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17 avril 2018 ~ 0 Commentaire

culture (slate)

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Les nouveaux mouvements politiques n’ont-ils aucune culture?

À l’heure où les mouvements comme La République en marche et La France insoumise semblent plus que jamais au centre du jeu politique, ne faut-il pas au contraire jeter un regard attentif sur la forme «parti»? Non par nostalgie mais parce qu’elle répond à des lacunes des nouveaux venus.

Maintes fois pronostiquée la fin des partis politiques n’a jamais été aussi proche de se produire que l’an passé: 2017 a été marqué par l’essor rapide et spectaculaire de mouvements politi- ques fondés dans le principal dessein de porter des candidatures présidentielles puis, inversion du calendrier électoral oblige, de soutenir des candidats labellisés par ces mêmes mouvements à l’élection présidentielle.

La République en marche (LREM) et La France insoumise (LFI) font partie de ces mouvements qui, en Europe, sont nés d’un leader et de l’usage massif d’internet.

Les premières victimes de l’essor électoral de ces deux structures ont été les partis politiques en place: le Parti socialiste évidemment ainsi que, dans une moindre mesure Les Républicains. Le Parti communiste français a aussi eu, lui aussi, à pâtir de l’ascension de LFI.

Le chef fait-il tout?

«Le parti moderne est une organisation de combat au sens politique du mot et, comme telle, il doit se conformer aux lois de la tactique», écrit Robert Michels, l’auteur de Les partis politiques. Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, qui ajoute que «[la tactique] exige avant tout la facilité de la mobilisation». La question de la mobilisation «militaire» des militants distingue à l’évidence le modèle du parti politique de celui des «mouvements à clics». Le but est néanmoins le même: disposer de l’aisance tactique maximale dans une bataille pour la conquête électorale du pouvoir.

Dans les premiers partis comme dans les machines 2.0, le chef joue un rôle majeur.

Le vertical caché du 2.0 ne tarde jamais à confirmer l’importance du chef dans les formations nées du net et les partis classiques. Beppe Grillo, par exemple, est au cœur du système de pouvoir au sein du Mouvement 5 étoiles jusque tard. Cela pose la question de l’usage massif du 2.0, le relatif anonymat et l’absence de hiérarchie gommant la traditionnelle vocation progressive de l’investissement dans les partis politiques.

La double fonction de structuration et d’encadrement est, dans l’analyse traditionnelle des partis politiques, l’une des trois principales fonctions des partis. Elle apparait déterminante dans le distinguo à effectuer entre la forme «parti» traditionnelle et la forme «mouvement 2.0». C’est une fonction implicite contenue dans cette fonction de structuration et d’encadrement qui peut et doit faire la différence: la fonction de formation.

Un abyssal déficit de formation

Il apparaît évident que la formation au sein des cadres des partis politiques est en net recul. Ni la bibliographie la plus élémentaire, ni les formations les plus basiques dans les domaines de l’histoire politique, des rapports de force mondiaux, de l’économie politique, etc. ne semblent irriguer l’encadrement des grands mouvements. Le M5S, en Italie, en tire profit par la mise en avant d’équipes et de candidats ou candidates tantôt plutôt de gauche tantôt plutôt de droite selon les villes qu’ils et elles dirigent ou convoitent.

La formation et l’autoformation sont inhérentes à l’investissement militant:

Elles donnent au nouveau venu les outils intellectuels et pratiques nécessaires au combat dans lequel il souhaite s’inscrire. Trotskistes, communistes, socialistes, les partis de la gauche française ont longtemps mis l’accent sur la formation. Cette dernière dimension était, en inter- ne, l’objet d’âpres combats pour son contrôle entre les différentes tendances qui composaient ces organisations.

Une nouveauté dans la conception la plus répandue de la politique tient au mythe des «compé- tences mises au service de la politique». Être un entrepreneur couronné de succès, un médecin renommé, une star du sport suffirait à octroyer les compétences requises pour être un bon politique. Peu importe l’absence de maîtrise des rapports de force mondiaux sur le plan économique. Le parcours professionnel et le faire-savoir médiatique font l’essentiel.

Une culture commune: pourquoi agir ensemble?

La politique n’est pas affaire que de programmes. Ni de parcours professionnels. Elle est profondément affaire de vision du monde, de culture collective. Ainsi les communistes sont encore en pointe dans la capacité à former des militants, c’est-à-dire à faire de non-commu-nistes des communistes:

«S’il est indéniable que l’institution communiste ne peut plus revendiquer aujourd’hui une identité et une culture communistes clairement définies et arrimées à des référents idéolo-giques et doctrinaux, la volonté de donner un sens relativement homogène aux choix straté-giques, de les justifier et de les légitimer n’a pas pour autant disparu», écrit Nathalie Ethuin dans Formation des militants et identité communiste. «Les partis politiques constituent des ateliers d’identités et d’imaginaires collectifs, et participent à la structuration de grammaires culturelles régulièrement mobilisées par les militants», explique Michel Hastings, dans Partis politiques et administration de sens (1).

C’est un exemple à avoir en tête car, outre le PCF, la plupart des partis gagneraient, dans l’intêrêt même d’une démocratie fonctionnant efficacement, à développer cette vision de la formation. Les débats politiques actuels traduisent souvent une forme d’à peu près idéolo- gique, c’est-à-dire un déficit de maîtrise des enjeux, de l’histoire du monde comme de l’histoire de France. La politique n’est pas «Questions pour un champion» mais elle nécessite une maîtrise aiguisée de la totalité des données nécessaire à la prise de décision.

Edgar Faure expliquait que «la politique c’est du tout à l’égoût à l’ONU». Ni les égoût ni l’ONU ne semblent embarrasser l’égotisme contemporain.

Gaël Brustier 17 avril 2018

http://www.slate.fr/

Commentaire: Le NPA, pour sa part, organise des week-ends de formation et une université d’été.

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10 avril 2018 ~ 0 Commentaire

liberté d’expression (france bleu)

autodafe

Cible des catholiques intégristes, la pièce de théâtre sera amputée d’une scène aux Quinconces

Jouée ce mardi et ce mercredi, la pièce « Sur le concept du visage du fils de Dieu » a dû être amputée d’une scène à cause d’un arrêté de la préfecture. La sécurité est également renforcée suite à des tags et un appel à manifester de catholiques intégristes.

Depuis sa création en 2011, c’est une pièce controversée, qui a notamment suscité des manifestations de catholiques intégristes devant et dans les théâtres.

À la veille de deux représentations aux Quinconces, au Mans, Sur le concept du visage du fils de Dieu est de nouveau prise pour cible : dans la nuit de lundi à mardi, plusieurs serrures du théâtre ont été obstruées avec de la colle. Et une inscription latine en lettres bleues, « Ad Deum non nobis », a été taguée sur un mur latéral du bâtiment, soit « pour Dieu, pas en notre nom ». Ce qui serait aussi une référence à un psaume lié à l’ordre des Templiers.

De plus, un appel à manifester ce mardi à 19 h 30 devant le théâtre avait été lancé sur les réseaux sociaux par l’Action Française, groupuscule royaliste d’extrême droite. Lequel a disparu ce mardi matin… La sécurité sera toutefois légèrement renforcée, « comme dans la plupart des villes où cette pièce est jouée », précise le théâtre.

Une scène en moins suite à une décision de la préfecture

Par ailleurs, au Mans, la pièce sera amputée d’une scène à cause d’une décision de la préfec- ture. Vers la fin du spectacle, cette scène montre des enfants jetant des grenades factices sur le visage du christ, affiché en grand sur le fond de la scène. On peut la voir brièvement dans ce reportage, à partir de la 28e seconde :

S’agit-il donc d’un acte de censure de la part des autorités de l’État ?

Pas exactement car la préfecture n’a pas interdit de jouer cette scène, simplement d’employer des enfants, comme elle l’explique dans cette réponse écrite : « La direction départementale de la cohésion sociale a été sollicitée pour délivrer une autorisation de travail pour neuf mineurs afin qu’ils interviennent en qualité d’acteurs dans ce spectacle. Considérant l’âge des enfants retenus pour la prestation et les caractéristiques de la scène à laquelle les mineurs devaient participer, le préfet de la Sarthe a refusé cette autorisation d’emploi par un arrêté préfectoral. Cet arrêté n’a pas vocation à interdire cette scène durant le spectacle, il vise uniquement à préserver les mineurs qui auraient dû y participer. »

Le metteur en scène a choisi de maintenir les deux représentations. Une lettre, que les Quinconces ont refusé de nous transmettre, sera distribuée aux spectateurs pour leur expliquer le sens de cette scène. Laquelle sera donc exceptionnellement coupée. La direction du théâtre n’a pas souhaité s’exprimer non plus sur le sujet.

 mardi 10 avril 2018  Ruddy Guilmin,
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Autrefois, quand l’église n’était pas séparée de l’état, voici une liste (close en 1966) d’auteurs interdits, autorisés par ailleurs, mais difficiles à trouver en Belgique, Pologne (Irlande ?)
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06 avril 2018 ~ 0 Commentaire

lannion bilingue (le télégramme)

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Filière bilingue. Div Yezh souffle ses 35 bougies

35 ans et toujours jeune ! Div Yezh, association regroupant les parents d’élèves du public bilingue, fêtera son anniversaire ce vendredi lors d’un grand fest-noz aux Ursulines. L’occasion pour le bureau de mettre en valeur la filière et attirer de nouveaux élèves.

Voilà 35 ans que Div Yezh existe à Lannion… Oui et ce n’est pas rien ! C’est pour cela qu’on a voulu en faire une fête avec un fest-noz et pour la filière bilingue publique parce qu’on a la chance à Lannion d’avoir l’ensemble de la filière : l’école Saint-Roch, le collège Le Goffic et le lycée Le Dantec.

Cela a commencé en 1983 avec 13 enfants de maternelle à l’école Jean-Savidan.

Où en est-on aujourd’hui ? Nous en sommes à 188 élèves. Et à Saint-Roch, il n’y a plus que du bilinguisme. Souvent, on voit une classe bilingue parmi les monolingues mais, ici, toutes les classes sont bilingues.

  06 avril 2018

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06 avril 2018 ~ 0 Commentaire

édito (émancipation )

emanc

Comment lutter ?

Il ne s’agit pas ici d’avoir une réflexion générale sur la lutte de classes, ses formes et ses rythmes, même si cela n’est pas sans intérêt. Plus concrètement, il s’agit de savoir comment lutter maintenant, au vu des contestations grandissantes à l’égard de la politique gouverne-mentale de casse des services publics, des statuts, du droit à l’éducation, voire des plus simples droits humains comme dans le cas des réfugié.e.s.

La mobilisation étudiante qui cherche à s’étendre, contre la sélection à l’université, y répond : AG massives, mise en place d’une coordination nationale.

Et malgré une répression, voire l’intervention directe de nervis fascistes… qui pour l’instant ne suffisent pas à étouffer le mouvement, comme le montre l’AG importante d’étudiant.e.s de Montpellier qui vient de voter l’occupation illimitée de l’université suite aux agressions médiatisées dont ils/elles ont été victimes.

La grève cheminote y répond aussi.

Voici un conflit social qui concerne toute la population. Non seulement car les usager.e.s vont être les premier.e.s touché.e.s par la contre-réforme. Mais aussi parce que la fermeture de lignes et la casse du statut, c’est ce qu’entend faire le gouvernement avec toute la Fonction publique dans le cadre d’“Action publique 2022” : plan de départs “volontaires”, dévelop-pement du management, recrutement sous contrat (précaire bien entendu)… et enfin parce que le but du pouvoir est de casser une profession syndiquée et organisée, capable de mobilisations inter-catégorielles puissantes. Bref, l’un des cœurs du mouvement ouvrier organisé.

L’AG des 500 cheminot.e.s de Paris-Nord donne la réponse appropriée à la question “comment lutter” :

En votant la grève reconductible à partir du 03 avril, pour le retrait pur et simple de la réforme ferroviaire, dans laquelle il n’y a rien à négocier ni à discuter. C’est l’inverse d’une stratégie se contentant de journées d’action espacées, et de la volonté gouvernementale d’enfermer les syndicats dans des discussions sur les modalités d’application de sa réforme.

Qu’on en juge (Le Figaro du 15 mars) : “Le texte du projet de loi présenté ce matin apparaît comme un cadre législatif dans lequel les cases n’ont pas été remplies. Les grandes lignes de la réforme sont bel et bien là… En revanche, ni les modalités ni le calendrier n’ont encore été précisés. […] Soixante-dix réunions ont été programmées avec les organisations syndicales, les dirigeants de la SNCF, les régions”. Et ce gouvernement, après la SNCF, compte utiliser la même méthode pour les retraites, la Fonction publique, les contre-réformes du bac et du lycée…

Outre les méthodes de lutte, la grève cheminote, mais aussi les autres luttes mena- cées par la politique de division et d’isolement du gouvernement, de dénigrement médiatique préparant la répression policière :

occupant.e.s de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, personnels combattant la réforme du bac et du lycée, étudiant.e.s mobilisé.e.s… posent aussi la question de l’organisation de la soli- darité active du reste du mouvement ouvrier. Motions de soutien, participation à des caisses de grève, information des personnels en donnant la parole aux intéressé.e.s, délégations auprès des AG de lutte… et surtout impulsion d’un mouvement de grève public-privé, pour la convergence et la victoire des luttes, pour la défaite de la politique de régression sociale.

Quentin Dauphiné, vendredi 6 avril 2018

http://www.emancipation.fr/

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05 avril 2018 ~ 0 Commentaire

brezoneg (le peuple breton)

komzit

La langue bretonne est-elle une langue innommable ?

Langue bretonne, langue invisible ?

Langues de Bretagne, langues régionales, langues de France. Est-il si difficile de nommer les langues ? Ne pas le faire est-il une manière de les rendre invisibles ?

Malgré sa légitimité démocratique, la demande de co-officialité de la langue corse portée par la Collectivité territoriale de Corse s’est heurtée à une fin de non-recevoir de la part du gouver-nement. La demande de reconnaissance formelle par l’État des langues autochtones parlées sur son territoire continue à être perçue comme une attaque frontale au dogme de l’unicité linguistique de l’État. Les dernières déclarations du Président de la République souhaitant que le français soit la première langue parlée dans le monde montrent également à quel point la nostalgie d’empire, loin de régresser, imprègne toujours les plus hautes sphères du pouvoir en France.

Il existe néanmoins une différence de statut entre le corse et le breton.

La langue corse bénéficie d’un statut spécifique, d’une loi en faveur de la langue et de son enseignement. La langue bretonne, elle, n’existe pas spécifiquement en droit français. Elle est intégrée dans un vaste ensemble aux contours imprécis nommé soit « langues de France » soit « langues régionales ». L’appellation « langues de France » permet à l’État de s’approprier les langues autochtones parlées sur son territoire.

Avec cette définition, elles n’appartiennent donc plus aux peuples qui les parlent mais bien à l’État qui peut donc en disposer comme bon lui semble.

L’appellation « langues régionales » renvoie, elle, à une politique de hiérarchisation entre les langues, c’est une expression qui exprime une volonté de diglossie organisée entre, d’une part, une langue supérieure (le français) et, d’autre part, des langues inférieures dont le breton fait évidemment partie.

Enfin, le nombre particulièrement élevé de « langues de France » listées – au moins 75 selon le rapport de 1999 commandé à Bernard Cerquiglini, l’ancien Délégué général à la langue française et aux langues de France, organisme officiel rattaché au ministère de la culture et de la communication, permet de déplacer le débat du terrain politique (reconnaissance du breton, du corse, du catalan, du basque, de l’alsacien, de l’occitan et du créole) vers un terrain strictement patrimonial. En effet, le breton y apparaît au même plan que le bourguignon-morvandiau, le yiddish ou l’arménien occidental. Tout le monde conviendra ainsi qu’avec 75 langues la France ne peut en reconnaître qu’une : le français.

Qu’en est-il en Bretagne ?

En Bretagne, le mouvement linguistique breton s’est positionné depuis au moins 150 ans autour d’une demande de reconnaissance de la langue bretonne (dans l’enseignement, les médias, la vie publique, etc.) à côté du français. Ce mouvement, dans sa grande majorité, n’est pas un mouvement de rejet de la langue française. Il exprime plutôt une demande de prise en compte de la spécificité bretonne en revendiquant la construction progressive d’un bilinguisme sociétal équilibré.

Ce mouvement, d’abord dirigé contre la politique de l’État s’est, avec les lois de décentra- lisation, peu à peu réorienté vers les collectivités locales, d’abord vers les départements puis, de plus en plus, vers les communes et le Conseil régional de Bretagne.

Au-delà du financement des écoles Diwan, le Conseil régional de Bretagne s’est surtout intéressé à la langue bretonne à partir de l’élection de Jean-Yves Cozan en 1998 chargé de « l’identité régionale et de la culture ». Il n’est, à l’époque, pas encore question de politique linguistique. À partir de 2004 et de l’arrivée des socialistes au conseil régional, Jean-Pierre Thomin fait voter un premier plan de politique linguistique qui reconnaît l’existence du breton et du gallo. Une chargée de mission est recrutée, elle sera en charge de la « mission langues bretonnes », au pluriel (comprendre breton et gallo). En 2010, Lena Louarn succède à Jean- Pierre Thomin et en 2012 un nouveau plan de politique linguistique plus étoffé et plus précis est voté. La « mission langues bretonnes » évolue et devient un service à part entière : le SLAB (service langues de Bretagne). Notons que, bien que le texte voté en 2012 s’intitule « Une politique linguistique pour la Bretagne », la notion de politique linguistique continue à être absente du nom du service.

Les expressions « langues bretonnes », puis « langues de Bretagne » qui l’a remplacé, peuvent a priori paraître non connotées (souci de prise en compte croissante du gallo) mais dans les faits elles ont pour résultat d’escamoter la spécificité des revendications qui portent sur la langue bretonne, cœur du conflit linguistique breton. Derrière « langues de Bretagne », c’est bel et bien le breton qui disparaît. Et pourtant, la langue bretonne, c’est environ 96 % du taux d’intervention du Conseil régional dans le domaine linguistique, l’écrasante majorité du mouvement associatif, des acteurs et bénévoles, des manifestations culturelles et reven- dicatives, des médias, de l’éducation, de la formation, de l’animation, de l’édition, etc.

Ces dernières années, les mots « langue bretonne » ou « breton » paraissent moins présents dans les communiqués du Conseil régional de Bretagne traitant des questions linguistiques. Il semble que l’expression englobante « langues de Bretagne » soit de plus en plus privilégiée. Ceci n’est pas anodin car cette expression ne recouvre pas les langues histo- riquement parlées en Bretagne, elle ne concerne pas la langue française. L’expression « langues de Bretagne » concerne uniquement le breton et le gallo.

De plus, elle ne rend pas compte non plus de la distance entre la situation sociolin- guistique du breton et celle du gallo, on pourrait donc croire que le niveau de reven- dication et de conscience linguistique est équivalent, ce qu’il n’est pas. La politique linguistique actuelle n’apparaît donc pas véritablement dirigée contre la diglossie, cette disparité de statut entre le breton et le français. À

l’inverse de la Corse ou du Pays basque, les contours d’une future société bilingue en Bretagne n’apparaissent pas clairement. En fait, le conflit linguistique entre le breton et le français est le plus souvent évacué par les collectivités bretonnes, non exprimé, au profit d’un impensé qui peut s’incarner dans l’expression récente « langues de Bretagne », vues comme des langues traitées à part, en dehors de toute relation avec la langue dominante qu’est le français.

Ainsi l’on peut considérer que les expressions « Langues de France », « Langues régionales » et « Langues de Bretagne » participent toutes à leur manière d’une volonté de déni du conflit linguistique car elles séparent le statut de la langue française de celui du reste des langues parlées sur le territoire. En Bretagne, elles tendent aussi à masquer la demande sociale démocratique de co-officialité du breton vis-à-vis du français en évitant autant que faire se peut de mentionner le nom même de la langue concernée.

Tant et si bien que l’on peut se demander, la langue bretonne n’est-elle pas en train de devenir une langue innommable au sein même de la politique linguistique régionale, l’éléphant dans le magasin de porcelaine que personne ne veut vraiment voir ?

Jean Roudaut 3 avril 2018

http://lepeuplebreton.bzh/

Lire aussi:

Non à l’Ecole libérale, non à l’Ecole du temps des colonies! (A Manca)

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05 avril 2018 ~ 0 Commentaire

l’ami des banquiers (reporterre)

pol

« On voit émerger un ennemi commun : Macron, l’ami des banquiers »

Reporterre — En tant qu’universitaire, comment voyez-vous ce qui se passe en ce moment dans les facs ?

Manuel Cervera-Marzal — Ce n’est pas uniquement une contestation contre la réforme et l’idée d’une sélection à l’entrée de l’université ; c’est un ras-le-bol contre des amphithéâtres vétustes et surchargés, des conditions d’études qui se dégradent. Pour le moment, le mouve- ment, avec une vingtaine d’établissements mobilisés, reste poussif comparativement à 2007 [1] ou à 2006 [2]. Il y a eu beaucoup de défaites du mouvement social, et cela pèse sur le moral et l’envie de lutter. Les enseignants ont par exemple le souvenir douloureux des mobilisations massives — et finalement vaines — contre la LRU, ils sont très peu à se mobiliser.

Ce qui est intéressant est ce qui se passe dans les facs occupées : à Tolbiac, sont organisés des cours alternatifs, des débats, des ateliers de Théâtre de l’opprimé. Ce ne sont pas seulement des blocages, mais aussi des manières d’expérimenter de nouvelles formes d’enseignement, d’apprentissage.

Une effervescence qui n’est pas sans rappeler Nuit debout…

On retrouve effectivement un état d’esprit libertaire, « appéliste », « nuitdeboutiste » dans cette idée que bloquer n’est qu’un premier geste qui permet ensuite de se réapproprier l’université. Il ne suffit pas de résister, il faut aussi expérimenter dès à présent ce que l’on veut voir advenir. Nous sommes dans la phase ascendante du mouvement.

Une phase « ascendante » marquée par une recherche de convergence entre les différentes luttes:  cheminots, étudiants, éboueurs, salariés de Carrefour. Le gouvernement pointe même des risques de « coagulation ». Quel diagnostic posez-vous sur la situation ?

La convergence est un horizon, elle n’a rien de spontané. Mais elle est en train de se cons- truire. On voit des retraités et des salariés de Carrefour se rendre dans les assemblées générales (AG) des universités, et des étudiants aller aux réunions des cheminots. Pour le moment, il existe surtout une avant-garde du mouvement qui pousse à tisser des liens plutôt qu’une volonté large et partagée de faire converger les luttes. Chacun vient avec ses revendications. En revanche, même s’il n’y a pas d’objectifs communs, on voit émerger la conscience d’un ennemi commun : Macron, l’ami des banquiers à l’Élysée.

Qu’est-ce qui change par rapport aux mobilisations contre la loi Travail ou de Nuit debout ?

Peut-être sommes-nous dans une époque de radicalisation. Dans les AG, les communiqués, les revendications, on pointe de plus en plus le capitalisme comme cause des problèmes, alors qu’avant, on dénonçait plutôt le néolibéralisme, sans rejeter le système capitaliste dans son ensemble. Se présenter comme anticapitaliste ou parler de classe sociale n’est plus un gros mot.

Le seuil d’acceptabilité de la violence évolue également. On tolère de plus en plus des chemises arrachées, des occupations illégales, comme à Bure, ou même la présence d’un cortège de tête. Le mouvement social devient peu à peu « ingouvernable », même si ce terme est connoté. Mais cette radicalisation du mouvement se fait en parallèle d’une radicalisation du gouvernement.

C’est-à-dire ?

Macron se présente comme un libéral, mais il est surtout autoritaire ! Il n’y a qu’à voir son recours obsessionnel aux ordonnances. Il reprend également la stratégie de Sarkozy en 2007 : asphyxier le mouvement social par une pluie de contre-réformes. « Rien ne doit nous empê- cher d’avancer », entend-on. C’est la stratégie du choc décrite par Naomi Klein. Des attaques néolibérales simultanées et tous azimuts à un rythme cadencé qui laissent le mouvement social dans un état de sidération. Sous le choc. Ce qui permet au gouvernement de continuer à administrer ses contre-réformes.

Face à cette avalanche de réformes, le mouvement social apparaît conservateur, sur la défensive…

Effectivement. Nous vivons une époque de recul des droits sociaux. Partout, les inégalités et la précarité augmentent. Ceux qui défendent l’égalité passent pour des conservateurs, au sens littéral du terme : conserver et défendre les droits existants. Sans oublier que les néolibéraux ont mené avec succès depuis les années 1980 une opération sémantique magistrale : le progrès et la réforme sont devenus des idées de droite. Ainsi, quand on parle de réforme aujourd’hui, on parle en réalité de contre-réforme : il s’agit de revenir sur des acquis sociaux.

Ou de privatiser le service public, comme avec la réforme du rail…

Oui, mais attention à ne pas tomber dans ce piège du « conservatisme » : la gauche sera perdante si elle se contente de défendre le service public contre le privé. Car il existe des dysfonctionnements dans tous les services publics. L’école publique est le lieu de la repro- duction sociale, la maternité publique abrite des violences obstétricales. Il ne faut pas s’inter- dire d’interroger ces pratiques, il ne faut pas laisser à Macron la critique du service public. Il nous faut une critique de gauche qui aille au-delà de cette idée que l’État fait pour tout nous, à notre place, et pour le mieux.

En fait, nous avons besoin de réinventer un projet, qui fasse rêver. Au-delà du privé et du public, il existe cette troisième voie que l’on nomme le « commun ». La gestion de l’eau, des forêts, des terres peut être assurée par les usagers eux-mêmes, à travers leurs propres institutions. C’est ce qu’expérimentent les habitants de Saillans, dans la Drôme, ou celles et ceux qui vivent à Bure et sur la Zad. Les communs, c’est la lueur d’espoir pour la gauche.

Quelles sont les prochaines étapes pour le mouvement social ?

Les prochaines manifestations, notamment celle du 19 avril, seront importantes pour la convergence des luttes. Les syndicats ont leur rôle à jouer, par rapport à 2016, où ils étaient à la remorque, ils se débrouillent très bien,  mais il y a aussi des tentatives d’organisation à la base, hors du cadre syndical.

Tout cela doit permettre de renforcer la « coagulation », puisque c’est le terme à la mode et de le durcir. Pourquoi pas des grèves reconductibles ? Mais il faut aussi laisser une place à l’inventivité : expérimenter de nouveaux modes d’action, comme la grève de la gratuité. Le mouvement social doit être une force utopique, pour ne pas laisser Macron incarner le nouveau monde.

Manuel Cervera-Marzal.

Propos recueillis par Lorène Lavocat

Occupation des universités, grève des cheminots, des éboueurs, des salariés de Carrefour… Le mouvement social se rassemble dans « la conscience d’un ennemi commun : Macron, l’ami des banquiers à l’Élysée », estime le chercheur Manuel Cervera-Marzal. Mais il va falloir inventer de nouvelles formes pour incarner « le nouveau monde ». Manuel Cervera-Marzal est docteur en sciences politiques, enseignant à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et spécialiste de la non-violence et de la désobéissance civile. Il est l’auteur de l’essai Pour un suicide des intellectuels.

https://reporterre.net/

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04 avril 2018 ~ 0 Commentaire

école (npa)

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CP à 12, scolarisation obligatoire dès 3 ans… désastre à l’école

Le gouvernement Macron a fait le même choix que ses prédécesseurs pour l’école : une politique d’austérité budgétaire, aux conséquences catastrophiques.  

La France se situe au dernier rang des 34 pays de l’OCDE lorsqu’on compare le nombre d’enseignantEs par élève. Si elle se situe dans la moyenne pour le taux d’encadrement dans le secondaire avec 7,1 enseignantEs pour 100 élèves, ce chiffre dégringole dans le primaire avec en moyenne 5 enseignantEs pour 100 élèves contre 9 pour 100 dans des pays comme le Portugal ou la Grèce.

Mais le gouvernement n’a pas dans l’idée de créer des postes, bien au contraire.

Son seul problème, c’est que cette pénurie d’enseignantEs finit par se voir. Dans certaines académies, nous sommes loin de discuter de ce que pourraient être des conditions d’ensei-gnements plus décentes, mieux adaptées aux besoins des enfants, ou des conditions de travail plus confortables pour les professeurEs des écoles. À la rentrée, l’administration n’avait même pas les ressources en personnel pour mettre unE enseignantE devant chaque classe, et elle est dans l’incapacité de remplacer les congés longue maladie ou les congés maternité. Des classes se retrouvent sans enseignant pendant plusieurs mois.

CP à 12 : l’arbre qui cache la forêt

La première réaction du gouvernement contre cette situation a été la mise en place d’une politique spectacle pour faire croire qu’il agissait pour l’école. À grands renforts publicitaires, il a mis en place des classes de CP à 12 dans les écoles en REP+ à la rentrée dernière ; cette mesure concernera à la rentrée prochaine les classes de CE1 en REP+ et les CP en REP. Il faut rappeler que cette mesure se fait à moyens constants : le gouvernement n’a pas créé plus de postes d’enseignants pour ouvrir ces classes. La conséquence directe de l’ouverture de CP à 12 est donc la fermeture de dizaines d’autres classes pour récupérer des enseignantEs…

Les annonces des projets de carte scolaire pour la rentrée prochaine ont provoqué de nombreuses mobilisations.

Avec les fermetures annoncées, les effectifs augmentent dans la majorité des écoles, atteignant des niveaux indécents avec plus de 30 élèves par classe en maternelle. Même en éducation prioritaire, les effectifs de CP seront à 12 mais les autres niveaux de classe seront à 27 ou 28 de moyenne dans des écoles où les classes ne dépassaient pas 25 élèves de moyenne habituellement. Sans compter que Macron n’a absolument pas anticipé les coulisses de sa politique spectacle. Souvent les écoles n’ont pas assez de locaux disponibles pour ouvrir ces nouveaux CP : on propose aux enseignantEs de mettre deux classes dans une même salle ou alors de fermer les bibliothèques ou les salles d’arts plastiques pour réquisitionner des locaux.

La scolarisation obligatoire dès 3 ans, une nouvelle diversion ?

Au moment même où la colère grondait contre les fermetures de classes, où les parents d’élè- ves accrochaient des banderoles ou occupaient les écoles, Macron annonçait une nouvelle mesure : la scolarisation obligatoire de tous les enfants dès 3 ans.

Comment ne pas considérer cette mesure comme de la diversion quand on sait que seuls 3% des enfants de 3 ans ne sont pas scolarisés ?

Pire : à y regarder de plus près, on constate qu’avec cette mesure les communes vont être dans l’obligation de subventionner l’enseignement privé dès la maternelle. Comme elles doivent subventionner l’enseignement obligatoire, elles n’étaient jusqu’alors tenues de subventionner l’enseignement privé qu’à partir du CP. Si l’enseignement devient obligatoire dès 3 ans, elles devront aussi financer les écoles privées dès la maternelle. Un beau cadeau à l’enseignement privé !

Pour riposter, ne laissons pas passer le train

Partout cette situation de l’école fait réagir : occupation d’écoles par les parents, grève des enseignants dans le 93, opérations écoles mortes… Le 10 octobre dernier, ainsi que le 22 mars, les enseignantEs étaient massivement en grève car le système craque de toutes parts et qu’ils ne peuvent plus bien faire leur travail dans ces conditions.

Mais ces réactions restent en ordre dispersées :

Ecole par école pour empêcher une fermeture de classe, département par département contre les mesures de cartes scolaires…

C’est pourtant de la maternelle à l’université que le gouvernement s’attaque à l’éducation :

Pénurie budgétaire, suppressions de postes, réformes du bac, sélection à l’entrée de l’uni-versité : voilà son projet. C’est ensemble et de manière coordonnée qu’il faudrait riposter. Avec la grève à la SNCF qui s’engage, il y a la possibilité de renverser le climat social dans le pays. C’est maintenant qu’il faut engager la riposte dans l’ensemble des secteurs salariés : cheminotEs, hospitalierEs, enseignantEs, salariéEs du public comme du privé !

Juliette Stein Mardi 3 avril 2018

https://npa2009.org/

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03 avril 2018 ~ 0 Commentaire

précaires (cgt sud 22)

sud

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01 avril 2018 ~ 0 Commentaire

mai 1968 (alternatives économiques)

ludivine

Avoir 20 ans en 1968 et en 2018

Qu’est-ce que cela signifiait d’être jeune en 1968 ?

Ludivine Bantigny : A cette époque-là, les conditions matérielles commencent à être réunies pour que la jeunesse existe comme une catégorie sociale à part entière. On lui accorde davantage de moyens pour exister comme telle, avec des loisirs spécifiques. Dans les espaces domestiques, par exemple, les conditions de logement s’améliorent. Le fait d’avoir une cham- bre à soi, de pouvoir y écouter sa musique, avec l’apparition du transistor, est quelque chose de très important pour que la jeunesse puisse se vivre comme un âge singulier. Elle commence à faire l’objet de politiques publiques spécifiques, comme le montre la création d’un secrétariat d’Etat (1963), puis d’un ministère (1966) de la Jeunesse et des Sports.

