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30 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

violence (politis)

 bac prpo

À l’école, trop de violence et pas assez d’amour

L’affaire du lycéen qui a braqué une arme factice sur son enseignante à Créteil a déclenché une réaction importante de la communauté enseignante notamment avec le hashtag #PasDeVague sur Twitter.

La récupération politique de cette affaire tant par l’extrême droite que par le gouvernement ne laisse rien présager de bon. En proposant plus d’autorité et moins de moyens humains, on ne résoudra rien.

Notre profession est difficile, je ne peux nier que pour certains c’est même une souffrance. Combien de profs en larmes, se remettent en cause après une journée éprouvante ? Combien de démissions, de dépressions ? Nul ne peut être épargné par les montées soudaines de colère d’adolescents souvent perdus.

Oui, il y a de la violence mais je ne crois pas qu’elle soit plus massive qu’avant, elle est surtout plus médiatisée. Pas de caméras, pas de réseaux sociaux dans les année 90. Oui l’institution appelle à faire le moins de vague possible quand cela arrive mais ce grand déballage #PasDeVague est contre productif. Car c’est du pain bénit pour les récupérateurs de tous bords, y compris nos dirigeants, qui proposeront des petits pansements pour cicatriser une plaie immense. On en oublie ainsi les causes du mal et il est profond. Envoyer des policiers ou des retraités de l’armée pour gérer la sécurité ? Quel échec !

Violence dans le recrutement

La plus grande violence, celle qui ne fera pas la une des médias, ce sont les 2 600 enseignants en moins dans le secondaire pour 2019. Une grève nationale dans les collèges et les lycées est prévue pour le 12 novembre.

De facto, ce seront des classes plus chargées. Ce seront aussi des professeurs contractuels que l’on appellera au pied levé pour faire face aux aléas car les effectifs d’enseignants sont à flux tendus. Et où retrouve t-on le plus ces contractuels ? Dans les établissements de banlieue pauvre, là où il faudrait justement des professeurs chevronnés.

On recrute moins au Capes et on dévalorise ainsi l’investissement d’étudiants tout en les recrutant une fois qu’ils ont échoué au concours. Ceux qui réussissent l’écrit mais ne passent pas le cap de l’oral sont souvent sollicités par les rectorats au lendemain de leur échec mais avec des contrats précaires. Certains abandonneront ensuite l’idée d’être titulaire, faute de temps et de motivation.

Violence du système qui les exclut

Nos élèves ont besoin d’amour, d’attention, de bienveillance. Tant pis si cette phrase me fait passer pour un bisounours. Voilà ce que j’en ai déduit après avoir passé deux ans à coordon-ner une structure pour décrocheurs scolaires. Dispositif né d’un partenariat entre l’éducation nationale et des acteurs de différents horizons, elle avait pour objectif d’aider des élèves à se réinsérer scolairement. Ces adolescents âgés d’entre 13 et 15 ans étaient pour la plupart exclus définitivement de leur établissement.

Je venais à la fin de leur conseil de discipline pour leur proposer de s’y engager un mois avant leur nouvelle affectation. La gorge nouée, j’avais comme l’impression d’être à la sortie d’une cour d’assises. Ces conseils de discipline, ce sont des tribunaux, ceux devant lesquels certains s’étaient déjà présentés ou se présenteront malheureusement après leur sortie rapide du système scolaire. La sentence de l’exclusion définitive équivaut à de la prison ferme. Quand elle retentit, cette peine fait mal à tout le monde.

Les larmes des mères, le regard bas des pères ou des grands frères/sœurs qui sortent d’une salle chargée en tension, les professeurs chamboulés par la violence de ce jugement où l’on passe en revue l’ itinéraire souvent chaotique des élèves et de leurs familles. Une bonne moitié des élèves accueillis dans la structure étaient suivis par l’aide sociale à l’enfance ou la protec-tion judiciaire de la jeunesse. En les excluant à répétition, l’Éducation nationale ne fait qu’ampli-fier leur marginalisation. Cela ne résoudra pas leur problème, de violence notamment.

Que l’on ne s’y trompe pas, l’école est perçue par beaucoup d’entre eux comme le prolongement direct de ce qu’ils vivent dans leurs quartiers, le même déclassement, la même autorité ressentie comme injuste.

On ne nous aime pas et on leur rend bien !

Voilà ce que me disaient en substance des élèves qui enfilaient les établissements comme les perles sur un collier. Pourtant, il faut prendre le temps de les découvrir, de constater leur potentiel, de les apprécier pour les aider. Impossible de faire cela dans une classe de 30 élèves. Ils n’étaient que 4 ou 5 dans le dispositif, ça aide.

Les cours les plus prolifiques sont ceux où les effectifs sont réduits, où l’on peut se pencher vers un élève, le guider, le conseiller. Ces classes de 12 élèves en CP et en CE1 dans les réseaux d’éducation prioritaire, mesure phare du quinquennat, fonctionnent bien. Ce n’est pas un hasard. Mais cela ne doit pas se faire au détriment du secondaire.

Dans ce dispositif contre le décrochage scolaire, on leur a donc proposé de manière détour-née d’apprendre en prenant en compte leur difficulté. On les a aussi fait parler dans des groupes de parole, au théâtre, chez le psychologue. Ils ont même eu affaire à la justice de manière plus apaisée avec le délégué du procureur. Parler, vider toute cette frustration et éviter ainsi de recourir à la violence physique. Mais autant d’adultes pour si peu d’élèves ça coûte cher. Pourtant, quel investissement sur le long terme !

Violence de l’orientation

La violence à l’école, c’est aussi cette compétition perpétuelle de la primaire à l’université, où on fait comprendre à ces élèves qu’ils n’ont pas le niveau. On les envoie ensuite en fin de troisième dans des formations professionnelles qu’ils n’ont pas choisies pour la plupart (formation professionnelle qui mériterait d’ailleurs une meilleure reconnaissance de la société tout entière). Ces secondes professionnelles offrent peu de mixité (de genre mais aussi d’origine) contrairement à celles des lycées généraux et technologiques et leurs « secondes normales » comme certains les appellent. Eux ne sont donc pas dans la norme… C’est pour beaucoup une punition, des sortes d’antichambre d’un échec programmé.

