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07 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

lycéens (le monde)

jeunes

Les lycéens préfèrent le bénévolat à la politique

Selon une enquête du Conseil national d’évaluation du système scolaire, plus de 40 % des élèves de terminale s’impliquent dans des organisations humanitaires ou environnementales.

Non, les jeunes ne se fichent pas de tout. Certes, l’engagement dans des partis politiques ou des syndicats n’a plus leur faveur depuis longtemps mais ils s’intéressent néanmoins à la vie civique. C’est ce que nous apprend l’étude « Bénévolat, projets citoyens, élections, vie du lycée… : les lycéens veulent-ils encore s’engager ? » publiée vendredi 7 septembre par le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco).

L’un des volets de sa grande enquête nationale sur l’école et la citoyenneté qui porte sur 16 000 collégiens et lycéens et qui sera présentée en 2019. Pour ce premier chapitre, les répon-dants, 6 600 élèves de terminale, dressent logiquement le portrait d’une jeunesse désengagée du politique mais « pas apathique civiquement » selon la présidente du Cnesco, Nathalie Mons. Une tendance déjà démontrée chez les Français en général : une certaine défiance envers les institutions et un rapport « intermittent » au vote.

Deux tiers d’entre eux ont une confiance modérée dans le système démocratique et 37 % seulement se « sentent capables de participer à la vie politique ». Seuls 12 % déclarent s’être déjà engagés en politique.

Mais les jeunes s’engagent malgré tout, différemment.

44 % d’entre eux sont engagés ou se sont engagés par le passé dans des associations huma-nitaires ou de défense de l’environnement, et 75 % déclarent souhaiter s’engager à l’âge adulte. Mais les lycéens annoncent d’emblée qu’ils choisiront des actions ponctuelles, et non affiliées à une organisation politique. La volonté de s’engager dans un syndicat ne concerne par exemple que 33 % des lycéens. En revanche, 71 % d’entre eux se disent prêts à signer des pétitions, 62 % à participer à des manifestations et 58 % à agir via le boycott de produits.

Des lycéens en rupture avec la vie collective

Cependant, certaines catégories de jeunes ne souhaitent pas s’engager. De fait, 4 % des lycéens (soit 28 000 élèves) sortiront du lycée avec le projet de ne pas s’engager du tout dans la vie de la société. Deux profils de lycéens présentent cette volonté : les lycéens les plus fragi-les (11 % des élèves aux résultats scolaires faibles et 11 % des élèves de lycée professionnel) et les très bons élèves.

Les premiers n’ont pas l’intention de s’investir dans des actions revendicatives de contestation du système, via des pétitions, manifestations ou boycotts. L’étude portant sur des élèves de terminale, il faut se garder de généraliser ces chiffres à toute leur tranche d’âge : à ce stade de la scolarité, l’école a déjà écrémé une partie de la jeunesse la plus fragilisée, poten-tiellement touchée par le même phénomène: les décrocheurs scolaires et les jeunes orientés avant le lycée vers les filières professionnelles (CAP).

Enfin, les seconds, eux aussi, sont 12 % à envisager de ne pas du tout s’engager dans la vie sociale à l’avenir. 31 % de ces très bons élèves disent avoir « peu ou pas confiance » dans le système démocratique.

Sur ce point, le Cnesco avance plusieurs explications : il existe un profil d’adultes CSP + présentant une forte défiance dans les institutions. Cette élite scolaire désintéressée pourrait donc préfigurer de futurs adultes qui ne s’intéressent tout simplement pas à la vie publique. Mais il peut aussi s’agir d’un surinvestissement scolaire qui les empêche d’envisager d’autres activités, les bons élèves étant moins nombreux à déclarer avoir déjà eu des activités annexes comme le bénévolat.

Un système scolaire en deçà des volontés d’engagement des élèves

L’école n’est donc pas entièrement à la hauteur sur ces sujets, et pour plusieurs raisons. D’abord parce que seuls 56 % des élèves qui déclarent « bien comprendre les questions politiques qui concernent la France » : les connaissances civiques des lycéens semblent être en deçà de l’investissement dans l’éducation à la citoyenneté. Avec douze années d’ensei-gnement spécifique (les cours d’éducation morale et civique commencent dès l’école primaire), la France est en effet le pays européen qui propose dans ce domaine l’enseignement spécifique le plus long.

Ensuite, le désintérêt des meilleurs élèves pour la chose publique doit poser question, et l’école pourrait valoriser davantage l’engagement.

Le Cnesco préconise ainsi la création d’un « compte temps de bénévolat », qui serait néces-saire pour avoir le bac. Un système similaire existe aux Etats-Unis, où les élèves doivent parti-ciper à des « community services » pour valider leur dernière année de lycée. En outre, l’école pourrait créer plus d’opportunités d’engagement, la vie lycéenne étant la première expérience de vie collective à portée des jeunes. Or, seuls 10 % des lycéens déclarent avoir fait du tutorat auprès des plus jeunes, et à peine plus ont déjà participé au journal du lycée.

07.09.2018  Violaine Morin

https://www.lemonde.fr/

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06 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

rentrée (la rotative + l’humanité + npa)

Blanquer-dinosaure

Chronique d’une année scolaire : petits soucis annoncés

Le 2 août, dans le quotidien régional Ouest France, E. Phillippe et J-M. Blanquer ont présenté leur réforme de l’éducation.

La casse du service public continue, et le management fait des ravages. Entre le dédain affiché face aux professionnels et la limitation des dépenses, les années scolaires prochaines s’annoncent mal. Le rapport Cap 22 est parsemé de pistes diverses et variées sur l’éducation.

Certaines des idées ont été mises de côté par le ministère, d’autres sont conservées et seront appliquées dès la rentrée. En prenant la parole dans un journal de la presse quotidienne régionale, le ministre annonce les orientations prises pour les trois années à venir. Que les réformes engagées ne fassent pas l’objet d’une communication aux professionnels devient une habitude de ce ministère qui use des médias pour sa communication personnelle et qui apprécie l’été pour faire passer en douce sa réforme et les nouveaux programmes.

