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05 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

État espagnol, l’anti-austérité, point central de la lutte des classes (3)

État espagnol, l’anti-austérité, point central de la lutte des classes (3) dans Austérité cartel-mitin-26-11-2010

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Le cycle de luttes ouvert depuis le début de la crise connaît des formes mouvantes, reflet du divorce des organisations traditionnelles de la gauche, en particulier les syndicats, et de la classe ouvrière, ainsi que d’une situation de fragmentation sociale.

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Les syndicats majoritaires n’ont pas eu ces dernières années une stratégie claire de résis- tance face aux attaques. C’est ainsi qu’ont surgi de nouveaux phénomènes qui dessinent les possibles lignes de recomposition de la classe dans un sens historique. L’anticapitalisme militant a besoin de comprendre ces problèmes, limites et potentialités pour pouvoir jouer un rôle dans la période.

Contre le « réformisme passif » Ces évolutions (d’abord les syndicats qui ont appelé aux grèves générales, le Mouvement 15M, et aujourd’hui le mouvement des Mareas) reflètent et encouragent une attitude de résistance. Certes il n’y a pas de victoires, mais pas encore non plus de sentiment généralisé de défaite, et la dynamique de montées et baisses de luttes entretient encore un certain état d’esprit d’indignation.

Cette colère sociale a comme principal adversaire le blocage institutionnel du Parti populaire (PP), qui agit comme un gouvernement « thatchériste », mais elle doit aussi faire face à l’orientation de Izquierda Unida (IU), qui se situe dans une perspective électoraliste et subordonnée à la logique de gestion avec le social-libéralisme (ainsi, en Andalousie, IU gouverne avec le PSOE, assumant les coupes budgétaires, devenant pour IU l’exemple à suivre pour tout l’État).

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L’absence de victoires importantes renforce ce sentiment de « réformisme défensif » et amène une partie importante des gens à penser que nous ne pouvons qu’aspirer à réduire les coupes sombres, pas plus. Nous, les anticapitalistes, nous avons donc besoin de nous implanter davantage et mieux dans les luttes, en transformant notre organisation pour permettre, avec d’autres, des victoires significatives des résistances contre l’austérité.

Des brèches peuvent être ouvertes Ces deux derniers mois, la lutte pour l’éducation publique rassemble tous les secteurs qui refusent les politiques du gouvernement PP. Il ne s’agit pas seulement d’une lutte contre la baisse des budgets dans ce secteur, mais elle constitue aussi une ligne de démar- cation politique. Sa capacité à rassembler un large secteur, à politiser et cristalliser les débats, fait de la lutte pour la santé et l’éducation publique le symbole de la lutte des classes.

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De même, il y a eu durant des semaines une grève illimitée exemplaire dans les îles Baléares, avec un soutien impressionnant, grève qui n’a été défaite que par l’attitude passive des directions syndicales majoritaires qui ne s’en sont pas servies pour étendre le conflit en appelant à une grève générale dans toutes les îles afin d’obliger le gouvernement à négocier avec les enseignants. Sans cette nouvelle erreur des directions syndicales, nous aurions été dans une bien meilleure position pour appeler aux mobilisations pour l’enseignement qui se sont déroulées le 24 octobre. Cependant, cette grève et le soutien populaire massif montrent que des brèches peuvent être ouvertes à travers la pression sur les gouvernements régionaux.

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De plus, nous avons eu la semaine dernière trois jours de grève étudiante combinée avec une grève de toute l’éducation. Il y a eu d’énormes manifestations, dans lesquelles Izquierda Anti- capitalista a joué un grand rôle dans bien des villes, surtout dans le mouvement étudiant où nous coor- donnons mieux notre implantation. Nous avons aussi joué un rôle dans Marea Verde dans certaines provinces et régions.

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De même, nos camarades de Catalogne ont pu ouvrir une brèche dans le débat sur l’indépendance grâce à l’initiative du « Procés Constituent », combinant revendications sociales et nationales, en partant de l’indignation sociale suscitée par la restriction des budgets.

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L’anti-austérité est le point de départ des anticapitalistes pour être en lien avec les sentiments et les expériences de classe, ainsi que pour pousser fortement les résistances vers de possibles ruptures. La réussite de cette politique ouvrira des possibilités pour les révolutionnaires. Ne pas le comprendre ou ne pas nous impliquer dans ces tâches permettraient une recomposition d’un régime pourtant en crise.

De Cadix, Jesús Rodríguez González (traduction Monica Casanova)

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05 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Grèce : résistance sociale (4)

Grèce : résistance sociale (4) dans Austérité grece-300x212

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Si récemment on a beaucoup parlé des crimes en tout genre de Aube dorée et de ses liens avec la haute finance (on vient même de trouver chez un armateur, Pallis, des armes et un musée nazi !), l’essentiel — qui nourrit la vermine nazie — reste la misère sociale.

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Le chômage devrait bientôt frapper 30 % des travailleurs. Le gouvernement ose parler d’une baisse à 24 % en 2014, mais les experts européens confirment que la crise va durer, ajoutant que les Grecs doivent s’habituer à vivre ainsi ! Environ 900 000 personnes sur une population de 11 millions sont désormais au chômage depuis plus d’un an, sans aucune perspective. Et le gouvernement semble s’orienter vers la liberté totale de licencier, le déverrouillage intervenu ces derniers temps ne permettant pas de virer assez de travailleurs d’un coup, sauf à se déclarer en faillite.

Des écoles aux universités… Néanmoins, le quotidien est fait de nombreuses résistances, comme on le voit dans le secteur public : dans l’éducation, des luttes ont eu lieu dans les collèges et lycées, pour dire non aux suppressions de postes, aux mutations d’office. Mais la grève, trahie par la direction syndicale en mai, a eu du mal à durer cet automne, même si des lycéens sont entrés en lutte au côté des enseignants.

