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30 août 2013 ~ 0 Commentaire

Le lock-out de Dublin en 1913 (CQFD)

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Août 1913, Dublin. Toutes les discussions politiques tournent autour de la question de l’indépendance, de la défense de la culture et de la religion catholique.

Mais, soudain, et seulement pour quelques mois, la question sociale supplante avec violence la question nationale, redistribuant les cartes politiques sur des bases jamais vues dans le pays et qu’on ne reverra plus.

 Tout commence avec l’arrivée à Dublin de James « Big Jim » Larkin. « God sent Larkin in 1913, a labor man with a union tongue / He raised the workers and gave them courage ; he was their hero, the worker’s son » [1], chanteront les Irlandais en sa mémoire. Il crée un syndicat de masse pour les ouvriers, l’Irish Transport and General Workers Union (ITGWU). Face à lui, William Murphy, le très catholique et indépendantiste dirigeant du patronat dublinois, réagit radicalement : renvoi des ouvriers arborant le badge de l’ITGWU et obligation pour tous les travailleurs de signer un document par lequel ils s’engagent à ne jamais adhérer au syndicat. La grève éclate, d’abord dans les tramways dirigés par Murphy, puis sur les docks et gagne, par solidarité, rapidement les filatures… toute la ville. Jusqu’à la fin de l’année, Dublin est complètement paralysée.

Tous les grévistes ne partagent pas les idéaux révolutionnaires de Larkin!  C’est la défense des ouvriers licenciés et le refus de se soumettre au diktat de Murphy qui animent les premières revendications. Un meeting était interdit ? Les grévistes occupaient la rue et l’organisaient quand même, défiant le pouvoir, le patronat et les charges policières qui laissent derrières elles de nombreuses victimes. C’est toute la société irlandaise qui se retrouve coupée en deux selon une ligne de fracture toute nouvelle : d’un côté pour les ouvriers en grève, de l’autre pour l’ordre et William Murphy. Indépendantistes ou unionistes, catholiques ou anglicans, irlandais ou anglo-irlandais, se retrouvent dans les deux camps, entre ceux prêts à mourir pour leur cause et ceux prêts à les affamer.

D’ailleurs, le pain devient très vite le nerf de la guerre. Des comités d’aide aux grévistes, souvent animés par les femmes issues des mouvements nationalistes et féministes, comme l’actrice Maud Gonne ou Constance, « la Comtesse Rouge »,  Markievicz, organisent des soupes populaires « rouges » ou de « charité ». Des chargements de nourriture sont envoyés par les syndicats anglais. Et c’est là que l’Église catholique réveille son vieux démon : cette charité internationaliste ressemble trop à un complot pour convertir ses ouailles aux diaboliques athéisme et pire, protestantisme. Avec le projet des syndicalistes d’envoyer en Angleterre les enfants affamés de Dublin pour les sauver, la coupe est pleine ! Walsh, l’évêque de Dublin, dira : « Elles ne méritent plus le nom de mères catholiques si elles oublient leur devoir au point d’envoyer leurs enfants dans un pays étranger… » L’Église reçoit le soutien de quelques grands noms de la cause nationaliste comme Arthur Griffith, fondateur du Sinn Féin.

De l’autre côté, les artistes de l’avant-garde irlando-anglaise s’engagent généralement derrière les ouvriers, par convictions (Bernard Shaw), par intérêt et solidarité (W. B. Yeats dont le théâtre dublinois souffre de la grève), par mysticisme irlandais (George Russell qui pensait naïve- ment que dans un pays libre, le patronat aurait soutenu les ouvriers). Le dramaturge A. E. présentera avec ironie ses excuses pour les prêtres irlandais préférant des enfants affamés à Dublin plutôt que des enfants bien nourris en Angleterre. Il est vrai que ces artistes partageaient avec les grévistes le même ennemi : l’Église et son conservatisme.

Finalement, c’est l’hiver 1913-1914 et ses rigueurs qui auront raison du mouvement. Vaincus par la faim, le découragement et la violence de la campagne anti-gréviste menée par les catholiques, les travailleurs retournent à leurs postes tandis que Larkin part pour les U.S.A. La relève sera assurée par son camarade James Connolly qui allie dans un même mouvement socialisme révolutionnaire et nationa- lisme irlandais, autour de l’Irish Citizen Army (ICA), créée et armée à l’origine pour défendre les grévistes de 1913. Aux côtés des nationalistes conservateurs, Connolly dirigera l’insurrection de Pâques 1916 à l’issue sanglante. La question sociale continuellement remise à plus tard, l’église catholique, sa censure, son sexisme et son conservatisme vont régner d’une main de fer bien au-delà de l’indépendance du pays conquise en 1921. Mais peut être qu’à l’occasion du centenaire du Lock-out de 1913… ?

Notes

[1Ballad of Jim Larkin, chanson de Donagh MacDonagh, chantée par Christy Moore en 1969 puis par les Dubliners. Dans cet extrait, c’est Dieu qui envoie Jim Larkin aux travailleurs. paru dans CQFD n°112 (Juin 2013),   mis en ligne le 02/08/2013

http://cqfd-journal.org/La-grande-greve-dublinoise-de-1913

 

 

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27 août 2013 ~ 0 Commentaire

Balkans : La parole aux citoyens (PE)

Balkans : La parole aux citoyens (PE) dans Europe ljubljana-anti-austerity-demonstration-07 Ljubljana

Les Balkans sont secoués par une vague de contestation. De la Slovénie à la Bulgarie, la population descend dans la rue pour dénoncer des abus. Des citoyens prennent la parole pour exiger une nouvelle politique.

Au début, ils étaient sept. « Un ami m’a demandé de prendre ma voiture et de filer au Parlement. Nous voulions faire entendre notre voix, pour une fois », se souvient Zlatko Abaspahić. Ils étaient tous confrontés au même problème, l’impossibilité d’inscrire leurs nouveaux-nés dans les registres, le Parlement étant incapable d’adopter une loi le permettant. Cela a été le début de la révolution des bébés qu’a connue la Bosnie cet été. Armés de poussettes, de tambours et de sifflets, ils ont rappelé leurs politiciens à l’ordre. Pour l’inscription des nouveaux-nés, mais aussi sur les sujets les plus divers, comme le manque de moyens financiers accordés aux universités ou les salaires exorbitants des députés. « C’est la première fois en vingt ans que les gens expriment leur angoisse et affichent leur mécontentement », dit Aldin Arnautović, autre manifestant de la première heure.

