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25 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Italie (Inprecor)

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Partisans italiens et yougoslaves

Italie : L’alliance des droites conforté

Les résultats électoraux des européennes illustrent, bien que de manière déformée, la grave crise sociale et politique qui fait suite à des décennies de mesures libérales austéritaires. C’est avant tout l’extrême droite qui récolte les voix des plus désenchantéEs qui croient de façon illusoire pouvoir éviter le déclassement en écrasant celles et ceux d’en bas, en embrassant l’idéologie dangereuse de la « préférence nationale » et du racisme.

LItalie est devenue un cas d’école en la matière : sous l’effet de l’abstention, la droite de Meloni reste hégémonique ; elle se montre « respectable », institutionnelle, atlantiste, philolibérale et européiste. Elle rassure de plus en plus la bourgeoisie et le monde de la finance, prêts à de nouvelles alliances avec les postfascistes pour répondre à la crise du capital et augmenter l’exploitation.

Abstention record, inaction climatique et climat de guerre

L’Italie sort en outre des urnes avec une abstention record : 6 points de participation en moins par rapport à 2019 avec des pics dans le Sud et dans les îles où seulement 37 % des électeurEs se sont rendus aux urnes. Comme les autres pays européens, l’Italie est totalement démunie pour répondre aux conflits et aux multiples crises qui traversent le continent. Les gouvernants italiens sont dans le déni du désastre écologique, tournent les dos aux nouvelles générations et s’enfoncent dans un climat de guerre et de refoulement des valeurs humanistes les plus essentielles.

Le vote conforte l’extrême droite de Meloni

L’autre élément essentiel est la cristallisation du vote autour de deux pôles : celui de Meloni qui reste stable (28,8 %) et celui du Parti démocrate d’Elly Schlein qui, avec 24 % des suffrages, se présente comme l’opposition la plus structurée et arrive à polariser le vote de la gauche molle anti-Meloni. Le PD est le premier parti dans les grandes villes comme Turin et Milan et sort renforcé par rapport au vote des dernières élections politiques. Avec un faible 10 %, le Mouvement Cinq Étoiles, désormais normalisé, s’écroule. Ses ambiguïtés et faiblesses politiques ne lui permettent plus en effet d’incarner le vote contestataire du système des partis italiens. La Ligue de Matteo Salvini reste au-dessous de 10 % tandis que la droite berlusconienne de Forza Italia, avec 9,6 %, se refait une petite santé.

Construire une opposition sociale forte

Un résultat assez positif (6,8 %) est également remporté par l’alliance Verts et Gauche (Alleanza Verdi e Sinistra) grâce notamment à deux candidatures symboliques : celle portant la lutte antifasciste d’Ilaria Salis, l’enseignante emprisonnée en Hongrie pour avoir participé à une manifestation contre l’extrême droite, et celle de Mimmo Lucano, connu pour son engagement favorable à l’accueil des personnes exilées, qui est reconfirmé également en tant que maire de la ville de Riace. Les têtes pensantes de la liste, le duo Bonelli-Fratoainni, ont déjà montré une ouverture à une collaboration avec le PD.

La première tâche est certainement de créer les conditions pour construire une opposition sociale forte contre le gouvernement de droite en favorisant simultanément l’agrégation de forces anticapitalistes, issues des mouvements sociaux et de la jeunesse, en rupture avec le système économique actuel. Dans cette perspective, se limiter à construire une nouvelle alliance avec les sociaux-démocrates n’est ni suffisant ni souhaitable.

24 juin 2024  Hélène Marra Christophe Licoppe

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24 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Allemagne (NPA)

Allemagne (NPA) dans A gauche du PS

Allemagne : un coup de gueule pour le gouvernement

Comme dans d’autres pays de l’Union européenne, l’extrême droite a progressé en Allemagne. L’AfD (Alternative für Deutschland) a obtenu 15,9 % des voix alors que la coalition au gouvernement n’a obtenu que 31 % (SPD 13,9 %, Verts 11,9 %, FDP 5,2 %). Les chrétiens-démocrates ont obtenu 30 %, le BSW (la scission de droite du parti Die Linke) 6,2 % et la Linke seulement 2,7 %. 

Pourquoi les partis au gouvernement ont-ils perdu autant de voix et pourquoi l’AfD a-t-elle pu améliorer sa part de voix alors qu’elle a été récemment impliquée dans différents scandales ? La montée des partis de droite est l’expression d’une crise sociale profonde et de l’absence d’une force de gauche crédible, capable de mener des luttes et d’obtenir des victoires au moins partielles. En Allemagne, nous assistons depuis des années à un décalage flagrant entre la politique officielle et les grands médias qui la défendent, d’une part, et la situation de vie de larges couches de la population, d’autre part.

Politique d’austérité

Depuis plus de dix ans, des mesures sont prises pour protéger le climat. Bien qu’elles ne soient pas très efficaces, elles doivent avant tout être financées par la population. La coalition gouvernementale actuelle avait décidé de compenser ailleurs l’augmentation des taxes sur les énergies fossiles pour la ­population. Pour ce faire, le troisième « paquet d’allègement » a été annoncé en 2022, afin de soulager les citoyenEs de 65 milliards d’euros au total, mais rien de tout cela ne se produit. Cela ne discrédite évidemment pas seulement une politique écologique, mais fournit aussi des munitions précisément aux partis qui nient le changement climatique, l’AfD en tête.

À cela s’ajoute le fait que le démantèlement social est pratiqué à de nombreux endroits, que l’infrastructure se dégrade de plus en plus, que les soins aux patientEs se détériorent, que les écoles sont en ruine, que la prise en charge des enfants est limitée en raison du manque d’éducateurs/éducatrices, que les chemins de fer sont dans un tel état que seuls 60 % des trains sont encore à l’heure. Il y a donc désormais un énorme retard d’investissement auquel le gouvernement remédie par une politique d’austérité renforcée au détriment des gens.

Augmentation du budget de la guerre

Il n’y a qu’un seul endroit où l’on ne fait pas de coupes : immédiatement après le début de la guerre en Ukraine, le chancelier Scholz a annoncé le « changement d’époque » et a ainsi justifié des dépenses supplémentaires pour l’armée entre 2022 et 2027, pour un total de 100 milliards d’euros. Aux 51,95 milliards d’euros initialement prévus pour le budget militaire en 2024 s’ajoutent désormais 19,8 milliards d’euros. À ces dépenses colossales s’ajoutent les aides importantes accordées à l’Ukraine, qui consistent en grande partie en des livraisons d’armes, estimées cette année à 7,1 milliards d’euros.

L’AfD est le parti le plus fort en Allemagne

Si l’on additionne ces facteurs — l’augmentation des dépenses militaires et les coupes simultanées dans le domaine social ainsi que le manque d’infra­structures — il est clair que l’AfD a beau jeu de se positionner contre la politique du gouvernement fédéral.

L’AfD s’oppose à la politique climatique (parce qu’elle pèse sur la population) et elle est contre l’aide militaire à l’Ukraine et plaide pour des négociations.

L’AfD apparaît ainsi comme la seule véritable opposition au système et associe avec succès cela à sa politique raciste de fermeture aux réfugiéEs.

Il faut donc s’attendre à un nouveau renforcement de l’AfD. Aujourd’hui déjà, elle est le parti le plus fort en Allemagne de l’Est (devant la CDU). Les élections de l’automne dans trois Länder d’Allemagne de l’Est confirmeront certainement cette tendance.

 L’Anticapitaliste le 20 juin 2024.

24 juin 2024  Jakob Schäfer

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21 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Bruxelles (PSL)

Bruxelles (PSL) dans Antifascisme mrde-1

10.000 antifascistes dans les rues de Bruxelles

Malgré une pluie battante, une puissante manifestation antifasciste a déferlé sur Bruxelles ce dimanche. Plus tôt dans la semaine, d’importantes mobilisations marquées par une grande participation de la jeunesse avaient déjà eu lieu à Bruxelles (2.500 personnes) et à Liège (4000 personnes). Samedi, une journée nationale d’action antifasciste était organisée en France, avec plus d’un demi-million de manifestant.es contre l’extrême droite.

Le risque de voir l’extrême droite se renforcer et peut-être même l’emporter lors des élections législatives françaises a donc entrainé des manifestations antifascistes massives. Cela a un effet sur la conscience ici, surtout du côté francophone.

Cependant, la colère est au moins aussi forte contre la position très à droite et populiste du MR, qui est sorti victorieux des élections du 9 juin. Du côté néerlandophone, le Vlaams Belang a obtenu un score particulièrement élevé, même s’il est resté en dessous de ce que faisaient craindre les sondages.

Le VB est le premier choix dans la moitié des communes flamandes tandis que dans de très nombreuses, le VB et la N-VA atteignent ensemble la majorité. La croissance de l’extrême droite et la menace de gouvernements de droite s’attaquant aux réfugié.es, aux chômeur.euses, aux salarié.es, aux malades et à toutes celles et ceux qui s’opposent à la casse sociale sont des menaces réelles pour nos conditions de vie.

