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06 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

felipe 6 (jdd)

catalogne a

Les Catalans ont-ils un problème avec la monarchie?

La déclaration ferme du roi d’Espagne Felipe VI à l’encontre des indépendantistes catalans met en lumière les tensions historiques entre la monarchie et la Catalogne.(…)

Le récit national catalan

Comme un symbole, la fête nationale catalane a lieu le 11 septembre. Date anniversaire de la prise de Barcelone en 1714 par le roi Felipe V, qui instaure alors une monarchie absolue et centralisée en Espagne et met fin à la principauté de Catalogne.

« Cette date fait partie des éléments de l’histoire que les indépendantistes utilisent pour établir un récit national catalan », explique au JDD Barbara Loyer, spécialiste de l’Espagne. Si la région retrouve de l’autonomie avec la Seconde République en 1932, elle est de nouveau réprimée sous Franco. A la mort du dictateur, le roi Juan Carlos Ier assure la transition vers la démocratie et la nouvelle Constitution qui accorde une certaine autonomie à la Catalogne. Il va même jusqu’à réaliser son premier déplacement officiel à Barcelone et finit son discours par quelques mots de catalan.

Pour autant, la relation particulière entre la région et la royauté perdure. En 1997, Barcelone accueille avec ferveur le mariage de l’Infante Cristina, sœur de Felipe VI, avant de lui retirer la médaille de la ville qu’elle lui avait octroyée suite à un scandale de détournement de fonds. Autre exemple, en 2015, Ada Colau, la nouvelle maire de Barcelone soutenue par le mouvement de gauche Podemos, décide de retirer le buste du roi Juan Carlos Ier de la salle du conseil municipal, provoquant une polémique.

L’indépendance liée à la République

Aujourd’hui, contrairement à l’Ecosse qui demandait son autonomie politique tout en restant sous la monarchie britannique (Pas tout à fait exact! NdB), la Catalogne lie son indépendance à l’instauration d’une République. L’un des slogans du parti indépendantiste d’extrême gauche CUP pendant la campagne du référendum était d’ailleurs de « balayer le capitalisme, la corrup- tion et la monarchie ». « Si les Catalans créent un Etat ce n’est pas pour nommer un roi de Catalogne. Déjà dans les années 30, les nationalistes étaient anti-monarchiques, rappelle Barbara Loyer. Il ne faut pas oublier non plus que c’est une ancienne terre d’anarchistes ».

En 2014, alors que Juan Carlos Ier décidait d’abdiquer pour laisser la place à son fils Felipe VI, le Parlement catalan votait déjà pour demander la tenue d’un référendum sur le choix entre la monarchie et la République.

« Tout ce qui représente l’Etat espagnol est entaché d’illégitimité pour les nationalistes », poursuit Barbara Loyer. Depuis, si le nouveau roi est venu pas moins de 23 fois en Catalogne pour des visites officielles, les relations ne se sont pas améliorées.

5 octobre 2017 Alexis Boisselier

http://www.lejdd.fr/

Lire aussi:

Els Segadors

 

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06 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

die linke (essf)

marx

Karl Marx : Salut! Je reviens!

Allemagne : Quelles perspectives pour Die Linke ?

(…) Alors que la gauche radicale a le vent en poupe depuis quelques années, Die Linke semble progresser très lentement et sans enthousiasme, alors que le contexte social est tout aussi insupportable qu’ailleurs. D’où vient cette stagnation et comment y remédier ?(…)

Face à ce paysage politique éclaté et très largement dominé par la droite conservatrice, et malgré l’omniprésence de la précarité et une certaine lassitude des Allemands à l’égard de leur chancelière, le parti de gauche radicale Die Linke, né en 2007 de la fusion d’anciens commu- nistes et de frondeurs du SPD, semble stagner dans les sondages et peine à élargir son électorat.

L’élan trouble-fête initial de la fin des années 2000 et la position de troisième force au Bundes- tag tenue depuis 2013 sont loin derrière. Les sondages, malgré bon nombre de limites, prévoient un score aux environs de 10%, une maigre progression par rapport aux dernières élections alors que la gauche radicale a le vent en poupe sur le reste du continent. Les raisons en sont multiples, mais il semble clair que de nombreux chantiers théoriques et stratégiques vont devoir s’ouvrir dans ce parti au terme des élections de cette année.

 La centralité de la question migratoire

En 2014, la chancelière Merkel fut critiquée pour avoir conduit une réfugiée palestinienne aux larmes en évoquant des raisons politiques pour justifier son impossibilité de lui accorder l’asile. L’un des thèmes qui a dominé la campagne électorale, contribuant assez largement à la domination sans partage de la scène politique allemande par Angela Merkel, est celui de l’accueil des réfugiés.

Le pays en a accueilli plus d’un million dans la seule année 2015 et les protestations d’une partie de la population allemande, notamment le fait du groupe Pegida, ont été nombreuses. Angela Merkel a su utiliser avec succès cet accueil pour mettre en avant la dimension huma- niste qu’il comprend, avant d’en restreindre très largement le flot à travers un accord avec la Turquie.

Cela lui a permis de satisfaire les exigences de son allié bavarois la CSU et d’éviter une fuite trop importante des électeurs a sa droite en faveur de l’AfD. Jusqu’ici, cette stratégie de trian- gulation, consistant à récupérer une demande politique de l’adversaire, a fonctionné à mer- veille en sa faveur, de la même manière que la mise en place d’un salaire minimum, revendiqué depuis longtemps par le SPD et Die Linke.

Le parti de la gauche radicale ne traverse pas ce contexte de la même manière : les prises de position de Sahra Wagenknecht, tête de liste de Die Linke, ont donné naissance a de longs débats et a une importante contestation au sein de son parti. Il est fort probable que ses orientations soient étrillées et présentées comme les raisons d’une mauvaise performance électorale une fois les résultats connus. Bien que le parlementarisme allemand cède moins à la personnalisation de la politique qu’en France, et que le parti, tout comme les Verts et l’AfD, présente deux têtes d’affiche, Sahra Wagenknecht en est de loin la représentante la plus connue.

En effet, à la suite des viols durant les célébrations du Nouvel An à Cologne, la candidate a appelé à la déportation, de manière individuelle, des réfugiés reconnus coupables de crimes, à renforcer les effectifs de police mis à mal par l’austérité budgétaire permanente et à limiter le nombre de réfugiés accueillis. Ce faisant, Wagenknecht est allée à l’encontre de la tradition humaniste et antiraciste de son parti.

Si le programme de Die Linke conserve les traits classiques de la gauche radicale accroissement de l’aide au développement, interdiction des exportations d’armes allemandes vers les pays en développement, critique des interventions armées occidentales et des impacts du libre-échange sur les populations vulnérables, il est indéniable que la position du parti sur cette question est devenue beaucoup plus opaque.

L’idée que les immigrés servent en général de main-d’œuvre bon marché au patronat allemand et que leur exploitation fait d’eux une population clé pour les propositions socio-économiques du parti fait consensus.

Toutefois, le parti doit aussi prendre en compte l’inquiétude grandissante des Allemands con- cernant la sécurité de leurs emplois, remise en question par l’arrivée d’une nouvelle armée de réserve, et l’exaspération quant au coût de cet accueil alors que l’Etat-providence a été cons- tamment fragilisé depuis une quinzaine d’années.

Ce problème d’articulation des demandes de différents pans de la société est parti- culièrement présent à l’Est où l’assise électorale de Die Linke et de l’AfD est plus forte qu’ailleurs et a mené le parti à une forme de tergiversation sur la question. Ces débats font d’ailleurs écho à ceux d’autres formations de gauche radicale en Europe, cherchant à articuler de la meilleure manière l’antiracisme et l’utopie d’un monde sans frontières avec la complexité de la réalité. Pour les intéressés, voici les arguments des soutiens de ce choix discursif et ceux de ses adversaires [3].