Les mouvements de protestation de ce type sont en vogue. En Croatie, en Roumanie et en Macédoine, des manifestations spontanées ont eu lieu. En Slovénie, un Premier ministre, un dirigeant de l’opposition et un maire ont été contraints de démissionner cet hiver. En Bulgarie, le gouvernement et un maire ont jeté l’éponge au printemps mais depuis, de nouvelles protestations ont éclaté dans le pays, d’une ampleur dépassant de loin celle de tous les autres mouvements qui se sont produits jusqu’à présent dans les Balkans. Depuis près de deux mois, des milliers de personnes bloquent chaque jour les rues proches du Parlement à Sofia pour exiger de nouvelles élections.

Comme si de rien n’était, les députés sont en vacances mais les manifestations continuent

Comme si de rien n’était, les députés sont en vacances mais les manifestations continuent. Dans la chaleur du soleil couchant, l’air autour du Parlement désert est saturé de transpiration et de la salive jaillit des milliers de sifflets. « Bonnes vacances !« , peut-on lire sur une banderole, ou « Le mois d’août ne vous sauvera pas ». ”Maintenant, on constate à quel point il est difficile de provoquer la chute des communistes”, constate Hristo Vodenov, en faisant allusion à la classe politique dominante qui, de l’opposition au gouvernement, est profondément enracinée dans le passé communiste et dont les manifestants veulent se débarrasser une bonne fois pour toute.

Confiance érodée Les motifs qui poussent les gens à descendre dans la rue sont toujours locaux. Le temps d’un instant, des scandales ou des personnes sont au cœur de l’attention mais, très vite, la contestation s’étend. La révolte se déchaîne et les citoyens en attendent davantage. Les mouvements de protestation ont beau être locaux, ils ont beaucoup de points communs. Srdja Popović, qui s’est fait connaître pendant la révolte populaire en Serbie qui a contraint Slobodan Milosević à la démission, propose à présent ses conseils à des mouvements comparables. Il parle de ”people’s power”(pouvoir du peuple) : ”Ces mouvements, tout comme en Turquie et au Brésil, montrent que les courants politiques dominants ont perdu leur légitimité, et que des gens ordinaires, créatifs, peuvent devenir des acteurs importants.”

Cette légitimité de la classe politique établie est remise en cause partout dans les Balkans. Les scandales de corruption et le cynisme politique érodent la confiance. Les promesses électorales sont des plaisanteries notoires. Et chaque pays a ses politiciens qui, même très compromis dans des affaires, s’accrochent au pouvoir.

Les militants attendent plus de transparence et un comportement responsable de la part de leurs politiciens Mais que cherchent à obtenir les manifestants ? Les choses sont claires. Les militants attendent plus de transparence et un comportement responsable de la part de leurs politiciens. Ils exigent des résultats concrets en contrepartie de leurs impôts et avant tout du respect. Ce sont les politiciens qui sont là pour les citoyens, et non le contraire.

Mais il existe rarement un programme concret. Les manifestants sont unis par un rejet des pratiques politiques dominantes. Ce n’est parfois qu’un vernis. ”Je n’aime vraiment pas ces gens-là”, dit un manifestant libéral en Croatie, d’un air entendu, en pointant le doigt vers un groupe nationaliste également présent à la manifestation. ”Mais le gouvernement me dégoûte encore plus…” Tant que les manifestations interpellent l’ensemble de la nomenklatura politique, il existe une unité. Les partis politiques qui tentent de se joindre aux manifestants sont chassés sous les huées. ”Nous ne sommes pas ici pour remplacer le gouvernement actuel par le suivant”, est un slogan très répandu.

Aucun leader n’a émergé de tous ces mouvements de protestation. Quiconque s’y est efforcé est vite tombé de son piédestal. Les personnalités porteuses dans l’organisation cherchent à se défaire le plus vite possible de l’attribut de porte-parole pour ne pas être rapidement décriées par les autres manifestants. Les stratégies sont souvent débattues en séance plénière. Chaque manifestant peut s’avancer pour exposer sa propre vision. Cette absence de dirigeant et de programme est à la fois la force et la faiblesse de ces mouvements de contestation. Elle permet aux mouvements de rassembler de grands groupes hétérogènes, mais signifie que personne ne prend les devants pour mettre en œuvre de vraies réformes. L’opposition officielle est aussi suspecte que le gouvernement en place. Une multitude de petits partis se forment qui ne parviennent pas à susciter la confiance. Les élections menacent par conséquent de perdre leur fonction de moteur du changement.

Dénégation ou populisme En Bulgarie, d’après certains sondages, près de la moitié de la population soutient les manifestants. On serait tenté de conclure que cette même moitié est celle qui, d’habitude, ne se rend pas aux urnes. L’aversion et la méfiance sont si profondément enracinées que la « politique » est considérée comme un problème, et non comme la solution.

Les gouvernements essaient par conséquent de tenir bon à travers la tempête. En Slovénie, le Premier ministre, Janez Janša, s’est maintenu au pouvoir pendant plus d’un mois alors que tout le monde s’entendait déjà pour dire que sa carrière était terminée. En Bosnie, le Parlement a décidé d’instaurer une période de congé dans l’espoir que les manifestations finiront par cesser. En Bulgarie, le Premier ministre, Plamen Orecharski, ne veut pas encore entendre parler de nouvelles élections. Choisissant tantôt la dénégation, tantôt l’application de mesures populistes, comme l’augmentation des retraites et des allocations familiales, il s’efforce d’apaiser les tensions.

Sans objectifs concrets, il est difficile de savoir si la vague de contestation populaire a été un succès. Mais peut-être a-t-elle déjà produit des résultats. ”Au moins, nous avons chassé l’apathie et montré que nous pouvions parvenir à quelque chose ensemble”, dit Arnautović à Sarajevo. ”Même si le mouvement s’effondre maintenant, de nouveaux groupes peuvent en émerger.”

