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02 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

état (npa)

macron ecolo

La crise marque-t-elle le retour de l’État ?

Souveraineté de l’État…

(…) Non seulement les États ont interrompu les circulations internationales, les interactions sociales et donc de larges pans de l’activité économique, mais ils ont presque immédiatement pris des mesures massives de soutien à l’économie.

En France, le chômage partiel concernait 8,6 millions de salariés en avril : un tiers des salariéEs du privé étaient payéEs par l’État ! Aux États-Unis, Trump et le Congrès sont rapidement parvenus à un accord de 2 200 milliards de dollars (12 % du PIB), comprenant l’envoi à la plupart des américains (les non citoyens étant exclus du dispositif) d’un chèque de 1 200 dollars, sur lesquels était inscrit le nom de Trump, tel un souverain battant monnaie.

L’action économique de l’État se poursuit d’ailleurs, et le fait que Merkel et Macron utilisent le niveau supranational comme relai de leurs politiques3 ne remet pas en cause la centralité des États dans la gestion de la crise.

ll serait pourtant erroné de penser la situation comme une reconquête par les États de leur souveraineté économique, que ce soit contre les institutions internationales, les banques centra-les ou les règles limitant les déficits. Les interventions massives des États, pour interrompre comme pour relancer l’activité, n’ont pas été décidées par un acte de souveraineté faisant « passer la santé devant l’économie » comme l’a dit Macron dans son discours du 14 juin, et ne marquent pas la fin du néolibéralisme4. Elles ont simplement été prises car la reproduction du capitalisme était défaillante.

…ou reproduction du capitalisme

Marx écrit dans le Manifeste du parti communiste (1847), que « le gouvernement moderne n’est qu’un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière ». Et Engels dit dans l’Anti-Dühring (1878) qu’il est « l’organisation que la société bourgeoise se donne pour maintenir les conditions extérieures générales du mode de production capitaliste. […] Il est le capitaliste collectif en idée ».

Les États capitalistes se définissent par leur fonction, qui est de permettre la reproduction du système capitaliste et de favoriser l’accumulation du capital. Au cours de la crise, c’est cette fonction que les États capitalistes ont continué à remplir (avec plus ou moins d’efficacité selon les pays).

L’État peut remplir cette fonction en intervenant dans au moins trois domaines.

D’abord, il a un pouvoir coercitif, et peut réprimer ce qui menace la domination de classe en vigueur (un tel pouvoir est au cœur de l’État dans toute société de classe). Ce rôle correspond largement à ce que Pierre Bourdieu appelle la « main droite » de l’État (armée, police, justice, prisons, etc.).

En second lieu, l’État prend en charge une partie (plus ou moins importante selon les époques) de la reproduction de la force de travail : sa « main gauche » est ainsi constituée de tous les services publics qui forment les futurs travailleurs (éducation), maintiennent en vie la population (santé) ou assurent certains moyens de subsistance pour les périodes de non-emploi (sécurité sociale), etc.

Enfin, l’État joue un rôle directement économique de régulation et de stabilisation relative du système capitaliste, toujours menacé par le chaos du marché.

En temps normal, hors période de crise, l’État néolibéral cherche à intensifier l’accumulation du capital en limitant son « poids » économique, et en maximisant les sources possibles de profit (privatisations, partenariats public-privé, etc.).

Il affaiblit donc les services publics, ce qui implique que la reproduction de la force de travail sera assurée dans une plus grande proportion soit par le secteur marchand (cliniques privées ou EPHAD dans la santé, par exemple), soit par les femmes au sein des foyers5.

Tout cela sert l’accumulation du capital mais rend la société plus vulnérable à la crise sanitaire et accélère l’advenue de la crise économique. Mais cela ne signifie pas qu’un tel État soit faible. Il agit (« réforme ») au contraire frénétiquement, il diffuse l’idéologie néolibérale (qui, en faisant de l’entreprise et du marché les valeurs suprêmes, nie pourtant l’importance de l’État), et il conserve un rôle économique fondamental, bien que diffus et discret.

Lorsqu’une crise advient, l’État capitaliste (néolibéral ou non) intervient d’une manière plus directe et visible, précisément parce que le système dont il doit garantir la reproduction est grippé, voire menacé.

Lors d’une crise économique (en 2008, ou cette année) il pourra adopter des politiques de relance voire des nationalisations provisoires. Lors d’une crise socio-politique (comme en 1945 ou 1968), il pourra négocier, céder du terrain ou accorder de nouveaux droits politiques et sociaux, afin de retrouver une certaine stabilité et garantir la pérennité du capitalisme. Et, lors de la crise sanitaire inédite que nous vivons, il a été contraint d’interrompre les activités sociales et économiques en confinant la population.

Dans ce cas, cela a impliqué des coûts économiques pour les capitalistes (une minorité de secteurs, comme l’économie numérique, en tirant toutefois profit), malgré les efforts de l’État pour les limiter au maximum en faisant travailler la population autant que possible durant le confinement et en faisant reprendre l’activité à tous au plus tôt.

Mais si les dirigeants des États capitalistes ont accepté ces coûts économiques, c’est parce qu’à leurs yeux il n’y avait pas d’alternative à la fois pour maintenir leur propre position de pouvoir et pour éviter que le système capitaliste soit bouleversé.

Les risques d’un non-confinement (et donc de la mort de dizaines ou centaines de milliers de personnes en France) étaient vraisemblablement trop grands : scandale politique, surtout si les dirigeants des pays voisins avaient choisi de confiner ; instabilité et troubles sociaux d’une ampleur difficile à anticiper ; avec, de toutes façons, une crise économique importante.

Il est révélateur que les dirigeants qui ont pris le moins de mesures gênant l’activité économique (à court terme) soient ceux qui, comme Bolsonaro et Trump, craignent le moins le scandale et la polarisation de l’opinion, puisque ce sont leurs éléments naturels.

Au Brésil et aux États-Unis, du reste, de nombreuses mesures de type confinement ont été prises au niveau régional, et il en a découlé une crise politique au sein de l’appareil d’État, entre le niveau fédéral et le niveau régional (crise symbolisée par les insultes publiques de Bolsonaro aux gouverneurs des provinces de Rio de Janeiro et São Paulo) ; il s’agissait au fond d’un désaccord sur la meilleure manière pour l’État de remplir sa fonction de reproduction du capitalisme (désaccord qui recoupe des styles politiques différents).

Si l’aspect sanitaire de la crise est inédit, son aspect économique est plus simple à analyser, puisque l’on a encore en mémoire la crise de 2008. Le rôle de garantie en dernier ressort du système capitaliste par l’État est dans ce domaine parfaitement clair.

Il s’agit de remplir cette fonction en prenant des mesures d’exception (Romaric Godin a employé l’expression suggestive de « flash keynésien »), mais en s’efforçant de revenir dès que possible à la norme néolibérale et à un État plus discret (même si cela peut s’avérer de plus en plus difficile, comme le montre par exemple la nécessité pour la BCE de mener continûment depuis 2015 des opérations de Quantitative easing, c’est-à-dire de rachat de dettes à des acteurs financiers).

Le discours néolibéral essaiera donc bien vite de faire oublier le supposé retour de l’État, et les dirigeants invoqueront à nouveau de prétendues contraintes insurmontables (l’économie, la nécessité de réformer, les traités européens, etc.) entravant son action. (…)

Le gouvernement français a pris soin (par calcul délibéré ou par blocage idéologique, peu importe) de ne prendre aucune mesure qui créerait un précédent sur lesquels les classes populaires pourraient prendre appui.

Ainsi, l’interdiction des licenciements durant le confinement, un temps évoquée dans les médias (et que l’État espagnol a adoptée le 27 mars, évidemment à titre de « parenthèse »), a rapidement été écartée par E. Philippe.

De même, aucune nationalisation n’a eu lieu, même celles des entreprises pouvant produire des masques, des tests ou des appareils respiratoires, alors que cela aurait permis non seulement de sauver des vies mais aussi, vraisemblablement, de déconfiner plus tôt et donc de limiter les pertes des capitalistes.

Alors que le pouvoir macroniste avait mis les réformes de l’assurance chômage, des retraites et de l’enseignement supérieur et de la recherche (LPPR) en pause afin d’élargir sa base sociale (ou du moins de neutraliser partiellement les oppositions par une pseudo-union nationale) durant la phase la plus périlleuse de la crise, il repart à la charge à la première accalmie.

Enfin, si l’État néolibéral a injecté de l’argent dans l’économie, il ne l’a fait qu’au profit direct ou indirect des entreprises, même dans le cas des mesures qui étaient en apparence destinées aux salariés, comme le chômage partiel (les fraudes des entreprises ont été massives puisqu’il est estimé que 24 % des salariéEs payés au chômage partiel auraient en réalité travaillé6).

Si des mesures peuvent constituer un précédent, ce sont celles qui reviennent sur des conquêtes sociales. Le 25 mars, le gouvernement, habilité par la loi d’urgence sanitaire à légiférer par ordonnance (ce qui est en soi une procédure antidémocratique, renforçant le pouvoir accru de l’exécutif dans le sens d’un « étatisme autoritaire », pour reprendre une expression de Nikos Poulantzas) a ainsi donné aux entreprises de certains secteurs (là encore par décret) le droit d’augmenter les durées horaires maximales du travail, d’augmenter la durée maximale de travail quotidien des travailleurs de nuit, de faire travailler le dimanche sans autorisation administrative, etc7.

Cette ordonnance est, en l’état actuel, en vigueur jusqu’à la fin de l’année8. Macron a du reste annoncé à la population le 14 juin qu’il allait falloir travailler et produire plus pour entamer la « reconstruction » économique, c’est-à-dire pour payer la crise, sans donner plus de détails sinon qu’il n’y aurait pas d’augmentations d’impôts.

Si l’on se penche sur les autres domaines d’action de l’État, et que l’on reprend la métaphore des deux mains de Bourdieu, on peut dire que l’État capitaliste est intrinsèquement droitier. Il peut être contraint, par des mobilisations de masse et un rapport de force plus favorable aux subalternes, comme entre 1945 et les années 1970, de renforcer également sa main gauche.

À l’inverse, c’est à une atrophie volontaire de cette dernière que l’époque néolibérale correspond. Et il faut remarquer, sans que cela implique de contester l’utilité sanitaire du confinement, que c’est bien sa main droite que l’État a utilisée pour empêcher les personnes de circuler et de se réunir (notamment car les services publics de santé avaient été trop affaiblis pour pouvoir prendre en charge à eux seuls la crise sanitaire).

Et il l’a fait d’une manière particulièrement brutale, la police ayant provoqué la mort de 12 personnes pendant le confinement. L’État s’est du reste donné des moyens de muscler encore sa main droite à l’avenir, créant là aussi des précédents (en France et ailleurs) : drones de surveillance, traçage numérique des populations, capteurs de température, autorisation de sortie, etc9.

Le gouvernement a même tenté de prolonger l’interdiction des manifestations (interdiction finalement suspendue par le Conseil d’État, les luttes passées ayant permis de faire reconnaître dans le droit comme une « liberté fondamentale » le fait de manifester).

La crise actuelle intensifie donc les tendances autoritaires de l’État néolibéral.

La révolte internationale en réaction à l’assassinat de George Floyd, et en France à celui d’Adama Traoré, révolte dirigée contre le racisme et l’oppression policière (subie avec une intensité particulière pendant le confinement) est cependant en mesure de s’opposer à ces tendances.

La main gauche de l’État a évidemment joué un rôle décisif dans la crise sanitaire, grâce au courage et à l’abnégation des soignantEs. Malgré les proclamations du pouvoir (Ségur de la santé), il ne souhaite vraisemblablement rien faire pour la renforcer, à l’exception de quelques décisions peu coûteuses comme le renouvellement des stocks de masques (qui avait été abandonné depuis 2013), et d’une reconnaissance symbolique (applaudissements, médailles, etc.).

Notre camp peut cependant contraindre l’État à prendre de véritables mesures en établissant un puissant rapport de forces, à partir des grèves et manifestations des soignantEs dont la lutte, qui ne s’est pas interrompue depuis plus d’un an, a trouvé une intensité nouvelle après le confinement.

Plus encore que celle de 2008, la crise actuelle démontre que, malgré toutes ses défaillances, si l’État ne peut pas tout, il peut beaucoup, mais que sa puissance est au service du système capitaliste. Elle révèle donc ce qu’ont de faux les deux idéologies dominantes symétriques : le discours néolibéral qui veut faire oublier le rôle de l’État ; le discours étatiste-souverainiste qui veut laisser penser que l’État est parfaitement autonome.

Si dans la situation actuelle le pouvoir cherchera à renforcer encore les tendances néolibérale et autoritaire de l’État, les deux principaux mouvements post-confinement, le mouvement des soignantEs et le mouvement antiraciste (contre les violences policières et pour les sans-papiers) constituent déjà une résistance puissante et déterminée contre ces deux tendances. (Résumé)

Mardi 30 juin 2020 Yohann Emmanuel

https://npa2009.org/

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28 juin 2020 ~ 0 Commentaire

adelante andalucia (el diario)

 rodriguez

Teresa Rodriguez (Anticapitalistas) avec le drapeau andalou

Adelante Andalucía

« Guerre civile » entre IU, Podemos et les Anticapitalistes

La confluence de gauche créé il y a deux ans par Teresa Rodríguez et Antonio Maíllo n’a pas réussi à devenir une alternative au PSOE, a perdu des voix et des sièges et a vu le premier gouvernement andalou de droite entrer en fonction. Aujourd’hui, elle est sur le point de se disloquer

À l’automne ensoleillé de 2018, Teresa Rodríguez et Antonio Maíllo voyageaient ensemble lors de la première campagne électorale d’Adelante Andalucía. Tous les partis à gauche du PSOE s’étaient unis sous une même bannière : Podemos, IU et deux groupes andalous plus petits.

Rodríguez et Maíllo ont réussi à réunir deux courants de la gauche andalouse qui, historiquement, s’étaient toujours donné des coups de pieds : ils s’étaient déjà affrontés dans les années 1990 – lorsque la leader de Cadix a quitté IU – et en 2015, avec l’irruption de Podemos, ils étaient rivaux politiques.

La vieille garde communiste, qui avait gouverné pendant deux ans avec le PSOE de Susana Díaz, n’a jamais fait confiance au parti violet. « En Andalousie, ce sont les trotskystes de toujours, ceux qui nous ont traités de traîtres pour avoir gouverné avec le PSOE ou simplement pour avoir gouverné », a déclaré un ancien dirigeant communiste.

Pour Antonio Maíllo, c’était différent, car il a dû gérer le déclin de IU peu après avoir pris les rênes de la fédération. Il a subi l’impact émotionnel de son expulsion du gouvernement par Susana Díaz (PSOE), puis le désordre dans les comptes du parti, hérités de son prédécesseur, Diego Valderas, et enfin le vertige de sentir que IU « pouvait s’éteindre de la scène politique » face à l’irruption de Podemos.

Ces trois facteurs expliquent en partie pourquoi l’ancien dirigeant de l’IU rompt avec ses prédécesseurs, nie le rôle que son parti a joué dans le gouvernement de coalition avec les socialistes – « on ne peut pas faire confiance au PSOE » – et s’engage avec Teresa Rodríguez dans la construction d’Adelante Andalucía.

Podemos contre Izquierda Unida

Lors des élections régionales de 2015, Podemos a obtenu 15 députés, avalant presque IU, qui est passée de 12 à 5 députés. Dans cette campagne, la formation violette ne s’est pas présentée comme un « parti de gauche ».

Pablo Iglesias et son groupe avaient réinventé le langage politique, ils étaient dans la transversalité, l’axe droite-gauche était la « vieille politique ». IU a été vilipendée par les « mauves » (ou « violets »), qui ont certifié une « punition aux urnes » pour avoir conclu un pacte avec le PSOE « en échange de quelques sièges au Conseil de direction ».

« Laissez Toni Valero [actuel dirigeant de l'IU] me raconter une seule expérience en Andalousie où IU a amélioré ses résultats électoraux après avoir gouverné avec le PSOE », a déclaré la native de Cadix deux ans plus tard, après avoir quitté Podemos parce que celui-ci était entré au gouvernement de Pedro Sánchez (PSOE).

Ce que dit Teresa Rodríguez est vrai: à l’origine du débat politique sur Adelante, il y avait déjà deux prémisses qui, en fin de compte, ont provoqué la rupture de la femme de Cadix avec Podemos : d’une part, la revendication d’une force de vocation andalouse avec une autonomie politique, sans la tutelle de Madrid. Un « nouveau sujet politique andalou », comme l’ont appelé les deux partenaires.

Le problème est que cette aspiration se chevauche avec le conflit interne entre Rodríguez et Iglesias. Le Podemos Andalucía, basé à Cadix, voulait une autonomie politique, organique et économique, et le Madrilène n’a jamais cédé à ces exigences, car il ne voulait pas de barons territoriaux, ni d’un parti aussi décentralisé. (C’est aussi la position de JLM blog)

« Ce qu’on a gagné dans les congrès andalous, on l’a perdu plus tard à Vistalegre » (congrès de Podemos), a-t-elle admis. Au milieu de cette lutte interne, Rodríguez a enregistré trois partis politiques : Marea Andaluza ; Adelante Andalucía et Anticapitalistas Andalucía.

Iglésias l’a accusée dès le début de « mettre en place une formation politique indépendante ». IU l’accuse maintenant de « détourner » la marque Adelante, qui était à l’origine une coalition électorale, pour créer ce parti indépendant que Podemos Andalucia ne lui a pas permis d’avoir.

Se rapprocher le PSOE

L’autre prémisse initiale à Adelante était le veto pour gouverner avec le PSOE partout, avec la conviction que « les socialistes s’approprient vos réalisations et vous font avaler leurs contradictions ». « Avec le PSOE, même pas mort », a crié M. Rodríguez depuis la tribune du Parlement andalou. Cette partie a été difficile à expliquer aux responsables intermédiaires et institutionnels de l’IU lors de la finalisation du pacte de confluence.

En mai 2017, Podemos Andalucía a publié son premier document officiel avec les conditions qu’il propose pour que IU puisse concourir ensemble aux élections régionales et municipales. Dans ce texte,  Rodríguez décrit le PSOE andalou comme « un parti irrécupérable pour la gauche tant qu’il reste aux mains de Susana Díaz », souligne qu’ »ils ne gouverneront jamais avec les socialistes » et « invite » IU à rompre avec le PSOE dans toutes les municipalités où ils gouvernent ensemble, comme condition pour se présenter aux élections municipales.

Les maires, la vieille garde du PCA et de nombreux cadres de la classe moyenne se sont sentis « humiliés ». Ils ont dénoncé en Podemos, qu’un parti « inexistant » dans leurs municipalités, voulait s’approprier leur implantation territoriale historique, qui est la plus grande valeur politique de l’IU en Andalousie.

À ce moment-là, Maíllo est aussi convaincu que Rodríguez qu’approcher les socialistes « c’est se brûler ». « Il est difficile de conclure un quelconque pacte avec le PSOE, car il n’est pas fiable. Quand il le peut, il se joue de vous », a-t-il déclaré à l’époque. Cependant, le leader régional écoute ses maires, et demande à Podemos de prendre conscience que la politique municipale a des antécédents plus personnels, et parvient à exclure la rupture des gouvernements municipaux avec les socialistes.

À l’époque, l’UI détenait 80 mairies en Andalousie, certaines à la majorité absolue, et dans 27 localités, en coalition avec le PSOE.

Actuellement, IU compte 63 mairies en Andalousie, beaucoup avec leur propre marque, d’autres avec le sigle Adelante, mais essentiellement avec les mêmes personnes. L’implantation territoriale de l’IU, le nombre de militants, les maisons du PCA… tout cela fait défaut à Podemos,  que les communistes appellent  maintenant une « force minoritaire » au sein d’Adelante.

280 000 votes

Ce débat interne a été le moment le plus tendu pour Maíllo et son exécutif, mais il a finalement obtenu l’aval du militantisme pour son projet, qui passait irrémédiablement par la confluence avec Podemos. L’expérience n’a pas répondu aux attentes.

En 2018, Adelante Andalucía a obtenu 282 000 voix et trois députés de moins que trois ans auparavant. Podemos et IU ont obtenu plus séparément (ils sont passés de 866 559 à 584 040 bulletins). Maíllo a admis que le confluent avait été « incapable d’attirer le vote de la gauche » qui avait abandonné le PSOE.

Deux ans seulement se sont écoulés depuis la création d’Adelante, mais le paysage politique a complètement changé. Il y a maintenant un exécutif de droite en Andalousie, le premier après 37 ans de pouvoir du PSOE.

Le PP et Ciudadanos co-gouvernent avec l’extrême droite de Vox, tandis qu’en Espagne, il existe un gouvernement de coalition entre le PSOE et Unidas Podemos. Ce scénario a conduit l’IU à reconsidérer son veto aux socialistes, car ils estiment que « l’avancée de l’ultra-droite force l’unification de toutes les forces de gauche. « Vox a tout changé. Le danger est réel », disent-ils.

D’autre part, Teresa Rodriguez et les Anticapitalistes pensent que, précisément en raison de la montée de Vox, une alternative de gauche au gouvernement de Pedro Sanchez est nécessaire, sinon il n’y aura que l’extrême droite pour contester ses décisions et capitaliser sur le mécontentement des citoyens.

« Les co-gouvernements entre le socialisme et ce qu’il a à gauche donnent lieu à la croissance de l’extrême droite. L’unité de la gauche n’a aucun sens », a-t-il expliqué dans une récente interview à ce journal.

Une coalition, un parti

Que la gauche andalouse soit plongée dans une guerre froide est connu depuis l’échec électoral du 2 décembre 2018. Que les partenaires fondateurs d’Adelante – Podemos et IU – soient entrés dans une phase de guerre civile est plus récent, cela s’est produit pratiquement pendant la pandémie et avec le pays tout entier confiné à leur domicile. Rodriguez annonce en février qu’elle quitte Podemos Andalucía et facilite l’entrée d’Anticapitalistas dans Adelante, où elle obtient alors une majorité pour promouvoir un document politique qui propose cette marque aux élections.

L’ultimatum que le coordinateur régional de l’IU, Toni Valero, a lancé cette semaine à Teresa Rodriguez et aux Anticapitalistas, anticipe une rupture de la confluence, si une négociation imminente ne l’évite pas. Mais les versions des partenaires sont très polarisées. L’IU exige que le nom d’Adelante soit retiré du registre des partis politiques, puisqu’il est exclusivement contrôlé par les Anticapitalistes.

La marque a été enregistrée en décembre dernier sous le prétexte d’empêcher les errejonistas de la conserver. À l’époque, la direction de IU a assuré que la propriété était partagée, bien que seul un militant anticapitaliste y figurait comme représentant légal.

Maintenant, ils reconnaissent qu’ils ont dit cela « par loyauté » envers leurs partenaires, et admettent qu’ils sont en minorité, qu’ils ont signé en tant que « témoins », et qu’ils demandent depuis huit mois à Rodriguez de dissoudre ce parti parce qu’ils craignent qu’ils l’utilisent dans les prochaines élections contre Podemos. IU veut qu’Adelante soit une propriété « commune », appartenant à tous, et non contrôlée exclusivement par les Anticapitalistes.

C’est le point de non-retour de nombreux désaccords entre les députés, qui peuvent se résumer en trois moments : les Anticapitalistes monopolisent le discours et l’action politique de Podemos Andalucía et, par extension, d’Adelante Andalucía au Parlement.

Angela Aguilera, co-dirigente du groupe, commence à utiliser la coalition pour défendre des approches qui n’ont pas été convenues avec lU: premièrement, elle défend Adelante en concur-rence avec son propre parti lors des dernières élections générales – au lieu de Podemos – et ayant son propre groupe au Congrès ; et deuxièmement, son rejet de Podemos qui forme un gouvernement avec le PSOE.

Teresa Rodríguez et son équipe présentent officiellement les deux propositions lors de la réunion du groupe de pilotage Adelante. IU les rejette. Lors des élections générales de novembre 2019, le sigle de confluence en Andalousie est « Podemos ». La liste des candidats andalous est établie à Madrid.

Iglesias, en revanche, ne trouve personne autour de Teresa Rodríguez, et place des candidats de sa confiance. Après les élections, le PSOE et Unidos Podemos s’accordent sur un gouvernement, soutenu par 91% du militantisme de l’IU en Andalousie et 96,4% de Podemos Andalucia.

Rodriguez et son groupe quittent le parti violet et accélèrent une feuille de route pseudo-nationaliste avec le nom d’Adelante Andalucía déjà enregistré comme parti. IU voyage en tant que passager clandestin dans un bateau qui s’éloigne de son projet, lié à Podemos et plus susceptible de retrouver des ponts avec le PSOE andalou.

Dans cette lignée se trouve également la nouvelle dirigeante andalouse de Podemos, Martina Velarde, proche des thèses d’Iglesias. Velarde travaillera avec Valero pour renforcer la marque « Unidos Podemos » en Andalousie et chercher des lignes d’entente avec le PSOE, bien qu’ils admettent que la grande difficulté pour regagner la confiance des socialistes a un nom qui lui est propre : Susana Díaz.

L’ancienne présidente de la junte suscite beaucoup de doutes et de méfiance à IU et aussi à Podemos, où on la place « à droite du PSOE ». Les communistes espèrent qu’avant les prochaines éléctions générales, ils auront changé de candidat pour faciliter le dégel avec leurs anciens rivaux. Rodriguez regarde tout ce scénario de loin avec un demi-sourire : « Celui qui a changé d’avis maintenant, c’est IU, nous continuons à dire la même chose.

Deux conditions et une offre

En revanche, Teresa Rodriguez et les Anticapitalistes pensent que, précisément à cause de la montée de Vox, une alternative de gauche au gouvernement de Pedro Sanchez est nécessaire, sinon il n’y aura que l’ultra-droite pour contester ses décisions et capitaliser sur le méconten-tement des citoyens. « Les co-gouvernements entre le socialisme et ce qu’il a à gauche donnent lieu à la croissance de l’extrême droite. L’unité de la gauche n’a aucun sens ».

Afin de restaurer la confiance entre les membres, l’UI demande une « rectification » des anticapitalistes avec deux demandes et une offre sur la table : premièrement, que le parti Adelante soit désactivé ; et deuxièmement, que les futures règles d’organisation d’Adelante n’incluent aucune clause politique, comme le refus d’accepter des gouvernements avec le PSOE.

Le grand problème interne de la coalition est qu’en deux ans, elle ne s’est pas dotée de statuts qui établissent la manière dont les décisions sont prises. IU a présenté un projet à Teresa Rodriguez, qui l’a accepté avec quelques ajouts. L’un d’entre eux était un veto du PSOE, ce que les communistes considéraient comme « déplacé » dans une charte organisationnelle.

En tout état de cause, cette décision resterait entre les mains de la base. En échange, un accord serait recherché avec la direction des Podemos afin que les députés andalous au Congrès forment un sous-groupe disposant d’une certaine autonomie au sein de la coalition.

Il est difficile d’imaginer que Teresa Rodriguez acceptera l’un des trois points soulevés par Toni Valero et Ernesto Alba, le secrétaire général du PCA. Au contraire : leur intention est que, dans le meilleur des cas, Adelante continue à être la marque qui représente toutes les forces à gauche du PSOE dans les processus électoraux à venir.

Mais dans le pire des cas, Adelante affrontera Podemos lors des élections, consolidant ainsi la fracture à gauche. Quant à l’idée de déléguer aux bases la possibilité de faire un pacte avec le PSOE, Rodriguez se couperait la main plutôt que d’accepter un hypothétique gouvernement de coalition avec les socialistes. « C’est pour cela que j’ai quitté Podemos », se souvient-elle.

En ce qui concerne l’offre de l’IU d’avoir un sous-groupe andalou au sein de UnidosPodemos, elle ne répondra pas non plus aux attentes des Anticapitalistes. Teresa Rodríguez et les deux groupes andalous d’Adelante – Gauche andalouse et Printemps andalou – veulent leur propre groupe au Congrès, pas comme les Galiciens, qui manquent d’autonomie organique et politique, mais comme En Comú Podem, la marque où Podemos est intégré en Catalogne.

Bien sûr, c’est un espace qui existait avant la formation pourpre, et où Iglesias occupe une part minimale. Les Galiciens au sein d’Unidas Podemos ont une discipline de vote, les Communs catalans n’en ont pas.

Teresa Rodríguez veut un parti indépendant, quasi-nationaliste, qui défende les intérêts de l’Andalousie avec le même poids spécifique que le PNV pour Euskadi, l’ERC pour la Catalogne, Compromís pour la Communauté de Valence, Coalición Canaria pour les Canaries ou Teruel Existe pour Teruel.

Ils veulent conditionner par leur vote le gouvernement du moment à la Chambre basse, pour le forcer à s’asseoir pour négocier bilatéralement avec une poignée de députés andalous des mesures qui bénéficient à leur territoire. Ils veulent un parti confédéral, moins centralisateur que Podemos, tandis que leurs partenaires de l’IU défendent une structure fédéraliste.

Jusqu’à présent, les décisions importantes ont été prises à l’unanimité par toutes les forces en présence dans Adelante, mais après l’échec des élections andalouses, les divergences deviennent apparentes et une majorité arithmétique est imposée. Les deux partis andalousistes s’allient avec Rodríguez et l’entrée des Anticapitalistes renforcent ce pouvoir, et l’UI est définitivement minorisée. Adelante avait été conçu en partant du principe que la gauche préserverait son unité…

Daniel Cela 27/06/2020

https://www.eldiario.es/

Lire aussi:

PCA

Izquierda Unida

Adelante

Note:

Anticapitalistas, est proche du NPA

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27 juin 2020 ~ 0 Commentaire

podemos (zs)

podemos

Izquierda Unida (PCE), Podemos, Parti Socialiste PSOE

L’effondrement de Podemos

Gestion municipale

Joan Subirats, qui collabore avec la mairie de Barcelone, observe que les villes deviennent les centres de la mondialisation. Il estime que la gestion municipale peut résoudre les problèmes de l’eau, de l’énergie, des transports ou du logement. En 2015, des listes municipales proches de Podemos et du mouvement du 15-M accèdent à la gestion des villes importantes. A Barcelone, la nouvelle maire Ada Colau est issue de la PAH, plate-forme qui lutte contre les expulsions de logement.

Ces nouvelles mairies prétendent rompre avec les politiques publiques néolibérales, mais aussi avec la manière de faire de la politique. A Barcelone, la nouvelle mairie renforce les politiques sociales pour les crèches et les cantines. Elle tente de développer une démocratie participative. Mais la gestion municipale ne parvient pas à lutter contre les logiques marchandes, comme l’ubérisation, qui ne cessent de renforcer les inégalités sociales.

Mathieu Petithomme évoque la gestion de la mairie de Cadix par une municipalité proche de Podemos (Le maire est membre d’Anticapitalistas blog). C’est une politique social-libérale qui est mise en œuvre. La mairie applique une politique d’austérité de réduction des déficits. Mais des mesures visent à aider les sans-abris, à réduire les factures d’eau et d’électricité et à créer une banque alimentaire. En revanche, le chômage et la misère restent toujours aussi importants dans une ville ravagée par la crise économique.

Marion Lang observe le lien entre les associations et la nouvelle mairie de Barcelone. L’associa-tion de quartier de Ciutat Meridiana se renouvelle à partir de 2011. Elle participe aux actions de la PAH qui se rassemble devant les immeubles pour bloquer l’accès aux huissiers. Des manifes-tations et blocages de succursales de banques présentent dans le quartier sont également organisées.

L’association adopte un fonctionnement plus horizontal avec des réunions hebdomadaires qui deviennent publiques. L’association adopte les pratiques du mouvement du 15-M. Mais elle se tient à distance du pouvoir politique et ne rejoint pas la liste électorale de Barcelone.

L’association dénonce le capitalisme qui produit la bulle immobilière, mais aussi la maire Ada Colau qui ne répond pas à l’urgence de la situation. L’association met en scène sa conflictualité avec la mairie dans les réunions de quartier organisées par la municipalité. Certains élus semblent davantage à l’écoute, mais aucun changement concret n’apparaît.

Parti et mouvements sociaux

Héloïse Nez observe les liens et les différences entre Podemos et le 15-M. Podemos reprend le discours du refus du clivage idéologique entre gauche et droite. Ce sont les luttes autour des problèmes concrets de la vie quotidienne qui doivent permettre un rassemblement transversal. « Ils ne nous représentent pas » devient un slogan ambigu. Il peut critiquer le principe de délégation et la démocratie représentative. Podemos l’interprète comme une simple critique des deux grands partis de gouvernement.

Beaucoup de militants de Podemos ont participé au 15-M. Mais, parmi les personnes du 15-M, beaucoup critiquent la démarche politicienne de Podemos. Le clivage entre l’institutionnalisation du mouvement social et l’autonomie des luttes demeure central. Les cercles de Podemos reprennent le modèle des assemblées du 15-M. Mais, des structures hiérarchiques et centrali-sées sont rapidement mises en place avec un secrétaire général. L’horizontalité et la délibération sont abandonnées au nom de l’efficacité électorale. Pablo Iglesias devient même un leader charismatique et médiatique.

Manuel Cervera-Marzal revient sur la notion de parti-mouvement. Podemos reste tiraillé entre un pôle mouvementiste impliqué dans les luttes sociales et un pôle institutionnel qui valorise les victoires électorales. La logique institutionnelle affaiblit la dimension contestataire. « Car, pour accéder au gouvernement, Podemos doit capter un électorat le plus étendu possible, ce qui exige de modérer son offre programmatique, de cultiver une image respectable pour pouvoir prétendre avec crédibilité à l’exercice du pouvoir », observe Manuel Cervera-Marzal.

Populisme de gauche

Yves Sintomer revient sur le populisme de Podemos. Ce concept s’inspire des gouvernements de gauche en Amérique latine. Inigo Errejon apparaît comme le théoricien du populisme de Podemos. Il reprend des thèmes du 15-M, comme l’opposition entre « le peuple » et « la caste ». Il se distingue du marxisme qui s’appuie sur les classes populaires et préfère s’adresser aux classes moyennes.

Les propriétaires de leur logement sont particulièrement nombreux en Espagne, et restent menacés par la crise économique. La stratégie populiste vise à séduire une partie de la bourgeoisie pour l’entraîner dans un projet de transformation sociale. L’opposition entre la classe ouvrière et la bourgeoisie est alors considérée comme trop clivant.

Ensuite, le populisme vise à s’appuyer sur les affects, les émotions et les imaginaires pour conquérir le pouvoir. La politique ne renvoie pas uniquement à un aspect rationnel et technique. La théorie populiste s’appuie également sur le rôle du leader. Pour les idéologues de Podemos, l’analyse électorale semble remplacer l’analyse des rapports de classe et des conflits sociaux.

Une table ronde se penche sur le populisme de Podemos et de la France insoumise. Manuel Cervera-Marzal observe les différences entre Antonio Gramsci et Chantal Mouffe qui dévelop-pent le concept d’hégémonie. Pour le dirigeant communiste italien, c’est la classe ouvrière qui demeure le sujet politique majeur. Le peuple apparaît beaucoup plus flou. Ensuite, pour Pablo Iglesias, l’hégémonie renvoie aussi à un imaginaire culturel construit à la travers le cinéma et les séries.

Héloïne Nez observe que le discours de Podemos puise dans les expériences latino-américai-nes, comme la Bolivie et le Venezuela. Mais il reste surtout très influencé par le 15-M qui permet de politiser les problèmes du quotidien, comme le logement ou la précarité. Manuel Cervera-Marzal observe que le populisme de Chantal Mouffe reste dans le cadre de la démocratie représentative, avec les partis et l’Etat. Ariel Jerez évoque la logique électoraliste qui impose une organisation hiérarchisée et centralisée.

Podemos contre les luttes sociales

La revue Mouvements permet de présenter la situation actuelle en Espagne. Même si les contri-butions restent sympathisantes de Podemos, les limites de cette expérience politicienne ne sont pas éludées. L’imposture du « municipalisme » révèle ses limites. Un meilleur ramassage des crottes de chiens semble assez éloigné d’une perspective de transformation sociale. Pire, l’arri-vée au pouvoir de Podemos ne permet pas d’améliorer la vie quotidienne des personnes qui subissent la crise économique.

Podemos voulait faire de ses « mairies du changement » des modèles à reproduire au niveau national. Il devient évident que Podemos, au niveau local ou national, va se contenter de gérer la crise avec des politiques d’austérité. La social-démocratie se contentait d’essayer des réguler la crise à travers la fiscalité et la redistribution des richesses. Le populisme se réduit à un enfumage de communication pour imposer des politiques d’austérité.

La revue révèle également la naïveté de toute cette gauche alternative. Les mairies de Podemos semblent découvrir la réalité des institutions. Elles ne se sont pas préparées à l’hostilité des administrations. Cette gauche alternative ne propose aucune réflexion critique sur le pouvoir, sur l’Etat et sur la bureaucratie. Podemos accepte rapidement alors de se fondre dans une banale logique de gestion du capital. Malgré des mesures d’urgence indispensables, aucune sortie de la crise ne semble se dessiner.

Pire, Podemos a suscité beaucoup d’espoirs. La gauche alternative alimente aujourd’hui la déception et la résignation. La récupération des mouvements sociaux a finit par provoquer un essoufflement de la contestation. Les luttes ne visent plus à construire un rapport de force pour changer la société. Elles se contentent de pleurnicher auprès des institutions en espérant des politiques publiques plus sociales. L’institutionnalisation des luttes conduit toujours vers un échec.

La revue Mouvements semble au contraire valoriser une articulation entre les institutions et les mouvements sociaux. Mais la logique du pouvoir s’oppose à l’autonomie qui donne sa force aux luttes sociales. Plutôt que d’interpeller un parti ou d’attendre un geste du pouvoir, seules les luttes autonomes peuvent permettre une amélioration de la vie quotidienne.

(…)

Podemos est devenu un modèle pour un renouveau de la gauche radicale. Sa réflexion sur le populisme est censé offrir une stratégie originale. Ensuite, la conquête du pouvoir au niveau local est censé expérimenter des « mairies du changement ». Pourtant, cette gauche semble surtout asphyxier la dynamique des luttes sociales. 

En Espagne, un renouveau des mouvements sociaux apparaît avec la grève féministe du 8 mars 2018. Dans le sillage du mouvement du 15-M, les conséquences de la crise économique sur les conditions de vie des femmes sont dénoncées. Mais, sur le plan institutionnel, la situation sem-ble bloquée. Podemos prétendait se faire le relai des mouvements sociaux. Ce parti a remporté des élections municipales en 2015 dans des villes importantes, comme Madrid ou Barcelone. Il tente alors de développer un nouveau « municipalisme » pour expérimenter une gestion alterna-tive. La revue Mouvements propose des réflexions sur la situation espagnole, en collaboration avec des membres de Podemos, dans son numéro 94 « Une alternative ? Podemos, mouvements sociaux et renouveau politique en Espagne ».

25 Juin 2020

http://www.zones-subversives.com/

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24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

musulmans russes (global voices)

bakou 1920

Congrès des peuples d’Orient Bakou 1920

Revisiter la vision traditionnelle des musulman·e·s russes

Les musulman·e·s constituent 10 % de la population russe, faisant de l’islam la deuxième religion du pays derrière l’Église orthodoxe russe.

Elles et ils font partie de l’histoire russe depuis des siècles, et vivent sur l’ensemble du territoire, de la Sibérie au Caucase du Nord, et dans les grandes villes telles que Moscou ou Saint-Pétersbourg.

Le plus grand groupe ethnique musulman est celui des Tatars, qui constituent aussi la première minorité ethnique du pays, forte d’une population de plus 5 millions [en]. Les Tatars ont leur propre langue turcique et leur propre république à l’intérieur de la fédération de Russie, le Tatarstan.

Les Tatars ont joué un rôle spécifique dans l’expansion coloniale de la Russie tsariste en servant d’intermédiaires entre les groupes ethniques russes et les nations colonisées de Sibérie et d’Asie Centrale, qui partageaient souvent de grandes similitudes religieuses et linguistiques avec eux. Ils ont été les missionnaires, traducteur·rice·s, puis réformistes de l’islam à la fin du 19è et au début du 20è siècle.

Ils sont souvent décrits comme appartenant au courant des Jadides [en] – intellectuels, écrivains, penseurs qui ont proposé un nouveau courant islamique moderne inspiré par les réformes politiques et sociales vues dans l’Empire Ottoman et en Europe occidentale.

Cependant, ce récit montrant des hommes musulmans seuls guides de la modernisation, qui a dominé dans le milieu universitaire jusqu’à très récemment, est de plus en plus contesté par les chercheur·e·s.

Filip Noubel : Le récit dominant dans le milieu universitaire, à la fois post-soviétique et occidental, est que la modernité dans les communautés musulmanes de l’Empire tsariste a seulement été possible avec l’arrivée des Jadides — des hommes réformateurs de l’islam et de la société. Dans votre dernier livre, vous remettez en question ce récit. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Danielle Ross (DR) : L’un des principaux objectifs de ce livre est de mettre à jour l’étude de l’islam et de la réforme islamique dans la région russe de la Volga-Oural [ancien centre historique du district de la Volga, ndlt] grâce aux nouvelles tendances de la recherche historique dans d’autres parties du monde.

 

Cela signifie se séparer d’un modèle de modernité considéré comme importé ou introduit par une certaine société dans une autre, et, à la place, visualiser les années 1600 à 1910 comme une période pendant laquelle un ensemble de changements – mondialisation du commerce et des politiques, centralisation du pouvoir gouvernemen-tal, hausse du taux d’alphabétisation, démocratisation de la religion – a eu lieu dans les sociétés à travers le monde.

 

La région Volga-Oural, reliée au monde entier à travers le règne de la Russie impériale, l’islam, et les échanges commerciaux européens et asiatiques, s’est tout autant formée via ces courants que la Grande-Bretagne ou la France ont pu l’être, à ceci près que cette région a été un espace colonisé plutôt qu’un centre impérial.

 

Si l’on se positionne dans cette perspective, les Jadides ne peuvent plus être vus comme ceux qui ont importé la modernité. Le Jadidisme apparaît plutôt comme l’une des nombreuses réponses locales à un colonialisme fort, à une production de masse intégrée verticalement, et à un renouveau de la religion à travers le monde des années 1880 aux années 1910.

 

Les Jadides entretenaient un dialogue avec leurs contemporains en dehors de leurs communautés ethniques, mais devaient aussi beaucoup aux générations passées de leur propre peuple, qui avaient répondu à des changements à l’échelle mondiale à leur époque. Dans mon livre, je voulais amener l’idée d’une région Volga-Oural comme un lieu continuellement dynamique, plutôt que comme un territoire et une culture figés en 1552 qui se seraient soudainement réveillés dans les années 1860.

Vous mettez aussi en avant dans votre recherche le fait que l’édification de l’Empire tsariste, et plus tard de l’Empire soviétique, n’étaient pas le monopole des groupes ethniques russes – d’autres groupes tels que les Tatars, les Allemands, les Juifs, les Géorgiens, etc. y ont joué un rôle. Pourquoi cet aspect n’est-il guère mentionné dans l’histoire coloniale de ces deux empires ?

DR : L’étude universitaire de l’Histoire telle que nous la connaissons aujourd’hui est arrivée dans le contexte d’un 19è siècle nationaliste et colonialiste. Avec une telle base, écrire l’Histoire servait deux buts : exprimer clairement un passé cohérent et unificateur pour l’État-nation moderne, et justifier la domination politique de certaines personnes sur d’autres.

 

Les historien·ne·s ont travaillé depuis les années 1960 pour déconstruire ces récits nationaux et coloniaux, mais, dans le cas de la Russie, un tel travail est difficile pour plusieurs raisons.

 

Premièrement, il y a la question d’assembler un récit cohérent. Raconter le passé de la Russie comme une histoire de grands princes, de tsars et de leaders du Parti Commu-niste est très ciblé et linéaire. Mais comment peut-on conter l’histoire cohérente, attrac-tive, de centaines de groupes ethno-confessionnels dispersés sur des milliers de kilomètres carrés ? Où est le cœur du récit ?

 

Deuxièmement, l’approche intellectuelle de la Russie et de l’Union soviétique envers les non-russes, non-orthodoxes, a été de positionner ces peuples dans des territoires déterminés (nationalités, républiques unitaires, etc.), et de confiner toute discussion de leurs cultures et de leurs passés en ces lieux.

 

Les ethnographes, expert·e·s régionaux et historien·ne·s de républiques unies et autonomes pouvaient choisir d’écrire sur des groupes d’ethnie et confession spécifi-ques, mais seul un nombre restreint de ces écrits ont été inclus dans l’histoire générale de la Russie et de l’URSS. La même structure d’espaces nationaux et de différen-ciation, utilisée sous l’Empire soviétique, a été répliquée et renforcée dans l’éducation occidentale durant la Guerre Froide.

 

Dans les années 1990, les historien·ne·s ont commencé à poursuivre une recherche qui démantèle et dépasse les différenciations nationales et régionales autour des-quelles les études historiques sur la période de la Guerre Froide ont été structurées, mais cette transformation est encore en cours, et n’est toujours pas bien représentée dans les manuels scolaires et autres ouvrages généralistes auxquels peuvent s’intéresser les non-spécialistes et étudiant·e·s abordant le domaine de l’histoire russe.

 

De fait, l’intégration de sources et récits non-russes dans l’histoire russe dominante, et la décentralisation ou régionalisation de cette histoire d’un point de vue ethnique, continuent d’être un procédé lent.

Quel est le discours actuel de Moscou sur le rôle et la présence des musulman·e·s en Russie, que ces personnes soient originaires de ce territoire ou immigrées ?

DR : Depuis que Poutine est arrivé au pouvoir, Moscou s’est de plus en plus tourné vers le nationalisme ethnique russe comme idéologie unificatrice. Au Tatarstan, où cohabitent plusieurs groupes ethniques, les récentes stratégies de consolidation et de rationalisation des institutions culturelles et éducatives ont eu pour conséquence la réduction des subventions qui soutiennent les langues et cultures non-russes.

La rhétorique de Moscou et la politique envers les migrants ouzbeks, tadjiks, kirghizes et azéris montrent que :

(1)  Ces musulman·e·s n’ont pas leur place en Russie malgré leur rôle indispensable dans l’économie du pays ; et

(2) Les cultures des musulman·e·s d’Asie Centrale et du Caucase sont étrangères et incompa-tibles avec la culture russe prédominante malgré l’expérience commune de soixante-dix ans de régime soviétique.

Vu la position actuelle de Moscou sur les personnes musulmanes originaires de Russie et migrantes ainsi que leurs cultures, il semble assez clair que le pays n’est pas prêt, à l’heure actuelle, à reconnaître les contributions des non-slaves, non-orthodoxes dans l’histoire russe, ou à proposer une vision du futur qui reconnaîtrait les musulman·e·s comme des membres à part entière de la société russe.

Qui sont les vecteurs de la modernité aujourd’hui dans les communautés musulmanes en Russie ?

DR : Je ne sais si le terme « vecteurs de la modernité » est utile pour parler de l’islam en Russie aujourd’hui. Contrairement à la période 1880-1920, les principaux discours au sein de l’islam de nos jours ne portent pas sur les façons d’adapter la foi, la loi et la culture islamiques au monde moderne, mais plutôt sur qui prend la parole au nom des musulman·e·s, quel islam est le plus exact et légitime, quelles sont les langues les plus appropriées pour transmettre le savoir islamique, et quelle devrait être la position de l’islam en Russie actuellement et à l’avenir.

Les différents visages de l’islam en Russie sont les personnes d’origine musulmane ainsi que les Russes (ethniques) récemment converti·e·s, les salafistes ainsi que les partisan·e·s de divers courants classiques de l’islam et des traditions intellectuelles musulmanes locales et nationales ainsi que des tendances internationales et transnationales. Cette multiplicité de voix et d’opinions confère du dynamisme aux communautés musulmanes russes.

Global Voices a interviewé Danielle Ross, qui a enseigné à l’Université de Nazarbayev au Noursoultan (Kazakhstan), et est maintenant maîtresse de conférences à l’Universi-té d’État de l’Utah où elle enseigne l’histoire asiatique et islamique. Dans son dernier livre, L’Empire Tatar : les musulmans de Kazan et la fondation de la Russie impériale [Tatar Empire: Kazan's Muslims and the Making of Imperial Russia, en, non traduit en français, ndlt], elle remet ouvertement en question [en] ce mythe et propose une autre vision de la situation. Ce qui précède est une version abrégée de cet entretien.

https://fr.globalvoices.org/

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24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

leopold 2 ( psl ga)

congo

Léopold 2 tombe de son piédestal

Faut-il déboulonner les statues de Léopold 2 ? Que retient-on du règne de Léopold 2 et doit-on lui rendre hommage? Comment Léopold II a géré l’État indépendant du Congo ? Comment l’État belge s’est-il comporté lorsqu’il était un État colonisateur ? Ces questions et tout un tas d’autres sont venues dans le débat public suite aux actions de solidarité contre le racisme et la violence policière.

L’enjeu politique de l’histoire

La discussion sur les statues de Léopold II a révélé qu’il y a un débat public sur l’histoire de la colonisation qui est loin d’être tranché en Belgique. Certains tentent de limiter le débat à la question de la sauvegarde et à la protection du patrimoine. D’autres veulent maintenir ces statues comme témoins de notre identité « belge ». D’autres encore veulent contextualiser ces statues pour qu’elles fassent œuvre d’éducation historique.

Alors que différentes associations appellent depuis des années à une réévaluation du discours d’État sur la colonisation, il a fallu un contexte mondial de mobilisations contre le racisme et la violence policière pour ouvrir ce débat.

Ce n’est pas un hasard, car la colonisation a toujours utilisé les clichés et préjugés racistes pour pouvoir se justifier. À cette occasion, il est apparu aux yeux de tous que la propagande coloniale est encore présente. Ceci n’est pas étonnant, la société dont on raconte l’histoire est traversé par des forces sociales antagonistes. L’étude de l’histoire éclaire le passé mais la manière dont celle-ci est racontée à beaucoup à voir avec le présent.

L’historien américain Howard Zinn mettait en avant que « tant que les lapins n’auront pas d’historiens, l’histoire sera raconté par les chasseurs ». C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la résurgence de la « propagande coloniale ».

Comme par le passé, elle vise à masquer sous les draps de l’honorable cause de la « mission civilisatrice » des meurtres de masses et sévices commis dans un but d’enrichissement personnel. Le prince Laurent a fait une sortie dans la presse pour nier les atrocités que Léopold 2 a commises.

L’écrivain Pierre Vidal Naquet parlait « d’assassins de la mémoire » pour qualifier les négationnistes. Des déclarations comme celle du Prince Laurent sont réalisées au mépris de la vérité historique établie scientifiquement. Ce genre de déclarations à peu à voir avec la recherche de la vérité et tout à voir avec la recherche de la défense de son intérêt personnel et de celui de sa classe sociale.

L’histoire vue par les chasseurs

La révolution de 1830 est le moment fondateur de l’État belge.

C’est pourtant un événement qui n’est pas largement connu dans son déroulement. Si à l’époque on avait demandé les causes et les objectifs de la révolution à Guillaume d’Orange Nassau, roi des Provinces-Unies ; au Major Vander Smissen de la garde bourgeoise ;à un ouvrier ou à un paysan du nouvel État, les réponses auraient été fort dissemblable.

Cela ne veut pas dire que la réalité se situe un peu au milieu de tout ça, ou alors que toute réalité est relative. Cela veut dire que les forces sociales à l’œuvre dans une révolution n’apparaissent pas à leur acteurs de manière consciente immédiatement.

Pour faire apparaître ces forces, il faut analyser en profondeur les développements historiques. La révolution belge de 1830 a été un soulèvement populaire qui a été récupéré par une classe sociale, la bourgeoisie.

Au lieu du suffrage universel, demandé par les masses révolutionnaires et vu comme le moyen d’aboutir à une amélioration de leurs conditions de vie, nous avons hérité du suffrage censitaire et d’une monarchie constitutionnelle.

C’est le résultat de l’affrontement des différentes forces sociales en Belgique d’une part mais aussi des rapports de forces internationaux d’autre part.

C’est ainsi que Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld est arrivé sur le trône de Belgique, sous le nom de Léopold Ier. Cela aurait pu être la Grèce, ce fut la Belgique. Karl Marx décrivait la Belgique en 1869 comme un « paradis pour les capitalistes ». Il mettait en avant la violence avec laquelle les luttes ouvrières étaient réprimées dans le sang au bénéfice des capitalistes. Certains traits liés à la fondation de la Belgique sont similaires à la manière dont Léopold II a pu acquérir une part du « gâteau africain ».

Léopold 2 et le partage du « gâteau africain »

À partir des années 1870, Léopold 2 est à la recherche d’une colonie. Dès le départ, il ne s’agissait pas de trouver un peuple à civiliser ou des esclaves à affranchir. Il s’agissait de répondre directement à la nécessité capitaliste.

Les forces productives étaient trop à l’étroit dans les frontières nationales. Elles avaient besoin de terre et de nouvelles forces de travail pour continuer la circulation de capital. C’est dans ce sens que Léopold tenta de racheter des zones aux grandes puissances impérialistes.

Il investit dans le chemin de fer en Chine, il tenta de racheter les Philippines à l’Empire espagnol, mais sur ce terrain la concurrence avec les grandes puissances était trop forte et personne ne voulait vendre. Il lui faudra se rabattre sur l’Afrique. Le seul continent qui n’avait pas été entièrement réparti par les puissances impérialistes.

La bourgeoisie belge est une bourgeoisie paresseuse et peu aventureuse. Lors de la révolution belge, elle avait tenté de maintenir le régime Orangiste pour ne pas perdre le marché des colonies néerlandaises.

C’est le risque de perdre le contrôle sur le processus révolutionnaire qui l’a amené à en prendre la tête et à revendiquer l’indépendance. Ces traits de caractères vont se retrouver lors de la guerre de conquête coloniale.

De 1874 à 1895, le roi Léopold 2 a investi toute la fortune que lui a légué son père pour établir une monarchie absolue dans l’État Indépendant du Congo (EIC), une dictature personnelle.

Lors de la conférence de Berlin de 1885, Léopold II a joué sur les antagonismes entre les grands puissances pour s’assurer le contrôle de l’ensemble du territoire que constituait l’EIC. À la conférence, il exhiba plus de 500 traités de cessions de terres signés avec les chefs locaux.

En fait, ceux qui refusaient de signer étaient détruits militairement et la plupart de ceux qui signaient ne comprenait pas que le fait d’apposer une croix sur ce document était un acte de cession de propriété.

Par ce biais, il s’est approprié un immense territoire, le domaine de la couronne. Alors qu’auparavant les villageois quittaient leurs terres une fois que celles-ci étaient épuisées, les terres dites « vacantes » appropriés par Léopold 2 ont créé une tension sur la question agraire qui était la base pour des luttes entre communautés.

Ce processus est une formidable démonstration que les riches accumulent des richesses en dépossédant les plus pauvres et, ce faisant, ils créent des problèmes sociaux et environnementaux.

Pour mettre en valeur son investissement, il a fallu construire le chemin de fer. Afin de limiter les dépenses en capital, c’est du travail humain forcé qui a été utilisé dans le cadre des corvées et des impôts en nature dus à l’État.

Les habitants étaient interdits de quitter leurs villages afin que les hommes de main de Léopold 2 aient toujours de la main d’œuvre disponible. Une véritable économie de rapine s’est mise en place. Il s’agit pas de hasard ou de méchanceté de la part de l’un ou l’autre administrateur du roi. C’est bien un système étudié pour être le plus rentable qui a occasionné des massacres de masses et une dépopulation de 1 à 5 millions de personnes selon les estimations des historiens.

Le Roi savait, tout le monde savait !

Ces atrocités ont soulevés une campagne internationale. La « propagande coloniale » parle de la ‘campagne anglaise’ car elle était portée par des personnalités comme l’anglais Edmund Moreel, Joseph Conrad ou l’écrivain américain Mark Twain.

C’est la preuve qu’à l’époque non seulement le Roi mais tous les politiciens et bourgeois savaient. Il y a eu aussi une commission d’enquête qui a recueilli des témoignages de locaux qui ont décrit les sévices réalisés par les troupes de Léopold 2.

Suite à cela, celui-ci a brûlé plusieurs archives, antidaté des documents afin qu’on ne puisse pas mettre au clair sa comptabilité et remonter jusqu’à lui. Dans une lettre du 3 juin 1906, Léopold 2 déclarait : « mes droits sur le Congo sont sans partages : ils sont le produit de mes peines et de mes dépenses ». Pour diverses raisons, l’État belge reprendra à son compte la gestion de la colonie en 1908.

À côté de cette campagne, il y a eu des campagnes menées par le mouvement ouvrier.

Emile Vandervelde, un libéral-radical passé au Parti ouvrier belge (POB) à sa fondation a écrit plusieurs ouvrages sur les crimes de la colonisation capitaliste. Une fois élu, il a fait plusieurs interpellations (1895-1900-1903-1905) au parlement suite aux luttes qui ont brisé le suffrage censitaire et ont amené le suffrage universel tempéré par le vote plural.

Malheureusement, l’orientation parlementariste de la direction du POB l’a amenée uniquement à orienter la critique sur le terrain parlementaire au lieu de la faire vivre dans la rue et parmi les masses dans le cadre de la revendication de la grève générale pour le suffrage universel.

Imaginons la force qui se serait dégagée du mouvement si la direction du POB avait appelé la classe ouvrière belge, qui combattait pour ses droits démocratiques économiques et sociaux, à se solidariser avec la lutte des peuples colonisés pour leur droits.

Mais il n’en fut rien et les appels d’Emile Vandervelde se sont limités à la couche progressiste du Parti Catholique du Parti Libéral. Il a même été plus loin lors de la Première Guerre mondiale en acceptant d’être ministre d’État d’un gouvernement qui avait repris la gestion de la colonie depuis 1908.

C’est avec la montée en puissance de l’industrie automobile et la découverte du caoutchouc qui est produit par l’Hévéa que l’EIC a commencé à être rentable pour le roi. C’est à ce moment-là aussi que la bourgeoisie belge a commencé à investir de manière massive avec des sociétés comme l’Union Minière ou la Société Générale.

Avec l’argent dégagé, Léopold II n’a pas investi pour développer les infrastructures du Congo, mais pour lancer une politique de grands travaux afin de s’assurer, à lui et à sa classe, une base sociale en Belgique.

L’histoire racontée par les lapins

Si Léopold II avait une qualité, c’est d’être l’un des meilleurs défenseurs de sa classe sociale, la bourgeoisie belge. Afin de fournir à lui-même et au capital belge ensuite un débouché pour ses forces productives, il a dû avancer masqué afin de se frayer un passage entre les grandes puissances.

C’est cela qui explique tout le discours sur la lutte contre l’esclavage arabe. Pour justifier moralement sa quête d’enrichissement personnel, il a dû se draper dans la toge du roi humanitaire alors que c’était un dictateur de la pire espèce dans les territoires qu’il avait conquis.

C’est la lutte de masse du mouvement ouvrier qui l’a empêché lui et la bourgeoisie de se conduire de la même manière en Belgique. Il a fallu aussi dépeindre le colonisé comme un sauvage à civiliser pour justifier la guerre de conquête. Ce sont ces préjugés qui ont été recyclés une fois que l’État belge a repris la gestion du Congo.

Dans le débat actuel, certains tentent de préserver l’institution monarchique qui est mise à mal par un énième thème.

Léopold Ier a hérité de la Belgique malgré lui, comme résultat du rapport de forces entre grandes puissances ; Léopold III a dû abdiquer suite à la lutte de masse de 1950 à cause de sa collaboration avec le Reich allemand nazi ; Baudouin a démontré qu’il était l’ennemi des droits des femmes et sa glorification a été mise à mal à cause de sa participation dans l’assassinat de Lumumba et de l’amitié de son couple avec le dictateur espagnol Franco.

L’autorité d’Albert II a été minée par la non-reconnaissance de sa fille. Les affaires des Saxe-Cobourg Gotha suintent de puanteur par tous leurs pores.

En rendant hommage à Léopold ou à « l’œuvre coloniale », on ne rend pas hommage à notre histoire mais seulement à une partie de celle-ci. L’histoire de l’exploitation de ‘l’Homme par l’Homme’ ou, pour être plus précis, l’histoire de l’exploitation d’une minorité sociale sur la majorité sociale.

Pour maintenir son règne, la minorité a toujours utilisé le développement inégal des forces productives, le sexisme, le racisme et les discriminations. Déboulonner les statues ne veut pas dire qu’on oublie l’histoire, au contraire cela veut dire qu’on l’a bien apprise.

Pour notre part, nous préférerons toujours célébrer ceux qui sont tombés pour la liberté et l’émancipation de la majorité sociale, que ce soit au Congo dans les luttes pour l’indépendance, devant le mur des Fédérés lors de la Commune de Paris, ou ceux qui sont tombés lors des révoltes de Roux en Belgique en 1886.

Ce sont ces expériences qui ont permis à la majorité sociale de jouir de droits économiques sociaux et démocratiques et c’est sur base de ces luttes que nous pourrons élargir ces droits et jeter l’exploitation dans les poubelles de l’histoire.

mardi 23/06/20 Alain (Namur)

https://fr.socialisme.be/

Lire aussi:

Les crimes de la Belgique coloniale au Congo : Devoir de mémoire (GA)

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24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

soja (ecologistas)

soja

Le soja, nouveau palmier à biocarburants ?

Les impacts socio-environnementaux de la monoculture du soja en réponse à la demande de biocarburants en Europe

Le soja est une plante oléagineuse qui a été consommée pendant des siècles dans des pays comme la Chine, mais aujourd’hui sa production est orientée vers la fourniture d’intrants pour différentes industries, principalement la production d’aliments pour le bétail, la fabrication de produits ultra-traités et la production de biocarburants.

Actuellement, le soja est la matière première de 26% du biodiesel consommé dans le monde, et ce chiffre pourrait augmenter au détriment du palmier à huile. Actuellement, cette graine oléagineuse couvre 124 millions d’hectares dans le monde, une superficie qui a augmenté de 70 % au cours des vingt dernières années. Et l’OCDE et la FAO prévoient toutes deux que la production de soja continuera d’augmenter, bien qu’à un rythme plus lent.

Les biocarburants de première génération – biodiesel à base d’huiles végétales de soja, de palmier à huile ou d’autres plantes, et éthanol produit par la fermentation d’alcools – ont été proposés comme la seule alternative « verte », plus écologique et durable aux combustibles fossiles.

Sous cet argument de durabilité, l’Union européenne a activement encouragé la production de biocarburants, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières.

L’impulsion principale est venue de la directive sur les énergies renouvelables de 2009, qui a fixé un objectif obligatoire de 20 % d’utilisation d’énergie provenant de sources renouvelables et de 10 % de combustibles.

Cela a donné une impulsion majeure au biodiesel, conduisant à une production de 15 milliards de litres de biodiesel en Europe en 2018. Considérée dans son ensemble, l’Europe est le principal producteur de biodiesel au monde, bien que si l’on considère les pays individuellement, les plus gros producteurs sont les États-Unis et le Brésil.

Un autre impact inquiétant de la monoculture du soja, qu’elle partage également avec d’autres monocultures, est la dégradation des sols, qui est plus importante que celle qui se produit lors de la rotation des cultures. On a calculé qu’entre 16 et 30 tonnes de sol sont perdues pour chaque hectare de culture de soja.

Le problème le plus connu associé au soja est peut-être celui des effets du glyphosate.

La monoculture agro-industrielle de soja utilise une graine transgénique, brevetée par la société américaine Monsanto – qui fait maintenant partie du groupe Bayer – dans les années 1990, qui a été génétiquement modifiée pour résister à l’herbicide Roundup Ready à base de glyphosate, entre autres produits chimiques potentiellement dangereux.

Il existe de nombreuses preuves scientifiques – et pourtant une controverse scientifique aiguë persiste – qui montrent le lien entre le glyphosate et les maladies respiratoires et dermato-logiques, l’augmentation de certains types de cancer, les malformations fœtales et les fausses couches, entre autres pathologies qui surviennent dans les populations exposées à la pulvérisation de glyphosate.

Il est évident que cette substance nuit non seulement à la santé des personnes, mais aussi aux écosystèmes : elle pollue l’air, l’eau et la terre. En Argentine, il existe déjà plusieurs études scientifiques qui montrent que l’eau de pluie contient du glyphosate dans de grandes régions du pays. Cela nous montre que les impacts sociaux et environnementaux ne sont pas des questions distinctes, mais les deux faces d’une même médaille.

La monoculture du soja déplace non seulement d’autres espèces végétales et animales, mais aussi des communautés paysannes et indigènes et, avec elle, des modes d’agriculture et de vie.

24/06/2020

https://www.ecologistasenaccion.org/

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23 juin 2020 ~ 0 Commentaire

sondages euskadi galice (el diario)

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Dernier sondage au Pays Basque

Le PNV remporterait les élections basques du 12 juillet avec 39,2% des voix – ce qui serait son meilleur pourcentage depuis 1984, avant la scission de EA (Eusko Alkartasuna, centre gauche présent dans EH Bildu).

Cela se traduirait par 420 000 voix. La candidature d’Iñigo Urkullu pourrait conserver ses 28 sièges au Parlement basque ou en obtenir 30 dans la meilleure des fourchettes, un en Alava et un autre au Gipuzkoa. Son partenaire au gouvernement, le PSE-EE d’Idoia Mendia, augmen-terait également et pourrait dépasser  les 9 députés actuels à 11/12 . La majorité absolue qui a échappé à la coalition en 2016 pourrait maintenant être une réalité.

Le sondage montre une position très stable de EH Bildu en tant que deuxième force, avec une augmentation de près de deux points dans les intentions de vote et pourrait passer de 18 à 19 sièges, avec un siège de plus au Gipuzkoa.

Au contraire, ceux qui sont à la baisse sont Elkarrekin Podemos-IU – sans Equo Berdeak écolos), qui vont seuls en compétition – et la nouvelle coalition  PP et Ciudanos (PP+C). Miren Gorrotxategi pourrait tomber de quatre points et avoir huit sièges, soit trois de moins que ceux obtenus par Pili Zabala en 2016.

Les socialistes basent leur ascension sur les pertes importantes subies par Podemos et IU, EH Bildu prendrait environ 15 % des électeurs violets (Podemos). Equo, à lui seul, n’aurait que 4% des anciens supporters d’Elkarrekin Podemos en 2016.

Le sondage confirme également qu’il y a autant ou plus de fuites des votes du PP (maintenant avec Ciudadanos) vers l’extrême droite (7%), bien qu’un pourcentage encore plus élevé se réfugie dans l’abstention (16%).

https://www.eldiario.es/

Lire aussi:

El CIS otorga un 41% de voto y hasta 34 escaños al PNV de Urkullu y resucita a Elkarrekin Podemos-IU

El CIS pronostica una holgada mayoría para Feijóo que doblaría en votos al PSOE y dejaría sin escaños a Ciudadanos y Vox

El PNV ganaría las elecciones con 30 escaños y una holgada diferencia de 17 puntos respecto a EH Bildu

Commentaire:

EH-Bildu est une coalition héritière des anciens partis liés à l’Eta, comme « Batasuna » autour du parti « Sortu » avec des modérés comme EA et Alternatiba.

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18 juin 2020 ~ 0 Commentaire

Juin 1940 (lutte ouvrière)

churchil stal eins

Churchill, Roosevelt, Staline

Pétain et de Gaulle, les deux cartes de la bourgeoisie française

Il y a 80 ans, en juin 1940, la défaite de l’armée française jetait sur les routes des millions de personnes fuyant devant l’avancée des troupes allemandes.

Dans ce qui s’avérait être une débandade de l’armée, le gouvernement en crise se retrouvait à devoir enregistrer la défaite et négocier les conditions d’armistice. Le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs, allait s’en charger, tandis que de Gaulle de son côté lançait sur la BBC un appel à la poursuite de la guerre.

La France et la Grande-Bretagne, jusque-là puissances impérialistes dominantes d’Europe, n’étaient entrées dans la guerre qu’à reculons.

Alors qu’Hitler réarmait, aidait les troupes franquistes espagnoles, s’emparait de l’Autriche, dépeçait la Tchécoslovaquie, aucune des deux n’avait riposté. Il avait fallu que la Pologne soit envahie et partagée entre l’URSS et l’Allemagne pour que la France et la Grande-Bretagne décident de déclarer la guerre, le 3 septembre 1939.

Plus aucun de leurs alliés ne se faisait d’illusion sur leur volonté et leur capacité de les défendre face à l’Allemagne d’Hitler. Leurs atermoiements avaient d’ailleurs conduit l’URSS de Staline à renverser ses alliances et à signer le 23 août 1939 un pacte avec l’Allemagne nazie. Le pacte germano-soviétique avait frappé de stupeur tous les militants communistes, mais il n’allait même pas éviter à l’URSS de subir l’attaque des troupes allemandes, en juin 1941.

Une défaite annoncée

La longue période de préparation militaire de l’Allemagne, après l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933, n’avait pas été mise à profit pour préparer une riposte. Critiquées notamment par de Gaulle, les stratégies élaborées par l’état-major ne tenaient pas compte de l’évolution des techniques militaires, qui rendait inopérante la ligne Maginot. (Ligne de défenses enterrées qui avaient coûté des fortunes pendant des années, blog)

La bourgeoisie et l’État français vivaient de l’exploitation des colonies de l’Empire, tout comme la bourgeoisie et l’État britanniques, impérialismes repus espérant que personne ne remette en cause un partage du monde qui ne correspondait plus depuis longtemps à leur puissance réelle.

En revanche, l’Allemagne, étranglée par le traité de Versailles scellant sa défaite de 1918, se battait pour étendre ses marchés, disposer des matières premières indispensables au fonctionnement de son industrie. Remettre en cause le partage du monde était, pour les capitalistes allemands, devenu vital.

Le maréchal Pétain, considéré comme le héros de la Première Guerre mondiale, obtint la présidence du Conseil des ministres le 16 juin 1940. Face à une défaite sans appel, l’État français n’avait plus qu’à négocier sa survie avec les forces allemandes.

Dans la période d’occupation qui s’ouvrait, la bourgeoisie française avait besoin d’un intermé-diaire qui défende ses intérêts. Son objectif était de conserver ses colonies, alors que de son côté l’Allemagne n’avait pas les moyens de prendre en main tout l’Empire.

Le compromis négocié avec la France convenait aux deux parties.

L’état-major et le personnel politique de la bourgeoisie française, unis par leur haine du communisme, marqués par leur frayeur des grèves de 1936, des occupations d’usine et de la révolution espagnole, n’étaient nullement rebutés par un accord avec un pouvoir fasciste, et l’alliance avec Hitler leur apparaissait comme un moindre mal.

Pétain assuma la situation, lui qui avait affirmé quelques jours avant son entrée au gouvernement : « Il est impossible au gouvernement français, sans émigrer, sans déserter, d’abandonner le territoire français. Le devoir du gouvernement est, quoi qu’il arrive, de rester dans le pays, sous peine de n’être plus reconnu comme tel. »

De Gaulle en recours en cas de victoire des Alliés

Cependant, il apparut rapidement qu’une victoire de l’Allemagne ne pouvait être que temporaire. Les États-Unis, alliés à la Grande-Bretagne, ne pouvaient tolérer qu’un concurrent tel que l’Allemagne domine et unifie l’Europe sous sa coupe.

Anticipant la mondialisation du conflit et la probable défaite finale de l’Allemagne, de Gaulle, général fraîchement promu, inconnu du grand public, sous-secrétaire d’État pendant quelques jours, se plaça en recours.

Il s’agissait, après un retournement de la situation militaire, que l’État français continue à dispo-ser d’interlocuteurs politiques auprès des vainqueurs probables. De Gaulle allait expliquer plus tard cette option dans ses Mémoires :

« L’Empire est là qui offre son recours. La flotte est là, qui peut le couvrir. Le peuple est là, qui de toute manière va subir l’invasion, mais dont la république peut susciter la résistance, terrible occasion d’unité. (…) Une question domine tout : les pouvoirs publics sauront-ils, quoi qu’il arrive, mettre l’État hors d’atteinte, conserver l’indépendance et sauvegarder l’avenir, ou bien vont-ils tout livrer, dans la panique de l’effondrement ? »

Cela voulait dire s’affirmer favorable à la poursuite de la guerre, regrouper autour de lui des troupes pouvant lui permettre à la fin du conflit d’être partie prenante des négociations et d’y défendre les intérêts de la bourgeoisie française et avant tout son Empire colonial. De Gaulle allait passer toute la guerre à manœuvrer pour gagner à lui une fraction de l’armée et parvenir à être reconnu par les alliés.

Un appel passé inaperçu

L’appel du 18 juin ne fut entendu quasiment par personne. Seuls 7 000 soldats issus de l’armée française en débandade rejoignirent de Gaulle. La grande majorité de l’administration des colonies suivit Pétain. Devant l’isolement de de Gaulle, le gouvernement britannique ne voulait pas se lier les mains en le reconnaissant comme représentant d’un gouvernement français en exil.

Mais après 1943, alors que les troupes soviétiques avaient battu les armées allemandes à Stalingrad, le ralliement du PCF à de Gaulle devint pour le général un atout important. Il pouvait dès lors arguer qu’après le départ des troupes allemandes il aurait le soutien de l’essentiel des forces politiques en France, y compris de la part d’un Parti Communiste encore suspect de vouloir une révolution, allié de l’URSS mais désormais garant de la remise en place de l’État de la bourgeoisie.

L’appel du 18 juin est commémoré aujourd’hui comme un appel « à refuser la défaite et poursui-vre le combat contre l’ennemi ».

Toute la question pour la bourgeoisie française, au cœur d’un conflit mondial où les fronts et les alliances ne pouvaient que se modifier, et alors qu’elle avait perdu l’essentiel de sa puissance militaire, était de savoir qui il fallait considérer comme l’ennemi.

Au fond, Pétain et de Gaulle permettaient de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Tandis que le pouvoir pétainiste lui servait d’intermédiaire auprès de Hitler, le pouvoir embryon-naire de De Gaulle, intitulé la France libre, se posait en interlocuteur auprès des anglo-américains et même de l’URSS.

En aidant ce général réactionnaire à bâtir son autorité politique, le PCF et Staline participaient à la construction d’un rempart contre tout risque de révolution. Les mêmes États bourgeois qui, en moins d’un quart de siècle, avaient par deux fois provoqué une boucherie mondiale, allaient ainsi reprendre leur place.

Inès Rabah 17 Juin 2020
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16 juin 2020 ~ 0 Commentaire

bretagne juin 1940 (le peuple breton)

resistance en bretagne

Juin 1940 en Bretagne

Protégée par sa position périphérique à l’ouest de la France, la Bretagne n’a pas connu d’incursions ennemies sur son sol lors de la Première Guerre mondiale, et reste alors une région de l’arrière.

Il semble en être de même au début de la Seconde Guerre mondiale. Pour ses habitants comme pour l’ensemble des Français, la débâcle de 1940 constitue une surprise impensable. Les Allemands parviennent à occuper le territoire presque sans aucune résistance.

En septembre 1939, la mobilisation générale s’effectue dans le calme. Les soldats partent au front résolus, mais sans enthousiasme. Au niveau politique, le principal fait notable est l’interdiction du Parti Communiste français, du fait du pacte conclu entre l’Allemagne nazie et l’URSS. En conséquence, l’ensemble des municipalités d’étiquettes communistes sont dissoutes : en Bretagne, cela concerne plusieurs villes ouvrières, à l’image de Concarneau.

La première phase de la guerre, entre l’automne 1939 et le printemps 1940, est qualifiée de « drôle de guerre », du fait de l’apathie du front. Cette apathie concerne aussi la Bretagne : hormis l’absence des hommes mobilisés et les exercices de la défense passive (contre les attaques antiaériennes) en zone urbaine, la vie n’a pas tellement changé.

Toutefois, les usines fonctionnent à plein régime, par exemple à Château-Bougon (Loire-Inférieure), où jusqu’à huit avions de chasses sont produits par jour. Dans le nord-est du Morbihan, les habitants sont au contact des troupes polonaises, dont une partie de l’état-major s’est replié à Coëtquidan. Début avril 1940, le président et le gouvernement polonais viennent à Malestroit pour une cérémonie organisée à l’occasion de la fête nationale de leur pays.

Le projet de « réduit breton »

Le 10 mai 1940, à la surprise générale, la Wehrmacht lance une grande offensive à travers la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. Le 7 juin, face à la débâcle des troupes, le gouvernement français envisage un temps de se replier sur la Bretagne.

Le 12 juin, le sous-secrétaire d’État à la guerre, le général de Gaulle, est envoyé à Rennes pour étudier sur place les possibilités de mettre en place ce projet, qui a par ailleurs les faveurs du Premier ministre britannique Winston Churchill.

Il est envisagé de mettre en place une ligne de défense s’étendant du Couesnon jusqu’à l’estuaire de la Vilaine. Le gouvernement établirait ses quartiers à Quimper. L’idée est de concentrer toutes les troupes en fuite sur cette ligne de défense.

Mais le gouvernement français est divisé entre les partisans de la poursuite du combat, dont de Gaulle et Mandel, et les défaitistes qui trouvent ce projet irréaliste, menés par le vice-président du Conseil, le maréchal Pétain, qui s’appuie sur le soutien du généralissime Weygand.

Le 13 juin, le gouvernement, qui se trouve en Touraine, décide finalement de fuir vers Bordeaux plutôt que Quimper. C’est la fin du projet du « réduit breton ». L’avance trop rapide des troupes allemandes rendait sans doute impossible sa réalisation. Selon les estimations, il aurait fallu 25 000 ouvriers et 3 mois de travaux pour mettre en place les lignes de défense nécessaires.

Les réfugiés

Parallèlement, des milliers de réfugiés civils sont jetés sur les routes au fur et à mesure de l’avancée de la « guerre éclair ». Ces personnes fuient vers l’ouest, et arrivent d’abord par train lorsque c’est encore possible, puis par automobile, à pied ou à cheval.

Les réfugiés arrivant en Bretagne proviennent principalement d’Ile-de-France, de Picardie et du Nord-Pas-de-Calais. En effet, les populations vivant sur la ligne Maginot, en Alsace et en Lorraine, ont été évacuées préventivement vers le Sud-Ouest quelques mois plus tôt. Beaucoup sont accueillis chez l’habitant, comme la famille Hellebaut, originaire de l’Oise, hébergée par un menuisier-ébéniste de La Mézière (Ille-et-Vilaine).

Au total, entre mai et juin 1940, ce sont environ 140 000 réfugiés qui arrivent pour le seul département 35, près de 900 000 personnes pour l’ensemble de la Bretagne. Le désordre est indescriptible, particulièrement au mois de juin, au moment de la débâcle de l’armée française.

Des centaines d’automobiles encombrent les bas-côtés des routes, abandonnées faute d’essence. De la même manière, les soldats abandonnent le matériel militaire. Des attaques de chasseurs allemands visent les routes. L’écrivain Georges Duhamel, alors médecin à Pontchaillou, témoigne de près de 5 à 600 blessés qui ont été ramassés dans les fossés et les champs.

L’arrivée des Allemands

Face à l’avancée ennemie, mi-juin, les troupes franco-britanniques rallient en masse la Bretagne. L’armée anglaise organise dans l’urgence le réembarquement de ses troupes à Saint-Malo, à Saint-Nazaire et à Brest. Les dépôts d’essence sont incendiés pour éviter qu’ils ne tombent aux mains de l’occupant, et la population se sert en nourriture dans les entrepôts de l’armée britannique.

Saint-Nazaire est le principal port de réembarquement vers l’Angleterre, et connaît un afflux de militaires et de civils en fuite. La moindre embarcation flottante est réquisitionnée pour faire la liaison entre les quais et les navires stationnés au large.

Le 17 juin, des bombardiers allemands coulent un ancien paquebot, le Lancastria, dans lequel se trouvent près de 6 000 personnes, majoritairement des soldats britanniques en attente d’évacuation. 2 500 survivants parviennent à être sauvés, couverts de mazout, certains grièvement brûlés. Pendant plusieurs mois, la mer charrie des cadavres à chaque marée, jusqu’à Piriac-sur-Mer et l’île de Ré.

Le même jour à Rennes, la gare de triage, située plaine de Baud, est bombardée par trois chasseurs-bombardiers de la Luftwaffe. Dans la gare se trouvent alors deux trains de transports de troupes, un train de réfugiés venu de Lisieux, et un train de munition. L’explosion cause 2 000 morts. Des débris d’essieux, de ferrailles, et des morceaux de corps humains jonchent la plaine de Baud pendant plusieurs jours, ramassés grâce au dévouement de militaires et de bénévoles de La Croix-Rouge.

Toujours le 17 juin, à midi, le maréchal Pétain, devenu président du Conseil avec les pleins pouvoirs, demande l’armistice, signée le 22 juin à Rethondes. Le 18 juin, l’appel à la résistance du général de Gaulle est entendu par une minorité de personnes. Des départs pour l’Angleterre ont lieu dans les ports de pêche. L’île de Sein se distingue particulièrement avec le départ de 128 hommes, la quasi-totalité de la population en âge de combattre sur l’île.

Les principales agglomérations de Bretagne sont déclarées villes ouvertes et prises sans combats. Les Allemands arrivent à Rennes le 18 juin, et se ruent ensuite vers Brest, port stratégique, où ils sont dès le lendemain.

La Bretagne échappe aux combats sur son sol, hormis à Landerneau et à Guidel, où l’armée française fait un baroud d’honneur pour retarder les Allemands et permettre quelques derniers départs de navires.

Se souvenant des représentations de propagande décriant le « Boche » lors de la Première Guerre mondiale, la population a peur, et craint des exactions sanguinaires. Par contraste, les troupes apparaissent correctes et bien élevées. Des défilés de troupes sont organisés pour impressionner la population. À Vannes, un défilé a lieu le 22 juin, au lendemain matin de l’arrivée des Allemands, alors que la population en ville est nombreuse, car le marché se tient normalement.

Les jours suivants, les troupes allemandes arrivent dans les chefs-lieux de cantons, réquisition-nent des logements et font appliquer les premières mesures du haut commandement. Des vivres sont réquisitionnés, tout comme des logements pour loger les officiers, que ce soit de simples chambres de particuliers, ou bien des villas et hôtels en bord de mer. Des panneaux de signalisation en allemand sont installés.

Très vite, les pendules sont mises à l’heure de Berlin et le couvre-feu est imposé entre 21h et 5h. C’est le début de quatre longues années d’occupation allemande…

Aurélien Pivault 15 juin 2020

http://lepeuplebreton.bzh/

Pour aller + loin :

BOUGEARD Christian, La Bretagne de l’Occupation à la Libération (1940-1945), Rennes, PUR, 2014.

CASSARD Jean-Christophe, « Les Bretons dans le second conflit mondial », dans Histoire de la Bretagne et des pays celtiques. Tome V. La Bretagne au XXe siècle, Morlaix, Skol Vreizh, 1994.

Sur les trotskistes pendant cette période:


Travail en direction des soldats allemands
pdf  

 

Hiver 1943 pdf

Février 1944 pdf

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15 juin 2020 ~ 0 Commentaire

espagne (mediapart)

felipe

Espagne. Les socialistes rattrapés par la séquence noire de leur histoire

La déclassification par la CIA de documents sur l’affaire des GAL chargés, dans les années 80, par les hautes sphères du gouvernement socialiste, d’éliminer les dirigeants de l’ETA, ne devrait pas manquer de créer une commotion politique d’envergure dans une situation (post) pandémique de grande fragilité gouvernementale mais aussi de l’ensemble du champ politique institutionnel.

La CIA vient de lâcher une bombe dans le champ politique et médiatique espagnol en déclassifiant des documents qui désignent l’ancien président du Gouvernement, le socialiste Felipe González, comme ayant donné son accord pour que soit créé le GAL (Groupe Antiterroriste de Libération), ce groupe terroriste composé de truands et de fascistes, afin qu’il assassine les dirigeants de l’ETA.

Cette organisation sévit entre 1983 et 1984 et tua 27 personnes dont certaines n’avaient rien à voir avec l’ETA.

Pour saisir dans toute son ampleur ce que fut cet épisode de guerre sale menée par l’Etat espagnol, il faut rappeler que ces assassinats eurent lieu, pour l’essentiel, au Pays Basque français.

Il s’agissait de trouver une solution à l’incapacité des forces répressives espagnoles, pourtant peu avares de méthodes type tortures et exécutions sommaires de militant.e.s etarras ou simplement suspecté.e.s d’en être, à en finir avec le groupe armé basque.

Celui-ci  conservait encore une partie de l’appui qu’il s’était gagné dans la population d’Euskadi pour sa lutte contre la dictature (il avait précipité la crise de celle-ci en exécutant, en 1973, l’amiral Carrero Blanco, celui qui, le dictateur s’approchant du terminus de sa vie, devait assurer la … transition sans heurts vers un franquisme sans Franco).

Par ailleurs, malgré toutes les tentatives du gouvernement socialiste et d’une partie de l’appareil judiciaire de faire obstacle à l’enquête du juge en charge de l’enquête, suite aux révélations produites par des journalistes, le Ministre de l’intérieur, le secrétaire d’Etat à la Sécurité et un général de la Garde Civile furent reconnus coupables, ainsi que huit autres responsables politiques ou des forces de police ou de la Garde Civile, d’avoir mis en place cette structure composée de tueurs.

Il fut cependant impossible de remonter jusqu’au commanditaire de ces opérations que la presse désignait par Monsieur X et que certains des condamnés disaient être Felipe González, ce qu’aujourd’hui les documents de la CIA confirmeraient.

Pour finir de dessiner le tableau de cette stupéfiante affaire politico-criminelle, rappelons que Felipe González et la direction du PSOE n’ont eu de cesse de demander la libération des deux membres de leur gouvernement condamnés. Jusqu’à l’obtenir de José María Aznar qui, justement grâce à l’onde choc de cette affaire, avait réussi à battre Felipe González en 1996 permettant au Parti Populaire d’accéder pour la première fois au Gouvernement.

Si les documents américains déclassifiés confirmaient de façon probante l’implication de l’ancien chef du gouvernement socialiste qui, rappelons-le, a gouverné le pays pendant 14 ans de façon ininterrompue, l’impact politique serait énorme.

Il serait en effet plus évident que jamais, malgré la propension à l’amnésie qui joue un rôle majeur dans l’histoire de la démocratie espagnole, que les socialistes espagnols ont bien eu, dans ce moment décisif de l’histoire que fut la sortie du franquisme, un rôle pour que s’installe un Etat capable, tout démocratique qu’il était, de déroger à sa propre légalité, en héritage direct de ce que fut la dictature franquiste.

Le PSOE, il fallait être aveugle pour ne pas le voir avant ces révélations, s’est moulé dans des institutions représentatives qui, la preuve déjà par les condamnations prononcées, ont autorisé des membres d’un gouvernement à jouer de tout ce que, parmi les logiques arbitraires de l’Etat antérieur, la mécanique de la Transition laissait à leur disposition.

C’est tout un mythe, déjà bien mal en point, qui risque de s’effondrer définitivement : celui de la démocratie modèle qu’aurait été l’Espagne au sortir du franquisme, à un moment où la figure emblématique qui était au coeur de la propagande martelant cette idée, l’ancien roi Juan Carlos, est rattrapé par ses affaires de corruption et, par là-même, fait chanceler l’ensemble de la Maison Royale.

Pedro Sánchez lui-même ne devrait pas échapper aux retombées de cette affaire car c’est la légitimité de son parti qui s’en trouverait affectée et pas qu’un peu. Disons-le, nous risquons d’assister à un retour des plus virulents du refoulé d’une Transition que tant de gens, à gauche compris, à l’international comme à l’intérieur de l’Etat espagnol, ont cautionnée en abandonnant tout esprit critique.

Comment ne pas voir, entre autres choses, qu’à la lumière de ces révélations, le comportement antidémocratique et violent de l’Etat espagnol emmené par la droite mais soutenu par le PSOE, par Sánchez en personne, contre le processus d’autodétermination de la Catalogne, porte tous les signes de cette capacité terroriste de l’Etat démocratique espagnol ayant renoncé à se défranquiser radicalement.

Par où l’histoire s’énonce au présent, le passé se rappelle littéralement  et cruellement au souvenir du présent, avec une puissance qui risque d’être d’autant plus dévastatrice qu’ils auront été si longtemps contenus.

Le fil rouge, en fait le fil noir, qui a relié les fascistes du GAL à la rose socialiste des années 80, en se resserrant aujourd’hui autour de la figure tutélaire du PSOE qu’est Felipe González, ne pourra qu’enserrer les actuels dirigeants de ce parti et du gouvernement qu’il dirige et les prendre à revers dans leur incantatoire et mystificatrice proclamation qu’ils sont les fiers héritiers d’un parti exemplaire, d’une gauche immaculée.

Mais ils ne devraient pas être les seuls à subir les méchants contrecoups qui s’annoncent : gageons que le PP et l’extrême droite seront tentés d’en profiter pour pousser plus avant leur actuelle logique du « putschisme institutionnel » contre le Gouvernement.

Il serait pourtant assez facile de leur renvoyer que cette face sombre du « socialisme » des années de Transition et de post-Transition a structurellement à voir avec leur propre participation à ce consensus qui les a amenés à assumer, eux aussi, ce franquisme souterrainement continué qui fournit, de première main, l’outillage des GAL aux « démocrates » du moment.

Le PP, quand il s’appelait encore Alianza Popular, et les partisans de la dictature sont les pères et les mères dont se revendique aujourd’hui ouvertement Vox, encourageaient l’Etat à recourir à tous les moyens, je dis bien tous les moyens, pour écraser l’ETA. Les socialistes n’ont eu, pour ainsi dire, qu’à surfer sur ces incitations à sortir de l’Etat de droit !

J’ai employé le conditionnel « Il serait facile… » de neutraliser les velléités des droites d’attaquer, sur ce terrain des GAL, le « gouvernement progressiste » s’il avait existé aujourd’hui un parti en capacité de porter l’estocade depuis la gauche, depuis une gauche immunisée contre toute contamination systémique, c’est-à-dire jouissant d’une indépendance politique lui permettant de porter le fer, contre ce consensus de gauche et de droite dans le scandale d’Etat que fut et qu’est l’affaire des GAL.

Mais il n’y a pas ce parti dans le champ politique espagnol depuis que Podemos a décidé de gouverner avec le parti de Felipe González et de Pedro Sánchez. Depuis qu’Iglesias a décidé de relayer la mystification que le PSOE serait un parti de gauche (peut-on, étant de gauche, avoir créé une organisation d’assassins et ne jamais avoir opéré d’autocritique sur le sujet ?).

Et cela dans l’oubli opportuniste par le même Iglesias de ce qui l’amenait à dire, à ses tout débuts, que ce parti était, à l’égal du PP, « un parti de la caste », formule poliçant déjà l’abrupt « la même merde que le PP » des Indigné.e.s de 2011.

Qu’il est loin, politiquement loin, le Pablo Iglesias qui, en 2016 encore, avait le verbe haut, en pleine séance du Congrès des Député.e.s, même s’il l’employait pour convaincre Pedro Sánchez de faire gouvernement avec lui, quand il lui asséna « votre problème c’est que l’on vous a interdit de faire un pacte avec nous.

Felipe González, celui dont le passé est taché de chaux vive, l’a dit « . Allusion, ayant provoqué un tonitruant tapage des député.e. socialistes et une violente riposte de Pedro Sánchez, à l’un des crimes les plus odieux des GAL qui, après avoir assassiné deux etarras, avaient essayé de faire disparaître les corps sous de la chaux vive !

Mais ce Pablo Iglesias et ce Podemos sont rentrés dans le rang et se trouvent dans l’obligation de faire le constat qu’il serait suicidaire… de sortir de la fuite en avant de la solidarité gouver-nementale dans laquelle ils sont désormais engagés.

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Antoine 15 juin 2020 Antoine (Montpellier)

https://blogs.mediapart.fr/

Note : il est dit erronément dans l’article de El Nacional que José Luis Corcuera (et non José Corcuera) fut condamné dans l’affaire des GAL, or ce dirigeant socialiste, non seulement ne fut pas condamné, mais succéda au Ministère de l’Intérieur, en 1988, à José Barrionuevo qui, lui, impliqué dans cette affaire, fut condamné et emprisonné. Mais vite dispensé de peine car le PP sait se montrer conciliant avec la gauche dont il partage le soutien aux fondamentaux du régime né en 1978 dans les conditions dont nul ne devrait plus ignorer ce qu’elles furent ni les effets qu’elles ont sur le présent.

bzh euskadi

Lire aussi:

Felipe Gonzalez à l’origine de la création des GAL (Mediabask)

Des documents déclassifiés de l’Agence centrale d’intelligence (CIA) confirment que l’ancien premier ministre socialiste espagnol Felipe Gonzalez a approuvé la création des Groupes Antiterroristes de Libération (GAL). Ce groupe actif entre 1983 et 1987 est responsable d’une trentaine de morts en Pays Basque Nord.

« Felipe Gonzalez a accordé la création d’un groupe de mercenaires pour combattre illégalement les terroristes ». Cette phrase apparaît dans les documents déclassés de l’Agence centrale d’intelligence (CIA). Cette dernière a étudié la création des GAL dans les années 80, comme l’explique le quotidien La Razón qui vient de publier des documents de l’agence nord-américaine sur le sujet.

Ces documents déclassifiés contiennent des passages censurés. Malgré cela, ils confirment des aspects significatifs. La CIA souligne que le Gouvernement espagnol « se montre déterminé à adopter une stratégie peu orthodoxe face à ETA ». Suite à une phrase censurée qui pourrait indiquer le nom de la source, l’agence dit que « Gonzalez a approuvé la création d’un groupe de mercenaires contrôlés par l’Etat, pour combattre illégalement les terroristes ».

Après une autre phrase censurée, l’agence ajoute que « les mercenaires ne seront pas nécessairement espagnols et auront comme objectif d’assassiner les leaders d’ETA, en Espagne et en France ».

Un autre document cité par le journal indique que ce ne serait pas la première fois que l’Etat espagnol lutte contre ETA de manière illégale. Des sigles comme Anti Terrorismo ETA (ATE), la Alianza Apostólica Anticomunista (Triple A) et le Batallón Vasco Español apparaissent dans un dossier.

Concernant les passages encore cachés par la CIA, il semble indéniable que certains dossiers évoquant la guerre contre ETA contiennent les identités et CV des mercenaires.

Mediabask|15/06/2020

https://www.mediabask.eus/

 

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