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20 mai 2014 ~ 0 Commentaire

5 questions sur l’affaire dite « kerviel » (le huff’)

banquedemain

  1. Premièrement, on peut s’étonner de la façon dont plusieurs pans du droit français semblent avoir été ignorés. Tenir Kerviel pour coupable commande de considérer que la banque pour laquelle il officiait ignorait tout de ses prises de positions spéculatives. Si tel est le cas, le droit bancaire aura été violé, tout comme le droit des sociétés. Pour lever ce point, il y a lieu de demander à la Société Générale de donner à la Justice les documents de travail de ses Commissaires aux comptes où tout doit figurer, y compris les opérations prises par Jérôme Kerviel. Pourquoi cela n ‘a-t-il pas été fait?
  2. Deuxième question. Comment croire que personne n’ait rien vu au sein de la banque alors que les résultats exorbitants de Jérôme Kerviel, chaque année, devenaient ses objectifs pour l’année suivante? Alors qu’un trader moyen du périmètre de Jérôme Kerviel fait gagner à la Société Générale entre 3 et 5 millions d’euro par an, Kerviel réalise 5 millions la première année, 12 l’année suivante, puis 55 millions d’euros déclarés en 2007. Rappelons que Jérôme Kerviel n’était que trader junior, et que ses résultats exceptionnels alimentaient les bonus touchés par ses supérieurs. Les chiffres suffisent à s’interroger sur la connaissance que la banque avait de cette affaire.
  3. Troisième question qui découle naturellement des deux précédentes. Pour quelle raison les boites mails de la hiérarchie de Jérôme Kerviel n’ont jamais été saisies? Cette exploitation aurait pourtant permis à la Justice de savoir quel était le degré de connaissance de la banque sur cette affaire, et de répondre à une question simple: existe-t-il uniquement une affaire Kerviel ou s’agit-il d’une affaire Société Générale?
  4. Comment, et c’est une quatrième question qui doit interpeller nos intelligences, la banque peut-elle indiquer tout ignorer des actes de Kerviel alors même que la Société Générale, elle-même, corrigeait l’impact en P&L (c’est-à-dire en résultat) de ses opérations? La schizophrénie d’une institution qui masque d’un côté ce qu’elle prétend ignorer de l’autre doit déciller nos yeux sur l’entrelacs des responsabilités.
  5. Pourquoi enfin, des supérieurs hiérarchiques de Jérôme Kerviel ont été payés jusqu’à sept années de salaire de fixe dans le cadre de transactions passées avec la banque alors même qu’ils avaient été licenciés pour faute grave? Une telle indemnisation des fautifs laisse songeur. On n’a guère coutume de récompenser par de tels montants des responsables défaillants.

Si j’ai décidé de m’exprimer sur le très médiatisé dossier Kerviel, c’est qu’il m’a semblé que garder le silence sur une telle affaire, au motif qu’on ne commente pas une décision de justice, serait une faute. Quel est l’enjeu? Empêcher que les charges portées contre Jérôme Kerviel ne viennent entraver la recherche approfondie de toute la vérité.

 

Ainsi, lorsque la puissance publique verse 1700 millions de recettes fiscales pour dédommager une banque, qui dit-elle aurait été victime d’une fraude, Il faut s’arrêter, regarder, et poser toutes les questions que suggère une telle affaire, révélatrice des travers de gestion de cette banque. Les lignes qui suivent visent donc à éclairer celles et ceux que l’intérêt général et le sens de la justice animent.

 

Disons les choses avec netteté: mon propos n’est pas de dédouaner Jérôme Kerviel de ses responsabilités. Encore faut il les cerner avec rigueur, et pour cela ne rien laisser dans l’ombre, en examinant avec minutie toutes les facettes d’un dossier où il est impossible de ne pas se poser un certain nombre de questions.

 

Voilà autant de points qui doivent intéresser toutes celles et ceux qui veulent que la vérité se manifeste dans son entièreté. Le dossier Kerviel a jusqu’ici été réduit au cas personnel du trader, sans que les indispensables réponses aient été apportées aux questions fondamentales que le citoyen est en droit de se poser.

 

Si l’affaire dite « Kerviel » nous concerne tous, c’est d’abord au nom d’une certaine idée de la Justice. En l’état, qu’il soit condamné ou blanchi, Jérôme Kerviel le sera sur la seule base des dires de la partie civile en ce qui concerne les pertes prétendues. Or, à ce jour, jamais la justice n’a daigné enquêter sur la réalité de la perte déclarée par la Société Générale. Comment se l’expliquer? Comment s’expliquer qu’il soit con- damné sur la base « d’aveux » présentés par la Société Générale, aveux dont on sait grâce à Mediapart qu’ils ont été tronqués et que plus de 2 heures d’explications manquent?

 

Toujours est il que le justiciable Jérôme Kerviel a été privé, en dépit des nombreuses demandes de sa défense, de la possibilité d’obtenir une expertise établissant la réalité des pertes alléguées par la Société Générale, dont il faut quand même rappeler qu’elles ont, pour l’essentiel, été réalisées par d’autres que lui, lors du dénouement de ses positions.

 

Ce point en amène un dernier, qui bien que non judiciaire est tout aussi essentiel, surtout en ces périodes d’austérité ou la réduction des déficits publics tient lieu de loi d’airain. Au motif de compenser ses pertes, la somme de 1700 millions d’euros a littéralement été offerte à la Société Générale sur les deniers publics alors que la jurisprudence du Conseil d’Etat ne le permettait pas.

 

Les contribuables et tous les citoyens ont le droit de savoir si le versement de telles sommes était justifié. L’Etat a le devoir de le vérifier et de répondre sur ce point. A défaut de combattre son ennemi la finance, Le Président de la République doit demeurer le garant du fait que des fonds publics n’ont pas servi à financer les excès de la finance folle.

 

Car c’est bien de cela qu’il s’agit: Jérôme Kerviel, malgré le torrent de boue qui s’est abattu sur lui, ne peut servir de paravent aux folies d’un système sans morale et à la rapacité sans limite. Toutes les stratégies des officines de communication visant à accréditer la thèse d’un homme qui aurait agi seul ne doivent pas nous détourner des véritables enjeux.

 

Aux Etats-Unis, le pays du capitalisme roi, le procès de « la baleine de Londres » ce trader qui avait trop misé et perdu 6 milliards d’euros est finalement devenu le procès de son employeur, JP Morgan, accusé de « conduite imprudente ». Et en France? Le contraste est tristement saisissant: on voudrait condamner à vie un ancien trader qui n’a jamais agi que dans l’intérêt de sa banque, qui récompensait chaque année en bonus sa seule hiérarchie pour sa conduite spéculative inconsidérée?

 

Ici se rejoignent l’exigence de vérité et l’impératif civique. Chaque jour qui passe montre que nos sociétés sont malades, et d’abord de leur matérialisme. Le traitement de l’affaire dite « Kerviel » dira si nous avons définitivement rendu les armes devant les puissances de l’argent ou si un espoir de désintoxication de nos sociétés est encore permis. Eva Joly

 

http://www.huffingtonpost.fr/eva-joly/5-questions-sur-laffaire-kerviel_b_4755088.html?utm_hp_ref=fb&src=sp&comm_ref=false

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18 mai 2014 ~ 0 Commentaire

En angleterre, les riches de plus en plus riches (jdd)

cameron

La richesse cumulée des 1000 personnes les plus fortunées de Grande-Bretagne a augmenté de 15% en un an, selon le palmarès annuel établi par le Sunday Times. Ensemble, les mille personnes les plus riches du Royaume Uni pèsent un total de 518 975 milliards de livres (637 milliards d’euros), soit 15,4% de plus que les 449,654 milliards de livres de l’année dernière, stipule le journal. « Je n’avais encore jamais constaté une hausse aussi specta- culaire », a commenté Philip Beresford qui établit cette liste depuis 1989.

