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10 août 2018 ~ 0 Commentaire

extractivisme (cadtm)

macron

Sortir du système agroalimentaire extractiviste, destructeur de l’environnement et de la santé

L’extractivisme est le pillage des ressources naturelles, communes à nous tous, par les actionnaires des multinationales, avec en prime la destruction des écosystèmes.

Minerais, énergies fossiles, poissons, forêts, terres fertiles, eau douce, climat, existent pour le bien-être de tous les êtres vivants, Bruno Latour parle des Terrestres. La privatisation de ces ressources pour le profit de quelques-uns est une dépossession, un vol, voire une destruction.

L’exercice de « droits de propriété » ne peut en aucun cas le justifier. Si, selon cette civilisation, ils sont légaux, pour la grande majorité de l’humanité, ils sont illégitimes car contraires à l’inté-rêt général et aux droits de la nature. Cela même si nous, les occidentaux et maintenant d’au-tres classes moyennes ailleurs, en profitent indirectement. La majorité des habitants de la pla-nète n’y ont pas ou peu accès quand bien même, ces ressources seraient extraites sur leur territoire de vie.

N’oublions pas que 80 % des ressources communes sont utilisées par 20 % de la population.

Au-delà de ce vol, ce que l’on nomme les externalités négatives: pollutions, casses environne-mentales, destructions diverses, pertes de territoires pour les populations, travail sous-payé, résultant de ces pillages, sont mises à la charge de la nature et de l’ensemble des peuples. L’accumulation des profits capitalistes résultent de cette double action : privatisation de la ressource commune, et mise en commun de l’ensemble du négatif : déréglement climatique, pollutions, déforestation, pertes de territoires, etc.

Doit-on se sentir responsable de polluer et de réchauffer en utilisant une voiture pour aller au supermarché et au travail ? Responsable oui, car le résultat multiplié par 1 ou 2 milliards de véhicules est dramatique en terme de réchauffement aussi bien pour le futur des enfants que celui de la nature, le biotope des Terrestres. Mais comme rien n’est organisé pour qu’il en soit autrement, coupable, non. Et pourtant… En France, l’absence, la disparition ou la privatisation des transports collectifs existants, la non relocalisation des productions, la désorganisation du territoire en général par la centralisation et la diminution des services publics de proximité participent à la catastrophe climatique et environnementale.

Pourquoi parler de système agroalimentaire extractiviste ?

La nature est autonome. Elle n’a pas besoin de nous pour exister. C’est par la biodiversité végétale et animale qu’elle réussit cet exploit. La forêt en est un exemple parfait : pas d’irriga-tion, pas d’engrais, pas de machinisme. Une production de biomasse bien supérieure au meilleur champ de maïs irrigué, engraissé et empoissonné qui tue les insectes et les oiseaux et abîme la santé des humains. Les mono-cultures, et les mono-élevages sont à l’opposé de l’écosystème forestier. De nombreuses béquilles leurs sont indispensables.

Sans l’extraction du pétrole et du gaz, sans l’industrie chimique, les engrais azotés et les pesticides, sans l’extraction de la potasse et du phosphate, ressources non renouvelables, et sans la consommation, la pollution croissante d’eau douce et les robots agricoles énergivores, les terribles monocultures, comme les déserts verts de soja, ne seraient pas possibles.

Sans les immenses accaparements de terres et déforestations, le soja OGM d’Amérique du sud n’inonderait pas l’Europe. En autonomie, notre continent produirait la moitié ou peut-être moins, de lait et de viande. Ce qui serait encore bien suffisant pour nous nourrir et éviterait beaucoup de gaspillage énergétique, de terres et d’aliments. Les prix seraient certes un peu plus élevés, mais la nourriture d’une qualité nettement supérieure. Calories vides en quantité et peu chères, ou micronutriments et qualité avec un prix plus élevé, il faut choisir avant que les désastres s’accentuent.

Les surfaces de soja cultivées par le Brésil et l’Argentine sont de 60 millions ha, ce qui repré-sente la moitié de la surface agricole européenne (128 millions ha), deux fois celle de la Fran-ce 28 mha SAU (surface agricole utile). Sur les 185 millions de tonnes de soja produit dans le monde, la France en importe 4,5 mt, la plus grande part des protéines nourrissant ses animaux d’élevage. Les paysans sans terre, MST, les favelas surpeuplées et ultra violentes sont le résultat de l’accaparement des terres, de la pampa et des forêts brésiliennes par quelques riches exploitants. Et c’est en particulier nous, les occidentaux, qui en profitons depuis quel-ques décennies. Cela pour nous gaver inutilement de protéines animales aux conséquences dramatiques sur les peuples, l’environnement et notre santé.

Comment ce système agroalimentaire détruit-il l’environnement et le climat ?

Insecticide, fongicide, herbicide, charrues, engins lourds détruisent la vie des sols : la matière organique, la MOS, disparaît, la fertilité naturelle s’amenuise durablement. Les épaisseurs de terres arables se sont dangereusement amincies. Les causes sont connues : la destruction de la vie souterraine. Le labour et les sols mis à nu favorisent l’érosion hydrique et éolienne, cela depuis les années 1950-60. Dans quelques décennies, si rien ne change, il ne restera que la roche mère dans des endroits de plus en plus nombreux. Alors ce sera au revoir l’autonomie alimentaire, bonjour le désert.

Quand demain le pétrole sera trop cher

Sans ou avec très peu d’engrais, pesticides, irrigation, pollinisation et avec des sols morts, comment mangerons-nous ? Le système productiviste et extractiviste est incapable de produire sans béquilles artificielles et importations massives. Par son incapacité à retenir les leçons des effondrements de l’histoire et son absence totale de regards sur l’avenir, il nous prépare les pires famines que le monde ait jamais connues. Pour qualifier cette manière de fonctionner de la «Civilisation», Jérôme Baschet a écrit un livre dont le titre est « Défaire la tyrannie du pré-sent». Le présentisme résulte de cette recherche de profit immédiat qui recouvre de plus en plus d’activités humaines.

Jean Laherrere et Olivier Berruyer, spécialistes de l’énergie, ont réalisé un graphique dans lequel on voit la courbe de production du pétrole (conventionnel et non conventionnel) en légère baisse, croiser la courbe des découvertes qui, elle, s’écroule complètement en 2020-  2025. Quant à la consommation, Le Monde du 17.04.18 titrait en première page : « La deman-de de pétrole va continuer à augmenter. » Sans nouvelles découvertes cela est pourtant improbable. Ainsi donc la montée des prix est inéluctable mais en plus d’être très forte, elle sera ingérable puisque non préparée par nos décideurs présentistes.

L’agro-alimentaire industriel, totalement dépendant du pétrole pour produire, transformer et distribuer, n’est pas préparé à soutenir un tel choc.

Comment l’agriculture conventionnelle surendettée, largement subventionnée, pourra-t-elle continuer à nourrir la population alors que ses rendements sont en baisse tendancielle pour cause de sols appauvris, sans vie et érodés et que le climat est de plus en plus chaotique. Sachant qu’il faut entre 5 et 15 protéines végétales pour produire une protéine animale, c’est l’ensemble du système de production et du mode alimentaire carné-laitier qui seront durablement bouleversés.

Ne pas penser demain c’est vouer les populations urbanisées à des chocs d’une très grande brutalité aussi bien sur le plan physique que psychologique.

