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05 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

snu (npa la-rotative)

enfants soldats

Service national universel

Discipline militaire et propagande nationaliste, les jeunes ne se laisseront pas dresser!

Cérémonie au drapeau, Marseillaise à la pelle, privations de liberté et punitions militaires ; les premières images du SNU n’ont fait que confirmer le caractère réactionnaire et nationaliste de cette nouvelle mesure du gouvernement.

Si nous n’avons assisté cette année qu’à la phase d’essai avec quelques milliers de jeunes, ce « service » d’un mois a vocation à devenir obligatoire pour touTEs les jeunes de 16 ans d’ici 2026, sans possibilité d’exemption.

Cette mesure est la cerise sur le gâteau d’une politique qui dure depuis des années de la part de la classe dominante.

D’un côté, celle-ci enchaîne les attaques contre touTEs les travailleurEs, et parmi elles et eux les jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi. Augmentation de la durée légale du travail, réforme des retraites, vague de licenciements dans l’impunité pour des entreprises qui engrangent des milliards de profits et des millions d’argent public… La politique de la bourgeoisie propose aux jeunes cette alternative : chômage ou boulots précaires.

De l’autre côté, l’accès à l’éducation, déjà rivé d’inégalités pour les jeunes de classes populaires, leur est progressivement réduit. ParcourSup, augmentation des frais d’inscription dans le supérieur, réforme Blanquer…

Rien que ces dernières années, les bancs des écoles et des universités ont fait l’objet d’un tri social méthodique, faisant ainsi des économies sur celles et ceux que l’on destine à devenir une main d’œuvre malléable et mal payée. Après ça, le gouvernement a beau jeu de défendre son SNU au nom de la « mixité sociale » !

Mais le gouvernement se méfie de celles et ceux à qui il promet un avenir de galères.

Le SNU, c’est mettre au pas les jeunes et leur inculquer des valeurs qui ont tant de fois sauvé la mise à tous les bourreaux. La discipline, l’obéissance aux ordres, sans oublier le « patriotisme » que l’on propose à la jeunesse, cachent derrière le drapeau tricolore l’exploitation, l’oppression et les guerres dont les capitalistes français sont responsables à travers le monde.

Et dans ce contexte de montée des idées réactionnaires, les politiciens de gauche comme d’extrême droite jouent la surenchère nationaliste, chacun proposant sa propre mouture du SNU. Mais la solution n’est ni d’en allonger la durée, ni d’assurer sa propagande nationaliste dans l’enceinte de l’« école de la République », ni encore de changer la couleur de l’uniforme.

En décembre, les jeunes se sont mobiliséEs contre la politique de tri social dans l’éducation. Depuis mars, les jeunes sortent dans la rue de manière déterminée et massive contre la destruction de la planète. C’est ce même chemin de la lutte qu’il faut retrouver pour s’opposer au SNU.

L’horizon des jeunes ne doit pas être de se résoudre à payer les pots cassés du capitalisme à la place des responsables. C’est en s’organisant collectivement qu’elles et ils pourront faire face à cet embrigadement rétrograde, et espérer faire reculer le gouvernement.

Nous, les jeunes du NPA,  affirmons notre internationalisme et notre volonté de nous mobiliser dès la rentrée, aux côtés de touTEs les jeunes, contre le Service national universel.

Vendredi 5 juillet 2019

https://npa2009.org/

Lire aussi:

Participation des associations au Service national universel : l’éducation populaire complice du pire ! (La Rotative)

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02 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

céléstin freinet (qdc)

mars2012.qxd

Libre à ceux qui s’accommodent de la société…

Libre à ceux qui s’accommodent de la société présente d’adapter leurs élèves à un régime d’injustice et d’exploitation. Les révolutionnaires en peuvent s’en tenir à ce « quiétisme » pédagogique et ont pour l’école populaire, d’autres ambitions.

Nous ne nous faisons cependant pas d’illusions

Nous ne pensons pas, comme nombre de purs pédagogues suisses ou allemands que l’École peut régénérer le monde, qu’elle peut préparer la Paix et l’Union des peuples, qu’elle peut amener le triomphe du travail. Nous tous qui sommes mêlés chaque jour à la dure lutte de l’École contre le milieu social. Nous savons bien que ce n’est là qu’un beau rêve.

L’éducation maximum que nous pouvons donner sera vite anéantie par les influences abrutissantes de la presse, du cinéma, de l’organisme capitaliste tout entier.

Et si nous sommes persuadés de ce fait : que l’École est nécessairement l’image du régime, ne devons-nous rien faire que servir ce régime en servant l’École ?

Nous ne pensons pas.

Sans espoirs démesurés. nous tâcherons d’être sans cesse à l’avant-garde de la pédagogie populaire. Par notre action nous montrerons aux éducateurs que l’école actuelle est loin d’ être celle que nous rêvons pour le peuple ; nous prouverons que donner de son mieux l’éducation scolaire, telle qu’on la comprend ordinairement, n’est pas forcément servir les enfants du peuple : nous dénoncerons les pratiques.

Les méthodes qui. loin de contribuer à la libération de l’homme, préparent son plus entier asservissement aux forces aujourd’hui régnantes : les banques et les trusts.  Et les obstacles mêmes que nous rencontrerons montreront davantage quelles forces s’opposent à la libération de l’École. Face au verbiage démocratique, nous essaierons de préciser, dans les articles qui vont suivre. le problème pédagogique révolutionnaire.

Notre effort commun pour la régénération de l’Enseignement n’aura pas été inutile s’il a contribué à donner aux élèves quelques velléités de libération et aux maîtres une idée plus précise de leur rôle social dans la société capitaliste.

Célestin Freinet, L’École Émancipée, n° 10,« Notes de pédagogie nouvelle révolutionnaire », 27 novembre 1927.

30 juin 2019  Collectif Q2C

https://www.questionsdeclasses.org/

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02 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

blanquer (npa 33)

blanquer 1

Nouveau Bac pro : un trimestre de cours en moins…

Les élèves qui faisaient un Bac pro recevaient jusqu’à maintenant 2 900 heures de cours sur trois ans, dont un peu plus de 1 300 heures d’enseignement professionnel. Cela faisait à peu près 33 heures de cours par semaine, avec une année entrecoupée de nombreuses semaines de stages en entreprises.

Avec la réforme Blanquer, l’horaire va tomber à 2 520 heures, 29 heures par semaine, presque 400 heures de moins. C’est comme si on supprimait plus d’un trimestre de cours à tous ces élèves ! Blanquer prétend que son nouveau Bac pro va mieux préparer les jeunes à poursuivre leurs études en BTS. Une provocation de plus.

… pour apprendre mieux ?

Cynique, le ministre a déclaré que ce serait « moins d’heures, mais mieux d’heures ». Une phrase dévalorisante pour le travail que nous faisons actuellement… et qui ne cache pas la seule motivation du ministère : économiser des postes de profs qui pourront être supprimés massivement.

« Co-intervention » : mesure méprisante pour les jeunes des lycées pro

Quand on est en lycée pro, à quoi bon apprendre des choses qui ne serviront pas au boulot ? C’est en résumé la conception assumée de la réforme du bac pro, et en formation, on a pu entendre de la part de formateurs zélés : « je ne vais pas faire lire Germinal à des élèves de restauration… ».

En pratique, dans la réforme Blanquer, ça donne la « co-intervention » pour le français et les maths. C’est-à-dire qu’une partie de ces cours sera assurée avec deux profs, dont un enseignant des matières professionnelles.

Et il faudra « adapter la formation générale aux spécificités professionnelles » et très précisément le cours « doit se construire à partir d’une situation professionnelle issue du référentiel des activités professionnelles » (textes officiels). C’est clair, l’enseignement général doit être mis au service de l’apprentissage du métier.