La violence c’est aussi Parcoursup qui offre aux « moins bons » un projet de vie qu’ils n’ont pas forcément choisi. On appelle ça la société du mérite… Il a bon dos le mérite. Notre école est donc, à l’image de notre société, violente. Dans les banlieues pauvres les inégalités étant plus grandes, les frustrations et les violences le sont aussi.

Violence de l’institution

Pour conclure, la plus grande violence subie dans mon collège de banlieue, ce n’est pas celle de mes élèves mais bien c’est celle de l’institution quand on nous a enlevé notre Réseau d’éducation prioritaire en 2014. On a réduit tout notre travail à des statistiques et des arran-gements politiciens. 200 réseaux d’éducation prioritaire en moins cette année-là. On coûtait trop cher. Il faudrait que les enseignants se sentent respectés, écoutés. Notre mission est noble mais la société ne s’en rend plus compte, pire, on nous envie sans vouloir pour autant notre place.

Nos élèves ont besoin d’être en petits effectifs, suivis par des professeurs expérimentés, d’avoir un.e infirmièr.e, des conseillèr.e.s d’orientation, des assistant.e.s sociales, des AVS qui suivent sur le long terme les élèves qui en ont besoin, des assistant.e.s d’éducation, des psychologues… Mais ça coûte cher.

Au lieu de ça, le nombre d’élèves par classe gonfle et on nous demande de colmater des brèches que l’institution a elle même provoquées. Brèches qui génèrent cette violence que l’on cible aujourd’hui avec ces faits divers alors qu’elle n’est qu’une conséquence de cette politique du chiffre dictée par les financiers.

Une politique violente et sans amour qui nous coûte cher au final.

30 octobre 2018

https://www.politis.fr/

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25 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

éducation prioritaire (npa)

ecole pole emploi

Éducation prioritaire 

Un rapport aux petits oignons pour le gouvernement

La Cour des comptes vient de publier un rapport sur le bilan de l’Éducation prioritaire1 qui, c’est un hasard, concorde parfaitement avec les discours de « priorités éducatives » de Macron et de son ministre Blanquer.

Le rapport de 200 pages se veut un bilan des politiques mises en œuvre depuis 1981 pour « réduire les écarts de réussite scolaire lié aux origines sociales ou à leur lieu de scolarisation » synthétisé par la fameuse formule « donner plus à ceux qui ont moins ». Le budget de l’éducation prioritaire pour les écoles et les collèges pour 2017 concerne 20 % des enfants scolarisés et représente 1,657 milliard d’euros, pour un total avoisinant les 50 milliards.

Bilan plombé par l’aggravation des inégalités sociales

Pour la Cour des comptes, l’objectif de réduction des inégalités est loin d’être atteint. L’ambition était d’atteindre une différence de réussite de 10 % entre les écoles et collèges classés éduca-tion prioritaire et les autres. Or en collège, la différence en français et mathématiques varie, selon les années, entre 20 et 35 %. Mais le rapport est obligé de reconnaître que sans les moyens supplémentaires, le fossé serait bien plus profond.

L’analyse des causes est intéressante.

La Cour des comptes reprend les chiffres de l’Observatoire national des politiques de la ville sur les territoires en difficulté : « Le taux de personnes vivant sous le seuil de pauvreté y a atteint 42,6 % en 2013 alors qu’il y était de 30,5 % en 2006, la part des allocataires du RSA socle (25,5 % en 2016) y est deux fois plus importante que dans le reste du pays (12,6 %) et le taux de chômage s’y situait à 25,3 % en 2016 contre 20 % douze ans plus tôt. » Ce qui a évidemment des incidences majeures sur la situation des enfants, la confiance qu’ils ont en eux et leur disponibilité aux apprentissages.

Ensuite le rapport pointe la diminution du nombre d’enfants par classe comme un élément déterminant dans la réduction des inégalités scolaires. Or, dans les écoles éducation priori-taire, il n’y a que 2 enfants de moins par classe (4 dans les collèges). En effet, les quartiers populaires sont beaucoup plus jeunes que les autres…

Enfin le rapport pointe l’enjeu des moyens humains : les enseignantEs affectés en éducation prioritaire sont les plus jeunes, les plus précaires (13 % de contractuelEs au lieu de 4 %) et le fonctionnement épuisant des établissements provoque des arrêts maladie peu ou pas rempla-cés, et un turnover que les politiques d’incitations financières via des primes ne peuvent limiter.

Aggraver les problèmes auxquels on prétend répondre

Les propositions (« 17 orientations et recommandations ») correspondent (miracle !) précisé-ment aux pistes de réformes du ministère. L’orientation générale est de travailler à moyens constants, donc d’opérer des transferts. Pour commencer, reprendre la préconisation de 2015 de cette même Cour des Comptes : supprimer tous les dispositifs d’Éducation prioritaire dans les lycées.

Une mesure désastreuse pour des lycées confrontés aux explosions de violence qui font la Une de l’actualité et donnent l’occasion au renforcement de mesures sécuritaires, sources d’un accroissement de la défiance, voire plus, d’une partie de la jeunesse contre l’école.

Ensuite, augmenter les moyens en primaire (extension des classes à 12 si chères à Macron) pour justifier de les diminuer au collège. Enfin, modifier la gestion des moyens en développant l’autonomie des établissements. Et c’est du lourd : transformer chaque réseau (-collège + écoles qui en dépendent) en établissement public, dirigé par le chef d’établissement du collège qui gérerait les moyens, et donc lui donner les moyens de recruter les personnels sur des postes à profil.

Une nouvelle fois, ce rapport fait la démonstration d’une logique 

Pas question de remettre en cause les inégalités sociales, ni la violence générée par le manque d’espoir. Au contraire, il s’agit d’ajouter une couche de désarroi en ne cherchant des éléments de prétendue compensation que dans l’arsenal de la mise en concurrence des établissements et des enseignantEs, avec pour aboutissement la négation du droit à l’éducation. Il est temps de passer de la colère à la révolte.

