Archive | Economie

20 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

La doctrine « trop grandes pour être condamnées » ou comment les banques sont au-dessus des lois (Cadtm)

La doctrine « trop grandes pour être condamnées » ou comment les banques sont au-dessus des lois (Cadtm) dans Crise vampires

Dans une période caractérisée par le pouvoir économique et politique croissant du système financier au niveau mondial, l’utilisation de ressources publiques pour sauver des entités bancaires est devenue un lieu commun.

Que ce soit à Chypre, en Grèce, au Royaume-Uni ou aux États-Unis, les sauvetages bancaires d’institutions impliquées dans des affaires de corruption, de fraude et de spéculation sont, les uns après les autres, justifiés par le fait qu’elles sont trop grandes pour faire faillite (Too Big to Fail). Selon ce raisonnement, la banqueroute de grandes banques menace la stabilité financière et économique de leur pays de résidence, d’où l’utilisation nécessaire de l’argent public afin d’éviter une mise en faillite.

Rabâché inlassablement par tous les médias possibles, cet argument est malheureusement devenu un élément rebattu du discours politique dans une bonne partie du monde. Il n’est dès lors plus surprenant d’entendre un fonctionnaire public en Espagne, au Portugal ou en Irlande signaler qu’il n’y a pas d’alternative à l’application de coupes drastiques dans les dépenses publiques, ceci afin d’assurer la solvabilité et la stabilité des banques. Le comble, c’est que transférer de l’argent public aux banques ne suffit plus, il faut en outre protéger les banques et leurs dirigeants des conséquences légales et juridiques des activités illégales et criminelles menées par nombre d’entre eux. Aujourd’hui, les banques sont non seulement trop grandes pour faire faillite, mais aussi trop grandes pour être condamnées.

Le point clef de la nouvelle doctrine visant à offrir un blanc-seing aux banques, indépendamment des activités illégales dans lesquelles elles sont impliquées et des conséquences sociales de celles-ci, a été résumé par Eric Holder, procureur général des États-Unis. Interrogé au sein du Sénat étasunien sur la position de la Cour des Comptes quant à la condamnation des banques étasuniennes et de leurs dirigeants pour des actes de corruption et de fraude, Holder souligna que « ces institutions sont si grandes qu’il est difficile de les poursuivre en justice, et le faire montre qu’effectivement, si on les inculpe pour activités criminelles, cela peut avoir des répercussions négatives pour l’économie nationale, voire mondiale » |1|.

Les retombées de cette position sont claires. Le fait que les excès et la spéculation financière aient causé la pire crise économique du siècle dernier n’a aucune importance. Que de tels excès soient associés a une épidémie de fraudes |2|, à tous les niveaux d’opérations des entités financières, est insignifiant. Et ce n’est qu’un détail si, suite aux pratiques frauduleuses des banques, 495 000 personnes au moins aux États-Unis ont été expulsées illégalement de leurs logements |3| et les fonds de pensions des pays développés ont perdu près de 5400 milliards de dollars |4|. Le rôle des banques est apparemment si important et indispensable que leur fonctionnement transcende les requêtes légales et constitutionnelles des sociétés modernes. Dès lors, la justice détourne le regard des banques et des dirigeants responsables d’actes de corruption et de fraude pour leur éviter de passer ne serait-ce qu’un jour en prison. En fin de compte, on ne peut tout de même pas poursuivre en justice un dirigeant d’une institution bancaire qui « ne fait que le travail de Dieu » |5|, des mots de Lloyd Blankfein (CEO de Goldman Sachs).

Les arguments ci-dessus pourraient prêter à sourire si les conséquences de la doctrine « trop grandes pour être condamnées » n’étaient pas régulièrement visibles par le biais de plusieurs affaires judiciaires très médiatisées, ces derniers mois, des deux côtés de l’océan. Les affaires se suivent et la justice se borne à des amendes qui représentent bien souvent une maigre fraction des bénéfices issus d’activités illégales, sans qu’aucun dirigeant ne soit inquiété. Trois exemples suffisent pour témoigner de l’absurdité de la situation actuelle : le jugement sur les expulsions illégales de logement (« foreclosures ») aux États-Unis, HSBC épinglée pour blanchiment d’argent des cartels de la drogue également aux États-Unis, et l’affaire sur la manipulation du taux LIBOR au Royaume-Uni. 20 septembre par Daniel Munevar

Lire la suite: http://cadtm.org/La-doctrine-trop-grandes-pour-etre

Lire la suite

19 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

«La violence des riches» (Al’e)

«La violence des riches» (Al'e) dans Crise tumblr_mhrdeyrMPh1rph0vbo1_500

Les plans sociaux se succèdent, en France, à un rythme toujours plus soutenu.

Comme une sombre fatalité que nous finissons par admettre, le chômage augmente et se traduit dans l’abstraction de chiffres et de statistiques qui semblent nous immuniser contre la réalité dramatique qu’ils reflètent de loin.  La finance mondialisée nous apparaît comme un univers d’une inextricable complexité.  Tout en sachant que certains en tirent de fabuleux bénéfices, l’opacité et l’apparente autonomie du système décourage notre pouvoir d’indignation et de révolte.

