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22 avril 2013 ~ 0 Commentaire

Elections italiennes : ni rire, ni pleurer, comprendre

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Les élections italiennes ont suscité des réactions allant de l’ironie à la désolation.

Du côté du rire, les commentaires du type « les deux comiques ont gagné ». Sont ainsi désignés Beppe Grillo (26, 5 % des voix) et Berlusconi (29, 2 %) par opposition aux deux candidats « sérieux » : l’ex-premier ministre Monti (qui s’est ramassé une veste avec 10, 5 %) et le candidat de la gauche sociale-libérale Bersani du Parti démocrate, issu de l’ancien PC italien (29, 5 %). Ces deux candidats sérieux que Bruxelles, et plus globalement la finance internationale, auraient bien vu gouverner ensemble pour donner une assise électorale incontestable à la politique d’austérité et de casse des acquis sociaux poursuivie depuis novembre 2011 par « Super-Mario », ancien de la Commission européenne et de Goldman Sachs. Côté désolation, ce sont les tirades sur les « deux populismes », la victoire de ceux qui donnent des illusions aux peuples, toujours par rapport aux « gens sérieux ».

Un résultat qui vient de loin

Au-delà de ces caricatures, il faut rappeler quelques vérités. Beppe Grillo a pu capitaliser l’écœurement d’une grande partie des Italiens face à une classe politique qui a, dans son ensemble, soutenu à un moment ou un autre le démantèlement des droits sociaux et l’austérité, pendant qu’une partie de ses membres s’en mettait plein les poches, quel que soit le parti. Par ailleurs, les directions syndicales majoritaires, divisées et globalement sur une orientation peu combative (avec des nuances du côté de la CGIL – équivalent de la CGT française), n’ont pas empêché une précarisation du salariat qui atteint un degré dont la France est encore loin. Le mouvement « Cinq étoiles » arrive en première position parmi les ouvriers et les indépendants (entrepreneurs, artisans), avec 40 % des votants de ces catégories, et parmi les chômeurs (43 %).

Un autre échec (à 2, 25 % des voix) doit être signalé, celui de la coalition « Révolution civile » associant pêle-mêle des centristes, les Verts et des débris de la gauche de l’ancien PCI. Parmi ceux-ci, le parti de la Refondation communiste qui avait représenté un réel espoir. Fondé en 1991, par un rapprochement entre une minorité du PCI (celle qui avait refusé sa transformation en parti démocrate) et des courants d’extrême-gauche, il s’était inséré dans le mouvement altermondialiste et avait manifesté une réelle indépendance par rapport aux combinaisons politiciennes. Mais la majorité de sa direction a opéré en 2006-2008 un tournant opportuniste, allant jusqu’à soutenir l’ancien président de la Commission européenne, Prodi, au nom du « Tout sauf Berlusconi ». C’est à ce moment que ce parti a été abandonné par ses militants les plus à gauche, qui obtenaient environ 30 % des mandats dans les congrès, mais n’avaient pas réussi à casser définitivement un certain nombre de réflexes hérités de l’ancien PCI.

La vieille gauche italienne est donc morte. Enfoncée dans un social-libéralisme sans rivage ou réduite à des groupes sans perspective qui viennent de subir un nouvel échec électoral.

Il y a dans le vote pour la coalition de Beppe Grillo une volonté positive d’indépendance par rapport aux partis installés, des revendications radicales (réduction du temps de travail, revenu de citoyenneté, remise en cause de la dette) et une exigence de contrôle de la construction européenne. Mais aussi une coupure vis-à-vis des mouvements sociaux et une hostilité envers les syndicats, quelle que soit leur orientation. On trouve également des déclarations très problématiques de Grillo sur l’immigration et vis-à-vis du mouvement néofasciste CasaPound Italia. Par ailleurs, derrière la « démocratie internet » se cache une concentration du pouvoir autour de Beppe Grillo.

Dans le clair-obscur

Autant on peut comprendre le vote Beppe Grillo (avec le désir de hurler « A casa tutti ! »), autant ce mouvement n’offre aucune perspective pour un projet émancipateur. Le« grillisme » est un des indices de l’extension de la crise économique à la sphère politique et de la recherche de raccourcis face à la difficulté d’une coordination offensive des mouvements de résistance. Le théoricien communiste italien Antonio Gramsci a écrit en son temps : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ».Nous sommes bien dans une situation de désorientation, de « clair-obscur » mais les monstres du présent, ce sont l’Aube dorée en Grèce, Marine Le Pen, le Jobbik hongrois, etc., pas les électeurs « grillini »aux aspirations confuses !