Travailler plus pour gagner plus, enfin si on peut

La première annonce concerne le salaire des enseignants. La perspective de hausse des salaires est mise en avant. Les enseignants du second degré pourront effectuer des heures supplémentaires, ce qui limitera d’autant l’embauche pourtant nécessaire de remplaçants. Pour les enseignants du premier degré, il leur faudra aller enseigner en zone d’éducation prioritaire (REP+), et la prime allouée sera calculée par rapport aux résultats de leurs élèves. Cette mesure vise ainsi à faire remonter artificiellement le niveau des élèves aux évaluations nationa-les qui seront effectuées en CP et CE1. Une prime au mérite donc, à l’obéissance et à la concurrence entre collègues et écoles.

Une réforme à moyens constants

Comme la plupart des réformes mises en place dans l’éducation, celle-ci se fera également à moyen constant. Ce qui signifie que la priorité étant mise sur le premier degré, le second degré verra des postes disparaitre.

Les postes supprimés émaneront principalement de la réforme du lycée, qui va permettre de diminuer le nombre de postes en abaissant le volume horaire d’enseignement. Or, les prévi-sions du ministère de l’Éducation nationale annoncent près de 30 000 élèves en plus en 2018 et près de 40 000 en 2019 pour le second degré. C’est donc une certitude qu’à la rentrée, notamment dans les collèges, les classes seront surchargées. J-M. Blanquer va ainsi devenir le premier ministre de l’Éducation à manœuvrer le navire avec un budget en baisse par rapport aux années précédentes.

13 académies au lieu de 26

La réforme s’attaque aussi aux académies. L’idée du ministère est de faire coïncider le nombre d’académies avec le nombres actuels de régions. L’idée est d’éviter « la métropolisation exces-sive ». L’étalement de certains territoires risque surtout d’éloigner encore plus les enseignants des instances administratives de direction.

La principale justification de la réforme est bien dans les économies réalisées dans la gestion des personnels. Cette mesure nécessite une totale régionalisation des personnels. Mais les enseignants pourraient ainsi également être nommés à l’échelle des régions académiques. Il semblerait que Blanquer ait décidé de faire table rase de l’Éducation nationale, en mettant en avant la concurrence, l’externalisation de compétences et la gestion des ressources humaines comme leviers à la destruction de l’école publique.

Déca 4 septembre 2018

https://larotative.info/

Lire aussi:

Jean-Michel Blanquer s’est trompé sur une question sur l’accord du participe passé (et il a du mal à le reconnaître) (Le Huffington Post)

Comment Blanquer met l’école en ordre de marché! (Chiffon Rouge-Humanité)

20 % des étudiant(e)s ne savent pas où ils étudieront cette année (NPA)

Le rentrée selon Blanquer : des profs plus performants (RP)

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06 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

édito (émancipation)

le peril jeune

La jeunesse répond… “Résistance !”

Même fragilisé par les affaires et le départ de Hulot, Macron poursuit son offensive réaction-naire contre touTEs, migrantEs, travailleurEs, chômeurSEs, retraitéEs, bénéficiaires d’allo-cations… Et contre la jeunesse. Une véritable guerre avec des armes de guerre, des blesséEs, des opérations de quadrillage, de renseignement, d’enfermement, de harcèlement…

Cette guerre, les quartiers populaires la vivent déjà depuis longtemps et elle risque de s’inten-sifier vu que le plan banlieue de Macron, c’est affecter plus de flics, à la gâchette de plus en plus libérée.

Mais à présent, c’est l’ensemble de la jeunesse qui est visée.

Comme le confirment les affaires et mesures de cet été. Les agissements de Benalla ont montré que Macron entretenait des barbouzes pour terroriser les jeunes ayant l’impudence de manifester le 1er mai ou de commémorer 68. La guerre, toute “militaire”, contre les occupantEs de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, avec ses nombreux/ses blesséEs, montre à quel point le vieux monde des possédants que représente Macron et sa clique ne peut tolérer que la jeunesse expérimente des alternatives à cette société de la marchandisation et de l’ordre capitaliste.

Il en va de même vis-à-vis de tout ce que les jeunes peuvent construire de différent, avec la criminalisation des squats et aussi avec la mort de l’éducation populaire programmée par une circulaire du 24 juillet. Le pouvoir détruit les lieux et activités que les jeunes ont librement choisis pour leur imposer l’enfermement, en prison, en centre fermé ou dans un service civil universel.

La guerre contre la jeunesse en formation s’est jouée avec une violence inédite lors des occu-pations et blocages des établissements d’enseignement, à l’initiative des forces de répression étatiques ou des fachos, en bonne intelligence, comme ce fut le cas dans les chasses aux exiléEs dans les Alpes. Le ministre de l’Intérieur connait bien les identitaires. Mais cette guerre se joue aussi sur le champ des réformes du bac, de la voie professionnelle et de la loi ORE avec Parcoursup qui vide des filières universitaires et trie des milliers de bachelierEs “qui ne savent pas ce qu’ils veulent et n’ont qu’à demander de l’aide au ministère” !

Et pour celles et ceux qui arriveront tout de même en fac, l’éjection rapide est organisée par l’arrêté licence 2018 du 7 août, au moins pour la moitié des étudiantEs qui ont l’obligation de travailler ou ont la charge d’enfants : contrôle terminal ne valant plus que pour 50% de la note du semestre, disparition de la péréquation entre les deux semestres, choix pour les prési-dentEs d’universités d’organiser ou non la péréquation entre les matières d’un semestre, ainsi que les cessions de rattrapage et de priver unE étudiantE de bourse ou de visa à la faveur du “contrat de réussite pédagogique”.

Contre ceux et celles qui veulent démobiliser la jeunesse dans ce qu’elle peut porter de rupture pour en faire juste des consommateurEs et des employéEs zéléEs, la jeunesse répond (ou devrait répondre comme elle l’a fait maintes fois) “résistance !”

Pour cela, il faut qu’elle puisse s’organiser malgré l’expulsion rapide de ses occupations et la répression violente de ses manifestations.

Le mouvement syndical peut y concourir en proposant des moyens logistiques et des lieux pour se réunir (une raison supplémentaire d’aider à l’achat du local Crozatier) et en renforçant des initiatives, comme sur la ZAD NDDL les 27 et 28 septembre ou les appels à se rassembler en soutien devant les lieux occupés, les commissariats et les tribunaux, comme à Rennes où a été obtenue la relaxe de J. B., en appel de sa condamnation à un an de prison ferme pour avoir défendu la ZAD.…

Rappelons-nous que la dernière victoire du mouvement syndical remonte à la lutte pour le retrait du CPE en 2006, impulsée par les jeunes puis rejointe par les syndicats et les quartiers.

