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25 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

édito (socialist worker)

king

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Un Premier ministre non-blanc est-il synonyme de changement ?

Un parti raciste tel les conservateurs-Tory ne change pas parce que Rishi Sunak en est le Premier ministre.

Est-ce important d’avoir un Premier ministre non-blanc ? Oui, mais pas de la manière dont on nous le dit aujourd’hui. Pour les libéraux complaisants, le fait que Rishi Sunak occupe le poste de Premier ministre est la preuve que le racisme est en recul et qu’avec un peu plus d’éducation et de bons exemples, il sera éradiqué.

C’est un mensonge. L’avancement de Sunak est le résultat de décennies de lutte qui ont brisé certains aspects d’un système raciste. Il bénéficie du genre de combats que son parti, et lui-même, dénoncerait comme militants et extrêmes. La famille de Sunak a émigré en Grande-Bretagne dans les années 1960.

C’était une époque où le National Front se déchaînait en terrorisant les gens et où le conservateur Enoch Powell prononçait son discours des « rivières de sang » pour diaboliser les migrants. Dans les années 1970, Margaret Thatcher, l’un des héros de Sunak, a déclaré que la Grande-Bretagne était « submergée » par des gens comme la famille de Sunak.

Ainsi, le fait que Sunak, un hindou, entre dans Downing Street le jour de Diwali est un moment important. Il aura été confronté au racisme – et aura dû travailler deux fois plus dur pour surmonter le sectarisme.  Le parti Tory couve des personnes qui détesteront l’ascension de Sunak.

Dans les années 1980, un Premier ministre noir ou asiatique semblait hors de question. C’était assez ouvertement un système de personnes blanches avec des Blancs au sommet. Affronter cela et le briser est significatif. Mais cela ne change rien au fait que Sunak agira dans l’intérêt des riches. Pour la grande majorité des personnes non blanches, cela signifie qu’elles seront toujours laissées pour compte.

En Grande-Bretagne, les Asiatiques sont deux fois plus susceptibles de faire partie de ménages à faibles revenus que les Blancs. Les plans d’austérité de Sunak les toucheront durement. La fortune commune de 730 millions de livres sterling de Sunak et de sa femme, les placent dans un autre monde.  Les conservateurs et leurs soutiens commerciaux qui se réjouissent de leur soutien à la « diversité » sont les mêmes qui baissent les salaires, nient l’existence du racisme institutionnel et maintiennent un système de discrimination et de bouc émissaire.

Ils ne permettent l’ascension que d’un groupe restreint d’Asiatiques et de Noirs qui ont accepté le système et se feront les champions de la classe dirigeante. Mais le fait que Sunak devienne Premier ministre soulève de graves questions pour le parti travailliste. Les Tories ont eu trois femmes Premier ministre et maintenant une personne noire.

Le parti travailliste n’a jamais eu de femme ou de personne noire à sa tête – sauf à titre temporaire – et encore moins de premier ministre. Parmi les postes clés du cabinet fantôme de Keir Starmer, un seul est occupé par un député issu d’une minorité ethnique – et ses cabinets précédents n’ont pas fait beaucoup mieux.

Le parti qui compte beaucoup sur les électeurs non-blancs n’a pas réussi à représenter efficacement ces personnes en tant que travailleurs, mais il ne leur a pas non plus permis d’aller au front. Un parti Tory raciste ne change pas parce que Sunak est premier ministre. Nous devons redoubler la lutte de classe contre le racisme, la pauvreté et le capitalisme.

Mardi 25 octobre 2022

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 Keir Starmer ne devrait pas céder à l’extrême droite hindoue

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Le parti travailliste ne devrait pas tolérer dans ses rangs des partisans de l’extrême droite hindoue. Le leader travailliste Keir Starmer tente de gagner les électeurs hindous d’extrême droite.

Il était inquiétant de voir la violence communautaire qui a eu lieu dans les rues de Leicester le mois dernier entre des jeunes musulmans et hindous. Elle a été générée par la droite hindoue. Au début du mois, le leader travailliste Keir Starmer a utilisé le terme « hindouphobie » lors d’une visite dans un temple célébrant Navratri.

C’était intentionnel et formulé de manière à regagner le soutien de la droite hindoue au parti travailliste. Les hindous en Grande-Bretagne sont confrontés au racisme anti-asiatique. Mais l’idée derrière le terme Hinduphobie est un mythe.

Il a été alimenté par le premier ministre indien Narendra Modi et son parti d’extrême droite, le BJP, pour faire avancer leur propagande nationaliste hindoue. L’extrême droite hindoue utilise ce terme pour suggérer que toute personne qui critique l’État indien est un raciste.

Elle se fonde sur l’idée qu’en Inde, les hindous sont attaqués par les musulmans, alors qu’en réalité 80 % du pays est hindou. Les journaux indiens félicitent maintenant Starmer. C’est effrayant étant donné que le même discours a été utilisé contre les musulmans à Leicester. Non seulement cela divise, mais c’est aussi une diversion du racisme et de l’islamophobie propagés par ce gouvernement raciste des Tories.

Et Starmer est responsable de l’exacerbation des tensions communautaires qui existent déjà. Avec l’arrivée du nationalisme hindou de Modi dans les rues de Grande-Bretagne, Starmer fait preuve d’opportunisme en se ralliant à lui. Mais la stratégie de Starmer, qui consiste à se plier à la droite hindoue, est vaine.

Au début du mois, une élection partielle du conseil municipal de North Evington à Leicester, où les troubles ont eu lieu, a vu les travaillistes perdre un siège au profit des conservateurs. La candidate travailliste, Rajul Tejura, a été accusée d’être une partisane du BJP et a terminé en troisième position. Nous devons être clairs : c’est le racisme, et non l’hindouphobie, qui existe.

Lorsque les hindous, mais aussi les sikhs, ont été attaqués après les attentats du 7 juillet 2005, c’est parce qu’ils étaient asiatiques, souvent confondus avec des musulmans par les fanatiques. Les travaillistes ne devraient pas tolérer les partisans de l’extrême droite hindoue dans leurs rangs – et ne devraient pas les encourager ici en Grande-Bretagne.

Julie Mukherjee Tuesday 25 October 2022

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24 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

russie (à l’encontre)

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«L’histoire russe rappelle que chaque défaite militaire majeure a débouché sur un début d’importantes réformes ou sur une révolution»

Vladimir Poutine, en déclarant une mobilisation «partielle» en Russie, a réussi au moins une chose: la société russe a finalement réalisé qu’elle était en état de guerre. En effet, en quelques minutes, le président a non seulement détruit le «contrat social» qui fonctionnait dans le pays depuis plus de vingt ans qu’il est au pouvoir, mais il a également annulé le travail de sa propre propagande au cours des sept derniers mois du conflit avec l’Ukraine.

Jusqu’à l’annonce de la mobilisation «partielle», la majeure partie de la société du pays ne pensait pas à la guerre; beaucoup n’en avaient même pas conscience. Bien sûr, les propagandistes faisaient rage à la télévision tous les jours, littéralement. Sur Internet, des batailles féroces opposaient partisans et adversaires de «l’opération militaire spéciale» en Ukraine. Mais la société a-politique russe ne s’y intéressait guère: la plupart des gens ne regardent pas les émissions de télévision politiques et ne lisent pas les sites web politiques, qu’ils soient favorables ou non au gouvernement.

Le 21 septembre, la situation a changé radicalement et de manière définitive. Sont apparues une prise de conscience et une résistance sont arrivées. Bien sûr, on peut s’indigner que les Russes n’aient réagi à la tragédie de l’Ukraine que lorsqu’elle les a directement touchés. Mais après tout, il a fallu plusieurs années à la société des Etats-Unis pour que l’opinion publique réagisse à la guerre du Vietnam.