CANVAS, centre belgradois pour une action et une stratégie appliquées non-violentes se spécialise dans la théorie du pouvoir populaire. CANVAS publie des livres, organise des conférences et conseil sur demande les mouvements de contestation. Son fondateur, Srdja Popovic, voit dans la vague actuelle de manifestations qui déferle sur les Balkans un lien étroit avec ce qui se passe au Brésil et en Turquie : ”Les citoyens apprennent à rappeler aux politiciens leur responsabilité”. Une interaction avec ces politiciens sera indispensable. Les manifestants ont-ils une vision claire et peuvent-ils instaurer une discipline ? De leur côté, les politiciens peuvent-ils s’entendre sur des valeurs communes avec les manifestants, ou les considèrent-ils seulement comme des traîtres et des terroristes, à l’instar du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdoğan ?

A cet égard, la révolte slovène semble pour l’instant la plus réussie : des politiciens compromis ont disparu de la scène, tandis que le nouveau gouvernement a conscience d’être sous la haute surveillance de la population. Les prochains mois révèleront si les mouvements de contestation dans d’autres pays peuvent aussi parvenir à un tel résultat. |

Traduction : Isabelle Rosseli  26 août 2013 Trouw Amsterdam

http://www.presseurop.eu/fr/content/article/4085361-la-parole-aux-citoyens

 

 

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25 août 2013 ~ 0 Commentaire

21 août 1968, fin du Printemps de Prague (lcr.be)

21 août 1968, fin du Printemps de Prague (lcr.be) dans Europe 20-aoutpar325515

Conseils de travailleurs et autogestion En janvier 1968, le réformateur Alexandre Dubcek remplace Antonin Novotny à la tête du Parti communiste tchécoslovaque (PCT). Sous la pression de la population, cette révolution de palais se transforme en véritable mouvement en faveur des réformes démocratiques : c’est le Printemps de Prague.

À l’aube de 1968, le stalinien Novotny cumule les fonctions de secrétaire général du Parti communiste et de président de la République tchécoslovaque. Le 5 janvier, le comité central du PCT désigne Alexandre Dubcek pour le remplacer à sa tête. En mars, Ludvik Svoboda est porté à la présidence. On pourrait penser qu’il n’y a là qu’une révolution de palais. Mais la « société civile » s’engouffre dans les brèches, obtenant l’abolition de la censure, la liberté d’expression. C’est le Printemps de Prague qui, ouvrant une autre voie au socialisme, contrarie l’URSS. Amalgamant « socialisme à visage humain » et « restauration du capitalisme », les troupes de cinq pays du Pacte de Varsovie1 occupent la Tchécoslovaquie, le 21 août. Au nom de l’unité du camp socialiste et de la lutte contre l’impérialisme, des partis et gouvernements progressistes du tiers monde, dont Fidel Castro, approuvent l’intervention.

Or, la dynamique ouverte au printemps 1968 était bien celle d’une authentique émancipation politique et sociale. Au sein même des entreprises commençaient à se développer des « conseils d’entreprise » ou « conseils de travailleurs », qui prirent leur essor après le 21 août.

La classe ouvrière est déjà alors expérimentée. En 1945, des conseils d’entreprise existent, mais après la prise du pouvoir, en 1948, par le Parti communiste, les syndicats deviennent un instrument de mobilisation pour la production, le modèle de gestion bureaucratique demeure calqué sur la planification à la soviétique. Au début des années 1960, pour faire face à la crise, une réforme est envisagée : économie déconcentrée, autonomie des entreprises dans le cadre d’un plan désormais indicatif. Pour faire face aux blocages d’une partie de l’appareil, les réformateurs doivent s’appuyer sur d’autres forces sociales, en promouvant une plus forte « participation » des travailleurs. Certains, n’entendant pas remplacer les bureaucrates par des technocrates, comptent aller plus loin. Sur le plan politique, une libéralisation progressive aboutit à des changements, appuyés par les intellectuels.

Réforme économique Sous la direction de Radovan Richta, une équipe pluridisciplinaire publie, en 1966, sous l’intitulé La Civilisation au carrefour, une synthèse de travaux sur les conséquences de la « révolution scientifique et technique » (RST), qui succède à la révolution industrielle et à la parcellisation des tâches. Le travail humain se transforme, son activité créatrice implique une « révolution des qualifications » et une « révolution dans l’éducation ». Une transformation radicale doit toucher les systèmes d’organisation et réduire la dichotomie entre dirigeants et dirigés. L’accent est mis sur le développement de la formation et des qualifications, afin de mettre en pratique des modèles de gestion faisant appel à l’initiative humaine, non seulement dans les entreprises, mais dans l’ensemble de la société.

L’autogestion évoquée dans les journaux et les revues devient sujet de discussion dans les usines. En avril 1968, le PCT adopte un programme d’action énonçant le principe de l’autogestion de la propriété sociale (et non plus d’État). La base syndicale se mobilise, fait pression sur les directions (fin 1968, les trois-quarts des fonctionnaires syndicaux ont été remplacés). Dès la mi-mai, on réunit des commissions, des assemblées, pour préparer une loi sur « l’entreprise socialiste ». Des grèves éclatent contre l’incompétence de certains dirigeants d’entreprise. Début juin, dans les forteresses ouvrières de CKD-Prague et Skoda Plzen, des conseils se mettent en place. Les objectifs deviennent structurels.

Deux conceptions voient le jour. Au « conseil de travailleurs », le parti préfère le terme de « conseil d’entreprise », doté de prérogatives plutôt limitées. Pour les partisans de l’autogestion, les conseils doivent élaborer eux-mêmes les objectifs de production, nommer les directeurs. Ils préconisent leur coordination en tant qu’expression indépendante du mouvement ouvrier. La position gouvernementale évolue avec l’adoption, le 30 juin, de « principes provisoires pour la constitution des conseils de travailleurs », autorisant la constitution de conseils « à titre expérimental » en attendant l’adoption de la « loi sur l’entreprise socialiste ».

Mouvement d’en bas Au cours de l’été 1968, de nouveaux conseils apparaissent. Mais, avec l’invasion du territoire, le 21 août 1968, le processus s’accélère et se politise. Le congrès du PCT se tient clandestinement dans l’usine CKD-Visocany, sous la protection du conseil de travailleurs. Le 23 août, avec la grève générale de protestation contre l’invasion, s’enclenche une dynamique unissant la gauche politique, les structures ouvrières et les étudiants. Les conseils se multiplient dans les usines. Malgré la prudence du gouvernement, qui estime qu’il n’est « pas utile de poursuivre cette expérience », en janvier 1969, dans l’usine Skoda, à Plzen, les délégations de 182 grandes entreprises représentant 890 000 salariés, soit plus du quart des travailleurs de Tchécoslovaquie, se réunissent en une rencontre consultative. En mars 1969, le congrès des syndicats réclame la légalisation des conseils ouvriers. À l’été, près de 500 entreprises et plus de 1 million de travailleurs sont concernés.

