Archive | Educ’action

12 février 2024 ~ 0 Commentaire

diwan (fr3)

(Photo d'illustration)
 • © Florence Malésieux-France Télévisions

« Manque de vision à long terme, fragilité financière et juridique. » Le réseau d’écoles Diwan passé au crible par la Cour des comptes

 

La Chambre régionale des comptes a publié un rapport sur Diwan, le réseau des écoles bretonnes bilingues par immersion. Rien d’alarmiste mais le compte rendu pointe un manque de vision à long terme du à une fragilité juridique. Un constat qui n’étonne pas les responsables de Diwan.

« C’est une sorte d’audit extérieur assez large, ça nous permet d’avancer. » Yann Uguen, le président de l’association Diwan reste serein lorsqu’on évoque le nouveau rapport de la Cour des comptes sur son réseau d’écoles bretonnes bilingues par immersion. Le financement, la vision trop court-termiste ou encore le statut juridique, autant de points à améliorer, selon le rapport.

Diwan doit diversifier ses ressources

Les sources de financement de Diwan sont principalement constituées de subventions publiques, dons de particuliers et reversements des associations du réseau. « L’essoufflement de l’engagement bénévole fait planer une menace sur les mécanismes de solidarité instaurés au sein du réseau et, par répercussion, sur les finances de l’association, pointe la Cour des comptes. Diwan demeure, dans ces conditions, financièrement dépendant de partenaires, notamment les Départements et Région, eux-mêmes confrontés à des arbitrages budgétaires dictés par les circonstances ou obéissant à des logiques qui leur sont propres. »

« La Cour des comptes donne des pistes pour diversifier nos ressources, explique Yann Uguen, notamment en allant voir des acteurs économiques. Chose qu’on ne faisait pas. On y réfléchit. » La cour évoque également la possibilité de mobiliser des « personnalités locales attachées à la culture bretonne ».

En tout cas, pour Diwan, il est hors de question de remettre en cause la gratuité des écoles.

Mobilisation générale

L’association espère aussi remobiliser ses troupes. « Il y a eu une fracture après le Covid au niveau des engagements et des disponibilités, développe Yann Uguen. On y travaille pour le reconstruire. On essaye de reformer nos bénévoles et nos parents, de renforcer le réseau, l’interconnexion entre les écoles et le projet politique. »

Une vision à court terme

La cour pointe également un manque de vision sur le long terme. Si la difficulté de se projeter est aussi liée aux ressources financières compliquées, l’association affirme avoir considéré la critique. « On a une orientation en congrès de deux ans. Ils nous disent qu’il faudrait une vision sur un plus long terme. On prend note des remarques pour se fixer des objectifs sur le court et le long terme pour mettre en place des stratégies plus opérationnelles et politiques. »

Se projeter à long terme sans avoir une visibilité des capacités qu’on pourrait avoir, c’est difficile. Et l’aspect juridique nous met une insécurité, on le sait bien et on doit avancer sur ce point-là Yann Uguen Président de l’association Diwan

L’aspect juridique est en effet un point sur lequel les acteurs de Diwan et du territoire se battent. Car, comme le souligne la Cour des comptes, « l’association et le réseau sont exposés à des risques juridiques importants. »

Si l’administration a, en 2021, reconnu la faculté de recourir à cette méthode dite immersive par voie de circulaire, cette méthode d’enseignement « s’écarte » de normes constitutionnelles. Diwan espère donc pouvoir sécuriser la situation.

  Quentin Cezard 12/02/2024

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11 février 2024 ~ 0 Commentaire

sardines (fr3)

sardines

Grève dans l’Éducation Nationale. Nos enfants ne sont pas des sardines ». Enseignants et parents d’élèves manifestent dans les Côtes d’Armor

C’est une nouvelle journée de mobilisation des enseignants ce mardi 6 février. En ligne de mire : le salaire, mais aussi la mise en place de groupes de niveaux décidée par Gabriel Attal. Dans les Côtes d’Armor, il y avait également l’inquiétude de voir 45 classes fermer à la rentrée prochaine. Enseignants et parents d’élèves ont manifesté devant l’inspection d’académie à Saint-Brieuc. •

C’est une nouvelle journée de mobilisation des enseignants ce mardi 6 février. En ligne de mire : le salaire, mais aussi la mise en place de groupes de niveaux décidée par Gabriel Attal. Dans les Côtes d’Armor, il y avait également l’inquiétude de voir 45 classes fermer à la rentrée prochaine. Enseignants et parents d’élèves ont manifesté devant l’inspection d’académie à Saint-Brieuc.

Dans un contexte de nouvelle journée de grève des enseignants par rapport entre autres à l’inquiétante mise en place de groupes de niveau au collège dès la rentrée prochaine, dans les Côtes d’Armor, c’est la menace de fermeture de 45 classes dans le département qui tracasse parents et professeurs. Une manifestation s’est tenue devant la direction académique des Côtes d’Armor à Saint Brieuc. Une délégation a été reçue. Ces fermetures sonnent dans les esprits, comme une marque supplémentaire d’un abandon des territoires.

C’est une attaque sans précédent qui est faite contre l’école et qui suit une saignée en 2023 où 46 classes avaient été fermées. Stéphane Chiarelli co-secrétaire du SNUIPP-FSU 22

Ils sont venus porter leur message aux portes de l’académie à coup de cormuse. Leur slogan s’affiche sur les pancartes : Non à la fermeture des classes. Dans le cortège, des élus, des parents d’élèves, des professeurs. Selon les syndicats, 45 classes risquent de fermer à la rentrée prochaine dans les Côtes d’Armor. Ils dénoncent une casse du service public : « C’est une attaque sans précédent qui est faite contre l’école et qui suit une saignée en 2023 où 46 classes avaient été fermées », témoigne Stéphane Chiarelli, co-secrétaire du SNUIPP-FSU 22.

Du côté des parents d’eleves, l’inquiétude a gagné les esprits. Ils craignent de voir leurs enfants étudier dans des classes de primaire surchargées. Sur des pancartes, on peut lire ici et là « Nos enfants ne sont pas des sardines ». Une image qui en dit long.

Un non-sens

Plusieurs écoles du département risquent de voir une classe fermer à la rentrée. C’est le cas à Erquy, commune de 4 000 habitants. Une situation incompréhensible pour le maire, Henri Labbé, qui œuvre pour redynamiser son territoire : « Fermer une classe à Erquy, c’est un non sens. Si on ferme une classe, les gens risquent d’aller dans le privé après et puis, surtout on veut avoir de la jeunesse à Erquy ».

Dans ce quartier, 12 nouveaux logements sociaux sont sortis de terre. Un peu plus loin, 5 autres maisons sont prêtes à accueillir des familles à la rentrée prochaine.

Alors la fermeture de classes laissent un goût amer. Certains élus locaux voient dans la situation, un abandon des territoires : « Il faut savoir également qu’on a un collège qui va fermer l’année prochaine. Ce n’est même pas un sentiment, c’est une réalité en fait », conclut Murielle Lepvraud, députée LFI des Côtes-d’Armor.

Tous ici gardent l’espoir de voir des classes maintenues à la rentrée prochaine. La direction académique des Côtes d’Armor devrait rendre sa décision dans les dix prochains jours.

Avec Inès Tayeb et Fabrice Leroy

Écrit par Laurence Postic 06/02/2024

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10 février 2024 ~ 0 Commentaire

classes (france bleu)

ecole freynet

Les parents d’élèves se mobilisent contre les suppressions de classes en Bretagne

Elus et parents d’élèves se mobilisent contre les fermetures de classes, alors que le Finistère et les Côtes-d’Armor doivent rendre respectivement 35 et 22 postes à la rentrée scolaire.

Une manifestation aura lieu le 1er mars devant l’Inspection académique à Saint-Brieuc, alors que les Côtes-d’Armor doivent rendre 22 postes d’enseignants à la rentrée scolaire. C’est – avant les derniers ajustements – l’équivalent de 45 fermetures de classes.

Le Finistère doit lui rendre 35 postes, ce que dénonce Olivier Cuzon, enseignant et représentant Sud-Éducation dans le Finistère. Il était l’invité de France Bleu Breizh Izel ce mardi.

France Bleu Breizh Izel : 35 postes de moins à la rentrée ?

Olivier Cuzon : L’Éducation nationale va rendre 35 postes dans le Finistère, ça va se traduire par 52 fermetures de classes et quinze ouvertures en situation où cela était vraiment nécessaire à cause des effectifs.

Ça veut dire qu’il y a moins d’élèves, c’est pour cela que ces classes ferment ?

Oui, c’est ce qui est argumenté par l’Éducation nationale. Il est vrai que nos départements subissent une baisse démographique, sauf l’Ille-et-Vilaine où ça augmente un petit peu. On pensait que c’était l’occasion d’en profiter pour avoir des conditions de travail meilleures, d’améliorer les conditions de travail et d’apprentissage.

Même le ministère reconnaît que les petits effectifs sont bénéfiques puisque aujourd’hui, il y a des dédoublements dans les réseaux d’éducation prioritaire en CP, en CE1, en allant jusqu’à des classes à 12. Les bienfaits des petits effectifs ont fait leurs preuves en termes de carte de proximité, de moins de bruit qui perturbent les apprentissages, en termes d’attention qu’on peut porter à chaque élève, en termes de méthodes de travail, d’individualisation aussi face aux problèmes de chacun des enfants. Et La France reste largement au-dessus de la moyenne européenne. On est le dernier pays européen en termes d’effectifs par classe avec la Roumanie.

Où y a-t-il des ouvertures, des fermetures ?