Cathy Billard Mercredi 24 octobre

https://npa2009.org/

 

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24 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

pisa (france inter)

egalitarisme

L’école est plus inégalitaire en France que dans la plupart des pays développés (classement Pisa)

La France peut mieux faire pour assurer une réussite égale aux élèves issus de milieux défavorisés, montre une étude publiée lundi par l’OCDE sur la base des données Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves).Selon la définition de l’Organisation de coopération et de développement économiques qui regroupe 36 pays, « l’équité en éducation signifie que le système éducatif fournit les mêmes chances d’apprendre à tous les élèves ». Dans son rapport (rapport uniquement disponible en anglais) issu des données Pisa, l’OCDE indique que l’école ne parvient pas à corriger les inégalités sociales.

Les adultes dont les parents sont diplômés de l’enseignement supérieur ont 14 fois plus de chance d’être également diplômés de l’enseignement supérieur que ceux dont les parents ont un niveau d’éducation moins élevé

La France ne donne pas les mêmes chances aux élèves issus de milieux défavorisés 

Seulement 17% des adultes avec des parents qui n’ont pas de diplôme du second cycle ont obtenu un diplôme de l’enseignement supérieur, alors que c’est le cas de 73% des adultes avec des parents diplômés de l’enseignement supérieur, ajoute l’OCDE.

Le rapport pointe aussi les résultats de l’évaluation Pisa 2015 : 

En France, environ 20% de la variation de la performance en sciences des élèves « est associée à des différences de statut socio-économique », alors que la moyenne européenne est de 13% au sein des pays de l’OCDE. Les élèves issus d’un milieu socio-économique défavo-risé ont enregistré 118 points de moins en sciences que ceux issus d’un milieu favorisé, l’équivalent de presque quatre années de scolarité. L’écart moyen en des pays de l’OCDE est de 88 points.

Le rapport pointe aussi le manque de mixité sociale

Selon l’OCDE, la moitié des élèves défavorisés en France sont scolarisés dans des écoles « au profil socio-économique défavorisé », une proportion très légèrement supérieure à la moyenne, et cela influe sur les résultats : les élèves qui sont scolarisés dans des établissements plutôt favorisés présentent « une performance moyenne supérieure de 134 points à ceux qui sont dans des écoles défavorisées ».

Les élèves français plutôt satisfaits malgré tout 

Près d’un tiers (31%) des élèves défavorisés en France « se disent satisfaits de leur vie, déclarent éprouver un sentiment d’appartenance à leur école et déclarent ne pas se sentir angoissés par les évaluations ». La moyenne de l’OCDE est de 26%. Déjà la Cour des comptes avait alerté les pouvoirs publics français le 17 octobre dernier. Dans un rapport, elle estimait que  La politique d’éducation prioritaire, qui vise à réduire les écarts scolaires liés aux origines sociales des élèves, n’avait pas atteint ses objectifs.

Elle préconise notamment  de recentrer les efforts sur le primaire et les établissements les plus défavorisés.  Or, cette politique est celle sur laquelle s’appuient les gouvernements successifs depuis près de 40 ans pour aider les établissements situés dans des zones socialement défa-vorisées.  Elle concentre des moyens (1,7 milliard d’euros en 2017) au bénéfice de 20% des élèves dans plus de 1 000 réseaux réunissant collèges et écoles, dont 350 en éducation prioritaire renforcée (REP+), les autres en REP.  Son objectif était de réduire à moins de 10% les écarts de niveau entre les élèves scolarisés en éducation prioritaire et les autres.

mardi 23 octobre 2018  Valérie Cantié

https://www.franceinter.fr/

Commentaire: Comme le dit Franck Lepage, pour que les pauvres « rattrapent » les riches, il faudrait pas que les riches arrêtent un peu d’étudier?

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18 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

cours des comptes (le monde)

évaluations3

Allez, voilà les gosses qui s’y mettent!

La Cour des comptes signe l’aveu d’échec des politiques d’éducation prioritaire

Dans un rapport, elle plaide pour un recentrage sur le primaire, source des inégalités scolaires.

C’est un constat déjà ancien, et pourtant d’une criante actualité 

Les politiques d’éducation prioritaire ne parviennent pas à accomplir leur mission première, qui est de réduire les inégalités de départ dans la réussite scolaire des enfants. Dans un rapport publié mercredi 17 octobre, la Cour des comptes dresse un bilan négatif de cette politique de « différenciation » des moyens, née en 1981 avec les « zones d’éducation prioritaire » (ZEP).

La conclusion est sans appel 

L’écart de résultat au diplôme national du brevet entre un enfant scolarisé dans un collège relevant du réseau d’éducation prioritaire (REP) et un enfant d’un collège favorisé reste situé entre 20 et 30 % en français et en mathématiques alors que l’objectif est de « limiter à 10 % ces écarts de niveau ».

Certes, admet la Cour, les dispositifs prioritaires ont permis de les stabiliser, et la situation serait probablement plus préoccupante encore s’ils n’avaient pas existé.

Mais ce n’en est pas moins un aveu d’échec : à l’entrée en 6e, les écarts sont déjà acquis. Un bilan adossé à une dégradation des conditions scolaires, qui sont en partie indépendantes de l’école elle-même. En effet, rappelle la Cour, ces dispositifs ne sont pas pensés pour remédier à une ségrégation socio-spatiale aussi forte qu’elle ne l’est aujourd’hui, à laquelle se greffe une ségrégation scolaire sans précédent – y compris du fait d’un « effet label », soit l’évitement des établissements REP et REP +, qui est fort dans les catégories favorisées.

Forte de ce constat, la Cour des comptes analyse les différents leviers de remédiation dont dispose l’éducation prioritaire.

Le grand gagnant, sur la base de nombreuses études françaises et internationales, est la réduction du nombre d’élèves par classe (Non? Note du blog!). Cette politique est portée par Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation, avec le dédoublement des classes de CP et CE1 en REP et REP +. ( Sans nouveaux moyens c’est bien sûr en « déshabillant » d’autres! Note du blog)

L’institution de contrôle estime qu’il faut aller plus loin et préconise son élargissement sur trois niveaux (en ajoutant soit la grande section de maternelle, soit le CE2) pour les établissements de REP +. Les autres leviers comme les incitations destinées à stabiliser les équipes ensei-gnantes dans ces établissements (primes, points pour les mutations) n’engrangent pas de phénomène durable. La prime REP + mise en place en septembre 2017 est trop récente pour être évaluée.

