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13 juin 2013 ~ 0 Commentaire

Face à la politique de division du patronat : égalité des droits pour les travailleurs « détachés » ! (LO)

Face à la politique de division du patronat : égalité des droits pour les travailleurs « détachés » ! (LO) dans Europe francais-immigre_meme-patron-meme-combat-211x300

Sur les chantiers ou dans l’agriculture notamment, quelque 150 000 travailleurs, en provenance de Pologne, de Roumanie, du Portugal, etc., sont « détachés » pour une mission en France, souvent avec un salaire de misère. Et ils seraient en réalité le double, en comptant ceux des entreprises qui ne les déclarent pas.

Les rapports parlementaires se succèdent, soulignant que le travailleur « détaché » hors du pays de l’entreprise qui l’a embauché est un véritable « esclave moderne », soumis bien souvent à des dérives mafieuses. Ignorant le plus souvent ses droits, il « peut dormir dans des hangars ou sur une simple paillasse, être nourri de boîtes de conserve pendant des semaines ». De telles situations sont « loin d’être marginales ». En conséquence, la directive européenne qui prévoit, en principe, l’application du droit du travail du pays d’accueil, n’a que fort peu d’effet. Et la refonte en cours de cette directive ne sera sans doute pas plus efficace. De son côté, le syndicat patronal du bâtiment vient de proposer des mesures de contrôle et de répression contre les entreprises qui « viennent déstabiliser le marché, au mépris de toutes les réglementations qui s’imposent aux autres ». C’est faire silence sur le fait que ces mêmes lois du marché bénéficient également aux patrons… français ! Car, même s’il faut remonter toute une chaîne d’intérim et de sous-traitants – huit ou neuf sur cer- tains chantiers – on a trouvé ces dernières années comme bénéficiaires les Chantiers de l’Atlantique, Bouygues, Eiffage, EDF, Alstom, et aussi des patrons de moindre importance. Un rapport parlementaire relève par exemple que « dans l’Eure, les agents de contrôle signalent le recours de plus en plus fréquent à des sociétés de travail temporaire, domiciliées à la même adresse que des entreprises étrangères du secteur du BTP ou de la maintenance, et proposant à certaines entreprises du département des mises à disposition de salariés à un coût très inférieur ». Ainsi, le patronat français a deux visages : la grimace pour dénoncer le « dumping social » dont il serait la victime, et une face plus discrète qui montre que certains de ses membres en sont les bénéficiaires. En face, il ne doit y avoir en revanche qu’un visage et qu’un langage : celui d’une seule et même classe ouvrière, sans frontière, qui refuse que les travailleurs soient mis en concurrence et qui lutte pour l’égalité des droits.

Jean SANDAY http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2341&id=16

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12 juin 2013 ~ 0 Commentaire

Turquie : chronique d’une révolte inattendue

Turquie : chronique d'une révolte inattendue dans Europe ist-anb

A l’heure où nous bouclons ce dossier, les forces de répression attaquent de nouveau les occupants pacifiques de la place Taksim qui depuis 12 jours donnent le la au formidable mouvement de contestation qui secoue le pays.

Un nouvel appel à manifester dans la soirée a été lancé. Erdogan choisit une nouvelle fois la répression et tente de masquer celle-ci en se disant prêt à rencontrer les opposants à son régime dictatorial. Bien que sûr de son assise sociale et politique, le gouvernement est confronté à une critique sociale et politique radicale aux ressorts encore difficiles à évaluer. Les réactions immédiates des gouvernements des États-Unis, de France et d’Allemagne, prônant dès le début des manifestations la modération dans la réponse, et la répression du gouvernement, illustrent l’importance des questions géostratégiques mises en jeu par une crise politique turque.


Enjeux économiques d’abord. Avec plus de 74 millions d’habitants, la Turquie est le troisième pays le plus peuplé d’Europe après la Russie et l’Alle-magne. Avec un produit intérieur brut qui la place au deuxième rang des grands pays émergents derrière la Russie et une situation géographique déci- sive à l’entrée de l’Europe et au cœur du Moyen-Orient, la Turquie est une pièce maîtresse sur l’échiquier géopolitique de ce début de XXIe siècle. La ba- taille pour la construction de gazoducs permettant l’approvisionnement de l’Europe de l’Ouest avec le gaz russe en est l’illustration la plus visible.  Enjeux politiques et militaires. La Turquie alliée historique et tête de pont militaire des États-Unis est une pièce essentielle de la politique étatsunienne, tant dans la question palestinienne que dans les derniers développements en Syrie. « Homme malade » de l’Europe du début du XXe siècle, la Turquie et son « modèle » de développement, devenu une référence comme alliance du modernisme économique et du conservatisme moral et social, sont entrés en crise.

Les failles de l’économie turque
La formidable mobilisation démarrée contre la suppression du parc Gezi cristallise une crise inscrite dans l’évolution économique et politique de la Turquie depuis une trentaine d’années. On est loin de la Turquie de la fin du XIXe siècle, pays sous-peuplé de moins de 10 millions d’habitants, une économie en faillite, placée sous tutelle des grands pays européens, démembrée et occupée à l’occasion de la Première Guerre mondiale. C’est contre cette domination que se développe la guerre d’indépendance (1919-1922) menée par Mustapha Kemal Pasha, Attatürk, père fondateur de la république et acteur décisif du développement économique de la Turquie. Le nouveau pouvoir prend ses distances tant avec ses voisins arabes qu’avec l’Islam qui lui paraît un frein aux réformes. Il abolit le califat, instaure un régime laïque et impose l’alphabet latin contre l’alphabet arabe.