Les fermetures sont beaucoup concentrées dans les zones rurales, c’est extrêmement dommage parce qu’une des caractéristiques du département, c’est cette ruralité. C’est extrêmement important dans les villages, dans les petites villes. Ça a un coût que le ministère refuse de prendre en compte. Le deuxième caractéristique du département, c’est le bilinguisme auquel tout le monde est très attaché aussi. Ça a aussi un coût parce qu’on ouvre à 12-15 élèves dans ces classes, ça se répercute sur d’autres classes qui se retrouvent avec des moyennes à l’approche de 30.

Pour vous, le bilinguisme pénalise le monolinguisme?

Il y a des efforts particuliers qui doivent être faits pour donner une dynamique, pour relancer les filières bilingues. Ça a des répercussions sur les enseignements monolingues où les classes se retrouvent parfois plus chargées.

C’est assez antinomique avec la convention spécifique en faveur des langues de Bretagne. L’année dernière, il y a eu trois fermetures de classes aussi en bilingue français-breton. Vous estimez vous qu’il n’y a pas de moyens pour développer cet apprentissage et que, au final, c’est au détriment du français ?

Il n’y a pas de moyens supplémentaires effectivement dans le département, alors que l’État s’engage au travers de conventions. Le département du Finistère devrait être doté, lié à cette caractéristique de volonté de développer le bilinguisme. De la même façon, son côté rural aussi. On peut faire des économies d’échelle dans les grandes écoles qu’on ne peut pas faire dans les petites villes. Ces caractéristiques ont un coût en termes de postes.

Le maire de Plounéour-Ménez, dans les Monts d’Arrée, explique que les nouveaux arrivants, en cours d’année, n’ont pas encore inscrit leurs enfants à l’école et qu’il ne faut pas fermer la classe, justement. Mais ça, c’est le cas tous les ans.

L’Éducation nationale a du mal à prendre en compte cette finesse des questions démographiques au dernier moment. Alors, il y aura une nouvelle carte scolaire d’ajustement en septembre, mais les répartitions sont faites, les classes en septembre sont plus difficiles à ouvrir parce que ça perturbe le fonctionnement.

Est-ce la fin de l’école à deux ans en Bretagne ?

Elle est de plus en plus mise en difficulté par le fait que les effectifs ne sont pas pris en compte effectivement ou mal pris en compte dans la région pour ouvrir des classes. Les directeurs ne sont pas du tout encouragés à prendre les inscriptions des enfants dès deux ans. C’est terrible parce qu’on sait que c’est une forme de sociabilisation qui se fait dès cet âge-là et qu’il y a un certain nombre d’enfants qui auraient toute leur place à l’école dès deux ans.

Des maires du Trégor menacent de démissionner. La députée insoumise Muriel Lepvraud annonce qu’elle va manifester avec les parents mercredi à Saint-Brieuc. Le sénateur LR du Finistère Philippe Paul interpelle le ministre. Il peut y avoir, des ajustements avant la décision finale. Mais est-ce que vous pensez que tout ça peut faire bouger les lignes ?

Malheureusement non, parce qu’en fait, c’est ce qu’on appelle un jeu à enveloppe fermée. Quand la directrice académique cède pour l’ouverture d’une classe quelque part, elle est obligée, pour répondre à cette commande, de récupérer ailleurs. Et donc, ce sera une autre école qui sera victime de fermeture. On voudrait rediscuter de l’ensemble de l’enveloppe.

Et ça, ce n’est pas possible.

Non, il n’y a pas de volonté. Il n’y a pas de volonté du ministère de faire baisser massivement les effectifs. Et c’est dommage parce que toutes les études socioéconomiques démontrent que l’école aggrave les inégalités sociales. Aujourd’hui, non seulement elle les comble pas, mais elle les aggrave. C’est un constat qui est terrible pour les personnels de l’Éducation nationale, ça nous met en colère.

  • Aurélie Lagain Mardi 28 février 2023 France Bleu Breizh Izel

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10 février 2024 ~ 0 Commentaire

fermetures (le télégramme)

ecole b

67 fermetures de classes dans le Finistère : c’est du jamais vu, affirment les syndicats.

67 fermetures et 18 ouvertures de classes envisagées en 2024 dans le Finistère : du « jamais vu »

Le projet provisoire de carte scolaire pour la rentrée 2024 est tombé ce mardi 7 février. Le Finistère paye un lourd tribut avec 67 fermetures de classes pour 18 ouvertures envisagées dans le premier degré. Les organisations syndicales voteront contre

« 67 fermetures de classes ! C’est du jamais vu. Nous avons été surpris par le volume », pointe un représentant syndical destinataire du projet provisoire de carte scolaire pour la prochaine rentrée, pour le premier degré, dans le Finistère. Ce projet, qui compte aussi 18 ouvertures de classes, et 25 ouvertures de postes spécifiques divers contre huit fermetures, sera discuté en instance à la direction académique, à Quimper, mardi 13 février, et soumise au vote du comité social administratif (CSA).

« Ce projet fait craindre une perte sèche de 30 postes sur le département. Nous avons l’intention de voter contre à l’unanimité des organisations syndicales. La carte scolaire ne pourra alors pas être validée. Cela laissera plus de temps pour se mobiliser. » Les syndicats sont bien conscients que le département connaît une baisse démographique. « Nous aurions préféré profiter de cette baisse du nombre d’élèves pour améliorer les conditions d’enseignement pour les élèves en difficulté et ceux souffrant de handicap. La question de l’effectif est cruciale pour eux. »

  •  Les ouvertures de classes

Le projet de carte scolaire 2024 prévoit l’ouverture d’un poste pour les écoles suivantes.

En monolingue : à l’école de la Garenne, à Fouesnant ; à l’école Jacques-Prévert, à Lesneven ; à l’école Kerzouar, à Saint-Renan ; à l’école Kerbernard, à Brest ; à l’école du bourg de Plouyé (un demi-poste) ; à l’école de L’Aber-Benoit, à Saint-Pabu.

En bilingue : à l’école Simone-Veil, à Brest ; à l’école Jean-Rostand, à Brest ; à l’école Queliverzan, à Brest ; à l’école Ar Roudour, à Guerlesquin ; à l’école P.-J.-Helias, à Mellac ; à l’école du Lac, à Plabennec ; à l’école Mona Ozouf, à Plougastel-Daoulas ; à l’école P.-J.-Helias, à Pouldreuzic ; à l’école Edmond-Michelet, à Quimper ; à l’école Yves-Le-Manchec, à Quimper.

Classes dédoublées réseaux d’éducation prioritaire : à l’école de Kerjestin, à Quimper ; à l’école Paul-Langevin, à Quimper.

 Les fermetures de classes

Le projet de carte scolaire 2024 prévoit la fermeture d’un poste pour les écoles suivantes.

En monolingue : à l’école Huella, à Carhaix ; à l’école de Kerven, à Carhaix ; à l’école de Kerjean, à Châteaulin ; à l’école des Petites Feuilles, à Ergué-Gabéric ; à l’école Jacques-Prévert, à Lesneven ; à l’école René-Tressard, à Pleuven ; à l’école Martin-Luther-King, à Plourin-lès-Morlaix ; à l’école Léonard-de-Vinci, à Saint-Évarzec ; à l’école Simone- Veil, à Brest ; à l’école Yves-de-Kerguelen, à Briec ; à l’école du Bourg, à La Roche-Maurice ; à l’école Lucie-Aubrac, à Pont-de-Buis-Lès-Quimerch ; à l’école du Lezardeau, à Quimperlé ; à l’école de Kernével, à Rosporden ; à l’école Henri-Matisse, à Plouzévédé ; à l’école Jean-Caer, à Berrien ; à l’école du Bourg, à Bourg-Blanc, à l’école de Kerinou, à Brest ; à l’école de Kerisbian, à Brest ; à l’école de la Pointe, à Brest ; à l’école des Quatre-Moulins, à Brest ; à l’école de Queliverzan, à Brest ; à l’école Louise-Michel, à Camaret-sur-Mer ; à l’école Paul-Serusier, à Châteauneuf-du-Faou ; à l’école du Rouz, à Concarneau ; à l’école Jean-Jaurès, à Crozon ; à l’école Jules-Verne, à Guiclan ; à l’école Pauline-Kergomard, à Guilers ; à l’école Louis-Pergaud, à Guipavas ; à l’école Georges-Brassens, à La Forest-Landerneau ; à l’école Jean-Macé – Jules-Ferry, à Landerneau ; à l’école Jules-Ferry, au Relecq-Kerhuon ; à l’école Keriscoualch, à Locmaria-Plouzané ; à l’école du Bourg, à Plogastel-Saint-Germain ; à l’école de Trezien, à Plouarzel ; à l’école Jean-Monnet, à Ploudaniel ; à l’école Mona Ozouf, à Plougastel-Daoulas ; à l’école Anita-Conti, à Plouzané ; à l’école Jeanne-Malivel, à Plouzané ; à l’école de Nizon, à Pont-Aven ; à l’école P.-J.-Helias, à Pouldreuzic (un demi-poste) ; à l’école Edmond-Michelet, à Quimper ; à l’école Ferdinand Buisson, à Quimper ; à l’école Kergoat ar Lez, à Quimper ; à l’école Léon-Goraguer, à Quimper ; à l’école Yves-Le Manchec, à Quimper ; à l’école de Kersquine, à Quimperlé ; à l’école Les Moguerou, à Roscoff ; à l’école Ernest-Renan, à Rosporden ; à l’école Jean-de-la-Fontaine, à Saint-Divy ; à l’école du bourg, à Saint-Hernin (un demi-poste) ; à l’école Jean-Jaurès, à Saint-Pol-de-Léon ; à l’école Le Vizac, à Saint-Renan ; à l’école Julie-Daubié, à Saint-Ségal ; à l’école François-Marie-Luzel, à Saint-Thégonnec Loc-Eguiner ; à l’école Tanguy-Prigent, à Santec ; à l’école Marie-Rose-Le Bloch, à Telgruc-sur-Mer ; à l’école Marc-Bourhis, à Trégunc.

