Archive | Europe

31 mars 2017 ~ 0 Commentaire

poll tax (psl)

poll tax

Londres le 30 mars 1990

Comment Thatcher a-t-elle pu être renversée? Retour sur la lutte contre la Poll Tax.

La lutte contre la Poll Tax s’est soldée par une splendide victoire qui a humilié et vaincu Thatcher et l’a même balayée dans les poubelles de l’Histoire. Ironiquement, c’est par l’absence de direction, voir même le sabotage, de la part du Labour Party (Parti Travailliste)  et des directions syndicales, que cette lutte a été victorieuse.

La bataille de la Poll Tax fut préparée par toute la période précédente, pendant laquelle cha- que camp a testé ses forces dans la lutte, et plus particulièrement durant la campagne de Liverpool entre 1983 et 1987. Cette victoire n’aurait pas été possible sans les événements survenus à Liverpool, grande répétition du conflit autour de la Poll Tax. Le conseil municipal de Liverpool, a d’abord humilié et finalement défait Thatcher, la forçant à battre en retraite en 1984. L’héroïque combat de la ville de Liverpool s’est logé dans la conscience des couches les plus avancées de la classe ouvrière.

« La grande majorité [des Britanniques] sont opposés à la Poll Tax, mais les dirigeants du Labour ont fait comprendre que cette lutte serait limitée au parlement. Mais ce gouvernement n’écoute pas les discours parlementaires. C’est seulement en mobilisant une lutte de masse, comme à Liverpool, que le mouvement ouvrier pourra forcer « la dame de fer » à reculer. Les conseils écossais ont le même choix qu’à Liverpool : ou bien ils peuvent se déshonorer en implantant la Poll Tax, ou bien, comme à Liverpool, ils peuvent dire « non », refuser de la collecter et appeler à une grève générale d’un jour. Autrement, ils peuvent aussi bien démissionner. Il y a une situation explosive qui se développe dans les quartiers. Le gouvernement a commis une grosse erreur. «   [Militant, 12 février 1988]

La grosse erreur de Thatcher

Nous avons compris dès le début que Thatcher avait fait une erreur fondamentale. Elle avait abandonné sa « tactique de saucissonnage » : s’en prendre à une partie de la classe ouvrière tout en tentant d’amadouer les autres, comme le gouvernement conservateur avait agi contre les mineurs et, bien sûr, contre Liverpool. Cette fois-ci, elle avait décidé de s’attaquer à la grande majorité du peuple britannique en même temps.

Après la victoire des conservateurs aux législatives de 1987, Militant titrait le 7 juillet : « Poll Tax le pillage des conservateurs ». Une des conséquences des élections de 1987 fut de réduire la représentation des conservateurs Ecossais à Westminster au point que tous leurs parlemen-taires puissent entrer dans deux taxis (Actuellement il n’y en a plus Note du Blog) ! Thatcher avait planifié sa vengeance en introduisant la Poll Tax d’abord en Écosse.

A ce stade, Thatcher vantait la Poll Tax comme « le vaisseau amiral » de son gouvernement. Nous écrivions dans le Militant [29 juillet 1988] : « le Titanic était le « vaisseau amiral » de la marine marchande britannique et était considéré comme étant insubmersible avant qu’il ne rencontre un iceberg ! Aujourd’hui, les Tories vont entrer en collision avec un obstacle bien plus formidable : la classe ouvrière écossaise en colère et mobilisée, et juste après, leurs homologues Anglais et Gallois ! Avec une direction claire, le mouvement ouvrier peut couler le vaisseau amiral conservateur sans qu’il ne laisse ensuite de trace. Quand le vaisseau amiral coule, l’Amiral coule avec lui ou est viré. »

Ces mots furent véritablement prophétiques, et ce fut le cas 4 ans plus tard. Avec la Poll Tax, Thatcher a réussi à faire ce dont les Travaillistes et les directions syndicales avaient été incapables pendant les 9 années précédentes : unir et généraliser les luttes de la classe ouvrière contre le gouvernement. Auparavant, elle avait fait très attention à ne pas s’en prendre à l’ensemble de la classe ouvrière ou à ne pas mener l’offensive sur deux fronts en même temps. Mais la Poll Tax a affecté les jeunes comme les vieux, les travailleurs comme les chômeurs, les malades et les handicapés, les locataires et les propriétaires, aussi bien que les Noirs et les Asiatiques. Tous, sauf les riches et la classe moyenne supérieures, étaient frappés par la Poll Tax.

L’autre erreur fatale commise par Thatcher et ses ministres fut de considérer que la position de passivité adoptée par les dirigeants travaillistes était un fidèle reflet de la réaction de la base des travailleurs. A ce stade, nous en étions encore dans l’idée que le mouvement travailliste officiel pouvait être convaincu d’entrer en action contre la Poll Tax ; malgré la chasse aux sorcières vicieuse contre les dirigeants de Militant et les persécutions des membres de Militant à Liverpool depuis 1985. Nous n’avions pas non plus abandonné l’espoir que les luttes de la classe ouvrière transformeraient le Labour Party en une direction de gauche pour la lutte. Le Labour était, en réalité, déjà irrécupérable à ce stade. Le New Labour a par la suite tellement tourné à droite que des dirigeants de droite de l’époque se sont retrouvés « à la gauche » du parti tout simplement sans changer de position !

On ne peut pas payer, on ne payera pas

« L’émeute de Trafalgar Square » a été décisive dans la défaite de la Poll Tax. Aussi importante qu’ait pu être cette « émeute », elle était plutôt symptomatique du sentiment anti-Poll Tax qui existait. C’est le non-paiement massif, qui constitua la réelle raison derrière la retraite de Thatcher et ses successeurs. La lutte contre la Poll Tax a objectivement été déterminée par le caractère général de l’attaque de Thatcher, contre la vaste majorité de la classe ouvrière.

