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19 juin 2019 ~ 0 Commentaire

profs polonais (courrier inter)

pologne

Sous-payés, les profs polonais désertent l’école

Découragés par le manque de considération des pouvoirs publics et d’une part importante des parents d’élèves, de nombreux enseignants polonais ne reprendront pas le chemin de l’école en septembre et se tournent vers des métiers qui pourront leur assurer un revenu décent.

En Pologne, pour de nombreux enseignants, ce mois de juin ne marque pas seulement la fin de l’année scolaire, mais leur divorce définitif avec l’école publique. “La liste des causes de leur découragement est longue”, explique le quotidien Gazeta Wyborcza : “chaos consécutif à la réforme de l’éducation, changements permanents, fatigue liée à la nécessité de courir entre plusieurs établissements et, dernièrement, la grève qui n’a pas apporté d’augmentation.”

En avril, malgré un débrayage de trois semaines suivi par plusieurs centaines de milliers d’enseignants et la moitié des écoles du pays, le gouvernement avait refusé d’accorder la revalorisation salariale de 30 % demandée par deux des trois syndicats de la profession, et, à l’usure, il avait convaincu les grévistes de reprendre le travail.

Cette victoire politique a toutefois pour conséquence de pousser à la démission des enseignants désormais convaincus de l’impossibilité d’améliorer la condition de la profession. D’après les témoignages recueillis par le journal, certains optent donc pour l’émigration, notamment vers le Royaume-Uni, quand d’autres partent en retraite anticipée ou changent de métier, comme Agata. Enseignante d’anglais en lycée depuis douze ans, elle ne reprendra pas les cours en septembre et cherche un nouvel emploi, même peu qualifié.

J’ai travaillé au prix de ma santé et de ma famille pour 2 000 zlotys nets [470 euros par mois, soit 60 euros de plus que le SMIC polonais]. J’étais engagée dans la grève, mais les réactions du gouvernement, de la société et de la direction ont été insupportables. Je dois penser à moi-même”, confie-t-elle.

Gazeta souligne que “dans les grandes villes, le salaire d’un enseignant débutant suffit à peine à payer un loyer, c’est pourquoi les candidats manquent. […] À Varsovie, la capitale, 3 000 postes pourraient être vacants, le plus souvent en école maternelle ou bien pour l’enseignement des mathématiques, de l’anglais et de l’informatique.

En réponse à ce déficit, la mairie a déjà introduit des compléments de salaire versés de son propre budget et vient d’inaugurer un programme de formations gratuites pour les aspirants enseignants.

19/06/2019

https://www.courrierinternational.com/

Lire aussi

Mobilisation. En Pologne, grève massive et illimitée des enseignants (CI)

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19 juin 2019 ~ 0 Commentaire

coquillages (cnrs)

coquilles

Coquillages, les sentinelles des océans

La quête d’indices sur le réchauffement climatique conduit les chercheurs jusqu’aux eaux froides du Groenland. Pollution, température de l’eau, concentration en oxygène… Coquilles Saint-Jacques et autres bivalves constituent de précieuses archives sur l’environnement et le climat. Des chercheurs bretons, à l’origine de cette découverte, parcourent les mers pour les étudier. À partir du 22 juin, rendez-vous à Brest pour découvrir leurs travaux aux pôles présentés lors de l’exposition Arctic Blues.

Brest, à la pointe ouest de la Bretagne. Tout commence dans le Finistère.

Depuis ce bout du monde avancé dans l’océan Atlantique, les chercheurs du Laboratoire international associé Benthic Biodiversity Ecology, Sciences and Technologies (LIA BeBest)1 partent régulièrement explorer les mers du globe, de l’île ­d’Ouessant au Maroc, de la Nouvelle-Calédonie à ­l’Antarctique en passant par la Mauritanie. Leur quête est surprenante : ils sont à la recherche de mollusques bivalves de la famille des pectinidés. Notamment, les célèbres coquilles Saint-Jacques (Pecten maximus) et leurs cousins, les pétoncles.

Non par gourmandise, mais par soif de connaissances. Car depuis plus de vingt ans, ils ont découvert et démontré qu’il était possible d’utiliser ces animaux comme des archives environne-mentales. Température et salinité de l’eau, concentrations en oxygène ou en contaminants, état du phytoplancton dans leur environnement naturel…

« Leur squelette externe, c’est-à-dire leur coquille, enregistre toutes sortes d’informations écolo-giques très utiles à la compréhension des éco­systèmes côtiers », explique Laurent Chauvaud, directeur de recherche au Laboratoire des sciences de l’environnement marin2 et coordinateur de BeBest qui est issu de ce Laboratoire. À la clé, des quantités de données très utiles pour reconstituer les climats du passé, suivre le réchauffement actuel mais aussi les épisodes de pollution. Avec un sens du détail inédit : aujourd’hui, les bivalves nous renseignent sur l’environnement marin avec plus de précision temporelle que les cernes annuels de croissance d’un arbre sur terre, ou que les strates d’une carotte de glace pour les pôles !

Chaque jour, par exemple, Pecten maximus enregistre la température de l’eau de mer, à 0,5 °C près, à l’instar d’un thermomètre médical. Mieux encore : les chercheurs, dont le jeune docteur Pierre Poitevin de l’Université de Bretagne occidentale, ont réussi à faire parler le pétoncle géant de l’archipel Saint-Pierre-et-Miquelon, dans l’Atlantique. L’analyse de sa coquille livre des informations détaillées et précises, au quart d’heure près, sur son environnement !

Pour en arriver là, Laurent Chauvaud et son équipe ont appris année après année à décoder les informations archivées par les coquillages. Ils ont observé et mesuré les distances entre les microstries présentes à la surface des coquilles. Et sous la loupe binoculaire, ils ont enchaîné les découvertes : chaque distance séparant ces micro­stries est le résultat de la croissance journalière de la coquille observée et la diminution de ces distances est liée aux facteurs d’altération de cette croissance. Par exemple, un refroidissement de l’eau de mer.

Eau mitigée et nourriture équilibrée

La mise en évidence de cet impact de la température de l’eau remonte à l’an 2000, lors d’une plongée à Bergen, en Norvège. Plus pauvre en nitrates et autres sels nutritifs que les baies bretonnes, ce littoral nordique leur a permis d’établir une corrélation entre les ralentissements de croissance et les jours précis d’upwelling (­remontées brutales d’eau froide), le temps d’une journée d’été, sous l’effet de forts vents de nord-est, ­parallèles à la côte3.

« Les coquilles norvégiennes présentaient, ces jours-là, des accidents de croissance, se souvient le chercheur. Comme tétanisées par l’eau froide, elles n’avaient grandi que de l’équivalent d’une strie d’hiver en plein mois de juillet ! » Une nouvelle approche était née : l’étude des stries des Saint-Jacques.

Nos Champollion des océans ont découvert un autre facteur jouant sur la distance entre les stries : une dégradation brutale de la nourriture des mollusques. En effet, quand survient une efflorescence (un bloom) d’algues toxiques ou, comme souvent en Bretagne, un excès de phytoplancton (dû aux nitrates des effluents agricoles), pourtant le plat préféré des Saint-Jacques, leur coquille croît moins vite, voire plus du tout.

