble une nouvelle étape » dans A gauche du PS 9313-239515_960x332

Entretien. Le 30 avril dernier, Ken Loach est venu à Paris pour présenter en avant-première son nouveau film l’Esprit de 45. Alain Krivine et Olivier Besancenot ont pu le rencontrer à cette occasion et faire une courte interview autour de son nouveau film et de l’appel à la constitution d’un nouveau parti.
Dans ton film, tu présentes l’année 1945 comme celle de grandes avancées sociales. Pourquoi ?
C’est à cause de la guerre, où l’État a dû prendre possession des principales richesses, comme les mines ou les chemins de fer, pour assurer l’approvisionnement. Beaucoup de ministres travaillistes ont continué la même politique juste après la guerre. Leurs discours restaient très idéalistes et très socialistes. Cet énorme potentiel ne va pas durer et la rupture totale sera organisée par Thatcher, qui va organiser sa politique comme une véritable déclaration de guerre à la classe ouvrière en brisant notamment par l’intervention de la police la longue grève des mineurs.

Il n’y a plus aujourd’hui de gauche organisée au sein du parti travailliste ?
Peut-être deux députés… Mardi dernier, après la projection de mon film, un conseiller travailliste s’est levé pour dire « Personne ne doit critiquer le parti travailliste, sinon ça fera le jeu des conservateurs… »
Et pourtant, il faudrait cesser d’être exploités par les grandes firmes, et nationaliser l’électricité ou le gaz. Mais les leaders travaillistes n’en veulent pas. C’est toute leur contradiction.

Tu viens de lancer un appel au rassemblement de la gauche anticapitaliste en Grande-Bretagne. Dans quelles conditions l’as-tu fait et avec qui ?

Au départ, c’était une simple intervention, partant du principe qu’il n’ y a plus aucune force de gauche significative et organisée dans notre pays. Mais très vite, des amis m’ont demandé de mettre sur internet ma déclaration, et aujourd’hui, plus de 8 000 personnes ont signé. Mais les signatures individuelles ne suffisent pas. Il faudrait que les associations et coalitions qui mènent des campagnes unitaires nous rejoignent, par exemple celles qui luttent pour les SDF, pour la défense des services publics, des chemins de fer , de la santé ou de l’environnement. Aujourd’hui chacune mène sa campagne séparément.
Le problème n’est pas de s’emparer de leur campagne à leur place et de les mettre derrière notre drapeau, mais de se mobiliser et de militer ensemble. Ils font tous de la politique, mais il n’ y a pas de cadre commun et ils ne veulent pas rejoindre telle ou telle organisation déjà existante. Tous sont unanimes contre l’austérité ou la guerre. Il va y avoir une réunion le 11 mai et nous allons voir qui vient. Nous leur dirons « mettons nous autour de la table et commençons ensemble une nouvelle étape ».

Propos recueillis par Alain Krivine  Samedi 18 mai 2013Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 195 (15/05/13)
esprit de 45

l’Esprit de 45 de Ken Loach Sortie en salle le mercredi 8 mai
Il s’agit d’un documentaire composé d’un montage de scènes d’actualité et de nombreuses interviews de témoins de deux époques totalement différentes. D’abord celle des années 45, juste après la guerre où règne dans le pays un climat d’euphorie lié à la fin de la guerre et à une série de mesures prises en faveur des travailleurs, notamment des nationalisations. Scènes de guerre et de bombardement alternent avec les interviews. Puis le film aborde la deuxième séquence, la prise du pouvoir par Thatcher et la guerre sociale qu’elle ouvre contre la classe ouvrière, notamment en brisant par la force la grande grève des mineurs qui par sa durée et sa combativité était devenue un exemple en Europe (voir dossier dans Tout est à nous ! n°192). La fin du film montre comment, avec les conservateurs ou les travaillistes d’aujourd’hui, les travailleurs subissent une politique terrible, et comment en particulier le parti travailliste a complètement trahi ses origines. La conclusion du film est un véritable appel à la résistance.
Notre hebdomadaire a passé la semaine dernière des extraits de l’appel cosigné par Ken Loach et soutenu aujourd’hui par des milliers de signataires et quelques groupes d’extrême gauche : une scission du SWP (IS Network), des jeunes de Pouvoir ouvrier (Anticapitalist left) ou nos camarades de Socialist Resistance. Déjà 90 groupes de soutien sont en formation dans le pays, et une première réunion nationale s’est tenue le 11 mai à Londres.
A.K.

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17 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Travaillez un an chez Ryanair : vous ne serez payé que neuf mois (Rue 89)

Travaillez un an chez Ryanair : vous ne serez payé que neuf mois (Rue 89) dans Crise ryanair-pub-sarkozy-bruni-2467862_1713

Les révélations sur les conditions de travail chez Ryanair semblent plus scandaleuses à chaque nouveau témoignage.

Une ancienne membre du personnel de cabine, sous contrat avec un sous-traitant, témoigne dans le quotidien anglais The Independent. Elle raconte notamment avoir dû :

  • Prendre trois moins de congés sans soldes – obligatoires – dans l’année. Pendant ce temps-là, interdiction de travailler ailleurs.
  • Payer 360 livres (environ 425 euros) pour son uniforme et 1 800 livres (environ 2 130 euros) pour prendre un cours de sécurité – obligatoire.

De vol quatre jours par semaines, elle devait rester d’astreinte le cinquième jour sans que cela ne lui soit payé. Elle raconte s’être rendu à l’aéroport un jour d’astreinte, à 4 heures du matin, pour finalement apprendre que le vol était annulé. Le trajet aller-retour en taxi a été pour sa poche et aucune compensation ne lui a été payé. Même sur ses quatre jours de travail, seules les heures passées en vol étaient rémunérées pour 13,07 livres de l’heure (15,47 euros environ). Rien pour les réunion d’information avant vols, les heures de rotations, les rendez-vous commerciaux et les heures passées au sol à cause des délais et des annulations de vols.