Doublement depuis 2009. Le chiffre, qui représente un tiers du produit intérieur brut (PIB) de la Grande-Bretagne, a par ailleurs doublé par rapport à 2009 où, en pleine crise financière, le total s’élevait à 258 milliards de livres. Le PIB par habitant en Grande-Bretagne, souvent utilisé pour indiquer la richesse moyenne de la population, est en revanche « bien en-dessous » du pic atteint avant 2008, et il ne devrait pas le dépasser avant 2017, selon les chiffres publiés début mai.

La reine Elizabeth II seulement 285e. Pour espérer entrer dans le Top 1000 des plus riches, au sommet duquel trônent les frères Gopichand et Srichand Hinduja avec 11,9 milliards de livres, il faut disposer d’au moins 85 millions de livres, contre 80 millions en 2008 avant la crise. Avec une fortune estimée à 330 millions de livres, la reine Elizabeth II se classe seulement 285e d’un palmarès dont elle fait partie depuis la première édition en 1989.

International  |  18/05/2014 – 12:56

http://www.lejdd.fr/International/Depeches/En-Angleterre-les-riches-de-plus-en-plus-riches-666945

Commentaire: Quand on dit que la soit-disant crise est juste un transfert de richesses des pauvres vers les riches, la fameuse « lutte de classe » que mènent (et gagnent) les riches…

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14 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Un appel mondial pour renouveler l’enseignement de l’économie (basta)

economie

« L’économie mondiale n’est pas seule à être en crise. L’enseignement de l’économie l’est également. »

C’est ainsi que débute le Manifeste pour une économie pluraliste lancé par 42 associations et collectifs étudiants de 19 pays pour renouveler l’enseignement de cette discipline. Les auteurs de cet appel dénoncent l’étroitesse croissante des cursus et le manque de diversité intellec- tuelle, et appellent au retour du débat et du pluralisme des théories et des méthodes dans les salles de classe.

« Un cursus d’économie complet devrait favoriser la structuration intellectuelle des étudiants dans une variété de cadres théoriques, des approches néoclassiques largement enseignées aux écoles classique, postkeynésienne, institutionnaliste, écologique, féministe, marxiste et autrichienne — entre autres — toutes largement exclues », énoncent-ils.

Parmi les différentes mesures pouvant favoriser la mise en œuvre concrète du pluralisme, les auteurs préconisent l’octroi de postes à des enseignants et chercheurs susceptibles d’apporter une diversité théorique et méthodologique dans les cursus. L’élaboration de supports pédagogiques tels que des manuels d’économie pluralistes, ainsi que la création d’unités interdisciplinaires mêlant l’économie avec ses disciplines soeurs, pourraient également favoriser le changement. Cet appel, lancé par l’Initiative étudiante internationale pour l’économie pluraliste, se traduit d’ores et déjà par des séminaires, ateliers et conférences dans lesquels sont analysés les cursus actuels et proposés des alternatives concrètes. « Le pluralisme en économie est une question de démocratie » conclut l’appel. Par Sophie Chapelle 14 mai 2014

Voir le Manifeste pour une économie pluraliste

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13 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Le Smic est mauvais pour l’emploi (regards)

22 euros

L’attaque contre le Smic menée « à gauche » par Pascal Lamy ou par les économistes Philippe Aghion, Gilbert Cette et élie Cohen, reprise en fanfare par Pierre Gattaz, n’est pas un leurre, mais bien une offensive au long cours qui mérite qu’on la combatte vigoureusement.

Un vrai feu d’artifice: quatre livres de personnalités ou d’économistes socialistes ont pré- cédé, ou accompagné, la constitution du gouvernement de Manuel Valls et la présentation de sa politique visant à aller plus loin, plus vite et plus fort sur le chemin du « pacte de respon- sabilité ». La France au défi d’Hubert Védrine est paru fin février (Fayard). Éloge de l’anormalité de Matthieu Pigasse (Fayard), Quand la France s’éveillera de Pascal Lamy (Odile Jacob) en mars, et Changer de modèle des économistes Philippe Aghion, Gilbert Cette et Elie Cohen en avril (Odile Jacob). Chacun veut faire entendre sa petite musique personnelle, mais les différences comptent peu. Les uns et les autres participent de la même promotion du « social libéralisme » qui sous-tend la politique du gouvernement Hollande-Valls. Et ils s’appuient sur des idées reçues bien dans l’air du temps.

Offensive coordonnée En principe, qui se dit de gauche n’est pas contre le Smic. Pascal Lamy est même «partisan de l’instauration d’un salaire minimum dans chacun des pays euro- péens» (Quand la France s’éveillera, page 89). Et le trio Philipe Aghion, Gilbert Cette, Elie Co- hen pense que «l’existence d’un Smic est indispensable pour définir une norme et pour com- penser le faible pouvoir de négociation de nombreux salariés» (page 179). Mais, ils sont comme les soi-disant adversaires résolus de la peine de mort… «sauf pour les crimes d’enfants» ou «sauf pour les crimes en série» ou «sauf pour les crimes terroristes».

Début avril, dans le service après-vente de son livre P. Lamy s’est dit « favorable à des boulots pas forcément payés au Smic ». Il a récidivé début mai : « Avec 25% de chômage des jeunes, il n’y a plus de tabou ». Pour leur part, Aghion, Cette et Cohen, se prononcent, dans leur livre, pour un gel au moins partiel du Smic et pour une réforme « ambitieuse » de celui-ci qui « ne doit exclure a priori aucun aspect: révision de fond de la règle de revalorisation automatique, régionalisation, différenciation selon l’âge… ». (page 180).

Évidemment, une telle aubaine ne pouvait laisser indifférent le président du Medef. Pierre Gattaz s’est immédiatement engouffré dans une si belle brèche, réclamant un salaire « transitoire » inférieur au Smic pour « faciliter l’entrée des jeunes dans le marché du travail ». Au passage, celui qui a augmenté en 2013 sa rémunération de patron de Radiall (hors dividendes d’actionnaire principal) de 29% pour la porter à 420.000 euros, livre cette colossale tartuferie : « Il y a une exigence d’exemplarité. On ne peut pas demander des efforts aux salariés et ne pas se l’appliquer soi-même ».