Après les élections, les enjeux demeurent les mêmes en Italie : unifier les résistances éparses, renforcer le syndicalisme de classe et donner une perspective politique pour battre cette offensive sans fin contre les droits sociaux. De ce point de vue, le mouvement de Beppe Grillo est une impasse mais se contenter de la dénonciation serait une erreur : une politique offensive par rapport aux aspirations de ses électeurs sera nécessaire.

Par Henri Wilno Lundi 22 avril 2013 Publié dans : Revue Tout est à nous ! 42 (avril 2013)

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19 avril 2013 ~ 0 Commentaire

Thatcher : aux origines du projet néolibéral

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Vendredi 19 avril 2013 Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 191 (18/04/13)

Depuis la mort de Margaret Thatcher, il a été beaucoup question dans les médias de son rôle déterminant dans la transformation néolibérale du monde. Mais pourquoi et comment cette « révolution » a-t-elle eu lieu ?
On mentionne souvent la formation intellectuelle de Thatcher, son admiration pour Friedrich Hayek et Milton Friedman. Ces deux penseurs prônaient un retour aux thèses libérales du « laissez faire » dominantes aux débuts du capitalisme où la « main invisible » du marché aurait permis la régulation du système. Ces thèses semblaient définitivement enterrées en 1929, incapables de prévoir l’énorme crise du capitalisme et encore moins de fournir une solution. Par la suite ce seront les thèses de l’économiste J.M. Keynes qui auront la faveur des capitalistes.

Le long boom économique d’après-guerre des Trente glorieuses, avec une plus forte intervention de l’État dans l’économie dont de nombreuses nationalisations, semblera leur donner raison. Pourtant, le ralentissement de l’économie et la baisse des profits à la fin des années 1960 puis la crise « pétrolière » de 1974 ont montré que les politiques keynésiennes étaient incapables d’éviter la crise – en fait – structurelle du capitalisme. C’est alors qu’en Grande-Bretagne la classe dominante se trouva confrontée à deux « problèmes » qui sont le produit direct des années de boom. Pendant cette période de profits élevés et de plein emploi, les patrons d’entreprise ont souvent préféré céder aux revendications des salariés, qui du coup ont gagné énormément en confiance et en organisation. D’autre part, dans cette période d’expansion il y avait des profits à faire pour tout le monde, y compris pour les entreprises les moins performantes. Manque d’investissements, mouvement ouvrier fort, inflation galopante, la Grande-Bretagne devient pour les capitalistes « l’homme malade de l’Europe ».

Écraser les résistances
Les gouvernements travaillistes puis conservateurs ont cherché à rétablir les profits en s’attaquant aux conditions de travail et aux salaires. Mais à chaque fois ces tentatives ont été balayées par un mouvement ouvrier puissant, et en 1974 c’est le gouvernement conservateur lui-même qui fut balayé dans une confrontation directe avec les mineurs en grève nationale.

C’est alors que la classe capitaliste britannique se tourne vers Thatcher et ses solutions bien plus radicales, restées jusqu’alors très marginales dans le Parti conservateur. Élue leader du parti (dans l’opposition) en 1975, elle devient Premier ministre en 1979 et commence sa longue bataille pour casser le mouvement ouvrier et appliquer sa médecine néolibérale. Les premières années sont faites d’avancées mesurées et de reculs tactiques quand nécessaires, mais le cap est fixé. Après avoir battu, l’un après l’autre, les secteurs plus faibles, elle s’attaque au bastion du mouvement ouvrier, les mineurs de charbon. En 1985, après un an de grève, les mineurs sont écrasés et cette défaite historique sera suivie d’une cascade de privatisations, de lois anti-syndicales et de fermetures d’entreprises considérées comme autant de « canards boiteux ».
Les dégâts en termes humains furent absolument énormes et, malgré la défaite des conservateurs en 1997, le mal était fait. Au lieu de revenir sur les immenses reculs des 18 années précédentes, les travaillistes avec Tony Blair, un converti au néolibéralisme, ont repris le flambeau et n’ont fait que continuer le sale boulot. Thatcher a peut-être été la première mais elle a fait beaucoup d’émules partout dans le monde : aux États-Unis avec Ronald Reagan mais aussi en France, d’abord avec la droite puis avec un PS qui se transformera de plus en plus en parti social-libéral.
Ross Harrold

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