Étude de la composition chimique

Ce sont les travaux du biogéochimiste et écologue Julien Thébault, en Nouvelle-Calédonie, qui ont permis cette avancée. Sur place, les chercheurs voulaient savoir si l’exploitation de la réserve de nickel avait contaminé l’un des plus beaux lagons du monde, abritant 25 espèces de pectinidés.

Rapidement, les chercheurs prennent conscience des précieuses archives qui leur tendent les bras. Car ces coquillages sont présents, à foison, du Maroc à la Norvège, jusqu’à 500 mètres de profondeur, et depuis 25 millions ­d’années ! De quoi les aider dans leurs « enquêtes » sur le réchauffement climatique ou l’histoire des éco­systèmes de la planète.

L’indic qui venait du froid

Mais les précieuses informations que fournit la coquille Saint-Jacques ne suffisent plus à satis-faire l’appétit de connaissances des chercheurs du LIA BeBest. En cause ? Sa courte durée de vie : de quatre à cinq ans.

À la recherche d’archives contenant des périodes de temps longues, qui permettront de statuer sur l’impact de changements globaux, comme l’actuel réchauffement climatique, les scientifiques convoitent des bivalves longévives : la Laternula d’Antarctique, quadragénaire ; l’amande de mer Glycimeris glycimeris de la rade de Brest, dont la durée de vie est comprise entre 70 et 80 ans ; la mye Mya truncata de l’Arctique, l’Astarte ou le pitot Cyrtodaria siliqua, de fringants cente-naires ; et, surtout, la palourde noire de Saint-Pierre-et-Miquelon, Arctica islandica : 500 ans de durée de vie !

« Arctica islandica est un véritable parchemin !, s’enthousiasme Laurent Chauvaud. Depuis plusieurs siècles, cet animal endogé (qui vit dans le sédiment, NDLR), filtreur et immobile, enregistre, dans le carbonate de calcium de sa coquille, et au rythme d’une strie annuelle, des informations qui vont permettre de décrire l’environnement des eaux de la façade ouest de l’Atlantique nord. »

Révélateurs de pollution

Si les mollusques recèlent de précieuses données climatiques, ils peuvent aussi être diserts sur les pollutions qui touchent leur environnement. C’est d’ailleurs le point de départ des travaux de nos scientifiques.

Au début des années 1980, confrontés à la raréfaction des populations de Saint-Jacques, les pêcheurs de la rade de Brest alertent les enseignants-chercheurs de ­l’Université de Bretagne occidentale et les chercheurs du Centre national d’exploitation des océans (Cnexo, futur Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer, ou Ifremer), afin de comprendre pourquoi cette espèce a disparu d’un écosystème pourtant si ­favorable à l’origine. Les chercheurs identifient les causes : rejets en excès de nitrates et efflorescences d’algues toxiques.

Depuis ces premiers pas, les cas d’étude se sont multipliés, souvent à la demande des professionnels et des élus locaux. Les scientifiques ont par exemple étudié les coquillages de Belle-Île-en-Mer, dans le Morbihan, ayant vécu au début du XXIe siècle, pour en apprendre davantage sur la pollution sous-marine consécutive au naufrage du pétrolier Erika, en décembre 1999.

Pour Laurent Chauvaud, cela ne fait aucun doute : mollusques et coquilles constituent un trésor scientifique dont il faut prendre soin. En témoigne la « pectothèque » comme l’appelle le chercheur, bien à l’abri dans les caves de l’Université. « Trente années de coquilles ­Saint-Jacques y sont aujourd’hui archivées. Autant d’indicateurs fiables, et ­journaliers, de leur croissance, de la ­température de l’eau, de la variation du phytoplancton ! » Leur archivage pourrait aussi ouvrir de nouvelles voies.

À la croisée des regards

Mais pour Laurent Chauvaud, le travail du scientifique ne doit pas s’arrêter là. Sa mission est bien sûr de transmettre mais aussi d’alerter les citoyens des changements et des risques en cours. Le déclic se fait durant une plongée polaire où il est saisi d’effroi. « L’effroi devant la certitude de la catastrophe », précise-t-il. Comment, pour un scientifique qui n’en a pas l’habitude, trouver les mots, dépasser son inconfort émotionnel, raconter sa stupeur devant l’énormité d’un changement climatique ?

 À Brest, à partir de juin, une exposition permettra au grand public de découvrir ces recherches grâce aux images, aux installations et aux créations sonores de ces artistes. Et de changer notre regard sur ces précieux témoins qui peuplent les littoraux et les fonds marins du monde entier. ♦

Arctic Blues : les pôles s’exposent à Brest

À partir du 22 juin, les Ateliers des Capucins à Brest accueillent l’exposition Arctic Blues, construite autour des missions aux pôles de l’équipe du LIA BeBest. Ce projet est réalisé en collaboration avec La Carène, scène des musiques actuelles de Brest. Le CNRS, aux côtés des Ateliers des Capucins, de Brest Métropole et d’autres institutions, est partenaire de cet événe-ment, dont le commissariat est assuré par Emmanuelle Hascoët. L’exposition Arctic Blues s’inscrit dans un ensemble de manifestations organisées cet été dans les espaces culturels brestois et rassemblées par la métropole sous le label : Bleu comme Brest. Une odyssée entre science et culture. (Résumé voir lien)

14.06.2019 Gaël Hautemulle

https://lejournal.cnrs.fr/

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18 juin 2019 ~ 0 Commentaire

bac (npa rennes-infos)

Blanquer-dinosaure

« Non, Mr Blanquer, ce n’est pas « business as usual »

Le 17 juin au matin, début des épreuves du bac, le ministre Blanquer oscillait entre les menaces voilées en dénonçant « une grève pas très acceptable » et le mode « même pas mal »  en prétendant que malgré la grève, « les épreuves vont se passer normalement ».

Cela résume la politique du ministère : passage en force de réformes en utilisant la répression face à l’incapacité de convaincre les enseignantEs, mais aussi les jeunes et leurs parents, en se réfugiant dans le déni de la réalité au nom d’une normalité fantasmée.

Des formes de mobilisation qui bousculent les habitudes

Il y a quelques mois Blanquer était le premier de la classe du gouvernement Macron, et le chouchou de tous les adorateurs de l’économie libérale enrobée dans les vieilleries réactionnaires d’un individualisme éculé, saupoudré de nationalisme nauséabond, qui voyaient dans les différentes réformes la mise en œuvre de leurs idéaux. Mais depuis septembre les résistances ont commencé.

Entre les enseignantEs des LP mobilisés contre la réforme de la voie professionnelle, les enseignantEs du second degré remontés contre la réforme du bac, les jeunes manifestant contre Parcoursup, et aussi les instits et les parents contre « l’École de la confiance », le seul recours de Blanquer a été de jouer les décalages temporels et les difficultés de convergence des différents secteurs mobilisés.

