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15 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

master (le monde)

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Même un master n’offre plus la certitude

D’une entrée facile sur le marché de l’emploi 

Comment interpréter les inquiétudes des étudiants en fin de cursus, à la lumière de ce que vous observez du monde du travail actuel ?

La plupart des étudiants sont assez angoissés à l’idée de finir leurs études, et cela est plutôt légitime lorsqu’on sait ce que le marché du travail leur réserve. Le diplôme n’a aujourd’hui plus une valeur en soi, si ce n’est pour une minorité d’étudiants en grandes écoles de commerce ou d’ingénieurs. La raison étant que, ces dernières années, la croissance continue du nombre de diplômés n’a pas été proportionnelle à celle des emplois disponibles sur le marché.

Il y a trente ans, la bataille se faisait entre ceux qui arrivaient à valider leur bac + 5 et les autres. Dans le contexte actuel, où de plus en plus de jeunes sont archi-diplomés, même un master n’offre plus la certitude d’une entrée facile sur le marché de l’emploi.

Qu’est-ce qui rend l’insertion des jeunes diplômés si difficile ?

Seuls une minorité d’établissements, les facultés de médecine notamment, organisent fortement le placement de leurs jeunes sur le marché du travail. Face au nombre de prétendants, que la plupart des secteurs n’ont pas le débit suffisant pour accueillir, l’accès à un stage professionnel ne découle plus naturellement d’une bonne réussite de ses études.

Ce qui rend plus grande encore la difficulté à se positionner par la suite dans le monde du travail. Avec des études de plus en plus longues, au fur et à mesure desquelles les attentes des étudiants s’accroissent, la connaissance du milieu professionnel s’est, elle, dramatiquement rétrécie. Dans ce contexte, les risques de déconvenue au moment où le marché produit son verdict sont souvent brutaux.

En France, 43% des jeunes diplômés de 25-29 ans considèrent qu’ils ont des difficultés « à joindre les deux bouts », selon des chiffres Eurostat, contre seulement 10% en Allemagne. La brutalité vient donc aussi, une fois dans la vie active, de cette confrontation à un niveau de vie en deça des attentes…

Oui, dès que les parents cessent d’aider leurs jeunes à soutenir leur niveau de vie, les difficultés adviennent. Le contexte actuel se caractérise par une forte croissance du nombre de diplômés par rapport aux postes qualifiés disponibles, un coût élevé de la vie dans les zones urbaines où les jeunes diplômés tentent de trouver des emplois à leur niveau, et bien évidemment de prix souvent prohibitifs du logement. Dans ce cadre, les jeunes diplômés français peinent à payer les dépenses nécessaires habituelles.

Le « reste à vivre » ne leur permet plus d’assumer les dépenses plus élaborées, considérées comme normales dans les classes moyennes (sortie, spectacle, vacances, etc.). Si le diplôme permet généralement d’échapper à la pauvreté, la faible valorisation relative de la jeunesse diplômée pourrait avoir des conséquences dramatiques sur le pessimisme français. Les efforts consentis par les parents pour offrir à leurs enfants de meilleurs diplômes ne permettent pas d’échapper au déclassement socio-économique.

Comment mieux préparer les étudiants à cette transition vers le monde professionnel ?

La valeur théorique des diplômes est bonne, leur valeur pratique dans le monde du travail est extrêmement réduite : c’est sur cela que l’enseignement supérieur français doit travailler. C’est un chemin que les grandes écoles de premier plan ont emprunté depuis longtemps, notamment en entretenant un lien très fort avec leurs réseaux d’anciens. Dans les secteurs plus précaires et universitaires, ces réseaux, très coûteux, sont bien moins étoffés et ne remplissent pas la mission essentielle de placement des étudiants.

Ils choisissent alors parfois de partir au Québec, au Royaume-Uni ou en Allemagne suivre un deuxième master, dans des institutions qui conservent une très forte connexion avec le marché du travail mais qui demeurent particulièrement onéreuses. Ce sont donc les étudiants les mieux armés par leur succès scolaire et par le soutien familial qui échappent le mieux à l’absence de transition en France.

Une citation de Sigmund Freud résume très bien, à mon sens, la situation française : « L’édu-cation pèche en ne préparant pas l’être jeune à l’agressivité dont il est destiné à être l’objet. (…) [Elle] ne se comporte pas autrement que si l’on équipait de vêtements d’été et de cartes des lacs italiens des gens partant pour une expédition polaire. » Il est urgent de fournir un nouvel équipe-ment aux étudiants français pour qu’ils puissent aborder plus sereinement cette expédition qu’est l’entrée dans l’emploi.

Le sociologue Louis Chauvel révèle les inégalités d’accès à une intégration rapide sur le marché du travail et dans la vie d’adulte pour les étudiants. Pour le sociologue Louis Chauvel, professeur à l’université du Luxembourg et auteur de l’essai La Spirale du déclassement (Seuil, 2016), l’accroissement continu du nombre de diplômés ne permet pas une insertion satisfaisante des étudiants sur le marché du travail.

Alice Raybaud

https://www.lemonde.fr/

Commentaire: Et si moins de jeunes faisaient des études? Macron a dû y penser!

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14 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

podemos (slate pùblico)

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Podemos vu par la droite

Podemos a-t-il rendu les armes?

En soutenant les mesures sociales anti-austérité du socialiste Pedro Sanchez, Podemos, le parti de Pablo Iglesias, a remporté une victoire idéologique. Mais au prix de la conquête du pouvoir.

L’image est belle. Les deux hommes, tout sourire et main dans la main. D’un côté, Pedro Sanchez, Premier ministre espagnol, leader du Parti socialiste (PSOE), et de l’autre Pablo Iglesias, figure de proue de Podemos, parti de la gauche dite «radicale», descendant du mouvement des indignés. Nous sommes le 11 octobre 2018, au Palais de la Moncloa, siège du gouvernement, et les deux hommes viennent de parapher un accord sur le budget 2019 qui entend mettre fin aux politiques de rigueur menées jusqu’alors par la droite dans le pays.