En bilingue : à l’école François-Guillou, à Douarnenez ; à l’école Louis-Pergaud, à Guipavas ; à l’école Jean-Macé-Jules-Ferry, à Landerneau ; à l’école Kergroas – Mona Ozouf, à Lannilis ; à l’école Louis-Courot, à Plomeur ; à l’école Ker Avel, à Plougastel-Daoulas.

06 février 2024

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01 février 2024 ~ 0 Commentaire

charles keeling (à l’encontre)

charles keeling (à l'encontre) dans Altermondialisme Memorandum
(Composite: The Guardian/Special Collections & Archives, UC San Diego/Lyndon B Johnson Library)

L’industrie des combustibles fossiles était au courant du danger climatique dès 1954

L’industrie des combustibles fossiles a financé certaines des recherches les plus fondamentales sur le climat dès 1954, selon des documents récemment mis au jour, notamment les premières recherches de Charles Keeling, célèbre pour la «courbe de Keeling» qui a permis de suivre la progression des niveaux de dioxyde de carbone sur la Terre.

Les documents révèlent qu’une coalition d’intérêts pétroliers et automobiles a versé 13 814 dollars (environ 158 000 dollars en valeur actuelle) en décembre 1954 pour financer les premiers travaux de Charles Keeling sur la mesure des niveaux de CO2 dans l’ouest des Etats-Unis.

Charles Keeling a ensuite établi la mesure continue du CO2 mondial depuis l’observatoire de Mauna Loa, à Hawaï. Cette «courbe de Keeling» (voir graphique ci-dessous) a permis de suivre l’augmentation constante du carbone atmosphérique à l’origine de la crise climatique. Elle a été saluée comme l’un des travaux scientifiques les plus importants des temps modernes.

Les compagnies de combustibles fossiles ont soutenu un groupe, connu sous le nom de Air Pollution Foundation, qui a octroyé des fonds à Charles Keeling pour mesurer le CO2 dans le cadre d’un effort conjoint de recherche sur le smog [brouillard grisâtre urbain lié au mélange de particules fines et d’ozone] qui, à l’époque, sévissait régulièrement à Los Angeles. Ces travaux sont antérieurs à tous les travaux de recherche sur le climat financés par des compagnies pétrolières.

mlo_full_record-copie dans Crise

Dans la requête de recherche pour le financement – découverte par Rebecca John, chercheuse au Climate Investigations Center, et publiée par le site web sur le climat DeSmog – le directeur de recherche de Charles Keeling, Samuel Epstein, mentionnait une nouvelle analyse des isotopes du carbone qui pourrait identifier les «changements dans l’atmosphère» causés par la combustion du charbon et du pétrole.

«Les possibles conséquences d’un changement de la concentration de CO2 dans l’atmosphère sur le climat, sur les taux de photosynthèse [des plantes] et sur les niveaux de compensation avec le carbonate des océans pourraient finalement s’avérer d’une importance considérable pour la civilisation», a précisé en novembre 1954 Samuel Epstein, chercheur au California Institute of Technology  (Caltech), à la Air Pollution Foundation.

Selon les experts, ces documents montrent que l’industrie des combustibles fossiles a été étroitement associée à la création de la science moderne du climat, ainsi qu’à ses mises en garde contre les graves conséquences du changement climatique. Par la suite, elle a rejeté publiquement cette science pendant des décennies et financé des initiatives continues visant à retarder l’adoption de mesures pour lutter contre la crise climatique.

«Ces documents contiennent la preuve irréfutable qu’en 1954 au plus tard l’industrie des combustibles fossiles savait que ses activités pouvaient perturber le climat de la Terre à une échelle significative pour la civilisation humaine», a déclaré Geoffrey Supran, expert en désinformation historique sur le climat à l’Université de Miami. «Ces résultats confirment de manière saisissante que les grandes sociétés pétrolières ont suivi de près la science climatique universitaire pendant 70 ans – soit deux fois plus que ma vie – et rappellent qu’elles continuent de le faire à ce jour. Ce suivi rend ridicule le déni par l’industrie pétrolière, des décennies plus tard, de la science climatique fondamentale.»

Des enquêtes antérieures portant sur des documents publics et privés ont révélé que les grandes compagnies pétrolières ont passé des décennies à mener leurs propres recherches sur les conséquences de la combustion de leurs hydrocarbures, souvent avec une précision surprenante. Une étude réalisée l’année dernière a révélé que les scientifiques d’Exxon avaient fait des prévisions d’une précision «époustouflante» sur le réchauffement de la planète dans les années 1970 et 1980 .

Les documents récemment découverts montrent maintenant que l’industrie connaissait l’impact potentiel du CO2 sur le climat dès 1954 grâce, notamment, aux travaux de Charles Keeling, un chercheur de Caltech alors âgé de 26 ans qui effectuait un travail de recherche en mesurant les niveaux de CO2 en Californie et dans les eaux de l’océan Pacifique. Rien n’indique que le financement de ces recherches par les compagnies du pétrole et du gaz ait faussé ses résultats de quelque manière que ce soit.

Les résultats de ces travaux allaient conduire le scientifique américain à mener d’autres expériences sur le volcan Mauna Loa, à Hawaï, qui allaient permettre de dresser un état des lieux permanent de la composition du dioxyde de carbone, qui augmente dangereusement dans le monde.

Charles Keeling est décédé en 2005, mais ses travaux fondamentaux sont toujours d’actualité. Actuellement, la teneur en CO2 de l’atmosphère terrestre est de 422 parties par million, soit près d’un tiers de plus que lors de la première mesure effectuée en 1958, et un bond de 50% par rapport aux niveaux préindustriels.

Ce relevé essentiel du principal gaz qui retient la chaleur et qui a poussé les températures mondiales à des niveaux jamais atteints par la civilisation humaine est né, en partie, grâce au soutien de l’Air Pollution Foundation.

Au total, 18 entreprises automobiles, dont Ford, Chrysler et General Motors, ont alloué des fonds à la fondation. D’autres entités, dont des banques et des secteurs du négoce, ont également contribué au financement.

Par ailleurs, une note de 1959 identifie l’American Petroleum Institute (API), le principal organisme de lobbying du pétrole et du gaz aux Etats-Unis, et la Western Oil and Gas Association, aujourd’hui connue sous le nom de Western States Petroleum Association, comme des «contributeurs majeurs au financement de l’Air Pollution Foundation (APF)». On ne sait pas exactement quand l’API a commencé à financer l’APF, mais elle avait un représentant au sein d’un comité de recherche dès la mi-1955.

Une communication de politique générale de l’Air Pollution Foundation datant de 1955 qualifie le problème de la pollution atmosphérique, causée par les émissions des voitures, des camions et des installations industrielles, de «l’un des plus graves auxquels sont confrontées les zones urbaines de Californie et d’ailleurs». Elle précise que le problème sera traité par «une recherche diligente et honnête des faits, par une action sage et efficace».

Les documents mis au jour proviennent des archives de Caltech, des archives nationales américaines, de l’Université de Californie à San Diego et de journaux de Los Angeles des années 1950, et représentent ce qui pourrait être le premier cas où l’industrie des combustibles fossiles est informée des conséquences potentiellement désastreuses de son modèle d’affaires.

Selon Carroll Muffett, directeur général du Center for International Environmental Law, l’industrie pétrolière et gazière s’est d’abord intéressée à la recherche sur le smog et d’autres polluants atmosphériques directs avant de s’intéresser aux effets du changement climatique.

«On en revient toujours à l’industrie pétrolière et gazière, qui était omniprésente dans ce milieu», a-t-il déclaré. «L’industrie n’était pas seulement au courant, mais profondément consciente des implications potentielles de ses produits sur le climat depuis près de 70 ans.»

Selon Carroll Muffett, ces documents donnent un nouvel élan aux efforts déployés dans diverses juridictions pour tenir les entreprises pétrolières et gazières légalement responsables des dommages causés par la crise climatique. «Ces documents parlent d’émissions de CO2 ayant des implications planétaires, ce qui signifie que cette industrie a compris très tôt que la combustion de combustibles fossiles avait des conséquences à l’échelle planétaire. Il existe des preuves accablantes que l’industrie pétrolière et gazière a trompé le public et les régulateurs sur les risques climatiques de leurs activités pendant 70 ans. Il est irresponsable de leur faire confiance pour faire partie des solutions. Nous sommes désormais entrés dans une ère de contrôle et d’exigence de rendre des comptes.»

L’API et Ralph Keeling, le fils de Charles Keeling qui est également scientifique, ont été contactés pour commenter les documents mais n’ont pas répondu.

(Article publié par The Guardian le 30 janvier 2024; traduction rédaction A l’Encontre)

31 janvier 2024 Oliver Milman

https://alencontre.org/

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31 janvier 2024 ~ 0 Commentaire

finistère (le télégramme)

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Dans le Finistère, appel à la grève et manifestations des enseignants ce jeudi 1er février

Dans le Finistère, la coupe est pleine pour les enseignants. Polémiques liées à la nouvelle ministre, réforme Attal, annonces de suppressions de postes, etc. Un mouvement de grève et deux manifestations sont annoncés pour jeudi 1er février.