Prisonnière à la fois de sa propre culture politique et d’une recherche de compromis avec l’occupant, la direction dubcekienne agit comme un frein. Un projet du gouvernement, en février 1969, est largement en retrait par rapport à celui issu de l’assemblée des conseils de Plzen. Le 17 avril, Husak remplace Dubcek. Le 29 avril, on annonce le report, « à une date indéterminée », de la discussion du projet de loi. Il n’y en aura finalement pas.

Fin 1969, le comité central du PCT, « normalisé », estime que les conseils ont des compétences trop larges, ce qui nuirait à « l’efficacité » des entreprises, des « tendances extrémistes et anarchisantes » affaiblissant le rôle du parti. Officiellement, le dépérissement de l’État et l’autogestion demeurent des buts, mais « éloignés ». En attendant, le parti se « sacrifie » pour assumer les tâches ingrates. « L’autogestion et ses lourdes responsabilités prendraient trop de temps aux travailleurs, et trop d’énergie intellectuelle, les privant ainsi des loisirs dont ils ont besoin. » Au cours de l’année 1970, 50 000 syndicalistes sont démis de leur fonction. En septembre 1970, l’Union des écrivains est dissoute. Au Parti communiste, la purge touche 500 000 membres.

Avec la chute du Mur de Berlin et la « révolution de velours », les libertés politiques ont été rétablies, mais il en va différemment des droits sociaux. Des idées du Printemps de Prague, le marché a bien été retenu, mais amputé de la propriété sociale et de l’autogestion qui étaient, et demeurent, les éléments indissociables d’un socialisme authentique.

http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?option=com_content&view=article&id=1092:printemps-de-prague-1968-1969&catid=98:R%C3%A9volutions&Itemid=53

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21 août 2013 ~ 0 Commentaire

Gibraltar : des colonies qui défient le sens de l’histoire (PE)

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L’Empire britannique n’est plus et conserver des territoires autrefois stratégiques comme Gibraltar n’est qu’une relique du passé. Le succès florissant du Rocher comme paradis fiscal a exaspéré son voisin englué dans la crise financière, pourtant son avenir est loin d’être menacé.

Rien de tel qu’un bon vieux navire de guerre. Le 12 août, le HMS Illustrious quittait Portsmouth en majesté, passant devant le HMS Victory et une foule de patriotes en liesse. Une semaine plus tard, il était au large de Gibraltar, à portée de canon du cap Trafalgar. Dans la nation entière, les poitrines se gonflent, les yeux s’embuent. Voilà l’orgueil national, encore fouetté par l’esprit olympique, qui s’en va roussir la barbe du roi d’Espagne [référence à la phrase prêtée à Francis Drake, qui incendia 37 navires espagnols dans le port de Cadix en 1587]. L’Empire britannique avait certes bien des atouts, mais il n’existe plus, il a disparu, il est mort et enterré, fini l’Empire.
La seule idée d’un navire britannique censé menacer l’Espagne est ridicule. Est-il supposé aller bombarder Cadix ? Ses canons ont-ils le pouvoir de désengorger les embouteillages aux heures de pointe dans cette colonie que la majorité des Britanniques consi-dèrent comme un repaire d’évadés fiscaux, de trafiquants de drogue et de geignards de droite ? Les Gibraltariens ont des droits, certes, mais on voit mal en quoi le contribuable britannique devrait, pour garantir leur application, envoyer des bâtiments de guerre, même dans le cadre de simples « exercices ». Tout examen de la situation des colonies britanniques actuellement disputées, Gibraltar et les Malouines, ne peut débou- cher que sur deux conclusions : soit le droit international ratifie sans conteste la légitimité de la souveraineté britannique, soit tout cela n’est plus aujourd’hui qu’une parfaite aberration.

Les Etats nations du XXIème siècle ne souffrent plus l’humiliation d’être amputés par ces rognures d’empires datant des XVIII-XIXe siècles. La plupart des empires européens étaient fondés sur la realpolitik de l’équilibre des puissances, et plus précisément sur les traités d’Utrecht (1713) et de Paris (1763). Aujourd’hui, la même realpolitik impose leur démantèlement. C’était d’ailleurs l’une des premiè- res vocations des Nations unies. Il va de soi que les habitants de ces colonies ont droit à la considération, mais jamais l’on n’a vu ces droits -là l’emporter sur le réalisme politique. Cela n’a d’ailleurs jamais été la position de la Grande-Bretagne, en tout cas quand les circonstances l’exi-geaient. On n’a pas pris la peine de consulter la population de Hong Kong ou de Diego Garcia, sans parler même de leur accorder l’ »autodéter-mination », quand la Grande-Bretagne a décidé de les jeter aux oubliettes de l’Histoire. Hong Kong a été rétrocédée à la Chine en 1997 quand a pris fin le bail sur les Nouveaux Territoires, et Diego Garcia a été livrée au Pentagone, en 1973, quand celui-ci l’a exigé. Les Britan- niques de Hong Kong se sont vu refuser un passeport, et les habitants de Diego Garcia ont été envoyés sans discussion à l’île Maurice et aux Seychelles.

Magouilles en tout genre Ces colonies n’apportent rien à la sécurité de la Grande-Bretagne, qui ne dépend pas de stations de ravitaillement dans l’Atlantique. La France a survécu à la perte du Sénégal et de Pondichéry, et le Portugal à celle de São Tomé et de Goa. Quand les Indiens ont annexé Goa en 1961, la communauté internationale n’a pas moufté. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le [premier] plan d’invasion des Malouines par l’Argentine en 1982 avait été baptisé “opération Goa”,  Buenos Aires s’imaginait qu’il passerait lui aussi comme une simple petite remise en ordre post-impériale.