Mais au total, l’inflexible a dû reculer sur certains des aspects les plus contestés de prétendue « École de la confiance », durcie par la majorité très à droite du Sénat. Exit donc la création imposée des regroupements écoles-collège (EPSF), le projet de faire des directeurs et directrices d’école les supérieurEs hiérarchiques de leurs collègues, les formations des enseignantEs sur leur temps de vacances, mais aussi la suppression des allocations des familles d’élèves absentéistes ou le refus de mamans voilées dans les sorties scolaires.

C’est loin de vider la loi de toutes ses attaques, mais cela montre que les mobilisations peuvent peser.

Jusqu’à 60-70% de grévistes

De quoi renforcer la détermination à ne pas lâcher sur les autres réformes de Blanquer, en particulier celles de la voie professionnelle et du bac général et technologique. Au fur et à mesure de la précision des conditions de la rentrée 2019, la colère n’a fait que s’approfondir, renforçant le refus de collaborer à la mise en place de ce qui transforme l’école en simple machine de tri social renforcé de la jeunesse, tout en dégradant significativement les conditions de travail des enseignantEs et plus globalement de tous les personnels de l’éducation.

C’est ce qui a fait mûrir la détermination à ne pas laisser les examens se dérouler « normale-ment », d’autant que les réformes en question font disparaître le bac comme sésame à la poursuite d’études librement choisie pour chaque jeune bachelierE.

La mobilisation a commencé à une échelle modeste dans le 93, avec la grève des corrections du BEP. Ce sont 50 % des enseignantEs de Lettres-Histoire convoqués pour corriger qui se sont mis en grève. Résultat, aux deux jours de corrections prévus se sont ajoutés deux jours supplémentaires, le rectorat convoquant de nouvelles personnes.

La grève des surveillances le 17 juin a connu un écho très variable, mais avec des pointes à 60-70% de collègues convoqués en grève dans certains établissements.

Et des stratégies de contournement de la part des chefs d’établissement pour tenter de faire face (faire composer les élèves dans des gymnases plutôt que dans des salles pour diminuer le besoin de surveillantEs…), révélatrices du niveau de mobilisation et, du côté du ministre Blanquer, d’une étrange conception de la « normalité ».

Cathy Billard Mardi 18 juin 2019

https://npa2009.org/

Lire aussi:

Grève des examens : Communiqué de l’AG des grévistes du 17 juin 2019 (Rennes Infos)

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17 juin 2019 ~ 0 Commentaire

grève (question de classes)

orof

Bac 2019 : révise ta grève…

Apprendre à désobéir, petite histoire de la grève enseignante

« L’aboutissement logique et extrême de ces formes d’action réside dans la grève des examens, c’est-à-dire le refus de laisser les examens se tenir et donc d’y exercer la fonction de décerner des notes ou des crédits.

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Si, en dernière analyse, la fonction sociale des enseignants consiste à participer, via les dispositifs d’examens, à la répartition sélective des individus sur le marché du travail, la suspension de l’activité d’évaluation diplômante ou certifiante peut être considérée comme le cœur de leur désolidarisation avec le reste de la société.

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En ce sens, la grève des examens constitue la quintessence de la grève enseignante et c’est sans doute la raison pour laquelle de telles actions de grève vont rarement jusqu’au bout, parce qu’elles mettent effectivement en cause la finalité du travail enseignant dans les sociétés modernes. »

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« Pour une approche sociohistorique de la grève enseignante », André D. Robert et Jeffrey Tyssens, Éducation et société, n° 20, 2007.

L’appel à la grève des examens lancé à partir du lundi 17 juin par une grande partie des syndicats, des organisations lycéennes et différents collectifs enseignants est l’occasion d’un petit retour historique. De 1905 à 2019, en passant par 1927 et 2003, rappel des faits et réflexion sur le sens de la grève des enseignant.es et sur leur fonction sociale…

Aux origines du syndicalisme enseignant

Au début du 20è siècle, rompant avec les Amicales, les premiers syndicalistes enseignant se revendiquent du syndicalisme révolutionnaire et de l’action directe. Pourtant, ils ne comptent pas utiliser la grève comme moyen d’action (1)…

Deux raisons expliquent ce rejet. La première concerne son efficacité dans le système scolaire : les enseignant.es ne « produisant rien » leur mouvement ne saurait paralyser le pays, selon l’idéal de la grève générale :

« La grève des instituteurs est un moyen si faible de pression sur les pouvoirs publics que rien n’en justifierait l’emploi. Est-ce que les classes ne sont pas fermées deux mois chaque année ? La vie nationale n’en est même pas suspendue. » (article du dirigeant syndical Émile Glay, 10 décembre 1905).

La seconde insiste sur le fait que, en cas de grève générale, le rôle des instituteurs et des institutrices est d’être fidèle à leur poste, en classe, auprès des enfants des insurgé.es, pour éviter au plus jeunes de jouer les gavroches sur les barricades mais aussi pour préparer, en classe, la société de demain qui naîtra de la grève générale expropriatrice (voir le chapitre consacré à l’école par Émile Pouget et Émile Pataud dans leur roman « d’anticipation syndicale » Comment nous ferons la révolution).

« En cas de grève générale, nous estimons que le plus grand service que nous puissions rendre à la classe ouvrière ne serait pas de descendre manifester dans la rue. La place des enfants n’est pas au milieu des mouvements ouvriers : ils constituent un danger pour les uns et pour les autres. Dans une période agitée comme celle-là, notre devoir impérieux serait d’être à notre poste, gardant les enfants pour les soustraire aux dangers de la rue. »  Manifeste du syndicat du Morbihan, en 1907.

1920 – Premier recours à la grève

Le premier fait avéré de grève dans l’EN date de 1920 et ne concerne pas directement les questions scolaires puisqu’il s’inscrit dans un cadre interprofessionnel et politique (pour la « socialisation des moyens de production et d’échanges, le respect de la journée de 8 heures, l’amnistie générale des soldats et détenus politiques et la paix avec la Russie »).

Le Conseil fédéral de la CGT invite les instituteurs et institutrices à participer à la grève générale du 1er mai… Face à l’afflux des protestations émanant des AG syndicales, l’appel à la grève est annulé. Seul le syndicat des Bouches-du-Rhône maintient sa consigne de cessation du travail qui est suivie par deux cents instituteurs marseillais. Les grévistes payent un lourd tribu…

1927  la grève des examens

En 1927, dans le 2nd degré, est organisée la première « grève du bac » : « des professeurs de lycées refusent en juin 1927 de participer aux jurys du baccalauréat (ce qui, à l’époque, était facultatif). . Ce mouvement a contribué à démontrer l’importance sociale des professeurs de l’enseignement secondaire, puisqu’à l’époque, le baccalauréat constituait une “porte d’entrée dans la bourgeoisieˮ » (2)… Mais, à l’époque, enseignant.es du primaire et enseignant.es du secondaire appartiennent à deux mondes totalement différent…

Inspirée probablement par cette action, la Fédération unitaire (CGT-U), qui regroupe les enseignant.es du 1er degré, lance un mot d’ordre d’abstention aux commissions d’examens… Soutenu du bout de lèvre par la CGT réformiste (le SN) qui, à quelques jours de l’échéance suspend son appel, ce mouvement de protestation contre la baisse des salaires des fonction-naires échoue. Finalement, l’action se limite à un appel à l’abstention aux conférences péda-gogiques du mois d’octobre – une grève « à rebours » puisque les instituteurs seront invités ce jour-là à faire classe comme d’habitude.