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Olivier Vinay, jeudi 6 septembre 2018

http://www.emancipation.fr/

Lire aussi:

Pour une rentrée de classe (Emancipation)

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06 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

saint brieuc avs (fr3)

Saint-Brieuc : manifestation pour défendre les postes d’employés de vie scolaire

Mercredi matin plus de 40 personnes se sont rassemblées devant l’inspection académique de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) pour dénoncer la diminution du nombre d’Employés de Vie Scolaire (EVS). Leur rôle est pourtant crucial, notamment dans l’accompagnement des enfants en situation de handicap.

Parents d’élèves, directeurs d’école, élu et Employés de Vie Scolaire (EVS) ont manifesté leur colère ce mercredi 5 septembre pour dénoncer la suppression de près de la moitié des postes d’employés de vie scolaire dans le département des Côtes-d’Armor. Les EVS avaient pour missions principales d’accompagner les enfants en situation de handicap mais aussi d’assister les directeurs d’école dans les tâches administratives et dans l’accueil des élèves et de leurs parents.

Une conséquence de la suppression des emplois aidés

« On a appris à la toute fin de l’année scolaire dernière que des personnes qui accompagnent des enfants handicapés dans les écoles, voyaient leur contrat se terminer au 31 août », dénon-ce Stéphane Mottier, secrétaire départemental du syndicat Snudi-Fo 22. Il précise que les suppressions d’emploi concernent les personnes recrutées dans le cadre des contrats aidés, dont le financement a été réduit de 40% par le gouvernement en 2018.

« A la rentrée 2017, on comptait 608 EVS, cette rentrée, il n’y en a plus que 283, donc 325 personnes ont vu leur contrat s’arrêter » selon Stéphane Mottier. Une partie des suppressions est censée être compensée par la création de contrats d’accompagnants d’enfants en situation de handicap (AESH) mais les EVS qui étaient assistants administratifs, se retrouvent, eux, au chômage et leur absence risque de se faire sentir au sein des écoles des Côtes-d’Armor.

Louise Cognard 05/09/2018

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

Lire aussi:

Scolarisation des enfants en situation de handicap : « Le droit à l’école n’est pas effectif en France », dénonce l’Unapei

Handicap : la rentrée de Maëva

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Saint-Brieuc : manifestation pour défendre les postes d’employés de vie scolaire (FR3)

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Contre la loi ELAN, des handicapés bloquent un convoi de l’A380

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05 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

éducation nationale 1 (npa)

capityalisme

Pour stopper Macron et Blanquer, une seule solution, un grand mouvement de lutte dans toute l’Education !

La première rentrée concoctée par Macron et Blanquer marque un cran de plus dans la régression des conditions d’études des élèves et de travail pour tous les personnels de l’éducation, de la maternelle à l’université.

Pour démarrer par ce qui est peut-être le plus emblématique des choix gouvernementaux pour parachever la construction d’une école dévouée à la sélection sociale et aux intérêts patro-naux, il faut prendre la mesure de la catastrophe « ParcourSup ».

Plus de 170 000 jeunes ont quitté la plate-forme depuis sa mise en place sans qu’on sache ce qu’il est advenu d’elles/d’eux (échec au bac ? départ vers le privé ? renoncement aux études supérieures ?… ) qui s’ajoutent aux dizaines de milliers qui ne se sont pas inscritEs sur ParcourSup, en particulier dans les Lycées Professionnels.

Plus de 50 000 étudiantEs n’ont reçu aucune proposition d’affectation à quelques jours de la rentrée universitaire, environ 80 000 sont encore dans l’espoir d’un vœu correspondant mieux à leur choix.

Comment ces dizaines de milliers de jeunes vont-ils/elles pouvoir s’organiser pour trouver un logement ?

Combien se retrouveront in fine sans rien du tout ou placés comme des pions n’importe où par défaut ? La plupart des établissements universitaires sont paralysés dans leur fonctionnement puisqu’ils ignorent le nombre d’étudiant-e-s qu’ils accueilleront à la rentrée.On ne connaît pas le résultat final de Parcoursup mais on sait d’ores et déjà que le gouvernement a réussi à mettre en place la sélection à l’université en réduisant le taux d’entrée dans le supérieur.

Le leitmotiv de ce gouvernement n’a rien d’exceptionnel, il est le même que tous ceux qui l’ont précédé 

Faire des « économies » sur le dos du service public afin de distribuer toujours plus d’argent aux grands groupes capitalistes et à leurs actionnaires. L’ensemble des services publics les plus essentiels pour la population sont au cœur de la cible et pas seulement l’éducation : la santé, le logement, les transports, la culture… Mais avec « Cap 22 » le gouvernement ne veut plus se contenter de supprimer des postes, ce qu’il considère comme « une politique du rabot ». Le gouvernement vante désormais « un travail de fond » et assure « réfléchir sans totem ni tabou à la transformation de l’action publique ». C’est-à-dire la destruction de la fonction publique et la casse du statut des fonctionnaires.

Nous voilà prévenuEs, avertis.

A la lumière de tout ce que Macron a réussi à mettre en œuvre depuis son arrivée au pouvoir (ordonnances contre le Code du Travail, casse du statut des cheminots, Parcoursup, réta-blissement du jour de carence,…) il faut bien se rendre compte d’une chose : nous ne l’arrê-terons que si nous nous mettons en lutte de manière déterminée toutes et tous ensemble et en même temps !

Cela veut dire, pour notre secteur professionnel, de la maternelle à l’université.

Il faut en finir avec les journées d’action séparées par degrés, parfois mêmes entre profs de collège et de lycée, éparpillées dans le temps et dans l’espace comme on les a connues l’an dernier. Car c’est la même logique qui ronge les budgets et le fonctionnement de l’école élémentaire, des collèges, des lycées généraux et professionnels, des universités.

Il faut aussi en finir avec toutes les « discussions », les « concertations » menées par les organisations syndicales avec ce gouvernement. Il n’y a rien à négocier avec Macron et Blanquer.