Heureusement, la démocratie ne se limite pas à colorier quelques points dans un isoloir une fois tous les cinq ans. La démocratie est quelque chose de vivant qui comprend également le droit de protester et de s’organiser pour imposer à l’ordre du jour d’autres voix et d’autres propositions. C’est ce que la manifestation antifasciste a mis à profit. La manifestation a explicitement défendu des revendications sociales. Les discours prononcés par la suite l’ont d’ailleurs remarquablement souligné.

Les représentants de la Coordination antifasciste de Belgique (CAB) ont prononcé un discours en français et en néerlandais. Ils ont notamment déclaré : « À l’approche de gouvernements de droite, nous devons nous battre à l’unisson et avec détermination dans les années à venir. La droite est synonyme de politiques d’accroissement des inégalités sociales, d’attaques contre les plus faibles et d’absence de réponse aux défis écologiques. » Et encore : « Nous savons que la montée de l’extrême droite ne vient pas de nulle part. Nous savons qu’elle est le produit de politiques néolibérales généralisées qui exacerbent la misère sociale à la suite de nombreuses crises. »

La CAB appelle à une opposition active contre l’extrême droite et les politiques responsables de la montée de l’extrême droite. « Cela signifie lutter contre l’austérité, contre la destruction des services publics, contre les inégalités, contre le racisme ! La CAB soutient l’appel à un nouveau front des luttes sociales. » Les participant.e.s ont également été encouragé.e.s à participer à des actions en France dans le cadre des élections législatives. Un appel a été lancé pour participer à la Pride radicale antifasciste « Pride is a protest » à Gand le 30 juin. Cet appel a ensuite été répété par Elise, de la Campagne ROSA, qui a également pris la parole.

Cette manifestation a été initiée par la toute nouvelle Coordination Antifascistes de Belgique et a été soutenue par de nombreuses organisations, dont la FGTB et la centrale chrétienne francophone des employé.es CNE. Des représentant.es des syndicats se sont adressé.es aux manifestant.es. Il y a également eu des concerts et des discours d’activistes, notamment de la Campagne ROSA et des occupations de campus.

Nos stands ont suscité beaucoup d’intérêt pour notre matériel politique, en particulier pour la manifestation Pride is a protest à Gand le 30 juin et pour le week-end antifasciste des 6 et 7 juillet. Malgré la pluie, nous avons vendu de nombreux badges et journaux. Il y avait clairement une détermination et une volonté de poursuivre l’action. C’est là que nous voulons continuer à jouer un rôle avec notre approche d’un antifascisme combattif, de class et anticapitaliste qui s’oppose à toutes les formes d’oppression et d’exploitation inhérentes au capitalisme.

19 juin 2024

https://fr.socialisme.be/

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19 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Guerre de l’eau (LVSL)

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Les visages de la guerre de l’eau en Italie

L’accaparement de l’eau

L’accaparement de l’eau se définit comme l’ensemble des cas d’appropriation et d’épuisement des ressources hydriques au détriment des populations et des écosystèmes. Il existe sous des formes diverses : dans son ouvrage The Water Wars, Vandana Shiva donne un aperçu de l’ampleur du problème, donnant au concept un sens qui va bien au-delà de la simple « privatisation » de l’eau en tant que marchandise, mais qui s’étend également à sa déprédation par la déforestation, l’imperméabilisation des sols, le changement climatique et tous les facteurs de notre système de développement qui influencent négativement le cycle hydrologique.

En partant de cette définition « large » de l’accaparement de l’eau, il est utile d’analyser comment cette dynamique de dépossession combinée aux périodes de sécheresse de plus en plus fréquentes – causées par le changement climatique – conduit à des situations de pénurie d’eau toujours plus graves en Italie, compromettant la santé et le bien-être de la population et des écosystèmes sur notre territoire.

Les inondations – comme celles qui ont frappé la Romagne ces derniers jours – ne sont pas causées exclusivement par des pluies torrentielles, mais aussi et surtout par l’incapacité du sol à absorber l’eau de pluie. Cette incapacité est tout autant déterminée par le bétonnage et les canalisations artificielles des cours d’eau non durables, que par la destruction de l’humus qu’engendre l’utilisation excessive de pesticides et d’herbicides par l’agriculture industrielle. À long terme, ces pratiques exacerbent la stérilité des sols, empêchant l’eau de pénétrer dans le sous-sol et favorisant ainsi le processus de désertification.

Le rôle de l’agro-industrie

Un point important qu’il est intéressant d’analyser est celui de la production alimentaire : chaque année, 33 milliards de mètres cubes d’eau sont prélevés sur le territoire national italien, dont 22 % sont gaspillés avant d’être consommés, en raison des carences du réseau hydrique. Des 26 milliards de mètres cubes restants et consommés, environ 55 % de la demande provient du secteur agricole et de l’élevage. L’utilisation de l’eau pour l’irrigation se concentre au nord, avec en tête la Lombardie (42 %) suivie du Piémont (16,6 %) et de l’Émilie-Romagne (6,8 %).

Au-delà de l’eau provenant du territoire, afin d’obtenir une estimation précise de l’empreinte hydrique de l’Italie, il faut également considérer la consommation en termes « d’eau virtuelle », c’est-à-dire celle utilisée pour produire les aliments, les biens de consommation et les services que nous utilisons au quotidien. Marta Antonelli et Francesca Greco nous éclairent dans leur essai L’eau que nous mangeons : l’Italie est le troisième importateur mondial d’eau virtuelle, après le Japon et le Mexique, avec ses 62 milliards de mètres cubes par an, souvent soustraits aux pays les plus pauvres.

La plupart de l’eau importée est destinée à la zootechnie : selon le Water Footprint Network, 15 000 litres d’eau sont nécessaires pour produire un kilo de bœuf.

L’agro-industrie occasionne une raréfaction des ressources hydriques, non seulement par sa consommation, mais également par sa contamination découlant du ruissellement des engrais azotés et des pesticides. Un rapport de l’ISPRA (Istituto Superiore per la Protezione e la Ricerca Ambientale) de 2021 nous apprend que 114 000 tonnes de pesticides sont utilisées chaque année en Italie, représentant environ 400 substances différentes. En 2019, les concentrations de pesticides mesurées dépassaient les limites réglementaires sur 25 % des sites de surveillance des eaux de surface. De nombreux groupes et associations comme l’Ari (Association rurale italienne) dénoncent depuis des années les pratiques agricoles adoptées par les grandes entreprises du secteur, promouvant à l’inverse un modèle d’agriculture écologique non prédateur.

Les effets de la militarisation

Le vol d’eau lié à la militarisation des territoires peut également être considéré comme une forme d’accaparement. La guerre en Ukraine a favorisé une course au réarmement chez tous les États membres de l’Alliance atlantique, ainsi dans la péninsule italienne de grands entraînements ont lieu en Sardaigne au polygone de Teulada et de nouveaux projets d’infrastructures militaires à fort impact environnemental sont prévus en Toscane et en Sicile. Le 2 juin 2022, un imposant cortège a traversé les rues et les champs de Coltano, une petite commune de Toscane, pour protester contre le projet de construction d’une immense base militaire dans la région, d’une superficie de 73 hectares et prévoyant 440 000 mètres cubes de bâti.

Récemment, on a également appris qu’une nouvelle base d’entraînement était programmée en Sicile. Le projet comprend la construction d’un pôle militaire de plus de 33 kilomètres carrés qui devrait être construit entre les municipalités de Gangi, Sperlinga et Nicosie. Il comprend la création d’un dépôt d’armes, de véhicules et de munitions dans la zone artisanale abandonnée de Sperlinga, et la transformation de certains bâtiments municipaux en casernes pour loger les militaires. D’où l’opposition des habitants qui, sous le sigle du « comité identité et développement », sont contre ce projet qui, comme nous l’explique Tiziana Albanese, « est totalement incompatible avec la vocation écologique, agricole et touristique de la zone ».

La Sicile étant la région la plus sujette au processus de désertification, dans ce contexte, les bases militaires ne contaminent pas seulement le sol et les aquifères avec des substances toxiques (dont les PFAS) et des déchets de guerre, comme c’est le cas dans les bases militaires de Niscemi et Sigonella, mais elles consomment également des quantités d’eau exorbitantes.

Comme nous l’explique Antonio Mazzeo dans un livre édité par Daniele Padoan, un rapport du Public Works Department du Pentagone indique que la consommation hebdomadaire moyenne de Sigonella est de 1 900 000 litres d’eau par jour, ce qui rapporté aux 5 000 soldats américains présents sur la base, équivaut à une consommation de 380 litres par personne. Si l’on compare les données sur la consommation d’eau journalière par habitant des villes de Palerme (168 litres), Caltanisetta (130), Agrigente (130) et Enna (118), on se rend compte que l’accaparement de l’eau par les bases militaires en Sicile provoque une dégradation environnementale, sociale et économique pour toute l’île, intensifiant le processus de désertification.

