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07 juillet 2014 ~ 0 Commentaire

Les manuels scolaires toujours truffés de stéréotypes sexistes (francetv)

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(…) Paradoxe de l’actualité : alors que le gouvernement vient d’enterrer les ABCD de l’égalité, un rapport parlementaire pointe les stéréotypes sexistes dans les manuels scolaires. (…)

Si le rapport souligne des « évolutions incontestables », il juge que les livres scolaires récents comportent toujours un certain nombre de clichés, plus insidieux qu’auparavant. Et ces stéréotypes ne sont pas sans conséquences, selon les sénateurs qui ont auditionné les éditeurs d’ouvrages ainsi que des chercheurs. Le comportement des filles et des garçons est touché, mais pas seulement. Cela peut influencer leur place dans la société, tout comme le choix de leur métier…

« Invisibilité des femmes » dans les manuels d’histoire Les chiffres sont criants : les fem- mes sont les grandes absentes des ouvrages scolaires. Selon les études du centre Huber- tine Auclert, à Paris, qui promeut l’égalité entre femmes et hommes et dont les travaux ont servi à nourrir le rapport parlementaire, 3% des biographies dans les manuels d’histoire de seconde et de CAP 2010 et 2011 sont consacrées à des femmes. Et sur 1 537 documents (textes, photos, articles…) proposés à l’étude dans les manuels, seuls 65 ont été réalisés par des femmes…

Dans les ouvrages de français, sur 13 192 noms mentionnés en histoire littéraire et artistique, 6,1% sont ceux de femmes et 5% des textes littéraires qui sont proposés à l’étude sont écrits par des femmes. Concernant les manuels de mathématiques de terminale S et bac pro, on compte un personnage féminin pour cinq personnages masculins. (…)

Quand les femmes sont présentes dans les manuels d’histoire, ce sont souvent des sym- boles, des muses, des allégories, comme Marianne ou la Liberté. Dans les manuels d’his- toire de seconde et de CAP, « les personnages féminins sont le plus souvent représentés au travers du seul prisme du désir masculin. La femme du Moyen Age n’est représentée que par trois figures stéréotypées : la pécheresse tentatrice, la vierge, ou la dame de l’amour courtois », décrit le rapport parlementaire.

Dans un manuel de maths, on évoque la physicienne Marie Curie, en ajoutant : « Elle a souvent été associée aux travaux de son mari. » « Les manuels évoquent la courbe d’Agnesi sans présenter cette savante, alors que l’explication du théorème de Pythagore s’accom- pagne d’une notice biographique du mathématicien grec », indique aussi le rapport en référence à la mathématicienne italienne.

Des clichés « plus sournois » persistent Certes, les années 1960 sont loin : fini le temps des femmes en cuisine et des hommes au garage… Mais des clichés « plus sournois » per- sistent. Amandine Berton-Schmitt cite ainsi l’exemple d’un manuel de mathématiques de terminale. La seule femme représentée dans le livre apparaît dans une double page consa- crée aux nombres complexes. On peut y voir le dessin d’une jeune fille face à un miroir. Elle se dit : « Ils disent tous que j’ai un complexe mais je le vois bien, j’ai encore grossi ! » Autre exemple : dans un ouvrage pour les élèves de CAP, on voit des femmes dans une usine de l’industrie textile, présentée comme la première à employer des femmes. Le texte précise que les machines « ne demandent pas de force musculaire, mais de l’habileté et de la concentration ».

Le rapport parlementaire pointe, dans les manuels scolaires, une répartition des rôles sexués stéréotypés. « Une association permanente entre le féminin, la maternité, l’éducation et les soins aux enfants, les activités ménagères. » Et pour les garçons, « la valorisation de certains comportements (se montrer fort, ne pas pleurer, ne pas se plaindre) et l’absence de certaines représentations (métiers du social, relation père-enfant, activités domestiques, etc.) ».

De quoi influencer les relations sociales des futurs adultes, mais pas seulement. « Cela pose un vrai problème d’orientation professionnelle, estime Amandine Berton-Schmitt. On ne se projette pas en femme scientifique ou en homme infirmier si l’on n’en voit pas. C’est donc regrettable pour ces adolescents qui ont besoin d’identification. »

Par Vincent Daniel Mis à jour le 04/07/2014 | 09:13 , publié le 04/07/2014 | 09:13

http://www.francetvinfo.fr/societe/education/polemique-sur-le-genre/les-manuels-scolaires-toujours-truffes-de-stereotypes-sexistes_638469.html

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16 juin 2014 ~ 0 Commentaire

Rassemblement mercredi 25 juin préfecture saint brieuc

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CARTE SCOLAIRE des CÔTES D’ARMOR version 2014/2015 :

CLASSES FERMEES, PROMESSES ENVOLEES, ECOLE PUBLIQUE EN DANGER

NON ! DES ENSEIGNANTS & DES CLASSES POUR NOS ENFANTS, MAINTENANT !

Nous, parents d’élèves, élus, enseignants, représentants d’associations de soutien à l’enseignement public et représentants de parents d’élèves des communes de:

Ploubezre, Plestin-les-Grèves, Grâces, Lannion, Callac, Rostrenen, Plénée-Jugon, Bourbriac, Bégard-Trézélan, Mûr-de-Bretagne, Lamballe, Ploufragan, St Brieuc, Ploubalay, Plélo, Plouëc du Trieux,  Rospez, Caouënnec, Ploumagoar, La Méaugon,

nous sommes constitués en Collectif pour la Défense des Écoles Publiques des Côtes d’Armor, suite à la présentation par la Direction Académique de la carte scolaire pour la rentrée 2014. En effet, nous refusons les fermetures de classes, les refus d’ouvertures de classes et les tentatives de fusion ou de fermetures d’écoles maternelles et élémentaires à marche forcée annoncés dans ce projet inacceptable et inconséquent tant il foule aux pieds l’avenir de nos écoles, de nos territoires, de nos enfants.