Une troisième voie en Europe

Au menu de l’accord signé, une série de mesures ambitieuses, à forte teneur sociale: augmen-tation du salaire minimum de 22%, création d’un impôt sur le patrimoine pour les plus fortunés, hausse de l’impôt sur les hauts revenus, mise en place d’une taxe sur les transactions financiè-res, indexation des retraites sur l’inflation, augmentation de 40% des aides à la dépendance, hausse des crédits de la recherche et des bourses accordées aux étudiants, mise en place d’un contrôle des loyers. En somme, un programme qui détonne dans le panorama européen actuel.

«Dans un contexte d’austérité généralisée en Europe, c’est un signal fort qui est envoyé, souli-gne le politologue Manuel Cervera-Marzal. Cela nous montre qu’une troisième voie est possible, que nous n’avons pas seulement le choix entre Emmanuel Macron et Matteo Salvini. C’est une troisième voie sur la gauche. En ce sens, l’accord entre le PSOE et Podemos a une portée politique forte».

L’Espagne n’est pas la première à emprunter ce chemin. Le Bloco de Esquerda, équivalent portugais de Podemos, s’est lui aussi associé au Parti Socialiste pour mettre un terme à l’austérité dans le pays. Le salaire minimum a été ainsi augmenté en 2017, 2018 et le sera à nouveau en 2019. Si Podemos semble s’être inspiré de son voisin, l’accord trouvé avec le gouvernement de Pedro Sanchez ne résonne pas moins comme une victoire idéologique pour le parti de Pablo Iglesias.

En effet, depuis ses débuts et sa création en 2014 dans le sillage des mobilisations «indignées» appelées en Espagne «Mouvement du 15 mai» ou «15M» la lutte contre les coupes budgétaires et le détricotage de l’État providence figurent au centre de ses préoccupations, tout comme la revendication d’une plus grande justice sociale.

Le Parti Socialiste espagnol, à la faveur de cet accord, confirme son retour en grâce après des années d’échecs électoraux et de chute dans les sondages. «On a un retour aux fondamentaux de la gauche, confirme Manuel Cervera-Marzal. Et quand on regarde les enquêtes, on voit clairement que cela profite au PSOE.

Avec Pedro Sanchez, le Parti Socialiste espagnol a prouvé sa capacité à se régénérer. N’ou-blions pas également que la constitution d’un gouvernement paritaire, avec 50% de femmes, a été un autre signal fort dans un pays qui est sans doute l’un de ceux où le mouvement féministe est le plus présent. Le 10 mars 2018, il y a quand même eu six millions de femmes qui ont fait grève, une grève féministe. Pedro Sanchez a parfaitement compris cela.»

Rappelons ici que le leader du Parti Socialiste a pu devenir Premier ministre à la faveur d’une motion de censure votée en 2018 contre le précédent chef de gouvernement, Mariano Rajoy, issu des rangs de la droite. Une motion appuyée par Podemos et les partis nationalistes. Pour pouvoir gouverner, plus que jamais, Pedro Sanchez doit se prévaloir de leur soutien.

Dépasser le populisme

Mais quel sens politique revêt cette alliance pour Podemos? En premier lieu, elle acte d’un changement de stratégie. «Podemos est passé de l’idée de surpasser le PSOE, c’est le fameux “sorpasso” dont parlait Pablo Iglesias,  à l’idée de gouverner avec lui, pointe Marie Franco, pro-fesseure à la Sorbonne Nouvelle et spécialiste de l’Espagne. C’est un dépassement du discours dégagiste, d’un discours consistant à dire “c’est nous la nouvelle gauche”, à une forme de prag-matisme et à l’idée qu’il va falloir négocier et trouver des accords pour gouverner. Mais, à vrai dire, Podemos le fait déjà depuis plusieurs années au niveau des autonomies et des mairies. Il travaille déjà avec le PSOE.»

Comme le rappelle Manuel Cervera-Marzal, pendant ses deux premières années d’existence Podemos a connu une ascension fulgurante, nourrie notamment par la crise économique, la violence des politiques de rigueur et la corruption endémique des partis de gouvernement, PSOE comme Parti Populaire (PP), le grand parti de droite en Espagne. Podemos se dit alors qu’il va parvenir à devenir la force hégémonique à gauche et faire littéralement disparaître le PSOE, à l’image du Mouvement socialiste panhellénique (PASOK) en Grèce.

Entre 2014 et 2016, à chaque élection, Podemos parvient à augmenter son score. Mais, dès 2016, la formation de Pablo Iglesias atteint son plafond de verre. «Aujourd’hui, Podemos et le PSOE sont tous les deux autour de 20%, précise Manuel Cervera-Marzal.

A priori, le PSOE ne descendra pas plus bas. La conséquence stratégique pour Podemos est simple: il ne s’emparera pas du pouvoir tout seul. C’est un discours qui est aujourd’hui assumé, même s’il a suscité beaucoup de débats en interne depuis 2016. En fait, c’était Íñigo Errejón, le numéro 2 de Podemos, qui portait cette idée-là. Il voulait arrêter de taper sur le PSOE et compo-ser avec lui. La frange plus anti-capitaliste soutenait elle que Podemos allait finir par le dépasser et l’étouffer. Et finalement, même si c’est la motion de Pablo Iglesias qui l’a emportée en 2017 lors du Congrès de Podemos, c’est la ligne d’Errejón qui a prévalu. Tout simplement parce que la réalité lui donne raison.»

En fin de compte, c’est la ligne populiste de Podemos qui a été enterrée au profit d’une stratégie plus classique d’Union de la Gauche. «Si le populisme, c’est l’idée d’incarner seul le peuple contre les élites, et que dans ces élites vous mettez aussi bien le PSOE que le Parti Populaire, le “PPSOE” comme on a pu dire, alors oui, cette ligne là n’est plus d’actualité, confirme Manuel Cervera-Marzal. Le populisme aura été la stratégie de Podemos pendant ses deux premières années d’existence, la stratégie du premier Podemos. Il a été aujourd’hui remis au placard au profit d’une stratégie plus classique de front commun, de rassemblement de la gauche.»