Il y a aussi les gardiens d’école, mis de fait au chômage, revendiquant pourtant leur rôle face aux dégradations en tout genre : ils viennent de clore un marathon de protestation et même des députés de droite promettent de dénoncer le caractère inconstitutionnel de la mesure, ce qui pourrait ouvrir une porte contre toutes les mesures prises de la sorte ! Les facs sont aussi en ébullition : la même « disponibilité » frappe le personnel administratif, avec en réaction un mouvement de désobéissance qui dure : refus des directions de transmettre au ministère la liste des personnels. Le secteur est au bord de l’explosion !
Bien sûr, d’autres secteurs sont en lutte, le gouvernement droite-Pasok s’apprêtant à mettre en disponibilité 30 000 agents ! Les hôpitaux sont en première ligne, avec calculs technocratiques de rendements par lit ! Ainsi, entre autres exemples, dans la ville martyre anti-nazie de Kalavryta (près de Patras), la population se bat contre la décision de fermer la section des soins pathologiques. Autre secteur important pour le pays, les personnels de l’archéologie se mobilisent contre le manque de crédits pour les fouilles, et contre le risque de privatisation du secteur.

Page noire de l’histoire grecque Dans le privé, de nombreuses luttes dispersées ont lieu. Ainsi, à Chalkis (île d’Eubée), les travailleurs de plusieurs boîtes viennent de s’affronter à la police en voulant occuper la préfecture. Venus de plusieurs entreprises importantes (cimenteries, meubles de bureau…), ils protestent contre les licenciements et contre une pratique du patronat moderne : faire travailler… sans rémunérer ! On a ici l’embryon d’une coordination locale, comme il devrait s’en développer partout !

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Deux luttes restent aussi des références : les employés de la radio télévision publique (ERT) mis à la porte au début de l’été, occupent toujours et diffusent ! Mais les menaces augmentent : neutralisation de leur accès à un satellite, demande de députés de droite de les expulser des locaux… La solidarité devient urgente ! La lutte des habitants de Skouries (nord du pays) contre une nouvelle mine d’or, réprimée comme une action terroriste, gagne aussi en soutien : libération de deux personnes emprisonnées depuis 6 mois, concert de solidarité à Salonique avec 35 000 participants…

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Face à cette résistance, un conseiller du Premier ministre Samaras vient de gaffer, déclarant que la politique de la troïka est une des pages noires de l’histoire grecque ! Gêne bruyante de la droite et du Pasok devant cette justification involontaire des luttes… Une nouvelle occasion pour le mouvement ouvrier d’étendre sa résistance, comme il l’a fait récemment en contraignant la direction de la confédération GSEE — pourtant proche du Pasok — à appeler à une grève générale de 24 heures ce jeudi 6 novembre. D’Athènes,  A. Sartzekis

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05 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Grèce, quelles perspectives pour Syriza?

Grèce, quelles perspectives pour Syriza? dans A gauche du PS grece

Le 1er novembre 2013, l’assassinat par deux tueurs « au comportement professionnel » de Giorgios Fountoulis, 27 ans, et de Manos Kapelonis, 22 ans, ainsi que les graves blessures infligées à Alexandros Gerontas, 29 ans – qui gardaient le siège de l’organisation néonazie Aube dorée dans le quartier de Neo Irakleio, au nord-est d’Athènes – a modifié partiellement le climat politique.

De suite, le gouvernement d’Antonis Samaras a pu remettre à jour sa théorie de « la lutte contre les deux extrémismes », de gauche et de droite. Celle-ci avait été fortement écornée suite à la protestation massive antifasciste qui s’est manifestée après l’assassinat du rappeur Pavlos Fyssas dans la nuit du 17 au 18 septembre. Ce qui avait conduit le gouvernement Samaras à arrêter quelques dirigeants reconnus d’Aube dorée.

SYRIZA, DEA, les organisations antifascistes – telle Expulser le racisme – ont condamné fermement l’assassinat des deux membres d’Aube dorée.

Le gouvernement Samaras tente de modifier l’agenda politique en mettant l’accent sur « le maintien de la loi et de l’ordre », ce qui représente, de fait, une continuité de sa politique. L’autoritarisme consubs-tantiel à l’application des mesures dictées par les Mémorandums a d’ailleurs trouvé une nouvelle concrétisation dans l’article 458A, un amendement au Code pénal grec. Cet amendement vise à criminaliser les protestations, les objections, les oppositions aux décisions adoptées par le parlement grec. Le ministre grec de la Justice déclare que cette modification du Code pénal découle d’une directive de l’Union européenne. Ce qui n’est pas faux.

Si les deux assassinats du 1er novembre sont à condamner, il serait grave de ne pas saisir que de nombreuses autres formes d’assassinats sont aujourd’hui le résultat des inhumaines mesures d’austérité, entre autres dans le domaine hospitalier, sans même mentionner les crimes commis contre les immigré·e·s. Ils restent dans l’ombre et ont été évoqués, brièvement, lors des arrestations et de l’enquête contre Aube dorée.

Les dirigeants d’Aube dorée multiplient les déclarations visant à polir leur image publique et à effacer les traces laissées par la première étape de l’enquête pénale engagée contre des membres des cercles dirigeants, accusés de constituer « une organisation criminelle terroriste » (art. 187 et 187e de la Constitution). Les rapports publiés par la presse (Ta Nea), reprenant des dossiers des services secrets (EYP), donnent un « curriculum vitae » de certains députés qui est parlant : « chantage », « détention illégale d’armes », « trafic de femmes en vue de la prostitution »… Et cela concernant par exemple un député, Nikos Lagos, responsable des groupes d’assaut d’Aube dorée. Il est vrai que des ex-ministres et responsables sont accusés, eux, de détournements de fonds considérables. Deux mondes se rejoignent ici.

Les tentatives du gouvernement Samaras, avec l’appui des médias, d’utiliser la conjoncture créée par l’assassinat des membres d’Aube dorée ont pour fonction de faire passer à l’arrière-fond les nouvelles mesures d’austérité en cours et qui seront confirmées si ce n’est péjorées par la délégation de la Troïka qui « négociera » avec le gouvernement dès le mardi 5 novembre.