Le poids des infrastructures

« Une décision historique attendue depuis plus de cinquante ans », a exulté le ministre des Infrastructures Matteo Salvini après l’approbation au Sénat du DL (Decreto Legge) Ponte, qui lancera le processus de construction du pont sur le détroit de Messine, le énième grand ouvrage inutile et nocif pour l’environnement. Du nord au sud, l’Italie est parsemée d’infrastructures qui n’ont favorisé que l’industrie du béton, sans impact positif tangible pour la population. Au contraire, bien souvent ces infrastructures ont contribué à la dégradation des ressources hydriques.

L’un des cas les plus frappants est celui du TAV (Treno Alta Velocità, équivalent du TGV, ndlr), parmi les itinéraires les plus critiques figurent le Bologne-Florence et le Turin-Lyon. Dans le premier cas, la construction de 73 kilomètres de tunnels sous la vallée du Mugello a provoqué le tarissement de quatre-vingt-un cours d’eau, trente-sept sources, une trentaine de puits et cinq aqueducs. Il y a aussi la pollution du territoire due aux dépôts de terres excavées contaminées aux hydrocarbures. Pour ce désastre environnemental, 19 condamnations ont été prononcées en 2014 contre les dirigeants d’Impregilo (principal groupe italien de bâtiment et travaux publics, devenu Webuild SpA en 2020, ndlr), elles ont ensuite été annulées par la Cour de cassation, en conclusion, personne n’a payé pour ces dommages.

Concernant le tronçon Turin-Lyon, suite à une enquête des comités liés au mouvement No Tav (les opposants No Tav se battent contre la construction de cette ligne, ndlr), il ressort des données fournies par Telt (l’entreprise italo-française chargée de réaliser les travaux) que le seul tunnel d’exploration construit entre 2013 et 2017 a conduit à 245 fuites d’eau avec un débit de 102,6 litres par seconde. Sur une base annuelle, le volume d’eau perdu équivaut aux besoins d’une communauté de 40 000 personnes. Si les travaux étaient menés à leur terme, chaque année les pertes seraient si importantes qu’elles couvriraient les besoins de 600 000 personnes. On peut affirmer que la lutte des No Tav est aussi une lutte contre le gaspillage et pour la protection des ressources hydriques, qui profite non seulement au val de Suse, mais à une grande partie du bassin du Pô.

Les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026

Parmi les cas d’accaparement de l’eau en Italie, les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026 représentent certainement l’exemple le plus emblématique. Comme nous l’avons vu ces dernières années, les chutes de neige dans les Alpes ont drastiquement diminué, avec 63 % de neige en moins par rapport à la moyenne des années précédentes. Un rapport de Legambiente (association environnementale italienne, ndlr) rassemble diverses données pour décrire le caractère dramatique de la situation du tourisme alpin et de la consommation d’eau : « Sachant qu’en Italie 90 % des pistes sont équipées de systèmes d’enneigement artificiel, la consommation annuelle d’eau pourrait déjà atteindre 96 840 000 mètres cubes, ce qui équivaut à la consommation annuelle d’eau d’une ville d’un million d’habitants. »

Les Jeux olympiques d’hiver de Pékin ont été les premiers de l’Histoire à se dérouler sur des pistes composées à 100 % de neige artificielle. Environ 222,8 millions de litres d’eau ont été transformés en neige pour faire tourner les installations. Imaginer que l’on va utiliser une quantité d’eau similaire pour les prochains Jeux olympiques de Milan-Cortina nous donne la mesure de l’injustice climatique à laquelle nous sommes confrontés.

La réalisation de cette éco-catastrophe passe par la construction de mégabassines artificielles, d’infrastructures routières et immobilières, dont beaucoup sont déjà en activité, qui dévasteront le fragile écosystème alpin.

Lutter à hauteur des territoires

L’étude des altérations du cycle de l’eau est un bon point d’observation pour mieux comprendre les contradictions du modèle de développement actuel, et l’Italie est – et sera – un point chaud en ce qui concerne les effets les plus graves du changement climatique. Comme le montre une étude récente, la Méditerranée fait partie des régions de la planète qui se réchauffent le plus rapidement et le plus intensément, ce qui entraînera des bouleversements sociaux et économiques considérables dans un avenir proche.

Comme l’écrit le géographe Jean Labasse, le combat se mène sur deux fronts : une bataille pour une eau de meilleure qualité pour tous et une bataille contre l’eau pour se défendre de sa violence. Ricardo Antunes dans son livre Capitalisme Viral (2022) soutient que la pandémie a rendu plus évident le désert produit par le système économique néolibéral dans nos sociétés, il me semble que l’on peut dire de même aujourd’hui au sujet de la crise de l’eau. C’est un schéma qui se répète, dans lequel on passe d’un « état d’urgence » à l’autre et où l’urgence devient une opportunité de spéculer sur le désastre.

Cette gouvernance se heurte à l’opposition des nombreux comités, associations et collectifs qui, ces derniers temps, ont été les protagonistes d’une grande action de solidarité dans les zones inondées. Une bonne partie d’entre eux animent la galaxie de l’activisme climatique et ont appelé à la marche des « 10 000 bottes vers la Région » à Bologne le 17 juin 2023 (le cortège a traversé la ville jusqu’au siège de la région Émilie-Romagne, devant lequel ont été déversés un camion rempli de boue et 10 000 bottes, celles utilisées par les volontaires pendant les inondations, pour revendiquer et dénoncer la crise climatique et non des intempéries occasionnelles, ndlr).

Les luttes sociales contre l’accaparement de l’eau – qui, en Inde et dans d’autres États du monde, constituent depuis des années un thème majeur dans l’agenda des mouvements écologistes – sont en train d’acquérir une place plus centrale sous nos latitudes. Dans un futur proche, il sera nécessaire d’approfondir les recherches sur le rapport eau-énergie-alimentation, afin de formuler une stratégie politique pour une transition écologique qui tienne compte des inégalités sociales.

18 juin 2024 Federico Scirchio, traduit par Letizia Freitas

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14 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Anti Fa de Belgique

BELGE

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14 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Matteoti (PSL, Basta )

Un anno di dominazione fascista

Il a 100 ans… L’assassinat de Giacomo Matteotti

Il y a 100 ans, le 10 juin 1924, le député socialiste italien Giacomo Matteotti était kidnappé en pleine rue à Rome et assassiné par un commando fasciste armé de matraques et de poignards. Son cadavre ne fut retrouvé que deux mois plus tard dans un bois. L’annonce de ce crime eut, à l’époque, un retentissement considérable sur le plan international.

Né en 1885 en Vénétie dans une famille aisée, Giacomo Matteotti, diplômé en droit en 1907, était devenu une figure de proue du Parti socialiste italien au cours de la Première Guerre mondiale. Opposé à la participation de son pays à la guerre, il fut emprisonné en Sicile. En 1919 il est élu député.

Le parti socialiste italien

Le mouvement ouvrier italien est né au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, dans le cadre de la révolution industrielle et de l’unification du pays. Fondé le 14 août 1892, il connut une existence bouleversée et plusieurs scissions : sur sa gauche (Labriola en 1897), sur sa droite (Bissolati en 1911).

C’est à cette époque que Benito Mussolini commença à gagner de l’importance au sein du parti socialiste et devint le directeur du quotidien du parti L’Avanti ! Ces divisions internes n’ont pas entravé pas la progression du parti qui remporta 52 sièges au parlement en 1913.

En 1914, quand éclate la guerre, le PSI milite contre la guerre. Mais une frange du parti, emmenée par Mussolini (directeur de L’Avanti!) se prononce pour la guerre et est exclue en 1914.

Le fascisme à l’assaut du pouvoir

Au lendemain de la guerre une vague d’agitation déferle sur l’Italie, car le coût de la vie a triplé : grèves, occupations de terres et d’usines. À l’appel de son nouveau journal, Il Popolo d’Italia, Mussolini réunit à Milan quelques centaines de personnes pour jeter les bases d’une organisation à l’échelle nationale : les Faisceaux de Combat (Fasci italiani di combattimento).

Il s’en prend virulemment au “bolchevisme” et au “socialisme officiel”. Après le reflux des grèves qui ont fait trembler le patronat, Mussolini organise ses troupes en escouades (squadre) qui sont utilisées, avec le soutien du patronat, en milices contre-révolutionnaires armées. Le phénomène se développe rapidement dans les villes et à la campagne.

Aux élections de 1921, les fascistes s’allient à la droite. Ils obtiennent 35 députés, dont Mussolini. En octobre, ce dernier organise une marche sur Rome (30.000 hommes). Le 29 octobre, le roi décide de confier à Mussolini la formation du gouvernement (bien qu’il n’ait que 35 députés!).

Fin de l’année 1922 le Parti national fasciste est devenu un parti de masse : 500.000 inscrits dont 200.000 miliciens. Mussolini fait voter une nouvelle loi électorale : la liste qui obtiendra au moins 25 % des votes obtiendra les 2/3 des sièges, le reste étant partagé à la proportionnelle !