Les dernières reliques de l’Empire britannique survivent aujourd’hui dans les interstices de l’économie mondiale. Elles comptent parmi les grands gagnants de l’hémorragie fiscale permise par la mondialisation financière ; nombre d’entre elles sont devenues synonymes de magouilles en tout genre. Les Bermudes mettent en rage les autorités fiscales américaines. [Le ministre britannique des Finances] George Osborne, lui, entend bien avoir la peau des évadés fiscaux des Caïmans et des îles Vierges britanniques. L’Espagne entretient de longue date des griefs quant au rôle trouble de Gibraltar dans la contrebande, le blanchiment d’argent et les jeux d’argent offshore, qui échappent à son champ d’action légal. La grogne a même atteint un paroxysme en 2007 avec la publication d’un rapport du FMI sur les lacunes de la réglementation financière du Rocher. Grâce à son statut de paradis fiscal, Gibraltar attire des flots d’argent, et l’Espagne enrage de voir pareilles sommes échapper à l’impôt et circuler sur ce qu’elle considère comme son territoire. Ces vastes parcs à thème british, avec boîtes à lettres rouges, fish and chips et bière tiède, entendent avoir le beurre et l’argent du beurre

Ces colonies se prétendent « plus britanniques que les Britanniques », à ceci près qu’elles ne paient aucun impôt à la Grande-Bretagne et servent de paradis fiscaux aux fonds britanniques. Gibraltar s’est en particulier spécialisée dans les paris sur Internet. Ces colonies assurent faire allégeance à la Couronne, mais pas à son chancelier de l’Echiquier, ni à ses autorités financières. Ces vastes parcs à thème british, avec boîtes à lettres rouges, fish and chips et bière tiède, entendent avoir le beurre et l’argent du beurre. Et quand leurs voisins se mettent en rogne, elles exigent de ceux dont les impôts financent leur protection d’envoyer soldats, diplomates et juristes à la rescousse. Dans la querelle juridique entre la Grande-Bretagne et l’Espagne, c’est la première qui est dans son droit. Bien que les Britanniques aient refusé de faire partie de l’espace Schengen, qui instaure la liberté de circulation aux frontières, tous les Etats de l’Union européenne sont censés faciliter les déplacements de leurs ressortissants. La taxe d’entrée de 50 euros voulue par l’Espagne est excessive. Il est peut-être paradoxal pour des ministres tories d’aller plaider leur cause devant des tribunaux européens honnis, mais c’est bien ce qu’il faut faire. [Comme le disait Churchill], de longs blablas (même juridiques) valent toujours mieux qu’une longue guerre.

Grains de sable  Cela dit, il serait bien inconcevable qu’un honnête médiateur ne puisse résoudre cette dispute vieille de plusieurs siècles. La Grande-Bretagne a cherché à plusieurs reprises à conclure un compromis sur la souveraineté de Gibraltar. Thatcher avait ouvert des pour- parlers en 1984 après avoir réussi à régler les deux questions de la Rhodésie et de Hong Kong. Les Espagnols ont proposé pour le Rocher un statut d’autonomie complète semblable à celui des Basques et des Catalans, qui respecte la langue et la culture locales et offre une certaine indépendance fiscale. Comme l’a montré l’exemple hongkongais, transfert de souveraineté ne signifie pas absorption politique.

Mais voilà, l’incurie espagnole alimente l’intransigeance gibraltarienne. Bloquer une frontière n’a jamais permis de reconquérir les cœurs et les esprits, pas plus que de faire débarquer aux Malouines les forces spéciales argentines. L’Espagne exigeait la souveraineté immé- diate, et peu importe qu’elle possède elle-même des colonies en Afrique du Nord. Elle a ainsi mis au pied du mur les gouvernements britan- niques successifs, rendus vulnérables aux lobbyistes colonialistes agitant le spectre de l’autodétermination. En 2002, un référendum à Gibraltar a débouché sur 98 % de soutien au maintien du statut actuel, le scrutin organisé aux Malouines a abouti à un résultat semblable.

A dire vrai, les paradis fiscaux britanniques sont plus tranquilles qu’ils ne l’ont jamais été, placés par l’Histoire sous la pro- tection de la Grande-Bretagne et barbotant à leur guise dans les eaux troubles de l’économie mondiale pour y pêcher la manne financière. Ce double atout a engendré une tribu de British pleins aux as qui vivent dans un monde parallèle. Quand j’ai demandé à ce Gibraltarien qui se proclamait « Britannique à 150 % » pourquoi il ne payait donc pas au moins 100 % d’impôts au fisc britannique, il m’a répliqué : « Pourquoi est-ce que je paierais pour des gens qui sont à des milliers de kilomètres ? ».

Tant qu’ils nieront la logique de l’Histoire et de la géographie, ni Gibraltar ni les Malouines ne seront vraiment « en sécurité ». Un de ces jours, ces reliques d’un autre temps finiront bien par se fondre de nouveau dans leur territoire naturel et cesseront d’être des grains de sable dans les rouages des relations internationales. Ce jour arrivera plus vite si les Etats se décident à agir contre les paradis fiscaux. En attendant, les habitants de Gibraltar peuvent bien continuer à voter autant qu’ils le veulent pour « rester Britanniques ». Mais s’ils n’acceptent ni la fiscalité ni la discipline que la plupart des Européens acceptent, et ce tout en phagocytant l’activité des centres financiers européens, ils ne peuvent guère s’attendre à ce qu’un Etat de l’UE vienne les protéger contre un autre. Six heures d’attente de temps en temps au poste-frontière de La Línea, ce n’est pas bien cher payé pour rester en dehors de la réalité.

Traduction : Julie Marcot  20 août 2013 The Guardian Londres 

http://www.presseurop.eu/fr/content/article/4071201-des-colonies-qui-defient-le-sens-de-l-histoire

Commentaire: Et les 6 comtés que Londres a enlevés à l’Irlande, dans tout çà?