Un jour de grève générale a été appelé par la confédération syndicale du secteur privé (GSEE) et celle du secteur public (ADEDY) le mercredi 6 novembre. Une partie des transports publics (métro, ferry, train) entreront en grève le 5 novembre.

Publié par Alencontre le 4 – novembre – 2013

http://alencontre.org/europe/grece/grece-quelles-perspectives-pour-la-gauche-de-syriza-resolution-du-congres-de-dea.html

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31 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Maria est rom, elle va donc redevenir invisible (ci)

Maria est rom, elle va donc redevenir invisible (ci) dans Antiracisme tintin_1

Face à la montée du racisme contre les roms, Zeljko Jovanovic, lui même d’origine tsigane et défenseur des droits des roms, revient sur l’exclusion dont est victime cette communauté en Europe. La principale raison à cela : le défaut de documents officiels d’identité.
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La Bulgarie veut récupérer « l’ange blond »
Sofia s’est dite prête à accueillir la petite Maria, dont les parents biologiques, Sachka et Atanas Roussev, vivent dans une pauvreté extrême avec leurs sept autres enfants dans le ghetto tsigane de Nikolaevo (sud). « L’Agence de protection de l’enfance fera le nécessaire pour récupérer la fillette Maria trouvée dans une famille rom en Grèce », précise le gouvernement dans un communiqué. Les parents de la petite fille avaient déjà exprimé le souhait de la voir revenir mais, suspectés d’avoir vendu leur enfant, ils font l’objet d’une enquête de police. Côté grec, c’est également la justice qui doit se prononcer sur un éventuel retour de Maria, a répondu l’association Le sourire de l’enfant, où a été placée la petite.

Maria, la « mystérieuse » petite fille retirée à un couple rom en Grèce, était la fille biologique d’un couple rom de Bulgarie. C’est ce qu’ont montré les analyses d’ADN. Des cheveux blonds et des yeux bleus avaient suffi à la police grecque pour entrer en action, et la même chose s’est passée dans deux affaires qui se sont déroulées en Irlande.

Mais maintenant qu’on sait que Maria est une enfant rom, l’intérêt du public pour son cas va malheureusement s’atténuer. Quel que soit le sort judiciaire du couple accusé de l’avoir enlevée, Maria, comme les autres enfants roms, passera sa vie à naviguer entre illettrisme, chômage et ségrégation.

Elle aura une espérance de vie en moyenne inférieure de dix ans à celle de la majorité de la population à cause de la faim et de la malnutrition, de conditions de logement sordides et de soins médicaux insuffisants. Si les gouvernements européens ont vraiment envie d’aider Maria et les autres enfants roms, ils doivent commencer par leur assurer un accès aux documents d’identité de base et aux droits fondamentaux.

Je suis rom et je travaille sur la justice sociale depuis de nombreuses années. Les incidents qui viennent de se dérouler en Grèce et en Irlande doivent faire comprendre clairement au grand public à quelle vitesse l’Europe peut basculer dans l’hystérie raciste. Ils illustrent également un problème pour lequel les associations de défense des Roms se battent depuis des années : le défaut de documents officiels – que souligne l’absence de certificat de naissance et autres papiers officiels dans le cas de Maria –, qui explique en grande partie l’exclusion dont les Roms sont victimes en Europe aujourd’hui.

Pas d’existence officielle Aucun pays d’Europe ne dispose de chiffres sur la population dans son recensement officiel ou autres statistiques publiques. Nombre de Roms n’ont pas de certificat de naissance ; les familles oublient souvent de déclarer la naissance d’un enfant auprès des autorités locales car le coût du certificat de naissance est parfois prohibitif. Cette invisibilité officielle fait que les Roms n’ont pas accès à la protection de la loi, aux soins médicaux et n’ont pas la possibilité d’envoyer leurs enfants à l’école, de trouver du travail ni de s’inscrire sur les listes électorales. Cela veut dire également qu’ils sont davantage susceptibles d’être victimes de trafic d’êtres humains et de dysfonctionnements judiciaires. Quand on n’a pas d’existence officielle, il est facile de disparaître, volontairement ou non.

Les recensements officiels présentent des lacunes hallucinantes concernant les Roms. Une campagne menée par les Open Society Foundations et les communautés roms de Hongrie a fait passer la population rom répertoriée de 190 000 à plus de 300 000, soit une augmentation de 63 %. Les disparités demeurent énormes. En Serbie, le recensement 2012 répertoriait 150 000 Roms alors que le chiffre véritable est plus proche de 400 000.

Une invisibilité politiquement et économiquement pratique Certains Roms ne signalent pas officiellement leur identité de peur de la discrimination. Il y a soixante ans seulement, certains propagateurs de haine et dirigeants politiques ont envoyé plus de 1 million de personnes à la mort pour le « crime collectif » d’être rom. Ce souvenir est toujours vivant dans la communauté et cette méfiance n’est pas dénuée de fondement. On a appris récemment que la police suédoise tenait une liste secrète et illicite de plus de 4 000 Roms, dont beaucoup d’enfants.

Les difficultés juridiques et procédurales mises délibérément en place par les gouver-nements empêchent souvent les Roms d’obtenir des documents d’identité. Si la population rom était entièrement répertoriée et disposait de papiers officiels, les autorités devraient lui accorder des droits fondamentaux comme l’accès à l’éducation, la santé et la justice ; elles devraient respecter des quotas de Roms dans la fonction publique et présenter des candidats roms aux élections. Pour nombre de gouvernements d’Europe, l’invisibilité des Roms est politiquement et économiquement pratique.

Sans documents d’identité officiels ni acte de propriété, les familles roms risquent davantage que les autres d’être considérées comme apatrides. Un apatride n’est ressortissant d’aucun Etat. C’est important parce que la nationalité est une base essentielle de l’identité officielle d’une personne, c’est le droit d’avoir des droits. Nombre de Roms d’Europe sont aujourd’hui coincés dans ces limbes juridiques.