1933 – 30 minutes de grève…

Novembre 1932, dans un contexte de rigueur budgétaire (crise de 1929) un décret-loi annonce que les instituteurs et les institutrices ne font plus partie du cadre des fonctionnaires actifs et ne peuvent donc plus prendre leur retraite à 55 ans. Les salaires sont autoritairement baissés. Le 20 février 1933 a lieu la première grève enseignante : l’arrêt de travail prend la forme d’une rentrée retardée d’une demi-heure l’après-midi. Psychologiquement, pour la profession, c’est une victoire… revendicativement, un échec !

1965, 1968, 2003… Le tabou de la grève des examens

Après guerre, depuis que le droit de grève est reconnu aux fonctionnaires (3), la puissante Fédération de l’Éducation nationale (FEN) cadre les mobilisations qui se limitent à des journées d’action de 24 heures (avec quelques exceptions, comme la grève parisienne de 1947).

Même si, lors du congrès du SNES d’avril 1965, une consultation individuelle des adhérents est organisée sur la poursuite de l’action en cours (à savoir une « grève administrative » contre la mise en place du système des filières ABCDEFG voulue par le ministre de l’Éducation nationale Christian Fouchet). Le mouvement avorte (4)… l’idée est abandonnée. Le mouvement de 68 ne débouche pas, lui non plus, sur une grève du bac, même si celui-ci est particulièrement désorganisé.

En juin 2003, alors que des AG de grévistes se réunissent quotidiennement depuis des semai-nes, voire des mois, la question de la grève le jour du bac est tabou. Dans ce mouvement contre la réforme des retraites mais aussi contre la décentralisation de l’Éducation nationale, les personnels enseignants sont en pointe et très fortement mobilisés.

Mais l’idée de perturber les épreuves du bac est rejetée par une grande majorité des grévistes. Rares sont les villes, comme à Perpignan, où des actions sont conduites pour empêcher la tenue des examens…  Dès lors, l’échec du mouvement de 2003, pour les militant.es les plus radicalisés, sera régulièrement imputé à ce refus d’aller jusqu’au bout . Analyse qui ne fait pas non plus l’unanimité. Par exemple pour Gérard Aschieri, alors secrétaire national de la FSU,

« Une telle décision [la grève du bac] était en rupture avec la culture professionnelle des enseignants qui s’étaient exprimée dans la grève elle-même. » « La grève de 2003, leçon d’un traumatisme », La grève enseignante en quête d’efficacité

17 juin 2019  Un tournant ?
L’ambiance est toute autre en 2019. Sans présager du succès de la mobilisation le 1er jour des épreuves du bac, force est de constater que les plus engagé.es portent de manière radicale et sans état d’âme l’idée que la grève des examens est l’ultime arme qui pourra faire plier le gouvernement. Un tournant dans la représentation (consciente ou inconsciente) que la profession se fait de son rôle d’agent de tri social.

Grégory Chambat collectif Questions de classe(s)

(1) Ce n’est certainement pas par respect de la légalité (la loi de 1864, autorisant la grève, ne s’applique pas aux fonctionnaires d’État) : la création de syndicat d’instituteurs et d’institutrices est également illégale, ce qui n’empêche pas les militant.es de braver l’interdiction au prix d’une féroce répression.
(2) René Mouriaux, Le Syndicalisme enseignant en France, Que sais-je ?
(3) Le droit de grève est pleinement reconnu dans la Constitution de 1946 : « Le droit de grève s’exerce dans le cadre des lois qui le réglementent », alinéa 7 du préambule.
(4) Voir l’article « Un raté historique du boycott des notes d’examens »
de Claude Lelièvre sur son blog

À lire en complément

François Bernard, Louis Bouët, Maurice Dommanget, Gilles Serret, Le Syndicalisme dans l’enseignement, histoire de la fédération de l’enseignement, des origines à l’unification de 1935.
Max Ferré, Histoire du mouvement syndicaliste révolutionnaire ches les instituteurs, des origines à 1922.
Gérard Mollier, Brève histoire du syndicalisme enseignant et de l’École émancipée des origines à nos jours, EDMP, 204.
Loïc Le Bars, La Fédération unitaire de l’enseignement, 1919-1935. Aux origines du syndicalisme enseignant, Syllepse, 2005.
René Mouriaux, Le Syndicalisme enseignant, Que sais-je ? n° 3068
Laurent Frajerman (dir.), La grève enseignante en quête d’efficacité, Institut de recherche FSU, IRHSES, Syllepse.

« Pour une approche sociohistorique de la grève enseignante », André D. Robert et Jeffrey Tyssens, Éducation et société, n° 20, 2007.
« Le syndicalisme enseignant du primaire et la grève en France : une difficile appropriation (1905-1934) », Loïc Le Bars, Éducation et société, n° 20, 2007

16 juin 2019  Collectif Q2C

https://www.questionsdeclasses.org/

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15 juin 2019 ~ 0 Commentaire

profs (l’humanité)

Ben Hur, Photo 4

La précarité grandit chez les professeurs

Le dernier bilan social publié la semaine dernière par le ministère de l’Éducation nationale montre une forte hausse du nombre d’enseignants contractuels et des démissions…

Jean-Michel Blanquer va devoir ramer pour faire avaler ses éléments de langage sur « l’école de la confiance ». Loin des filouteries de communication, le récent bilan social de l’éducation nationale, publié le 4 juin, livre un regard implacable sur le phénomène de précarisation des enseignants, à l’œuvre depuis une décennie. Publié par le ministère, l’épais document de 300 pages donne un panorama précis de la situation des personnels sur l’année 2017-2018. Et confirme, notamment, une tendance inquiétante : l’explosion du nombre de professeurs contractuels au détriment des titulaires.

Les chiffres sont sans appel. En 2008, ces enseignants, pour la plupart en CDD d’un an (reconductible six fois…), souvent à temps partiel contraint, étaient 24 282 dans les collèges et lycées. À peine dix ans plus tard, on en recense presque 40 000. Longtemps épargnée, l’école primaire suit le même chemin, et compte actuellement plus de 4 000 contractuels. Au total, cette catégorie de personnels précaires représente 8 % des 758 500 enseignants du public, contre 5 % en 2008. À l’inverse, le nombre de professeurs titulaires recule, avec 377 postes qui se sont envolés entre 2016 et 2018… Cherchez l’erreur.

Officiellement, ce recours aux contractuels, notamment dans le second degré, permet de pallier la crise de recrutements qui frappe depuis plusieurs années le métier d’enseignant, sous-payé et régulièrement discrédité par certains discours politiques. Il est aussi, et surtout, parfaitement raccord avec les orientations du gouvernement, dont le projet de loi sur la fonction publique vise à démultiplier ce type de contrats. « Il s’agit clairement de l’inscrire comme une modalité ordinaire de recrutement d’agents publics en concurrence avec l’emploi titulaire », s’inquiète le Snes-FSU, principale organisation du secondaire.