Faillite, crises et coups d’État
Jusqu’aux années 1950, la République assure un développement économique basé sur une industrialisation de substitution aux importations, avec l’instauration de hautes barrières douanières. Ces efforts s’appuient sur une agriculture qui occupe 75 % de la population jusqu’aux années 50 et fournit près de la moitié du PIB.  En dépit de réelles avancées économiques et sociales, le Parti républicain du peuple, Cumhuriyet Halk Partisi (CHP) est battu aux premières élections pluralistes de 1950 par le Parti démocrate. Ce dernier, qui a gagné la confiance de la population rurale, s’engage dans une politique de privatisation des entreprises publiques et de soutien à l’agriculture. Cette politique tourne à la faillite, avec une inflation galopante, le tarissement des devi- ses et de multiples pénuries. Les difficultés économiques et la montée de mobilisations fournissent les conditions de coups d’État militaires répétés de 1960 à 1980 avec des violences et une répression systématiques contre les syndicats, les organisations de gauche et d’extrême gauche. Visites du pape, soutien des USA, construction de pont sur le Bosphore, premières démarches en direction de l’Union européenne, intervention militaire victorieuse à Chypre ne suffisent pas compenser les difficultés économiques. Les premiers effets de la crise économique mondiale entrent en résonance avec les erreurs éco- nomiques et l’instabilité politique du pays. En 2001, le PIB chute de près de 10 %, l’inflation atteint les 50 % et la dette 75 % du PIB.

Derrière la prospérité…
C’est dans ce contexte que le Parti pour la justice et le développement ou AKP (Adalet ve Kalkınma Partisi), fondé en 2001, arrive au pouvoir en 2002 avec seulement 34 % des voix mais la majorité au Parlement. S’adressant économiquement et idéologiquement aux populations victimes de l’exode rural, il élar- git son audience (47 % en 2007, 50 % en 2011) grâce à ses succès économiques : industrialisation tournée vers l’exportation (plus de 75 % des exportations totales), appuyée sur une forte dévaluation et une politique budgétaire très stricte, assainissement des finances publiques, restructuration du secteur bancaire et garantie d’indépendance de la banque centrale.

Mais la réalité de cette relative prospérité économique ne saurait faire oublier trois éléments essentiels dans le développement de la crise actuelle.

Économiquement, les progrès récents reposent plus sur l’immobilier et les services et moins sur l’industrie en raison d’une compétitivité encore insuf- fisante. Socialement, le secteur informel emploie 40 % des actifs (25 % hors agriculture) pendant que les femmes représentent seulement 29 % de la popu- lation active. Les inégalités de développement perdurent entre l’Est et l’Ouest du pays : trois fois plus de richesse par habitant dans la région de Marmara (45 % du PIB et 31 % de la population) que dans le sud-est de l’Anatolie. Enfin politiquement, idéologiquement, l’autoritarisme du régime d’Erdogan, sa volonté de s’appuyer sur l’islam pour justifier les orientations réactionnaires, heurtent de plus en plus violemment des couches sociales imprégnées de laïcité, de liberté, en osmose avec les Indignés des États-Unis ou d’Espagne.
Robert Pelletier

Mercredi 12 juin 2013 Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 199 (13/06/13)  http://npa2009.org/node/37640

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12 juin 2013 ~ 0 Commentaire

« On s’indigne, on s’insurge et puis on voit »

« On s'indigne, on s'insurge et puis on voit » dans Europe gamin1

« Stupéfaction ». Voilà plus de deux semaines que la place de Taksim est occupée par le peuple et que des dizaines de milliers de personnes défilent tous les jours malgré les brutales interventions policières dans les quatre coins du pays.
Au-delà de l’indignation et de ­l’espoir, la stupéfaction demeure le principal sentiment, un sentiment partagé par les protagonistes du mouvement et tout particulièrement par l’extrême gauche. En effet, malgré l’offensive néolibérale et les politiques sécuritaires, anti-démocratiques et conservatrices du gou- vernement, la Turquie semblait être l’un des seuls pays de la région à ne pas être affecté par la radicalisation de masse que représentaient les révolutions arabes et les mouvements d’indignéEs sur la côte méditerranéenne.  Mais finalement la tentative du gouvernement de construire une ancienne caserne d’artillerie, un centre commercial et une résidence de luxe en détruisant un parc public en plein centre d’Istanbul, déclencha cette révolte inattendue, spontanée et pratiquement « magique » qui se déroule actuellement sous nos yeux.

Tension et tentatives de division Pris au dépourvu, l’étonnement n’est pas moindre pour le gouvernement. Au-delà de l’accumulation de diverses causes de mécontentement, c’est principalement l’auto­ritarisme et l’arrogance du Premier ministre Erdogan qui provoque la résistance. Lors du séjour de ce dernier en Afrique du Nord, le vice Premier ministre Bülent Arınç et le Président de la République Abdullah Gül tentèrent de se montrer plus con- ciliateurs, en s’excusant pour la brutalité policière et en organisant une rencontre avec les représentants de l’initiative « Solidarité pour Taksim ». Face aux revendications, qui comprennent l’annulation du projet, la sauvegarde du parc, la démission des responsable de la violence policière et le droit de mani- fester sur les places publiques, le Premier ministre, même s’il semble avoir fait marche arrière à propos du centre commercial et de la résidence, réaffirme sa décision de reconstruire la caserne à Taksim.
Comme stratégie d’apaisement du mouvement, le gouvernement joue la carte de la division. D’une part, il essaye d’isoler Taksim, en faisant intervenir brutalement la police (accompagnée parfois de policiers en civil armés de bâtons) lors des manifestations se déroulant dans les autres villes (et principalement à Ankara). Parallèlement, une distinction entre « ceux qui ont sincèrement des inquiétudes environnementales » et « les voyous qui ne pensent qu’à détruire et brûler » est incessamment soulignée. D’autre part, et de façon très dangereuse, Erdogan rappelle à chaque occasion que sa base est aussi prête à se mobiliser si les manifestations perdurent. Et ceci sans cacher sa satisfaction face au slogan « laisse-nous y aller, nous écraserons Taksim ! » scandé par des milliers de sympathisants.