1924

Pour les élections du 6 avril 1924, Mussolini constitue une liste nationale comprenant aussi quelques hautes personnalités de droite non-fascistes. Après une campagne électorale marquée par de nombreuses violences contre les candidats de l’opposition la liste nationale obtient 66 % des votes exprimés et 356 députés.

Les fascistes à eux seuls ont 275 députés. L’opposition, vaincue, doit se partager le tiers des sièges restants : 36 pour les socialistes, 19 pour les communistes, 39 pour les populaires, 15 pour les libéraux et 10 pour les démocrates sociaux.

Le 30 mai le député socialiste Matteotti dénonce au parlement, preuves en main, les violations de la liberté électorale et demande l’invalidation de tous les députés fascistes. Quelques jours plus tard, il est kidnappé et assassiné. L’enlèvement et l’assassinat de Matteotti provoquent une indignation générale qui dépasse le cadre de l’Italie.

En Belgique, où Matteotti était bien connu des milieux socialistes (notamment pour être intervenu au congrès du Parti Ouvrier Belge du 20 avril 1924), les marques d’indignation se multiplient. Une plaque commémorative sera élevée à la Maison du Peuple de Bruxelles (construite par l’architecte Horta), puis en 1964 – lors de la démolition de la Maison du Peuple – transférée à Colfontaine, dans le Borinage. Plusieurs localités rendront hommage à Matteotti en lui consacrant une rue, surtout en Wallonie, mais aussi à Niel (Anvers) par exemple.

Mussolini a d’abord nié que sa milice ait eu quelque chose à voir avec l’enlèvement. Lorsque le corps de Matteotti est retrouvé, la responsabilité des fascistes est toutefois reconnue. L’indignation est limitée et le totalitarisme de l’État italien se développe. Lorsque l’extrême droite peut s’en sortir avec l’usage de la violence, elle l’utilise à nouveau pour aller encore plus loin. L’objectif du fascisme est d’éliminer complètement le mouvement ouvrier organisé.

10 juin 2024 Guy Van Sinoy

https://fr.socialisme.be/

Lire aussi:

Comment Mussolini a installé la dictature fasciste : l’assassinat du député socialiste Matteotti

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10 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Europe (Inprecor)

Europe (Inprecor) dans A gauche du PS
Photothèque Rouge / Martin Noda / Hans Lucas

Qui sème des politiques d’extrême droite… récolte des politiques d’extrême droite

Ce dimanche, les élections européennes se sont achevées et ont permis d’élire les députés européens qui composeront la dixième législature. Il n’est jamais inutile de rappeler que ces élections sont l’occasion de renouveler la structure de gouvernance de l’UE (Parlement et Commission européenne). Pour tenter d’éviter l’image d’un appareil bureaucratique hiérarchisé et peu contrôlé démocratiquement, répondant à un équilibre des pouvoirs étatiques fondé sur l’hégémonie de l’axe Berlin-Paris. Ce processus s’achèvera, quelques mois plus tard, par la ratification par le Parlement du président de la Commission européenne et du collège des commissaires préalablement négociés par les États membres.

Les progrès de l’extrême droite

Le fait le plus marquant de cette élection est peut-être la progression de l’extrême droite, qui consolide une droitisation de l’UE qui couvait depuis longtemps. La dispersion actuelle de l’extrême droite, en trois groupes au Parlement européen, brouille l’image de son résultat électoral, mais on ne peut ignorer qu’elle a été la deuxième force ayant obtenu le plus de voix en Europe, avec un peu plus de 20 % des suffrages, devant les sociaux-démocrates. Ainsi, l’extrême droite a réussi à devenir la première force en : Italie, France, Hongrie, Belgique, Autriche et Pologne, et la deuxième force en Allemagne et aux Pays-Bas, tandis que le Parti socialiste européen n’a réussi à gagner qu’en Suède, en Roumanie, à Malte et à faire jeu égal avec la droite au Portugal.

Le parti de Le Pen, le Rassemblement national (RN), a réussi non seulement à remporter à nouveau les élections européennes en France pour la troisième fois consécutive, en obtenant deux fois plus de voix que le parti au pouvoir, mais aussi à devenir le parti qui compte le plus grand nombre de députés au Parlement européen, ce qui illustre bien la force de l’extrême-droite européenne. Un résultat qui a provoqué un véritable séisme en France, où Macron a été contraint de convoquer des élections législatives d’urgence.

En effet, l’extrême droite n’a cessé de progresser en Europe depuis le début du siècle, partant d’un nombre de députés à peine suffisant pour former un groupe au Parlement européen pour devenir la deuxième force lors de ces élections. En dix ans, elle a doublé son soutien et émerge comme une force qui pourrait déterminer les majorités parlementaires lors de la prochaine législature. La bureaucratie eurocrate de Bruxelles prend cette possibilité très au sérieux et, à cette fin, a entamé une campagne visant à faire la distinction entre une bonne et une mauvaise extrême droite, c’est-à-dire entre l’extrême droite qui adhère sans ambiguïté à la politique économique néolibérale, à la remilitarisation et à la subordination géostratégique aux élites européennes et à l’OTAN, et l’extrême droite qui continue à les remettre en question, bien que de plus en plus timidement.

Les tentations de relooking

Dans la campagne électorale elle-même, la candidate du PPE à la présidence du Collège des Commissaires, Ursula von der Leyen, a ouvert la porte à un pacte avec une partie de l’extrême droite, représentée par Meloni, la « bonne extrême droite ».  En ce sens, le président du Parti populaire européen (PPE) lui-même, l’Allemand Manfred Weber, s’était déjà prononcé en faveur d’un accord avec l’extrême droite lors d’une rencontre avec la présidente italienne Georgia Meloni l’année dernière. Des approches qui contribuent à normaliser l’extrême droite en tant que partenaire acceptable, légitimant non seulement son espace politique, mais aussi ses politiques et ses discours de haine qui gagnent de plus en plus d’audience auprès de l’électorat européen. C’est un bon exemple du rôle de premier plan que l’extrême droite devrait jouer dans cette nouvelle législature, où elle jouera un rôle clé dans l’obtention de majorités parlementaires.

En ce sens, il semble que Le Pen ne veuille pas être une fois de plus écartée de cette opération de relooking ; elle est consciente qu’elle doit achever son processus particulier de dédiabolisation, non seulement pour avoir son mot à dire dans le prochain Parlement européen, mais surtout pour avoir une chance lors de la prochaine élection présidentielle française. Ainsi, l’extrême droite française a frappé à la porte de Meloni pour tenter d’unir ses forces et devenir la deuxième force politique au Parlement européen. Au cours des trois prochaines semaines, période durant laquelle les groupes politiques du Parlement européen doivent être constitués, nous déchiffrerons tout le mystère du choix de Meloni. Pour le chant des sirènes du groupe Populaire ou pour diriger un grand groupe d’extrême droite. Jorge Buxadé (Vox) lui-même l’a rappelé à Alberto Núñez Feijóo lors de sa campagne : « Ne vous énervez pas parce que Giorgia Meloni est l’une des nôtres ». Il semble que des semaines intéressantes et complexes attendent la droite et l’extrême droite pour voir comment les groupes politiques du Parlement européen seront finalement configurés.

La fin du bipartisme ?

Peut-être qu’un autre des titres de ces élections est la tendance à l’érosion du bipartisme européen, si déjà en 2019, pour la première fois dans l’histoire du Parlement européen, les Populaires (PPE) et les Sociaux-démocrates (S&D) n’ont pas réussi à atteindre une majorité absolue. Lors de ces élections, cinq ans plus tard, les socialistes ne sont plus la deuxième force recueillant le plus de suffrages, pour être relégués par l’extrême droite à une troisième place historique. Les socialistes et le Parti populaire n’ont pas le vent en poupe et doivent de plus en plus élargir avec de nouvelles forces la grande coalition qui a gouverné l’Europe jusqu’à présent.

En fait, dès la dernière législature, les libéraux d’Europe Renouveau et, à certaines occasions, les Verts, ont joué un rôle fondamental dans la formation de majorités au Parlement et dans l’approbation des principales mesures de cette législature (Pacte vert, remilitarisation européenne, Pacte sur l’immigration et l’asile, etc.) Ce sont précisément ces deux groupes, Renew Europe et les Verts, qui ont subi la plus forte érosion électorale lors de ces élections, perdant respectivement 20 et 18 sièges. Si, en 2019, ils se sont imposés, dans une certaine mesure, comme des forces de renouvellement et de modernisation d’une gouvernance bipartisane dépassée, leur incapacité à répondre aux attentes les a conduits à payer un coût électoral élevé. Malgré cela, ils apparaissent comme deux forces fondamentales pour assurer les majorités de la grande coalition.