2019: année décisive

Pour Yves Sintomer, professeur de sciences politiques à l’Université Paris 8, cette réorientation stratégique s’explique aussi par un changement de nature de Podemos, devenu au fil des années un parti comme un autre.

«Podemos s’est vite retrouvé dans un mode d’organisation très traditionnel, très vertical, expli-que-t-il, avec une organisation centralisée et des luttes de pouvoir. En quelques sortes, on a assisté à un vieillissement accéléré de la structure qui ressemble désormais à un parti classique. À vrai dire, c’est une tension qui existait depuis le début, entre une base issue du mouvement indigné, qui était plutôt libertaire et auto-gestionnaire, et un parti dont les leaders n’avaient guère pris part au 15M et promouvaient plutôt un parti centralisé, populiste et post-léniniste. L’asso-ciation des deux tendances n’était pas impossible mais l’une à pris le pas sur l’autre.»

Si le changement stratégique de Podemos semble clair, de nombreuses inconnues demeurent et l’année 2019 s’annonce décisive, pour ne pas dire mouvementée. L’accord budgétaire doit enco-re être voté et, pour ce faire, il nécessite l’appui des partis nationalistes qui conditionnent leur soutien à l’ouverture d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne.

Le vote de ce budget entraînerait de plus le non-respect des règles européennes en matière de limitation du déficit public, autre épine dans le pied pour le gouvernement de Pedro Sanchez. Enfin, il devra être approuvé par un Sénat dominé… par la droite espagnole. Sur tous ces sujets, les discussions et négociations vont bon train. «Tout le monde se tient par la barbichette», souligne Marie Franco.

Plusieurs options se dessinent en cas d’échec.

La première serait de reconduire le budget de 2018 mais interdirait de fait la plupart des mesures sociales annoncées par Pedro Sanchez et Podemos. La seconde serait d’organiser des élections anticipées en 2019, dans une année qui sera déjà marquée par les élections européennes, municipales et un vote dans plusieurs communautés autonomes.

«Beaucoup de pression pèse sur le gouvernement de Pedro Sanchez. S’allier avec Podemos, c’est une tentative de rééquilibrer le rapport de force pour mener une politique qui soit conforme à ce qu’il a annoncé. Mais le risque c’est qu’il lui arrive la même chose qu’à José Luis Zapatero, prévient Manuel Cervera-Marzal. Zapatero, avant d’arriver au pouvoir en 2004, avait lui aussi annoncé toute une série de mesures ancrées à gauche et finalement il s’était retrouvé à déré-guler le droit du travail et à libéraliser le pays.»

Suivant cette hypothèse Podemos devrait, une nouvelle fois, revoir sa copie. Pablo Iglesias se dit admirateur de Machiavel et de Games of Thrones. Au cours de l’année qui se profile, il se devra d’être stratège afin de faire entendre la voix de son parti. Déposer les armes ou les reprendre. Winter is coming.

Fabien Benoit  14 janvier 2019

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Commentaire:

Podemos est allié de Izquierda Unida l’ex ex-PCE pour simplifier

J’ai corrigé « indépendantistes » par « nationalistes » car tous les nationalistes qui soutiennent le PSOE ne demandent pas l’indépendance.

Nos camarades d’Anticapitalistas ont un certain poids dans Podemos, surtout en Andalousie. Ils ne sont pas d’accord avec sa « frilosité » à demander un vote en Catalogne et en général avec son « jacobinisme » centraliste.

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14 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

pologne (à l’encontre.ch)

kuron

La Ligue Communiste ancêtre du NPA diffusait « La lettre au POUP »

Pologne. Karol Modzelewski

«On a connu une liberté vécue activement, combativement et collectivement»

Vous avez été élevé dans une famille pro-régime soviétique. Votre père adoptif, Zygmunt Modzelewski (1900-1954), a été, à l’issue de la guerre, le ministre des Affaires étrangères de ce qui deviendra la République populaire de Pologne. Comment s’est opéré le renversement qui va faire de vous l’un des principaux opposants polonais?

J’ai commencé mon parcours politique en découvrant la vérité sur le stalinisme. Personne ne parlait politique avec moi à la maison. Mais j’étais curieux, et j’ai commencé à entendre des choses. Et puis, en 1956, alors que j’étais étudiant, il y a eu le 20è congrès. Ç’a été un choc immense. Les gens ne savaient pas. On n’osait rien dire. Et, à ce moment-là, on voulait encore croire au communisme.

La conclusion, pour moi et ceux de ma génération, comme Jacek Kuron [1934-2004], mon ami le plus proche, a été que les idéaux étaient bons, mais que le système était absolument intolérable. Il fallait donc le renverser. Comment? Moyennant une révolution. C’est ce qu’on appelle, dans la pensée communiste, le révisionnisme, terme très proche de la notion religieuse d’hérésie: on conteste la version ecclésiastique de la foi au nom de la foi elle-même, de sa pureté. Nous avons créé, avec une centaine de jeunes cadres, un groupe révisionniste à l’université de Varsovie, où j’ai reçu ma première formation politique consciente.

Quelles ont été les conséquences du 20è congrès en Pologne ?

La révolution dont nous rêvions a été démontée, à peine amorcée, par Wladyslaw Gomulka [le premier secrétaire du POUP,  Le Monde], qui a conduit une libéralisation très limitée, avec pour effet de transformer la dictature totalitaire stalinienne en dictature communiste autoritaire. C’est une distinction qui est utile quand on est à Sciences Po. Mais elle est très pratique aussi lorsqu’ on y est confronté. Dans la dictature autoritaire, tant que vous ne contestez pas le régime, vous pouvez vivre en paix. On n’exige de votre part aucune orthodoxie idéologique. Résultat: la majorité choisit de pas contester. Le conformisme règne.