Nous sommes d’autant plus mûrs pour la servitude volontaire et le renoncement que l’adversaire, celui qu’on pouvait facilement identifier comme l’exploiteur, le profiteur, le spéculateur, semble s’être volatilisé derrière une ingénierie tentaculaire et incontrôlable qu’on désigne comme la mondialisation économique…

Deux sociologues des riches, observateurs aigus et sereins des grands bourgeois, de leur mode de vie et de reproduction sociale mettent ici leur connaissance de ce petit monde très interconnecté au service d’une entreprise de déniaisement. Ils élargissent leur focale pour faire apparaître sous un même regard les riches et ceux qui subissent les conséquences de leur appât du gain.  Bref ils montrent la nature et l’étendue de la violence des riches. Violence symbolique mais aussi terriblement concrète, lorsqu’elle se traduit par des vies brisées, amputées de tout projet d’avenir, des régions sinistrées, une jeunesse livrée à elle-même sans la moindre perspective.

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot montrent que cette «violence de classe» a ses agents, ses stratégies et ses lieux. Ils alternent dans leur livre les enquêtes, les portraits et les analyses de données chiffrées. Avec eux nous passons d’une étonnante séance de projection d’un film sur la casse industrielle dans la vallée de la Meuse.  Du grand auditorium du Medef, avenue Bosquet, à Aulnay-sous-Bois dans le bus qui mène les ouvriers à l’usine PSA.  Ces salariés ont vécu des mois sous la pression d’une rumeur de fermeture alimentée par l’existence d’une note interne révélée par la CGT, une annonce volontairement retardée pour cause de période électorale. Après la divulgation de cette note, la direction n’a pas démenti, laissant les salariés à leur angoisse, un bon moyen de paralyser l’action et la résistance…

On ne sait ce qui, des délocalisations programmées, de la considérable plus-value foncière espérée sur le site dans le cadre de la réalisation du Grand Paris ou de la réputation sulfureuse des ouvriers d’Aulnay a déterminé ce choix, pour réduire les effectifs de PSA mais le résultat est là. Au total 11200 emplois seront supprimés dans le groupe, dont 3000 à Aulnay.  Une entreprise qui a bénéficié des largesses de l’Etat et qui a versé de substantiels dividendes à ses actionnaires. D’ailleurs, les auteurs rappellent que les dividendes dans les bénéfices distribués sont en augmentation constante, passant de 3% en 1982 à 12% aujourd’hui. Ce n’est pas la crise pour tout le monde.

Tout ça est connu, en quoi le livre des Pinçon-Charlot apporte-t-il un éclairage nouveau ? C’est la question de la violence exer- cée par cette situation qui rend subitement très concrets les abus qui en sont la cause et leurs conséquences sur les gens. Les sociologues sont parvenus à une connaissance précise et lucide des mécanismes de la domination.  Ils permettent de renverser la perspective.

Par exemple sur la criminalisation de la contestation sociale, ils rappellent que les journalistes libéraux ne mentionnent jamais la violence des riches et que la loi d’amnistie des faits commis lors des mouvements sociaux ou d’activité syndicale promise par le candidat Hollande est toujours à l’état de projet et que le président s’est finalement déclaré opposé à une telle loi, même si 80 députés socialistes ont manifesté leur soutien au projet.

De même sur la fraude à la Sécurité sociale, montée en épingle par l’ancien président en son temps. Celle du salarié qui prend quelques jours d’arrêt maladie de complaisance ne représente que 1% des fraudes sociales, alors que 80% est imputable aux employeurs qui ont recours au travail dissimulé. La fraude fiscale est également une forme de violence faite à ceux qui manquent ainsi leur part de la redistribution.

«Cet escamotage des fortunes – ajoutent les auteurs – sert d’arme aux membres de l’oligarchie pour exiger des peuples qu’ils remboursent les déficits et les dettes dus à la spéculation financière débridée et mondialisée». Et ils concluent en retournant à ceux qui taxent indistinctement de «populisme» toute opposition aux politiques qui aggravent la misère sociale en faisant grossir les grandes fortunes qu’il est temps de faire à nouveaux frais la critique du «bourgeoisisme».  Publié par Alencontre le 19 – septembre – 2013 Par Jacques Munier

http://alencontre.org/europe/france/la-violence-des-riches.html

Lire la suite

17 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Gestion de l’eau : Berlin ne veut plus de Veolia (Bastamag)

Gestion de l’eau : Berlin ne veut plus de Veolia (Bastamag) dans Economie 12+01+13+Aggl%27eau+008

Véolia quitte Berlin. Le géant français de l’eau a annoncé publiquement avoir trouvé un terrain d’entente avec les autorités berlinoises pour leur revendre ses parts dans le service de l’eau de la capitale allemande, Berlinwasser. L’entreprise présente ce retrait comme un « plan d’économies » du groupe pour éponger sa dette, une version relayée par la presse française. Derrière le rideau de la communication, l’histoire est tout autre. C’est plutôt par dépit que Veolia quitte la capitale allemande, poussée vers la sortie par ses habitants. Comme à Paris, il s’agit en fait d’une remunicipalisation du service de l’eau, obtenue de haute lutte par les citoyens berlinois.

Le contrat avec Veolia a été signé en 1999. Il représente alors le plus important partenariat public privé (PPP) de l’histoire, en Allemagne. Veolia s’est associée à l’entreprise énergétique allemande RWE et, au départ, à l’assureur Allianz. La teneur du contrat est initialement maintenue secrète, sans doute parce que ses clauses offraient des conditions particulièrement favorables aux partenaires privés en termes de profits garantis.

