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26 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Grèce : une semaine de mobilisation

Grèce : une semaine de mobilisation dans Austérité 49708469

Contre la suppression de pan entier des services publics, des dizaines de milliers de personnes étaient dans la rue pendant toute une semaine, bien au-delà de la journée de grève générale du mardi 16 juillet. Mais cela n’a pas suffit à annuler le vote par le Parlement de la première loi de licenciements massifs des fonctionnaires.

Interdits par la Constitution grecque, la possibilité de licenciements arbitraires dans le public constitue un élément central du dispositif que la bourgeoisie européenne teste en Grèce. Des licenciements massifs, des centaines de milliers, ont déjà eu lieu dans le public, mais c’était surtout les contrats flexibles de toutes sortes (sous traitants, saisonniers, etc.). On attaque maintenant le noyau dur du travail public qui, après trois ans d’attaques contre les conditions de travail et les salaires, garde cependant une certaine garantie du poste de travail.

Faire sauter ce verrou est une condition mise par les représentants officiels des Hollande et des Merkel (la troïka) pour la dernière sous-tranche de financement  : licencier tout de suite des fonctionnaires. Les 10 000 licenciements dans l’éducation nationale ne suffisent pas. C’est pourquoi la troïka a emprunté au privé la méthode de la «  mort subite  », testée avec la radio-télévision publi- que. On a donc supprimé d’un coup les gardiens des écoles, les polices municipales, dont les licenciements s’ajoutent à ceux de la radio-télé et à la suppression de lycées techniques, la quasi-fermeture de six hôpitaux…

Satisfaire les usuriers internationaux Leur représentant, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Shoeble, a même fait une visite éclair pour saluer le gouvernement grec, une occasion idéale pour ressortir une loi oubliée (datant de la dictature des colonels) pour interdire tout rassemblement public de plus de deux personnes. La manifestation bravant cette interdiction a couronné la première partie de la semaine et a ouvert l’autre partie, contre la «  légalisation parlementaire  » du coup d’État du 11 juin, grâce auquel a été «  fermée  » la radio-télévision publique (ERT). Mais, malgré la grève de solidarité dans les chaînes de télévision privées dont les patrons ont tout à gagner de la fermeture de la radio-télévision publique, le vote a bien eu lieu.

Ce «  succès  » parlementaire ne clôt pas la question  : les travailleurs de ERT ont réagi à leur «  mort subite  » et ont gagné beaucoup de sympathie, en maintenant un programme retransmis par internet et transformant les locaux de ERT dans plusieurs villes en centres de rencontre socio-culturel permanents. La bataille, sociale et politique continue…

Tassos Anastasssiadis d’Athènes

* Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 205 (25/07/13). http://www.npa2009.org/

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23 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Cher bébé royal, welcome…(CI)

Cher bébé royal, welcome...(CI) dans Europe princes

L’un des chroniqueurs britanniques les plus acerbes a écrit une lettre de bienvenue au nouveau-né de la famille royale. Il lui adresse ses félicitations mais aussi de nombreuses mises en garde.
Félicitations, bébé Windsor.Vous êtes un tout nouveau sujet de sa Majesté britannique (comme il était indiqué autrefois sur les passeports) et vous avez donc gagné le gros lot à la loterie de la vie. En fait, étant donné l’état du pays et de son économie, il vaudrait peut-être mieux parler de « vieille carte à gratter ». Et pourtant, vous vous en êtes admirablement sorti. Par le plus grand et le plus étrange des hasards, grâce au simple fait d’avoir été conçu par le bon couple, vous vous êtes hissé à la place enviable de troisième sur la liste des héritiers du trône britannique.Voilà pour la bonne nouvelle. La mauvaise, c’est que tout cela s’accompagne d’un certain nombre de servitudes. Problème n° 1 : vous êtes un monarque constitutionnel. Autrement dit, quand votre papa va casser sa pipe, vous ne pourrez pas faire tous les trucs sympas que vous auriez pu faire si vous étiez né cinq cents ans plus tôt. Vous ne pourrez pas faire trancher la tête des gens sur un caprice, ni agrandir votre territoire par la force, ni même augmenter les impôts dès que vous vous sentirez un peu raide.

Désormais, toutes ces grandes décisions sont prises par le gouvernement. (Enfin, par l’Union européenne dans les faits, mais ne vous embarrassez pas de ce genre de détails : cette entité aura cessé d’exister longtemps avant que vous n’ayez hérité du trône.) Et même si ceci ne rime à pas grand-chose, vous devrez lire machinalement les orientations politiques bidon dudit gouvernement au début de chaque session parlementaire en faisant comme si vous trouviez ces décisions tellement formidables que vous auriez pris exactement les mêmes si vous aviez été au pouvoir. (Ce qui n’est hélas pas le cas, désolé d’insister.)

Deuxièmement, il y a la question de l’argent et des biens immobiliers. Au début, vous serez peut-être impressionné : la grande maison à Londres (un peu sinistre à l’intérieur, mais située à deux pas du restaurant The Wolseley), les résidences de vacances à Norfolk, et bien sûr toute la thune et les actifs accumulés par vos ancêtres. Le problème est que rien ne vous appartient à proprement parler. En vertu d’un arrangement sordide ourdi par des gauchistes longtemps avant votre naissance, le gouvernement peut éplucher vos factures de blanchisserie et décider de quoi vous avez raisonnablement besoin pour vivre. Et cela ne va pas s’arranger : même si le pays que vous servez sort toujours largement gagnant de cette transaction, vous et les vôtres serez perpétuellement qualifiés de parasites par une bande d’ignorants aigris. Imaginez : des démonstrations de danse à n’en plus finir ; des sourires figés et des couvre-chefs ridicules dans des pâtisseries et des usines, sur des chantiers ; votre calvaire hebdomadaire avec un abruti de Premier ministre ; des banquets officiels fastidieux et interminables où vous ne pourrez jamais prendre de cuite, vous curer le nez ou lâcher un bon pet. Et vous serez tout de même censé être reconnaissant de votre privilège…