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21 août 2013 ~ 0 Commentaire

Allemagne, trop chère, la vie (CI)

Allemagne, trop chère, la vie (CI) dans Austérité german1

Après l’augmentation drastique des loyers, c’est le prix des denrées alimentaires qui grève le budget des Allemands.
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Les organisations caritatives sonnent l’alarme. Depuis que l’Office allemand de la statistique a annoncé, le 13 août dernier, que le coût des denrées alimentaires avait augmenté au mois de juillet de 5,7 % par rapport au mois précédent, de nombreuses organisations caritatives se mobilisent pour exiger un relèvement de l’aide sociale aux personnes en difficulté. « Un adulte qui perçoit l’indemnité Hartz IV [l'aide sociale] dispose actuellement de 4,30 euros par jour pour se nourrir, » explique l’un des porte-parole au quotidien de Hanovre Neue Presse. Les revendications vont d’un minimum de base de 437 euros par mois (au lieu de 382 euros) à des primes sporadiques pour des biens de première nécessité (comme une paire de chaussures) ou le remplacement d’appareils ménagers,  « comme le faisait jadis l’aide sociale », souligne Die Tageszeitung. L’aug- mentation vertigineuse du prix des pommes de terre, qui atteint 44 %, est l’une des causes du renchérissement brutal de l’alimentation en Allemagne. Courrier international   21 août 2013
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Commentaire: La photo se veut « humoristique » et surtout pas une « caractérisation politique » de Kohl et de Merkel

 

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21 août 2013 ~ 0 Commentaire

Royaume Uni: la presse menacée par la lutte antiterroriste (CI)

Dessin de Haddad, Liban. Dessin de Haddad, Liban

La détention arbitraire du compagnon du journaliste Glenn Greenwald en vertu d’une loi antiterroriste a ému l’ensemble de la presse britannique.
Elle accuse une législation qui permet de graves atteintes aux libertés individuelles. La police doit clarifier l’usage des lois antiterroristes, selon The Times. Partant de la détention de David Miranda à l’aéroport d’Heathrow, dimanche 18 août en vertu de l’article 7 de la loi anti- terroriste de 2000, le journal s’interroge sur l’équilibre fondamental entre liberté et sécurité que doit assurer une société démocratique. Citant Keith Vaz, président du comité des Affaires intérieures, le quotidien s’inquiète des « nouveaux usages de la législation antiterroriste », tout en se déclarant « intéressé de savoir comment la police justifiera l’usage d’une telle loi ».
« Même la Mafia avait un code de l’éthique » Dans les colonnes du quotidien directement concerné, les critiques sont franches, et la gravité des faits soulignée. Dans son éditorial du 19 août, The Guardian parle de « trahison de la confiance et des principes du journalisme« . Le rédacteur en chef, Alan Rusbridger, rappelle ce mardi 20 août que la loi en question est critiquée depuis longtemps, et défend l’idée qu’un usage disproportionné d’une telle législation est plus néfaste pour la démocratie que pour le terrorisme. « Je me demande combien de jour- nalistes ont compris le danger absolu pour leur métier que représente l’idée d’une surveillance totale », s’inquiète-t-il. Glenn Greenwald s’in- surgeait, lui, hier, sur le site du quotidien : « Même la Mafia avait un code de l’éthique lorsqu’elle s’attaquait aux familles. Il est déjà assez grave de poursuivre et d’emprisonner les sources. Il l’est encore plus d’emprisonner des journalistes qui racontent la vérité. » Dès le 19 août, les déclarations publiques de responsables d’associations de défense des droits de l’homme se multipliaient pour condamner l’attitude des autorités. Selon Widney Brown, responsable d’Amnesty International, cette loi « viole tout principe d’équité. Cette détention montre comment une loi peut être détournée. Les Etats ne peuvent pas faire passer des lois antiterroristes, affirmer qu’elles sont nécessaires pour protéger les individus, puis les utiliser pour empêcher ces mêmes individus d’exercer leurs droits », condamnait-elle dans le Daily Mail.

Une mesure disproportionnée  Seul The Financial Times se distingue dans un traitement très réservé sur l’incarcération de David Miran- da, annonçant attendre les rapports complets de la police avant de se prononcer. Le seul acte de solidarité du journal consiste en une con- damnation des proportions de l’interrogatoire de David Miranda, « qui se rapprochent du harcèlement ». Le quotidien se distance par la suite clairement du travail de Greenwald, justifie les poursuites contre Edward Snowden et donne raison au gouvernement américain le pour- suivant.

Les conditions et la durée de l’incarcération de David Miranda sont aussi vivement critiquées par The Independent. Au-delà, c’est le silence des autorités et en particulier du Home Office [ministère de l'Intérieur] qui étonne le quotidien. David Anderson, l’observateur indépendant de la législation contre le terrorisme, insiste sur la durée exceptionnelle de la détention, seulement 40 personnes sur les 60 000 à 70 000 interrogées dans le cadre de l’article 7 du Terrorism Act l’ayant été durant plus de six heures. Le compagnon de Glenn Greenwald a, lui, été incarcéré durant neuf heures. « Vous pouvez constater à quel point ce cas est inhabituel », conclut-il. Seule une explication succinte de Scotland Yard était disponible le 20 août au matin, alors que des agents du MI6 étaient partie prenante de l’inter- rogatoire, affirme le journal, qui propose un court guide sur les droits pouvant être revendiqués face à l’article 7. Sans être certain qu’une telle initiative ait de véritables résultats pour améliorer l’application de la législation. Courrier international Antonin Lambert 20 août 2013

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20 août 2013 ~ 0 Commentaire

Belgique : les élections de 2014 et la possibilité d’une alternative de gauche (lcr.be)

Belgique : les élections de 2014 et la possibilité d’une alternative de gauche (lcr.be) dans A gauche du PS 941773_10151416705611362_1899012967_n-333x494

Depuis la formation du gouvernement Di Rupo, le PS  s’est  opposé quasi quotidiennement au mouvement ouvrier: attaques sur les pensions et les allocations de chômage, manipulation de l’index, blocage des salaires, restrictions dans les services publics, etc. De son côté, la CSC a été durement affectée par la débâcle de Dexia. De plus en plus de questions s’élèvent, dans les deux syndicats, concernant les soit disant “amis politiques” qui semblent surtout prêts à planter des couteaux dans le dos du monde du travail.

Dans la partie francophone du pays, le mécontentement face à la politique gouvernementale de la social-démocratie et la volonté de couper les liens avec le PS ont été exprimés très clairement par l’appel de la FGTB Charleroi-Sud Hainaut, soutenu ensuite par la centrale chrétienne des employés, la CNE. Depuis le Premier Mai 2012, la FGTB de Charleroi Sud Hainaut milite en faveur d’une alternative politique antica- pitaliste, à gauche du PS et d’ECOLO.

Une autre expression du mécontentement a été le début de percée électorale et médiatique du PTB lors des élections communales et provinciales d’octobre 2012. La LCR estime que ces deux événements marquent chacun à leur manière le début de la fin de la domination social-démocrate et démocrate-chrétienne sur le mouvement ouvrier organisé. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de notre pays que des secteurs du mouvement syndical rompent avec le Parti Socialiste, mais c’est la première fois qu’un pan entier de la FGTB se prononce pour une alternative politique au PS et se met à agir concrètement dans ce but. La LCR a compris immédiatement l’importance de cet événement. Elle appelle toute la gauche à prendre ses responsabilités sans esprit de boutique, pour que la brèche s’élargisse au maximum.