C’est déjà une réalité pour les quelque 230 000 personnels non enseignants de l’éducation nationale, dont plus de la moitié (54 %) sont des non-titulaires. Mais également dans l’enseignement agricole, qui compte environ 12 000 enseignants, dont la moitié de contractuels, souvent payés sur les budgets des établissements. Une situation qui, en général, entraîne un turnover permanent et lassant pour les équipes éducatives. Un modèle pour Jean-Michel Blanquer ?

Au passage, ce dernier devrait également s’arrêter sur l’autre point noir de ce bilan social : la hausse constante des démissions d’enseignants. Dans le primaire, le ministère en a recensé 861 l’an passé, contre 322 en 2011. Sur la même période, dans le second degré, ce chiffre est passé de 447 à 538. Vous avez dit « confiance » ?

Laurent Mouloud L’Humanité, 14 juin 2019

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07 juin 2019 ~ 0 Commentaire

plougasnou (ouest france)

conseil-de-classe.jpgr

Pour le collège, les habitants « repartent au charbon »

Environ 200 personnes ont manifesté, jeudi 6 juin 2019, devant la salle municipale de Plougasnou (Finistère), où avait lieu une rencontre entre des élus départementaux et municipaux. Ces derniers ont évoqué l’avenir incertain du collège de la commune

Est-ce la reprise d’un bras de fer engagé il y a bientôt quarante ans ?

Mercredi 5 juin, au soir, plusieurs parents d’élèves du collège de Plougasnou (Finistère) ont appris « par le bouche-à-oreille » qu’une réunion entre deux vice-présidents du Département et les élus de la majorité était programmée le lendemain, en fin de journée. Plusieurs dossiers « importants » étaient au menu des discussions. Dont l’épineuse question de l’avenir de l’établissement qui compte 95 élèves.

Quelques heures avant cette rencontre, la maire de la commune, Nathalie Bernard, a précisé, dans un communiqué destiné à « faire taire les rumeurs », « qu’il ne s’agissait pas d’acter sa fermeture ». Mais il n’en fallait pas plus aux habitants pour « repartir au charbon ».

Pas moins de 200 personnes se sont rassemblées dès 18 h 20, devant la salle municipale où avait lieu la réunion. Parents, anciens et actuels élèves, représentants d’association, clubs sportifs et commerçants venaient porter le même message : une ville de 3 000 âmes sans son collège « est une ville condamnée ».

« Une commune de vieux »

« Aujourd’hui, c’est le collège. Et demain, ça sera quoi ? La Poste ? La banque ? » Sur le parvis du bâtiment, les discussions s’engagent entre les habitants. L’inquiétude est palpable. « Une fermeture aurait des répercussions multiples sur le tissu social et économique de la commune », résume Hubert, dont l’une des filles est en classe de 5e.

« À croire qu’on veut faire de Plougasnou une commune de vieux », soupire Louis, président du club de foot, qui met le doigt sur le nœud du problème. Nombreuses sont les familles à s’être installées ici pour la proximité avec le collège. Jean-Baptiste, Plougasniste depuis trois ans et père de trois enfants, en a même fait un critère « décisif ». Le risque selon lui ? « Que les gens déménagent et que plus personne ne les remplace. »C’est tout le bourg qui pâtirait de cette baisse d’attractivité. Aussi bien les associations que les petits commerces. « Faire fuir la jeunesse, c’est faire fuir les parents. Et ce sont eux qui nous font travailler », soufflent des représentants de l’union des commerçants.

« Mais n’oublions pas les enfants qui sont les plus lésés dans cette histoire », souligne Christine Bon, présidente du comité de jumelage de la ville. En cas de fermeture, les collégiens seraient redirigés vers les établissements de Lanmeur ou de Morlaix.

« Regrettable, pour Hubert. Ils bénéficient ici d’une excellente qualité d’enseignement. Ce n’est pas pour rien s’il y a 100 % de réussite au brevet ! Et on prend aussi le risque de surcharger les classes de deux autres collèges… » « Et puis se poserait la question du transport, ajoute Christine Bon. Quid du rythme de vie de nos jeunes ? »

Effet boule de neige

Vanessa Le Dru, adjointe à l’éducation, craint aussi cet effet « boule de neige ». Fermer le collè-ge risquerait de « court-circuiter » les projets engagés par la municipalité pour redynamiser la commune et attirer de nouvelles familles, expliquait-elle quelques heures avant la réunion.

À l’issue de la rencontre, rien n’a été acté. Concernant ce dossier, seuls les « mauvais chiffres des effectifs du collège » ont été abordés. Vanessa Le Dru indique tout de même qu’il « faudra se battre » dans les trois semaines à venir. Reprenant un peu les mêmes éléments de langage des Plougasnistes : « On sera là du début à la fin ».

Sounkoura-Jeanne DEMBELE. 06/06/2019

https://www.ouest-france.fr/

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04 juin 2019 ~ 0 Commentaire

langues régionales (l’express)