En CAP, la « co-intervention » sera même plus importante (une heure et demi par semaine) que le cours de français (une demi-heure par semaine, oui !)…

Bien sûr, nous n’avons aucun problème pour travailler ensemble, collègues d’enseignement pro et général, et nous le faisons souvent sur de nombreux projets. Mais mettre les enseignements généraux au service d’une tâche professionnelle est un véritable recul.

Au nom des difficultés des élèves, le ministère décrète qu’ils ont moins besoin d’apprendre un raisonnement mathématique pour ce qu’il est, pour ce qu’il apporte. Moins besoin d’apprendre à analyser un texte littéraire, une œuvre d’art, pour ce qu’elle a de formatrice pour la conscience, d’émancipatrice. Au lieu de nous donner davantage de moyens pour surmonter les difficultés de ces élèves, avec notamment des classes à effectifs très réduits, Blanquer les enfonce un peu plus.

Ceci dit, on ne manque pas d’idées pour adapter le français et les maths au domaine profession-nel : comment rédiger un tract ? inventer une chanson pour des manifs ? déconstruire l’argu-mentation de votre employeur ? sachant que votre entreprise réalise tant de profits, calculez quelle augmentation de salaire elle pourrait accorder, tout en créant les emplois nécessaires…

« Battez-vous… »

C’est explicitement le discours tenu par les inspecteurs de français lors des formations sur les bienfaits de la co-intervention… pour convaincre les profs de lettres de faire respecter leur discipline face à leurs collègues d’enseignement professionnel ! Un discours bien formaté et décomplexé, dans l’air du temps. Désolé, on est plus moderne. On préfère la solidarité et l’entraide, c’est la meilleure façon de tenir dans l’adversité.

Le Bac Blanquer, c’est surtout : des suppressions de postes

C’est le premier objectif de la réforme du Bac et du lycée de Blanquer, dans la continuité des gouvernements précédents. En lycée général, les maths vont disparaître du tronc commun des apprentissages des Premières et Terminales, remplacées par 2h hebdomadaires d’une matière hybride, « Humanités scientifiques et numériques » dont on ne sait qui l’enseignera, des profs de lettres ou de maths (ou les deux, ou d’autres…).

Il y aura une demi-heure de langues et une d’histoire-géo en moins par semaine. Les élèves « littéraires » perdront 4 h de philo. Les nouvelles matières en Première, les 3 « enseignements de spécialité » ou « spécialités », eux aussi hybrides, pourront être enseignés par 2 profs à la fois, mais bien sûr, sans temps de concertation prévu dans leur emploi du temps.

Et, dans le même temps, le Ministère impose 2h supplémentaires obligatoires (au lieu d’une jusqu’à présent). On peut être sûr que les départs à la retraite d’enseignants de matières à petits effectifs (langues rares, Arts…), facultatives ou des spécialités abandonnées en fin de 1ère ne seront pas remplacés. Ce sera plus de travail pour moins d’enseignants !

Des conditions d’étude et de travail dégradées

Dans le nouveau Bac général, 40% de la note sera du contrôle continu, Ce sera avec des épreuves en cours d’année corrigées par les enseignants du lycée donc, de leurs propres élèves.

Des notes et évaluations compteront pour le Bac dès la fin de la 1ère, pas seulement en Français (comme ce sera toujours le cas), mais dans l’enseignement de spécialités abandonnées en fin d’année et toutes les matières du tronc commun dès le mois de décembre en Terminale (sauf la philo et les 2 spécialités restantes).

Les épreuves finales anonymes de juin en Terminale seront réduites à 4 (contre jusqu’à 16 aujourd’hui) : autant d’économies de correcteurs et de jurys !  Ce sont autant d’heures de cours en moins, de bachotage, de préparations, corrections, surveillances d’examens, de stress en plus aux dépens des apprentissages, des projets au lycée ou à l’extérieur.

Et ce, dans des classes de plus en plus surchargées puisqu’il a été question d’un seuil minimum de 35 élèves pour créer une spécialité, par exemple. On imagine bien que des spécialités ou options facultatives à petits effectifs seront amenées à disparaître et les classes à plus de 35 à se généraliser.

Un lycée du tri et de la sélection sociale

Les 10 « spécialités » ne seront bien sûr pas présentes dans tous les lycées, en particulier de banlieue ou ruraux, accentuant les inégalités sociales et territoriales. Le choix des spécialités se faisant très tôt, dès le mois de mars en Seconde, une spécialité étant obligatoirement aban-donnée en Terminale et les élèves pouvant aussi changer de spécialités (sans parler de ceux changeant de lycée et donc, « d’offre » de spécialités), on imagine que ce sont les plus fragiles qui seront perdus.

Ils ne pourront compter sur des profs surchargés d’élèves et d’examens pour les aider (alors que les CIO, centres d’information et d’orientation tendent à disparaître, là aussi, économies obligent, l’orientation étant de plus en plus laissée au volontariat des enseignants).

Et si on avait encore un doute sur le caractère sélectif de ces réformes, dans l’enseignement privé en Nouvelle Aquitaine, il y a eu une tentative de formation des profs à la nouvelle grande et seule matière orale finale du Bac, le « Grand oral » de 20 minutes. Elle avait été confiée… à une entreprise de coaching en ressources humaines, CEE Management : tout un programme !

Formation continue : nouveau passage en force de Blanquer

Les enseignant.es sont encore malmené.es. Un projet de décret, présenté en comité technique ministériel le 20 juin, veut mettre en place des formations obligatoires sur le temps des vacances dès septembre 2019.

Prévoir 5 jours de formation continue sur les congés scolaires veut dire :

• Modifier et allonger le temps de travail des enseignant.es pour un même salaire ;

• Sous-estimer le travail invisible (préparation des cours, corrections, suivi des élèves, rencontre des familles, journées pédagogiques, portes ouvertes…)

• Imposer une pression d’efficacité de la part de l’institution ;

• ET SURTOUT masquer les suppressions de postes prévues par le ministère rendant impossible le remplacement des personnels partant en congés formation.

Avec ce décret, le ministère cherche aussi à flatter ceux qui pensent que les personnels de l’éducation nationale sont toujours absents et renforce ainsi le malaise enseignant.

Le décret qui devrait être publié dans les jours à venir supprime donc potentiellement une semaine de congés à tous les enseignants !

http://www.npa33.org/

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01 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

rentrée (le-parisien le-huff’)

pipeau

Plus d’école fermée jusqu’en 2022, vraiment ?

Rentrée 2019 : vers la fin des petites écoles de campagne

Pour 400 établissements ruraux, c’est la dernière semaine de classe avant fermeture définitive. Elèves et enseignants seront regroupés dans des mégastructures.

Plus d’école fermée jusqu’en 2022, vraiment ? Le souhait d’Emmanuel Macron, formulé le 25 avril en conclusion du Grand débat, de ne plus voir d’école mettre la craie sous la porte « d’ici à la fin du quinquennat » était assorti d’une précision importante : « sans l’accord des maires ».La nuance est de taille et la promesse, calibrée pour répondre aux inquiétudes de Gilets Jaunes et de la France périphérique, risque de résonner étrangement après les grandes vacances.

En fait, beaucoup d’écoles fermeront pour de bon à la fin de cette dernière semaine de classe, car la décision a justement été prise par « les maires », ou les communautés de communes.
Selon une enquête du ministère de l’Education nationale, actualisée au 14 mai, 400 écoles doivent disparaître à la rentrée. Pour 150 d’entre elles, la décision relève de l’administration. Le chiffre, initialement de 186, a d’ailleurs été revu à la baisse. Toutes les autres, 250, résultent de fusions et de regroupements « préparés en concertation avec les élus », explique-t-on rue de Grenelle.