L’Ecosse prend la tête du mouvement

Tout le monde paraissait opposé à la Poll Tax. Beaucoup ont même d’abord repris la revendi- cation «on ne peut pas payer, on ne paiera pas», y compris une partie du mouvement «offi- ciel» les syndicats, les parlementaires travaillistes, etc. Mais une fois qu’il était question de passer des paroles aux actes, alors ces forces se sont détachées du mouvement une à une.

La décision d’appliquer la taxe un an plus tôt en Ecosse a été perçue par le peuple écossais comme une sanction «coloniale» pour avoir osé défier Thatcher.

Le secrétaire d’Etat conservateur en Ecosse, Malcolm Rifkind aurait dit : « Quoiqu’il arrive, nous avons la mitrailleuse Maxim et eux non». Rifkind a démenti avoir dit cela, mais le peuple Ecossais n’en a pas été convaincu, ce qui a renforcé sa détermination.  Le sentiment révolutionnaire était plus fort en Ecosse qu’il ne l’était en Angleterre.

Thatcher, cependant, a attaqué sans considérations.

Militant a résumé la situation dans un article central le 29 juillet 1988 : « Le mastodonte Thatcher est aux portes de Glasgow et d’Edinbourg. Elle a l’intention d’écraser le mouvement ouvrier Ecossais et de piétiner ensuite la classe ouvrière Anglaise et Galloise. ». En raison de l’impopularité de la mesure, il y avait cependant de grands espoirs de persuader le mouve- ment, les syndicats et le Labour Party de se ranger derrière la lutte. Un mois auparavant, un parlementaire à la conférence du Labour Party en Ecosse avait déclaré : « il y a une armée qui attend d’être dirigée sur la route du non-paiement ».

Le jour où cette conférence a été ouverte, un sondage montrait que 42% des Ecossais étaient en faveur d’une campagne illégale de non-paiement de la Poll Tax.

Parmi les électeurs du Labour, le chiffre grimpait à 57%. La conférence a voté à deux contre un une résolution contre l’illégalité. C’était en divergence totale avec le sentiment de la grande majorité des délégués. Cependant, les dirigeants syndicaux ont voté en faveur de la direction écossaise du parti. Des meetings de masse dans les quartiers écossais ont démontré que les travailleurs attendaient du Labour qu’il prenne les devants. La fronde n’était pas uniquement issue d’Ecosse, mais aussi d’autres endroits de Grande Bretagne.

Toute la Grande Bretagne entre en lutte

En 1989, un million d’Ecossais ne payaient pas la Poll Tax. Même la presse capitaliste comme « Scotland on Sunday » estimait que 800.000 Ecossais ne payeraient pas, sur 3,9 millions de personnes concernées. C’était une très bonne démonstration de masse de « la propagande par l’action » ! Mais pas un murmure sur cette campagne n’apparaissait dans la presse en dehors de l’Ecosse. La campagne, même avant d’avoir atteint le reste de la Grande Bretagne, avait démontré le pouvoir de l’action des masses. Le reste de la Grande Bretagne est venu en aide aux combattants de la Poll Tax en Ecosse, laissant les directions officielles des syndicats et du Labour suspendus dans le vide. 20.000 personnes sont descendues dans les rues de Glasgow contre la taxe injuste de Thatcher.

Cela fut suivi d’une manifestation de masse à Manchester, formellement organisé par le TUC, mais dans les faits reprise en main par les manifestants anti-Poll Tax. Le million de per- sonnes qui refusait de payer la Poll Tax en Ecosse préparait une campagne colossale en An- gleterre et au Pays de Galles. La première manifestation à Londres n’a réuni que 200 per- sonnes, et fut organisée à Waltham Forest, avec dans ses rangs un cortège de fans du Foot- ball Club de Leyton Orient. Dave Nellist déclarait en juillet 1989: «Des millions de personnes en Angleterre et au Pays de Galles ne seront pas capables de payer la Poll Tax et que des millions de plus ne le veulent pas… »

Mais la direction du Labour résistait encore à l’action concrète, concentrant tous ses « espoirs »  mais pas ceux de la classe ouvrière, dans les élections générales où ils comptaient évincer les Tories.

Une déferlante d’actions

Au début de l’année 1990, Militant titrait « détruisons la Poll Tax », avec un appel à la All-Britain Anti-Poll Tax Federation à « une manifestation de masse le 31 mars ». 35 millions de person-b nes allaient recevoir leurs notes pour payer la Poll Tax en Angleterre et au Pays de Galles le 1er avril. Les premiers mois de l’année ont vu une déferlante de manifestations de masse balayer les villes et villages auparavant endormis du Sud de l’Angleterre. Pratiquement tout le Sud était affecté d’une façon ou d’une autre par des manifestations contre la Poll Tax en février et en mars, Bristol, Norwich, Maidenhead, Weston-Super-Mare, Exeter, Gillingham et Birmingham connaissaient également des manifestations.

La manifestation du 31 mars et la démission de Thatcher

Cela plante le décor de la manifestation de masse du 31 mars 1990. La manifestation en Ecosse s’est déroulée pacifiquement, ce qui n’a pas été le cas à Londres. La responsabilité en incombe strictement au gouvernement et à la police. La manifestation est devenue le para- tonnerre de tous les éléments de la société mécontents et assoiffés de revanche contre Thatcher : Les SDF, les jeunes chômeurs, les opprimés et les indigents, les mineurs comme les imprimeurs, et tous ceux qui avaient senti Thatcher leur marcher sur les pieds.

Cependant, le défilé était complétement pacifique, comme un début de carnaval. Au moment où la tête du cortège est arrivée à Trafalgar Square, il y avait eu une seule arrestation. Le Square fut bientôt rempli au maximum et la queue du cortège n’avait pas encore quitté Kennington Park !