Référendum populaire contre Veolia Face à l’augmentation des prix de l’eau, les citoyens berlinois organisent un référendum populaire en 2011 (une possibilité prévue par la constitution berlinoise), malgré l’opposition acharnée des gouvernants de la ville. 660 000 Berlinois, soit plus d’un quart de l’électorat, prennent part au vote. Et se prononcent massivement pour la divulgation des contrats et le retour sous régie publique. La Commission européenne et la Commission allemande de la concurrence s’en mêlent également. Cette dernière estime que le contrat signé avec Veolia viole la loi allemande, et impose une baisse de 18% du prix de l’eau !

La ville-État de Berlin – aujourd’hui à nouveau gouvernée par une « grande coalition » entre sociaux-démocrates et conservateurs – cède finalement à la pression. Et décide de remunicipaliser le service, à l’image de la capitale française et de nombreuses villes européennes. C’est RWE qui fait le premier pas, en 2012, en revendant ses 25% de parts dans le service de l’eau berlinois, malgré les pressions et recours judiciaire de Veolia. L’entreprise française va finalement vendre à son tour sa participation restante (25%) dans Berlin-wasser pour 590 millions d’euros. A cela s’ajoutent 54 millions supplémentaires liés à des opérations financières diverses. Le groupe omet de préciser qu’il s’est battu bec et ongle contre la remunicipalisation.

Après l’eau, l’électricité ? Porte-parole des opposants à la privatisation, la « Table-ronde berlinoise de l’eau » (Berliner Wassertisch) s’est félicitée du départ définitif de Veolia, mais estime que la somme consentie à la firme française est trop importante [1]. Les militants craignent que le coût de la cession ne pèse sur la gestion du service pendant de nombreuses années. Cela empêcherait notamment une future baisse du prix de l’eau, ce qui s’est produit à Paris suite au passage en régie sous l’égide d’Eau de Paris. Les partisans du service public estiment que Veolia et RWE ont déjà engrangé suffisamment de profits, depuis 1999, grâce à la hausse des prix et à la réduction drastique des effectifs, des travaux de maintenance et des investissements effectués.

L’Allemagne connait depuis quelques années un vigoureux mouvement de remunicipalisation des services publics. Le 3 novembre prochain, les Berlinois se prononceront dans le cadre d’un nouveau référendum populaire sur le retour en régie publique de leur réseau de distribution d’électricité. La « Table-ronde berlinoise de l’eau » ne compte d’ailleurs pas en rester là. « Maintenant, nous devons contrôler et pousser vers l’avant nos politiciens », déclare Dorothea Härlin, membre fondatrice de la Table-ronde. « Nous devons les empêcher de poursuivre la gestion de l’eau orientée vers les profits qui a si longtemps prévalu ici. C’est pourquoi la Table berlinoise de l’eau a déjà publié l’ébauche d’une Charte berlinoise de l’eau comme instrument participatif de démocratie directe, en vue d’une gestion démocratique, transparente, écologique et sociale de l’eau à Berlin. »  Par Olivier Petitjean (17 septembre 2013), avec l’Observatoire des multinationales

Notes [1Lire ici (en allemand).

Cet article vous a intéressé ? Basta ! a besoin de ses lecteurs
pour poursuivre son travail, faites un don.

http://www.bastamag.net/article3262.html

Lire la suite

17 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Pas touche aux barrages (Jdd)

Pas touche aux barrages (Jdd) dans Economie rich-poor-283x300

L’ouverture à la concurrence des concessions hydrauliques détenues par EDF divise le gouvernement et les députés de gauche.

Le feuilleton dure depuis trois ans. Mardi, la députée PS de l’Isère Marie-Noëlle Battistel rendra un rapport très attendu sur l’ouverture à la concurrence des barrages. Rarement un travail parlementaire a été aussi sensible et secret.

Vraie mine d’ »or bleu », les 400 concessions hydrauliques, détenues à 80% par EDF, produisent l’équivalent de 27 réacteurs nucléaires pour un prix pratiquement deux fois moins élevé : 25 à 30 euros le mégawattheure contre 42 euros dans le nucléaire. Avec François Brottes, autre élu PS de l’Isère, qui a évoqué le sujet avec François Hollande, elle tente de déjouer l’injonction de Bruxelles d’ouvrir ce marché très convoité à la concurrence. Mais les ministres de l’Économie (Moscovici), du Budget (Cazeneuve) et de l’Écologie (Martin) viennent de trancher en faveur de l’ouverture. Les appels d’offres doivent débuter au premier semestre 2014.

Mardi, à trois jours de la conférence environnementale, le rapport de Marie-Noëlle Battistel devrait marquer une vraie fracture entre les députés et le gouvernement. Au ministère de l’Écologie, on ne s’attend pas « à ce que les députés changent d’avis ». Plusieurs sources indus-trielles pensent savoir que le rapport proposera, parmi les critères d’attribution, que le concessionnaire soit tenu de vendre l’électricité aux particuliers français. Une manière d’exclure les étrangers et de favoriser les nationaux EDF, GDF Suez et le « petit » Direct Énergie. Le gouver-nement pourrait aussi être tenté de réclamer une redevance élevée pour décourager les concurrents mus par l’envie de faire un « coup financier ». M.P. – Le Journal du Dimanche dimanche 15 septembre 2013

http://www.lejdd.fr/Economie/Pas-touche-aux-barrages-628997

Lire la suite

14 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Des pauvres plus pauvres, des riches plus riches (AE)

Des pauvres plus pauvres, des riches plus riches (AE) dans Austérité taxe_pauvres

Les nouvelles sur le front de la pauvreté en France ne sont pas bonnes.