« Si le programme de Die Linke conserve les traits classiques de la gauche radicale, il est indéniable que la position du parti sur la question migratoire est devenue beaucoup plus opaque. »

Pour ne rien arranger, les prises de positions de Wagenknecht et de son conjoint Oskar Lafontaine, ancienne figure du SPD, ministre des finances de Gerhärd Schröder durant à peine quatre mois et membre fondateur de Die Linke, ont fait le jeu des médias hostiles, trop heureux d’exagérer les divisions et de torpiller Wagenknecht, mais aussi de ses adversaires de “l’aile droite” de Die Linke.

Les dirigeants de la région de Thuringe, land gouverné par Die Linke en coalition “rouge-rouge-vert” avec le SPD et Die Grünen, et qui n’hésite pas à participer aux déportations d’immi- grés organisées par le gouvernement fédéral, sont portant peu exemplaires sur la question.

Quant à “l’aile gauche” de Die Linke, à l’exception de son soutien à Sahra Wagenknecht, elle semble avoir manqué de stratégie claire depuis plusieurs années, d’après le récit de Loren Balhorn, membre berlinois de Die Linke et contributeur de Jacobin Magazine sur les thémati- ques allemandes. Ces chamailleries internes ne sont pas nouvelles dans un parti-cartel, mais elles tombent sans doute au pire moment, en aspirant l’énergie et la bonne volonté des militants dans des débats peu constructifs tant cette question est sujette au règne de l’émotion, au détriment des actions de campagne et des mobilisations.

Dès sa fondation, Die Linke a en effet hérité de plusieurs décennies de cultures politiques différentes:

Anciens communistes d’Allemagne de l’Est du défunt parti PDS, lui-même héritier du SED, le parti unique de la République Démocratique Allemande, militants des anciens groupuscules maoïstes et du parti communiste de l’Allemagne de l’Ouest, le stalinisme et le maoïsme n’étant que de lointaines affiliations partisanes abandonnées depuis par l’écrasante majorité des militants et transfuges du SPD en désaccord avec la politique de troisième voie néolibérale choisie par celui-ci dans les années 2000.

Cette addition des forces de gauche, proche de l’ancien Front de Gauche, de Syriza en Grèce ou de Izquierda Unida en Espagne, était une réussite dans le contexte porteur de la naissance du parti en 2007: réformes Hartz et Agenda 2010 mis en place par le SPD et mouvement pacifiste-antimilitariste suite à la participation à l’intervention occidentale en Afghanistan, mais les évolutions politiques des dernières années ont fait ressurgir des divisions. 

Des orientations stratégiques a revoir ?

Le contexte politique n’est cependant pas la seule raison du creux de vague actuel, les choix stratégiques de Die Linke en sont également responsables. Suite à une percée lors des élec- tions fédérales de 2009 et des autres élections tenues à la même période, Die Linke a en effet envoyé la majeure partie de ses militants dans les Landtage (les parlements des Länder) ou au Bundestag (le parlement fédéral, situé à Berlin) et s’est largement focalisé sur le travail parlementaire.

S’en est suivi un désinvestissement de la sphère des mouvements sociaux et un éloignement vis à vis des citoyens : Loren Balhorn parle à ce sujet d’une “normalisation” qui rend le parti moins attractif aux yeux des déçus de la politique, dont l’AfD est la première à profiter. Néanmoins, celui-ci insiste sur le fait que l’apparition de Die Linke a offert un visage et une voie à la gauche radicale, mais aussi des ressources financières, matérielles et même intellectuelles via la fondation Rosa Luxemburg.

Par ailleurs, le parti semble avoir pris la mesure de la nécessité de participer aux mouvements sociaux et de penser le parlement comme un miroir des confrontations et des débats de la société plutôt que comme le lieu central de l’action politique. L’initiative de Bernd Riexinger, coprésident du parti, et de Katja Kipping, figure du socialisme libertaire, dénommée “connective party” [4], vise à expérimenter cette stratégie “dedans-dehors” en s’intéressant en particulier aux précaires du milieu hospitalier et aux nouveaux mouvements sociaux des indus- tries de services : fast-food, grands magasins, sécurité ou encore centres d’appels. En somme, les millions d’occupants de minis-jobs.

Demeure cependant une question cruciale sur laquelle Die Linke n’a jamais été parfaitement clair : celle de la position à adopter vis-à-vis du SPD.

En raison de ses scores limités et du proportionnalisme électoral allemand, Die Linke ne peut gouverner seul. Se montrer trop intransigeant sur ses demandes risque alors d’entraver les offres de coalition, d’enfermer Die Linke dans une opposition permanente et de décourager les électeurs de voter pour une force renonçant à l’exercice du pouvoir.

Sauf à obtenir une très peu probable majorité de voix, Die Linke est donc condamné à former des coalitions lorsque des occasions intéressantes se présentent. Seuls deux partis ont suffi-samment de poids politique et de proximité, parfois lointaine, tout de même, idéologique : Die Grünen et le SPD. Les scores des premiers sont similaires à ceux de Die Linke et ne permet- tent pas d’envisager une somme suffisante. Die Grünen a néanmoins suffisamment de malléa- bilité idéologique pour qu’on y trouve des anticapitalistes tout comme des néolibéraux, ce qui laisse un certain espace pour coopérer.

Difficile d’en dire autant du SPD, qui a abandonné le marxisme depuis le congrès de Bad-Godesberg en 1959, mis en place des mesures libérales très controversées sous Schröder et participé à deux grandes coalitions avec la CDU-CSU de Merkel (2005-2009 et 2013-2017). Toutefois, le SPD gouverne en coalition avec Die Linke en Thuringe, au Brandebourg et à Berlin.

En raison de sa structure complexe faite de nombreux courants, Die Linke est régu- lièrement divisé sur la position à adopter vis-à-vis de du SPD : le Forum Socialisme Démocratique (Forum Demokratischer Sozialismus) et le Réseau de la Gauche Réformiste (Netzwerk Reformlinke) sont favorables à des alliances alors que d’autres courants les rejettent.

La Gauche Anticapitaliste (Antikapitalistische Linke) à laquelle appartient Sahra Wagen-knecht demande quant à elle des garanties minimales telles qu’un moratoire sur les privati- sations ou sur la baisse des dépenses sociales. Les premiers slogans de Die Linke “Richesse pour tous” et “plus la gauche est forte, plus le pays devient juste socialement”, en plus d’être creux, semblaient tendre une main au SPD pour peu que celui-ci veuille bien lâcher un peu de lest sur certaines questions.

L’année 2017, marquée par l’accession à la tête du SPD de Martin Schulz, au discours plus critique vis-à-vis de l’Agenda 2010 que nombre de ses prédécesseurs mais apparaissant cependant prêt à gouverner avec Merkel, a une nouvelle fois fait ressurgir ces débats. Cette année, Die Linke s’oriente vraisemblablement à nouveau vers l’opposition.

 Que changer ?

A l’aune de ce bilan en demi-teinte, résultats corrects et enracinement confirmé d’une force importante à la gauche du SPD mais errements stratégiques, Die Linke va sans doute devoir travailler en profondeur à rendre son message plus audible. Le programme est globalement complet et certains visages bien reconnus à l’échelle nationale, mais il est temps de refaçonner la communication du parti pour qu’il cesse enfin d’apparaître en marge de la centralité politique exercée par le SPD et l’union CDU-CSU.

Die Linke ne peut mener une opposition institutionnelle permanente et attendre la bonne volonté d’un dirigeant du SPD pour pouvoir mettre en œuvre ses propositions, le cas Schulz en est la démonstration irréfutable. Peut-être qu’une figure comparable à Jeremy Corbyn ou à Pedro Sánchez émergera et transformera le SPD, mais que se passera-t’il si ce n’est pas le cas ? Et si cela prend cinq ou dix ans, durant lesquels la précarité et la pauvreté continueront d’augmenter en dehors des secteurs tournés vers l’exportation qui bénéficient des conventions collectives et de la cogestion avec les syndicats ?

Le choix d’une structure de parti-cartel est évidemment critiquable mais en changer paraît compliqué, au moins à court-terme. La communication du parti, elle, peut être revue bien plus rapidement. Die Linke ne peut continuer à apparaître comme l’hémisphère gauche du SPD qui lui rappelle de temps en temps son passé glorieux de défense du prolétariat. Le parti doit revendiquer la centralité du jeu politique, non pas sur un axe gauche-droite vidé de sa signification par les grandes coalitions, mais sur un clivage à créer entre le peuple victime de l’ordo-libéralisme et des élites politiques et économiques dont le programme se résume à la préservation du statu-quo.

