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22 août 2019 ~ 0 Commentaire

contre g7 (libération rdf)

contre g7

Au contre-G7, «des unions pour faire avancer nos idées»

Si la présence de représentants politiques au Pays basque a agacé certains militants, d’autres ont prôné la convergence.

Au milieu des militants associatifs et des responsables d’ONG rassemblés à Hendaye (Pyrénées-Atlantiques) et Irún, quelques élus de gauche ont pointé une tête à l’ouverture du contre-sommet du G7 mercredi.

Parmi eux, David Cormand, eurodéputé et secrétaire national d’Europe Ecologie-les Verts (EE-LV), et Eric Coquerel, député insoumis (LFI), sont venus se faire secouer en participant à une conférence organisée par Attac, autour des «voies de l’émancipation, de l’échelon municipal à l’international».

Un thème vite dépassé au moment des échanges avec le public, quand les interventions se sont concentrées sur le rôle des responsables politiques dans la transition vers cet «autre monde» que le contre-sommet appelle de ses vœux. «Il faut réussir à s’accorder entre forces de gauche. Mais le leadership des partis et leur système pyramidal, c’est terminé !» tonne une participante. «Vous vous en êtes pris plein la tête», résume un autre, avant de suggérer aux élus sur scène de démissionner pour laisser place à un système de tirage au sort.

«Prêcheurs de vérité»

Olivier Besancenot, toujours porte-parole du NPA et invité de dernière minute à la conférence, se dévoue pour répondre :

«Je ne suis plus candidat à rien, sinon à la révolution, mais je suis venu plaider de l’intérêt de la politique pour avancer sur les grands enjeux auxquels on est confrontés aujourd’hui. Et dans ce lieu, on a l’occasion de discuter vraiment, en s’extrayant de l’agenda minuté de la République.»

A la sortie de la salle de conférence, quelques militants fulminent. «Ils ont été secoués, et c’est tant mieux. Qu’est-ce que c’est que cette idée d’organiser leur université d’été [du 22 au 25 août pour LFI, et du 22 au 24 pour EE-LV] en même temps que le contre-G7, puis d’y venir pour prôner l’unité ?» s’agace Marie.

Bernard, venu d’Aix-en-Provence, ne trouve à l’inverse «aucun inconvénient» à leur présence. «Je pense qu’en tant que militant d’Attac depuis vingt ans, je fais de la politique. Et pour faire avancer nos idées, il faut des unions. Les événements de ce type sont des bonnes occasions de discuter ensemble.»

Plus loin, Pierre, la soixantaine, approuve la venue de quelques élus. Mais «à la condition qu’ils sachent apprendre des autres mouvements sociaux sans rester dans leur posture de prêcheurs de vérité, précise-t-il. Ils viennent de nous faire un exercice vertueux d’union mais je doute de sa pérennité».

Descendu de l’estrade, Eric Coquerel tient lui aussi à parler d’unité pour repousser des critiques qui ont visé LFI en premier lieu. «Même si la situation est un peu houleuse, c’est un début de convergence nécessaire, dit le député de Seine-Saint-Denis.

On est d’accord pour condamner le G7, mais regardez septembre : des journées de mobilisation sont prévues presque tous les jours. Ce n’est pas possible de continuer lutte par lutte, il faut plus d’union.» Cormand temporise et retient le positif. «Il y a quelques années, cela aurait été beau-coup plus raide. Je retiens surtout que les militants étaient là pour nous interpeller et non pour dire que nous n’avions pas notre place ici.»

Discuter et travailler avec des responsables politiques n’a pas toujours été une évidence pour le mouvement altermondialiste, qui a toujours œuvré à faire émerger des initiatives locales fonc-tionnant sur une autre logique que celle du libéralisme.

Mais «aujourd’hui ceux qui ne veulent pas entendre parler des élus sont bien plus minoritaires, souligne Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac et modératrice du débat. Les initiatives locales et concrètes, c’est formidable et indispensable.

Mais comment on les transforme en modèle dominant ? Sans pouvoir politique, je ne vois pas. Certaines urgences, notamment climatiques ou de réglementation de la finance, ne peuvent pas être réglées uniquement par le bas.»

«Voie claire et crédible»

Un point de vue partagé par Txetx Etcheverry, cofondateur de l’association Alternatiba qui s’échine pourtant à faire émerger des schémas locaux de réponse à la crise sociale et écologique.

«Aujourd’hui, les plus ardents promoteurs du libéralisme arrivent à se poser en alternative à leur propre système, en reprenant des éléments du discours des associations, analyse le Basque. Ce n’est donc vraiment pas le moment de tomber dans le sectarisme. Chacun doit remplir sa fonction, politiques compris, si nous voulons proposer une autre voie claire et crédible.»

Le contre-G7, avec ses 200 intervenants et 80 associations réunis jusqu’à dimanche soir, fait figure de bon point de départ pour en discuter. Mais tous n’en font pas le même usage. Des trois invités politiques du matin, seul Olivier Besancenot est resté dans l’après-midi pour écouter d’autres orateurs et d’autres débats.

Nelly Didelot, Envoyée spéciale à Irún et Hendaye 21 août 2019

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22 août 2019 ~ 0 Commentaire

argentine (lutte-ouvrière à-l’encontre)

argentine 1

Défaite du président Macri dans les élections primaires

Les élections primaires argentines du 11 août sont devenues une répétition générale des élections réelles, dont le premier tour aura lieu le 27 octobre.

La campagne électorale a été polarisée par les deux principaux partis de la bourgeoisie : la droite de Macri, et l’opposition péroniste menée par l’ex-chef de gouvernement Alberto Fernandez et sa colistière, l’ex-présidente Cristina Fernandez de Kirchner.

Les élections ont été marquées par une nette défaite du président de droite, Mauricio Macri.

Avec 47 % de suffrages, les péronistes l’emportent avec 15 points d’avance, et parfois 17 dans des régions très peuplées. La défaite était attendue, mais pas d’une telle ampleur.

Macri paie d’avoir renoué avec la finance internationale, ce qui a ramené la baisse du cours du peso, l’hyperinflation, la hausse des prix et des plans d’austérité imposés aux classes populaires. Personne n’a oublié le krach de 2001 et l’explosion de la pauvreté qui l’avait accompagné. Or, depuis des mois et des mois, les classes populaires voient les prix s’envoler tandis que salaires et pensions perdent de leur pouvoir d’achat.

La défaite de Macri a fait chuter la Bourse. Et, rien que dans la semaine qui a suivi l’élection, selon des chiffres officiels, le pouvoir d’achat des salaires a baissé de 15 % du fait de la baisse de la valeur du peso. Les industriels de l’alimentation l’ont immédiatement répercutée sur leurs factures. La dévaluation stimule aussi les profits des exportateurs de soja et ceux des banquiers jouant sur les cours de change. Les perdants sont les classes populaires ; les gagnants, le patronat et la bourgeoisie.

Si les électeurs des classes populaires se sont servis de leur bulletin de vote pour dire tout le mal qu’ils pensaient de la politique d’austérité, ils ne doivent pas se faire d’illusions sur le retour des péronistes. Dans leurs dernières déclarations, il n’est question ni d’emploi ni d’augmentation des salaires et pensions, mais de la façon dont ils vont s’entendre avec le FMI.

Les travailleurs combatifs qui appelaient à manifester contre l’austérité le 22 août ont compris que la lutte dans les usines et dans la rue est le seul terrain où la population peut se défendre efficacement contre ses ennemis, le patronat et les politiciens à son service, macristes ou péronistes.

Jacques FONTENOY 21 Août 2019
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L’Argentine a un système de primaires obligatoires ouvertes à tous, ce mois-ci, avant les vraies élections du 31 octobre. Nos camarades ont donc dû éliminer une deux deux candidatures d’extrême-gauche. Les partis minoritaires de gauche ont formé la coalition FIT Unidad – formée par le Front de Gauche et des Travailleurs (FIT), le Parti Ouvrier, Gauche Socialiste et Mouvement Socialiste des Travailleurs – dont les candidats sont Nicolás del Caño et Romina del Plá. La seule femme candidate à la présidence est Manuela Castañeira, du Nuevo Movimiento al Socialismo (MAS)

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22 août 2019 ~ 0 Commentaire

aude (lutte ouvrière)

mines

Pollution dans l’Aude : le poison dans la vallée

En octobre 2018, au nord de Carcassonne, dans l’Aude, des inondations ont répandu des sédi-ments hors du lit de l’Orbiel et d’autres cours d’eau. Ceux-ci provenant des sites de stockage des déchets de l’ancienne mine d’or de Salsigne, la population, inquiète, a fait pression pour que des tests soient effectués.

Les résultats, rendus publics mi-août, sont accablants : sur 103 enfants testés, 38 ont des taux d’arsenic anormalement élevés.

Salsigne fut la principale mine d’or de France et la première mine d’arsenic du monde. Ce poison était utilisé en partie pour extraire l’or, mais aussi vendu pour les besoins de l’industrie ou utilisé pour la fabrication de gaz de combat pendant la Première Guerre mondiale.

Présent naturellement dans le sous-sol de la vallée de l’Orbiel, il s’y est répandu à cause de son exploitation industrielle pendant des décennies, sous forme de poussières, au travers desquelles les eaux de pluie ruissellent, avant de se jeter dans l’Orbiel et de tranquillement couler jusqu’à la Méditerranée.

Pendant près de 120 ans, la mine de Salsigne a couvert d’or les capitalistes qui en étaient propriétaires. Le dernier en date, un groupe minier australien, a fermé le site en 2004, non sans bénéficier de l’aide de l’État français, qui a pris en charge la dépollution du site, et même une partie des cotisations et des retraites des employés de la mine.

Depuis, plus de douze millions de tonnes de déchets en grande partie toxiques sont stockés sur deux sites aux abords de la mine. Avec le temps, et le manque de nouveaux investissements, les fuites se multiplient et, avec elles, les catastrophes sanitaires.

L’empoisonnement de la région est de notoriété publique, au point que, tout en minimisant son impact, l’Agence régionale de santé donne des recommandations pour ne pas manger les légumes cultivés en terre et que des scientifiques prévoient une pollution pour plusieurs millénaires.

L’État, lui, traîne des pieds pour prendre le minimum de mesures nécessaires à la protection de la population : même la signalisation de la dangerosité du site est presque inexistante. Quant aux capitalistes responsables de l’empoisonnement de la vallée et de plusieurs générations de mineurs avec leurs familles, ils peuvent continuer à sévir ailleurs pour accroître leur tas d’or.

Jacques Le Gall  21 Août 2019
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22 août 2019 ~ 0 Commentaire

g7 (lutte ouvrière)

g7 basque

G7 : festival international du mensonge

Le programme officiel de la réunion du G7, à Biarritz du 24 au 26 août, est la lutte contre les inégalités. Les auteurs, c’est-à-dire les services de communication de l’Élysée, précisent même la liste des inégalités les plus criantes, selon eux : entre les hommes et les femmes, devant l’accès aux soins et à l’éducation, devant le risque écologique et les menaces de guerre, et enfin devant les dérives de l’économie numérique et de l’intelligence artificielle. Rien que ça !

Ainsi ces gens, les chefs des États les plus puissants du monde, qui organisent chez eux la guerre sociale contre les travailleurs, parlent de lutter contre l’inégalité. Leurs avions bombardent et rasent des régions entières, de l’Irak à la Libye, et ils parlent de paix. Leurs industriels polluent les terres et les océans, et ils parlent d’écologie. Leurs géants du numérique et leurs polices espionnent le moindre de nos gestes, et ils parlent d’éthique. Leur monde est fondé sur l’exploitation du travail, et ils parlent de justice.

Le G7 réunit les pays qui représentaient, lors de sa création en 1974, 70 % de la richesse mondiale : les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Japon, l’Italie et le Canada. Ces sept-là, les pays impérialistes, patries des trusts géants et des banques interna-tionales qui exploitent la planète, ont des intérêts communs face au reste du monde. Les diri-geants des sept se sont donc revus annuellement depuis, intégrant un temps la Russie après l’explosion de l’URSS et conviant désormais un représentant de l’Union européenne.