La résilience, la capacité d’un écosystème ou d’un être vivant à se relever d’un choc prévisible est nettement améliorée si elle a été préparée. Nos gouvernants, comme l’ensemble du systè-me agroalimentaire industriel, sont dans le déni. Tel est le résultat de cette tyrannie du présent qui gouverne le monde. Les décideurs ne veulent pas tenir compte des exemples du passés ni penser le futur. La Res-publica, la chose publique, est devenue, la res-actionnariale, la Ré-actionnaire. Le peuple vote, la finance décide, cela en fonction de profits à très court terme.

Pourquoi l’agriculture industrielle ne prend pas en charge ses nuisances ?

Imaginons que demain un gouvernement courageux décide enfin de faire payer les pollueurs : pour les pesticides et les nitrates, les entreprises productrices et accessoirement les agricul-teurs. Le nettoyage de l’eau coûte entre 800 et 2 400 euros par ha en France, dixit Jacques Caplat. Il faut rajouter le prix de la disparition de 80% des insectes, la fin des abeilles à celui de la chute vertigineuse des oiseaux, 30 % ont disparu.

Que l’on pense à l’ensemble des maladies induites par les perturbateurs endocriniens issus des pesticides que nous respirons ou man-geons, le total est affolant, non chiffrable mais colossal. Transformer les pollueurs-payés par la PAC, Monsanto-Bayer, Syngenta, etc, en pollueurs-payeurs des désastres qu’ils provoquent permettrait de donner une chance à la vie et à toutes les formes d’agricultures respectueuses du vivant.

Si nous complétons ce tableau par l’impact de l’ensemble du système agroalimentaire sur le climat, évalué par GRAIN, entre 44 et 57% de l’ensemble des émissions de GES (gaz à effet de serre) production, transformation, emballage, chaîne du froid, distribution, transport, nous comprenons instantanément qu’il est urgent d’aller vers un modèle permettant de diminuer rapidement et très fortement tous ces impacts négatifs.

Revenons sur la grande question de nourrir la population mondiale et de lui offrir une alimentation de qualité

Cette agriculture nourrit-elle le monde ? Non. Aujourd’hui environ 70 % de la population est encore alimenté par l’agriculture paysanne. De plus, avec le libre échange imposé par les PAS, les plans d’ajustement structurel, aux pays les plus faibles depuis trois décennies et les subventions accordées aux agricultures des pays les plus riches, cette concurrence déloyale oblige les paysans du Sud à quitter leur territoire vers les bidonvilles. Donc, au lieu de les nourrir elle les affame. Ils se retrouvent sans terres, ni travail. Ce ne sont pas les différents ALE, accords de libre-échange que l’Europe est en train d’imposer aux pays africains qui les nourrira et ralentira les migrations, bien au contraire.

L’agroalimentaire industrielle nourrira-t-elle le monde dans les décennies à venir, comme elle le prétend, pour pouvoir continuer sa folle trajectoire malgré les critiques de plus en plus nom-breuses ? Pas plus, voire encore moins, qu’aujourd’hui si elle continue à : déforester, appauvrir les sols, polluer les eaux, imposer des semences clonées ne poussant qu’avec des intrants chimiques et non adaptables à leur environnement, réchauffer la planète, etc.

Comment sortir du système agroalimentaire industriel ? Créer de la résilience face à l’accélération des chocs énergétiques et climatiques ?

Agir collectivement est indispensable. Pour cela une bonne solution est de rejoindre les asso-ciations et de participer aux différents combats contre le réchauffement climatique et la destruction de la nature par les actionnaires des multinationales.

Il faut aussi renforcer les luttes pour la relocalisation de véritables services publics, pour le maintien ou la réouverture de transports collectifs et locaux à prix abordables comme le train et les bus. Ils émettent 6 à 7 fois moins de CO2 qu’une personne seule en voiture et 10 fois moins que l’avion dont le kérosène n’est pas taxé.

Se battre aussi pour l’annulation des dettes comme celle du gouvernement français analysées comme étant illégitimes à 59 % par le collectif d’audit citoyen, le CAC. Ces dernières sont utili-sées pour justifier les politiques d’austérité dont le but est de casser les grandes avancées sociales.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Créer un déficit chronique de la sécurité sociale ou de l’assurance chômage en ne mettant pas les cotisations au niveau des besoins, investir des milliards dans les TGV déficitaires, sous-budgétiser les hôpitaux et les services publics en général, entraînent pour ces services l’obli-gation d’emprunter sur le marché des capitaux puis de payer des intérêts aux préteurs. Les-quels, réfugiés dans des paradis fiscaux, ne payent pas d’impôts sur ces revenus versés par les contribuables. Ne pas augmenter le budget des universités quand le nombre d’étudiants croit chaque année est une autre technique.

Après quelques années de matraquage sur les mauvais fonctionnements, les déficits soi-disant structurels et/ou les salariés privilégiés, il devient beaucoup plus facile de proposer aux élec-teurs naïfs et désinformés de privatiser ces services publics au nom d’une soi-disant efficacité.

Résultat, le chacun pour soi, la pauvreté et les inégalités augmentent.

Ce qui entraîne, pour un nombre de personnes de plus en plus grand, l’obligation de se nourrir avec de la malbouffe pas chère mais empoisonnée des supermarchés, de prendre sa voiture pour aller travailler et faire ses courses. Mais aussi de ne pouvoir accéder à des soins de qualité et de proximité, de faire disparaître progressivement l’enseignement gratuit pour tous et de ne pouvoir offrir des conseils de santé et alimentation sans conflits d’intérêts, etc.

Il est d’une urgente nécessité de refonder une recherche fondamentale et agricole financée par le public pour qu’elle ne soit plus sous l’emprise des lobbies des pesticides, des semences, des engrais chimiques, du pétrole, des fabricants de machines voire des banques. Qu’elle se mette au service de la santé de la population, du sauvetage du climat et de l’alimentation de demain avant qu’une grande partie de la population mondiale ne puisse plus se nourrir. Que l’agriculture avec des sols de nouveaux vivants et des forêts de feuillus redeviennent les cap-teurs-stockeurs de CO2. Ce qu’ils ont été jusque dans les années 1950-60. Et qu’ainsi ils soient capables de refroidir la planète en réabsorbant une grande part du stock émis par le productivisme agricole et la déforestation depuis les années 1950.

Recréer un système bancaire agissant pour l’intérêt général et contrôlé par les citoyens, au service d’une agriculture écologique. Que le vivant, le climat, la santé priment sur le profit.

Refonder la PAC, la politique agricole européenne qui, par ses subventions, pousse à l’agrandissement continue des exploitations et aux monocultures appauvrissant les sols et préparant la désertification. Lutter pour qu’elle soit au service de la population et non des lobbies déjà cités.

Il faut une politique qui privilégie les petites exploitations en poly-culture et poly-élevage.

À l’inverse des grandes monocultures qui reçoivent l’essentiel des subventions : 80 % de la PAC va à 20 % des exploitations. Ce qui revient à lutter contre l’accaparement des terres par des entités financières ou de riches exploitants, seuls aujourd’hui capables d’acheter les grandes fermes en monocultures.

Plaider pour une agriculture biologique faisant primer le vivant, la biodiversité et le local sur les transports longues distances des intrants et des produits exotiques ou importés. Que ce ne soit plus le moins-disant social, financier et écologique qui l’emporte sur le climat et la santé des peuples. Développer les expériences et la recherche en permaculture, agroforesterie, culture sur sols vivants.