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Langues régionales, quand Blanquer s’égare
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Le ministre de l’Education a très sérieusement affirmé que les élèves des écoles « immersives » – dans lesquelles tous les cours ont lieu en langue régionale – risquaient « d’ignorer la langue française . » Aberrant.
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Il est étonnant de voir à quel point des hommes intelligents et cultivés peuvent prononcer des énormités quand ils abordent le sujet des langues minoritaires. Prenez Jean-Michel Blanquer. On peut penser ce que l’on veut du ministre de l’Education nationale, mais nul ne peut nier que cet homme titulaire des plus beaux diplômes (Sciences po, agrégation de droit public, maîtrise de philosophie, DEA en sciences politiques…) dispose d’un esprit à peu près structuré.
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Eh bien, voyez ce qu’il a déclaré au Sénat le 21 mai à propos des écoles dites « immersives » comme celles du réseau Diwan – dans lesquels tous les enseignements ont lieu en breton : « D’un point de vue pédagogique, il y aurait beaucoup à discuter autour de ça. On pourrait arriver à dire que cognitivement, ce n’est pas si bon que ça, précisément si l’enfant est mis dans la situation d’ignorer la langue française. »
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« Si l’enfant est mis dans la situation d’ignorer la langue française »… Vous avez bien lu. Voici un ministre de premier plan qui affirme péremptoirement qu’il existe en France des enfants qui pourraient ne s’exprimer qu’en breton.
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Des jeunes qui vivraient dans des villes et des villages où nul ne parlerait français ; qui n’utiliseraient jamais internet ou alors uniquement pour surfer sur des sites en brezoneg; qui écouteraient uniquement de vieilles complaintes de marins de Douarnenez ou de Landerneau ; dont la famille comme les amis recourraient exclusivement à la langue historique de leur région.
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Bref, de pauvres hères « mis dans la situation d’ignorer la langue française ». On en rirait si le même homme n’était aux manettes de l’Education nationale et ne s’employait avec constance à mettre des bâtons dans les roues des langues minoritaires, en particulier avec sa réforme du lycée.
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Aussi n’est-il peut-être pas inutile de rappeler à notre bon ministre quelques vérités triviales :
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1) Dans la France de ce début du XXIe siècle, tous les enfants baignent dans un bain francophone, en tout cas en métropole. Mais si Jean-Michel Blanquer connaît ne serait-ce qu’un hameau isolé où un enfant userait exclusivement du breton, qu’il me l’indique. Je serais ravi d’y effectuer un reportage original qui me rapportera sans nul doute le prix Albert Londres.
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2) Deux ou trois heures dispensées ici ou là ne suffisent pas pour maîtriser un idiome. La seule méthode efficace est en effet celle de l’immersion, qui consiste à ce que tous les cours, mais aussi les activités annexes (cantine, récréation, etc) aient lieu en langue régionale.
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3) Ces écoles immersives ne seraient pas indispensables si l’Etat n’avait pas tout fait depuis des décennies pour mettre fin à la transmission familiale des langues minoritaires et s’il ne leur réservait une place aussi étique dans l’enseignement public.
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4) Un enfant surpris à parler français dans une école Diwan n’est jamais puni. On aurait aimé pouvoir en dire autant des enfants utilisant le breton dans les écoles de la République.
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5) Toutes les études le montrent : cette pédagogie ne menace aucunement la réussite scolaire des élèves, bien au contraire. Selon les écoles Diwan, les résultats de leurs élèves mesurés lors des évaluations nationales (CE2 et 6e) sont globalement supérieurs aux moyennes nationales. Il en va de même pour leurs résultats au bac.
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6) Devant les réactions indignées suscitées par ses déclarations maladroites, le ministre a publié un communiqué de rattrapage estimant qu’une évaluation « en cours » devrait démontrer que l’apprentissage « d’une autre langue ne nuit nullement à l’acquisition du français, bien au contraire. » Suis-je de mauvaise foi si j’écris qu’il aurait été mieux inspiré d’attendre les conclusions de ladite étude avant de se prononcer sur un sujet que, visiblement, il connaît mal ?
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7) L’on sait désormais beaucoup de choses sur le bilinguisme, et notamment ceci. Passer d’une langue à l’autre dès son plus jeune âge est un fabuleux atout, non seulement pour en acquérir une troisième, voire une quatrième, mais aussi pour tous les exercices à caractère littéraire : grammaire, conjugaison, etc.
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Mieux : parce qu’il active différemment certaines aires cérébrales, le bilinguisme améliore la flexibilité mentale, la pensée abstraite, la mémoire de travail, la concentration… donc la réussite dans toutes les matières, y compris les maths ou la biologie.C’est d’ailleurs l’une des leçons des neurosciences, dont Jean-Michel Blanquer est théoriquement féru.
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Michel Feltin-Palas
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02 juin 2019 ~ 0 Commentaire

bac snes (jdd)

ecole pole emploi

« Baccalauréat : pourquoi la grève est nécessaire »

« Le 17 juin, jour des premières épreuves du baccalauréat, philosophie pour les terminales, français pour les premières, le Snes-FSU, avec d’autres ­organisations syndicales, appelle les enseignants du second degré à faire grève.

Cette ­modalité d’action est ­exceptionnelle et se veut à la mesure de la gravité de la situation.

Fruit d’une consultation et de débats dans les établissements, cette décision arrive au terme d’un long processus qui a vu les lycéens se mobiliser, les personnels faire grève, manifester, souvent avec les parents d’élèves, se rassembler devant les établissements, écrire aux parlementaires contre la bien mal nommée loi « pour une école de la confiance », la réforme du lycée et du baccalauréat, et pour lever l’ambiguïté des promesses sur la rémunération des enseignants.

Peut-être trop polis et respectueux de leur hiérarchie pour être écoutés, toujours soucieux de leurs élèves, ils n’ont obtenu que mépris et fins de non-recevoir. De la confiance, maître mot de cette politique éducative, les enseignants n’en éprouvent plus, et depuis longtemps.

Les lignes de force du projet éducatif porté par Jean-Michel Blanquer sont l’autoritarisme et l’inégalité

Les lignes de force du projet éducatif porté par Jean-Michel Blanquer sont l’autoritarisme et l’inégalité : inégalité territoriale ­accrue par l’implantation des ­formations selon les lycées, inéga-lité ­sociale des dispositifs de sélection instaurés par ­Parcoursup, réduction des finalités de l’école à l’acquisition des savoirs fondamentaux pour les jeunes de ­catégories populaires, le tout mâtiné ­d’injonctions sur la pédagogie et d’insistance sur le devoir « d’exemplarité » des personnels de l’Éducation. Cela a le mérite de la cohérence.

Il s’agit de l’avant-dernier bac avant la réforme. La part réservée au contrôle continu précipitera sa transformation en ‘bac maison’. Tous ceux qui, hypocrites, condamnent l’action des enseignants en appelant à la sauvegarde du bac devraient y regarder à deux fois.

Les professeurs feront cette grève pour pouvoir continuer à exercer leur métier à l’abri des logiques ­managériales ­funestes

Le Snes-FSU a très vite mis en garde le ministre, fait des propositions sur les programmes, demandé un moratoire sur la réforme du lycée, avec comme seule réponse une communication méprisante et agressive.

Les chefs d’établissement eux-mêmes font, plus ou moins ouvertement, part de leurs inquié-tudes devant la complexité engendrée par la réforme du lycée : comment concevoir les emplois du temps des élèves et des professeurs?

Comment organiser des « partiels » qui, des semaines durant, nuiront à la continuité des apprentissages et déstructureront l’année de terminale dès le mois de mars? Les choix de structure de la classe de première sont faits. Tout le reste est encore en suspens et peut être infléchi : nombre de spécialités en terminale, organisation du bac, programmes…

La menace est grande.

Elle touche élèves et parents, livrés à eux-mêmes dans un système où survit le plus fort, mais aussi les professeurs, méprisés et réduits au rôle de simples exécutants. C’est donc contraints par le refus du ministre de tout dialogue que les professeurs se mettront en grève le 17 juin, non pour pénaliser leurs élèves, mais pour leur assurer la meilleure éducation possible, un diplôme national ne fermant pas les portes à certains du fait de leur ­origine sociale ou territoriale.

Ils feront cette grève pour pouvoir continuer à exercer leur métier à l’abri des logiques ­managériales ­funestes pour les équipes éducatives et pour ­travailler à partir de contenus ­réellement formateurs.

Si l’épreuve est perturbée, menant à son annulation et à la reconvocation des élèves, le ministre en portera l’entière responsabilité. »

1 juin 2019 Frédérique Rolet

Frédérique Rolet, secrétaire générale du SNES-FSU, premier syndicat du secondaire, défend dans le JDD son appel à faire grève le 17 juin, jour des premières épreuves du baccalauréat.

https://www.lejdd.fr/

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Comprendre les projets de Blanquer pour mieux les combattre (NPA)

Appel unitaire à la grève le 17 juin 2019

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02 juin 2019 ~ 0 Commentaire

17 juin (snes)

Intersyndicale 17 juin 2019

Appel unitaire à la grève le 17 juin 2019

Depuis plusieurs mois, les personnels de l’éducation se mobilisent dans de nombreux établissements et se sont rassemblés dans des actions nationales d’ampleur.

Que ce soit du côté des parents d’élèves ou des enseignants, l’inquiétude et la colère sont grandes devant les réformes du lycée et du baccalauréat, de la voie professionnelle, la loi dite de la « confiance » et l’ensemble des transformations du système éducatif imposées par le Ministre.

Devant le mal-être croissant des personnels, paupérisés et toujours en proie à l’austérité salariale, mis devant de graves difficultés professionnelles, le Ministre n’a jusque-là répondu que par le refus de toute discussion. Pire, des collègues faisant part de leurs critiques ont été victimes de rappels à l’ordre et de mesures d’intimidation ; les pressions et les méthodes de gestion autoritaires se développent.

À cela s’ajoute le contexte de suppressions de postes à un moment où les effectifs augmentent dans le second degré et les attaques contre le service public d’orientation.

Les inégalités d’implantation des enseignements de spécialité et des options de la réforme du lycée, les difficultés d’emploi du temps, tant pour les enseignants que pour les élèves, le rythme effréné des évaluations et un baccalauréat à valeur locale ; les familles de métiers et la promotion du tout apprentissage en voie professionnelle ; jusqu’aux incidents récents qui ont marqué Parcoursup ; les sureffectifs des classes et les suppressions de postes en collège : tout concourt à accroître les inégalités.

Devant la gravité de la situation, les organisations syndicales représentatives du public et du privé, de l’enseignement agricole et les Stylos rouges, après de nombreuses alertes au Ministre le Ministre, déposent un préavis de grève sur le mois de juin. Elles appellent tous les personnels à poursuivre les actions locales, à se réunir en assemblées générales pour organiser la grève le 17 juin, premier jour des épreuves du baccalauréat, et décider des suites, pour :

  • Une revalorisation des rémunérations ;
  • Le retrait des réformes des lycées et du baccalauréat ;
  • Le retrait des projets de loi « école de la confiance » et « Fonction publique ».

Si le Ministre persistait dans son refus d’ouverture de discussions rapides, il porterait la responsabilité d’une perturbation dans le déroulement des examens.
Les organisations se rencontreront de nouveau dès après le 17 juin.

vendredi 31 mai 2019

Communiqué de presse avec le soutien des organisations suivantes :

Soutien intersyndicale 17 juin 2019

https://www.snes.edu/

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Comprendre les projets de Blanquer pour mieux les combattre (NPA)

« Baccalauréat : pourquoi la grève est nécessaire Snes » (JDD)

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01 juin 2019 ~ 0 Commentaire

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blanquer

Comprendre les projets de Blanquer pour mieux les combattre

Nous devons prendre au sérieux la déclaration de Jean-Michel Blanquer au Parisien (23 février 2019) : « Nous voulons redonner une cohérence globale [à l’éducation nationale]. C’est le sens de la transformation en cours et cela va générer tout un processus dans les trois ans à venir. » 

Si l’on s’attache d’abord à la méthode, on constate que Blanquer ne cherche pas à faire passer une grande loi d’orientation sur l’école. Au contraire, on assiste à un ensemble disparate de réformes avec de multiples sources (lois, décrets, arrêtés…) dont la multiplicité peut donner le tournis. Cette méthode rend difficile toute tentative de cerner la logique globale des mutations en cours dans l’éducation nationale.

Nous pouvons néanmoins dégager trois axes majeurs.

D’abord une modification en profondeur de l’École, pour la faire correspondre aux bouleverse-ments de l’organisation de la production et donc la ventilation des travailleurEs dans les diffé-rents secteurs économiques.

Entre 1960 et aujourd’hui, la proportion des ouvrierEs dans la population active est passée de 37% à 22%, les agriculteurs de 10% à 1%, tandis que la proportion de cadres (6% à 16%), de professions intermédiaires (14% à 26%) et d’employéEs (20% à 28%) explose. La doctrine Macron cherche à accélérer encore ces mouvements et à les transcrire dans la formation de la jeunesse en France.

Deuxième axe, une transformation en profondeur de l’idéologie française sur l’École comme « ascenseur social », c’est-à-dire une école ouverte à touTEs, où la « méritocratie » permettrait aux jeunes les plus doués d’arriver aux meilleurs postes.

Enfin, il s’agit de mettre en œuvre un plan social dans le secteur public, en particulier dans l’Éducation nationale.

Ces trois axes ont une relation interdépendante entre eux. Les réformes Blanquer en cours sont en grande partie dans la continuité des réformes de ses prédécesseurs, mais il souhaite franchir un saut qualitatif, dans un temps extrêmement réduit.

Rattraper le «retard» français

Contrairement à ce qu’affirme Macron, il est absurde de croire que la septième puissance économique mondiale peut devenir une « start-up nation », c’est-à-dire faire reposer l’ensemble de son économie sur des auto-entrepreneurs précaires (essentiellement dans le secteur du service)… et sur les ventes d’armes.

Il est cependant certain que, du point de vue néo-libéral, la France a un retard conséquent sur ses partenaires mondiaux concernant le travail. De multiples réformes sont en cours, tant sur le type de contrats (pour les rendre de plus en plus précaires) que sur le temps de travail et sur les retraites. Bien sûr, il ne s’agit pas simplement de « rattraper le retard », mais aussi de « dépas-ser » les autres puissances européennes. C’est pour cela que les réformes Blanquer vont plus loin que celles qui ont eu lieu en Italie (2015), dans l’État espagnol (2013) ou (il y a plus longtemps) en Allemagne ou au Royaume-Uni.

En 1996, le CNPF (ancêtre du Medef) annonçait que la répartition des contrats devait se décliner en un tiers d’emplois stables (type CDI) pour les travailleurEs pleinement qualifiés, un tiers de CDD précaires (pour les salariéEs spécialisés, en fonction de la demande du patronat) et un tiers de micro-entreprises ou entreprises individuelles (dans les services).  Il s’agit d’arriver à diminuer le coût (global) de la main-d’œuvre, en optimisant les coûts de formation.

Dans cette optique, il n’est pas surprenant que la loi « sur l’école de la confiance » loi Blanquer, votée par l’Assemblée nationale le 20 février 2019, prévoie la mise en place de trois types d’éco-les élémentaires distinctes. En plus des écoles habituelles, sont mises en place d’une part des écoles internationales, où l’entrée sera soumise à une sélection sur « les aptitudes à suivre les enseignements dans la langue étrangère » et d’autre part des écoles des savoirs fonda-mentaux où l’objectif est que chaque jeune sache « lire, écrire, compter, respecter autrui. »

Bien entendu, chaque type d’école n’a pas la même finalité. Les écoles internationales regrou-pent école, collège et lycée et visent au bac international ou européen. Tandis que les écoles des savoirs fondamentaux regroupent école et collège et n’ont pas d’objectif en termes de diplôme. Or, en France, la ségrégation sociale se combine avec une ségrégation spatiale, il suffira donc de vivre au mauvais endroit (par exemple, la Seine-Saint-Denis, le Mirail à Toulouse ou les quartiers Nord de Marseille) pour voir son avenir scolaire fortement assombri.