Ce n’est pas la première fois non plus que le monopole social-démocrate de la représentation électorale du monde du travail est ébranlé, mais c’est la première fois que cet ébranlement coïncide avec la volonté affichée de parties de la FGTB et de la CSC de se doter d’une nouvelle expression politique par un rassemblement à gauche du PS et d’Ecolo, sur une base anticapitaliste et internationaliste. La coïncidence de ces deux événement permet d’espérer que l’alternative ne sera pas un feu de paille, comme ce fut malheureusement le cas après la deuxième guerre mondiale (avec le succès de courte durée du PC) ou après la grève de 60-61 (avec la formation par André Renard du Mouvement Populaire wallon, et celle du Parti Wallon des Travailleurs).

Les conditions semblent réunies pour une recomposition en profondeur de la gauche. Pour la LCR, la concrétisation de cette opportunité dépendra avant tout des choix que le PTB fera dans la prochaine période. Nous espérons que le PTB prendra ses responsabilités en partant des intérêts du mouvement ouvrier. Cela implique qu’il fasse une proposition permettant de concilier son début de percée élec- torale avec la chance historique qui s’ouvre de rassembler les forces de gauche en vue de changer structurellement les rapports de forces entre la vraie gauche d’une part, la social-démocratie et la démocratie chrétienne de l’autre. Pour la LCR, il est dans l’intérêt de tout le mouvement ouvrier et de la gauche que soient élues dans les parlements des personnes qui feront entendre clairement une voix anticapitaliste contre la politique d’austérité. La LCR a quantité de désaccords avec le PTB. Néanmoins, nous sommes convaincus que c’est autour du PTB que les meilleures chances existent d’atteindre cet objectif. La LCR en tire les conclusions. Elle mettra tout en œuvre pour que les différentes expressions de la recherche d’une alternative anticapitaliste à la politique d’austérité du gouvernement convergent en 2014.

LCR-SAP (Belgique) 19 août 2013 * http://www.lcr-lagauche.be/

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article29522

Commentaire: CSC est le syndicat majoritaire en Flandres (chrétien) et la FGTB en Wallonie (socialiste). Ecolo ce sont les « EELV ». Le PTB est un parti d’origine maoïste dont nous n’avons pas l’équivalent.

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20 août 2013 ~ 0 Commentaire

Royaume-Uni, trente-six opposants au gaz de schiste arrêtés (OF)

Royaume-Uni, trente-six opposants au gaz de schiste arrêtés (OF) dans Ecologie & climat

Trente-six adversaires de l’exploitation du gaz de schiste au Royaume-Uni, dont une députée du Parti vert d’Angleterre et du pays de Galles, Caroline Lucas, ont été arrêtés lundi à Londres et en marge d’une manifestation dans le sud-est du pays.

Des accrochages ont opposé les policiers et les manifestants dans le village de Balcombe, où s’est installée la compagnie Cuadrilla Resources, la seule à utiliser la technique de la fracturation hydraulique sur le sol britannique. Après plusieurs jours de rassemblements pacifiques contre la société, des heurts ont éclaté à l’entrée du site d’exploitation situé dans le West Sussex, à 35 km au sud-est de Londres, avec quelque 400 membres des forces de l’ordre.

Un sujet qui fait débat Outre-Manche Des manifestants ont également fait irruption au siège de la société situé dans le Staffordshire, dans le centre du pays, et dans une entreprise de communication qui représente le groupe à Londres. La fracturation hydraulique est accusée par ses détracteurs de polluer les nappes phréatiques et de favoriser les tremblements de terre. Le gouvernement conservateur britannique soutient sans équivoque l’exploitation du gaz de schiste présent dans le sous-sol britannique, dont il espère un impact positif en terme d’emploi et une baisse des prix de l’énergie. Environnement mardi 20 août 2013

http://www.ouest-france.fr/ofdernmin_-Royaume-Uni.-Trente-six-opposants-au-gaz-de-schiste-arretes_6346-2221474-fils-tous_filDMA.Htm

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10 août 2013 ~ 0 Commentaire

Bulgarie, comprendre les manifestants (Ci)

En Bulgarie, on se révolte aussi et l’Europe s’en fiche (Rue 89) dans Austérité part-par-par7613056-1-1-0

Dans le pays le plus pauvre de l’UE, la contestation ne se limite pas aux “couches moyennes”.

Le 23 juillet, la capitale de la Bulgarie, Sofia, a vécu une nuit de violences. Après quarante jours de protestations, le Parlement a été assiégé par des manifestants exigeant la démission du gouvernement, et les forces de police ont chargé la foule pacifique.  Un autobus rempli de parlemen- taires qui cherchaient à s’enfuir a été encerclé et ses vitres brisées. Une vingtaine de personnes ont été blessées. Le lendemain, le président du Parlement, Mihail Mikov, a déclaré que “la recherche de solutions démocratiques [devenait] de plus en plus difficile”.

Un bref retour en arrière peut expliquer pourquoi. La chute du gouvernement de centre droit en février dernier à la suite de mani- festations contre la hausse des tarifs de l’électricité a conduit à la tenue d’élections anticipées en mai. Une coalition entre le Parti socialiste bulgare (PSB) et le Mouvement pour les droits et les libertés (MDL), parti soutenu par la minorité turque de Bulgarie, a pris la direction du pays sous la houlette du nouveau Premier ministre, Plamen Oresharski.

Depuis le 14 juin, les manifestants demandent la démission d’Oresharski. Elu sur la promesse de réformes populaires destinées à venir en aide aux plus vulnérables, il a vu son capital de confiance dilapidé lorsqu’il a nommé Delyan Peevski à la tête de l’Agence d’Etat pour la sécurité nationale (Dans). Pour la majorité des Bulgares, ce magnat de la presse est l’incarnation de la corruption [il a démissionné].  Les manifestations pacifiques, qui ont coïncidé avec des protestations plus violentes au Brésil, en Turquie et en Egypte, ont été présentées comme un mouvement des “classes moyennes” par les médias internationaux, qui ne leur ont généralement accordé aucune importance. Cette qualification masque la réalité sur le terrain, où les gens peinent à joindre les deux bouts dans l’Etat membre le plus pauvre de l’Union européenne.