D’une manière ou d’une autre, la guerre est devenue non seulement un élément de la conscience publique, mais aussi un élément constitutif de la vie publique et privée. Et la première réaction à ce qui s’est passé a été une dérobade massive face à la mobilisation.

Dans les jours qui ont suivi le discours de Poutine, plus de jeunes hommes ont quitté le pays que l’armée n’avait prévu [300 000 dans les déclarations initiales] de mobiliser (si l’on en croit le chiffre officiel, manifestement sous-estimé).

Le nombre de personnes ayant franchi la frontière a approché les 600 000. Il y a maintenant plus de trois fois plus de refuseniks que de soldats en Ukraine. Et ce, en ne comptant que ceux qui se sont rendus dans les Etats limitrophes. Des cohortes de personnes se sont regroupées aux frontières du Kazakhstan, de la Mongolie et de la Géorgie. Ils sont partis en voiture, à vélo et en scooter, et même à pied. De l’autre côté de la frontière, au Kazakhstan, de nombreux bénévoles ont accueilli les arrivants et les ont assistés. Dans le même temps, des milliers de jeunes restés en Russie ont évité de se présenter aux postes de recrutement. Certains sont partis dans les forêts; dans certains endroits, ils ont mis le feu aux bureaux de recrutement militaire et aux bâtiments administratifs.

Bien que les personnes actives sur les réseaux de médias sociaux évoquent un plan secret visant à enrôler un million, voire 1,2 million d’hommes, il n’y a aucun moyen de le faire dans les mois à venir. On s’attend à ce qu’au lieu des 300 000 officiellement annoncés, le gouvernement soit en mesure de mobiliser environ 140 000 à 150 000 personnes. Mais même cela est peu probable, étant donné l’état actuel des infrastructures, de l’organisation de l’Etat et de l’industrie.

Ayant déjà enregistré plus de 100 000 nouveaux conscrits, les militaires et les fonctionnaires ne peuvent ni leur fournir convenablement tout le matériel nécessaire, ni les organiser en unités prêtes au combat, ni les équiper d’armes modernes, ni même les transporter sur le théâtre des opérations de combat. On tente de répartir environ 50 000 soldats entre les unités opération-nelles. La question est de savoir dans quelle mesure le front sera renforcé par un tel renfort. L’effet peut être infirmé surtout si les nouveaux arrivants apportent aux soldats des informations sur l’ambiance à l’arrière. N’ayant ni formation ni expérience du combat, ceux qui sont mobilisés pour l’armée de combat deviennent une charge additionnelle.

Les mobilisés devront être cantonnés quelque part à l’arrière, dispersés dans des camps d’entraînement et des casernes à travers un pays immense. Ils resteront inactifs ou suivront une formation inutile et mal organisée, car il n’y a pas assez d’équipement, d’instructeurs compétents ou de commandants. Les officiers enrôlés sont incompétents, et encore plus pessimistes que la base.

Bien que les autorités régionales tentent de manière désespérée de maintenir l’ordre, elles ne semblent pas y parvenir. Il est déjà clair que des dysfonctionnements se produisent tout au long de la chaîne de commandement. Livrées à elles-mêmes, des unités (plus exactement des groupes d’enrôlés) mal équipées et démotivées deviennent une source de tracas pour les autorités militaires et civiles. Maintenir le contrôle et la discipline demande des efforts considérables. De tous les coins du pays, on rapporte des cas d’ivresse, de bagarres et de désobéissance. Souvent, il n’y a tout simplement aucun endroit où loger physiquement les conscrits. Les autorités utilisent des stades, des maisons de repos et des centres sportifs. Parfois, elles placent simplement les gens sur un terrain vague.

Au début du mois d’octobre, environ 16 000 conscrits se trouvaient déjà sur les lignes de front, sans formation adéquate et souvent sans les armes requises. De nombreuses recrues ont acheté des uniformes à leurs propres frais. De nouveaux venus ont été incorporés aux unités de combat, mais cela ne les a pas renforcées. Au contraire, les pertes ont fortement augmenté et de nombreuses funérailles ont commencé à être réalisées dans les villes russes. Les réseaux sociaux ont rapporté de nombreux cas de capitulation, d’évasion, de désertion, de refus d’obéir aux ordres, et même de défection à l’ennemi. Ce dernier cas n’est pas surprenant: pour punir les activités d’opposition et les manifestations contre la guerre, les citoyens peu coopératifs ont été envoyés au front.

Dans les régions nationales autonomes, la résistance prend des formes plus vives. Des actions de protestation sont organisées au Daghestan, en Iakoutie [avec sa population turcophone sibérienne], en Touva [en Sibérie orientale]. Elles couvrent progressivement de plus en plus de régions. Il est significatif que ce soit le Daghestan – d’où sont partis de nombreux soldats, engagés sous contrat, pour «l’opération spéciale» – qui s’avère être l’épicentre de la protestation [voir à ce propos l’article publié sur ce site en date du 10 octobre]. Un constat s’impose: la «popularité» du service militaire dans cette région s’explique non pas par la loyauté, la ferveur, mais par la pauvreté de la population. Et maintenant, la protestation sociale et nationale s’est réunie.

Il est souvent écrit que la mobilisation se transforme en une tuerie («génocide») des populations minoritaires. Bien sûr, c’est une exagération. En fait, les officiels ne s’intéressent pas au sort des Yakoutes, des Bouriates, des Touvans ou des Avars. Selon les informations qui circulent sur Internet, les autorités, craignant le mécontentement dans les grandes villes, orientent le gros de leurs efforts de mobilisation dans les zones rurales et dans les petites agglomérations urbaines. Or, c’est précisément là que se concentre une partie importante des membres des minorités, qui doivent supporter les difficultés d’une mobilisation d’une ampleur disproportionnée par rapport à leur importance quantitative.

Les troubles au Daghestan ont montré la conséquence de tels agissements. Certes, le nombre de manifestants à Makhachkala [capitale de la République du Daghestan] n’était pas particulièrement important (en chiffres absolus, les manifestations de Moscou et de Saint-Pétersbourg ont attiré des foules bien plus importantes). Mais il est significatif que les femmes du Daghestan, qui constituaient la majorité de la manifestation (qui, soit dit en passant, comprenait des Russes), se soient révélées extrêmement déterminées et même agressives. En revanche, la police locale n’était pas très enthousiaste à l’idée d’affronter des concitoyennes. Peu après les manifestations au Daghestan, les autorités régionales de Moscou et de Saint-Pétersbourg, craignant que des événements similaires ne se produisent dans les capitales, y ont mis fin aux actions pour la «mobilisation partielle».

La mobilisation a finalement enterré le «contrat social Poutine», qui postulait la passivité politique du peuple en contrepartie de la volonté des autorités de nous laisser vivre notre vie en paix. Mais aujourd’hui, une autre question se pose: comment va survivre une société dans laquelle les liens sociaux ont été sapés pendant des décennies, où il n’y a pas de culture et d’expérience de la solidarité? Comment vont agir les gens, soudainement éveillés à la politique et à l’activité civique?

Le Daghestan nous montre l’une des options possibles pour que cela se produise. Il est probable que se présenteront d’autres variantes. Dans tous les cas, la société ne sera plus la même qu’avant le 21 septembre. Les cercles dirigeants, avec leurs décisions irresponsables, ont néanmoins provoqué un tournant. Le pays s’est enfin réveillé [1].

L’avenir proche nous dira si les autorités seront en mesure de faire face à la situation. Jusqu’à présent, les autorités russes ont fait preuve d’une étonnante capacité à s’extraire des trous les plus profonds qu’elles ont elles-mêmes creusés. Il est vrai qu’à chaque fois, après être sorties de la précédente crise provoquée par leurs propres décisions, elles étaient convaincues de leur invulnérabilité. Et elles ont immédiatement commencé à creuser un nouveau trou. Tôt ou tard, ils risquent de le creuser jusqu’à une profondeur qui leur sera funeste.