Les 12 millions de Roms d’Europe continuent à subir agressions, attentats à la bombe et meurtres en série, mais leur invisibilité officielle est peut-être tout aussi mortelle.

The Guardian 30 octobre 2013 Zeljko Jovanovic est directeur du programme Roma Initiative, une association du réseau Open Society Foundations

http://www.courrierinternational.com/article/2013/10/30/maria-est-rom-elle-va-donc-redevenir-invisible

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28 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Des mouches transgéniques pour l’agriculture ? (Esther Vivas)

Des mouches transgéniques pour l’agriculture ? (Esther Vivas) dans Ecologie & climat mouche

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Il semble qu’on a trouvé l’invention ultime pour mettre fin à certains fléaux dans l’agriculture. Il s’agit de la mouche transgénique.

Et le premier endroit de la planète où l’on envisage de l’utiliser n’est autre que la Catalogne. Ce n’est pas pour rien que l’Etat espagnol est la principale porte d’entrée des transgéniques en Europe. Dommage que ce qui nous est vendu comme la solution magique au fléau de la mouche de l’olivier soulève plus de questions que de réponses.

L’information, diffusée cet été, est passée relativement inaperçue si l’on tient compte des conséquences qu’une telle découverte peut avoir pour l’environnement et pour notre santé. L’entre- prise biotechnologique anglaise Oxitec a demandé une autorisation à la Generalitat de Catalogne afin de libérer dans la campagne de Tarragone des mouches transgéniques destinées à combattre le problème de la mouche de l’olivier. Si cette requête est acceptée, ce sera alors la première fois qu’on libèrera dans l’environnement des insectes génétiquement modifiés.

Même si l’entreprise insiste sur les vertus d’une telle mesure, celle-ci soulève des doutes importants. Quelle sera la réaction des mouches transgéniques après leur introduction ? Comment vont-elles interagir avec les autres êtres vivants ? Quelles conséquences peuvent avoir son entrée dans la chaîne alimentaire en étant mangées par des oiseaux et des rongeurs ? Et sur notre santé ? Il faut tenir compte du fait que les mouches transgéniques n’ont été testées qu’en laboratoire. Or, la nature est un système complexe dans lequel plusieurs espèces interagissent de manière non mécanique.

Le principe de précaution devrait prévaloir. On ne peut pas mettre en liberté des insectes dont l’ADN a été modifié avec les gênes d’autres organismes sans être certains des conséquences que cela pourrait avoir et sans savoir si ces conséquences sont irréversibles ou non. Une fois de plus, les entre- prises biotechnologiques font le choix de mener leurs expériences avec la nature et avec nous-mêmes, guidées par leur soif de profit maximal. Les insectes transgéniques ne sont en effet rien d’autre qu’une nouvelle source de bénéfices pour les multinationales de ce secteur.

Le conflit d’intérêt est un autre problème évident. Aucun pays au monde ne dispose d’une réglementation spécifique par rapport à l’introduction d’insectes génétiquement modifiés. Or, à qui donc est-on en train de demander d’élaborer des directives et un cadre de travail ? Aux mêmes em- ployés de la principale entreprise pourvoyeuse, Oxitec. Le rapport « Genetically-modified insects : under whose control ? » de GeneWatch ne laisse aucun doute. Oxitec, par ailleurs, compte sur le soutien actif du géant de l’industrie biotechnologique Syngenta.

La science et la technologie sont des outils indispensables pour obtenir des progrès sociaux, mais elles ne peuvent pas, comme cela arrive trop souvent, être subordonnées aux intérêts du capital privé. Nous avons besoin d’informations et de transparence. Où seront exactement libérées ces mouches transgéniques au cas où la demande serait approuvée ? Sur quels champs il y a-t-il aujour- d’hui des cultures utilisant des organismes génétiquement modifiés ? Ces informations, on n’a jamais voulu les rendre publiques. Nous avons le droit de décider si nous voulons ou pas des transgéniques, mais jamais personne ne nous l’a demandé.  Esther Vivas 27 octobre 2013

Article publié dans « Etselquemenges.cat », 03/09/2013.
http://esthervivas.com/presentacio/moscas-transgenicas-para-la-agricultura/
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

http://www.avanti4.be/actualite/article/des-mouches-transgeniques-pour-l-agriculture

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28 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

L’allocation universelle contre la protection sociale (essf)

L’allocation universelle contre la protection sociale (essf) dans Europe gastonlagaffe-com-03

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L’allocation universelle, un concept à la mode, aussi bien à droite qu’à gauche. Mais certains, comme le sociologue Mateo Alaluf, ne sont pas du tout d’accord avec cette idée. Pour lui, l’établissement d’une telle allocation entrainerait une régression sociale.

Périodiquement, la proposition d’instaurer une allocation universelle revient à l’avant plan de l’actualité. Elle consiste à verser un revenu fixe et inconditionnel à toute personne en remplacement partiel ou complet des prestations sociales (revenu d’insertion RIS, allocations de chômage, pensions, allocations familiales, assurance maladie). L’octroi d’un tel revenu qui compte des partisans aussi bien à droite, dans les milieux ultralibéraux, qu’à gauche, dans les groupes alternatifs, serait une réponse à la crise de l’Etat providence. L’allocation universelle permettrait selon ses promoteurs de desserrer l’injonction à l’emploi qui pèse sur les chômeurs, de baisser le coût du travail, de créer de l’emploi et de rétablir la compétitivité, tout en autorisant des modes de vie alternatifs pour ceux qui le souhaitent.

Naturel à droite, surprenant à gauche L’homme d’affaires Roland Duchâtel (…) avait fait de l’allocation universelle le point central de son programme politique. A présent, cette proposition fait l’objet d’une « initiative citoyenne » en Europe, sera soumise à une « votation » en Suisse et a fait l’objet d’un dossier du Monde diplomatique (mai 2013).