La proposition a été repoussée par Manuel Valls d’une ferme main gauche, cependant que la droite décidait fermement de poursuivre le gel des salaire des fonctionnaires, des pensionnés, des bénéficiaires de prestations sociales et d’amplifier la baisse des charges et des impôts des entreprises. Le débat sur le Smic ne serait donc là que pour mieux faire accepter les autres attaques sociales, commente Daniel Schneidermann. C’est aller trop vite en besogne. Même si elle ne se traduit pas en actes immédiats, il faut prendre cette attaque contre le Smic au sérieux. C’est en tout cas ce que fait la CGT qui parle d’offensive coor- donnée. Il y a un mois déjà, souligne-t-elle, la Commission européenne avait ouvert le feu dans son Bilan approfondi sur la France 2014. Elle consacrait cinq pages de son rapport au Smic et incitait le gouvernement français à s’attaquer à celui-ci, au niveau général des salaires, ainsi qu’à leur système de négociation. (…)

Le Smic pénalise-t-il la compétitivité ? Non, répondent Pierre Concialdi et Michel Husson économistes à l’IRES qui passent en revue les « arguments » contre le Smic dans un document de travail publié en 2013. La proportion de salariés payés au Smic travaillant dans les secteurs exportateurs est faible: en 2011, cinq salariés payés au Smic sur six travaillent pour le marché intérieur. « Ce constat, ajoutent-ils, permet de rappeler que toutes les mesures visant à accroître la compétitivité par baisse du « coût du travail » ne peuvent être ciblées sur le secteur exposé à la concurrence internationale (notamment en raison des règles européennes) et constituent donc une forme de subvention aux entreprises du secteur abrité, qui ne peut être justifiée par l’argument de compétitivité ».

Le Smic est-il un frein à l’emploi des travailleurs non qualifiés et notamment des jeunes? Le taux de chômage est beaucoup plus élevé chez les jeunes de 15 à 25 ans que chez les plus de 30-35 ans (plus de 20%, contre 8%), chez les non diplômés que chez les diplômés (16% contre 6% à partir de bac +2) et singulièrement pour les jeunes, où le taux de chômage atteint 46% pour les non diplômés ou titulaires seulement d’un brevet ou d’un BEP. .

Faut-il incriminer le niveau « excessif » du Smic ? À partir de 1993 une politique d’exonérations de cotisations sociales employeurs est supposée diminuer le « coût relatif du travail » pour les bas salaires. Jusqu’en 2000, la part de l’emploi non qualifié augmente. Mais depuis, elle recule à nouveau, constatent Pierre Concialdi et Michel Husson. Le problème, selon eux, serait bien davantage lié au recul de la production manufacturière en France qu’au coût relatif du Smic.

Alors qu’il existe déjà plus d’un million d’emplois aidés, c’est-à-dire « en dessous du Smic » pour les salariés les plus « éloignés » de l’emploi, sans compter l’apprentissage et les stages, une baisse du Smic pour les jeunes ou pour les chômeurs non qualifiés ne permettrait pas de créer de l’emploi pour les moins formés et les moins diplômés. Comme l’explique l’éco- nomiste André Gauron qui tient un blog sur le site d’Alternatives Economiques, « le “plein em- ploi” des diplômés se réalise par un accès aux emplois qualifiés mais aussi pour une part aux emplois peu ou non qualifiés dont les peu ou non diplômés se trouvent de ce fait évincés. Les travaux de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) sur les contrats aidés et sur les contrats de professionnalisation confirment que même lorsque les contrats sont ciblés “jeunes peu ou pas diplômés”, les employeurs tendent plutôt à recruter des jeunes diplômés ». Ce n’est donc pas en ajoutant un nouveau salaire minimum que l’on changera le comportement des entreprises en matière de gestion de la main-d’œuvre. Penser notamment que les travailleurs non qualifiés acquis à bas prix se verraient accorder par leur employeur de coûteuses formations pour augmenter leurs compétences leurs productivité et leurs salaires une fois dans l’entreprise, relève au mieux d’une vue de l’esprit. De plus, explique encore André Gauron, il faut se méfier beaucoup des raisonnements qui prétendent pouvoir mesurer le salaire « légitime » des personnes non qualifiées à l’aune de la « faible productivité » de leur emploi. (…)

Le Smic est-il un mauvais moyen de lutter contre la pauvreté? Certes, le Smic étant un minimum horaire, il ne protège pas contre les situations de précarité sociale liées à des durées d’emploi courtes et/ou irrégulières, rappellent Pierre Concialdi et Michel Husson. Or à peine la moitié des salariés rémunérés au salaire minimum travaillent à plein temps. Prétendre que la baisse du Smic permettra de traiter ce problème relève de l’escroquerie intellectuelle. Il est par contre « difficile de soutenir qu’un salaire minimum élevé ne réduit pas la pauvreté », comme le montre par exemple une comparaison entre la situation française et la situation allemande où l’absence de Smic et la multiplication des minijobs (plus de 7 millions dont 5,5 millions de mini- jobers exclusifs) conduisent à un taux de pauvreté en forte croissance malgré le plus faible chômage, alors qu’il reste inférieur à la moyenne européenne en France.

Pour compenser la baisse du Smic, Aghion, Cette et Cohen préconisent de privilégier le RSA comme moyen de lutte contre la pauvreté. Mais comme ils ne veulent ni le déficit ni la hausse des impôts, la cohérence les conduit à préconiser une concentration de la protection sociale sur les plus bas revenus. « Autrement dit, note André Gauron, pour sortir de la crise, il faudrait créer plus de pauvreté et de précarité en même temps que pénaliser les classes moyennes en les privant de certaines prestations pour voler au secours de ceux qu’on a préalablement réduit à l’état de salarié-assisté ».

Le Smic français n’est-il pas trop élevé par rapport aux autres pays européens? Le Smic en France est effectivement l’un des plus élevés d’Europe en valeur nominale (9,53 euros brut par heure), en standard de pouvoir d’achat et en proportion du salaire médian (60%). Ces chiffres doivent cependant être relativisés. Parmi les pays qui ont un salaire minimum, la France fait en réalité partie d’un groupe de pays où celui-ci est à un niveau assez comparable, groupe qui comprend le Luxembourg, l’Irlande, les pays du Benelux et le Royaume-Uni.

Ensuite, parmi les pays qui n’ont pas de salaire minimum légal, tous ne sont pas dans la situation de l’Allemagne et de ses millions de minijobers. Les pays scandinaves (Suède, Dane- mark) n’ont pas de Smic. Mais tous les salariés, sauf les migrants, sont couverts par des conventions collectives de branche au-dessus de 70% du salaire médian supérieurs, c’est-à-dire au-dessus du Smic français. Un haut niveau du salaire minimum effectif est en fait une caractéristique du modèle suédois vanté ici par ces mêmes économistes qui trouvent le Smic trop élevé en France.

Surtout, l’offensive contre le niveau du salaire minimum n’est pas une spécificité française. Elle est menée y compris dans les pays où le Smic est plus bas en valeur et en proportion du salaire médian. En février 2012, le gouvernement grec a pris la décision dras- tique de réduire le salaire minimum national de 22%. Il a baissé en Irlande, il est gelé au Portugal et en Espagne. En réalité, l’attaque contre le Smic est une pièce importante des politiques « de dévaluation interne » visant à la baisse généralisée des coûts salariaux au nom du redressement de la compétitivité. La baisse du salaire minimum permet d’exercer une pression à la baisse sur toute la pyramide de salaires mis à part ceux du très haut de l’échelle.

