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21 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

«On en a assez que les princes ne fassent rien» (Libération)

«On en a assez que les princes ne fassent rien» (Libération) dans Educ'action fille-avion

Dans une école primaire à Paris, une classe chasse les clichés sur le genre

Placardée sur l’un des murs, une affiche donne le ton de la séance : «Filles/Garçons : cassons les clichés !» Dans la classe de CE1 de l’école polyvalente de la rue de Lancry à Paris (Xe arrondissement), c’est l’heure de la lecture commentée d’un album. Aujourd’hui, c’est Marre du rose. Soit le récit d’une petite fille gavée par cette couleur mais aussi par «les tralalas de princesse, les rubans et les poupées». «Selon vous, pourquoi le personnage en a marre du rose ?» demande Isabelle Cabat-Houssais, l’enseignante. Marwa prend la parole : «Parce que c’est un garçon manqué.» «Qu’est-ce que c’est un garçon manqué ? C’est une fille ratée ?». «Eh ben c’est une fille qui adore les jouets de garçon», répond Françoise. «Ah bon ?, s’étonne la maîtresse. Il y a des activités réservées aux garçons et d’autres aux filles ?» «Ouiii!» répondent les élèves.

Omar tempère : «Des fois, les garçons, ils jouent à la corde à sauter…» Saja ajoute que son père lui raccommode parfois ses affaires. Et Ruben raconte comment, chez sa Mamie, il coud. Sans que cela provoque éclats de rire ou moqueries. A chaque nouvelle illustration, Isabelle Cabat-Houssais les questionne. «Qu’est ce que vous en pensez ?».«Pourquoi ?».«Vous êtes d’accord ?» L’album n’est qu’un prétexte pour engager la discussion sur les couleurs, les jeux, les vêtements attribués aux garçons et aux filles. Combattre les clichés, les compor- tements sexistes et les inégalités garçons-filles dès l’école primaire, c’est l’objectif de l’Education nationale et du ministère des Droits des femmes, qui frappent un grand coup en expérimentant, dans une dizaine d’académies, «les ABCD de l’égalité», des ateliers visant à décons-truire les «stéréotypes de genre», de la maternelle au CM2.

Carnaval. Isabelle Cabat-Houssais, elle, n’a pas attendu que 2013 soit déclarée «année de l’égalité garçons-filles». Voilà dix ans qu’elle «chausse les lunettes correctrices du genre» et qu’elle s’efforce d’enseigner de façon «non sexiste». Elle féminise tous les noms de métiers, s’adresse «à toutes et à tous», n’appelle pas systématiquement les mères des élèves si un enfant tombe malade, parle de «filles courageuses» et de «garçons coquets» dans ses leçons… «J’encourage les filles à s’engager corporellement dans les sports de lutte, par exemple, alors qu’elles sont plutôt éduquées à être dans la retenue. Pour les garçons, il s’agit de les inciter à se concentrer, à s’adonner à la relaxation, eux qui sont considérés comme plus agités», explique cette institutrice qui confesse, sans rire, ne pas savoir combien de filles ni de garçons elle compte dans sa classe. L’année dernière, pour le carnaval, elle a imaginé avec ses élèves quelles pourraient être les revendications des princesses des contes de fée. S’en est suivi un défilé d’écoliers avec des pancartes : «Je ne veux plus porter de robes mais des pantalons !» ; «On en a assez que les princes ne fassent rien.»

«Je réintroduis du féminin là où domine le prétendu « masculin neutre » : il ne s’agit pas de penser séparément les filles et les garçons mais bien de favoriser une réelle mixité, explique Isabelle Cabat-Houssais. Et surtout de ne pas assigner les enfants dans des rôles traditionnels ou une trajectoire prédéfinie par leur sexe.»

«Carcan». Car les faits sont là, toujours aussi désespérants. Selon un rapport de l’Inspection générale de l’Education nationale (IGEN), remis en juillet à Vincent Peillon, «les stratégies des élèves sont largement influencées par leur appartenance de genre». Et comme un jeu de domino, au fil de leurs orientations, les inégalités en entraînent d’autres, et les filles, qui ont pourtant une meilleure réussite scolaire, se retrouvent à la traîne sur le marché du travail. Si Isabelle Cabat-Houssais est la seule dans son école à introduire le genre dans ses leçons, son initiative n’est pas isolée. Plusieurs enseignants font de même et des syndicats comme le Snuipp, majoritaire dans le primaire, se sont emparés de la question.

L’ambition des ABCD de l’égalité est d’uniformiser ce qui se fait au coup par coup sur le terrain. Et, à terme, de toucher tous les écoliers et de former tous les enseignants. De quoi filer des cauchemars aux membres de la Manif pour tous qui ont pris le genre comme nouvel  épouvantail et incitent les parents d’élèves à créer des comités de vigilance au sein des écoles, à travers leur plan «Vigi-Gender». Pas de quoi effrayer Isabelle Cabat-Houssais. Au cours de ces dix années de «genre», elle n’a jamais reçu de plaintes de parents. «Au contraire, certains m’ont remerciée. Il y a des enfants qui ne se reconnaissent pas dans les stéréotypes sexués et que ces séances aident à s’émanciper de ces carcans. Il s’agit aussi de les éduquer à la différence : en termes de stéréotypes sexistes, ce sont les mêmes mécanismes de discrimination qui sont à l’œuvre dans le racisme.» Dans sa classe, sur les dossiers des chaises, les cartables restent pourtant bien roses avec des paillettes et des princesses pour les filles, et bleus avec des voitures dessus pour les garçons. «Comme pour les jouets, les fournitures scolaires sont sexuées, soupire-t-elle. Difficile d’échapper à cette vision bipolaire du monde.»