Le fait que, stratégiquement, la guerre est perdue, est déjà parfaitement clair pour les militaires, pour l’état-major, pour une partie importante des fonctionnaires et maintenant pour une bonne partie des citoyens et citoyennes.

Une autre partie de la population connaît une sorte de ballottement émotionnel, oscillant entre l’enthousiasme patriotique et les accès de dépression. Le dynamitage du pont de Crimée, le 8 octobre, a été le point culminant des mauvaises nouvelles qui ont frappé le gouvernement et le public russes. Le Kremlin ne pouvait pas laisser cela sans réponse.

Pendant plusieurs jours, des bombardements massifs d’infrastructures sur le territoire ukrainien ont été effectués [et continuent de l’être]. Bien sûr, cela a réjoui la fraction patriotique de l’opinion publique, mais pas pour longtemps. L’effet des bombardements a été minime d’un point de vue militaire. En deux jours, une centaine de missiles ont été tirés, dont environ la moitié ont été abattus. Or, le nombre de structures qui doivent être détruites pour vraiment paralyser la capacité de l’Ukraine à conduire la guerre se compte par dizaines de milliers. Quelques jours plus tard, lors d’un sommet à Astana [le 13 octobre], Poutine a reconnu que la poursuite de ces raids était inappropriée: s’ils n’avaient pas été interrompus, la Russie aurait utilisé la totalité de son stock de missiles de haute technologie en une à deux semaines. [Elle a fait appel, par la suite, à des drones de conception iranienne, ou livrés par l’Iran.]

La plupart des infrastructures qui ont été la cible des bombardements ont été construites à l’époque soviétique. En URSS, ces structures étaient construites en tenant compte a priori de la possibilité qu’elles soient bombardées, peut-être même avec des charges nucléaires. Leur conception incluait de multiples niveaux de sécurité. Le taux de survie de ces structures est tout simplement fantastique, comme le montre la situation du pont Antonovsky sur le Dniepr. Les forces ukrainiennes n’ont pu que l’endommager, mais pas le détruire, même si elles ont tiré sur lui environ deux cents «obus». En l’espace de deux ou trois jours, toutes les centrales électriques endommagées ont repris leur activité et les dégâts ont été réparés. Et les nouvelles en provenance des lignes de front, une fois de plus, étaient décevantes.

Dans une telle situation, de plus en plus de personnes (non seulement les opposants et les militants anti-guerre, mais aussi les cadres liés au Kremlin) commencent à penser non pas au déroulement de la guerre, mais à ce qui se passera après la guerre. L’histoire russe nous rappelle que chaque défaite militaire majeure a conduit à un déclenchement de réformes importantes ou à une révolution. Il est clair que la guerre ukrainienne, surnommée «opération militaire spéciale», ne fera pas exception.

Bien sûr, Poutine ne peut ni cesser la guerre ni admettre la défaite. Les deux scénarios pourraient bien signifier l’effondrement de son régime. Cela explique, en partie, pourquoi les diplomates et les politiciens russes proches du Kremlin ont commencé à appeler à des négociations. Ni le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, ni la présidente du Conseil de la Fédération, Valentina Matveenko, n’ont posé de conditions claires pour un éventuel arrangement, mais il est plus que clair que le retrait des troupes russes des territoires occupés est inacceptable pour le régime de Poutine et que laisser ces régions sous occupation est inacceptable pour la partie ukrainienne. [Mercredi 19 octobre, Vladimir Poutine a ordonné l’instauration de la loi martiale dans les quatre territoires ukrainiens de Donetsk, Lougansk, Kherson et Zaporijia, en partie occupés par Moscou et officiellement annexés par la Fédération de Russie en septembre – Réd.]

Ne voyant aucun moyen de négocier avec Kiev des conditions acceptables pour Poutine, les diplomates du Kremlin espèrent négocier avec l’Occident en passant par-dessus la tête des Ukrainiens. Mais quel que soit le cynisme des politiciens des Etats-Unis et de l’UE, il ne faut pas espérer le succès de telles démarches. Poutine est devenu trop nocif. Pour les Ukrainiens, le préalable pour des négociations réside dans son éviction du pouvoir. Une grande partie de l’élite russe serait tout à fait satisfaite d’une telle issue, mais cela semble peu probable étant donné que Poutine lui-même n’acceptera jamais une telle éventualité.

On ne sait pas encore comment le «problème Poutine» sera résolu, mais certains signes indiquent que la lutte pour la succession est déjà en cours au Kremlin et dans ses alentours. Comme l’a révélé une enquête (lancée par le bureau du procureur le 14 octobre à l’initiative de l’Etat-major), les correspondants de guerre et d’autres personnes fidèles à Poutine et soutenant sa guerre avaient tendance à rendre les généraux de l’armée responsables des défaites et appelaient à une extermination du peuple ukrainien comme solution au problème. Les militaires n’ont jamais été satisfaits de ces critiques et propositions, mais jusqu’à récemment, ils sont restés silencieux. Aujourd’hui, la situation change et ils commencent à riposter.

Les cercles dirigeants de l’Occident et de la Russie seraient très probablement en mesure de trouver un compromis pour assurer la préservation de l’ancien système, mais sans Poutine (les noms des éventuels candidats à la présidence sont déjà discutés ouvertement par les politologues et les fonctionnaires russes). Mais il est peu probable que les cercles dirigeants parviennent à garder la situation sous contrôle, en évitant des changements plus profonds.

Paradoxalement, les patriotes désabusés et les opposants (tant libéraux que de gauche) sont presque unanimes à déclarer que le système est complètement détraqué. La propagande du Kremlin continue d’effrayer les gens avec le fait qu’en cas de défaite dans la guerre et un changement de régime, la Russie serait menacée de désintégration et de chaos. Mais même si ces histoires semblent convaincantes pour la masse de la population, la plus haute hiérarchie bureaucratique elle-même est bien consciente que la vraie menace n’est pas celle-là. Une économie construite sur l’extraction et le transport de matières premières à l’étranger présuppose la préservation d’un espace politique et économique unifié. Personne ne viendra couper le pipeline en plusieurs morceaux.

Le véritable problème auquel les dirigeants de la Russie post-Poutine – quels que soient leurs sympathies et leurs sentiments – devront faire face est qu’ils devront lancer des réformes susceptibles de saper leur propre pouvoir. D’une part, pour rassurer l’Occident, il faudra prendre au moins quelques mesures de démocratisation politique, même si elles ne sont que cosmé-tiques. D’autre part, les classes laborieuses exigeront des changements sociaux, une plus grande égalité, l’annulation de la réforme impopulaire des retraites et la redistribution des richesses.

La crise liée à la guerre et les conditions préexistantes à cette dernière démontrent clairement que le modèle de capitalisme oligarchique qui s’est instauré en Russie au cours des 30 dernières années touche à sa fin. Comme l’a déclaré un de mes amis, nous, les Russes, avons une vieille tradition: «Chaque fois que nous perdons une guerre, nous déclenchons une révolution.»

(Article publié le 21 octobre par The Nation; traduction rédaction A l’Encontre)

Boris Kagarlitsky, «dissident», a été prisonnier politique en URSS sous Brejnev, puis député au conseil municipal de Moscou (arrêté à nouveau en 1993 sous Eltsine). Depuis 2007, il dirige l’Institut d’études sur la mondialisation et les mouvements sociaux à Moscou, un groupe de réflexion de gauche russe. Il est le rédacteur en chef du magazine en ligne Rabkor. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont les deux derniers parus en anglais sont Empire of the Periphery. Russia and the World System (Pluto Press, 2007) et From Empires to Imperialism (Routledge, 2014).