Avez-vous eu la tentation du conformisme? Vous auriez pu vous consacrer paisiblement au Moyen Age…

J’étais trop en colère. Le pouvoir avait tué dans l’œuf une révolution à laquelle je m’identifiais. Je me sentais opposant, sur tout. Il est vrai que, lorsque je suis devenu doctorant et maître assis-tant à l’université de Varsovie, je me suis dit que je pouvais abandonner un peu l’activité politi-que, pour me consacrer à la recherche. Mais, en 1961, j’ai obtenu une bourse d’un an pour aller étudier à Venise. Et là j’ai vu la liberté, une liberté qu’on pouvait toucher du doigt.

Je me souviens d’une grève, à l’université. Le recteur est sorti de son bureau, s’est assis au milieu des étudiants grévistes, et il s’est mis à discuter, cherchant un compromis sans dire aux étudiants qu’ils se livraient à une contre-révolution, un attentat contre le régime, etc. Je me suis senti jaloux. Quand je suis revenu, j’éprouvais plus que jamais le désir d’arracher le bâillon qu’on nous avait collé sur la bouche.

J’ai repris contact avec mon ami Jacek Kuron, et nous avons commencé à conspirer ensemble. C’est alors, en 1964, que nous avons rédigé, tous les deux, la Lettre ouverte au parti. (Une lettre ouverte qui fut diffusée à l’époque par le courant «trostkyste» : JCR et LC) Elle contenait toutes les critiques possibles du régime et dessinait le programme d’une démocratie ouvrière pluraliste, libre. Nous avons fini par être arrêtés. J’ai été condamné à trois ans et demi de prison, Jacek à trois ans.

Quel a été le destin de ce texte ?

Il a été porté en Occident, notamment à Paris, où il a été publié, en polonais, par les Editions de l’Institut littéraire de Paris, c’est-à-dire dans le milieu de l’intelligentsia polonaise critique envers le régime, et en français par François Maspero. J’ai su que les Jeunesses Communistes Révo-lutionnaires  le colportaient. Puis, il a été lu, en polonais, sur l’antenne de Radio Free Europe, ce qui a permis de le faire connaître dans les pays de l’Est. Ce qui m’a fait particulièrement plaisir, c’est qu’il a été traduit en tchèque et ouvertement publié en Tchécoslovaquie en 1968, pendant le «printemps de Prague», avec un gros tirage.

Quelle ligne politique y défendiez-vous?

En gros, nous prenions nos distances aussi bien avec la dictature communiste qu’avec la démo-cratie parlementaire à l’occidentale, au profit d’une démocratie de conseils ouvriers, fondée sur un agencement entre les niveaux locaux et le niveau national, avec éventuellement, en parallèle, un Parlement élu. Mais les conseils étant l’expression de la classe ouvrière organisée, c’étaient eux, et non le Parlement, qui devaient être importants. Voilà notre programme.

Vous vous en êtes progressivement éloigné…

Après notre libération, en 1967, nous nous sommes éloignés de beaucoup de choses. Concrè-tement, d’abord, puisque, en 1968, Jacek Kuron et moi avons été arrêtés pour la deuxième fois, nous resterons encore trois ans et demi en prison. Mais, surtout, la mésaventure de nos amis tchécoslovaques nous a fait changer notre manière de penser la situation internationale. Nous croyions innocemment que, étant internationale par nature, la révolution, une fois commencée quelque part dans l’empire soviétique, allait atteindre la Russie elle-même.

L’écrasement du «printemps de Prague» par l’intervention soviétique nous a appris que c’était une utopie. Il fallait donc procéder d’une autre manière, chercher plutôt des changements partiels, peut-être tolérables pour Moscou, et essayer d’avancer ainsi. La révolution, mais auto-limitée par les exigences du réalisme.

En 1980, la grande grève débute au chantier naval de Gdansk, et ce qui de-viendra le syndicat Solidarité commence à s’organiser. Avez-vous hésité à rejoindre le mouvement?

Non. C’était irrésistible. Il a fallu suivre. La liberté avait conduit le peuple aux barricades. Je devais suivre le peuple. Et m’intégrer au mouvement du peuple de manière à y apporter la dose nécessaire de raison.

Vous êtes donc allé à Gdansk…

Oui, mais à cause d’un malentendu. On m’avait dit que les conseillers du comité de grève, où l’on commençait à réfléchir à la création d’un syndicat libre, voulaient m’avoir auprès d’eux. Or j’étais connu comme un type qui voulait renverser le régime, ce qui faisait de moi un allié dangereux. De fait, lorsque je suis arrivé au chantier naval, Bronislaw Geremek [1932-2008] et Tadeusz Mazowiecki [1927-2013] m’ont tout de suite expliqué que ce n’était pas une bonne idée. Je comprenais parfaitement.

Je suis rentré à Wroclaw, où il y avait aussi une grève. Je n’y suis pas allé: j’avais compris la leçon. Mais, une fois la grève terminée, on m’a appelé au comité de grève, devenu comité de fondation du syndicat, et on m’a envoyé à Gdansk avec un projet de statuts. Là, j’ai vu avec horreur que nos amis, à rebours de ce que je venais proposer, ne prévoyaient que deux échelons syndicaux: celui de l’usine et celui de la région, avec rien au-dessus.

Cela signifiait qu’on préférait créer plusieurs syndicats régionaux plutôt qu’un grand syndicat national. J’ai essayé d’expliquer que c’était suicidaire. C’est à cette occasion que j’ai vu Lech Walesa pour la première fois. Il n’a pas voulu me répondre. Il disait qu’il avait un énorme mal de tête. Il était visible que les gars de Gdansk avaient peur de créer une trop grande force qui, inévitablement, aurait dû affronter une autre grande force: le parti qui dirigeait le pays.

Peu de temps après, Solidarité, qui ne s’appelle pas encore ainsi, organise une réunion nationale des représentants des comités régionaux. On est en septembre 1980. Quelle tendance l’emporte?