Recentrage sur le primaire

Outre la réduction du nombre d’élèves par classe, elle plaide pour un recentrage des moyens sur l’enseignement primaire – historiquement, l’éducation prioritaire est centrée sur le collège – et sur les établissements les plus fragiles, les 350 réseaux REP +.

Mais aussi pour une gestion des ressources humaines repensée pour attirer les enseignants, une allocation plus progressive des moyens pour éviter les « effets de seuil » de l’éducation prioritaire (dont on est soit bénéficiaire, soit pas). La Cour suggère, en outre, de donner plus d’autonomie aux établissements et d’accentuer l’évaluation (Bon, çà non! NDBlog).

A quelques détails près, ces recommandations ressemblent fort à la stratégie menée par Jean-Michel Blanquer. Certaines recommandations rejoignent aussi les pistes avancées par le ministre lors du lancement de la mission pour repenser l’éducation prioritaire, confiée le 3 octobre à l’universitaire Pierre Mathiot et à l’inspectrice générale de l’éducation nationale Arianne Azéma, où le ministre a évoqué la nécessité de sortir des effets de seuil. « Cette mission travaille en toute indépendance, assure un proche du dossier, et sera libre d’utiliser ou non ce qui lui semble intéressant dans le rapport de la Cour des comptes. »

Pour Marc Douaire, président de l’Observatoire des zones prioritaires (OZP), si les préco-nisations proposées sont proches de la vision du ministre actuel, la Cour des comptes reconnaît la spécificité des territoires urbains fragiles, les « quartiers de la politique de la ville », auxquels est adossée l’écrasante majorité des réseaux REP et REP +. Alors que, au grand dam de l’OZP, le ministre semble souhaiter pour l’avenir une politique prioritaire qui engloberait les territoires ruraux, les DOM-TOM et les quartiers sensibles.

Inquiétudes sur le collège et le lycée

Pour Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, les mesures proposées par la Cour des comptes s’inscrivent dans une tradition déjà ancienne pour « repenser » l’école prioritaire, où l’on cherche à mieux cibler les besoins pour être réellement efficace.

Mais, selon lui, le problème mériterait un véritable changement de paradigme 

« L’éducation prioritaire ne bénéficie qu’à 30 % des élèves défavorisés », rappelle-t-il. « Bien sûr que dans ces quartiers-là les difficultés sont plus importantes. Mais si l’on se contente de ça, on rate l’essentiel de la fragilité scolaire. » Le problème résiderait en partie dans l’ambition de réformer le système sans enveloppe supplémentaire.

Dans ce grand rééquilibrage des moyens vers le premier degré, que la Cour des comptes appelle de ses vœux et que le ministère a déjà engagé avec les dédoublements de classe, l’inquiétude des acteurs de terrain se porte donc sur le collège et le lycée.

Ce dernier ne fait pas partie des réseaux REP et REP + et est considéré comme « mieux » doté. Cette rentrée a vu naître plusieurs grèves perlées et mouvements de protestation dans des établissements souffrant de problèmes divers, notamment en Seine-Saint-Denis : la sécu-rité, au lycée Utrillo (Stains), le matériel et les moyens humains au lycée Mozart (Le Blanc-Mesnil), le manque de surveillants au lycée Jean-Zay (Aulnay-sous-Bois).

Pour le collectif Touche pas à ma ZEP

qui milite pour le maintien de dispositifs prioritaires au lycée, la situation est de plus en plus préoccupante alors que les dispositifs prioritaires au lycée (le label « zone violence », par exemple) arrivent bientôt à échéance. « On abandonne les élèves les plus fragiles au moment où ils peuvent obtenir une qualification, au lycée. Ça n’a aucun sens », plaide David Pijoan, enseignant à Colombes (Val-d’Oise) et membre du collectif Touche pas à ma ZEP.

17.10.2018

https://www.lemonde.fr

Lire aussi :

Le classement scolaire scelle trop vite le destin professionnel et social des personnes 

Commentaire: Article qui adopte un ton pro-Blanquer incompréhensible, comme s’il ne voulait pas avant tout faire des économies sur le dos des pauvres!

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18 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

accent plouc (le-parisien le-huff’)

reuz

Reuz: buzz!

Ce que montre la séquence de Mélenchon imitant l’accent d’une journaliste

Ce qui apparaît en creux dans cette séquence, c’est qu’il est si rare d’entendre un accent autre que celui de la région parisienne dans les lieux de pouvoir, que cela devient une anomalie

C’est un peu l’écart à éviter lorsqu’on est député des Bouches-du-Rhône. Interrogé dans les couloirs de l’Assemblée, mercredi 17 octobre, par une journaliste de France 3, Jean-Luc Mélenchon n’a pas pu s’empêcher d’imiter son accent du Sud-Ouest. La séquence, qui a été filmée, a lieu au lendemain des perquisitions houleuses effectuées à La France insoumise et chez Jean-Luc Mélenchon. Sur les images, le député fait face à une nuée de micros. La reporter Véronique Gaurel tente de l’interroger sur des propos qu’il tenait il y a quelques mois sur « les déboires judiciaires de Fillon et de Le Pen », « décadence de la République ».

Mimétisme involontaire ou moquerie, Jean-Luc Mélenchon rétorque : « Et alors, qu’est-ce que ça veut dire ? » en empruntant un accent du Sud. Puis, reprenant ses inflexions habituelles : « Vous ne savez pas de quoi vous parlez, vous dites n’importe quoi. » Et de lancer à la canto-nade, tournant le dos à la journaliste qui peinait à formuler sa question : « Quelqu’un a-t-il une question formulée en français ? »

Une « humiliation »

On peut imaginer que cette dernière remarque (« une question formulée en français ») ne fait pas référence à l’accent de la journaliste, qu’il s’agit plutôt de balayer – avec mépris – une question jugée déplaisante en faisant mine de la considérer comme non pertinente ou mal formulée. Une « humiliation gratuite » pour le Syndicat national des journalistes de France télévisions, qui a publié un communiqué pour « condamner fermement les propos de Jean-Luc Mélenchon » face à cette « consœur pourtant très aguerrie », « choquée par cette violence verbale ».

