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30 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

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« Une trahison » : l’Europe renonce à interdire une technique de pêche destructrice

Les autorités européennes ont renoncé, le 29 septembre, à interdire la senne démersale, une technique cruelle. Un échec dû, selon plusieurs défenseurs de l’océan, à l’abandon de la pêche artisanale par le gouvernement français.

La colère des défenseurs de l’océan et de la pêche artisanale est immense, depuis jeudi 29 septembre au soir. Alors que le Parlement européen avait voté, en juillet, en faveur de l’interdiction de la senne démersale dans les eaux côtières françaises, cette décision a été rejetée en trilogue. Les représentants du Parlement, du Conseil et de la Commission européenne ont décidé de laisser libre cours à cette technique de pêche « ultra-efficace » prisée des industriels néerlandais. « C’est une trahison aux intérêts de la nation », a réagi l’association Bloom dans un communiqué.

Apparue dans les eaux du nord de la France au début des années 2010, la senne démersale consiste à déployer des câbles vibrants, rattachés à un chalut, sur le fond de la mer. Leurs vibrations provoquent la formation d’un mur de sédiments, ce qui dissuade les poissons de fuir. Un « senneur » ratisse en moyenne 3 km² de fonds marins par action de pêche. En une journée, cinq bateaux de ce type peuvent rabattre l’équivalent de Paris dans leurs filets. « Les animaux marins n’ont aucune chance de s’en sortir », expliquait Claire Nouvian lors d’une conférence de presse, le 28 septembre. Selon les chiffres de l’association Pleine mer, on compte aujourd’hui 75 senneurs autorisés à pêcher en Manche.

La France, « premier lobbyiste des industriels »

À ses débuts, la senne démersale a conquis plusieurs pêcheurs français, qui n’ont pas hésité à investir plusieurs millions d’euros pour convertir leurs bateaux à la senne. Confrontés aux conséquences dramatiques de cette technique, la plupart sont aujourd’hui repentis. « Si l’on continue ces pratiques, dans cinq ans, il n’y aura plus personne. Il n’y aura plus assez de poissons », nous expliquait en mai dernier Alexandre Fournier, ancien senneur de Boulogne-sur-Mer.

Depuis l’apparition de la senne démersale dans les eaux françaises, les pêcheurs locaux ont vu les populations de rouget barbet, de grondin perlon, de carrelet, de sole, de limande, de barbue et turbot dégringoler. Dans le cadre d’un sondage organisé mi-septembre par le comité régional des pêches de Normandie et l’Organisation des pêcheurs normands, 205 d’entre eux (soit 98 % des sondés) [1] ont assuré être « favorables à l’interdiction de la senne démersale dans les 12 milles [des côtes, soit 22 km] pour tous les pavillons », français ou non.

« Conséquences économiques désastreuses »

Selon l’association Bloom, le gouvernement français n’aurait pas suffisamment défendu les intérêts des pêcheurs artisanaux français à Bruxelles, et serait responsable de l’échec des négociations en trilogue. « Le gouvernement est devenu le premier lobbyiste des industriels », déplorait Claire Nouvian le 28 septembre.

Malgré les nombreuses lettres envoyées par des pêcheurs artisanaux au secrétaire d’État à la mer, Hervé Berville, le gouvernement se serait aligné sur la position du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM). Ce dernier serait « trusté », selon Bloom, « par les intérêts industriels et notamment néerlandais, déterminés à éliminer la pêche artisanale et les pêcheurs côtiers ». « On s’est retrouvés face à un mur, a témoigné l’eurodéputée écologiste Caroline Roose sur Twitter. La pêche industrielle a gagné parce que le gouvernement [...] a fait en sorte que cet amendement ne passe pas. »

Lætitia Bisiaux, chargée de projet à Bloom, est pessimiste quant aux conséquences de cette prolongation du statu quo : « Ce scandale aura des conséquences économiques désastreuses pour les pêcheurs, qui avaient déjà payé un lourd tribut avec la pêche électrique qui a dévasté le port de Dunkerque ».

En mai dernier, plusieurs pêcheurs nous confiaient avec angoisse être sur le point de mettre la clé sous la porte : « J’ai une maison à rembourser, trois enfants à nourrir. Je ne sais rien faire d’autre. Je vais faire quoi, aller au McDo pour gagner 800 euros par mois ? » se demandait l’un d’entre eux.

Hortense Chauvin  30 septembre 2022

https://reporterre.net/

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29 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

gb (l’étincelle)

labour

Royaume-Uni : à droite toute au Parti travailliste

À la conférence nationale travailliste, qui se tient jusqu’à ce mercredi à Liverpool, le leader du parti, Keir Starmer, a tenu à réaffirmer que sa formation était un parti gouvernement, ancré résolument au centre et qui ne cautionnait en aucune manière les récentes grèves lancées par les syndicats autour des revendications salariales et des conditions de travail.

Il a demandé à nouveau aux responsables du parti et aux parlementaires de ne pas rejoindre les piquets de grève, ce que certains avaient fait en signe de solidarité. C’est pourquoi il avait récemment mis à pied l’un d’entre eux qui avait outrepassé ses ordres.

Bref, avant même de revenir au pouvoir et à la mangeoire gouvernementale, le Parti travailliste, qui devance les conservateurs dans les sondages d’opinion, maintient la barre résolument à droite en tentant de concurrencer les tories sur leur propre terrain. Les travailleurs britanniques n’ont vraiment rien à attendre de ces gens-là.

28 septembre 2022

https://www.convergencesrevolutionnaires.org

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28 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

hindous (socialist worker)

cpi inde

Qui est responsable de la violence de l’Hindutva en GB?

Les nationalistes hindous de droite ont longtemps terrorisé les musulmans en Inde, et aujourd’hui, leur politique empoisonnée se manifeste dans les rues de Grande-Bretagne. Mais, écrit Yuri Prasad, cela n’aurait pas pu se produire sans l’encouragement du gouvernement tory et la complicité de la droite travailliste.

Comment la politique chauvine de l’Hindutva est-elle apparue dans les rues de Leicester ?

Un nouveau poison est entré dans le sang de certains des centres-villes les plus multiculturels de Grande-Bretagne. Il peut provoquer la haine et la division – et peut même tuer. Nous l’avons vu à l’œuvre lors de troubles récents à Leicester et dans la banlieue de Birmingham.

Il porte de nombreux noms, mais en Inde, d’où il est originaire, il est connu sous le nom d’Hindutva. Il s’agit d’une forme de nationalisme qui proclame la supériorité des hindous sur tous les autres en Inde.

Les adeptes de l’Hindutva insistent sur le fait que l’Inde est aujourd’hui, et a toujours été, une nation exclusivement hindoue. Mais, disent-ils, ce rêve a été continuellement frustré par les envahisseurs et les interférences étrangères.

Le champion de cette idéologie est aujourd’hui le premier ministre indien de droite dure, Narendra Modi, et son parti, le BJP. Dans l’ombre, on trouve des groupes fascistes tels que le RSS, une organisation paramilitaire de rue.

Modi et ses nombreux partisans voient des ennemis de l’Inde partout, de ceux qui s’élèvent contre l’oppression des castes aux femmes qui demandent justice pour les victimes de crimes sexuels. Mais pour ceux qui sont infectés par l’Hindutva, il n’y a pas de pire ennemi que les musulmans.

Historiquement, les musulmans sont accusés d’avoir envahi et occupé l’Inde sous l’empire moghol qui s’est étendu du 16e au 19e siècle. Aujourd’hui, on dit d’eux qu’ils sont « l’ennemi intérieur » et qu’ils travaillent à saper la nation sur l’ordre de l’ennemi juré de l’Inde, le Pakistan.

Cette idée empoisonnée s’est récemment rendue en Grande-Bretagne grâce à la technologie moderne. La télévision indienne par satellite bombarde les téléspectateurs du monde entier de bile chauvine.