L’exemple le plus clair de l’érosion de la formule politique de Renew Europe est peut-être incarné par Emmanuel Macron en France, dont le parti n’a même pas atteint 15 % des voix. Macron représente une sorte de figure politique vide, un étendard de la sortie de la crise de représentation du bloc de pouvoir et de la corruption des grands partis, qui a été vendue comme une formule condensant l’extrême centre en un seul parti. Un politicien modèle issu du monde de la gestion d’entreprise et perçu, précisément, comme un gestionnaire de la « société civile » disparate, mais garant du (dés)ordre néolibéral. En bref : une sorte d’outsider pour maintenir le statu quo.

En fait, Macron s’inscrit dans une tendance globale d’émergence de caudillos populistes néolibéraux autoritaires issus du monde des affaires et de la finance, qui ne font plus confiance aux politiciens professionnels, mais qui dirigent plutôt leurs propres intérêts d’élite à partir de la ligne de front de la politique. Ces élections ont non seulement condamné le déclin du macronisme en tant que prince de l’européanisme néolibéral qui devait remplacer la grande coalition, mais elles ouvrent également un scénario incertain pour les élections législatives anticipées (juin) et pour les élections présidentielles françaises. En ce sens, ceux qui ont tenté de se présenter comme les représentants du macronisme hispanique, Ciudadanos, sont définitivement morts dans ces élections, perdant leurs huit eurodéputés.

Protestation et recomposition droitière

Il semble que nous ayons un nouveau groupe au Parlement européen autour des Italiens de Cinq Étoiles et des Allemands de l’Alliance Sahra Wagenknecht -Pour la Raison et la Justice-. Un espace politique mal défini construit sur des partis qui ont en commun de trouver difficile de s’intégrer dans l’un des autres groupes formés au Parlement, soit en raison de différences politiques, soit en raison du veto d’autres forces, comme cela a été le cas historiquement avec Cinq Étoiles. Un groupe similaire à ce qu’était l’Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFDD) lors de la législature 2014/2019. Même s’il reste à voir s’ils obtiendront des alliés pour respecter la règle parlementaire d’un minimum de 25 eurodéputés issus d’au moins sept pays différents de l’UE.

Plus de 100 eurodéputés élus n’ont pas de groupe clair au Parlement européen, ce qui montre bien le poids du vote protestataire anti-politique, étranger aux groupes établis au Parlement européen, lors de ces élections. Un bon exemple de ce phénomène est Fidias Panayiotou, un tiktoker chypriote de 24 ans, qui a été la deuxième force, remportant deux sièges au Parlement européen avec plus de 20 % des voix, et Alvise Pérez, le candidat de Se Acabó La Fiesta, l’une des surprises de la journée électorale en Espagne, qui a obtenu trois députés européens avec 800 000 voix.

Un vote de protestation mobilisé pour « récupérer la démocratie kidnappée » par l’oligarchie politique corrompue, traditionnellement qualifiée de « partidocratie » par l’ultra-droite, avec pour conséquence la défense d’une sorte d’anti-politique. Le succès électoral de cette bannière qui prétend sauver une démocratie kidnappée par les élites ne peut être compris sans évaluer le déficit démocratique des sociétés dans lesquelles elle émerge. En ce sens, ce n’est pas un hasard s’il s’exprime particulièrement lors des élections européennes, de la transformation systémique d’une société mondialisée et de la délégitimation du politique et de la politique qui s’est produite en son sein face à la dévalorisation des idéologies. A l’intérieur et à l’extérieur du système, l’extérieur continue à gagner toujours plus de poids politique au sein du Parlement européen.

Quelles perspectives à gauche ?

Si la gauche continue d’occuper la dernière place au Parlement européen en attendant la création d’un nouveau groupe, elle parvient, contrairement à 2019, à atténuer sa chute et pourrait même légèrement progresser en nombre, lorsque la répartition des nouveaux eurodéputés non inscrits à un groupe sera confirmée dans les semaines à venir. Particulièrement pertinents ont été les résultats en Finlande, où elle est deuxième force, en Italie, où la gauche a retrouvé une représentation, et avec la France Insoumise, qui a fourni le plus grand groupe de députés à la gauche.

Ces élections ont une fois de plus montré la perte croissante de légitimité de l’UE parmi les mouvements sociaux dans toute l’Europe, l’abstention l’emportant à nouveau dans presque tous les pays. L’UE a de plus en plus de mal à être associée aux « valeurs européennes » telles que la démocratie, le progrès, le bien-être ou les droits de l’homme. Une crise organique au sens gramscien du terme, résultat et approfondissement de la crise du modèle de capitalisme européen post-Maastricht qui a été une véritable camisole de force néolibérale, avec une combinaison mortelle d’austérité, de libre-échange, de dette prédatrice et de travail précaire et mal rémunéré, l’ADN du capitalisme financiarisé d’aujourd’hui.

Cette crise de légitimité des institutions ne signifie pas seulement que les décisions de l’UE tentent à tout prix de contourner les parlements nationaux, mais aussi que tout référendum ou consultation des citoyens concernant directement ou indirectement les questions européennes est considéré avec suspicion et effroi. Chaque jour, de plus en plus de personnes se réveillent du rêve européen et se retrouvent à la dérive entre un européanisme néolibéral et militariste défendu par les élites de l’UE et un nationalisme d’exclusion qui se développe au niveau des États. Une crise organique du projet européen qui génère des vides propices aux mutations, aux réajustements, aux recompositions et surtout aux monstres comme nous l’avons vu lors de ces élections.

Des élections qui confirment : le glissement de l’Europe vers la droite, où l’extrême droite n’apparaît plus comme eurosceptique mais comme euro-réformiste, se réservant un siège dans la gouvernance de l’UE ; la faillite des anciennes majorités de grande coalition ; la fin du macronisme et de sa tentative de grand centre-droit européen ; la montée des options outsiders de protestation anti-système et anti-politique ; et la croissance de l’abstention et du désenchantement européen à l’égard de la machinerie de l’UE. Le tout dans un contexte où les tambours de guerre battent dans les chancelleries, nous rapprochant dangereusement du scénario d’une nouvelle confrontation militaire mondiale, sur fond d’urgence climatique et de démantèlement de la gouvernance multilatérale et du droit international qui régissent le monde depuis la Seconde Guerre mondiale.

Un cocktail dangereux qui laisse présager de nouveaux conflits, une recomposition des acteurs, un élargissement du champ de bataille et, surtout, une accélération des tendances nouvelles et anciennes. Mais une leçon se détache de ces élections européennes : quand on sème des politiques d’extrême droite – le Pacte sur les migrations en est un exemple parmi d’autres – on récolte… des politiques d’extrême droite.

Publié par Público. 10 juin 2024  Miguel Urbán Crespo

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12 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Catalogne

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CUP et Comuns sont les 2 plus proches du NPA

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12 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Catalogne (France Info)

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Elections en Catalogne : on vous explique les enjeux du scrutin régional de ce dimanche en Espagne

Le Parti socialiste de Pedro Sanchez espère se hisser au pouvoir dans cette région, tenue par le séparatiste Pere Aragonès. L’indépendantiste Carles Puigdemont, à l’origine de la tentative de sécession de 2017, ambitionne de diriger à nouveau le territoire.

En Catalogne, les esprits ne sont pas vraiment aux élections européennes. Un autre scrutin, plus local et très concernant pour la population du fait de la grande autonomie de la région par rapport à Madrid, se tient dimanche 12 mai. Ce scrutin a pour objectif de renouveler le Parlement régional. Il était initialement prévu pour le début de l’année 2025 mais il a été anticipé, après l’échec du gouvernement régional à faire adopter son projet de budget.

Pour l’heure, les sondages donnent le Parti socialiste du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, et son candidat à l’élection Salvador Illa, largement en tête. Derrière, suivent l’indépendantiste Carles Puigdemont et sa formation Junts per Catalunya (Ensemble pour la Catalogne), ainsi que l’autre grand parti séparatiste, Gauche républicaine de Catalogne (ERC), mené par l’actuel président régional Pere Aragonès. Trois candidats qui jouent gros.

Le Parti socialiste de Pedro Sanchez espère une victoire cruciale

Reprendre le pouvoir aux séparatistes, qui dirigent la région depuis une décennie, représenterait une grande victoire pour Pedro Sanchez, qui veut « tourner la page » de la tentative de sécession de 2017. En Espagne, cette crise, l’une des pires vécues par le pays depuis le retour de la démocratie, a durablement marqué les esprits. Un succès socialiste signifierait « une nouvelle étape » en Catalogne « après dix ans perdus », a déclaré le candidat du Parti des socialistes de Catalogne (PSC), Salvador Illa.

Une victoire catalane permettrait aussi à Pedro Sanchez de relancer un nouveau mandat, compliqué par l’ouverture d’une enquête judiciaire contre son épouse face à laquelle il a songé à démissionner, puis renoncé, fin avril. Arrivé au pouvoir en 2018, il est parvenu à s’y maintenir en novembre 2023 grâce au soutien, paradoxal à première vue, des deux partis indépendantistes catalans. Mais cette fleur envers le Premier ministre s’est faite dans le cadre d’un accord donnant-donnant.