« L’émeute » de la manif du 31 mars était l’un des évènements les plus importants de l’Histoire du mouvement ouvrier au 20ème siècle.

En elle-même, elle n’en a pas fini avec la Poll Tax de Thatcher. L’honneur de cet accomplisse- ment appartient à l’armée de 18 millions de personnes qui ont refusé de payer et qui ont fusionné en une force imbattable. Mais ces manifestations puissantes du 31 mars étaient l’expression visible et spectaculaire, pour la classe dirigeante britannique et pour le monde, de l’échelle de l’opposition à la Poll Tax et de la haine bouillonnante contre Thatcher et son gouvernement. Cela a marqué le début de la fin pour Thatcher elle-même.

Un jeune de 19 ans qui manifestait pour la première fois refléte l’état d’esprit : «J’espère que dans 20 ans, je pourrais regarder derrière moi et être fier d’avoir été l’enfant d’une révolution mondiale et dire à mes enfants : « j’étais là, j’ai vu ce qu’il s’est passé, j’ai vu Thatcher tomber ! » Il aura encore fallu attendre pour que la première partie de sa prédiction se réalise mais Thatcher est effectivement tombée et ce n’était pas grâce au TUC ni à la direction officielle du Labour. Mais la manifestation du 31 mars seule n’aurait pas suffi à faire plier le gouvernement ni à faire reculer Thatcher.

Il a fallu pour cela une très longue campagne de non-paiement, où 18 millions de personnes ont refusé de payer.

Elle s’est accompagnée de grèves, des travailleurs du public de Glasgow notamment. Les tribunaux de la Poll Tax ont frappé pour la première fois en Angleterre sur l’Ile de Wight. La Cour a prononcé 1800 sentences pour non-paiement !  La « guérilla » sociale se déployait, et c’était pour durer. Menacée par la campagne du non-paiement, Thatcher a été forcée de quitter son poste et ses héritiers au gouvernement de John Major ont dû supprimer la Poll Tax.

Mais ce n’est pas sans que des méthodes brutales aient été utilisées avec l’emprisonnement des dirigeants du mouvement. Bien qu’officiellement morte, la Poll Tax n’était toutefois pas encore enterrée. En effet, 8 mois plus tard, des non-payeurs étaient encore poursuivis pour les arriérés. 117 personnes ont été emprisonnées avant novembre 1991 par 40 conseils, dont 26 contrôlés par le Labour. Au moins 10 retraités ont reçu des sentences d’un total cumulé de 366 jours et 10 femmes ont été emprisonnées.

La fin officielle de la Poll Tax avait en fait mené plus de personnes à refuser de payer. Sans cette lutte, elle existerait probablement encore. C’était le soulèvement de masse qui a conduit à cette défaite de Thatcher. Nous devons en tirer les leçons pour aujourd’hui, afin de nous préparer pour les batailles tumultueuses à venir.

27 juillet 2014

http://www.socialisme.be/

Commentaire: Article du PSL belge, membre du CIO comme le Militant (qui s’appelle actuellement Socialist Party).Article résumé, pour l’article entier suivre le lien. La branche écossaise de ce parti a donné notre parti frère le Scottish Socialist Party

Socialist Party Wikipedia

Comité pour une Internationale ouvrière

Lire la suite

29 mars 2017 ~ 0 Commentaire

prisons (le monde diplo)

prison

Les Pays-Bas ferment leurs prisons

Contrairement à la majeure partie des pays européens, les Pays-Bas enregistrent une baisse de leur population carcérale, au point qu’ils louent désormais des places de prison à la Belgi- que ou à la Norvège. Une politique de réinsertion très ancienne, un recours accru aux peines courtes et aux sanctions financières, ou encore à une justice négociée, se combinent aux considérations budgétaires pour expliquer ce phénomène.

Des matelas repliés sur les couchettes, des bureaux vides, des cloisons nues : la place ne manque pas à la prison de Norgerhaven, dans le nord des Pays-Bas. Le cliquetis du trousseau de clés accroché à son pantalon résonne tandis que M. Frank Hogterp, chef de détention, se dirige à travers les couloirs vers la salle d’activités. « Une fois par jour, les détenus peuvent venir y regarder la télévision, jouer au ping-pong ou se préparer à manger », explique-t-il. Il devra communiquer avec eux en anglais : « Ici, on ne parle pas norvégien », précise-t-il en souriant. Car, depuis septembre, les cellules inoccupées ont été attribuées à 242 prisonniers norvégiens.

Alors que, jusqu’en 2004, les Pays-Bas souffraient comme la France d’une pénurie de places de prison, leur population carcérale a chuté de près de 45 % en moins de dix ans. Huit éta- blissements ont déjà changé d’affectation, et une vingtaine d’autres devraient fermer d’ici trois ans. A contre-courant du reste de l’Europe, où la situation n’a pas changé, seules 10 500 des 12 400 places de prison du pays sont aujourd’hui occupées (1). Et le taux d’occupation devrait encore baisser, pour atteindre 60 % en 2018, si l’administration ne ferme pas d’autres établis- sements. Depuis 2009, dans un souci de rentabilité et pour éviter la mise au chômage des personnels, la Belgique s’est vu proposer de sous-traiter à son voisin l’incarcération de ses détenus ; et un accord similaire vient d’être signé avec la Norvège pour trois ans. (…)

Léa Ducré & Margot Hemmerich Journalistes.

Lire la suite

26 mars 2017 ~ 0 Commentaire

rome (anti-k)

fraternisation

Que célébrons-nous à Rome ?

Acte fondateur de l’Union européenne, ce samedi 25 mars est célébré l’anniversaire du Traité de Rome.

Nous pourrions dire que soixante ans après sa fondation, l’Union européenne est devenue la plus grosse fabrique à euroscepticisme: en pratiquant des politiques qui conduisent les majo- rités sociales à la paupérisation, conduisent à l’extension de la xénophobie institutionelle, à l’apogée de l’extrême-droite et à la perpétuation du désastre humanitaire à nos frontières.