La journée de mobilisation interprofessionnelle du 9 octobre devra être la plus réussie possible mais elle ne suffira pas.

Nous sommes près d’un million de salariéEs dans l’Education, avec les jeunes et leurs parents, nous représentons une force considérable. Montrons qu’elle existe dès cette rentrée 2018 pour dire non à cette école capitaliste !

Commission Education Nationale du NPA

Lire aussi:

« Mobilisation » le 9 octobre contre la politique sociale « idéologique » du gouvernement (Le Monde)

Plusieurs syndicats appellent à manifester le 9 octobre contre la politique sociale du gouvernement (Sud Ouest)

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05 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

éducation nationale 2 (npa)

cuts

 

Un inventaire à la Prévert (et sans doute incomplet) qui met en rage !

  • Fermeture des CIO
  • Classes de primaires accueillies dans des rez-de-chaussées d’immeubles
  • Fin programmée des lycées professionnels
  • Disparition de 2500 postes de stagiaires à cette rentrée
  • Réduction de moitié des contrats aidés, notamment pour l’accompagnement des élèves handicapés
  • Nouveaux programmes autoritaires et réactionnaires
  • Diminution des heures d’enseignements en lycée et LP et appauvrissement de leur contenu disciplinaire
  • Fin du baccalauréat comme diplôme à caractère national
  • Explosion des effectifs dans les classes de collèges….
  • Fin annoncée du système de retraites par répartition et du calcul des pensions sur les 6 derniers mois de salaire
  • Suppression de milliers de postes en lycées et LP par la mise en oeuvre des réformes du Bac et de la Voie Professionnelle
  • Généraliser la précarité et la contractualisation
  • Modification du recrutement et des affectations des personnels

CAP 2022 : en marche vers la destruction du statut

L’objectif est de baisser la part de la dépense publique dans le produit intérieur brut de 3 points d’ici à 2022.

Au nom « de la modernisation de l’État », le gouvernement, qui a pour objectif de se débarras-ser de 120 000 fonctionnaires d’ici la fin du quinquennat, doit taper fort et aller vite en mar-quant les esprits. Parmi les annonces de cet été, on trouve celle de la suppression des commissions administratives paritaires.

Cela aura notamment une conséquence particulièrement inquiétante sur les mutations qui ne seront plus examinées au moyen d’un barème connu de tous les personnels.

À la place, la recette est toute trouvée : la gestion par les « managers publics », et en parti-culier le recrutement direct par les chefs d’établissement. Le ministère annonce en parallèle « développer significativement les postes à profil ». Cela entre dans la même logique : passer d’un système de mutations réglées par un barème à une mobilité sur profil, avec un recrute-ment direct avec CV et lettre de motivation, comme dans le privé.

Dans le même temps, le gouvernement annonce vouloir « revoir la place du concours ». Concrètement, il s’agit d’avancer l’épreuve d’admissibilité au niveau licence, sans donner de précision sur les épreuves d’admission. L’objectif semble être de faire évoluer le recrutement des enseignant-e-s du modèle du concours vers le modèle de l’examen suivi d’un recrutement direct par la hiérarchie immédiate.

Vers une rémunération au mérite !

La rémunération au mérite est un des volets de Cap 2022. Elle a commencé à être déclinée pour les enseignantEs avec l’annonce de la prime de 3000 euros en REP+. Après avoir saccagé la plupart des moyens alloués à l’éducation prioritaire, c’est une ultime provocation car cette prime comprendra une part fixe de 1000 euros et une part modulable liée aux résultats des élèves !

Alors que les évaluations nationales de début CP, mi-CP, début 6e et début de 2nde générale ont été ou sont en passe d’être mises en place. Et « pour assurer une évaluation régulière et transparente des établissements scolaires, une instance d’évaluation sera créée par voie législative au 1er trimestre 2019 ».

Quel meilleur moyen pour déterminer le « mérite » des enseignant-e-s que les notes de leurs élèves ? Cette rémunération au mérite va de pair avec un recul salarial pour les personnels de l’éducation. Le retour du gel du point d’indice et du jour de carences, déjà mis en œuvre, s’accompagne de la seule promesse du recours accru aux heures supplémentaires, exonérées qui plus est des cotisations salariales. Bref, tout simplement une baisse du salaire réel.

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03 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

écoles morlaix (le chiffon rouge + lo)

sardines

Fermetures de classes, effectifs trop chargés: une rentrée qui s’annonce compliquée dans certaines écoles publiques morlaisiennes

On aurait aimé une rentrée un peu plus sereine, dans des meilleures conditions et avec moins d’incertitude, dans plusieurs écoles publiques de Morlaix. 

Au lieu de ça, 3 postes et 3 classes sont menacés de fermeture à l’école Gambetta, l’école Jean Jaurès, et l’école Corentin Caër, trois écoles de quartiers populaires qui intègrent pourtant des enfants en situation de handicap, des enfants d’origine étrangère, des enfants qui rencontrent des difficultés sociales aussi parfois, et dont le travail pour garantir l’égalité d’accès aux savoirs à tous les enfants aurait dû être mieux soutenu.

L’inspection académique doit revenir sur son projet de fermeture de 3 postes dans les écoles publiques morlaisiennes. 

A Emile Cloarec aussi, des effectifs en baisse dans une école qui a déjà connu une hémorragie certaine de sa population scolaire depuis des années, pourraient fragiliser l’école publique de Ploujean.

Pareillement, au collège Mendès France, et également selon nos informations au collège Tanguy Prigent de St Martin des Champs, les effectifs de rentrée en 6ème, très chargés (presque trente élèves par classe), avec beaucoup d’enfants avec des difficultés scolaires, laissent présager des difficultés.

Ces collèges se relancent au niveau de leur réputation grâce au travail de grande qualité de leurs équipes, mais enseigner dans une 6è avec une grande hétérogénéité de niveaux avec 20 ou 30 élèves, ce n’est pas du tout la même chose.

Donner des moyens de remplir ses missions à l’enseignement public au moment où les inéga-lités et les difficultés sociales progressent et où l’école est essentiel, et pour cela, surtout quand il y a un nombre important d’élèves qui ont plus besoin d’une aide particulière, avoir des effectifs peu chargés est essentiel.

Et c’est une question de maintien et de création de postes. 