Les partis Ensemble pour la Catalogne et Gauche républicaine de Catalogne ont en effet obtenu en contrepartie une loi d’amnistie pour les séparatistes impliqués dans les événements de 2017, très contestée dans la rue par la droite. Ce texte doit être signé fin mai ou début juin et permettra à Carles Puigdemont de faire son grand retour en Espagne, après plus de six ans d’exil. Et donc d’endosser le rôle de président s’il est élu dimanche. « Les barrières ont été rompues, par nécessité, entre les socialistes et les indépendantistes », analyse pour Ouest France le politologue barcelonais Sergio de Maya. La formation de Pedro Sanchez a aussi promis « des mesures permettant l’autonomie financière » de la Catalogne.

La stratégie des socialistes semble porter ses fruits, puisqu’ils sont aujourd’hui premiers dans les sondages. Mais avec seulement une quarantaine de sièges, selon les projections, ils seront encore loin de la majorité absolue, fixée à 68 sièges. Si le pronostic se confirme, iIs devront donc trouver des alliés pour gouverner. L’une des hypothèses est un accord avec les indépendantistes, mais cela finirait de faire imploser leur mouvement. Salvador Illa a notamment tendu la main au camp de Carles Puigdemont, comme le rapporte L’Indépendant.

Une position délicate pour l’indépendantiste Carles Puigdemont

Toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt en Espagne, Carles Puigdemont fait campagne depuis le sud de la France, où il s’est installé le mois dernier après des années d’exil en Belgique, et a fortement progressé dans les sondages ces dernières semaines. « Pouvoir être en contact direct, face à face, avec les gens, c’est très réconfortant pour moi », a-t-il déclaré à France 3 Occitanie, lui qui tient tous les soirs des meetings à Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales).

Elu président de la région en 2016, il est à l’origine de la tentative de sécession de la Catalogne en 2017. Carles Puigdemont veut croire en ses chances de diriger à nouveau la région, si sa formation Junts s’impose comme premier parti du bloc séparatiste et que celui-ci, très divisé, conserve la majorité des sièges.

Mais cette hypothèse semble a priori compliquée, d’autant plus qu’une nouvelle formation séparatiste, Alliance catalane, classée à l’extrême droite, a émergé ces derniers mois et est créditée d’une poignée de sièges par les sondages. Carles Puigdemont a par ailleurs assuré qu’il se retirerait de la politique locale s’il ne parvenait pas à se faire élire lors de ce scrutin.

Un fauteuil à garder pour le séparatiste Pere Aragonès

En lice, il reste Pere Aragonès, président de la Catalogne depuis septembre 2020. Son gouvernement a décrété mardi la fin de l’état d’urgence sécheresse qui était en vigueur depuis le 1er février. Cette annonce intervient à quelques jours du scrutin et alors que son parti est très critiqué par l’opposition pour la gestion de cette crise. Celui qui a convoqué ces élections anticipées après le rejet de son projet de budget par l’assemblée est en forte baisse dans les sondages.

Si ERC gouverne actuellement en solitaire, avec seulement 33 députés sur 135 au Parlement régional, le parti indépendantiste a toutefois « contribué à normaliser la Catalogne et à adoucir le schisme de 2017« , la tentative avortée de sécession de la région, soulève El Periódico de Catalunya. Dans un tacle à ses adversaires, Pere Aragonès défend auprès du quotidien espagnol El Pais que « ses valeurs sont à l’opposé de ceux qui considèrent la politique comme un agenda purement personnel ».

12/05/2024

https://www.francetvinfo.fr/

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07 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Miguel Urbàn (Anticapitalistas)

Miguel Urbán Hélène Marra Revue L’Anticapitaliste n° 155 (avril 2024)

« Un pied dans les institutions, 100 pieds dans la rue »

« Nous avons utilisé notre espace de pouvoir comme un moyen de renforcer notre activité politique sans nous enfermer dans l’institution de l’Union européenne ».

Dans le cadre des élections européennes, marquées par la montée du militarisme et la progression inquiétante de l’extrême droite, nous avons souhaité interviewer Miguel Urbán, député européen et militant de Anticapitalistas dans l’État espagnol.

 

Pourrais-tu te présenter, nous parler de ta trajectoire politique ?

Je suis Miguel Urbán, député européen depuis 2015 et militant de Anticapitalistas. Je suis impliqué dans l’activisme politique depuis 2013. Je me suis engagé dans différents mouvements : étudiant, anticolonial, pour le droit au logement, les mouvements d’occupation ou anti-guerre. J’ai été l’un des fondateurs de Podemos. J’écris en outre régulièrement dans divers médias, des médias espagnols tels que El País et Público, aux médias internationaux comme La Jornada au Mexique. Je fais également partie du comité d’expert·es de la revue Viento Sur.

 

La question des médias semble être très importante dans ton activité militante ?

Oui, elle en fait partie. J’ai toujours essayé de combiner l’activisme avec la réflexion politique, j’ai écrit, co-écrit ou coordonné une douzaine de livres publiés en Espagne et à l’étranger. Je viens de publier Trumpismos neoliberales y autoritarios. Una radiografía de la extrema derecha internacional (Trumpismes néolibéraux et autoritaires. Une radiographie de l’extrême droite internationale) avec Fondo de Cultura Económica, la maison d’édition mexicaine. J’ai donc toujours essayé de combiner mes activités politiques avec la construction du débat public non seulement à travers les tribunes et les articles d’opinion mais aussi par le biais d’interviews dans les médias. Ceux-ci sont des outils fondamentaux dans le travail politique que nous avons réalisé au fil des ans, en utilisant l’institution comme une sorte de porte-voix et aussi comme un moyen d’entrer dans certains espaces où il serait autrement très difficile d’avoir accès.

Il y a un mois, j’ai passé plusieurs jours à la frontière de Rafah : il m’a fallu presque deux mois de négociations avec l’ambassade égyptienne pour pouvoir y accéder. Lorsqu’ils ont encerclé et attaqué pendant 98 jours la ville de Diyarbakir au Kurdistan, j’ai pu entrer, alors que même la presse n’entrait pas, parce que j’étais un élu du Parlement européen.

Lorsque Berta Cáceres, la dirigeante féministe, indigène, écologiste et anticapitaliste, a été assassinée, Gustavo, le principal témoin, un camarade mexicain qui était avec elle et qui a réussi à se sauver parce qu’il était présumé mort par les assassins, ne pouvait pas quitter le Honduras en raison de l’implication du gouvernement hondurien de l’époque dans l’assassinat de Berta Cáceres. Je me suis rendu dans le pays et, avec un comité, tout en étant le seul député, nous avons réussi à mettre Gustavo à l’abri et à le faire sortir du pays.

Nous avons beaucoup suivi la question de la lutte contre la répression, tant au Nord que dans le Sud global, en utilisant la figure de l’eurodéputé pour assister aux procès, exercer une pression politique sur les questions de criminalisation ou sur les menaces pesant sur les défenseurs et défenseuses des droits humains.

Lorsque les militaires étaient dans les rues du Chili pendant le soulèvement de 2019, j’ai été le seul élu non chilien à me rendre dans le pays. J’ai pu accompagner les barrages militaires la nuit ; nous avons tenu une conférence de presse qui a eu beaucoup d’impact dans le pays, exerçant une forte pression internationale sur le cas de la répression au Chili.

J’étais sur des bateaux de recherche et de sauvetage en Méditerranée lorsque Salvini fermait les ports, empêchant les personnes secourues d’entrer. J’ai passé plus de quinze jours en Méditerranée sans pouvoir entrer dans le port, malgré mon statut de député, mais à la fin nous avons réussi à débarquer et à être accueillis en Espagne.

Nous avons pu visiter toutes les frontières, tant en Europe que dans le Sud : nous sommes alléEs au Soudan, au Niger, au Mali, au Sénégal, en Égypte, en Tunisie, en Libye, tous des pays que nous n’aurions pas pu visiter si nous n’avions pas été membres du Parlement ; j’ai accompagné la première caravane de migrant·es qui a quitté le Honduras jusqu’à Tijuana, au Mexique. J’ai pu participer au comité international de soutien à l’audit de la dette grecque pendant le premier gouvernement Syriza. Nous avons pu suivre la situation dans tous les camps des personnes exilées qui existaient à l’époque, à Idomeni, Lesbos, Moria, et dans d’autres îles grecques. Nous avons obtenu, pour la première fois en vingt-cinq ans, la reconnaissance, de la part du Parlement européen, de l’urgence humanitaire au Maroc, en critiquant et en dénonçant la situation de détention dans le cas d’Omar Rádi, un camarade lié à la Quatrième Internationale.

Vous avez donc utilisé l’institution d’une façon non conventionnelle ? 