L’éloignement des villages

Dans la Somme, département rural parmi les plus concernés, « 30 fermetures sont prévues à la rentrée », compte le directeur académique de l’Education nationale (Dasen), Jean Hubac. Trois de ces décisions relèvent de l’Education nationale : il s’agit d’écoles à classe unique, fragilisées par la baisse des effectifs. Toutes les autres fermetures – 27 – sont le fait de trois communautés de communes, occupées à une vaste politique de refonte de leur carte scolaire, visant à rationaliser l’offre des maternelles et élémentaires sur leur territoire.
Conséquence de cette tectonique des plaques administrative : l’impression, pour une partie des habitants, que l’école est en train de s’éloigner. « On est en train de casser la relation sociale de nos villages avec ces cartes scolaires, qui servent d’abord à remplir les classes », déplore Dorothée Farcy, enseignante dans une école primaire et membre du bureau du syndicat Snuipp de la Somme.

Mouvement de fond

A l’assemblée des communautés de France, on fait observer les regroupements scolaires relèvent d’une tendance de fond, entamée depuis des années dans la France rurale. Les écoles de village, progressivement, se concentrent en Regroupements pédagogiques concentrés (RPC) plus modernes, bien équipés, plus faciles à gérer et moins coûteux à entretenir.
Un mouvement qui va de pair avec la réorganisation des collectivités locales, et spécialement la fusion de nombreuses communautés de communes depuis 2017, qui ont donné naissance à des territoires administratifs bien plus vastes et à des portefeuilles de compétences de plus en plus larges. Actuellement, sur les 1260 intercommunalités de France, 25 % gèrent les bâtiments scolaires, et la moitié ont désormais la charge des activités périscolaires proposées aux familles.

RPC, ce sigle qui marque la fin d’une époque

Le « regroupement pédagogique concentré », ou RPC. Ce sigle sonne le glas de nombreuses écoles de village. Au nom de la rationalité et des économies. Les RPC sont des mégastructures plus modernes, bien équipées, qui poussent dans la France périphérique pour accueillir parfois plusieurs centaines d’élèves. Rien ne dit que les enfants y sont malheureux et moins bien instruits qu’avant. Mais ils symbolisent une nouvelle fois l’éloignement des services publics et marquent la fin d’une époque. La perte de lien social, d’identité pour une commune et aussi pour une part du pays.Christel Brigaudeau 1er juillet 2019

http://www.leparisien.fr/

LIRE AUSSI:

«On charge les enfants et on repart» : bienvenue dans la France des écoles «géantes» (Le Parisien)

400 écoles rurales vont fermer contrairement à la promesse de Macron (Le Huff’)

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27 juin 2019 ~ 0 Commentaire

blanquer (émancipation)

 macron catho

Une vision d’ensemble et un projet à long terme

La réforme Blanquer peut sembler décousue et sans horizon, les mesures étant présentées sans que soit soulignée leur cohérence, qui ne peut être avouée telle quelle. Il s’agit en effet de poursuivre la destruction systématique de l’école publique laïque pour promouvoir l’école privée, et de renforcer l’école de classe . Cette entreprise est poursuivie de longue date par un réseau politique identifiable, où convergent les courants les plus réactionnaires et autoritaires.

Continuités

La continuité du projet est soulignée par les prédécesseurs de l’actuel ministre. Tout en le félicitant, ils soulignent avoir eux-mêmes œuvré dans le même sens, mais dans un contexte moins favorable : Jean-Pierre Raffarin, Xavier Darcos, Luc Ferry, François Bayrou, Luc Chatel… Xavier Darcos est particulièrement explicite, lors de son interview dans la Revue des deux mondes , le 23 février 2018 :

Jean-Michel Blanquer est parvenu à faire ce que tout le monde souhaitait depuis toujours. Sa réforme est celle que j’avais souhaité mettre en œuvre en tant que ministre, période pendant laquelle il était d’ailleurs mon collaborateur. La différence fondamentale est celle du climat politique et social dont il bénéficie.

En 2007-2010, l’image du pouvoir et celle de Nicolas Sarkozy n’attiraient pas la sympathie naturelle des milieux de la culture, des enseignants et des étudiants. À cela s’ajoutait le fait que nous étions en période de retraits massifs d’emplois (nous ne recrutions qu’un fonctionnaire lorsque deux postes étaient supprimés) notamment dans l’Éducation nationale où l’on supprimait 13 500 emplois par an.

Si je proposais, comme le fait Jean-Michel Blanquer aujourd’hui, de passer de sept à quatre épreuves au baccalauréat, tout le monde me tombait dessus en disant que cela n’était pas dans l’intérêt des élèves, qu’il s’agissait d’une mesure destinée à justifier les suppressions d’emplois et que j’étais un ennemi du savoir. Le climat était tel que toucher au baccalauréat devenait le symbole d’une politique qui, par ailleurs, était mal comprise.

Aujourd’hui, Jean-Michel Blanquer bénéficie d’une accalmie politique générale. Personne ne considère qu’Emmanuel Macron est un ennemi de la culture et le macronisme est une machine à éliminer les opposants. La réforme peut donc passer, à la fois car ce qu’elle propose est intéressant et parce qu’elle intervient dans un kairos, un moment favorable qui la rend possible.”

Tout le monde ?

Plutôt une mouvance politique où se retrouvent des boîtes à idées d’extrême droite (Front national, Club de l’horloge), des catholiques traditionalistes proches de l’Opus Dei, des tenants de l’ultralibéralisme autoritaire. Elle use d’une rhétorique suave et se réclame même des Droits de l’homme pour démanteler l’école publique laïque et promouvoir les écoles privées.

Elle appelle “offre scolaire diversifiée” la mise en concurrence des établissements scolaires, “liberté de choix des familles et lutte contre l’injustice” le creusement des inégalités de ressources scolaires, “liberté d’enseignement” le fait de financer les écoles privées avec l’argent public. Qui retrouve-t-on dans le petit monde de Xavier Darcos et Jean-Michel Blanquer ? Ces deux ministres de l’Éducation nationale, dès leur prise de fonction, ont mis les bouchées doubles pour réaliser le programme de cette mouvance et placer leurs amis à des postes importants.

Quel sens global ? Quels objectifs et moyens ?

Les ultralibéraux et leurs alliés cléricaux et identitaires veulent soumettre la société à la compétition des intérêts privés et des appartenances. Ils combattent systématiquement tout ce qui peut contrer cette soumission : l’État providence, les politiques de redistribution des richesses et de protection sociale, le droit du travail, la laïcité, la préservation des “communs”, l’autogestion…

Les services publics sont une proie toute désignée pour la concurrence, le démantèlement et la privatisation. On peut le voir dans les offensives concernant la santé, les transports, les retraites et la sécurité sociale, l’énergie, l’information et, bien entendu, l’éducation – domaine stratégique pour le contrôle des esprits, pour la manne financière et pour l’adaptation de la main d’œuvre au marché du travail.

La compétition économique mondialisée, sur fond de mutations technologiques accélérées, a besoin de bons spécialistes et d’ingénieurs, notamment dans les domaines de l’informatique et des nouvelles technologies, mais surtout de nombreux travailleurs précaires, à faible niveau de qualification.

Ces enjeux réclament un système d’enseignement décentralisé et concurrentiel, qui évacue l’élaboration civique de finalités politiques et sociales communes pour s’adapter aux exigences du monde des affaires. Une quarantaine de dirigeants de l’industrie européenne (BP, Fiat, Lufthansa, Nestlé, Volvo…) constituent le groupe de pression patronal de la Table ronde européenne des industriels (ERT). En 1989, ils donnent le « la » en exigeant “une rénovation accélérée des systèmes d’enseignement et de leurs programmes”.

L’école publique laïque en France fait depuis longtemps partie des toutes premières cibles : comme proie pour les entreprises à but lucratif qui veulent confisquer les services publics à leur profit, comme terrain de reconquête idéologique pour les fondamentalistes religieux et comme obstacle à la reconfiguration du système d’enseignement selon les besoins de l’économie ultralibérale.