Ceci dit, elle est traversée par de nombreux clivages. Les goûts culturels restent socialement différenciés. Les étudiants sont alors une toute petite minorité, globalement très privilégiée d’un point de vue social et culturel. Les enfants d’ouvriers représentent 10 % des étudiants de cette époque, les enfants de paysans autour de 4 % à 6 %.

Et c’est loin d’être une génération dorée, comme on le pense souvent. A partir de 1966, il y a un tournant dans la conjoncture économique. La question de l’emploi commence à se poser, tout particulièrement pour les jeunes : en 1968, on estime le nombre de chômeurs à près de 500 000. Il n’est pas anodin que l’ANPE soit fondée en 1967. Apparaît aussi à ce moment-là un secrétariat d’Etat à l’Emploi, dont Jacques Chirac a la charge. Ses détracteurs l’appellent d’ailleurs « M. Chômage ». La thématique du déclassement commence également à émerger. Certains étudiants le disent : « Notre licence ne va servir à rien ! » Ils redoutent déjà de ne pas trouver d’emploi à la hauteur de leur formation.Enfin, les jeunes subissent d’une certaine manière un « préjudice de l’âge » sur le marché du travail, à travers les abattements d’âge instaurés à la Libération. A travail égal et à qualification égale, ils sont moins rémunérés que les ouvriers adultes de plus de 21 ans et ne touchent qu’un pourcentage de ce salaire, variable selon les branches et les secteurs professionnels.

Peut-on dire de Mai 68 que c’est un mouvement de jeunes ?

L. B. : Difficile de parler d’un mouvement purement générationnel quand 10 millions de person- nes s’arrêtent de travailler en France, dont plus de 7 millions de salariés en grève ! Il y a néanmoins une dynamique spécifique de la jeunesse dans le déclenchement des événements. Pas seulement à Nanterre ou au Quartier latin, mais aussi à Caen, quelques mois plus tôt, où de nombreux jeunes ouvriers issus d’un milieu rural entament une grève très dure. Les jeunes sont aussi très présents dans les mobilisations d’agriculteurs qui ont précédé Mai 68. C’est d’ailleurs à Quimper que les premiers pavés ont été lancés contre la préfecture et au Mans que les premières barricades ont été dressées, en octobre 1967.

Ce qui est intéressant dans toutes ces mobilisations, c’est qu’il y a bel et bien une rencontre entre des milieux sociaux qui, jusqu’à présent, dialoguaient assez peu. A Caen, des étudiants ont prêté main-forte aux jeunes ouvriers sur les piquets de grèves. Au Quartier latin même, il y a plein de jeunes ouvriers, mais aussi des postiers, des employés, des coursiers, des plongeurs de restaurant, des garçons de café. Des formes de solidarités juvéniles s’expriment dans l’affrontement avec les forces de l’ordre.Sur cette solidarité pratique de bagarre contre la police se greffe, chez les étudiants mobilisés, un projet d’alliance sociale. Les étudiants ne veulent pas être réduits à leur statut de fils à papa ; ils ne veulent pas être, comme ils le disent, les rouages de la bourgeoisie.

Peut-on dire de Mai 68 qu’il s’agissait d’une révolte de jeunes contre leurs aînés ?

L. B. : L’essentiel ne me paraît pas être une opposition de générations. Il y a une vraie solidarité intergénérationnelle dans l’événement. En témoigne l’enjeu des conditions de travail. Partout en France, au 1er mai, une revendication importante des manifestations est la « défense de l’emploi », comme on le lit sur les tracts et les banderoles. Mais la question centrale est celle du coût de la prospérité. La croissance est là, le confort s’améliore, mais on travaille toujours énormément, près de 46 heures par semaine, quel que soit l’âge !

D’autre part, dans la foulée de 68, l’aspiration principale de la jeunesse a été de trouver sa place dans la société, d’y être mieux intégrée, de trouver un emploi. Ses valeurs étaient les mêmes que celles des générations précédentes : un grand attachement à la famille, à la fidélité dans l’amour… Même si l’événement 68 a eu une force contestataire indéniable en suspendant les évidences – les hiérarchies, l’autorité arbitraire, la concentration des pouvoirs… – et en interrogeant l’ordre social.

Donc il n’y a pas plus de conflit générationnel en 2018 qu’en 1968 ?

L. B. : J’ajouterais qu’on ne peut appréhender le destin d’une génération uniquement par le biais de son entrée dans la vie active : des baby-boomers ont été licenciés à 54 ans et sont restés au chômage jusqu’à la retraite. Eux aussi ont subi le préjudice de l’âge : « Vous êtes trop vieux, vous ne savez pas vous adapter, vous n’êtes pas assez flexibles… »

Les figures médiatisées de Daniel Cohn-Bendit, Serge July ou Bernard Kouchner ne sont pas représentatives des 10 millions de personnes qui se sont mobilisées en mai et juin 1968 ! Par ailleurs, Il faut également prendre en compte les solidarités intergénérationnelles, et le soutien financier que les parents apportent actuellement à leurs enfants. Au fond, dénigrer 68 revient à dire : « Regardez ce que ça a donné, surtout ne refaites pas la même chose ! » Les détracteurs d’une grève générale avec occupations y trouvent leur compte.