En bref, un discours populiste similaire à ceux qui ont porté en quelques années la France Insoumise, Podemos, Jeremy Corbyn ou Bernie Sanders plus proches du pouvoir que n’importe quelle force de gauche radicale depuis 30 ans.

Rien ne force non plus Die Linke à conférer à Die Grünen l’hégémonie des questions envir- onnementales. Le scandale lié au diesel, la part toujours trop importante du charbon dans le mix énergétique, les grands projets inutiles comme le nouvel aéroport de Berlin ou le projet ferroviaire Stuttgart 21 [5] suscitent une vague de contestation qui ne peut être ignorée. On entend pourtant trop peu Die Linke sur ces sujets.

Face au peu d’entrain que suscite des élections que l’on dit jouées d’avance et à une situation sociale qui ne s’améliore pas, la demande d’une alternative monte inexorablement.

Elle ne tardera pas à éclater au grand jour lorsque la phase de prospérité actuelle montrera des signes de faiblesse et que la chancelière Merkel, exténuée par 4 années supplémentaires d’exercice du pouvoir, ne saura y répondre. Merkel a certes privé ses adversaires de reven- dications phares comme le salaire minimum, l’accueil de réfugiés et la sortie progressive du nucléaire, et elle devrait donc vaincre par K.O. dimanche.

Mais sa probable victoire écrasante ne sera pas un triomphe : elle signera l’ajournement d’une politique alternative et une résignation à la meilleure situation possible dans le carcan austéritaire, anti-inflationniste, libéral et mondialisé qui règne en Europe. La nature ayant horreur du vide, si Die Linke ne renouvelle pas rapidement son discours et sa stratégie globale, l’AfD saura en profiter. La droite radicale devrait obtenir un score comparable à celui de Die Linke, en baisse par rapport à son boom des deux dernières années. Elle va pourtant faire son entrée au Bundestag. La stabilité apparente de la politique allemande cache sans doute un avenir beaucoup plus tumultueux.

 

jeudi 23 mars 2017  William Bouchardon

http://www.europe-solidaire.org/

http://lvsl.fr/

Commentaire: Résumé d’un article écrit avant les élections qui n’a pas vu venir les néo-nazis, ni la déroute du SPD le PS allemand. D’autre part nous refusons le populisme « dépassant droite et gauche » çà peut aussi être le discours de Macron!

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05 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

rennes catalogne (npa)

rennes npoa

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04 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

dossier catalogne (regards+ npa)

Manuel Cervera-Marzal : « Le référendum catalan, c’est l’action de désobéissance civile la plus massive de l’histoire de l’Union Européenne »

Lire aussi:

Solidarité internationale contre la répression en Catalogne (Alternative Libertaire)

Catalogne-Etat espagnol. Déclaration de solidarité (A l’Encontre.ch)

Catalogne. Contre la répression et en défense des libertés (A l’Encontre.ch)

catalogne a

Catalogne : De la bataille des urnes à la grève générale (NPA)

« Pour le droit à l’autodétermination du peuple catalan » (NPA)

Solidarité internationale avec le peuple catalan mobilisé pour ses droits! (NPA)

La journée du référendum à Barcelone (NPA)

Contre la répression de Madrid : solidarité avec le peuple de Catalogne! (NPA)

«En Catalogne, l’imagination est massivement dans la rue» (NPA)

L’instant de vérité pour le mouvement indépendantiste catalan (NPA)

catalogne a

Un vibrant hommage aux grands-mères héroïnes du référendum (Révolution Permanente)

Débat sur la question catalane La (non) stratégie de la gauche anticapitaliste pour vaincre face au droit à l’auto-détermination (RP)

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04 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

catalogne grève générale (npa)

felipe 6

Catalogne: De la bataille des urnes à la grève générale

La délégation du NPA présente lors du référendum en Catalogne le 1er octobre a vécu deux journées intenses, enthousiasmantes et riches en enseignements sur ce vote historique et la mobilisation massive qui l’accompagne.

Près de 3 millions de Catalans ont voté dimanche dernier, donnant une majorité écrasante pour le « Oui » à l’indépendance de la Catalogne sous forme de république (rappelons que l’État espagnol est une monarchie constitutionnelle, héritée de la « transition » qui a suivi la dictature de Franco).

Et ce malgré le vol de 750.000 bulletins de vote par la police nationale envoyée pour réprimer violemment cet exercice démocratique. Ce qui s’est produit en Catalogne est un mouvement de désobéissance massive et une grande expérience d’organisation populaire.

Défendre le référendum

Avant la multiplication des intimidations, actions de répression, perquisitions, le mouvement indépendantiste catalan se traduisait par un processus plutôt institutionnel, accompagné de mobilisations massives lors de la Diada (Fête nationale de la Catalogne).

Mais, dans la dernière semaine, des comités de défense du référendum, impulsés au départ par la gauche indépendantiste, se sont créés partout.

Les associations de la société civile liées à la Généralité, comme l’Assemblée nationale catalane (ANC) ou Omnium, y ont participé, tout comme la base de Podem, de Catalunya en Comú (1) et de collectifs sociaux. Mais aussi les associations de parents d’élèves et les professeurEs, car les comités de défense ont constitué la colonne vertébrale de l’initiative « Écoles ouvertes » qui a recueilli des dizaines de milliers d’adhésions dans les premières heures de son lancement.

La délégation du NPA s’est rendue dans plusieurs lieux d’enseignement occupés par les élèves eux-mêmes ou par les parents. À l’école primaire Auro, dans le centre de Barcelone, Mari occupe l’établissement depuis le vendredi, au moment où la cloche a sonné la fin de la semaine : « L’idée est de maintenir l’école ouverte jusqu’au moment où les urnes arriveront ». Au lycée Ernest Lluch, les jeunes occupent durant toute la nuit et sortent dès 5h30 pour former un « mur humain » en cas d’intervention de la police.

Répression « comme sous le franquisme »

À l’aube, les téléphones vibrent pour renforcer les équipes qui défendent l’arrivée des urnes. À l’École industrielle, ce sont plusieurs milliers de personnes qui occupent l’ensemble du campus. Dès le matin, un des premiers bureaux de vote attaqué est celui où le président de la Généralité, Puigdemont, aurait dû voter.

Au total, 250 bureaux de vote ont été fermés (160 par les Mossos d’Esquadra police catalane qui n’est pas intervenue violemment et s’est même parfois posée en solidarité avec la désobéissance et 90 par la police nationale et la Guardia civil), selon l’équipe qui a supervisé le référendum.

L’objectif des attaques violentes, de la part du gouvernement espagnol, contre une résistance pacifique, était d’interdire physiquement le référendum après avoir prétendu dans tout la presse internationale qu’il ne se tiendrait pas. Elles visaient également à installer la peur pour que les gens n’aillent pas voter. Une violence condamnée tant par la presse internationale que par les manifestantEs réunis dans plusieurs villes de l’État espagnol. La délégation d’obser- vateurs britanniques, dont quatorze parlementaires, a déclaré être « en état de choc » et annonce poursuivre l’État espagnol devant la Cour de La Haye.

Grève générale !

Avant le référendum, seuls trois syndicats alternatifs ont appelé à une grève générale le 3 octobre. Mais la répression qui s’est abattue dimanche dernier a poussé les deux grandes confédérations syndicales (Commissions ouvrières et Union générale des travailleurs), mais aussi l’Assemblée nationale catalane, Omnium, des associations patronales de petites et moyennes entreprises et plusieurs associations à appeler à la mobilisation, sans faire usage du droit de grève. Pourtant, tôt le matin, des piquets se sont organisés en différents points du pays (2).

Cette grève est en soi une victoire qui ouvre la possibilité au mouvement ouvrier de donner une suite politique et sociale au référendum. La convergence entre les secteurs en grève, le maintien des comités de défense du référendum comme cadres d’organisation de quartier et l’occupation des places pourraient permettre aux revendications sociales et ouvrières de faire leur irruption dans le processus d’indépendance.