Potentialités et difficultés du mouvement
Entourés et ainsi « protégés » par plus d’une dizaine de barricades, Taksim et le parc Gezi sont devenus de véritables lieux de rassemblements politiques et syndicaux, d’activités ludiques et festives, régis par ce que l’historien marxiste E.P. Thompson appelait « une économie morale » : inter­diction de tous rap- ports commerciaux au sein du parc, dénommé désormais « la commune de Gezi » ; gratuité de la nourriture, de la boisson et des services sanitaires ; utili-sation de l’énergie solaire dans la cuisine ; bibliothèques fonctionnant par dons ; principe de volontariat pour l’accomplissement de toute tâche et un sen- timent irréductible de solidarité, de responsabilité envers l’autre, mais aussi et surtout envers la nature.
Cependant la prudence des confédérations syndicales à se mobiliser (à part quelques grèves symboliques), l’absence de formes d’auto-organisation et d’autogestion au sein de la commune, et de débats stratégiques concernant l’avenir du mouvement, sont des problèmes à souligner. L’hétérogénéité du mouvement soulève aussi plusieurs difficultés. La sensibilité nationaliste et parfois militariste (symbolisée par l’abondance de drapeaux turcs et du slogan « nous sommes les soldats de Mustafa Kemal ») portée par la composante républicaine-kémaliste du mouvement, engendrent les réti- cences des Kurdes à y participer, malgré plusieurs appels de leurs organisations à la mobilisation. De plus, cela donne l’occasion au gouvernement et à ses intellectuels organiques de stigmatiser le mouvement de « putschiste » et de consolider ainsi sa base.
Difficile de prévoir le dénouement de la situation pour le moment, mais cette semaine peut s’avérer décisive, étant donné que le gouvernement ne peut se permettre de laisser une telle crise se perpétuer, et que les résistants de leur côté refusent de rentrer chez eux sans que les revendications soient satisfaites. Mais, dans tous les cas, une nouvelle génération a pris le goût de la liberté, expérimenté la lutte collective et saisi la nécessité de résister. Un slogan inscrit sur la place de Taksim exprime bien l’importance de cette résistance pour la transformation des consciences : « Nous avons résisté et nous avons avorté le citoyen mort qui résidait en nous ».
D’Istanbul, Uraz Aydin

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12 juin 2013 ~ 0 Commentaire

Les faiblesses de la gauche radicale

Les faiblesses de la gauche radicale dans A gauche du PS yy021-259x300

La gauche radicale est divisée en Turquie, sans véritable pôle fort, ce qui explique le peu de visibilité de l’anticapitalisme dans les événements.
L’ODP (Parti de la Liberté et de la ­Solidarité). A la fin des années 90, une tentative de parti large et pluraliste, dans le cadre de l’ODP, a échoué, avec des conséquences néfastes pour chacune des composantes. L’ODP reste l’une des principales forces de la gauche radicale, mais n’est plus un parti large et pluraliste. Il se limite au groupe Dev Yol (Voie de la Révolution). La tradition de ce parti peut être considérée comme « centriste », entre réformisme radical et programme révolutionnaire.
Halkevleri (les maisons du peuple) est issue de la même tradition. Important réseau s’appuyant sur des centres sociaux et des organisations locales, elle peut prétendre devenir le centre de gravité de la gauche radicale. Ses militants actifs dans les mouvements sociaux tentent de gagner une influence dans les syndicats. Mais ils ne cherchent pas à politiser ces relations et ont renoncé à construire un parti large. Bien que très impliqués dans les mani- festations actuelles, ceci les amène à soutenir le principal parti social-démocrate.
Le TKP (Parti communiste de Turquie) est le mieux organisé et le plus actif de la gauche. C’est le principal parti stalinien en Turquie, entretenant des liens étroits avec les partis communistes grec et chypriote et des relations avec Parti communiste français. Il est critiqué par la gauche, notamment en raison de son « tournant » nationaliste l’ayant conduit à former un « Front patriotique ». Ils ont une organisation de jeunesse forte et une influence dans la classe moyenne, mais un fonctionnement très bureaucratique. Malgré un nombre important de militants, son influence est très limitée : 0, 14 % des voix aux dernières élections. Des membres de leur organisation de jeunesse furent présents dans les barricades, notamment sur la place Taksim avec, comme mot d’ordre principal « ne pas obéir ». Le parti décida alors de participer aux manifestations, sans utiliser le logo du parti.
Le HDK (Congrès démocratique du peuple) est la composante la plus importante de la gauche. C’est une coalition électorale formée par le mou- vement politique kurde avec de plus petits groupes de gauche, mais cela ne constitue pas un parti au sens strict du terme. En raison de l’importance de la base sociale du mouvement kurde, elle peut être considérée comme la plus grande organisation de gauche, mais ne constitue pas un cadre très organisé. Sa préoccupation principale reste la question kurde et des problèmes internes sont survenus à l’occasion du « processus de paix » entre le PKK et de gou- vernement. Les groupes de gauche qui font partie de cette coalition étant petits, le mouvement kurde en est l’élément déterminant. Le président du BDP (Parti politique kurde) avait appelé, aux premiers jours des événements, à ne pas participer aux manifestations car il ne fallait pas agir avec les natio-nalistes. Malgré ces déclarations, les jeunes du mouvement kurde furent sur les barricades dès le premier jour.

*
Il y a enfin plusieurs petits groupes trotskystes correspondant aux divers courants internationaux et regroupant chacun moins d’une centaine de militants.
D’Istanbul, Eyup Ozer

Note: Yeni Yol est la section de la 4é Internationale

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12 juin 2013 ~ 0 Commentaire

Les Kurdes et le soulèvement de Taksim

Les Kurdes et le soulèvement de Taksim dans Europe kurdes-manif-paris-du-12-janvier-2013-web-91-300x199

« En tant que Kurdes, nous combattons depuis des années pour la libération du Kurdistan et la démocratisation de la Turquie.