De nombreuses classes du premier degré du département risquent de se retrouver vides jeudi 1er février, suite à l’appel à la grève de toutes les organisations syndicales de l’Éducation nationale. (Nicolas Creach)

« Un ras-le-bol général depuis la nomination de la nouvelle ministre de l’Éducation nationale ». C’est le sentiment général de toutes les organisations syndicales FSU, CGT Educ’action, FNEC FP-FO, SUD éducation, Unsa Éducation, SGEN CFDT, Unef, qui, dans une unité complète, appellent à une journée de grève et de manifestation jeudi 1er février 2024.

Dans le Finistère, deux mobilisations sont prévues, à Brest, à 11 h, place de la Liberté, et à Quimper, à 11 h, place de la Résistance. Une forte mobilisation des personnels est attendue. L’augmentation des salaires et de meilleures conditions de travail sont les deux principales revendications.

30 postes d’enseignants sur la sellette

L’inquiétude grandit aussi avec la perte lourde de postes d’enseignants qui se profile à la prochaine rentrée scolaire. « Dans le Finistère, sur le volume global, on pourrait perdre 30 postes d’enseignants dans le premier degré (maternelle et élémentaire).

C’est une perte lourde qu’annoncent les projections de l’Éducation nationale entre les fermetures et les ouvertures de postes », explique Olivier Cuzon, responsable syndical Sud Éducation. « Cela nous inspire beaucoup de craintes pour la prochaine rentrée. La carte scolaire doit être validée en comité social d’administration (CSA), qui doit avoir lieu mardi 13 février. C’est maintenant qu’il faut agir ».

«Les groupes de niveaux, c’est un recul pédagogique»

Autre point de tension : la mise en place, à la rentrée, de groupes de niveaux, issue de la réforme, présentée par Gabriel Attal le 5 décembre 2023, pour relever le niveau des élèves, alors qu’il était encore ministre de l’Éducation nationale.

« Pour nous, c’est un recul pédagogique. Ces groupes de niveaux pour les élèves de 6e et 5e vont totalement chambouler les emplois du temps. Cela ne ferait que nuire aux plus faibles. Nous pensons, qu’au contraire c’est dans l’intérêt des élèves qu’ils soient stimulés par leurs différences de niveaux. C’est une grande désorganisation qui s’annonce », déplore aussi Olivier Cuzon.

Enfin, les enseignants se disent aussi ulcérés par les polémiques entourant Amélie Oudéa-Castéra, la nouvelle ministre de l’Éducation nationale. « Ses propos nous ont choqués. Ils ont mis le doigt sur la question des inégalités sociales mais aussi sur les injustices que peut créer le fonctionnement des établissements privés. Ces derniers ne répondent pas toujours aux mêmes règles que le public », pointe le responsable syndical.

Johanne Bouchet   30 janvier 2024

https://www.letelegramme.fr/finistere/

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18 janvier 2024 ~ 0 Commentaire

école publique (basta)

école publique (basta) dans Educ'action
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« Historiquement, nous n’avons jamais connu un tel niveau d’attaque contre l’école publique 
  •  Historienne de l’éducation, enseignante en lycée et à l’université, Laurence de Cock s’alarme du démantèlement en règle que traverse l’école publique, chahutée par les ministres successifs, dont Gabriel Attal. Entretien.

 

 

Basta! : La question est certes vaste, mais pouvez-nous nous dire dans quel état se trouve l’école française aujourd’hui ? Elle donne la sensation d’être exsangue à force de triturations et de valse des ministres de l’Éducation…

Laurence de Cock : Je tiens à préciser que je ne suis pas de nature pessimiste ou décliniste. Mais là, pour moi, nous sommes dans un moment de vrai danger. Nous vivons un véritable tournant pour l’école, en tout cas pour l’école publique. Je pense qu’historiquement, nous n’avons jamais connu un tel niveau d’attaque contre le principe même d’école publique, et tout ce qui la caractérise, à commencer par le principe de démocratisation scolaire.

On pourrait définir celle-ci par le fait de permettre à tous les élèves, quelles que soient leurs origines sociales et culturelles, d’accomplir la trajectoire scolaire de leur choix. Il y a derrière ça l’idée d’un libre choix, d’un choix éclairé et d’une orientation qui ne soit pas subie, grâce à un système éducatif fait pour ça. Aujourd’hui, ce principe est complètement explosé.

Attention, il n’a jamais très bien fonctionné ! Mais il est certain que l’arrivée de Jean-Michel Blanquer [ministre de l’Éducation nationale de 2017 à 2022] a mis un coup d’accélérateur décomplexé pour détruire cette démocratisation scolaire. On peut parler de « contre-démocratisation ». Nous sommes actuellement dans une situation d’urgence à réagir face à cette dislocation en règle.

Ce sursaut ne semble pas, ou peu, exister pour le moment…

Nous sommes ici dans une contradiction majeure. Tout le monde semble d’accord pour dire que la question de l’école est primordiale. C’est une sorte « d’allant de soi » dans notre société, mais en même temps c’est un sujet complètement lisse, qui « glisse » sur les débats publics, et dont les politiques de gauche peinent à s’emparer pour en faire une question politique urgente.

Alors que la droite fait le travail sur cette question, idéologiquement. Pour elle, l’école repose sur la méritocratie et la libre concurrence, avec un souhait d’une reprise en main autoritaire de l’école, c’est-à-dire tout ce que nous combattons à gauche… Mais la gauche, elle, semble avoir capitulé sur la question d’une approche politique de l’école, et quoi qu’elle en dise, n’en fait pas un sujet de priorité. Qui se met autour d’une table en disant bon, que propose t-on, que construit-on comme vrai projet politique de défense et de refondation de l’école publique ?

Que doit-on retenir du dernier rapport Pisa, le Programme international pour le suivi des acquis des élèves, qui mesure et compare l’efficacité des systèmes éducatifs des pays membres de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) ? En s’y référant, médias et politique évoquent « une dégringolade » du niveau scolaire, notamment en mathématiques, « une baisse historique »… Ces données sont-elles vraiment intéressantes et fiables ?

Là encore, on a pu observer une défaillance de la gauche dans son accueil critique à Pisa. Si les chercheur·ses s’accordent à dire que ces chiffres ne sont pas inintéressants – on va y revenir –, il s’agit tout de même de critiquer le fait même d’être dans une logique de classement international des systèmes éducatifs. Or, on ne peut pas comparer des systèmes éducatifs seulement avec des résultats, en ne prenant pas en compte les critères et spécificités nationales. On compare donc l’incomparable, et sans mettre de garde-fous. De plus, que regarde-t-on pour dire que le système est défaillant ? Les résultats en maths et en français. C’est tout.

Mais enfin, où est la réflexion de la gauche là-dessus ? Sur l’importance des savoirs pratiques, des savoirs créatifs, du développement de l’esprit critique, de la créativité des élèves, de la mise en valeur de toute forme d’intelligence, qui soit autre chose que des chiffres et de la lecture ? La gauche est censée porter tout ça. Maintenant une fois qu’on a dit ça, on peut tout de même retenir de Pisa que la France demeure un des plus mauvais pays en ce qui concerne l’accompagnement des enfants des quartiers populaires [1].

En revanche, on observe une très belle performance française à porter très loin les enfants de la bourgeoisie. Ce différentiel est alarmant. On reste dans un système qui poursuit inlassablement sa logique d’hypersélectivité. C’est du tri social, ni plus ni moins. Face à ça, l’inanité des réponses laisse pantois. Quelles qu’elles soient, on reste dans une logique de performance.

Gabriel Attal, bref ministre de l’Éducation nationale avant de devenir Premier ministre, avait évoqué la création de groupes de niveau et la réforme de l’examen du brevet pour son projet de refonte du collège. Qu’est-ce que cela dit de sa vision de l’éducation ?

Il y a quelque chose de « l’école de papa », mais une école de papa relookée, je dirais. Il n’y a pas que des mesures de l’ancien temps – comme les groupes de niveau, une mesure pathétique -, on constate aussi une forme de relooking pédagogique qui se veut innovant et moderne. Gabriel Attal signifie son ras le bol des explications sociologiques sur les inégalités scolaires et les difficultés des élèves socialement défavorisés. Pour lui, tout peut se régler avec les « bonnes méthodes pédagogiques » : l’apprentissage de la lecture avec la méthode syllabique ou des mathématiques avec la méthode Singapour.

Or, si ces méthodes ne posent pas problème en elles-mêmes, elles ne sont pas pour autant miraculeuses, trop de facteurs entrent en jeu dans les apprentissages. Le problème est de les muer en vérité inaliénable, de les imposer aux enseignants, et donc de leur confisquer leur savoir faire professionnel. On va nous dire comment faire et ce ne sera pas autrement ; et en cas d’échecs, ce sera uniquement la faute des enseignants.

Ceux qui les appliqueront bien seront bien notés et rémunérés, et ceux qui continueront à appliquer une pédagogie critique seront stigmatisés. Le projet derrière toutes ces mesures est clair : en finir avec le « collège unique » [le fait qu’une même classe d’âge, indépendamment de leurs origines sociales et culturelles, acquiert les même savoirs jusqu’au collège, ndlr]. Tout ça en s’appuyant sur des constats malheureusement justes, à savoir que le collège est le segment le plus difficile de la scolarité, celui qui dysfonctionne dans sa mission de démocratisation scolaire. Mais plutôt que de réparer et réformer la machine, on va préférer la briser.

En parlant de « machine » scolaire, y a-t-il jamais eu de spécificité de l’école française ?

C’est une question intéressante, car tous les modèles éducatifs sont liés à des histoires nationales, des projets politiques et des cultures. En France, depuis la Révolution, on a cette idée qu’il appartient aux missions de l’État de prendre en charge l’éducation des enfants, et notamment des enfants des milieux populaires. C’est l’acte de naissance de l’école publique.