Sur le plan individuel, il faut changer la manière de se nourrir. En allant vers la simplification des produits achetés, l’abandon des plats préparés en usine, refaire la cuisine à la maison, rechercher le plus d’autonomie alimentaire possible et privilégier les approvisionnements locaux. Il est temps de remplacer les pelouses par des légumes, produire une part de ses aliments, participer à des AMAP, créer des jardins collectifs et de soutenir toutes les mises en commun citoyennes de la production et de la distribution agricole.

Pour les amateurs de viandes et produits laitiers, il serait important de ne plus consommer que ce qui est produit dans des fermes locales n’utilisant aucun intrant, céréales, engrais chimiques et pesticides industriels qui sont en grande partie importés. Ce qui veut dire diviser environ par plus ou moins 10 la consommation actuelle. Passer de 180gr/jour de viande à 20gr, de 100gr de poissons à 10gr, d’1 litre de produits issus du lait à 100gr par jour et d’un œuf par jour à un œuf ou deux par semaine.

Un tiers de la population mondiale étant en surpoids ou obèse, il y aurait tout à gagner sur le plan santé. En 2014, 70 % des surfaces agricoles étaient dédiés à l’élevage. Diminuer très fortement la consommation de produits animaux permettrait de re-forester rapidement la planè-te avec des feuillus diversifiés, grands capteurs de CO2 et non avec des monocultures d’arbres stérilisant les sols. Beaucoup de machines agricoles seraient inutiles et les agricul-teurs redeviendraient de réels soigneurs de la terre, et non plus des extractivistes-extractés, saignant la nature.

Comment remplacer ces produits d’origine animale ? Manger plus de végétaux crus et cuits est encore aujourd’hui la meilleure possibilité. Pour que cela fonctionne il faut que leur qualité gustative et leur contenu en micronutriments progresse, que les pesticides régressent. Bien sur il faut aussi réapprendre à manger des aliments complets et des légumineuses (pois, haricots, lentilles, etc). Diminuer les protéines animales au profit des végétales implique de sortir de l’idée que puissance et santé sont liées à la viande. Notre imaginaire a été colonisé par la communication mensongère de l’agroalimentaire. Sans un engagement volontariste de l’État l’évolution sera trop lente.

Il est important de s’éloigner des mégapoles qui nous rendent dépendants de l’ensemble du système d’approvisionnement pétrolivore (supermarché, déplacements auto, chaîne du froid et, in fine, de l’énergie nucléaire. C’est aussi le bon chemin pour travailler sur la résilience à l’effondrement qui vient.

Notre civilisation a beaucoup de difficulté à se transformer pour réduire l’impact des dangers considérables qui s’annoncent. Alors que d’immenses famines sont prévisibles, notre gouver-nement envoie l’armée et des blindés pour casser la ZAD de NDDL et déloger quelques centai-nes de personnes qui réalisaient une expérience divergente, de simplicité volontaire et de micro-fermes en construisant un essai in vivo de résilience par l’agriculture et le collectif.

Ex-président du CADTM France, auteur du livre « Dette et extractivisme ».  Après des études de droit et de sciences politiques, il a été agriculteur-éleveur de montagne pendant dix ans. Dans les années 1990, il s’est investi dans l’association Survie puis a créé Échanges non marchands avec Madagascar. Il a écrit pour ’Le Sarkophage, Les Z’indignés, les Amis de la Terre, CQFD. Conférence de Nicolas Sersiron, organisé le 22 avril 2018 à Beauvoir-en-Royans à l’occasion du premier anniversaire du Pain de Beauvoir

13 mai Nicolas Sersiron

http://www.cadtm.org/

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Dette et extractivisme

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09 août 2018 ~ 0 Commentaire

unl (regards + révolution permanente + huff’)

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Louis Boyard (UNL) : « On est la génération crash-test de Parcoursup »

Regards. Comment se passait Parcoursup pour vous jusqu’à présent ?

Louis Boyard. Je viens d’un lycée qui a été fermé pendant trois mois pour cause d’amiante. Du coup, on a loupé trois mois de cours mais aussi d’orientation. Quand on s’est retrouvé à devoir faire les vœux, alors que le lycée était toujours fermé, c’était extrêmement compliqué. On n’avait aucune aide, aucun accompagnement. J’ai mis dix vœux, cinq facultés que je voulais et cinq vœux de sécurité.

Le 22 mai, j’ai reçu mes réponses : les cinq facultés que je voulais, on me les a coupées. Le problème, c’est qu’on ne connaît pas les critères de sélection, donc je ne sais pas pourquoi je n’ai pas été pris. J’estime avoir le droit de savoir, c’est pourquoi je vais déposer un recours. A l’UNL, on a saisi le Défenseur des Droits pour avoir accès aux critères. Nous, on a notre petite théorie sur la sélection. Par exemple, on a un camarade qui a 14 de moyenne dans un « mau-vais » lycée et une camarade qui a 12 de moyenne dans le « bon » lycée. C’est elle qui a été prise.

Vos cinq premiers choix refusés, que se passe-t-il ?

Mes cinq vœux de sécurité devienne les seuls établissements auxquels je peux avoir accès. J’ai la fac du Val-de-Marne, en Sciences politiques, mais c’est à 1h30 de chez moi, donc il faudrait que je déménage. J’attends aussi Paris I, mais je suis 500ème sur la liste d’attente.

Sauf que vous êtes parti en Italie…

Oui, on se regroupait avec des syndicats européens pour évoquer ce genre de contexte. Et je me suis retrouvé sans électricité pendant deux, trois jours, à cause d’une inondation. Donc plus de batterie sur le téléphone. Quand je me suis reconnecté sur Parcoursup, j’avais perdu tous mes vœux.

J’ai compris que j’avais raté le moment où répondre à la fac d’Evry, et quand on ne répond pas à un seul vœu, on est considéré comme « inactif » et viré de la plateforme. Faire ça, c’est extrê-mement efficace : une personne de virée, c’est dix places de gagnées. Ensuite, j’ai essayé d’appeler le numéro vert, mais il n’est pas accessible depuis l’étranger. J’ai dû appeler mes parents pour leur expliquer la situation, leur donner mon numéro de dossier pour qu’ils appel-lent à ma place. En gros, on leur a dit qu’on ne pouvait faire cette erreur qu’une seule fois, donc ils me les ont remis, et ils ont dit à mes parents que c’était irresponsable de laisser partir son enfant en vacances alors qu’il était encore en procédure Parcoursup. Si aujourd’hui, je casse mon téléphone ou que je n’ai plus d’ordinateur, je suis foutu.

Au 9 août, « plus d’un candidat sur cinq ignore toujours où il étudiera », écrit Le Parisien. Quel est votre bilan de Parcoursup ?

Il n’y a pas de mot. On est des centaines de milliers à ne pas savoir où on va étudier en septembre. On sera encore plus nombreux à ne pas être dans la faculté souhaitée. On constate que Parcoursup met en place une sélection sociale, on n’a pas tous les mêmes chances. On voit que les écoles d’infirmières, où l’on rentre sur concours, veulent intégrer Parcoursup. Donc même les cursus considérés comme ultra-sélectifs trouvent la sélection de Parcoursup plus optimale… On a le sentiment d’être une génération crash-test, mais le pire, c’est qu’on n’a pas l’impression que le gouvernement a conscience des erreurs qui ont été commises.