Or, la volonté de Macron, de son gouvernement et de ses députés qui mènent une politique d’austérité au service des riches et des milieux financiers, est de réduire le nombre de fonctionnaires.

C’est sans doute pour cela que Sandrine Le Feur, députée La République en Marche de Morlaix, a justifié d’une certaine manière la fermeture des classes dans les écoles publiques morlaisiennes. alors que son rôle aurait été de faire tout l’inverse.

Commentaire: Emprunté à Ismael Dupont, conseiller municipal PCF, Morlaix

http://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr

Lire aussi:

Rentrée scolaire : pénurie organisée (Lutte Ouvrière)

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02 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

écoles de guerre (slate + jdd)

enfantsoldat02

L’industrie de l’armement dépense des millions pour faire sa pub dans les écoles

Pour les 4 ans et plus.

Si la culture de l’armement aux États-Unis est régulièrement pointée du doigt, l’Europe n’est pas épargnée par le lobby des fabricants d’armes et leur stratégie de communication. Celle-ci commence dans les écoles, où des millions sont dépensés chaque année par les plus grands exportateurs pour promouvoir leurs marques.

«En tant que leader mondial de l’ingénierie avancée et de la technologie, nos activités éduca-tives inspirent la prochaine génération d’ingénieurs à combler nos lacunes en matière de compétences. Nous investissons dans un éventail de programmes diversifiés visant à encou-rager plus de jeunes à étudier les matières STIM (sciences, technologie, ingénierie, mathéma-tiques), ce qui est vital pour l’économie britannique», déclarait ainsi une porte-parole de BAE Systems –la plus grande compagnie d’armement d’Europe, basée au Royaume-Uni– pour défendre leur investissement dans les écoles.

Des programmes pour enfants de 4 ans

Un article publié par le Guardian détaille l’ampleur du phénomène: l’année dernière seulement, BAE a visité au Royaume-Uni 420 écoles pour présenter ses produits. Depuis 2005, 213.000 écoliers ont assisté à des événements organisés par l’entreprise, qui se targue d’avoir 845 ambassadeurs, dont la plupart dirigent des écoles.

«Les entreprises, qui ont entre-temps vendu des dizaines de milliards de livres d’armes à des gouvernements étrangers, y compris à ceux où les droits humains sont bafoués, sponsorisent une série d’événements scolaires lors desquels leurs marques sont affichées en évidence. En plus de cela, ils distribuent du matériel pédagogique à utiliser dans les salles de classe qui font la promotion du secteur de la défense, sponsorisent des concours et décernent des prix», rapporte le Guardian.

Actuellement, les avions de combat de BAE sont utilisés au Yémen par les forces saoudiennes, où des frappes sur des bâtiments civils ont toujours lieu. Mais les entreprises ne lésinent pas sur les moyens: récemment encore, BAE s’était payé une intervention de Maddie Moate, la célèbre présentatrice de CBeebies, une chaîne télévision ciblant un public de six ans et moins.

«Quand ces entreprises font leur promotion auprès des enfants, elles ne parlent pas de l’impact mortel de leurs armes.

Beaucoup de ces entreprises tirent des profits de la guerre et ont alimenté des atrocités dans le monde entier. Les écoles sont vitales pour notre société et ne devraient jamais être utilisées comme véhicules commerciaux pour les sociétés d’armement. Il est temps que les sociétés d’armement soient expulsées de la salle de classe», a déclaré Andrew Smith, un activiste de Campaign Against Arms Trade.

Thales et les enfants

En France, Thales a inventé ses mascottes, «Raybot et Faybot», deux mignons petits robots pour promouvoir ses outils éducatifs auprès du jeune public. «L’entreprise produit des ressour-ces pédagogiques et des plans de cours pour les enseignants, parraine Foire du Big Bang et des événements régionaux à travers le pays, et a conçu un simulateur de missiles comme “une nouvelle activité avec laquelle les enfants peuvent jouer, liée à notre travail et qui aidera à les inspirer pour envisager une future carrière dans l’ingénierie”», raconte le Guardian.

Thales est aussi le dixième armurier mondial, qui compte dans ses clients l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte et le Kazakhstan. Le leader français et européen de la concep-tion de missiles, MBDA, organise quant à lui des concours de robots où des enfants doivent designer et construire un robot.

Si les professionnels de l’armement défendent ces pratiques par la nécessité de susciter de nouvelles vocations chez les jeunes, la Grande-Bretagne manque d’ingénieurs et doit souvent faire appel à des sous-traitants étrangers, pour Andrew Smith, il faut d’abord envisager l’impact culturel que cela peut avoir: «les sociétés d’armement ne ciblent pas les écoles parce qu’elles se soucient de l’éducation. Elles le font parce qu’elles veulent améliorer leur réputation et normaliser leur business épouvantable».

Léa Polverini  2 septembre 2018

Repéré sur The Guardian

http://www.slate.fr/

LIRE AUSSI:

Comment l’industrie des armes réécrit l’histoire (Slate)

Rentrée scolaire : 100 millions d’euros d’investissements pour les lycées militaires (JDD)

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01 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

évaluations (europe 1)

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Evaluons le ministre!

Rentrée 2018  De nouvelles évaluations en CE1 et en seconde à la rentrée : les syndicats dénoncent un « outil d’évaluation des politiques publiques »

La multiplication des tests à l’échelle nationale pour mesurer le niveau des élèves: en CP, CE1, sixième et seconde, est dénoncée par certains repré-sentants syndicaux comme une manière pour l’Éducation nationale d’évaluer aussi ses enseignants.

La mise en place de nouvelles évaluations nationales pourrait bien agiter la rentrée 2018. En plus des tests déjà pratiqués depuis 2017 en CP et en sixième, afin d’estimer le niveau des élèves qui arrivent dans le primaire et dans le secondaire, le ministère de l’Education nationale entend également mesurer celui des élèves qui entrent en CE1 et au lycée, en seconde. Ce dispositif répond à l’une des promesses de campagne du candidat Macron, avec pour objectif de prendre une photo exacte du niveau des élèves, afin de mieux identifier d’éventuelles faiblesses ou lacunes.

Une manière de noter les enseignants ?

