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17 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

irrationalité (libération)

envahisseurs

Politique migratoire: l’irrationalité au pouvoir ?

Comme celle de ses prédécesseurs, la politique migratoire d’Emmanuel Ma- cron, en visite ce mardi à Calais, refuse d’entendre ce que disent les cher- cheurs depuis des années: les dispositifs répressifs créent le «problème migratoire» qu’ils prétendent pourtant résoudre.

Très loin du renouveau proclamé depuis l’élection du président Macron, la politique migratoire du gouvernement Philippe se place dans une triste continuité avec celles qui l’ont précédée tout en franchissant de nouvelles lignes rouges qui auraient relevé de l’inimaginable il y a encore quelques années. Si, en 1996, la France s’émouvait de l’irruption de policiers dans une église pour déloger les grévistes migrant·e·s, que de pas franchis depuis: accès à l’eau et distributions de nourriture empêchées, tentes tailladées et couvertures jetées, familles traquées jusque dans les centres d’hébergement d’urgence en violation du principe fondamental de l’inconditionnalité du secours.

La loi sur l’immigration que le gouvernement prépare marque l’emballement de ce processus répressif en proposant d’allonger les délais de rétention administrative, de généraliser les assignations à résidence, d’augmenter les expulsions et de durcir l’application du règlement de Dublin, de restreindre les conditions d’accès à certains titres de séjour, ou de supprimer la garantie d’un recours suspensif pour certain.e.s demandeur·e·s d’asile. Au-delà de leur apparente diversité, ces mesures reposent sur une seule et même idée, jamais démontrée et toujours assénée, de la migration comme «problème».

Des idées reçues bien tenaces

Cela fait pourtant plusieurs décennies que les chercheurs spécialisés sur les migrations, toutes disciplines scientifiques confondues, montrent que cette vision est largement erronée.

Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas eu d’augmentation drastique des migrations durant les dernières décennies. Les flux en valeur absolue ont certes augmenté mais le nombre relatif de migrant·e·s par rapport à la population mondiale stagne à 3% et est le même qu’au début du 20è siècle. Dans l’Union Européenne, après le pic de 2015, qui n’a par ailleurs pas concerné la France, le nombre des arrivées à déjà chuté. Sans compter les «sorties» jamais intégrées aux analyses statistiques et pourtant loin d’être négligeables. Et si la demande d’asile a connu, en France, une augmentation récente, elle est loin d’être démesurée au regard d’autres périodes historiques.

Au final, la mal nommée «crise migratoire» européenne est bien davantage une crise institu- tionnelle, une crise de la solidarité et de l’hospitalité, qu’une crise des flux. Car ce qui est inédit dans la période actuelle c’est bien davantage l’accentuation des dispositifs répressifs que l’augmentation de la proportion des arrivées.

La menace que représenteraient les migrant·e·s pour le marché du travail est tout autant exagérée.

Une abondance de travaux montre depuis longtemps que la migration constitue un apport à la fois économique et démographique dans le contexte des sociétés européennes vieillissantes, où de nombreux emplois sont délaissés par les nationaux. Les économistes répètent inlas- sablement qu’il n’y a pas de corrélation avérée entre immigration et chômage car le marché du travail n’est pas un gâteau à taille fixe et indépendante du nombre de convives. Ils s’échinent à faire entendre qu’en Europe, les migrant·e·s ne coûtent pas plus qu’ils/elles ne contribuent aux finances publiques, auxquelles ils/elles participent davantage que les nationaux, du fait de la structure par âge de leur population.

Imaginons un instant une France sans migrant·e·s. L’image est vertigineuse tant leur place est importante dans nos existences et les secteurs vitaux de nos économies: auprès de nos familles, dans les domaines de la santé, de la recherche, de l’industrie, de la construction, des services aux personnes, etc. Et parce qu’en fait, les migrant·e·s, c’est nous : un·e Français.e sur quatre a au moins un·e parent·e ou un grand-parent immigré·e.

Les migrants ne sont pas des fardeaux !

En tant que chercheur·e·s, nous sommes stupéfait·e·s de voir les responsables politiques successifs asséner des contre-vérités puis jeter de l’huile sur le feu. Car loin de résoudre des problèmes fantasmés, les mesures que se sont empressées de prendre chaque nouvelle majorité, n’ont cessé d’en fabriquer de plus aigus.

Les situations d’irrégularité et de précarité qui feraient des migrant·e·s des «fardeaux» sont précisément produites par nos politiques migratoires:

la quasi absence de canaux légaux de migration (pourtant préconisés par les organismes internationaux les plus consensuels) oblige les migrant·e·s à dépenser des sommes consi- dérables pour emprunter des voies illégales. Elle les dépossède des ressources financières nécessaires pour prendre place dans les sociétés d’arrivée.

La vulnérabilité financière mais aussi physique et psychique produite par notre choix de verrouiller les frontières (et non par leur choix de migrer) est ensuite redoublée par d’autres pièces de nos réglementations: en obligeant les migrant·e·s à demeurer dans le premier pays d’entrée de l’UE, le règlement de Dublin les prive de leurs réseaux familiaux et communau- taires, souvent situés dans d’autres pays européens et si précieux à leur insertion.

A l’arrivée, nos lois sur l’accès au séjour et au travail les maintiennent, ou les font basculer, dans des situations de clandestinité et de dépendance.

Enfin ces lois contribuent paradoxalement à rendre les migrations irréversibles: la précarité administrative des migrant·e·s les pousse souvent à renoncer à leurs projets de retour au pays par peur qu’ils ne soient définitifs. Les enquêtes montrent clairement que c’est l’absence de «papiers» qui empêche ces retours. Nos politiques migratoires fabriquent bien ce contre quoi elles prétendent lutter.

Contrairement à une idée largement répandue, les migrant·e·s ne sont pas «la misère du monde». Ce sont précisément nos choix politiques qui font basculer une partie d’entre eux/elles dans la misère. Comme ses prédécesseurs, le gouvernement signe donc aujourd’hui les conditions d’un échec programmé, autant en termes de pertes sociales, économiques et humaines, que d’inefficacité au regard de ses propres objectifs.

Imaginons une autre politique migratoire.

Une politique migratoire enfin réaliste. Elle est possible, même sans les millions utilisés pour la rétention et l’expulsion des migrant·e·s (qui ne les empêchent par ailleurs pas de revenir), le verrouillage hautement technologique des frontières (qui ne les empêchent pas de passer), le financement de patrouilles de police et de CRS (qui ne les empêche pas de résister), les sommes versées aux régimes autoritaires de tous bords pour qu’ils retiennent, reprennent ou enferment leurs migrant·e·s.

Une politique d’accueil digne de ce nom, basée sur l’enrichissement mutuel et le respect de la dignité de l’autre coûterait certainement moins cher que la politique restrictive et destructrice que le gouvernement a choisi de renforcer encore un peu plus aujourd’hui. Quelle est donc sa rationalité: ignorance ou électoralisme?

16 janvier 2018

http://www.liberation.fr/

Karen Akoka Maîtresse de conférence à l’Université Paris Nanterre et chercheuse à l’Institut des Sciences sociales du politique (ISP).

Camille Schmoll Maîtresse de conférence à l’Université Paris Diderot, membre de l’Institut universitaire de France et chercheuse à l’umr Géographie-cités.
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15 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

pêche (jjd)

bloom

Sauvons la pêche artisanale plutôt que d’électrocuter les fonds marins »

« Trop souvent sommes nous percutés, choqués par les atteintes incessantes aux mers et aux océans : pollutions chimiques et pétrolières, ‘continents’ de sacs plastiques, coraux morts, espèces massacrées ou menacées de disparition, montée des eaux liée au dérèglement climatique…

A ces drames qui nous éloignent toujours plus de la beauté magique de ces écosystèmes exceptionnels s’ajoute, chaque jour, la machine infernale de la surexploitation des ressources halieutiques : les poissons comme les pêcheurs disparaissent. Souvent dans l’indifférence ou le cynisme de politiques publiques favorisant dans la pêche, comme dans l’agriculture, les systèmes les plus industriels, les plus intensifs et les plus destructeurs.

L’Europe a commencé d’adapter la capacité de ses pêches aux stocks de poissons. Une évidence qui n’est qu’apparente tant il faut la mobilisation et la pression des scientifiques, des organisations de la société civile, des citoyens et des consommateurs, des quelques élus convaincus et d’une partie des pêcheurs pour qu’elle se concrétise. Quelle mobilisation a-t-il fallu pour obtenir enfin l’interdiction du chalutage en eaux profondes en Europe!

Nous refusons la dérive de la pêche électrice

Une nouvelle aberration pourrait être banalisée : celle de la pêche électrique. Combien de génie humain perverti pour inventer l’électrocution des poissons, et de toute espèce vivante à proximité, afin de capturer la dernière sole? Les fileyeurs de Dunkerque et les pêcheurs arti- sans de Boulogne-sur-Mer, directement menacés de disparition par cette technique utilisée par la flotte néerlandaise, parlent de cimetières marins, de nouveaux déserts. Nous refusons cette dérive et nous nous battrons jusqu’au bout pour que le Parlement européen rejette cette folie.

Les représentants de la pêche professionnelle ont, dans leur grande majorité, influencé depuis des décennies les politiques de pêche, toujours dans le même sens : accroissement de la performance technologique des navires et concentration des capacités de capture. Par le jeu des quotas, des licences de pêche et par leurs capacités financières, les gros navires et armements ont accumulé et capté une grande majorité des droits de pêche.

Thoniers senneurs industriels (pour le thon rouge), chalutiers électriques (pour la sole), chalutiers pélagiques en bœuf (pour le bar, l’anchois et le thon germon), bolincheurs semi- industriels (pour les sardines et maquereaux notamment), senneurs danois (pour les poissons plats et les rougets barbets) sont des armes de destruction générées par ces politiques des pêches suicidaires en matière d’emplois et d’environnement.

Les petits pêcheurs artisans sont exclus du partage du gâteau

Résultat, les petits pêcheurs artisans sont exclus du partage du gâteau. Combien de ports de pêche français de Dunkerque à Saint Jean de Luz, de Port-Vendres à Menton en passant par Barfleur, Doëlan ou encore les Salins d’Hyères, ont vu le nombre de leurs petites embarcations professionnelles diminuer de manière effrayante ces dernières décennies? Nous refusons cette fatalité qui consisterait à laisser mourir les pêcheurs artisans, celles et ceux qui respectent la mer et la ressource et nous fournissent un poisson de qualité, beau et bon.

Une politique soutenable des pêches doit se réapproprier la notion de territoire.

Si l’objectif partagé est bien de mettre en place une exploitation durable des ressources mari- nes et de faire vivre un nombre plus important de marins pêcheurs, il faut rebattre les cartes en changeant les règles. Ce ne doit plus être ceux qui ont pêché le plus par le passé qui doivent avoir accès aux droits et aux quotas mais bien ceux qui démontrent que leur stratégie de pêche est socialement efficace, écologique et économiquement viable sans soutien publique pérenne.

Des démarches allant dans ce sens fleurissent en France et Europe.

C’est le cas de la pêche de la langoustine au casier, de la coquille Saint-Jacques en plongée ou encore des poissons capturés à la ligne. Le prélèvement et l’impact sont moindres, la valorisation à la vente bien supérieure. La petite pêche s’est aussi regroupée à travers la Plateforme Petite Pêche en France et dans la fédération européenne LIFE (Low Impact Fishers of Europe). Tant mieux si elle peut enfin être entendue et si le débat s’ouvre au sein d’une profession souvent contrainte à l’omerta.

Ces initiatives suscitent un engouement croissant chez les consommateurs qui veulent rester au contact de pêcheurs nombreux et déguster des produits de qualité sans avoir la sensation de manger le dernier poisson ou un aliment péché de l’autre côté du globe dans des conditions lamentables. Alors, plutôt que d’électrocuter les fonds marins, soutenons résolument la pêche artisanale pour maintenir vivants nos territoires côtiers. »

Selon des organisations de pêcheurs et des ONG, la Commission européenne a ignoré, voire caché, les conclusions d’un rapport défavorable à la pêche électrique, interdite en Europe depuis 1998. Charles Braine, militant associatif et ancien marin pêcheur, et Yannick Jadot, député européen, réclament dans le JDD l’arrêt de « la machine infernale de la surexploitation des ressources halieutiques ».  13 janvier 2018

* www.plateforme-petite-peche.fr

* lifeplatform.eu

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09 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

madame france! (a manca)

corse

Madame France doit revoir sa copie!

Madame Gourault, présentée par les médias comme « Madame Corse » s’est révélée, a contrario de cette désignation hasardeuse, comme une « Madame France » et c’est bien ainsi qu’elle s’est exprimée. La voix qu’elle a fait entendre lors de sa visite est bien celle d’un Etat, qui au-delà des changements de gouvernements, demeure hostile aux revendications du peuple corse, fussent-elles exprimées avec modération.

En se refusant d’emblée à admettre la co- officialité (de la langue NdB) et le principe d’une amnistie, la plénipotentiaire d’Emmanuel Macron signifie clairement que le résultat des derniè- res élections n’est pas pris en compte par celui-ci. Ce déni de démocratie n’est pas sans rappeler celui perpétré par le gouvernement espagnol au lendemain des élections du 21 décembre en Catalogne.

Mais Madame Gourault ne s’est pas contentée d’opposer un « niet » cinglant aux représentants de l’actuelle majorité régionale.

Elle a, sans aucune ambiguïté, envisagé que soient adaptées les règles en matière d’urbanis- me et de gestion du foncier. En cela, elle rejoint les propositions de Camille de Rocca-Serra, lequel envisageait il y a peu, de « dé-sanctuariser » le littoral, en d’autres termes de mettre définitivement en pièces la loi « Littoral ».

C’est un signal fort qui vient d’être envoyé aux spéculateurs et à leurs associés.

Il s’agit en effet d’offrir sur un plateau aux 10% environ des Corses tirant de juteux profits du tout-tourisme des perspectives d’enrichissement exponentielles en même temps que d’imposer au reste de la population que forment les classes populaires la précarité de masse via la saisonnalité comme seul débouché professionnel.

Cela signifie que l’actuel gouvernement envisage de faire subir à notre pays une cure de libéralisme totalement débridé.

En tentant de faire miroiter l’illusoire projet d’un développement économique sous ce régime, ce gouvernement s’inscrit pleinement dans les conceptions qui dominent actuellement au sein de la communauté européenne.

Le rapport de force qui seul, peut permettre de faire barrage à ces visées, doit se construire en s’appuyant bien entendu sur le résultat des dernières élections. Mais cela ne peut suffir pas.

À toutes celles et ceux qui exigent que leurs voix soient entendues de se mobiliser publique- ment et dans la rue. Aucune négociation ne trouve d’issue positive sans la construction de ce rapport de force. C’est là le sens de l’appel que nous lançons ce jour.

A Manca 8 janvier 2018

http://a-manca.org/

Lire aussi:

En débat, à gauche Catalogne, Corse : pourquoi Roger Martelli fait fausse route (Essf)

En Corse, l’Etat ferme les yeux sur le bétonnage du littoral (Reporterre)

Le gouvernement a-t-il décidé de couler la question corse dans le béton ? (U Levante)

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08 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

fat cats (infodurable)

fat cats

Chez nous aussi on aime les « fat cats »!

Les grands dirigeants britanniques gagnent autant en 3 jours que les salariés en un an. De nouveaux chiffres mettent en lumière les écarts de revenus entre grands patrons et salariés au Royaume-Uni.

Trois jours ouvrés. C’est tout ce qu’il aura fallu aux patrons des 100 plus grosses sociétés britanniques pour gagner, en moyenne, 28 758 livres (32 328 euros), soit autant que le revenu annuel médian d’un salarié outre-Manche, selon les centres de réflexion Chartered Institute of Personnel and Development (CIPD) et High Pay Centre.

Les dirigeants des entreprises du FTSE 100 (principal indice de la Bourse de Londres), surnommés « fat cats », perçoivent en effet en moyenne 3,45 millions de livres sterling par an, soit 120 fois plus que la somme collectée par un travailleur moyen à plein temps. Un écart persistant, malgré une baisse de 17 % des salaires des grands patrons entre 2016 et 2017.

Ces chiffres arrivent quelques jours après qu’un classement de l’agence Bloomberg a mis en lumière les différences de revenus dans vingt-deux pays, révélant notamment qu’aux Etats-Unis, un grand dirigeant gagne en moyenne 265 fois plus qu’un Américain moyen.

En France, les salaires des patrons du CAC40 sont quant à eux en moyenne 70 fois supérieurs à ceux des salariés français moyens.

Max Morgene 05/01/2018

http://www.linfodurable.fr/

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08 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

céline (obs)

celine lf

Céline, Gallimard, et le choix de l’antisémitisme

Faut-il rééditer les pamphlets de Céline, comme le projette Gallimard? Un collectif d’historiens s’y oppose fermement

Dans la France de 2018, où l’antisémitisme n’est pas qu’un mauvais souvenir mais une réalité meurtrière, où  la confusion idéologique, qui gangrène souvent le débat public, favorise la propagation de cette haine au delà des groupes antisémites patentés, on aurait pu penser qu’un accord minimal se ferait, entre éditeurs, responsables politiques, savants et citoyens, pour juger néfaste la réédition sous une couverture prestigieuse des plus monstrueux textes de haine antijuive publiés dans les années 1930 et 1940: «Bagatelles pour un massacre», «Les Beaux draps», «L’Ecole des cadavres».

Et pourtant, depuis l’annonce d’une telle démarche aux éditions Gallimard, parée des atours du «grand écrivain» Céline, les prises de position se multiplient pour défendre ou valider ce projet, qui ne relève pourtant d’aucune évidence ou nécessité. Autant d’arguments dont nous voulons ici montrer l’inconsistance ou l’hypocrisie.

Argument 1 La censure, à bas la censure

Passons sur la dimension juridique qui fait que de tels textes tombent sous le coup de la loi – admettons que le statut d’«œuvre» vaille absolution, bien que la jurisprudence varie à ce sujet. Manque de chance, ces textes ont été édités en d’autres temps. Et réédités. Mettre en avant la censure, c’est omettre un léger détail: un éditeur choisit de publier, ou de ne pas publier. Les dizaines de milliers d’impétrants qui échouent à franchir l’étape du comité de lecture sont-ils victimes de censure pour autant? Si ces textes n’avaient pas été l’œuvre du roi du point de suspension, auraient-ils franchi les comités de lectures de grandes maisons d’éditions? Non, mais il serait intéressant de voir des critiques littéraires venir justifier la qualité de ces textes et la démontrer. Sachant que la raison d’être de ces textes est de vomir de la haine, cela revient à valider la qualité du vomi, ou de l’expression de la haine. On en viendrait donc à l’excuse du talent?

On devrait envisager la réédition d’autres textes antisémites importants aussi, que d’aucuns jugeraient «talentueux». Le «Je vous hais» de Maurice-Ivan Sicard et Henry Coston, publié en 1944 et richement illustré, qui pourrait être abondamment annoté également. Un grand éditeur de bande dessinée pourrait aussi se pencher sur une réédition grand public des trois BD de Vica, dessinateur talentueux au service de la propagande nazie en France, par ailleurs disponible en ligne, ce qui semble être devenu une justification d’édition papier. L’expression «artistique» de la haine antisémite et du nazisme militant (parmi d’autres) n’a pas manqué au fil des décennies. Le monde de l’édition a un vaste catalogue à sa portée, qui risque de changer quelque peu l’allure des étalages des librairies: après «Bagatelles pour un massacre», quel sera le suivant?

Argument 2  il faut laisser les historiens travailler

L’argument du travail scientifique ne tient pas: pour le relativement petit nombre de chercheurs travaillant sur les questions liées à l’antisémitisme de Céline ou des années d’avant-guerre et de guerre, ces textes sont aisément accessibles. Ils sont disponibles en ligne, dans quelques centaines de bibliothèques et chez les bouquinistes. Il n’y a que l’embarras du choix pour les trouver. Aucun historien, politiste ou toute autre personne travaillant sur ces sujets ou s’y intéressant n’a jamais été empêché de le faire.

Argument 3  le meilleur moyen de désamorcer de tels textes est d’assurer leur diffusion

Parmi les défenseurs de ce projet de réédition, on trouve, outre les inconditionnels de l’écrivain qui tentent maladroitement de recycler les dichotomies fatiguées entre l’homme et l’œuvre, les idées et le style – vraiment intenables en l’occurrence – des optimistes, persuadés que la confrontation avec l’antisémitisme de tels textes est le meilleur moyen d’en dégoûter un vaste public. L’argument est notamment utilisé par des universitaires qui se veulent fidèles à l’idéal des Lumières, celui d’un accès aux textes permettant le travail de la raison, pour des lecteurs éclairés, émancipés de leurs préjugés par la lecture même des propos les plus abjects. Sédui-sante sur le papier, l’idée ne semble pas tenir compte des réalités de la lecture, de l’ensemble des lecteurs et du monde tel qu’il est.

Bien sûr, il ne faut pas postuler que tout lecteur des pamphlets de Céline (ou des textes de Drumont, d’Hitler, de Rebatet) deviendra automatiquement antisémite. Il existe, et c’est heu-reux, des lecteurs honnêtes, intelligents, dotés d’un solide sens moral, sachant tirer parti de notes de bas de pages et capables de mettre à distance et de contextualiser des écrits. Mais il serait naïf de penser que tous les lecteurs, toutes les lectures fonctionnent ainsi. Quiconque a déjà travaillé avec des élèves et des étudiants sur des textes sait qu’un contresens, une erreur de lecture, sont vite arrivés, même avec des notes et un éclairage professoral, et même avec de bonnes intentions initiales. Or celles-ci ne sont jamais garanties.

Il peut aussi exister, hélas, des lectures intolérantes, racistes, antisémites, complotistes. Des lecteurs influençables, égarés ou haineux. Et les exemples ne manquent pas dans le passé – la France de l’affaire Dreyfus ou de Vichy, l’Allemagne hitlérienne sont les plus évidents – où des parutions antisémites ont fait la preuve de leur efficacité, séduisant ou convertissant à la haine des milliers de lecteurs.

Comment croire, contre toute évidence, la société française actuelle immunisée contre de telles dérives? Et comment croire au garde-fou que représenteraient les notes de bas de pages et les introductions, dont les universitaires sont parfaitement placés pour savoir qu’en dehors de leur profession ces dispositifs semblent bien ésotériques, et sont fort peu consultés. Combien de lecteurs séduits par ce Céline-là, prédisposés à le suivre par admiration pour ses grands romans, ou imprégnés déjà d’antisémitisme, seront convaincus par des notes?

Argument 4  Oui mais c’est sur internet

Et ? Il y a (presque) tout sur internet. Une grande maison d’édition comme Gallimard voudrait-elle éditer l’intégrale de «Dabiq», un des journaux de l’État islamique? En termes d’importance historique c’est assez conséquent. On trouve aussi sur internet des manuels pour construire des bombes, de la pédopornographie, des manifestes du suprémacisme blanc, ou les écrits délirants du gourou meurtrier Charles Manson. Puisque tout cela existe en ligne, facilement accessible, il est donc justifiable de l’éditer tout à fait normalement dans une grande maison parisienne – avec annotations bien entendu?

Argument 5 On republie bien ‘‘Mein Kampf’’…

Ériger une logorrhée anecdotique au même rang que l’ouvrage fondateur du nazisme, programme de l’homme à l’origine de la destruction de pans entiers de l’Europe est à tout le moins exagéré. Et expliquer que telles ou telles autres sources, tels les journaux de Goebbels, Rosenberg, ou encore en Allemagne le «Dienstkalender» d’Himmler ont également été publiés omet de préciser qu’il s’agit de la mise à disposition de sources auparavant inédites et procède d’un surprenant nivellement, où chaque document aurait à la fois la même portée et la même importance, y compris symbolique.

Certes, en matière de haine, «Mein Kampf» n’a rien à envier aux pamphlets de Céline. Mais d’un strict point de vue historique, ces pamphlets ne sont guère éclairants, sinon sur l’antisémitisme virulent de leur auteur. Donc la publication des pamphlets permettra de savoir que Céline était antisémite. Grande découverte! Quel savoir historique apportera la réédition? Et comment faire croire que ces textes odieux mais répétitifs et banals dans leurs références auraient besoin d’être accompagnés d’un énorme appareil de notes, à l’instar de l’édition critique d’un manuscrit médiéval?

C’est faire peu de cas au demeurant de l’éditeur qui entend procéder à la réédition, Gallimard. Rien de moins. Pas des presses universitaires ou d’autres éditeurs scientifiques dont c’est la mission essentielle. L’un des plus grands éditeurs français. Et l’exemple allemand de l’édition de «Mein Kampf», réalisée par l’Institut für Zeitgeschichte de Munich devrait amener à s’interro- ger: un ouvrage où le texte est volontairement noyé sous les notes, rendu le moins attractif possible, s’est écoulé à près de 100.000 exemplaires, ce qui dépasse de très loin le simple lectorat scientifique ou universitaire… Comment ne pas voir une «mode ‘‘Mein Kampf’’», une curiosité voire une fascination morbide qu’il est difficile de considérer comme «inoffensive», ceci alors que le contexte politique allemand est marqué notamment par la montée de l’extrême-droite et le succès grandissant de ses groupes activistes les plus violents?

En Allemagne comme en France, où l’infect «Les Décombres» de Rebatet republié en 2015 par Robert Laffont non sans précautions a connu un énorme succès, les fortes ventes de tels ouvrages ne peuvent s’expliquer par une simple curiosité historique ou citoyenne. Elles relè-vent, au mieux, du voyeurisme, au pire, de la nostalgie ou de la sacralisation des appels au meurtre dans un écrin de prestige. C’est si chic de pouvoir s’offrir un ouvrage vénéneux que l’on n’a plus à se procurer sous le manteau mais auquel un grand éditeur offre sa légitimité!

Et pour finir…

Et pour finir, tout le monde semble maintenant avoir oublié que la réédition a été annoncée afin de permettre de dégager une rente à la veuve de Céline. Oui, l’histoire a débuté ainsi. Avec comme proposition de reprendre une édition canadienne intitulée «Ecrits polémiques», titre euphémisant s’il en est et dont la teneur en matière d’appareil critique est pour le moins ambiguë comme l’a souligné Pierre-André Taguieff. Il ne s’agit pas d’écrits polémiques mais d’écrits antisémites, assumés et revendiqués comme tels par leur auteur, en particulier avant la guerre puis sous l’Occupation. Et beaucoup moins ensuite, au point qu’il est lui-même à l’origine de leur non réédition.

On se trouve ainsi à mille lieues d’une démarche qui se veut d’emblée scientifique et visant à déminer quoi que ce soit au préalable, concernant des «œuvres» hautement symboliques d’un antisémitisme d’un autre temps, que l’on aurait voulu croire éradiqué et disparu. Ce qui n’est pas vraiment le cas.

Dès lors, s’il ne s’agit plus de générer des revenus par le caractère sulfureux des textes indissociable du prestige de leur auteur; si la démarche est devenue désintéressée, scien-tifique, et destinée à concurrencer les mêmes écrits décontextualisés et librement disponibles en ligne, un autre choix éditorial est possible pour Gallimard, qui implique toutefois de renoncer à capitaliser sur les débats passionnés dans les pages «Livres» et «Idées» des journaux: une édition savante, commentée et mise en ligne gratuitement, de manière à supplanter les autres. Car un éditeur – c’est généralement sa fierté – choisit ce qu’il publie, et comment il le publie.

Alya Aglan (historienne, professeur à l’université Paris-I)

Tal Bruttman (historien)

Eric Fournier (historien, maître de conférences à l’université Paris-I)

André Loez (historien, professeur en CPGE)

04 janvier 2018

https://bibliobs.nouvelobs.com/

Lire aussi:

Louis-Ferdinand Céline (Wikipedia)

Céline n’a pas fini de nous empoisonner (Le Monde Libertaire)

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07 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

pêche (jdd)

pêche

Pêche : quand la Commission européenne cédait aux lobbys

La Commission européenne a ignoré ou caché les conclusions d’un rapport défavorable à la pêche électrique, selon l’association Bloom, des organisations de pêcheurs et des ONG.

Selon l’association Bloom, des organisations de pêcheurs et des ONG, la Commission européenne a ignoré, voire caché, les conclusions d’un rapport défavorable à la pêche électrique, interdite en Europe depuis 1998. Daté de novembre 2006, l’avis de son comité d’experts scientifiques mettait en garde contre « un certain nombre de problèmes qui doivent être résolus avant que toute dérogation puisse être accordée »… Pourtant, un mois plus tard, le Conseil autorisait de telles dérogations avec la bénédiction de la Commission.

Yannick Jadot va demander un report du vote

Bloom, qui a exhumé ce document choc, estime que celle-ci a cédé aux lobbys de la pêche industrielle néerlandais, qui ont abondamment su profiter de ces dispositions. Un désastre écologique, soutenu par des millions d’euros de subventions publiques… Forts de cette révélation, plusieurs élus dont l’eurodéputé Français Yannick Jadot (EELV) demanderont lundi le report d’un vote prévu le 16 janvier sur une nouvelle extension de la pêche électrique.

Début novembre, le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert avait indiqué que la France comptait demander le maintien de la limitation actuelle de la pêche électrique. « C’est cette position que nous maintiendrons bien évidemment et je reste à l’écoute des pêcheurs français », avait-il fait savoir.

Redaction JDD   7 janvier 2018

http://www.lejdd.fr/

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06 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

privatisation (courrier inter)

privatisation (courrier inter) dans Austérité 0r4GdXB

Au Royaume-Uni, les billets de train “les plus chers d’Europe” provoquent la colère

Portés par une inflation record dans le sillage du Brexit, les prix des billets ont augmenté de 3,4 % le 1er janvier. Les Britanniques paient désormais cinq fois plus que les autres usagers européens pour prendre le train.

Un constat qui alimente le débat sur l’avenir des chemins de fer du pays.

Le rail cristallise les tensions outre-Manche. Lundi 1er janvier, les prix des billets de train ont augmenté de 3,4 % dans l’ensemble du Royaume-Uni, soit la hausse la plus importante depuis cinq ans. Calculée en fonction du taux d’inflation relevé en juillet 2017, cette augmentation a provoqué la colère des usagers britanniques, qui ont été nombreux à manifester mardi devant une quarantaine de gares du pays.

“Comme le rythme de l’augmentation des salaires est resté largement inférieur à celui de l’augmentation du prix des billets, il s’agit là d’une charge supplémentaire pour les voyageurs et ceux qui prennent le train pour se rendre au travail, dont le porte-monnaie est déjà mis à rude épreuve, d’autant plus qu’ils n’ont pas d’autre choix que de prendre le train”, constate le quotidien conservateur The Daily Telegraph.

Citée par The Times, une passagère assure payer quelque 4 000 livres (4 500 euros) par an pour un aller-retour quotidien de quarante-cinq minutes entre le Surrey, comté situé au sud-ouest de Londres, et le centre de la capitale. Selon les calculs du journal, les Britanniques dépensent désormais 13 % de leur salaire en billets de train uniquement pour se rendre au travail, et paient en moyenne cinq fois plus que les autres usagers européens. La grogne s’est amplifiée lorsqu’il est apparu que le ministre des Transports, Chris Grayling, avait prévu un déplacement au Qatar le jour de l’annonce des nouveaux prix.

Les limites du modèle de l’usager financeur

Cette hausse relance le débat sur l’avenir du rail britannique, géré par des opérateurs privés depuis la privatisation lancée en 1994 et que certains, à l’image du dirigeant travailliste Jeremy Corbyn, aimeraient ramener dans le giron de l’État.

“On sait que l’argent rapporté par la hausse du prix des billets est nécessaire pour rénover les voies et le matériel roulant. Et il a été décidé il y a plusieurs années de faire supporter la majeure partie des coûts aux passagers plutôt qu’aux contribuables en général”, affirme le Daily Telegraph. Mais les difficultés financières rencontrées par plusieurs opérateurs et la baisse du nombre de voyageurs enregistrée récemment font naître de nouveaux doutes sur la fiabilité du modèle actuel.”

03/01/2018

https://www.courrierinternational.com/

Commentaire: Mais non çà n’arrivera pas, Macron va tout re-nationaliser!

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05 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

erdogan (npa)

turkie

Le dictateur Erdogan reçu à Paris par son « ami » Macron

Le NPA dénonce la réception par Emmanuel Macron à Paris, le vendredi 5 janvier, du chef de l’État turc.

Cette visite devient même une provocation, à la veille de la commémoration de l’assassinat, le 9 janvier 2013 à Paris, des trois militantes kurdes Sakine Cansiz, Fidan Dogan (Rojbîn) et Leyla Soylemez, dans lequel Erdogan a reconnu l’implication des services de renseignements turcs. Le NPA sera présent à la manifestation « Vérité et Justice pour Sakine, Rojbîn et Leyla » organisée par le CDKF (Conseil Démocratique Kurde en France),

appel-a-manifester-le-6-janvier-en-memoire-des-3-militantes-kurdes-assassinees-il-y-a-5-ans-a-paris

samedi 6 janvier, à 11h, à la gare du Nord à Paris.

Personne n’est dupe quand Macron annonce que la question des droits humains sera sur la table du déjeuner. En effet Macron a fait le choix de profiter des tensions entre l’Allemagne et la Turquie pour faire prospérer les affaires des quelques 400 sociétés françaises présentes en Turquie.

On parie que, plutôt que des massacres perpétrés par l’armée turque contre les Kurdes, des 140 000 fonctionnaires limogéEs, des dizaines de milliers de journalistes et militantEs empri-sonnéEs, il sera question de renouvellement de contrats pour les entreprises françaises déjà présentes (Engie, Renault, Sanofi, Groupama, Axa, etc.) mais aussi des nouveaux contrats sur lesquelles elles lorgnent.

Sans oublier la responsabilité du gouvernement français via l’Union Européenne d’avoir, depuis 2016, décidé de payer le gouvernement turc pour maintenir en Turquie les migrantES qui voulaient rejoindre ou avaient déjà rejoint l’Europe en risquant leur vie. Le résultat de cet accord scandaleux ce sont 3,5 millions de réfugiéEs bloqués en Turquie et le renforcement de la militarisation de la société turque pour gérer une telle situation.

Alors sans hypocrisie, à cette occasion Emmanuel Macron pourrait répondre à deux exigences :

1. Comme le demandent les organisations démocratiques d’Europe, que l’Union européenne et la France retirent enfin le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan, dont Sakine Cansiz était une fondatrice) de la liste des organisations terroristes de l’UE. Le PKK est en première ligne contre les terroristes de Daech et les États dictatoriaux patriarcaux du Moyen-Orient. C’est Erdogan, le terroriste d’Etat qui a financé et armé Daesh et poursuit une politique de répression impitoyable contre ses opposants en Turquie, qu’il faut interdire de séjour en France.

2- Abroger l’« Accord de coopération en matière de sécurité intérieure avec la Turquie » du 7 octobre 2011, voté par le Parlement du temps de la présidence de Sarkozy et non abrogé sous la présidence de Hollande. Un accord de coopération qui fait des services de renseignement français les complices, au moins passifs, des crimes perpétrés par le MIT (renseignement turc) en France.

Vendredi 5 janvier 2018, Montreuil, le 5 janvier 2018

https://npa2009.org/

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05 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

évasions (france info)

agro-pied

Des petits patrons français échappent aux charges sociales en créant des sociétés en Angleterre

Un cabinet des Côtes-d’Armor a aidé des centaines de commerçants et artisans français à ne pas payer leurs cotisations de sécurité sociale en leur créant une société outre-Manche. Une combine illégale mais qui dure depuis plus de vingt ans.

Savez-vous quel est le point commun entre la Serrurerie Objatoise, en Corrèze, la boulangerie Au four et au moulin à Pocé-les-Bois (Ille-et-Vilaine) et la Carrosserie auto de la vallée de Saint-Amans-Soult, à côté de Mazamet (Tarn) ? Ces trois sociétés qui fleurent bon le terroir français ont en réalité la même adresse de siège social : 1 Palk Street, à Torquay, dans le sud de l’Angleterre. La raison ? Toutes ont été voir le cabinet Setti, installé dans une zone industrielle à côté de Guingamp (Côtes-d’Armor). Cette société revendique avoir créé près de 3 000 sociétés britanniques pour le compte de petits patrons français avec un argument de vente : ils peuvent ainsi éviter de payer leurs cotisations au régime social des indépendants (RSI).

Un système astucieux mais illégal

L’astuce de Setti est de créer une société en Angleterre qui rachète l’affaire du commerçant ou de l’artisan. Cette « limited company » crée ensuite un établissement secondaire en France où va s’établir la réalité de l’activité. L’établissement secondaire étant immatriculé auprès d’un tribunal de commerce français, le patron continue à payer ses impôts en France. Même chose pour ses salariés qui restent sur des contrats de droit français. En revanche, le système autoriserait le gérant à ne plus payer ses cotisations sociales, soit environ 45% de ses gains. Sans compter que la revente de l’affaire initiale à la structure anglaise permet de créer des charges artificielles qui ouvrent droit à une grosse réduction d’impôt sur les sociétés pendant environ cinq ans.

Le patron de Setti, Pascal Michel, assure que ce système est « parfaitement légal » et qu’en 22 ans, il n’a « jamais eu de problèmes ». Pour rassurer les clients qui s’interrogent, il lâche sa phrase favorite : « On n’est pas des Cahuzac. Chez nous, tout est carré. On ne remonte pas les bénéfices dans des îles. »

Les organismes de sécurité sociale dépassés

Pourtant, plusieurs spécialistes interrogés sont formels : ce genre de montage est illégal. « Pour moi, c’est du tourisme social, explique Johan Zenou, avocat spécialiste de la sécurité sociale. L’activité réelle de la société se trouve en France, donc le gérant doit respecter la législation française. Je suis quand même très surpris qu’une société qui a pignon sur rue puisse proposer ce genre de choses de manière aussi décomplexée.

«  Patrick Morvan, professeur de Droit social à l’université d’Assas confirme :

« On prétend parfois que le droit européen autoriserait à ne pas verser de cotisations en France. En réalité, c’est totalement faux. Les professionnels concernés s’exposent à de lourds redressements. » Même son de cloche chez les fiscalistes consultés. Pour Johan Zenou, l’activité de Setti pourrait même être assimilée à de l’incitation à la désaffiliation de la sécurité sociale, une infraction pour laquelle ses dirigeants encourent jusqu’à deux ans de prison.

Du côté du RSI et de l’Urssaf, on reconnaît du bout des lèvres que ces montages sont hautement douteux.

Mais comment se fait-il que Setti ait pu délocaliser à tour de bras depuis plus de 20 ans ? Selon Patrick Morvan, « le RSI est totalement débordé. La Cour des comptes a souligné qu’il ne faisait que quelques centaines de contrôles par an alors qu’il y a des millions de travailleurs indépendants ! »  Renseignements pris, le RSI ne contrôle que les entrepreneurs qui s’inscri- vent auprès de lui. Et comme ces petits patrons ne sont plus affiliés… De leur côté, ni l’Ursaff, ni les parquets n’ont eu manifestement l’envie de regarder des dossiers par essence comple-xes. « Il est possible qu’ils aient été découragés par la perspective d’années de procédure et aient préféré se concentrer sur des cas plus simples », avance un avocat spécialiste du sujet.

Un système déjà utilisé il y a 20 ans

Dans les années 1990, une coiffeuse de Valence (Drôme) avait défrayé la chronique en délocalisant le siège de son salon en Angleterre pour échapper aux cotisations. D’autres artisans et commerçants l’avaient suivi, encouragés par la CDCA, la Confédération de défense des commerçants et artisans. Ce syndicat d’indépendants incitait les petits patrons à se désaffilier de la sécurité sociale, n’hésitant pas à faire le coup de poing lors de meetings politique ou à mettre à sac des études d’huissiers de justice.

À la suite de la mort de son leader, Christian Poucet, assassiné dans des circonstances mystérieuses, la CDCA périclite et les sanctions tombent. Un commerçant qui avait tenté l’aventure anglaise à cette époque, et qui est depuis rentré dans le droit chemin, raconte ainsi qu’il a été poursuivi par les organismes de sécurité sociale et lourdement redressé. Une déci-sion qui confirme l’illégalité du système. Or, Pascal Michel, le fondateur de Setti, est un ancien militant de la CDCA, dont la Bretagne était un des bastions. Lui-même s’était fait la main en délocalisant le siège de sa poissonnerie de Bégard (Côtes-d’Armor) avant de monter Setti. Il considère d’ailleurs que son activité actuelle est la poursuite du combat qu’il menait alors.

Des propositions de montages fiscaux douteux

Quand nous lui avons téléphoné (il n’a pas souhaité nous rencontrer par la suite), Pascal Michel s’est défendu d’inciter à profiter de ces montages pour bénéficier de la fiscalité britan-nique sur les sociétés, nettement plus avantageuse qu’en France. En l’absence de réalité d’une activité sur place, ce serait assimilable à de la fraude. Pourtant, le témoignage d’un chef d’entreprise, Olivier Guichardaz, qui l’a appelé un jour, permet d’en douter : « Il m’a expliqué que je pouvais faire ce que je voulais avec la société anglaise. Si je souhaitais rouler en Ferrari et la passer en frais sur la société, c’était possible avec son montage. J’ai été assez surpris. En France, c’est impossible. Si vous avez un véhicule de société, il faut qu’il soit en rapport avec l’activité. Ce que j’ai compris, c’est qu’il me proposait de faire de l’abus de biens sociaux. »

Nous avons écouté l’enregistrement de cette conversation dans laquelle Pascal Michel est effectivement très clair. Il affirme même que la création d’une société anglaise protège le patron en cas de contrôle de l’Urssaf ou des impôts : « Ils ne peuvent pas s’en prendre à vous ». Une affirmation hautement douteuse d’après un avocat fiscaliste que nous avons consulté.

Nous avons également découvert que le cabinet Setti avait eu pendant 18 ans son siège sur l’île de Man, un paradis fiscal bien connu pour son absence d’imposition sur les entreprises.

Etait-ce pour bénéficier de cette fiscalité que l’entreprise avait élu domicile à Douglas, la petite capitale de l’île ? Et pourquoi les autorités de l’île ont-elles brutalement radié sa société en  2016,  au moment où la lutte contre les paradis fiscaux s’intensifiait ? Où Pascal Michel a-t-il transféré le siège de sa société ? Nous n’en avons pas trouvé trace.

Un éditeur breton qui préfère la Grande Bretagne

Les montages effectués par certains clients de Setti interrogent parfois sur leur finalité. C’est le cas de Jacques Fitamant. Cet éditeur, installé à Quimper, est propriétaire de plusieurs magazi-nes professionnels et d’une revue, Ar Men, véritable référence culturelle en Bretagne. Cet entrepreneur clame régulièrement son amour pour sa région d’origine : « J’ai délibérément choisi de fonder mon entreprise en Bretagne », expliquait-il dans une interview au Télégramme en 2011. L’homme est également l’un des dirigeants de l’association Produit en Bretagne. Ce regroupement de chefs d’entreprise promeut l’entrepreneuriat local et le respect d’une certaine éthique en matière sociale.

Pourtant, Jacques Fitamant semble parfois préférer la Grande-Bretagne. En 2014, il créée deux sociétés à Torquay : Ad augusta, et Menthe poivrée. La première structure pour ses commerciaux, la deuxième pour les journalistes. Contacté, l’éditeur nie être derrière ces sociétés. « Ce sont celles de mes enfants qui habitent en Angleterre », affirme-t-il. Des informa- tions contredites par des documents en notre possession qui montrent qu’il en est non seulement l’actionnaire principal, mais aussi le gérant.

Plusieurs de ses anciens salariés nous ont confirmé, documents à l’appui, qu’il avait bien modifié leurs contrats de travail il y a trois ans. « Il nous a expliqué qu’il créait ces sociétés pour des raisons patrimoniales, pour faciliter la transmission à ses enfants », raconte l’un d’eux. Les comptes des éditions Fitamant font apparaître que la masse salariale de la société mère a été divisée par deux en 2015. Une partie des salariés étant désormais employés sous couvert des structures anglaises.

Ce transfert semble également lui avoir permis de réduire son taux d’imposition grâce à la revente de ses propres titres à ces nouvelles entités. Jacques Fitamant a-t-il délocalisé fictivement une partie de ses activités pour bénéficier de dispositions fiscales favora-bles du droit anglais ? Pourquoi avoir créé deux sociétés, alors qu’une semble suffisante pour échapper au RSI ? À toutes ces questions, il n’a pas souhaité répondre, mettant fin à la conversation en nous expliquant que « c’était [ses] affaires ».

Un système condamné ?

Difficile d’estimer le manque à gagner pour la sécurité sociale des 22 ans d’activités de Setti. Si l’entreprise dit vrai sur ses « 2 500 à 3 000 sociétés créées », alors le préjudice peut être évalué à plusieurs centaines de millions d’euros. Néanmoins, deux gros nuages se présentent dans le ciel de cette société qui sponsorise parfois des voiliers de course. Tout d’abord, le Brexit risque de compliquer la situation de son entreprise. Et puis, depuis le 1er janvier 2018, le gouverne-ment a décidé d’en finir avec l’administration du RSI dont les missions ont été transférées à l’Urssaf. « Les Urssaf effectuent beaucoup plus de contrôles que ne le faisait le RSI. La donne pourrait changer », explique Patrick Morvan.

Sylvain Tronchet 05/01/2018
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31 décembre 2017 ~ 0 Commentaire

élections 2018 (jdd)

paves

Arrivés en Iran seulement, hélas!

Elections à suivre en 2018

En Italie, la crainte du blocage

Retour de Silvio Berlusconi, retour de Matteo Renzi : 2018 va-t-elle être l’année des come-back réussis en Italie? A moins que les populistes du Mouvement 5 étoiles (classé « à gauche » au départ, clairement xénophobe en fait Note du Blog) ne l’emportent. Après cinq années de mandat, le Parlement italien va être renouvelé le 4 mars. C’est pour l’instant la seule certitude de cette élection. Le contexte politique et le nouveau mode de scrutin devrait empêcher la formation d’une majorité claire comme celle dont dispose pour l’instant le Parti Démocrate (ex PCI très modérés et centristes note du blog) . La loi électorale votée au printemps prévoit en effet une forte dose de proportionnelle.

Annoncée en tête, une alliance de droite regroupe Forza Italia ainsi que les souverainistes de la Ligue du Nord et de Fratelli d’Italia. Malgré leurs divisions, elle est menée par le revenant Silvio Berlusconi, âgé de 81 ans, trois fois président du conseil des ministres entre 1994 et 2011, poursuivi à de nombreuses reprises et définitivement condamné pour fraude fiscale en 2013. Inéligible suite à cet événement, il a saisi la Cour européenne des droits de l’homme pour pouvoir se présenter.

Le Mouvement 5 étoiles, dirigé par Luigi Di Maio, est également annoncé haut dans les inten- tions de vote. La formation populiste fondée en 2009 par Bepe Grillo est à la tête de villes com- me Rome (où c’est catastrophique note du blog)  ou Turin mais a échoué à remporter sa première région lors des élections régionales de novembre.

Enfin, Matteo Renzi va mener la campagne du Parti Démocrate. Après s’être, volontairement, mis en retrait suite à son échec lors du référendum constitutionnel de décembre 2016, le chef du gouvernement entre 2014 et 2016 a repris la tête du parti grâce au slogan ‘In Cammino » (En marche) directement inspiré d’Emmanuel Macron. Pour l’instant, sa trajectoire diffère de celle du président français puisqu’il est à la traîne dans les sondages.

Au Brésil, le bal des corrompus

C’est dans une situation très tendue que devraient se dérouler l’élection présidentielle brésilienne dont le premier tour aura lieu le 7 octobre. La destitution de Dilma Roussef lors de l’été 2016, la fraude généralisée dans le monde politique allié au ralentissement de la croissan- ce économique ont constitué un climat délétère. Michel Temer, actuel chef d’Etat, lui-même accusé de corruption, ne s’est pas encore déclaré candidat et pourrait en être dissuadé à cause de sa très grande impopularité.

Le grand favori est pour l’instant Luiz Inácio Lula, président entre 2003 et 2010 et figure emblé- matique de la gauche latino-américaine. Cependant, il a été condamné en juillet à près de neuf ans et demi de prison pour avoir bénéficier d’un système de rétrocommissions. Si ce dernier a fait appel de ce jugement, se disant victime d’un « pacte diabolique », il n’est pas sûr de pouvoir faire campagne jusqu’au bout. (…)

En France, un référendum d’indépendance

En post-année présidentielle et législatives, quelques Français devront tout de même retourner aux urnes. Aboutissement d’un processus de 30 ans, la Nouvelle Calédonie va se prononcer sur son indépendance lors d’un référendum qui sera organisé en novembre. 158.000 électeurs sont appelés à voter et le résultat s’annonce pour l’instant serré. En cas de victoire du « non », un nouveau référendum pourrait être organisé. (…)

Des dissolutions en bonus?

Elles ne sont pas prévues mais sont envisageables. En Espagne et au Royaume-Uni, les deux chefs de gouvernement apparaissent déstabilisés et pourrait demander la dissolution de leurs parlements respectifs. Mariano Rajoy est en effet fragilisé par les élections catalanes où son parti a enregistré une cinglante défaite, tandis que Theresa May est embourbée dans les négociations concernant le Brexit et doit faire face à une fronde dans son propre gouvernement. (Et Corbyn du Labour, donné gagnant selon certains? Note du blog)

(Résumé voir le lien)

29 décembre 2017

http://www.lejdd.fr/

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