On nous répond chiffres, moyennes, mais nous parlons de NOS ENFANTS !

Considérer comme satisfaisante la rentrée qui arrive, des effectifs atteignant ou dépassant les 30 élèves par classe, parfois à multi-niveaux, dans de nombreuses écoles?

La réalité sur le terrain est en totale contradiction avec les moyennes chiffrées de la Direc- tion Académique qui masquent les situations concrètes dans les écoles. Totale contradiction encore avec les promesses gouvernementales affichées depuis 2012 de refondation et de redressement du système éducatif, de priorité donnée à l’école primaire, de scolarisation des enfants de moins de 3 ans. L’école et l’éducation ne doivent pas se limiter au gardien- nage de nos enfants, l’enseignement précoce est un atout crucial pour la réussite scolaire, sociale et l’émancipation de chaque enfant et citoyen.

Nous ne pouvons accepter que dans les zones rurales comme urbaines, les choix budgé-taires mettent en péril l’enseignement public et les projets menés au quotidien par des équi- pes éducatives soucieuses de prodiguer à chaque élève scolarisé un enseignement et un accueil de qualité.

C’est pourquoi nous refusons ce projet de carte scolaire, parce que nous défendons pour les Côtes d’Armor une école publique de proximité, qui soit ouverte à tous et ambitieuse pour nos enfants.

Nous exigeons donc l’annulation des fermetures de classes ou des suppressions de postes à Plestin-les-Grèves (maternelle​), Callac (CLIS), Plénée-Jugon (élémentaire), Bour- briac (maternelle), Lannion-Servel (maternelle), Rostrenen (maternelle), Mûr-de-Bretagne (élementaire), Ploufragan Anne Franck (maternelle), Saint-Brieuc Cesson Bourg (mater- nelle), Plélo (primaire), Plouëc du Trieux (primaire)

L’ouverture de classes ou de postes à Ploubezre (élementaire​), Grâces (maternelle), Lamballe Lavergne (maternelle), Lamballe – St Aaron (primaire), Ploubalay (maternelle), Ploumagoar (maternelle), Rospez-Caouënnec (élémentaire), La Méaugon (élémentaire)…

Nous appelons l’ensemble des écoles, parents, associations de parents, enseignants, élus, citoyens, organisations syndicales et politiques à rejoindre notre collectif et à le soutenir en participant au rassemblement du

MERCREDI 25 JUIN à 15H00 devant la PREFECTURE DE SAINT-BRIEUC

Pour refuser avec force les projets de la Direction Académique qui a déjà annoncé de nouvelles fermetures de classes, après les recomptages d’élèves à la rentrée… C’est inacceptable.

Nous ne devons pas les laisser faire!

Défendons l’école publique et l’avenir de nos enfants !

Collectif de Défense des Écoles Publiques des Côtes d’Armor

collectif.ecoles.publiques.22@gmail.com

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26 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Avignon: le ps et l’ump s’allient pour flinguer l’école publique

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Le collège Gièra, étiqueté « Ambition-Réussite », situé dans les quartiers populaires au sud d’Avignon, a amianté les enfants pauvres pendant plus de 30 ans. Alors en 2009, le conseil général à majorité PS a décidé de le détruire…

Cependant, au lieu de reconstruire un collège flambant neuf dans le même quartier, idée géniale, on a dispatché les élèves dans deux collèges déjà surchargés des beaux quartiers du centre-ville, Vernet et Mistral. La décision a été prise à l’unanimité au conseil général. Oui, unanimité : quand ça « favorise la mixité sociale » et qu’en même temps, ça permet de faire des économies, c’est « gagnant-gagnant » et ça transcende le clivage gauche-droite…

Seulement, dans les quartiers populaires, les gens ont un peu l’habitude d’être les perdants des situations « gagnant-gagnant » : ils se sont demandés pourquoi c’était encore à eux de payer leur ticket pour monter dans le bus de la mixité sociale vers les ser- vices publics de l’hypercentre, et surtout pourquoi ils n’auront plus droit aux moyens norma- lement accordés aux élèves socialement défavorisés, dont la cantine gratuite. Alors, ils se sont organisés, ont manifesté et pétitionné par milliers.

Nouvelles solidarités pour défendre le service public En centre-ville, certains ont feuil- leté fébrilement leurs carnet d’adresses pour appeler les notables susceptibles d’empêcher in-extremis cette violente invasion barbare… Sans succès. Alors ils ont inscrit leur progé- niture dans les nombreux collèges privés catholiques des beaux quartiers. Ouf !

Le conseil général aurait paraît-il fait preuve de « courage politique » en maintenant son projet… Aujourd’hui, 5 ans après la fermeture du collège Gièra, alors qu’il y a 15 % d’élèves en moins à Vernet, il y a 25 % d’enseignants en moins. Le taux d’encadrement a donc baissé alors que ce collège, qui comptait 16 % d’élèves boursiers en 2008, en compte aujourd’hui 40 %. Les élèves fragiles, pas soutenus, ne s’en sortent pas.