Surtout, faites de la reine votre modèle Cela dit, il y aura toujours la Famille. Pour le meilleur et pour le pire, seuls les membres de la Firme (comme vous vous appelez vous-mêmes) comprennent ce que vous vivez. Alors faites-vous conseiller tant que vous pouvez. Nous sommes nombreux à prier pour que vos arrière-grands-parents dépassent largement les cent ans. De quoi vous donner le temps d’apprendre le tact et la diplomatie auprès de votre arrière-papy Phil et de tout savoir sur Cheltenham et Aintree [champs de courses] grâce votre arrière- mamie Liz. Surtout, faites de la reine votre modèle. Elle est sans doute le meilleur monarque que nous ayons jamais eu : sage, avisée, impénétrable. Ce qui n’est pas le cas de votre grand-père Charles. Malheureusement, nous ne savons que trop ce qu’il pense (sur le réchauf-fement, sur les produits bio, l’architecture, sa volonté de devenir un « défenseur de la foi »…), mais il offre l’avantage de pouvoir servir d’anti- reine : s’il affirme que quelque-chose est vrai, faites exactement le contraire. Ce sera toujours un plaisir de le chambrer. Dès l’âge de 7 ans, vous pourrez l’agacer tous les jours en lui posant cette question : « Papy, tu te rappelles qu’à Rio tu as dit qu’on n’avait plus que 100 mois pour sauver le monde ? »

Pour ce qui est de vos autres proches, on choisit ses amis, mais pas sa famille – et, au moins, vous ne risquez pas de vous ennuyer avec eux. Lors des cérémonies officielles, on vous verra sur les photos vous agiter avec ce sacré comédien d’oncle Edward, avec cette crapule de grand-oncle Andrew et aussi avec la grand-tante Anne, féroce mais solide comme un roc. Et puis il y a ce garnement d’oncle Harry, qui va vous apprendre à allumer des pets et à choisir le bon déguisement pour un bal masqué (*), bref qui va vous gâter. Sans oublier vos divers cousins germains, qui vous apprendront à être tout à fait normal et seront peut-être les seules personnes avec qui vous pourrez sortir sans risquer de retrouver tous vos secrets étalés sur Internet. Ah ! là, là ! J’espère ne pas vous avoir donné l’impression que vous veniez de recevoir un cadeau empoisonné alors même que vous êtes parfaitement innocent. Bon, allez, ne vous laissez pas abattre, ça pourrait être pire. Au moins, contrai-rement aux monarques d’Espagne ou de Grèce, vous avez encore un trône dont vous allez hériter ; et au moins, contrairement à ce qui se passe en Suède, nous ne sommes pas encore assez gangrenés par les idéaux d’égalité pour que vous deviez faire croire que vous travaillez chez Ikea…

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22 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Turquie : ce que Gezi est en train d’enseigner à la gauche (Avanti.be)

Turquie : ce que Gezi est en train d’enseigner à la gauche (Avanti.be) dans Europe k-bigpic

La capacité de la gauche révolutionnaire turque à aider à mener une révolte de masse a été testée en juin au cours du mois de manifestations et d’actions de protestations nées autour de la question du parc Gezi d’Istambul.

Après ce qu’elle appelle désormais « la Grande Résistance de Juin », la gauche se sent nettement plus légère, comme rafraîchie par ces événe-ments. Son moral est plus élevé qu’il ne l’a été depuis des décennies. Et surtout, elle a une direction à saisir. Le chemin à suivre est clair. Une lutte du peuple uni pour la révolution a été le rêve de la gauche turque depuis plus de quatre décennies. Et enfin, elle vient de connaître un véritable mouvement populaire de masse et uni.

Surmonter les divisions

La puissance de la Grande Résistance Juin a finalement forcé la gauche révolutionnaire à agir ensemble, quelque chose dans laquelle elle a très peu d’expérience. Car la gauche turque a une histoire terrible de division, pleine de colère et parfois de sang. Pour la première fois de son his- toire, la gauche turque vient de recevoir une leçon sur ce qu’est une lutte unie, et cela par un mouvement populaire de masse. Certains ne l’ont pas compris, mais les groupes qui font passer leurs slogans, leurs symboles et leur propre identité avant le peuple en révolte, ont rapidement perdu toute pertinence dans les manifestations.

Voici juste un bon exemple des leçons que Gezi a enseigné à la gauche. Lors de manifestations à Izmir, la troisième plus grande ville de Turquie, deux partis de gauche, le Parti communiste turc (TKP) et le Parti de la Démocratie Socialiste (SDP), se sont confrontés l’un à l’autre de la manière habituelle. Les choses se sont gâtées et il y a eu de la violence. Mais, pour la première fois, les comités centraux des deux partis se sont réunis ensemble, ont résolu le problème et a publié une déclaration conjointe regrettant ce qui s’était passé. Dans une situation dif- férente, ce conflit aurait traîné pendant une longue période, épuisant les énergies. Il n’aurait jamais été résolu, mais, au mieux, finalement oublié.

La confiance inspirée par la Grande Résistance de Juin se ressent comme un nouveau départ pour les relations au sein de la gauche. Elle donne lieu à des propositions qui n’auraient jamais été possibles auparavant. Certaines sections de la gauche ont commencé à appeler Sirri Sureyya Onder, le héros de Gezi, à être le candidat du mouvement à la mairie d’Istanbul lors des élections locales de l’an pro- chain. Onder est un député de l’Alliance qui regroupe les partis kurdes, verts et socialistes, le Congrès démocratique du peuple (HDK). Si cela se produit, il est probable qu’une très grande proportion de la gauche le soutiendrait et approfondirait les expériences de coopération et d’unité.