Au début, les jeux semblaient faits en faveur de la ligne de Gdansk. J’étais présent comme président de la délégation de Wroclaw. Il a fallu combattre. La majorité des délégués présents étaient de mon côté: ils voulaient un syndicat national. Ils savaient que, sans unité, ils seraient écrasés l’un après l’autre par les autorités. J’ai pris la parole. J’ai défendu l’unité nationale. Ma motion a été approuvée par acclamation.

Quelle a été la position de Walesa?

Il a été pour: il s’est retourné au dernier moment. Son mal de tête s’était dissipé lorsqu’il avait compris qu’il allait devenir le chef de ce syndicat national. Sa plus grande conviction jusqu’à aujourd’hui est celle de sa grandeur. S’il n’a jamais craqué, s’il ne s’est jamais laissé soumettre par les autorités, c’était parce que ça aurait été contraire à sa grandeur. Cette grandeur n’était d’ailleurs pas une invention. Il était destiné au rôle qu’il a joué.

Les foules d’ouvriers polonais, en très grande partie venus des campagnes, se reconnaissaient dans cet ancien paysan qui n’incarnait pas tellement la culture prolétarienne, mais plutôt la cultu-re paysanne traditionnelle polonaise. C’était quelque chose d’ahurissant. Il savait s’adapter à la foule. C’est ce qu’il a fait pendant cette réunion nationale. J’ai plusieurs fois été furieux contre lui, mais je savais que personne n’aurait pu prendre sa place. C’était impossible.

Quand, en janvier 1982, après le coup d’Etat militaire et la proclamation de la loi martiale, il s’est retrouvé en isolement dans une villa sécurisée près de Varsovie, il a complètement rejeté, mal-gré des pressions de toute nature, ce qu’on appelait au ministère de l’intérieur le «plan renais-sance», c’est-à-dire la renaissance de Solidarité comme fantoche à la main du parti. C’était le moment-clé. Après ça, pour dire qu’il a été complice du régime, il faut énormément aimer le mensonge.

C’est lors de la même réunion nationale, en 1980, que vous imposez le nom «Solidarité».

Dans le train du retour, après mon premier passage à Gdansk, j’avais vu, sur le mur d’une énorme usine, une grosse pancarte rouge avec des lettres blanches, le genre de pancartes sur lesquelles, d’habitude, on lisait : «Le programme du parti, c’est le programme du peuple.» Là, il y avait: «Solidarité». Cela voulait dire que leur grève était la même que celle de Gdansk, et qu’ils ne la finiraient que quand ils triompheraient tous. Ce mot m’avait impressionné. En 1980, la nuit qui a précédé la réunion nationale, j’y ai soudain repensé, en écrivant la motion que j’allais présenter. C’est là que j’ai décidé de proposer ce nom pour notre mouvement.

Le début de l’état de siège, le 13 décembre 1981, et votre arrestation à tous marquent la fin de ce que vous appelez « la grande Solidarité »…

L’intimidation, à partir de l’instauration de la loi martiale, a été très forte. Il y avait des chars dans les rues, des patrouilles partout, des affiches qui menaçaient de la cour martiale en cas de grève.  J’ai été marqué par ce que m’a raconté un ouvrier, plus tard. Son usine, comme quel-ques  autres, s’était quand même mise en grève. Un char de l’armée est alors venu, a fait un trou dans le mur de l’usine, à travers lequel quelque 700 hommes armés de fusils automatiques sont entrés dans la grande halle de production.

L’officier en chef a crié: «Sortez! » Silence. «Vous ne sortez pas?» Silence. Il a donné l’ordre aux soldats de charger leurs armes. Les ouvriers ont vu les canons des fusils se dresser vers eux. Au bout d’un moment, un ouvrier s’est levé, puis un autre, et tout le monde a fini par se laisser conduire à la porte de l’usine. Certains ont été arrêtés. La plupart ont été renvoyés chez eux, avec l’ordre de se présenter gentiment au boulot le lendemain matin.

Tous ces gens, qui s’étaient comportés avec un courage inouï, ont changé d’un coup leur vision d’eux-mêmes. Ils avaient cédé devant la force armée. Et ça, ça vous brise la colonne vertébrale. On peut dire que, en tant que mouvement ouvrier de masse, Solidarité, qui a compté jusqu’à 9,2 millions d’adhérents, a été détruit à ce moment-là. Il ne restait plus qu’une résistance clandesti-ne, qui comptait plus d’intellectuels que d’ouvriers. Un autre visage est apparu alors, et un autre langage: un langage d’anticommunisme dur, qui était absent auparavant.

Jusque-là, le mouvement était resté proche de votre rêve initial…

Oui. Solidarité était un enfant illégitime du parti communiste et de l’église catholique. Ce qu’il revendiquait, c’était: «Tenez enfin vos promesses!»

En croyant à ces promesses ?

Non, sans y croire, mais en exigeant quand même, avec force, qu’on les mette à exécution. Ensuite, c’est devenu une conspiration anticommuniste de cadres.

Dans quelle mesure?

Parce que Solidarité, c’était une action de masse, et que c’est cela qui avait disparu. On pouvait aller voter, après 1989, pour les candidats du comité civique de Solidarité. Mais c’était tout.

Y avait-il d’autres choix économiques possibles?

Je ne sais pas. Mais les gens qui conduisaient la transformation ne le savaient pas davantage, tout en affirmant le contraire. Le passage du système communiste au capitalisme contemporain s’est fait d’une manière particulièrement dure. Tous les gens qui se sont considérés comme les perdants de cette grande mutation systémique se sont peu à peu convaincus que la démocratie n’est qu’une construction mensongère qui couvre une dictature des élites. Ce qui est, aujour-d’hui, la phraséologie de Droit et Justice (PiS).

Comment jugez-vous son action?

C’est un parti qui, d’une manière très cohérente, construit un Etat policier. Ils font tout ce qu’il faut pour détruire la démocratie, en s’en prenant, en particulier, aux tribunaux. Pour avoir un Etat policier, il faut que les juges soient des marionnettes. Ils ont d’ailleurs fait la même chose avec les médias.