Il y a quelques semaines, le personnel du collège, soutenu par les parents d’élèves, ont entamé un mouvement de lutte contre une nouvelle fermeture de classe. Après déjà deux journées de fermeture du collège pour cause de grève, de nouvelles solidarités entre per- sonnel, parents des quartiers sud et parents du centre-ville sont en train de naître. Les militantEs du NPA sont à leur côté pour imposer l’égalité des chances de toutes et tous dans l’éducation.

Correspondant Hebdo L’Anticapitaliste – 243 (22/05/2014)

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16 mai 2014 ~ 0 Commentaire

France-info junior: comment tromper les enfants (odn)

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Au profit de l’industrie nucléaire

Le mercredi 14 mai 2014, l’émission « France-info Junior » (*) a donné à entendre ce qui peut probablement se faire de pire en matière d’information, ou plutôt de désinformation, avec pour circonstance aggravante la manipulation de jeunes enfants. Cette émission, qui a en effet pour principe de donner la parole à des enfants sur un sujet de société, traitait ce jour-là de la question extrêmement controversée des déchets nucléaires, et plus exactement du projet de l’enfouissement des déchets les plus radioactifs, à l’étude actuellement à Bure dans la Meuse.

Première faute majeure, qui bafoue d’emblée l’éthique journalistique : avoir choisi, pour répondre aux enfants, une représentante de l’Agence nationale des déchets radioactifs (Andra), l’organisme précisément chargé de promouvoir et mettre en oeuvre l’enfouissement des déchets nucléaires ! Il n’est donc pas étonnant que, au cours de l’émission, n’ait jamais été évoqué le moindre doute concernant le fait de produire des déchets radioactifs, ni même le principe de l’enfouissement de ces déchets. Et ce alors que la controverse bat son plein de longue date sur ces questions.

C’est d’ailleurs le journaliste lui-même, Gilles Halais, qui pose d’entrée les bases de la tromperie en décrétant sans l’ombre d’un bémol : « Principal atout de Bure pour ce projet baptisé Cigéo : son sous-sol, en argile. Car l’argile, ça ne bouge pas et c’est donc la matière idéale pour y enterrer, pour plusieurs dizaines de milliers d’années, les déchets atomiques les plus dangereux« .

Voici donc balayées en 5 secondes les objections majeures avancées par de nom- breuses personnes qui suivent de près ce dossier. On peut pourtant les lire dans les « cahiers d’acteurs » mis en ligne par la Commission nationale du débat public : http://www.debatpublic-cigeo.org/informer/cahier-acteurs.html . On citera par exemple le cahier de l’ingénieur Bertrand Thuillier (cf http://bit.ly/1svZWn1 ) ou celui de l’Observatoire du nucléaire (cf http://bit.ly/1gHPzHz ).

Le seul élément de « pluralisme » accordé par le journaliste au cours de son émission réside dans cette remarque sibylline : « Ce projet unique de tombeau nucléaire n’a pas que des amis. » Mais qui conteste ? Pourquoi ? Sur la base de quelles données ? En soulevant quelles incertitudes, quels risques ? Les enfants et les auditeurs n’en sauront strictement rien.

Un véritable boulevard était donc ouvert pour Annabelle Comte, communiquante de l’Andra, grassement rémunérée pour tromper les citoyens en général et les enfants en l’occurrence. Pour elle comme pour le journaliste, les jeunes (et moins jeunes !) n’ont pas à savoir que le principe de l’enfouissement est frontalement contesté, à tel point qu’il est souvent considéré comme un véritable crime. Avec « France-info Juniors », l’enfouissement des déchets nucléaires est donc une évidence et il représente même une « solution » (alors que c’est au mieux une option, et probablement la pire de toutes). Extraits :

- « On met les déchets radioactifs dans la Terre pour qu’ils soient à l’abri et que personne ne puisse être à leur contact »

- « La Terre va nous protéger de ces déchets »,

- « La seule solution qu’on ait trouvé pour les mettre à l’abris c’est de les mettre dans la Terre »

- « Pour les plus dangereux qui vont durer très longtemps, là c’est la Terre qui prend le relais

- « C’est la Terre qui va les mettre à l’abri à la place de l’Homme »

- « Plusieurs centaines de milliers d’années, ça nous parait beaucoup pour nous, mais la Terre existe depuis 4,5 milliards d’années et donc ça représente une seconde à l’échelle de l’âge de la Terre. »

On note une stratégie de répétition si parfaitement assumée qu’elle relève incontes-tablement du bourrage de crâne. De plus, c’est carrément la Terre qui est convoquée pour « justifier » l’enfouissement : elle « va nous protéger », elle « prend le relais », elle « met les déchets à l’abri ».

C’est bien sûr mensonger – la Terre n’a jamais décidé de « prendre » les déchets nuclé- aires ! – mais aussi terriblement insidieux : les enfants ne sauraient mettre en doute la perti- nence des « actes » de notre Terre. Cerise sur le gâteau, une situation dramatique, infligée par l’industrie nucléaire aux humains pour des millions d’années, est finalement réduite d’un coup de baguette magique à « une seconde ». Qui dit mieux ?

Que l’Agence nationale des déchets radioactifs use de méthodes aussi nauséabondes, on peut presque le comprendre : elle a été créée précisément pour cela. Mais qu’un jour- naliste, qui plus est sur le service public, collabore directement à cette entreprise de tromperie, de plus en manipulant des enfants, c’est insupportable. Ce n’est assurément pas sur « France- info Junior » que l’on entendra des jeunes s’étonner par exemple que l’Observatoire du nuclé- aire soit poursuivi en justice par Areva, pour avoir dénoncé les méthodes par lesquelles la France pille littéralement l’uranium du Niger. Et ce pour alimenter les centrales nucléaires d’EDF… tout en prétendant que ces importations permettent une bien curieuse « indépendance énergétique ».