Oui, nous avons fait le choix de ne pas nous enfermer dans l’institution en prétendant être le meilleur parlementaire possible, mais nous avons utilisé l’institution parlementaire de la meilleure façon possible pour faire des choses qu’ils ne veulent pas que nous fassions, comme par exemple dénoncer les accords de libre-échange, essayer de construire des réseaux avec les pays du Sud précisément pour rejeter ces accords, tout cela avec de l’argent de l’Union européenne ! Avec plus ou moins de succès, nous avons essayé d’être une sorte de « cheval de Troie » au sein des institutions, en dénonçant également l’institution elle-même, le militarisme qui est maintenant si important. Nous avons essayé d’avoir une activité internationaliste en exploitant cet espace pour soutenir les luttes dans le Sud global. Et nous avons payé pour cela : j’ai été détenu par le Mossad alors que je suis député, on m’a refusé l’entrée dans plusieurs pays comme le Maroc.

Eduardo Bolsonaro, le fils de Bolsonaro et principal dirigeant du bolsonarisme, a publié une vidéo de vingt-et-une minutes me menaçant précisément en raison de tout le travail accompli contre l’extrême droite au Brésil. Ils sont entrés chez moi pour me menacer ainsi que mes enfants et ma compagne ; j’ai subi plusieurs tentatives d’attentats aux portes du Parlement européen et à l’extérieur de celles-ci.

Bien sûr, tout cela ne sert pas à obtenir des améliorations dans les directives de l’Union européenne et d’ailleurs, le Parlement européen n’est même pas un Parlement : dans le meilleur des cas, nous colégiférons, mais nous n’avons pas d’initiative législative propre sans la Commission. Je pense que c’est une faille démocratique très forte dans ce système anti-démocratique qu’est l’Union européenne, mais je pense aussi que la corrélation des forces nous empêche d’avoir des propositions anticapitalistes qui peuvent être présentées au Parlement. Nous avons donc beaucoup utilisé les institutions elles-mêmes et l’espace que nous avons eu et, surtout, nous avons créé notre propre espace.

Tu veux dire que tout le travail interne, des commissions, des groupes parlementaires n’est pas si important que ça, qu’on ne peut pas en somme changer l’Europe de l’intérieur ?

Loin de là. Afin de construire un vrai projet européen, socialiste, écoféministe, nous devons nous débarrasser de l’Union européenne, et non pas espérer pouvoir la réformer. Depuis Maastricht, l’Union européenne est devenue l’outil de constitutionnalisation du néolibéralisme qui est présenté comme la seule politique possible. Lorsque le gouvernement Syriza a cédé en signant le mémorandum après le référendum, Weber, le porte-parole du Parti populaire européen au Parlement, a terminé son discours en disant que « l’exemple de la Grèce montre qu’il n’est pas possible d’avoir un gouvernement de gauche dans l’Union européenne, et que cela serve de leçon à Podemos et à l’Espagne ». Je suis d’accord avec lui.

Je pense que nous devons continuer de mener une politique de gauche dans une logique internationaliste de désobéissance aux traités de l’Union européenne et de construction d’un projet européen alternatif, en opposition avec la logique de repli identitaire proposée par l’extrême droite.

Comment rompre avec les institutions européennes ?

Les institutions sont construites contre nous et contre nos intérêts. Ceci dit, je pense que la logique, et nous l’avons toujours dit en tant qu’anticapitalistes, est de mettre un pied dans les institutions et 100 pieds dans la rue. L’enjeu pour nous est d’utiliser notre pied dans les institutions pour favoriser les processus de lutte et d’auto-organisation. Par exemple, il y a un programme au Parlement européen qui prévoit cent dix voyages par an pour amener les citoyens et les citoyennes au Parlement européen afin de les rapprocher de l’institution. Il y a donc cent dix voyages par an, ils paient tous les billets, la nourriture, le séjour, et ensuite ils leur montrent le Parlement européen pendant deux heures, puis un ou une parlementaire fait généralement un petit discours.

Nous avons utilisé tous ces voyages pour y amener des conflits, des grèves, des syndicats, des personnes réprimées, pour pouvoir utiliser le Parlement comme haut-parleur des luttes et leur offrir une couverture médiatique. Le fait d’introduire dans un endroit où on ne les trouve pas habituellement des travailleurs et des travailleuses en grève attire les médias, cela donne une légitimité à ces combats. Nous avons même amené des camarades issu·es des syndicats libertaires, anarchistes, qui ne croient pas aux institutions mais qui ont participé parce qu’ils et elles ont vu que c’était utile, et que nous n’essayions pas d’obtenir un avantage politique. Nous avons fait venir Extinction Rebellion, tou·tes les camarades qui sont criminalisé·es en Europe car ils pratiquent la désobéissance civile climatique.

Quand nous avons amené des collectifs en lutte, nous avons essayé de les coordonner avec d’autres pays, avec d’autres syndicats ou avec d’autres collectifs européens, d’utiliser le Parlement européen comme un moyen de coordonner les luttes. Nous avons par exemple travaillé avec des syndicats turcs par l’intermédiaire d’une société appelée Dielinke ; nous avons ensuite travaillé sur des questions de solidarité avec des entreprises espagnoles qui violaient les droits des travailleurs/ses en Turquie, organisé des rassemblements, et même une grève de soutien en Espagne, en reliant les syndicats espagnols aux syndicats turcs et kurdes.

Cela ne signifie pas que nous n’avons pas fait de travail parlementaire. Nous avons voulu montrer que nous pouvions faire du travail parlementaire contrairement à ce qu’ils disent, mais que ce n’était pas le seul travail qui pouvait être fait, bien au contraire. En ce sens, nous avons même été dérangeants dans notre façon de nous habiller, en violant le code vestimentaire des institutions. Je me souviens de la première intervention au Parlement européen, lorsque Syriza a gagné, quand j’ai qualifié Mario Draghi, à l’époque président de la Banque centrale européenne, de terroriste financier et je lui ai demandé comment il pouvait dormir la nuit avec ce qu’il faisait. La seule chose que le Financial Times avait reporté c’était que Mario Draghi avait été interpellé par un homme en T-shirt !

Autre exemple : la première activité que j’ai faite quand j’ai pris mes fonctions de député européen a été d’aller avec les camarades de la coordination européenne bloquer la Banque centrale européenne, de participer aux actions Occupy Frankfurt, c’était la première activité formelle que j’ai faite en tant que député européen nouvellement élu à l’époque et, à partir de là, c’est ce qui a marqué l’activité que nous avons eue.

Tu as évoqué à plusieurs reprises l’expérience de Podemos et de Syriza, quel est le bilan que tu en tires aujourd’hui ?

J’ai été l’un des fondateurs de Podemos à l’époque. Je pense que, fin 2015, quand Syriza a gagné, un slogan a été créé en Grèce « Syriza, Podemos, nous allons gagner » : c’est ce qui a été dit à l’époque, parce que les Grecs étaient conscient·es de la nécessité de ne pas être le seul gouvernement qui critiquait l’austérité. Dans ce contexte, je pense que la peur que Podemos puisse prendre le pouvoir et faire une alliance avec Syriza dans un cadre anti-austérité, bien que pas anticapitaliste, a joué un rôle très important dans l’entreprise visant à discipliner la Grèce. Je pense que l’on a essayé de discipliner la Grèce pour discipliner le reste, pour donner un exemple de ce qui pourrait arriver à quiconque essaierait de faire une politique différente de celle que la Troïka exigeait à l’époque. Je pense que la défaite de Syriza en 2015 n’a pas été analysée correctement, précisément parce que c’était une défaite pour toute la gauche européenne. Cela a changé le cycle politique dans lequel nous vivions. À cette époque, on enregistrait une montée des processus de lutte non seulement en Grèce et en Espagne, mais aussi au Portugal où le Bloco et le PCP (Parti communiste portugais) avaient obtenu 23 % des voix aux élections. Il y avait eu de très grandes mobilisations dans toute l’Europe comme celle du collectif portugais « Que se Lixe la Troika » (Fuck la Troïka) ; en Italie, il y avait aussi eu un processus très intéressant : les Cinq Étoiles représentaient également un certain agacement du peuple face aux politiques antidémocratiques et austères des gouvernements technocratiques italiens. En France, il y a eu le lancement de La France insoumise et le mouvement Nuit Debout. Tous ces mouvements ont été disciplinés à travers la défaite grecque. La gauche n’a pas su lire correctement ce qui était en jeu dans la bataille grecque. Si celle-ci a été vécue comme une bataille très solitaire de la part des camarades grecs, leur défaite n’était pas solitaire, leur défaite était globale. Cela a changé le cycle politique d’une façon à ce que la colère, la contestation, le vote de protestation changent de bord au bénéfice de l’extrême droite. Avec une issue différente pour la situation de la Grèce, nous n’aurions peut-être pas eu le Brexit au Royaume-Uni. La défaite de Syriza a ainsi préfiguré la défaite de Podemos en provoquant des divisions internes lors de la campagne. Lorsque la majorité de la gauche a rompu avec Syriza, Iglesias est allé faire campagne pour Tsipras tandis que je suis allé faire campagne avec Unidad Popular (Unité Populaire) : deux membres de l’exécutif de Podemos menaient donc, à ce moment-là, deux campagnes différentes. La défaite de l’Unité Populaire a été aussi une défaite pour les thèses les plus à gauche. À ce moment-là, la situation était très difficile et nous avons essayé de relancer le Plan B, qui était une initiative pour essayer de tirer les leçons politiques de la défaite en Grèce et favoriser une plus grande coordination européenne, à travers différentes initiatives : la première à Madrid, qui a assez bien fonctionné ; nous avions aussi mené des actions en France, en Suède, au Danemark, au Portugal, et ainsi de suite, mais nous n’avons pas réussi à stabiliser un cadre de coordination différent du réformisme classique du parti de gauche européen. La lecture de la population espagnole, mais aussi de plusieurs dirigeant·es de Podemos, était que l’hypothèse Syriza de gagner le pouvoir et d’essayer de rompre avec l’austérité n’était pas possible. Cela a encouragé la tentative de parvenir à un accord avec le Parti socialiste pour cogouverner et pour être plus « respectable » aux yeux de l’establishment, et cela afin qu’ils nous frappent moins et soient en mesure de réaliser une réforme ou une quelconque amélioration. Et cela a été le cadre qui a déterminé la rupture de Anticapitalistas avec Podemos, parce que l’hypothèse stratégique sur laquelle Podemos avait été fondé, c’est-à-dire la non-subordination au social-libéralisme et donc au Parti socialiste, a été éliminée.