Notre combat dans ce sens continuera. En tant que Kurdes, nous continuerons à participer à la résistance de Gezi Park, avec notre propre identité et sous nos couleurs. » C’est en ces termes que le KCK (Union des communautés kurdes, fondé par le PKK) soutient la lutte de Taksim. Depuis sa prison d’Imrali, Abdullah Öcalan a salué la résistance, tout en mettant en garde contre d’éventuelles dérives ou manipulations. Cette réserve est liée à la position délicate dans laquelle se trouve le PKK actuellement. Recip Erdogan a entamé il y a plusieurs mois des négociations directes avec le leader du PKK emprisonné depuis 1999, une première depuis 15 ans. L’accord conclu prévoit un cessez-le-feu et un retrait des combattants de Turquie, en échange de négociations sur une plus grande autonomie de la région kurde. Ce retrait est effectif et se déroule en ce moment même.

Négociations et prudences
Les raisons qui ont poussé Erdogan à s’engager dans ce processus sont sans doute multiples mais les deux plus évidentes sont la situation en Syrie, où la province syrienne kurde, frontalière de la Turquie et du Kurdistan d’Irak, a de fait conquis une autonomie qu’elle n’abandonnera pas quelle que soit l’issue du conflit, et le rapprochement avec le gouvernement du Kurdistan d’Irak, Ankara cherchant à conclure des accords sur le pétrole dans la région. Il est donc difficile pour le PKK d’attaquer de front Erdogan et l’AKP, qui par ailleurs ont mené une épuration sans précédent de l’armée, en envoyant devant les tribunaux ou à la retraite un grand nombre d’officiers supérieurs et de généraux corrompus. La présence massive du CHP et d’autres partis nationalistes turcs dans les rassemblements de solidarité avec la révolte, comme celui de Paris, rend les militants kurdes prudents.
Mireille Court

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11 juin 2013 ~ 0 Commentaire

Solidarité entre Français et Polonais contre le gaz de schiste (Reporterre)

Solidarité entre Français et Polonais contre le gaz de schiste (Reporterre) dans Ecologie & climat gasland_bart-231x300

Les collectifs français contre l’exploitation des gaz et pétrole de schiste et gaz de houille se déclarent solidaires des paysans polonais en lutte contre la société Chevron.

NON AUX PRATIQUES BRUTALES DE LA COMPAGNIE CHEVRON EN POLOGNE

Depuis le 3 juin, les paysans et habitants du village polonais de Zurawlow sont à nouveau confrontés à la multinationale américaine Chevron, qui, suite à une forte mobilisation de leur part, avait renoncé provisoirement, en mars 2012, à installer un puits de forage sur leur commune. Le réalisateur, Lech Kowalski avait d’ailleurs témoigné de cette lutte dans La Malédiction du gaz de schiste, diffusé récemment sur la chaîne de télévision Arte.

Sous la protection d’agents de sécurité, et dans une très forte tension, Chevron a pris possession d’une parcelle située sur la concession de Grabowiec en vue d’y installer une clôture et de pratiquer à terme un forage sur place.

Selon les habitants, cette concession serait valable jusqu’au 6 décembre 2013 pour des tests sismiques seulement. L’autorisation pour des tests de forage a été annulée en Juin 2012. Chevron n’a donc aucune légitimité à effectuer ces travaux. (1)

Les habitants refusent ce forage visant des gaz de schiste qui pourrait conduire à la contamination de leur eau et de leurs terres ; lors des tests sismiques effectués précédemment sur place, des explosifs avaient été utilisés et avaient déjà provoqué une pollution de l’eau, devenue impropre à la consommation.

Un groupe de plus de 150 personnes occupe le terrain de Chevron 24 heures sur 24 pour empêcher ce projet et réclame le départ de la compagnie.Une des habitantes a été blessée par un véhicule de sécurité conduit par un chauffeur de Chevron, et a dû être hospitalisée. (1)

Chevron refuse la négociation et les autorités n’ont entrepris aucune action qui permettrait de résoudre ce conflit toujours en cours.

Les collectifs français et les associations contre les gaz et huiles de schiste et de houille dénoncent les pratiques de la compagnie Chevron Polska et son mépris des populations dans un pays de droit européen. Ils exigent que cette compagnie américaine se plie aux lois en vigueur sur le territoire polonais.

Ils expriment toute leur solidarité aux habitants et en particulier aux paysans de Zurawlow qui s’opposent légitimement à toute exploration et exploitation des gaz de schiste sur leur territoire.

Leur résistance est la nôtre, leur lutte transcende les frontières.
Nous soutenons avec force toutes ces luttes contre ces compagnies pétrolières et gazières qui détruisent, chaque jour un peu plus, les communautés et les territoires, que ce soit en Pologne et aux États-Unis, en Argentine et ailleurs.

NI ICI, NI AILLEURS – NI AUJOURD’HUI, NI DEMAIN ! mardi 11 juin 2013

http://www.reporterre.net/spip.php?article4380

 

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11 juin 2013 ~ 0 Commentaire

« La solidarité européenne n’a jamais existé dans le cadre de l’UE. Il faut une solidarité entre les peuples européens » (Éric Toussaint )

« La solidarité européenne n’a jamais existé dans le cadre de l’UE. Il faut une solidarité entre les peuples européens » (Éric Toussaint ) dans Austérité china-poor-kids-rich-kids-comic-strip-300x193

La crise de la zone Euro démontre qu’il y a bien une Europe à deux vitesses, non pas celle de l’UE 17 (zone euro) et l’UE 27 (États membres), mais celle des pays riches et solides d’une part et celle des pays pauvres et fragiles d’autre part. Qu’est-ce qui a creusé ce fossé ?

L’Union européenne et la zone Euro ont été créées en appliquant des principes qui favorisent uniquement le capital : liberté totale de mouvements de capitaux, liberté de circulation des marchandises et des services, promotion à tout prix de la concurrence, mise en cause de la démarche du principe des services publics… On donne toute liberté au capital dans le but de faire un maximum de profit, considérant à tort que si on favorise une initiative privée, tout va très bien fonctionner. En mettant en place ce principe et en réduisant au maximum l’intervention des États en termes de réglementations, de budgets, on se retrouve avec une Europe où le budget représente moins de 1 % de son PIB alors que généralement, le budget des États les plus industrialisés tourne autour des 40 à 50 % du PIB ! On se retrouve avec un budget famélique dont près de la moitié va à la Politique agricole commune. La conséquence, c’est que l’Europe ne s’est pas dotée d’un moyen lui permettant de réduire les disparités entre les économies les plus fortes et les plus faibles de l’Union. Quand on met dans une même structure en compétition des économies tout à fait différentes, on renforce les disparités.