 Stéphane Lhomme Observatoire du nucléaire Jeudi 15 mai 2014

(*) A l’heure où nous publions, le reportage de France-Info Junior n’est plus en ligne. Momentanément ?

http://www.franceinfo.fr/environnement/france-info-junior/il-faudra-120-ans-pour-stocker-tous-les-dechets-radioactifs-francais-1418329-2014-05-14

http://www.observatoire-du-nucleaire.org

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14 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Un appel mondial pour renouveler l’enseignement de l’économie (basta)

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« L’économie mondiale n’est pas seule à être en crise. L’enseignement de l’économie l’est également. »

C’est ainsi que débute le Manifeste pour une économie pluraliste lancé par 42 associations et collectifs étudiants de 19 pays pour renouveler l’enseignement de cette discipline. Les auteurs de cet appel dénoncent l’étroitesse croissante des cursus et le manque de diversité intellec- tuelle, et appellent au retour du débat et du pluralisme des théories et des méthodes dans les salles de classe.

« Un cursus d’économie complet devrait favoriser la structuration intellectuelle des étudiants dans une variété de cadres théoriques, des approches néoclassiques largement enseignées aux écoles classique, postkeynésienne, institutionnaliste, écologique, féministe, marxiste et autrichienne — entre autres — toutes largement exclues », énoncent-ils.

Parmi les différentes mesures pouvant favoriser la mise en œuvre concrète du pluralisme, les auteurs préconisent l’octroi de postes à des enseignants et chercheurs susceptibles d’apporter une diversité théorique et méthodologique dans les cursus. L’élaboration de supports pédagogiques tels que des manuels d’économie pluralistes, ainsi que la création d’unités interdisciplinaires mêlant l’économie avec ses disciplines soeurs, pourraient également favoriser le changement. Cet appel, lancé par l’Initiative étudiante internationale pour l’économie pluraliste, se traduit d’ores et déjà par des séminaires, ateliers et conférences dans lesquels sont analysés les cursus actuels et proposés des alternatives concrètes. « Le pluralisme en économie est une question de démocratie » conclut l’appel. Par Sophie Chapelle 14 mai 2014

Voir le Manifeste pour une économie pluraliste

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13 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Avec l’éducation à la défense, la culture de guerre devient matière d’examen (rue 98)

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C’est peu dire que l’intervention militaire de la France au Mali n’a guère suscité jusqu’à présent l’unanimité: un peu partout dans la communauté internationale, des voix autorisées ou des autorités officielles, de nombreux médias également, font régulièrement part de leurs plus vives réserves sur une opération décidée sans guère de précautions par un chef d’état auquel la Constitution française accorde en la matière des droits exorbitants. Une réprobation qui va de soi, dira-t-on, au seul regard de la liberté d’expression.

Existe-t-il malgré cela une seule institution, une seule collectivité où toute critique, toute réserve sur les interventions extérieures de la France et plus généralement la politique militaire se voient formellement interdites, où l’opinion du chef de l’Etat et des autorités militaires soient seule considérée comme digne de foi ?

Cette institution, effectivement, c’est l’Education nationale dont les programmes d’éducation civique distillent une morale et des vérités officielles qui s’imposent jusque dans les examens, comme c’est le cas cette année encore dans le cadre du diplôme national du brevet (DNB) [PDF] passé il y a quelques jours par les collégiens du lycée français de Pondichéry (Inde), « éduqués à la défense » comme le sont tous les collégiens français.

Discours officiel et rien d’autre Au menu de l’épreuve d’éducation civique : la guerre au Mali ou, plus précisément, l’intervention française vue par son organisateur, le président de la République, dans son allocution télévisée du 11 janvier 2013. A partir de ce seul et unique document, les candidats doivent fournir des réponses dont les éléments sont à rechercher exclusivement dans le discours officiel et nulle part ailleurs. L’épreuve est ainsi doublement verrouillée : non seulement par l’impossibilité pour les élèves d’utiliser d’autres sources d’information ou leurs réflexions personnelles mais encore par l’obligation qui leur est imposée de faire tenir leurs réponses en quelques lignes délimitées par un cadre…

Ainsi, comme réponse attendue à la question : « Citez deux raisons pour lesquelles la France a accepté d’intervenir au Mali », la nature de l’épreuve fait que le candidat n’a pas d’autres solutions que de recopier la parole présidentielle : « Pour appuyer l’armée malienne face à l’agression terroriste […] permettre au Mali de recouvrer son intégrité territoriale […] protéger nos ressortissants. »

Etouffer toute velléité critique Curieusement, dans le cadre d’une discipline scolaire – l’éducation civique – qui prétend former les futurs citoyens et développer le sens critique, cette épreuve du DNB aboutit en réalité à toute autre chose : il s’agit au contraire, à travers le moule d’un examen par lequel doivent passer tous les élèves de 14 ans, d’étouffer toute velléité critique, toute pensée autonome, d’imposer une vérité officielle, une morale d’état.

Un procédé particulièrement efficace si l’on en juge par l’indifférence et la méconnaissance crasse manifestées par une large partie de l’opinion publique face aux interventions militaires de la France en Afrique, motivées par des considérations beaucoup moins nobles – où les enjeux économiques et les magouilles politiques tiennent une large place – que celle, affichée, de lutte des démocraties contre le terrorisme islamiste.