Est-il encore possible de les empêcher d’atteindre leur but?

Je pense que, aux prochaines élections législatives, ils gagneront sans avoir besoin de falsifier les bulletins de vote. Ce qu’ils ont fait pour leur base sociale, la Pologne populaire, que des années de politique ultralibérale ont paupérisée, le leur permettra. Par exemple, les «500 en plus»: chaque famille reçoit, pour le deuxième enfant et chaque suivant, 500 zlotys, 120 euros environ, ce qui représente beaucoup en Pologne.

Comment le gouvernement traite-t-il la mémoire de Solidarité?

Il cherche à la détruire. Il fait tout ce qu’il peut pour calomnier Walesa et monte de toutes pièces des accusations de corruption contre d’autres figures du mouvement. On ne crée pas un Etat policier en maintenant vivace le souvenir du temps où un peuple entier s’est redressé et a affronté la dictature.

Comment vous traitent-ils, vous?

Je ne sais pas. Je m’en fiche. Est-ce que le pouvoir peut faire quelque chose contre moi ? Qu’ils essayent! (Résumé voir lien)

Karol Modzelewski, né en 1937, est historien, spécialiste du Moyen Age. Mais c’est comme figure centrale de la dissidence polonaise au régime communiste, des années 1960 à la création du syndicat Solidarité («Solidarnosc», en polonais), qu’il s’est fait connaître du monde entier. La parution en français de ses Mémoires, Nous avons fait galoper l’histoire (publiés en Pologne en  2013), offre l’occasion de revenir avec lui sur les étapes de ce long combat pour la liberté, dont le souvenir, dans une Pologne désormais aux mains de nationalistes du parti Droit et Justice [Prawo i Sprawiedliwosc, PiS, des Kaczynskyi, créé en 2001], se révèle plus vital que jamais.

(Entretien publié dans le quotidien Le Monde, en date du 4 janvier 2019)

Alencontre 14 janvier 2019 Florent Georgesco

http://alencontre.org/

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12 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

valls (révolution permanente)

le_dictateur_valls

Ciudadanos, parti ami de Valls et de Macron

Se rapproche toujours plus de l’extrême droite

Manuel Valls, dont la politique au gouvernement de Hollande n’avait déjà rien à voir avec une politique de gauche, est de nouveau mis en difficulté pour la mairie de Barcelone.

Et pour cause: le parti soutenant sa candidature, Ciudadanos, que Valls qualifiait de « progressiste », vient de s’allier avec le parti d’extrême droite Vox après les élections au parlement andalou. Une position dure à justifier pour Valls, mais également pour Macron, qui avait également donné son soutien au parti libéral pour lutter contre l’indépendantisme Catalan.

Déjà très critiqué par l’opposition pour ses positions réactionnaires et son usage brutal des forces de répression en France alors qu’il était ministre de l’intérieur, Manuel Valls était déjà très bas dans les sondages en octobre dernier, ne recueillant que 30 % (tant que çà? le blog) d’opinions favorables. Si ce dernier a réussi à obtenir des soutiens, c’est uniquement dû à ses positions très marquées contre l’indépendantisme catalan, centrales pour la bourgeoisie espagnole au vu du mouvement de masse pour l’indépendance ayant eu lieu fin 2017.

Une position qui lui a permis d’obtenir le soutien officieux d’Emmanuel Macron, ainsi que de Ciudadanos, bien que ce dernier regrette en coulisses le fait que Valls « se la joue solo » dans les élections pour la mairie de Barcelone.

Après une entrée en force du parti d’extrême droite Vox au parlement andalou, recueillant 10,9 % des voix et obtenant 12 sièges de députés sur 109 (une première depuis la chute du franquisme), Macron et Valls espéraient créer une sorte de « front républicain » pour tenter d’entraver la progression du parti d’extrême droite.

C’est en réalité l’inverse qui s’est produit, Ciudadanos ayant choisi de s’allier au Parti Populaire et à Vox dans un « front anti-gauche » pour le contrôle du parlement andalou, contre le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) au pouvoir depuis 36 ans en Andalousie.

Les dirigeants de Ciudadanos, qui ont dû se rendre compte qu’ils misaient sur le mauvais cheval en soutenant la candidature pour la mairie de Valls, vont maintenant dans le sens opposé que celui-ci avait décidé de défendre. En effet, celui-ci avait déclaré que « toute coalition est légitime, sauf avec des forces qui violent la constitution » au sujet du parti d’extrême droite. Raté.

Bien que s’étant recentré sur la droite dernièrement, le parti Ciudadanos n’a rien de l’image « progressiste » que tentait de lui donner l’ancien premier ministre Français : ses représentants se sont notamment prononcés contre l’immigration, et en faveur de l’abrogation de textes de lois contre les violences sexistes.

Une surenchère réactionnaire au sein de laquelle Vox tient la pôle position, proposant par exemple d’interdire les partis indépendantistes ; le pont entre ces deux partis, bien que n’étant pas écrit d’avance, semble en réalité cohérent au vu des nombreuses positions réactionnaires que ces deux partis ont en commun.

Valls risque de subir une défaite cuisante, mais Emmanuel Macron n’est pas en reste : lui qui se rêvait leader des soit disant « progressistes » européens face à l’extrême droite, est de plus en plus isolé, et le revirement de Ciudadanos auquel celui-ci avait accordé son soutien, est une nouvelle épine dans le pied de son projet européen.

Martin Leroye Vendredi 11 Janvier

http://www.revolutionpermanente.fr/

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06 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

budapest (courrier-international le-monde)

orban

Des milliers de manifestants dans les rues de Budapest

contre la “loi de l’esclavage”

La loi sur le temps de travail votée en décembre en Hongrie déclenche un mouvement de protestation inédit depuis l’arrivée au pouvoir de Viktor Orbán. “Des milliers de personnes en Hongrie ont bravé la neige et le froid pour manifester contre le gouvernement de droite de Viktor Orbán, dénonçant une nouvelle mesure très dure qualifiée de ‘loi de l’esclavage’”, rapporte le journal britannique The Guardian.