En effet, le gouvernement de la Generalitat est bien incapable de résoudre les pro- blèmes cruciaux du mouvement : l’affrontement avec la police nationale, le pouvoir des banques et des grandes entreprises du tourisme. Les revendications sociales pour les mi- grantEs, concernant le prix des loyers, les salaires, et l’auto-organisation dans les entreprises, les quartiers et la jeunesse seront la clé pour que le mouvement franchisse un nouveau cap !

Notes:

  • 1. Catalunya en Comú (Catalogne en Commun) est une coalition électorale composée de Podemos Catalogne (Podem, qui ne l’a pas rejointe en tant que parti), d’Initiative pour la Catalogne Verts (ICV), de la Gauche unie et alternative (EUiA), d’Equo et de la plateforme Barcelone en commun.
  • 2. Sous la pression, la direction madrilène de l’UGT a retiré son soutien à la grève, mais en laissant des marges de manœuvres à ses sections catalanes.

Mardi 3 octobre 2017 Alex G.

https://npa2009.org/

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03 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

la fuite (the guardian + izar)

La Police espagnole se retire devant une manifestation

Depuis la Catalogne, étendre la mobilisation par la grève générale

Communiqué de Izquierda anticapitalista revolucionaria (IZAR)

Le 1er octobre est finalement arrivé en Catalogne et, bien que Rajoy ait répété
qu’il n’y aurait pas de référendum, il y a eu des urnes, des bulletins de vote et des files
d’attente de milliers de catalanes et de catalans.
.
Au début de la matinée, les scènes de répression brutale ont continué à se dérouler
dans des écoles occupées tout au long de la nuit. Les forces de police ont agi avec des
gaz lacrymogènes et de balles de caoutchouc contre la mobilisation, les murs humains
et des sit-ins dans des villes et des villages au prix de plus de 830 blessés.
.
Nous ne partageons pas la fable du gouvernement selon qui les policiers catalans
(Mossos d’Esquadra) sont devenus la «police alliée du peuple catalan» face à la Garde
Civile et à la Police Nationale, les renforts venus de Madrid.
.
N’oublions pas le passé de répression contre le mouvement ouvrier et étudiant que la
police catalane a derrière elle. Ce ne sont pas des «camarades» du mouvement, ils jouent
le même rôle coercitif. Nous verrons sa conduite lors de la grève générale mardi.
.
Avec effet boomerang, ces derniers jours, ont eu lieu des rassemblements et des
manifestations de solidarité dans différentes villes du pays. La violence de l’État a connu
un retentissement international et la Catalogne est devenue une préoccupation pour l’UE.
Le droit de décider, protagoniste d’aujourd’hui, a touché le cœur comme jamais
auparavant le régime de 78 qui continue à s’effondrer. Cependant, comme nous l’avons
dit, aucun référendum ne conduira à une autodétermination effective sans la mobilisation
de la classe ouvrière et de la jeunesse.
.
L’appel à une grève générale Mardi 3 Octobre en Catalogne ouvre la possibilité de
donner la parole aux lieux de travail, d’étendre la lutte pour défendre les droits
démocratiques et d’ouvrir la question de savoir quel genre de société nous voulons:
.
Interdire les licenciements, refuser le paiement de la dette, abroger les conte-réformes
frappant le camp du travail, exproprier  les banques, etc.
.
La République catalane que veulent construire Puigdemont et Junqueras n’a rien à voir
avec un projet de Catalogne pour la classe ouvrière. Les déclarations du président qui
font appel aux valeurs de l’Union européenne révèle le désir d’un état catalan confortable
dans une économie de marché et sous les règles du déficit zéro. Nous savons qu’aucune
déclaration d’indépendance unilatérale ne rompra avec le capitalisme.
.
Avec le soutien de la CUP à la grève annoncée par le CGT, le CAC et le COS, cette même
nuit, se sont joints les CCOO et l’ UGT. Le jour de grève en Catalogne devrait être prolongé,
dépasser le terrain défensif et contre la répression de l’État pour faciliter l’auto-organisation
des travailleurs, construire dans les lieux de travail une grève qui enverra Rajoy dans les
cordes et affronter les politiques anti-travail des deux gouvernements de Rajoy et Mas-
Puigdemont.
.
Seule une réponse de classe est utile si elle est indépendante de la bourgeoisie catalane.
.
Cela exige que les organisations politiques et syndicales du reste de l’État avec une présence dans le monde du travail et de la jeunesse appuient de manière univoque, unitaire et aussi massive que possible cette grève et demandent aux dirigeants syndicaux de tirer du même côté et d’élargir la mobilisation au fil du temps.
.
Nous devons défendre dans les rues de l’État espagnol l’autodétermination nationale et
sociale de la Catalogne et expliquer qu’elle ne peut être réelle qu’avec l’extension de la
grève générale de la classe ouvrière et la mobilisation des jeunes.
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Pour Izquierda Anticapitalista Revolucionaria (IZAR),  le processus en Catalogne est une
opportunité donnée aux révolutionnaires d’intensifier la pression sur les capitalistes, de
faire tomber le gouvernement Rajoy et de renverser définitivement le régime de 78!
.
.
Commentaire: IZAR est une des deux organisations anticapitalistes de l’état espagnol
avec « Anticapitalistas » qui eux interviennent dans « Podemos ».
.
Lire aussi:
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02 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

roms (cnrs)

tintin_1

Qui sont vraiment les Roms de France ?

En 2016, 76 campements roms ont été évacués par les autorités françaises, sans propositions de relogement pour la plupart.

Depuis une quinzaine d’années, le « problème rom » est régulièrement soulevé dans les médias et les discours des hommes politiques, et pas seulement de façon rhétorique : en 2016, 76 campements roms ont été évacués par les autorités françaises selon la Ligue des droits de l’homme et près de 10 000 Roms ont dû quitter leur logement de fortune – soit deux Roms sur trois résidant sur le territoire français.

En parallèle, plusieurs milliers d’obligations de quitter le territoire français (OQTF) ont été « distribuées » dans ces mêmes camps. Malgré la politique d’exclusion mise en œuvre depuis la fin des années 1990, la population rom en France reste stable d’année en année, entre 15 000 et 20 000 personnes réparties dans les centres urbains : Paris et sa région, Nantes, Toulouse, Bordeaux, Marseille, Lyon, Lille, Clermont-Ferrand, Saint-Étienne, etc. « On est très loin de l’invasion fantasmée par certains, souligne l’anthropologue Alain Reyniers, directeur scientifique de la revue Études tsiganes.

Pourtant, nos sociétés se montrent extrêmement dures à l’égard des Roms : elles les voient comme une masse de gens, ce que les chiffres démentent, leur prêtent toutes sortes de comportements (voleurs, asociaux, fainéants…) et des intentions d’installation durable qui ne correspondent à aucune réalité, puisque la plupart d’entre eux sont seulement ici pour travailler quelques mois ou quelques années. » Alors, qui sont vraiment les Roms, et pourquoi tant de haine ?

Un problème de définition

Le premier problème auquel se heurtent les chercheurs est en réalité une question de défini- tion. « Rom », au sens large, est un terme générique qui désigne les lointains descendants d’une population ayant quitté l’Inde du Nord il y a plus de mille ans et dont la langue, le roma- nès, est apparentée au hindi. Plusieurs déplacements successifs à travers l’Europe ont cepen- dant « éclaté » cette population originelle en de multiples groupes.

Il n’y a plus grand-chose de commun entre les Manouches et les Gitans, installés en France et en Espagne depuis le début du 15è siècle, les Tsiganes, arrivés de Roumanie après l’abolition de l’esclavage dans ce pays au milieu du 19è siècle (pratique dont ils étaient les principales victimes), et les popu- lations venues d’Europe orientale et des Balkans depuis l’éclatement des républiques socia- listes, à la fin des années 1980. C’est pourquoi les chercheurs préfèrent parler de « Roms migrants » pour désigner les 15 000 personnes qui focalisent aujourd’hui l’attention dans l’Hexagone.

Aujourd’hui, il y a un amalgame entre les “gens du voyage”, qui sont citoyens fran- çais depuis des générations et les Roms venus en majorité de Roumanie et de Bulgarie.