Si l’éducation civique – dont la légitimité est d’ailleurs douteuse – et plus généralement l’école ont effectivement un rôle à jouer dans la formation des citoyens, on ne comprend pas qu’elle néglige avec une telle désinvolture ce qui fait le fondement des sociétés démocratiques : la diversité des points de vue, la confrontation des opinions, la recherche de l’information, toutes sortes d’éléments sans lesquels cet enseignement n’est plus qu’un bourrage de crâne.

Programmes d’éducation civique sous influence Cette épreuve infligée aux candidats du DNB n’est ni une nouveauté ni une surprise. Elle s’inscrit dans le cadre d’une élucubration propre aux programmes scolaires français – on n’en connaît pas l’équivalent chez nos voisins – qui, sous la dénomination d’éducation à la défense, affiche comme objectifs, non seulement de « répondre aux besoins de recrutement de l’armée » mais aussi, d’insuffler chez les élèves, sur un grand nombre de sujets, des habitudes de pensée qui interdisent de remettre en cause le rôle de l’armée dans le passé comme aujourd’hui. Ce conditionnement s’étend à toutes les disciplines scolaires (circulaire du 13 septembre 2007) et trouve sa traduction, comme on le voit, dans les examens.

Fruit d’un partenariat éprouvé et étouffant entre les deux ministères, l’éducation à la défense s’est trouvée promue au rang de matière scolaire à part entière par l’intermédiaire d’un lobby militaro-politique qui, en toute opacité, sans aucune concertation avec les parte-naires éducatifs, a finalement réussi depuis plus de trente ans à se faire une place jusque dans les directions les plus importantes de l’Education nationale, celles qui organisent le travail quotidien des enseignants, comme la Direction générale de l’enseignement scolaire (Dgesco) ou l’Inspection générale de l’éducation nationale (Igen).

Les protocoles Education – Défense (1982, 1989, 1995, 2007), relayées par des circulaires et leurs inévitables documents d’accompagnement, enserrent les enseignants dans un carcan de prescriptions impérieuses, à l’image de ces imbuvables « ressources pour le collège » [PDF] publiées dernièrement. Il faut pas moins de six pages à la Dgesco et à l’Igen pour dresser un tableau idyllique de la politique militaire de la France ramenée à quatre « fils directeurs » :

  • « Qu’est-ce que la défense nationale ? » ;
  • « Pourquoi la France, pays en paix, dispose-t-elle d’une défense ? » ;
  • « Comment se manifeste la présence de la défense nationale dans le monde ? Avec qui ? Au nom de quelles valeurs ? » ;
  • « Comment et pourquoi éduquer les jeunes à la défense ? »

Les enseignants comme les élèves n’ont pas à chercher les réponses : elles sont fournies par un argumentaire qui exclut toute discussion : « La défense française contribue à la sécurité internationale […] dans des missions humanitaires et de maintien de la paix sur des théâtres éloignés de son territoire. » Et pour faire bonne mesure, les supports d’étude sont également imposés : il s’agira exclusivement de l’opération Serval au Mali, d’une bande dessinée réalisée par le ministère de la défense sur la journée dite « de défense et de citoyenneté », d’un «rallye citoyen» dans le cadre d’ateliers et de rencontres avec les militaires et du Livre blanc 2013 sur la défense.

Le grand silence des profs Pour préparer les élèves à comprendre les enjeux du monde contemporain, l’école a donc fait le choix de l’endoctrinement, un choix qui remonte à plus de trente ans en arrière (1982) et qui, non seulement n’a jamais été remis en cause par les alter- nances politiques mais dont on peut s’attendre à ce qu’il soit conforté par le présent gouver-nement dans la ligne d’un inquiétant discours prononcé le 11 mars 2012 par le candidat Hollande dans le cadre de la campagne présidentielle :

« Le développement de l’esprit de défense passe aussi par l’école, l’école de la République. Toutes les actions qui découlaient des protocoles Défense-Education nationale qui avaient été mis en place au début des années 80 par la gauche seront revivifiées dans un nouveau protocole orienté vers la diffusion de l’esprit de défense auprès des jeunes et auprès des enseignants. »

Reste que pour en arriver aussi loin dans la confusion des genres, le mélange des rôles, le brouillage des consciences, les autorités qui ont mis en œuvre l’éducation à la défense ont pu compter jusque là sur le silence, qui vaut compromission, de l’immense majorité des ensei- gnants et de leurs organisations représentatives qui n’ont jamais rien trouvé à redire, ou pas grand-chose, à cette brutale intrusion de l’armée dans un domaine qui n’est pas le sien.

 

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12 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Rythmes scolaires: une seule issue, l’abrogation du décret

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Le gouvernement a publié Jeudi 8 Mai le décret Hamon dit « d’assouplissement » des rythmes scolaires.

Loin de répondre à la moindre des revendications des personnels, ce texte confirme et aggrave les principales dispositions du décret Peillon, à commencer par le projet éducatif territorial (PEDT).

Le NPA s’oppose résolument aux PEDT, à toute intrusion des communes dans l’orga- nisation du temps scolaire. Le décret sur les rythmes scolaires ne peut mener qu’à la flexibilité et à l’explosion des inégalités, il n’est ni amendable, ni négociable, il doit être purement et simplement abrogé.

Dans la pratique, face à l’opposition quasi-unanime des enseignants et des parents, le gouvernement et son ministre Hamon poursuivent un objectif prioritaire : sécuriser et généraliser la mise en œuvre à la rentrée 2014 du décret Peillon sur les rythmes scolaires.