Dans le pays lui-même, partisans et adversaires des manifestations ont recours à la même définition du mouvement. Si l’émergence d’une forte classe moyenne grâce à la transition vers une démocratie libérale et une économie de marché a un jour été un rêve collectif, elle est utilisée aujourd’hui pour diviser le pays. Les intellectuels de droite parlent des contestataires comme de gens “intelligents”, “honnêtes”, même “beaux” et “souriants”. Cette “élite culturelle et professionnelle” autoproclamée se présente, elle, comme “européenne”, “non violente” et “ayant les moyens de payer ses factures et ses impôts”, à la différence des “barbares” qui ont manifesté en février. Pour la plupart des manifestants, des étudiants et des employés des services publics, toutes les manifestations sont étroitement liées. Ceux-ci ne formulent toutefois aucune revendication économique,  ni aucune critique contre les politiques de privatisation et d’austérité inspirées par le FMI et l’UE, qui ont entraîné un chômage massif et démantelé le système de protection sociale.

Le PSB et ses sympathisants dans les médias ont également recours au thème des “classes moyennes sofiotes” pour dresser la population contre les contestataires, qu’ils dépeignent comme les membres d’un réseau international et élitiste lié aux centres de pouvoir à Washington et à Bruxelles. Ils prétendent que ce sont des “sorosoïdes” soudoyés par le financier George Soros et l’Open Society Institute [Fondation pour une société ouverte], lesquels sont désignés comme les cerveaux à l’œuvre derrière les manifestations. Quant aux timides réformes d’Oresharski, elles sont présentées comme un acte de résistance contre une conspiration mondiale au détriment des gens ordinaires.

Ce qui empêche les manifestants de formuler une politique d’émancipation sociale, c’est l’hégémonie néolibérale des dernières décennies, qui a asséché la pensée politique collective. Les manifestants se disent ouvertement “anticommunistes” et ils dénoncent le “communisme” du PSB comme complice de la politique d’austérité et des accords de privatisation opaques. Or parler d’“anticommunisme” fait avorter tout débat réel sur l’économie et les alternatives sociales. Dans le même temps, les récentes mesures législatives compliquent de plus en plus l’émergence de nouveaux acteurs politiques, maintenant ainsi la Bulgarie sous la tutelle de l’oligarchie et des potentats locaux. En conséquence, la crise économique et politique croissante et la précarité de la majorité de la population sont livrées à l’extrême droite raciste, dont le pouvoir s’étend lentement dans l’isoloir.  Mariya Ivancheva Publié le 26 juillet The Guardian 9 août 2013

Note :* Chercheuse en sociologie à l’université d’Europe centrale de Budapest

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08 août 2013 ~ 0 Commentaire

Turquie : « l’esprit de Gezi » bien vivant (3)

Turquie : « l’esprit de Gezi » bien vivant dans Europe fest-noz

Fest Noz (Kurde) à Taksim

Si la « révolte de juin » a constitué une mobilisation sans précédent dans l’histoire de la Turquie, elle fut aussi une première défaite pour le Premier ministre Erdogan, une première brèche dans le projet hégémonique néolibéral-conservateur de l’AKP.
La révolte fut engendrée par le projet de destruction d’un des seuls parcs publics du centre-ville d’Istanbul pour y construire un centre commercial, mais il est évident qu’elle fut le résultat d’un ras-le-bol général. Le rejet des politiques y a été central :
- Politiques néolibérales et écocides. Précarisation et privatisations. « Rénovation urbaine » ayant pour effet le déplacement des couches défavorisées (surtout kurdes et gitanes) vers la périphérie. Construction de centrales nucléaires et hydroélectriques polluant les rivières. Projet de construction d’un troisième pont à Istanbul et d’un canal de 50 kilomètres dévastateurs pour l’environnement…
- Politiques sécuritaires et antidémocratiques. Arrestations arbitraires (envers les Kurdes, les révolutionnaires et des membres de l’armée suspectés d’avoir participé à des réunions de préparation de coups d’État). Longue période de détention préventives et procès interminables. Violences policières. Criminalisation de toute contestation. Impunité des responsables d’actes meurtriers (comme l’assassinat du journaliste arménien Hrant Dink).
- Politiques conservatrices, patriarcales et identitaires (sunnites). Tentative d’interdiction de l’avortement. Sacralisation de la famille. Cours sur le Coran et sur la vie du prophète dans l’enseignement secondaire. Restriction de la vente d’alcool. Refus d’accepter les revendications de la minorité musulmane Alévi…
À cela s’ajoutent le style autoritaire d’Erdogan et la politique interventionniste à l’égard de la Syrie. Les ingrédients de la potion magique qui transforma nombre de citoyens en « résistants ».

Préparer la prochaine vague Lors des manifestations et des affrontements, plus de 2 millions et demi de personnes ont pris part aux événements. La moyenne d’âge des résistants est de 28 ans. Des jeunes travailleurs en entreprise, des « cols blancs » en proie à la préca- risation, des lycéens… Mais le plus exceptionnel et enthousiasmant fut la participation massive de jeunes femmes, plus de la moitié des résistants ! Il faut aussi souligner une présence importante des LGBT tout autant sur les barricades que dans la « commune de Gezi », ce qui a eu comme conséquence une gay-pride de plus de trente mille personnes à Istanbul ! La résistance entraîna ainsi un contact entre différents secteurs de la société. La participation des Kurdes (réticents au début du mouvement) et des musulmans anticapitalistes et révolutionnaires fut aussi important.
Après l’évacuation violente du parc Gezi, le gouvernement a déclenché une véritable chasse aux sorcières : plus de 700 gardes à vue et une quarantaine d’arrestations. Cependant, la mobilisation continue à travers les forums nocturnes dans les parcs de quartiers et diverses activités locales comme les repas de rupture du jeûne (iftar) organisés par les musulmans anticapitalistes. Bien entendu, le risque d’essoufflement du mouvement existe, mais la rentrée et l’ouverture des universités peuvent le ­revivifier. La gauche radicale doit se préparer à la prochaine vague de mobilisation, car quoi qu’il en soit, « l’esprit de Gezi » ne s’épuisera pas facilement. Les murs  de la ville en témoignent : « Rien ne sera plus comme avant ! » D’Istanbul, Uraz Aydin http://npa2009.org/node/38413

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