Mais les syndicats ne l’entendent pas exactement de cette oreille, et se demandent si, derrière la multiplication des tests, ne se cache pas une manière insidieuse pour le gouvernement d’évaluer la qualité d’enseignement des différents établissements. « On est parti d’évaluations nationales qui étaient là pour être des outils pédagogiques et l’on voit qu’elles se transforment en outil d’évaluation des politiques publiques », relève ainsi auprès d’Europe 1 Stéphane Crochet, secrétaire général du syndicat SE-UNSA. « Est-ce que cela veut dire que c’est une évaluation des écoles, des collèges et des lycées ? », interroge-t-il.

« Le risque, c’est de se mettre à préparer nos élèves à répondre à des exercices qui serviront à nous noter, nous les enseignants, professionnellement. Si l’on se met à faire ça, on perd complètement le sens de ce que l’on a à faire à l’école », estime encore ce syndicaliste.

« Un outil » au service de l’enseignant.

Autant de doutes que Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, a tenu à balayer samedi, au micro de Bernard Poirette, également sur Europe 1 : « On n’évalue pas un travail fait les mois précédents par le professeur concerné, on fait le point en début d’année pour voir les forces et les faiblesses d’un enfant, et l’amener à réussir en ayant un bon portrait de lui », a-t-il fait valoir.

Pour le locataire de l’hôtel de Rochechouart, les crispations viennent aussi du fait que l’éva-luation est associée à une forme de sanction, quand lui ne veut y voir qu’un instrument pédagogique. « Dès que l’on arrive dans le domaine scolaire, ça deviendrait une mauvaise chose. C’est une mauvaise approche, la bonne approche est de considérer l’évaluation des élèves comme un outil », balaye-t-il.

Virginie Salmen 01 septembre 2018
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Commentaire:  Les évaluations c’est très bien, mais pendant qu’on fait cela (plus le codage) cela fait autant de temps d’enseignement en moins. Pour une profession qui croule déjà sous
les réunions et les paperasses, cela fait autant de temps que les enfants n’auront pas ou que les profs devront prendre sur leurs week-ends. L’exception française c’est quand même une méfiance envers les enseignants (sous payés malgré leur « vocation ») par une surveillance tatillonne. Comme si l’échec du système en terme « d’égalité des chances » était exclusivement dû aux profs,  qui refuseraient « des réformes » (quasi annuelles!) ou emploieraient certaines techniques.

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31 août 2018 ~ 0 Commentaire

inégalités (cnrs)

ecole pole emploi

Comment l’orientation scolaire renforce les inégalités

Alors que l’école française pèche par un trop grand élitisme, le système d’orientation des jeunes vers l’enseignement supérieur favoriserait le maintien des inégalités sociales. Une problématique au cœur des recherches d’Agnès van Zanten, sociologue et spécialiste des politiques éducatives.

Vous menez depuis longtemps des recherches sur les politiques éducatives. Selon vous, quelle est la caractéristique majeure du fonctionnement de notre système scolaire ?

Agnès van Zanten : Comparé à d’autres modèles éducatifs, y compris ceux de nos proches voisins européens, le système français se montre particulièrement efficace pour dégager une élite, écrémer progressivement les meilleurs ou supposés tels, repérer les pépites qui occu-peront les postes les plus en vue dans l’administration, la politique, l’économie, la recherche… À cette fin, un accent très fort est mis très tôt sur la notion d’excellence, à tel point que dès l’école primaire, les enfants sont notés et évalués. Tout le discours de l’école française repose sur l’idée que, pour atteindre cette excellence, l’environnement social et familial des élèves importe peu. Seuls comptent les efforts que l’on fournit en classe. Selon le principe mérito-cratique au fondement de l’école républicaine et indissociable de l’idée d’égalité des chances, plus un élève travaille, quel que soit son milieu d’origine, et plus il aura de bons résultats, sera récompensé par des diplômes et s’assurera une belle carrière. De même, notre système éducatif est irrigué par la croyance que le concours, avec ses épreuves anonymes passées dans les mêmes conditions par tous les candidats, est la procédure la plus sûre, la plus « pure », la plus juste, pour sélectionner les meilleurs élèves.

Dans les faits, cette idéologie méritocratique induit-elle des effets pervers ?

A. V. Z. : En privilégiant un enseignement plus soucieux de fabriquer une élite que de faire acquérir à tous les élèves un socle commun de connaissances, notre système éducatif répond mal à la massification de l’accès à l’enseignement secondaire et supérieur. Chaque année, environ 20 % des jeunes quittent l’école sans diplôme ni qualification, 23 % des élèves des filières professionnelles échouent au CAP, 26 % au BEP, et autant d’étudiants ou presque abandonnent leurs études supérieures. Ce taux d’échec élevé charrie beaucoup de frustration, de fatalisme et de doutes sur leur valeur personnelle chez celles et ceux qui sont ainsi mis de côté et se sentent condamnés à rester dans les strates inférieures de la société.

La France est devenu un des pays les plus inégalitaires de l’OCDE en matière d’éducation. Ainsi, les enfants de cadres sont deux fois plus souvent diplômés du supérieur que les enfants d’ouvriers, et 20% des jeunes quittent chaque année l’école sans qualification ni diplôme.

Quels sont les jeunes le plus massivement touchés par l’échec scolaire ?

A. V. Z. : Ceux des milieux populaires, sans surprise. Depuis les travaux du sociologue Pierre Bourdieu dans les années 1970, on sait en effet que la réussite scolaire est étroitement corré-lée au capital économique et culturel familial. Les chiffres sont implacables : les enfants de cadres sont deux fois plus souvent diplômés du supérieur que les enfants d’ouvriers, même si le système a tendance à nier l’impact du milieu socio-économique sur les performances. Selon les enquêtes Pisa (Programme international pour le suivi des acquis), la France est un des pays les plus inégalitaires de l’OCDE, un de ceux où le déterminisme social est le plus fort, où l’école, malgré des alternances politiques et des réformes successives, demeure « indifférente aux différences », comme le disait Pierre Bourdieu.