Rare et « folklorique »

Revenons à cette histoire d’accent. Sur le blog « Médias d’ici », hébergé par France 3 Occitanie, le journaliste Fabrice Valéry relève : « Le natif de Tanger et ancien élu de la région parisienne a sans doute été surpris qu’à Paris, au cœur du pouvoir législatif, une journaliste puisse lui poser une question avec un accent qui sentait bon la province. »

Ce qui apparaît en effet en creux dans cette séquence, c’est qu’il est si rare d’entendre un accent autre que celui de la région parisienne dans les lieux de pouvoir, que cela en devient une anomalie – et, pour les moins fins, un sujet de moquerie.

Dans une enquête publiée l’année dernière, Slate montrait comment des journalistes porteurs d’accents du Sud ou du Nord s’efforcent de les atténuer pour mieux se fondre dans le moule médiatique, où le parisien standard domine. Et comment les écoles et rédactions encouragent cette auto-correction. Un étudiant en journalisme racontait qu’un professionnel de la télévision venu intervenir dans son école lui avait ainsi conseillé de « gommer » son accent du Sud-Ouest : « C’est sympa si tu présentes du rugby ou que tu veux être rigolo. Mais là, ça fait pas sérieux », disait l’intervenant.

Le journalisme n’est qu’un des champs dans lesquels s’exerce cette discrimination par l’accent qui pousse les locuteurs à s’auto-corriger, même inconsciemment. « Plus vous êtes du côté du pouvoir, plus on vous impose d’être un représentant conforme à la norme de l’identité nationa-le, y compris sur le plan linguistique », explique le sociolinguiste Philippe Blanchet, qui parle de « glottophobie ».

Médéric Gasquet-Cyrus, maître de conférence en sociolinguistique, résumait aussi dans un article sur « la discrimination à l’accent en France » : « Avoir un accent régional, dans un pays marqué par une idéologie centralisatrice et monolingue, c’est être enfermé (par ceux qui dénient avoir un accent) dans une altérité sinon dégradante, du moins folklorique, risible et peu sérieuse. » Une lecture que le député pourra emporter dans sa valise pour son prochain séjour à Marseille.

Agathe Ranc    18 octobre 2018

https://actus.nouvelobs.com/

Lire aussi:

Mélenchon se moque de l’accent du Sud, mais c’est loin d’être l’accent le plus discriminé (Le Huffington Post)

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12 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

pseudo nobel (reporterre)

nobel-2.jpgee

Le pseudo prix Nobel d’économie couronne un économiste minorant les effets du changement climatique

Le 50e prix de la Banque royale de Suède, souvent appelé, à tort, prix Nobel d’économie, a été attribué lundi 8 octobre aux Étasuniens William Nordhaus et Paul Romer, qui ont décrit les vertus et nuisances de l’activité économique sur le climat.

William Nordhaus, 77 ans, professeur à l’université de Yale, s’est spécialisé dans la recherche des conséquences économiques du réchauffement climatique.

Il a été le premier, dans les années 1990, à modéliser le lien entre l’activité économique et le climat en conjuguant les théories et l’expérience tirées de la physique, de la chimie et de l’économie, a expliqué le jury Nobel.

Problème, comme le rappelle sur le site d’Alternatives économiques Antonin Pottier, auteur de Comment les économistes réchauffent la planète, les analyses de Nordhaus ont conduit à minorer l’importance du changement climatique, considérant comme acceptable pour l’économie un réchauffement de… 3,5 °C.

Alors que 2 °C est considéré par les climatologues comme un seuil au-delà duquel le climat serait bouleversés avec des conséquences irréversibles.

Dans le scénario décrit par Nordhaus, la trajectoire optimale conduit à un réchauffement de 3,5 °C en 2100.

L’annonce de ce Nobel coïncide avec la publication d’un rapport alarmiste des experts climat de l’ONU (Giec) qui appellent à des transformations « sans précédent » pour limiter le réchauf-fement climatique. Soit bien loin du scénario tranquille conseillé par le pseudo prix Nobel.

10 octobre 2018

https://reporterre.net/

Source : Reporterre avec Romandie et Alternatives économiques

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11 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

réforme lycées (lutte ouvrière)

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Lycées professionnels : une réforme qui ne passe pas

Des enseignants de dizaines de lycées professionnels se sont retrouvés en cortège dans la manifestation du 9 octobre à Paris pour déployer banderoles et pancartes contre la réforme Blanquer, du nom du ministre de l’Éducation nationale.

Celle-ci consiste à réduire les heures d’enseignement des lycéens qui préparent le CAP, le BEP et le baccalauréat professionnel, et à augmenter l’apprentissage dans les entreprises.

Les contenus des cours aussi bien généraux que professionnels sont revus à la baisse, ainsi que le nombre de semaines d’enseignement au lycée. La diminution du nombre d’heures de français et d’histoire fait déjà dire à certains élèves qui découvrent la réforme : « Mais ils veu-lent qu’on devienne bêtes ! » Et c’est ce mépris pour la jeunesse issue des milieux populaires et pour leurs professeurs qui suscite l’indignation dans les lycées professionnels.

La mobilisation a commencé le 27 septembre par une grève et une manifestation dynamique, qui a regroupé plus d’un millier d’enseignants.

Encouragés par cette manifestation et une participation à la grève plus importante que d’habi-tude, des réunions se sont poursuivies dans certains lycées pour que la journée du 9 soit un succès. Les discussions aujourd’hui continuent, et se pose la question de la suite du mouve-ment.

Si, dans quelques lycées, l’idée de la grève reconductible fait son chemin, dans bien d’autres, l’heure est encore à l’information et à l’explication de la réforme.

Le 12 novembre, après les vacances, des syndicats enseignants appellent à une journée de grève contre la suppression de 2 600 postes dans l’Éducation nationale. L’occasion d’être de nouveau dans la rue, plus nombreux encore contre la réforme Blanquer.