Anne-Claire GENTHIALON 17 septembre 2013 à 19:26 (Mis à jour : 20 septembre 2013 à 10:39)

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17 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Portugal, vers une école à deux vitesses (CI)

Medef : Gattaz et la lutte de classes dans NPA lutte-des-classes

Une nouvelle loi sur le financement de l’école privée par l’Etat risque de mettre en péril l’aspect égalitaire de l’éducation au Portugal, selon le journaliste Daniel Oliveira. Ce dernier prend nettement position contre cette mesure qu’il qualifie d’ »apartheid scolaire ».
Le jeudi 5 septembre, le gouvernement portugais a approuvé, sans guère de débat national, la possibilité de financer directement la scolarité des élèves de l’enseignement privé. En vertu de cette ordonnance, cette aide n’a pas besoin d’être justifiée par une quelconque carence de l’école publique. Nulle référence, non plus, à d’éventuelles difficultés économiques dont souffriraient ceux qui bénéficieront de ces subsides. Dans les faits, comme dans le cadre des « contrats simples d’aide à la famille », que ne régit aujourd’hui aucun règlement d’attribution, l’Etat traite désormais l’enseignement privé de la même façon que les écoles publiques (le ministre de l’Education, Nuno Crato, l’a d’ailleurs reconnu), contribuant aux frais de scolarité à la même hauteur dans le privé et dans public.

Les établissements privés ont un nombre de places limitées. Ainsi, dès lors qu’il y a plus de candidats que de places, il faut procéder à une sélection, sélection qui a toujours les mêmes objectifs : il s’agit d’une part de capter les meilleurs élèves, pour pouvoir grimper dans les classements et faire face à la concurrence, et d’autre part d’éviter les élèves à problèmes, qu’ils soient sociaux ou disciplinaires. Personne ne peut raisonnablement imaginer qu’une école privée renonce, officiellement ou officieusement, à cette prérogative de sélection.

En réalité, peu d’écoles ont une offre pédagogique vraiment distincte de celle du public. La majorité des établissements vit précisément de cette sélection, qui leur permet de garantir de meilleurs résultats. Et pour cause : quand on ne perd pas de temps avec des élèves ayant des besoins éducatifs particuliers, des problèmes de discipline ou des problèmes sociaux, c’est déjà la moitié du chemin parcourue pour offrir un environnement scolaire plus favorable et de meilleurs résultats. Il est naturel que les parents préfèrent que leurs enfants étudient dans cette ambiance protégée et triée sur le volet.

L’école publique ne garde que les enfants à problèmes D’une façon ou d’une autre, les écoles privées continueront à vouloir garder les meilleurs élèves et ceux ne présentant pas de difficulté disciplinaire ni sociale : des enfants sans problèmes, issus de familles riches ou de la classe moyenne, ou encore, grâce à cette subvention, les enfants les plus brillants des familles défavorisées. Tout cela avec des financements publics – et non, comme le voudrait la logique et comme c’est le cas dans certaines écoles, grâce au mécénat ou à des bourses versées par l’école elle-même. En d’autres termes, les écoles publiques récupéreront ce qui reste : les problèmes sociaux, les problèmes de discipline et les besoins particuliers.

Quel parent enverrait son enfant dans une école ghetto ? Celui qui n’a pas le choix. L’Etat va ainsi financer, aux frais des contri-buables, un système éducatif à deux vitesses, avec des écoles accessibles aux seuls élèves riches et doués, et d’autres pour les pauvres et les médiocres. Cet « apartheid scolaire » qui nous est sympathiquement vendu comme une marque de liberté scolaire ne va faire qu’annihiler la fonction première de l’école publique : garantir l’égalité des chances sans laquelle la liberté n’est qu’illusion.

Au Portugal, rien n’oblige à scolariser ses enfants dans le public. Les Portugais peuvent choisir librement entre écoles publiques et privées, laïques ou confessionnelles, portugaises ou étrangères. Ce qui est en cause, ce n’est pas cette liberté de choix, qui est garantie et légitime. Il s’agit de savoir si l’obligation de l’Etat porte sur la fourniture d’un service public universel et gratuit, ou si cette obligation s’étend au subventionnement d’entreprises privées du secteur éducatif.