«Aujourd’hui, il y a un amalgame entre ceux que l’on appelle les “gens du voyage”  des Manouches et Gitans pour l’essentiel, qui sont citoyens français depuis des générations et les Roms venus en majorité de Roumanie et de Bulgarie, qui sont des ressortissants de ces deux pays », souligne Céline Bergeon, géographe au laboratoire Migrations internationales, espaces et sociétés1 (Migrinter). Les autorités elles-mêmes font parfois la confusion… Et la chercheuse de citer l’exemple de ces Roms migrants installés dans des caravanes sur le parking d’un supermarché de Poitiers, auxquels les gendarmes ont demandé expressément de stationner sur l’aire de la ville réservée aux gens du voyage… «Sauf qu’ils n’ont aucun droit d’y accéder !» précise Céline Bergeon.

« La catégorie de “Tsiganes”, employée par les institutions européennes et plusieurs ONG internationales pour désigner l’ensemble de ces populations à travers le continent européen, entretient l’illusion d’une unicité ethnique et l’idée que ces populations seraient partout et de toute éternité confrontées aux mêmes problèmes : pauvreté, exclusion, discrimi- nation… », regrette de son côté Martin Olivera, anthropologue au Laboratoire architecture, ville, urbanisme, environnement2 (Lavue).

Les Roms eux-mêmes ne se voient pas comme un seul et unique groupe à l’échelle de l’Europe : ils sont de nationalités différentes, de religions différentes, certains sont catho- liques, d’autres orthodoxes, d’autres encore évangélistes, et sont loin de parler tous le roma- nès. « En Roumanie, leur situation est d’ailleurs plus contrastée qu’on veut bien le dire ici, complète Alain Reyniers. Il y a une petite bourgeoisie rom dont personne ne parle, des gens intégrés, des avocats, et des gens qui vivent dans une grande pauvreté ; il y a des groupes traditionalistes où les femmes portent jupes colorées et fichus, et d’autres très modernes… »

Une migration plus économique que politique

L’émigration rom actuelle vers l’Europe de l’Ouest et la France a débuté à la fin des années 1980, et s’est accélérée après la chute du Mur de Berlin : issus d’abord de Yougoslavie, puis de Hongrie et de Pologne, les flux migratoires sont devenus majoritairement roumains et bulgares dans les années 1990.

« Même si les régimes socialistes percevaient les Roms comme anachroniques, bon gré mal gré, ils leur ont assuré l’accès au travail, à l’école et à la santé. En revanche, ces derniers ont subi de plein fouet l’effondrement du système socialiste », explique Alain Reyniers. À Bistrita, en Transylvanie (nord de la Roumanie), certains Roms se retrouvent ainsi confrontés à un problème d’habitat ubuesque : ils vivent depuis quarante ans dans des maisons sur les- quelles ils n’ont plus aucun droit. « Ils ont été installés là par le régime communiste dans les années 1960-1970, souvent à la suite de spoliations, mais la transmission des droits fonciers ne s’est pas faite après la chute du Mur, explique Grégoire Cousin, juriste spécialiste de la question rom à la Maison des sciences de l’homme à Paris. Aujourd’hui, ils sont à la merci des politiques locales et le maire peut décider à tout moment de raser le quartier. »

La montée de l’ultranationalisme dans ces pays n’a pas facilité la situation des populations roms. « C’est en Roumanie que la population rom est estimée la plus nombreuse en Europe, avec 600 000 à 2,5 millions de personnes selon les critères utilisés et, dans l’ima- ginaire collectif, les Tsiganes symbolisent tout ce que la Roumanie ne veut plus être : un pays rural, féodal, marqué par des influences orientales », explique Martin Olivera. « La Roumanie dans son ensemble reste marquée par les stigmates d’une société post-esclavagiste qui, mal- gré ce lourd héritage, n’a jamais mis en place d’action positive de rattrapage ou de bienveillan- ce à l’égard des Roms », complète Grégoire Cousin.

Mais si le sentiment anti-Tsiganes est omniprésent en Roumanie comme dans d’autres pays de la région, pour les chercheurs, il est délicat de parler de violations des droits stricto sensu. « En milieu rural notamment, village par village, Roumains, Roms et parfois Hongrois de la minorité hongroise vivent côte à côte sans heurts majeurs », souligne ainsi Martin Olivera.

Dans les faits, le départ des Roms vers l’Europe de l’Ouest se fait avant tout pour des raisons économiques, à l’instar des millions de Roumains qui ont quitté leur pays ces vingt dernières années.

Le taux d’émigration des Roms n’est d’ailleurs guère différent du taux global en Roumanie, soit 20% de la population environ. « Les Roms de Roumanie sont pauvres mais guère plus que leurs voisins, analyse Martin Olivera. Beaucoup sont même propriétaires de leur petite maison. Ils émigrent car ils veulent améliorer leur situation et celles de leurs enfants : reconstruire leur maison, changer de quartier, de village, de ville, avoir un magasin ou une petite affaire… L’immense majorité des Roms migrants réinvestit l’essentiel de ses revenus “au pays”. »

Les bidonvilles roms, une exception française 

La France n’est pas la destination privilégiée des Roms migrants qui lui préfèrent l’Espagne et l’Italie, pour les activités agricoles, ou encore l’Allemagne. « En 2008-2010, il y avait entre 800 000 et 1 million de Roumains (Roms compris) dans chacun de ces pays, quand en France on les estimait à moins de 200 000 », relève Martin Olivera.

Pourtant, les Roms sont nettement plus « visibles » dans l’Hexagone que chez nos voisins, ce qui ne manque pas de renforcer le sentiment d’intolérance à leur égard. « En France, en raison de la crise du logement mais aussi d’une réelle discrimination dans l’accès à l’habitat, les migrants précaires d’origine européenne, qu’ils soient roms ou non, se retrouvent obligés d’habiter en bidonville, explique l’anthropologue. Ce n’est pas le cas en Espagne, par exemple, où une majorité de Roms arrivent à se loger dans le parc immobilier classique ou plus informel (sous-location, squat…). »

On dénombre quatre cents « campements illicites » dans l’Hexagone, selon la terminologie officielle, dont les deux tiers se trouvent en région parisienne.

Coincés près des voies ferrées ou sous des bretelles routières, ces bidonvilles faits de bara- ques en matériaux de récupération ou de vieilles caravanes offrent chaque jour une vue de désolation à des milliers d’automobilistes et de passagers des transports en commun… « Mal- gré les apparences, ces bidonvilles, surtout s’ils sont durables, sont moins miséreux qu’on les imagine vus de loin, nuance Martin Olivera. Certaines habitations sont même dotées de véranda avec double vitrage, comme le montrait bien Stella, le film de Vanina Vignal tourné en 2007 dans le bidonville du Hanul, à Saint-Denis en Seine-Saint-Denis. »

Fermé en 2010 après dix années d’existence, le Hanul reste cependant une excep- tion. Les évacuations régulières sont en effet la norme et certaines personnes peuvent se retrouver expulsées plusieurs fois au cours de la même année, ce qui ne fait que déplacer le problème, selon les chercheurs. Malgré la circulaire de 2012, qui demande d’effectuer un « diagnostic social et économique » avant chaque démantèlement de camp, l’immense majorité des expulsions en Île-de-France se font aujourd’hui sans proposition de relogement.

Les familles n’ont par conséquent d’autre choix que de reconstruire un bidonville quelques kilomètres plus loin. « C’est préjudiciable aux enfants qui étaient scolarisés dans les écoles voisines, regrette Martin Olivera, et cela donne l’impression d’un afflux continu de migrants. » Ces expulsions font aussi des victimes collatérales, certains couples avec enfants se retrouvant à la rue et dans l’obligation de faire appel au Samu social. « Ils sont sur la bascule du 115 et font des allers-retours entre les hôtels des quartiers d’affaires le week-end et les hôtels de tourisme la semaine, raconte Grégoire Voisin. Faute de chambres disponibles, il n’est pas rare que ces familles doivent passer une à deux nuits par semaine dans la rue. »

Si les chercheurs remettent en question l’efficacité des évacuations pratiquées depuis quinze ans, ils s’interrogent aussi sur leur base légale.