Hélène GRILLET 10 Octobre 2018
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08 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

un demi! (cnrs regards sciences-avenir npa)

demi degre

Température de 50°C, (122 Farenheit) 20 juin Phoenix, Arizona.

Climat : le demi-degré qui changerait tout

Le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) vient de rendre public son Rapport spécial sur l’impact d’un réchauffement global de 1,5 °C. Quel est le sens de ce rapport ?

Joël Guiot1 : Lors de la 21e conférence de l’ONU pour lutter contre le changement climatique, la COP-21, qui s’est tenue à Paris fin 2015, les 195 pays membres de la Convention-Cadre des Nations unies sur les changements climatiques se sont engagés à prendre des mesures permettant de limiter le réchauffement climatique à 2 °C au-dessus des niveaux préindustriels. Dans le même temps, commande a été passée au Giec de produire un rapport sur les gains d’un réchauffement limité à 1,5 °C par rapport à 2 °C et les possibilités de mise en place d’un tel scénario.

Jean-Charles Hourcade2 : L’origine de ce rapport tient à l’action des petits états insulaires lors des négociations de la COP-21. Particulièrement exposés aux conséquences du dérègle-ment climatique dans le cas d’un réchauffement à 2 °C, ils ont fait inscrire dans les termes de l’accord la nécessité d’étudier les implications d’une augmentation de la température à 1,5 °C.

Wolfgang Cramer3 : Ce nouveau rapport du Giec constitue la réponse des scientifiques à cet effort. C’est une étape très importante, traduisant la reconnaissance par les négociateurs de la COP de l’importance de fonder la lutte contre le réchauffement climatique sur les résultats de la science, d’une façon beaucoup plus « directe » qu’antérieurement.

1,5 °C, 2 °C, est-ce si déterminant ?

J. G. : Pour fixer les idées, rappelons que depuis 1880, la température moyenne de la Terre a augmenté d’environ 1 °C. Or, fonte des glaciers continentaux et des calottes polaires, hausse accélérée du niveau de la mer, augmentation de la fréquence des épisodes caniculaires, acidification des océans… les effets de ce réchauffement sont déjà très palpables. Cela n’a rien d’étonnant si l’on note que seuls cinq degrés séparent une ère glaciaire d’une ère inter-glaciaire. Ainsi, d’une part nous faisons désormais face à un bouleversement climatique majeur sans précédent par sa vitesse et son aspect planétaire, d’autre part une hausse des tempéra-tures de 1,5 ou 2 °C conduit à des futurs assez différents.

W. C. : Entre 1,5 et 2 °C d’augmentation des températures, on assiste à une hausse très significative de la probabilité d’un basculement irréversible de nombreux systèmes, comme la perte des récifs coralliens dans les océans tropicaux ou la banquise arctique. Par conséquent, une hausse de 2 °C constitue un horizon en termes de changements et d’impacts, mais aussi dans notre capacité à prévoir et donc à anticiper les bouleversements à venir. À l’inverse, une hausse de « seulement » 1,5 °C augmenterait notablement nos chances de nous maintenir en deçà d’une situation climatique hors de contrôle.

Concrètement, quelles différences entre une Terre à plus 1,5 ou plus 2 °C ?

J. G. : On peut citer de nombreux exemples. Ainsi, ce demi-degré se traduit par un facteur 2 sur le nombre d’espèces de vertébrés et de plantes qui risquent de disparaître ou de décliner fortement avec le réchauffement. De même, la surface terrestre affectée par la transformation des écosystèmes, soit 13 % à 2 °C, est divisée par deux à 1,5 °C.

Une limitation du réchauffement à 1,5 °C permettrait également de sauver 2 millions de kilo-mètres carrés de pergélisol sur 14, un gain majeur sachant que la fonte de ces sols gelés entraîne la libération de méthane, un gaz à effet de serre plus puissant que le dioxyde de carbone (CO2), dans l’atmosphère. Autre exemple : plus 2 °C signifie un été sur 10 sans glace dans l’océan arctique, contre un sur 100 à plus 1,5 °C. Ou encore : entre 1,5 et 2 °C, on voit croître dramatiquement la probabilité d’une non-adaptation des écosystèmes coralliens à l’augmentation de l’acidification des océans.

W. C. : Sans sous-estimer les dégâts importants d’un réchauffement à 1,5 °C, ce demi-degré, qui joue sur la répartition des espèces et des maladies, sur les rendements agricoles ou la fréquence des pics de chaleur, a des conséquences très significatives sur l’homme et ses
activités. Un seul exemple : un réchauffement de 2 °C signifie 10 centimètres de plus de hausse du niveau de la mer par rapport à 1,5 °C, impactant 10 millions de personnes en plus dans les zones côtières et les grands deltas.

Un réchauffement de 2 °C signifie 10centimètres de plus de hausse du niveau de la mer par rapport à 1,5 °C, impactant 10 millions de personnes en plus dans les zones côtières et les grands deltas.

Ce constat est saisissant. Mais au regard de la trajectoire actuelle des émis-sions de CO2, est-il simplement possible de limiter le réchauffement sous la barre des 1,5 °C ?

W. C. : En effet, cela ne va pas de soi, alors qu’au rythme actuel des émissions de gaz à effet de serre, on peut s’attendre à une élévation de la température moyenne jusqu’à 4,8 °C par rapport à la période 1986-2005 à l’horizon 2100. Ainsi, au-delà du constat, c’est tout l’intérêt de ce rapport spécial du Giec : pour la première fois, il affirme que, sur la base des connais-sances scientifiques, il est « géophysiquement » possible de limiter le réchauffement à 1,5 °C à l’horizon 2100.

J. G. : Pour y parvenir en maximisant les chances d’un dépassement temporaire n’excédant pas 0,2 °C, il est nécessaire de parvenir à un bilan carbone nul en 2030. Autrement dit, à cette date, les processus de captation du carbone dans l’atmosphère devront compenser les émissions. Ensuite, le bilan doit rester plus ou moins négatif. En revanche, plus on attend pour atteindre un bilan neutre, plus la hausse sera élevée.