Et ce qui est sûr, jusqu’au Brexit, c’est qu’aucune des conséquences en termes de droits sociaux ou de drames humanitaires n’ont impressionné l’inébranlable armature de l’UE. Contrairement à ce que l’on pouvait penser, la crise qui nous occupe depuis ces huit dernières années, loin de fragiliser les politiques néolibérales, a supposé leur renforcement. C’est une consécration et une justification pour les politiques d’austérité, les mécanismes de gouver- nance économique et les plans d’ajustement structurel, le discours de la nécessité d’une Europe-forteresse ou les nouvelles négociations sur les traités de libre-échange comme le CETA ou le TTIP.

Cependant nous ne pouvons pas dire que la crise est récente, plutôt devrions-nous dire qu’elle vient de loin et qu’elle trouve son origine dans l’extension à l’échelle continentale de la révolution conservatrice et du thatcherisme : un processus qui a favorisé la mutation néoli- bérale de l’UE à travers le traité de Maastricht et qui est la base du sabotage de notre concep- tion du projet européen.

En effet, le troisième article du Traité de fonctionnement de l’Union européenne prévoit comme objectif de faciliter la connexion économique, sociale et territoriale, ainsi que la solidarité entre les États membres. Pourtant, les politiques effectives de l’UE sont allés dans le sens inverse : une union monétaire défectueuse dès le départ, laquelle a contribué à polariser l’Europe entre un Sud endetté et un Nord créancier, et des politiques d’austérité et de déman-tèlement de l’État social qui ont réduit les droits des classes populaires. Car, comme nous l’avons rappelé à de nombreuses reprises, les « politiques d’austérité » ne sont jamais en réalité qu’un plan prévu pour contrôler les agissements des États membres, tant dans les domaines économiques et du travail que dans un domaine purement social, dans la Santé ou l’Éducation.

Le pragmatisme nous démontre que l’UE de la démocratie, de la paix, de l’égalité et des droits humains n’existe pas, nous démontre que pas même sa création n’a été envisagée au cours de ce projet. Au contraire, nous ne pouvons oublier que la cage d’acier juridico-politique de l’UE implique la constitutionnalisation du capitalisme et que ceci n’est pas une contingence plus ou moins accidentelle mais bien le coeur même du projet néolibéral dont il est ici question. Depuis la fondation même du « projet européen », la prédominance du marché dérégulé et ses principales conditions monétaires et budgétaires demeurent hors d’atteinte pour toute volonté démocratique.

De sorte que la génération des inégalités et de la pauvreté par le biais des politiques d’austérité est devenue l’objectif principal et la preuve la plus concrète de cette séques- tration de la démocratie et des institutions de la part des élites, comme le dénonce le rapport d’Oxfam (en français, ici). C’est dans ce contexte d’accroissement des inégalités que la pau- vreté est conçue comme l’ennemie, mais en réalité l’objectif n’est pas tant d’en finir avec elle que d’en finir avec les pauvres. Nous sommes passés de la prise en compte de la pauvreté depuis l’extension de l’État social à la stigmatisation de celle-ci par un État policier qui crimi-nalise les personnes les plus pauvres. Devant l’impossibilité de solutionner l’insécurité dérivant des politiques d’ajustement et d’austérité, de la précarisation du marché du travail et de la diminution des droits individuels et des prestations sociales, on stigmatise à présent des phénomènes migratoires et la pauvreté plus généralement.

Dans ce sens, la propre gestion de la crises des réfugié-e-s avec la fermeture des frontières est la conséquence directe de l’ordre qu’imposent les politiques d’austérité qui, au-delà des coupes budgétaires et des privatisations, sont, comme l’affirme l’économiste Isidro López, « l’imposition » à 80% de la population européenne d’un imaginaire de fer de la disette. Un « il n’y en aura pas pour tout le monde » généralisé qui rend possible les mécanismes d’exclusion, canalise le mal-être social et polarise la politique par son échelon le plus fragile (les migrant-e-s, l’étrangeté ou simplement « l’altérité »), disculpant ainsi les élites politiques et économiques qui sont les véritables responsables de la spoliation.

Il est symptomatique que les seules personnes à revendiquer les vertus de l’UE de façon rituelle tel que nous le verrons ce samedi à Rome soient membres d’une classe politique discréditée, qui paraît n’avoir ni culture ni valeurs.

Plus ces élites en décadence célèbrent l’UE, plus elles la disqualifient aux yeux même de gens qui n’ont jamais montré la moindre sympathie envers l’anti-européisme conservateur, natio-naliste, voire xénophobe. À l’occasion de la campagne référendaire du Brexit, la canalisation d’un vote anti-establishment par l’extrême-droite eurosceptique fut un bon exemple de comment la polarisation politique peut s’exprimer de façon contradictoire dans une révolte anti-establishment combinant un nationalisme excluant, une démagogie anti-immigration et une lassitude face aux inégalités sociales.

Au motif du soixantième anniversaire du Traité de Rome, la Commission européenne a présenté son Livre Blanc sur le futur de l’Europe. La rhétorique vide et grandiloquente des documents et des déclarations communautaires malgré la situation critique que traverse l’Union européenne demeure présente dans le Livre Blanc. Il ne s’agit pas uniquement de rhétorique dans ce cas, mais d’un mélange entre aveuglement et autisme où la seule issue à la crise de l’UE serait une combinaison de cinq hypothèses sur son futur que présente le Livre Blanc : dans un cas on parle à la fois de moins et de plus d’Europe; un autre se caractérise par un intense déséquilibre dans les relations au pouvoir, au bénéfice des oligarchies et des pays les plus compétitifs, avec des institutions qui perdent en légitimité démocratique et sont privées de ressources pour accomplir des politiques redistributives.