Y a-t-il d’autres points de fracture ?

Non seulement, on a une opposition d’une part, entre des pays comme la Grèce, le Portugal, l’Irlande et les pays de l’Est et de l’autre, avec les plus forts de l’UE. Mais aussi à l’intérieur même de chacun de ces pays ! On y a augmenté par le biais des réformes du marché du travail, les disparités salariales. Les   politiques menées à l’intérieur des États de l’UE ont contribué aux inégalités. Un exemple emblématique, l’Allemagne. On a mis en place des contre-ré- formes visant à augmenter très fortement les différences de statut entre les travailleurs, ce qui fait qu’aujourd’hui, il y a 7 millions de salariés à plein temps qui gagnent 400 euros par mois !

On sait que la fiscalité est un des nœuds du problème européen et de l’endettement des États. Comment expliquer le fait que la plupart des pays européens continuent à jouer la concurrence interne ?

On a refusé une harmonisation fiscale en Europe. On se retrouve avec des systèmes fiscaux totalement différents. A Chypre, l’impôt sur les sociétés est de 10%. Ce qui devrait changer avec la crise que l’on connait aujourd’hui. En Irlande, l’ISOC est de 12,5% et en Belgique, il est de 33,99 %. Cette disparité per- met aux entreprises de déclarer leurs revenus là où ça leur coûte moins cher. La politique européenne actuelle protège la fraude fiscale. Les paradis fiscaux existent au sein de l’Union européenne et de la zone Euro. Notamment, La City à Londres pour l’UE, le Grand duché du Luxembourg dans la zone Euro. La Belgique aussi avec notamment les intérêts notionnels. Au niveau national, il est tout à fait possible d’adopter des mesures de justice fiscale. L’idée reçue selon laquelle « on est dans la zone Euro donc on ne peut pas prendre de mesures importante sur le plan fiscal » est fausse. On fait croire aux gens qu’il n’y a pas d’autre issue. Ceux qui invoquent ce discours cherchent à protéger les fraudeurs. On voit bien qu’avec l’ « affaire » de Chypre, on voit poindre des solutions qui auparavant étaient considérées comme impossibles : on va taxer les personnes qui ont plus de 100 000 euros dans les banques, instaurer un contrôle sur les mouvements de capitaux. Je rejette les mesures imposées à Chypre car l’objectif poursuivi est d’imposer une politique globale antisociale mais certaines dispositions prises montrent qu’il est possible de contrôler les mouvements de capitaux et de taxer fortement au-dessus d’un certain niveau de patrimoine. Malgré les règles imposées par l’UE, il est tout à fait possible que des pays s’opposent à la politique de la Commission et forcent par leur attitude, une renégociation au niveau européen. Il faut reconstruire l’Europe démocratiquement. Entre temps, il faut que des gouvernements de gauche rompent la discipline. Si François Hollande avait respecté ce pourquoi les Français l’ont élu, il aurait demandé à renégocier le pacte fiscal européen avec Angela Merkel et dans le cas où elle aurait refusé, il se serait prononcé contre au moment du vote. Cela aurait pu empêcher l’adoption de ce traité.

La crise de l’Euro traduit de manière évidente une absence de gouvernance politique solide (absence de politique économique, budgétaire, fiscale et sociale cohérente). Le non-soutien européen par rapport à la dette grecque est révélateur de la fragilité d’une union si elle n’est pas fondée sur la solidarité. Cette crise de l’Euro sonne-t-elle définitivement le glas de la solidarité européenne ? Le rêve de fédéralisme européen est-il définitivement enterré ?

La solidarité européenne n’a jamais existé dans le cadre de l’UE telle qu’elle existe. Ou on pourrait dire que si solidarité il y a, c’est avec les grandes entreprises européennes. Les gouvernements européens ont systématiquement pris des mesures pour venir en aide aux banques européennes et aux grandes entreprises européennes. Mais quand il s’agit de venir en aide aux peuples et aux économies les plus faibles, il n’y a pas de solidarité. On pourrait plutôt dire qu’il y a un certain type de solidarité : une solidarité de classe, une solidarité entre les capitalistes. Le fédéralisme est possible mais il doit résulter d’une constituante des peuples. Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit défendent un fédéralisme par en haut… Il nous faut un fédéralisme prôné par la base, par le peuple. Le fédéralisme est possible et nécessaire, mais cela implique une issue à partir d’en bas à la crise européenne. Cela ne veut pas dire un repli sur soi mais une solidarité entre les peuples européens et une Constitution européenne décidée par les peuples eux-mêmes.

Que faudrait-il faire pour rendre les institutions européennes plus démocratiques ?

Il faut déconstruire les institutions non démocratiques et en construire de nouvelles et ce à partir d’une constituante des peuples ! Le pouvoir législatif (le parlement européen) est extrêmement faible, trop soumis à l’exécutif.

À défaut de recette miracle, avez-vous une idée concrète pour réconcilier le citoyen avec l’Europe ?

Dans le cadre des frontières nationales, il faut prendre des initiatives pour que les mouvements sociaux et les organisations de gauche cohérentes dé- finissent un projet commun. En Belgique, la FGTB de Charleroi et des mouvements de gauche radicale s’associent autour de la création d’un nouveau projet politique, le 27 avril |1| . Au niveau européen, via le mouvement Altersummit, on essaye de promouvoir une convergence entre un maximum de mou- vements citoyens, de mouvements sociaux et de syndicats européens. |2| Ce n’est pas facile, jusqu’ici c’est trop lent mais il faut néanmoins construire un coalition des mouvements sociaux européens. Il faut aussi contribuer à relancer si c’est possible le mouvement des indignés, soutenir Blockupy à Francfort contre la BCE |3|.