Et même de nombreux groupes familiaux indiens sur Whatsapp sont contaminés par des histoires abjectes sur les méchants musulmans et les gloires des défenseurs hindous de l’Inde. Mais cela n’aurait pas suffi pour que l’Hindutva s’implante ici.

Elle a été aidée par l’État britannique et sa politique ouverte d’islamophobie – et par l’assentiment des partis conservateur et travailliste. L’Hindutva en Grande-Bretagne est une mutation qui mélange la politique réactionnaire indienne avec la haine anti-musulmane propre à la Grande-Bretagne.

Riaz Khan est un éducateur et un activiste communautaire de Leicester. Célèbre comme l’auteur de Memoirs of an Asian Football Casual, il connaît bien la ville et ses habitants.

Il a expliqué au Socialist Worker comment les hindous de droite étaient à l’origine des troubles récents dans la ville des East Midlands.  « Les tensions entre les jeunes hindous et musulmans de Leicester durent depuis environ quatre mois », a-t-il déclaré.

« Mais elle a atteint un tournant au début du mois lorsqu’une bande d’environ 25 personnes a attaqué un jeune musulman et l’a battu. Avant cela, il y avait eu toutes sortes d’événements – des personnes intimidant des foyers musulmans et refusant de se disperser. Pendant tout ce temps, la police n’a pratiquement rien fait ».

Riaz affirme que, malgré la montée de la colère, lui et d’autres personnes ont réussi à calmer les jeunes musulmans qui voulaient réagir aux provocations.  « Mais il y a ensuite eu la marche des hindous de droite de la semaine dernière », dit-il.

« Ils étaient quelques centaines à défiler de Loughborough Road à Green Lane Road. Au moment où ils sont arrivés à North Evington, ils étaient masqués et scandaient des slogans anti-musulmans.

« Et pendant toute la durée de cette marche de 3,5 km, qui était totalement illégale, la police n’a rien fait. Six officiers marchaient aux côtés des marcheurs, mais plus tard, des officiers de police de haut rang ont affirmé qu’ils n’étaient au courant de rien.

« Si cela avait été des supporters de l’équipe nationale qui défilaient lors d’un match de football à Leicester, la police aurait été présente par centaines. Au lieu de cela, les policiers ont laissé la marche se poursuivre. »

Lorsqu’il est arrivé dans le quartier à majorité musulmane de North Evington, Riaz raconte qu’une quarantaine d’hommes, principalement musulmans, sont descendus dans la rue pour protéger leur localité. Un petit nombre d’hindous locaux les ont rejoints, affirmant que les marcheurs ne les représentaient pas.

« Nous devons nous demander pourquoi cela se produit maintenant », a déclaré Riaz. « Lorsque la mosquée Babri en Inde a été détruite par des foules hindoues en 1992, rien ne s’est passé à Leicester. Lorsque les émeutes anti-musulmanes du Gujarat ont eu lieu en 2002, rien ne s’est produit à Leicester.

« Mais en 2022, la droite hindoue en Grande-Bretagne s’est sentie enhardie. C’est parce qu’ils ont maintenant des partisans, notamment les politiciens conservateurs Priti Patel et Rishi Sunak, de leur côté. »

Le parti conservateur a joué un rôle crucial pour l’Hindutva en Grande-Bretagne. En tant que premier ministre, Boris Johnson a invité cette année Modi en Grande-Bretagne pour une visite d’État.

Modi avait jusqu’en 2012 été interdit pour son rôle dans les émeutes du Gujarat. L’ancienne ministre de l’intérieur Priti Patel appelle Modi « notre cher ami » et déclare que les Tories et le BJP sont des « partis frères ».

Mais les dirigeants du parti laissent le travail vraiment sale de diffusion de l’Hindutva à des députés d’arrière-ban comme Bob Blackman. En 2017, il a invité le défunt et très emprisonné Tapan Ghosh à s’exprimer au Parlement.

Activiste vicieusement anti-musulman du Bengale occidental, Ghosh et son groupe ont été impliqués dans des attaques physiques contre des opposants. Les réactionnaires britanniques de l’Hindutva n’étaient que trop heureux de leur rendre la pareille.

Lors des élections générales de 2019, l’association Overseas Friends of the BJP UK a affirmé avoir mené une campagne de vote Tory dans 48 sièges marginaux à fort électorat hindou. « Nous avons une équipe dans chaque circonscription qui fait le tour avec le candidat conservateur pour distribuer des tracts, parler aux gens et les persuader de voter conservateur », a déclaré Kuldeep Singh Shekhawat au journal Times of India.

Un certain nombre de temples hindous sont allés plus loin, invitant des orateurs racistes, dont parfois le nazi britannique Tommy Robinson, à s’adresser aux fidèles. Le prix de cette agitation est déjà payé à Leicester et Smethwick, mais pourrait bientôt se propager plus loin.

Néanmoins, Riaz a bon espoir que les connexions organiques entre jeunes hindous et musul-mans puissent faire tomber les tensions. « Le problème ne sera pas résolu par les « anciens de la communauté » qui, en ce moment, sont assis autour d’un thé et de biscuits entre eux », a-t-il déclaré.

« Mais la solution pourrait venir des jeunes eux-mêmes. Les enfants hindous, musulmans et sikhs grandissent ensemble ici. Ils vont à l’école et au collège ensemble et se rendent les uns chez les autres.

« Pour l’instant, beaucoup de gens ont trop peur pour s’exprimer, mais nous devons trouver un moyen de faire passer la communication. Personnellement, je veux simplement que les choses redeviennent ce qu’elles étaient. Je préfère de loin l’époque où nous nous sommes tous unis pour combattre les fascistes du Front national dans les rues à ce qui se passe maintenant. »

Au sein du parti travailliste de Leicester, si vous contestez la politique d’un conseiller hindou, vous êtes accusé de racisme  » – Un membre du parti travailliste de la ville.

Ce n’est pas seulement au sein du parti Tory que les chauvins hindous contribuent à définir l’agenda. Ils sont également profondément ancrés dans le parti travailliste, et nulle part ailleurs autant qu’à Leicester.

Tirant les leçons de la façon dont les partisans de droite d’Israël se sont mobilisés contre le leadership de Jeremy Corbyn, ils prétendent que toute réaction négative au gouvernement indien est un racisme anti-hindou. À la veille de l’élection générale de 2019, six conseillers travaillistes ont publié une lettre adressée au leader de l’époque. Ils y affirmaient que le parti avait traité la communauté hindoue britannique avec « dédain et manque de respect ».

Ils y dénonçaient la conférence du Labour qui avait adopté une motion sur le Cachemire. Cette motion condamne le gouvernement indien pour sa répression dans le territoire contesté et demande que des observateurs internationaux soient autorisés à surveiller la situation.

Lorsqu’il est devenu évident que la droite travailliste et les nationalistes hindous se mobilisaient tous deux autour de cette question, Corbyn a fait marche arrière à tort, et le Labour a changé de position.

Désormais, le parti a déclaré que le Cachemire était une « question interne » pour les gouvernements indien et pakistanais. Mais, tout comme pour l’antisémitisme, ce repli n’a fait qu’alimenter l’appétit des chauvins.

Beaucoup d’affaires sales sont conclues derrière des portes fermées. Les dirigeants locaux veulent faire en sorte que les différentes communautés religieuses s’équilibrent.

Alan est un membre travailliste de gauche de longue date dans la circonscription de Leicester East. Il a déclaré au Socialist Worker que le parti est un « nid de vipères ».

« L’abandon de la position sur le Cachemire était terrible, et cela vient de moi en tant que partisan de Corbyn », a-t-il déclaré. « Cela a donné à la droite ici la chance qu’elle recherchait.