La spécificité de notre modèle éducatif c’est le lien ombilical qu’elle entretient avec la question de la République, de la nation et de l’État. Avec la centralisation comme héritage jacobin, et donc une méfiance à l’égard de tout ce qui pourrait ressembler à de la décentralisation. C’est à la fois sa force, car c’est une boussole pour l’égalité à l’éducation, mais c’est aussi sa faiblesse car c’est une école très hiérarchisée, qui laisse peu de place aux expérimentations.

À ce propos, l’obsession actuelle pour l’ordre, l’autorité, l’uniforme, le projet du Service national universel (SNU), la volonté de parler d’orientation de plus en plus tôt, de faire travailler certains élèves plus tôt, la déliquescence des universités qu’on laisse à l’abandon… Tout cela révèle-t-il d’un projet de société dans lequel on ne formerait plus des citoyen·nes éveillé·es, mais des travailleur·ses dociles ?

On est très clairement dans le basculement autoritaire du régime macronien. L’année dernière, il a parlé de « décivilisation », puis de « reciviliser » la société, après les émeutes. Tout ce que vous citez relève de ce projet, qui passe par une mise au travail des enfants, n’ayons pas peur des mots, et une forme de disciplinarisation, au sens de discipliner les corps et les esprits. Ce qui va évidemment à l’encontre de toute une tradition d’émancipation par l’école.

Là où c’est pervers avec sa théorie du « en même temps », c’est qu’Emmanuel Macron est capable d’expliquer que ce projet de « recivilisation » est un projet d’émancipation. Or, il s’agit bien d’un projet d’aliénation de la jeunesse, et si on y regarde de plus près, la jeunesse la plus attaquée est celle des classes populaires. Au-delà d’une philosophie globale de maltraitance de la jeunesse, ce qu’on ne dit pas assez selon moi, c’est qu’il y a un souhait de cibler, de punir, les classes populaires et leurs enfants. C’est eux dans la ligne de mire. Toutes les décisions prises relèvent d’un mépris de classe absolu.

Le dispositif de Parcoursup participe-t-il à creuser le sillon des inégalités ? Comment un tel dispositif a-t-il pu être accepté aussi facilement ?

Je pense qu’il faut regarder les choses en face et se dire qu’une majorité de personnes étaient tout simplement d’accord avec ce système de sélection, y compris des universitaires. Certains y ont trouvé leur compte, c’est tout. Sélectionner les meilleur·es au détriment de la démocratisation scolaire en a contenté beaucoup. C’est difficile de dire aujourd’hui ce qu’il en est de Parcoursup. Ce qu’on sait, c’est que beaucoup de jeunes se retrouvent dans des filières non souhaitées et que, par ailleurs, cette sélection n’a pas eu d’incidence sur les taux de réussite.

Ce dispositif s’inscrit lui aussi dans une forme d’utilitarisme des études et non pas dans un désir d’enrichissement intellectuel et personnel, fonction que pouvait revêtir auparavant les études universitaires. Tout cela en dit long sur l’imaginaire actuel de notre système éducatif, qui n’est plus d’éveiller son intelligence et de penser une transformation du monde, mais de s’inscrire dans le monde tel qu’il est et de s’y adapter le plus rapidement possible.

Dans une récente interview à Mediapart, la députée PS Fatiha Keloua Hachi, elle-même enseignante, disait que le ministre Blanquer avait « brisé quelque chose dans l’envie d’enseigner ». Quelles sont les séquelles de ce ministre dans le milieu enseignant ?

Je n’ai jamais eu autant de collègues, qui étaient auparavant des amoureux et ardents défenseurs de leur métier, qui ont, ou sont tentés, de lâcher l’affaire. Quand je disais que Jean-Michel Blanquer a appuyé sur l’accélérateur, on parle ici de l’accélérateur d’un rouleau-compresseur. Il a, sans scrupules, brisé la conviction qu’enseigner, c’est être un expert de son travail. Or, être reconnu expert de son travail, quel qu’il soit, fournit de la dignité. Lui est arrivé en disant « vous faites mal, voici comment il faut faire ».

Au lieu de considérer un dysfonctionnement structurel du système éducatif, il a distillé l’idée que c’était un dysfonctionnement dont les responsables étaient les profs. Qu’il fallait donc les remettre au pas. C’est l’histoire de la dépossession d’une expertise. Blanquer a voulu transformer le corps enseignant en un corps exécutant et non pas en un corps apte à concevoir. Et cela, ça brise les gens.

Le sujet de la mixité sociale à l’école, apparu avec le successeur de Jean-Michel Blanquer, Pap Ndiaye, semble avoir complètement disparu des radars après le départ de celui-ci…

Ce qui était illogique, c’était d’imaginer que le gouvernement Macron puisse faire des choses intéressantes dans cette direction-là. Quand Pap Ndiaye a commencé à dire qu’il allait négocier avec l’enseignement privé pour améliorer la mixité sociale, alors là… La mixité sociale ne peut plus être une question à partir du moment où le travail de ce gouvernement est de faire intérioriser aux catégories sociales les plus démunies qu’elles ne pourront pas être à une autre place que celle où elles se trouvent. Donc les mélanger avec d’autres ? Mais pour quoi faire ? Chacun doit être à sa place. On va dire aux gamins de lycée pro, écoutez vous serez beaucoup plus souvent en entreprise, on va même vous payer pour ça.

On joue sur les besoins matériels des classes populaires, on parle ici d’une régression, presque d’un retour au 19e siècle. C’est hallucinant. Mais il y aura toujours des exceptions, pour dire regardez on aide les méritants ! C’est « l’exception consolante » de Ferdinand Buisson [pédagogue et philosophe, député de 1902 à 1924, ndlr]. Si on veut tout de même un souffle d’optimisme, on constate que des municipalités de gauche, des initiatives locales donc, repensent les cartes scolaires dans le bon sens. La ville de Villeurbanne, par exemple, mène un vrai travail de réflexion sur la mixité sociale en sensibilisant les familles et en les impliquant dans la réflexion.

On évoque beaucoup des moyens et des enseignant·es supplémentaires. Cela paraît nécessaire mais ne faut-il pas voir au-delà et repenser notre système éducatif dans sa globalité ?

Il le faut absolument. C’est urgent même ! Et commencer par sortir du discours qui pense que critiquer la politique gouvernementale, c’est vouloir maintenir l’existant. Puis il faut poser des mots clairs, précis et sans concession sur les dysfonctionnements actuels de l’école publique. La deuxième étape consiste à savoir quelle école on veut. Mais pour le savoir, il faut aussi savoir quelle société on veut. Tant qu’on ne se sera pas mis d’accord sur la société que l’on souhaite et la place que l’école doit occuper dans celle-ci, on tournera en rond et on va raisonner uniquement avec le monde tel qu’il est aujourd’hui. Or, on n’en veut pas de ce monde. On ne veut pas simplement transformer l’école, on veut aussi transformer le monde. C’est pour ça que la gauche a son mot à dire, et que je lui en veux de se taire. Il faut reposer sur la table notre projet de société, car il existe, et il faut le redire de manière précise, voire radicale, même si utopique.

Aujourd’hui, on n’a plus d’utopie dans le discours politique. Or tous les pédagogues ont une dimension utopique ! Si tu n’as pas la justice sociale chevillée au corps, tu n’es pas un pédagogue, mais un technicien. Les pédagogues doivent alimenter une vision idéaliste de l’école, une « école-laboratoire », qui peut s’éprouver et s’expérimenter. Donc, c’est un boulot énorme, car il faut repenser l’école d’un point de vue de ce qui s’y enseigne, et ça c’est un impensé.

Qu’est-ce qu’on doit enseigner pour la société qu’on veut ? L’égale dignité des savoirs, incluant les savoirs manuels, est au cœur de mes préoccupations. Ça veut dire une réécriture complète des programmes. Comment on enseigne ? Avec des pédagogies coopératives ? Où on enseigne ? À quoi doit ressembler une salle de classe, un collège, un lycée ? Comment ça s’articule avec le quartier, l’espace, les associations, les parents ? Une école doit être un lieu d’éducation, d’instruction et de vie. Ça ne peut pas être un sanctuaire. Donc on parle d’un chantier colossal, oui. Mais faisable. Il faut redire que c’est faisable.

Elsa Gambin 18 janvier 2024

Laurence de Cock
Historienne de l’éducation, enseignante en lycée et à l’université à Paris, autrice de l’ouvrage École publique et émancipation sociale (Agone, 2021)

Cette interview a été réalisée avant le remaniement ministériel et la« conférence de presse » d’Emmanuel Macron.

Notes

[1] « Cependant, la France est l’un des pays de l’OCDE, derrière la République tchèque, la Belgique, la Suisse, la Hongrie et la République slovaque, où la différence de résultats entre les élèves favorisés et les élèves défavorisés est la plus marquée », dit notamment l’étude Pisa.

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17 janvier 2024 ~ 0 Commentaire

démocratisation de l’école (basta)

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« Le projet macroniste est de stopper l’élan de démocratisation de l’école »

Uniforme à l’école, généralisation du SNU… Les annonces de Macron viennent confirmer la « vision » rétrograde laissée par Gabriel Attal au ministère de l’Éducation, et des projets de réforme qui renforcent une volonté de tri social.

L’Éducation nationale vient – encore – de changer de ministre (le troisième en huit mois). Gabriel Attal laisse place à Amélie Oudéa-Castéra. Malgré la controverse dont la toute nouvelle ministre fait l’objet en ayant scolarisé ses trois enfants dans une école privée très onéreuse, elle devra très probablement mettre en œuvre les mesures très critiquées évoquées par son prédécesseur, devenu Premier ministre : mise en place des groupes de niveaux, rétablissement des redoublements et de l’uniforme à l’école , instauration du brevet des collèges comme examen d’entrée au lycée… Une partie de ces mesures ont été confirmées par Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse du 16 janvier.