L’Europe a sa raison d’être parce que…

Parce qu’il faut une solidarité entre les peuples européens et qu’elle est tout à fait possible.

L’Europe a sa raison d’être à condition que…

Que le processus se fasse par « en bas ». Il faut une constituante des peuples européens et donc une refondation de l’Europe.  Il faut tourner  le dos à la politique qui a été menée auparavant. Il y a plusieurs scénarios possibles pour sortir de la crise. Celui qui est appliqué aujourd’hui (austérité) approfondit et aggrave la crise. On est parti pour au moins 10 à 15 ans de crise, de croissance très réduite. Sauf si des mobilisations sociales aboutissent à des réformes structurelles radicales telles que : la socialisation des banques, le renforcement des services publics, la reconstruction d’une l’Europe basée sur une constituante des peuples ; une Europe solidaire des autres parties du monde. Il faut également obtenir l’annulation/répudiation de la dette publique illégitime et dans cette perspective développer les initiatives d’audit citoyen de la dette comme c’est le cas en Belgique aujourd’hui. |4| Cette solution impliquerait que les mouvements sociaux et la gauche radicale soient capables d’offrir une vraie alternative, un programme cohérent et ne se limitent pas à un programme néo keynésien. Je trouverais dommage que cette crise du capitalisme n’aboutisse au final qu’à un peu plus de discipline… Le capitalisme vert régulé ne permettra pas de régler le problème fondamental du changement climatique. Il faut sortir du système capitaliste. Propos recueillis par Monique Van Dieren et Claudia Benedetto et publiés dans la revue Contrastes de mars-avril 2013.

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11 juin 2013 ~ 0 Commentaire

Turquie. Nouveau bilan de 4 morts dans les manifestations (OF)

Turquie. Nouveau bilan de 4 morts dans les manifestations (OF) dans Europe tutu-taksim-300x293

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé ce mardi, 4 nouveaux morts dans les manifestations qui secouent la Turquie depuis 12 jours tandis que des policiers ont pénétré sur la place Taksim, à Istanbul, ce matin, pour en chasser les manifestants.

«Trois jeunes et un policier ont perdu la vie dans les événements», a déclaré M. Erdogan devant les députés de son Parti de la justice et du développement (AKP). La police a repris le contrôle de la place Taksim. Des dizaines de policiers anti-émeutes ont repris le contrôle ce mardi de la place Taksim à Istanbul, siège du mouvement de protestation antigouvernementale. Les policiers, secondés par des blindés munis de canons à eau, ont pris d’assaut les barricades érigées par les manifestants sur certaines avenues menant à la place, mais ne faisaient pas mouvement vers le parc Gezi, jouxtant la place, où des centaines de protestataires ont installé leurs tentes. Le gouverneur d’Istanbul, Hüseyin Avni Mutlu, a assuré que l’objectif de l’opération n’était pas de chasser les manifestants du parc.

Retirer les panneaux

« Notre intention est d’ôter les pancartes et les dessins sur la place. Nous n’avons pas d’autre objectif », a déclaré M. Mutlu sur Twitter. « On ne touchera en aucun cas au parc Gezi et à Taksim, on ne vous touchera absolument pas. À partir de ce matin, vous êtes confiés à vos frères policiers », a également affirmé le gouverneur, appelant les manifestants à « rester à l’écart des possibles méfaits » de provocateurs. De nombreux jeunes se sont cependant répandus dans les rues proches de la place Taksim et ripostaient à la police avec des lance-pierres et des cocktails Molotov, tandis que les canons à eau sont entrés en action. Faits divers mardi 11 juin 2013

http://www.ouest-france.fr/ofdernmin_-Turquie.-4-nouveaux-morts-dans-les-manifestations_6346-2201324-fils-tous_filDMA.Htm

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10 juin 2013 ~ 0 Commentaire

A Athènes, les mouvements sociaux européens cherchent une riposte commune à l’austérité (Bastamag)

A Athènes, les mouvements sociaux européens cherchent une riposte commune à l’austérité (Bastamag) dans Austérité 09.10.manif_.psa_.salon_.auto1_.reuters.930.620_scalewidth_630-300x199

Venus de toute l’Europe, un millier de syndicalistes et d’altermondialistes ont débattu, à Athènes, d’une stratégie commune pour s’opposer aux politiques d’austérité.

Les défis sont considérables : comment offrir des perspectives concrètes aux populations confrontées à une réduction sans précédent de leurs niveaux de vie en Grèce, en Espagne ou au Portugal, tout en pesant sur les politiques européennes et en enrayant la progression de l’extrême droite partout sur le continent. Alors qu’en Grèce, le mouvement social est dans un état d’épuisement avancé après quatre ans de vaine lutte. Les mines sont circonspectes. Un bon millier de participants à ce premier « Alter sommet » déambulent dans les immenses allées de l’Olympic Stadium d’Athènes, ces 7 et 8 juin. Toute l’Europe est représentée : des syndicalistes norvégiens aux indignés espagnols, en passant par les grandes centrales syndicales – CGT, FSU et Solidaires pour les Français, IG Metal et Ver.di pour les Allemands… – ou les Attac d’Europe. Mais chacun s’interroge : où sont les Grecs ? Si les responsables de plusieurs organisations grecques sont bien là, militants et sympathisants sont très peu nombreux. « La Grèce est dans un état de délabrement psycho-logique », décrit Marie-Laure Veilhan, une Française qui vit et travaille en Grèce avec sa famille, venue donner un coup de main pour les traductions. « A l’effet de sidération provoquée par les mémorandums (les mesures d’austérité et de régressions sociales imposées au pays, en échange d’une aide finan-cière, ndlr), a suivi une grande lassitude. Nous sommes pris à la gorge par les problèmes vitaux du quo- tidien. » Elle-même a vu son salaire de traductrice abaissé de 40%, de 1400 euros à 850 euros par mois. Son compagnon est au chômage depuis un an, sans indemnités, attendant toujours les arriérés de salaires que l’hôtel de luxe pour lequel il a travaillé doit lui verser. Une histoire parmi des centaines de milliers de situations similaires.