Votée en décembre, cette loi controversée étend de 250 à 400 le nombre annuel d’heures supplémentaires qu’un patron peut demander à ses employés (et payables à la saint glin-glin le blog). Elle suscite, depuis son adoption, une vague de mécontentement singulière en Hongrie. “L’opposition a été divisée et inefficace et Orbán n’a cessé d’accroître son pouvoir depuis sa première élection comme Premier ministre en 2010 ; mais la ‘loi de l’esclavage’ a créé pour une fois un point de ralliement”, observe The Guardian.

Au moins 10 000 personnes ont manifesté à Bucarest, protestant non seulement contre cette loi mais aussi contre les attaques visant le monde universitaire, contre une justice manipulée et contre des médias biaisés, poursuit le journal. “Jusqu’ici les gens n’étaient pas touchés directe-ment par les changements décidés par le gouvernement, même s’ils étaient de nature constitutionnelle et ont miné notre démocratie, déclare Péter Krekó, directeur du think tank hongrois Political Capital, au journal espagnol El País.

Mais la ‘loi de l’esclavage’ les affecte vraiment, les oblige à faire plus d’heures. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.” “Il y a un mois, c’était quelque chose d’impensable”, souligne le politologue hongrois András Biró-Nagy, dans le même quotidien.

G. H.  06/01/2019
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05 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

ric (alternative libertaire)

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Le Référendum d’Initiative Citoyenne

Vu par un communiste libertaire suisse

Depuis qu’une partie des gilets jaunes se passionne pour le référendum d’initiative citoyenne (RIC), il a beaucoup été fait référence à l’exemple Suisse. Quelques précisions et réflexions.

Parce que le RIC est le cheval de bataille d’Étienne Chouard, un confusionniste notoire, beaucoup de révolutionnaires ont tendance à ne voir dans ce slogan qu’un « cheval de Troie » de l’extrême droite. Et prennent en exemple la Suisse, où la droite nationaliste s’est depuis une vingtaine d’années emparée de l’outil référendaire pour se placer au centre du débat public.

Cela m’inspire deux réactions. D’abord : attention à ne pas donner l’impression que les libertaires diabolisent le référendum, ce serait incompréhensible pour le grand public. Ensuite : le RIC tel que proposé par bon nombre de gilets jaunes est bien plus démocratique que les mécanismes helvétiques. Il permettrait en effet à 500 000 pétitionnaires (1 % du corps électoral, contre 1,5 à 2 % en Suisse) d’enclencher un référendum afin de :

1. Révoquer des personnes élues ;

2. Proposer une loi ;

3. Abroger une loi ;

4. Modifier la Constitution.

Seules les possibilités 3 et 4 existent en Suisse au niveau national. Les 1 et 2 n’existent que dans certains cantons, un niveau où les mécanismes démocratiques sont plus anciens et plus étendus qu’au niveau national.

Le RIC constituerait donc, en théorie, un pouvoir concédé aux citoyens et aux citoyennes.

Dans la réalité, l’exemple suisse montre qu’au niveau national c’est surtout un pouvoir donné aux associations, aux syndicats et aux partis politiques qui ont les moyens de se servir de l’outil référendaire. Ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est que la Suisse est marquée par l’absence de syndicats de lutte au niveau national et par la quasi inexistence de la gauche radicale.

La situation serait très différente en France. Par exemple, avec la surface dont ils disposent, des syndicats comme la CGT, Solidaires, FO, etc. pourraient à eux seuls convoquer un réfé-rendum contre n’importe quelle loi votée à l’Assemblée nationale, sur la hausse du Smic ou la baisse du temps de travail.

Extension des droits populaires

Certes, dans un référendum, même des gens non concernés par la question peuvent voter, ce qui fausse le résultat. Mais le salariat est numériquement si massif que cela avantage plutôt le mouvement syndical. Celui ci dispose d’une base adhérente qui lui permettrait de récolter faci-lement des signatures, processus très coûteux sans cela. En Suisse par exemple, la récolte de 100 000 signatures est généralement confiée à des entreprises spécialisées, pour un coût de près de 400 000 euros. Le Rassemblement national, Debout la France ou les divers groupes identitaires en seraient difficilement capables.

Je dis tout ceci pour ramener les choses à leurs justes proportions. Car, pour le reste, tout anticapitaliste sensé sait qu’il y a une incompatibilité radicale entre le capitalisme et la démo-cratie directe, puisque par définition ce système place un aspect essentiel de la vie sociale – l’économie – hors démocratie, au nom de la loi du marché et de la propriété privée.

Cependant, être des révolutionnaires luttant pour l’abolition du salariat n’empêche pas de défendre la hausse du Smic. De même, lutter pour une société réellement démocratique car débarrassée du capitalisme ne devrait pas nous empêcher de revendiquer une extension des droits populaires, même dans le cadre de la démocratie bourgeoise.

Les revendications économiques ne sont pas à opposer aux revendications démocratiques, on peut porter les deux à la fois.

Guillaume (Paris) 4 janvier 2019

http://alternativelibertaire.org

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03 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

bayonne (ujfp)

bayonne

Maintenant les prisonniers

Toutes et tous à la manifestation du 12 janvier à Bayonne

Nous serons des milliers à nous rassembler à Bilbao et à Bayonne le 12 janvier, pour dire à Madrid et à Paris que les conditions d’une paix juste et durable ne sont pas encore réunies.

Nous allons leur dire que le processus de paix n’est pas seulement la fin de la lutte armée. Après la remise des armes et la dissolution de l’ETA, le Pays Basque, dans sa diversité, revendique haut et fort que maintenant, le temps est venu de traiter la situation des prisonnier.e.s. Nous dirons à Bilbao et à Bayonne, que sur ce chemin de la paix, nous sommes tous impliqués : la société dans sa diversité, les associations, les institutions, les états.

C’est le devoir de tous ces acteurs, mais seuls les états détiennent les clés qui ouvrent les portes !