Une politique européenne de salaire minimum Au lieu de vouloir faire participer la France à cette course sans fond et sans espoir, l’alternative consiste à rechercher la mise en place d’une politique européenne de salaire minimum. Ce n’est pas chose facile, y compris parce que les salariés des pays nordiques craignent que cela les pénalisent. Il ne s’agirait pas d’établir un salaire minimum unique. Mais, comme le préconise la Confédération européenne des syndi- cats, que dans tous les pays européens où il existe des salaires minima, le niveau de ceux-ci soit d’au moins 50% du salaire moyen national et de 60% du salaire médian national. Pour de nombreux pays européens, la mise en œuvre de cet objectif européen impliquerait des relè- vements substantiels de leurs salaires minima nationaux. Pour la France cela permettrait une utile consolidation. (…)

Par Bernard Marx| 12 mai 2014

http://www.regards.fr/web/idee-recue-numero-3-le-smic-est,7722

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11 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Giscard d’estaing décrit une france « décadente » (jdd)

Valéry-Giscard-dEstaing-humour

Le bourrage de crâne:

« La France travaille moins, elle n’aime plus travailler. » VGE

Et la vérité: On travaille toujours plus, mais pour les riches! (Et donc jamais assez)

  • 1973 : PIB = 177,5 milliards d’euros
  • 2013 : PIB = 2 060 milliards d’euros

Oui, vous avez bien lu : la France produit chaque année 11,5 fois plus de richesses qu’en 1973, début des crises économiques.

1% de croissance de 2013 = 11,5% de 1973

Exportations :

  • en 1973, nous exportions pour 46 milliards de dollars ;
  • en 2012, nous exportions pour 716 milliards de dollars, soit 15 fois plus.

Emploi : entre 1975 à 2007, le nombre d’emplois a continûment progressé en France métro- politaine, passant d’après les recensements de la population de 22,1 millions à 25,6 millions. Dans le même temps la productivité du travail a triplé (de 1975 à 2007), et logiquement, sur la même période, la valeur ajoutée de la seule industrie est passée de 135 milliards d’euros à 240 milliards d’euros, tandis que le PIB des services se développaient à grande allure.

On peut en conclure que la richesse produite a fortement augmenté ces 40  dernières années, mais qu’elle a largement échappé à la population qui a permis sa pro- duction. 60% comparés à 1 150 % : on peut parler de miettes. Cela permet aussi de compren- dre l’explosion des flux financiers dans le monde : la richesse produite existe, et elle n’échappe pas à tout le monde.

Source:

http://npa29.unblog.fr/2014/05/05/quarante-ans-de-crise-rue-89/

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08 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Les travailleurs ne sont pas responsables de la dette « publique »(essf)

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Ne pas accepter « la transformation de la dette privée en dette sociale »

La dite « dette publique » de l’Etat portugais est en réalité une collection de dettes privées qui ont été « socialisées ». Il n’incombe pas aux travailleurs de payer cette dette, directement ou indirectement. Poser la question de la « légitimité » publique d’une dette privée n’a pas de sens.

Le concept de « dette illégitime » a provoqué un certain embarras dans certains secteurs militants contre le paiement de la dette publique. Ce concept, auquel font fréquemment référence des organisations de la société civile, des dirigeants politiques de gauche et des commentateurs, a engendré des doutes, des hésitations, voire une paralysie de l’action militante – et partant, de l’action publique.

Il s’avère que la tentative de définition d’une « dette illégitime » suggère néces-sairement l’existence d’une partie « légitime » de la dette. Une fois la question mise sur la table, la confusion s’installe : comment définir ce qui est légitime et ce qui ne l’est pas, comment calculer les deux parties de la dette, quand le processus d’endettement semble d’une opacité impénétrable ? Pour lever ces doutes, nous allons commencer par vérifier ce qui se passe au niveau des comptes des fonctions de l’Etat destinées à répondre aux besoins fondamentaux de la population en général – ce qu’on appelle les fonctions sociales de l’Etat.

L’Etat providence n’est pas déficitaire La publication du livre « Qui paie l’Etat social au Portugal ? », notamment le chapitre consacré au bilan des comptes entre l’Etat et les travail-leurs, a clarifié une question-clé pour la détermination des responsabilités dans la contraction de la « dette publique ». Se basant sur les chiffres officiels fournis par le gouvernement, la Banque du Portugal, l’INE (Institut National de statistique) et Eurostat, il conclue ainsi, en résumé :

  • La rémunération des travailleurs se monte à 50% de la valeur du PIB national.
  • Les travailleurs contribuent à raison de près de 75% du total des impositions [1] perçues par l’Etat
  • Une fois établi le bilan entre les contributions des travailleurs à l’Etat-providence et le coût des fonctions sociales de l’Etat [2], on conclut que les travailleurs ne doivent rien à quiconque, ayant même un solde positif dans la plupart des années.

Apparemment, ces cinq dernières années, ce crédit des travailleurs envers l’Etat a évolué de légèrement positif (un solde équivalent à +4% du PIB) à légèrement négatif (près de -4% du PIB). Mais cette apparence ne résiste pas à l’analyse: les détails des dépenses de l’Etat nous enseignent que la crise financière résulte du démantèlement de la prévoyance sociale, -on a confié les services publics à des entreprises privées et au PPP (partenariats public-privés)-, et de diverses manœuvres visant à garantir aux spéculateurs une rente permanente et sans risques. Nous sommes confrontés à un déficit (et en conséquence d’une dette) contractée pour le profit de capitaux privés.

Considérons, par exemple, ce qui est arrivé au SNS (Service national de santé) : alors que la qualité des services baisse – avec la fermeture de centres de santé et d’hôpitaux, une réduction du personnel médical et paramédical, du type de services fournis, du remboursement des traitements et des médicaments, du nombre de lits, etc.,-, les couts globaux se main- tiennent ou augmentent.

Comment est-ce possible ? Les rapports des comptes montrent que l’argent versé par les travailleurs est canalisé vers les poches des entreprises privées à qui l’Etat a confié les ser- vices ; les sommes dépensées par les fournisseurs, en dépit des énormes coupes dans le SNS, ont augmenté de façon exponentielle. Les coûts de production privée mercantile du SNS sont passés de 1,8% du PIB en 1995 à 5,2% du PIB en 2010 – et on sait qu’elles ont continué à augmenter très fortement depuis lors, même si n’avons pas accès aux comptes constitués de l’Etat pour la dernière période.

La diminution du solde positif des travailleurs par rapport à l’Etat n’est pas du à une non- viabilité présumée de la prévoyance sociale- c’est le résultat du détournement de l’argent ponctionné auprès des travailleurs vers la poche d’intérêts privés, pour des opérations spéculatives à haut risque (cas des fonds de pensions) pour les rentes sans risques des PPP, etc. C’est une mise à sac, dans la pire acception de ce terme.

La transformation de la dette privée en dette publique Résumons : les fonctions sociales de l’Etat sont payées intégralement par les travailleurs. On note que ces comptes recouvrent les coûts relatifs aux fonctionnaires publics affectés à ces rôles (médecins, professeurs, travailleurs administratifs, etc.). Aussi, les pouvoirs publics mentent lorsqu’ils affirment qu’il n’y a pas d’argent pour payer les salaires de la fonction publique. Ce mensonge a été le point de départ pour justifier l’intensification de l’endettement de l’Etat ces cinq dernières années.