« On est dans des annonces visant à flatter la frange la plus conservatrice, voire réactionnaire de l’opinion, avec une vision un peu mythifiée de l’école du passé », commente Sophie Vénétitay, professeure de Sciences économiques et sociales, et secrétaire générale du syndicat SNES-FSU. Aux côtés de Jean-Paul Delahaye, inspecteur général honoraire de l’Éducation nationale et auteur de L’école n’est pas faite pour les pauvres (Le bord de l’eau, 2022), elle et il commentent pour Basta! ces propositions, leur intérêt et leurs possibles conséquences pour les collégiens et collégiennes.

Redoublements : « On sait que c’est une mesure inefficace »

Sophie Vénétitay : Gabriel Attal s’était présenté comme celui qui lève un tabou ; or la question du redoublement n’a jamais été un tabou. Diminuer le taux de redoublement était issu de considérations budgétaires et politiques. Il s’est montré très caricatural. Nous, on a toujours dit que le redoublement devait être examiné au cas par cas, basé sur la confiance en l’équipe pédagogique. C’est une question beaucoup plus fine et complexe que ce qui a été présenté.

Pas un mot non plus pour les études qui font consensus, comme celle du CNESCO, qui évoquent l’inefficacité du redoublement. Nous avions donc un ministre qui était là uniquement pour avancer les pions de son projet idéologique et sa volonté d’imprimer l’opinion publique.

Jean-Paul Delahaye : La France est un des pays qui dépense le moins pour son école primaire, et le plus pour son lycée. On finance davantage l’aval que l’amont ! Le collège, lui, a été négligé depuis 30 ans. La France était à l’époque le pays où il y avait le plus de redoublement. Quand les redoublements ont beaucoup diminué, les difficultés des élèves, elles, sont restées.

Les moyens économisés par la baisse des redoublements n’ont pas été réinvestis, par exemple dans les RASED (Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté), ou en baissant les effectifs par classe. Ce qui fait qu’aujourd’hui une distorsion s’est opérée entre la « carrière scolaire » des élèves qui se déroule sans redoublement et les acquisitions, qui ne suivent pas la même évolution.

Vous avez donc des élèves en difficulté, qu’on n’a pas su traiter à temps, qui arrivent au collège. En parallèle, on n’a pas non plus pris la précaution de bien former nos enseignants aux approches pédagogiques, à la didactique des disciplines et à la connaissance des différents publics. Quand on a une classe très hétérogène, il faut être outillé professionnellement pour y enseigner. Les élèves qui arrivent en difficulté au collège ne sont en aucun cas responsables des dysfonctionnements de notre système.

On leur fait porter la responsabilité de leur échec, ainsi qu’à leur famille, alors que c’est le système qui est défaillant ! C’est principalement pour les enfants de milieux populaires que le système éducatif ne fait pas son travail. On sait que le redoublement est une mesure inefficace. Les politiques savent ce que dit la recherche. C’est donc de la com’, pour rassurer une partie de la population, et des enseignants.

Les groupes de niveaux : « Le groupe des faibles risque de rester le groupe des faibles, c’est une mise à l’écart »

Jean-Paul Delahaye : Il y a beaucoup d’inconnus sur cette mesure. Concerne-t-elle la totalité des heures de cours en français et mathématiques ? Est-ce qu’on aura assez de salles de classe ? Qui pour le faire ? Des professeurs ? Formés ? Tout ça a l’air très improvisé. Le risque c’est qu’on dise que les élèves en difficulté n’ont pas forcément besoin des autres disciplines. Si ces groupes sont constitués en fonction des besoins ponctuels des élèves, ce qu’on appelle davantage des « groupes de besoins », où un groupe sera constitué pour 2-3 heures de renforcement sur un point précis puis on rejoint le groupe classe, pourquoi pas.

On peut faire un bout de chemin avec cette idée. La souplesse que cela nécessite est très difficile à mettre en place, mais c’est la seule manière de faire quelque chose de positif. Ce n’est sans doute pas ce qui est envisagé… En vérité, avec cette mesure en l’état, le groupe des faibles risque de rester longtemps le groupe des faibles, et se détachera du tronc commun de formation. C’est donc une stigmatisation, une mise à l’écart. D’une certaine manière, c’est la fin du collège unique. Si tant est qu’il ait existé…

Sophie Vénétitay : Comme pour le redoublement, il y a une littérature scientifique sur ce sujet. Et puis cette année on a vu se mettre en place l’heure d’approfondissement (ndlr : qui avait vu la fin de la technologie pour laisser place à ces heures). Ce qui remonte du terrain, c’est qu’on voit les meilleurs élèves approfondir plus de choses, plus vite, là où ceux en difficulté dans le groupe de soutien sont cantonnés aux fondamentaux. Des collègues rapportent que les écarts se creusent encore davantage. Mais pour autant Gabriel Attal a fait de ces groupes de niveaux son « produit d’appel » de la réforme du collège.

Nous y sommes farouchement opposés, car cela révèle d’autant plus l’idée même de collège que la macronie a en tête, celui d’un collège où les élèves sont assignés à leurs résultats scolaires ; or on sait qu’en France ces résultats sont très corrélés à l’origine sociale. Cela signifie renoncer au fait que les élèves peuvent apprendre en se confrontant à la différence, en se mélangeant, en apprenant à vivre ensemble.

Ça revient à tourner le dos à l’idée qu’on fait du commun au collège, avec tout le monde et en même temps. Tout cela dessine les contours de l’école de l’assignation sociale. Dans la communication gouvernementale, cela apparaît comme une solution miracle, alors que la réalité c’est qu’on ne nous a pas donné les moyens de gérer l’hétérogénéité !

Les stages de réussite : « Il existe déjà des choses : le tissu associatif, l’éducation populaire, les colonies de vacances »

Jean-Paul Delahaye : Là encore, on n’invente pas la poudre, il existe déjà le dispositif de « l’école ouverte », avec aussi des activités sportives culturelles pour faire la jonction avec les vacances ou la rentrée. Si ce n’est ni obligatoire ni stigmatisant, s’il y a des possibilités offertes d’activités ludiques, intelligentes, pourquoi pas, il faut regarder de près ce qui va être proposé. Mais si on en fait une condition pour un passage de classe, là c’est autre chose. D’ailleurs, réglementairement ça me paraît compliqué.

Pour moi il vaudrait mieux enrichir l’offre de l’école ouverte, et, surtout, donner l’argent nécessaire aux associations complémentaires de l’école (Ligue de l’enseignement, Cemea…) pour qu’elles puissent plutôt organiser des séjours de vacances. Là encore, on ne sait donc pas ce qu’il y a derrière. Une série d’annonces, ça ne fait pas une politique d’ensemble. Communiquer, ce n’est pas réformer.

Sophie Vénétitay : C’est bien sûr un coup de com’ ! Laisser penser qu’en 5 jours de stage pendant les vacances on va pouvoir remédier à des difficultés profondes est totalement illusoire, cela relève de l’escroquerie intellectuelle. On voit très bien quels sont, encore une fois, les élèves visés, ceux qui seraient soi-disant « mieux » au collège qu’à traîner dehors.

Il existe déjà des choses qui s’appellent le tissu associatif, l’éducation populaire, les colonies de vacances. On voit donc encore une fois leur vision des élèves et de la jeunesse des quartiers défavorisés.

Le brevet, prérequis pour entrer au lycée : « On tend à faire disparaître progressivement les enfants du peuple »

Sophie Vénétitay : C’est faire du brevet une sorte de filtre, un barrage à la poursuite d’études en envoyant ceux qui ne l’ont pas dans des classes de relégation. C’est une forme de renoncement à augmenter le niveau de qualification de tout le monde, alors que notre société en a besoin, quelle que soit la voie. Il y a un enjeu démocratique. On voit ce qui se dessine derrière, la bascule vers l’apprentissage, et tout ce qu’on connaît des limites de l’apprentissage.

Tout ça reste cohérent avec leur vision de la société, leur désir d’instaurer un tri social et scolaire très tôt, dès le collège. On avait eu cet échange avec Gabriel Attal, on lui a dit : « Vous allez créer une forme de ressentiment social, des élèves vont comprendre que l’école ne leur offre pas la même perspective qu’à d’autres. » Or, en période de crise démocratique, créer du ressentiment social est dangereux.

Jean-Paul Delahaye : C’est un changement radical, une transformation radicale du système éducatif. On parle effectivement de « prépa-lycée » pour ceux qui ne pourraient pas aller en classe de seconde, c’est une façon très tordue d’utiliser les mots. On donne une connotation noble en faisant référence aux classes préparatoires, alors qu’il s’agit en fait de créer des classes de redoublants. Une classe dans laquelle on va tout doucement montrer la sortie, et la sortie vers quoi ?

Vers ce que ces élites considèrent comme une formation de seconde zone : l’apprentissage et la formation professionnelle. Il y a cette idée sous-jacente qu’on serait allé trop loin dans la démocratisation, et qu’il y a des élèves qui freinent les autres. Donc on va encore renforcer ce que le sociologue Paul Pasquali appelle « l’héritocratie ». On tend à faire disparaître progressivement les enfants du peuple.

L’uniforme et le SNU : « Un uniforme ne facilite pas le travail du professeur, moins d’élèves dans la classe, oui »

Jean-Paul Delahaye : L’uniforme est une diversion dérisoire. La misère ne se combat pas avec un bout de tissu. En réalité, le service national universel (SNU), comme l’uniforme, c’est pour les enfants du peuple. Mais on vient parler à une frange de la société qu’on croit rassurer en disant « vous allez voir, on va mettre l’uniforme pour tous, on va les dresser avec le SNU, c’est le retour de l’autorité ». On le voit avec ce vocabulaire terrible de « régénération », « réarmement »… Ce qui est paradoxal avec le SNU, c’est qu’on vient nous dire qu’il s’agit de transmettre des valeurs de la République, former à la citoyenneté, etc. Or, dans le même temps, si on regarde ce qui a été fait dans les programmes scolaires depuis 2017, notamment dans l’enseignement moral et civique (EMC), on y a enlevé tout ce qui pouvait associer les élèves à la construction de la règle.

En 2015 était inscrit qu’on devait faire participer les élèves à l’élaboration du règlement intérieur. Ce qui les aidait à percevoir pourquoi on a des droits et des devoirs à l’intérieur d’un établissement et à les appliquer. Et puis sous Jean-Michel Blanquer, c’est devenu « faire appliquer le règlement intérieur », point. Donc former à quelle citoyenneté puisqu’ils ont fait de l’EMC quelque chose d’uniquement descendant ? Veut-on des citoyens éclairés, avec leur mot à dire, ou est-on plutôt dans une optique de formatage et de mise au pas de la jeunesse ?

Sophie Vénétitay : On est dans des annonces visant à flatter la frange la plus conservatrice, voire réactionnaire de l’opinion, avec une vision un peu mythifiée de l’école du passé, alors que l’uniforme n’a jamais existé en tant que tel. Dans les faits, là où l’uniforme a été testé, ce fut un échec. Ça ne gomme pas les inégalités puisque les élèves cherchent à se distinguer par d’autres moyens. Ce n’est pas non plus comme ça qu’on doit lutter contre le harcèlement, mais avec des moyens humains.

Tout ça relève du gadget et ne vient absolument pas répondre aux problèmes du quotidien des enseignants. Un polo bleu ne facilite pas le travail du professeur, moins d’élèves dans la classe, oui. Derrière tout ça, on voit également que la psychologie de l’adolescent n’est pas leur fort, on vient nier complètement ce qu’est l’adolescence ! Quant au SNU, il est utilisé par Emmanuel Macron pour venir répondre à son analyse, par ailleurs erronée, de l’état de la jeunesse. Si on conserve cette idée de stage pour éviter le SNU, la concurrence va être rude, ceux qui vont le mieux s’en sortir seront les classes sociales avec un bon carnet d’adresses.

Elsa Gambin 17 janvier 2024  Elsa Gambin

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13 janvier 2024 ~ 0 Commentaire

école du diable! ( france info)

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Des révélations de Mediapart aux excuses d’Amélie Oudéa-Castéra, on vous résume la polémique qui touche la ministre de l’Education nationale

Après des révélations de Mediapart vendredi, la ministre a tenté de se justifier en évoquant sa « frustration » devant « les paquets d’heures » d’enseignement non remplacées lors des absences de professeurs dans l’école publique parisienne où ses enfants étaient scolarisés.

A peine nommée ministre de l’Education nationale, Amélie Oudéa-Castéra est vivement critiquée, depuis vendredi 12 janvier, pour sa décision de transférer ses enfants d’un établissement public vers le privé. Après des révélations de Mediapart, la membre du gouvernement de Gabriel Attal s’est justifiée en dénonçant « les paquets d’heures qui n’étaient pas sérieusement remplacées » dans une école publique du 6e arrondissement de Paris. L’opposition et les syndicats d’enseignants n’ont pas tardé à fustiger ces déclarations. Franceinfo revient sur la première polémique qui touche le nouveau gouvernement.

Mediapart révèle qu’Amélie Oudéa-Castéra a transféré ses enfants du public au privé, à Paris

Mediapart a publié vendredi en milieu de journée un article à propos d’Amélie Oudéa-Castéra, promue la veille au soir ministre de l’Education nationale, en plus de son portefeuille aux Sports et aux Jeux de Paris 2024. Selon le site d’information, l’ancienne joueuse professionnelle de tennis, entré au gouvernement en 2022, a scolarisé ses trois enfants au collège-lycée Stanislas, après les avoir scolarisés à l’école publique Littré, située dans le très cossu 6e arrondissement de Paris.

L’établissement privé catholique est visé depuis février 2023 par une enquête administrative à propos d’accusations d’homophobie et de sexisme, qui avaient été évoquées par plusieurs médias, dont Mediapart et L’Express.

La ministre justifie sa décision en évoquant sa « frustration » face aux heures non remplacées

Dans la foulée, Amélie Oudéa-Castéra a répliqué aux révélations de Mediapart pour justifier ces transferts. Son fils Vincent « a commencé comme sa maman à l’école publique, celle de Littré. Et puis, [il y a eu] la frustration de ses parents ». « Mon mari et moi (…) avons vu des paquets d’heures qui n’étaient pas sérieusement remplacées », a justifié la ministre devant la presse, lors d’une visite dans un collège des Yvelines.

Amélie Oudéa-Castéra défend son choix de mettre ses enfants dans l’établissement privé Stanislas – () « On en a eu marre, comme des centaines de milliers de familles », a-t-elle ajouté, évoquant un choix de « proximité ». « Depuis, de manière continue, nous nous assurons que nos enfants sont non seulement bien formés, avec de l’exigence dans la maîtrise des savoirs fondamentaux, et qu’ils sont heureux et qu’ils sont épanouis, qu’ils ont des amis (…) qu’ils se sentent en sécurité, en confiance », a poursuivi la ministre, qui a également dénoncé un « procès d’intention » et des « attaques personnelles » après l’article de Mediapart.

 Les syndicats d’enseignants et de parents d’élèves expriment leur mécontentement

Les propos de la nouvelle ministre de l’Education nationale ont immédiatement suscité un tollé auprès de la communauté éducative et de ses représentants. « Ce sont des propos provocateurs et scandaleux qui montrent certainement les limites d’une ministre qui, dès sa première sortie, réussit l’exploit de marquer un but contre son camp », a fustigé sur franceinfo Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, principal syndicat du second degré.

Moins véhément, le président du Snalc, autre syndicat du secondaire, « attend de la ministre qu’elle remédie à la crise d’attractivité qui crée ces semaines, mois, voire années non remplacées. Car désormais, elle a la responsabilité des enfants des autres, et non juste des siens », a déclaré Jean-Rémi Girard auprès du Figaro. « Maintenant qu’elle a dit ça, elle a plutôt intérêt à trouver une solution », a également estimé sur franceinfo Laurent Zameczkowski, porte-parole de la Peep, la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public.

L’opposition de gauche et d’extrême droite s’engouffre dans la polémique

Au-delà des syndicats, la contestation a pris un tournant plus politique, avec les récriminations des oppositions. « Sept ans qu’ils sont au pouvoir, sept ans qu’ils n’ont rien fait pour redresser l’école de la République. Et ils s’offusquent aujourd’hui du délabrement de l’enseignement public, comme s’ils n’en étaient pas responsables », s’est ainsi indignée sur X Marine Le Pen, présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale.

Le patron du Parti socialiste, Olivier Faure, a jugé sur le même réseau « hallucinants » les propos de la ministre, en les parodiant : « ‘L’école publique dont je suis désormais la ministre n’était pas assez bien pour mes enfants alors je les ai scolarisés dans un lycée privé dont les valeurs sont, selon les enquêtes qui y ont été réalisées, loin des valeurs républicaines’ ».

Le député de La France insoumise Rodrigo Arenas, ancien coprésident de la fédération de parents d’élèves FCPE, a pour sa part dit saisir le recteur de l’académie de Paris « pour vérifier les propos dénigrants de la ministre de l’Education nationale à propos de l’école Littré à Paris ».

Le gouvernement évacue toute polémique et se félicite de son bilan

Interrogée sur France 2, samedi matin, la nouvelle porte-parole du gouvernement a voulu balayer l’affaire. « Il y aurait polémique si un membre du gouvernement en responsabilité posait un constat sans proposer de solutions », a affirmé Prisca Thévenot.

Or, si « 15 millions d’heures » sont « perdues » chaque année en raison du non-remplacement de certains professeurs, « ce constat, nous avons été au-delà de le poser, nous y avons répondu », notamment avec le « doublement des heures remplacées pour les enseignants absents » .

La ministre « regrette » d’avoir pu « blesser certains enseignants »

Au lendemain de ses déclarations très critiquées, la ministre s’est exprimée. Amélie Oudéa-Castéra a annoncé samedi après-midi à l’AFP qu’elle « regrette » d’avoir pu « blesser certains enseignants » de l’école publique. Elle assure qu’elle sera « toujours » aux « côtés » de « l’école publique et de ses professeurs ».

Ses propos ont suscité l’embarras jusqu’au sein de la majorité. « Il faut vite qu’elle rattrape le coup », s’agaçait auprès de franceinfo une ancienne ministre en milieu de journée. « Je ne comprends même pas qu’elle ne l’ait pas déjà fait. » « Sa priorité, maintenant, ce doit être l’école publique et on ne l’a pas encore entendue », ajoutait un communicant du pouvoir, pas tout à fait surpris de cette première sortie : « Elle maîtrise mal le monde médiatique. »

Thibaud Le Meneec – avec AFP

13/01/2024de lecture : 5 min

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26 décembre 2023 ~ 0 Commentaire

belle île en mer (fr3)

Il reste deux baraquements comme celui-ci de l'ancienne colonie pénitentiaire de Belle-Ile
Il reste deux baraquements comme celui-ci de l’ancienne colonie pénitentiaire de Belle-Ile • © JEAN-YVES GAUTIER

Le passé sombre de la colonie pénitentiaire pour mineurs de Belle-Île-en-Mer

Pendant plus d’un siècle, Belle-Île-en-Mer (Morbihan) a abrité des prisonniers bannis de la société. D’abord des insurgés (de la « Commune ») du XIXe siècle, puis des jeunes envoyés dans l’ancienne colonie pénitentiaire pour mineurs, aussi appelé bagne pour enfants. Il a accueilli, souvent mal, des milliers de jeunes jusqu’à sa fermeture en 1977.

Quand Michel Texier revient à Belle-Île-en-Mer, les souvenirs remontent, les bons et les mauvais. Et près de 60 ans plus tard, l’émotion est intacte.

Lui arrive sur l’île en 1965. Il a 14 ans. Il vient de voler un blouson dans un magasin à Nantes. Et pour ce larcin, il passera presque trois ans entre les hauts murs de cette maison de correction, alors appelée IPES, Institution publique d’éducation surveillée. Michel Texier n’a pas vu de juge, ne sait pas qu’il sera envoyé à Belle-Île, ni pour combien de temps.Les négociations, ils ont dû les faire probablement avec ma mère puisqu’elle avait trois enfants. Mon père était un peu parti, c’était compliqué. Voilà comment l’histoire s’est déroulée, ça va très très vite

Des jeunes criminels sous le même toit que des orphelins

Michel Texier arrive à Haute-Boulogne, l’un des deux sites où sont hébergés des jeunes, âgés de 10 à 21 ans. Certains sont accusés de vagabondage, de vol à la tire, d’autres sont orphelins ou encore des garçons « laissés » à l’institution par leurs parents. Ils côtoient parfois des jeunes criminels. Michel Texier raconte qu’un détenu originaire de Châteaubriant avait tué « son père à coups de marteaux ».

Pour la grande majorité, ces jeunes sont issus de milieux très modestes. Yann Le Pennec, ancien éducateur à l’IPES de Belle-Île, explique que les parents étaient souvent de la classe ouvrière populaire. « Quelquefois, ça faisait une bouche de moins à nourrir parce que c’était souvent des enfants de pauvres, dit-il. Par conséquent, l’éducation surveillée était dominée par la perspective professionnelle. »

Ils sortaient avec une formation

L’objectif pour l’administration est de former ces jeunes. Sur le site de Haute-Boulogne, des ateliers de matelotage, de timonerie, de voilerie, de corderie, de pêche ou de sardinerie permettent d’apprendre les rudiments des métiers de la mer, sans vraiment la voir.

A quelques kilomètres, à Bruté, un autre établissement accueille les jeunes qui se destinent aux métiers agricoles. Michel Texier, lui, fera des études de mécanique générale, puis travaillera chez EDF, une bonne partie de sa carrière.

Une violence institutionnelle omniprésente

Derrière les hauts murs de la colonie, le quotidien est difficile. La philosophie de l’ordonnance de 1945, qui créée les tribunaux pour enfants et les méthodes éducatives qui vont avec, n’est pas vraiment arrivée jusqu’à Belle-Île-en-Mer. C’est la violence qui guide les jeunes et les éducateurs. Michel Texier en a reçus des coups, il en a donnés aussi.

Un jour, j’ai collé un éducateur le long d’un mur. Bon, ça coûte cher, c’est un mois d’arrêt, au mitard Michel Texier, Ancien « colon » jeune détenu à Belle-Île-en-Mer

Yann Le Pennec se souvient aussi : « La violence n’était pas toujours apparente, elle se passait surtout la nuit » relate l’ancien éducateur.

Un de ses confrères, Joseph Gallen, qui a passé quelques mois à l’ancienne colonie pénitentiaire en tant qu’éducateur, alors qu’il n’avait que 19 ans, se rappelle avoir envoyé un jeune une fois en cellule d’isolement. Il en a encore des remords.

C’était quelque chose de parfaitement réalisable à l’époque. Aujourd’hui, pour moi, c’est une aberration. J’ai oublié le nom de pratiquement tous les autres jeunes du groupe mais celui que j’ai envoyé au mitard, je ne l’ai pas oublié. C’est un énorme regret Joseph Gallen Ancien éducateur à l’IPES de Belle-Île-en-Mer

La hiérarchie de cet établissement reprochait à leurs hommes de laisser parfois des marques sur le corps des enfants. Yann Le Pennec se rappelle avoir violenté un adolescent :  » Un chef de service m’a fait comprendre que j’avais marqué un jeune. Lui, quand il exerçait des sévices ou des sanctions, il roulait le jeune dans une couverture, avec une serviette mouillée, puis le frappait ». 

L’évasion qui va changer le cours de l’histoire

Remontons quelques décennies en arrière. Aucune des personnes que l’on a rencontrées n’a connu cette époque lointaine et qui va changer le cours de l’histoire des bagnes pour enfants.

C’est l’été 1934, plusieurs enfants de la colonie pénitentiaire de Belle-Île s’évadent. 56 selon la direction de l’époque qui organise une véritable chasse à l’enfant, Jacques Prévert en fera un poème. Dans son texte, il dénonce « la battue » organisée sur l’île, avec une prime de 20 francs offerte aux touristes et aux habitants de l’île pour chaque garçon capturé. Le poème sera chanté et popularisé par la chanteuse Marianne Oswald.

Bandits ! voyous ! voleurs ! chenapans ! C’est la meute des honnêtes gens qui fait la chasse à l’enfant Extrait du poème de Jacques Prévert, « La Chasse à l’enfant »

Eugénie Bachelot-Prévert, petite fille du poète, explique que son grand père a agi comme « un citoyen avec cette volonté de témoigner, de faire avancer la justice, parallèlement aux journalistes et aux intellectuels qui s’intéressaient aussi au sort de ces enfants »

Parmi les journalistes, Alexis Danan. Reporter à Paris-Soir. Il alerte l’opinion publique, dévoile les mauvais traitements infligés à des enfants parfois âgés de 4 ans, battus et affamés. Il publie un premier article, Enfants martyrs en uniforme, qui fera grand bruit.

Suite à des manifestations, pour demander la fin de ces établissements, certains sont fermés, mais pas celui de Belle-Ile-en-Mer. Francis Villadier, président de l’association La Colonie pénitentiaire, qui milite pour la mémoire des lieux à Belle-Île-en-Mer, souligne qu’il y a eu un avant et un après évasion 1934.

Avant cela, personne ne savait que ça existait, il y avait une quarantaine de colonies pénitentiaires en France, mais on se soucie peu du sort des enfants, encore moins des enfants délinquants Francis Villadier Président de l’association La Colonie pénitentiaire

A partir de ce moment, s’opère un changement de paradigme : les enfants condamnés ne sont plus considérés comme des délinquants, mais comme les victimes d’un système violent. Le journaliste et écrivain Sorj Chalandon s’est aussi plongé dans les archives de Belle-Île-en-Mer pour écrire son dernier roman « L’Enragé » paru en 2023. Il revient sur cette évasion de 1934.

C’était un grand cri de liberté. Ils savent que ça ne va pas durer. Ils savent que les gendarmes arrivent que les braves gens se mettent à leur chasse. En tout cas, ces instants-là, personne ne pouvait leur voler et je voulais en être, c’est pour ça que j’ai écrit ce livre Sorj Chalandon Écrivain et journaliste

Ce n’est qu’en 1977 que l’Institution publique d’éducation surveillée est définitivement fermée à Belle-Ile-en-mer, en plein développement touristique de l’île. C’était assez « dramatique » pour l’économie de l’île, explique Serge Albagnac, ancien maire de Palais. « Beaucoup de gens déploraient cet état de fait, il y avait un lobby essentiellement constitué de propriétaires de maisons secondaires qui n’avaient pas conscience des pertes liées aux départs de l’île des familles des salariés de l’IPES (…) Belle-Île c’est senti orphelin de quelque chose. »

En 1992, la mairie de Palais rachète les lieux. Mais selon Serge Albagnac, les bâtiments sont dans un piteux état. Ils étaient restés à l’abandon pendant 10 ans et avaient été pillés.

Réhabilitation des lieux pour ne pas « martyriser ces enfants-là une deuxième fois« 

Deux des cinq baraquements ont finalement survécu et servent aujourd’hui de locaux associatifs. Dans l’un, un projet de lieu de mémoire est à l’étude, porté par l’association La Colonie pénitentiaire. Dans l’autre, un lieu culturel nommé Propice va voir le jour.

Créée en 1880 à Belle-Ile-en-Mer, l’ancienne prison accueillait des mineurs délinquants ou abandonnés par leur famille au sein d’une colonie maritime et agricole. Cet endroit fermé en 1977 et toujours visible à Belle Ile en mer pourrait être réhabilité en lieu de mémoire •

Ce sera un lieu où on pourra raconter l’histoire de Haute Boulogne qui ne commence pas avec les enfants prisonniers, mais bien avant, avec les prisonniers politiques, puisque Belle-Île a été la plus grande prison politique de France dans les années 1850 Francis Villadier

 

Quant à Michel Texier, l’ancien colon, il propose son aide pour les travaux. Il veut que ce lieu soit préservé, pour ne pas oublier. Un souhait partagé par tous les interlocuteurs rencontrés.

Sorj Chalandon, lui-même enfant battu, veut que ce lieu accueille d’autres enfants qui sauront ce qu’il s’est passé ici jusqu’en 1977. Il ajoute que c’est important de garder ce lieu, « pour que les hommes politiques arrêtent de dire qu’il faut des centres fermés pour enfants. Si on détruit des lieux comme ça, on détruit notre histoire et on martyrise ces enfants une deuxième fois. C’est insupportable » dit-il

23/12/2023 Sylvaine Salliou

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

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