C’est ce qui s’est passé dans d’autres pays européens, en France avec la France insoumise, qui essaie maintenant de se recentrer, et en Italie avec le processus d’institutionnalisation du Mouvement Cinq Étoiles.

Oui mais, dans le contexte espagnol, le Parti socialiste est le gardien de la monarchie et du régime politique de 1978, né du pacte avec les élites franquistes, qui a une connotation encore plus régressive dans notre pays que dans d’autres social-libéralismes comme en France et ailleurs. Ce n’est pas uniquement une question idéologique : nous subordonner à eux nous élimine également électoralement, pas seulement socialement et politiquement. En d’autres termes, nous pensons que les deux grands risques encourus par Podemos étaient de se modérer et de se normaliser, de ressembler à un parti comme les autres qui gouverne en minorité avec le Parti socialiste.

Finalement, je pense qu’une partie de la défaite de Podemos et de sa capitulation ultérieure doit aussi être lue dans une logique européenne de changement de cycle face à la défaite du moment anti-austérité, illustrée par l’expérience de Syriza en Grèce.

Comment voyez-vous les élections européennes ? Il est indéniable qu’il y a une très forte poussée réactionnaire, accompagnée d’une militarisation et de nouveaux conflits comme en Ukraine ou comme la guerre génocidaire en Palestine. Comment voyez-vous les choses ?

La situation est très mauvaise pour l’humanité, elle est très mauvaise surtout pour les classes populaires et elle est très régressive pour tout projet anticapitaliste ou simplement antilibéral. Depuis 2015, nous avons assisté à un glissement brutal vers la droite de tout l’arc politique européen. Nous vivons un moment de désordre global, nous faisons face à une véritable crise du régime capitaliste par la jonction de la crise néolibérale et de sa mutation autoritaire avec la crise écologique et la logique de pénurie que cela entraîne. Le déclin de l’empire nord-américain et l’émergence d’une sorte de nouvelle période de conflits inter-impérialistes au niveau mondial, pour des ressources de plus en plus rares, génère en outre une logique néo-extractiviste et néocoloniale. En effet, 80 % des matières premières dont nous avons besoin pour une prétendue transition écologique vers un « capitalisme vert » en Europe, se trouvent en dehors de notre continent. En ce sens, l’Europe, confrontée à la concurrence et à la nécessité de nouveaux affrontements inter-impérialistes, a entrepris une logique de réarmement. Comme le dit M. Borrell, le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, l’Europe doit pouvoir parler le langage du pouvoir, non pas le soft power des droits humains mais le langage des armes, le langage de la guerre. Pour soutenir la fièvre et la pression mercantiliste et commerciale de l’Union européenne, il faut des armées en Afrique, pour pouvoir les déplacer dans les territoires en litige avec d’autres puissances anciennes ou nouvelles. Ce processus de réarmement ne vise donc pas tant à disputer l’échiquier ukrainien à la Russie qu’à disputer l’échiquier mondial, à disputer l’Afrique plus que l’Ukraine, car l’Afrique possède bien plus de matières premières nécessaires à l’Europe que l’Ukraine. Le problème est donc que l’Ukraine sert de prétexte aux élites européennes pour renforcer leurs propres intérêts en tant qu’élites dans ce cadre de conflits inter-impérialistes.

C’est aussi dans ce contexte qu’il faut interpréter ce qui se passe en Palestine. Cette crise du régime capitaliste signifie également une crise du régime du modèle de gouvernance libéral né après la Seconde Guerre mondiale ; tout ce qui concerne le cadre international des droits humains, le cadre juridique international est en train de voler en éclats. Il n’y a plus d’entité, tout est une fiction : ce que nous avons vu à l’ambassade mexicaine en Équateur où le gouvernement équatorien a permis de violer la souveraineté et le traité de Vienne, est justement un exemple de cette rupture du droit international.

La signature du pacte migratoire européen met fin au droit d’asile et s’inscrit dans cette même crise de régime où ce qui est remis en question est précisément le modèle de démocratie libérale, de séparation des pouvoirs. Nous assistons en parallèle à l’émergence d’un autoritarisme de plus en plus fort à l’échelle mondiale, avec une remise en question du droit de manifester et le recours à des outils de plus en plus répressifs.

La seule chose qui reste de la démocratie libérale est de voter tous les quatre ans ; pour le reste, ce qui existe est une véritable dictature du marché, c’est l’élément vers lequel nous nous dirigeons de manière de plus en plus claire parce que c’est l’élément le plus facile pour concurrencer, dans ce modèle impérialiste intermédiaire marqué par la pénurie et l’urgence écologique. Dans ce contexte, l’extrême droite deviendra très probablement la première force dans neuf pays de l’Union européenne, plusieurs d’entre eux étant des pays centraux comme la France, qui est déjà la première force aux européennes depuis 2014, et l’Italie encore, où la première force, aux élections de 2019, c’était Salvini avec 34 % et maintenant ce sera Meloni. L’escalade que Netanyahou provoque en Palestine et dans la région, l’Iran, l’Ukraine, ce qui se passe en Amérique latine, tout cela fait partie d’un ensemble, de cette crise de régime et d’augmentation des conflits impérialistes intermédiaires. En plus, en cette année 2024, il y a des élections dans la moitié du monde. Les élections nord-américaines vont notamment être très importantes car la victoire de Trump pourrait entraîner une accélération de tous ces processus.

Nous ne pouvons pas écarter que la chaîne de conflits impérialistes à niveau régional puisse finalement dériver en un conflit ouvert mondial, et cela serait une troisième guerre mondiale avec des armes nucléaires, ce qui déboucherait sur un scénario dévastateur.

Quelle serait alors notre tâche principale ?

Je pense qu’actuellement la tâche principale n’est pas tant de penser aux élections, mais plutôt de réfléchir à la façon dont nous pouvons reconstruire un internationalisme antimilitariste qui rompe avec tous les impérialismes, qui soit indépendant des intérêts impériaux et éloigné de nos empires ou de nos concurrents, qui puisse avoir une indépendance de classe et qui propose que l’un des éléments les plus importants à l’heure actuelle soit une politique antimilitariste écosocialiste ; de réfléchir aussi à l’articulation entre la crise climatique et l’augmentation de la guerre et des conflits armés. Il n’y a rien qui accélère plus un monde en flammes que la remilitarisation et la guerre ; il n’y a rien qui accélère plus le scénario de l’effondrement climatique que d’investir les ressources rares en matières premières essentielles pour une soi-disant transition, dans les armes. Par conséquent, je pense qu’il est nécessaire d’avoir une lecture adéquate du contexte historique si important auquel nous sommes confronté·es pour comprendre qu’aujourd’hui la principale contradiction qui se pose est celle du capital ou de la vie, et c’est ce que nous sommes en train de jouer ; ce n’est même plus capital contre travail : l’opposition est maintenant entre le capital et la vie. La crise du coronavirus a été un essai de ce à quoi nous pourrions faire face, un essai que nous avons perdu : nous avons été soumis·es à une véritable doctrine du choc, nous n’avons même pas pu remettre en question la propriété privée de certaines multinationales pharmaceutiques face à un bien commun pour la vie des gens. Cela devrait nous faire réfléchir : soit nous nous confrontons au temple de la propriété privée et commençons à parler de l’accès aux ressources communes, des contrôles stratégiques des secteurs de l’économie et d’un monde en paix, soit ce que nous ferons sera de jeter plus d’essence sur le feu, et d’accélérer ce train lancé sans freins vers le suicide climatique et écologique de la vie même que le capitalisme est devenu.

https://lanticapitaliste.org/

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