24 octobre 2022  Boris Kagarlitsky

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22 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

gb (lo)

changeur

Grande-Bretagne : rassurer la finance, faire payer les travailleurs

Le 14 octobre, sous la pression des marchés financiers, la Première ministre, Liz Truss, a fini par se séparer de son ministre de l’Économie, Kwasi Kwarteng.

Dès le 17, son remplaçant, Jeremy Hunt, a esquissé un nouveau projet de budget taillé sur mesure pour rassurer les capitalistes, mais pas moins nuisible que le précédent aux intérêts du monde du travail.

Le mini-budget présenté le 23 septembre par Kwarteng, comprenant dépenses publiques en hausse et baisses massives d’impôts, au lieu du choc de croissance promis, n’avait réussi qu’à faire dévisser la livre sterling et paniquer les propriétaires de capitaux. Car ­Kwarteng avait omis de fournir des données un tant soit peu crédibles quant au financement de ses mesures. C’est ce vent de panique boursier qui a conduit à son limogeage après seulement six semaines à son poste.

En nommant Hunt à la place de son alter ego, Truss a été contrainte de manger son chapeau. Car les premières annonces de Hunt sont un détricotage en règle de ce qui faisait l’essence du « trussisme ». Pour tenter de restaurer la confiance de la haute bourgeoisie, il a en effet mis un point d’honneur à présenter un budget moins dispendieux, loin du Big Bang initialement voulu par sa cheffe.

Truss, qui voulait supprimer la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu, a dû faire machine arrière.

Elle voulait un impôt sur les bénéfices des sociétés à 19 %, Hunt va le porter à 25 %. Pour ramener de l’argent dans les caisses de l’État, il ne se contente pas de limiter, un peu, les cadeaux fiscaux aux plus riches. Il va surtout revoir à la baisse l’enveloppe de 100 milliards de livres avec laquelle Truss prétendait plafonner les dépenses énergétiques à 2 500 livres par an pour un foyer moyen. La mesure, qui ne durera que six mois au lieu de deux ans, prendra fin dès avril 2023. Et tant pis si les factures de millions de travailleurs repartent alors à la hausse !

Le rétropédalage de Truss et les engagements de Hunt, aidés par le rachat à grande échelle d’obligations d’État par la Banque d’Angleterre, ont pour l’instant stoppé la dégringolade de la livre. Mais aucun expert ne se hasarde à parler de rétablissement durable, tant l’avenir de l’économie britannique est incertain. Le ralentissement de l’activité depuis le Brexit est évalué à 4 % et les prévisions de croissance pour les mois à venir sont nulles voire négatives.

Quels que soient les prochains soubresauts de cette économie folle, les travailleurs payent déjà le prix fort pour ses dysfonctionnements, avec un pouvoir d’achat et des conditions de travail ramenés une génération en arrière. Comme si cela ne suffisait pas, les mesures annoncées vont alourdir l’addition. En promettant de relever son taux d’intérêt de 2,25 % à 4,5 %, la Banque d’Angleterre va renchérir le coût des remboursements immobiliers de millions de Britanniques, déjà étranglés par la flambée de tous les prix. Leur hausse, d’au moins 6%, sera répercutée sur les loyers.

Quant à Hunt, il annonce la couleur plus franchement encore que Truss, qui prétendait satisfaire les plus aisés tout en protégeant les plus vulnérables. Lui parle de « décisions difficiles », sans cacher qu’il s’apprête à tailler dans les effectifs de la fonction publique et dans les services rendus à la population. Ex-ministre de Cameron et de May, comme Truss elle-même, il en connaît un rayon en matière de politique d’austérité… Pour compléter le tout, le gouvernement envisage de nouvelles entraves au droit de grève, déjà fort restreint en Grande-Bretagne.

La nomination de Hunt suffira-t-elle à sauver le gouvernement Truss ? Les députés du Parti conservateur sont partagés entre l’envie de se débarrasser d’une cheffe déjà décrédibilisée après moins de deux mois à son poste, et la peur d’attiser ainsi jusqu’à l’autodestruction les divisions qui le minent. Le désarroi des Tories fait le bonheur des politiciens travaillistes, qui se réjouissent de leur avance de 30 points dans les sondages et se tiennent prêts, au cas où les prochaines élections législatives, prévues en décembre 2024, devraient être avancées.

Pour les travailleurs, la question n’est pas de savoir qui occupe Downing Street :

Truss, un éventuel remplaçant conservateur, ou le chef du Labour Keir Starmer. Quoi qu’en disent les ­dirigeants des syndicats, favorables au retour du Labour aux affaires. De la part de responsables politiques qui se veulent tous des gérants loyaux du capitalisme, les exploités n’ont que des coups à attendre. La priorité est de renforcer les mouvements sociaux en cours, et d’œuvrer à ce que les grèves, jusqu’à présent dispersées, débouchent sur une lutte d’ensemble contre le grand patronat.

Thierry Hervé 19 Octobre 2022
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14 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

ukrainien (pdg)

ukraine

La longue lutte pour l’existence de l’ukrainien

Le 21 février 2022, Vladimir Poutine prononce un long discours dont le but est de justifier l’invasion de l’Ukraine, lancée seulement trois jours plus tard.

D’après le président russe, l’État ukrainien est une invention illégitime et l’identité distincte des Ukrainien·ne·s n’est rien d’autre que le produit d’une manipulation étrangère.

Les Russes, les Ukrainien·ne·s et les Biélorusses constituent pour lui une seule et même nation, tandis que la politique promouvant la langue et la culture ukrainiennes ne serait qu’une preuve du «génocide» à l’égard des russophones vivant sur le territoire ukrainien et justifierait de ce fait l’invasion du pays.

La question de la langue semble donc jouer un rôle important dans le déclenchement de l’invasion russe et dans le conflit entre les deux pays qui l’a précédée. Afin de comprendre la guerre que Poutine mène contre l’Ukraine et son peuple, il faut porter un regard attentif sur la place que l’Ukraine, son État, sa langue et sa culture occupent dans l’imaginaire impérial et national des Russes.

L’impérialisme tsariste

Après la chute de l’État médiéval de la Rus de Kiev, démantelé par l’invasion mongole au 13è siècle, une grande partie des terres qui constituent l’Ukraine actuelle reviennent à la Pologne-Lituanie, et ce n’est qu’aux 17 et 18è qu’elles passent sous contrôle russe.

C’est donc l’intégration de ces nouveaux territoires qui a donné naissance à l’idée d’une nation russe unissant les trois peuples, une idée maintenant ressuscitée par Vladimir Poutine. À l’époque, l’objectif de ce projet était de se doter d’un groupe hégémonique qui permettrait d’exercer plus facilement la domination sur les peuples non orthodoxes et non slaves de l’empire. Le contrôle de l’Ukraine était donc une pierre angulaire dans le projet de l’Empire russe mais aussi et surtout dans le projet de la Nation russe. L’affirmation d’une identité ukrainienne distincte était de ce fait perçue par les élites tsaristes comme une menace existentielle pour leur État.

En 1863, la publication et l’enseignement en langue ukrainienne sont totalement interdits. Cette politique a conduit à une situation, probablement unique dans l’histoire européenne, de baisse du taux d’alphabétisation de la population entre le milieu du 18 au 19è. L’inégalité dans l’accès à l’éducation est l’un des facteurs de reproduction des inégalités sociales. Au 19è siècle, la société ukrainienne est donc marquée par une opposition entre une campagne «arriérée» et des villes russifiées, qui servent en même temps de centres de la domination impériale.

Dans ces conditions, comment la langue ukrainienne a-t-elle pu survivre et se développer malgré tout?