Adapter l’enseignement aux exigences du marché du travail

Chaque individu, à la fin de son parcours scolaire, pour se conformer au marché du travail, doit maîtriser les compétences de base qui permettent de s’adapter rapidement aux impératifs impré-visibles des postes de travail, dans un marché de l’emploi aléatoire.

Il ne s’agit plus d’acquérir une qualification – qui offre un statut social protecteur, cible du patronat ; ni d’acquérir savoir, capacité de s’informer, autonomie critique et créative – autant d’ennemis de la soumission ; mais de devenir employable. Le CEDEFOP (Centre européen pour le développement de la formation professionnelle) préconise de “préparer les citoyens à être des apprenants motivés et autonomes [...] à même d’interpréter les exigences d’un marché du travail précaire, dans lequel les emplois ne durent plus toute une vie.

[Ils doivent] prendre en main leur formation afin de maintenir leurs compétences à jour et de préserver leur valeur sur le marché du travail”. “Autonome”, ici, signifie que l’individu se débrouille tout seul pour s’adapter sur le tas, vite fait. L’enseignement public, centralisé, encore structuré autour de l’objectif d’élever généralement les niveaux de qualification, résiste à ces perspectives. Pour en venir à bout, il faut le mettre en concurrence avec le secteur privé, sous les auspices du libre choix des familles, et jouer la marchandisation.

Logique de libre entreprises vs service public

Les maîtres mots sont liberté et management. Les familles doivent être libres de choisir l’école de leurs enfants parmi les écoles publiques ou privées existantes. Le directeur de l’établisse-ment doit être libre de constituer son corps enseignant, d’élaborer son projet, et de “manager” l’entreprise avec son conseil d’administration.

Le personnel doit être “libre” de se présenter à l’embauche et de passer contrat, selon la préten-due égalité entre employeur et employé, et de faire preuve d’adaptabilité dans l’entreprise. Les professeurs sont évalués en fonction des résultats des élèves et payés en conséquence.

Les programmes et les méthodes doivent être “librement” décidés. Les partenariats des établis-sements scolaires avec les collectivités locales, les entreprises, les instituts de recherche, les fondations ou autres instances sont encouragés pour diversifier l’offre scolaire et accentuer le “caractère propre” de chaque établissement.

Mettre à l’écart les classes populaires

La ségrégation sociale est clairement assumée. Les écoles privées font le tri en accueillant presque exclusivement les familles favorisées, laissant l’école publique se débrouiller avec les milieux populaires à l’abandon.

Le nouvel indice de position sociale (IPS), en usage depuis la rentrée de 2017, remplace la profession et catégorie sociale des parents (PCS) en prenant en compte des données supplémentaires comme les diplômes des parents, le capital culturel, le retard scolaire.

Plus l’indice est élevé, plus l’élève est considéré comme favorisé dans ses chances de réussir ses études. Cet indicateur permet de se faire une idée de la situation. Dans l’académie de Strasbourg, par exemple, à la rentrée 2017, la répartition des élèves selon leur IPS entre le public et le privé est éclairante.

Contrer les approches scientifiques et la laïcité

La liberté totale des programmes et le “caractère propre” des établissements offrent toute latitude pour des enseignements et des pratiques éducatives structurant des communautés homogènes et exclusives. Les catholiques traditionalistes mettent en garde contre les contrats d’association, où l’Église fait profil bas pour se conformer aux exigences des programmes et règlements nationaux.

Ainsi, le Comité national de l’enseignement catholique dans ses “préconisations pour une politique immobilière de l’Enseignement catholique” (21 septembre 2012) rappelle que l’école catholique est “un lieu d’évangélisation, d’authentique apostolat, d’action pastorale, non par le moyen d’activités complémentaires ou parallèles ou parascolaires, mais par la nature même de son action directement orientée à l’éducation de la personnalité chrétienne”.

Nicolas Sarkozy, président de la République française, n’a pas manqué d’apporter son soutien retentissant à la cause, le 20 décembre 2007, au palais du Latran, Vatican. Il y proclame que “la laïcité n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû”. Défendant le concept de “laïcité positive”, il précise que, “s’il existe incon-testablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses”.

Inutile de rappeler qu’en dehors des catholiques traditionnalistes, d’autres obédiences religieuses, évangélistes, islamistes ou autres, soufflent dans le même sens contre la laïcité, le monde commun et la connaissance scientifique.

Handicaper l’enseignement public, favoriser l’enseignement privé

Ainsi, le privé doit avoir toute liberté d’ouvrir des établissements où il veut, tandis que le public se voit imposer la fermeture de classes et d’établissements. Bien entendu, la fermeture des classes publiques fait de la place pour l’ouverture de classes privées. Exactement le même processus que pour l’hôpital public démantelé au profit des cliniques privées.

Le privé a obtenu d’être financé par l’État et les collectivités locales, dans le cadre des contrats d’association et en obtenant des crédits d’impôts pour ses donateurs. Autant d’argent soustrait à l’école publique. Ces ressources sont complétées par les contributions des familles, le recours aux fondations, aux entreprises, aux fonds d’investissement, aux donateurs particuliers, ce dont ne dispose pas l’école publique.

Quelle stratégie et quelles batailles ?

Il n’est pas question d’imposer une réforme globale, qui afficherait sa cohérence et unirait les opposants. Il vaut mieux instaurer, au coup par coup, des mesures dérogatoires en guettant (et suscitant) les fenêtres favorables de la météo politique. L’école privée a remporté quelques batailles décisives.

L’enseignement privé montre le bout de l’oreille à chaque campagne présidentielle. En 2017, dans un document adressé aux candidats, le secrétaire général de l’Enseignement catholique, Pascal Balmand, a demandé de reconsidérer la règle des “80-20” qui régit la répartition des postes d’enseignants entre le public et le privé sous contrat. Cette règle, concédée par la loi de finance de 1985, veut que 20 % des moyens publics soient attribués à l’enseignement catho-lique. Maintenant, celui-ci considère que cette répartition ne lui permet pas de répondre à la demande et réclame davantage de moyens.

Pour concurrencer l’enseignement public, l’enseignement privé, sous contrat et hors contrat, détourne l’argent public, fait appel aux fondations et aux fonds d’investissement et entretient un processus de dérégulation du système éducatif.

La mouvance politique de Jean-Michel Blanquer ne se limite pas à la France.

Partout dans le monde, néolibéraux autoritaires, fondamentalistes religieux, extrême droite, courants identitaires s’allient quand il s’agit de creuser les inégalités et la ségrégation sociale, de s’approprier les “communs”, de limiter le contrôle démocratique, d’interdire la redistribution sociale des richesses, de conditionner les esprits, de contrer l’émancipation des femmes, d’imposer leur pouvoir à toute la société.

Trump et les évangélistes, Pinochet et l’Opus Dei, Poutine et les orthodoxes, les islamistes à l’assaut des soulèvements démocratiques… les exemples ne manquent pas dans l’histoire et l’actualité la plus proche. C’est dans ce cadre qu’il faut situer la réforme Blanquer pour lui donner tout son sens et prendre la mesure des combats à mener.

Et ces combats ne doivent pas être seulement défensifs, il ne s’agit pas que de préserver la situation antérieure. Il s’agit aussi de refonder l’école publique laïque, en s’inspirant de l’expérience des courants émancipateurs qui n’ont cessé d’y travailler. La dérive autoritaire du régime ne nous laisse le choix qu’entre plier ou résister. (Résumé)

Chantal Évano jeudi 27 juin 2019

http://www.emancipation.fr/

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24 juin 2019 ~ 0 Commentaire

université d’été (npa)

univertirte dete

La Méditerranée est à 100 m!