Un autre procès récurrent fait à Mai 68 est d’avoir ouvert la porte à une société ultra-individualiste…

L. B. : C’est un autre contresens majeur. Tout ce que portent les grévistes, les manifestants, bref les protagonistes de l’événement est orienté vers la perspective d’une émancipation collective. On ne peut pas réduire 68 à quelques slogans, aussi poétiques soient-ils, comme « Jouissons sans entrave » : ces mots sont peints sur les murs par une toute petite poignée de jeunes gens. D’ailleurs, le thème de la sexualité n’est pas vraiment abordé en 68. On cherche à penser une amélioration pour toutes et tous des conditions de travail et d’existence. C’est un mouvement qui est profondément solidaire.

L. B. : En fait, comme l’ont bien montré Luc Boltanski et Eve Chiappello2, c’est le néomanagement, à compter des années 1980, qui a mis la question de l’individu au goût du jour en récupérant les mots d’ordre de 1968 : vous ne voulez plus de contremaîtres, c’est trop hiérarchique ? Vous allez être vos propres contremaîtres, l’entrepreneur de vous-même ! C’est ce qui a conduit au mouvement de déstructuration des collectifs et d’individualisation des conditions de travail, via la multiplication des évaluations et des incitations à la performance, que l’on a connue ces dernières décennies, avec les drames qui l’ont accompagnée.

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Les jeunes de 1968 sont-ils très différents de ceux d’aujourd’hui ? Avoir 20 ans de nos jours, est-ce porter les mêmes espoirs que la génération des « soixante-huitards », posséder les mêmes chances de trouver sa place dans la société et les mêmes opportunités de la faire changer ?
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Entretien  avec l’historienne Ludivine Bantigny, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Rouen
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31 mars 2018 ~ 0 Commentaire

langues régionales diwan (fr3 + trégor)

komzit

Parlez breton (avec vos enfants) affiche « nationaliste » de René Yves Creston

Langues régionales : vif débat entre Paul Molac et la France Insoumise à l’Assemblée nationale

Les écoles privées hors contrats étaient au coeur des débats à l’Assemblée nationale ce jeudi et ont donné lieu à des échanges animés entre des députés de la France Insoumise et les députés bretons, qui ont défendu le réseau des écoles Diwan.

Les discussions sur les écoles en langues régionales et l’agrément de réseaux d’établisse- ments privés hors contrat ont donné lieu à de vifs débats, ce jeudi à l’Assemblée nationale, des débats relayés sur les réseaux sociaux. Les députés bretons, Marc Le Fur et Paul Molac en particulier, se sont élevés contre les propos d’Alexis Corbière, qui s’est prononcé contre le développement de ces écoles hors contrats, qui vont à l’encontre du service publique de l’enseignement. Le député de la France Insoumise a notamment mentionné les écoles régio- nales, qui pratiquent l’enseignement immersif, telle Diwan, qui pour lui, peuvent véhiculer des idéologies anti-républicaines.

« Idéologies identitaires anti-républicaines »

« Vous vous trompez si vous ne montrez que de la bienveillance envers ces écoles. En effet, elles véhiculent parfois des idéologies identitaires anti-républicaines » a ainsi déclaré Alexis Corbière, précisant quelques instants plus tard : « Monsieur Le Fur, lorsque vous dites que des familles souhaitent que leurs enfants parlent la langue de leurs parents, on peut entendre votre argument. Mais faisons attention : je suis élu en Seine-Saint-Denis où beaucoup de Français ont des parents dont la langue n’est pas une langue régionale. Comment accueillons-nous cette situation ? Quand des gens voudront apprendre le portugais ou l’arabe, langues de leurs parents ou de leurs grands-parents, que leur dirons-nous ? Notre réponse ne peut pas être à géométrie variable. » (Et alors, portugais et arabe sont en étude libre! note du blog)

Les députés bretons défendent Diwan

De nombreux députés ont réagi à ces propos, dont les Bretons Marc Le Fur, qui a également condamné les propos d’une députée LREM, Sylvie Charrière, qui a assimilé l’enseignement des langues régionales aux réseaux terroristes.

Paul Molac a quant à lui répondu à Alexis Corbière : « Je tiens juste à dire à M. Corbière que la solution se trouve dans le plurilinguisme, et que le plurilinguisme nous éloigne beaucoup du monolinguisme d’État que nous avons subi trop longtemps. (…) Vous avez stigmatisé les écoles Diwan : elles ont entre 97 % et 100 % de réussite au baccalauréat. (…) Ces écoles n’ont rien à voir avec la caricature que vous avez voulu en faire. » Il a tenu a rappeler notamment que ces établissements sont soutenus par des défenseurs de la langue bretonne, une langue qui a longtemps été interdite à l’école et que à cette époque-là, les enfants qui la parlaient étaient punis.

Krystell Veillard 30/03/2018

Lire aussi:

Diwan : une première manifestation à Lannion le 14 avril (Le Trégor)

Commentaire:

Paul Molac est parfait pour le rôle! Député du Morbihan de l’UDB-EELV devenu macroniste.  Un vrai scud envoyé pour séduire les régionalistes de tout bord. Et çà marche! Par contre les camarades de la France Insoumise sont tombés dans le piège! Confondre le « mouvement breton au sens large » avec du communautarisme voire « identitaire », fallait oser! Et cela au nom d’un autre communautarisme, celui des « républicains de tout bord », un « jacobinisme » mal placé qui ne fait que pousser des régionalistes dans les bras de la droite, comme ici.

Qui organise la solidarité avec les réfugiés (contre Molac!)?, si ce ne sont pas pour beaucoup des « régionalistes »! Et les lycéens Diwan de tous les combats progressistes, des identitaires?

Précisons: Le NPA est pour que les parents puissent choisir pour leurs enfants  un enseignement en breton (et éventuellement gallo) bilingue voire immersif de la maternelle au Bac. Avec embauches de profs…

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