Louis Boyard est président du syndicat lycéen UNL. Il était au lycée Georges Brassens, dans le Val-de-Marne. Alors que la rentrée approche, il témoigne de la machine à faire du tri et de l’exclusion sociale qu’est Parcoursup.

http://www.regards.fr/

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05 août 2018 ~ 0 Commentaire

extinction (pùblico)

plastic

La perte de biodiversité précipite l’extinction de l’espèce humaine

« La disparition de l’espèce humaine peut se produire et la situation est plus préoccupante qu’il n’y paraît », déclare Marc Furió paléontologue.

La perte de la biodiversité, qui, selon l’Organisation des Nations Unies affecte 58% de la surface de la terre, en dessous du seuil de sûreté, est l’un des plus grands pour la survie de l’espèce humaine, qui pour le paléontologue Marc Furió , est vouée à l’extinction.

« Il y a neuf limites que les êtres humains ne doivent pas dépasser » et la perte de biodiversité « en est le plus inquiétant vu le rythme d’extinction des espèces », a déclaré ce chercheur de l’Institut catalan de paléontologie Miquel Crusafont  et professeur à l’Université autonome de Barcelone.

« La disparition de l’espèce humaine peut se produire et la situation est plus inquiétante qu’il n’y paraît »

Nous paléontologistes « travaillons sur les extinctions », a-t-il souligné, « et bien que dans l’imagination populaire c’est inconcevable et un sujet tabou, la disparition de l’espèce humaine peut se produire et la situation est plus préoccupante qu’il n’y paraît ».

A son avis, « Les choses vont plus vite que ce que nous le pensions » et le bien-être humain « dépend de l’existence de nombreuses espèces avec toutes les relations écologiques mainte-nues qui s’équilibrent entre elles, si nous supprimons cet équilibre des écosystèmes, ils s’effondrent. On arrive à un moment de « perte de contrôle », le changement climatique est l’une une des limites à ne pas dépasser » et si nous ne pouvons l’arrêter, « nous devons penser à ce qu’il faut faire pour en minimiser ses effets.  »

Dans le livre « L’espèce humaine. Les voies pour en éviter l’extinction », publié par National Geographic, Marc Furió et Pere Figuerola, biologiste et écrivain scientifique, énumèrent les défis auxquels sont confrontés les êtres humains pour leur survie au fil du temps.

«Le changement climatique est suffisamment lent pour ne pas le remarquer d’un jour à l’autre, mais trop rapide pour que la vie arrive à s’y adapter »

Le changement climatique est pour Furio, « suffisamment lent pour ne pas le remarquer d’un jour sur l’autre, mais assez rapide pour que la vie peine à suivre le rythme. » « Nous allons voir des choses que nous n’avons jamais vues, nous ne savons pas jusqu’où tout cela va aller, quelles vont en être les conséquences.  Nous ne savons pas si la Terre récupèrerait si on mettait fin aux combustibles fossiles ni quels seront les dommages causés. «   Il désigne l’exploitation excessive des terres pour l’agriculture avec leur contamination chimique, une des limites à ne pas dépasser pour assurer la survie des êtres humains.

« Il y a une loi non écrite: si vous ne voulez pas mourir prématurément commencez par vous soigner », a-t-il précisé, le livre  «est optimiste, il décrit le problème, mais il donne des solutions ». Selon lui, « Nous sommes nombreux et consommons beaucoup or un système durable passe par un retour aux années 50,à à l’époque on dépensait peu et on réutilisait beaucoup, ce qui aujourd’hui est une atteinte à notre liberté.  »

« Nous ne savons pas si nous pouvons stopper les conséquences d’un dépassement, mais on doit connaitre le problème et être prêts pour ses conséquences.  C’est comme si vous vous approchiez d’une falaise: vous pouvez ralentir, sauter ou accélérer, mais quand vous la voyez, c’est déjà trop tard.  »

Madrid 04/08/2018

https://www.publico.es/

Lire aussi:

Ecologistas en Accion: « Las clases trabajadoras son las que más sufren los efectos del cambio climático » (Pùblico)

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02 août 2018 ~ 0 Commentaire

japon (france info + huff’)

fem

Japon : une école de médecine soupçonnée d’avoir baissé les notes des femmes au concours

Selon le journal « Yomiuri », qui publie une enquête jeudi, l’étalissement aurait commencé à falsifier les notes dès 2011… pour que les candidates admises ne dépassent pas 30% de l’effectif.

Scandale dans l’enseignement au Japon.

Une école de médecine de Tokyo est accusée par le journal Yomiuri, jeudi 2 août, d’avoir  baissé les notes des femmes se présentant au concours d’admission pour limiter leur nombre parmi les élèves. Et ce, pendant plusieurs années.

Selon le journal, qui cite des sources anonymes, l’université a commencé à baisser les notes des tests d’entrée des candidates en 2011, après avoir constaté une hausse du nombre de femmes reçues à l’examen en 2010.

Cette année-là, elles représentaient environ 40% des candidats acceptés, soit le double de l’année précédente. Depuis, l’école s’est efforcée de maintenir le pourcentage d’étudiantes admises autour de 30%.  »A la suite de cet article de presse, nous avons demandé à un cabinet d’avocats d’ouvrir une enquête interne », a déclaré à l’AFP le porte-parole de l’établissement. Les résultats devraient être connus dans le mois.

« Les femmes renoncent souvent à être médecin »

Pour justifier la falsification des notes, une source confie au journal que « les femmes renoncent souvent à être médecin une fois qu’elles sont mariées et ont des enfants ». « Il y a un consensus au sein de l’université selon lequel les médecins hommes sont d’un plus grand soutien pour l’hôpital universitaire », qui exige souvent de se mobiliser en urgence et d’effectuer de longues heures de travail.

Les femmes japonaises sont en général très instruites, mais les habitudes de travail dans l’archipel, qui se caractérisent par un grand nombre d’heures supplémentaires au point de mener parfois à des cas de mort par surmenage, les conduisent souvent à arrêter leur carrière au moment où elles fondent une famille.

02/08/2018

https://www.francetvinfo.fr/

Lire aussi:

Comment les personnes LGBT sont-elles perçues au Japon ? (Les Inrocks)

Des étudiantes de l’EM Lyon, une école de commerce, fichées et notées sur leur physique (Le Huff’)

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31 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

histoire (npa)

« Nous défendons une histoire politiquement située, à rebours d’une neutralité qui tient du leurre »

Vous dites que la vulgarisation historique est « un sport de combat ». En quoi consiste ce combat ? Contre qui se mène-t-il ?

Il y a déjà un gros travail de réhabilitation du terme : la vulgarisation, aux yeux de beaucoup, c’est « vulgaire », c’est de la simplification des savoirs à destination des ignorants, c’est donc un peu dégradant pour celui dont le privilège est de détenir (et parfois de construire) ce savoir. C’est surtout dans le domaine académique que le terme, et surtout le choix, de vulgarisation reste encore marginalisé (même si les choses bougent) ; on ne fait pas carrière sur ses capa-cités à vulgariser. Pire, on est souvent soupçonné de ne pas faire de travail « sérieux », ou de juste chercher la lumière des projecteurs.

Or, cela relève à nos yeux de la responsabilité des chercheurs rémunérés par l’État : mettre en partage le produit de ses recherches comme un savoir public. Démocratiser en somme et ne pas en faire un capital à faire fructifier. Cela nécessite aussi de montrer combien, en réalité, vulgariser implique de bien connaître un sujet, de maîtriser à la fois l’art du récit et celui de l’analyse, qu’en d’autres termes, c’est un véritable savoir-faire.