Université d’été du NPA : rendez-vous en terre connue

Ce n’est pas une surprise, puisque ce rendez-vous « traditionnel » du NPA, fort apprécié pour préparer la rentrée sociale et politique, revient chaque année à la même période. Du dimanche 25 au mercredi 28 août prochain à Port-Leucate, nous passerons donc de bons moments, politiques et plus, en compagnie de nos invitéEs.

Pour la onzième fois, les pieds (presque) dans l’eau, nous n’aurons que l’embarras du choix, entre ateliers, cycles, soirées et temps de détente…

Comprendre pour mieux lutter

Cette année, nous avons choisi de tenir deux grands cycles ancrés dans la situation. À commencer par un retour nécessaire sur un mouvement que pas grand monde n’avait vu venir, assez inédit dans sa forme, sa composition et ses moyens d’action, celui des Gilets jaunes.

Rapport aux organisations du mouvement ouvrier, modes de structuration (avec la question de l’horizontalité), modalités d’action (dont le rapport à la violence), relation entre l’ancrage territorial et les rapports de classe, place des femmes dans la contestation, articulation des revendications (ainsi des revendications sociales traditionnelles aux mesures écologiques), rôle des médias alternatifs… Autant de questions que nous pouvons commencer à débroussailler.

Face à cette irruption, le pouvoir n’a pas manqué de répliquer, et en l’absence de réponses politiques, c’est bien celle de la matraque et de la répression dont ont usé et abusé Macron et ses sbires.

Aussi, il nous semble nécessaire de prendre un peu de hauteur : dans un contexte de crise du parlementarisme, comment appréhender les mutations des démocraties bourgeoises, vers toujours plus d’autoritarisme ?

Dans ce cadre, comment l’appareil d’État, son caractère policier et militaire, agit et se développe?  Comment l’offensive sécuritaire charrie-t-elle aussi son lot d’attaques contre l’égalité des droits (femmes, LGBTI…) ? Enfin, comment articuler ce durcissement des États avec la montée en puissance de l’extrême droite dans une grande partie des pays européens, avec ce que d’aucuns appellent le retour d’une perspective fasciste ?

Les anniversaires, quelle histoire !

Si l’année dernière a été marquée par le spectre de Mai 68, cette année sera aussi celle de bien des anniversaires.

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg était assassinée lors de la répression de la révolte spartakiste, dans le cadre de la révolution allemande. Son héritage théorique, un marxisme vivant éloigné de tout dogmatisme, est immense.

En trois séances, grâce à la commission formation du NPA avec la complicité de Michael Löwy qui lui a consacré son dernier livre, nous reviendrons longuement sur les différentes dimensions de sa réflexion : partis et syndicats, réformes et révolutions…

D’hier (1959) à aujourd’hui, nous ferons avec Éric Toussaint un retour nécessaire sur une certaine île des Caraïbes nommée Cuba. On le sait, dans l’extrême gauche et dans la gauche en général, les débats ont été hier vifs, et sont encore ouverts aujourd’hui. Il n’est certes pas question de les refermer, mais de revenir à la lumière de la trajectoire historique cubaine sur la situation actuelle de l’île près de trois ans après la mort de Fidel Castro.

Enfin, deux séances ne sont pas de trop pour aborder ce petit pays qu’est la Chine… De la révolution qui a donné naissance à la République populaire de Chine (octobre 1949) au monstre économique actuel, en passant par la dure répression de la révolte de la place Tian’anmen (juin 1989), le tableau est vaste. On sait déjà qu’il ne sera pas exhaustif… mais il promet d’être passionnant !

Name dropping

Enfin, pour clore ce premier article qui n’a aucune prétention à faire le tour de la question (on reviendra bientôt sur notre plénière consacrée cette année à la grève internationale des femmes), livrons-nous au traditionnel exercice de distiller quelques noms (liste complétée prochainement…).

À commencer par Gérard Noiriel, historien bien connu, spécialiste de l’immigration en France, de la classe ouvrière, que l’on est heureux d’accueillir pour ouvrir dès le dimanche 25 août l’université d’été.

Laélia Véron, linguiste, sera également parmi nous, de même que le philosophe Stathis Kouvelakis, ainsi que les historiennes-militantes Laurence De Cock, Mathilde Larrère et Ludivine Bantigny, de nouveau à nos côtés cette année – tant il fait bon fréquenter notre université d’été –, tout comme l’autrice Emma ou Edwy Plenel…

Sans parler des militantEs et proches de notre courant, toujours prêts pour une petite séance de débat ou de formation : François Sabado, Hubert Krivine, Michael Löwy, Catherine Samary, Ugo Palheta ou Julien Salingue, le tout sans oublier bien entendu nos porte-parole – Philippe Poutou, Christine Poupin et Olivier Besancenot – et les animateurEs des différentes commissions nationales qui élaborent tout au long de l’année.

À ce propos, promis, dans le prochain article, on s’attardera sur le programme proposé par les commissions. De la biodiversité en danger aux attaques sur la psychiatrie en passant par la fiscalité, on vous dira tout… ou presque. En attendant, n’oubliez pas de vous inscrire !

Commission université d’été  Lundi 24 juin 2019

https://npa2009.org/ue2019

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19 juin 2019 ~ 0 Commentaire

profs polonais (courrier inter)

pologne

Sous-payés, les profs polonais désertent l’école

Découragés par le manque de considération des pouvoirs publics et d’une part importante des parents d’élèves, de nombreux enseignants polonais ne reprendront pas le chemin de l’école en septembre et se tournent vers des métiers qui pourront leur assurer un revenu décent.

En Pologne, pour de nombreux enseignants, ce mois de juin ne marque pas seulement la fin de l’année scolaire, mais leur divorce définitif avec l’école publique. “La liste des causes de leur découragement est longue”, explique le quotidien Gazeta Wyborcza : “chaos consécutif à la réforme de l’éducation, changements permanents, fatigue liée à la nécessité de courir entre plusieurs établissements et, dernièrement, la grève qui n’a pas apporté d’augmentation.”

En avril, malgré un débrayage de trois semaines suivi par plusieurs centaines de milliers d’enseignants et la moitié des écoles du pays, le gouvernement avait refusé d’accorder la revalorisation salariale de 30 % demandée par deux des trois syndicats de la profession, et, à l’usure, il avait convaincu les grévistes de reprendre le travail.

Cette victoire politique a toutefois pour conséquence de pousser à la démission des enseignants désormais convaincus de l’impossibilité d’améliorer la condition de la profession. D’après les témoignages recueillis par le journal, certains optent donc pour l’émigration, notamment vers le Royaume-Uni, quand d’autres partent en retraite anticipée ou changent de métier, comme Agata. Enseignante d’anglais en lycée depuis douze ans, elle ne reprendra pas les cours en septembre et cherche un nouvel emploi, même peu qualifié.

J’ai travaillé au prix de ma santé et de ma famille pour 2 000 zlotys nets [470 euros par mois, soit 60 euros de plus que le SMIC polonais]. J’étais engagée dans la grève, mais les réactions du gouvernement, de la société et de la direction ont été insupportables. Je dois penser à moi-même”, confie-t-elle.

Gazeta souligne que “dans les grandes villes, le salaire d’un enseignant débutant suffit à peine à payer un loyer, c’est pourquoi les candidats manquent. […] À Varsovie, la capitale, 3 000 postes pourraient être vacants, le plus souvent en école maternelle ou bien pour l’enseignement des mathématiques, de l’anglais et de l’informatique.

En réponse à ce déficit, la mairie a déjà introduit des compléments de salaire versés de son propre budget et vient d’inaugurer un programme de formations gratuites pour les aspirants enseignants.