Pire, le décret Hamon complète la « réforme des rythmes » en autorisant des expé- rimentations qui accentueraient la logique de désorganisation et de territorialisation de l’école du décret Peillon. Outre des horaires à géométrie très variable selon les communes voire les écoles, Benoît Hamon confirme définitivement le rôle clé dévolu aux PEDT, véritable machine de guerre contre le cadre national de l’école, des programmes et des statuts, en multipliant les mesures visant à inciter toutes les communes à en élaborer un.

À l’évidence, les enseignants et les parents sont hostiles au décret sur les rythmes scolaires, le rejet par les syndicats (SNUIPP, FO, CGT, SUD) du décret dans les instances consultatives en est une expression. En ne tenant nullement compte de ce vote, après une intense phase de « concertations », le gouvernement indique la fonction du « dialogue social » : l’aider à avancer sur ses propres objectifs.

Réactiver la mobilisation implique de s’organiser pour que cesse toute « concer- tation » (comités national ou départemental) visant à le mettre en œuvre, pour que se réalise l’unité des enseignants, des parents et des syndicats pour l’abrogation de ce décret.

Au-delà, c’est toute la politique scolaire du gouvernement Hollande-Valls-Hamon qui est en cause. À tous les niveaux, il s’agit de remodeler l’enseignement public, de le territorialiser et d’en diminuer les coûts, une logique qui ne peut qu’être exacerbée par le pacte de responsabilité.

Outre les « rythmes » et la réforme des ZEP, les pires menaces pèsent également sur le maintien de programmes nationaux ainsi que sur le statut des enseignants du secondaire. Y mettre un coup d’arrêt nécessite une mobilisation, que se réalise l’unité, ce qui est inséparable du combat à mener pour la rupture des « concertations » des syndicats (notamment la FSU) avec le ministre.

C’est de cette manière qu’il sera possible d’infliger une défaite décisive au gouvernement, à même de remettre en cause l’ensemble de sa politique, à commencer par le pacte de responsabilité. Montreuil, le 12 mai 2014

http://npa2009.org/node/41391

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10 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Le 15 mai, la fonction publique sera dans la rue (sud éduc)

Le 15 mai, la fonction publique sera dans la rue (sud éduc) dans Educ'action arton1450-f9c9f

Trop … c’est trop !

Halte à la régression salariale.

Halte aux suppressions d’emplois.

Halte à la destruction de la fonction publique et des services publics

La politique d’austérité choisie par le gouvernement cible la fonction publique comme « la principale » responsable du déséquilibre budgétaire.

Le Premier ministre a affirmé qu’il fallait poursuivre le redressement des comptes publics « tout au long du quinquennat » et confirmé l’objectif de réduire de 50 milliards d’euros la dépense publique de 2015 à 2017. Sur ces 50 milliards, « l’Etat et ses agences en prendront la plus grande part, 19 milliards d’euros ; 10 milliards proviendront de l’assurance-maladie et 10 milliards supplémentaires des collectivités locales », et « le reste viendra d’une plus grande justice, d’une mise en cohérence et d’une meilleure lisibilité de notre système de prestations ».

S’il est évident que toutes les citoyennes et tous les citoyens seront impactés par ces réductions des dépenses publiques, il est tout aussi évident que les services publics et leurs agents le seront aussi !

A l’Etat, ce sera la poursuite de la politique régressive en matière d’emplois et de restruc-turations sur l’ensemble du territoire. La MAP (modernisation de l’action publique) continuera son travail de sape dans le but d’atteindre l’objectif de réductions budgétaires.

Encore une fois, le monde de la santé ne sera pas épargné et l’hôpital sera en ligne de mire.

La réforme territoriale annoncée (projet de diminution par deux du nombre des régions, disparition des départements et développement de l’intercommunalité) aura de graves conséquences pour l’ensemble des personnels du versant territorial.

Et pour toutes et tous, ce sera la poursuite du blocage des salaires, sans aucune perspective d’augmentation d’ici 2017 !!! Du jamais vu dans la fonction publique !

Le 19 mai doivent, en principe, s’ouvrir les négociations autour des questions des parcours professionnels, carrières et rémunérations (suite du rapport Pêcheur).

Au vu des annonces politiques faites par le Président de la République et le Premier ministre, il est manifeste que la ministre de la fonction publique n’aura aucune marge de manœuvre pour ouvrir de véritables négociations.

Solidaires Fonction Publique appelle tous les agents de la fonction publique à se mobiliser et à construire, dès maintenant, les conditions de la réussite de la journée de grève et de manifestations du 15 mai.

Dans l’unité la plus large, le 15 mai 2014, exigeons …

La hausse de nos salaires

Le rattrapage de nos pertes de pouvoir d’achat

Les créations d’emplois nécessaires à l’accomplissement de toutes nos missions.

http://www.questionsdeclasses.org/?Le-15-mai-2014-La-fonction

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04 mai 2014 ~ 0 Commentaire

rythmes scolaires (npa)

bonnet d ane

Hamon dans la continuité de Peillon

Face à l’accumulation de problèmes auxquels la réforme est confrontée, Valls et son nouveau ministre de l’Éducation, Benoît Hamon, ont annoncé un « assouplissement » qui ressemble surtout à une esquive.