Quels leviers faut-il actionner pour cet objectif ?

J. G. : Tout d’abord, il faut réduire nos émissions de gaz à effet de serre, ce qui peut se faire de multiples façons : augmentation de la part du renouvelable dans le mix électrique, plus grande sobriété énergétique, réduction drastique des émissions industrielles, remise en cause de l’étalement urbain, révolution dans les transports ou encore baisse de la consommation de protéines d’origine animale…  Plus précisément, on estime qu’il faudrait réduire les émissions d’origine anthropique de 40 à 50 % par rapport à 2010 d’ici à 2030.

En parallèle, il faut accroître le captage du CO2 atmosphérique par la biomasse, par exemple en étendant les forêts, en augmentant la capacité de stockage du carbone par les sols ou en utilisant plus de biomasse dans le mix énergétique. En dernier recours, le Rapport étudie la possibilité d’utiliser des techniques de géo-ingénierie pour limiter l’apport de chaleur solaire ou enfouir le CO2 en couches géologiques, tout en signalant les risques et les incertitudes associées de ces procédés hautement technologiques.

Un tel objectif nécessite de transformer en profondeur nos modes de vie ?

J.-Ch. H. : À l’évidence, toute trajectoire visant à décarboner l’économie, que ce soit pour un objectif de 2 ou 1,5 °C, questionne nos modes de consommation, nos choix techniques et nos modes d’organisation de l’espace. Mais l’enjeu majeur est qu’on ne peut imaginer enclencher la transition qu’à la condition qu’elle ne se traduise pas par plus de chômage à court terme, ou bien par un ralentissement de sortie de la pauvreté dans les pays en développement. Ainsi, il est décisif de réunir les conditions pour que la transition soit aussi une opportunité de réduire des fragilités majeures de l’économie mondiale comme le sous-investissement en infrastructures, l’insécurité énergétique ou les inégalités.

Quelles sont les clés du changement ?

J.-Ch. H. : En pratique, deux évolutions sont à mener en parallèle.

La première : basculer massivement, dans tous les pays, la fiscalité vers le carbone, afin de bloquer la propagation des coûts de la transition à toute l’économie. Et que chacun détermine les meilleures utilisations des produits de cette taxe dans son contexte national. On ne peut imaginer enclencher la transition qu’à la condition qu’elle ne se traduise pas par plus de chômage à court terme, ou bien par un ralentissement de sortie de la pauvreté dans les pays en développement.

La seconde : réformer le système financier international pour rediriger massivement l’épargne mondiale vers des investissements bas carbone plutôt que, par exemple, sur l’immobilier ou le foncier. J’ajoute que dans le cas d’un objectif de 1,5 °C, on estime que le coût marginal du carbone, c’est-à-dire celui des techniques les plus chères à mettre en place pour atteindre un objectif donné, augmente d’un facteur trois à quatre par rapport à un objectif de 2 °C. Une autre façon de le voir est de dire que le 1,5 °C nécessiterait de lever une « taxe » de 180 à 240 dollars par tonne de carbone émise, et cela dans tous les pays du monde. Ce qui montre l’étendue de la tâche à accomplir.

Est-ce simplement envisageable en pratique ?

J.-Ch. H. : Depuis vingt-cinq ans, de très nombreux travaux ont été réalisés sur la fiscalité carbone. Ainsi, on peut affirmer que le cadre est posé. Mais de nombreux détails restent à étudier pour accélérer sa mise en place et son élargissement à tous les pays. Sur la finance, des liens ont été établis entre la baisse des risques d’investissement via des garanties publi-ques et l’émergence d’actifs bas carbone. Il est maintenant urgent de passer à des propositions dont les acteurs du système financier s’emparent.

Mais cela ne suffira pas. Prenons l’exemple de la rénovation urbaine, nécessaire pour lutter contre la surconsommation énergétique : Il ne suffit pas de la proclamer et de mettre des fonds sur la table. Il faut aussi s’assurer que les professionnels du bâtiment s’organisent pour que les compétences soient disponibles ou que l’on puisse convaincre les copropriétés et les particu-liers d’accélérer le mouvement. D’un mot, il faut agir à tous les niveaux simultanément et ce dans tous les domaines concernés.

W. C. : Le rapport est prudent dans son expression, ne proposant pas de modèle alternatif à suivre nécessairement. Pour autant, il est clair que le défi climatique nécessite un bouleverse-ment sociétal majeur au niveau mondial. En même temps, en montrant l’éventail des solutions à toutes les échelles, locale, nationale et internationale, le rapport montre qu’il n’y a pas de place pour le fatalisme.

J. G. : La bonne nouvelle est que la science permet d’affirmer qu’il existe des chemins pour maintenir le réchauffement sous la barre des 1,5 °C. Mais c’est ensuite une question politique de savoir si nous allons ou pas les emprunter.

Alors que le Giec vient de publier son Rapport spécial sur l’impact d’un réchauffement global de 1,5°C, trois spécialistes du CNRS qui ont participé à sa rédaction: l’écologue Wolfgang Cramer, le paléo-climatologue Joël Guiot et l’économiste Jean-Charles Hourcade, font le point sur les possibilités de contenir le dérèglement climatique en dessous de l’objectif actuel des 2°C.

08.10.2018 Mathieu Grousson

https://lejournal.cnrs.fr/

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07 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

lycées pro (npa)

problemes

Début de résistance dans les lycées professionnels

Après l’annonce par le ministre, au détour d’une interview, de la suppression de 1 800 postes, qui se sont rapidement avérés être 2 600 postes, dans le second degré, la température a commencé à monter dans les salles de profs.

Mais c’est surtout dans les lycées professionnels que cette annonce est entrée en résonance avec le projet de réforme de la voie professionnelle que le gouvernement compte appliquer à la rentrée 2019.

Cette réforme a pour fonction d’adapter les lycées pro (enseignantEs et élèves) aux objectifs du gouvernement 

Une éducation au rabais, sans contenu ni professionnel ni général, juste formatée pour préparer les jeunes à devenir des travailleurEs disciplinés et malléables que les employeurs formeront et exploiteront en fonction des besoins.