19/06/2019

https://www.courrierinternational.com/

Lire aussi

Mobilisation. En Pologne, grève massive et illimitée des enseignants (CI)

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19 juin 2019 ~ 0 Commentaire

coquillages (cnrs)

coquilles

Coquillages, les sentinelles des océans

La quête d’indices sur le réchauffement climatique conduit les chercheurs jusqu’aux eaux froides du Groenland. Pollution, température de l’eau, concentration en oxygène… Coquilles Saint-Jacques et autres bivalves constituent de précieuses archives sur l’environnement et le climat. Des chercheurs bretons, à l’origine de cette découverte, parcourent les mers pour les étudier. À partir du 22 juin, rendez-vous à Brest pour découvrir leurs travaux aux pôles présentés lors de l’exposition Arctic Blues.

Brest, à la pointe ouest de la Bretagne. Tout commence dans le Finistère.

Depuis ce bout du monde avancé dans l’océan Atlantique, les chercheurs du Laboratoire international associé Benthic Biodiversity Ecology, Sciences and Technologies (LIA BeBest)1 partent régulièrement explorer les mers du globe, de l’île ­d’Ouessant au Maroc, de la Nouvelle-Calédonie à ­l’Antarctique en passant par la Mauritanie. Leur quête est surprenante : ils sont à la recherche de mollusques bivalves de la famille des pectinidés. Notamment, les célèbres coquilles Saint-Jacques (Pecten maximus) et leurs cousins, les pétoncles.

Non par gourmandise, mais par soif de connaissances. Car depuis plus de vingt ans, ils ont découvert et démontré qu’il était possible d’utiliser ces animaux comme des archives environne-mentales. Température et salinité de l’eau, concentrations en oxygène ou en contaminants, état du phytoplancton dans leur environnement naturel…

« Leur squelette externe, c’est-à-dire leur coquille, enregistre toutes sortes d’informations écolo-giques très utiles à la compréhension des éco­systèmes côtiers », explique Laurent Chauvaud, directeur de recherche au Laboratoire des sciences de l’environnement marin2 et coordinateur de BeBest qui est issu de ce Laboratoire. À la clé, des quantités de données très utiles pour reconstituer les climats du passé, suivre le réchauffement actuel mais aussi les épisodes de pollution. Avec un sens du détail inédit : aujourd’hui, les bivalves nous renseignent sur l’environnement marin avec plus de précision temporelle que les cernes annuels de croissance d’un arbre sur terre, ou que les strates d’une carotte de glace pour les pôles !

Chaque jour, par exemple, Pecten maximus enregistre la température de l’eau de mer, à 0,5 °C près, à l’instar d’un thermomètre médical. Mieux encore : les chercheurs, dont le jeune docteur Pierre Poitevin de l’Université de Bretagne occidentale, ont réussi à faire parler le pétoncle géant de l’archipel Saint-Pierre-et-Miquelon, dans l’Atlantique. L’analyse de sa coquille livre des informations détaillées et précises, au quart d’heure près, sur son environnement !

Pour en arriver là, Laurent Chauvaud et son équipe ont appris année après année à décoder les informations archivées par les coquillages. Ils ont observé et mesuré les distances entre les microstries présentes à la surface des coquilles. Et sous la loupe binoculaire, ils ont enchaîné les découvertes : chaque distance séparant ces micro­stries est le résultat de la croissance journalière de la coquille observée et la diminution de ces distances est liée aux facteurs d’altération de cette croissance. Par exemple, un refroidissement de l’eau de mer.

Eau mitigée et nourriture équilibrée

La mise en évidence de cet impact de la température de l’eau remonte à l’an 2000, lors d’une plongée à Bergen, en Norvège. Plus pauvre en nitrates et autres sels nutritifs que les baies bretonnes, ce littoral nordique leur a permis d’établir une corrélation entre les ralentissements de croissance et les jours précis d’upwelling (­remontées brutales d’eau froide), le temps d’une journée d’été, sous l’effet de forts vents de nord-est, ­parallèles à la côte3.

« Les coquilles norvégiennes présentaient, ces jours-là, des accidents de croissance, se souvient le chercheur. Comme tétanisées par l’eau froide, elles n’avaient grandi que de l’équivalent d’une strie d’hiver en plein mois de juillet ! » Une nouvelle approche était née : l’étude des stries des Saint-Jacques.

Nos Champollion des océans ont découvert un autre facteur jouant sur la distance entre les stries : une dégradation brutale de la nourriture des mollusques. En effet, quand survient une efflorescence (un bloom) d’algues toxiques ou, comme souvent en Bretagne, un excès de phytoplancton (dû aux nitrates des effluents agricoles), pourtant le plat préféré des Saint-Jacques, leur coquille croît moins vite, voire plus du tout.

Étude de la composition chimique

Ce sont les travaux du biogéochimiste et écologue Julien Thébault, en Nouvelle-Calédonie, qui ont permis cette avancée. Sur place, les chercheurs voulaient savoir si l’exploitation de la réserve de nickel avait contaminé l’un des plus beaux lagons du monde, abritant 25 espèces de pectinidés.

Rapidement, les chercheurs prennent conscience des précieuses archives qui leur tendent les bras. Car ces coquillages sont présents, à foison, du Maroc à la Norvège, jusqu’à 500 mètres de profondeur, et depuis 25 millions ­d’années ! De quoi les aider dans leurs « enquêtes » sur le réchauffement climatique ou l’histoire des éco­systèmes de la planète.

L’indic qui venait du froid

Mais les précieuses informations que fournit la coquille Saint-Jacques ne suffisent plus à satis-faire l’appétit de connaissances des chercheurs du LIA BeBest. En cause ? Sa courte durée de vie : de quatre à cinq ans.

À la recherche d’archives contenant des périodes de temps longues, qui permettront de statuer sur l’impact de changements globaux, comme l’actuel réchauffement climatique, les scientifiques convoitent des bivalves longévives : la Laternula d’Antarctique, quadragénaire ; l’amande de mer Glycimeris glycimeris de la rade de Brest, dont la durée de vie est comprise entre 70 et 80 ans ; la mye Mya truncata de l’Arctique, l’Astarte ou le pitot Cyrtodaria siliqua, de fringants cente-naires ; et, surtout, la palourde noire de Saint-Pierre-et-Miquelon, Arctica islandica : 500 ans de durée de vie !

« Arctica islandica est un véritable parchemin !, s’enthousiasme Laurent Chauvaud. Depuis plusieurs siècles, cet animal endogé (qui vit dans le sédiment, NDLR), filtreur et immobile, enregistre, dans le carbonate de calcium de sa coquille, et au rythme d’une strie annuelle, des informations qui vont permettre de décrire l’environnement des eaux de la façade ouest de l’Atlantique nord. »

Révélateurs de pollution

Si les mollusques recèlent de précieuses données climatiques, ils peuvent aussi être diserts sur les pollutions qui touchent leur environnement. C’est d’ailleurs le point de départ des travaux de nos scientifiques.

Au début des années 1980, confrontés à la raréfaction des populations de Saint-Jacques, les pêcheurs de la rade de Brest alertent les enseignants-chercheurs de ­l’Université de Bretagne occidentale et les chercheurs du Centre national d’exploitation des océans (Cnexo, futur Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer, ou Ifremer), afin de comprendre pourquoi cette espèce a disparu d’un écosystème pourtant si ­favorable à l’origine. Les chercheurs identifient les causes : rejets en excès de nitrates et efflorescences d’algues toxiques.

Depuis ces premiers pas, les cas d’étude se sont multipliés, souvent à la demande des professionnels et des élus locaux. Les scientifiques ont par exemple étudié les coquillages de Belle-Île-en-Mer, dans le Morbihan, ayant vécu au début du XXIe siècle, pour en apprendre davantage sur la pollution sous-marine consécutive au naufrage du pétrolier Erika, en décembre 1999.

Pour Laurent Chauvaud, cela ne fait aucun doute : mollusques et coquilles constituent un trésor scientifique dont il faut prendre soin. En témoigne la « pectothèque » comme l’appelle le chercheur, bien à l’abri dans les caves de l’Université. « Trente années de coquilles ­Saint-Jacques y sont aujourd’hui archivées. Autant d’indicateurs fiables, et ­journaliers, de leur croissance, de la ­température de l’eau, de la variation du phytoplancton ! » Leur archivage pourrait aussi ouvrir de nouvelles voies.

À la croisée des regards

Mais pour Laurent Chauvaud, le travail du scientifique ne doit pas s’arrêter là. Sa mission est bien sûr de transmettre mais aussi d’alerter les citoyens des changements et des risques en cours. Le déclic se fait durant une plongée polaire où il est saisi d’effroi. « L’effroi devant la certitude de la catastrophe », précise-t-il. Comment, pour un scientifique qui n’en a pas l’habitude, trouver les mots, dépasser son inconfort émotionnel, raconter sa stupeur devant l’énormité d’un changement climatique ?

 À Brest, à partir de juin, une exposition permettra au grand public de découvrir ces recherches grâce aux images, aux installations et aux créations sonores de ces artistes. Et de changer notre regard sur ces précieux témoins qui peuplent les littoraux et les fonds marins du monde entier. ♦

Arctic Blues : les pôles s’exposent à Brest

À partir du 22 juin, les Ateliers des Capucins à Brest accueillent l’exposition Arctic Blues, construite autour des missions aux pôles de l’équipe du LIA BeBest. Ce projet est réalisé en collaboration avec La Carène, scène des musiques actuelles de Brest. Le CNRS, aux côtés des Ateliers des Capucins, de Brest Métropole et d’autres institutions, est partenaire de cet événe-ment, dont le commissariat est assuré par Emmanuelle Hascoët. L’exposition Arctic Blues s’inscrit dans un ensemble de manifestations organisées cet été dans les espaces culturels brestois et rassemblées par la métropole sous le label : Bleu comme Brest. Une odyssée entre science et culture. (Résumé voir lien)

14.06.2019 Gaël Hautemulle

https://lejournal.cnrs.fr/

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18 juin 2019 ~ 0 Commentaire

bac (npa rennes-infos)

Blanquer-dinosaure

« Non, Mr Blanquer, ce n’est pas « business as usual »

Le 17 juin au matin, début des épreuves du bac, le ministre Blanquer oscillait entre les menaces voilées en dénonçant « une grève pas très acceptable » et le mode « même pas mal »  en prétendant que malgré la grève, « les épreuves vont se passer normalement ».

Cela résume la politique du ministère : passage en force de réformes en utilisant la répression face à l’incapacité de convaincre les enseignantEs, mais aussi les jeunes et leurs parents, en se réfugiant dans le déni de la réalité au nom d’une normalité fantasmée.

Des formes de mobilisation qui bousculent les habitudes

Il y a quelques mois Blanquer était le premier de la classe du gouvernement Macron, et le chouchou de tous les adorateurs de l’économie libérale enrobée dans les vieilleries réactionnaires d’un individualisme éculé, saupoudré de nationalisme nauséabond, qui voyaient dans les différentes réformes la mise en œuvre de leurs idéaux. Mais depuis septembre les résistances ont commencé.

Entre les enseignantEs des LP mobilisés contre la réforme de la voie professionnelle, les enseignantEs du second degré remontés contre la réforme du bac, les jeunes manifestant contre Parcoursup, et aussi les instits et les parents contre « l’École de la confiance », le seul recours de Blanquer a été de jouer les décalages temporels et les difficultés de convergence des différents secteurs mobilisés.

Mais au total, l’inflexible a dû reculer sur certains des aspects les plus contestés de prétendue « École de la confiance », durcie par la majorité très à droite du Sénat. Exit donc la création imposée des regroupements écoles-collège (EPSF), le projet de faire des directeurs et directrices d’école les supérieurEs hiérarchiques de leurs collègues, les formations des enseignantEs sur leur temps de vacances, mais aussi la suppression des allocations des familles d’élèves absentéistes ou le refus de mamans voilées dans les sorties scolaires.

C’est loin de vider la loi de toutes ses attaques, mais cela montre que les mobilisations peuvent peser.

Jusqu’à 60-70% de grévistes

De quoi renforcer la détermination à ne pas lâcher sur les autres réformes de Blanquer, en particulier celles de la voie professionnelle et du bac général et technologique. Au fur et à mesure de la précision des conditions de la rentrée 2019, la colère n’a fait que s’approfondir, renforçant le refus de collaborer à la mise en place de ce qui transforme l’école en simple machine de tri social renforcé de la jeunesse, tout en dégradant significativement les conditions de travail des enseignantEs et plus globalement de tous les personnels de l’éducation.

C’est ce qui a fait mûrir la détermination à ne pas laisser les examens se dérouler « normale-ment », d’autant que les réformes en question font disparaître le bac comme sésame à la poursuite d’études librement choisie pour chaque jeune bachelierE.

La mobilisation a commencé à une échelle modeste dans le 93, avec la grève des corrections du BEP. Ce sont 50 % des enseignantEs de Lettres-Histoire convoqués pour corriger qui se sont mis en grève. Résultat, aux deux jours de corrections prévus se sont ajoutés deux jours supplémentaires, le rectorat convoquant de nouvelles personnes.

La grève des surveillances le 17 juin a connu un écho très variable, mais avec des pointes à 60-70% de collègues convoqués en grève dans certains établissements.

Et des stratégies de contournement de la part des chefs d’établissement pour tenter de faire face (faire composer les élèves dans des gymnases plutôt que dans des salles pour diminuer le besoin de surveillantEs…), révélatrices du niveau de mobilisation et, du côté du ministre Blanquer, d’une étrange conception de la « normalité ».

Cathy Billard Mardi 18 juin 2019

https://npa2009.org/

Lire aussi:

Grève des examens : Communiqué de l’AG des grévistes du 17 juin 2019 (Rennes Infos)

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17 juin 2019 ~ 0 Commentaire

grève (question de classes)

orof

Bac 2019 : révise ta grève…

Apprendre à désobéir, petite histoire de la grève enseignante

« L’aboutissement logique et extrême de ces formes d’action réside dans la grève des examens, c’est-à-dire le refus de laisser les examens se tenir et donc d’y exercer la fonction de décerner des notes ou des crédits.

.

Si, en dernière analyse, la fonction sociale des enseignants consiste à participer, via les dispositifs d’examens, à la répartition sélective des individus sur le marché du travail, la suspension de l’activité d’évaluation diplômante ou certifiante peut être considérée comme le cœur de leur désolidarisation avec le reste de la société.

.

En ce sens, la grève des examens constitue la quintessence de la grève enseignante et c’est sans doute la raison pour laquelle de telles actions de grève vont rarement jusqu’au bout, parce qu’elles mettent effectivement en cause la finalité du travail enseignant dans les sociétés modernes. »

.

« Pour une approche sociohistorique de la grève enseignante », André D. Robert et Jeffrey Tyssens, Éducation et société, n° 20, 2007.

L’appel à la grève des examens lancé à partir du lundi 17 juin par une grande partie des syndicats, des organisations lycéennes et différents collectifs enseignants est l’occasion d’un petit retour historique. De 1905 à 2019, en passant par 1927 et 2003, rappel des faits et réflexion sur le sens de la grève des enseignant.es et sur leur fonction sociale…

Aux origines du syndicalisme enseignant

Au début du 20è siècle, rompant avec les Amicales, les premiers syndicalistes enseignant se revendiquent du syndicalisme révolutionnaire et de l’action directe. Pourtant, ils ne comptent pas utiliser la grève comme moyen d’action (1)…

Deux raisons expliquent ce rejet. La première concerne son efficacité dans le système scolaire : les enseignant.es ne « produisant rien » leur mouvement ne saurait paralyser le pays, selon l’idéal de la grève générale :

« La grève des instituteurs est un moyen si faible de pression sur les pouvoirs publics que rien n’en justifierait l’emploi. Est-ce que les classes ne sont pas fermées deux mois chaque année ? La vie nationale n’en est même pas suspendue. » (article du dirigeant syndical Émile Glay, 10 décembre 1905).