Avec cette ordonnance, l’Etat garantit le financement à hauteur du coût d’un élève dans le système public. Cela signifie que, pour les plus défavorisés, la liberté scolaire se limite aux écoles qui coûtent moins cher que ce coût moyen. De plus, des familles riches qui aujourd’hui paient la scolarité de leurs enfants sans aide publique vont bénéficier de subventions pour les placer dans les établissements les plus chers du pays, et elles seules auront les moyens de payer le dépassement que ne couvre pas l’aide publique. Car la liberté scolaire a toujours des limites. Et le moyen le plus juste de la garantir consiste à créer les conditions nécessaires pour que les écoles publiques soient attrayantes pour tous, transcendant les classes sociales et offrant un enseignement de qualité : or cela nécessite des moyens financiers que la stratégie actuelle détourne au profit d’écoles à but lucratif.

Les classes moyennes ont déserté le privé Mieux vaut, certes, ne pas s’en tenir aux principes. Nous savons bien dans quel pays nous vivons. Nous savons que l’Etat fait affaire avec le privé. Nous avons même une certaine expérience du financement public d’établissements privés, par le biais des contrats d’association. L’un des cas a été présenté par la chaîne de télévision TVI, et je m’en suis fait l’écho dans un de mes articles : grâce à son entregent au ministère et alors qu’il offrait de moins bonnes conditions que les établissements publics voisins, GPS, un groupe de 24 écoles privées, avait pu détourner des élèves que le public était en mesure d’accueillir.

Il n’est pas impossible qu’on ne doive cette ordonnance qu’au fanatisme idéologique de Nuno Crato. Il n’en est pas moins curieux que cela se produise au moment même où des milliers de familles de la classe moyenne, faute de moyens financiers, ont retiré leurs enfants du privé. Cela crée de lourds problèmes pour de nombreux établissements privés, mais c’était aussi une excellente nouvelle pour les écoles publiques, qui voyaient ainsi revenir les classes moyennes, et qui allaient pouvoir renouer avec un enseignement plus égalitaire tel qu’il existait dans les années 1980. Or tout cela n’est pas pour enthousiasmer notre ministre. Alors que les coupes dans le budget de l’éducation se poursuivent et que l’année scolaire commence dans le chaos pour les écoles publiques, Nuno Crato semble surtout soucieux de consacrer son énergie, et nos impôts, au sauvetage des écoles privées en difficulté. Expresso Daniel Oliveira 16 Septembre 2013

Commentaire:  » Surtout ne pas ranimer la guerre scolaire »! Non ! Faire çà en douceur!

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17 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Pontivy: Paul-Langevin, les parents occupent les lieux ce soir (LT)

Pontivy: Paul-Langevin, les parents occupent les lieux ce soir (LT) dans Educ'action ecole_occupee_nettoye_mini1

Le ras-le-bol est tel à la maternelle Paul-Langevin que les parents d’élèves ont décidé de faire monter d’un cran la contestation.

« On ne veut pas nous entendre et rien ne bouge. A priori, le représentant de l’inspecteur d’académie, que nous avons contacté, ne veut rien lâcher. Il nous a répondu que tout était acté pour cette année et que les postes avaient été attribués dès la fin de la première semaine de rentrée », explique cette mère de famille.
Une classe supplémentaire  Depuis l’an passé, les parents d’élèves de la maternelle Paul-Langevin, soutenus dans leur démarche par les enseignants, réclament l’ouverture d’une classe supplémentaire. Mais à la rentrée rien n’a été fait. Du coup, les parents en colère ont bloqué l’accès aux classes mardi dernier, à l’ouverture des portes. Pour autant, rien n’a changé et les récents contacts avec Monsieur Abdou N’tro, inspecteur de la circonscription de Pontivy, ne semble pas aller dans le sens de leur demande.

Plus de remplaçant bilingue Hier soir, l’inspecteur de Pontivy, était en visite à Paul-Langevin, mais le sujet n’était pas d’actualité. Seul le problème de l’enseignant de la classe bilingue était à l’ordre du jour. « Le résultat n’est pas satisfaisant non plus, de ce côté. M. Abdou N’tro nous a affirmé qu’il n’y avait plus de remplaçant sur le Morbihan. Pas plus de vacataire capable d’enseigner le Breton. Il nous propose seulement de décloisonner en mettant l’enseignant de primaire bilingue chez les maternelles l’après-midi et chez les primaires le matin », ce qui ne satisfait bien entendu pas les parents. Même s’ils considèrent que c’est toujours mieux que rien.

Quinivet aussi Les parents en colère ont donc décidé d’une action plus spectaculaire.« Puisqu’on ne veut pas nous entendre, nous allons occuper les lieux. Avec un effectif de 60 enfants pour deux classes et une population qui demande une attention particulière parce que non francophone par exemple, nous souhaitons obtenir un poste supplémentaire. Et nous ne sommes pas les seuls laissés-pour-compte de Pontivy. À l’école Quinivet également, il leur faudrait au moins un demi-poste », expliquent les représentants des parents d’élèves.