En effet, les infrastructures nécessaires à l’émergence d’une identité nationale commune, telles que le développement des villes et des communications, une scolarisation généralisée, ou le développement d’une administration centralisée efficace, restent largement sous-développées. Les autorités tsaristes, disposant des ressources presque illimitées de leur vaste empire, sont peu enclines à investir dans le projet coûteux qui aurait consisté à véritablement russifier l’Ukraine, en l’intégrant au développement de la nation russe.

Plutôt que de se lancer dans cette politique, elles recourent à la répression brute contre la langue ukrainienne. Il est pourtant déjà trop tard: à cette époque, les poètes et les écrivain·e·s ukrainien·ne·s, qui sont fasciné·e·s par le romantisme et pour qui la défense de leur langue maternelle constitue un marqueur politique important, conceptualisent déjà leur ethnie comme une nation.

En somme, la prédation des élites tsaristes, le sous-développement étatique ainsi qu’une répression tardive et incohérente ont empêché l’assimilation des Ukrainien·ne·s à la Russie. De manière générale, la volonté des élites politiques de préserver leur empire multiethnique tout en construisant en même temps un État-nation slave est l’une des raisons de la fragilité inhérente de l’État russe. La résistance des Ukrainien·ne·s contre ces projets est perçue comme la pire des trahisons.

Imposition du russe et soviétisme

En 1917, l’empire éclate. L’éveil national et de classe prend rapidement son essor. Les paysan·ne·s ukrainien·ne·s revendiquent non seulement leur droit à la langue, mais elles et ils exigent aussi que leur subjectivité, celle d’actrices·eurs politiques à part entière, soit reconnue.

L’arrivée sur la scène politique de cette masse «obscure» énerve les classes urbaines, y compris les socialistes qui se conçoivent comme les représentant·e·s des intérêts de la classe ouvrière des régions industrielles du Sud et de l’Est ukrainien.

Comme l’explique un des membres du parti, pour eux, «l’Ukraine en tant que telle n’existe pas, car elle n’existe pas pour un ouvrier de la ville». Un autre écrit que la «tragédie» réside dans le fait que les bolcheviks tentent de gagner une influence sur la paysannerie «à l’aide de la classe ouvrière, russe ou russifiée, qui méprise la moindre trace de la langue et de la culture ukrainiennes».

La détermination avec laquelle un grand nombre d’Ukrainien·ne·s ont lutté pour leur souveraineté les armes à la main convainc cependant les bolcheviks que des dispositions spéciales doivent être prises pour s’assurer le contrôle de cette population.

En 1923, Moscou introduit donc une politique visant à promouvoir les langues non russes. Avec Staline, le retour en force des politiques assimilatrices s’accompagne d’une violence étatique qui prend des formes extrêmes, allant jusqu’aux pratiques génocidaires.

Ces dernières ont d’ailleurs aussi frappé l’Ukraine, avec la famine de 1932-33, sciemment planifiée par Staline (un événement appelé Holodomor en Ukraine). La division coloniale du travail entre la ville et la campagne se reproduit et se renforce, garantissant aux citoyen·ne·s soviétiques russes et russifié·e·s des positions sociales privilégiées pour l’accès aux revenus, aux qualifications, au prestige et au pouvoir dans les républiques périphériques.

Après l’époque stalinienne, on assiste à la promotion d’une identité soviétique qui se confond totalement avec la russité. Bien qu’aucune loi ne l’interdise, parler l’ukrainien en dehors du contexte privé est alors perçu comme une expression d’hostilité envers le système. Parler le russe est au contraire un moyen de manifester sa loyauté vis-à-vis de l’ordre existant et son respect de la hiérarchie entre les «peuples-frères».

Le russe devient alors une langue dominante dans tous les domaines de vie publique: économie, administration, culture, presse, enseignement. Ainsi, de plus en plus d’Ukrainien·ne·s abandonnent leur langue, qui devient un marqueur d’infériorité culturelle entravant la mobilité sociale.

La modernisation et l’urbanisation soviétiques sont accompagnées par le renforcement de la culture impériale dominante, qui perpétue des inégalités structurelles significatives entre les russophones et les locutrices·eurs ukrainien·ne·s.

L’élite post-soviétique n’a ni la volonté ni les moyens nécessaires pour corriger ces déficiences structurelles, de sorte que leurs politiques opportunistes visent en grande partie la préservation du statu quo. La loi qui donne à l’ukrainien le statut de langue officielle a été adoptée sous le régime soviétique en 1989 et elle est restée en vigueur jusqu’en 2012.

Après 1991, l’avènement du capitalisme et la faiblesse de l’État ne jouent pas en faveur de la langue ukrainienne. Souffrant de son image d’infériorité, privée de toute aide de la part de l’État, méconnue à l’étranger, la production médiatique, culturelle et artistique de l’Ukraine ne peut pas faire concurrence avec le marché russe en pleine expansion. De surcroît, à partir de 2004, les différents clans d’oligarques en concurrence pour le pouvoir alimentent artificiellement le clivage socio-linguistique afin de pouvoir mobiliser leurs électorats respectifs autour des questions identitaires.

Un enjeu très actuel

En 2012, les forces politiques pro-russes passent une loi qui était censée assurer la protection des langues minoritaires, mais leur campagne tourne en réalité uniquement autour de la «défense du russe». Lors de la destitution du président Ianoukovitch en 2014, le parlement tente d’abroger cette loi.

Bien que cette décision n’ait finalement jamais été ratifiée, la Russie saisit cette occasion pour s’inquiéter de la discrimination des Russes par la «junte fasciste» en Ukraine, argument qui a servi pour justifier l’ingérence russe en Crimée et dans le Donbass afin, selon Moscou, de «sauver les compatriotes».

En 2018, le parlement adopte la loi qui rend obligatoire l’utilisation de l’ukrainien par les fonctionnaires d’État ainsi que dans la sphère publique. L’État ukrainien joue donc actuellement un rôle majeur dans la construction d’une identité commune aux habitant·e·s du pays. Ce peut paraître surprenant vu d’Europe occidentale, dans des pays où ce processus s’est déroulé il y a plus d’un siècle. La situation de l’Ukraine, ayant obtenu son indépendance il y a seulement trente ans et restant sous la domination politique et culturelle russe jusqu’en 2014, ne peut pas être comparée à celle de nations appuyées sur un État propre depuis le XIXe siècle au moins.

Un futur linguistique à inventer

Certains individus font le choix conscient de commencer à parler en ukrainien afin de prendre leurs distances avec l’État poutinien, qui revendique le monopole absolu sur la langue et la culture russes, en considérant que l’utilisation de la langue russe et l’appartenance à son «espace civilisationnel» sont une seule et même chose.

En effet, depuis le début des années 2000, la Russie s’est lancée dans la promotion de la conception du «monde russe» en s’appuyant sur les russophones des pays voisins, qui se voyaient alors accorder une mission particulière. Celle-ci consistait dans une loyauté absolue envers l’État russe, ce qui supposait un appui inconditionnel à toutes les décisions du Kremlin.

Si, dans les années 2000, le «monde russe» était surtout un outil de soft power et d’influence internationale, il devient à partir de 2014 le moteur de l’irrédentisme russe, dont l’objectif est d’effacer l’Ukraine de la carte du monde. Se présentant comme le défenseur de la langue et de la culture russes, Vladimir Poutine nie rien moins que le droit des Ukrainien·ne·s à l’existence, tenant fréquemment des propos qui peuvent être qualifiés d’incitation au génocide.

Face à l’invasion russe et au traitement inhumain que subissent les civil·e·s de la part de l’armée d’occupation, les habitant·e·s du pays se sentent désormais avant tout ukrainien·ne·s, y compris dans les régions du pays où le russe reste la langue dominante.