Ajoutez à cela que la vulgarisation la plus médiatique est actuellement dans les mains de promoteurs d’un roman national nauséabond contre lequel il convient de lutter, tout à la fois en déconstruisant le roman national, en relevant ses erreurs, et en en démontant la prétendue neutralité pour en révéler les positions politiques (nationalistes, souvent monarchistes, dans tous les cas conservatrices).

Qui plus est, nous défendons toutes les deux une histoire politiquement située, à rebours d’une neutralité qui tient du leurre. Mais cela nous expose à des tactiques de délégitimation du pro-pos qui, parce que militant, ne pourrait être scientifique. Il faut à nouveau se battre contre ces critiques et réhabiliter l’histoire engagée. La vulgarisation est donc pour nous un combat pour la démarche (vulgariser), le contenu (une histoire émancipatrice, populaire) et le positionne-ment (militant, engagé).

Vulgariser une histoire émancipatrice est alors un sport de combat que l’on mène dans une arène publique souvent violente, ce qui implique de s’exposer. Réjouissons-nous cependant, la vulgarisation scientifique tend à gagner du terrain, et nous sommes de plus en plus nombreux et nombreuses à descendre de la tour d’ivoire des milieux académiques.

Vous faites un usage important des « nouvelles technologies », en premier lieu des réseaux sociaux. Quels sont les avantages (et les limites…) de ces supports ?

Ce sont des espaces qui produisent le pire comme le meilleur. Pour évacuer rapidement la face noire, ce sont des lieux d’une très grande violence, et comme les sujets que nous abordons sont, la plupart du temps, politiquement sensibles, il n’est pas rare que nous nous prenions une salve d’injures et de menaces, un trolling bien sexiste qui plus est. Mais cela n’assombrit pas totalement les opportunités de ces outils.

C’est Mathilde qui a inauguré quelque chose avec ses threads historiques sur Twitter (série de tweets qui rapportent et analysent des événements, les trajectoires biographiques). Il nous arrive d’en écrire à quatre mains surtout lorsqu’il y a des enjeux mémoriels sur lesquels travail-le plutôt Laurence. La restriction en terme de signes sur Twitter peut être une limite, sauf à la prendre comme une gageure, une contrainte avec laquelle jouer.

De manière générale, nous utilisons Twitter de deux façons : comme des médias au sens pro-pre, à savoir des lieux de médiation des savoirs et de mise en visibilité de questions parfois minorées dans les médias dominants, mais aussi comme un espace d’éducation populaire. De ce point de vue c’est une expérience assez inédite : nous touchons plusieurs dizaines de milliers de personnes sur Twitter, au-delà donc du lectorat des articles scientifiques et le système est ainsi fait que beaucoup de journalistes relaient (et parfois s’inspirent) de ce que nous publions.

Par exemple, notre petite expérience des Détricoteuses sous la forme d’une conversation Whatsapp a vraisemblablement inspiré le Monde et Libération qui proposent à leur tour de l’information sous ce type de formats.  Cela implique de réfléchir et de travailler à une écriture historique qui ne saurait être celle d’un article scientifique, mais cela permet de s’autoriser des formes d’humour qui sont aussi rafraîchissantes !

Est-il (toujours) possible d’enseigner, dans le cadre d’institutions scolaires victimes de « réformes » dont les motivations ne sont pas seulement écono-miques mais aussi idéologiques, une « autre histoire », une « histoire populaire » ?

Alors là, il faut distinguer deux types d’institutions que nous représentons respectivement : l’université et l’école.

À l’école, la situation est en effet de plus en plus complexe pour plusieurs raisons, à commen-cer par l’accentuation du contrôle des enseignants par des programmes très contraignants doublés de recommandation pédagogiques émanant du ministère lui-même (sur l’apprentis-sage de la lecture et des mathématiques, par exemple) et qui, même si elles ne sont officielle-ment pas des obligations, produisent à la fois un sentiment de disqualification et d’infantilisation chez les collègues ainsi qu’une impression de caporalisation.

Cela touche aussi les programmes d’histoire soumis aux pressions des tenants du roman national. Si les enseignants les plus aguerris et titulaires de concours de la fonction publique savent comment résister, les plus jeunes ou les plus précaires (amenés à être de plus en plus nombreux) sont très fragilisés. Dans ce contexte, la résistance au rouleau compresseur des réformes est en effet rendue très complexe. Raison pour laquelle d’ailleurs, le travail collectif que nous menons à côté (dans les syndicats, les associations, nos ouvrages et sur les réseaux sociaux) s’avère capital.

À l’université, le problème est de nature différente. Pas de programme, une réelle liberté des contenus des cours, mais des logiques d’évaluation et de carrière qui ne prennent pas ou pas suffisamment en compte, l’enseignement, un envahissement chronophage des tâches adminis-tratives qui rogne sur le temps nécessaire à la préparation des cours, le tout dans un contexte où la réflexion sur une pédagogie adaptée à l’université reste bien trop faible.

« Historiennes, enseignantes et détricoteuses » : ainsi se présentent Laurence de Cock et Mathilde Larrère, qui seront nos invitées lors de notre prochaine université d’été. Elles y animeront, entre autres, un atelier intitulé « Histoire : la vulgarisation est un sport de combat ». Nous leur avons posé quelques questions autour de cette thématique, en attendant de les entendre développer leur propos plus longuement à Port-Leucate.

Recueillis par Julien Salingue Samedi 28 juillet 2018

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27 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

parcoursup’ (npa)

parcours

Universités : une campagne pour l’inscription de touTEs !

Alors que plus de 110 000 étudiantEs sont toujours en attente d’une affectation sur Parcoursup, dans de nombreuses facs, les militantEs préparent la rentrée avec une campagne pour inscrire touTEs ces étudiantEs recalés par la réforme. Nous avons interrogé Barth, militant au NPA et à l’UNEF-TACLE, étudiant à Nanterre, qui nous explique les enjeux de la campagne.

Pourquoi la campagne des sans facs est-elle particulièrement importante cette année ?

En général, cette campagne a pour but d’arriver à inscrire les étudiantEs sans-facs, mais surtout montrer qu’il y a des logiques de sélection à l’œuvre à la fac. Aujourd’hui, on n’a même plus à le montrer, parce que la loi ORE acte la sélection à l’entrée de l’université. Avec cette loi, le gouvernement a tout fait pour refermer encore plus les portes de la fac, et tout faire pour inscrire le maximum d’étudiantEs, ce serait infliger une petite défaite au pouvoir. Une telle campagne peut faire repartir une dynamique sociale à la rentrée, d’autant plus qu’il y a aussi le projet de détruire la compensation avec l’arrêté licence. La rentrée risque donc d’être agitée.

Tu as parlé de l’arrêté licence : quels sont les principaux changements de cette réforme ?

L’arrêté licence, c’est un texte qui permet de cadrer les diplômes et l’ensemble des droits qui vont avec : le droit à la compensation ; le droit aux rattrapages et, selon les universités, le passage en conditionnelle quand on n’a validé qu’un seul semestre. Ce qui entre en jeu là-dedans, c’est l’idée d’une licence à la carte, ce qui pose plein de problèmes.

La licence en tant que telle est conçue pour spécialiser les étudiantEs : c’est un bloc avec un certain nombre de matières qui sont cohérentes les unes avec les autres, et casser cela, cela fait perdre la valeur des diplômes. L’arrêté licence remet en cause la compensation et les rattrapages. Chaque université pourra faire ce qu’elle veut, ce qui va rendre encore plus inégalitaires les différentes universités entre elles, dans l’actuelle logique de concurrence. De plus, cela va empêcher plein d’étudiantEs de passer leurs années et de valider leurs diplômes. On remet donc en question la possibilité pour beaucoup d’obtenir un diplôme en fin d’études.