L’intérêt que suscite l’allocation universelle dans les milieux de droite est bien compréhensible. Le revenu de base constituant déjà une partie des revenus du salarié, l’employeur pourrait en faire l’économie, diminuant d’un montant équivalent son « coût salarial », et écarterait du même coup tout risque de surenchère salariale. De plus, l’octroi d’une allocation universelle permet- trait à l’Etat, en accord avec la doxa libérale, de se désengager de la politique sociale et d’attribuer aux groupes les plus fragiles, en raison du bénéfice d’un revenu de base, l’entière responsabilité de leur sort. Certains libéraux considèrent cependant comme immorale une allocation, surtout si elle devait être d’un montant élevé et sans contrepartie, et craignent qu’elle ne soit une incitation à l’inactivité. Même s’ils ne sont pas absolument acquis à l’idée, beaucoup jugent l’allocation universelle préférable au système actuel de protection sociale affublé, selon eux, de tous les défauts.

Le revenu inconditionnel a comme avantage majeur pour les employeurs de remplacer les minima sociaux (RIS, allocations de chômage, garantie de revenu aux personnes âgées GRAPA). Les salaires proposés doivent être dans ce système plus élevés que les revenus procurés par les minima, leur augmentation entraînerait celle des salaires et l ‘amélioration des conditions de travail pour rendre les emplois attractifs. On comprend que la droite préfère un revenu de base qui constitue une subvention à l’emploi, aux minima sociaux qui sont une barrière à la diminution des salaires.

Il est surprenant d’observer l’attraction qu’exerce l’octroi d’un revenu de base incon- ditionnel dans certains milieux de gauche. Le Monde diplomatique a intitulé son dossier « une utopie à portée de main ». La conditionnalité croissante des aides, les contrôles tatillons exercés sur les bénéficiaires, les intrusions moralisantes des « accompagnateurs » sur la vie privée, le doute systé- matique distillé sur le futur des retraites par l’état social actif ont déconsidéré les systèmes de protec- tion sociale. L’allocation universelle a trouvé dans l’effritement de la sécurité sociale sous les coups de l’activation l’espace pour se donner une jeunesse auprès de certains milieux de gauche.

Une machine de guerre contre l’état social Remplacer un système de protection sociale financé principalement par les cotisations et reposant sur la solidarité salariale, par une rente versée par l’état et financée par la fiscalité, apparaît comme une machine de guerre contre l’état social. De plus, un montant versé sans condition à toute personne ne peut être que médiocre et ne peut assurer l’indé- pendance économique des bénéficiaires. Ceux-ci seraient obligés d’accepter du travail à n’importe quel prix pour arrondir leur allocation. Il en résulterait une dégradation du marché du travail et la proli- fération de «boulots» mal payés. Le revenu inconditionnel contribue ainsi à institutionnaliser, selon les termes de Robert Castel, « le précariat ».

La logique d’une allocation universelle financée par l’impôt conduirait à juxtaposer un dispositif public fiscalisé (l’allocation universelle) à des régimes professionnels préfinancés par ceux qui ont la possibilité d’épargner. Cette situation conduit à l’instauration d’une allocation universelle pour tous, coexistant avec des fonds de pension et des assurances privées, pour ceux qui en ont les moyens. La protection sociale consisterait ainsi à terme dans l’assistance de l’Etat aux pauvres par une allocation universelle et un système d’assurances privées basé sur l’accumulation financière pour les plus aisés. On renouerait de cette manière avec la logique libérale basée sur le droit de tirer de son travail une propriété privée et le droit à un minimum de revenu assuré par l’Etat. Ce système permet de distinguer ceux qui ont pu se constituer un patrimoine par leur travail de ceux qui, dans la mesure où ils n’y sont pas parvenus, se trouvent acculés à la pauvreté. Le caractère universel du revenu permet de masquer cette stigmatisation.

Pour la mise en place d’un revenu maximal La cohésion sociale paraît menacée aujourd’hui par la rupture qui s’est opérée entre d’une part un nombre croissant de personnes précaires, sans emploi ou occupant des emplois ne leur permettant pas d’échapper à la pauvreté et d’autre part une minorité de nantis bénéficiant de revenus et de privilèges exorbitants. Il en résulte une dynamique dont la dérégulation est le moteur et les inégalités,  le carburant.

Face à cette explosion des inégalités deux types de mesures paraissent aujourd’hui ur- gentes : d’une part, le renforcement des minima sociaux à condition de les réformer et de les adapter à l’évolution du bien être, et d’autre part, la mise en place d’un revenu maximal pour intégrer les ultra riches dans la société. L’Etat social a déjà permis à travers les minima sociaux, les pensions de retraite, les allocations familiales, les bourses d’études… de découpler revenu et travail. Ne faudrait-il pas plutôt approfondir cette brèche que succomber au piège de l’allocation universelle ?

 Professeur émérite de l’ULB ALALUF Mateo   Mateo Alaluf – © Tous droits réservé  14 juin 2013
* RTBF, vendredi 14 juin 2013 à 12h31 : http://www.rtbf.be/info/opinions/de…

* Docteur en sciences sociales, Mateo Alaluf est un spécialiste de la sociologie du travail, particulièrement des questions d’emploi et de formation. Homme engagé, il intervient régulièrement dans le débat public. http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article30154

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25 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Hier, grève générale de l’éducation en Espagne

Hier, grève générale de l'éducation en Espagne dans Austérité 2013_10_24_photo01

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25 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Le FMI revient à la charge avec les mesures qui provoquent des émeutes de la faim (cadtm)

Le FMI revient à la charge avec les mesures qui provoquent des émeutes de la faim (cadtm) dans Austérité fmi

L’homme du FMI

Quelques jours avant l’assemblée générale annuelle du FMI et de la Banque mondiale, qui s’est tenue du 11 au 13 octobre 2013 à Washington, le FMI est revenu à la charge.