« Dans un premier temps, ce sont les juges saisis directement par les propriétaires de ces terrains situés en zone périurbaine, généralement des organismes publics ou parapublics qui ordonnaient ces évacuations au motif du respect de la propriété privée, détaille Grégoire Cousin. Ces dernières années, néanmoins, la justice a eu tendance à opposer le droit à la vie privée et familiale au strict respect de la propriété privée… »

La majorité des expulsions de bidonvilles sont désormais prononcées par les maires des communes concernées. « Les édiles mobilisent pour cela un article du Code général des collectivités territoriales les autorisant à pratiquer des expulsions dans les cas de “menace grave et imminente à l’ordre public. » Une interprétation de l’« ordre public » qui fait aujourd’hui débat.

Biffins, ferrailleurs ou intérimaires…

Les Roms migrants qui vivent dans l’Hexagone y viennent avant tout pour travailler, quelques mois ou quelques années. Si la mendicité, pratiquée surtout par les femmes, ou encore la musique dans le métro, font partie de leurs activités les plus visibles, ce sont loin d’être les seules. « Certains Roms sont biffins: ils récupèrent ce qui peut l’être dans les poubelles des quartiers aisés et monnayent ces objets sur le marché aux puces, détaille Céline Bergeon. La ferraille qu’ils ramassent et revendent aux ferrailleurs est une autre niche économique assez répandue. Ces personnes souvent peu qualifiées font aussi des boulots d’intérim, dans les abattoirs par exemple ou dans les activités de ménage… »

Avec une spécificité forte : les revenus issus de ces activités sont redistribués au sein de la famille. « On parle ici d’un modèle très différent de la famille nucléaire à l’occiden- tale, précise Céline Bergeon. Une famille rom s’apparente davantage à une “maisonnée”, au sein de laquelle vivent plusieurs familles nucléaires, frères, sœurs, cousins, parfois avec les grands-parents, ce qui peut représenter jusqu’à vingt ou vingt-cinq personnes. »

Autant le dire tout de suite : ces « réseaux familiaux », bien réels, n’ont rien à voir avec les supposés réseaux criminels des bidonvilles roms.

« Les activités criminelles concernent très peu de gens, assure Grégoire Cousin, à moins de considérer que la mendicité est un délit, évidemment. Certes, il y a eu des cas de vol ou de prostitution motivés par le remboursement de dettes prohibitives contractées en Roumanie, c’est le système de la “kamata”, qui voit les taux d’intérêt doubler tous les mois, et bien sûr tous les Parisiens connaissent les “fausses sourdes-muettes”, ce groupe de jeunes filles en rupture avec leur famille qui fait signer des pétitions aux touristes pour mieux les détrousser, mais rien qui ressemble de près ou de loin à des réseaux organisés, comme certains les fantasment. »

En réalité, les activités économiques des Roms migrants sont en grande partie tributaires des politiques migratoires à l’égard de leurs pays d’origine : la Roumanie et la Bulgarie. S’ils sont aujourd’hui membres à part entière de l’Union européenne, ces deux pays d’Europe orientale ont en effet suivi un parcours d’intégration long et progressif…

Les Roms, des Européens aux droits limités

Dès l’ouverture des négociations de l’Union européenne avec la Roumanie et la Bulgarie en 2002, les ressortissants de ces deux pays ont pu circuler librement dans l’espace Schengen, mais comme touristes seulement. « Ils n’avaient pas le droit de s’installer plus de trois mois ou de travailler, explique Grégoire Cousin. C’est ce qui a justifié pas mal de reconduites à la frontière de personnes roms, au motif qu’elles étaient de faux touristes. »

En 2007, la Roumanie et la Bulgarie ont intégré officiellement l’Union européenne, mais le sort de leurs travailleurs, Roms ou non, n’a pas connu d’évolution majeure.

Inquiets de voir débarquer une masse de travailleurs non qualifiés, plusieurs pays européens dont la France ont en effet décidé de mettre en place des « mesures transitoires » les excluant de facto du marché du travail : seules quelques dizaines de professions « en tension », dûment listées (informaticien, aide-soignant, cuisinier, poissonnier, médecin ou mannequin…), leur étaient en effet accessibles.

D’où un véritable cercle vicieux : « Sans possibilité de travailler légalement, les Roms ont été cantonnés à l’économie grise, ce qui a permis de poursuivre la politique d’expulsion à leur égard au motif qu’ils ne pouvaient justifier de revenus suffisants pour rester sur le territoire français et qu’ils risquaient de devenir une charge pour la société française », indique Grégoire Cousin.

Une situation dont les chercheurs ne manquent pas de relever l’absurdité : depuis 2007, et l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’Union européenne, les Roms ressor- tissants de ces pays sont devenus des citoyens européens (en théorie) comme les autres et ont le droit de circuler librement dans toute l’Europe ; les obligations de quitter le territoire français (OQTF) que les forces de l’ordre continuent de leur distribuer « tombent » donc sitôt la frontière française franchie. « La plupart des Roms frappés d’une OQTF passent quelques jours au pays et reviennent en France, d’autres choisissent de faire des allers-retours entre les deux pays pour échapper à ces expulsions », précise Céline Bergeon.

La fin des mesures transitoires, effective depuis janvier 2014, commence à faire bouger les lignes : désormais, il n’est plus question de métiers réservés, et le marché du travail dans son entier est ouvert aux ressortissants roumains et bulgares. « De nombreux Roms âgés de 20 à 30 ans dégotent des boulots comme manœuvre à Rungis, chauffeur à mi-temps…, témoigne Martin Olivera. Certains trouvent des petits appartements ou des squats à deux familles et quittent le bidonville. » Si la logique institutionnelle d’exclusion reste obsti- nément la même, les histoires individuelles qui sont en train de s’écrire donnent aujourd’hui de vraies raisons d’être optimiste. ♦

On estime entre 15 000 et 20 000 le nombre de Roms en France. Venus majoritairement de Roumanie et de Bulgarie, ce sont des Européens à part entière. Ils font pourtant l’objet d’une logique politique d’exclusion et de préjugés tenaces. Des chercheurs démêlent le vrai du faux dans cet article initialement paru dans le numéro 2 de la revue Carnets de science..

18.09.2017 Laure Cailloce

https://lejournal.cnrs.fr/

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02 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

catalogne répression (à l’encontre.ch + solidaires + npa)

arton269

Catalogne: « Non à la répression! Oui au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes! Soutien à la grève du 3 octobre! »

Depuis des semaines, l’Etat espagnol use de menaces et de répression en Catalogne. Interventions de la Guardia civil dans nombre de bâtiments officiels de la Generalitat de Catalunya, arrestations de responsables de l’administration et de ministres, harcèlement, violence et emprisonnement de militants et militantes de divers mouvements sociaux et politiques, lieux de vote pris d’assaut et interdits à la population, urnes volées, tirs sur des manifestants et manifestantes pacifiques…

Les évènements actuels montrent à quel point le spectre du franquisme est encore présent.

Comment nommer le régime d’un pays où les « forces de l’ordre » tirent sur les gens parce que ceux-ci veulent voter?

Indépendance ou non? C’est à la population qui vit en Catalogne de décider! Pas à d’autres. Les forces d’occupation de l’Etat espagnol doivent se retirer.

Depuis la mort du dictateur Franco, la société espagnole repose sur un pacte, conclu entre diverses forces politiques et syndicales. Il vise à maintenir, d’une part la monarchie, d’autre part «l’unité indissoluble de la Nation espagnole, patrie commune et indivisible» (Constitution de 1978).

Cela passe notamment par «l’oubli» des crimes perpétrés par les franquistes durant 40 ans.

Cette situation a permis le recyclage de bien des responsables de l’ancien régime dans les rouages du pouvoir issu de ce qu’ils appelèrent «la transition démocratique». Cette stabilité entre dictature et «démocratie» était aussi nécessaire pour garantir le système capitaliste, en améliorer l’efficacité du point de vue du patronat et des banquiers.