Écarter le nationalisme

Après 20 jours de combats de rue, l’esprit de Gezi continue à vivre maintenant dans les forums nocturnes organisés dans les parcs de banlieue d’Istanbul et d’autres villes. A Istanbul, les plus grands ont lieu dans le parc d’Abbasaga à Besiktas et dans le parc de Yogurtcu à Kadiköy. Des milliers de personnes y participent. Des discussions s’y mènent sur la façon dont ces forums peuvent être transformés pour former un nou- veau genre de regroupement national. Avec les élections locales dans seulement huit mois, ces forums pourraient être très utiles. D’autre part, le danger existe que ces forums puissent s’épuiser et disparaître avec le temps s’ils ne débouchent pas sur des plans et des objectifs concrets.

Depuis le début, il y a eu des craintes que les nationalistes turcs puissent détourner le mouvement. Si celui-ci avait été un mouvement nationaliste laïque, anti-islamiste et anti-kurde, le processus de paix entre le mouvement de libération kurde et le gouvernement de l’AKP aurait été pris comme cible, car il s’agit d’une initiative importante du gouvernement. Les nationalistes adoreraient voir des slogans contre le processus de paix, mais le mouvement ne les a pas suivi. Le principal slogan des nationalistes, « Nous sommes les soldats de Mustafa Kemal » (fondateur de la Turquie laïque) a été ridiculisé par le contre-slogan des manifestants : « Nous sommes les soldats de Mustafa Keser » (un musicien de folk contemporain qui personnifie le plaisir et la joie de vivre). Lorsque la police a tué un manifestant dans la ville kurde de Lice le 28 Juin (une ville qui a été entièrement brûlée en 1993), les cris de « Lice, résiste » ont jailli de partout sur les places Taksim et Kadikoy. Ce fut le dernier clou dans le cercueil des nationalistes dans la résistance de Gezi.

Nouvelle génération

Une toute nouvelle génération qui n’a jamais été politiquement active a pris part à des manifestations pour la première fois de leur vie pendant la résistance de Gezi. Elle a laissé sa marque sur tout. Il s’agit d’une nouvelle génération avec des attitudes, un langage et des comportements différents. Leurs parents ont peut-être cru que si les Kurdes parlent leur propre langue, le pays serait déchiré. Ou que si une fille est allée à l’école avec son foulard, la charia suivrait. Telle était la paranoïa créée par les nationalistes. Mais la nouvelle génération est différente et la plupart des socialistes peuvent le voir. C’est le défi auquel ils doivent répondre.

Zekeriya Ayman est un Kurde turc socialiste vivant à Melbourne en Australe.

Cet article est paru le 17 juillet sur le site australien www.greenleft.org
Traduction française pour Avanti : Jean Peltier. Les intertitres sont de la rédaction d’Avanti.

http://www.avanti4.be/analyses/article/turquie-ce-que-gezi-est-en-train-d-enseigner-a

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22 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

«Le ciment du pays, ce n’est pas le roi mais la dette publique !»

«Le ciment du pays, ce n'est pas le roi mais la dette publique !» dans Austérité philippe

Tous les Belges ne se réjouissent pas en ce royal week-end. La royauté ne fait pas l’unanimité, y compris chez les francophones. Avocat et ancien bâtonnier, Jean-Marie Dermagne est membre du Cercle républicain depuis sa création. Il n’a jamais caché ses idées antimonarchistes. Il s’en explique, avec un brin d’humour.

Que vous inspire la passation de pouvoir entre Albert et Philippe ? Albert et Philippe qui ? J’en connais des centaines… Plus sérieu-sement, c’est pour moi un non-événement absolu. Qu’un fils succède à son père dans une « affaire familiale » est d’une grande banalité. On se demande toujours si le fils sera à la hauteur de la tâche. Mais, comme la couronne de Belgique n’est pas bien lourde, puisque ce sont les conseillers et les ministres qui font tout le boulot, le fiston devrait pouvoir faire illusion quelque temps. Et puis le salaire est stimulant…

Pourquoi voulez-vous abolir la monarchie ? Je vous retourne la question. Comment se fait-il que certains, au XXIème siècle, veulent à tout prix garder un régime qui remonte à bien avant Nabuchodonosor et qui, par essence, est inégalitaire ? Mes valeurs, ce sont l’égalité, la fraternité et la liberté. Dans cet ordre-là. Tout ce qui octroie des privilèges, a fortiori lorsqu’on les inscrit dans les gènes, me révulse. La question n’est donc pas pourquoi abolir la monarchie mais pourquoi la conserver !

En Belgique, beaucoup pensent que le roi reste le ciment de l’union du pays. Sans roi le pays éclaterait. Une république serait-elle vraiment plus tranquille ? Si la Belgique a besoin, comme ciment, d’un roi le plus souvent muet et dont le rôle principal est de débiter des mièvreries écrites par d’autres, à la télé, deux fois par an, ou de « recevoir » aux frais de la princesse (ou plus exactement, de ses su- jets), c’est la preuve qu’elle est déjà une morte-vivante. Le ciment de la Belgique, c’est la dette publique ! Tout le monde le sait. Sans le casse- tête de la répartition de la dette, au demeurant colossale, Flamands et Wallons auraient déjà divorcé… Quant à la tranquillité, je ne suis pas sûr que la monarchie garantisse quoi que ce soit. C’est bien sous la monarchie que la Belgique a connu une crise politique d’une longueur histori- que qui a fait rire ou sourire toutes les républiques du monde. On attribue à Albert II la sortie de crise, il faut rappeler qu’il a d’abord ramé pendant 541 jours…