La campagne des sans-facs à Nanterre a commencé depuis quelque temps, comment cela se passe et quels sont les échos ?

Tous les jours, on tient des accueils à l’université, et les étudiantEs, de la Licence 1 au Master 2, viennent nous voir pour résoudre leurs problèmes : ils sont souvent en attente et sans affectation. L’idée est de les unir en leur disant qu’en installant un rapport de forces suffisamment conséquent avec l’administration, on pourra débloquer des inscriptions. Il faut visibiliser cette question via une large campagne pour démontrer les mensonges du gouvernement, qui disait qu’avec Parcoursup, il y aurait de la place pour tout le monde.

Propos recueillis par Georges Waters  Vendredi 27 juillet 2018

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25 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

irlande (tv5 monde)

ireland

Irlande: la mention « femme au foyer » pourrait disparaître de la Constitution

Après avoir ouvert la voie à une dépénalisation de l’IVG, le gouvernement irlandais envisage de supprimer de la Constitution l’article qui consacre la « vie au foyer » des femmes. Décryptage avec Marlène Coulomb-Gully,  chercheuse en communication politique et spécialisée en représentations du genre dans les médias.

« L’État reconnaît que, par sa vie au foyer, la femme apporte à l’État un soutien sans lequel le bien commun ne peut être atteint ».

« L’État s’efforce, par conséquent, de veiller à ce que les mères ne soient pas obligées, en raison de nécessités économiques, de travailler en négligeant les devoirs au sein de leurs foyers. »

Cet article 41 de la Constitution de 1937 consacre la notion de « vie au foyer » des femmes en Irlande. En novembre 2018, le gouvernement prévoit d’organiser un référendum pour suppri-mer ce terme de la Constitution. Cette décision confirme une certaine envie de modernisation de la part du gouvernement irlandais. Premier pas dans ce sens, le 25 mai 2018, lorsque les Irlandaises et Irlandais votaient « oui » à 66% au référendum pour la légalisation de l’avorte-ment.

Si l’IVG est légalisée depuis près de 40 ans en France, la dénomination d’un « Ministère de la Famille, enfance et des droits des femmes » avait il y a encore peu de temps, (sous mandat du président Hollande), suscité un tollé. Certaines comme certains y voyaient une réduction du statut de la femme, représentée comme simple mère de famille ou épouse. L’annonce de la nomination de Laurence Rossignol à la tête de ce ministère « familial » avait alors provoqué l’ire de la twittosphère féministe. Exit le ministère de la famille, aujourd’hui il est remplacé par un Secrétariat d’Etat chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Invisibilisation et occultation du travail des femmes

On n’en est pas encore là en Irlande. Aucun secrétariat ni ministère de ce genre à l’horizon, seul existe un ministère de l’Enfance et de la Jeunesse, tenu par une femme, Katherine Zappone… « Madame au foyer et Monsieur gagne le pain, on est exactement dans l’invisibili-sation, dans l’occultation du travail des femmes dans une société patriarcale où la religion chrétienne est prégnante », s’exclame Marlène Coulomb-Gully, interrogée par Terriennes.

C’est le reflet d’une société non pas paternaliste mais patriarcale et je crois qu’on ne peut pas réagir à ce qu’il se passe en Irlande sans faire le parallèle avec le poids de la religion. Marlène Coulomb-Gully

Si la mention de la religion est présente jusque dans la Constitution, elle s’est traduite récem-ment par la tardive dépénalisation de l’avortement. Dans la revue universitaire « Le statut des femmes dans le monde », une étude a été réalisée « L’Irlande à deux vitesses : droit des fem-mes et croissance économique » dans laquelle il est rappelé que l’Eglise a un impact direct sur les lois puisqu’elles sont pour beaucoup régies par la religion catholique.

Un texte qui inscrit dans la loi le schéma familial dit traditionnel avec un homme et une femme. Un modèle de couple principalement hétérosexué comme le rappelle Marlène Coulomb Gully :« C’est une forme d’hétéronormativité, qui fait que le couple est encore nécessairement un homme et une femme. Là encore cela n’est pas déconstruit vu que c’est un modèle patriarcal. On voit bien tout ce que cela porte en germe: la stigmatisation des couples qui ne se fondraient pas sur ce modèle-là ».

Malgré le schéma classique porté par le gouvernement, l’Irlande reste le premier pays au monde à avoir légalisé le mariage homosexuel par référendum. Le vote remonte à 2015, le peuple irlandais répondait oui à 62,1%  à la question :« Le mariage peut-il être contracté suivant la loi entre deux personnes sans distinction de sexe ? »  

Les mots en politique: un frein à l’émancipation des femmes ?

Pour l’experte en médias, les mots sont «révélateurs d’un état d’esprit». «Cette notion semble avoir comme injonction qu’une femme ne peut être qu’au foyer et en ce sens, les mots sont contraignants », souligne-t-elle.

Les mots sont révélateurs et prescripteurs. Il y a toujours une dialectique entre les mots et la société.

« Ce n’est jamais que symbolique », estime Marlène Coulomb-Gully, citant comme exemple, « le texte qui a dépénalisé l’homosexualité en France en 1982. Cependant les personnes homo-sexuelles n’étaient plus criminalisées depuis fort longtemps. Il n’empêche que ce texte était toujours là ! ».

Si la Constitution irlandaise n’a jamais empêché ses citoyennes à sortir du foyer pour aller travailler, il n’en reste pas moins qu’en Irlande, les femmes sont encore sous représentées dans les postes à responsabilité. D’après un rapport de la Commission Européenne datant de 2017, les Irlandaises représentent 13,2% des conseils d’administration des plus grandes sociétés du pays, un taux nettement inférieur à la moyenne l’UE (21,2%). Ce même rapport indique que « l’écart de rémunération global entre les sexes, qui tient compte des désavantages subis par les femmes en terme de rémunération horaire plus faible, d’heures de travail réduites et de taux d’emploi plus faibles en raison des soins aux enfants ou aux proches, s’élève à 34,7%. » Ainsi derrière le symbole, la notion de « femme au foyer » n’encourage guère les femmes à s’élever professionnellement.

Ce référendum prévu le 24 novembre 2018 pourrait donc dépoussiérer de vieilles lois patriarcales. (Le même jour, le peuple irlandais sera appelé à voter pour ou contre l’abolition du délit de blasphème, ndlr).

 24.07.2018 Soukaina Skalli
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19 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

privé public (politis)

eton-formal-school-uniform

Privé ou public : une lutte des classes

À l’entrée au collège, les familles favorisées sont de plus en plus tentées par le privé, au nom de la réussite individuelle. Des parents se mobilisent contre cette forme de ségrégation.

Réforme du collège et des rythmes scolaires, classes surchargées, enseignants en sous-effectif, grèves… Craintes de problèmes de sécurité, d’encadrement, de niveau… Quelles qu’en soient les causes, l’érosion de l’école publique se poursuit. En élémentaire, un élève sur six est scolarisé dans le privé ; dans le secondaire, un sur cinq. Ce qui situe la France parmi les pays européens où l’enseignement privé est le plus présent.

Qui dit privé sous contrat dit enseignement catholique pour l’immense majorité.