Ce qui se passe actuellement en Catalogne remet en cause cette situation; c’est un danger pour le pouvoir et ses alliés, comme l’ont été ou le sont les luttes du peuple basque ou celles des travailleurs et travailleuses dans tout l’Etat.

Nous sommes aux côtés des travailleurs et travailleuses de Catalogne.

Nous soutenons l’appel à une grève interprofessionnelle à partir du 3 octobre, lancée par plusieurs organisations syndicales en Catalogne (CGT, IAC, Intersindical-CSC, COS, COBAS, CNT, SO…). Nos droits, notre avenir, la démocratie, c’est par notre action directe que nous les défendons!

Contre la violence d’Etat
Pour les libertés et la démocratie
Pour le droit à l’autodétermination des peuples

Alencontre  2 octobre  2017

Réseau syndical international de solidarité et de luttes

https://www.solidaires.org/

http://alencontre.org/

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02 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

paris barcelone

paris

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02 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

état espagnol 2 (essf)

bomb

 La gauche catalane anticapitaliste et pour l’indépendance

Au sein du mouvement indépendantiste s’est formée une aile anticapitaliste significative autour des Candidatures d’Unitat Popular (CUP). L’indépendantisme radical, qui était plutôt marginal dans les années 1970, s’est significativement développé chez les jeunes et au sein de la gauche non-parlementaire au cours des années 1980, et s’est par la suite consolidée, durant les années 1990.

Il s’agissait d’une idéologie pertinente et présente dans le milieu militant, mais elle est cependant restée politiquement marginale jusque dans les années 2000.

A cette période elle commença à obtenir des sièges dans les conseils locaux, grâce à une stratégie municipaliste basée sur la création de CUP locales. Les CUP pénétrèrent au parle- ment catalan pour la première fois en 2012, totalisant alors 3.4% des voix, obtenant ainsi trois parlementaires. En 2015, ce score est monté à 8.2%, lui permettant d’obtenir 10 parlemen- taires. Au cours des cinq dernières années les CUP ont combiné fidélité au processus indépendantiste et affirmation d’un programme anticapitaliste.

Cependant, son action politique s’organisait majoritairement au sein du processus d’indépendance, sans réussir à lier ce programme anticapitaliste à une stratégie d’action qui, sans quitter le chemin de l’indépendance entamé en 2012, aurait pu à la fois relier ce dernier à des couches sociales extérieures tout en aidant à redéfinir certains des piliers stratégiques du mouvement indépendantiste officiel.

Durant cette période, les CUP ont commis deux erreurs d’importance, lesquelles sont d’une certaine manière interconnectées. La première d’entre elle a été de n’avoir pas de politi- que d’unification avec la gauche qui, tout en ne soutenant pas l’indépendance, défend le droit à l’autodétermination, comme la branche catalane de Podemos ou encore Catalunya en Comύ. Si elles avaient poursuivi cet objectif, la cartographie de la gauche catalane en aurait été changée.

Leur deuxième erreur a été dans un premier temps d’approuver la décision du gou- vernement catalan de ne pas maintenir le référendum prévu pour le 9 novembre, et d’orga- niser à la place le « processus participatif », semi officiel et non contraignant, et ensuite d’adopter la feuille de route allant avec, c’est-à-dire la transformation des élections régionales du 27 septembre 2015 en un plébiscite afin de faire naître par la suite un processus incertain de marche vers l’indépendance 18 mois plus tard.

Les CUP ont traité aussi bien qu’ils ont pu avec leurs difficultés internes, conséquen- ces d’une ligne politique erronée, mais cela sans réellement ni afficher leur participation au processus, ni le soutien de la base qui témoignait de sa démocratie interne et s’opposait ainsi clairement aux plébiscites autoritaires pratiqués par Podemos. Par la suite, en 2016, elles onnt joué un rôle décisif dans la transformation de la feuille de route post-élections régionales en un chemin vers le référendum. 

Bifurcation stratégique et horizons politiques

L’opposition entre le fédéralisme (et donc le droit à l’autodétermination) et l’indépendance a constitué le handicap stratégique principal de la gauche catalane, et a de ce fait formé une profonde ligne de démarcation entre leurs partisans respectifs.

De manière surprenante, presque personne n’a essayé de formuler un accord straté- gique entre les soutiens à l’indépendance et les fédéralistes en faveur du droit à l’autodétermination.

Un tel accord aurait pu être réalisé, en se basant sur la stratégie objective de fondation d’une République catalane, et aurait pu entamer, de manière unilatérale, un processus de constitu- ante catalane sans nécessairement être d’accord sur la finalité de la nouvelle République : indépendance ou une sorte de proposition d’alliance fédérale avec le reste de l’État espagnol.

Le corollaire politique de cette incapacité à fonder un accord stratégique entre les indépendantistes et les défenseurs du droit à l’autodétermination n’est autre que l’incapacité à organiser une convergence entre les objectifs stratégiques divergents qui émer- gent du processus d’indépendance, ainsi que du 15-M et de ses réincarnations. En refusant de mener quelque réflexion sérieuse que ce soit, d’un côté Catalunya en Comύ, et de l’autre les CUP, les deux partis se tirent une balle dans le pied, créant un grand nombre de lacunes, lesquelles les rendent actuellement boiteux, et menacent de se transformer en une série d’incapacités de long terme. Le résultat de ce refus c’est la division de la gauche radicale, qui laisse plus d’espace au parti indépendantiste de centre-gauche: Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) ainsi qu’à la droite catalane.

La Gauche espagnole et l’indépendance catalane : un rendez-vous manqué

La gauche espagnole entretient depuis longtemps des relations complexes avec la question nationale catalane, ou plutôt avec la mécompréhension de cette question, ainsi qu’avec l’incapacité de l’articuler stratégiquement avec son propre projet pour l’Espagne.

Ce fut d’ailleurs assez visible à certains moments clé de l’histoire de l’Espagne, comme lors de l’établissement de la Seconde République espagnole, le 14 avril 1931.

La « question catalane » était l’un des sujets les plus débattus, et la procédure visant à approuver le statut d’autonomie catalane (voté le 9 septembre 1932 par le parlement espa- gnol) fut turbulente. La formulation d’une « République intégrale », mais qui serait « compatible avec l’autonomie des villages et des régions », présente au sein de la constitution de la Seconde République contrastait violemment avec les revendications nationales catalanes.

Comme l’écrit dans son livre Révolution et Contre-révolution Joaquin Maurin, principal théo- ricien de l’hétérodoxe Partido Obrero de Unificacion Marxista (POUM, Parti ouvrier d’unification marxiste) : « la République n’était pas fédérale mais intégrale, un euphémisme d’unitaire ». Ce qui ne voulait pas uniquement dire qu’elle n’était pas capable de répondre par l’affirmative aux revendications catalanes, mais aussi qu’elle avait affaibli la République elle-même dans sa capacité à marquer une rupture avec l’ancien État monarchique :

« La République devait être l’antithèse de la monarchie. De ce fait sa mission était d’être en rupture permanente avec ce centralisme bureaucratique étouffant, cette carapace moisie que représentait l’ancien régime. La monarchie était centraliste ? Alors la République se devait d’être fédérale […]. Faire une république fédérale ou unitaire changeait absolument tout. Une structure fédérale aurait des conséquences positives d’importance : elle détruirait l’ancien appareil étatique, le déchirant en morceaux, le forçant à disparaitre. C’était une mesure plus révolutionnaire que la proclamation de la République elle-même ».

Dans la transition post-Franco des années 1970, les partis de gauche, y compris le PSOE, défendirent fermement le droit à l’autodétermination.

En réalité, cette défense était surtout rhétorique et la gauche, le Parti Communiste Espagnol (PCE) compris, accepta finalement une constitution qui reniait clairement ce droit. Depuis lors, le parti communiste, ainsi qu’Izquierda Unida, la coalition électorale qu’il a fondée en 1986, ont défendu le droit à l’autodétermination, mais de manière rhétorique, de manière abstraite et simplement en vue de transformer l’Espagne en un État fédéral, sans accepter le fait que le droit à l’autodétermination soit aussi un droit à la sécession.