Dans ces conditions peu favorables, certain·e·s Ukrainien·ne·s qui sont engagés dans la résistance à l’occupant continuent néanmoins de revendiquer l’utilisation du russe, défiant ainsi le privilège exclusif de Poutine d’imposer son pouvoir sur cette langue parlée par des millions de gens qui ne se reconnaissent pas dans son projet politique.

Utiliser la langue impériale en l’investissant d’un contenu décolonial pourrait devenir une solution pour une société ukrainienne bilingue, bien qu’elle ne soit pas facile à défendre aujourd’hui, au moment où les Ukrainien·ne·s luttent pour leur existence physique.

Cet article est complémentaire à notre dossier sur les langues publié dans Pages de gauche n° 185 (automne 2022).

9 octobre 2022 Hanna Perekhoda (chercheuse à l’Université de Lausanne)

https://pagesdegauche.ch/

Hanna Perekhoda (chercheuse à l’Université de Lausanne). La question des langues occupe une place importante dans les commentaires sur le conflit qui fait actuellement rage en Ukraine, comme on sait. Pour la traiter, il fallait davantage qu’une page de notre dernier dossier sur les langues, et, compte tenu de l’actualité, il nous paraissait en outre important que cette analyse soit immédiatement disponible en ligne. Vous pourrez donc lire ci-dessous un article de Hanna Perekhoda sur le sujet, qui vient compléter notre dossier sur les langues.

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12 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

belarus (jdd)

carte

Qui est Alexandre Loukachenko ?

Le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, a annoncé le déploiement de troupes communes avec la Russie en Ukraine. Qui est-il ?

Le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, a annoncé lundi le déploiement d’un groupement militaire « régional » avec Moscou , après avoir accusé l’Ukraine de préparer des attaques contre son pays. Le leader biélorusse, surnommé le « dernier dictateur d’Europe », est à la tête du pays depuis 1994 où il a été élu président pour la première fois à tout juste 40 ans. Cet ancien communiste gouverne depuis 1996 le pays sans opposition.

Lors des différents scrutins, Alexandre Loukachenko est à chaque fois réélu avec plus de 80 % des voix. Accusé à plusieurs reprises de fraude électorale, l’autocrate de 68 ans reconnaît publiquement avoir falsifié les résultats en 2006. La répression de l’opposition est systématique dans ce pays de 9,5 millions d’habitants

Depuis 2020, la Biélorussie est isolée sur la scène internationale. En cause ? La répression d’un vaste mouvement de contestation lors de la réélection de Loukachenko. Face aux manifestations dans le pays pour dénoncer le pouvoir en place, le régime avait alors procédé à plus de 35 000 arrestations, avec l’aide de la Russie.

Le pays est depuis visé par des sanctions occidentales, accroissant encore sa dépendance à l’égard de la Russie, son allié historique, qui lui fournit notamment ses matières premières. Si Alexandre Loukachenko soutient depuis le début l’offensive de la Russie contre l’Ukraine, il avait seulement permis jusqu’ici à Moscou d’utiliser le territoire biélorusse comme base arrière.

12 octobre 2022 Camille Sellier

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10 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

catalogne (le tél-radio canada)

boc catalogne

Un parti catalan d’avant le POUM

Le parti de Puigdemont décide de quitter le gouvernement indépendantiste catalan

Ce vendredi, le parti de Carles Puigdemont a décidé de quitter la coalition indépendantiste, à la tête de cette région, ayant tenté de faire sécession de l’Espagne en 2017.

La Catalogne s’est retrouvée, vendredi, plongée dans l’incertitude après la décision du parti de Carles Puigdemont de quitter la coalition indépendantiste à la tête de cette région ayant tenté de faire sécession de l’Espagne en 2017.

À l’issue de deux jours de vote, les militants d’Ensemble pour la Catalogne (Junts) ont voté à 55,73 % pour la sortie de leur formation de l’exécutif régional présidé par l’autre grande formation séparatiste, ERC (Gauche Républicaine de Catalogne).

Selon les résultats provisoires de cette consultation publiés vendredi, 42,39 % ont voté au contraire pour rester au sein de ce gouvernement.

ERC et Junts plus divisés que jamais

En déplacement à Prague pour le sommet des dirigeants de l’UE et des autres pays du continent, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a lancé un appel à la « stabilité » dans cette « période si complexe » pour la Catalogne.

Avec Carles Puigdemont alors à sa tête, la coalition indépendantiste composée de Junts et d’ERC a tenté, en 2017, de faire sécession de l’Espagne en organisant un référendum d’autodétermination, malgré son interdiction par la justice, avant de déclarer unilatéralement l’indépendance de la région. Madrid avait alors révoqué le gouvernement régional et suspendu l’autonomie de la région.

Cette tentative de sécession de la riche région du nord-est de l’Espagne reste la plus grave crise politique traversée par le pays depuis la fin de la dictature franquiste.

Cinq ans plus tard, ERC et Junts, qui gouvernaient ensemble la Catalogne depuis six ans, sont plus divisés que jamais sur la stratégie à suivre. Soutien du gouvernement central de Pedro Sanchez, ERC prône le dialogue avec Madrid, tandis que Junts défend une ligne plus radicale.

Le vote des militants de Junts en faveur de la sortie du gouvernement catalan apparaît comme une victoire pour Carles Puigdemont, qui conserve toujours une grande influence sur la formation depuis la Belgique où il a fui en 2017 pour échapper aux poursuites de la justice espagnole. La décision de Junts de quitter le gouvernement catalan ne va toutefois pas entraîner sa chute, au moins à court terme.

ERC « aura absolument besoin de sceller un accord avec les socialistes »

Le président régional Pere Aragonès (ERC), qui a assuré qu’il ne comptait pas convoquer un scrutin anticipé, a l’intention de gouverner la région en minorité. La principale hypothèse pourrait être un appui des socialistes de Pedro Sanchez au Parlement catalan, afin que l’exécutif régional puisse faire adopter ses textes clés comme le budget.

« Avec le nombre de députés » dont dispose ERC au parlement catalan, « il aura absolument besoin de sceller un accord avec les socialistes », juge ainsi Gabriel Colomé, professeur de sciences politiques à l’Université autonome de Barcelone.

Pedro Sanchez a assuré de son côté, vendredi, que son parti « tendra toujours la main en faveur du dialogue » et « de l’intérêt général de la Catalogne ».

Les tensions entre ERC et Junts avaient atteint la semaine dernière un point de non-retour. La formation de Carles Puigdemont avait menacé de réclamer au Parlement local le vote d’une motion de défiance contre Pere Aragonès, accusé de ne pas montrer un engagement clair en faveur de l’indépendance.

Furieux contre ce manque de loyauté, ce dernier avait limogé son vice-président Jordi Puigneró, plus haut représentant de Junts dans son exécutif. Les tensions chroniques entre ces deux partis avaient déjà entraîné la fin du précédent gouvernement régional, dirigé par Junts, et la convocation d’élections anticipées qui se sont tenues en février 2021 et à l’issue desquelles ils avaient formé une nouvelle coalition.

07 octobre 2022

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republica-catalana

En Catalogne, la fin du bloc indépendantiste et d’une époque

Fin d’une époque en Catalogne : Junts, le parti de l’ex-président Carles Puigdemont a décidé de quitter le gouvernement de coalition qu’il formait avec la gauche indépendantiste (ERC).

Le mariage de raison durait depuis 2012. Il avait notamment abouti à l’organisation contre vents et marées du référendum du 1er octobre 2017. Mais depuis l’échec de la tentative de sécession, les relations entre Junts, le parti de l’ex-président Carles Puigdemont, et la gauche indépendantiste (ERC), n’ont cessé de se détériorer. Le mouvement de Père Aragones, président de la région depuis 2020 a choisi la modération en acceptant le dialogue avec Madrid et en reconnaissant que la république catalane était impossible dans un très court terme.