Les calculs sont en effet rapides 

252 heures d’enseignement en moins pour une classe de bac professionnel, plus des regrou-pement de filières et une augmentation du nombre d’élèves par classe, cela représente des milliers de postes.

Surtout si, avec les nouveaux programmes vides de contenu (par exemple 2 h de français ou 1 h 30 de maths par semaine), Blanquer met en œuvre ses projets de numérisation de l’ensei-gnement qui vise à imposer aux enseignantEs des cours pré-numérisés à mettre en œuvre.

Autant dire plus une once de liberté pédagogique, de construction de cours, donc plus de justification aux 18 h devant les élèves. Pour surveiller des élèves qui remplissent des fiches, pas besoin de formation pédagogique, et bien sûr remise à plat possible du temps de travail des enseignantEs… à la hausse bien évidemment. Ce qui permettrait encore davantage de suppressions de postes.

Taux de grève inédit depuis une dizaine d’années

Dans les Lycées Pro, l’inquiétude est donc légitimement forte, et l’appel intersyndical à la grève pour le jeudi 27 septembre a été discuté partout où des équipes syndicales l’ont relayé. La colère le dispute à l’incrédulité devant le désastre annoncé pour les élèves et la transformation radicale des conditions de travail.

Et ce qui est posé, au-delà de la grève du 27, c’est la question de la possibilité de faire reculer le ministère sur une réforme en cohérence totale avec les projets de suppressions de postes dans la fonction publique et les transformations du marché du travail, débarrassé des conventions collectives et autres droits sociaux hérités du 20e siècle.

Dans les LP, depuis la victoire de 2000 sur le statut mettant à égalité de traitement les enseignantEs des disciplines professionnelles et générales, il y a eu la défaite face à la réforme du bac pro (2009), ainsi que les reculs interprofessionnels (régionalisation et retraites en 2003 et 2010).

La grève du 27 a été suivie par 13,5 % (chiffres du ministère), ce qui signifie en réalité plus d’un enseignant sur quatre en grève.

Des chiffres inédits depuis une dizaine d’années. Mais surtout, des AG ont eu lieu dans des établissements, et entre établissements (23 établissements à Marseille, 20 en région parisien-ne…) pour discuter des suites.

Ce qui était au centre des discussions, c’est la perspective de construire une grève reconduc-tible des lycées professionnels et de l’élargir aux lycées généraux et technologiques, eux aussi cibles des suppressions de postes par le biais de la réforme du lycée et du bac.

À l’AG parisienne, des collèges et lycées généraux mobilisés sur des problèmes locaux étaient d’ailleurs présents. La prochaine étape sera le 9 octobre, veille du Conseil supérieur de l’Éducation qui discutera de la réforme de la voie professionnelle.

Cathy Billard Jeudi 4 octobre 2018

https://npa2009.org/

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07 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

édito (émancipation)

syndicalisme-autrement

Que faire ?

C’est la question que des militants révolutionnaires russes se posaient à une époque.

C’est la question qui se pose aujourd’hui souvent, en discutant avec des collègues, dans des réunions syndicales… aujourd’hui plus personne ne conteste le caractère de la politique de ce gouvernement et de ce président.

L’adoption cet été de la loi asile-immigration, les “concertations” autour de CAP 22 ou de la contre-réforme des retraites pour démanteler la protection sociale et les garanties statutaires, les annonces de suppressions de postes, qui d’ailleurs épargnent l’armée et la police… ne sont que quelques avatars dans une série de régressions dont la liste serait longue.

Pour autant, même de plus en plus décrédibilisé, non seulement le pouvoir continue l’application de ses régressions, mais il en programme de nouvelles à un rythme soutenu !

La raison en est assez évidente : ce qui pourrait constituer un obstacle pour lui et au premier rang, mais pas seulement, les organisations syndicales, ne jouent pas ce rôle. Y compris quand la mobilisation de la “base” est au rendez-vous, comme on l’a vu avec la grève cheminote.

Dès lors il est logique que la question se pose : que faire ?

Comment les arrêter ? Donner un début de réponse à ces deux questions est indispensable pour éviter la démoralisation, le fatalisme et le repli sur soi. S’il est erroné de penser qu’il suffirait que les organisations du mouvement ouvrier aient de “bonnes” positions face aux projets gouvernementaux, il est tout aussi erroné de penser qu’il suffit que “la base” enfin “se bouge” service par service, établissement par établissement, entreprise par entreprise.

Aujourd’hui c’est cette discussion qui est à l’ordre du jour dans toutes les organisations.

Dans cette revue, nous essayons chaque mois d’y apporter des éléments de réponse, comme par exemple dans le présent numéro avec le dossier “Quel contrôle sur les luttes ?”. C’est une question qui prend de l’acuité au vu de la dernière mobilisation cheminote. Mais aussi quand on regarde la journée d’action du 9 octobre : une journée sans revendication claire, si ce n’est de dire que la politique gouvernementale est régressive, sans perspective – en tout cas pour l’instant – pour organiser un dispositif pouvant faire reculer le gouvernement…

Alors oui, que faire ? Faire grève et manifester le 9 octobre…

Mais pas pour aller tranquillement dès le 10 octobre discuter des modalités d’application du démantèlement des retraites. Si les attaques contre le monde du travail, la jeunesse, les populations immigrées… sont d’une ampleur sans précédent, alors la réponse du mouvement ouvrier doit, elle aussi, être sans précédent.

L’enjeu est plutôt de préparer les échéances majeures.

“Préparer”, pour un syndicat cela signifie : informer les personnels et la population ; montrer les raisons majeures pour lesquelles le retrait pur et simple des projets gouvernementaux et la satisfaction des revendications, locales comme nationales, sont une nécessité ; créer les conditions pour que les personnels dirigent démocratiquement leurs luttes par des AG à tous les niveaux. À ces conditions, le mouvement syndical peut préparer le rapport de forces néces-saire pour les prochaines échéances (retraites notamment) ; c’est-à-dire au fond commencer à inverser le rapport de forces entre capital et travail.

Quentin Dauphiné samedi 6 octobre 2018

http://www.emancipation.fr/

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