Le privé hors contrat, quant à lui, se développe au rythme de quelques dizaines d’établis-sements par an, sur un millier existant, avec parfois une étiquette « pédagogies alternatives » qui séduit de plus en plus de déçus de l’école classique, dont certains enseignants du public eux-mêmes. Choix individuel contre choix collectif, réussite personnelle contre défense de la mixité, conflits de valeurs : l’inscription en sixième est source de tensions révélatrices d’enjeux politiques et sociétaux, a fortiori dans des villes de banlieue en pleine gentrification.

Entre Parcoursup et l’alerte sur la baisse des effectifs enseignants, la rentrée 2018 va-t-elle renforcer la tendance ? Les meilleurs lycées raflant le maximum de réponses favorables à l’inscription à l’université, bon nombre de parents pourraient être tentés d’anticiper en inscri-vant leur enfant dans le collège antichambre du lycée le mieux coté. Qui n’est pas forcément le collège de secteur. « Dans une société qui mise toujours plus sur la réussite individuelle depuis une dizaine d’années, ce ne sont plus la mixité sociale et la laïcité qui prévalent », analyse Rémy-Charles Sirvent, secrétaire national chargé du secteur « société, laïcité » au syndicat enseignant SE-Unsa.

Seuls 10 % des parents choisiraient le privé pour des raisons religieuses.

Les motivations qui arrivent en tête seraient la ­proximité, quand le collège privé est plus proche du domicile. Mais surtout le « niveau » et la promesse d’une « autre pédagogie », alternative ou traditionnelle. Sauf qu’aucune étude ne prouve que le niveau est réellement meilleur dans le privé. La plus-value apportée serait nulle, d’après une étude de décembre 2017 intitulée «Qui choisit le privé et pour quels résultats scolaires (1)?». «Il apparaît qu’en moyenne, et toutes choses égales par ailleurs, les résultats scolaires en CE2 ainsi que la probabilité de redoubler le CP ou le CE1 ne diffèrent pas significativement entre public et privé sous contrat.» En 2011, l’OCDE avait même publié une étude démontrant que les écoles privées étaient moins performantes, à situation sociale égale, que le public…

Quoi qu’il en soit, l’étude de 2017 établit qu’une « comparaison directe des résultats entre les deux secteurs n’est pas pertinente, car leurs élèves n’ont pas les mêmes caractéristiques ». Comprendre : si les élèves du privé ont de meilleurs résultats, c’est qu’ils appartiennent massi-vement aux classes sociales aisées et supérieures. De fait, la proportion d’élèves d’origine aisée est nettement plus forte dans les collèges privés que dans ceux du public (35,8 % contre 19,3 %). Inversement, les enfants d’origine populaire sont deux fois plus présents dans les collèges publics que dans le secteur privé (41 % contre 19,5 %). (… payant)

https://www.politis.fr/

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18 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

parcoursup’ (npa)

le peril jeune

Parcoursup : Interminable attente pour unE bachelierE sur trois

Bientôt deux mois que dans de nombreuses familles, la consultation quotidienne de la plate-forme Parcoursup’ est devenue un rituel presque machinal duquel on n’attend rien. Au mieux quelques places sur une liste d’attente.

Au pire, un statu quo qui pourrait durer jusqu’en septembre.

Ils étaient 812 000 sur la ligne de départ de Parcoursup, mais seulement 52,8 % ont fini la course et se sont inscrits dans une des formations qui les acceptaient. Si 13,7 % se sont désinscrits de la plateforme, ou bien pour s’inscrire dans des formations hors Parcoursup (grandes écoles, formations privées hors de prix) ou pour abandonner l’idée de faire des étu-des, 33,5 % sont encore en attente sur la plateforme, soit 284 000 étudiantEs qui ne savent pas encore où ils et elles seront inscrits l’an prochain.

Une catastrophe annoncée

Selon le Monde, 160 000 d’entre elles et eux ont reçu une réponse positive d’un établissement sans que celle-ci ne les satisfasse, tandis que 110 000 n’ont toujours aucune réponse. À titre de comparaison, le 24 juillet 2017, ce sont 65 000 bacheliers qui étaient sans aucune réponse, soit presque deux fois moins qu’aujourd’hui, à une semaine près.

Pire encore 

14 000 étudiantEs n’ont reçu que des « non » et sont sans solution à l’heure actuelle. Tous ces chiffres montrent la catastrophe (ô combien annoncée !) de Parcoursup, qui avait été vendu par le gouvernement comme le remède miracle contre l’échec d’APB et de ses milliers de «sans-facs ». Mais tout comme les saignées médiévales, qui affaiblissaient plus les fiévreux qu’elles ne les guérissaient, Parcoursup montre tous les jours que, plutôt que de résoudre les problèmes de l’orientation dans l’enseignement supérieur, elle les aggrave, laissant sur le bord de la route des dizaines de milliers de jeunes.

Procédures opaques, claires discriminations 

Malgré le semblant de transparence gouvernementale sur l’algorithme de Parcoursup la procé-dure est encore plus opaque qu’APB, étant donné que l’algorithme national agit sur des résul-tats déjà produits par les universités, qui font leur classement en amont dans la plus grande opacité. Des parlementaires, comme Pierre Ouzoulias (PCF) ont d’ailleurs dénoncé cette «petite tambouille » des universités, leur permettant de classer de n’importe quelle façon, sans rendre de compte aux étudiantEs.

Les quelques informations qui ont pu paraître ici où là montrent cependant l’étendue des discriminations à l’ œuvre dans Parcoursup : les lycées sont ainsi classés et pondérés en fonction de leurs résultats. Un 18/20 dans un lycée de Seine-Saint-Denis pourrait valoir un 11/20 à Henri-IV, voire moins…

Si le gouvernement se défend de toute discrimination sociale et ose encore parler de réussite, ces méthodes ne permettent qu’une chose

La transformation complète des inégalités sociales géographiques en une discrimination cons-ciente pour l’entrée à l’université. Une seule voie semble possible : celle d’une reprise du combat contre la sélection à la rentrée, autour des « sans-facs » et de touTEs les lycéenEs de terminale qui seront maintenant avertis que jouer à la roulette Parcoursup, c’est le ­meilleur moyen de flinguer son avenir.

Georges Waters Mercredi 18 juillet

https://npa2009.org/

parco urd

par t-2

 

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17 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

dominque vidal (npa)

dominique vidal

« Parler d’une “montée des actes antisémites” n’a pas de sens »

Tu publies un livre sous-titré « Réponse à Emmanuel Macron », à propos de l’amalgame entre antisionisme et antisémitisme. Pourquoi as-tu ressenti la nécessité d’écrire ce livre ? 

Le 16 juillet 2017, lors des commémorations du 75e anniversaire de la rafle du Vél d’Hiv’, en présence de Benyamin Netanyahou, Emmanuel Macron déclare : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme. » J’étais en train d’écouter le discours, et cela m’a paru incroyable. Pour la première fois, un président de la République se mêlait de ce débat, qui est un débat d’idées, dans lequel il n’a pas à indiquer qui a raison et qui a tort. Même Nicolas Sarkozy et François Hollande, dont on sait l’amitié qu’ils portent à Israël, et même l’amour, en ce qui concerne François Hollande, qui avait évoqué un « chant d’amour pour Israël », ne l’avaient pas fait.

En entendant cela, et en apprenant par la suite qu’il s’agissait d’une phrase improvisée, qui ne figurait pas dans le discours tel qu’il avait été préparé, cela m’a suggéré deux choses.