Lire sur The Independent (en anglais)

http://www.rue89.com/rue89-eco/2013/05/17/travaillez-an-chez-ryanair-serez-paye-neuf-mois-242401

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14 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Le gouvernement grec supprime par décret le droit de grève des enseignants (Avanti.be)

Le gouvernement grec supprime par décret le droit de grève des enseignants (Avanti.be) dans Austérité lacombe160508b-300x297

Le gouvernement grec a remis ce lundi un ordre de « mobilisation civile » à tous les professeurs de l’enseignement secondaire par lequel il interdit la grève dans ce secteur. Les enseignants ont demandé le soutien des deux principaux syndicats afin de pouvoir la mener à bien.

Le conflit ouvert entre le gouvernement et les enseignants s’est durci ce week-end avec la décision de l’exécutif d’empêcher à tout prix une grève enseignante prévue pendant les examens nationaux des étudiants de la fin du secondaire pour leur entrée à l’université. Le Premier ministre Antonis Samaras a signé un décret ce samedi après midi par lequel il ordonne la « mobilisation civile » des enseignants du secondaire, ce qui signifie qu’en cas de désobéissance à leurs obligations professionnelles ils peuvent être emprisonnés et licenciés. Le syndicat des enseignants (OLME) a critiqué la décision du gouvernement et envoyé une demande aux deux plus grands syndicats, la Confédération générale des travailleurs (GSEE) et la Confédération des employés publics (Adedy), pour les inviter à organiser une journée de grève générale ce vendredi, date à laquelle sont prévus les examens.

L’OLME a également annoncé qu’elle a introduit un recours au Conseil d’Etat contre la mesure prise par l’exécutif, en affirmant que ce décret est inconstitutionnel et qu’il contrevient à la législation nationale et européenne en matière de grève puisque la « mobilisation civile » est conçue pour des périodes de guerre ou après des évènements extrêmes comme des catastrophes naturelles. En outre, le syndicat organise aujourd’hui une manifestation face au Parlement qui sera renforcée par une appel de soutien lancé par le syndicat communiste, PAME, et par les marques de solidarités d’organisations sectorielles comme, parmi d’autres, les médecins d’hôpitaux, les employés municipaux et les étudiants.

Le principal parti d’opposition, Syriza, a estimé que l’attitude du Premier ministre est irresponsable et dangereuse car « les explosions sociales se produisent quand on use de méthodes dictatoriales ». Il a exigé la dérogation du décret ainsi que la recherche de solutions négociées entre le gouvernement et les enseignants. Le Parti communiste de Grèce (KKE), pour sa part, a remis en question la légitimité de la décision de Samaras et condamné « l’application de la doctrine préventive de la loi et de l’ordre contre le peuple travailleur ». Il a appelé les citoyens à s’unir contre « les politiques inhumaines dans l’enseignement qui vont de paire avec l’oppression de l’Etat et l’autoritarisme ».

Source : Librered

http://www.librered.net/?p=26677
Traduction française pour Avanti4.be

http://www.avanti4.be/actualite/article/le-gouvernement

Grèce : solidarité avec les enseignants (Essf)

La « Troïka intérieure » a décidé de rallonger de 2h hebdomadaire minimum le temps de travail des enseignants du second degré, et d’envoyer des milliers d’enseignants « combler les trous » loin de chez eux. Motifs de ces mesures anti-pédagogiques : faire travailler plus et gagner moins, mais aussi « dégraisser le mammouth », ce lieu commun du libéralisme, avec comme effet le licenciement de 10 000 profs remplaçants ou à salaire horaire. Et bien entendu attaquer un des syndicats les plus présents dans les mobilisations de rue contre le mémorandum.

Les trois partis du gouvernement ont choisi leur moment pour cette opération :

un peu avant les examens de Terminale, sorte de concours dont la préparation coûte et argent aux familles (cours privés généralisés) et stress aux élèves puisqu’il s’agit d’un concours déterminant pour savoir dans quelle fac du pays on pourra rentrer. Avant même que l’appel de la direction nationale d’OLME ait été approuvé par les structures locales, le gouvernement s’organise pour réquisitionner les enseignants et a déjà transformé les journalistes en petits soldats du discours officiel : samedi 11 mai, sur la chaîne publique, un « débat » opposait 7 journalistes … tous d’accord pour condamner l’action d’OLME ! Et le ministre de l’Éducation ose s’inquiéter des problèmes psychologiques créées chez les élèves par cet appel à la grève… Indécence d’un gouvernement dont la politique pousse des centaines de personnes à des tentatives de suicide.

Du côté d’OLME, le président (tendance parti de la droite) reste ferme sur la grève, pour la dignité des enseignants, ceux qui resteront et ceux qui demain pourraient être licenciés. OLME, qui appelle la confédération du privé GSEE et la fédération du public ADEDY à une grève nationale de soutien le 17 mai, aurait dû préparer cette action plus en lien avec les élèves et les familles. Pour autant il est indispensable de soutenir de toutes nos forces une lutte qui s’annonce dure et aux conséquences très importantes.

SARTZEKIS Andreas

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13 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Grande-Bretagne : du neuf dans la gauche radicale

Grande-Bretagne : du neuf dans la gauche radicale dans A gauche du PS old-labour Depuis le labour s’est « modernisé »…

Nous publions ci-dessous des extraits d’un appel paru dans le journal Guardian et signé par Ken Loach, cinéaste, Kate Hudson, secrétaire générale de la Campaign for Nuclear Disarmament et Gilbert Achcar, chercheur en sciences politiques à Londres. 8 000 personnes ont déjà signé ce texte soutenu par une partie de la gauche anticapitaliste britannique, dont nos camarades de Socialist Resistance.