En face, Junts, piloté depuis Bruxelles par Puigdemont, a misé sur la radicalité en appelant à défier l’État espagnol. C’est ce désaccord stratégique qui explique la rupture. « ERC s’est vendu à Madrid et a renoncé à l’indépendance, déplore Guillem, militant de Junts. On fait bien d’aller dans l’opposition, on ne pouvait pas continuer à se renier ainsi ». Avec ce divorce c’est en effet la fin de ce qu’on a appelé le « procès », le processus vers l’indépendance.

Madrid se frotte les mains

Junts dans l’opposition, la gauche indépendantiste entend désormais gouverner en solitaire et en minorité. Elle devra forger des alliances ponctuelles pour faire passer ses lois et son budget dans une période compliquée marquée par la crise mondiale liée à la guerre en Ukraine.

Du côté de Madrid, ce divorce est vécu comme une excellente nouvelle : la menace séparatiste s’éloigne. Pourtant, le pouvoir central ne devrait pas crier victoire trop vite. « La rhétorique indépendantiste va continuer » estime le politologue Marc Cases. Le discret Père Aragones n’a en effet rien perdu de ses convictions et entend conduire la Catalogne à l’indépendance. Même si cela prendra sans doute plus de temps que prévu.

Henry de Laguérie  09/10/2022

Lire aussi:

4 questions pour comprendre le mouvement indépendantiste en Catalogne

Commentaire:

Junts (avant : « CIU » Convergencia y Unio de Jordi Pujol) est le parti des classes aisées, le PP qui les représente en Espagne a disparu. ERC est le parti de la petite bourgeoisie nationaliste « de gauche ». Parfois « à gauche » parfois non (libéral). Les 2 formant le nationalisme institutionnel. Il y a aussi une gauche regroupant les groupes issus du PCE et leur allié PODEMOS (Comuns) ainsi qu’un parti d’extrême gauche, la CUP.

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10 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

belarus (jdd)

carte

Guerre en Ukraine : la Biélorussie s’allie à la Russie et envoie des troupes contre Kiev

Alors que plusieurs villes ukrainiennes ont été bombardées lundi, le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, a annoncé le déploiement de troupes communes avec la Russie. Il accuse l’Ukraine de préparer une attaque contre son pays.

Après plusieurs mois d’accalmie toute relative, la guerre en Ukraine semble prendre un autre tournant. En effet, ce lundi, plusieurs villes ukrainiennes ont été bombardées . Lundi après-midi, les autorités locales dénombraient 10 morts et 60 blessés. Les réactions internationales n’ont pas tardé.

Le porte-parole du secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres dénonce une « escalade inacceptable de la guerre » quand la ministre française de l’Europe et des Affaires étrangères, Catherine Colonna, évoque « un crime de guerre ». Mais, de son côté, Alexandre Loukachenko a décidé de prendre parti pour la Russie. Le président biélorusse a décidé d’envoyer des troupes communes en Ukraine. Selon, lui l’Ukraine, la Pologne et la Lituanie préparent une attaque contre son pays.

« Du fait de l’aggravation de la situation aux frontières occidentales de l’Union (russo-biélorusse), nous avons convenu de déployer un groupement régional de la Fédération de Russie et de la République de Biélorussie », explique-t-il. Pour Loukachenko, « L’entraînement en Pologne, en Lituanie et en Ukraine de combattants comprenant des radicaux biélorusses, pour mener des sabotages, des actes terroristes et un soulèvement militaire dans le pays, devient une menace directe »

« Un pont de Crimée numéro 2 »

Alexandre Loukachenko explique donc l’envoi de ces troupes communes comme une réponse aux menaces déclarées par l’Ukraine. « Hier, à travers des canaux non-officiels, on nous a prévenu d’une frappe en préparation depuis le territoire ukrainien sur la Biélorussie », se justifie le chef d’Etat. D’après lui, Kiev a l’intention de faire « un pont de Crimée numéro 2 », en référence à l’explosion qui a endommagé le pont de Crimée samedi 8 octobre . Il a donc exhorté Volodymyr Zelensky de ne pas toucher de « ses sales pattes ne serait-ce qu’un mètre du territoire » biélorusse.

La Russie et la Biélorussie n’ont apporté aucune information sur ce groupement militaire commun ni sur le nombre d’hommes déployés, ni sur la position de ce déploiement. L’entrée des forces biélorusses chez son voisin marquerait une nouvelle escalade du conflit en Ukraine. Car même si la Biélorussie, alliée de la Russie dans ce conflit, a déjà prêté son territoire à l’armée russe pour son offensive contre l’Ukraine, l’armée biélorusse n’a jamais participé jusqu’ici aux combats sur le territoire ukrainien.

10 octobre 2022 Samuel Azemard

https://www.lejdd.fr/International/

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05 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

méthane (écologistas)

La mer Baltique bouillonne à cause des fuites détectées dans les pipelines Nord Stream I et II reliant la Russie et l’Allemagne.

Entre-temps, la recherche commence à estimer les dommages écologiques causés à la fois aux écosystèmes marins et au climat. Il convient de rappeler que le méthane, principal composant du gaz que nous utilisons encore comme carburant, est susceptible d’accroître le réchauffement de la planète 84 à 86 fois plus que le CO2.

Quelques mois plus tôt, en juillet 2022, Ecologistas en Acción est parti à la chasse aux fuites de méthane. Les militants équipés d’une caméra d’imagerie optique du gaz (OGI) ont visité le système de transport du gaz dans le nord de la péninsule, ainsi qu’un champ pétrolier abandonné.

Cette délégation a visité le Pays basque, La Rioja, Cantabria, Asturias et Castilla y León. Sur les 21 infrastructures visitées, 10 présentaient des fuites importantes de méthane, dévoilant ainsi l’un des secrets de l’industrie pétrolière et gazière espagnole.

Nous exigeons une plus grande ambition dans la réduction des fuites de méthane et l’abandon des combustibles fossiles dans les meilleurs délais. Pour cette raison, Ecologistas en Acción a lancé la campagne.

https://www.ecologistasenaccion.org/

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05 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

felichu (pùblico)

asturies

“Felichu” en una imagen del libro “Arbetarnas Spanien” (España de los Obreros) publicado en Suecia en 1977

Adieu à « Felichu », protagoniste des grèves de ’62

Né dans une famille basque, il est arrivé dans les Asturies pendant la guerre civile, a travaillé dans les mines et s’est engagé dans le mouvement ouvrier et le parti communiste.

Félix Alberdi Gómez, plus connu sous le nom de « Felichu », l’un des poètes essentiels de Bertolt Brecht, est décédé.

Né le 7 avril 1932 dans une famille basque de la ville d’Arechavaleta, Guipúzcoa, il est le troisième d’une fratrie de quatre enfants. Alors qu’il a à peine quatre ans, et peu après le début de la guerre civile espagnole, son père est arrêté et lui, ses deux frères aînés et sa mère, qui est enceinte de leur quatrième enfant, sont déportés à Santander par voie maritime à bord du navire « Cervera ». Peu après, et par leurs propres moyens, ils se sont retrouvés dans les Asturies, où vivaient déjà des membres de leur famille à l’époque, et se sont installés dans la ville de « La Casa Nueva », à Langreo.

À l’âge de 9 ans, en raison des besoins familiaux dus à la guerre, il est contraint de travailler comme domestique, en s’occupant des vaches dans la ville de Balbona, Siero.

En 1946, à l’âge de 14 ans, il commence à travailler à la Mobiliaria del Milán à Oviedo. Trois ans plus tard, il commence sa vie professionnelle dans les mines, travaillant dans la mine de montagne « La Mododesta » à Sama de Langreo, d’où il est licencié en 1953 à la suite d’un conflit avec un contremaître, en raison de problèmes de travail.