L’Insee, en publiant les résultats de son enquête sur les revenus des ménages en 2011, confirme ce que les organismes de terrain pressen-taient : le nombre (8,7 millions) et le taux (14,3 %) de personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté a augmenté en 2011 pour la troisième année consécutive. Entre 2008 et 2011, le nombre de personnes en situation de pauvreté a progressé de 900 000, dont 200 000 entre 2010 et 2011[1]. Quant au taux de pauvreté, il a progressé de 1,3 point depuis 2008, et de 0,3 point entre 2010 et 2011, un ralentissement que l’Insee souligne, mais qui n’est qu’une médiocre consolation. Conséquence de la crise, bien sûr. Mais elle n’est pas la seule raison de cette paupérisation croissante.

En effet, entre 2008 et 2011, le niveau de vie médian (celui tel que moitié de la population concernée dispose de plus et moitié de moins) du vingtième le plus aisé de la population a progressé de 3,3 %,tandis que celui du dixième le moins favorisé a diminué de 1,8 % : malgré la crise les premiers ont vu leur niveau de vie augmenter de 200 € par mois, les seconds l’ont vu diminuer de 15 € . Encore ces chiffres sous- estiment-ils légèrement la réalité, car la hausse des prix frappe davantage les ménages les plus pauvres en raison de la hausse rapide des loyers et de la part plus importante de l’alimentation dans leur budget.

Toujours est-il que l’affirmation selon laquelle « les pauvres deviennent plus pauvres et les riches plus riches », infondée jusqu’en 2008 en France, est devenue une réalité. Ce n’est donc pas seulement la crise qu’il convient d’incriminer, mais aussi la répartition des revenus.

Autre observation qu’il vaut la peine de souligner : parmi les adultes d’âge actif (18-60 ans) en situation de pauvreté, la grande majorité travaillent (2 millions) ou sont au chômage (1million), et seuls 1,4 million (étudiants non compris) sont inactifs. La progression de travailleurs pauvres est continue depuis 2005, et ce sont ainsi 200 000 travailleurs supplémentaires qui, depuis cette date, sont tombée en-dessous du seuil de pauvreté. Ceux qui parlent d’« assistanat » pour dénoncer l’aide sociale savent-ils seulement que les pauvres d’âge actif sont des travailleurs en emploi dans près d’un cas sur deux ? Quant aux enfants et jeunes de 15 ans ou moins, 300 000 d’entre eux sont venus grossir les chiffres de la pauvreté depuis la même date.

Enfin, dernière observation, parmi les pauvres, ce sont les plus pauvres dont le nombre augmente le plus. En effet, l’Insee mesure deux seuils de pauvreté : le premier, le plus usité, est égal à 60 % du niveau de vie médian (soit 977 euros, ce qui correspond à environ le double du RSA « socle » actuel), le second étant égal à 50 % du niveau de vie médian (soit 790 euros, à peu près l’équivalent du minimum vieillesse actuel). Or, si le nombre de personnes en-dessous du seuil de 60 % a augmenté de 200 000, neuf dixièmes de cette progression résultent de l’augmentation du nombre de personnes en-dessous du seuil de 50 %. Un constat inquiétant, car il signifie que ceux qui tombent dans la trappe à pauvreté voient leur sort se dégrader profondément. Denis Clerc – Alternatives économiques - 13 Septembre 2013


[1] L’Insee ayant utilisé pour déterminer les revenus du patrimoine une enquête de 2010, cette nouvelle enquête l’a amené à revoir à la hausse les chiffres de la pauvreté en 2010. En revanche, les chiffres des années antérieures s’appuient sur une enquête « patrimoine » de 2004, si bien qu’ils ne sont pas tout à fait comparables.

http://alternatives-economiques.fr/blogs/clerc/2013/09/13/des-pauvres-plus-pauvres-des-riches-plus-riches/

Lire la suite

13 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

“La mixité sociale à Paris est une notion hypocrite” (Les Inrocks)

“La mixité sociale à Paris est une notion hypocrite” (Les Inrocks) dans Crise idees_noires

Des appartements réhabilités à Bastille ou Belleville, des parcs, des terrasses et une flopée d’équipements culturels dans les quartiers populaires : la ville de Paris connaît depuis 20 ans une embellie urbaine, à l’instar de New York ou Londres. Mais alors qu’on vante les bienfaits économiques et écologiques de cette “gentrification”, on passe sous silence le nouveau rapport de force entre ceux qui ont les moyens d’acheter et ceux qui sont chassés des quartiers populaires de plus en plus chers. Dans son livre “Paris sans le peuple”, la géographe Anne Clerval revient sur les dessous de la gentrification. Rencontre.

C’est quoi la gentrification ?

Anne Clerval - C’est une forme d’embourgeoisement qui concerne les quartiers populaires : le remplacement de la population d’origine s’accompagne d’une transformation matérielle du quartier (habitat, commerces, espace public). Le processus se remarque depuis une vingtaine d’années dans le Nord-Est parisien, où les ouvriers ont laissé la place à la petite bourgeoisie intellectuelle – des cadres aux ingénieurs, en passant par les intellectuels précaires.