La seconde insiste sur le fait que, en cas de grève générale, le rôle des instituteurs et des institutrices est d’être fidèle à leur poste, en classe, auprès des enfants des insurgé.es, pour éviter au plus jeunes de jouer les gavroches sur les barricades mais aussi pour préparer, en classe, la société de demain qui naîtra de la grève générale expropriatrice (voir le chapitre consacré à l’école par Émile Pouget et Émile Pataud dans leur roman « d’anticipation syndicale » Comment nous ferons la révolution).

« En cas de grève générale, nous estimons que le plus grand service que nous puissions rendre à la classe ouvrière ne serait pas de descendre manifester dans la rue. La place des enfants n’est pas au milieu des mouvements ouvriers : ils constituent un danger pour les uns et pour les autres. Dans une période agitée comme celle-là, notre devoir impérieux serait d’être à notre poste, gardant les enfants pour les soustraire aux dangers de la rue. »  Manifeste du syndicat du Morbihan, en 1907.

1920 – Premier recours à la grève

Le premier fait avéré de grève dans l’EN date de 1920 et ne concerne pas directement les questions scolaires puisqu’il s’inscrit dans un cadre interprofessionnel et politique (pour la « socialisation des moyens de production et d’échanges, le respect de la journée de 8 heures, l’amnistie générale des soldats et détenus politiques et la paix avec la Russie »).

Le Conseil fédéral de la CGT invite les instituteurs et institutrices à participer à la grève générale du 1er mai… Face à l’afflux des protestations émanant des AG syndicales, l’appel à la grève est annulé. Seul le syndicat des Bouches-du-Rhône maintient sa consigne de cessation du travail qui est suivie par deux cents instituteurs marseillais. Les grévistes payent un lourd tribu…

1927  la grève des examens

En 1927, dans le 2nd degré, est organisée la première « grève du bac » : « des professeurs de lycées refusent en juin 1927 de participer aux jurys du baccalauréat (ce qui, à l’époque, était facultatif). . Ce mouvement a contribué à démontrer l’importance sociale des professeurs de l’enseignement secondaire, puisqu’à l’époque, le baccalauréat constituait une “porte d’entrée dans la bourgeoisieˮ » (2)… Mais, à l’époque, enseignant.es du primaire et enseignant.es du secondaire appartiennent à deux mondes totalement différent…

Inspirée probablement par cette action, la Fédération unitaire (CGT-U), qui regroupe les enseignant.es du 1er degré, lance un mot d’ordre d’abstention aux commissions d’examens… Soutenu du bout de lèvre par la CGT réformiste (le SN) qui, à quelques jours de l’échéance suspend son appel, ce mouvement de protestation contre la baisse des salaires des fonction-naires échoue. Finalement, l’action se limite à un appel à l’abstention aux conférences péda-gogiques du mois d’octobre – une grève « à rebours » puisque les instituteurs seront invités ce jour-là à faire classe comme d’habitude.

1933 – 30 minutes de grève…

Novembre 1932, dans un contexte de rigueur budgétaire (crise de 1929) un décret-loi annonce que les instituteurs et les institutrices ne font plus partie du cadre des fonctionnaires actifs et ne peuvent donc plus prendre leur retraite à 55 ans. Les salaires sont autoritairement baissés. Le 20 février 1933 a lieu la première grève enseignante : l’arrêt de travail prend la forme d’une rentrée retardée d’une demi-heure l’après-midi. Psychologiquement, pour la profession, c’est une victoire… revendicativement, un échec !

1965, 1968, 2003… Le tabou de la grève des examens

Après guerre, depuis que le droit de grève est reconnu aux fonctionnaires (3), la puissante Fédération de l’Éducation nationale (FEN) cadre les mobilisations qui se limitent à des journées d’action de 24 heures (avec quelques exceptions, comme la grève parisienne de 1947).

Même si, lors du congrès du SNES d’avril 1965, une consultation individuelle des adhérents est organisée sur la poursuite de l’action en cours (à savoir une « grève administrative » contre la mise en place du système des filières ABCDEFG voulue par le ministre de l’Éducation nationale Christian Fouchet). Le mouvement avorte (4)… l’idée est abandonnée. Le mouvement de 68 ne débouche pas, lui non plus, sur une grève du bac, même si celui-ci est particulièrement désorganisé.

En juin 2003, alors que des AG de grévistes se réunissent quotidiennement depuis des semai-nes, voire des mois, la question de la grève le jour du bac est tabou. Dans ce mouvement contre la réforme des retraites mais aussi contre la décentralisation de l’Éducation nationale, les personnels enseignants sont en pointe et très fortement mobilisés.

Mais l’idée de perturber les épreuves du bac est rejetée par une grande majorité des grévistes. Rares sont les villes, comme à Perpignan, où des actions sont conduites pour empêcher la tenue des examens…  Dès lors, l’échec du mouvement de 2003, pour les militant.es les plus radicalisés, sera régulièrement imputé à ce refus d’aller jusqu’au bout . Analyse qui ne fait pas non plus l’unanimité. Par exemple pour Gérard Aschieri, alors secrétaire national de la FSU,

« Une telle décision [la grève du bac] était en rupture avec la culture professionnelle des enseignants qui s’étaient exprimée dans la grève elle-même. » « La grève de 2003, leçon d’un traumatisme », La grève enseignante en quête d’efficacité

17 juin 2019  Un tournant ?
L’ambiance est toute autre en 2019. Sans présager du succès de la mobilisation le 1er jour des épreuves du bac, force est de constater que les plus engagé.es portent de manière radicale et sans état d’âme l’idée que la grève des examens est l’ultime arme qui pourra faire plier le gouvernement. Un tournant dans la représentation (consciente ou inconsciente) que la profession se fait de son rôle d’agent de tri social.

Grégory Chambat collectif Questions de classe(s)

(1) Ce n’est certainement pas par respect de la légalité (la loi de 1864, autorisant la grève, ne s’applique pas aux fonctionnaires d’État) : la création de syndicat d’instituteurs et d’institutrices est également illégale, ce qui n’empêche pas les militant.es de braver l’interdiction au prix d’une féroce répression.
(2) René Mouriaux, Le Syndicalisme enseignant en France, Que sais-je ?
(3) Le droit de grève est pleinement reconnu dans la Constitution de 1946 : « Le droit de grève s’exerce dans le cadre des lois qui le réglementent », alinéa 7 du préambule.
(4) Voir l’article « Un raté historique du boycott des notes d’examens »
de Claude Lelièvre sur son blog

À lire en complément

François Bernard, Louis Bouët, Maurice Dommanget, Gilles Serret, Le Syndicalisme dans l’enseignement, histoire de la fédération de l’enseignement, des origines à l’unification de 1935.
Max Ferré, Histoire du mouvement syndicaliste révolutionnaire ches les instituteurs, des origines à 1922.
Gérard Mollier, Brève histoire du syndicalisme enseignant et de l’École émancipée des origines à nos jours, EDMP, 204.
Loïc Le Bars, La Fédération unitaire de l’enseignement, 1919-1935. Aux origines du syndicalisme enseignant, Syllepse, 2005.
René Mouriaux, Le Syndicalisme enseignant, Que sais-je ? n° 3068
Laurent Frajerman (dir.), La grève enseignante en quête d’efficacité, Institut de recherche FSU, IRHSES, Syllepse.

« Pour une approche sociohistorique de la grève enseignante », André D. Robert et Jeffrey Tyssens, Éducation et société, n° 20, 2007.
« Le syndicalisme enseignant du primaire et la grève en France : une difficile appropriation (1905-1934) », Loïc Le Bars, Éducation et société, n° 20, 2007

16 juin 2019  Collectif Q2C

https://www.questionsdeclasses.org/

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