Pique-niques et sacs de couchage Ce soir, à partir de 19 h, ils vont donc changer de registre. « Nous allons occuper l’école. On va apporter les pique-niques et les sacs de couchage et on ne repartira que lorsque l’on aura obtenu gain de cause. De plus, nous convions les parents de Quinivet à se joindre à nous. Nous avons déjà au moins 35 parents qui ont dit oui. Pour Quinivet, je ne sais pas ». Quant aux parents de classe bilingue, ils sont eux aussi déterminés. « Nous allons, nous aussi, venir grossir le flot des mécontents », ont-ils assuré à l’issue de la réunion. Véronique Le Bagousse 17 septembre 2013

http://www.letelegramme.fr/local/morbihan/pontivy/ville/paul-langevin-les-parents-occupent-les-lieux-ce-soir-17-09-2013-2236837.php

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16 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Rythmes scolaires : désordre destructeur

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Paris fait partie des villes qui se sont portées volontaires pour, dès cette rentrée, introduire trois heures de classe le mercredi matin, heures retirées les autres jours de la semaine. Les premiers jours d’école révèlent le potentiel destructeur de cette réforme.

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Quelle surprise pour les élèves de terminer, du lundi au vendredi, successivement à 16h30, 15h, 11h30, 16h30 puis 15h avec des adultes différents, et cela sans récréation les mardi et vendredi car la mairie de Paris ne respecte pas le taux d’encadrement légal et veut éviter les accidents dans la cour… En maternelle, après avoir découvert leur enseignantE, avoir beaucoup pleuré, les élèves ont eu la surprise de le/la voir remplacéE par des agents de la ville. Ceux qui au contraire quittaient l’école à 15h le mardi et le vendredi ont a nouveau versé des larmes lorsque, ce lundi 9, au réveil de la sieste, ils ont su que ce n’était pas encore « l’heure des parents », c’est-à-dire la fin de l’école…

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Certaines activités prévues après 15h ont déjà dû être annulées faute d’intervenant. Dans certaines écoles des quartiers populaires, les mêmes associations organisent gratuitement à 15h, des activités qu’elles proposent payantes à 16h30… C’est le désordre le plus complet, pour une réforme qui coûte à Paris 80 millions d’euros !
Profondément inégalitaire Le ménage des classes n’y est plus assuré qu’a minima en raison de l’utilisation constante des salles, et les agents de la ville doivent effectuer tout le nettoyage le samedi matin de 7h à 13h : une tâche colossale… Et les cours d’école ne sont plus nettoyées le matin. La réforme parisienne est particulièrement ridicule, mais les millions engagés permettent au maire Delanoë de faire bonne figure par rapport à d’autres communes, particulièrement celles des zones rurales. Là, la pause du midi est allongée, les élèves stagnant trois heures dans la cour. Certaines activités sont gratuites (parfois une simple garderie sans activité culturelle) et d’autres payantes. La réforme montre ainsi sa dimension profondément inégalitaire, alors même que des millions d’euros ont été déployées en 2013-2014 pour faire passer la pilule. Celle-ci risque d’être particulièrement amère lorsque les financements ministériels disparaîtront.

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Même dans les communes les plus riches, les conséquences sont désastreuses. En effet, à côté du slam, de l’éveil rythmique, des jeux sportifs, on trouve de la musique, des arts plastiques, de l’anglais, des sciences… Il s’agit de matières habituellement enseignées à l’école par des enseignants formés, avec un statut (congés, sécurité de l’emploi, temps de préparation…) et un salaire bien supérieur.

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Casse du cadre national de l’éducation La pression est dès maintenant très forte pour coordonner les enseignements effectués par les professeurs et le périscolaire. La boîte de Pandore est ouverte : il n’y a plus de différence entre ce qui est enseigné par l’Éducation nationale et les temps éducatifs assurés par les communes (qui sous-traitent elles-mêmes à des associations privées…). La concurrence créée entre ces différents niveaux sert à introduire des méthodes de gestion privée dans le service public (concurrence entre les communes, entre les écoles, salaires réduits, CDD, vacances non rémunérés…) (1).
Si le gouvernement souhaitait proposer des activités culturelles et sportives de qualité à tous les élèves, pourquoi ne pas avoir simplement sollicité des associations et des personnels formés avec un statut décent le mercredi matin ?

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La réforme est un coin inséré dans le cadre national de l’éducation et dans le statut des enseignants. Une attaque qui fait suite aux importantes dégradations des conditions de travail des enseignants ces dernières années, à la casse de la formation initiale et du recrutement, à la réduction de la formation continue.  Les enseignants de Paris ne s’y sont pas trompés, en se mobilisant par milliers l’an dernier (90 % de grévistes, un personnel sur six réuni en réunion syndicale…). Il faut maintenant espérer que la mobilisation se construise dans les 80 % de communes qui ont reporté leur passage aux nouveaux rythmes scolaires à la rentrée prochaine et que nous puissions construire une mobilisation nationale contre les réformes d’un ministre dont la « refondation » apparaît de plus en plus comme la continuité des gouvernements précédents.

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Antoine Larrache Dimanche 15 septembre 2013 Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 208 (12/09/2013)

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1. Collectif, La nouvelle école capitaliste, La Découverte, 2012, 13 euros

 

 

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14 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Edito : un écran de fumée à l’école ?

Edito : un écran de fumée à l’école ? dans Educ'action petain-peillon

Depuis ce lundi, Vincent Peillon affiche dans les établissements scolaires sa fameuse Charte de la laïcité, un panneau sous-titré « la Nation confie à l’école la mission de faire partager aux élèves les valeurs de la République ». Les enseignantEs sont donc somméEs d’afficher la Charte, de la publier dans le règlement intérieur, de la présenter aux parents d’élèves et de s’en inspirer pour les projets d’école ou d’établissement.
Cette mesure peut paraître un écran de fumée en cette rentrée marquée par l’attaque contre les retraites et la mise en place de la réforme des rythmes scolaires, sans parler de la nouvelle réforme du recrutement des enseignants ou le gel des salaires… Les gouvernements sont passés maîtres dans l’art de lancer des grands débats divisant les salariéEs au moment de faire passer des réformes particulièrement désastreuses. Peillon va jusqu’à promettre de former les enseignantEs à la morale laïque, alors que le temps de formation continue des enseignants a été cette année divisé par deux…
Après le déluge réactionnaire et raciste de la droite puis de Valls, certains trouveront sans doute la morale laïque de Peillon sympa-thique. Mais les discours de Peillon et de ses conseillers nous éclairent sur un état d’esprit qui, s’il est différent de celui de Valls, est bien une des colonnes vertébrales de la politique du gouvernement.
Pour Peillon, à la base de la crise économique, il y a une crise morale et intellectuelle. La morale est pour lui une « contrainte intérieure », à la différence de celle de la police, laissée à Valls. Une contrainte intérieure qui se conjugue avec insistance sur la visibilité dans les écoles des drapeaux et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 (garante aussi bien de l’égalité que de la propriété privée des riches…).
Peillon inscrit ses décisions dans la stratégie du gouvernement de « redressement de la France », exigeant dès la maternelle cette « contrainte intérieure » pour « œuvrer à l’intérêt général »… Il s’agit bien de faire en sorte que les jeunes, à l’école puis au travail, se sacrifient pour les intérêts du patronat et des classes dirigeantes françaises. Nous le refuserons dans la rue.

Antoine Larrache Vendredi 13 septembre 2013 Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 208 (12/09/2013)

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14 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Brest, « Enfants-valises », le film qui questionne l’immigration (OF)

Brest, « Enfants-valises », le film qui questionne l’immigration (OF) dans Antiracisme enfants-valises

Le réalisateur Xavier de Lauzanne a posé sa caméra sur les bancs de l’école où des adolescents migrants font leurs premières armes. Il présente son film « Enfants-valises » ce samedi au cinéma Les Studios, à Brest.

En France, l’école a pour obligation d’accueillir tous les mineurs de moins de 16 ans, français ou étrangers, en situation légale ou non. Pour de nombreux adolescents migrants, ballottés d’un continent à l’autre, elle incarne un espoir de stabilisation et d’intégration. Dans le film « Enfants-valises », le réalisateur Xavier de Lauzanne a posé sa caméra sur les bancs de l’école où Aboubacar, Dalel, Hamza et Thierno font leurs premières armes…

Xavier de Lauzanne explique ainsi sa démarche : « Comme beaucoup de Français, j’ai du mal à me faire une opinion claire sur la question de l’immigration. Pourquoi suis-je à la fois convaincu par la richesse qu’apporte la mixité et troublé lorsque je me promène dans certains quartiers ? Pourquoi suis-je à la fois en faveur d’une régulation du nombre d’arrivants et embarrassé par les expulsions ? Ce qui est sûr, c’est que le brassage des cultures, qui dorénavant s’impose à nous, remet en cause « l’identité traditionnelle du Français type ». Je regrette l’attitude des hommes politiques qui s’en servent comme levier électoral, tout comme je déteste les discours démagogiques : nous méritons mieux pour élever nos consciences. Aussi, quand Sandrine Montain et Carole Gadet, deux enseignantes qui intervenaient dans les classes d’accueil à destination des jeunes migrants, sont venues me voir avec une idée de film, je me suis dit que c’était une bonne occasion d’apporter ma contribution au débat avec un regard différent. » Samedi 14 septembre à 20 h, aux Studios, Brest, projection en présence du réalisateur.

http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Brest.-Enfants-valises-le-film-qui-questionne-l-immigration_40779-2228658——29019-aud_actu.Htm

lire aussi: http://www.rue89.com/rue89-culture/2013/09/12/les-enfants-valises-disent-merci-a-lecole-republique-245640

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08 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Rentrée 2013, premiers couacs dans les écoles bretonnes (FR3)

Rentrée 2013, premiers couacs  dans les écoles bretonnes (FR3) dans Educ'action sardines-d

La rentrée débute à peine que les problèmes commencent. En Bretagne, plusieurs écoles rencontrent des difficultés : fermetures de classes, effectifs surchargés…Les parents d’élèves envisagent des actions.

En Bretagne, certaines écoles ne démarrent pas les cours dans les meilleures conditions et les premiers couacs de la rentrée apparaissent. A l’école Pierre Marie Cholet de Feins (35) les parents voient rouge. L’école comprend 4 classes pour un effectif total de 104 élèves. Dans 3 classes sur 4, il y a 3 niveaux qui mélangent par exemple la moyenne et grande section, plus le CP. La disparité s’étend aussi aux classes d’âge avec 4 élèves de CE2 contre 24 en CP. Ces différences ne sont pas pertinentes et influent sur l’enseignement. Cécile Fourdan, membre du collectif des parents d’élèves explique : « Au mois de juin, l’inspection académique nous avait dit qu’à partir de 103 élèves, l’ouverture d’une nouvelle classe était possible, que l’on pourrait en discuter. A la rentrée, nous avons invité l’inspecteur d’académie à venir compter lui-même les enfants. Il n’est pas venu. On ne nous considère pas comme prioritaire » 
L’administration refuse en effet l’ouverture d’une autre classe et propose l’installation d’un conseiller pédagogique de circonscription. Ce dernier pourrait apporter son soutien dans l’organisation pédagogique et intervenir physiquement auprès des élèves, par exemple 1h30 par semaine pendant le mois. Cette réponse est jugée « insatisfaisante » pour les parents : « pour nous c’est du saupoudrage ». Ils doivent décider ce soir d’une action et envisagent de bloquer l’école. Demain, l’inspecteur d’académie viendra les rencontrer pour annoncer officiellement sa décision.
« On est en contradiction totale avec les annonces de création de postes faites par François Hollande et la réalité sur le terrain. »A Belz, dans le Morbihan, l’inspecteur a lui fait le déplacement pour venir compter les élèves de l’école Per Jakez Helias, « sans compter les absents mais bien inscrits » souligne David Lemoine l’un des parents. Résultat, il considère qu’il y a un poste d’enseignement en trop. C’est la classe de CE1 qui va être supprimée. Les élèves seront répartis dans d’autres classes, sûrement à double niveau. L’enseignante de CE1 va devoir plier bagages, une aberration pour les parents alors que celle-ci est en plus la seule à être habilitée pour les cours d’anglais. Pour David Lemoine, les problèmes se cumulent : « alors que les enfants se sont calés à la rentrée, on va les reperturber avec ces changements. Des parents pourraient même basculer dans le privé. » Eux aussi ont décidé de réagir. Ils sont actuellement en discussion avec l’inspection académique. Emilie Colin 05/09/2013 | 18:46, mis à jour le 06/09/2013 | 11:48

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07 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Éducation nationale : une rentrée dans la rue

Éducation nationale : une rentrée dans la rue dans Educ'action peillon

C’est la première rentrée scolaire dont le gouvernement PS est totalement responsable.

Il est donc responsable de la suppression de 2000 postes de surveillants (AED) en collège, lycée et dans les écoles. Il est responsable de la généralisation des contractuels précaires à tous les niveaux de l’école, grâce à la masterisation. Il est responsable de la dégradation des conditions de travail induite par la réforme des rythmes scolaires pour 20 % des élèves de France (dans les villes où la réforme s’applique dès cette rentrée)… Au delà, les annonces de Peillon pour les années à venir reprennent les grands axes des gouvernements précédents : rentabilisation de l’éducation, adaptation de la main d’œuvre aux besoins du patronat, encadrement idéologique de la jeunesse.
Attaques tous azimuts L’éducation nationale est en première ligne de la réforme des retraites, avec le passage à 43 annuités en 2035, alors qu’en moyenne, les salariés partent après 36, 5 annuités effectives. Cela va entraîner une baisse importante des pensions. Ainsi, un enseignant qui avait commencé à 23 ans, partant à la retraite à l’âge légal (60 ans, puis 62 ans) avait une pension de 2 400 euros. Avec la réforme Ayrault, la pension sera de 1580 euros, soit une perte de 900 euros en dix ans.
Par ailleurs, les conditions de travail et d’étude continuent de se dégrader : augmentation des effectifs dans les classes, aug- mentation des missions des enseignants et autres personnels, et disparition programmée des ZEP (zones d’éducation prioritaires).

Là où la réforme des rythmes s’applique, les enfants ne vivent pas avec de nouveaux rythmes. Au contraire, ils passent autant de temps à l’école, ils subissent plus de temps non-éducatifs (augmentation du temps de pause le midi, temps de transport vers une autre école…). Pour généraliser cela, Peillon veut ouvrir une discussion sur le statut des enseignants, dont l’objectif réel est de casser complètement nos conditions de travail… Enfin, cela fait quatre ans que les salaires des fonctionnaires sont bloqués. La perte du pouvoir d’achat est évaluée depuis 2000 à 13 % par la FSU, la principale fédération de l’éducation nationale. On sent clairement les effets de la crise dans notre travail.
Préparer un mouvement d’ampleur C’est pourquoi les enseignantEs doivent affirmer qu’ils refusent de travailler plus, dans des conditions pires, et pour des salaires moindres ! Cela passe par la préparation active de la grève du 10 septembre. Il faut réunir des assemblées générales localement, dans les villes et départements pour discuter des suites et faire naître une mobilisation d’ampleur nationale dans notre secteur. Nous devons nous emparer de chaque échéance, à l’image de la grève dans l’éducation en Seine-Saint-Denis qui aura lieu le 19 septembre. Ces mobilisations doivent donc combiner des revendications interprofessionnelles sur les retraites et des revendications plus sectorielles sur les salaires et les conditions de travail. C’est ainsi que nous pourrons généraliser un mouvement de grève pour gagner.

Raphaël Greggan Jeudi 5 septembre 2013 Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 207 (05/09/2013)

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06 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Quimper, des parents en colère devant l’inspection académique (OF)

 Quimper, des parents en colère devant l’inspection académique (OF) dans Educ'action sardines-d

Hier matin, vers 10 h 30, une vingtaine de parents d’élèves ont manifesté devant le bâtiment de l’inspection académique, à Quimper .

Une soixantaine de personnes se sont retrouvées entre 9 h et 10 h, selon les manifestants. Ils ont dénoncé la suppression d’un poste à l’école Victor-Hugo de Douarnenez, dans laquelle trois enseignants doivent, depuis la rentrée, gérer 98 enfants. Des parents d’élèves de Saint-Evarzec ainsi que de Pont-l’Abbé étaient également présents pour dénoncer le manque de moyens au sein de l’Education nationale. Éducation jeudi 05 septembre 2013

http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Quimper.-Des-parents-en-colere-devant-l-inspection-academique_40792-2225838——29232-aud_actu.Htm

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05 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Les enseignants face au gouvernement : de la sourde colère à la révolte ? (1)

Les enseignants face au gouvernement : de la sourde colère à la révolte ? (1) dans Educ'action fride-presse-2011

Alors que François Hollande avait fait de l’école un enjeu politique et symbolique de premier plan durant sa campagne électorale, sa première année de mandat a sonné pour de nombreux enseignants comme une cruelle désillusion.

La brutalisation du système éducatif par la droite, de 2002 à 2012, donnait pourtant au Parti socialiste une occasion rêvée de s’attacher pour longtemps les faveurs d’une profession qui lui est traditionnellement favorable. C’est pourtant un camouflet qu’a essuyé la réforme des rythmes scolaires menée tambour battant par le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon, et parmi les enseignants domine, sinon l’opposition franche au gouvernement, du moins un profond scepticisme et une colère qui pourrait bien s’exprimer plus ouvertement à mesure que s’éloigne le spectre du sarkozysme, sur lequel le candidat Hollande a construit son succès électoral.

L’héritage de la droite Suppressions massives de postes d’enseignants (environ 80 000 en 5 ans), consolidation d’un enseignement à plu- sieurs vitesses par la logique du « socle commun », accroissement de la ségrégation entre établissements par le démantèlement de la carte scolaire, mise en concurrence des universités et soumission accrue aux intérêts privés, substitution d’une logique élitiste de sélection des « méritants » aux politiques de lutte contre l’échec scolaire, suppression à marche forcée du BEP et affaiblissement du lycée professionnel au profit de l’apprentissage, contre-réforme pédagogique à travers les nouveaux programmes de 2008, destruction de la formation des maîtres : on n’en finirait pas d’énumérer tous les éléments qui composent l’héritage d’une droite ayant entrepris de faire reculer l’idéal d’une école pour tous pour mieux adapter l’Ecole française au cours néolibéral du monde.

Cette droite revancharde avait en effet pris la mesure de l’enjeu de civilisation que constitue la question scolaire. A peine élu, Nicolas Sarkozy annonçait ainsi dans la lettre de mission adressée en juillet 2007 à son ministre de l’Education nationale d’alors, Xavier Darcos : « L’école est un maillon déterminant de la civilisation que nous voulons construire et dans laquelle nous voulons vivre ». On ne saurait mieux dire la volonté de conquête et d’hégémonie qui animait une droite désireuse d’opérer les transformations de l’ordre scolaire susceptibles d’assurer une reproduction plus complète de l’ordre social. Cela impliquait de ne plus se satisfaire du système d’enseignement hérité des politiques d’unification scolaire menées de la fin des années 1950 aux années 1970, système pourtant guère favorable aux enfants des classes populaires et dont les mécanismes inégalitaires avaient été mis en lumière par la sociologie critique dès les années 19601.

Mais force est de constater que ces transformations avaient été accompagnées voire amorcées par la gauche néolibérale, au gouvernement ou dans les collectivités territoriales : des premiers « assouplissements » de la carte scolaire, réalisés par le gouvernement socialiste dès 1984-1985, à la priorité donnée par de nombreuses régions dominées par le PS à l’apprentissage, en passant par l’impulsion – par le ministre de l’Education nationale du gouvernement Jospin (Claude Allègre) – de la politique qui, prenant racine dans la déclaration de la Sorbonne en 1998, devait mener à la LRU2. Il faudrait ajouter à cela l’adoption en 2001 de la LOLF, qui signait l’imposition au secteur public – conjointement par le PS et la droite – des recettes managériales issues du secteur privé et ayant fait leur preuve quant à leur capacité, au nom de la « culture du résultat », à pressurer toujours davantage les salariés.

Reste que la droite au pouvoir a fortement accéléré la mise en œuvre de l’agenda néolibéral, sa déclinaison dans le domaine scolaire passant par la mise en marché du système éducatif, à travers l’introduction de logiques de concurrence incitant les familles à se muer en consommateurs d’école et menaçant de faire des établissements autant de petites entreprises, mais également par sa soumission de plus en plus étroite aux intérêts privés, selon la logique d’une « économie de la connaissance » consistant « précisément à faire l’économie de la connaissance, c’est-à-dire à se passer de la “connaissance” quand elle n’a pas de valeur économique sur le marché »3. Ainsi, à mesure que le système éducatif se massifie et que s’accroît le nombre d’années passées par chaque enfant en son sein, l’autonomie relative que les élites lui concédaient traditionnellement se voit limitée par l’injonction à la professionnalisation des études et à la rentabilisation des « investissements » éducatifs.

Il ne s’agit donc plus simplement de légitimer par le « mérite » scolaire le partage inégal des richesses et du pouvoir, mais de faire advenir une subjectivité nouvelle, supposant que chaque individu se fasse l’entrepreneur de lui-même et intériorise la contrainte que fait peser la concurrence capitaliste sur l’ensemble des échanges humains, en devenant responsable de l’accroissement de son « capital humain » et donc de la conquête (ou du maintien) de son « employabilité ».

D’un vote antisarkozyste à la défiance envers le nouveau gouvernement Etant donné l’ampleur des attaques menées contre l’Ecole publique par les gouvernements de droite successifs, il n’y a pas lieu de s’étonner qu’interrogés sur leurs intentions de vote quelques semaines avant l’élection présidentielle de 2012, plus de 80% des enseignants du public envisageaient de voter pour François Hollande au 2nd tour4.

La même étude notait le scepticisme du corps enseignant à l’égard du candidat socialiste, puisque la moitié des individus interrogés ne croyait pas que le candidat du PS, s’il était élu, tiendrait sa promesse de créer 60 000 postes durant son mandat. Il est vrai que la campagne de la précédente candidate socialiste à l’élection présidentielle, Ségolène Royal, avait suscité une vive opposition parmi les enseignants.

Ce soutien sans illusions au candidat socialiste s’inscrit dans le processus de rupture du lien organique qui unissait le monde enseignant au PS et qui n’a pas résisté à l’épreuve du pouvoir, en particulier au tournant de la rigueur en 1983 et au recul sur le projet de loi Savary en 1984. Autrefois hégémonique parmi les enseignants et dominée par le PS, la FEN5 assurait l’intégration des jeunes enseignants au corps, par l’inscription de ses derniers dans des réseaux syndicaux et associatifs qui accomplissaient au passage une fonction de politisation autour des idéaux de laïcité, de méritocratie scolaire et d’émancipation par le savoir6. Avec l’affaiblissement du SNI7 dans les années 1980, qui aboutit à l’éclatement de la FEN en 1992, c’est ce modèle de socialisation à la fois professionnelle et politique qui s’est brisé. Dès lors, si les enseignants continuent de voter, bien davantage que d’autres professions, pour le PS, ce vote ne s’inscrit plus dans une adhésion profonde et collective au modèle de société défendu par ce parti (dont on peine d’ailleurs à entrevoir les contours).

On ne comprendrait rien à la défiance qu’a suscitée le projet de réforme des rythmes scolaires auprès des professeurs des écoles si on n’avait en tête l’altération des liens entre le PS et le monde enseignant, dont il n’est pas sûr que le nouveau ministre ait pris la mesure. Lancé par V. Peillon sans concertation préalable et dans la plus grande précipitation, puisque l’annonce en a été faite à peine une dizaine de jours seulement après le 2ème tour de l’élection présidentielle, ce projet a été perçu à juste titre par de nombreux enseignants comme une attaque de plus (et de trop) contre leurs conditions de travail.  De plus, l’opposition manifestée par les professeurs des écoles, notamment parisiens8, a été le prétexte aux plus vives attaques de la part des médias dominants, notamment ceux associés au centre-gauche : Le Monde dénonçant un « corporatisme étriqué » et« lamentable » (22 janvier 2013), le Nouvel observateur vitupérant contre ces« chouchoutés » que seraient les enseignants parisiens (19 mars 2013), Libération faisant du monde enseignant « l’archétype le plus achevé du conservatisme »9.

Difficile à l’heure actuelle de dire quels effets produira cette réforme, largement improvisée, sur les élèves et leurs appren- tissages ; le seul résultat que l’on peut prédire avec quelque assurance, c’est une détérioration des relations entre les enseignants et leur ministre de tutelle, semble-t-il sur la sellette il y a quelques mois.

Cela s’ajoutant à une politique d’austérité orientée vers la baisse des dépenses publiques, qui implique l’absence de moyens permettant d’embaucher des personnels qualifiés pour accueillir les enfants durant le temps « libéré » et de revaloriser les salaires d’ensei- gnants particulièrement mal payés10.

Nombre d’entre eux ont ainsi le sentiment que la rupture avec le sarkozysme n’a pour l’heure été amorcée qu’en paroles. D’autant que les sujets ne manquent pas où la rhétorique de la rupture masque à peine une franche continuité avec les politiques menées antérieurement par la droite, qu’il s’agisse du « socle commun de connaissances et de compétences », imposé en 2005 par F. Fillon et défendu par V. Peillon, de la décentralisation dont le « troisième acte » a été annoncé par le gouvernement11, ou de la LRU, dont les logiques sont pour l’essentiel entérinées et approfondies par le projet de loi déposé par la ministre de l’enseignement supérieur, Geneviève Fioraso.

http://npa2009.org/node/38523

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