Comment est-ce arrivé ?

C’est le résultat de plusieurs facteurs structurels : d’abord la désindustrialisation de Paris et la concentration d’emplois du secteur tertiaire, mais aussi la levée de l’encadrement des loyers dans les années 1980, qui a relancé la spéculation immobilière. Avec l’abandon des politiques publiques de rénovation (démolition-reconstruction d’îlots entiers), on réhabilite l’habitat ancien populaire pour en faire des lofts ou des appartements confortables. Tout cela contribue à la hausse des loyers et repousse les classes populaires en périphérie. En 1982, les classes populaires représentaient 42 % des Parisiens ; en 2008, elles n’en représentent plus que 27 % (contre 47 % en moyenne en France).

Qui sont les gentrifieurs et comment changent-ils le quartier ?

Les gentrifieurs sont par exemple des artistes attirés par les locaux bon marché, ou des ménages de la petite bourgeoisie intellectuelle qui achètent et réhabilitent des logements dans les quartiers les moins chers de Paris. Des commerçants lancent des cafés “branchés” comme dans la rue Oberkampf (XIe) à la fin des années 1990 ; ou alors ils reprennent des lieux nocturnes emblématiques du quartier, comme Chez Moune, un bar lesbien des années 1930, et la salle de concert le Bus Palladium à Pigalle (IXe). Ils attirent une nouvelle clientèle. Quelques promoteurs immobiliers font des opérations lucratives, par exemple en rachetant d’anciennes grandes cours artisanales des faubourgs. Enfin, les pouvoirs publics jouent un rôle en soutenant la réhabilitation ou en améliorant l’espace public. Plus le quartier se modernise, plus le mètre carré devient cher. Et c’est le problème : la gentrification est cumulative. Les nouveaux habitants qui s’installent sont de plus en plus riches. Dans le faubourg Saint-Antoine (XIe) par exemple, les artistes et les intellectuels précaires sont remplacés par des cadres supérieurs et des professions libérales. L’éviction dépasse les classes populaires pour toucher la frange précaire de la petite bourgeoisie intellectuelle.

Peut-on dire alors que la gentrification est conservatrice ?

Difficile à dire parce qu’il n’y a pas d’intention claire dans ce processus. Mais on réduit souvent la gentrification à l’amélioration de l’habitat ancien en oubliant ses conséquences sociales négatives. La gentrification découle d’une représentation de la ville assez naïve : par exemple, on prétend conserver le caractère populaire du quartier Sainte-Marthe (Xe) en le réhabilitant, mais ça se limite à la forme urbaine car les classes populaires s’en vont. Les jeunes qui jouaient au foot sur la place ont été chassés par les terrasses de café : un usage gratuit de l’espace public est remplacé par un usage marchand, excluant les plus pauvres. La substance populaire de ces quartiers (qui réside avant tout dans ses habitants) est détruite par la gentrification, et les cultures populaires sont récupérées par la petite bourgeoisie intellectuelle. Par exemple, la mairie dit défendre la mémoire ouvrière en réhabilitant la Maison des Métallos (XIe), mais il n’y a pas vraiment de place pour les habitants du quartier dans la nouvelle institution. Les cultures populaires, jadis révolutionnaires et menaçantes pour l’ordre social, deviennent des objets de folklore et de consommation culturelle.

Pour vous, la gentrification n’est pas un phénomène “positif”.

Tout dépend depuis quel point de vue on se place. On ne peut pas parler de gentrification sans aborder les enjeux sociaux et politiques que cela soulève. La gentrification rapporte de l’argent, mais à qui ? Et au détriment de qui ? On est au cœur d’enjeux sociaux conflictuels, notamment pour l’appropriation de l’espace central. Pour les classes populaires, le plus souvent, cela signifie un logement plus cher à Paris, ou beaucoup plus lointain, des temps des transports qui augmentent, la perte de la proximité du centre, donc une dégradation des conditions de vie qui s’ajoute à leur paupérisation par ailleurs.

Mais est-ce qu’il existe un mouvement de résistance à la gentrification ?

Oui, il en existe aux Etats-Unis ou à Berlin par exemple. À Paris, ces mouvements sont encore balbutiants. En fait, la résistance à Paris se fait par l’inertie grâce, notamment, aux immigrés qui tiennent une place importante parmi les dernières classes populaires de Paris. Par exemple, les immigrés chinois achètent des biens qu’ils louent à leur compatriotes, et assurent ainsi leur présence dans le quartier. Il y a aussi une résistance liée à des habitudes de consommation : les commerces africains de la Goutte d’Or (XVIIIe) contribuent à animer la rue et à maintenir une fréquentation populaire. Ce sont les derniers freins à la gentrification à Paris. La mairie actuelle cherche d’ailleurs à limiter leur emprise, sous la pression de certains gentrifieurs. De façon symptomatique, dans un quartier où la présence musulmane est notable, l’un des premiers commerces qu’implante la mairie à la Goutte d’Or, est un marchand de vin.

Pourtant la gentrification contribue à la “mixité sociale” que prônent les pouvoirs publics, non ?