Concrètement, en Espagne, après avoir proposé une baisse de salaires qui a provoqué une réaction inhabituelle |1| , il réclame désormais de réduire la liste des produits et services considérés basiques ou de première nécessité qui bénéficient des taux réduits de TVA. Il s’agit bien du même remède qui pro- voqua les fameuses émeutes de la faim, aussi appelées « émeutes FMI », au Sud de la planète, quand le prix du pain ou de l’essence montait d’un coup en une nuit jusqu’à des prix inabordables pour la majo- rité de la population. On peut citer entre autres exemples, le soulèvement connu comme « Caracazo » au Venezuela en 1989, lors de la mise en œuvre d’une mesure du plan du FMI qui a provoqué l’aug-mentation subite du combustible ; ou celui du Pérou en 1991, quand le prix du pain a été multiplié par 12 alors que les salaires amorçaient leur chute ; du Zimbabwe en 2000 ; Argentine, Paraguay et Uruguay en 2001… La liste est aussi longue, que l’est l’histoire du néocolonialisme économique de l’institution de Washington.

En somme, le FMI suit la voie de l’austérité qu’il applique au Sud, où ses politiques échouent depuis des décennies. Au-delà de quelques nouvelles propositions sur les prélèvements, il n’y a rien de nouveau dans l’idéologie de l’institution. Déjà en 1999, dans un rapport sur les Effets des politiques d’ajustement structurel sur la jouissance effective des droits de l’homme, la Commission des droits de l’homme des Nations Unies portait sur les plans d’austérité au Sud ce constat que nous pouvons appli- quer à l’actuelle crise de la dette au Nord :  Malheureusement, aussi bien le FMI que la Banque mon- diale considèrent la gestion de la crise d’endettement comme une activité distincte de la tâche fonda- mentale qui est le développement humain. Une forte croissance du produit national brut (PNB) ou la réduction de l’inflation ne débouche sur le développement qu’à condition de s’accompagner de chan- gements dans la répartition du revenu, de manière à permettre à une plus large proportion de la population de jouir effectivement de ses droits économiques, sociaux et culturels. |2|

L’austérité, un projet politique à échelle internationale Ces politiques d’austérité du FMI, en plus de violer la souveraineté des peuples, anéantissent les droits les plus élémentaires des personnes. La proposition d’introduire un impôt exceptionnel avec un taux de 10% sur le capital de toutes les épar- gnes quel qu’en soit leurs montants, cela pour réduire la dette publique des pays européens au niveau d’avant la crise en 2007, ne doit pas nous induire en erreur.

Bien sur, cela nous rappelle ce qui est arrivé à Chypre, même si dans ce cas il s’agissait d’un taux de 47,5% sur tous les comptes disposant de plus de 100 000 euros. Ceci dit, on a plutôt l’impression d’être face à une attitude désespérée afin d’attirer l’attention pour dissimuler d’autres mesures à venir. De la même manière, quand le FMI affirme qu’il reste de la marge pour augmenter les taux d’imposition des tranches supérieures de revenus, il semble que, devant le chaos que génèrent ses propres mesures, il doive faire semblant d’innover pour que sa politique soit soutenable… et suive le même chemin capitaliste.

D’ailleurs, comme disait le rapport de l’ONU en 1999 déjà cité, il faut comprendre les politiques d’austé- rité bien plus comme un projet politique à échelle internationale : L’ajustement structurel va au-delà de la simple imposition d’un ensemble de mesures macroéconomiques au niveau interne. Il est l’ex- pression d’un projet politique, d’une stratégie délibérée de transformation sociale à l’échelle mondiale, dont l’objectif principal est de faire de la planète un champ d’action où les sociétés transnationales pourront opérer en toute sécurité. Bref, les programmes d’ajustement structurel (PAS) jouent un rôle de « courroie de transmission » pour faciliter le processus de mondialisation qui passe par la libéra- lisation, la déréglementation et la réduction du rôle de l’État dans le développement national. |3|

Le 9 octobre 2013, après la présentation du rapport Taxing Times du FMI, Michael Keen, directeur adjoint du département des finances publiques du FMI, déclara que l’Espagne « n’a pas eu suffisamment recours à la TVA » pour augmenter ses recettes. Il n’aura vraisemblablement pas suffit d’appliquer une hausse de TVA de 13 points, passant de 8 à 21% pour les secteurs de la Culture, des livres ou du matériel scolaire. Les Espagnols apprécieront l’attention particulière du FMI à ce propos. Après deux hausses brutales de l’impôt régressif le plus injuste, d’abord sous le gouvernement du parti dit socialiste (PSOE) et de la droite (PP) ensuite, les recommandations du FMI sont scandaleuses. Ils prétendent soigner la maladie en tuant le patient.

Dans son rapport fiscal d’octobre 2013, le FMI, affiche une soudaine préoccupation pour réduire la dette publique aux niveaux d’avant la crise en 2007, sans pour autant reconnaitre que dans certains cas, et en Espagne en particulier, la dette publique s’est envolée précisément en conséquence du sau- vetage bancaire. En guise de solution, le FMI revient à faire des propositions profondément injustes et erronées, tel l’impôt exceptionnel déjà mentionné de 10% sur l’économie des foyers. |4| Dans son argumentaire, le FMI met en garde contre « les risques des alternatives » à cette proposition, tel que « la répudiation de la dette publique ». Un « risque » qui constituerait plutôt pour nous un premier pas vers une sortie de crise.