Face à cette crise, l’unique pari de cette UE est la militarisation, avec la création d’un Fonds Européen de la Défense, qui ne profiterait qu’aux entreprises du secteur de l’armement et à leurs groupes d’influences à Bruxelles.

Quand l’austérité devient l’unique option politico-économique d’institutions coupées de la préservation de l’intérêt général, cette UE devient un problème pour les majorités sociales et la construction d’une Europe différente s’annonce comme l’unique réponse succédant à cette dérive que nous vivons.

De cette façon, un changement de cap ne doit pas seulement être un désir, une possibilité, c’est avant tout une urgence.

Un plan alternatif qui exige pour l’Europe un ensemble de mesures qui permettent non seule- ment d’enterrer « l’austérité » mais également d’aborder la régulation bancaire, l’harmonisation fiscale et sociale progressive, le non remboursement des dettes illégitimes qui ne sont qu’un instrument disciplinaire à l’encontre des peuples du sud ou la nécessité d’un plan d’inves-tissement européen qui rende caduque le Pacte de Stabilité et de Croissance.  Ces mesures, qu’elles soient envisagées depuis l’échelle nationale, à l’échelle supra-nationale, voire à une échelle pan-européenne, percuteront inéluctablement l’architecture actuelle de l’UE, à laquelle il ne reste pas d’autres solutions que celle de désobéir.

Désobéir, c’est construire une proposition politique à l’échelle européenne qui combatte la construction actuelle de l’UE et récupère ses racines démocratiques dans un antifascisme partisan, dans la solidarité, la paix et la justice sociale. Un projet européen duquel on n’expulse ni n’exclut personne, un projet que personne ne voudrait quitter. Voici la tâche qui, aujourd’hui plus que jamais, devient indispensable à accomplir.

Tribune parue [en espagnol] dans Contexto, le 24 mars 2017pat Miguel Urbàn

Miguel Urbán est co-fondateur de Podemos et député européen de la Gauche Unitaire Européenne-Gauche Verte Nordique (GUE/NGL). (Il est aussi membre d’Anticapitalistas, parti frère du NPA Note du blog)

Médiapart (Le Club) – 25 mars 2017  Par Sylvain Nandan

http://www.anti-k.org/

Lire la suite

22 mars 2017 ~ 0 Commentaire

bruxelles (nadine rosa-rosso)

crocococ

Larmes de crocodile pour les victimes

En ces jours de commémoration, certaines larmes pour les victimes ne peuvent que susciter la colère. Près d’un an après les attentats de Bruxelles, les victimes en étaient toujours réduites à mener leur combat pour recevoir le soutien financier, administratif et moral qu’elles sont en droit d’attendre.

Un vrai parcours de combattants pour les ayant-droit, confrontés à des formulaires sans fin et des tracasseries administratives inimaginables.

À l’approche de l’anniversaire du 22 mars, le gouvernement et les compagnies d’assurance se sont brusquement activés pour prendre en compte leurs revendications.  Le représentant d’Assuralia, l’union professionnelle des entreprises d’assurance de Belgique, a cependant jugé nécessaire d’ajouter que « C’est bon pour une fois », comme s’adressant à des enfants qui auraient fait des bêtises.

Il faut reconnaître que les bénéfices du secteur des assurances en Belgique a reculé les dernières années. Ainsi pour 2015, « le bénéfice net cumulé du secteur a dès lors reculé, à 1,172 milliard d’euros contre 1,324 milliard en 2014 »[1]. Les indemnisations auront coûté en tout quelque 322 millions d’euros[2], dont le secteur des assurances n’a assumé qu’une partie, soit 136 millions[3]. On comprend dès lors que les bénéfices 2016 du secteur sont vraiment en danger et qu’il a bien raison de ne s’engager en rien pour l’avenir…

Opération séduction de l’armée, boum du secteur de la sécurité privée

Cela fait aussi près de deux ans que les militaires sont dans les rues. Leur présence n’a pas empêché la perpétration des attentats du 22 mars, par contre, elle « a amélioré l’image de la Défense auprès du grand public, si on en croit le colonel Bart Laurent lors d’une conférence de presse, sur base d’une étude indépendante »[4]. Voilà une belle opération de pub pour  quelques dizaines de millions d’euros supplémentaires à charge du contribuable. Autrement dit, nous payons pour nous habituer à être en situation de guerre.

À la présence permanente des militaires dans nos rues, il faut ajouter le boum spectaculaire du secteur de la sécurité privée :
« G4S Belgium, leader du gardiennage privé en Belgique, a engagé 1.610 collaborateurs en 2016. Son chiffre d’affaires a progressé de 10%. Une progression «presqu’ entièrement due à la menace terroriste» »[5].
Il ne s’agit en effet pas seulement de nous habituer à la vue des soldats à chaque coin de rue, mais aussi à la fouille systématique de nos sacs par des travailleurs du privé, à l’entrée du centre commercial, de la bibliothèque, ou de la salle de concert… La privatisation de la guerre et du maintien de l’ordre est un phénomène mondial que nos gouvernements adoptent passivement sans une once de réflexion.
En France, le secteur de la sécurité privée « pourrait dépasser en nombre le cumul des emplois de policiers et de gendarmes, soit plus de 250.000 personnes, presque autant que le secteur de l’automobile »[6]. Et pour boucler la boucle, ajoutons que des sociétés privées (de détectives cette fois) sont engagées pour surveiller… les victimes des attentats ! Une pratique tout ce qu’il y a de plus courant, selon les assureurs.

Pas plus que les guerres tous azimuts déclenchées après les attentats du 11 septem- bre 2001 n’ont permis d’éradiquer le terrorisme, le déploiement de la sécurité d’État et privée n’empêchera des attentats ici.