La mixité sociale est une notion fourre-tout, hypocrite, qui masque les vrais enjeux. Ça ne veut pas dire la même chose de faire venir des riches chez les pauvres, que des pauvres chez les riches. Donc en apparence, la gentrification favorise la mixité sociale dans les quartiers populaires, mais en fait, à terme, elle la détruit. On peut aussi s’interroger sur l’omniprésence de la mixité sociale dans les discours politiques alors que le contexte socio-économique est plus en plus inégalitaire : il y a un écart problématique entre des politiques nationales qui accroissent les inégalités sociales, et ce vœu pieu de faire vivre ensemble les riches et les pauvres. Pour le bénéfice de qui ?

Propos recueillis par  le 12 septembre 2013 à 10h25

Paris sans le peuple : la gentrification de la capitale, d’Anne Clerval éd. La Découverte, 2013

http://www.lesinrocks.com/2013/09/12/actualite/mixite-sociale-notion-hypocrite-11425449/

 

Lire la suite

06 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

A voir, questions pour un shampoing (Arte)

A voir, questions pour un shampoing (Arte) dans Crise dukercy-le-superpatriote-d-serteura

«Les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée», déclarait, en 1937, Henry Morgenthau, ministre des Finances de Theodore Roosevelt. Et il y a fort à parier que les dirigeants de Palmolive, une société du Missouri, et ceux de Colgate, qui produisait alors des chandelles, ont applaudi des deux mains cette forte phrase, en se demandant tout de même comment adoucir le prix à payer. Soixante-huit ans plus tard, la SARL Colgate-Palmolive Europe a réglé la question.

Avant 2005, le siège social de l’entreprise était en France, parfaitement identifié, comme ses sites de production – notamment celui de Compiègne, le plus important –, regroupés autour d’une société qui s’acquittait normalement de ses impôts et taxes. En 2005, la multinationale procède à une restructuration complète, baptisée «Optima», comme on sort un joker de sa manche. Le siège social s’installe en Suisse, et les usines françaises deviennent prestataires de services. L’intérêt? Le documentaire de Xavier Harel nous l’explique. Et il le fait à la manière de «L’évasion fiscale pour les Nuls», avec animations et graphiques, ce qui rend le propos à la fois ludique, pédagogique, passionnant et accablant.

En France donc, le géant de la pâte dentifrice était imposé à 33% sur ses bénéfices, qui se chiffrent en centaines de millions de dollars. Le fait d’expatrier son siège au pays béni du 6% de taxes change la donne. Voici l’histoire d’un flacon de shampoing.

Avant, l’usine de Compiègne achetait les ingrédients pour fabriquer le flacon. Le produit sortait ensuite de la chaîne, pour être distribué dans les magasins. Et Bercy percevait sa dîme. Aujourd’hui, c’est le siège suisse de Colgate qui commande les matières premières et les confie à l’usine de Compiègne. Une fois fabriqué, le flacon est récupéré par Genève, qui l’écoule dans les points de vente habituels. Evi- demment, ni la matière brute ni le flacon ne voyagent entre la France et la Suisse. Ces mouvements n’existent que sur le papier. Le même consommateur achète le même shampoing dans la même supérette, mais le tour de passe-passe fait que l’essentiel des marges réalisées par la multinationale file désormais en Suisse. Le triple effet Colgate? Fin de l’impôt sur les bénéfices en France. Fin de l’intéressement versé aux salariés de Compiègne. Et davantage d’impôt pour ce même salarié, puisqu’il paie, en bon contribuable, pour les routes que Colgate utilise désormais gratuitement.

De Gillette à Ralph Lauren en passant par UBS, des centaines d’entreprises ont choisi cette stratégie industrielle et financière, tandis que d’autres, comme Google ou Amazon UK, préfèrent l’opacité du paradis fiscal ou la résidence fictive. Aux îles Caïmans, voici un immeuble désert de quatre étages qui regroupe les sièges sociaux de 18’000 entreprises. Dans l’Etat américain du Delaware, petite Suisse yankee, ce bâtiment de briques abrite 285’000 sociétés aux dirigeants parfaitement anonymes. Selon certains économistes, de 10 à 15% de la richesse mondiale sont ainsi dissimulés dans les royaux offshore. Entre 21’000 et 31’000 milliards de dollars. En fait, les deux tiers de la dette mondiale seraient secrètement détenus par 0,1% des individus composant la «société civilisée»

Publié par Alencontre le 6 – septembre – 2013 Par Sorj Chalandon

http://www.arte.tv/guide/fr/047158-000/evasion-fiscale

Article publié dans Le Canard enchaîné en date du 4 septembre 2013. «Evasion fiscale. Le hold-up du siècle», documentaire de Xavier Harel, le 10 septembre sur Arte, à 20h50.

http://alencontre.org/europe/france/a-voir-evasion-fiscale-le-hold-up-du-siecle.html

Lire la suite

19 août 2013 ~ 0 Commentaire

Le bobard de la reprise

Le bobard de la reprise dans Crise reprise

A peu près simultanément, ont été publiés en France et au niveau européen des chiffres témoignant d’un arrêt du recul de la production.

En France, le PIB (produit intérieur brut) a augmenté de 0, 5% au 2ème trimestre 2013. Pour l’ensemble de la zone Euro, le PIB a progressé de 0, 3% durant la même période. Immédiatement, gouvernement français et Commission européenne ont multiplié les déclarations triom- phalistes. Jean-Marc Ayrault y a vu ainsi «un facteur de mobilisation et d’optimisme», avant de conclure : «Nous sommes sur la bonne voie et nous devons garder notre cap».