Dans leurs programmes respectifs pour les élections législatives espagnoles du 20 décembre 2015, Podemos et Izquierda Unida estimaient tous deux qu’il était nécessaire d’organiser un référendum sur l’indépendance de la Catalogne, c’est-à-dire un référendum contraignant soutenu par l’État. De ce point de vue, le référendum faisait partie d’une lutte pour articuler une nouvelle majorité politique de gauche dans l’État espagnol tout entier.

Cependant, ceux-ci sont restés opposés à la tentative du gouvernement catalan d’organiser un référendum unilatéral sans l’aval de l’État, dans un contexte au sein duquel il est clair qu’il n’existe pas de perspective à court terme pour former une nouvelle majorité favorable au référendum au Parlement espagnol.

Izquierda Unida s’est désolidarisé du référendum du 1er octobre, pendant que Podemos a adopté la position de ses alliés de Catalunya en Comύ : il soutient la tenue du référendum le 1er octobre, mais pointe le fait qu’il s’agit plus d’une sorte de « mobilisation » que d’un véritable référendum, et qu’il manque à celle-ci les « garanties » qui en feraient un référendum à part entière, lui empêchant toute possibilité d’avoir un quelconque effet contraignant.

Cependant, polarisation extrême entre d’un côté le gouvernement catalan, et de l’autre l’État espagnol ainsi que l’escalade de la répression entamée par le gouvernement PP ont forcé à la fois Izquierda Unida et Podemos à rompre leur neutralité pour dénoncer les politiques autoritaires pratiquées par le gouvernement espagnol.

 Le régime de 1978 et la dialectique centre-périphérie

Une question stratégique essentielle concernant la progression du mouvement indépendantiste catalan tient dans la manière dont celui-ci affecte la vie politique ainsi que la société espa- gnole : contribue-t-il à affaiblir le gouvernement espagnol et le régime né en 1978 ? Ou au contraire le renforce-t-il en faisant office de bouc émissaire, sorte d’ennemi intérieur-extérieur permettant de remplumer les valeurs réactionnaires et l’hégémonie de la droite hors Catalogne ?

Il n’est pas possible de répondre sans équivoque à cette question pourtant essen- tielle, mais on peut dire que la gauche espagnole se doit de travailler en faveur de la réalisa- tion du premier scénario, ce qui veut dire combattre de front le projet hégémonique du nationa- lisme espagnol ainsi que sa rhétorique réactionnaire. Plus la gauche se rend à l’argumentaire de l’hégémonie espagnole, et plus elle essaie de tourner autour du pot en ce qui concerne les sujets délicats, plus elle prépare le terrain pour le PP et ses sbires afin qu’ils instrumentalisent l’indépendance catalane comme un bouc émissaire visant à détourner l’attention de sa propre incompétence.

Ce qui est en jeu c’est la capacité des forces de gauche espagnoles favorables à un système fédéral ou confédéral, ainsi que du mouvement indépendantiste catalan (de même que ses homologues basques et galiciens), sur la base d’un respect pour leurs projets mutuels. Autrement dit leur capacité à articuler une stratégie commune de lutte contre les piliers et les places fortes du régime de 1978, ainsi que contre les autorités économiques. En bref, le défi consiste en l’élaboration d’une dialectique centre-périphérie complexe, qui ne voit pas simplement les problèmes depuis le centre (l’arène politique espagnole), et qui ne s’enfer- me pas non plus dans une perspective visant à combattre uniquement depuis la périphérie (Catalogne, Pays-basque et Galice).

Ce problème stratégique crucial est malheureusement absent des débats depuis 2011 et 2012 et n’a pas l’air d’intéresser vraiment ni Podemos et Izquierda Unida d’un côté, ni les CUP et le courant indépendantiste de l’autre.

Au sein de ce scénario l’une des heureuses exceptions à la règle a été Anticapitalistas, l’orga- nisation révolutionnaire qui anime un courant minoritaire au sein de Podemos et qui cherche à construire une dialectique centre-périphérie pour abattre le régime de 1978. Anticapitalistas constitue probablement la seule organisation politique espagnole défendant le mouvement indépendantiste catalan ainsi que le droit des institutions catalanes à organiser un référendum sur leur indépendance.

Les défis du 1er Octobre

On ne peut pas rester neutre face au combat entre l’Etat espagnol et le gouvernement catalan. D’un côté se trouve une approche réactionnaire et antidémocratique qui nie le droit à l’auto-détermination ainsi que la revendication démocratique essentielle qu’est la demande d’un référendum. De l’autre côté, on trouve une revendication démocratique qui exprime un inconfort longtemps ressenti vis-à-vis de l’État espagnol.

Les mesures répressives mises en place par le gouvernement espagnol et les appareils éta- tiques qui ont été employés afin de paralyser l’organisation du référendum sont d’une intensité et d’une richesse de signification politique sans précédent. La Cour Constitutionnelle espa- gnole a invalidé l’acte portant sur le référendum voté par le Parlement catalan le 6 septembre. Ce vote avait annoncé le début d’un combat de légitimités ainsi que de légalités entre la Catalogne et l’Espagne, une situation de double pouvoir institutionnel fortement déséquilibrée.

Suite à la décision de la cour constitutionnelle, toutes les activités en lien avec le référendum ont été déclarées illégales. La Garde Civile (l’une des forces de police espa- gnoles) a perquisitionné plusieurs imprimeries, cherchant du matériel de campagne pour le référendum ainsi que des bulletins de vote. Ils ont fouillé ainsi les sièges de plusieurs médias. Le procureur général espagnol avait appelé au jugement de 712 maires catalans (sur 947), pour avoir officiellement exprimé leur soutien au gouvernement catalan sur la question du référendum et leur volonté de participer à son organisation.

Le 20 septembre, après avoir parcouru les registres de certains des quartiers généraux officiels du gouvernement catalan, la police espagnole arrêta des individus impliqués dans la mise en place pratique du référendum. De plus, les comptes bancaires du gouvernement catalan furent bloqués. Hors de Catalogne, tout action de solidarité envers le référendum fut sévèrement réprimée : l’exemple le plus connu est celui de ce juge qui avait interdit la tenue d’une réunion en faveur du référendum, qui devait avoir lieu dans un bâtiment du conseil municipal de Madrid, et qui fut finalement déplacé dans un théâtre privé.

Tout cela montre clairement que ce qui est en jeu avec le 1er octobre, ce n’est pas uniquement la possibilité pour les Catalans de faire entendre leur opinion sur l’indépendance de la Catalogne, mais bien une lutte démocratique plus large concernant le devenir des struc- tures institutionnelles créées en 1978, qui pourraient se renforcer ou au contraire être affai- blies selon l’issue.

La tâche principale de la gauche espagnole est maintenant de manifester sa soli- darité avec le peuple catalan concernant leur droit légitime à la tenue de ce référendum. Pour la gauche catalane, ce défi comporte trois dimensions.

Premièrement, il s’agit d’aider à défaire la répression exercée par l’État espagnol afin de pouvoir maintenir la tenue du référendum le premier octobre.

Deuxièmement, il s’agit de mobiliser le plus de participants possibles. La grande majorité des opposants à l’indépendance ne reconnait pas de légitimité à ce référendum, et appelle à son boycott, à l’exception notable de la branche catalane de Podemos, dont le secrétaire général défend à la fois le référendum et le non à celui-ci, et aussi Catalunya en Comu, dont les principaux leaders ont annoncé leur intention d’aller voter, mais pas le contenu dudit vote.

La troisième dimension de ce défi est sans aucun doute de défendre le « oui » com- me étant l’option stratégiquement la plus pertinente. Une réponse positive au référen- dum ne constitue pas seulement la seule option logique pour les indépendantistes, elle devrait aussi être celle de ceux qui défendent le choix d’une coexistence fédérale volontaire entre les peuples catalans et espagnols, un horizon fédéral qui ne peut qu’être fondé sur une base existante de souveraineté catalane.

C’est ce «oui» stratégique qui pourrait porter un coup important au régime de 1978 et libérer le potentiel démocratique de la Catalogne de construction de meilleures structures politiques et sociales, même s’il n’est pas certain que ce potentiel sera exploité pleinement. C’est précisément le défi stratégique pour l’avenir.

Josep Maria Antentas Traduit par Niels Laloë.

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