La réforme a en effet été largement rejetée, malgré le déluge d’arguments prétendument scientifiques pour la justifier: par les enseignants (jusqu’à 95 % de grévistes contre la réforme dans certaines communes, par une partie des parents d’élèves et par les personnels des mairies qui ont vu leurs conditions de travail se dégrader brutalement. La réforme est aussi, ce qui a peut-être encore plus inquiété un PS fragilisé, largement rejetée par les maires (UMP, PS comme sans parti), dont les dotations financières par l’État vont encore être réduites.

Le nouveau texte écrit par le ministère Hamon ne change pratiquement rien à la réforme, et en montre même un peu plus l’absurdité : le texte oblige à travailler cinq matinées par semaine, interdisant donc la semaine de quatre jours avec réduction de la durée des vacances ; une seule après-midi libérée, interdisant donc des matinées plus longues avec la suppression de la classe l’après-midi.

Les inégalités sociales renforcées Favoriser « les apprentissages fondamentaux » en les situant le samedi matin, c’est continuer à casser la dimension culturelle de l’école, la seule qui serait pourtant capable de renforcer l’autonomie des élèves et donc leur capacité à réfléchir et apprendre. La confirmation des APC (Aides pédagogiques et culturelles, héritières des « aides personnalisées » qui ont justifié la suppression massive des RASED) va dans ce sens.

De plus, le nouveau texte confirme la décentralisation de l’éducation par les Projets éducatifs territoriaux (PET) : les inégalités entre élèves des communes riches et des communes pauvres vont encore se renforcer.

Le lundi 5 mai, les instances nationales, où siègent les syndicats, vont se prononcer sur ce texte. Les débats s’organisent donc dans les syndicats, en particulier dans le syndicat majoritaire, le SNUipp-FSU. Si celui-ci vote contre le texte, cela donnera raison, et peut-être courage, aux équipes militantes qui refusent la réforme.

En revanche, en cas d’abstention ou de refus de vote, le ministère aura donc une majorité des syndicats favorables à son texte (Unsa et CFDT, contre la CGT, FO et Sud). Il pourra alors expliquer que la réforme Peillon, malgré l’opposition quasiment unanime des enseignants, est légitime…

Antoine Pelletier Hebdo L’Anticapitaliste – 240 (01/05/2014)

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26 avril 2014 ~ 0 Commentaire

La première mutuelle d’instituteurs est née à brest (qdc)

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Naissance de l’école publique en Bretagne

Le pro­vi­seur de lycée et his­to­rien Jean-Yves Guengant se penche dans son der­nier livre sur l’émergence de l’école publique et laïque en Bretagne, le récit d’un com­bat répu­bli­cain face aux conser­va­tismes reli­gieux. Entretien.

En quoi Brest occupe-t-elle une place impor­tante dans l’émergence d’une école gra­tuite, publique et laïque ?

Au XVIIIe siècle, Brest est à la fois une place-forte essen­tielle au Royaume et le port de l’esca- dre. C’est aussi le plus grand arse­nal fran­çais: plus de 15000 ouvriers y tra­vaillent, fai­sant de Brest l’une des plus grosses concen­tra­tions ouvrières d’Europe. Pourtant, il n’y a pas d’école payée par la ville avant la moi­tié du siècle. Elle est confiée aux Frères de la Doctrine chrétienne.

Or, la muni­ci­pa­lité est favo­rable aux Lumières et devient d’ailleurs toute suite révo­lu­tion­naire. Elle chasse les Frères et tente de construire une école laïque. C’est un com­bat très long, qui prend son essor sous la Restauration. Toutes les autres villes ont des écoles et des col­lèges, seule Brest jusqu’en 1839, est pri­vée de struc­tures d’éducation. L’élite bres­toise a décidé de se battre à la fois contre la Marine royale et l’Eglise catho­lique, pour obte­nir un droit de regard sur l’éducation de ses enfants. Elle se situe parmi les pre­mières villes à créer des écoles mutuelles, en 1817, et des salles d’asile (des écoles pour le pre­mier âge) en 1833 : c’est un pro­jet qui s’inscrit dans une croyance dans le pro­grès et la Raison.

Quelle a été l’influence de la Bretagne sur la France dans son ensemble ? Qui a assuré la pro­pa­ga­tion de ces idées modernes ?

Contrairement à l’idée d’une Bretagne entiè­re­ment réac­tion­naire et acquise aux monar­chistes ultra-­ca­tho­liques, la Bretagne est l’un des ber­ceaux de la Société pour l’instruction élémen­taire, qui se crée en 1814, et qui pro­meut une école mutuelle, où les élèves ont des moni­teurs qui leur apprennent les leçons, sous la direc­tion du maître, et où ils sont consti­tués en groupes de niveaux et pro­gressent à leur rythme. Cette école, qui remet en cause le lien hié­rar­chique et l’autorité du maître, est com­bat­tue par la congré­ga­tion des Frères de l’école chré­tienne, crée par Jean-Marie de Lamennais, le frère du phi­lo­sophe. Comme les Frères de la doc­trine chré­tienne, fon­dée par De la Salle, ils pré­co­nisent l’école simul­ta­née : tous les élèves d’un même âge appren­ant la même chose, au même moment, face au maître.

Ce qui se passe en Bretagne au début des années 1820 pré­fi­gure un affron­te­ment entre deux concep­tions de l’école : une libé­rale, sou­te­nue par l’aristocratie libé­rale, la bour­geoi­sie pro­gres­siste franc-maçonne, les pre­miers socia­listes (fou­rié­ristes); et l’autre, conser­va­trice, qui va deve­nir après les lois Guizot en 1833 le modèle de construc­tion de l’école moderne. Le com­bat laïque ne naît pas avec les lois de 1881: elles sont l’aboutissement d’un violent com­bat com­mencé sous la Restauration. Alors que l’Église est favo­rable à l’école mutuelle, très vite elle se range der­rière les ultras et favo­rise les écoles congréganistes.