« Une logique implacable qui ne se soucie plus de l’humain »

Le choix d’Athènes pour accueillir ce sommet, héritier des Forums sociaux européens [1], était donc plus que symbolique. Le premier pays à avoir été frappé par des mesures d’austérité, des coupes budgétaires, provoquant un abaissement sans précédent du niveau de vie, continue de s’enfoncer dans des limbes inconnues. « L’expérience grecque est très importante pour nous », explique une militante portugaise, proche du mouvement « Que se lixe la Troïka » – « Que la Troïka (FMI, Commission européenne et Banque mondiale) aille se faire voir » –, l’équivalent portugais du « 15M », les indignés espa- gnols. « Ce qui est en train de s’y dérouler précède ce qui se passe en Espagne ou au Portugal : une logique implacable qui ne soucie plus de l’être humain. » « Rejeter l’austérité et revendiquer la démocratie réelle » : tels sont les deux mots d’ordre de cet Alter sommet. Avec l’objectif de dégager des pistes de propositions et d’actions communes face au pouvoir de la finance, au chômage, aux démantèlements des services publics, dont les systèmes de santé particulièrement visés, ou à la destruction de l’environnement. Et de partager des expériences collectives, de la lutte contre les expulsions de loge- ment, assez efficace en Espagne, à la reprise en coopérative d’usines mises en faillite par leur propriétaire, ou aux expériences de démocraties partici-patives menées en Allemagne. Plusieurs grandes confédérations syndicales discutent ainsi d’un calendrier commun pour peser sur la Banque centrale européenne (BCE), symbole de la politique d’austérité, et les politiques de réduction des dettes.

« La gauche européenne est en très mauvaise posture »

Un débat s’est invité parmi la quinzaine de tables-rondes : comment répondre à l’émergence, ou l’enracinement, des mouvements d’extrême droite. Des intervenants grecs, allemands, français, hongrois, tchèques se succèdent. De partout en Europe émerge la même inquiétude face à des droites extrêmes relookées ou à des partis clairement fascistes, qui surfent sur le « terreau fertile » de la crise et arrivent à se présenter comme « une alternative anti-système » avec parfois plus de succès que la gauche. En Grèce, le mouvement ouvertement néo-nazi Aube dorée est crédité de 8 à 15% dans les sondages, le double de son score (7%) des dernières élections législatives il y a un an. « La criminalité néo-nazie augmente : agressions contre les étrangers, les Roms, les homosexuels. Et une partie de la population la tolère », détaille une militante grecque. Dans ce contexte, la mort du militant antifasciste Clément Méric, à Paris, tué le 5 juin par un skinhead néonazi, résonne de manière singulière. Reste que les organisations présentes semblent encore bien démunies face à une situation pourtant jugée « critique ». Les déclarations d’intention se succèdent. « Le but du jeu, c’est que nous sortions d’ici avec des propositions », répètent inlassablement les animateurs de la table ronde. Chacun appelle de ses vœux « une grande conférence européenne » sur le sujet, la nécessité « d’une réponse rapide aux agressions » et « d’agir sur le monde du travail, les jeunes et et les chômeurs pour qu’ils ne se trompent pas de colère ». Des discours maintes fois entendus en France depuis l’émergence électorale du FN il y a 30 ans. Mais sur la manière de s’y prendre, rien, ou si peu. « Nulle part en Europe la gauche n’est en état d’affronter le danger. Nous sommes en très mauvaise posture », soupire Giorgos Mitralias, l’un des animateurs de la campagne pour un audit de la dette grecque. « Élus des partis de gauche et représentants syndicaux grecs ont beaucoup tendance à discuter mais oublient que, dehors, c’est la désintégration », critique une participante, pour qui, si l’extrême droite progresse, c’est aussi en raison de la faillite des organisations de gauche, syndicales comme politiques. Une question qui ne sera pas vraiment abordée dans les débats.

« Un sentiment d’abattement règne dans le monde syndical »

Un décalage qui se répète lors d’autres discussions, où, face à l’ampleur des problèmes énumérés, on peine à offrir de perspectives concrètes. « Il y a une tendance à répéter les mêmes formules. Cela fait trente ans que l’on appelle à une Europe sociale sans entraîner les populations. Mais quelles sont les propositions ? », reconnaît Martine Billard, co-présidente du Parti de gauche, venue à Athènes en compagnie de Pierre Laurent, secrétaire national du PCF. « Faut-il sortir de l’euro ? Ou garder la monnaie commune mais transformer les institutions ? Comment refuser de rembourser une dette illégitime ? Si échanger entre Européens et faire le point sur ce qui émerge est positif, nous avons beaucoup plus de questions que de réponses. » La maigre participation grecque et la sous-représentation des nouvelles formes d’engagement révèlent les difficultés des organisations classiques à se renouveler et à mobiliser. L’Alter sommet, une énième rencontre sans grande utilité alors que le chaos gagne ? « Dans la situation déplorable où nous sommes et le sentiment d’abattement qui règne dans le monde syndical, ce n’est pas rien », positive une militante française. « Les mouvements traditionnels sont beaucoup plus humbles vis-à-vis des nouvelles formes d’actions. Ce qui n’était pas le cas avant, loin de là ! » Mouvement du 15M en Espagne ou « Uncut » (contre les coupes budgétaires) au Royaume-Uni, émergence de nombreuses initiatives autogérées pour répondre aux besoins de base en Grèce, mobilisations locales en France, comme à Notre-Dame-des-Landes, ou pressions grandissantes en Allemagne contre la BCE avec l’action « Bloccupy Francfort », autant de formes d’action variées propres à chaque situation qu’il s’agit de coordonner et non de centraliser ou de dupliquer à tout prix. Devant le Parlement grec, les 3 000 participants de la marche de clôture de l’Alter sommet croisent le jeune et joyeux cortège de la Gay Pride, d’où montent des slogans contre les néo-nazis d’Aube dorée. Un clin d’œil au nécessaire renouvellement ?