La même année, il travaille à Pozu Lláscares ou Molinucu (aujourd’hui Pozu Candín), appartenant à l’entreprise Minas de Langreo y Siero.

En mars 1958, il fait partie du premier « comité de travailleurs », qu’il a créé dans le puits, pour appeler à la grève en solidarité avec la « grève » (8 jours) qui avait commencé à Pozu María Luisa et qui s’est étendue à plusieurs puits des rivières Nalón et Caudal. C’est son baptême dans la lutte du mouvement ouvrier. Quelques mois plus tôt, il avait rejoint le Parti communiste d’Espagne.

À l’occasion des grèves de 62, il a été arrêté le 28 août et après plusieurs jours dans les casernes de la police nationale à Oviedo, il a été déporté dans la ville de Piedrahita à Ávila, avec d’autres camarades.

Il a été autorisé à retourner dans les Asturies au bout de neuf mois et, en octobre 1963, il a été réintégré dans son poste avec plusieurs autres personnes qui avaient été licenciées.

En janvier 1967, une série d’améliorations salariales a été proposée dans la mine et deux des camarades qui faisaient partie de la « commission des travailleurs » ont été arrêtés, ce qui a conduit à un conflit de travail, avec un arrêt de la mine. Felichu était l’un de ceux qui ont mené la protestation. Il est à nouveau licencié et emprisonné pour cela, et reste en prison jusqu’au 5 novembre 1968.

À sa sortie de prison, il a activement participé à toutes les luttes en faveur de la réintégration des mineurs dépendants, devenant membre du FUSOA (Fondo Unitario de Solidaridad Obrera Asturiana).

En janvier 1970, il est à nouveau arrêté, accusé de propagande illégale (appel à la grève pour la réintégration des travailleurs licenciés), et est détenu dans les prisons de : Oviedo, León, Carabanchel et Jaén.

Il a recouvré sa liberté en 1972 et a commencé à travailler avec d’autres travailleurs licenciés dans la mine de montagne Miravalles II à La Collaona, Laviana.

Entre 1965 et 1975, il a été arrêté à plusieurs reprises et a passé plusieurs jours et/ou mois en prison, principalement accusé de propagande illégale, de menaces, de coercition, etc.

Avec l’amnistie de 1977, toutes les personnes licenciées de l’industrie minière ont été réintégrées dans leurs puits, mais il a été rejeté par la direction de l’ancien Pozu Candín et transféré au Pozu Pumarabule. Il a contribué à y fonder les CCOO.

En 1979, à la suite d’un conflit au puits, il a été suspendu de son travail pendant un an, mais avec un emploi et un salaire. Il a intenté un procès et gagné l’affaire, et on lui a rendu son emploi.

En 1982, en raison de problèmes de santé, il a reçu une pension d’invalidité.

En 1984, il a été distingué comme militant exemplaire par la Fédération minière de l’État de CCOO, dont Manuel Nevado alors le secrétaire général avec leader minier Manuel Nevado Madrid.

Benjamín Gutiérrez 4 octobre 2022

https://www.nortes.me/

Note:

Benjamín Gutiérrez est historien et directeur de la Fondation Juan Muñiz Zapico des CCOO des Asturies.

La grève avait la concurrence du charbon de l’état polonais.

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30 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

pêche (reporterre)

espece pro

« Une trahison » : l’Europe renonce à interdire une technique de pêche destructrice

Les autorités européennes ont renoncé, le 29 septembre, à interdire la senne démersale, une technique cruelle. Un échec dû, selon plusieurs défenseurs de l’océan, à l’abandon de la pêche artisanale par le gouvernement français.

La colère des défenseurs de l’océan et de la pêche artisanale est immense, depuis jeudi 29 septembre au soir. Alors que le Parlement européen avait voté, en juillet, en faveur de l’interdiction de la senne démersale dans les eaux côtières françaises, cette décision a été rejetée en trilogue. Les représentants du Parlement, du Conseil et de la Commission européenne ont décidé de laisser libre cours à cette technique de pêche « ultra-efficace » prisée des industriels néerlandais. « C’est une trahison aux intérêts de la nation », a réagi l’association Bloom dans un communiqué.

Apparue dans les eaux du nord de la France au début des années 2010, la senne démersale consiste à déployer des câbles vibrants, rattachés à un chalut, sur le fond de la mer. Leurs vibrations provoquent la formation d’un mur de sédiments, ce qui dissuade les poissons de fuir. Un « senneur » ratisse en moyenne 3 km² de fonds marins par action de pêche. En une journée, cinq bateaux de ce type peuvent rabattre l’équivalent de Paris dans leurs filets. « Les animaux marins n’ont aucune chance de s’en sortir », expliquait Claire Nouvian lors d’une conférence de presse, le 28 septembre. Selon les chiffres de l’association Pleine mer, on compte aujourd’hui 75 senneurs autorisés à pêcher en Manche.

La France, « premier lobbyiste des industriels »

À ses débuts, la senne démersale a conquis plusieurs pêcheurs français, qui n’ont pas hésité à investir plusieurs millions d’euros pour convertir leurs bateaux à la senne. Confrontés aux conséquences dramatiques de cette technique, la plupart sont aujourd’hui repentis. « Si l’on continue ces pratiques, dans cinq ans, il n’y aura plus personne. Il n’y aura plus assez de poissons », nous expliquait en mai dernier Alexandre Fournier, ancien senneur de Boulogne-sur-Mer.

Depuis l’apparition de la senne démersale dans les eaux françaises, les pêcheurs locaux ont vu les populations de rouget barbet, de grondin perlon, de carrelet, de sole, de limande, de barbue et turbot dégringoler. Dans le cadre d’un sondage organisé mi-septembre par le comité régional des pêches de Normandie et l’Organisation des pêcheurs normands, 205 d’entre eux (soit 98 % des sondés) [1] ont assuré être « favorables à l’interdiction de la senne démersale dans les 12 milles [des côtes, soit 22 km] pour tous les pavillons », français ou non.

« Conséquences économiques désastreuses »

Selon l’association Bloom, le gouvernement français n’aurait pas suffisamment défendu les intérêts des pêcheurs artisanaux français à Bruxelles, et serait responsable de l’échec des négociations en trilogue. « Le gouvernement est devenu le premier lobbyiste des industriels », déplorait Claire Nouvian le 28 septembre.

Malgré les nombreuses lettres envoyées par des pêcheurs artisanaux au secrétaire d’État à la mer, Hervé Berville, le gouvernement se serait aligné sur la position du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM). Ce dernier serait « trusté », selon Bloom, « par les intérêts industriels et notamment néerlandais, déterminés à éliminer la pêche artisanale et les pêcheurs côtiers ». « On s’est retrouvés face à un mur, a témoigné l’eurodéputée écologiste Caroline Roose sur Twitter. La pêche industrielle a gagné parce que le gouvernement [...] a fait en sorte que cet amendement ne passe pas. »

Lætitia Bisiaux, chargée de projet à Bloom, est pessimiste quant aux conséquences de cette prolongation du statu quo : « Ce scandale aura des conséquences économiques désastreuses pour les pêcheurs, qui avaient déjà payé un lourd tribut avec la pêche électrique qui a dévasté le port de Dunkerque ».

En mai dernier, plusieurs pêcheurs nous confiaient avec angoisse être sur le point de mettre la clé sous la porte : « J’ai une maison à rembourser, trois enfants à nourrir. Je ne sais rien faire d’autre. Je vais faire quoi, aller au McDo pour gagner 800 euros par mois ? » se demandait l’un d’entre eux.

Hortense Chauvin  30 septembre 2022

https://reporterre.net/

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