C’est même le contraire qui se produit. La généralisation de la guerre et de la répression comme système de gouvernance mondiale constitue la forme suprême de terrorisme : le terrorisme des États, des producteurs d’armements, des vendeurs de techniques ultra-moder- nes de contrôle et de destruction, des spéculateurs sur le blé et autres produits de première nécessité, des sociétés de mercenaires privés en tous genres…  Comme le résume parfaite- ment Richard Labévière, journaliste français et officier de la réserve opérationnelle : « Si Daech n’existait pas, il aurait fallu l’inventer »[7].

Si les commémorations des attentats du 22 mars à Bruxelles étaient l’occasion de mener une réflexion profonde sur l’état du monde et d’en tirer les conclusions qui s’imposent, un véritable hommage serait rendu à ces victimes.

Leurs souffrances et celles de leurs proches serviraient à accoucher de quelque chose de véritablement humain. À voir le tour que prennent toutes les déclarations, des politiques comme des prétendus experts, on en est loin. Nous sommes toujours sur le sentier de la guerre, la guerre économico-financière et la guerre tout court, qui s’entremêlent de plus en plus fondamentalement, de larmes de crocodile en larmes de crocodile.

http://nadinerosarosso.blogspot.fr/

 

Lire la suite

21 mars 2017 ~ 0 Commentaire

rome 25 mars (via campesina)

poster-25march-2-FRsc

Le mouvement paysan à Rome ce 25 mars 

Appel à la mobilisation de la Coordination Européenne Via Campesina

Dans le cadre de l’assemblée générale de la Coordination Européenne Via Campesina (ECVC) à Rome du 22 au 25, qui coincidera avec le 60ème anniversaire du traité fondateur de l’Union Européenne, une importante délégation paysanne pan-européenne d’ECVC, rejointe par son membre et hôte ARI (Associazione Rurale Italiana), mènera une série d’action à Rome le 25 Mars pour se battre pour une politique agricole, alimentaire et de développement rural centrée sur les besoins du peuple et non assujettie aux politiques commerciales et aux intérêts des multinationales.

ECVC et ses alliés demandent une alimentation saine et de qualité, un travail décent, une politique agraire juste et durable au sein d’une Europe des Peuples et de la solidarité.

Dans ce but, à 9h30 le 25 mars, ECVC prévoit une action paysanne pour une autre Politique Agricole Commune (PAC) à la PIAZZA VITTORIO, en présence des paysans et paysannes de notre délégation et de mouvements populaires d’Italie.

Après ceci, nous rejoindrons la Grande Mobilisation pour « Notre Europe » de la Piazza Vittorio au Colisée.

Vous pourrez trouver ici les biographies de plusieurs membres de notre délégation.

Vous pouvez trouver ici nos publications clés sur la politique agricole européenne

Suivez nous sur la voie d’une nouvelle PAC via Facebook et Twitter

lundi 20 mars 2017

https://viacampesina.org/

Lire la suite

19 mars 2017 ~ 0 Commentaire

dossier: bienvenue aux migrant(e)s! (npa)

migrant

«Le climat évolue (…). Cela transparaît dans les mots employés dans les documents officiels et le débat public : ceux que l’on appelait simplement « migrants » deviennent de plus en plus souvent des « clandestins » ou des « irréguliers »… » Ces mots du rédacteur en chef adjoint du quotidien italien La Repubblica sont la parfaite illustration de la logique infernale et meurtrière, à l’œuvre dans l’Europe forteresse. Après avoir dressé des frontières de barbelés, on les justifie, en flattant et exacerbant les peurs et les haines.

À l’opposé, ce que l’on a appelé la « crise des migrants » a aussi été l’occasion de formidables élans de solidarité dans différents pays de l’Union européenne. À l’occasion du 19 mars, marche contre le racisme, notre dossier revient sur des mobilisations exemplaires qui ne doivent pas rester sans lendemain, même et peut-être surtout quand soufflent les vents mauvais…

Grèce : quelle solidarité ?

Royaume-Uni : la montée du racisme, un défi pour la gauche

État espagnol : « Nous voulons accueillir ! »

Allemagne : retournement de situation sur la question des migrantEs

« Nous ne pouvons plus accueillir toute la misère du monde »

Lire la suite

17 mars 2017 ~ 0 Commentaire

belarus (politis + amnesty + libération)

Bielorussie_Manif432

La contestation populaire bouscule le Belarus

Depuis presque un mois, les Biélorusses se mobilisent contre la taxe sur « l’assistanat social ». Une brèche pour l’opposition politique

Depuis le 17 février dernier, des manifestations contre le « Décret n° 3 » ont eu lieu dans de nombreuses villes biélorusses. Ce jour-là, plus de 2 000 personnes s’étaient mobilisées dans les rues de la capitale, Minsk. Ce décret, dit « contre les parasites » par les médias, impose à toute personne officiellement sans emploi depuis plus de six mois une taxe de 400 roubles biélorusses – environ 230 euros – pour « compenser les dépenses sociales de l’État ».

Du carreleur au prix Nobel, 470 000 « parasites sociaux »

Alors que les revenus moyens dans le pays ont diminué de 7,3 % en 2016, 470 000 personnes sont concernées par cette taxe. Aussi bien des retraités que des chômeurs, des auto-entre-preneurs ou des jeunes parents. Parmi eux, la lauréate du prix Nobel de littérature 2015, Svetlana Aleksievitch, devenue « parasite sociale ».