Un argument souvent évoqué par les antimonarchistes est le coût que représente la royauté. Mais une république ne coûte-t-elle pas aussi cher, voire plus ? Deux réponses à cela. Primo : dans une république, les dépenses du chef de l’Etat sont contrôlées. En Belgique, c’est depuis quelques semaines, et seulement à cause des révélations sur les « astuces » fiscales de Fabiola, que l’on songe à con- trôler ce que le roi et sa famille font des sommes pharaoniques que l’Etat leur verse chaque année. Lorsqu’une république se montre trop ‘bling-bling’, ça peut coûter la réélection à son président : on l’a vu avec Giscard d’Estaing et les bijoux de Bokassa et, plus récemment, avec Sarkozy, à qui les français n’ont jamais pardonné le goût du luxe du début de son quinquennat. Secundo : quand ils pensent à une république, les Belges voient ipso facto la France mais il y a des tas de pays où le président est à peine connu et vit de manière modeste. En Uruguay, le président Mujica a continué à vivre après son élection dans une fermette en touchant 900 euros par mois.

Le roi a si peu de pouvoir en Belgique qu’Herman Decroo (Open VLD) a souvent dit que la Belgique était une « monarchie républicaine ». D’accord avec lui ? Pas du tout. Son expression est antinomique. L’étymologie de monarchie, c’est le pouvoir confié à une seule personne alors que, pour la république, c’est la chose publique confiée à tous les citoyens. Depuis quelques années, la Belgique est une monarchie surveillée, certes, mais fondée sur un pacte, une sorte de donnant-donnant, entre le palais et le gouvernement. Le pouvoir de l’un doit rester occulte moyennant quoi l’autre fait des courbettes.

Qu’est-ce qui vous gêne dans le pouvoir du roi ? Son existence même ! Et les privilèges qui l’accompagnent. Le roi est au- dessus des lois. On a dû l’admettre récemment à propos de la recherche en paternité lancée par la malheureuse Delphine Boël. Même si le roi tue sa femme ou renverse un enfant à moto, personne ne peut l’interpeller ou le condamner. Me déplait aussi le fait que, même s’il se montre simple et gentil avec les ‘‘petites gens’’, son seul ‘‘cercle’’, au roi, c’est la noblesse. Qu’il puisse élargir son cercle en faisant barons des roturiers enrichis me fait sourire, tant c’est anachronique. Je suis dérangé par l’influence qu’il a sans rien devoir demander, uniquement parce qu’il est une « majesté ».

La N-VA est un parti républicain. Des membres du parti nationaliste flamand sont inscrits, comme vous, au cercle répu- blicain, cela ne vous gêne pas ? Pas du tout. Toutes les républiques du monde sont peuplées de gens et d’électeurs de droite comme de gauche. La N-VA est présentée, côté francophone, comme un épouvantail, un répulsif, un croque-mitaine ! Même si je suis en désaccord total avec elle sur le terrain économique et social, comme sur quasiment toutes les questions dites de société, je veux pouvoir combattre ses idées « à découvert » et je trouve indigne qu’elle soit écartée d’un gouvernement juste parce que le roi n’en veut pas et que ce véto arrange les autres partis politiques flamands.

Les socialistes, encore républicains dans les années 1950, sont devenus les plus ardents défenseurs de la monarchie. Comment jugez-vous cette conversion ? C’est pour moi comme le mystère de la grande pyramide ! L’idée républicaine est consubs- tantielle au socialisme. Voir une ministre socialiste, comme Laurette Onkelinx, que j’apprécie par ailleurs, jouer les starlettes au palais de Laeken m’afflige. Personne n’est dupe : tous les socialistes sont républicains. « De coeur », comme disent la plupart. Ce qui se cache derrière l’expression « monarchiste de raison », c’est tout simplement une manœuvre pour rester au pouvoir. Paris valait bien une messe, selon Henri IV. Elio Di Rupo ou d’autres au sein de son parti, se disent qu’une présence au gouvernement et, surtout, un poste de premier ministre valent bien d’endosser de temps à autre des habits de laquais à Laeken…

Une monarchie parlementaire à la belge, n’est-elle pas aussi démocratique qu’une république monarchique comme on qualifie souvent la Vème république française ? Cessons de considérer la Vème république française comme un modèle. Le prési- dentialisme ‘‘à la française’’ est, je le pense, une erreur historique. Je suis davantage séduit par la VIème république promue par Jean-Luc Mélenchon en France. Un président peut n’avoir qu’un rôle de médiateur charismatique. Côté francophone, on agite le spectre du président systématiquement flamand. Moi, ça ne me dérange pas puisque les Flamands sont majoritaires. Pour autant que les pouvoirs soient limités. C’est moins grave que des premiers ministres exclusivement flamands se succédant à la queue leu-leu comme ce fut le cas pendant des décennies jusqu’à la « pochette surprise » que fut la nomination d’Elio Di Rupo. Même si le futur président belge est élu au suffrage universel, la langue n’est pas rédhibitoire. Je pense qu’un francophone de gauche votera plus spontanément pour un Flamand de la même tendance que pour un réactionnaire wallon ou bruxellois francophone.