La France mérite aussi le bonnet d’âne pour ses piètres performances en matière de mixité sociale…

A. V. Z. : Celle-ci, de toute évidence, est loin d’être une réalité. En moyenne, les collégiens et lycéens d’origine aisée comptent dans leur classe deux fois plus de camarades également favorisés que ceux des classes moyennes et populaires.  La mixité est  favorable à la réussite de tous, sous certaines conditions, mais aussi profitable sur le plan sociétal. L’enseignement privé, notamment dans les grandes villes, joue un rôle ségrégatif important (la majorité des élèves de ces établissements appartient aux catégories favorisées). Dans le secteur public, beaucoup de parents des classes supérieures surestiment le risque de « contamination » des bons élèves par ceux en difficulté et déploient des stratégies pour contourner la carte scolaire et accéder à des établissements convoités où prospère un entre-soi scolaire, social, ethnique…

Une masse de travaux montre pourtant que la mixité tire les plus faibles vers le haut sans pénaliser les plus forts, pourvu que les enseignants aient appris à gérer les différences de niveau entre les élèves et que cet écart ne soit pas maximal (il ne faut pas être démagogue, on ne peut pas mettre les enfants les plus brillants avec ceux les plus en difficulté). La mixité est donc favorable à la réussite de tous, sous certaines conditions, mais aussi profitable sur le plan sociétal. Se mélanger aux autres à l’école aide à construire le « vivre ensemble » dans nos sociétés hétérogènes, à condition que l’école soit porteuse d’un idéal culturel et social à la hauteur de cette ambition.

Les problèmes liés à la scolarité des jeunes des milieux défavorisés se manifestent-ils dès le primaire ?

A. V. Z. : Nous avons une image un peu enchantée de l’école primaire. Cette vision idyllique est intimement liée aux souvenirs d’enfance et au fait que, dans la plupart des cas, les écoliers manifestent un comportement d’acceptation des normes scolaires et les classes ne connais-sent pas de soucis de discipline et de violence, les jeunes enfants entretenant un rapport très positif au savoir et aux enseignants. Toutes les études montrent cependant que des décrocha-ges (largement invisibles car sans rejet ostensible de l’institution) interviennent dès le cours préparatoire. Ils sont essentiellement le fait d’élèves des milieux populaires et vont pénaliser ces derniers tout au long de leur scolarité. Une partie du problème tient à ce que les ensei-gnants du primaire ne reçoivent pas une formation didactique et pédagogique suffisamment poussée pour pouvoir détecter les « décrocheurs » précoces comme c’est le cas en Finlande où l’enseignement, soit dit en passant, est une profession très valorisée et très bien rémunérée.

Vos recherches actuelles portent sur les conditions dans lesquelles les lycéens sont amenés à choisir leurs études supérieures. Que cherchez-vous précisément à mettre en lumière ?

A. V. Z. : Jusqu’à présent, très peu de travaux ont été conduits dans notre pays sur les processus qui, au sein des établissements scolaires et des familles, ou encore via Internet, les plates-formes d’orientation en première année d’études supérieures, les salons d’orientation…, entretiennent ou creusent les inégalités entre jeunes s’agissant de leurs choix d’orientation dans le supérieur. Pour mieux saisir pourquoi la France affiche un faible taux de scolarisation des enfants des classes populaires dans le supérieur, nous avons mis en place depuis 2013 un dispositif inédit de grande envergure. Celui-ci repose sur des questionnaires distribués auprès de 1 800 élèves de terminale et de 450 proviseurs de lycées de la région parisienne, ainsi que sur des enquêtes ethnographiques dans quatre lycées et dans plus d’une vingtaine de salons et de journées portes ouvertes d’établissements d’enseignement supérieur.

Un des volets de cette étude concerne le rôle des lycées dans l’orientation vers le supérieur. Les pratiques dans ce domaine sont-elles vraiment à géométrie variable selon les établissements ?

A. V. Z. : L’enquête que nous avons réalisée dans quatre lycées franciliens le montre clairement. Dans les deux établissements les plus favorisés où il n’y a ni problème de discipline ni problème de décrochage, tous les personnels (direction, professeurs, conseillers d’éducation…) sont concentrés sur l’orientation et aident les lycéens à se projeter dans l’univers des études supérieures. On y parle de choix des filières post-baccalauréat très en amont, dès la classe de seconde.

Les lycéens qui reçoivent le moins de conseils dans leur famille quant à leur orientation sont aussi ceux qui, le plus souvent, en reçoivent le moins à l’école, ce qui renforce les inégalités.

Les élèves reçoivent des informations et des conseils personnalisés et sont fortement incités à s’orienter vers les classes préparatoires aux grandes écoles par lesquelles de nombreux professeurs sont passés et qu’ils perçoivent comme la « voie royale » vers l’élite. La situation est tout autre dans les lycées moins favorisés. Les équipes éducatives mobilisées sur la lutte contre le décrochage et plus encore sur la réussite au bac s’investissent peu dans l’orientation. On ne commence à en parler que lorsque la plate-forme d’accès à l’enseignement supérieur (« Admission post-bac » au moment de l’enquête, « Parcoursup » aujourd’hui) entre en servi-ce, c’est-à-dire en janvier de l’année du bac. Les élèves n’ont donc que quelques mois pour faire leur choix. Par ailleurs, le peu de temps qu’ils consacrent à préparer leur orientation est le plus souvent un temps collectif. Les entretiens en face-à-face sont rares. Et on leur vante surtout les mérites des filières non sélectives de l’université et des sections de technicien supérieur qui préparent au BTS.

À entendre ces arguments, on se dit que les lycéens ne doivent pas utiliser le dispositif Parcoursup (ex-APB) de la même façon selon qu’ils sont dans un établissement favorisé ou non

A. V. Z. : C’est exact. Les plates-formes techniques d’admission dans l’enseignement supérieur qui se sont succédé ces dernières années fournissent les mêmes renseignements aux lycéens et les astreignent aux mêmes procédures. Mais tous les jeunes ne sont pas égaux devant ce type d’outil qui exige des compétences et un accompagnement, qui suppose d’élaborer des listes de choix de façon stratégique, qui réclame de la patience en cas de non-réponse rapide. Dans les établissements favorisés, des réunions sont organisées à l’intention des élèves et de leurs parents, des dépliants sont distribués, des informations sont mises en ligne sur le site du lycée. Jusqu’au remplacement d’APB par Parcoursup, on enseignait aux élèves des familles de statut élevé les ficelles pour optimiser leurs chances d’obtenir la formation recherchée (en établissant entre autres une hiérarchie des vœux en fonction de leur niveau scolaire et du degré de sélectivité de ces formations). Dans les lycées moyens, les élèves sont beaucoup moins aidés. Les conseils qu’on leur prodigue portent essentiellement sur l’utilisation formelle – et non stratégique – du système. On leur parle davantage de calendrier que de contenus, en leur recommandant notamment de ne pas oublier de saisir leurs vœux avant la clôture du dispositif. 