Le 5 mars, à Brest, près de la frontière polonaise, 1 000 personnes ont participé à la « Marche des non-assistés ». Le maire, Alexandre Rogatchouk, s’est fait interpellé par un manifestant, contraint d’exercer son métier de carreleur en Russie. Ses propos ont été rapportés par le site Bielorousski Partizan : « C’est une véritable humiliation quand on rentre chez soi de se voir traiter de parasite, de moins que rien, de voir qu’on n’est qu’un esclave. »

« Va-t-en ! »

Le recul du président Alexandre Loukachenko, il a annoncé le 9 mars la suspension du décret en précisant qu’il « ne sera pas annulé », n’a pas éteint la mobilisation. Désormais, le slogan « Loukachenko va-t-en ! » symbolise la déception et la colère du peuple envers le régime, qui y a apporté une réponse musclée ce week-end : une quinzaine de personnes ont été appréhen- dées et condamnées. Une nouvelle manifestation est prévue le 15 mars à Minsk. Un espoir dans ce pays où depuis la répression de l’opposition en 2010, la rue était restée silencieuse.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonne- ment papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.

Politis  14/03/2017 – Malika Butzbach

https://www.anti-k.org/

Lire aussi:

Belarus: bras de fer entre le pouvoir et les «parasites» (Libération)

Bélarus. Avec des dizaines d’arrestations lors de manifestations pacifiques, la répression atteint des niveaux jamais vus depuis plusieurs années (Amnesty)

Lire la suite

16 mars 2017 ~ 0 Commentaire

résultats aux pays bas (anti-k)

nederl

A gauche:

Le SP (Parti Socialiste) est un ancien parti d’extrême gauche, qui correspond ici au Front de Gauche.

La Gauche Verte est un parti plus à gauche que EELV

Le PVDA est le parti « socialiste » qui autrefois était majoritaire

Pays-Bas : la vraie leçon des élections

L’extrême-droite n’a pas réalisé de percée notable aux Pays-Bas lors du scrutin législatif de ce 15 mars. En revanche, la coalition sortante est fortement sanctionnée, notamment les Sociaux-démocrates qui perdent les trois quarts de leurs sièges.

La leçon n’était peut-être pas celle que l’on croyait. L’extrême-droite néerlandaise n’a finale- ment réalisé qu’un score décevant lors des élections des 150 sièges de la Seconde Chambre des Etats-Généraux, la chambre basse du parlement du Royaume, de ce 15 mars 2017. Le Parti pour la Liberté (PVV) de Geert Wilders, allié inconditionnel du Front National français, islamophobe et europhobe, n’obtiendrait, selon les sondages sortis des urnes que 19 sièges et 13 % des voix, soit 4 sièges de plus et 3 points de plus qu’en 2012. Une hausse modeste qui ne lui permet pas d’égaler son score de 2010 (15,7 % des voix) et encore moins de lutter pour la première place, occupée par les Libéraux du VVD du premier ministre sortant Mark Rutte, donné à 21 % et 31 sièges.

Un PVV sans ressort

Les sondages de ces derniers jours témoignaient clairement d’une baisse notable du PVV qui avait déjà été surestimé en 2012 et en 2014. Pour autant, tous les médias, surtout étrangers, avaient continué à souligner le « risque » d’une « victoire » de l’extrême-droite. Ce risque était d’autant moins probable que, même en tête, le PVV eût été incapable de gouverner compte tenu du « cordon sanitaire » des autres partis et de l’émiettement de l’électorat renforcé par le système de proportionnelle intégrale des Pays-Bas. Le danger du PVV n’était donc pas réel. Mais il a été agité, oubliant à bon compte le fait véritable, avéré ce 15 mars, de ces élections néerlandaises de 2017 : la déroute de la coalition sortante, une des plus orthodoxes de l’his- toire néerlandaise sur le plan budgétaire et qui a mené une politique d’austérité qui a coûté très cher à la société néerlandaise.

Coalition sanctionnée

Cette défaite est évidente : le VVD perd cinq points et 10 sièges et les travaillistes sociaux-démocrates du PvdA, le parti du président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem perdent, eux, 19 points, passant de 25 % à 6 %. Jamais ce parti n’avait été aussi bas dans une élection aux Pays-Bas. Les travaillistes devront se contenter de 9 sièges sur les 38 qu’ils avaient obtenus en 2012. Ce n’est plus une sanction, c’est une gifle. En tout, la coalition sortante perd 24 points, près de la moitié de son score de 2012 ! C’est là le seul fait évident de ce scrutin, beaucoup plus que la montée du PVV. Or, cette déroute trouve évidemment son origine dans le rejet de la politique de la coalition. Laquelle peut se résumer en un mot : le retour à l’équilibre budgétaire.

Bilan économique

En se concentrant sur la montée du PVV, on évitait d’évoquer cette réalité. Ceci donnait lieu à une pseudo « explication culturelle » à la montée des populismes dans « un pays qui se porte bien économiquement ». Mais la réalité est que le peuple néerlandais a rejeté la politique éco- nomique de la coalition, qu’il l’a sanctionnée et que, partant, le pays ne se porte pas si « bien » que le laisse croire un taux de croissance gonflé par les réexportations depuis Rotterdam et les effets liés aux avantages fiscaux accordés aux multinationales. Le chômage est revenu à son niveau de 2012, un niveau bien plus élevé que dans la décennie précédente et il a beaucoup augmenté jusqu’en 2014. Le travail à temps partiel atteint des records, les inégalités se sont creusées et le risque de pauvreté a augmenté. Le problème de beaucoup de Néerlandais n’est pas l’Islam ou l’immigration, c’est bien leur niveau de vie. C’est ce qu’ils ont exprimé dans les urnes ce 15 mars.

Déroute social-démocrate

Encore une fois, donc, un parti social-démocrate ayant appliqué une politique d’austérité (Jeroen Dijsselbloem, en tant que ministre des Finances, l’a menée pleinement) est lourdement sanctionné. Cette déroute fait penser à celle du Labour irlandais en février 2016 qui est aussi tombé à 6 % des voix ou encore, évidemment au Pasok grec, qui est aussi à ce niveau désor- mais. Ce score devrait inévitablement faire réfléchir les partisans de la « gauche moderne » qui ferait les « réformes structurelles » et l’austérité pour le « bien » supposé du « petit peuple ».