Propos recueilli par  Thierry Denoël samedi 20 juillet 2013 à 10h30

http://www.levif.be/info/actualite/belgique/le-ciment-du-pays-ce-n-est-pas-le-roi-mais-la-dette-publique/article-4000354899122.htm

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20 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Portugal : la troïka à la manœuvre

Portugal : la troïka à la manœuvre dans Austérité suicidio_espa%C3%B1a-rescate-sacrificio_troika_europa-euro

Les derniers événements au Portugal ont mis à nu les véritables rapports démocratiques et politiques et souligné la fragilité du gouvernement.
Vitor Gaspar, ministre des Finances (et haut fonctionnaire officiellement en congé de la BCE), a remis sa démission pour la troisième fois consécutive, prétextant notamment du peu de moyens qui étaient les siens pour mettre en œuvre les réformes demandées par la troïka. Le Premier ministre, Passos Coelho, nomme alors à sa place Maria Luis Albuquerque, secrétaire d’état au trésor, confrontée depuis des mois à un énorme scandale en raison de son implication dans des opérations financières toxiques. Le jour suivant, nouvelle bombe : Paulo Portas, ministre des Affaires étrangères, qui devait présenter un plan de 4,7 milliards d’euros de réduction des dépenses sociales, et qui défendait l’idée d’assouplir la politique promue par Vitor Gaspar de « l’austérité à tout prix », remettait sa démission au Premier ministre. Barroso réagit alors en soulignant la nécessité de poursuivre les réformes. Plus tard, le Premier ministre Coelho s’adressait au pays et annonçait qu’il ne démissionnerait pas et qu’il refusait de même le départ de Portas.

Les pantins de la troïka Avec l’aggravation du krach boursier et l’augmentation de la dette publique, les signaux d’alarme ont retenti partout dans le secteur bancaire et les milieux bourgeois. Une campagne de peur a été orchestrée, annonçant l’imminence d’un deuxième plan de sauvetage. Avec un taux de chômage officiellement de 17, 6 % (25 % en réalité), un déficit budgétaire passé de 7,1 % en 2012 à 10,6 % du PIB, la dette publique prévue fin 2013 est de 138 % du PIB, un record. Et la récession (- 3,2 % fin 2012) s’aggrave avec – 3,9 % au premier trimestre. L’austérité est en train de détruire l’économie. Après plusieurs réunions pour tenter de sauver une coalition moribonde, les partis de la coalition se sont rencontré dans un hôtel à Lisbonne. Le Premier ministre a tenu une conférence de presse. Debout et silencieux à ses côtés, Portas est devenu vice-Premier ministre… cinq jours après avoir démissionné. La ministre récemment nommée aux finances garde son poste et est même promue ministre d’État. António Pires de Lima, homme d’affaires, est nommé ministre de l’Économie. L’accord devait être soumis au président de la République. En quittant l’hôtel, les voitures officielles, cernées par des manifestants, furent obligées de s’enfuir à contre-sens sous la protection de la police.

Antisocial et antidémocratique Le hold-up démocratique surréaliste de la troïka se déroule sous les yeux de la population pour qui l’illé-gitimité d’un gouvernement moribond, rafistolé comme le monstre de Frankenstein, est une évidence. Bruxelles et Berlin avaient tous deux donné leur accord au remaniement proposé par la coalition CDS-PSD. Le président de la République a cependant proposé, dans la nuit du 10 juillet, un gouvernement d’union nationale des trois partis qui soutiennent le mémorandum de la troïka (incluant le PS actuellement dans l’opposition) autour de trois points : un calendrier pour de futures élections, l’engagement de soutenir le programme de la troïka et de garantir le paiement de la dette, et le soutien de ces trois partis au futur gouvernement issu des urnes, afin de lui garantir une majorité absolue per- mettant non seulement le remboursement de la dette publique et un contrôle serré des comptes publics, mais aussi la poursuite de l’austérité au-delà même du plan de la troïka. Le PS a déjà dit qu’il ne soutiendrait qu’un gouvernement issu des urnes. L’exclusion d’emblée des partis représentés au Parlement qui ne soutiennent pas la troïka – Bloc de gauche et PC – en dit long sur le mépris du président pour une démocratie qui se réduit à la sphère des partisans de la troïka. La crise politique est loin d’être terminée et le jeu de marionnettes de la troïka ne fait sans doute que commencer.

De Lisbonne, João Camargo (1) (traduit par Raymond Adams)
1- Militant d’une association de travailleurs précaires et militant anti-troïka.

Vendredi 19 juillet 2013 Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 204 (18/07/13)

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19 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Pays basque : les exiléEs politiques investissent le processus de paix

Pays basque : les exiléEs politiques investissent le processus de paix dans Europe bayonne-manifestation_scpoutou Poutou à Bayonne

Une grande manifestation de soutien a lieu ce samedi 20 juillet à Bayonne.

Le 15 juin a été une journée historique : une centaine d’exiléEs politiques basques sont apparuEs publiquement devant les 4500 partici-pantEs d’un meeting à Biarritz. Le Collectif des exiléEs a donné la liste de 14 porte-parole, certains résidant actuellement au Pays basque Nord, d’autres en exil au Cap Vert, en Uruguay ou en Belgique…

Ce Collectif regroupe plusieurs générations. La première, ayant fui la dictature franquiste au début des années 70, a bénéficié en France du statut de réfugiéE jusqu’en 1979, où il a été supprimé par Giscard d’Estaing, l’Espagne étant alors considérée comme un régime « démo- cratique »… Une « démocratie » qui a pourtant à son actif les 28 assassinats perpétrés par le GAL à partir de 1983. Rappelons que les pre- mières extraditions de réfugiéEs basques ont eu lieu sous Mitterrand en 1984. En 1986, le gouvernement Chirac a mis en place la procédure « d’urgence absolue » pour faciliter les extraditions. Depuis 2002, le mandat d’arrêt européen (MAE), véritable mesure d’exception purement judiciaire, s’est substitué à l’extradition et facilite la remise à Madrid de membres présumés de l’ETA et/ou de personnes qui, suite à l’inter- diction de partis, de mouvements, et de médias, ont fui l’état espagnol et la torture qui y sévit toujours.