Ivan du Roy (10 juin 2013) http://www.bastamag.net/article3113.html

Notes

[1] Dans la foulée des premiers forums sociaux mondiaux de Porto Alegre (Brésil), les forums sociaux européens ont été lancés à Florence (Italie) en 2002. Le deuxième FSE s’est tenu à Paris – Saint-Denis en 2003, puis à Londres, Athènes, Malmö (Suède) et Istanbul.

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09 juin 2013 ~ 0 Commentaire

Europe de la crise, troïka de l’austérité : résistance !

Europe de la crise, troïka de l'austérité : résistance ! dans Austérité tarp-bailout

Samedi 1er juin, plusieurs rassemblements ont eu lieu dans toute l’Europe contre l’austérité. On a en particulier manifesté en Allemagne, au Portugal et dans l’État espagnol. Il y a 15 ans jour pour jour, le 1er juin 1998, était créé la Banque centrale européenne (BCE), une institution symbole de la crise européenne et des politiques d’austérité imposées par les classes dirigeantes. En descendant dans la rue le 1er juin, les manifestantEs ont voulu dire non à la terrible loi de la troïka – Union européenne, BCE et Fonds monétaire international. C’est aussi ce qu’exprimeront dans quelques jours les participantEs à l’Alter sommet d’Athènes. Contre les élites européennes et les gouvernements qui, comme ici, orchestrent la régression sociale, la mobilisation doit continuer. L’objet de ce dossier est d’en donner quelques éclairages internationaux.

Une nouvelle phase de l’offensive anti-sociale

« Le modèle social européen est déjà mort » (Draghi, BCE). C’est bien au démantèlement méthodique de ce « modèle social », à la remise en cause d’un acquis après l’autre que nous assistons en Europe. La publication le 29 mai d’une liste de « chantiers » auxquels devrait s’attacher le gouvernement selon Bruxelles, doit attirer notre attention. Il ne s’agit en effet ni plus ni moins que de radicaliser encore l’offensive anti-sociale menée par Hollande et Ayrault.

Le « président normal » à Leipzig
Dans ce contexte, le discours que prononça François Hollande le 23 mai lors de la célébration du 150e anniversaire de la social-démocratie prenait valeur de test. Il n’y a pas si longtemps, celui-ci se présentait encore comme « socialiste » plutôt que comme « social-démocrate ». Or, Hollande s’est livré à Leipzig à un panégyrique de la politique de concassage social menée en Allemagne par Schröder et le SPD (les fameuses réformes Harz IV). L’enthousiasme était tel dans la salle que Schröder, Merkel et autres ont réservé une standing ovation à Hollande… Au point que la très mesurée gauche du PS parle d’« un bras d’honneur à de nombreux socialistes » à propos de ce discours. L’important est que Hollande indiquait ainsi son accord pour marcher dans les pas de Schröder-Merkel, pour rattraper le retard pris par les capitalistes français sur leurs homologues d’outre-Rhin sur ce terrain.
Les « chantiers prioritaires » de la Commission européenne
Le 29 Mai, Olli Rehn, le commissaire européen à l’Économie, a donc fait connaître ses exigences en matière de « réformes structurelles ».
En matière d’emploi, Bruxelles revendique une réforme rapide du système d’assurance chômage, un Harz IV à la française. « Les conditions d’admissibilité, la dégressivité des allocations dans le temps ou les taux de remplacement pour les salaires les plus élevés devraient être adaptés pour garantir l’adéquation des mesures d’incitation au travail », affirme Bruxelles, qui reprend évidemment à son compte la fable comme quoi les chômeurs seraient responsables de leur sort. Pour la fiscalité, « une stratégie d’impôts à taux faibles reposant sur une assiette large » est préconisée. En clair, poursuivre la politique de transfert de la charge fiscale des riches vers les pauvres, aboutissant à vider de son contenu le mécanisme d’impôt sur le revenu. Il est aussi préconisé de renforcer le rôle de la TVA, impôt inégalitaire par excellence. Concernant les « services », il est recommandé d’accélérer la dérégulation (horaires d’ouvertures des magasins, etc.). En ce qui concerne le ferroviaire, il faudrait accélérer la marche à la privatisation du transport de passagers, etc.
La Commission n’oublie pas la politique de baisse du coût du travail. L’essentiel est d’arriver à une « évolution » du Smic « propice à la compétitivité », de poursuivre la politique de réduction du pouvoir d’achat. On notera que officiellement, le gouvernement n’a pas annoncé de nouvelles mesures visant à baisser le « coût » du travail – la recommandation vise à radicaliser encore la politique gouvernementale. Enfin, il y a bien sûr les retraites, à propos de laquelle l’équipe d’Olli Rehn revendique plus « d’ambition », par exemple une réforme des régimes spéciaux ou une augmentation de l’âge légal de départ (non évoqué officiellement pour l’instant). Seul paramètre intouchable : les cotisations patronales…

Tragi-comédie à Paris
Face à de tels « conseils », Hollande ne pouvait que prendre une pose « d’opposant », ce qu’il fit à l’occasion de la publication du document. « La Com- mission européenne n’a pas à dicter ce que nous devons faire », déclara-t-il de son air le plus martial le 29 mai. Mais on put mesurer dès le lendemain ce que valent ces propos – Merkel était à Paris pour préparer le futur sommet européen des 27-28 juin. Or à ce sommet, les recommandations de Rehn pourraient devenir une obligation dans le cadre de la « nouvelle gouvernance économique » en gestation. Cela n’a pas empêché Hollande d’afficher son accord avec Merkel. Une déclaration commune préalable au sommet a été publiée, ce qui n’avait pas eu lieu depuis le départ de Sarkozy. Chacun sait donc à quoi s’attendre !
Pascal Morsu Vendredi 7 juin 2013 Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 198 (06/06/13)

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