Depuis la Plateforme espagnole d’Audit Citoyen de la Dette, nous ne devons pas, nous ne payons pas (Plataforma Auditoría Ciudadana de la Deuda, No debemos , no Pagamos), nous développons des activités afin que les citoyennes et citoyens puissent envisager des alternatives, définir des critères pour qualifier une dette illégitime et en refuser le paiement. Traduction Jérôme Duval et Virginie de Romanet 24 octobre par Jérome Duval , F. Martín

Notes

|1| Jérôme Duval, Fátima Fafatale, Espagne. Le sombre avenir que nous réserve le FMI : Dette, chômage et pauvreté.

|2| Effets des politiques d’ajustement structurel sur la jouissance effective des droits de l’homme, point 6. http://www.cetim.ch/fr/documents/pa…

|3| Nations Unies, Ibid, point 31.

|4| A One-Off Capital Levy ?, in Taxing Times, Fiscal Monitor, FMI, octobre 2013, page 49. http://www.imf.org/external/pubs/ft…

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25 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

L’accord de libre-échange canado-européen : la signature de l’entente soulève des vagues (PG-Q)

L’accord de libre-échange canado-européen : la signature de l’entente soulève des vagues (PG-Q) dans Altermondialisme altermond

L’encre n’était pas encore sèche sur le protocole signé par le Canada et l’Union euro- péenne pour conclure une entente de principe sur l’Accord économique et commercial global (AÉCG) que l’évènement soulève des vagues et que les positions se sont cristallisées. D’une part, le gouver-nement Marois  (Parti Québéquois « centre gauche ») s’est dépêché d’accorder un appui sans réserve à cet accord de libre-échange qui sera dans le décor si des élections ont lieu cet automne. D’autre part, ATTAC-Québec, le Réseau québécois sur l’intégration continentale (RQIC), Alternatives, la CSN, le syndicat des Travailleurs unis de l’automobile, de même que Québec solidaire expriment de profondes réticences à l’endroit de ce dernier et réclament que le document soit rendu public le plus vite possible.

On désire aussi qu’un débat public puisse avoir lieu sur les enjeux majeurs qu’il soulève et qu’une consultation populaire ait lieu préalablement au vote sur sa ratification à l’Assemblée nationale. De plus, dans une pétition adressée au premier (ministre canadien) Harper, le Réseau pour le commerce juste réclame même -avec 30 autres organisations altermondialistes dont les québécoises mentionnées plus haut- que les élus dans les Parlements aient la chance de revoir, de réviser et même de rejeter l’entente si elle n’est pas dans l’intérêt public, et ce avant qu’elle ne soit signée.

Il est donc clair que cet accord ne pourra pas passer comme une lettre à la poste contraire- nment aux négociations qui se sont déroulées quatre ans et demi sous le radar sans que les citoyens ni même les élus puissent en être informés. L’ex-ministre péquiste Louise Beaudoin a dénoncé, il y a quelques jours, le déficit démocratique important provoqué par la chape du de plomb qu’on a imposée sur le déroulement de ces interminables négociations. De plus, on doit savoir à quel prix cette entente a été conclue ? Ces dernières n’auraient d’ailleurs pas connu leur conclusion si le premier ministre Harper, craignant d’être doublé par les États-Unis, n’avait pas finalement consenti d’importantes concessions qui pénaliseront plusieurs secteurs.

Des fromages québécois aux contrats publics C’est un déblocage de dernière heure sur les questions agricoles qui a rendu l’entente possible. Le négociateur pour le gouvernement du Québec, Pierre-Marc Johnson, a même admis n’avoir appris que le 14 octobre (trois jours avant l’entente) l’acquiescement du gouvernement conservateur à la demande de l’Union européenne de vendre beaucoup plus de fromage au Canada. En effet les importations totales de fromages européens, libres de droits de douane, passeraient d’environ 20 000 à 37 000 tonnes. L’entente a déjà été dénoncée par la Fédération des producteurs de lait du Québec parce que des 17 000 tonnes d’importations supplémen-taires 16 000 tonnes seront des fromages fins, un domaine où les Québécois occupent actuellement 60% du marché. Par contre, les exportations de bœuf et de porc canadien seront favorisées. On ne peut croire que le gouvernement Marois laissera le gouvernement Harper sacrifier ainsi les fromages québécois au profit du bœuf de l’Ouest. D’autant plus que l’expérience prouve que des indemnisations pour pertes encourues, de même nature que celles promises maintenant aux producteurs de lait et de fromage, n’ont pas été appliquées dans le cadre de l’ALÉNA, avertit l’économiste et ex-député bloquiste Pierre Paquette. Il faut donc tout au moins mettre un bémol à cette promesse qui ressemble plutôt à de la poudre aux yeux.

Même si on a mentionné que les producteurs laitiers et les fromagers québécois seraient parmi les plus pénalisés, il ne faut pas oublier que d’autres secteurs seront aussi affectés gravement. Ainsi, comme le soulignent ATTAC-Québec et la CSN, les multinationales européennes pourront avoir une mainmise grandissante sur plusieurs contrats importants accordés dans les services publics provinciaux et municipaux (eau, transport, énergie, etc). Pensons aux contrats d’Hydro-Québec, aux grands chantiers hospitaliers et scolaires, aux transports collectifs. Ces derniers ne pourront plus servir de levier pour le développement local, craint-on.

La facture des médicaments augmentera La prolongation des brevets pharmaceutiques, qui risquent d’augmenter substantiellement la facture des médicaments pour les particuliers et le gouver-nement, constitue un autre point majeur. Le Québec paie déjà près de 38% de plus que la moyenne des pays de l’OCDE pour ses médicaments. L’Association canadienne du médicament générique, dont les membres sont pénalisés par cette concession, évalue que l’impact d’une telle prolongation pourrait coûter 777 millions$ annuellement au Québec. Par ailleurs, le chapitre 19 de l’ALÉNA, qui subordonne la souveraineté des États au moyen d’un processus d’arbitrage secret dépourvu de tout mécanisme de reddition de comptes. Il permettra aux entreprises de poursuivre les États concernant les lois et les règlementations qu’adoptent démocratiquement ces derniers. Par exemple, le Canada fait actuellement face à une poursuite de 250 millions$ de Los Pine Ressources, une compagnie à capitaux étrangers installée à Calgary qui extrait du pétrole et du gaz pour exportation. Cette poursuite résulte de l’impo-sition d’un moratoire par Québec sur la fracturation hydraulique et l’exploitation du gaz de schiste.