Une fois de plus, les dirigeants peignent en rose la réalité. La hausse du PIB français renvoie à deux facteurs : la consommation et les stocks. La hausse de la consommation s’explique pour une part par un printemps plus froid que d’habitude, d’où une augmentation des dépenses de chauffage. Certes, les achats d’automobile progressent un peu mais ils s’étaient effondrés antérieurement. La hausse des stocks (40% du rebond du 2ème trimestre) peut avoir diverses explications et n’annonce pas forcément que les entreprises anticipent une reprise de la demande. Dans le même sens, le journal économique anglais « Financial Times » dans son numéro du 15 août, note que la performance de l’ensemble de la zone Euro ce 2ème trimestre s’explique largement par des phénomènes « à un seul coup » : par exemple, en Allemagne, la forte reprise de la construction vient après un hiver très rude qui avait interrompu des chantiers. En France, l’investissement des entreprises continue à baisser, même si c’est moins fortement qu’antérieurement. Par ailleurs, l’emploi continue de se détériorer : au 2ème trimestre, 28 000 emplois ont été détruits dans le secteur marchand (contre 8300 au premier).

De la récession à la stagnation Sur l’ensemble de l’année 2013, même si la récession touche vraiment à sa fin, la croissance sera quasi nulle et le chômage va continuer à monter. En fait, la France va passer de la récession à la stagnation. Il en sera de même pour l’ensemble de la zone Euro. D’ailleurs, un mieux en termes de croissance ne signifierait pas la fin de la crise. Après la récession de 2009, il y a eu un redémarrage limité en 2010-2011, puis cela a replongé.

Aucune des causes profondes de la crise économique n’est résolue. Le taux de marge des entreprises françaises, qui a baissé depuis 2008, ne se redresse pas. D’un point de vue capitaliste, les conditions d’une reprise durable de l’accumulation ne sont pas réunies. De nou- veaux soubresauts des économies européennes peuvent résulter soit de la défaillance d’une banque, soit de la chute d’un gouvernement confronté au mécontentement populaire.

Il y a deux mois, les économistes officiels étaient d’humeur morose, aujourd’hui ils reprennent des couleurs. En fait les irrégularités de la croissance sont une chose normale dans une économie capitaliste, surtout quand elle est en crise. La hausse des taux de profit est le programme commun des dirigeants français et européens.

Il s’agit en fait de perpétuer pour l’essentiel le modèle de croissance néolibéral antérieur à 2007 pour le plus grand avantage des privilégiés.

Le Rapport sur le travail dans le monde publié en juin 2013 par le Bureau international du travail souligne l’accroissement des inégalités de revenus. Il montre aussi que, dans la plupart des pays, le chômage progresse tandis que se détériore la qualité des emplois, de plus en plus instables, de plus en plus précaires. Dans ce contexte, une croissance à 0, 5 % sur un trimestre ne change bien évidemment rien d’essentiel du point de vue des travailleurs et des chômeurs. Vendredi 16 août 2013 Henri Wilno

http://npa2009.org/node/38492

Lire la suite

15 août 2013 ~ 0 Commentaire

Gouvernement et FMI sur la même longueur d’onde: encore plus d’austérité au programme (LO)

Gouvernement et FMI sur la même longueur d'onde: encore plus d'austérité au programme (LO)   dans Austérité 63417373_p

Dans un rapport sur la France rendu public le 5 août dernier, le Fonds monétaire international (FMI), saluant les efforts du gouvernement français pour réduire son déficit budgétaire, lui recommandait de « ralentir le rythme de l’ajus-tement », ce que la presse, dans son ensemble, a présenté comme une invitation du FMI à alléger les mesures de rigueur.

Pour « soutenir la reprise hésitante », le FMI recommande au gouvernement français de lever le pied sur les hausses des prélèvements obligatoires (en particulier des cotisations sociales, dont la réduction « rehausserait la compétitivité des entreprises »). Mais c’est pour lui conseiller de « mettre davantage à contribution la limitation des dépenses, notamment dans le domaine de la Sécurité sociale et celui des dépenses locales, où il existe une certaine marge pour réaliser des gains d’efficacité » et pour l’appeler à réformer les retraites mais, précise le rapport, « sans relever les cotisations », c’est-à-dire sans mettre le patronat à contribution.

Le FMI salue les « réformes structurelles » engagées par le gouvernement français en matière de flexibilisation du marché du travail (allusion à l’accord signé en janvier dernier par le Medef, la CFDT, la CFE-CGC et CFTC, qui facilite les licenciements) et de com- pétitivité des entreprises (allusion au cadeau annuel de 20 milliards d’euros aux entreprises sous forme de crédit d’impôt). Il l’invite même à aller plus loin et plus vite dans cette voie, pour lever les « rigidités structurelles » qui « entravent le potentiel de croissance de la France », comme par exemple le niveau du smic, trop élevé, qui « reste un obstacle à l’emploi non qualifié ».

Autant de mesures qui visent à faire porter tout le poids de « l’ajustement » sur les travailleurs, les chômeurs, les retraités, mais qui évitent soigneusement les capitalistes, industriels et financiers, et qui, en fait de croissance, ne favorisent que celle des profits et des dividendes. Commentant le 6 août ce rapport, Pierre Moscovici, ministre de l’Économie et des Finances, a relevé « une grande convergence de vues » avec le FMI.