La répression doit cesser Le Collectif chiffre à plus de 300 le nombre actuel d’exiléEs, disperséEs dans différents pays et continents. Certains des exiléEs ont acquis la nationalité du pays qui les accueille, d’autres vivent sous une fausse identité, ou sans papier, sans statut juridique ou administratif, n’étant pas reconnus en tant que réfugiés politiques. Certains sont gravement malades et ne peuvent pas se faire soigner ou opérer.
Le Collectif a annoncé sa participation au processus de paix initié par la Conférence d’Aiete d’octobre 2011 suivie, quelques jours après, par l’annonce de la fin de la lutte armée de l’ETA. Un processus toujours unilatéral puisqu’à ce jour l’État espagnol, suivi par l’État français, se refuse à tout dialogue.
Le Collectif a présenté une feuille de route en trois points :
- La fin des mesures et législations d’exception ; la liberté de mouvement de ses membres.
- La garantie des droits fondamentaux, la prise en charge de celles et ceux qui sont gravement malades ou en situation de marginalisation, le droit au retour pour toutes et tous.
- La nécessité que soit connu et rendu public tout ce qu’ont subi les exiléEs.
Le Collectif tend la main aux États espagnol et français « qui ne pourront l’ignorer encore longtemps » a précisé l’un d’entre eux. La première réponse des États, sans nuance, est la poursuite de la répression. L’Audiencia Nacional continue en effet à émettre des MAE. Comme par hasard, trois sont intervenus après le meeting de Biarritz, à l’encontre de Benat Atorrasagasti, Aitor Zubillaga et Jokin Aranalde, l’un des 14 porte-parole du Collectif. Ils sont actuellement en attente de la décision du Parquet de Pau. Leur avocate pose la question : « Pourquoi ces MAE aux faits très anciens sont-ils activés à l’heure actuelle ? » Elle ajoute : « ces MAE se fondent sur la violation des droits élémentaires flagrants, sur la base de déclarations faites sous la torture ». Autant de raisons d’être dans la rue samedi !

Claude Larrieu Jeudi 18 juillet 2013 Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 204 (18/07/13)

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19 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Energie : “Bruxelles souhaite faciliter la construction de centrales nucléaires” (PE)

Energie : “Bruxelles souhaite faciliter la construction de centrales nucléaires” (PE) dans Ecologie & climat pourquoi-la-question-du-nucleaire-a-t-elle-ete-occultee-en-francem50880

Selon un projet que s’est procuré la Süddeutsche Zeitung, le Commissaire européen à la Concurrence Joaquín Almunia souhaite accorder autant de subventions à la construction de nouvelles centrales nucléaires qu’aux producteurs d’énergie verte.

Le Royaume Uni, la France, la Lituanie et la République tchèque approuvent le projet. Le gouvernement allemand s’y oppose car il risque de menacer le changement de politique énergétique du pays. Depuis la catastrophe de Fukushima en mars 2011, l’Allemagne envisage d’arrêter toutes ses centrales d’ici fin 2022. Mais “comme il s’agit de règles de concurrence, Berlin ne dispose pas d’un droit de veto” et ”c’est la Commission qui aura le dernier mot”, explique le quotidien.

 

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19 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Déraillement à Brétigny-Sur-Orge : un crime social (Avanti.be)

Déraillement à Brétigny-Sur-Orge : un crime social (Avanti.be) dans Europe train_wreck_at_montparnasse_1895-250x300

« Un accident aussi grave que celui de Brétigny, un jour de départ en vacances, représente une tragédie nationale. Pour les victimes et leur famille bien sûr, pour la communauté du rail mais aussi pour l’ensemble du pays. On se souviendra ainsi longtemps de la juste émotion de Guillaume Pepy, le PDG de la SNCF, et de ses larmes en direct vendredi soir, après son passage sur les lieux de l’accident. (…) Cette catastrophe touche tous les Français, tous, un jour ou l’autre, passagers de la SNCF », écrit l’éditorialiste de Libé à l’occasion du 14 juillet… Que d’enfumages idéologiques pour instrumentaliser la douleur et la colère pour faire de l’accident de Brétigny une « catastrophe nationale » et camoufler ses causes réelles…

Malgré les enfumages : comprendre un crime social Six personnes sont mortes, 34 autres ont été blessées (dont 9 gravement) ce vendredi 12 juillet lors du déraillement d’un TER en direction de Limoges. Dans un premier temps, des rumeurs dégoûtantes ont circulé, relayées par les médias (notamment par Le Monde et Le Parisien). Leur origine semble être le syndicat de police Alliance par l’intermédiaire d’une de ses délégués syndicales interrogée sur le site d’Europe 1. D’après elle, des victimes auraient été dépouillées par une bande d’une trentaine de jeunes, qui auraient également caillassé les secours (pompiers, samu, croix rouge). Le ministre des Transports a dû démentir, tout comme les pompiers, le samu et la croix rouge. Une bonne illustration de l’état de désinformation organisé et de l’ambiance réactionnaire qui règne dans le pays.

Dans un second temps, la direction de la SNCF, des bureaucrates syndicaux (en l’occurrence la CFDT) et des représentants du pouvoir (Jean-Paul Huchon, le Président de la région Ile-de-France) en ont rajouté une couche en expliquant devant les caméras que le déraillement était peut-être dû à un sabotage…alors qu’un autre train est passé 30 minutes avant sur la même voie, et que la gare est bondée à cette heure, si bien que quiconque serait descendu sur les voie auarit été aperçu. La réalité est que la ligne est extrêmement vétuste et mal entretenue du fait des coupes budgétaires à la SNCF. Une pièce métallique qui relie deux rails s’est ainsi détachée du fait de l’usure, et est venue se loger dans un aiguillage.

Certains ont souligné qu’un TGV, c’est-à-dire un matériel sans wagons séparés, plus récent et plus stable, n’aurait probablement pas déraillé aussi gravement. Le train accidenté avait plus de trente ans d’âge ! Des associations de voyageurs soulignent que cet accident a eu lieu pendant les vacances à un moment où la SNCF met en service des trains très vieux (30 à 40 ans) et surtout associe des voitures Corails et des voitures Intercités, pour faire face à une affluence qu’elle n’est pas équipée pour accueillir valablement. Le porte parole de l’Association des voyageurs usagers du chemin de fer (AVUC) affirme : « On a connu les bateaux poubelles, c’est le temps des trains poubelles ». Morts et blessés sont donc toutes et tous les victimes de la logique qui règne actuellement à la SNCF.

Les investissements sont inégalitaires et l’entretien n’est pas assuré

Le réseau secondaire a été délaissé au profit du TGV, sur lequel l’Etat concentre tous les – insuffisants – moyens qu’il consacre au rail. Les trains Intercités sont les trains « modestes », sous financés par l’Etat, avec la SNCF comme opérateur. A l’inverse des TER, pris en charge par les régions et dont la flotte a été renouvelée récemment, l’Etat, lui, n’a rien renouvelé, rien investi dans ses Intercités. Mais le problème n’est pas uniquement celui du matériel roulant.

De fait, la vétusté de ces portions de voie était connue. Sur la voie numéro 2, jouxtant la voie numéro 1, celle de l’accident, la SNCF a dû pratiquer très récemment un changement d’aiguillage en raison d’un affaissement de la voie. Surtout, l’aiguille qui a cassé au passage du train faisait l’objet d’une demande d’intervention pour travaux depuis plusieurs jours par les cheminots eux-mêmes, à laquelle la direction n’a jamais donné suite ! La ligne Paris-Orléans-Limoges où a eu lieu l’accident appartenait en outre à la liste des 12 « lignes malades » répertoriées par la SNCF et présentée par…Guillaume Pepy lui-même en janvier 2011 ! C’est un aveu. Cette ligne, comme bien d’autres, a été abandonnée, n’a pas été entretenue, n’a pas reçu les investissements nécessaires.

Le ministre des Transports Frédéric Cuvillier a été forcé de reconnaître que « le constat est sévère avec une dégradation ces dernières années faute de moyens consacrés aux lignes classiques ». Pour temporiser, le gouvernement admet que la politique du « tout-TGV » menée ces dernières années – 4 lignes à grande vitesse sont actuellement simultanément en construction dans l’Hexagone – s’est faite au détriment de l’entretien de l’existant qui a manqué de moyens. Cette manière de présenter les choses est une façon d’escamoter le problème général de la baisse des moyens de la SNCF, mais elle met au moins le doigt sur une logique d’investissement profondément inégalitaire, puisque ce sont « les pauvres », ceux qui ne prennent que les trains de banlieue et les Corail, qui en pâtissent. « 10 % à 20 % des lignes nationales ont dépassé leur durée de vie économiquement raisonnable », relevait un audit sur l’état du réseau ferroviaire français, rédigé par l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), dévoilé en octobre 2012.

Aux origines du crime social : le démantèlement de la SNCF pour le profit capitaliste

La catastrophe est bien sociale puisqu’elle résulte de choix économiques et politiques. Mais il faut aller plus loin. La séparation entre le réseau (Réseau Ferré de France) et l’opérateur (la SNCF) a été une décision politique, prise en 1997 par le gouvernement Juppé mais poursuivie par Jospin et son ministre PCF des Transports de l’époque, Jean-Claude Gayssot. Il en a découlé une situation absurde, dans laquelle RFF gère un réseau où les travaux sont réalisés par… la SNCF (les salariés de SNCF infra). Les règles de concurrence au niveau européen interdisent à la SNCF de financer, pour peu que sa direction ne le souhaiterait, ses activités déficitaires dans les trains inter-régionaux avec ses bénéfices engrangés dans son activité TGV. Ce montage, qui organise consciemment l’affaiblissement de la SNCF et la fragilisation de certaines de ses activités, a pour but de préparer la privatisation et la mise en concurrence complète du rail, pour en faire un espace de valorisation sans contraintes du capital – au détriment de la qualité, de la densité du réseau et de l’accessibilité pour les usagers. C’est déjà le cas pour le fret et les liaisons internationales, mais reste le gros morceau du transport national de passagers, dont l’ouverture à la concurrence est prévue pour 2019. Voilà donc ce qu’a dans le viseur le patronat français et européen.

En mars 2013, Cuvilier, l’actuel ministre PS des Transports déclarait que « l’exemple du fret nous montre qu’un opérateur non préparé à la concurrence se retrouve fragilisé. Nous voulons au contraire renforcer la SNCF pour la préparer à affronter la concurrence ». Guillaume Pépy se trouve sur la même ligne lorsqu’il déclare le même mois qu’il faut « baisser nos coûts pour baisser nos prix ». Le gouvernement et la direction veulent abroger la réglementation du travail en vigueur à la SNCF. Ils veulent «  baisser le coût du travail  », en faisant travailler les cheminots plus longtemps (plus grande amplitude horaire) et plus souvent (moins de jours de repos). Le patronat affirme donc vouloir l’aligner au plus près de ce qui se pratique déjà dans les filiales privées du groupe SNCF et chez les autres opérateurs privés, pour sauvegarder la «  compétitivité  » et ne pas perdre des «  parts de marché  ».

Ces « réformes » se sont accompagné de suppression de postes sur les réseaux. Le ferroviaire est désormais soumis à une directive européenne de libre-concurrence : la SNCF se prépare à affronter sur les lignes la concurrence d’autres opérateurs. Elle s’est donc de longue date lancée dans des économies, avec dans le viseur le statut des cheminots. Pour accélérer sa casse, la société a organisé tout un dispositif de sous-traitance et de filialisation qui lui permet de se mettre en concurrence…avec elle-même ! Et orchestrer ainsi la pression sur les travailleurs qui doivent accepter des reculs importants pour conserver leur emploi. C’est donc d’un seul et même mouvement que les conditions de travail des cheminots et employé-e-s n’ayant plus le statut se dégradent, et que la sécurité des usager-ère-s est sacrifiée. Et, souvent, des accidents concentrent les deux problèmes : le 1er décembre 2011 à Bar-le-Duc ou le 9 mars 2012 dans l’Eure-et-Loire, ce sont respectivement 3 salarié-e-s d’Alstom puis un cheminot qui ont été fauchés et tués par des trains alors qu’ils travaillaient. L’actuelle réforme du rail ne fait que poursuivre et accentuer le même mouvement.

Ce genre de privatisation a eu des précédents, notamment en Angleterre. Celle-ci s’est si mal passé que la multiplication des incidents graves a forcé à une « renationalisation » du réseau en 2002. Une illustration de l’impact de ces privatisations sur la sûreté des passager-ère-s, des usager-ère-s, des travailleur-se-s du rail, a été habilement donnée par Ken Loach dans son film The Navigators, en 2001. Les politiques d’austérité et les privatisations de Thatcher en Angleterre ont eu des conséquences désastreuses, dans le rail comme ailleurs. Ici, en France, Hollande poursuit l’œuvre de ses prédécesseurs, de gauche comme de droite. Les cheminots, le 13 juin, ont fait massivement grève, un coup de semonce pour montrer qu’ils sont bien déterminés à résister aux attaques que le gouvernement garde sous le coude. Avec le meurtre social prémédité de Brétigny, c’est une raison de plus pour que le mouvement qui pourrait partir cet automne à la SNCF soit le plus massif et le plus coordonné possible, avec les autres travailleurs du public qui auront face à eux la contre-réforme des retraites mais également, plus largement, aux côtés de tous les usagers et les travailleurs du privé. Pierre Hodel et Lili Auglu

http://www.avanti4.be/actualite/article/le-deraillement-de-train-a-bretigny-sur-orge

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13 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Irlande, oui à l’avortement, mais à minima (CI)

Irlande, oui à l'avortement, mais à minima (CI) dans Europe savita-hero

Le Parlement irlandais vient d’adopter un projet de loi autorisant l’avortement, au cas où la vie de la mère serait en danger.
Un texte très controversé dans ce pays à forte tradition catholique. Le gouvernement du Premier ministre Enda Kenny (issu du Fine Gael, parti de centre-droit, au pouvoir depuis mars 2011) a fait voter jeudi 11 juillet à minuit une loi autorisant l’avortement uniquement si la vie de la mère est mise en danger par sa grossesse, et notamment si elle menace de se suicider. La loi a été votée à 127 voix contre 31, après des dis- cussions enflammées sur 165 amendements. Dans ce pays très catholique, rappelle Lise Hand, du Irish Independent, le débat sur l’avortement « est un combat parlementaire à couteaux tirés, qui a commencé en 1992″, date d’un arrêt de la Cour Suprême que reprend l’actuel projet de loi.Parmi les cinq députés du Fine Gael ayant voté contre le projet, la ministre aux Affaires européennes, Lucinda Creighton, a fait un discours remarqué, s’insurgeant contre le fait que le projet allait « ouvrir la boîte de Pandore des abus potentiels », en faisant de la menace de suicide un outil de revendication. Un discours qui l’a forcée à démissionner après le vote, et qui lui coûte une carrière « pourtant prometteuse », selon Irish Independent.  A l’opposé de l’ex-ministre, Dearbhail McDonald, du Irish Independent, s’indigne de ce que des questions cruciales aient été évacuées du débat, comme celle de légaliser « l’avortement en cas de viol ou d’inceste », sur laquelle il y a pourtant « un large consensus sociétal » en Irlande. Pour elle, du fait de l’intimidation menée par « la hiérarchie catholique », le véritable enjeu – la vie de femmes et d’enfants – a été éclipsé « au profit du drame joué au sein de Fine Gael ».

Ruadhàn Mac Cormaic, du Irish Times, souligne quant à lui que la nouvelle loi n’inclut pas d’amendement pour autoriser l’avortement « au cas où le foetus présenterait des anomalies fatales ». Le gouvernement a refusé cette situation en affirmant qu’il avait « les mains liées » sur la ques- tion, car il devait « agir dans les limites du jugement rendu par la Cour Suprême en 1992, qui ne dit rien » à ce sujet. Faire passer cet amen- dement aurait nécessité un référendum, « un pas politique » que le gouvernement n’était pas prêt à faire, regrette le journaliste. Même avec cette loi, l’Irlande garde donc « l’un des systèmes les plus restrictifs du monde occidental sur l’avortement », déplore Dearbhail McDonald. Le gou- vernement a ignoré « le vote silencieux » des quelques quatre mille femmes par an qui « se rendent au Royaume-Uni » pour avorter, laissant aux autres pays le soin de régler leur problème. Courrier international  Chloé Paye 12 juillet 2013

 

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13 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Hier, 12 juillet, les Orangistes paradaient à Belfast

Hier, 12 juillet, les Orangistes paradaient à Belfast dans Europe belfast-f1

Chaque 12 juillet, les « Loges Orangistes », descendants des « planters » venus  coloniser l’Irlande, commémorent la défaite des irlandais à la bataille de la Boyne. Intimidation des quartiers nationalistes, forcés de les laisser passer, sous haute protection de la police et de l’armée.

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