Des points de vue diamétralement opposés C’est une aberration pour un gouvernement souverainiste d’accepter un tel accord qui favorise une poignée de grandes entreprises pour qu’elles accèdent à des marchés européens qui leur sont déjà largement ouverts, déplore ATTAC-Québec. On crée des emplois mais on ne mentionne jamais ceux qu’on sacrifie comme dans le secteur de la produc- tion de fromages québécois, conclut l’organisme. Quant à Québec solidaire, il estime que l’accord constitue une grave attaque contre la souveraineté du Québec. Il soutient que le gouvernement Marois a cédé au mirage de l’augmentation des exportations ne bénéficiant qu’à une minorité d’entreprises.

Quant au Réseau pour le commerce juste il souligne que les visées de l’AÉCG, qu’il qualifie d’ac- cord de nouvelle génération, vont non seulement plus loin que l’ALÉNA mais qu’elles sont aussi plus préoccupantes, car pour la première fois on a négocié des domaines entiers relevant de la juridiction des provinces et des pouvoirs municipaux. Il conclut que « plus que de chercher un plus grand accès aux marchés européens, encore moins de créer de l’emploi ici, les promoteurs de l’AÉCG ne visent qu’à attirer des capitaux étrangers et donner un libre accès à nos ressources aux puissantes multinationales européennes ».  (…) Montréal, 20 octobre 2013

http://www.pressegauche.org/spip.php?article15510

Commentaire: « Le chapitre 19 de l’ALÉNA,  subordonne la souveraineté des États au moyen d’un processus d’arbitrage secret. Il permet aux entreprises de poursuivre les États concernant les lois et les règlementations qu’adoptent démocratiquement ces derniers. Par exemple, le Canada fait actuellement face à une poursuite de 250 millions$ de Los Pine Ressources qui extrait du pétrole. Cette poursuite résulte de l’imposition d’un moratoire par Québec sur la fracturation hydraulique ».

 

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25 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Grèce : la dégradation sociale se poursuit (Essf)

Grèce : la dégradation sociale se poursuit (Essf) dans AustéritéMerci à la troïka: Commission européenne,  Banque centrale européenne et FMI
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« Un des thèmes de Samaras en 2012 n’était autre que le suivant, traditionnel : si les communistes arrivent au pouvoir, ils prendront vos maisons ».

Avec le retard habituel, l’institut de statistique grec, l’Elstat, a publié début septembre les chiffres du chômage pour le mois de juin 2013.

Le nombre de chômeurs enregistrés s’élève à 1 403 698, soit 174 709 de plus qu’en juin 2012. Par rapport à la population active, le taux a atteint 27,9%. Il se situe officiellement, pour les jeunes entre 15 et 24 ans, à 58,8% et, pour ceux dans la tranche d’âge de 25 à 34 ans, à 37,4%.

Si les médias mettent avant tout l’accent sur Aube dorée et les mesures prises par le gouver-nement, le chômage reste un élément social et politique des plus importants dans la situation grecque. De très nombreux reportages indiquent que des dizaines de milliers de salarié·e·s ne reçoivent pas leur paie depuis trois à six mois.

Les exemples de chômeurs qualifiés auxquels on propose des salaires de 490 euros net pour un travail hebdomadaire de 54 heures sont monnaie courante, comme le sont les reportages de chômeurs de longue durée dont la famille doit vivre de la pension de leurs parents qui ne dépasse pas 500 euros par mois. Un chômeur de 45 ans avec deux enfants décrit une situation pareille et la résume ainsi : « 500 euros pour cinq, et pour le pain seulement je dois dépenser 1,82 euro par jour. » Pour rappel, le salaire minimum est passé de 780 euros à 586 en février 2012. En termes de revenu net, la somme est de 480 à 490 euros mensuels.

Au début octobre, un plan de réorganisation des retraites a été présenté. La retraite de base devrait atteindre le maximum de 360 euros par mois. Elle devrait être complétée par « une assurance vie obligatoire » (de fait un second pilier) à laquelle s’intéresse le groupe d’assurance allemand Allianz. En termes d’accès à la santé, le président du système national de santé (EOPYY), Dimitris Kontos, mem- bre de la Nouvelle Démocratie, a indiqué fin septembre que 3,068 millions de citoyens se trouvaient sans assurance. Des recherches plus approfondies montrent que ce chiffre est sous-estimé, car il n’inclut pas les petits commerçants ayant dû fermer leur commerce ou les travailleurs de la construction qui perdent leur couverture lorsqu’ils ne paient plus leurs contributions suite à la perte de leur emploi. Le chiffre plus proche de la réalité, sans compter évidemment les migrant·e·s, dépasser les 4 millions. Ce chiffre doit être comparé au nombre officiel d’assurés : 6,171 millions.

L’expropriation de logements de personnes n’ayant pas payé leurs impôts immobiliers, qui ont explosé, et/ou ayant d’autres dettes envers l’Etat est un thème débattu au parlement grec actuel-lement. Le rapport entre le montant de la dette et la valeur immobilière suscite de nombreuses interro-gations pour ce qui est soit du transfert du bien immobilier à l’Etat pour effacer la dette, soit du transfert à une troisième partie qui se retrouve avec le restant de la dette à payer, selon la valeur imputée à la propriété. En outre monte une vraie colère parmi les très nombreux propriétaires de logement dont une part importante est incapable de payer les frais de chauffage, cela d’autant plus qu’un nouvel impôt frappe le fioul domestique.

Une récente enquête indique que 44% des ménages grecs ne pourront pas chauffer leur maison cet hiver. Or, ce pourcentage a été établi avant la prise en compte de l’augmentation de l’im- pôt. Il n’est pas difficile d’imaginer les effets du froid sur la santé d’enfants très jeunes ou de personnes âgées. Un des thèmes de Samaras en 2012 n’était autre que le suivant, traditionnel : si les communistes arrivent au pouvoir, ils prendront vos maisons.

C’est sur cet arrière-fond social, tracé à gros traits, qu’il faut resituer le dialogue politique avec Antonis Ntavanellos, dirigeant de SYRIZA et de DEA, publié par ailleurs [1].

Rédaction A l’Encontre 23 octobre 2013 A l’Encontre * http://alencontre.org/

Notes:

 

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