Au début du XXe siècle, lors de l’expulsion des congré­ga­tions ensei­gnantes et de la loi de sépa­ra­tion de l’Église et de l’État, la Bretagne devient un vrai champ de bataille. C’est dans le com­bat pour l’école que s’affirment les muni­ci­pa­li­tés et en même temps que se forge un camp répu­bli­cain, dont l’école publique est le ciment.

Cette époque a vu naître des mou­ve­ments asso­cia­tifs et mutua­listes qui ont contri­bué au déve­lop­pe­ment de l’école répu­bli­caine, pouvez-vous en don­ner quelques exemples ?

Très vite, à côté de l’école s’est formé un tissu asso­cia­tif fort, qui a forgé une iden­tité impor­tante des gens fré­quen­tant l’école publique. La concur­rence très forte entre le privé et le public a créé un foi­son­ne­ment extra­or­di­naire d’associations, de coopé­ra­tives, que l’on retrouve encore aujourd’hui et qui per­met de com­prendre la com­plexité de la société bretonne.

Les patro­nages laïques et catho­liques vont à par­tir des années 1910 qua­driller la société : ce sont eux par exemple qui intro­duisent le foot­ball et le cinéma mas­si­ve­ment en Bretagne. Les can­tines sco­laires, les coopé­ra­tives sco­laires, les colo­nies de vacances, se déve­loppent avant 1914. La pre­mière mutuelle d’instituteurs en France naît à Brest en 1851. Dans les ins­tances diri­geantes de la Ligue de l’enseignement, on trouve Arthur Dessoye, ancien rédac­teur en chef de la Dépêche de Brest, et Édouard de Pompéry, un phi­lo­sophe ami de Jean Macé et de Benoît Malon.

Quelle a été la réac­tion des auto­ri­tés reli­gieuses, qui ont vu leur influence diminuer ?

La réac­tion a été vive, sur­tout de la part des notables conser­va­teurs, qui s’appuyaient sur l’Église catho­lique pour enca­drer les popu­la­tions pay­sannes. En 1872, ces notables avaient créé une école nor­male à Quimper, confiée aux Frères. Le com­bat contre la répu­blique ne dure pas long­temps, et le ral­lie­ment entraîne de nou­velles tac­tiques. Ainsi, après les ten­sions du début du XXe siècle, l’enseignement catho­lique réus­sit en quelques mois une mue extra­or­di­naire qui per­met son main­tien, en ren­dant asso­cia­tives les écoles catho­liques, et en laï­ci­sant leurs enseignants.

L’école, au XXe siècle est deve­nue un enjeu cen­tral, notam­ment dans les années 1920, et plus tard en 1959 et en 1984. À chaque fois, les deux concep­tions de la République s’opposent. Mais la coexis­tence a entraîné aussi un amal­game, et la ren­contre entre la démo­cra­tie chré­tienne et le socia­lisme laïque. C’est net dès 1906, avec le Sillon de Marc Sangnier, et la per­cée à Brest des socia­listes qui gagnent la muni­ci­pa­lité et la députation.

Pour vous, quels acquis impor­tants de la période 1740–1940 sont mis en péril aujourd’hui dans le monde éduca­tif ? Et quels ont été au contraire les plus grands pro­grès accom­plis depuis ?

La volonté d’une école publique ne va pas de soi. Bâtir une école pour tous les élèves a coûté beau­coup de temps, de souf­france, d’argent, et d’abord aux gens qui avaient besoin de cette école. L’école publique est donc un phé­no­mène de proxi­mité et un fac­teur fon­da­men­tal de démo­cra­tie. Aujourd’hui, on a perdu de vue cet aspect, et on n’honore plus les maîtres et les élèves. Les inté­rêts sont hors de l’école.

Par contre, nous avons pro­gressé dans l’idée de l’égalité des par­cours sco­laires : à l’époque, on peut ima­gi­ner de per­mettre aux pauvres d’aller à l’école, mais les des­tins ne se mélangent pas. Il y a l’école com­mu­nale, l’école pri­maire supé­rieure puis l’école pro­fes­sion­nelle pour les enfants d’ouvriers, et le lycée, du pri­maire au bac­ca­lau­réat, pour les enfants de la bour­geoi­sie. Seuls quelques bour­siers y accèdent. Le déter­mi­nisme social est très fort. Cependant au début du XXe siècle, tout est mis en place, écoles, lycées pour les gar­çons et les filles, écoles professionnelles.

Nous avons pro­gressé aussi dans les capa­ci­tés d’accueil : au XIXe siècle, une classe accueille entre 150 et 300 élèves. Au début du XXe siècle les classes ont autour de 100 élèves et les écoles pri­maires de Brest accueillent jusqu’à 2000 élèves ! Enfin, il n’y a pas de com­mune mesure entre le sta­tut pré­caire et proche de la misère des ins­ti­tu­teurs et sur­tout des ins­ti­tu­trices d’avant 1881, et celui de leurs suc­ces­seurs. Les lois sco­laires ont été une source extra­or­di­naire de modernisation. 24.04.2014 Quentin Duverger

http://www.vousnousils.fr/2014/04/24/brest-bretagne-ecole-publique-laique-553113

http://www.questionsdeclasses.org/?Naissance-de-l-ecole-publique-en

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