La première, c’est un véritable étonnement sur la méconnaissance de l’histoire du sionisme, des Juifs, d’Israël. On peut évidemment comprendre qu’il n’ait pas été formé à ce type de ques-tions, mais à ce moment-là, autant ne pas intervenir… Je me suis donc dit qu’il fallait essayer de remettre les choses en place, qu’il s’agisse de la question de l’antisémitisme ou de celle de l’antisionisme, et de donner aux lecteurs pas forcément avertis les éléments nécessaires pour se faire leur propre opinion. C’était déjà cette démarche « pédagogique » qui m’avait guidé lors de la rédaction d’autres livres, qu’il s’agisse du Péché originel d’Israël, appuyé sur les travaux d’historiens israéliens sur la Nakba, ou de mon ouvrage les Historiens allemands relisent la Shoah.

La deuxième chose, au-delà de l’incompétence historique dont témoigne cette phrase d’Emmanuel Macron, c’est qu’il y a un vrai danger pour les libertés qui sont les nôtres. Où va-t-on ? Est-ce qu’on imagine les communistes demandant l’interdiction de l’anticommunisme ? Les gaullistes demandant l’interdiction de l’antigaullisme ? Les libéraux demandant l’interdiction de l’altermondialisme ?

Or c’est bien de cela dont il s’agit lorsque le président du CRIF, s’engouffrant dans la brèche ouverte par Macron, demande l’adoption d’une loi d’interdiction de l’antisionisme, puis d’une définition extrêmement alambiquée de l’antisionisme qui revient à interdire toute forme de criti-que de la politique israélienne. Ce qui au passage n’est pas très étonnant de la part du CRIF et de son président Francis Kalifat, dont on sait qu’il a été membre du Betar quand il était plus jeune : il s’agit de la deuxième étape d’une bataille débutée avec la volonté de criminaliser, voire d’interdire le mouvement BDS, mais qui n’a pas donné les résultats escomptés…

Depuis la sortie de ton livre, on a vu la double parution d’une ­pétition-mani-feste, dans le Journal du dimanche, et d’un livre sur le « nouvel antisémitisme en France », à propos desquels tu n’as pas ménagé tes critiques…

Tout à fait. Je voudrais d’abord te dire quelque chose qui me tient à cœur : je suis frappé par le fait que ce manifeste, que j’appelle dans mes conférences le manifeste de Val et Valls, soit tom-bé dans l’oubli une semaine après sa parution. Même les signataires, les principaux acteurs de ce manifeste, n’ont pas jugé utile de le défendre.

Pour donner un exemple précis, j’ai assisté, lors d’une soirée organisée par Mediapart à laquelle j’avais été invité, à la performance de Raphaël Enthoven, intervenant dans le débat précédent, qui a consacré l’essentiel de son temps à exposer les points de désaccord qu’il avait avec le texte ! Et on se demandait bien pourquoi il avait signé un texte avec lequel il était visiblement très largement en désaccord…

C’est la clé pour comprendre ce qui s’est passé : des pressions ont été exercées sur un certain nombre d’intellectuels pour qu’ils signent ce texte, certains se sont laissés faire et ont signé un manifeste qu’ils n’avaient parfois même pas lu et, une fois le texte paru, une fois qu’il était avéré qu’il s’agissait d’un texte d’une pauvreté intellectuelle rare, à peu près personne n’a voulu le défendre.

Pour revenir aux questions de fond, ce texte porte une analyse fausse, et les faits sont là pour le prouver. Ainsi, si l’on parle de l’antisémitisme comme idéologie, personne ne peut nier qu’il s’agit d’une idéologie marginale en France ! Je donne toujours un exemple qui me semble significatif :  en 1946, l’Ifop réalise pour la première fois un sondage dans lequel elle demande si les Juifs sont « des Français comme les autres », question à laquelle un petit tiers des sondés répondent « oui » ; dans une récente enquête du même type, réalisée par Ipsos, ils sont 92 %. Quand on en est à ce niveau-là, on ne peut pas discuter le fait que l’antisémitisme soit, en France, une idéologie marginale.

En revanche, et c’est un fait que l’on doit évidemment prendre en compte, il y a le maintien d’un certain nombre de préjugés, avec en gros la moitié des sondés qui estiment que les Juifs ont « trop de pouvoir », qu’ils ont un rapport particulier à l’argent, qu’ils sont plus attachés à Israël qu’à la France, etc. On parle bien ici de préjugés antisémites. Mais je ne crois pas que l’on puisse considérer que des préjugés équivalent nécessairement à une forme de racisme. On sait qu’il existe des préjugés sur divers groupes, des Bretons aux Auvergnats, sans que cela signifie qu’il existe un racisme anti-breton ou anti-auvergnat. Il s’agit de ne pas confondre idéologie et préjugés.

Il y a bien des actions antisémites, parfois ultra-violentes, qui ont causé des morts au cours des dernières années. 

On a connu un pic d’actions antisémites au début des années 2000, qui ont coïncidé avec la «deuxième Intifada» et sa répression par Israël. Mais depuis, on a eu, de manière irrégulière, un reflux très net de ces actes. Parler d’une « montée des actes antisémites » n’a donc pas de sens. Mais il y a évidemment un point très important : il y a moins d’actions antisémites, mais certaines sont plus violentes qu’elles ne l’étaient auparavant.

On a ainsi les huit victimes de Merah et de Coulibaly, sur lesquels il n’y a pas de doute : ce sont des tueurs antijuifs, qui ont la haine des Juifs, qui l’ont expliqué, notamment dans des vidéos. Et on a trois autres cas : Ilan Halimi, Lucie Attal [également connue sous le nom de Sarah Halimi] et Mireille Knoll. Je ne suis ni policier ni juge mais je vois bien qu’il est très difficile, dans ces trois cas de mort violente, de faire la part de ce qui est du domaine de l’antisémitisme, qui n’est pas discutable puisqu’il s’agit bien de cibles juives, mais il y a de toute évidence une dimension crapuleuse dans ces crimes.

Dans le cas d’Ilan Halimi, ce que Fofana veut, c’est de l’argent, qu’il espère obtenir car il croit que les Juifs sont riches. Il y a en outre un élément supplémentaire, que personne ne semble vouloir prendre en compte et dont il est impossible de parler dans les médias : la dimension psychiatrique. Quand on regarde par l’exemple l’affaire Mireille Knoll, on ne peut pas ne pas se poser cette question. Un des deux assassins était proche de Mireille Knoll depuis son enfance : il allait chez elle, il buvait des verres avec elle, il lui faisait des courses, elle était intervenue en sa faveur dans une affaire judiciaire, etc. Donc j’ai du mal à entendre qu’il ait découvert tout d’un coup qu’elle était juive et qu’il fallait la tuer parce que juive…

Dans ces cas de violences, de violences meurtrières, il faut donc essayer de faire la part des choses afin de comprendre ce à quoi on est confronté et de refuser tous les raccourcis et amalgames, tout en constatant évidemment que ces meurtres sont perçus d’abord comme antisémites, et jouent un rôle important dans tous les débats autour de l’antisémitisme et du racisme.

Dominique Vidal est journaliste est historien. Il a récemment publié « Antisionisme = antisémi-tisme ? Réponse à Emmanuel Macron » aux éditions Libertalia. Nous revenons ici avec lui sur les thématiques abordées dans l’ouvrage, qu’il aura l’occasion de développer lors de notre prochaine université d’été dont il est l’un des invitéEs.

Propos recueillis par Julien Salingue

https://npa2009.org/

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