Une sélection dès 14 ans

Second étage de la fusée Blanquer : le lycée. Trois réformes sont en cours.

D’abord une réforme du lycée professionnel, ensuite une réforme du lycée général et techno-logique et enfin une réforme du baccalauréat. La réforme des lycées professionnels s’inscrit pleinement dans l’objectif de diminuer les coûts de formation (pour les entreprises et pour l’État).

Aujourd’hui, les formations professionnelles sont données en formation initiale (globalement en lycée professionnel) ou en alternance (généralement dans les centres de formation d’apprentis – CFA, sous la tutelle des chambres de commerce régionales). Un des objectifs de la réforme est d’avoir des « publics mixtes », des jeunes en formation initiale et des apprentis, dans les mêmes classes. Cela entraine une diminution « des coûts » (du nombre de professeurEs nécessaire).

Si l’apprentissage est un vieux cheval de bataille des gouvernements, on constate que depuis 20 ans, le nombre total d’apprentis augmente grâce aux formations en apprentissage après le bac1. L’apprentissage en CAP et bac pro permet de maintenir une main-d’œuvre à faible coût (essentiellement subventionnée par l’État).

Deuxième objectif de cette réforme du lycée pro : diminuer les temps d’enseignements.

Car la baisse du temps de formation théorique fait baisser mécaniquement la valeur du diplôme et donc le coût de la main-d’œuvre à l’embauche. Là encore, le ministre ne renonce pas à un fort niveau de qualification et spécialisation. Il cherche à ce que cela ne soit pas corrélé à des connaissances suffisantes pour défendre collectivement ou individuellement la valeur de la force de travail contre le patronat.

Les réformes du lycée et des baccalauréats généraux et technologiques s’inscrivent quant à eux dans une rupture assumée entre, d’une part, l’ensemble école-collège (les savoirs fondamen-taux) et, d’autre part, l’ensemble lycée-licence (bac-3 / bac+3). Si l’orientation-sélection s’effec-tue dès l’année de seconde, ce n’est pas pour laisser plus de liberté aux élèves comme l’affirme Blanquer. Mais exactement le contraire : il s’agit de créer un délit d’initié, où l’emploi potentiel de chaque jeune est déterminé par les options et spécialités qu’il ou elle aura choisies à 14 ans.

Le baccalauréat n’est plus qu’une étape vers le bac+3, et il est donc logique qu’il soit un bac local (quasiment toutes les épreuves sont choisies par les professeurEs de l’établissement et passées au cours des années de première et terminale), dont la valeur n’est déterminée que par le nom et la ville du lycée (c’est à ce titre le seul élément distinctif présent dans ParcourSup, en dehors des notes et commentaires des enseignants).

Cela ne fait que renforcer ce qui existait déjà : un bac passé à Henri 4 à Paris n’a pas la même valeur qu’un bac passé en Seine-Saint-Denis ou dans les quartiers Nord de Marseille. Blanquer rend cet état de fait légal, en ajoutant l’individualisation des parcours. Le diplôme n’aura donc plus aucune valeur collective.

La sélection individuelle à l’entrée du supérieur (que ParcourSup a mise en place) apparaît alors comme une nécessité structurelle : plus aucun élève ne suit exactement les mêmes études, comment savoir si un jeune pourra suivre une formation supérieure ? Au-delà des études, il est alors cohérent que l’employeur ait un droit de regard sur le contenu de la formation individua-lisée pour déterminer le salaire de l’employéE.

Enfin, dernier étage de la fusée, l’augmentation des frais d’inscription à l’université. Pour l’instant cette réforme ne touche « que » les jeunes non-français, mais il paraît évident que cela se géné-ralisera à touTEs les étudiantEs dans les années à venir. Et comme le montrent les études sociologiques 2, une hausse des frais d’inscription implique un endettement qui « contribue à enfermer de manière précoce les choix scolaires […] et renforce considérablement la relation de subordination vis-à-vis de l’employeur. » Aux États-Unis, où les frais de scolarité ont augmenté de 1 225 % entre 1978 et 2012, 40 millions de salariéEs continuent de rembourser leurs prêts étudiants, dont 34% ont plus de 40 ans et 17% plus de 50 ans…

L’école comme vecteur de la philosophie néo-libérale

Il est erroné de résumer les réformes Blanquer à une série de réformes structurelles. Comme le souligne Barbara Stiegler3, « le néolibéralisme est bien plus qu’une théorie économique, ce à quoi on le réduit trop souvent. C’est bien plutôt une théorie politique complète » à visée hégémo-nique. Cette dernière n’est possible qu’en changeant le contenu et les formes de l’éducation pour obtenir une adhésion globale, ou à défaut une soumission de l’ensemble des acteurEs.

L’objectif des réformes actuelles4 est de « porter chacun au plus haut de son talent et de son mérite. » Il ne s’agit pas que développer des filières élitistes tout en dénonçant les « territoires perdus de la République »5 où il serait impossible d’enseigner. Au contraire, il est indispensable que chaque jeune se retrouve à l’école, dans un parcours qui lui est spécifique. Les élèves « décrocheurEs » pourront s’engager dans un service national universel6, « sur la base du volontariat, entre 16 et 25 ans ».

Il faut donc que l’école repère le(s) talent(s) dès le plus jeune âge.

C’est pourquoi le ministre insiste sur l’importance des neurosciences (comme outils de détection) et met en place des classes à petits effectifs au plus jeune âge (pour faciliter la détection des talents).

Dans le même temps, le ministère cherche à imposer une méthode unique « pour enseigner la lecture et l’écriture au CP », sous forme d’un petit livre orange destiné à touTEs les profes-seurEs des écoles. Comme le fait remarquer Dominque Bucheton7, « devant [la] diversité des modes de penser, de parler, de ressentir de chacun, quel scientifique sérieux, quel pédagogue responsable oserait affirmer, comme notre ministre,  qu’il n’existe qu’une seule et unique méthode pour apprendre à lire à tous les enfants, de France et d’outre-mer ? »

On retrouve ce qui semble être un paradoxe de la pensée néo-libérale.

Dans le même temps une injonction à la liberté individuelle et un État très directif, qui empêche l’expression de cette liberté. Mais cette contradiction n’est qu’apparente. On retrouve ici le sens profond de « l’égalité des chances ».

Le ministère prétend donner à chaque jeune les moyens « [d’] entrer dans le jeu réglé de la compétition aussi bien armé que les autres. »8 Une fois les talents détectés, « le sujet est plus qualitatif que quantitatif. […]

Quand on est professeur en 6e le sujet n’est pas de savoir si on a 26 ou 27 élèves mais si les élèves vont savoir lire, écrire compter et respecter autrui. »9 Le tri est fait, chacunE se retrou-vera dans une École adaptée à son mérite. Ça ressemble au Meilleurs des mondes d’Aldous Huxley10 : « Le secret du bonheur et de la vertu, aimer ce qu’on est obligé de faire. Tel est le but de tout conditionnement : faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper. »

Samedi 1 juin 2019, Raphaël Greggan

https://npa2009.org/

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Appel unitaire à la grève le 17 juin 2019

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