Cela n’est pas surprenant, et n’augure évidemment rien de bon pour les travailleurs. Sous prétexte de relancer la croissance, le programme du FMI n’est pas moins mais plus d’austérité pour les populations laborieuses et, au bout du compte, comme en Grèce, en Espagne, au Portugal, à la fois la catastrophe sociale et la catastrophe économique. En fait de « rigidités structurelles », ce n’est ni le niveau du smic, ni celui des pensions de retraite, ni le code du travail, ni le nombre de fonctionnaires qui « entravent le potentiel de croissance » de la société et la plongent dans la crise, mais bien le capitalisme et son fonctionnement aberrant.

Jean-Jacques LAMY http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2350&id=7

Lire la suite

08 août 2013 ~ 0 Commentaire

Approfondissement des inégalités (2)

Approfondissement des inégalités (2) dans Austérité classwarfare
Dans les pays développés, la remise en cause des garanties collectives tend à ramener le rapport salarié-patron à un rapport individuel tandis que les emplois sont ajustés à tous les aléas de l’entreprise, même si celle-ci fait des bénéfices.

En Chine, la couche des salariés qui bénéficiaient du « bol de fer » (garantie de l’emploi et de droits sociaux) a quasiment disparu. Dans un certain nombre de pays du tiers monde, les acquis limités sont passés à la moulinette des prescriptions du FMI et de la Banque mondiale. Le chômage de masse permet de peser sur les revendications de ceux qui ont un emploi, et les jeunes en sont particulièrement victimes. La tendance à faire de la santé et de l’éducation des marchandises est prégnante. Les études de l’OCDE (organisme qui réunit les principaux pays capitalistes) montrent que les inégalités progressent dans les pays qui en sont membres depuis les années 80. Avant la crise, le revenu moyen des 10 % les plus riches représentait environ neuf fois celui des 10 % les plus pauvres. Cet écart était de 8 dans les années 90, et de 7 dans les années 80. Lors des trois premières années de la crise, entre 2007 et 2010, cet écart est passé de 9 à 9, 5…
On constate un enrichissement encore plus grand de ceux qui se situent au sommet : aux États-Unis par exemple, la part des revenus des ménages des 1 % les plus riches a plus que doublé, passant de près de 8 % en 1979 à 18 % en 2007. Aux États-Unis et ailleurs, il est de plus en plus clair que les dirigeants n’agissent que dans l’intérêt de ces « 1 % », pour reprendre la formule d’Occupy Wall Street. D’autant qu’éclatent un peu partout des affaires mettant en cause les liaisons incestueuses des hommes de pouvoir et du capital.

Aggravation de la crise La crise du système montre que « le roi est nu ». Depuis les années 80, les politiques économiques sont structurées autour la formule du chancelier social-démocrate allemand Helmut Schmidt : « Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain ». Les profits, les capitalistes les ont engrangés des années 80 au début des années 2000. Mais ils se sont traduits par un développement exacerbé du capital fictif et de la finance, tandis que le chômage de masse devenait une donnée permanente. Cela a débouché sur la crise actuelle, initiée aux États-Unis en 2007-2008, la plus profonde depuis les années 30. Elle prend des formes différentes selon les continents avec, pour l’instant, une gravité particulière en Europe.
Malgré leurs divergences, les gouvernements de droite et de gauche sont d’accord sur des politiques visant à faire payer la crise aux dominés. Ils ont aussi appris à gérer les crises, tout au moins à éviter ou retarder les dynamiques d’effondrement du type de celle de 1929. En 2008 et depuis, ils ont ainsi ouvert largement les vannes monétaires pour soutenir les banques. Le gouvernement chinois a mis en œuvre, pour sa part, des plans massifs pour éviter un trop fort ralentissement de la croissance. Ces gouvernements ont aussi refusé les replis protectionnistes et accentué les négociations internationales pour élargir encore la liberté de mouvement des capitaux et des marchandises (comme en témoigne le début des négociations sur l’accord de libre-échange entre l’Europe et les États-Unis).

La vieille taupe continue de creuser… Mais, telle la vieille taupe dont parlait Marx à propos de la révolution, la crise continue de creuser ses galeries souterraines fragilisant le sol sur lequel dansent les capitalistes. Ainsi, autrefois épicentre de l’industrie automobile américaine, la mise en faillite de la ville de Detroit pourrait ne pas être sans incidence pour certaines banques européennes. Selon le Wall Street Journal, ces banques détiendraient pas moins d’un milliard de dollars en certificats de participation, des actifs qui pourraient perdre toute valeur…
Les puissants s’acharnent à rendre ce monde à la fois incompréhensibles aux dominés et à le présenter comme inévitable. Il n’est en effet pas simple de mettre en correspondance les différentes facettes de la réalité, que l’on songe par exemple à l’écart grandissant entre terrain et lieux de prise de décision auxquelles sont souvent confrontés les salariés des entreprises qui licencient. Il n’y a pas besoin de militants anticapitalistes pour que des révoltes se développent. Parfois même, ceux-ci apparaissent marginaux par rapport à des mouvements qui les rejettent dans leur détestation globale des « politiques ». Mais la trajectoire future de ces mouvements dépendent aussi de l’existence de forces organisées se fixant explicitement et résolument l’objectif de « révolutionner la société » et aptes à penser cet objectif dans le cadre du monde transformé qui est le notre. Henri Wilno 

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin