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15 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Société générale : le PDG augmenté de 75%, le guichetier de 1% (Bastamag)

Société générale : le PDG augmenté de 75%, le guichetier de 1% (Bastamag) dans Crise riches

La Société générale a annoncé la suppression d’un millier de postes, dont la moitié en France. Objectif : redresser le cours de l’action, augmenter le bénéfice du groupe et diminuer l’exposition aux risques. Une future réduction des coûts qui ne concerne pas le PDG Frédéric Oudéa, qui voit sa rémunération approcher les 2,5 millions d’euros, ni les traders de la banque qui renouent avec une croissance extravagante de leurs bonus. Le guichetier, lui, attend la restructuration à venir. A la Société générale, un employé de base gagne en moyenne 1 734 euros bruts par mois – soit 20 800 euros bruts par an – plus un intéressement annuel d’environ 1134 euros (en 2011). Ces techniciens des opérations bancaires, guichetiers ou téléopérateurs, peuvent s’estimer heureux : ils ont gagné en moyenne 23 euros de plus en 2011 qu’en 2010 [1]. La même année, leur PDG, Frédéric Oudéa avait, lui, consenti un lourd sacrifice, montrant la voie de l’austérité aux 42 000 employés de la banque en France : « La rémunération variable annuelle brute de M. Frédéric Oudéa au titre de 2011 s’élève à 682 770 EUR. Elle est en baisse de 43 % par rapport à l’exercice précédent », précise le document de référence que la Société Générale a transmis début mars 2013 à l’Autorité des marchés financiers (AMF). Une rémunération variable à laquelle il convient d’ajouter la rémunération fixe d’un million d’euros. Deux mois plus tard, plus question de s’imposer une telle rigueur : le comité de rémunération a finalement décidé de récompenser les sacrifices de l’ancien inspecteur général des finances, qui a pris les rênes de la banque en 2009, un an après le krach financier. Le document transmis à l’AMF vient d’être actualisée, le 10 mai. Si le million d’euros de rémunération fixe ne bouge pas, la part variable s’envole de 75%, passant à 1 194 000 euros. Les résultats de la banque en 2012 sont pourtant médiocres : la « rentabilité des capitaux propres » s’est effondrée à 1,1% (contre 6% en 2011) et le bénéfice net du groupe a été divisé par trois, n’atteignant « que » 774 millions d’euros. Sûrement la faute du guichetier.

Compensation financière pour cause de promotion

Ce n’est pas le seul lot de consolation accordé à Frédéric Oudéa, après un début de mandat de quasi-disette, lorsque le PDG avait « renoncé » à ses rémunérations variables au titre des exercices 2008 et 2009, pour cause de crise et, probablement, de médiatisation. Quand l’ancien cadre salarié de la banque a été nommé PDG, il a dû rompre son contrat de travail et a donc perdu une partie de ses droits à la retraite complémentaire. « Un complément de rémunération » lui a donc été accordé pour éviter qu’il vive ses vieux jours dans la misère, faute d’avoir complété ses annuités. Et cette « compensation » pour cause de promotion s’élève à 300 000 € par an. Soit des émoluments approchant au total les 2,5 millions d’euros. On imagine déjà les cris d’orfraie qui auraient accompagné de telles pratiques – toute proportion gardée – dans la Fonction publique ou chez les cheminots. Mais sur le cas Oudéa, silence. Les directeurs généraux et les proches collaborateurs du PDG profitent d’avantages équivalents : en 2011, les dix plus fortes rémunérations approchaient les 24,5 millions d’euros, en augmentation de 50% en deux ans. Quand le guichetier de base, dont les services sont payés 127 fois moins que ceux du grand patron, se voit, de son côté, octroyer une augmentation de… 1,3%.

Record absolu du recours aux stagiaires…

Cette hausse de la rémunération du PDG s’inscrit pourtant dans un contexte où la direction cherche à réaliser des économies, histoire de remonter le cours de l’action (dont dépend l’ampleur des prochaines parts variables des dirigeants) et de se conformer aux nouvelles règles d’exposition aux risques (Bâle 3) : la banque doit disposer de 10% de capitaux propres comparé à l’ensemble de ses encours, placements financiers et prêts (pour 100 € prêtés ou investis, la banque doit en posséder 10 €). Or, fin mars, cette couverture n’était que de 8,7%. Pour augmenter les capitaux propres, le bas de la pyramide sera mis à contribution. La Société générale a ainsi annoncé la suppression future de plus d’un millier de postes dans le monde (sur 154 000 salariés), dont environ 500 en France. Face à ce dégraissage, et au souhait de la direction de délocaliser une partie des services comptables en Roumanie, l’ensemble des syndicats représentatifs ont négocié un accord neutralisant, selon Philippe Fournil, délégué CGT, « les effets négatifs de l’ANI », l’Accord national interprofessionnel voté par la gauche gouvernementale. « La direction ne pourra pas licencier un salarié au motif qu’il refuse la mobilité interne (synonyme de déplacement géographique, ndlr). De plus cet accord impose à la direction de trouver des solutions de reclassement interne pour les salariés dont les postes seront supprimés », explique le délégué CGT dansL’Humanité. Si la direction ne veut pas flexibiliser le travail comme elle l’entend, restera toujours le recours aux stagiaires, dont la Société générale détient le record absolu. En 2011, 11 241 stagiaires ont défilé dans les bureaux et agences de la banque (quand BNP Paribas n’en compte que 2 766 pour un effectif similaire). Soit, en proportion, 26,7% de l’effectif permanent !

… Et explosion des bonus pour les traders

Un souci d’économies qui n’empêche pas la Société générale de payer ses traders au prix fort : les 2 880 traders et « preneurs de risques » ont perçu une rémunération moyenne de 292 000 euros en 2012, selon L’Agefi. Dont un bonus variable qui « a bondi de 45% », selon le site d’informations financières. Les banques concurrentes ont repris, elles aussi, les bonnes vieilles traditions, d’avant la chute de Lehman Brothers : BNP Paribas rémunère en moyenne 335 339 euros chacun de ses 3 189 traders, et le Crédit agricole 236 952 euros ses 1 207 « preneurs de risques ». La crise, c’est pour ceux qui triment dans l’économie réelle, et se débattent avec des clients ou des PME mécontents. Frédéric Oudéa est le PDG qui s’est le plus augmenté en quatre ans : 99% depuis 2009, soit des revenus multipliés par deux. Sa rémunération demeure cependant inférieure à celle de son principal rival, Jean-Laurent Bonnafé. Le Directeur général de BNP Paribas perçoit près de 2,9 millions d’euros au titre de l’exercice 2012 [2] Une augmentation de 42% par rapport à 2012. En bas de l’échelle, les 20 000 techniciens de BNP Paribas ont été augmentés en moyenne de 2,8% entre 2010 et 2011. La banque de détail et le service aux usagers, ce n’est pas cela qui compte.

Par Ivan du Roy (15 mai 2013)

Notes

[1] Selon le bilan social 2011 de l’entreprise, pour les techniciens masculins de niveau A, B, C, qui représentent environ 10% de l’effectif permanent.

[2] Part fixe : 1 150 000 € ; part variable : 672 000 € ; part variable différée : 1 008 000 € ; jetons de présence au Conseil d’administration : 143 540 €.

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15 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Au Bangladesh, une ouvrière du textile meurt tous les deux jours (Bastamag)

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Plus de 1 700 morts en huit ans.

Tel est le lourd tribut payé par les ouvrières du textile au Bangladesh pour fournir à bas coûts des tee-shirts ou des chemises aux grandes marques occidentales. Avec un millier de morts, la catastrophe du Rana Plaza a enfin attiré l’attention de l’opinion. Et obligé les grandes enseignes à réagir en signant un accord qui devrait faire date. De leur côté, les grandes marques françaises, comme Carrefour, qui continuent de s’abriter derrière leurs codes de bonne conduite, peinent à s’engager véritablement. Des vêtements destinés à une marque du groupe Carrefour étaient bien fabriqués dans les ateliers du Rana Plaza, l’immeuble qui s’est effondré le 24 avril dernier au Bangladesh, ensevelissant 1 127 personnes, non loin de Dacca, la capitale du pays. « Après plus de trois semaines de recherches, nos équipes sur place ont confirmé le fait que les 3 000 ouvriers présents lors de la catastrophe travaillaient notamment pour Tex, la marque textile de Carrefour », précise Dorothée Kellou, de Peuples solidaires et du Collectif Éthique sur l’étiquette. Mais le géant français de la grande distribution nie avoir recours aux usines qu’hébergeait l’immeuble qui s’est écroulé. Se contentant d’un bref communiqué qui explique que la marque « n’avait pas de relations commerciales avec les fournisseurs du Rana Plaza ». Carrefour a cependant indiqué au dernier moment, dans la soirée du 14 mai, que le groupe rejoignait finalement les signataires de « l’accord de prévention des incendies et de sécurité des bâtiments au Bangladesh », que plusieurs poids lourds de l’habillement, tels Zara, H&M et C&A, ont signé le 13 mai.

En négociation depuis 2008, l’accord prévoit de renforcer le contrôle des sous-traitants au Bangladesh, auxquels les grandes marques européennes font allègrement appel. Inspections indépendantes des bâtiments, formation des travailleurs à leurs droits par les syndicats, publication des rapports d’enquêtes et des rénovations obligatoires des bâtiments… Cet accord va beaucoup plus loin qu’un simple audit. « Il est unique en ce qu’il est soutenu par l’ensemble des représentants des travailleurs du secteur au Bangladesh et internationalement », défendent Peuples Solidaires et le Collectif Éthique sur l’étiquette, relais en France de cette campagne internationale. C’est en Allemagne que se sont déroulées les dernières négociations entre les entreprises de prêt-à-porter et plusieurs organisations de défense des droits des travailleurs dans le monde. Parmi elles : l’IndustriALL Global Union, une fédération de 50 millions de travailleurs de 140 pays, mais aussi le Clean Clothes Campaign (représenté en France par le Collectif Éthique sur l’étiquette) ou encore Avaaz, une ONG internationale de cyber-militantisme.

Les marques françaises ne s’engagent pas

L’ampleur de la catastrophe du 24 avril, et les pressions de la société civile – un million de personnes ont signé la pétition demandant aux marques de signer cet accord – ont permis aux ONG et syndicats de faire céder les entreprises. « La décision des groupes PVH (qui possède les marques Calvin Klein et Tommy Hilfiger) et Tchibo, qui ont signé l’accord dès la fin 2012, a été essentielle dans cette avancée », souligne Peuples solidaires. Le sujet ne semble malheureusement pas prioritaire pour les marques françaises, alors que sur les étiquettes retrouvées dans les monceaux de béton du Rana Plaza, à côté des cadavres, figurent des noms tels que CamaÏeu, Auchan/In Extenso ou encore Tex, la marque textile de Carrefour. Seul le groupe Carrefour ayant finalement indiqué qu’il parapherait l’accord. Le leader français de la grande distribution s’est longtemps défilé, s’abritant derrière sa charte éthique et les audits dont elle est la seule à connaître le contenu. En 2005, Carrefour avait refusé de participer au fonds commun d’indemnisation des victimes d’un effondrement d’usine, qui avait fait 64 morts et 80 blessés au Bangladesh. Arguant qu’il avait mis des soutiens en place de son côté. Sans aucun contrôle des ONG locales. Idem en novembre 2012, lors de l’incendie de l’usine Tazreen. « Carrefour travaille bien avec le groupe Tuba qui possède l’usine Tazreen. Mais aucun de nos articles n’est confectionné dans cette usine », avait tenu à préciser le service de communication de l’entreprise après la publication d’un article de Basta !. Cette fois, la com’ est aux abonnés absents…

1 700 morts en huit ans

Tout le monde ne se défausse pas. Le britannique Primark a ainsi admis avoir des liens avec des intermédiaires qui possédaient des ateliers dans le Rana Plaza. L’entreprise a aussi promis d’indemniser les familles des victimes. La marque britannique Bon Marché, les espagnoles El Corte Ingles ou Mango et la nord-américaine Joe Fresh ont confirmé leurs relations avec les ateliers meurtriers. Sans se prononcer pour le moment sur d’éventuelles indemnisations. « Indemniser, c’est bien. Prévenir les catastrophes, c’est encore mieux », souligne Dorothée Kellou. C’est pourquoi l’accord signé ce 13 mai, « est un pas crucial vers la sécurisation des usines d’habillement au Bangladesh ». Il était grand temps que les choses avancent. Le Bangladesh est en effet souvent endeuillé à cause de l’industrie du textile. Le 8 mai dernier, alors même que le macabre décompte du Rana Plaza n’est pas clos, un incendie entraîne la mort de huit personnes dans un autre immeuble de Dacca, asphyxiées par la fumée toxique de vêtements en acrylique. Présenté comme « la pire catastrophe industrielle » du pays, l’accident – prévisible – du 24 avril est à inscrire sur une longue liste de drames. « Depuis 2005, plus de 1700 personnes sont mortes en fabriquant des vêtements au Bangladesh », rappelle Dorothée Kellou. Soit une tous les deux jours. Avec à chaque fois, dans les décombres, des étiquettes de marques occidentales, qui rechignent trop souvent à reconnaître leur part de responsabilité.

La main d’œuvre la moins chère du monde

La série noire commence en 2005, avec l’effondrement d’une usine qui tue 64 personnes, et en blesse 80 autres. Un an plus tard, une suite d’incendies tuent 85 personnes et en blessent 207 autres. En 2010, une trentaine de personnes meurent asphyxiées et brûlées dans deux graves incendies. En cause : des installations électriques défectueuses, des sorties de secours bloquées ou inaccessibles et l’absence d’alarmes incendie. Autre facteur d’accident : l’inadaptation des bâtiments dans lesquels sont installés les ateliers de confection. Le Rana Plaza comptait ainsi trois étages de plus que prévu. Les fondations n’étaient donc pas appropriées. L’édifice était de plus conçu pour héberger des bureaux et un centre commercial. Pas des milliers de machines à coudre alimentées par d’énormes, et très lourds, générateurs installés sur les toits. Deuxième exportateur mondial de produits textiles, juste derrière la Chine, le Bangladesh propose l’une des mains d’œuvre les moins chères du monde. 30 euros par mois contre 150 ou 200 en Chine. Une optimisation sociale alléchante pour les grandes marques, qui peuvent ainsi baisser leur prix sur le marché occidental, tout en empochant de substantiels bénéfices. Ceux de l’espagnol Mango sont passés de un à deux milliards d’euros entre 2004 et 2012. Carrefour a triplé son bénéfice net en 2012, pour atteindre 1,23 milliard d’euros. Et chez Primark, le groupe d’habillement le moins cher outre-Manche, les profits ont été multiplié par cinq en dix ans. Un grand merci aux ouvrières bangladaises… et aux autorités du pays. Car c’est dans les années 70 que le secteur du textile commence à s’implanter au Bangladesh. Avec la mise en place de zones franches, dans lesquelles les entreprises bénéficient de conditions fiscales très avantageuses. Le boom de l’habillement, dans les années 90, signe l’envolée de l’industrie locale, qui représente aujourd’hui 15% du PIB du pays, et 80% de ses exportations.

10 à 12 heures de travail par jour, sept jours sur sept

Une aubaine, pour ce tout petit pays, dont la densité de population est l’une des plus élevées de la planète, dépourvu de richesses naturelles, et avec une agriculture qui peine à nourrir ses habitants. 40% des ouvriers du pays travaillent aujourd’hui dans le secteur, soit près de trois millions de personnes, des femmes pour la plupart. Qui taillent, piquent, cousent et transportent les marchandises à longueur de journées. Officiellement 48 heures hebdomadaires, avec un jour de congé. Plus souvent 10 ou 12 heures par jour, et sept jours sur sept. Avec de nombreuses heures supplémentaires non payées et des obligations de verser des bakchichs aux superviseurs. « Le quotidien est vraiment très pénible, insiste Dorothée Kellou. Les gens sont payés moins que rien, ils sont debout toute la journée, et vont au travail la peur au ventre. » Aux incendies et risques d’effondrement, il faut ajouter, pour les femmes, des risques importants de violences sexuelles. L’autre visage de la mondialisation.n La situation est tellement épouvantable que plusieurs révoltes, souvent violentes, ont éclaté. Au printemps 2006, des dizaines de milliers d’ouvriers se mobilisent dans un très vaste mouvement de grève, qui touche la quasi-totalité des 4 000 usines. L’association des fabricants et des exportateurs de vêtements du Bangladesh (BGMEA) fait appel aux forces de police qui procèdent à une féroce répression. Trois ouvriers sont tués, des centaines d’autres sont blessés par balles, et emprisonnés. En 2010, une nouvelle vague de protestation agite le pays. Près de 1 000 personnes sont blessées parmi les travailleurs, suite à des actions policières. Une cinquantaines de personnes sont arrêtées. De nouvelles grèves et protestations viennent d’éclater.

50 marques seraient impliquées

Le respect de la liberté syndicale, inexistante au Bangladesh, fait partie des revendications des ONG et syndicats réunis au sein de la Clean Clothes Compaign. « Si les salariés avaient un droit de retrait, la catastrophe du Rana Plaza n’aurait sans doute pas eu lieu », remarquait Christophe Aguiton, membre du conseil scientifique d’Attac, dans l’émission C dans l’air, consacrée au drame bangladais. La veille du drame, des salariés ont signalé des fissures sur l’édifice. Mais on leur a intimé l’ordre de reprendre le travail. Les clients n’attendent pas. Qui sont ces clients ? « 50 marques seraient impliquées, répond Dorothée Kellou. Mais il est très difficile de savoir qui se fournissait dans ces usines. » Sur place, les associations locales procèdent à un travail de fourmis. Outre les étiquettes retrouvées dans les décombres, il y a les documents douaniers. Mais ils ne sont pas forcément à jour. Et il n’est pas évident de se les procurer. Quant aux grandes marques dont on sait qu’elles s’approvisionnent au Bangladesh, elles ne sont pas forcément coopératives… Gardant secrètes, par exemple, leurs listes de fournisseurs. « Cela nous trouble un peu de savoir que des étiquettes Tex (Carrefour, ndlr) aient pu être retrouvées sur place », confie Elin Wrzoncki, de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). Car depuis 16 ans, la FIDH a mis en place un partenariat avec le leader de la grande distribution [1], Carrefour s’engageant à contrôler l’ensemble de sa chaîne de sous-traitance. Au Rana Plaza, cela ne semble pas être le cas. Or, « ce point fait partie des termes de notre partenariat avec Carrefour », poursuit Elin Wrzoncki . « S’il y a un contrôle des fournisseurs de rang 1, mais s’il n’y a pas de contrôles des autres rangs, c’est très ennuyeux. »

Responsables mais pas coupables

Qui est responsable du millier de morts piégés dans ces ateliers non conformes ? Et des centaines de blessés, dont certains vont rester handicapés à vie ? Sur place, une douzaine de personnes ont été arrêtées. Dont le propriétaire de l’immeuble et quatre propriétaires d’ateliers. Le niveau de corruption du pays est tel qu’il est fort possible que des fonctionnaires, voire des élus, soient impliqués dans le drame [2]. Seront-ils inquiétés ? Les suites de l’enquête le diront. Les Bangladais interpellés sont pour le moment les seules personnes à pouvoir faire l’objet de poursuites pénales, de la part des familles de victimes notamment. Quid des donneurs d’ordre ? Benetton, Carrefour et consorts ? « Ils ne pourront pas être poursuivis pénalement pour ce millier de morts, n’étant pas responsables des agissements de leurs filiales et sous-traitants », déplore Sophia Lakhdar, directrice de l’association Sherpa, qui défend les populations victimes de crimes économiques. De nombreuses associations et syndicats réclament la fin de cette irresponsabilité juridique des maisons mères, qui rime avec impunité. Quelques brèches ont été ouvertes. Notamment suite à la catastrophe de l’Erika, dont l’entreprise Total a été reconnue responsable. Mais les dommages, à savoir la pollution des eaux et de la côte, se situaient sur le territoire français. Comment faire quand les atteintes aux droits sociaux ou environnementaux se déroulent à l’autre bout du monde ?

Hypocrisie des grandes marques

L’association Sherpa espère que la plainte déposée en février dernier contre Samsung pour « pratique commerciale trompeuse » fera avancer la jurisprudence. Le géant coréen est accusé par plusieurs associations et syndicats de mentir à ses clients en invoquant des engagements éthiques à des fins purement marketing. Une pratique baptisée « fair washing », qui repose sur le système très contesté des audits sociaux. Des audits commandités par le donneur d’ordre lui-même, rarement réalisés par surprise dans les ateliers, quand ils ne sont pas à leur tour sous-traités. Leur contenu demeure, le plus souvent, confidentiel. Ni les travailleurs, ni l’administration, encore moins les syndicats n’ont accès à ces documents, qui permettent pourtant aux multinationales de communiquer sur leurs « performances » en terme de respect des droits sociaux et environnementaux. A l’image de Carrefour, qui se réfère régulièrement au « Global Social Compliance Programme » (Programme de conformité social), qui réunit les géants du secteur, d’Adidas à Wal-Mart, en passant par Auchan, Carrefour, Ikea ou Unilever, et censé identifier et standardiser les « meilleures pratiques ». De quoi ensuite inspirer de belles chartes éthiques et autres codes de bonne conduite, totalement déconnectés des réalités du terrain.

Le Rana Plaza avait été audité

Triste preuve du caractère dérisoire de ces audits : au Rana Plaza, deux usines avaient été auditées par la Business Social Compliance Initiative (BSCI), qui mène des audits sociaux pour le compte de plus de 1 000 entreprises. Les auditeurs s’étaient attardés sur les conditions de travail plus que sur la qualité du bâti. Interrogé par Basta !, l’espagnol Mango précise que même en cas d’audit, « il n’aurait pu détecter le caractère instable du Rana Plaza. Ne disposant pas des documents lui permettant de savoir que trois étages supplémentaires avaient été ajoutés ». De son côté, le britannique Primark, dont des étiquettes ont été retrouvées dans les décombres, était signataire de l’Ethical Trading Initiative, qui regroupe des entreprises, des syndicats et des associations. « Quand il y a un risque juridique, les acteurs changent plus facilement de comportement », estime Elin Wrzoncki. Selon elle, cela pourrait passer « par un renforcement du devoir de vigilance des multinationales sur les droits humains et l’environnement ». Pour le moment, ce devoir de vigilance n’est pas contraignant. Il a simplement été décrété par l’ONU. « On pourrait imaginer que les États membres transcrivent ces principes en obligations dans leur droit national », propose Sophia Lakhdar. Pour Elin Wrzoncki, les grandes marques doivent aussi s’unir pour faire pression sur le gouvernement bangladais. « Si elles ont les mêmes exigences, et qu’elles conditionnent leur installation dans le pays au respect des droits des travailleurs, il y a de grandes chances pour que les dirigeants les écoutent. » Au risque de réduire leur marge, alors qu’au cœur même de l’Union européenne, la « santé et sécurité au travail » est considérée comme « un fardeau » ? La tragédie du Rana Plaza servira-t-elle d’électrochoc ? Le gouvernement du Bangladesh a déposé un texte de loi qui autoriserait la création de syndicats au sein des ateliers de confection. Il a aussi annoncé la mise en place d’une commission qui prévoit d’augmenter le salaire minimum des ouvriers du textile. Les principaux concernés restent très mobilisés. Des centaines d’usines ont dû être fermées ce 14 mai, pour une durée indéterminée, en raison de « l’agitation de la main d’œuvre ». Bien décidée à ne plus mourir écrasée, brûlée vive ou asphyxiée pour les profits de grandes enseignes occidentales.

- Mise à jour : 15 mai, 9h39, suite à l’information que Carrefour allait probablement signer l’accord qui prévoit de renforcer le contrôle des sous-traitants au Bangladesh.

Notes

[1] Mis en place à partir de 1997, le partenariat Carrefour-FIDH permet à l’ONG de visiter les ateliers des fournisseurs de la marque partout dans le monde.

[2] Le Bengladesh est l’un des pays les plus corrompus du monde, classé parmi les très mauvais élèves par Transparency international, organisation non gouvernementale de lutte contre la corruption.

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15 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Inégalités : le retour des pharaons (Lmd)

Inégalités : le retour des pharaons (Lmd) dans Austérité idees_noires

« Les inégalités ont toujours existé », entend-on souvent dire par ceux qui aimeraient banaliser leur flambée.

Certes, mais elles étaient encore plus prononcées du temps des pharaons. Notre modernité s’inspirerait-elle donc du temps de l’Egypte ancienne ? Inde, Chine, Russie, Italie, Etats-Unis, pays du Golfe : l’essor des fortunes et du nombre de milliardaires paraît caractériser l’état des lieux, comme le détaille le dernier numéro du Monde diplomatique. Un dernier exemple vient de nous en être donné dans les entreprises américaines.

Ainsi que le rappelle Business Week (1), qui ne passe pas pour une publication anticapitaliste, le très célèbre théoricien du management Peter Drucker avait théorisé en 1977 qu’une entreprise dans laquelle les écarts de salaires dépassaient un rapport de 1 à 25 voyait ses performances diminuer. Car plus les inégalités se creusent, plus une mentalité individualiste destructrice sape le travail collectif, l’esprit d’équipe et, au final, les résultats de l’entreprise, y compris pour ses actionnaires. Être payé autant en une journée que d’autres en un mois semblait donc représenter la limite à ne pas dépasser. Non pas tant pour les ouvriers et employés qui, en général, ne se font guère d’illusion sur le côté « famille heureuse » de la structure privée qui les emploie (« Ils sont déjà persuadés, écrivait Drucker, que leurs patrons sont des escrocs »). C’est donc plutôt de l’encadrement que les problèmes surgiraient : au-delà d’un certain écart de rémunération, le cynisme gagne, le cœur à l’ouvrage se perd, l’absentéisme s’envole.

Logiquement, Business Week a donc voulu savoir quelle était la situation actuelle aux Etats-Unis.

C’est peu de dire que l’écart de 1 à 25 est pulvérisé. J. C. Penney, qui vend des chemises et des pantalons bon marché, permet aussi à son patron de ne pas se soucier de faire des économies vestimentaires. Chaque jour, la rémunération de Ronald Johnson correspond en effet à plus de six années de salaire d’un de ses employés. Car l’écart va de 1 à 1 795 entre la paie annuelle du premier (53,3 millions de dollars) et celle du vendeur moyen (vraisemblablement une vendeuse…), de J. C. Penney (29 000 dollars). A Abercrombie (2), médaille d’argent de l’iniquité, l’écart va de 1 à 1 640. Parmi les autres « lauréats » de ce classement, Starbucks est cinquième (écart de 1 à 1 135). Et Ralph Lauren, Nike, Ebay, Honeywell, Walt Disney, Wal-Mart et Macy’s se disputent les vingt premières places. A Intel, centième (et dernier) de la liste, l’égalité n’est pas tout à fait réalisée non plus, mais l’écart n’est « que » de 1 à… 299 (3).

Bien sûr, certains vont trouver injuste de mettre sur le même plan la rémunération d’un « capitaine d’industrie » — forcément brillant, talentueux, innovant — avec celle d’un de ses employés qui, lui, n’aurait d’autre souci dans la vie que d’obéir. L’étude d’une autre publication, tout aussi peu subversive que Business Week, risque par conséquent de les décontenancer. Consacrant un dossier détaillé aux « Entreprises plus fortes que les Etats », L’Expansion (mai 2013) a cette fois comparé la rémunération des patrons du privé avec celle de responsables politiques de premier plan, à qui il arrive peut-être, à la Maison Blanche ou à l’Elysée, de prendre des décisions qui ne sont pas insignifiantes. On apprend alors que M. Tim Cook, patron d’Apple gagne près de 1 000 fois le salaire annuel de son compatriote Barack Obama (378 millions de dollars dans un cas, 400 000 dollars dans l’autre). Et que M. Maurice Lévy, patron (intouchable) de Publicis, s’attribue 127 fois la rémunération de son compatriote François Hollande.

(1) Elliot Blair Smith et Phil Kuntz, «  Disclosed : the pay gap between CEOs and employees  », 6 mai 2013.

(2) L’enseigne de prêt-à-porter s’est encore illustrée récemment, comme le relevait Rue89, par son refus de faire don des vêtements invendus, préférant les brûler.

(3) Le patron d’Intel, Paul Otellini, s’adjuge 17,5 millions de dollars par an, contre 58 400 dollars à son salarié moyen.

mardi 14 mai 2013 http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2013-05-14-Inegalites

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15 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Quimper: Pleucadeuc, l’abattoir Doux (147 emplois) liquidé (OF)

 Quimper: Pleucadeuc, l’abattoir Doux (147 emplois) liquidé (OF) dans Crise doux-2-242x300

Le tribunal de commerce de Quimper (Finistère) a prononcé, ce mardi, la liquidation de l’abattoir Doux de Pleucadeuc. 147 postes sont supprimés.

L’usine de Pleucadeuc était la dernière unité du pôle frais du groupe Doux. Elle était spécialisée dans l’abattage de dindes. La décision du tribunal de commerce était redoutée depuis plusieurs semaines. Le 6 mai dernier, lors de l’ultime audience, le sort de l’abattoir semblait déjà scellé. Faute d’une proposition émanant d’un groupe britannique qui ne s’est jamais concrétisée, aucune autre issue ne paraissait possible.

Les salariés eux-mêmes, qui se battaient pour la survie de l’usine depuis un an, n’y croyaient plus.

Pour les 147 postes désormais supprimés, 90 propositions de reclassement ont été présentées. Dix sur le site de la Vraie-Croix (Morbihan) et 80 sur les autres usines du groupe. Ces propositions n’ont pas rassuré les délégués syndicaux. « Quand on sait que 60 % des salariés de Pleucadeuc ont plus de 60 ans, on peut se demander qui va travailler à Quimper ou Châteaulin à cet âge-là ? » s’interrogeait Gérard Gillet, délégué CFDT, le 6 mai.

Économie mardi 14 mai 2013

http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Pleucadeuc.-L-abattoir-Doux-147-emplois-liquide_55257-2192250_actu.Htm

Commentaire: Oui mais Doux sauve sa cassette! C’était pas çà l’unique but du jeu?

15 mai 2013

L’abattoir Doux de Pleucadec dans le Morbihan vient d’être mis en liquidation judiciaire. Cela veut dire que 147 travailleurs vont être licenciés. Beaucoup d’entre eux ont plus de 50 ans et n’ont eu que Doux comme employeur depuis des décennies. Ils n’ont presque aucune chance de retrouver un jour du travail. Si les conséquences de la faillite de Doux ont été subies par des milliers de salariés du groupe, par contre la fortune de la famille Doux, qui se classe dans le top 500 des riches français, n’a pas servi à secourir les licenciés. Ce serait pourtant une simple mesure de justice puisque elle a été acquise sur le travail des ouvriers des abattoirs.

 

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09 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Austérité : un tournant ?

Austérité : un tournant ? dans Crise humour4

La commission européenne a accordé le 3 mai un délai de deux ans à la France (et à d’autres pays) pour ramener son déficit budgétaire à 3 %, conformément à la « règle d’or » des traités européens. Cela deux semaines après le lancement d’une polémique, au sein même du parti socialiste, sur l’austérité en Europe.
Ce fut alors un vrai « petit débat à la con ». Suite à la diffusion d’un brouillon de rapport interne à la direction du PS déplorant « l’égoïsme » du gouvernement allemand, Bartolone réclama une « confrontation » avec Merkel, Valls cria à l’irresponsabilité, la droite condamna la démagogie socialiste, Hollande synthétisa : la France est en « tension amicale » avec l’Allemagne. Bref, un « débat » bien fait pour masquer les vrais problèmes et alimenter les préjugés nationalistes. C’est dans ce contexte que Moscovici s’est réjoui de la décision de la Commission européenne. « Entre la réduction des déficits et le soutien à la croissance, c’est [le dernier point] qui l’emporte et c’est fondamental. (…) Ce sont les thèses françaises qui ont été entendues. » Il y aurait donc un virage, de l’austérité (allemande ?) vers la « relance » (française ?) ?

La crise s’aggrave
La décision de la commission n’a pourtant rien d’extraordinaire. D’abord, il s’agit un simple délai. Pas une remise en cause de fond des politiques d’austérité. La commission ne fait que constater l’impossibilité d’appliquer la « règle d’or ». Partout la crise du capitalisme, conjuguée aux plans d’austérité, se traduit par la récession, qui fait plonger les recettes fiscales et donc… enfler les déficits. Bruxelles prévoit une récession de 0, 4 % pour la zone euro cette année, un tout petit + 1, 2 % pour 2014. En France une récession prévue de 0, 1 % du PIB en 2013 devrait donc s’accompagner d’un déficit budgétaire de l’État de 3, 9 % du PIB en 2013, et de 4, 2 % en 2014. La commission a demandé au gouvernement français d’accélérer les réformes du marché du travail, des retraites, des services publics, et les dirigeants socialistes se sont empressés de dire qu’ils feraient ces réformes !

La faute à l’Allemagne ?
Le débat sur l’austérité va donc (heureusement) continuer à faire rage. Mais faut-il insister sur une « responsabilité allemande » ? En Europe, il y a des situations économiques différentes d’un pays à l’autre, et des rapports de force. L’Allemagne est l’État qui a aujourd’hui le plus intérêt à imposer l’austérité la plus systématique. Il est aussi incontestable que l’on voit, depuis le début de la crise, se durcir des relations qui fleurent le néo-colonialisme au sein de l’Union européenne. Les plus grandes puissances européennes ont imposé des réformes semblables aux plans d’ajustement structurel du FMI dans les pays qu’on disait du « tiers-monde », à la Grèce, à Chypre, ou au Portugal, avec la même arrogance antidémocratique. Mais si la France est censée être un « pays du milieu », par la situation économique, entre ceux du nord et ceux du sud du continent, ses gouvernements, sous Sarkozy puis sous Hollande, ont été pleinement coresponsables de ces politiques, en accord avec l’Allemagne sur l’essentiel, pour le plus grand profit de ses riches, de ses grandes entreprises et de ses banques.
C’est qu’au-delà de la situation de tel ou tel pays, il y a une sorte de programme commun de tous les capitalistes du continent européen, du nord au sud : leur argent est placé partout, en titres financiers divers, via un système financier globalisé, et ils tiennent tous à maintenir la valeur de leurs fortunes, leurs titres de dettes publiques, leurs actions, leurs créances. Pour cela, les États doivent payer leurs dettes rubis sur ongles, ne doivent pas laisser filer l’inflation, et doivent « sécuriser » les institutions financières et les fortunes. À l’inverse, tous les travailleurs européens, les Allemands comme les Français et ceux du sud, doivent être plongés dans l’insécurité sociale généralisée, par ces fameuses « réformes » qui doivent servir de levier pour exploiter toujours plus les salariés. Les socialistes européens, même ceux de la gauche du PS français, n’ont pas d’autre horizon. Leurs gesticulations (inspirées de Mélenchon ?) contre « l’hégémonie » allemande sont dérisoires et contribuent à diviser les classes populaires du continent. Et comme par hasard, plus ils sont virulents dans le chauvinisme, moins ils sont radicaux sur le plan économique, face aux profits et comportements des banques et des grandes entreprises françaises… et aux responsabilités de leur propre gouvernement.

Yann Cézard Mercredi 8 mai 2013

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04 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Lorient, fermeture de l’usine Cobral. Licenciements économiques (OF)

Lorient, fermeture de l’usine Cobral. Licenciements économiques (OF) dans Crise charette-300x187

Dans quinze jours, l’usine Cobral de Lorient (groupe Cecab), spécialisée dans la fabrication de plats surgelés, fermera ses portes. La production est transférée à Pontivy. Sur les 63 personnes que compte le site lorientais, 53 sont sous la menace d’un licenciement économique.

Situation économique

« Le personnel de la Cobral est très attaché à son entreprise, commente un représentant du personnel. Mais, en même temps, nous sommes lucides sur sa situation économique qui nécessite le regroupement des usines de Lorient et Pontivy, à Pontivy. Rapidement, les chiffres l’ont confirmé. Ensuite, on s’est concentré sur la gestion du plan social ».

Transfert à Pontivy

L’activité de l’usine Cobral-Lorient va en conséquence être transférée sur le site de Pontivy, dans lequel près de 4 millions d’euros sont investis. Dix des soixante-trois salariés lorientais ont accepté le transfert. A défaut d’avoir trouvé un emploi ou une solution de reclassement d’ici le 17 mai, les cinquante-trois autres seront licenciés.

Cellule et congé de reclassement

Des propositions de reclassement ont été faites dans d’autres filiales du groupe Cecab. Ces offres n’ont, à ce jour, pas été acceptées par les salariés concernés car trop éloignées de leur lieu de vie. Le plan social de Cobral, signé le 22 février dernier, prévoit la mise en place d’une cellule, et d’un congé de reclassement qui permet aux employés de percevoir leur salaire pendant six à neuf mois.

Social vendredi 03 mai 2013

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03 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Oui, en France, certains salaires augmentent. La preuve ! (Marianne)

Oui, en France, certains salaires augmentent. La preuve ! (Marianne) dans Economie rich-poor-283x300

Jeudi 2 Mai 2013 à 12:47 |
Laurent Neumann – Marianne

Décidément, il faut lire chaque matin l’excellent quotidien économique Les Echos, propriété du non moins excellent Bernard Arnault, Pdg du groupe LVMH. Ne serait-ce que pour rire un peu avant de partir au boulot – rire jaune, en l’occurrence. Titre de ce Une ce matin : « Les salaires des patrons du CAC 40 écornés par la crise ». On se précipite à la page 25 en se disant que les stars de l’indice phare de la Bourse de Paris ont enfin gagné en modestie, que l’idée d’une nécessaire pudeur salariale en temps de crise leur a enfin traversé l’esprit.  Et, de fait, on apprend qu’en 2012, les 40 patrons de ces grandes entreprise ont vu leurs rémunérations baisser de 4% par rapport à 2011  : ils n’ont gagné « que » 92,7 millions d’euros. Soit, en moyenne, plus de 2,3 millions par tête de pipe. Soit, si l’on préfère, près de 200.000 euros par mois ! L’équivalent d’environ 150 Smic mensuels. Bonjour la modération salariale…

Mais quand on entre dans le détail de leurs émoluments, on manque de s’étrangler.
Maurice Lévy, le président du directoire de Publics, a vu sa rémunération progresser de 33% à 4,8 millions d’euros. Celle de Bruno Lafont, Pdg de Lafarge (2,8 millions d’euros), a décollé de 83%, notamment grâce à une prime de bons résultats de 800.000 euros ; celle de Jean-Laurent Bonnafé, le patron de BNP Paribas (2,8 millions d’euros), a été majorée de 33%. Et l’on pourrait poursuivre la litanie de ces managers qui ne connaissent pas la crise : Technip (2,5 millions) : + 27% ; Société Générale (2,5 millions) : + 26% ; Schneider Electric (2,4 millions) : + 15 % ; Véolia (1,5 million) : + 38%… Preuve que les salaires des grands patrons n’ont pas tous été « écornés par la crise »…
Le vrai gag de ce tableau d’honneur salarial est à mettre à l’actif de Carlos Ghosn, le PDG de Renault. A l’occasion de l’accord sur la compétitivité du groupe signé avec les syndicats, il s’est engagé à reporter à 2016 le versement de 30% de sa part variable. Quel beau geste ! Des 1,4 million d’euros qu’il devait toucher cette année, il ne percevra donc « que » 1 million. Mais le total de ses salaires (fixe + variable) s’élève tout de même à 2,6 millions d’euros. Auquel il faut ajouter son salaire de Pdg de Nissan : plus de 9 millions d’euros. Qui a envie de pleurer ? Certains patrons, en revanche, ont bel et bien vu leurs salaires chuter, et sacrément, tel Franck Riboud, le Pdg de Danone (3,2 millions d’euros en baisse de 26%) ou Martin Bouygues (900.000 euros, en baisse de 60%). Quoiqu’il en soit, nos patrons-stars restent bel bien parmi les mieux payés d’Europe. Ouf !

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23 avril 2013 ~ 0 Commentaire

Dette et croissance : une erreur d’Excel à l’origine de l’austérité ? (Avanti.be)

Dette et croissance : une erreur d’Excel à l’origine de l’austérité ? (Avanti.be) dans Economie 20120707-the-economist-juillet-300x288

Dans ce court article, Francisco Louça revient sur l’ « affaire Reinhart et Rogoff », les deux économistes qui ont affirmé, étude à l’appui, qu’un pays ayant une dette élevée ne pouvait connaître une croissance importante.

C’est sur base de leurs travaux que de nombreux gouvernement justifient l’austérité afin de résorber les dettes publiques. Or, une étude récente a démontré que les calculs des deux économistes étaient grossièrement faux, tout comme leurs conclusions. Au-delà de la nécessaire remise en question du concept de « croissance » capitaliste, comme l’écrit l’économiste néo-keynésien Paul Krugman : « Ce que met en lumière l’affaire Reinhart et Rogoff, c’est la manière avec laquelle on nous a vendu l’austérité avec de faux prétextes. » Bien entendu, la source de l’austérité ne provient pas d’une « simple erreur de calcul en Excel » : il s’agit d’un choix politique dicté par les intérêts de la classe dominante et tout est bon pour le justifier (Avanti4.be).

Francisco Louça

Carmen Reinhart, ancien haut fonctionnaire du FMI, et Kenneth Rogoff, universitaire, ont publié un livre influent sur la dette au long de l’histoire (« This Time is Different », traduit dans de nombreuses langues). J’avais mentionné ce livre pour sa démonstration selon laquelle presque tous les pays développés ont renégocié et restructuré leurs dettes de manière unilatérale quand cela était nécessaire.

Mais ce qui attire aujourd’hui l’attention publique aux Etats-Unis c’est un autre argument : que les pays les plus endettés ont une croissance moindre, thèse qu’ils ont résumé dans un article qui a eu un énorme impact : « Growth in a Time of Debt » . Les Républicains ont cité cet article pour justifier leur volonté d’interdire toute augmentation de la dette publique.

Or, il se fait que l’article était erroné. Sa base de données (*) fut mal construite ; la feuille de calcul Excel qu’ils ont utilisé pour faire leurs calculs était mal programmée, la statistique est défectueuse et les conclusions sont erronées. Michael Ash, directeur du département d’économie de l’Université du Massachusetts à Amherst, a publié avec deux collègues une critique dévastatrice du travail de Reinhart y Rogoff.

Ce que cette critique démontre, c’est que les pays étudiés, avec plus une dette de plus de 90% par rapport à leur PIB, n’ont pas eu, entre 1946 et 2009, une croissance moyenne de 0,1% (comme l’avaient calculés Reinhart y Rogoff), mais bien de 2,2%. Cette croissance fut moindre que celle des pays qui n’avaient pas une dette importante (dans ce cas : 4,2%) ; soit approximativement la moitié. Mais il y a bel et bien eu croissance et, par conséquent, une dette élevée ne peut être liée avec l’effondrement de l’économie : cela dépend de la quantité payée, de l’intérêt, du financement futur et des décisions économiques et politiques.

En outre, il y a plusieurs raisons qui expliquent les différences entre les taux de croissance et elles peuvent prendre le contrepied du raisonnement de Reinhart y Rogoff : une croissance faible alimente la dette parce que des revenus fiscaux limités créent du déficit. En conséquence, par son impact sur l’économie nationale, l’hémorragie provoquée par la réduction des fonds public pour payer la dette accentue les difficultés et les récessions.

D’autre part, cet article critique montre comment la croissance (et la dette) varient fortement avec le cycle économique : depuis 1946 jusqu’à aujourd’hui il y a eu une période de grande croissance et plusieurs périodes de récession intense et de crises. Cela renforce donc l’argumentation contre l’austérité, qui provoque la récession de 2013.

Francisco Louça est un économiste marxiste portugais et dirigeant du Bloc de Gauche dont il fut le porte-parole.

Source :
http://www.esquerda.net/opiniao/d%C3%ADvida-e-o-crescimento/27512
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

(*) La Belgique – et d’autres pays similaires avec une dette importante mais ayant tout de même connus un taux de croissance positif – n’aurait pas été reprise dans les pays étudiés. (Note d’Avanti)

http://www.avanti4.be/actualite/article/dette-et-croissance

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22 avril 2013 ~ 0 Commentaire

Cahuzac : un cas ordinaire, un puissant révélateur

Cahuzac : un cas ordinaire, un puissant révélateur dans Economie banksters-tucker-300x171

*
Le scandale Cahuzac est une boîte de Pandore.

Ouverte, il en sort toutes les turpitudes du système : la fraude et l’évasion fiscales, le conflit d’intérêts d’un responsable politique travaillant pour des firmes pharmaceutiques, d’un ministre du Budget fraudeur chargé de lutter contre la fraude, la symbiose entre la classe politique, y compris socialiste, et les milieux d’affaires, et même le copinage avec l’extrême droite.
Cette affaire illustre, non seulement la corruption d’une grande partie de la classe politique, mais aussi ce qui, pour les riches, est parfaitement banal : échapper à l’impôt, par des moyens aussi bien légaux qu’illégaux. Car, avant d’être un politicien ripoux, Cahuzac est un riche ordinaire. L’enquête a même, semble-t-il, établi que la banque suisse qui a accueilli ses fonds aurait d’abord hésité, car c’est une « personnalité exposée » par ses activités politiques. Sinon, à part ça, tout était normal, la routine !
Cette normalité de la fraude, au cœur du capitalisme, est confirmée par les révélations des journalistes de l’opération « offshore leaks » (« fuites des paradis fiscaux »). La liste des évadés fiscaux (un tout petit échantillon) va de l’armateur grec au dentiste américain, de l’oligarque russe… au bourgeois français ordinaire. S’y ajoutent des grandes entreprises. Les plus grandes banques, BNP Paribas, Crédit agricole, la Société générale, organisent l’évasion fiscale. N’en seraient-elles d’ailleurs pas elles-mêmes bénéficiaires ? Au fond, les multinationales sont aujourd’hui des grands groupes financiers possédant, aussi, des actifs industriels. Elles gèrent leur trésorerie par l’intermédiaire de filiales établies « offshore », qui centralisent les crédits et emprunts, et la répartition mondiale des profits.
La pratique est d’ailleurs ancienne, et peut être légale. La famille Peugeot est la première fortune française… de Suisse, estimée à 4, 4 milliards d’euros par Challenges (22 % du constructeur automobile PSA, participations dans des entreprises comme Faurecia, Seb, Zodiac, via la holding familiale Foncière et financière de participation). Là est la fortune des licencieurs.
La saignée
Le coût de l’évasion fiscale est énorme pour la société. Rien qu’en France, 60 à 80 milliards d’euros par an. Plus que le budget de l’Éducation nationale. Plus que la charge annuelle de la dette, au nom de laquelle les Cahuzac nous imposent la casse de nos droits sociaux et de nos services publics, et la hausse des impôts sur les classes populaires. Au total, avec la fraude patronale aux cotisations sociales, on arriverait à 95 milliards, soit l’équivalent du déficit public en 2012 (98 milliards).
Sans rire, Hollande disait : « Le monde de la finance est mon adversaire » Faux, il l’a placé au cœur de son gouvernement et de sa politique. « Il n’a pas de nom, il n’a pas de visage. » Faux, des visages et des noms, il en a, quelques dizaines de milliers. C’est même son ministre­-baudruche, Montebourg, qui l’a dit le mieux, dans un entretien au Monde daté du 10 avril 2013 : « Ce que nous visons à présent à travers l’échange automatique de renseignements, ce sont des noms. Les noms des dizaines de milliers de ressortissants français et d’entreprises logés dans les paradis fiscaux que la France doit ­obtenir. »
Socialiser les banques
Donc des noms, pour récupérer l’argent planqué, volé ? Mais les rodomontades ne suffisent pas. Il faut mettre au pas la finance. Montebourg, toujours plus clair quand il fait mine d’oublier qu’il fait partie du gouvernement, s’énerve : « Les banques ont provoqué la crise en obligeant les États à se porter à leur secours. Et voilà qu’elles ralentissent les efforts de rétablissement des comptes publics en favorisant les paradis fiscaux. Il faut prendre des sanctions contre les établissements financiers qui organisent le blanchiment de fraude fiscale et la dissimulation des avoirs, comme le retrait de licence ou l’embargo sur les activités de filiales dans les paradis. »
Mais alors… il est donc possible d’agir ? Surprise ! Qu’attend alors ce gouvernement pour mettre ainsi le couteau sous la gorge des banques suisses, luxembourgeoises, mais surtout françaises ? Celles-ci d’ailleurs ne vivent-elles pas tout simplement aux crochets de l’État ? Ne les a-t-il pas sauvées avec notre argent ?
Des annonces ont été faites récemment au niveau européen. Mais on a toutes les raisons de se méfier. Il faut arrêter tout net l’austérité. Il faut récupérer les fortunes dérobées au fisc et les mettre au service de la société. Pour cela, il faut lever le secret bancaire, et mettre les banques sous la tutelle des salariés et de la population. Autrement dit : chasser leurs administrateurs, exproprier leurs actionnaires, et les ­socialiser.
C’est ce coup de balai-là qui s’impose.
Yann Cezard

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22 avril 2013 ~ 0 Commentaire

Paradis fiscaux : tout le monde savait !

Paradis fiscaux : tout le monde savait !  dans Economie banquier-300x300

Bien sûr Cahuzac est un vilain menteur, mais il ne faudrait pas oublier qu’il a été sérieusement aidé à arranger ses petites affaires.

Car il ne s’agit en rien d’un cas individuel. Depuis les années 80 et la déréglementation financière mondiale, dont la France de Mitterrand et Bérégovoy a été pionnière, toutes les banques, françaises et étrangères, ont des filiales offshore afin de répondre à la demande de particuliers et d’entreprises recherchant la discrétion et l’impunité fiscale.


Un excellent document du CCFD-Terre solidaire datant de décembre 20101 rassemble et analyse les informations disponibles sur une soixantaine de paradis fiscaux. Ces territoires sont un lieu privilégié d’implantation de filiales de banques et d’entreprises. Beaucoup de ces filiales sont de simples boîtes à lettres destinées à localiser des bénéfices. Ainsi, dans les îles Vierges britanniques, petit territoire des Caraïbes, il y a 34 entreprises enregistrées par habitant… (contre 0, 04 en France, nombre d’entreprises divisé par le nombre d’habitants).
Le document du CCFD est centré sur les principaux clients de ces paradis fiscaux : une cinquantaine de grandes banques et entreprises multinationales. Si l’on se restreint aux filiales d’entreprises françaises dans ces pays, on constate du côté des banques que la BNP a 347 filiales (oui, 347 !), le Crédit agricole 107, la Société générale 40, AXA 30 et Dexia 29. Du côté des entreprises, Carrefour 82, Saint-Gobain 58, Peugeot 37, France Télécom 42, GdF-Suez 18, EdF 14. Ferodo, fabricant de pièces automobiles (et membre du groupe PSA), a une filiale dans un autre île des Caraïbes : la Barbade. Gageons qu’il n’en sort pas beaucoup de pièces pour les usines !
Mécano financier
Au-delà des milliardaires qui veulent y cacher leur magot à l’abri du fisc, les paradis fiscaux sont un rouage essentiel de la mondialisation. Plus que la délocalisation de la production physique des biens, il s’agit pour les grandes entreprises de délocaliser des services et des revenus. Par exemple, une filiale est créée aux îles Vierges et devient propriétaire de tous les brevets du groupe (c’est beaucoup plus facile et rapide de délocaliser des actifs immatériels comme les brevets ou les marques). Ensuite, les autres entreprises du groupe qui produisent avec ces brevets doivent payer de fortes redevances, ce qui diminue voire annule leurs bénéfices imposables, alors que la filiale brevet localisée aux îles Vierges n’est pas soumise à l’impôt sur les sociétés…
Il faut aussi souligner que le document du CCFD date de 2010, que les gouvernements, français et étrangers, de droite ou « de gauche », en connaissaient (ou auraient pu et dû en connaître) les informations, mais depuis, à part des discours lors du G20 d’octobre 2011, il ne s’est rien passé. Il semble que l’affaire Cahuzac va peut-être les obliger à bouger un peu, mais on ne peut pas être très optimiste en voyant la façon dont le puissant lobby bancaire a fait adopter en France une loi dérisoire sur la séparation des activités de dépôts et d’investissement (à peine 2 % des actifs seront distingués au sein de la même banque…).
Jacques Cherbourg
1. http://ccfd-terresolidaire.org/e_upload/pdf/ed_110110_bd.pdf

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