Plus généralement, le Web constitue la principale source d’informations des adolescents sur les filières post-bac. Leur façon de s’orienter sur Internet diffère-t-elle selon leur origine sociale ?

A. V. Z. : Pour mieux saisir leurs pratiques en la matière, nous avons collecté les traces de navigation d’élèves de terminale de sept lycées franciliens lors d’une séance sur ordinateur. En suivant leurs parcours de sites en sites et de pages en pages après leur avoir fait remplir un court questionnaire sur leurs attentes en matière d’orientation, on voit que dans les bons lycées en général, et dans les classes scientifiques en particulier, les élèves ont appris à se débrouiller dans le labyrinthe des formations. Ils arrivent à bien discriminer les sources (sites officiels, blogs…), à estimer la valeur réelle de ce qui leur est proposé, à identifier ce qui relève du discours publicitaire (nombre d’écoles s’autoproclament « numéro un » dans un domaine)… Ils font cela très vite, individuellement, de manière réfléchie. Les élèves des milieux populaires, dont certains n’ont pas d’ordinateur personnel, sont bien moins armés face à ce genre d’exercice, consultent moins de sites et s’appuient beaucoup sur ce que font leurs camarades.

Et le contexte familial ? Comment les enfants de milieux défavorisés sont-ils accompagnés par leur famille dans leur orientation ?

  A. V. Z. : Les réponses au questionnaire auprès des jeunes, en cours d’exploitation, montrent l’inégale capacité des familles à aider les jeunes à préparer leur orientation. Selon nos premières analyses, environ les deux tiers des lycéens issus des catégories socioprofessionnelles privilégiées parlent fréquemment du choix d’un programme d’études supérieures et, potentiellement, d’une carrière, avec leurs parents, ce qui n’a rien d’étonnant puisque ces derniers ont de fortes chances d’avoir connu l’enseignement supérieur. Les élèves de milieux populaires, eux, ne sont que 20 % à discuter régulièrement d’orientation sous le toit familial. Les lycéens qui reçoivent le moins de conseils dans leur famille quant à leur orientation sont donc aussi ceux qui, le plus souvent, en reçoivent le moins à l’école, ce qui renforce les inégalités.
 
Qui fréquente les salons d’orientation et quelle offre proposent ces espaces ? 

A. V. Z. : Ces salons étant pour la plupart gratuits, aucune barrière économique n’empêche les jeunes de familles à faibles moyens de s’y rendre. Mais, d’après nos observations en Île-de-France, le gros du bataillon des visiteurs est constitué de lycéens issus des classes moyennes, souvent accompagnés de leurs parents.

En France, faute de personnel, l’orientation repose trop souvent sur les épaules des enseignants.

Un autre problème est que ces salons, qui se définissent comme une sorte de service public, de vitrine objective des offres de formations dans le supérieur, sont la plupart du temps orga-nisés par les acteurs marchands du secteur. Les établissements privés à la réputation au mieux moyenne (les meilleures écoles n’ont pas besoin de publicité) et aux frais de scolarité élevés s’y taillent la part du lion, et le discours anti-université y est très prégnant. Cette offre biaisée constitue elle aussi une source d’inégalités puisque le privé ne peut pas être une solution pour de nombreux jeunes.

Quelle mesure permettrait d’améliorer de façon significative la qualité de l’orientation dans les lycées ? 

A. V. Z. : Il faudrait notamment augmenter le nombre de conseillers d’orientation psychologues. Depuis le milieu des années 1990, les pouvoirs publics n’ont pas souhaité renouveler les effec-tifs de cette profession aujourd’hui quelque peu en déshérence. Aux États-Unis, au contraire, où la fonction des lycées est explicitement de propulser le plus d’élèves possible vers l’ensei-gnement supérieur, il y a souvent deux, voire trois conseillers d’orientation par établissement. En France, faute de personnel, l’orientation repose trop souvent sur les épaules des ensei-gnants. Or, une large partie d’entre eux ne veut pas s’en occuper, et ce d’autant qu’ils exercent dans des lycées défavorisés et s’emploient à tenter de « boucler le programme ». Ils pensent que c’est une tâche qui n’est ni valorisée ni valorisante, qui ne fait pas partie de leur mandat officiel et qui suppose de leur part une connaissance, qu’ils n’ont pas, du système d’enseignement supérieur, un système particulièrement complexe et constamment mouvant.

Les expérimentations menées depuis le début des années 2000 pour ouvrir socialement les filières élitistes sont-elles concluantes ? 

A. V. Z. : Il est important que le pays se reconnaisse dans une élite diversifiée. À ce titre, les dispositifs « d’ouverture sociale » (procédures de recrutement spécifiques, tutorat, classes de remise à niveau) mis en place par des établissements d’enseignement supérieur prestigieux (Sciences Po, l’Essec, HEC…) pour élargir leur vivier vont dans le bon sens et font consensus. Il n’en reste pas moins que ces dispositifs n’ont modifié qu’à la marge les trajectoires des jeunes issus des catégories sociales les plus modestes dans le supérieur. Toutes initiatives confondues, elles ne concernent qu’une poignée d’individus. Il ne faudrait pas que ces répon-ses ponctuelles aux inégalités se substituent à une réflexion d’ensemble sur l’échec scolaire d’une fraction importante des jeunes venant des milieux populaires. L’objectif de notre système éducatif doit demeurer d’élever le niveau global de tous.

27.08.2018 Philippe Testard-Vaillant

https://lejournal.cnrs.fr

À Lire :

L’école de la périphérie. Scolarisation et ségrégation en banlieue, Agnès van Zanten, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige », septembre 2012, 456 p., 19 €

Choisir son école. Stratégies familiales et médiations locales, Agnès van Zanten, Presses universitaires de France, 2009, 304 p., 24,50 €

Elite in education, Agnès van Zanten, Routledge, 2018, 1712 p. (4 volumes)

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