« Les conseillers qui ont signé cette lettre sont des partisans ouverts de Modi et du BJP. Certains d’entre eux ont même soutenu Trump et l’interprétation la plus droitière du Brexit. Comment ils sont autorisés dans le parti, et encore moins à des postes d’autorité, je ne le sais tout simplement pas. »

La logique du parti est imprégnée de communautarisme, a déclaré Alan. « Beaucoup d’affaires sales se font derrière des portes closes. Les dirigeants locaux veulent faire en sorte que les différentes communautés religieuses s’équilibrent », dit-il.

« Ils permettent aux zones musulmanes d’élire des conseillers musulmans, et de même pour les zones hindoues. C’est censé apaiser tout le monde.

« Mais cela permet à des travaillistes médiocres et de droite, issus d’un groupe ethnique particulier, de remporter des postes importants, ce qui légitime ensuite leur politique. C’est ainsi que les partisans de droite du BJP ont construit leur base ici. »

Alan affirme qu’une main de fer sur les réunions du parti signifie qu’il y a peu de place pour la dissidence, et que les plaintes auprès de la machine du parti sont inutiles.  « Si vous contestez la politique d’un conseiller hindou, vous êtes accusé de racisme », dit Alan.

« Cela signifie que le communalisme n’est pas remis en question, malgré la menace qu’il représente pour le parti et le mouvement syndical. » La tragédie, selon Alan, est qu’aucune des divisions religieuses actuelles n’est inévitable.

« Beaucoup de gens ici, issus de milieux différents – hindous, musulmans et blancs – se connaissent depuis longtemps. La plupart des Asiatiques qui sont venus d’Ouganda à Leicester en 1972, et ceux qui ont suivi, ont grandi ici ensemble. Ils ont dû affronter les mêmes batailles ensemble.

« Mais ce calme a été brisé par la politique indienne. Dans le passé, la plupart des hindous d’ici auraient soutenu le Parti du Congrès indien avec sa politique apparemment laïque.

« Aujourd’hui, ils pensent que Modi est bon et qu’il a fait de l’Inde une superpuissance. Cela doit changer la nature de leur relation avec leurs voisins musulmans, n’est-ce pas ? ».

Comme Riaz, Alan pense qu’il peut y avoir une solution, mais qu’elle doit venir d’en bas.  « Le conseil municipal ne peut rien faire car il est enfermé dans ce système sectaire », dit-il. « Mais j’espère que les batailles sur les salaires et le coût de la vie vont rapprocher les gens.

« Nous avons besoin d’unité dans l’action pour nos moyens de subsistance. Mais nous devons prendre les divisions qui existent à bras le corps sans éluder la question de la droite hindoue, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Labour ».

Yuri Prasad Saturday 24 September 2022

https://socialistworker.co.uk/

Lire aussi:

Leicester: the global spread of the Indian far right

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27 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

échelle mobile (psl)

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Retour sur une conquête historique du mouvement ouvrier : l’indexation automatique

La Belgique est un des seuls pays au monde à connaître un système d’indexation automatique des salaires et des allocations sociales. Ce système implique que les salaires de la majeure partie des travailleurs du secteur privé, ainsi que les salaires des agents de la fonction publique, les allocations et les pensions s’adaptent d’une certaine manière à l’évolution des prix à la consommation. Une conquête qui a fêté ses 100 ans en 2020 et qui n’a cessé d’être dans le collimateur du patronat et de ses alliés. Comprendre comment cet acquis a été arraché, c’est se préparer à le défendre de la façon la plus efficace possible.

Guerre et flambée des prix… déjà

Aux massacres de la grande boucherie que fut la Première Guerre mondiale s’est ajoutée une phénoménale explosion des prix. En 1917, les prix de l’alimentation avaient augmenté de 100 à 300% par rapport à 1914 concernant les produits fournis par les magasins communaux de ravitaillement.

Mais la pénurie a également nourri le marché noir, où les prix étaient 1.500 % plus élevés. Une fois la guerre terminée, les prix sont restés nettement plus élevés. Ainsi, l’indice des prix de détail à Bruxelles (les prix de l’année 1914 instituant l’indice 100) s’établissait en moyenne à 350 en 1919, à 450 en 1920 et à 400 en 1921. Au sein des luttes du mouvement ouvrier, la revendication d’une hausse des salaires proportionnelle à la hausse du coût de la vie s’est faite plus pressante et s’est imposée à côté du combat pour la journée des 8 heures (obtenue en 1921).

On entend parfois dire que l’indexation et l’inscription dans la loi de la journée de travail de 8 heures sont, à l’instar du suffrage universel (universel masculin, 1919), en quelque sorte des ‘‘cadeaux’’ octroyés par la bourgeoisie pour remercier les travailleurs de leurs efforts durant la Grande Guerre. C’est faux. Le patronat n’a jamais rien cédé par bonté de cœur.

La guerre, accoucheuse de la révolution

Karl Marx faisait déjà remarquer à son époque que la guerre peut agir comme « accoucheuse de la révolution ». Le constat ne s’est pas démenti avec la Première Guerre mondiale, qui a été arrêtée par la révolution en Allemagne en 1918 à la suite de la Révolution russe de 1917 qui avait renversé la dictature tsariste puis instauré le premier état ouvrier au monde, la République des soviets (conseils).

Une vague de révolte et d’agitation – une véritable poussée révolutionnaire – a déferlé de pays en pays, grèves et soulèvements alimentés par le rejet des horreurs de la guerre et par l’inspiration de la victoire bolchevique en Russie. La bourgeoisie n’avait pas le choix : lâcher du lest ou bien risquer de tout perdre.

Imaginez qu’en 1919, pas moins de 733 grèves ont été comptabilisées par l’inspection du travail en Belgique ! Les revendications se concentraient sur une augmentation salariale de 100 %, la journée de travail des huit heures, l’instauration d’un salaire minimum et la reconnaissance des syndicats. Mais le pire n’était même pas là : les travailleurs gagnaient en confiance.

Cette année-là furent organisées les premières élections sous le principe « un homme, une voix » (à l’exception des veuves de guerre, les femmes devront attendre 1947 pour pouvoir voter). Pour la première fois depuis 1884, les catholiques perdirent leur majorité absolue. L’ancêtre du PS, le Parti ouvrier belge (POB), doubla ses scores électoraux et devint la seconde force politique du pays avec 24%. En Wallonie et à Bruxelles, il obtint même 36% des voix et devint la première force politique sur le plan électoral.

Mais le soutien de la direction du POB aux grèves fut fort timide. Celle-ci était effrayée par la tournure des événements. Elle avait décidé d’entrer dans un gouvernement bourgeois en 1916 et son président, Émile Vandervelde, s’était même rendu en Russie pour convaincre les soldats russes affamés de continuer le massacre des tranchées ! Pour la bourgeoisie, attirer le POB dans l’union nationale ouvrait la possibilité d’exercer un certain contrôle sur les troubles sociaux.

Le rapport de force, le rapport de force, encore et toujours le rapport de force

Les luttes ouvrières qui ont suivi la Première Guerre mondiale ont établi le caractère de masse des syndicats en Belgique. Cette lutte a conduit à des victoires telles que le suffrage universel masculin, la journée de travail des huit heures et la reconnaissance des syndicats. Une Commission de la vie chère fut aussi finalement créée. Ne disposant d’aucune donnée précise sur les différents postes du budget des ménages, la commission élabora un indice des prix de détail de type monétaire. Cet indice des prix de détail fut immédiatement saisi par le mouvement ouvrier dans plusieurs secteurs pour gagner une évolution salariale correspondante à cet indice.

En juillet 1920, les mineurs ont obtenu la première convention collective sectorielle pour lier les salaires à l’évolution de l’indice. Vers la fin de l’année, environ 13% des Conventions collectives de Travail prévoyaient un système d’indexation automatique des salaires. En 1924, à peine 4 ans plus tard, elles étaient déjà 73%. À partir de 1935, l’indice est également utilisé pour faire évoluer les allocations familiales et les pensions (pas encore les indemnités de chômage). L’augmentation du pouvoir d’achat des travailleurs en Belgique continua jusqu’à la grande dépression de 1929.

L’établissement de Conventions collectives de travail a établi de facto la reconnaissance syndicale en entreprise. Ce fut la porte ouverte pour une autre série de victoires autour de la Journée des 8 heures et de la semaine de 48 heures dans les mines, la métallurgie et les carrières, élargies à tous les secteurs en 1921.

C’est la création d’un rapport de force sur le terrain reposant sur la lutte qui a été déterminant et fondamental pour arracher tant l’indexation que la réduction collective du temps de travail.

Aujourd’hui, face à l’inflation galopante et face à la charge de travail intenable, ces reven-dications brillent d’un nouvel éclat. Inspirons-nous du combat héroïque mené il y a tout juste plus d’un siècle pour un mécanisme d’indexation qui traduise réellement – et directement – l’augmentation véritable du coût de la vie et pour garantir un travail acceptable à toutes et tous !

vendredi 23/09/22 Nicolas Croes

https://fr.socialisme.be/

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26 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

gasteiz 1976 (ballast)

espagne

Les drapeaux des nationalités pendant la guerre

Se souvenir du massacre de Vitoria-Gazteiz

En Espagne, si l’année 1975 est marquée par la mort du dictateur Franco, le régime autoritaire et répressif franquiste ne s’éteint pas avec lui. Jusqu’aux premières élections législatives, en 1977, les manifestations se multiplient dans le pays.
L’une d’elles se tient le 3 mars 1976 à Vitoria-Gasteiz, au Pays Basque. L’intervention de la police conduit à un massacre : cinq manifestants sont tués par balle, une centaine blessés. Depuis, le souvenir de l’événement fait l’objet d’un combat permanent. L’auteur du présent texte revient sur l’histoire récente d’un processus mémoriel qui, dans l’Espagne contemporaine, doit composer avec le déni des crimes perpétrés sous le régime franquiste.  Par Arnaud Dolidier

3 mars 1976. 18 000 personnes sont en grève à Vitoria-Gasteiz au Pays Basque. 80 usines sont fermées ou occupées par les travailleurs. Après la tenue de plusieurs assemblées dans ces dernières, des manifestations partent de façon simultanée des différents quartiers ouvriers de la ville. 12 000 personnes arrivent devant l’église San Francisco où une assemblée est prévue à 17 heures.

Parmi elles, 5 000 parviennent à rentrer dans l’édifice tandis que les 7 000 autres restent aux alentours, bloquées par la police qui encercle l’église. Elle procède à son évacuation en jetant des gaz lacrymogènes à l’intérieur, ce qui provoque la panique des grévistes qui se ruent hors du bâtiment. La police, comme en témoigne les enregistrements de leurs communications radio1 se sent acculée et menacée.

Au moment où les grévistes sortent de l’édifice, elle tire à balles réelles, provoquant une centaine de blessés, dont vingt graves, et la mort de cinq personnes. Deux jours plus tard, environ 70 000 travailleurs assistent aux funérailles des ouvriers tués. Puis le lundi 8 mars, une grève générale réunit 600 000 personnes dans la rue pour exiger la dissolution des corps de police armée et un procès pour les responsables du massacre du 3 mars. Ce jours-là, deux autres personnes meurent sous les balles.

1er juin 2021. Le roi d’Espagne Felipe VI et le chef du gouvernement Pedro Sánchez inaugurent à Vitoria-Gasteiz le Centre-mémorial des victimes du terrorisme. Il s’agit d’un musée dont l’accès est gratuit, où le public peut s’informer et rendre hommage aux 1 453 victimes du terrorisme comptabilisées depuis 1960, date de l’assassinat d’une enfant, Begoña Uñoz, par le DRIL2 jusqu’aux deux reporters espagnols David Beriain et Roberto Fraile, exécutés par Al-Qaeda en avril dernier. Si le mémorial englobe l’ensemble des actions terroristes des dernières décennies — de l’attentat de l’Hypercor par l’ETA le 19 juin 1987 en passant par celui de la gare d’Atocha de Madrid le 11 mars 2004 — il n’intègre pas les victimes de la répression franquiste et notamment celles du franquisme tardif, c’est-à-dire celles situées entre le 20 novembre 1975, date de la mort du dictateur, et juin 1977, moment des premières élections législatives depuis 1936. Bien qu’un nouveau régime mémoriel se soit consolidé durant les années 2000, accompagné de nouveaux termes comme « violations des droits de l’homme », « impunité », « crimes contre l’humanité », pour caractériser le passé franquiste, ce dernier n’est pas considéré comme un régime politique dont l’appareil répressif pourrait être qualifié de terrorisme d’État. Les victimes de la violence d’État franquiste, et notamment du second franquisme (1960–1977), ne sont donc pas reconnues officiellement comme telles.

Le pacte de silence érigé pendant la période dite de transition démocratique — un pacte d’oubli autant que d’amnésie —, scellé par la loi d’amnistie d’octobre 19773, a permis la libération des prisonniers politiques, mais a également garanti l’impunité aux criminels franquistes4.

La légitimité de cette loi a été remise en question par le mouvement citoyen de « récupération de la mémoire historique » qui a abouti en 2007 à la loi dite de « mémoire historique ». Cependant, le texte comporte de nombreux écueils. Si la loi de 2007 condamne officiellement le franquisme et déclare illégitimes les sentences prononcées par la dictature franquiste, elle ne les annule pas et n’affirme pas l’illégalité des tribunaux franquistes5.

Faisant face à ces manquements, les associations mémorielles se sont tournées vers la justice internationale pour les combattre. Elles ont aussi construit des instruments de lutte au service de la vérité, de la justice et de la réparation6.

Dans leur sillage, d’autres acteurs, comme l’association des victimes du massacre du 3 mars 1976, ont également entrepris des recours devant les tribunaux tout en déployant d’autres ressources afin d’être reconnus par l’État comme victimes du terrorisme et demander justice. Cette mobilisation s’articule à la volonté de combattre l’oubli de l’événement, un oubli qui s’explique en partie parce que la transition apparait, aujourd’hui encore, comme une période mythifiée, fondée sur un imaginaire politique où le processus de démocratisation aurait été pacifique et modérée. Pourtant, les travaux scientifiques de ces dernières années ont montré qu’après la mort du dictateur, le régime a employé la violence et la terreur pour mettre un terme aux mobilisations populaires d’une ampleur inédite, comme cela fut le cas à Vitoria7

(Extrait)

21 septembre 2022
Note:
Gasteiz est la capitale de l’Alava, une communauté basque avec le Guipuzcoa (San Sebastian-Donosti), la Biskaia (Bilbao). La Navarre ( Pampelune-Iruña) est à part.

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26 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

italie (the guardian)

italie

Turnout: Participation

Dossier : Italie, comment a-t-on pu en arriver là ?

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25 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

labour (the guardian)

labour

Les délégués travaillistes chantent l’hymne national à la conférence pour la première fois.

Keir Starmer ouvre la conférence du parti en rendant hommage à la reine et en chantant le God Save the King.

Keir Starmer a dirigé les membres du Labour dans des hommages à la Reine et une interprétation de l’hymne national – la première fois que l’hymne a été chanté à la conférence du parti.

Malgré les avertissements selon lesquels le chant serait susceptible d’attirer des protestations et des chahuts, le discours et l’hymne sont passés sans aucune protestation de la part des membres du parti, un moment qui, selon une source travailliste, est un grand signifiant de « la façon dont le parti a changé ».

M. Starmer a ouvert la conférence à Liverpool sous une bannière à l’effigie de la Reine, avec des Union Jacks de part et d’autre de la scène, et il a fait l’éloge de la Reine comme étant « le plus grand monarque de ce grand pays ».

Il a déclaré que la fin de son règne de 70 ans était l’occasion de rappeler le chemin parcouru par le pays depuis son accession au trône. « Un rappel que notre combat générationnel contre le mal du fascisme et l’émergence d’une nouvelle Grande-Bretagne sur les décombres de la seconde guerre mondiale n’appartiennent pas seulement au passé mais sont l’héritage de chacun d’entre nous », a-t-il déclaré.

« Alors que nous entrons dans une nouvelle ère, engageons-nous à honorer la mémoire de la défunte reine. Levons le col et faisons face à la tempête, gardons vivant l’esprit de service public qu’elle incarnait et laissons-le nous conduire vers un avenir meilleur. »

Les délégués ont observé une minute de silence avant de chanter le God Save the King. M. Starmer a été rejoint sur scène par son adjointe, Angela Rayner, et la présidente du parti, Anneliese Dodds.

Le chant de l’hymne national à la conférence du parti travailliste est « très étrange », selon Jeremy Corbyn – L’ancien leader travailliste Jeremy Corbyn avait critiqué la décision de chanter l’hymne national lors de la conférence du parti, estimant qu’il n’y avait pas de précédent.

Dans une interview accordée à la BBC, Jeremy Corbyn a déclaré qu’il était « très, très étrange » qu’une conférence du parti travailliste chante God Save the King. Il a déclaré : « Ils ne l’ont jamais fait auparavant, il n’y a jamais eu de demande en ce sens… En tant que pays, nous n’avons pas l’habitude de chanter l’hymne national à chaque événement auquel nous assistons.

« Nous ne le chantons pas dans les écoles, nous n’avons pas le lever du drapeau comme ils le font aux États-Unis et dans d’autres endroits. Nous ne sommes pas ce genre de, ce que j’appellerais, nationalistes à l’excès. »

Dim 25 Sep 2022

https://www.theguardian.com/

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25 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

réunification (fr3)

reunification

A Saint-Nazaire, manifestation pour une Bretagne réunifiée

La manifestation pour la réunification de la Bretagne a regroupé 500 personnes à Sain-Nazaire

Sur le port de Saint-Nazaire, les militants de l’association « Bretagne Réunie » et du Parti Breton ont rassemblé plus de 500 manifestants pour la réunification de la Bretagne. Ils espèrent la tenue prochaine d’une consultation sur les 5 départements

Après Redon l’année passée, les partisans de la Bretagne réunifiée se sont donnés rendez-vous à Saint-Nazaire pour marcher sous un même mot d’ordre : « la Loire-Atlantique dans la Bretagne ».

Rassemblement festif et politique

Le quartier du petit-Maroc, au bord de l’estuaire de la Loire, a pris des accents bretons cet après-midi. Stands bretons, bière bretonne et galettes saucisses au programme, de quoi occuper les manifestants en attendant les soutiens partis des Côtes d’Armor, du Finistère, du Morbihan et d’Ille-et-Vilaine. Les militants de « Bretagne Réunie » résidants en Loire-Atlantique étaient également présents avec des bretons de Nantes, de Pornic, du Pays de Retz, du Pays de la Mée (nord 44).

Le cortège de plus de 500 personnes s’est mis en marche aux couleurs du Gwen ha du et des sonneurs. Pancartes, banderoles, couvre chefs et autres badges, tout allait dans un seul sens : « le 44 en Bretagne »..

105 000 signatures pour le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne

L’association a déjà réuni 105 000 signatures en faveur du rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne et les responsables de « Bretagne Réunie » soutenus par le Parti Breton réclament une consultation à réaliser dans un cadre législatif avec un groupe de parlementaires trans-partisans. Selon l’association qui ne veut pas voir ce débat se banaliser : « on ne touche pas à l’identité d’une population sur un territoire donné ».

Le député des Côtes d’Armor Marc Le Fur, pourtant annoncé, n’était pas présent. Seule la vice-présidente de Nantes Métropole Aziliz Gouez a pris part à cette journée d’action. Elle appuie : « Le Pays nantais est un territoire breton depuis plus de 1 000 ans. Il correspond à l’actuel département de la Loire-Atlantique. » 

L’association se dit « contre la disparition programmée de la Bretagne dans un Grand Ouest totalement artificiel et inefficace ».

Pour le Parti Breton, également partie prenante de la manifestation il faut « obliger les partis politiques et les élus à se positionner et à s’engager sur la question. »

24/09/2022
Sarra Ben Chérifa, Elodie Soulard et Christophe François

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25 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

ukraine (le huff’)

ukraine-r

Guerre en Ukraine : des Tatars de Crimée aux opposants politiques, la mobilisation russe ne frappe pas au hasard

Des manifestants, parfois encore étudiants, ont reçu une convocation après leur interpellation pour manifestation contre la mobilisation des réservistes.

La guerre ou la prison pour se débarrasser des contestataires et des membres de minorités. Vladimir Poutine a annoncé cette semaine la mobilisation partielle des réservistes pour aller combattre en Ukraine et, face à la fuite à l’étranger de nombreux Russes, signé ce samedi 24 septembre des amendements prévoyant jusqu’à 10 ans de prison pour les militaires qui désertent ou refusent de combattre.

L’ordre de mobilisation concerne 300 000 personnes, le Kremlin comme le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, ayant assuré qu’aucun étudiant ne serait appelé et que les forces russes privilégieraient les réservistes ayant des compétences précises ou une expérience militaire. Mais dans les faits, les personnes appelées sont parfois loin de correspondre à ce profil.

« Demain tu pars à la guerre »

Selon l’ONG russe OVD-Info, plusieurs participants à des actions de protestation contre la mobilisation, notamment à Moscou, auraient reçu des « convocations au bureau d’enregis-trement et d’enrôlement militaire » à l’issue de leur détention. C’est ce qui est notamment arrivé à Mikhaïl, un musicien de 29 ans. Quelques heures après que Vladimir Poutine a annoncé mercredi la mobilisation de 300 000 hommes et femmes, il est allé protester sur l’avenue Arbat. Comme quelque 1 300 autres personnes à travers le pays, ce jour-là, il a été arrêté.

« Je m’attendais aux [procédures] habituelles : l’arrestation, le poste de police, le tribunal », raconte le jeune homme, joint jeudi au téléphone par l’AFP. « Mais s’entendre dire : ’Demain tu pars à la guerre’, (…) ça, c’était une surprise. » Il est loin d’être le seul à avoir vécu cette expérience. Après avoir été interpellé à ce sujet par un journaliste, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a jugé qu’il n’y avait là rien d’« illégal ».

Mikhaïl Souetine raconte qu’après son arrestation, les policiers l’ont conduit dans une pièce à part où ils ont voulu lui faire signer une convocation à se rendre dans un centre de mobilisation de l’armée. « « Soit tu signes ça, soit tu passeras dix ans prison » », l’ont-ils menacé, assure cet opposant à l’offensive.

Mikhaïl Souetine a refusé de signer la convocation, sur les conseils de son avocat. Et comme les amendements relatifs à la mobilisation n’étaient pas encore entrés en vigueur, il a été remis en liberté jeudi à 5h du matin. Cependant, les policiers l’ont prévenu que le puissant Comité d’enquête de Russie, chargé des investigations criminelles les plus importantes, serait informé de son refus et qu’il allait au-devant de « gros problèmes ».

18 ans, étudiant et mobilisé pour la guerre

Parmi les manifestants se trouvaient aussi des étudiants, dont certains ont aussi été convoqués, contrairement aux affirmations du régime de Poutine. Andreï, qui a fêté ses 18 ans la semaine dernière, était lui aussi allé manifester mercredi à Moscou. Il a été arrêté et s’est vu lui aussi présenter une convocation pour être mobilisé. Mais contrairement à Mikhaïl Souetine, l’adolescent a signé sous la « menace » le document, dont l’AFP a pu examiner une copie.

« C’était clair que je ne pouvais pas m’enfuir (…) J’ai regardé autour de moi et j’ai décidé de ne pas résister », dit-il. « Malheureusement, j’ai signé. » Pourtant, Andreï vient de commencer ses études à l’université. « Comme on dit ici, la Russie est un pays où l’ordre du possible est infini », remarque amèrement l’intéressé. Andreï, qui cherche encore un avocat, a finalement décidé de ne pas se rendre au bureau de mobilisation à l’heure dite, 10h jeudi. Et il ne sait pas quelles seront les conséquences.

Le peuple tatar ciblé par Poutine

Autre preuve que Vladimir Poutine se sert de la mobilisation pour se débarrasser de ceux qu’il estime gênant : le taux de Tatars de Crimée ayant reçu une convocation. Selon l’ONG SOS Crimée, citée par Franceinfo, la mobilisation générale vise très largement des membres cette minorité dans la région annexée par la Russie depuis 2014.

Selon eux, 90 % des ordres de mobilisation en Crimée ont été reçus par des Tatars, alors qu’ils ne représentent pas plus de 15 % de la population. « Une telle ampleur de la mobilisation peut conduire à un génocide caché du peuple tatar de Crimée », a dénoncé leur représentant, Yevgeny Yaroshenko.

Vendredi soir, dans son allocution quotidienne, Volodymyr Zelensky a lui aussi affirmé qu’en Crimée, « il y a des tentatives pour trouver et mobiliser autant d’hommes que possible », notamment parmi la minorité tatare. Il s’est ainsi adressé « à tous nos habitants dans le territoire temporairement occupé » pour les appeler à « faire l’essentiel » : « Sauvez vos vies et aidez-nous à affaiblir et à détruire les occupants. Cachez-vous de la mobilisation russe par tous les moyens. Évitez les lettres de conscription. Essayez de vous rendre sur le territoire libre de l’Ukraine », leur a-t-il dit.

Si échapper à l’enrôlement est impossible, « sabotez toute activité de l’ennemi, entravez toute opération russe, fournissez-nous toute information importante sur les occupants ».

Des preuves difficiles à recueillir

Mais les Tatars de Crimée ne sont pas la seule minorité concernée, même si les preuves sont difficiles à recueillir. « L’appel tombe le plus durement sur les communautés déjà les plus durement touchées par la guerre, en particulier les minorités ethniques », pointe le chercheur britannique Sam Green sur Twitter.

Le spécialiste souligne en particulier le cas des habitants du Daghestan, dans le Caucase, ou encore de la minorité iakoute en Sibérie. Le média d’opposition en langue russe et anglaise Meduza relate pour sa part la mobilisation accrue des réservistes en Bouriatie, région très pauvre à l’extrémité orientale de la Sibérie.

« Le racisme et le classisme font partie du processus. Les guerres sont presque toujours menées par les exclus, les marginalisés et les pauvres au nom des puissants — et la Russie ne fait pas exception à cet égard », souligne Sam Green.

OLGA MALTSEVA

https://www.huffingtonpost.fr/

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25 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

italie (médiapart)

Migrants Ital

Italie : derrière le triomphe annoncé de l’extrême droite, des élections aux multiples enjeux

Dimanche, les Italiens votent pour renouveler leur Parlement. Une élection décisive qui conclut une campagne morne mais pourrait porter l’extrême droite au pouvoir. Tour d’horizon des programmes et des enjeux.

Le dimanche 25 septembre 2022, les Italiens sont appelés à voter. Une élection importante pour la péninsule et pour l’Europe avec l’arrivée annoncée à la présidence du Conseil de la cheffe de file du parti néofasciste Fratelli d’Italia, Giorgia Meloni. Mais le processus des élections est complexe et les conditions de cette campagne ont été très particulières. Voici un tour d’horizon du fonctionnement et des enjeux du scrutin.

Pourquoi vote-t-on encore en Italie ?

La dernière élection générale en Italie a eu lieu en mars 2018 et la prochaine était prévue pour le printemps 2023. À l’issue des dernières élections, aucune majorité claire n’a émergé. Le Mouvement Cinq Étoiles (M5S) est le premier parti du pays mais ne peut gouverner seul. Une alliance se met alors en place avec la Ligue (Lega) de Matteo Salvini sous la direction de Giuseppe Conte, un avocat qui va devenir chef du M5S.

Cette coalition tombe en août 2019 et un deuxième gouvernement Conte est mis en place autour d’une alliance entre le M5S et la gauche. Mais en février 2021, le parti de l’ancien chef du gouvernement Matteo Renzi fait tomber Conte, qui est remplacé par Mario Draghi.

L’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), qui bénéficie d’une grande popularité, dirige alors une coalition formée de l’ensemble des partis du Parlement, à l’exception de Fratelli d’Italia à l’extrême droite et du parti de gauche. Mais le 14 juillet 2022, le M5S, qui cherche à redéfinir son positionnement politique, quitte la coalition en refusant de voter pour le nouveau plan d’aide contre l’inflation, provoquant la démission de Mario Draghi. Le président de la République lui demande de solliciter la confiance des assemblées.

Le 21 juillet, au Sénat, le gouvernement Draghi obtient la majorité relative, sans les voix du M5S et de la Ligue. En conséquence, il décide de confirmer sa démission, provoquant la dissolution du Parlement et de nouvelles élections.

Quatre élections en une

Entre 8 et 23 heures, ce dimanche, 51 442 983 électeurs italiens, y compris 4 987 898 résidents à l’étranger, sont appelés à renouveler le Parlement composé de la Chambre des députés et du Sénat. Après la décision de réduire le nombre d’élus, 400 députés et 200 sénateurs sont à élire.

Le système électoral est complexe et mêle des élections uninominales à un tour pour un tiers des élus et des élections de liste à la proportionnelle pour les deux tiers restants.

L’électeur aura à sa disposition deux bulletins, un pour la Chambre et l’autre pour le Sénat. Ces deux bulletins se divisent chacun en deux colonnes : une pour l’élection uninominale, l’autre pour le scrutin de liste.

Il peut cocher seulement le nom du candidat à l’uninominal et son vote est alors transmis à l’ensemble des listes constituant la coalition soutenant ce candidat. Il peut cocher une liste seulement, et son vote va automatiquement au candidat soutenu par cette liste. Enfin, il peut cocher le nom et choisir un parti précis au scrutin de liste dans la coalition qui le soutient.

Le vote est bloqué. Tout bulletin où l’électeur aura coché le nom d’un candidat à l’uninominal et, parallèlement, un parti d’une liste qui ne soutient pas ce candidat sera considéré comme nul. En revanche, on peut distinguer les votes entre Chambre et Sénat.

En Italie, le gouvernement doit obtenir la confiance des deux chambres (article 94 de la Constitution). Les circonscriptions sont différentes dans les deux chambres, tant pour le scrutin uninominal que pour le scrutin de liste. Mais la principale différence réside dans le niveau de répartition à la proportionnelle des listes : national pour la Chambre, régional pour le Sénat.

Une campagne courte, difficile et jouée d’avance ?

La campagne n’a pas passionné les foules en Italie. Elle a été extrêmement courte dans la mesure où elle a été impossible en août, mois par excellence des vacances. La réduction du nombre de parlementaires et les changements de circonscription ont rendu plus difficiles les actions de terrain. La campagne s’est donc jouée principalement dans les grands médias et sur les réseaux sociaux.

Le grand thème de la campagne a été la vie chère et l’inflation. Les Italiens sont profondément inquiets de la hausse des prix et de la récession à venir. Les partis ont multiplié les intentions, sans toutefois convaincre. La tentative d’une partie de la gauche de mettre en place une alerte sur le retour du fascisme n’a pas réellement pris dans l’opinion et a même été jugée par certains, notamment au Mouvement Cinq Étoiles, comme contre-productive. De son côté, la droite a dénoncé ces accusations comme « absurdes ». Globalement, l’intérêt pour la campagne a été très réduit.

La campagne a aussi été marquée par une forme de certitude. Le système électoral semble en effet devoir donner sans difficulté la majorité absolue à la droite, dans la mesure où la très grande majorité des circonscriptions uninominales lui semble acquise, compte tenu de la division des oppositions.

Pour toutes ces raisons, un des points qu’il faudra surveiller lors du scrutin sera l’abstention. Elle s’annonce très forte, parfois donnée à 40 %. C’est un chiffre qui serait historiquement élevé dans un pays où l’on vote traditionnellement beaucoup. En 2018, l’abstention était de 27 %, ce qui était le niveau le plus élevé de l’après-guerre.

Un « centre-droit » très à droite

Le paysage politique italien s’organise autour de quatre grandes forces politiques. La première est le « centre-droit », un terme trompeur forgé par Silvio Berlusconi et ses alliés dans les années 1990 pour dissimuler l’intégration dans la coalition de droite des néofascistes – à l’époque l’Alliance nationale (AN) de Gianfranco Fini – et de la Ligue – à l’époque Ligue du Nord.

Cette coalition regroupe aujourd’hui les mêmes composantes, avec un glissement à droite certain. L’alliance présente partout des candidats communs aux scrutins uninominaux et s’est mise d’accord sur un candidat commun à la présidence du Conseil, celui du parti arrivé en tête au scrutin de liste national. Mais les programmes sont parfois différents.

Si Forza Italia (FI) est toujours présent, il est très affaibli et devrait obtenir moins de 10 % des voix. C’est un parti désormais focalisé sur les milieux d’affaires et une partie des artisans et des petits patrons. Son programme est celui d’une droite européenne et néolibérale classique, mais il est surtout centré sur la personnalité de Silvio Berlusconi.

À 85 ans, l’ancien président du Conseil, de 1994 à 1995, de 2001 à 2006 et de 2008 à 2011, a mené une campagne très personnelle, notamment sur le réseau social TikTok, où il a multiplié les sorties burlesques, tuant là une mouche en direct, invitant ici les femmes « dont il a toujours recherché l’amour » à voter pour lui.

Le deuxième larron de la coalition, c’est la Ligue de Matteo Salvini. Ce dernier a transformé l’ancien parti autonomiste d’Umberto Bossi en un parti d’extrême droite national. Son programme reste obsédé par les arrêts des « débarquements de migrants » et par la lutte contre l’insécurité. Sur le plan fiscal, sa grande idée, agitée depuis longtemps, est la flat tax, un taux unique de 15 % pour l’impôt sur le revenu. Depuis le début de la crise énergétique, la Ligue est devenue favorable au nucléaire, position partagée par ses alliés de droite.

Depuis 2017, le parti a abandonné sa volonté de sortir de l’euro et l’a remplacée par l’idée vague d’une plus grande autonomie des États dans l’Union européenne (UE). La Ligue est soupçonnée depuis des années de liens financiers avec la Russie, qu’elle a toujours niés, mais elle s’est retrouvée à nouveau dans la tourmente lors de la parution aux États-Unis d’un document sur le financement russe des partis politiques européens. En revanche, durant la campagne, Matteo Salvini a critiqué l’efficacité des sanctions contre la Russie et leur impact sur l’inflation en Italie.

Aujourd’hui, la Ligue, qui est un des plus anciens partis politiques d’Italie, est en perte de vitesse, y compris dans ses bastions du Nord. Sa participation au gouvernement Conte en 2018 puis son soutien au gouvernement Draghi lui ont coûté son image d’alternative et de force d’opposition.

Cette image est aujourd’hui reprise par Fratelli d’Italia (FdI), dirigé par Giorgia Meloni, 45 ans. Initialement issu de ceux qui, parmi les néofascistes, refusaient le caractère modéré de l’Alliance nationale, ce parti bénéficie de son refus de soutenir le gouvernement Draghi en 2021, ce qui lui permet de se présenter comme une force d’opposition. FdI s’est beaucoup efforcé de polir son image en simple parti conservateur, mais il reste très fortement ancré dans la tradition néofasciste.

Fratelli d’Italia a ainsi conservé sur son logo la flamme tricolore du parti néofasciste MSI (qui a aussi inspiré la flamme du Front national) et ses prises de position en font un parti clairement situé à l’extrême droite. On y trouve ainsi une obsession de la défense et de la glorification de l’identité nationale italienne et de la politique familiale.

Outre des soutiens fiscaux aux familles, FdI entend ainsi réformer le droit à l’avortement pour le durcir (officiellement pour « donner plus de choix aux femmes »), dans un pays où ce droit est déjà minimal. Le programme de ce parti entend aussi lutter contre les « déviances » qui frappent la jeunesse, et qui vont de l’alcoolisme à l’obésité, en passant par les jeux de hasard. Cette lutte passera par « le sport et la culture », dans une tradition qui n’est pas sans rappeler la vision fasciste de la jeunesse.

Sur le plan économique, FdI défend le « made in Italy » par la baisse des impôts de production. Une politique néolibérale classique (qui participe d’ailleurs de sa banalisation) à laquelle s’ajoute l’habituelle amnistie fiscale. Un des points d’interrogation souvent avancés est l’engagement européen de Fratelli d’Italia.

Giorgia Meloni prétend certes vouloir réviser le plan national de relance et de résilience (PNRR) européen, mais elle se prétend désormais attachée à l’UE et a affiché un soutien sans faille à l’Ukraine et à l’Otan. Son modèle semble se situer entre la Pologne et la Hongrie.

Fratelli d’Italia est actuellement donné en tête de la coalition dans les intentions de vote, ce qui amènerait Giorgia Meloni au Palais Chigi, le Matignon italien. Mais la fin de campagne a vu se multiplier les tensions avec Silvio Berlusconi et Matteo Salvini, l’enjeu étant le rapport de force interne à la coalition.

Le centre-droit est aussi constitué de plus petites formations centristes regroupées sous l’expression de « Noi, moderati » (« Nous, les modérés ») et dans l’Union démocratique du centre (UDC), une des anciennes structures issues de la Démocratie chrétienne.

Le centre-gauche peu convaincant

Le principal opposant à la coalition de droite est la coalition menée par le Parti démocrate (PD). Le PD est le lointain héritier du Parti communiste italien (PCI), dont il conserve certaines places fortes en Toscane ou en Émilie-Romagne, mais son positionnement est désormais beaucoup plus au centre. Il est dirigé par Enrico Letta, qui a été président du Conseil en 2013 avant d’être renversé par un coup d’État interne mené par Matteo Renzi.

Comme beaucoup de partis sociaux-démocrates en Europe, le PD a mené de nombreuses réformes néolibérales en Italie et a soutenu les gouvernements « techniques » du pays chargés, comme le gouvernement Monti, de mettre en place les réformes structurelles. La dernière réforme du marché du travail, le Jobs Act, a ainsi été appliquée sous sa direction en 2014. Ce positionnement lui a aliéné une partie de l’électorat populaire qui a cédé aux sirènes de la droite, notamment dans le Nord, ou du M5S, plutôt dans le Sud.

Dans cette campagne, Enrico Letta a tenté de renouer avec un discours un peu plus à gauche, notamment en défendant un blocage des prix de l’énergie ou en voulant « dépasser » le Jobs Act. Mais tout cela est resté assez modéré et flou. Sur le salaire minimum, qui n’existe pas en Italie, le programme du PD est par exemple celui d’accords collectifs.

En fait, le PD est resté coincé dans une alliance très large, plutôt fourre-tout, où l’on retrouve les centristes de +Europa d’Emma Bonnino, ancien soutien de Mario Monti, et la scission centriste du M5S d’Impegno Civico (« Engagement citoyen ») du ministre des affaires étrangères Luigi Di Maio.

En parallèle, la coalition intègre l’alliance entre la Gauche italienne (Sinistra Italiana, SI) et les Verts, qui n’ont pas soutenu le gouvernement Draghi et défendent un programme beaucoup plus à gauche (notamment un salaire minimum national et l’indexation des salaires).

Globalement, Enrico Letta ne semble pas avoir convaincu dans cette campagne et s’il pouvait mener la coalition principale de l’opposition, cela sera insuffisant pour poser problème à la coalition de droite.

Le Mouvement Cinq Étoiles va decrescendo

La grande erreur d’Enrico Letta a été de ne pas pouvoir élargir cette coalition de façon suffisante. Il a d’emblée refusé toute alliance avec le Mouvement Cinq Étoiles de Giuseppe Conte, sous prétexte que ce dernier avait provoqué la chute du gouvernement Draghi.

Le M5S est donc parti seul dans cette campagne. Sa participation au gouvernement, ses divisions internes, ses incertitudes sur son positionnement ont beaucoup affaibli le parti, qui ne pourra plus renouveler l’exploit de 2018, où il avait obtenu 32 % des voix.

Pour autant, le M5S ne s’effondre pas et pourrait obtenir près de 15 % des voix, ôtant à la coalition de gauche les moyens de venir s’opposer directement à la droite. Giuseppe Conte est assez populaire et a fait une bonne campagne, notamment dans le sud du pays, où le M5S avait fait ses meilleurs scores en 2018. Il semblait, en fin de campagne, que le parti remontait.

Jadis « ni de droite, ni de gauche », le parti fondé par le comique Beppe Grillo revendique désormais un positionnement à gauche et dans le domaine de l’écologie. Le M5S défend ainsi un salaire minimum national, la lutte contre le précariat, la baisse du temps de travail et des investissements publics.

Un de ces points principaux dans la campagne a été la défense du « revenu citoyen », une forme de RSA dont il est à l’origine. Ce revenu est dans la ligne de mire de la droite, qui veut le supprimer ou le limiter, et du centre, qui veut le rendre conditionnel à une formation ou à un emploi.

Les centristes dans la lignée de Draghi

L’autre allié potentiel du PD était ce que les Italiens appellent le Terzo Polo (TP, « Troisième Pôle »), constitué de deux principaux partis : Italia Viva, de Mateo Renzi, et Azione, de Carlo Calenda. Le premier est l’ancien président du Conseil et leader du PD de 2014 à 2016. Il a depuis créé son propre parti sur une ligne néolibérale.

Carlo Calenda, ancien cadre de Ferrari, puis proche de Mario Monti, a de son côté été ministre du développement économique d’Enrico Letta et Matteo Renzi de 2013 à 2016. Il a aussi fondé son propre parti et défend régulièrement ses idées dans des livres à succès.

L’alliance de ces formations avec le PD a été un temps signée, avant que, finalement, le pacte ne soit rompu sous prétexte de l’intégration de Sinistra Italiana dans la coalition. Mais, en réalité, pour les centristes, l’alliance de centre-gauche n’ayant aucune chance de gagner, il semblait plus intéressant en termes électoraux de faire campagne seuls.

La campagne du Terzo Polo s’est centrée sur la poursuite de l’expérience Draghi. Les deux partis ne cachent pas leur volonté de rétablir Mario Draghi à la présidence du Conseil, même si ce dernier, à la différence de Mario Monti, refuse de faire campagne. L’essentiel du programme est proche de ce qu’est celui d’Emmanuel Macron en France : baisse des impôts, conditionnalité du revenu de citoyenneté, soutien au nucléaire, renforcement du pouvoir des experts, soutien à « l’innovation ».

Sur le salaire minimum, son introduction devra être négociée par les partenaires sociaux, tandis que le Terzo Polo défend l’idée d’une personnalisation accrue du président du Conseil, qui serait directement élu.

Ces positions, qui se présentent comme « modernistes », séduisent un électorat urbain et bourgeois mais peinent à s’implanter. Le score qui leur est promis est proche de ce qu’avait obtenu Mario Monti en 2013 (8,6 % des voix).

Pour les petits partis, une place au Parlement pas garantie

Pour obtenir une représentation au Parlement, il faut obtenir au moins 3 % des voix au niveau national. La marche sera haute pour les 13 petits partis qui se présentent aux voix des Italiens. Parmi eux, on peut citer Italia Sovrana e Popolare (ISP, « Italie souveraine et populaire »), parti anti-européen, prorusse et antivax, mais aussi Italexit, sorte d’UPR locale, qui demande la sortie de l’Italie de la zone euro et de l’UE.

À gauche, on trouve l’Union Popolare (UP, « Union populaire »), une alliance de l’ancien Potere al Popolo ! (PaP, « Le Pouvoir au peuple ! »), qui avait obtenu en 2018 1,13 % des voix, avec le Partito della Rifondazione Comunista (PRC, « Parti de la refondation communiste »), parti historique de la gauche issu de la scission du PCI refusant le tournant du parti.

Dirigée par l’ancien maire de Naples Luigi de Magistris, cette coalition porte la voix d’une gauche plus radicale que celle de la coalition dirigée par le PD, avec des positions qui ne sont pas sans ressembler à celles de La France insoumise (l’UP a d’ailleurs reçu le soutien de Jean-Luc Mélenchon).

Dans son programme, l’Union populaire, qui a mené une campagne de terrain très active, défend le gel du prix de l’énergie, des nationalisations, un salaire minimum de 1 600 euros par mois, l’indexation des salaires et des pensions sur l’inflation, l’abolition du Jobs Act, la défense des services publics et des droits civiques, une politique écologique ambitieuse sans le nucléaire et la lutte contre la mafia.

L’UP a une force, la présence de Luigi de Magistris, qui est assez populaire et connu, et qui n’avait pas participé à la campagne de 2018, mais elle a un problème tant la gauche italienne est peu présente dans le débat public, où dominent les idées néolibérales. Par ailleurs, l’Union populaire subit la concurrence du M5S sur certains sujets.

Et après ?

Après les élections, le président de la République Sergio Matarella aura pour tâche de nommer un nouveau président du Conseil qui devra obtenir la confiance de la Chambre et du Sénat. Même s’il s’est défendu de tout « automatisme », il semble impossible pour lui de refuser de nommer le ou la leader du parti de la coalition majoritaire, sous peine de déclencher une crise politique dont il sortirait affaibli.

Il y a donc fort à parier que Giorgia Meloni deviendra la première présidente du Conseil de l’histoire italienne. Reste ensuite à savoir quels seront les rapports de force internes à la coalition. Matteo Salvini, qui s’est longtemps vu premier ministre, acceptera-t-il de rester dans l’ombre ? Si la défaite de la Ligue est lourde, notamment dans le Nord, sa stratégie, menée depuis 2011, sera-t-elle remise en cause en interne ? Et, compte tenu des divergences entre FdI, FI et la Ligue, la coalition tiendra-t-elle pendant cinq ans ?

Une autre incertitude réside dans les relations de cette coalition avec l’Union européenne. Mais, comme on l’a vu, sur les sujets économiques et géopolitiques, les néofascistes se sont efforcés d’être très compatibles avec la ligne dominante. Dans Le Monde du 22 septembre, la secrétaire d’État française à l’Europe, Laurence Boone, a ainsi indiqué que « sur l’essentiel des sujets, nous sommes plus ou moins alignés avec Giorgia Meloni ».

Il n’en reste pas moins que si la campagne n’a guère porté sur la question du retour du fascisme au pouvoir mais plutôt sur la vie chère, la prise du pouvoir par Fratelli d’Italia pourrait marquer une rupture dans la société italienne avec des mesures autoritaires et réactionnaires.

Romaric Godin 24 septembre 2022

https://www.mediapart.fr/

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