En réalité, le PvdA n’a pas su défendre sa clientèle traditionnelle et l’a, au contraire, sacrifiée sur l’autel de la rigueur budgétaire et des « grands équilibres ».

Cet électorat l’a logiquement abandonné. Certes, la gauche anti-austéritaire et eurosceptique du Parti Socialiste (SP) n’en a pas profité et elle s’effrite légèrement, mais la gauche écologiste de GroenLinks (GL) a récupéré l’essentiel du vote travailliste, en passant de 4 à 16 sièges. Ce parti pro-UE est anti-austérité, il se situe là où le PvdA était voici cinq ans. Même remarque pour les libéraux « de gauche » de D66 qui atteignent 19 sièges, soit 7 de plus qu’en 2012 et qui, eux aussi, étaient très critiques sur la politique économique de la coalition.

Emiettement

De plus, comme dans beaucoup d’autres pays soumis à l’austérité, les élections néerlandaises ont montré un fort émiettement de l’électorat et un renforcement des petits partis. Le parti des animaux (PvdD) gagne ainsi 3 sièges à 5 sièges, le parti qui défend le multiculturalisme Denk, nouveau venu, prend 3 sièges, le parti des retraités 50 + gagne 2 sièges à 4 sièges… En tout, 7 sièges qui manqueront aux grandes formations et qui prouvent que ces politiques sociales dures conduisent à un sentiment de perte de repères qui conduisent à des votes «marginaux».

Vrai enjeu

L’enjeu de ce scrutin n’était donc pas celui que les observateurs internationaux avaient martelé depuis des semaines : ce n’était pas un débat sur l’Islam ou l’immigration, mais bien sur la nature d’une politique économique et sociale. Certes, les Néerlandais savent que leur écono- mie ouverte a peu à gagner à une sortie de l’euro ou de l’UE. Et c’est ce qui explique la faible performance du PVV et du SP.

Mais ils ont aussi demandé une politique économique plus équilibrée et moins empreinte de cette violence que l’Europe a pu constater dans l’attitude de Jeroen Dijsselbloem envers la Grèce depuis 2015.

Les Néerlandais sont modérés et la politique de la coalition ne l’était pas. Ils ont rejeté PVV et SP, mais aussi VVD et PvdA. D’où la poussée de la CDA chrétienne-démocrate, une des mères du modèle social néerlandais, donnée à 19 sièges, de D66 et de GroenLinks. Des partis pro-européens mais critiques envers la politique du gouvernement sortant. La nouvelle coalition qui va se former, sans doute avec 4 partis au moins, devra prendre en compte cette leçon, la vraie, de ces élections néerlandaises.

latribune.fr – Romaric Godin – 15/03/2017

http://www.anti-k.org/

Commentaire: Oubliez tout ce que vous avez entendu rabâcher ces derniers jours sur les Pays-Bas et lisez cet article. Que Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe et tête à claques de première, reçoive une raclée des électeurs de son pays, c’est un juste retour des choses. Du goudron et des plûmes pour le tourmenteur du peuple grec!

Lire aussi:

Pays-Bas : déroute des sociaux-démocrates, percée des partis écologistes et anti-austérité (Bastamag)

Lire la suite

16 mars 2017 ~ 0 Commentaire

aube dorée (studios)

17

Aube Dorée : une affaire personnelle, un film qui met à nu les néonazis grecs.

  • A voir aux Studios le vendredi 17 mars à 20h
  • Le film sera suivi d’un débat avec la réalisatrice Angélique Kourounis, Journaliste, correspondante en Grèce
  • Une collecte de médicaments sera organisée lors de cette soirée

L’association Bretagne-Grèce Solidarité Santé, en lien avec des dispensaires et centres sociaux autogérés en Grèce, organise la tournée de ce film de 2016 en Bretagne. Voir facebook « Bretagne Grèce Solidarité Santé »

Synopsis

« Mon homme est juif, un de mes fils gay, un autre anar et moi féministe de gauche, fille d’immigré. Si Aube Dorée vient aux affaires notre seul problème sera dans quel wagon nous monterons. »

Une journaliste enquête depuis des années sur l’organisation du parti néo nazi grec Aube Dorée.

L’effondrement économique, l’instabilité politique, et les relations familiales sont au premier plan de ce documentaire qui essaie de comprendre ce qui se passe dans la tête des Aubedoriens qui se posent en victimes du système.
Une Aube Dorée qui ne s’est jamais cachée quant à son idéologie. Ses scores aux élections dans le passé étaient peut être négligeables, mais cette idéologie défendue par une partie du clergé, cultivée par la plupart des média, et transmise par le système politique est
devenue le terreau sur lequel l’organisation a pu se développer.
La réalisatrice approche la question d’Aube Dorée via ses propres obsessions, ses inquiétudes et ses peurs. Elle a dédié plusieurs années de travail à ses recherches autour du parti néo nazi grec qui occupe toujours la troisième place sur l’échiquier politique grec après des décennies d’actions meurtrières. C’est son troisième film sur la question, et le premier documentaire d’auteure.

 

Lire la suite

14 mars 2017 ~ 0 Commentaire

c’hwec’had/vieux marché (le trégor)

nopasaran

Projection-débat sur la guerre d’Espagne au Vieux-Marché

Le comité des Amis de la Commune des Paris organise une projection du documentaire

«Brigades internationales entre mémoire et silence»

mercredi 15 mars à 19 h salle Victor-Hugo au Vieux-Marché,

suivie d’une conférence et d’un débat avec par son coauteur Dominique Gautier.

Vente de livres sur la Commune de Paris 1871 et pot à 18 h.

Exposition « Les Brigades Internationales » jusqu’à vendredi.

Permanence mercredi après midi. Accessible sur demande au 06 37 55 31 78.

Philippe Gestin

http://www.letregor.fr

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin