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29 juin 2015 ~ 0 Commentaire

berrien, hugo palheta intervient sur les inégalités (lt)

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Ugo Palheta a expliqué, de façon claire et précise, ce qui provoque les inégalités scolaires.

Il y avait beaucoup de monde, lundi, pour la conférence sur les inégalités scolaires, animée par le sociologue Ugo Palheta, à la salle Asphodèle. Le collectif des parents Écoles en danger a re-situé le contexte de l’organisation de cette conférence en rappelant la situation. La nouvelle du projet de fermeture de classe est connue depuis le 31 mars. Fragilisation des élèves en difficulté, conditions plus difficiles d’apprentissage, voie ouverte vers le RPI et des écoles de type urbain, autant de «conséquences catastrophiques pour les communes».

Une mobilisation conjointe peut faire bouger les choses Pour Ugo Palheta, c’est une mobilisation conjointe entre le personnel et les usagers qui peut faire bouger les choses. Le sociologue a évoqué le Pisa ou Programme international pour le suivi des acquis des élèves. C’est un ensemble d’études menées par l’OCDE et visant à la mesure des performances des systèmes éducatifs des pays membres et non membres. «Les élites utilisent ces classements pour faire passer des réformes qui ont tendance à accroître les inégalités».

Des inégalités plus fortes au sein d’un même pays Le sociologue remarque que les inégalités sont souvent plus importantes entre les élèves d’un même pays qu’entre les pays et que d’après le Pisa 2012, la France aurait le système le plus inégalitaire des pays con- cernés par ce dernier. Les inégalités s’expliquent par les filières avec sélection des élèves pour les trois voies, la générale, la technologique et la professionnelle, le redoublement, la distinction entre les réseaux publics et privés, la polarisation sociale. Le débat a ensuite été lancé. 27 juin 2015

http://www.letelegramme.fr/finistere/berrien/ecole-ugo-palheta-intervient-sur-les-inegalites-27-06-2015-10683508.php

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26 juin 2015 ~ 0 Commentaire

réforme des collèges, une étape dans la bataille (npa)

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Quelques heures seulement après les manifestations du 19 mai, le gouvernement a fait publier à la sauvette l’arrêté et le décret de la réforme du collège. Ce coup bas ne met pas fin pour autant à une bataille à travers laquelle vont se révéler les enjeux cruciaux des réformes en cours dans l’Education.

Le gouvernement espère par ce coup de force désamorcer le mouvement qui s’est affirmé, même encore timidement, le 19 mai. Sans doute la mobilisation n’a-t-elle pas été aussi importante que nous l’aurions souhaité. Les médias ont insisté sur la faiblesse des manifestations, «mobilisation en demi-teinte» selon Les Echos¸ sans préciser que le secon- daire seul était appelé à la grève, et exclusivement contre la réforme du collège.

Là, le taux de grévistes a été important, 50 % en moyenne selon les comptes, fiables, du SNES-FSU. Les manifestations n’ont pas été négligeables non plus, bien au-delà en tous les cas de la participation des seuls militants et elles comptaient par ailleurs parfois dans leurs rangs quelques enseignants du premier degré en lutte, en particulier contre les fermetures de classe, et des professeurs de lycée.

Les médias ont souligné sur un ton quelque peu moqueur la forte présence de profes- seurs de langues anciennes et d’allemand en tant que tels. Mais n’est-il pas naturel que ceux-ci défendent, avec la possibilité de continuer à enseigner ce pour quoi ils se sont for- més, leurs postes et leurs conditions de travail ? Au moins ont-ils manifesté la conscience que la suppression du latin et du grec en tant que disciplines ou des classes bi-langues n’avait qu’un seul objectif, la réduction des postes et les restrictions budgétaires. Avec comme conséquence pour les élèves,  une réduction de l’offre d’enseignement qui leur est proposée.

La presse, les commentateurs ou intellectuels qui ont analysé et critiqué la réforme ont surtout mis l’accent sur cet aspect-là, approuvant ou critiquant la caractérisation d’«éliti- ste»  que le gouvernement avait donné à ces options pour mieux les supprimer. Même la droite s’y est mise, alors que maintenant, elle tombe le masque en dévoilant des program- mes pour l’éducation où figure, c’est le cas par exemple de celui défendu par Bruno Le Maire de l’UMP, la suppression de la deuxième langue vivante au collège.

Les professeurs de musique et d’arts plastiques auraient des raisons particulières, eux aussi, de se mobiliser, et beaucoup l’ont fait,  parce que la réforme prévoit que leurs disci- plines seront regroupées dans un pôle de deux heures, chacune des deux pouvant être enseignée sur un semestre, six mois de musique pendant deux heures par exemple, s’il se trouve que le prof d’arts plastiques n’a pas encore été nommé… Ou les professeurs de technologie, physique-chimie, SVT dont les disciplines vont constituer un bloc de 4 heures en 6e qui pourront être assurées, on peut l’imaginer, par l’un ou l’autre de ces enseignants au gré des besoins et surtout du manque de profs.

C’est bien, de la part du gouvernement, une volonté de trouver les moyens de grap- piller des postes par ci par là pour en réduire le nombre, et cela n’a pas échappé aux enseignants qui, depuis des années, subissent l’alourdissement de leur charge de travail quand, alors que les effectifs sont en hausse constante, ils doivent assurer les cours dans un nombre de plus en plus important de classes. Alors oui, il faudrait le dire clair et net: «ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’une nouvelle réforme, mais de moyens» et affirmer par là que nous ne sommes  pas dupes des «pseudo», dirait peut-être Najat Vallaud Belkacem, intentions pédagogiques du gouvernement.

Nouvelle déréglementation en vue Très rares ont été les analyses, dans la presse ou chez les politiques, qui sont allées au-delà, jusqu’au cœur de la réforme, qui introduit, sur 20 % des horaires autrefois dédiés à une discipline, des activités, enseignements pluridiscipli- naires  ou accompagnement personnalisé, dont le contenu et la forme seront décidés au niveau de chaque établissement. C’est cet aspect de la réforme qui ouvre de nouvelles pos- sibilités de dérèglementation en sapant le caractère national de l’éducation et aggrave les inégalités  entre les différents établissements scolaires et élèves. Concrètement, tous les élèves ne bénéficieront pas des mêmes enseignements, et cela d’autant plus que les nou- veaux programmes sont conçus non plus par niveau mais par cycle: pour le cycle 4, par exemple, qui associe 5e, 4e et 3e.

Les enseignants en collège seront ainsi invités à définir des objectifs à la fin de la 3e, qui plus est en termes de compétences seulement et non plus de connaissances. Ainsi pourrait disparaître, pour l’ensemble des élèves du moins, la possibilité d’acquérir une cultu- re, une compréhension du passé comme du monde qui les entoure. Cette conception de l’école, «école du socle», reproduit les modèles chers aux patronats européens dont le seul souci est d’avoir une main-d’œuvre maîtrisant les «fondamentaux» et les nouvelles techno- logies tout en étant docile parce que moins cultivée, moins capable de se défendre.

Avec la réforme du statut, les nouvelles obligations de service définies par un décret en août 2014, entre autres l’obligation de participer aux réunions et évaluations qui ont lieu dans l’établissement, les enseignants, dans les textes du moins, n’auront aucun moyen de se soustraire à l’autorité des chefs d’établissement qui sont aujourd’hui, par ailleurs, formés aux techniques de management du privé.

La dernière pièce du puzzle La loi LRU avait mis en œuvre l’autonomie des universités, la réforme Chatel dans les lycées puis celle des rythmes scolaires ont contribué à territorialiser l’éducation: cette autonomie, la territorialisation de l’école, c’est le préalable à une école à deux vitesses, le minimum pour les plus pauvres, «école du socle» jusqu’en 3e, universités et lycées de seconde zone et le meilleur pour les plus riches qui de toute façon pourront compléter leur formation en faisant appel au privé. La réforme du collège est la dernière pièce du puzzle qui achèverait la libéralisation, ou plutôt la liquidation, de l’école engagée depuis 30 ans.

C’est dire l’importance de la mobilisation et à quel point elle peut être un révélateur des politiques menées depuis 30 ans par la gauche ou par la droite et de la nécessité de cons- truire un mouvement qui ne craigne pas d’affronter le gouvernement. Des premières lois de décentralisation sous Mitterrand en 1982 et 83, au «il faut dégraisser le mammouth» de Claude Allègre en juin 1997, de la loi Pécresse sur l’autonomie des universités à la réforme Chatel du lycée sous Sarkozy en 2010 et la loi de refondation de l’école de Peillon en 2013, et maintenant Najat Vallaud-Belkacem, tous les ministres qui se sont succédé se sont em- ployés à saper, morceau après morceau, non seulement le service public de l’éducation mais également, et cela va ensemble, le statut des enseignants, et plus généralement de la fonction publique.

Un enjeu de société, une bataille politique Dans cette première phase de la bataille, alors que les critiques contre la réforme se bornaient à ne dénoncer que la suppression du latin, du grec et des classes bilangues, la droite et l’extrême droite se sont très vite affirmées contre le projet du gouvernement, ce qui a provoqué un malaise parmi de nombreux ensei- gnants qui n’avaient pas envie de voir leur mécontentement instrumentalisé.

Le gouvernement a d’ailleurs utilisé cette situation pour exercer une forte pression et un chantage cynique sur les enseignants, accusés implicitement de conservatisme. Hollan- de s’en est pris au «concert des immobiles». «Ceux qui voudraient, a-t-il dit lors de sa visite dans un collège des Mureaux, que rien ne change. Ce sont souvent les plus bruyants, ceux qui, au nom de l’intérêt général supposé, défendent leurs intérêts particuliers. Non! C’est terminé». Vallaud-Belkacem a dénoncé «la coalition des approximations, postures et conservatismes réunis.»

Ensuite, lorsque la réforme a été mieux connue et comprise, chacun à droite et à l’ex- trême droite s’est positionné en définissant sa conception du collège. Une sorte de pré- campagne présidentielle. Bruno Le Maire a donné sa vision, puis Marine Le Pen, puis Sarko- zy. Ils se rejoignent sur une conception du collège qui représenterait un énorme recul: rejet de la pluridisciplinarité, fin du collège unique, accent mis sur les «fondamentaux», avec pour Le Maire la suppression de la deuxième langue, sélection plus précoce avec la réintroduction de l’enseignement professionnel ou de l’apprentissage avant 16 ans, dès le collège. A l’oppo- sé de ce que pensent un très grand nombre d’enseignants qui ne refusent pas la  pluridis- ciplinarité par principe et ont bien vu qu’aucun de ces «opposants à la réforme» ne dénon- çaient le fait qu’elle permettra de réduire les postes et les budgets.

Alors, cette intervention de la droite peut certes être un atout pour le gouverne- ment, lui servir d’épouvantail tant les mesures qu’elle préconise sont réactionnaires, mais elle éclaire aussi les enjeux de la bataille en montrant le sort que le droite réserve à l’éduca- tion dans les années qui viennent. Mais cela ne rend pas la réforme du gouvernement plus progressiste.

Ce qui apparaît de plus en plus clairement, derrière la politique des uns et des autres, c’est la même préoccupation, saper le service public et le statut des enseignants pour réduire au maximum les dépenses utiles à la population mais considérées comme «improductives» par les gouvernements et le patronat. Il n’y a pas d’autre choix, pour défen- dre une école qui ait une ambition émancipatrice, permettre l’accès de toutes et tous à la culture, former des personnalités capables de réflexion et d’esprit critique, que de se battre contre la politique du gouvernement, de la droite et de l’extrême droite.

Il est difficile de dire aujourd’hui sous quelle forme et à quel rythme va se poursuivre le mouvement. Les syndicats avaient accompagné cette réforme-là comme les précé- dentes et  n’ont quitté la table des négociations le 31 mars que parce qu’ils ont senti monter le mécontentement des militants contre le projet du gouvernement. Ils n’ont rompu, d’autre part, aucune autre concertation, en particulier sur les programmes. A ce jour, ils n’ont donné aucune suite au 19 mai, se contentant dans leur communiqué commun de «mettre en débat une journée de grève nationale en juin».

Quoi qu’il en soit, le mouvement et son issue dépendent avant tout de la capacité de celles et ceux qui y sont déjà engagés, syndicalistes ou non, de tisser des liens démocra- tiques, d’aider à la constitution d’équipes militantes contre la réforme qui s’emploient à faire comprendre celle-ci et les enjeux de société qu’elle recouvre, qui soient capables de gagner à ce combat leurs collègues et les parents d’élèves, qui exercent leur pression sur les organisations syndicales, qui se donnent les moyens de contrôler démocratiquement leurs luttes. Galia Trépère  Jeudi 11 Juin 2015, 12:00

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22 juin 2015 ~ 0 Commentaire

bac philo 2015: le bon plan (non officiel) de la copie réussie (ccr)

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De la théorie à la pratique

Le bac représente l’aboutissement de milliers d’heures d’une scolarité à travers laquelle on fait apprendre et retenir tout un tas de procédés, de méthodes, d’informations, qu’il faut ressortir intactes le jour J.

Interrogeons-nous ici un tout petit peu sur les sacro-saints «programmes» qui les organisent discipline par discipline… et voyons comment il aurait fallu que les candidats du bac scientifique traitent le sujet de philosophie qui leur a été donné mercredi dernier pour s’assurer la bonne note. Ou pas…

Le cas le plus flagrant est sûrement l’histoire. Cette discipline, qui a pour vocation de donner une certaine vision du passé et des événements qui l’ont marqué, est l’occasion idéale pour ne pas parler de ce qui fâche, et arranger la vérité quand il le faut. Au programme des collèges on apprendra aux enfants ce qu’est la décolonisation, sans jamais avoir parlé de la colonisation! En première, on comparera la dictature de Staline au régime nazi de Hitler, sans rien expliquer sur le fait que ces deux régimes n’ont rien à voir, ni dans leur histoire, ni dans leur nature, et que la seule comparaison possible concerne est celle des formes d’expression d’un pouvoir aux bases sociales radicalement distinctes.

«Les idées dominantes sont les idées de la classe dominante» disait Marx, parce que ceux qui possèdent les moyens de production matériels possèdent aussi, que ce soit directement ou indirectement, le contrôle sur les moyens de la production intellectuelle, et en l’occurrence, sur les canaux de la reproduction de leur propre idéologie, dont l’éducation est le principal. Quoi d’étonnant en ce sens que ces programmes d’histoire célèbrent ce qui arrange la «République», ou que les programmes d’économie ne soient une ode permanente à l’économie de marché?

La politique échappe-t-elle à toute exigence de vérité? Voilà une question bien actuelle, sujet de dissertation donné hier aux élèves des terminales scientifiques pour l’épreuve de philosophie. Au moins ce sujet semble donner prise à une certaine liberté de penser. Mais jusqu’où? Aucune illusion à avoir…

Une bonne copie standard aura su expliquer dans une première étape que la philosophie grecque, qui a consacré la suprématie de la «raison» sur l’opinion, faisait de la politique une science tournée vers le Vrai et le Bien, raison pour laquelle Platon défendait l’idée du «roi-philosophe». Puis, prenant le contre-pied, l’élève maîtrisant les codes de la «bonne copie» aura proposé la vision alternative, appuyée sur une version simpliste de la formule «la fin justifie des moyens» de Machiavel, selon laquelle la politique est simplement une affaire de pragmatisme, de realpolitik, la «vérité» étant laissée aux théoriciens de salon au profit d’un relativisme total sur ce qui est bien, juste ou ne l’est pas…

Enfin, l’art de la «troisième» partie aura consisté à nuancer les deux et à conclure sur la pertinence d’une démocratie intégratrice, défendant les droits de l’homme et du citoyen tout en faisant sa place aux particularités des lieux et des temps, par exemple en mobilisant un Tocqueville ou une Arendt, ou encore un Alain (pour ceux qui s’en souviennent) mais compatible avec la rayonnante Raison de la République. Quitte à citer Marx, qui est au programme, mais en ayant surtout soin de ne pas en faire trop, en disant que «c’était intéressant au 19è siècle mais évidemment dépassé aujourd’hui», pour éviter de se faire éventuellement sanctionner pour délit d’opinion subversive ou antirépublicaine, sans que cela ne soit jamais dit ou assumé nulle part, puisque tout le système éducatif a préalablement fait en sorte que chacun, côté lycéen comme côté prof, ait parfaitement intériorisé cette mécanique.

11è me thèse Aura-t-on ce faisant réellement réfléchi à l’actualité brûlante de la question et à la façon la plus juste d’y répondre? Une véritable réponse consisterait bien à dire que la politique, faire de la politique, ne saurait effectivement échapper à toute exigence de vérité, bien au contraire: parce que, comme disait Lénine, seule la vérité est révolutionnaire. Une vérité qu’on ne trouve pas dans le ciel des Idées, mais qui est celle de de l’exploitation, de l’oppression, de la domination de classes en lutte, des guerres de conquête, depuis le début de l’histoire, qui aujourd’hui se poursuivent, de plus, dans un monde potentiellement tourné vers son autodestruction en raison de la dynamique propre du profit qui est absolument incapable d’autre chose que du «toujours plus».

La vérité est que seule une société délivrée des classes et de leurs machines d’Etat serait conforme aux potentialités de l’espèce humaine. Voilà pourquoi la véritable réponse à la question posée, c’est-à-dire la conformation à l’exigence de vérité, ne sera évidemment pas une dissertation: ce sera une réponse pratique, instruite certes de l’histoire et des idées, mais tout autant des expériences passées de notre classe. Et quitte à en faire une copie, et bien rarement une conclusion avec la 11è thèse de Feuerbach de Marx aurait-elle eu autant de justesse: «Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer.»

Publié le 19 juin 2015 Emmanuel Barot et Nathan Bolet

http://www.revolutionpermanente.fr/Bac-philo-2015-Le-bon-plan-non-officiel-de-la-copie-reussie

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21 juin 2015 ~ 0 Commentaire

italie, contre l’école entreprise qualifiée de «bonne école» (al’e)

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Après la grande journée de mobilisation du 5 mai 2015 – voir l’article publié sur ce site le 15 mai 2015 – le mouvement de protestation contre le projet de «Bonne école» du Premier ministre Matteo Renzi ne s’est pas arrêté.

Plusieurs actions locales d’enseignant·e·s, d’étudiant·e·s, d’élèves et de parents d’élèves se sont déroulées au cours de ces dernières semaines. Il faut signaler «la grève des notes», à savoir le boycott des examens de fin d’année qui vient de se terminer. Il a connu une adhé- sion moyenne de 80%, selon des sources syndicales.  Le mouvement de l’école a exprimé une vraie combativité. Son but: obtenir le retrait complet du projet de l’école néolibérale de Renzi. La bataille contre le projet de «Bonne école» pourrait aboutir à une première véritable victoire (partielle) du mouvement de protestation qui semble connaître un nouvel essor en Italie grâce au rôle des enseignants de l’école publique, véritable «fer de lance » des protes- tations de ces derniers mois dans le pays. Des mobilisations nationales doivent se dérouler du 23 au 25 juin.  (Réd. A L’Encontre)

Lors de sa récente apparition à l’émission télévisée Porta à Porta [conduite par Bruno Vespa, un «homme de Berlusconi»], le Premier ministre Matteo Renzi a parlé à nouveau de son projet de «Bonne école». Il a annoncé que les quelque 3000 amendements présentés dans le cadre de la discussion du projet au Sénat portent atteinte à l’ensemble du projet ainsi qu’à une mesure jugée centrale, à savoir l’embauche de 100 000 enseignant·e·s précaires prévue par la proposition de loi (Disegno di legge-DDL).

A ce propos, la démarche d’adoption de ce projet pourra se prolonger d’une année. La possibilité de l’impasse autour de ce projet était annoncée depuis quelques jours et, en particulier, depuis que le DDL a été jugé non constitutionnel par la Commission des affaires constitutionnelles de la Chambre des députés. Plusieurs aspects anticonstitutionnels de la «Bonne école» ont été mis en évidence non seulement par les organisations syndicales mais aussi par des magistrats fort connus tels que Ferdinando Imposimato, président hono- raire adjoint de la Cour suprême de cassation, qui a aussi lancé un appel au président de la République Carlo Mattarella [1].

Les déclarations du président du Conseil prononcées lors de cette émission télévisée révèlent un élément de nouveauté par rapport aux précédentes déclarations portant sur la «Bonne école». Le chantage à la base de la philosophie du projet peut être résumé ainsi: ou on accepte tout le paquet (embauche en échange de la perte des droits), ou tout va exploser, y compris les embauches prévues. Aux déclarations de Renzi s’ajoutent celles de la ministre Stefania Giannini [2] et du ministre Giulano Poletti [3]. Ces ministres soulignent le danger d’adopter un projet de loi (DDL) spécifique concernant seulement les embauches en le détachant du projet d’ensemble de la «Bonne école».

Une prise de position du Parti démocrate (PD) fait écho à la position de Renzi. Le PD lance un appel, qui est de facto un chantage adressé aux syndicats et à l’opposition interne au PD [«critique » vis-à-vis de ce projet de loi] qui affirme: «Dans les prochains jours l’oppo- sition [au sein du PD] peut travailler au sein de la Commission afin d’éliminer ou de réduire les amendements dans le but d’aboutir à l’adoption de la réforme dans des délais brefs et en procédant ainsi à l’embauche des précaires. On verra si les syndicats vont se profiler en faveur ou contre les 100 000 salarié·e·s précaires qui devraient être embauchés.» [4]

En réalité, face à une chute de popularité et face aux protestations continue du «monde de l’école», Renzi essaye de jouer à nouveau la carte de la division en mettant l’un contre l’autre les syndicats, qui jusqu’à maintenant se sont mobilisés de façon unitaire contre le projet de «Bonne école» et les travailleurs et travailleuses précaires de l’école, menacés de ne pas être embauchés.

Le charlatan Renzi utilise ces déclarations, comme il l’avait fait en s’improvisant ensei- gnant pour expliquer, par le biais d’une vidéo, lors du lancement du projet de «Bonne école»  pour s’adresser «au public» et non pas aux enseignants dans le but qu’une éventuelle défaite du DDL ne soit pas attribuée au gouvernement. C’est ainsi qu’il continue à mener conjoin- tement la bataille contre l’opposition au sein du PD et contre les syndicats (par le biais du chantage autour des embauches).

Son but est d’isoler la protestation des travailleurs et travailleuses du monde de l’école du reste du pays, afin de prévenir les diverses possibilités de solidarité entre des salarié·e·s des divers secteurs et de diviser les précaires de l’école qui, à parité de formation comme prévu par la «Bonne école», ne seront pas tous embauchés. (…).

L’impasse dans laquelle le gouvernement est tombé autour du projet de «Bonne école» constitue une démonstration qu’il y a une possibilité réelle que ce projet soit retiré et que Renzi lui-même puisse être battu par l’action directe plus que par les manœuvres politiques au sein d’une configuration gouvernementale qui s’intéresse avant tout à ses rentes de pouvoir au détriment du destin de la classe laborieuse de ce pays.

A l’heure actuelle, nous ne devons pas nous contenter du renvoi, mais il faut continuer la lutte et les mobilisations jusqu’à obtenir le retrait du projet de loi et exiger les embauches. Seulement ainsi nous pourrons affirmer avoir gagné cette bataille. Pour aboutir au retrait du projet, il est nécessaire de continuer à se mobiliser dans les rues et à battre le fer tant qu’il est chaud, en élargissant le front de la mobilisation.

A partir d’aujourd’hui et dans les prochains jours, nous sommes appelés à des nouvelles mobilisations: après les manifestations syndicales de Flc-Cgil, Cisl e Uil Scuola, Gilda e Snals, Cobas du 18 juin à Rome, demain [19 juin 2015] et après-demain [20 juin 2015], des mobilisations se tiendront dans d’autres villes. Les mobilisations nationales du 23 au 25 juin 2015 sont aussi confirmées. Continuons à participer nombreuses et nombreux c’est le bon moment. (Traduction A l’Encontre; article publié en italien en date du 17 juin 2015)

Chiara Carratù est enseignante dans la ville de Turin (Piémont) et membre de Sinistra Anticapitalista, Publié par Alencontre le 20 – juin – 2015

http://alencontre.org/europe/italie/italie-contre-lecole-entreprise-qualifiee-de-bonne-ecole.html

Commentaire: Notr « cher » Hollande, lui n’avait promis que 60 000, on ne les a pas vu non plus!

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17 juin 2015 ~ 0 Commentaire

mobilisation des professeurs de philosophie (npa)

mobilisation des professeurs de philosophie (npa) dans Austérité

Une mobilisation de professeurs de philosophie reprend, à peu près sur les mêmes revendications que l’année dernière  : rétablissement des dédoublements nationaux supprimés en classes technologiques et en séries S.
Le groupe philosophie du SNES y est à l’initiative au niveau national, mais peine à faire suivre la direction du SNES. Il y aura néanmoins une journée nationale de mobilisation le 3 juillet. Le SNES a contribué à ce que soit lancé un appel d’universitaires en soutien à cette mobili- sation (et cela a trouvé un écho parmi eux, car il y a des universités où les UFR de philosophie sont exsangues).
En Ile-de-France, la mobilisation commence à s’organiser. Sur la base des contacts établis l’année dernière, il y a eu une première AG de professeurs de philosophie d’IDF. Bilan: 20 collègues, globalement très au clair, non seulement sur la philosophie, mais sur le contexte générale des réformes, avec un souci de s’auto-organiser et de lutter dans la durée. D’où la décision de fonder un collectif des professeurs de philosophie d’IDF (avant de trouver un nom plus ronflant).  D’où la mise en perspective des revendications et actions en lien avec les autres secteurs de l’éducation (réforme du collège, réforme du lycée, austérité).
D’où l’extension des revendications : demande de classes plafonnées à 24 élèves toutes séries confondues.
L’APPEP (la plus grosse association de professeurs de philosophie) a l’air assez mobilisée aussi.  Il est prévu de tenter d’organiser des AG lors des réunions d’entente et d’harmonisation. Outre le débat, on y proposera de faire signer une pétition avec toutes les revendications et on appellera les collègues à participer beaucoup plus massivement que l’année dernière à un rassemblement devant le Ministère, prévu pour le moment le vendredi 3 juillet à 13h30.
Vous trouverez ci-joint le tract de Créteil/Versailles/Paris à diffuser et utiliser sans modération, ainsi que l’appel des universitaires, et la pétition en discussion pour Créteil/Paris/Versailes.
Stéphane R. Mercredi 17 Juin 2015, mise à jour  08:39

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09 juin 2015 ~ 0 Commentaire

berrien: ugo palheta le 22 juin

berrien

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09 juin 2015 ~ 0 Commentaire

la réforme du collège: faire des jeunes employables à merci (essf)

enfant

Difficile pour qui n’est pas proche du terrain de se faire une idée de la fameuse «réforme du collège» en France, tant de bruit est fait pour faire croire qu’elle serait «de gauche» et ses adversaires «de droite».

On pourrait croire que la lutte oppose «progressistes» et «élitistes conservateurs». Toutes proportions gardées, c’est une fiction analogue aux croyances selon lesquelles les «révolu- tions arabes» sont des vagues islamistes montées par la CIA ou la révolution ukrainienne du Maidan un mouvement «nazi»…

Ni le MEDEF, qui soutient à fond la réforme, ni l’enseignement privé catholique sous contrat ne s’y trompent. Quant aux personnels de l’Education nationale, base historique de la gauche en général et du PS en particulier, la crainte de «faire le jeu de la droite» faiblit. Ils savent très bien que cette réforme sort tout droit des cartons des ministères de Sarkozy, prolongeant les mesures prises alors dans les Lycées généraux et les Lycées professionnels.

Un éclatement du service public planifié Des activités pas si nouvelles sont annoncées (les Enseignement Pratiques Interdisciplinaires EPI), qui ne sont pas assurées par des moyens supplémentaires. Chaque collège devra choisir quelles sont les matières ensei- gnées dont les horaires devront être baissés afin de leur faire place, à proportion de 20 %.

Toutes les classes d’un même niveau autre que les 6e pourront voir leurs horaires varier, sous réserve de respecter l’horaire global de l’élève et l’horaire global des disciplines touchées sur l’ensemble des niveaux. En 6e, le contenu de 20 % des horaires pris sur les matières enseignées jusque-là sera de plus en plus défini en relation avec les activités péri- scolaires dans les écoles primaires, que les municipalités ont été depuis 2013 contraintes de prendre en charge et de financer, les rendant souvent payantes pour les familles. Tout cela rendra les horaires et les contenus d’enseignements différents d’un collège à un autre avec pour conséquence l’éclatement du service public national en établissements territoriaux.

Détruire l’école publique L’idéologie en acte est celle des pédagogues ministériels hos- tiles aux disciplines, corps de connaissances scientifiquement constitués, que l’on peut certes critiquer et dépasser, mais une fois qu’on les maîtrise, ce qui n’est pas nécessaire si les jeunes doivent devenir «employables» et jetables par le capital.

Le fait de faire fluctuer les horaires et d’amputer une partie de ceux-ci pour des acti- vités autres relève de cette idéologie et permet en outre de faire des économies. C’est ainsi que les horaires de langues diminuent sensiblement ; les disciplines physico-chimique, biologiques et technologiques sont purement et simplement amalgamées en classes de 6e ; arts plastiques et musiques sont groupés ; les langues anciennes, latin et grec n’ont plus d’existence propre en dehors de l’EPI «Langues et cultures de l’Antiquité» que certains collèges pourront choisir d’offrir, d’autres non.

Il est particulièrement lamentable de voir des énarques et universitaires «de gauche» pétitionner contre la défense du latin et de l’allemand qui serait de «l’élitisme conservateur». Les sections d’enseignement général professionnel adapté destinées aux élèves les plus en difficulté sont elles aussi menacées, ce qui ira de pair avec la transformation de collèges entiers en collèges pré-professionnels pour prolétaires, avec l’EPI «découverte du monde économique et professionnel» et les dispositifs de «découverte de l’entreprise».

Comme les professeurs sont encore recrutés par des concours portant sur les disci- plines, l’attaque contre elles vise à court terme leur statut de fonctionnaire, se combinant avec la territorialisation de l’école pour détruire une conquête sociale historique appelée l’école publique.

Appel au retrait de la réforme Depuis plusieurs semaines monte dans les établissements une mobilisation par en bas, à l’initiative des personnels eux-mêmes, s’adressant aux pa- rents et aux élus locaux.

Les professeurs sentent que c’est la réforme de trop et que si on la bloque on remettra en cause tout le processus des contre-réformes néolibérales. Les mi­li­tant·e·s et instances syndicales ont imposé la rupture des négociations et l’appel au retrait de la réforme par le principal syndicat du secteur, le SNES-FSU. Avec FO, la CGT, Solidaires et un petit syndicat corporatif droitier, le SNALC, on a l’écrasante majorité des syndicats de l’enseignement secondaire.

Le chiffre officiel des grévistes du 19 mai (27,5 %) est déjà important mais il est truqué car il ne concerne que les enseignants prenant leur service à 8 h du matin. Même vrai, il traduirait une vague montante : depuis l’échec du mouvement pour les retraites en 2010, il n’y avait pratiquement plus de grévistes dans des mouvements nationaux, et le désespoir engendré par la politique de Hollande a aggravé cela.

La veille, les chefs de la motion B du PS dite des « frondeurs », Christian Paul et Be- noît Hamon ont fait savoir qu’ils soutenaient vent debout la ministre contre les «élitistes con- servateurs», en vérité contre les personnels du service public. Ainsi finit de se cristalliser la cassure, la coupure entre le monde enseignant et la gauche officielle. Le processus de mobilisation autonome est engagé, ne va pas s’arrêter de sitôt, et va au delà des en­sei- gnant·e·s car leur réflexe naturel est d’élargir information et mobilisation : on ne peut encore prédire les rythmes, la mise en application est annoncée pour septembre 2016, mais on peut assurer que le soutenir et s’appuyer sur lui sera une donnée incontournable pour construire une perspective politique alternative. Vincent Présumey

* Paru en Suisse dans « solidaritéS » n°269 28/05 http://www.solidarites.ch/journal/

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article35117

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07 juin 2015 ~ 0 Commentaire

ploërmel: 800 manifestants pour la construction du lycée public (fr3)

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Ce samedi matin, plus de 800 manifestants ont défilé dans les rues de Ploërmel dans le Morbihan.

Ils réclament la construction du lycée public, véritable serpent de mer. Il y a 20 ans, près de 1.000 personnes avaient déjà battu le pavé pour la même raison. Habitants de Ploërmel ou des environs, élus, syndicalistes, ils étaient nombreux ce samedi matin à venir demander que le projet de lycée public aboutisse enfin.

Partisans du principe de laïcité, ils veulent avoir une alternative au privé, la ville de 10.000 âmes n’ayant que deux établissements privés dont un agricole. Les adeptes du public réclament que le choix du terrain du futur lycée se fasse rapidement. Ils mettent en avant la nécessité de la gratuité de l’éducation de leurs enfants qui actuellement sont obligés de faire l’aller-retour quotidien jusqu’à Guer.

Un serpent de mer Il faut dire que la mobilisation pour ce lycée ne date pas d’aujourd’hui. Depuis les années 60, la question de l’implantation d’un lycée public à Ploërmel divise la population et les élus. A l’époque, il avait été décidé de construire le lycée de Ploërmel … à Guer, à 26 km de là. Puis l’idée d’en réaliser un sur la commune même resurgit. Une pre- mière manifestation regroupant plusieurs centaines de personnes, se déroulera en mai 1995. Cette même année, le projet sera voté par la Région, avant d’être gelé en 2000.

Ce n’est qu’en 2014 que l’idée est relancée. Une étude du Conseil Régional estime à 700 le nombre de lycéens à accueillir dans les années à venir. Une enveloppe de 25 millions d’euros est évaluée et provisionnée pour sa construction.

Le choix du terrain Reste que si la communauté de commune a déjà voté son implan- tation, le choix du terrain n’est pas encore validé. Les manifestants qui défilaient ce samedi estiment que la question du lieu n’est qu’un prétexte pour gagner du temps et faire traîner le projet jusqu’aux prochaines élections régionales. En effet, si la majorité de gauche actuelle de la Région n’attend que la mise à disposition d’une parcelle pour lancer le projet, la cons- truction de cet établissement pourrait ne plus être d’actualité en cas de victoire de la droite, moins favorable au lycée.

Prochaine épisode le 10 juin Le 2 avril dernier, le conseil municipal avait retiré de l’ordre du jour, au dernier moment, le vote en faveur d’un terrain public semblant pourtant correspondre parfaitement. Une « manoeuvre » politique selon les partisans du lycée qui ne voient dans cette décision qu’une façon de retarder la construction. Le 10 juin prochain, le conseil commu- nautaire devra se pencher sur le choix d’un terrain parmi 6 possibilités. Une étape de plus dans ce dossier qui ne cesse de traîner.

Par Thierry Peigné Publié le 06/06 17:26, mis à jour le 06/0619:28
Commentaire: Sarko: Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé … Amen!

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01 juin 2015 ~ 0 Commentaire

à gauche, on ne peut qu’affirmer le principe d’une école commune (regards)

rythmes_scolaire

Regards. Comment peut-on résumer la situation critique de l’enseignement en France ?

Samy Johsua. Au départ de la réflexion, il y a une constatation irréfutable et une préoccupation largement partagée: les inégalités scolaires sont de plus en plus graves. On ne doit pas seulement retenir des enquêtes internationales la baisse du niveau moyen en France, car les écarts et les variations sont en réalité très mini- mes. Le fait que les catégories en difficulté le sont de plus en plus, et ce pour la première fois dans l’histoire multiséculaire du pays, est beaucoup plus significatif. Jusqu’au milieu des années 90, c’est-à-dire jusqu’aux réformes libérales, l’aug- mentation du niveau moyen était obtenue par une progression de tous. Cette évolution est catastrophique car elle annonce une cassure du pays dans les années à venir.

On a le sentiment que les annonces du gouvernement ont déclenché une énième guerre de tranchées sur ces sujets, sans réel débat. Les polémiques recouvrent-elles de vraies questions ?

Il y a une vraie opposition, menée par la droite, sur des faux problèmes. Dès que l’on s’intéresse au problème central des inégalités scolaires, la droite monte au créneau, et pas seulement la droite, mais aussi une partie de la gauche qui est sur les mêmes positions. Un système de pensée s’est imposé, depuis vingt-cinq ans, qui cherche au problème des inégalités un type de solutions qui ne font que les renforcer. La voix de ceux qui souhaitent à la fois tenir compte des problèmes posés et trouver une issue réellement démocratique est de plus en plus affaiblie.

« Pour combattre réellement les inégalités, il faut d’abord résoudre le problème de l’organisation de la carte scolaire »

Le collège est-il vraiment le principal lieu de l’échec des politiques sco- laires ?

Presque personne ne dit que l’on peut réduire cette question globale seulement au collège. Pour combattre réellement les inégalités, il faut d’abord résoudre le pro- blème de l’organisation de la carte scolaire. Les mesures du gouvernement de Nicolas Sarkozy pour assouplir la carte scolaire ont été conservées, voire renfor- cées, par le gouvernement actuel. Dès lors, il y a tromperie: tout débat sur la mixité sociale dans les classes est faussé dans la mesure où elle est impossible dans ce contexte, quoi que l’on fasse. Elle l’est d’autant plus avec la fuite vers les établissements privés. Tant que ceux-ci peuvent peuvent recruter sans limite, tou- tes les mesures un tant soit peu coercitives en faveur de la mixité vont accélérer cette fuite des classes moyennes et supérieures. Dans un tel contexte, les mesures prises ne peuvent être que plus ou moins mauvaises.

Le débat s’est cristallisé sur l’enseignement du latin et du grec, ainsi que sur la suppression des classes « bilangues »…

On peut tout à fait débattre de la question de l’enseignement des langues ancien- nes, mais ce n’est à mon sens pas le problème principal. Le gouvernement veut supprimer les classes bilangues pour limiter la séparation des enfants des classes favorisées au sein du collège supposé unique. Mais, faute d’application réelle de la carte scolaire et compte tenu de la concurrence de l’enseignement privé, on a très peu de chances d’y parvenir. On obtiendra un collège formellement plus égalitaire, mais en pratique, les enfants des classes moyennes vont simplement partir. En l’état, ce type de mesure ne peut qu’accentuer les difficultés.

Pourquoi la mise à jour des programmes suscite-t-elle toujours autant de controverses ?

La réflexion sur les programmes a été engagée depuis longtemps, mais le gouver-nement y a mis un terme avant d’élaborer son projet. Cet autoritarisme est en soi incompréhensible. Une discussion tout à fait légitime portait sur l’évolution des programmes, un exercice délicat, notamment parce que les parents exigent de retrouver les enseignements de leur propre époque, et parce qu’il faut néces- sairement « faire de la place » dans les programmes. L’équilibre est compliqué à trouver, et on a vu les réactions suscitées à droite par l’enseignement, tout à fait indispensable, de l’histoire de l’islam et de la colonisation. Je ne m’engage pas dans les controverses sur ces aspects-là, même si je suis surpris de la mala- dresse de certaines dispositions comme le placement des Lumières dans les matières facultatives.

« Ce n’est pas parce qu’on leur fera faire des choses rigolotes que les élèves vont mieux apprendre »

La question de l’autonomie des établissements semble plus cruciale. Le renforcement des inégalités territoriales, la mise en concurrence des établis- sements sont-ils fatals ?

En accordant à chaque collège 20% du choix des contenus, on prétend assurer l’autonomie des établissements, leur offrir une « respiration ». Mais ces choix seront faits par une commission dont la direction choisira elle-même les membres, et sur- tout ils le seront en fonction d’une logique gestionnaire et des moyens disponibles. Cela ne pourra que générer des déséquilibres considérables entre les établis- sements. Dans les collèges des quartiers les plus favorisés, ce sont les contenus les plus traditionnels qui vont être renforcés. Ailleurs, l’idée très répandue chez bon nombre de spécialistes mais que je ne partage pas, est qu’en s’éloignant des contenus traditionnels, on va résoudre les problèmes. Alors que vingt-cinq ans d’expériences dans ce sens montrent l’inverse.

On ne peut pas espérer que cette autonomie permette une meilleure adaptation aux situations spécifiques des élèves les moins favorisés ?

Ce qui est décisif, ce sont les points de vue qui déterminent les choix. La réforme entend notamment introduire des enseignements interdisciplinaires, avec l’idée qu’ils sont plus concrets et seraient à ce titre plus adaptés aux élèves des milieux populaires. D’abord, l’opposition que font certains entre disciplines et contenus interdisciplinaire est artificielle: les disciplines actuelles sont des constructions interdisciplinaires, l’histoire-géographie, les mathématiques, la physique-chimie, le français qui réunit littérature, grammaire, linguistique, etc. Ces construits histo- riques gardent toutefois un lien avec les savoirs universitaires, avec les contenus validés. Si l’on glisse vers une construction interdisciplinaire décidée à l’échelle des établissements, la solidité des savoirs en question n’est plus garantie.

L’interdisciplinarité est-elle en soi une impasse ?

Je n’exprime pas une opposition de principe: le bilan des travaux personnels encadrés (TPE), qui consistent en la réalisation de sortes de mémoires par des groupes d’élèves, est par exemple positif. Mais les TPE résultent d’une réflexion sérieuse, pour établir des savoirs solides. Or on voit s’établir, dans la façon ac- tuelle de procéder, une opposition entre les enseignements sérieux, qui seraient ennuyeux et des enseignements concrets, ludiques: c’est une très mauvaise façon de prendre le problème. S’il n’y a pas une « libido cognitive », c’est-à-dire si on ne comprend pas que l’acquisition de la connaissance doit en elle-même susciter de la jouissance, on ne pourra pas avancer. Ce n’est pas parce qu’on leur fera faire des choses rigolotes que les élèves vont mieux apprendre. En musique ou en sport, on sait bien qu’il faut répéter ses gammes, s’entraîner, pour parvenir à un résultat. Diminuer de 20% le temps consacré aux disciplines traditionnelles sans modifier les objectifs finaux à l’issue de la troisième ne fera que rendre encore plus difficile l’atteinte de ces objectifs. En résumé, l’effet de ces enseignements interdisciplinaires va être très positif dans les bons établissements et très négatif dans les établissements en difficulté.

« La suppression du collège unique relève d’une position purement réactionnaire »

Compte tenu de l’impuissance du collège unique à enrayer la reproduction ou l’aggravation des inégalités, comment continuer à en défendre le principe ?

Il faut s’entendre sur les termes. Il est faux de dire que l’école crée des inégalités : au pire, elle ne parvient pas à les combattre. Avec une telle façon de poser le pro- blème, on pourrait aussi conclure qu’il faut supprimer l’école… On ne va pas enlever de la constitution le principe de l’égalité salariale entre les hommes et les femmes au motif qu’on ne parvient pas à l’assurer! La suppression du collège unique relève en réalité d’une position purement réactionnaire qui conduit imman- quablement à revenir à une école pour les riches et une école pour les pauvres – et pas seulement pour le collège. À gauche, on ne peut qu’affirmer le principe d’une école commune, indifférenciée. Quand on aura mis « chacun chez soi », cela n’ira mieux que pour ceux qui seront débarrassés des pauvres. Un élève en diffi- culté, mais pas encore décroché, aura beaucoup plus de chances de s’en sortir dans une classe avec des élèves plus forts. Alors que, comme le montrent les études internationales, pour les bons élèves, la présence d’élèves en difficulté ne change quasiment rien. Les élites n’ont pas de problèmes.

Plusieurs intellectuels spécialistes de l’éducation, dans une tribune publiée par Le Monde, appellent à «rompre avec le mythe d’un traitement uniforme des collégiens»

Ce constat de départ n’est pas faux. Si vous traitez également des personnes inégales, vous ne pourrez créer que de l’inégalité. Pour construire l’égalité, il faut traiter inégalement des gens inégaux. La réponse ne doit pas d’abord porter sur la pédagogie, mais sur la nature et la composition des programmes et des savoirs. On devrait ainsi transformer ce que l’on définit comme la culture commune, qui valorise très peu des aspects pourtant importants dans certaines catégories sociales, comme l’enseignement technique et technologique. Des demandes de savoir très fortes au sein de la société ne sont pas présentes à l’école, comme celles qui concernent la médecine, la psychologie, etc.

Adapter les enseignements à chaque élève est donc une fausse bonne idée?

L’individualisation des pédagogies massivement prônée aujourd’hui, y compris par le gouvernement, se fait immanquablement au bénéfice des plus forts. Et elle va à rebours des pédagogies qui montrent que l’apprentissage est plus efficace quand il est collectif, à l’image des activités humaines elles-mêmes. Au lieu de concevoir l’enseignement comme une course de cent mètres, qui établit des premiers et des derniers à l’arrivée, tout en ignorant que certains partent avec un sac de ciment sur le dos, on devrait s’inspirer des sports collectifs: dans une équipe, il y a des joueurs forts et d’autres qui ratent leur match, mais c’est l’équipe qui gagne ou qui perd. Dans toutes les disciplines, on peut enseigner en favorisant un appren- tissage collaboratif, pour atteindre les objectifs communs, au bénéfice de tous. Ce point de vue est non seulement de gauche, mais aussi anthropologique.

http://www.regards.fr/Samy-Johsua-A-gauche-on-ne-peut-qu

Mise à jour des programmes, interdisciplinarité, autonomie des établissements, enseignement des langues… La réforme du collège suscite les controverses, mais elle ne pourra qu’accentuer les inégalités scolaires, nous explique Samy Johsua.  ancien professeur en sciences de l’éducation, conseiller municipal Front de gauche à Marseille.

Commentaire: Regards est une revue proche du courant « Ensemble » du FDG

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22 mai 2015 ~ 0 Commentaire

austérité: les dépenses d’éducation par élève (basta)

austérité: les dépenses d’éducation par élève (basta) dans Educ'action

Atteignent leur niveau le plus bas depuis quinze ans

Sur fond de réforme des collèges, quels sont les moyens alloués par élève pour assurer leur scolarité ? Selon le ministère de l’Éducation nationale, les dépenses par élèves ont augmenté de 500 euros en dix ans. Mais si l’on se penche en détail sur les chiffres fournis, le discours officiel peut être mis en doute. Une étude réalisée par le syndicat Force ouvrière montre au contraire que ces dépenses, en grande majorité assurées par l’Etat et les collectivité locales, diminuent.

Pour le collège, la France consacrerait même moins d’argent par élève qu’il y a 15 ans. Priorité à la jeunesse ? Le temps n’est plus aux restrictions budgé- taires: la dépense par collégien aurait augmenté de près de 500 euros entre 2006 et 2013. C’est ce qu’affirme le ministère de l’Éducation nationale, alors que les syndicats ont manifesté ce 19 mai contre la réforme du collège proposée par la ministre Najat Vallaud-Belkacem, qui a pourtant inscrit le texte au Journal officiel dès le lendemain.

Des dépenses en augmentation ? Les chiffres du ministère eux-mêmes montrent pourtant le contraire. La dépense moyenne par élève a chuté de 7% entre les années scolaires 2010-2011, alors que Luc Chatel (UMP) était ministre de l’Éducation nationale, et 2013-2014, sous son successeur Vincent Peillon (PS). C’est ce que révèle une analyse détaillée réalisée par le syndicat Force ouvrière, à partir des documents de synthèse publiés chaque année par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère. Ces dépenses moyennes par élève prennent en compte toutes les dépenses d’édu- cation : celles de l’État pour payer les enseignants, l’administration, la documen- tation pédagogique ou la médecine scolaire par exemple, celles des collectivités locales pour assurer l’entretien des établissement l’activité des cantines ou des transports scolaires, celles engagées par les ménages pour l’achat de fournitures liées à l’école [1]. État et collectivités assurent 84% des dépenses et les ménages 7,5%.

Loin des tendances à la hausse annoncées par le ministère, pour tout le second degré (collège et lycées), le niveau de dépense moyen par élève est aujourd’hui au plus bas depuis 2006. La baisse des dépenses par élève serait de 6% pour le collège et de 10% pour les lycées d’enseignement général et technologique, sur ces quatre dernières années. (…) Lire la suite

Agnès Rousseaux 21 mai 2015

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