Leur intérêt commun consiste en la pérennité, la continuité et, si possible, la stabilité de leur ordre social. Mais ils sont évidemment confrontés d’une part à la concurrence de leurs groupes capitalistes entre eux, chacun aidé par son État, et d’autre part à la stagnation, voire à la récession de l’économie mondiale, qui exacerbe encore la lutte de tous contre tous.

Dans ces conditions, le G7 est une réunion de brigands où chacun défend sa part de butin. Les rodomontades de Trump et ses menaces de guerre commerciale, par exemple, sont peu appréciées des six autres, qui y voient une entrave aux affaires de leurs propres capitalistes.

Bien loin de la lutte contre les inégalités, les véritables discussions entre représentants des puissants de ce monde, s’il y en a, auront lieu loin des oreilles du public. Il n’en sortira, comme à l’accoutumée, que des aménagements temporaires entre barons voleurs, dont les consé-quences inévitables seront de creuser encore les inégalités.

Ces gens sont bien incapables, quand bien même ils le voudraient, d’organiser leur propre économie et de protéger l’humanité des crises engendrées par la course au profit. Les quatre décennies de G7 annuel et leur absence complète de résultats sont là pour le prouver.

Paul GALOIS 21 Août 2019
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21 août 2019 ~ 0 Commentaire

contre g7 (la conf’)

conf

Contre-G7 : la Confédération paysanne appelle à une forte mobilisation

La Confédération paysanne et son syndicat ELB* en Pays Basque seront présents demain à l’ouverture du contre-G7 d’Hendaye-Irun.
Membre de la plateforme Alternatives G7, la Confédération paysanne a lancé un appel à mobili-sation nationale pour ce contre-sommet. Elle entend y dénoncer les atteintes à la souveraineté alimentaire, aux droits des paysannes et à l’environnement qu’organisent les États représentés notamment au sein du G7.

Nous sommes contre le G7 parce qu’il s’arroge le droit d’orienter la marche du monde au mépris des autres organisations. Ce G7 feindra de se préoccuper des inégalités dans le monde alors qu’il consacre le libéralisme le plus absolu.

Les paysan-nes de la Confédération paysanne participeront donc aux différents ateliers, débats, manifestations et co-organisent deux conférences le jeudi 22 août* :

- L’agroécologie paysanne face à la crise écologique et sociale et à l’insécurité alimentaire, de 10h à 12h au cinéma Les Variétés d’Hendaye, avec Jean-François Périgné, secrétaire national.

- La souveraineté alimentaire contre le néolibéralisme et le productivisme, de 17h30 à 19h30, au centre des Congrès Ficoba à Irun, salle 1, avec Nicolas Girod, porte-parole national.

Dans un contexte national et international inédit de crise sociale, environnementale, climatique et de rétrécissement des espaces démocratiques, la tenue et la réussite de ce contre-G7 sont essentielles pour porter haut et fort nos alternatives et nos résistances face à un système prédateur, incarné par les sept pays parmi les plus riches du monde.

Face à un G7 bunkerisé à Biarritz, coupé des citoyen-nes dans un Pays Basque qui n’a jamais connu une telle pression policière, nous entendons donner de la voix pour dire et démontrer qu’un autre monde est possible !

g7 basque

Programme du contre-sommet et les mobilisations du 24 et 25 août : Alternatives G7

http://www.confederationpaysanne.fr/

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19 août 2019 ~ 0 Commentaire

climat (chiffon rouge)

vache decouvreherbe-

LE RETOUR À LA TERRE AVANT QUE LA TERRE NE BRÛLE 

Rendu public hier, le rapport spécial du Giec sur le secteur des terres plaide pour une transformation en profondeur des pratiques agricoles. Moins émettrice en gaz à effet de serre, moins impactante pour les sols, socialement plus juste, l’agroécologie est portée en tête des solutions.

Transformer le système pour ne pas laisser brûler les terres et les ressources alimentaires : rarement rapport du Giec aura été si tranché en matière de tournant à opérer.

Dix mois après sa précédente analyse, qui explorait notre capacité à contenir les températures mondiales à un maximum de réchauffement de 1,5 °C, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat s’est cette fois penché sur le secteur des terres.

C’est à dire la vaste partie émergée du globe, qui inclut les systèmes agraires et leurs interactions avec la mécanique atmosphérique.

L’avenir climatique de la planète n’est pas le seul enjeu sur lequel il s’est penché. Sécurité alimentaire et lutte contre la pauvreté lui sont directement accolées.

Si l’alarme que les experts sont coutumiers à tirer résonne une fois encore, la synthèse ouvre aussi une fenêtre sur les solutions. Pour les scientifiques, l’avenir n’est pas du côté de la poursuite d’une agriculture intensive et monogamme.

Diversification des productions, lutte contre le gaspillage, agroécologie et droits humains sont envisagés comme les plus sûrs leviers à actionner pour éviter de foncer dans le mur. En creux, s’entend cette petite musique moitié grinçante, moitié réconfortante : rien n’est encore fatal, mais tout est urgent.

Inégalement victime, variablement coupable

Il suffira que la température du globe grimpe de 2 °C pour provoquer une crise alimentaire majeure : réitérée dans le rapport publié hier, l’alerte avait déjà été lancée, quoique à une échelle moindre.

« En 2013, le Giec évoquait la perspective d’une instabilité des productions en cas de réchauffe-ment », rappelle Jean-François Soussana, directeur scientifique environnement à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), qui a participé à l’élaboration de la nouvelle analyse.

« Mais le rapport publié à l’époque envisageait qu’elle n’interviendrait qu’à partir d’une hausse de 4 °C par rapport à l’ère préindustrielle », note-t-il.

La machine est déjà enclenchée.

Le réchauffement à l’œuvre traîne derrière lui une cohorte toujours plus virulente de sécheres-ses, de vagues de chaleur et autres bouleversements des précipitations. « Dans beaucoup de régions de basses latitudes (situées à proximité de l’équateur), les rendements de certaines cultures ont déjà décliné », relève le rapport.

Les zones arides sont singulièrement affectées. Or, « celles-ci abritent 3 milliards de personnes, soit près de 40 % de la population mondiale », insiste Pierre-Marie Aubert, de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddi). Elles comptent également au nombre des régions les plus fragiles du point de vue du développement.

En souffrance face aux bouleversements climatiques, l’agriculture mondiale est, dans le même temps, en partie responsable de son mal. Comprise la déforestation, elle vaut pour près d’un quart des émissions globales de gaz à effets (23 %), rappelle le Giec.

Les approches englobant la pré et la post-production (transport, énergie…) et l’industrie agro-industrielle avancent même le ratio de 37 % d’émissions. Elle est, enfin, facteur d’érosion des sols et des écosystèmes.

« Un quart des terres libres de glace est sujet à une dégradation induite par les activités humaines », relève le groupe d’experts, qui pointe là le méchant engrenage dans lequel est pris le système terre : « Cette dégradation des sols affecte le climat global et régional. » Lequel climat l’exacerbe à son tour.

L’agroécologie, levier pour le climat et l’alimentation

La bonne nouvelle, c’est que le secteur des terres porte en lui son salut. « Il est simultanément sources et capteur de carbone », relève le rapport. Alors que la population mondiale est suscep-tible d’augmenter de 2 milliards d’individus d’ici à 2050, et que l’insécurité alimentaire en frappe déjà 821 millions, « l’équilibre entre ces processus est la clé », poursuit la synthèse, qui s’attelle à résoudre l’équation : nourrir sans réchauffer.

« C’est la première fois qu’un rapport scientifique opère une telle synergie entre enjeux climatiques et objectifs de développement durable », souligne expressément Cheik Mbow, expert sénégalais en agroforesterie et management des terres, lui aussi coauteur du texte.

Son autre grand intérêt, selon l’agronome, est d’offrir un panorama mondial des responsabilités, sans tomber dans le piège de les globaliser. « Si l’agriculture des pays occidentaux émet beau-coup de protoxyte d’azote, celle des pays d’Afrique n’en génère pour ainsi dire pas », poursuit-il.

De même les données récoltées par le Giec reflètent-elles que tous les systèmes agricoles ne se valent pas. Le chapitre consacré aux solutions est en ce sens éclairant, qui met amplement en avant l’agroécologie plutôt que les systèmes industriels.

« Les solutions qui aident à l’adaptation et à l’atténuation du réchauffement climatique sont spécifiques à chaque région », relèvent ainsi les experts mondiaux. Elles passent, pêle-mêle, par la micro-irrigation, l’agroforesterie, la restauration de terre, le pastoralisme, ou encore la diversi-fication des cultures et des productions, via l’usage de végétaux adaptés aux conditions locales.

« Ces pratiques répondent tout autant à des exigences nutritionnelles que climatiques », reprend Cheik Mbow. Elles sont, en outre, celles, séculaires, du paysan africain. « L’approche moderne de l’agriculture a été développée par le Nord, épingle-t-il.

L’Afrique, pour sa part, n’a pas besoin de réinventer les pratiques agroécologiques. » La remarque vaut autant pour le gaspillage alimentaire, que le rapport pointe comme faisant partie du problème « dans les pays du Sud, il relève avant tout d’un manque d’infrastructure », note Cheik Mbow.

Le plaidoyer qu’opèrent les experts en faveur d’une diminution drastique de la consommation globale de viande au profit de celle de protéines végétales, légumineuses ou graines, s’entend de la même oreille. « Il faut bien rappeler qu’en Afrique, la viande ne se consomme qu’à raison de 10 kg par an et par habitant, rappelle Jean-François Soussana. Soit bien en deçà des recommandations de l’organisation mondiale de la santé. »

Les droits humains, outils incontournables du développement

Éradiquer la pauvreté et assurer la sécurité alimentaire peuvent bénéficier à la lutte contre le réchauffement : voilà l’autre grand enseignement du rapport, qui plaide pour mener frontalement l’ensemble des batailles.

À l’inverse, relève-t-il, les inégalités son un frein à l’adaptation. « Les barrières socio-économi-ques, financières et culturelles peuvent limiter le développement de solutions » agronomiques, interpellent les experts.

Développement des dispositifs éducatifs et de santé vont de pair avec la lutte contre le réchauf-fement. de même que la régulation démocratique de l’accès aux terres. « Beaucoup de pratiques ne sont pas fermement adoptées pour cause d’insécurité foncière, de défaut d’accès aux ressources ou à des services technique », insiste le Giec. Les solutions ne pourront pas se passer non plus d’un renforcement de la démocratie et plus globalement des droits humains.

La question des inégalités de genre ou encore ethniques est particulièrement abordée par le rapport.

Les experts défendent ainsi le principe de donner plus de pouvoirs aux femmes et aux peuples autochtones, encore très souvent écartés de prises de décision qui les concernent pourtant au premier chef.

Question de justice et d’efficacité, insistent-ils : « Les pratiques agricoles qui intègrent les populations indigènes et leurs connaissances locales contribuent à surmonter les défis cumulés de la sécurité alimentaire, du changement climatique et de la préservation de la biodiversité. »

Marie-Noëlle Bertrand L’Humanité Vendredi 9 Août 2019

http://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr/

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19 août 2019 ~ 0 Commentaire

nourriture (anti-k)

beurre

Rapport alarmant du GIEC : le prix de la nourriture va exploser à cause du réchauffement climatique

Plus de 100 experts affirment que l’approvisionnement alimentaire mondial sera touché. Un nouveau rapport révèle que le réchauffement climatique fera grimper le prix de la nourriture. Les experts du GIEC tirent la sonnette d’alarme sur la nécessité de prendre des initiatives rapides, voire immédiates.

LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE NUIT AUSSI À LA PRODUCTION ALIMENTAIRE

Il est de notoriété publique que le réchauffement climatique pourrait engendrer des consé-quences catastrophiques pour notre santé, sur la biodiversité et sur la couche d’ozone.

Toutefois, jusqu’à présent, les experts étaient rarement d’accord pour porter ces conséquences jusqu’à nos assiettes. Aujourd’hui, de nouvelles informations révèlent que les répercussions du changement climatique pourraient pourtant se faire ressentir sur notre alimentation.

C’est le cas du rapport nouvellement publié par le Groupe d’experts intergouvernemental sur les changements climatiques des Nations unies qui tire la sonnette d’alarme face à la catastrophe alimentaire que risque d’engendrer le réchauffement climatique.

EN QUOI LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE IMPACTE LA PRODUCTION ALIMENTAIRE ?

Plus de 100 experts ont contribué à rédiger ce rapport sur l’impact négatif du changement climatique sur la production alimentaire. Ils affirment effectivement que l’approvisionnement alimentaire mondial est au bord de la catastrophe et que ce problème s’aggravera encore plus si les températures mondiales continuent de monter.

Les auteurs du rapport expliquent qu’il est de plus en plus difficile de produire de la nourriture à cause de la sécheresse, des vagues de chaleur, des feux de forêt, des inondations et du dégel du pergélisol (permafrost).

En parallèle, l’accroissement du taux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère impacte également la qualité de la nourriture. Par conséquent, pour les experts, le constat est simple mais alarmant : nous nous dirigeons vers un avenir où la nourriture se fera rare et où son prix sera exorbitant. Bien que les prévisions des experts fassent craindre le pire, ces derniers offrent une issue de secours. Ils déclarent effectivement au New York Times :

L’UNE DES CONCLUSIONS IMPORTANTES DE NOTRE TRAVAIL EST QU’IL Y A BEAUCOUP D’ACTIONS QUE NOUS POUVONS ENTREPRENDRE DÈS MAINTENANT. CERTAINES DE CES SOLUTIONS NÉCESSITENT DE L’ATTENTION, UN SOUTIEN FINANCIER ET DES ENVIRONNEMENTS FAVORABLES.  

La sécheresse, les feux de forêt, les inondations sont autant de facteurs qui menacent la production agricole.

IL EXISTE DES SOLUTIONS POUR ÉVITER UN TEL SCÉNARIO

Pour éviter cette catastrophe alimentaire, le New York Times rapporte que les auteurs préco-nisent en premier lieu des changements dans la production et la distribution des aliments de manière à instaurer une meilleure gestion des sols, une diversification des cultures et une réduction des restrictions au commerce.

De plus, les auteurs appellent à un changement du comportement des consommateurs car, selon eux, au moins un quart de tous les aliments dans le monde sont jetés aux ordures.

En second lieu, Pamela McElewee, professeure d’écologie humaine à l’université Rutgers et l’une des principaux auteurs du rapport, déclare également qu’il faut planter autant d’arbres que possible pour réduire la quantité de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. D’après les auteurs, la plantation d’arbres à grande échelle et l’utilisation de la bioénergie substantielle permettront de limiter l’utilisation des combustibles fossiles.

En dernier lieu, le rapport appelle à des changements institutionnels, notamment en donnant un meilleur accès au crédit aux agriculteurs des pays en développement et en renforçant leurs droits de propriété.

Les auteurs soulignent effectivement que « les pratiques agricoles qui incluent les connaissan-ces autochtones et locales peuvent contribuer à surmonter les défis combinés du changement climatique, de la sécurité alimentaire, de la conservation de la biodiversité et de la lutte contre la désertification et la dégradation des sols ».

En résumé, les auteurs du rapport appellent à la prise de conscience des décideurs et martèlent qu’ « agir maintenant peut éviter ou réduire les risques et les pertes et générer des avantages pour la société ».

En revanche, attendre de mettre en œuvre ces mesures provoquerait « une perte irréversible des fonctions de l’écosystème terrestre et des services nécessaires à l’alimentation, à la santé, aux peuplements habitables et à la production ». Reste à savoir si les décideurs vont prendre les mesures qu’il faut pour changer la situation.

https://www.anti-k.org/

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18 août 2019 ~ 0 Commentaire

aberdeen (socialist worker)

scotland

12 000 marchent à Aberdeen pour l’indépendance

Une ambiance confiante en marche

Les manifestants indépendantistes ont défilé à Aberdeen samedi. Selon les organisateurs, plus de 12 000 personnes ont rejoint la marche All Under One Banner (AUOB) appelant à l’indépen-dance de l’Écosse. Un porte-parole de AUOB a déclaré: «Ce fut une journée fantastique, avec une participation massive des habitants du nord-est de l’Écosse et de l’étranger.

«Les gens disent que c’est la plus grande manifestation d’indépendance jamais vue par Aberdeen.» Les transports étaient organisés depuis Edimbourg, Glasgow, Perth et l’Ecosse.

Keir Mckechnie, délégué syndical en marche, a déclaré: «De nombreux manifestants n’avaient jamais assisté à une manifestation pour l’indépendance.

« Beaucoup ont dit qu’ils avaient voté Non lors du référendum sur l’indépendance de 2014, mais Boris Johnson en tant que Premier ministre et ce qu’il entend pour l’avenir de la Grande-Bretagne les avaient transformés en partisans de l’indépendance. »

La marche a été dominée par les drapeaux écossais. Il y avait aussi des drapeaux catalans et des partisans de l’indépendance portant des pancartes sur lesquelles il était écrit: «Brisez l’Etat britannique», «Non à Trident, financez les emplois liés au climat, maintenant» et «Kick the Tories out». Les slogans les plus populaires étaient: « Hé, dis, ho, Boris Johnson doit partir » et « Nous voulons l’indépendance maintenant ».

Extinction Rebellion (XR), qui a encouragé les partisans de l’indépendance à participer à la campagne, a pris la parole lors du dernier rassemblement. XR organise un festival Rebel à Aberdeen le 1er septembre et les militants du changement climatique militent pour une action sur les lieux de travail le 20 septembre.

Tester

Hector Sierra a déclaré lors du rassemblement: « Le principal test de la nouvelle campagne pour l’indépendance consistera à déterminer si une Écosse indépendante va se débarrasser des missiles des Trident et des armes nucléaires, cesser d’investir dans les combustibles fossiles, créer des emplois pour le climat et devenir un lieu qui accueille les migrants et les réfugiés. ‘

Les anti-racistes ont été encouragés par l’annonce de la suppression d’un rassemblement du parti du Brexit prévu à Dundee en septembre. Cela faisait partie d’une grande tournée mettant en vedette Nigel Farage, mais a maintenant été annulé.

La marche d’Aberdeen faisait partie d’une série de manifestations prévues au cours des prochains mois. Il y en aura un à Perth le 7 septembre et la série se terminera à Édimbourg le 5 octobre. Le mouvement indépendantiste reprend son élan. Plus tôt ce mois-ci, un sondage d’opinion a révélé qu’une majorité d’Écossais était désormais favorable à l’indépendance.

Lorsque ceux qui ont dit qu’ils ne savaient pas ou ne voulaient pas voter, ont été supprimés, le soutien à l’indépendance était de 52% et 48% étaient contre.

Le Premier ministre Nicola Sturgeon a qualifié le scrutin de « phénoménal » pour le mouvement indépendantiste. Mais le SNP n’a montré aucun signe des mesures radicales qui seraient nécessaires pour obtenir l’indépendance.

https://socialistworker.co.uk/

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18 août 2019 ~ 0 Commentaire

pénuries (jdd)

 vendez

Des médecins hospitaliers s’inquiètent de pénuries de médicaments « vingt fois plus nombreuses qu’en 2008″

« Très rares il y a une dizaine d’années, les pénuries de médicaments se multiplient », affirment les 26 signataires d’une tribune publiée par « Le Journal du Dimanche ».

Une vingtaine de médecins et professeurs hospitaliers s’inquiètent, dimanche 18 août, dans une tribune au JDD, de récentes pénuries de médicaments en France. Ils appellent à imposer aux laboratoires la constitution de stocks pour les remèdes les plus cruciaux.

« Très rares il y a une dizaine d’années, les pénuries de médicaments se multiplient », affirment les 26 signataires, qui s’inquiètent que 868 « signalements de tensions ou de ruptures d’appro-visionnement » aient été relevés en 2018 dans les hôpitaux, soit « vingt fois plus qu’en 2008″.

Or « les malades sont les premières victimes » de ces pénuries, qui concernent « des médicaments du cancer, des antibiotiques, des corticoïdes, des vaccins, des traitements de l’hypertension, des maladies cardiaques, du système nerveux… ». Dans le reportage ci-dessous, un patient explique ainsi avoir dû interrompre un traitement contre le cancer de la vessie en raison d’une pénurie de médicament.

« Ces pénuries ne touchent pas les très chères innovations thérapeutiques mais des médicaments peu coûteux qui, bien qu’anciens et tombés dans le domaine public, constituent toujours l’essentiel de la pharmacopée », ajoutent les signataires.

Les plans anti-pénuries encore « dérisoires »

S’ils saluent les mesures mises en place ces dernières années, notamment l’obligation imposée aux laboratoires pharmaceutiques de mettre en place des plans de gestion des pénuries, les médecins et professeurs estiment que « l’efficacité de ces mesures apparaît jusqu’alors déri-soire »« Ces plans visent à gérer les pénuries et non à les prévenir », ajoutent-ils.

Les signataires demandent donc que soient imposées aux laboratoires pharmaceutiques titulaires de l’autorisation de mise sur le marché « la constitution et la gestion de stocks » de médicaments d’intérêt thérapeutique majeur.

Ils appellent également à ce que « soit rapatriée en Europe la production des principes actifs » et demandent la création d’un « établissement pharmaceutique à but non lucratif, si possible européen ». Une telle structure permettra « de prévenir les pénuries et sera la garante de la qualité des médicaments et de prix justes et pérennes », assurent-ils.

18/08/2019

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18 août 2019 ~ 0 Commentaire

climat syndicats (à l’encontre)

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Les syndicats allemands s’éveillent face au désastre climatique et à l’échéance du 20 septembre

L’appel à l’arrêt de la production de charbon et de voitures ressemble souvent à une menace pour l’emploi. Mais les syndicats allemands ont compris que la transition verte doit avoir lieu. Et ils se battent pour s’assurer que ce sont les patrons, et non les travailleurs, qui paient pour la justice climatique.

Si les vacances d’été ont interrompu les débrayages scolaires, le mouvement Vendredi pour le climat, dirigé par des adolescents, n’a pas abandonné son combat pour sauver la planète. Depuis le début du mouvement, des leaders comme la Suédoise Greta Thunberg et l’Allemande Luisa Neubauer ont travaillé à construire des liens sociaux plus larges que les générations précédentes de militants environnementaux, y compris avec les syndicats.

Dans cet esprit, le 20 septembre verra le début de la «Grève pour le climat», une grève générale d’une semaine prévue dans le monde entier pour arrêter la production et attirer l’attention politique sur l’urgence climatique.

La nécessité de «sauver des emplois» a toujours été opposée à l’appel à la fermeture d’industries nuisibles.

Pourtant, l’ampleur de la catastrophe à laquelle nous sommes confrontés a focalisé les esprits sur la nécessité de combler le fossé entre le militantisme vert et le militantisme ouvrier. En particulier, l’intégration de la revendication pour une «justice climatique».

Ce ne sont pas les pauvres, les vulnérables et les exploité·e·s qui devraient payer la transition vers une économie verte neutre en carbone – a montré que sauver la planète et la justice sociale peuvent vraiment aller de pair. L’appel d’Alexandria Ocasio-Cortez en faveur d’un New Deal vert en est une illustration parfaite.

L’Allemagne a une histoire particulièrement profonde de mobilisation écologique, avec même des campagnes radicales bénéficiant d’un large soutien populaire. Historiquement, son mouve-ment écologiste a été caractérisé par un fort courant anti-autoritaire. En effet, dans les années  1970 et 1980, le mouvement pour mettre fin aux transports de déchets nucléaires a utilisé des formes de désobéissance civile analogues à la lutte pour les droits civils aux Etats-Unis.

Contrairement à beaucoup d’autres pays, ces mouvements ne sont pas en marge de la politique mais sont profondément enracinés dans les quartiers et les communautés. Pourtant, quelle que soit la force de l’activisme climatique, les syndicats sont traditionnellement restés à l’écart des luttes environnementales. Mais maintenant, sur la vague du mouvement Vendredi pour le climat, le mouvement syndical commence à adopter l’appel à la transition verte comme le sien.

L’emploi d’abord?

Il y a beaucoup d’obstacles à une telle conversion. Ces dernières années, les militants de la désobéissance civile pour le climat ont concentré leur attention sur la fermeture de deux mines de lignite à ciel ouvert, l’une en Rhénanie et l’autre à Lausitz dans l’ancienne Allemagne de l’Est.

Le lignite est l’une des sources d’énergie les moins efficaces et les plus polluantes, mais une source d’emplois clé dans les deux régions. Cela a déclenché des affrontements répétés entre les membres du syndicat de la chimie et des mineurs, l’IG BCE (Industriegewerkschaft Bergbau, Chemie, Energie, fruit d’une fusion en 1997) et les militants qui sont venus en Rhénanie pour occuper la forêt de Hambach et la mine à ciel ouvert.

Le secrétaire général de l’IG BCE, Michael Vassiliades, a insisté sur la nécessité de donner la priorité à l’emploi et de penser aux questions environnementales comme secondaires, garantis-sant ainsi le conflit entre les militants syndicaux et climatiques.

Cette position correspondait à une participation importante du syndicat IG BCE à la commission du gouvernement allemand pour l’élimination progressive du lignite, un processus lent qui met le pays en contradiction avec l’Accord de Paris sur le climat (décembre 2015).

Pour l’instant, tous les intervenants, y compris les syndicats, s’entendent pour dire que la production de charbon devrait cesser d’ici à 2038, mais l’accent mis par IG BCE uniquement sur les emplois l’a isolé de toute notion de «justice climatique».

Certes, il y a des raisons de s’inquiéter, le secteur des énergies renouvelables (éolien et solaire) est notoirement antisyndical, contrairement au «dialogue social» et au «partenariat» existant dans les anciennes branches industrielles. Pourtant, le risque est précisément que cet aveugle-ment à l’égard des questions écologiques permette aux employeurs d’assumer seuls la respon-sabilité de diriger la «transition écologique».

Pas tout le mouvement ouvrier organisé reste embourbé dans une telle position purement défensive. Suite à la demande du Vendredi pour le climat d’arrêter la production de charbon d’ici à 2030, le secrétaire général du syndicat ver.di services, Frank Bsirske, a déclaré que l’élimination progressive devrait être accélérée autant que possible.

Cet appel a déclenché une mobilisation de l’Alternative für Deutschland (AfD), une organisation d’extrême droite qui a attaqué de manière opportuniste Bsirske comme «anti-industrie» et voulant nuire aux travailleurs allemands. Les commentaires de Bsirske n’ont pas été appréciés de tous les syndicats. Pendant le camp climatique «Ende Gelände» (Mettre fin à cette zone) des militants, l’aile jeunesse de l’IG BCE a campé pour exiger la sécurité de l’emploi et la continuation de la mine à ciel ouvert.

Sortir de l’ornière

Comme nous le constatons, la conscience écologique de l’Allemagne, qui fait la fortune politique croissante du Parti Vert et l’essor des magasins bio (Bioläden) qui vendent des aliments respec-tueux de l’environnement, ne se traduit pas nécessairement par des positions plus progressistes des syndicats sur les questions climatiques.

Au contraire, le radicalisme du milieu militant pour le climat, ainsi que le corporatisme du syndicalisme de «l’emploi d’abord» ont créé un fossé plus profond entre des secteurs ouvriers et des milieux liés aux batailles environnementales que dans d’autres pays.

Cependant, la grève climatique du 20 septembre ouvre la possibilité de commencer à surmonter la méfiance entre les syndicats et les groupes environnementaux. Alors que le droit du travail allemand n’autorise aucun type de grève politique, les grèves climatiques de Vendredi pour le climat ont déjà touché la corde sensible des syndicats dans les industries manufacturières et de services. Et ils commencent à se mobiliser.

En juin, le plus grand syndicat allemand, l’IG Metall, a organisé une manifestation pour exiger une transition équitable et écologique. La crise plus générale de l’industrie automobile alle-mande, concentrée dans le scandale des données truquées d’émissions de Volkswagen (Dieselgate), a mis en évidence les maux particuliers du secteur automobile.

Compte tenu des relations étroites qui existent entre les syndicats de l’industrie manufacturière, les entreprises allemandes cotées en Bourse sur le DAX et l’Etat allemand, cette manifestation pourrait représenter un pas en avant vers une convergence entre syndicats et groupes environnementaux.

Cette alliance «ouvrier-vert» est d’autant plus nécessaire que le changement climatique, ainsi que les nouveaux développements technologiques vont forcer les usines automobiles alle-mandes à passer à la production de voitures électriques [qui se rechargent grâce à une électricité produite par le charbon (nucléaire en France blog) représentent un leurre ] ou de véhicules différents.

Pour organiser cette manifestation, IG Metall avait affrété dix trains et huit cents bus pour remplir les rues de Berlin de dizaines de milliers de métallurgistes. Il s’agit d’une étape importante pour le syndicat et son engagement dans la transition verte. Bien qu’aucun représentant de Vendredi pour le climat ne se soit adressé à la manifestation, il est impensable qu’elle aurait pu avoir lieu sans ces mobilisations en cours. Au moment d’écrire ces lignes, l’IG Metall n’a pas encore décidé d’appuyer la grève climatique du 20 septembre.

Plus prometteuses sont les évolutions dans le secteur des transports, où le syndicat des chemi-nots EVG (Eisenbahn und Verkehrsgewerkschaft) a annoncé la présence de ses membres lors des manifestations du Vendredi pour le climat ainsi que son soutien aux objectifs du mouvement.

Cela ne devrait pas être une surprise, étant donné les demandes du mouvement en faveur de transports publics de meilleure qualité et plus accessibles. L’étape suivante consiste à ce que cette solidarité intéressée se traduise aussi par des chefs de train et d’autres membres du personnel qui arrêtent les trains pour la Grève du climat le 20 septembre.

Mais ce sont les syndicats du secteur des services qui ont adhéré le plus rapidement et avec le plus de force à l’objectif du mouvement de grève climatique en plein essor et à l’appel à la grève. Ici, la relation entre les employeurs, l’Etat et les syndicats n’est pas corporatiste, et les travailleurs n’ont pas à craindre de perdre leur emploi dans la même mesure.

La semaine dernière, Frank Bsirske a soutenu que les membres de Ver.di devraient suivre l’appel de Greta Thunberg et se joindre à la grève du 20 septembre. Le compte Twitter de Ver.di montre Bsirske en train de dire : «Celui qui peut le faire doit partir et sortir dans la rue. J’irai, c’est sûr». Luisa Neubauer, l’une des jeunes grévistes du climat les plus en vue d’Allemagne, a qualifié l’appel de Bsirske de «pas en avant infiniment important», montrant que les grévistes du climat prennent conscience de la puissance du mouvement syndical.

Ver.di n’appelle pas directement ses membres à la grève. Mais le syndicat encourage ses mem-bres à prendre collectivement une journée de congé pour soutenir le mouvement ou organiser une «pause déjeuner active»: une réunion à l’heure du déjeuner en dehors de leur lieu de travail.

Cela pourrait être un moyen utile d’engager les membres du syndicat et d’autres travailleurs/ travailleuses dans la lutte pour la planète tout en rehaussant le profil de la Grève pour le climat. Etant donné qu’une récente pétition sur les changements climatiques, lancée par des membres de la base, a recueilli plus de 46 000 signatures, il semble que les travailleurs/travailleuses des services des secteurs public et privé pourraient commencer à passer à l’action.

Contrairement aux Etats-Unis, où les enseignants ont été à l’avant-garde de la construction du syndicalisme social et de la grève dans les Etats dominés par les républicains, les enseignants allemands sont des fonctionnaires qui n’ont pas le droit de grève.

Bien qu’ils ne puissent pas quitter leur poste, le syndicat de l’éducation GEW (Gewerkschaft Erziehung und Wissenschaft) a, cependant, soutenu les étudiant·e·s dans cette démarche. Ilka Hoffmann, membre de l’exécutif du syndicat pour les écoles, a publiquement soutenu la grève mais l’a aussi critiquée pour ne pas avoir fait assez afin de mettre l’accent sur les questions d’exploitation du travail et de justice sociale qui concernent les salarié·e·s.

La section Rhénanie-du-Nord-Westphalie du GEW a également plaidé de manière décisive en faveur de l’arrêt des représailles contre les étudiant·e·s qui font grève, bien que l’on ne sache toujours pas quelles formes d’action les enseignants prendront eux-mêmes pendant la semaine de la Grève pour le climat.

La grève devrait également toucher le secteur de la construction. Le plus grand syndicat alle-mand de la construction et de l’immobilier, l’IG BAU (IG Bauen-Agrar-Umwelt) dont le nom contient le mot «Umwelt» (environnement) a appelé ses membres sur les chantiers de construc-tion à se joindre à la grève du climat. Il exige que l’Allemagne réduise ses émissions de CO2 de 40% d’ici à 2020.

Le droit du travail allemand interdit aux travailleurs d’entreprendre une grève politique. L’IG BAU fait donc pression sur les employeurs pour qu’ils donnent à leurs employés l’occasion de partici-per aux manifestations des Vendredi pour le climat.

Ce geste intelligent ramène la balle dans le camp des employeurs, les obligeant à montrer jusqu’où va réellement leur fière identification avec les initiatives qualifiées de «responsabilité sociale de l’entreprise» et de «lieu de travail vert». Une telle décision de faire pression sur les employeurs pour qu’ils ferment leurs portes pourrait donner à la Grève pour le climat une tout autre dimension.

Réaliser la transition

Si les syndicats veulent marier la transition verte à la défense des intérêts des travailleurs, ils doivent réfléchir sérieusement à la façon dont ils peuvent utiliser leur pouvoir institutionnel et organisationnel sur le lieu de travail et au niveau des secteurs économiques. Après tout, 53 % des travailleurs et des employés sont toujours couverts par des conventions collectives, ce qui donne à de nombreux syndicats une grande influence sur l’évolution du marché du travail.

Ceux qui jouissent d’une telle position stratégique pourraient s’en servir pour exiger une amélioration des compétences des travailleurs des industries clés qui n’ont pas d’avenir dans une économie neutre en carbone.

Il s’agit d’établir de nouvelles règles de santé ainsi que de sécurité qui pourraient contribuer à réduire les émissions de carbone, et forcer les employeurs à modifier la façon dont les biens sont produits et les services fournis. Entre autres, les syndicats pourraient utiliser leurs conventions collectives pour passer à une semaine de quatre jours, ce qui réduirait également les émissions de CO2.

Malgré tous ces développements positifs au sein du mouvement syndical, les médias grand public allemands continuent de présenter de manière binaire le dialogue naissant entre les Vendredi pour le climat et le mouvement syndical, comme si la défense de l’emploi allait inévi-tablement agir contre les intérêts plus larges de la planète. C’est exactement le récit que les syndicats doivent faire éclater.

Jusqu’à présent, le soutien des syndicats allemands au mouvement Vendredi pour le climat est encore symbolique. Les syndicats pourraient certainement faire beaucoup plus pour remettre en question l’économie allemande du carbone (le capitalisme fossile).

Cependant, leur participation le 20 septembre pourrait commencer à combler l’écart entre les syndicats et les mouvements environnementaux déjà forts de l’Allemagne. Cela est plus nécessaire que jamais si l’on veut que les travailleurs/travailleuses ne paient pas le prix d’une transition vers une économie verte.

Publié sur le site Jacobin du 16 août 2019 traduction rédaction A l’Encontre

Mark Bergfeld est directeur des services immobiliers auprès de la confédération UNICARE, rattachée au Global Union-Europa.

Alencontre 17 août -2019 Mark Bergfeld

http://alencontre.org/

Lire aussi:

UNI Global Union (Wikipédia)

IndustriALL Global Union (Wikipedia)

Verdi (Wikipédia)

IG Metall (Wikipedia)

DGB Confédération Allemande des Syndicats (Wikipédia)

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