Le parti travailliste nous a trahis. Nous avons besoin d’un nouveau parti de gauche
La Grande-Bretagne a besoin d’un parti qui rejette les politiques néolibérales et améliore la vie des gens ordinaires.  Aidez-nous à le créer ! L’austérité précipite la catastrophe économique qui atteint l’Europe, tout récemment la population chypriote. Mais George Osborne (ministre de l’Économie et des Finances du gouvernement Cameron – NDLR) poursuit la même politique désastreuse. Le budget présenté la semaine dernière n’est pas une surprise : Osborne a annoncé encore de nouvelles coupes budgétaires ainsi que l’extension du blocage des salaires dans le secteur public, ce qui signifie une baisse du pouvoir d’achat en termes réels (…)
La violence des attaques économiques du gouvernement ne connaît pas de limites. Aide aux handicapés, allocations chômage, impôts locaux, taxe sur les pièces inoccupées : autant de politiques punitives dirigées contre les membres les plus vulnérables de la société (…) Mais, bien sûr, la vérité est qu’en réalité, les politiques d’austérité ont été conçues en vue du démantèlement de l’État-providence, de la baisse des salaires, de la marchandisation complète de l’ensemble de l’économie, de la destruction de tous les acquis économiques et sociaux obtenus par les couches populaires depuis la Seconde Guerre mondiale (…)
Dans le passé, beaucoup s’attendaient à ce que le Parti travailliste agisse pour nous et avec nous ; mais ce n’est plus le cas. L’allocation chômage ? La semaine dernière, le Parti travailliste s’est abstenu et maintenant le gouvernement peut en exclure un quart de million de demandeurs d’emploi. La taxe sur les pièces inoccupées ? Est-ce qu’un gouvernement travailliste l’abolirait ?
Nous avons besoin de politiques qui rejettent les coupes budgétaires des conservateurs, qui régénèrent l’économie et améliorent les vies des couches populaires. Nous n’obtiendrons rien de tout cela du Parti travailliste. Cela ne fait aucun doute : par le passé, certaines réalisations travaillistes ont été remarquables (…) Mais ces réalisations appartiennent maintenant au passé. Aujourd’hui, le Parti travailliste s’est converti aux coupes budgétaires et aux privatisations. Il démantèle lui-même sa grande œuvre passée. Le Parti travailliste nous a trahis (…)
Le Parti travailliste britannique n’est pas isolé dans son glissement à droite et sa conversion aux politiques économiques néolibérales. Ses partis frères en Europe ont suivi le même chemin depuis deux décennies. Mais, ailleurs en Europe, de nouveaux partis ou de nouvelles coalitions – comme Syriza en Grèce ou Die Linke en Allemagne – ont commencé à occuper l’espace laissé vacant et à offrir une alternative politique, une vision économique et sociale. Il faut en finir avec l’anomalie qui laisse la Grande-Bretagne sans alternative politique de gauche pour défendre l’État-providence, l’investissement créateur d’emplois, le logement et l’éducation, la transformation de l’économie.
C’est pour cette raison que nous appelons les gens à se joindre au débat pour la fondation d’un nouveau parti de gauche. La classe ouvrière ne peut rester sans représentation politique, sans défense alors même que toutes ses victoires et tous ses acquis sont en train d’être détruits.

Traduction de François Coustal

Dimanche 12 mai 2013 Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 194 (08/05/13)

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13 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Etat espagnol : Deux ans après – « Esther Vivas: « Le Mouvement du 15-M nous a redonné confiance dans le ‘nous’ pour pouvoir changer les choses »

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Esther Vivas est une combattante infatigable de la résistance civique, membre du Conseil Scientifique d’ATTAC, activiste et chercheuse en mouvement sociaux et en politiques agricoles et alimentaires. Elle est en outre diplômée en journalisme et fait partie du Centre d’Etudes sur les Mouvements Sociaux de l’Université Pompeu Fabra de Barcelone. Elle est auteure de plusieurs livres, dont le plus récent est « Planeta Indignado. Ocupando el futuro » (Sequitur, 2012). Avec Josep Maria Antentas, elle y explique les caractéristiques du Mouvement du 15-M (15 Mai 2011, NdT), ou mouvement des Indignés qui, au cours du printemps 2011, a occupé les places de plusieurs villes espagnoles. Un mouvement citoyen pacifique qui promeut une démocratie réelle et plus participative.

En tant que chercheuse en mouvements sociaux et comme activiste, comment définirais-tu ces mouvements ?

Un mouvement social est un groupe de personnes qui partagent une certaine identité collective et qui se mobilisent par des canaux non institutionnels pour changer une situation déterminée. Il y a des mouvements sociaux très divers qui cherchent à transformer la société dans des aspects déterminés en considérant que les pratiques menées à bien par le gouvernement dans ces domaines ne sont pas correctes.

Aujourd’hui, on remet en question le système actuel, dans le cadre de la crise aiguë que nous sommes en train de vivre. Et ce contexte favorise l’émergence d’organisations sociales et de mouvements qui posent la question d’autres politiques. Ils défendent et exigent, par exemple, un logement digne, un enseignement et une santé publics et de qualité, etc.

Nous sommes au deuxième anniversaire du mouvement du 15-M ; quel bilan en tires-tu ?

Je pense que l’impact le plus important du 15-M et des Indignés s’est produit dans l’imaginaire collectif, autrement dit dans la manière de percevoir le monde et dans la capacité de mettre en question ce qui nous à conduit à la situation présente de crise. En outre, il nous a redonné confiance dans le « nous » pour pouvoir changer les choses. Depuis le début de la crise, les différents gouvernements qui se sont succédés dans l’Etat espagnol nous ont répété à satiété que nous « avions vécu au dessus de nos moyens » et ils nous ont fait nous sentir complices, voire coupables, de la situation. Mais le 15-M a rompu avec ce discours hégémonique et a construit un discours contre-hégémonique. Nous ne sommes ni coupables ni complices de cette situation car nous en sommes les victimes. Le mouvement a été capable de créer un discours alternatif, en générant un changement de mentalité dans l’imaginaire des gens.

Qui sont les responsables directs de cette situation ?

Les coupables sont les élites économiques et financières qui, avec le soutien de la caste politique actuelle, nous ont conduits à cette situation de banqueroute. Ce sont eux qui ont « vécu au dessus de leurs moyens » et ont spéculé dans l’immobilier, ont construit des milliers de logements qui sont restés vides.

Quelles sont les « idées-forces » de ce mouvement alternatif et sa nouvelle manière de faire de la politique à la base ?

Les médias disaient que c’était un mouvement apolitique, mais cela était faux parce que le mouvement revendiquait une autre politique, en comprenant la politique comme la lutte quotidienne pour nos droits, une politique à partir d’en bas, de la base. Après l’émergence du 15-M, le mouvement a défini quelques principes qui le situent dans un axe idéologique de gauche : changer le monde et les politiques en faveur des gens. Et nous l’avons constaté dans les revendications qu’il défend : nationalisation des banques, démocratie réelle, politique au service des personnes, etc. Lors des campements du 15-M, il y avait de la politique. Elle ne se respirait pas seulement dans les déclarations et les discours mais aussi dans la pratique. L’occupation des places et les multiples activités qui s’y organisaient signifiaient la volonté de commencer à changer le monde ici et maintenant.

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13 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Les gauches dans la crise François Sabado (Contretemps)

 Les gauches dans la crise François Sabado (Contretemps) dans A gauche du PS agitprop

Une social démocratie « de plus en plus bourgeoise et de moins en moins ouvrière »…

L’évolution de la social-démocratie est un bon indicateur des tendances de la situation.

La crise des années trente s’est produite dans un contexte de poussée du mouvement ouvrier après la Révolution russe de 1917, et elle a elle-même provoqué une radicalisation des classes populaires et des organisations ouvrières. Tous les courants du mouvement ouvrier, des réformistes jusqu’aux révolutionnaires, ont polarisé des millions de travailleurs. Conjuguée à la montée du fascisme, la crise a poussé à gauche les gros bataillons de la social-démocratie, conduisant des secteurs significatifs de cette dernière vers des positions des plus radicales.  Aujourd’hui, le mouvement de la social-démocratie est inverse : plus la crise s’approfondit, plus la social-démocratie s’adapte au capitalisme néolibéral.

Comment expliquer cette transformation ?

D’aucuns pensaient que, sous les effets de la crise, des secteurs des classes dominantes, et à leur suite les partis de l’Internationale socialiste en Europe, allaient s’orienter vers des politiques keynésiennes ou néo-keynésiennes, de relance de la demande, d’intervention publique plus forte. Au contraire, les Partis socialistes ont relayé, quand ils n’en ont pas été à l’initiative, des politiques d’austérité, ainsi en Europe du Sud et aujourd’hui en France. Aucune classe dominante ni aucun Etat ne reprend à son compte des politiques keynésiennes ou de compromis sociaux. Au contraire, ces secteurs utilisent la crise pour accroître les taux d’exploitation et de plus-value. La concurrence inter-capitaliste les conduit à une marche forcée pour baisser le niveau de vie de millions de gens. Mais au-delà des grandes tendances économiques, il y a un problème politique : le choix keynésien est le produit de rapports de forces imposés par les luttes de classes. C’est la Révolution russe, les poussées des luttes des années 1930 ou celles de l’après-guerre et des années 1960 qui ont imposé de telles politiques aux bourgeoisies et aux Etats.

Aujourd’hui, la dégradation du rapport de forces au détriment des classes populaires n’oblige en rien ceux d’en haut à des politiques de concessions ou de compromis sociaux.

A l’inverse, ils redoublent leurs attaques en imposant l’austérité et ils dictent cette politique à leurs « lieutenants » sociaux démocrates. Du Pasok grec aux autres partis socialistes d’Europe du Sud, en passant par l’ensemble de l’Internationale socialiste, règnent les politiques de soumission à la dette, de respect de la « règle d’or » de l’austérité budgétaire, de défense des intérêts patronaux. Ce processus d’adaptation résulte aussi d’une intégration croissante de la social-démocratie aux institutions étatiques, des sommets de ces partis aux milieux des marchés financiers et des capitaines d’industrie. L’arrivée d’un Strauss-Kahn à la tête du FMI illustre bien ce processus. Lénine, en son temps, avait qualifié les partis socialistes de partis « ouvriers-bourgeois ». Ces partis sont aujourd’hui de « moins en moins ouvriers et de plus en plus bourgeois ». Ils restent liés, par leur origine historique, au mouvement ouvrier, mais leurs liens avec leur base sociale et politique sont de plus en plus distendus.

Chaque parti a son histoire et les différences sont notables entre, d’une part, les liens qui unissent la social-démocratie allemande au mouvement syndical, et, d’autre part, ceux plus distanciés du Parti socialiste français avec le mouvement syndical. Mais, globalement, leurs rapports au mouvement populaire sont de plus en plus faibles, sapés par leur soutien aux politiques d’austérité. Certains ont connu une perte massive d’adhérents, comme en Allemagne dans les années 1990, tandis que d’autres, tel le PASOK en Grèce, peuvent subir un effondrement ou, comme en Espagne, affronter des crises qui mettent en danger leur existence. Cette mutation qualitative, si elle allait jusqu’au bout, transformerait ces partis en « partis démocrates à l’américaine ». Type de transformation qu’a connue, non un parti social démocrate mais le Parti communiste italien, devenu parti bourgeois du centre gauche. Cette trajectoire peut être freinée du fait des nécessités de l’alternance politique, qui incitent à ce que ces partis ne soient pas des partis bourgeois comme les autres. Dans les pays où l’histoire du mouvement ouvrier reste vivante et où la social-démocratie est encore forte, cette dernière ne peut jouer un rôle clé dans le jeu et les institutions politiques que parce qu’elle est « social démocrate ». C’est la raison du maintien des références historiques, bien que les partis socialistes de ce début du XXIe siècle n’aient plus grand chose à voir avec ceux des XIX et XXe siècles.

Espaces et limites de la gauche radicale

Ce glissement vers la droite de la social-démocratie a libéré un espace pour les forces à gauche des partis socialistes. Dans les derniers mois, des forces comme le Front de gauche, Izquierda Unida en Espagne, ou Syriza, l’ont occupé. Les forces réformistes de gauche ont même réussi à regagner une partie substantielle de l’électorat des gauches anticapitalistes ou révolutionnaires, en particulier en France. En effet, l’espace occupé par la « gauche radicale » résulte plus du déplacement à droite des partis socialistes et de la crise de représentation politique européenne que d’une poussée du mouvement de masse et d’une radicalisation politique de secteurs de la société, sauf en Grèce avec l’expérience de Syriza. Un phénomène comme celui de Beppe Grillo a lui aussi aspiré non seulement les électeurs de la gauche radicale mais aussi des électeurs de droite et de gauche. Les espaces de Grillo ou de Syriza peuvent se recouper, mais le mouvement des cinq étoiles n’est pas Syriza, loin de là. Dans un cas, au-delà des aspirations des citoyens qui se sont reconnus dans Grillo dont il faut tenir compte, nous avons affaire à un mouvement aux positions problématiques, dans la cas de Syriza, nous avons un mouvement politique de la gauche radicale.

Dans une situation marquée par des résistances mais aussi par des défaites, les partis (tels les partis communistes) qui disposent d’une meilleure implantation sociale et des positions syndicales ou institutionnelles résistent mieux et représentent une alternative plus crédible que les forces anticapitalistes (excepté en Grèce où le KKE, parti très stalinien et diviseur, s’est isolé alors même qu’il garde une force militante). Mais le rebond électoral de ces formations politiques ne s’est pas accompagné d’un renforcement organisationnel et politique correspondant, ce qui nous renvoie à la dégradation des rapports de forces politiques globaux.

Mais la crise change aussi la donne dans les rapports entre le social-libéralisme et les partis communistes.

Ces derniers sont en prise à de nouvelles contradictions entre, d’une part, des intérêts liés aux alliances nouées entre dirigeants socialistes et communistes, et, d’autre part, des politiques d’austérité endossées ou dirigées par les partis sociaux-démocrates d’une telle brutalité qu’elles rendent plus difficiles des coalitions gouvernementales communes. En Espagne, ces contradictions conduisent Izquierda Unida à s’opposer aux politiques d’austérité, mais dans le même temps à participer à un gouvernement avec le PSOE en Andalousie. En Italie, la nébuleuse de l’ex-Refondation communiste s’est perdue en restant subordonnée au centre gauche du parti démocratique. En France, le Front de gauche apparaît, pour l’opinion populaire, comme opposé à Hollande, mais que de contorsions pour éviter de s’afficher clairement dans l’opposition de gauche à ce gouvernement ! Combien de votes hésitants et contradictoires au Parlement sur la politique gouvernementale. Et ce n’est un secret pour personne que le PCF sera tiraillé, lors des prochaines élections municipales de 2014, entre ceux qui reconduiront les alliances avec le PS et ceux qui voudront intégrer des listes du Front de gauche. Et ces contradictions ne disparaîtront pas, même derrière de bons résultats électoraux.

En France, le Parti de gauche, dirigé par Jean-Luc Mélenchon, a su grâce à son alliance avec le PCF, donner une réelle dynamique au Front de gauche. Les 4 millions de votants pour Mélenchon et les dizaines de milliers de participants aux meetings de la campagne électorale ont constitué un point d’appui pour l’action et le débat contre les politiques d’austérité. Mais cette fois encore cette dynamique ne s’est pas traduite par un renforcement des organisations du Front de gauche.

En France, J.-L. Mélenchon représente, au sein du spectre de la gauche radicale européenne, l’exception française, avec son combat pour la « République ». Par bien des aspects, il se montre des plus virulents contre la politique du gouvernement, mais il conjugue ses références à la lutte de classes avec un « républicanisme nationaliste » qui ajoute à la confusion des idées et des programmes. Sur le plan politique et historique, sa référence n’est pas la République des Communards, qui opposait la république sociale aux classes bourgeoises, mais celle des républicains qui fusionnent, dans leur défense de la république, les mots « nation », « république » et « Etat ». Sur le plan stratégique, cette conception subordonne la « révolution citoyenne » ou « la révolution par les urnes » au respect des institutions de l’Etat des classes dominantes. [Et ne croyons pas que] Or ces références, loin d’être des coquetteries idéologiques, ne vont pas sans implications politiques. Ainsi, lors de la campagne présidentielle, il réaffirma dans les Cahiers de la revue de la Défense nationale « qu’en l’état actuel, la dissuasion nucléaire demeure l’élément essentiel de notre stratégie de protection ». Il est au demeurant étonnant qu’un partisan de l’écosocialisme défende la bombe nucléaire française.

Mais c’est surtout face à une question politique clé comme l’intervention française au Mali que les conceptions de J-L Mélenchon sur l’Etat et la République ont des conséquences. Sa défense de la République le conduisant à se questionner pour savoir si « les intérêts français » sont menacés ou pas. S’il rejette « toute intervention néocoloniale », il « prend acte », dans un premier temps, de l’intervention militaire, puis « souhaite la victoire des forces françaises dans le nord Mali ». Son refus de définir la politique de F. Hollande comme étant celle de l’impérialisme français l’empêche d’exiger l’arrêt des bombardements et le retrait des troupes françaises du Mali.

Encore une fois, ces divergences ne sont pas sans incidences sur l’action politique. Le refus d’une participation au gouvernement Hollande, certains de ses votes au Parlement contre les politiques d’austérité et son soutien aux luttes sociales créent les conditions de l’action commune avec le Front de gauche. Mais ses ambiguïtés par rapport à la majorité parlementaire socialiste, le refus de revendiquer comme opposition de gauche au gouvernement, les liens institutionnels qui l’unissent au PS sont un frein dans la construction d’une alternative. D’autant plus que le Front de gauche est actuellement contrôlé par le PCF et J-L Mélenchon, malgré quelques voix discordantes qui ne parviennent pas à entamer les rapports de forces en son sein.

Lire l’intégralité:

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article28650

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13 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Espagne. « Les indignés » fêtent leur deuxième anniversaire (OF)

Espagne. « Les indignés » fêtent leur deuxième anniversaire (OF) dans Crise 1989-place-tiananmen-et-2011-occupy-wall-street

Politique dimanche 12 mai 2013

Des milliers de personnes ont manifesté dimanche en Espagne pour célébrer le deuxième anniversaire du mouvement des indignés, ne parvenant pas à mobiliser autant qu’à leurs origines malgré un chômage record et un programme d’austérité historique.

Sous le mot d’ordre « De l’indignation à la rébellion », les manifestants ont convergé à Madrid vers la Puerta del Sol, place emblématique du mouvement où ils prévoyaient de marquer leur anniversaire avec un « cri muet », une minute de silence, à 20 h 00. « La lutte continue », « Ensemble,  c’est possible », « Ils l’appellent démocratie mais ça n’en est pas une », pouvait-on lire sur les pancartes brandies par les « indignés » de tous âges, partis de trois points différents de la capitale. Certains agitaient des drapeaux républicains et d’autres portaient le t-shirt vert symbolisant les mobilisations dans le secteur de l’éducation, durement frappé, comme la santé, par les coupes budgétaires. Des manifestations avaient été convoquées dans une trentaine de villes, dont Barcelone, en Catalogne. Le mouvement, spontané et apolitique, témoignant du ras-le-bol face au chômage, à la corruption et aux excès du libéralisme, avait il y a deux ans surpris un pays où, malgré la crise, le mécontentement s’était jusque là peu exprimé.

Plus aussi suivi

Depuis, le chômage a encore augmenté en Espagne, jusqu’au taux record de 27,16 %. Il frappe désormais 6,2 millions de personne dans ce pays de 45 millions d’habitants. À coup de coupes budgétaires et de hausses d’impôts, le gouvernement de droite, arrivé au pouvoir fin 2011, espère récupérer 150 milliards d’euros d’ici 2014 afin de réduire son déficit public. Malgré le malaise social, les indignés, qui répondent à une structure horizontale et refusent de se constituer en parti, ont largement perdu en visibilité, ne parvenant pas à convoquer les foules de leurs premiers mois d’existence. Le mouvement « n’est plus le même qu’avant mais il a changé de forme », affirmait à Madrid Irene de la Torre, une enseignante au chômage âgée de 26 ans. « Les forces se sont reportées ailleurs », ajoutait-elle, notamment vers les « assemblées de quartiers » et les organisations luttant contre les expulsions de propriétaires surendettés.

http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Espagne.-Les-indignes-fetent-leur-deuxieme-anniversaire_55257-2191763_actu.Htm

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12 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Grèce : pour un mouvement anti-nazi unitaire !

Grèce : pour un mouvement anti-nazi unitaire ! dans Antifascisme grece-athenes-allemagne-nazi-tanks-300x203

Si on s’en tenait aux chiffres et aux annonces, la situation grecque pourrait paraître désespérée : dans le dernier sondage paru, les nazis de Chryssi Avgi (Aube dorée) atteignent 13 % des intentions de vote…
Leur dernière provocation : appeler à des collectes de sang des seuls Grecs pour les seuls Grecs. 25 de leurs nervis sont aussi entrés armés dans un hôpital pour faire la chasse aux malades immigrés. Leurs dirigeants viennent de menacer l’Albanie au nom de la « Grande Grèce »… tout en quittant la salle du parlement grec au moment où les députés discutaient des réparations dues par l’Allemagne en raison des crimes nazis contre la Grèce ! En un an, trois immigrés sont morts sous les coups de bandes racistes, et il y a eu en 2012 154 agressions racistes identifiées, dont 25 dans lesquelles la police est impliquée. Et la violence est croissante : ratonnades avec chiens et armes.  Ce groupe profite de la crise, et le gouvernement ferme les yeux sur ces crimes. Tellement pratique puisqu’il dénonce les immigrés plutôt que les armateurs qui l’ont financé depuis des années !

L’extrême droite en Grèce
Depuis au moins les années 30, la Grèce a dû subir différents régimes d’extrême droite. D’abord avant guerre, avec le dictateur fasciste Metaxas. Après la victoire de la résistance contre les troupes nazies, les impérialistes, à la faveur de l’abandon de la Grèce par Staline, ont vaincu la résistance, et remis en selle les groupes d’extrême droite. De 1967 à 1974, c’est la junte des colonels qui, soutenue à bout de bras par les États-Unis, réprime le mouvement populaire qui finit pourtant, grâce à des mobilisations par faire tomber la junte et par imposer en 1981 le premier gouvernement de gauche (Pasok d’Andreas Papandreou) de l’histoire grecque. Or, le développement de l’actuelle extrême droite provient en partie d’une sous-estimation de son insertion dans l’appareil d’État (police, armée) et de l’impunité dont ont joui et jouissent toujours ses dirigeants. Des groupuscules sont nés après 1974 avec des actes clairement terroristes pour lesquels il y eut quelques condamnations, mais aussi avec des déclarations et publications ouvertement antisémites ou nazies pour lesquels ils n’ont jamais été inquiétés. Pire, les apprentis führers ont eu droit depuis longtemps aux honneurs de la presse et de la télé…

Sous-estimation à gauche
L’acte décisif de « normalisation » de l’extrême droite fut la participation du groupe Laos au gouvernement dirigé par le Pasok il y a deux ans, sur fond de politique anti-immigrés. Ce gouvernement a ouvert l’espace recherché depuis longtemps par Aube dorée, avec le résultat que l’on sait aux élections législatives du printemps 2012. Le désespoir qui pousse des centaines de milliers de gens à voter pour un groupe ouvertement nazi provient aussi d’un terrible nationalisme à gauche (soutien « national » à la Serbie dans les années 90) et à l’incapacité de la gauche à s’unir pour une riposte résolue aux mesures de la troïka, au racisme et aux nazis.  Il faut heureusement souligner que sur le plan local, c’est au contraire une intense activité qui se développe. Les 25 nervis nazis ont été expulsés de l’hôpital de Nikaia, et le syndicat national des médecins menace d’exclusion tout médecin qui tremperait dans la collecte de « sang grec »… Des journalistes de l’équipe de Ios font aussi un travail constant d’info sur l’extrême droite, et un livre de Dimitris Psarras sur l’histoire et la nature d’Aube dorée est sorti récemment. Manque désormais l’essentiel : la mise en place d’un cadre national structuré de lutte unitaire contre les nazis (avec la question, débattue, de l’interdiction du groupe nazi), avec des initiatives nationales larges (manifs, concerts…) qui font aujourd’hui cruellement défaut.

D’Athènes, A. Sartzekis Samedi 11 mai 2013 Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 194 (08/05/13)

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11 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Slovénie : un maillon faible, pour qui  ?

Slovénie : un maillon faible, pour qui  ? dans Austérité slovenia-bailout-recession-austerity

La Slovénie (membre de l’UE depuis 2004 et dotée de l’euro depuis 2007) a été présentée comme le prochain maillon faible de la zone euro après Chypre.

En réalité, la crise est exploitée pour tenter de mettre fin à de puissantes résistances sociales et pour impulser, avec de nouvelles privatisations, l’austérité sociale, sur arrière fond de corruption et fraude fiscale.

Quelle crise  ?

La Slovénie a connu une récession majeure en 2009 (– 8 %) avec une nouvelle chute en 2012 (– 2,5 %), le taux de chômage dépassant aujourd’hui 11 %. Cette ancienne république yougoslave de deux millions d’habitants a subi de plein fouet l’impact de la crise bancaire et de la récession européennes de 2008. Mais elle a aussi été affectées par une bulle immobilière (comme en Espagne, ou plus à l’Est, en Hongrie, Croatie ou Monténégro) et par des montages de crédits transfrontaliers se révélant «  toxiques  ». Le soutien de l’État aux banques et entreprises en difficulté a fait passer le déficit public annuel à quelque 6 % du PIB depuis 2009, faisant «  flamber  » la dette publique depuis trois ans. Pourtant, cette dette reste en dessous de 50 % du PIB, bien loin des normes européennes. Mais la «  règle d’or  » est brandie pour imposer des réformes des retraites et du code du travail – avec la promesse de ramener le déficit budgétaire en-dessous de 0, 5 % du PIB d’ici 2015.

La nouvelle Première ministre slovène Alenka Bratužek de «  centre-gauche  » a rejeté toute comparaison avec la situation de Chypre  : le secteur bancaire slovène n’est pas «  surdimensionné  » et la Slovénie n’est pas non plus un paradis fiscal. Au contraire, attaché à sa récente indépendance, le pays a plutôt été défiant envers la libre circulation des capitaux, au point que les institutions financières considèrent sa «  transition  » inachevée et que le FMI prône de réaliser enfin les réformes structurelles pour «  aller plus loin  ».  L’enjeu réel du bras de fer à venir est là  : les résistances aux préceptes néo-libéraux et à l’austérité sociale, exprimées massivement au cours de l’hiver 2012, seront-elles en mesure de rebondir et de se consolider pour imposer un contrôle social sur les comptes des entreprises, des banques, de l’État, en lieu et place de celui de la Troika  ?

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L’exception slovène

Derrière la «  modération  » des destructions sociales en Slovénie, il y a eu depuis le début de l’indépendance slovène en 1991, une accumulation de luttes. L’exception slovène est là  : les anciens syndicats officiels, transformés en une Confédération des syndicats libres ZSSS et associés en front unique avec de nouveaux syndicats, ont maintenu un rapport de forces contre des projets anti-sociaux [1]   : si la restauration capitaliste a bien eu lieu, un certain nombre de mesures néo-libérales ont été ralenties, infléchies ou bloquées. C’est surtout à partir de 2002, sous pression des exigences des institutions financières et de la commission européenne, que les privatisations se sont accentuées, et avec elles les montages financiers (que les capitaux soient «  nationaux  » ou étrangers), le clientélisme et la fraude fiscale. Bref, la «  normalité  » de l’appât du gain gangrénant tous les partis.

À l’arrière plan des manifestations, outre l’accumulation des résistances organisées par les syndicats, s’est formé un autre creuset de radicalisation, tourné vers la jeunesse, et les catégories sociales non organisées par les syndicats  : la Workers & Punks’ University (WPU), université parallèle autogérée établie en 1998, lieu de formation critique face à la crise globale capitaliste, de réappropriation du passé révolutionnaire et autogestionnaire, de liens balkaniques [2] et d’insertion dans les résistances alter-mondialistes. La position charnière de la «  petite  » et si riche Slovénie dans les Balkans et dans l’euro-zone est essentielle à l’émergence d’une Autre Europe.

SAMARY Catherine 8 mai 2013
Notes

[1] Lire les articles d’Inprecor  : Lucien Perpette et J.M. (n° 511-512 nov.-déc. 2005) ; Lucien Perpette et Chris Den Hond (n°532-533 nov.-déc. 2007) ; Jacques Radcliff (dernières nouvelles 2011) ; Lucien Perpette (février 2013) sur www.inprecor.fr et disponible aussi sur ESSF

[2] Lire les articles  : «  Les Roumains refusent l’austérité  » (Tout est à nous  ! n°134) ; «  Bulgarie  : tensions électriques  » (Tout est à nous  ! n°188), et différents articles sur les Balkans, notamment «  le Forum social des Balkan, une chance pour l’Autre Europe  », sur www.europe-solidaire.org

* Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 194 (08/05/13).

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09 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Austérité : un tournant ?

Austérité : un tournant ? dans Crise humour4

La commission européenne a accordé le 3 mai un délai de deux ans à la France (et à d’autres pays) pour ramener son déficit budgétaire à 3 %, conformément à la « règle d’or » des traités européens. Cela deux semaines après le lancement d’une polémique, au sein même du parti socialiste, sur l’austérité en Europe.
Ce fut alors un vrai « petit débat à la con ». Suite à la diffusion d’un brouillon de rapport interne à la direction du PS déplorant « l’égoïsme » du gouvernement allemand, Bartolone réclama une « confrontation » avec Merkel, Valls cria à l’irresponsabilité, la droite condamna la démagogie socialiste, Hollande synthétisa : la France est en « tension amicale » avec l’Allemagne. Bref, un « débat » bien fait pour masquer les vrais problèmes et alimenter les préjugés nationalistes. C’est dans ce contexte que Moscovici s’est réjoui de la décision de la Commission européenne. « Entre la réduction des déficits et le soutien à la croissance, c’est [le dernier point] qui l’emporte et c’est fondamental. (…) Ce sont les thèses françaises qui ont été entendues. » Il y aurait donc un virage, de l’austérité (allemande ?) vers la « relance » (française ?) ?

La crise s’aggrave
La décision de la commission n’a pourtant rien d’extraordinaire. D’abord, il s’agit un simple délai. Pas une remise en cause de fond des politiques d’austérité. La commission ne fait que constater l’impossibilité d’appliquer la « règle d’or ». Partout la crise du capitalisme, conjuguée aux plans d’austérité, se traduit par la récession, qui fait plonger les recettes fiscales et donc… enfler les déficits. Bruxelles prévoit une récession de 0, 4 % pour la zone euro cette année, un tout petit + 1, 2 % pour 2014. En France une récession prévue de 0, 1 % du PIB en 2013 devrait donc s’accompagner d’un déficit budgétaire de l’État de 3, 9 % du PIB en 2013, et de 4, 2 % en 2014. La commission a demandé au gouvernement français d’accélérer les réformes du marché du travail, des retraites, des services publics, et les dirigeants socialistes se sont empressés de dire qu’ils feraient ces réformes !

La faute à l’Allemagne ?
Le débat sur l’austérité va donc (heureusement) continuer à faire rage. Mais faut-il insister sur une « responsabilité allemande » ? En Europe, il y a des situations économiques différentes d’un pays à l’autre, et des rapports de force. L’Allemagne est l’État qui a aujourd’hui le plus intérêt à imposer l’austérité la plus systématique. Il est aussi incontestable que l’on voit, depuis le début de la crise, se durcir des relations qui fleurent le néo-colonialisme au sein de l’Union européenne. Les plus grandes puissances européennes ont imposé des réformes semblables aux plans d’ajustement structurel du FMI dans les pays qu’on disait du « tiers-monde », à la Grèce, à Chypre, ou au Portugal, avec la même arrogance antidémocratique. Mais si la France est censée être un « pays du milieu », par la situation économique, entre ceux du nord et ceux du sud du continent, ses gouvernements, sous Sarkozy puis sous Hollande, ont été pleinement coresponsables de ces politiques, en accord avec l’Allemagne sur l’essentiel, pour le plus grand profit de ses riches, de ses grandes entreprises et de ses banques.
C’est qu’au-delà de la situation de tel ou tel pays, il y a une sorte de programme commun de tous les capitalistes du continent européen, du nord au sud : leur argent est placé partout, en titres financiers divers, via un système financier globalisé, et ils tiennent tous à maintenir la valeur de leurs fortunes, leurs titres de dettes publiques, leurs actions, leurs créances. Pour cela, les États doivent payer leurs dettes rubis sur ongles, ne doivent pas laisser filer l’inflation, et doivent « sécuriser » les institutions financières et les fortunes. À l’inverse, tous les travailleurs européens, les Allemands comme les Français et ceux du sud, doivent être plongés dans l’insécurité sociale généralisée, par ces fameuses « réformes » qui doivent servir de levier pour exploiter toujours plus les salariés. Les socialistes européens, même ceux de la gauche du PS français, n’ont pas d’autre horizon. Leurs gesticulations (inspirées de Mélenchon ?) contre « l’hégémonie » allemande sont dérisoires et contribuent à diviser les classes populaires du continent. Et comme par hasard, plus ils sont virulents dans le chauvinisme, moins ils sont radicaux sur le plan économique, face aux profits et comportements des banques et des grandes entreprises françaises… et aux responsabilités de leur propre gouvernement.

Yann Cézard Mercredi 8 mai 2013

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