C’est MAINTENANT que le processus doit passer à la vitesse supérieure et pour cela, il est grand temps de résoudre le problème des prisonnier.e.s. Nous exigeons la fin des mesures d’exception ! Nous exigeons l’application des droits de l’Homme, indispensable pour construire une paix solide et durable ! Et demain, il nous faudra un nouveau cadre juridique qui soit adapté au processus de paix.

Les démarches unilatérales entreprises jusqu’à présent nécessitent une réponse qui permettra d’alimenter la dynamique de paix. Ne pas franchir les étapes qui sont aujourd’hui nécessaires serait aussi diminuer la valeur de celles entreprises hier. Il est indispensable de dire, de confirmer que ce qui a été fait jusqu’à présent était nécessaire, était bon pour la paix. C’est celui-là, le chemin ! Et c’est ainsi que nous tracerons le sillon qui conduit du passé vers l’avenir.

Nous devons tracer cette route sans rien oublier ni omettre du passé. A toutes les victimes de toutes les violences, nous devons la vérité, le respect et la reconnaissance. Notre dette envers elles est de ne pas renouveler les erreurs du passé et c’est avec cet objectif commun que nous devons travailler, quelles que soient par ailleurs, les différences de points de vue.

Cette cohabitation démocratique qui n’a pas été possible pendant de longues années est enfin envisageable au Pays Basque. Ce sera notre exercice collectif : celui de celles et ceux qui n’ont pas pu s’unir jusqu’à présent.

Avec cette obligation, cette espérance, cette exigence, nous construirons une paix profitable à tous. Chaque jour compte. L’implication de chacun compte.

Puisque nous sommes tous gagnants avec la paix : faisons une paix où nous serons tous gagnants.

jeudi 3 janvier 2019

http://www.ujfp.org/

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02 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

élections espagne (pùblico essf)

Premier sondage de janvier.
sond 2
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Un précédent sondage
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Espagne derniers sondages

En cas d’élections, Vox (Extrême droite) entrerait au Congrès mais ne permettrait pas un gouvernement de droite

1/02/2019

https://www.publico.es/

reyes

Voici comment l’hebdo satyrique « El Jueves » représente les « Rois Mages » apportant: haine, incendie et colère: les leaders de PP, Ciudadanos et Vox. Le facho demande: « C’est lequel le noir? ».

Commentaire: On assiste à une dégringolade de la gauche. Podemos et IU (ex PCE) ont obtenu 71 sièges en 2016. Puis les sondages ne leur en ont plus donné que 51! Cela tient-il, comme en France à la personnalité du leader? Iglesias de « Podemos » qui vient de s’acheter une résidence de luxe, n’est plus le leader de la gauche au profit de Garzon, d’Izquierda Unida (ex PCE). Les anticapitalistes de la CUP ne se présentent pas en Catalogne et EH Bildu (coalition de la gauche basque) aurait un ou deux sièges en Euskadi.

Lire aussi:

El voto a los partidos de izquierdas superaría ligeramente a los de derechas en un CIS con nueva metodología (Pùblico)

Etat espagnol. Les sondages estiment une option de votes pour la droite en hausse (ESSF)

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27 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

auto défense (courrier international)

venerdi_0

À Rome, Il Venerdì s’arrête sur un fait particulier :

Le “cadeau de Noël” du gouvernement aux Italiens, c’est-à-dire la loi sur la légitime défense. Bientôt, en cas d’intrusion à leur domicile, les Italiens pourront tirer en invoquant la légitime défens

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27 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

littérature (pùblico the-guardian)

publico

Hildegard Von Bingen, l’une des écrivaines les plus influentes du Moyen Âge

Littérature féminine

Une professeure catalane reçoit un bourse pour sauver « l’écriture féminine »

C’est un projet qui cherche à faire reconnaître les femmes entre 1500 et 1780 qui ont écrit des textes populaires sur la vie, la philosophie et les problèmes quotidiens, mais qui ont été rejetées pour des raisons anecdotiques ou personnelles.

Carme Font, professeur de littérature anglaise à l’Université autonome de Barcelone, a reçu une bourse de 1,5 million d’euros du Conseil européen de la recherche pour explorer des bibliothèques, des archives et des collections privées pendant cinq ans. L’enseignante part à la recherche de lettres, de poèmes et de réflexions écrites par des femmes de 1500 à 1780. Il s’agit d’un projet visant à sauver les œuvres d’écrivains en marge de la pensée européenne et à leur donner la reconnaissance refusée. depuis des siècles, selon The Guardian.

Le but de Font est de retrouver la voix de celles dont les œuvres ont été rejetées car considérées comme des « écrits de femmes » trop personnelles et anecdotiques. « Elles n’ont pas eu d’éducation formelle », explique le professeur dans des déclarations au journal britannique. « Elles ont écrit des textes et des lettres populaires sur la religion et la politique. Leurs textes sont moins sophistiqués et ils ne sont pas l’œuvre de femmes écrivains célèbres, mais ce sont ceux que nous redécouvrons « , ajoute-t-il.

Ces écrits contiennent des réflexions sur la vie, la nature de l’âme, la philosophie et illustrent également des situations quotidiennes telles que la famille, le conjugal, le sexe, les abus et les frustrations personnelles. En général, ils montrent comment, au début de la période moderne, les femmes étaient considérées comme des spectateurs intellectuels et des individus passifs. Selon le professeur de littérature anglaise, le manque de connaissances est lié à leur sexe, avec un accès limité à l’éducation et aux conventions sociales et intellectuelles.

Aux côtés des cinq personnes qui font partie de son équipe et qui l’accompagneront lors de voyages, d’ateliers et de conférences, Font cherche à démontrer que « même si les femmes écrivent différemment, leurs idées ont une valeur intellectuelle ». L’objectif de ce projet est de permettre aux lecteurs de modifier la façon dont ils lisent ces textes et de leur attribuer des valeurs équitables.

Madrid 27/12/2018

https://www.publico.es/

https://www.theguardian.com/

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