Il est de la plus haute importance – spécialement pour les personnes qui jusqu’à maintenant se sentent embarrassées et gênées par la question de la « légitimité » d’une partie de la dette- de comprendre que du point de vue des travailleurs (soit de la population qui prend en charge, à hauteur de 40 à 60% de ses revenus, les dépenses de l’Etat), toute la dette en question est illégitime dans l’acception la plus simple et la plus commune du terme – quel autre qualificatif pouvons nous attribuer à une dette dont le paiement nous est imposé, bien que nous ne l’ayons pas contractée et que nous n’en ayons tiré aucun bénéfice ?

Mais alors, si l’Etat n’a pas besoin de s’endetter pour maintenir ses fonctions sociales, à qui bénéficie la dette publique? Une partie de la réponse est déjà dans le domaine public : le gouvernement lui-même déclare qu’il a sauvé au moins deux banques privées et qu’il est disposé à recapitaliser et financer toutes les autres. Dans la proposition de budget pour 2013, nous trouvons 1500 millions d’euros du trésor public qui seront déposés à la Banque du Portugal pour financer la banque. Ce montant s’ajoute aux 12. 000 millions déjà prêtés par la « Troïka » à l’Etat portugais pour financer la banque. Une autre partie de la réponse, plus obscure, est à chercher dans les contrats des PPP, qui sont des schémas de financement et une rente privée sans risque, aux frais du trésor public ; par la vente à bon marché de biens publics, meubles et immobiliers, industries et services montés et financés avec l’argent des travailleurs ; par la spirale toujours ascendante des intérêts de la dette, qui constituent une rente usuraire à bon marché pour le capital financier, etc.

Laissons pour une autre occasion la question de savoir si l’Etat doit ou ne doit pas financer le capital privé. Ce qu’il nous importe de souligner ici est que cette aide existe de facto, et est à l’origine d’une dette réelle. En attendant, les travailleurs payent la majeure partie d’une dette contractée pour le bénéfice des entreprises privées et de la banque… mais ils n’en perçoivent pas les dividendes des bénéfices qui en découlent.

Compte tenu de ces faits, et face à la déclaration sans fard des comptes de l’Etat, les travailleurs doivent faire comprendre, par tous les moyens à leur disposition, qu’ils n’acceptent pas la transformation de la dette privée en dette sociale. Ils se doivent d’affirmer, sans crainte ni hésitation : CETTE DETTE N’EST PAS LA NOTRE – jusqu’à ce que la facture soit remise aux vrais responsables et bénéficiaires de l’endettement public.

Centre pour l’annulation de la dette publique portugaise (CADP) 3 mai 2014

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31816

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05 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Quarante ans de crise (rue 89)

 crise1

Manipulation ou paresse intellectuelle?

Toute ma vie, j’ai entendu dire que la France était en crise économique. J’ai près de 50 ans. Lorsque j’étais au collège, la crise était là. Depuis 1973, année du « choc pétrolier ». Elle faisait des ravages dans notre économie et dans la population.

Stagnation, inflation

Nous étions plongés dans cette crise qui obscurcissait nos chances d’avoir un emploi à hauteur de nos espérances, et teintait notre quotidien de grisaille. Nos professeurs nous en parlaient comme d’une maladie irrépressible qui rongeait notre pays. Nous autres collégiens, lycéens, jeunes, devrions tracer notre route dans un pays affaibli, rongé par la crise. Bref, il faudrait naviguer sur un navire en perdition.

Économistes, politiciens, journalistes de tous poils et de tous bords, tous avaient une explication différente, préconisaient des solutions divergentes, débattaient à longueur de temps des causes et des remèdes. Mais absolument tous s’accordaient sur un point : c’était la crise. Avec elle : le hideux chômage, la terrible inflation, l’effroyable détumescence de notre taux de croissance, et le ralentissement économique, la récession et leurs petits frères : la balance des paiements déficitaire, le déficit commercial et la surproduction agricole (complè- tement passée de mode), enfin la « rigueur » et la « dépression économique ». Le discours sur la crise n’a depuis jamais cessé de s’amplifier.

Mondialisation, déflation A tous les maux déjà cités se sont ajoutés peu à peu d’autres symptômes de la maladie économique : la mondialisation, les « bulles », la crise financière, les « subprimes » et la déflation, bien plus redoutable que l’inflation de ma jeunesse, parait-il … Il est facile de trouver des sites internet qui recueillent consciencieusement tout le vocabulaire accumulé sur la crise depuis 40 ans. Les meilleurs partent de 1973 et de la crise pétrolière, puis compilent méthodiquement toute la phraséologie accumulée par sédimentation. Un vrai
voyage dans le temps…

Aujourd’hui nous sommes plongés dans la crise mondiale qui a débuté en 2008, ce qui est étonnant quand on pense que personne n’a songé à dire que nous n’étions plus en crise en 2007… Et je lis dans le dictionnaire, au mot ’crise’ : « Ensemble des phénomènes patho- logiques se manifestant de façon brusque et intense, mais pendant une période limitée, et laissant prévoir un changement généralement décisif, en bien ou en mal, dans l’évolution d’une maladie. » Bizarre : comment une crise peut-elle durer toute une vie, alors que, par définition, il s’agit d’un phénomène paroxystique limité dans le temps ?

Où est passée la crise d’antan? Mais ne jouons pas sur les mots, et tâchons de faire le bilan des ravages de cette crise économique qui a sévit 40 ans sur mon pays.

Comparons des données économiques de base entre 1973 et 2013. Très certainement, les crises, et tous leurs symptômes variés et protéiformes, auront laissé des stigmates terribles dans le pays. Commençons par le PIB, indicateur de base de la production de richesse du pays.

  • 1973 : PIB = 177,5 milliards d’euros
  • 2013 : PIB = 2 060 milliards d’euros

Oui, vous avez bien lu : la France produit chaque année 11,5 fois plus de richesses qu’en 1973, début des crises économiques.

La conclusion saute aux yeux : la France a décollé économiquement à la fin des années 60, et n’a pas cessé de s’envoler dans les années 70, 80, 90, 2000 et 2010. Où est la crise dont on m’a rebattu les oreilles toute ma vie ?

1% de croissance de 2013 = 11,5% de 1973 En terme macro-économique, sur le moyen-terme, elle n’existe pas. Les notions de « 30 glorieuses » et de « 40 piteuses » apparaissent comme des aberrations lorsqu’on examine 10 secondes l’évolution de la production de ri- chesse en France. La « crise pétrolière » est indétectable sur cette courbe. Il faut croire qu’acheter le pétrole plus cher était supportable pour notre économie, en plein décollage en 1973. Un léger palier de progression est visible en 1992, vite compensé par la rapide progression du reste de la décennie.

L’infléchissement de 2009 existe, lui, mais il a été compensé en moins de 2 ans : le PIB de 2008 était déjà dépassé en 2010 ; depuis, nous gagnons 30 milliards de PIB en plus par an, c’est-à-dire beaucoup plus qu’entre 1972 et 1973… Mais il y a un moyen très simple, avec les mêmes chiffres, de présenter ce succès de manière négative, avec une courbe descendante : il suffit de comparer les taux de croissance d’une année sur l’autre. C’est cette courbe qui fait dire aux économistes que l’économie française s’effondre. Ils oublient de dire que :

  • Pour que cette courbe soit orientée vers le haut, il faudrait que la croissance ait une progression logarithmique, ce qui est bien sûr impossible pour une économie déjà développée.
  • Un point de croissance de 2013 = 11,5 points de croissance de 1973.

Prenons un exemple simple pour comprendre comment un économiste peut vous convaincre que vous avez tout raté, alors que vous développez constamment votre activité :
Année 1 : vous produisez 100.

Année 2 : vous produisez 110. Bravo : les économistes vous adorent.

Année 3 : vous renouvelez l’exploit et produisez à nouveau 10 de plus, soit 120 au total. Fiers de vous, vous publiez vos résultats. Aïe ! les économistes détectent immédiatement que votre taux de croissance est passé de 10 % à 9,09 %. La tendance est négative. Vous êtes sous
surveillance.

Année 4 : vous mettez le paquet et produisez pour 130. Vous pensez bêtement avoir progres- sé de 30% en à peine 3 ans. Las ! Les économistes se chargent de vous faire prendre cons- cience qu’en réalité c’est un désastre : vous venez de confirmer que votre taux de croissance s’effondre à 8,33 %. Le déclin est amorcé, La faillite est annoncée.

Renouvelez 40 fois l’opération : vous aurez quintuplé votre activité, mais votre taux de croissance sera tombé à 2,04 %. Tous les économistes annonceront votre irrémédiable déca- dence. D’ailleurs ils vous l’avaient bien dit dès l’année 3 (et toutes les années suivantes…) ; La plupart ne comprendront même pas que vous continuiez à exister. La France a fait beaucoup mieux, puisqu’elle a plus que décuplé son activité. Pour un économiste ça ne change rien : la mort est annoncée.

Et voici comment on peut expliquer à tout une population, durant 40 ans, que tout va mal et que l’économie s’effondre, alors qu’en réalité le pays a connu une croissance continue de la production de richesse.

Le vrai bilan de 40 ans d’activité économique En 1973, nous étions 52 millions de fran- çais. Aujourd’hui nous sommes 65 millions. Autrement dit, une population qui a crû de 25 % a augmenté de 1050 % sa production annuelle de richesse. Il en va de même en ce qui concerne les autres indicateurs de base de la santé économique du pays.

Exportations :

  • en 1973, nous exportions pour 46 milliards de dollars ;
  • en 2012, nous exportions pour 716 milliards de dollars, soit 15 fois plus.

Emploi : entre 1975 à 2007, le nombre d’emplois a continûment progressé en France métro- politaine, passant d’après les recensements de la population de 22,1 millions à 25,6 millions. Dans le même temps la productivité du travail a triplé (de 1975 à 2007), et logiquement, sur la même période, la valeur ajoutée de la seule industrie est passée de 135 milliards d’euros à 240 milliards d’euros, tandis que le PIB des services se développaient à grande allure.

Equipements Il y a aussi en France plus d’universités, plus d’hôpitaux, plus d’équipements publiques de toutes sortes (routes, autoroutes, ponts, tunnels, équipements sportifs, salles de spectacles, bâtiments publics de toutes natures…).

En bref, la France n’a jamais cessé de se développer et s’est maintenue à la cinquième place des économies de la planète, en produisant plus et mieux, en assurant à sa population des services publics de qualité, un système de soins accessible, ce qui s’est traduit par une augmentation spectaculaire de la durée de vie et par une baisse significative du taux de mor- bidité ; L’espérance de vie est passée de 72,3 ans en 1973, à 81,7 ans en 2012.

Qui s’interroge sur les dégâts d’un discours violemment décliniste, qui fait l’una- nimité, mais que rien n’étaye ? Pourquoi nous avoir ressassé, 40 ans durant, avec une unanimité parfaite, les discours sur la crise ? Pourquoi continuer à le faire, inlassablement, année après année ? Le pire est que mes enfants, qui sont nés au début des années 2000, commencent à percevoir ce discours ambiant ; Et je vois les ravages que font dans leurs cer- veaux les discours dépressifs servis quotidiennement par leurs professeurs, et les médias.

D’autant que depuis les années 1970 et 1980, le discours s’est durci. Ce n’est plus seulement la crise que l’on ressasse, c’est le déclin, la chute, l’effondrement. Comment faire percevoir une lueur d’espoir à des enfants que l’on fait baigner dans une telle soupe de néga- tivité ? Comment ne penseraient-ils pas que leurs aînés leur ont légué un pays saccagé, puis- que c’est ce que tous les experts ressassent, amplement relayés par les média ? Quel espoir donne-t-on à des enfants en leur faisant croire que leur société court à la ruine ?

Autre question : si c’est le discours qui est tenu dans la cinquième économie de la planète, qu’est-ce qui se dit dans les 192 autres pays du globe, économiquement moins avan- cés ? J’imagine que si les discours tenus sont encore pires, les populations doivent avoir du mal à lever la tête… Mais peut-être est-ce le but ? Curieusement, ce sont les mêmes qui crient au loup depuis 40 ans, qui déplorent en plus la morosité des français. Où sont les analystes qui parlent des progrès économiques et humains réalisés, en France et dans le monde ? Qui dira à nos enfants qu’ils peuvent être fiers de vivre dans un pays qui a su se développer aussi vite après avoir été ravagé par l’occupation et la guerre ? (…)

Pas de « crise économique », mais pas toujours de quoi être fier… Évacuons le concept de crise, cette construction intellectuelle douteuse, suffisamment vague et inconsistante pour qu’on puisse la resservir à toutes les sauces, et en particulier, lorsqu’on est un homme poli- tique, pour expliquer ses échecs, ou arracher du consentement. Considérons au contraire que l’économie française se porte bien depuis les années 50. Cela nous contraint à envisager que les points noirs du paysage français n’ont pas pour cause l’universelle « crise ». Nous sommes même obligés de considérer qu’il y a peut-être d’autres explications…

Ca change un peu la perspective, et ça ne fait pas toujours du bien…

Chômage : en France il oscille entre 8 et 12 % depuis 20 ans. La France produit 11 fois plus qu’en 1973, mais 10 % de sa population active ne trouve plus d’emploi. En soi, c’est un drame social. Chercher à résoudre ce problème, c’est se poser de vraies questions, liées au partage du travail et des revenus du travail. C’est admettre que nous avons une responsabilité dans les choix de société qui conduisent à cette injustice dans la répartition du travail et des richesses. C’est aussi envisager qu’il y a des réponses à cette question, et que ce n’est pas la fatalité de la « crise ».

Niveau de vie : nous l’avons vu, la production de richesse a plus que décuplé en 40 ans ; Le niveau de vie de la population n’a pas augmenté dans les mêmes proportions, loin de là, même pour ceux qui ont un travail … Le salaire annuel net moyen, (exprimé en euros de 2005) est passé de 1960 à 2004, de 9 900 à 22 500 €, autrement dit il a été multiplié par 2,3 en 44 ans. Le tableau est plus sombre si on raisonne en revenu disponible par ménage : en 1970, il était en moyenne de 21 930 euros (en euros 2011), le revenu médian était situé à 18 120 euros 2011. En 2011, la moyenne était à 35 980 et la médiane à 29 010. Soit une augmentation du niveau de vie de 64% en moyenne, et de 60 % seulement pour la médiane.

On peut en conclure que la richesse produite a fortement augmentée ces 40  dernières années, mais qu’elle a largement échappé à la population qui a permis sa pro- duction. 60% comparés à 1 150 % : on peut parler de miettes. Cela permet aussi de compren- dre l’explosion des flux financiers dans le monde : la richesse produite existe, et elle n’échappe pas à tout le monde.

Où sont les politiques qui parlent de cette injustice ? (Au Npa, note du blog)

Qui cherche à inventer des mécanismes redistributifs plus équitables, comme l’avait fait en son temps Charles de Gaulle? (Oups! note du blog) (…)

Yann Deffontaine, informaticien (raccourci par nos soins)
http://rue89.nouvelobs.com/2014/05/04/quarante-ans-crise-manipulation-paresse-intellectuelle-251935

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05 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Ces chanteurs qui font le jeu des dictateurs (les inrocks)

fool

Erykah Badu, Sting, Beyoncé

Pour un dictateur avec un gros compte en banque, se payer une pop star, c’est s’acheter une respectabilité. Erykah Badu est la dernière à s’être fait prendre à ce jeu dangereux. Retour sur ces chanteurs qui cachetonnent chez les pires dirigeants du monde.

Erykah Badu, l’amie du roi du Swaziland

Le roi Mswati III du Swaziland est le dernier monarque absolu d’Afrique, il a 15 épouses, dont certaines qu’il a fait kidnapper pour les épouser. Il est accusé de torturer et tuer ses opposants et son pays détient le triste record du taux le plus élevé d’habitants porteurs du sida. Mais sa majesté Mswati III est aussi un homme du goût. Pour son 46e anniversaire, le 25 avril, il a invité la chanteuse néo-soul Erykah Badu à lui souhaiter un “happy birthday” devant des milliers de personnes. Un peu hippie sur les bords, elle offre même au dictateur “une pierre spéciale pour remonter le moral de sa majesté quand il ne se sent pas bien” raconte le journal officiel local. Pour les activistes des droits de l’homme qui travaillent au Swaziland, un tel événement ne fait que “donner de la légitimité à un dictateur”.

Mais contrairement à la plupart des artistes pris la main dans le sac, Badu ne s’est pas excusée. Au contraire, elle se défend de façon véhémente contre les accusations sur Twitter. Dans son esprit, les Swazis étaient présents dans le stade par amour de leur monarque, et c’est pour le peuple du Swaziland qu’elle chantait (Slate.com rappelle qu’en dictature, la parti- cipation à ce genre de manifestations est rarement volontaire). À un Swazi qui tente de lui expliquer comment l’oppression affecte son quotidien, elle répond “mais c’est toi qui es sur Twitter et qui m’oppresses“. Pas question pour elle de reconnaître son erreur. Tout juste dit-elle avoir donné tout l’argent qu’elle a reçu aux serviteurs du roi Mswati, dont on se demande ce qu’ils ont pu en faire. Et la polémique n’est pas près de s’éteindre, si on en croit une tribune signée par des activistes dans Time Magazine : Badu donnera le mois prochain un concert en Gambie. Le président du pays, Yahya Jammeh, déclarait entre autres en février dernier que les homosexuels étaient une menace pour l’humanité…

Mariah Carey, récidiviste en Angola

En décembre 2013, la diva donne deux concerts à Luanda, la capitale de l’Angola : pour la Croix-Rouge angolaise et un opérateur de téléphones. Ce serait innocent si les deux n’étaient pas dirigés par la richissime fille du président José Eduardo dos Santos, accusé de mono- poliser les richesses du pays alors que la majorité de la population vit avec moins de 2 dollars par jour. Mais le vrai problème, c’est que Mariah Carey avait promis qu’on ne la reprendrait plus en compagnie de personnages controversés. Cinq ans plus tôt, elle avait en effet chanté au réveillon du nouvel an de Mouammar Kadhafi dans les Caraïbes. Quand l’information était sortie en 2011, elle expliquait avoir été “naïve” et affirmait ignorer l’identité de son hôte. “Nous, les artistes, devons être tenus comme responsables“, disait-elle. Raté.

Jay-Z et Beyoncé sur le yacht de Kadhafi

Pour le guide suprême libyen, inviter des chanteuse de R&B était une habitude. Le Telegraph raconte une soirée sur son yacht à Saint Barth, en 2010, où s’étaient produits Bon Jovi, Usher, Lindsay Lohan (vous aviez oublié sa carrière de chanteuse ? nous aussi), mais surtout le couple royal de la pop, Jay-Z et Beyoncé. Difficile, cela dit, de savoir si toutes ces stars étaient au courant qu’elles jouaient pour le commanditaire de l’attentat de Lockerbie. Beyoncé a assuré qu’elle ne savait pas qui était le client. Elle s’est excusée et a assuré avoir reversé son cachet à des ONG pour aider à la reconstruction d’Haïti.

Jennifer Lopez, numéro 1 chez les oligarques

Les autres grands consommateurs de stars occidentales sont les oligarques et despotes de l’ex-URSS, et sur ce marché, Jennifer Lopez est numéro 1. Ses plus belles prises : Ramzan Kadyrov, le leader tchétchène proche de Vladimir Poutine, en 2011, et Gurbanguly Berdi- muhamedow, président du Turkménistan et adepte du culte de la personnalité, en juin 2013. En tout, J-Lo aurait récolté autour de 10 millions de dollars pour au moins cinq concerts donnés à des personnalités douteuses selon l’association Human Rights Foundation. Ce qui affaiblit un peu sa défense selon laquelle elle ne connaissait rien de la situation politique du Turkménistan.

Kanye West, chanteur de mariage au Kazakhstan

Kanye West aurait-il besoin d’argent de poche pour financer son voyage de noces avec Kim Kardashian ? Yeezus s’est en tout cas transformé en chanteur de mariage de luxe (trois millions de dollars quand même) pour le petit-fils du président kazakh Noursoultan Nazarbaïev en septembre dernier. Une escapade qu’il aurait sans doute aimé garder secrète, mais le compte Instagram d’une des invitées l’a trahi. ”Kanye divertit une brute sanguinaire et son entourage” a résumé le champion d’échecs Gary Kasparov, qui dirige aussi l’ONG Human Rights Foundation. Le rappeur n’a pas réagi.

Sting et son faux concert de l’Unicef en Ouzbekistan

Au panthéon des excuses douteuses, Sting peut prétendre à une bonne place. “Je crois que le concert était sponsorisé par l’Unicef“, déclarait le chanteur en février 2010, à propos de sa prestation quelques mois plus tôt pour la fille du président ouzbek Islam Karimov (lui fait littéralement bouillir ses ennemis selon les ONG). L’organisation s’est dite “très surprise” par ces allégations. Quoi qu’il en soit, Sting reconnaît qu’il savait très bien quelle était la situation des droits de l’homme dans le pays. Mais refuser un concert, ce serait priver les Ouzbeks “du libre commerce des idées et de l’art” explique-t-il selon le Guardian. En somme, Sting ne serait pas venu promouvoir son hôte, mais la liberté. Sur son blog, l’ancien ambassadeur britannique dans le pays est abasourdi : “A son avis, pourquoi le régime était-il prêt à payer près d’un million de livres pour l’entendre fredonner quelques notes ? 

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05 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Ces patrons du CAC 40 dont le salaire a explosé (le huff)

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(…) Selon le quotidien économique (Les Echos), le total des salaires des dirigeants des 40 plus grosses capitalisations françaises a atteint près de 90 millions d’euros en 2013. Cela correspond à 2,25 millions en moyenne par patron, soit « un repli de 2,1% sur les rémunérations dues au titre de 2012″. En cause, la crise bien sûr, qui a eu un impact négatif sur la rémunération variable (autrement dit, les primes) des chefs d’entreprise.

Les patrons de banque à la fête

Mais à y regarder de près, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Avec 4,5 millions d’euros gagnés en 2013, le président du directoire de Publicis, Maurice Lévy, garde peut-être la première place mais ses revenus ont baissé de 6,25%, tandis que son « dauphin » Jean-Paul Agon (PDG de l’Oréal) a gagné plus de 3,9 millions d’euros, soit une augmentation de 1,34%. Mais c’est bien peu par rapport à l’explosion constatée chez certains de ces 40 dirigeants.

Parmi les hausses les plus impressionnantes, on note ainsi celle de la rémunération de Georges Plassat. Le PDG de Carrefour a vu ses revenus croître de quasiment 40% à 3,73 millions d’euros. Le président exécutif d’Airbus, Thomas Enders ou encore le directeur général du Crédit Agricole, Jean-Paul Chifflet, ont connu des hausses similaires avec respectivement 2,87 et 1,97 millions d’euros de revenus en 2013 (soit 37 et 45% d’augmentation. De manière générale, les patrons de banque s’en sont d’ailleurs plutôt bien sortis, au grand dam d’Arnaud Montebourg qui avait jugé leurs rémunérations « indécentes ».

Mais dans ce top 40, la palme revient sans conteste à Jean-François Dubos. Le président du directoire de Vivendi a gagné plus de 1,72 millions d’euros en 2013, soit une progression de plus de 190%. A relativiser tout de même, car celui qui était auparavant secrétaire général de Vivendi n’a pris la présidence du directoire du groupe qu’en juin 2012.

A l’autre bout du spectre, la rémunération du PDG d’EDF, Henri Proglio, a plongé: -65% à 450.000 euros. En cause, soulignent Les Echos, le décret du 23 juillet 2012 plafonnant le salaire des patrons des entreprises publiques.

Le HuffPost  |  Publication: 05/05/2014 13h16

http://www.huffingtonpost.fr/2014/05/05/salaires-patrons-cac40-remunerations-baisse-2013_n_5265668.html?utm_hp_ref=france

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03 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Face aux ravages de l’austérité (al’e)

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Quels sont les principes sur lesquels s’appuient les politiques d’austérité, salariale et budgétaire, menées en Europe ?

Le premier postulat est que l’austérité budgétaire est nécessaire pour résorber les déficits publics. Les économistes de la Commission européenne ont même inventé le concept baroque d’« austérité expansionniste » pour démontrer que des baisses de dépenses publiques pourraient être compensées par un surcroît d’activité dans le secteur privé. En réalité, les politiques d’austérité budgétaire menées partout en Europe n’ont fait qu’étouffer la petite reprise qui se dessinait en 2010 et enfoncer l’Europe dans un contexte récessif.

Le deuxième grand postulat est que la reprise devrait être fondée sur une politique « de l’offre » visant à rétablir la compétitivité par une baisse des coûts du travail direct ou socialisé : gel ou baisse du « coût du travail », un « minimum de salaire minimum », et des réformes dites « structurelles » (flexibilisation du marché du travail, réformes des retraites et « maîtrise » des dépenses de santé).

En France, nous avons eu droit à une réforme des retraites (pour « rassurer » les marchés financiers), une loi sur la « sécurisation de l’emploi » (l’ANI) destinée surtout à sécu- riser le patronat qui prétend qu’il n’embauche pas de peur d’avoir ensuite du mal à licencier. Les ruptures conventionnelles ont explosé, plus de 80 % des embauches se font en CDD (et les deux tiers sur CDD de moins d’un mois!). Le CICE (Crédit emploi compétitivité emploi) puis, plus récemment, le pacte de responsabilité, se traduisent par un cadeau d’au moins 30 milliards aux entreprises, sans contreparties ni conditions, en croisant les doigts pour que cet argent serve à créer des emplois plutôt qu’à augmenter les dividendes. Les cotisations sociales vont être à nouveau « allégées » et totalement annulées au niveau du SMIC. Elles vont même être réduites pour les bas salaires.

Est-ce que cela relance l’économie ? Tout cela n’a jamais fonctionné. Les pertes de parts de marché de la France sont bien réelles mais ne peuvent être expliquées par un « coût du travail » trop élevé, comme le reconnaît même le fameux rapport Gallois. Les 50 milliards de baisses des dépenses publiques annoncées auront un effet sur la croissance, comme les précédentes coupes, elles se traduiront par de nouvelles baisses de recettes. Or 70 % des entreprises françaises répondent à l’Insee qu’elles ont des difficultés de demande ou pas de difficultés. Comme le dit très simplement Jean-François Roubaux, président de la CGPME : « Encore faut-il que les carnets de commande se remplissent ».

Bref, tout cela paraîtrait absurde si l’objectif était vraiment de relancer l’activité et de réduire le déficit public. En réalité, l’objectif immédiat n’est pas vraiment celui-là : il s’agit de profiter de la crise pour appliquer brutalement les politiques néolibérales et rétablir la renta-bilité des entreprises, en jouant à fond le jeu de la concurrence. Cette thérapie de choc est l’une des réponses possibles à la crise : faire payer la facture à celles et ceux qui n’en sont pas responsables et réduire autant que faire se peut l’Etat social.

Quelles alternatives à ce moins-disant social ? Il y a une autre réponse possible qui pas- se par un refus des postulats néolibéraux. Le premier verrou à faire sauter, c’est celui de la contrainte budgétaire : en annulant la partie de la dette qui n’est rien d’autre que le cumul des cadeaux fiscaux passés, « renationaliser » la dette en la finançant ailleurs que sur les mar- chés financiers[1], suivre la suggestion… du FMI d’une taxe à un coup sur les patrimoines des plus riches.

Le second verrou à faire sauter, c’est la ponction actionnariale sur la richesse produite. Sur très longue période, la part des cotisations sociales et celle des dividendes nets varient en sens inverse : la montée de l’Etat social s’était faite au détriment des actionnaires, sa remise en cause se fait à leur profit (voir graphique).

Source : Insee [2]

Source : Insee [2]

Il serait alors possible de créer des emplois selon deux principales voies. Dans le secteur privé, la réduction de la durée du travail a, contrairement au discours patronal, fait ses preuves : près de deux millions d’emplois ont été créés entre 1997 et 2002, une spectaculaire marche d’escalier qui n’a pas été redescendue ensuite. Donc plus d’emplois, moins de dividendes[3].

Dans le secteur public, il faut reprendre la formule de l’économiste américain Minsky qui proposait de faire de l’Etat « l’employeur en dernier ressort »[4]. C’est évidemment incon-cevable pour les partisans de l’austérité, mais il est pourtant facile de faire le calcul suivant : au lieu de faire cadeau à l’aveuglette de 30 milliards aux entreprises, pourquoi ne pas créer un million d’emplois publics ? L’Institut Montaigne, que l’on ne peut soupçonner de minimiser la « charge » des fonctionnaires évalue à 28,3 milliards le coût d’un million d’emplois publics[5]

(Cet article de Michel Husson a été écrit pour le numéro «spécial salaires» de la revue du SNEP-FSU , 10 avril 2014) Publié par Alencontre le 2 – mai – 2014

http://alencontre.org/europe/france/france-face-aux-ravages-de-lausterite.html

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