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14 mars 2024 ~ 0 Commentaire

haie (the conversation)

 bio

Planter une nouvelle haie ne compense pas la destruction d’une haie ancienne

La haie est revenue sur le devant de la scène médiatique : tandis que les victimes des inondations dans le Pas-de-Calais déplorent leur arrachage intempestif, les agriculteurs en colère dénoncent les mesures réglementaires entravant leur destruction.

Au-delà de ces positions médiatiques, les haies sont accusées de tout et son contraire, tantôt considérées comme un obstacle au développement agricole ou érigées comme une infrastructure agroécologique au rôle protecteur, taxées de zones enfrichées peuplées de nuisibles ou présentées comme des réservoirs de biodiversité utiles à l’agriculture. Alors qu’en est-t-il ? Les haies sont-elles les reliques d’un modèle paysan frappé d’obsolescence ou bien un levier pour engager l’agriculture dans une nécessaire transition écologique ?

Universitaires, chercheurs et botanistes travaillant de longue date sur les haies, nous nous sommes rassemblés en un groupe de travail au sein de la Société botanique de France pour synthétiser les connaissances sur cet écosystème très particulier. En réalité, toutes les haies ne se valent pas. Si replanter des haies là où elles ont disparu est une avancée écologique indéniable, protéger les haies anciennes là où elles subsistent devrait être une priorité absolue.

Aux origines des haies, une vocation oubliée ?

Pour comprendre les débats actuels sur les haies, il est d’abord nécessaire de revenir à leur raison d’être initiale. Car les haies d’aujourd’hui sont issues de plantations plus ou moins anciennes, répondant à des objectifs précis : délimiter des parcelles, empêcher la divagation des troupeaux, protéger les chemins et les cultures du vent ou encore limiter l’érosion des terres arables.

Les haies étaient aussi, à l’origine, pourvoyeuses de biens : fruits sauvages (mûres, noisettes, voire fruits d’arbres fruitiers) ou bois de chauffage à l’origine de la taille « en têtard » des arbres, dont la silhouette typique inspira de nombreux peintres.

La motivation initiale de la création des haies était donc purement utilitaire. Elles ont accompagné, entre la fin du 18ème et la fin du 19ème siècle, le développement des grands systèmes bocagers français, en complétant une trame jusque-là concentrée autour des villages, remontant parfois au Haut Moyen Âge.

Aujourd’hui, leur vocation a été oubliée ; plus de 1,4 million de kilomètres de haies anciennes ont été arrachées, perçues comme un obstacle à la circulation des engins agricoles et comme une perte de surface cultivable. Selon le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux [MOU2] « depuis 1950, 70 % des haies ont disparu des bocages français ». Le phénomène s’accélère même puisque, d’après le même rapport, 23 500 km de haies ont été annuellement détruits entre 2017 et 2021, contre 10 400 km entre 2006 et 2014.

Paradoxalement, dans le même temps, on replante des haies là où il n’y en avait pas, pour compenser la destruction d’autres haies ou pour réintroduire un peu de « naturalité » dans des paysages de grandes cultures. Mais les politiques d’incitation à la création de haies se sont traduites par la replantation de seulement 3 000 km de haies par an, avec parfois des espèces peu adaptées ou exotiques.

La haie ancienne est un réservoir de biodiversité

Maintenant, observons un peu ce qui se passe à l’intérieur d’une haie. La haie est un objet hybride : une création humaine artificielle qui se naturalise au fil du temps, et dont l’ensauvagement progressif efface peu à peu l’artificialité au point qu’elle devienne un habitat presque « naturel ». Un nombre croissant d’espèces végétales, animales et microbiennes la colonise alors spontanément : d’abord des espèces « généralistes », participant à la biodiversité ordinaire, puis, au fil des siècles, des espèces de plus en plus « spécialistes », notamment forestières, à la valeur patrimoniale importante.

Parallèlement, la structuration verticale et horizontale de la haie se complexifie, créant autant de micro-habitats pour une grande diversité d’espèces. Ni ouverte, ni forestière, la haie constitue un habitat semi-naturel unique : entre 60 et 80 % des espèces animales des campagnes s’y nourrissent ou s’y reproduisent. Si la haie est implantée sur un talus ou au bord d’un chemin creux, abeilles sauvages solitaires et mammifères fouisseurs y creusent leur terrier. Les tas de pierres attirent lézards, serpents et amphibiens. L’exploitation et l’entretien des haies contribuent également à en accroître la biodiversité, en favorisant par exemple la formation de cavités dans les troncs des vieux arbres de la haie, propices à de nombreux invertébrés, oiseaux et mammifères parmi les plus menacés dans les paysages agricoles.

À l’échelle du paysage, les haies forment également un réseau relié à des éléments forestiers ou à des zones humides, facilitant ainsi la circulation de nombreux organismes d’un milieu à l’autre et abritant par-là une diversité plus importante. Les haies les mieux préservées des usages agricoles adjacents, souvent les plus larges et les plus hautes, sont les plus riches et doivent être conservées prioritairement. Il existe en effet une relation entre l’ancienneté d’une haie et sa biodiversité : une nouvelle haie n’offrira pas avant longtemps la richesse en espèces d’une haie ancienne détruite ailleurs ; il faudra plusieurs siècles, si les espèces n’ont pas disparu entre-temps.

La haie ancienne rend de multiples services à l’Homme

Si la haie a donc été créée pour répondre à des objectifs humains, avant de devenir un important réservoir de biodiversité, elle demeure aujourd’hui pourvoyeuse de nombreux services bénéfiques à l’Homme et au fonctionnement des écosystèmes.

Pour comprendre cela, il faut notamment s’intéresser à la partie souterraine des haies.

L’enracinement des arbres et arbustes est plus profond que pour leurs congénères forestiers : la majorité des racines des arbres forestiers se trouvent dans le premier mètre cinquante du sol, tandis que les racines des arbres agroforestiers se concentrent entre 1 et 3 m. Les végétaux des haies freinent de ce fait l’écoulement de l’eau en surface et favorisent son infiltration dans les sols, ainsi que sa remontée par capillarité lors d’épisodes de sécheresse.

Les haies stabilisent également les sols, réduisent la lixiviation des particules limoneuses les plus fines et le lessivage des engrais et pesticides. L’actualité récente a démontré comment la disparition de haies aggravait les inondations lors d’épisodes pluvieux exceptionnels… Alliée des populations locales, mais aussi des agriculteurs, la haie limite l’érosion des sols et les enrichit en matière organique et en nutriments via son tapis de feuilles et de bois morts. Les produits de taille peuvent aussi, après broyage, servir de couvre-sol remplaçant les herbicides.

Les haies peuvent aussi contribuer à améliorer la qualité de l’eau, en fixant certains polluants tels les nitrates ou les métaux lourds lorsqu’ils sont présents dans l’eau de ruissellement. Elles participent aussi à une meilleure qualité de l’air, en interceptant les pesticides volatilisés lorsqu’ils sont épandus par temps chaud.

Les haies, enfin, créent des conditions microclimatiques favorables, par un effet « climatiseur » qui met les cultures et le bétail à l’abri des vagues de chaleur, du vent sec et des gelées tardives. Leur effet « brise-vent » s’étend jusqu’à une distance de dix à vingt fois leur hauteur. À l’heure des changements climatiques, cet effet « tampon » salvateur est plus que bienvenu. Dans ce contexte, selon l’ADEME, les haies fixent et stockent au moins 100 tonnes de carbone par kilomètre linéaire, via les troncs, les branches et les feuilles mais aussi leur système racinaire.

Face à l’étendue de ces services écosystémiques, on objecte parfois que les haies seraient des réservoirs de maladies et de bioagresseurs des cultures. Si ce fait est indéniable, l’impact actuel sur les rendements des cultures reste cependant très limité et bien inférieur aux bénéfices apportés par les organismes auxiliaires vivant dans les haies : pollinisateurs des cultures ou prédateurs des bioagresseurs (insectes, araignées, rapaces, chauve-souris…). Or ces auxiliaires sont d’autant plus nombreux et abondants que la haie est ancienne, et de ce fait riche en espèces. Ainsi, selon un rapport de l’INRAE de 2022, une haie réduit de 84 % l’abondance de bioagresseurs dans les cultures adjacentes.

Préserver les haies anciennes avant d’en planter de nouvelles

Combinés, tous ces services améliorent le rendement des cultures et le potentiel fourrager des prairies, avec une intensité qui dépend des types de sol, de la composition et de l’ancienneté des haies et des modes de culture. La possible baisse de productivité liée à la surface de production occupée par la haie et à l’effet « lisière » en bordure de celle-ci, est insignifiante au regard de l’augmentation des services apportés par la biodiversité qu’elle renferme, mais une haie nouvellement plantée mettra plusieurs décennies voire siècles à rendre les mêmes services qu’une haie ancienne. Malheureusement, les acteurs du monde agricole et les décideurs méconnaissent cette réalité : l’arrachage d’une haie amène, à moyen terme, davantage de pertes que de gains.

De fait, le « pacte en faveur de la haie » du gouvernement, qui vise à « arrêter la saignée » en plantant « en quantité et qualité » 50 000 km de haies d’ici 2030, ne pourra jamais compenser la destruction des haies anciennes qui se poursuit, car un kilomètre de haies nouvelles n’équivaut pas à un kilomètre de haies anciennes. « Déplacer » une haie ne conserve ni la biodiversité qu’elle hébergeait, ni la qualité et la quantité des services qu’elle rendait. La préservation des haies anciennes est donc une urgence, au nom de la sauvegarde d’un patrimoine historique, culturel et naturel inestimable, non seulement compatible mais vital pour l’agriculture du 21ème siècle.

Guillaume Decocq Professeur en sciences végétales et fongiques, directeur de l’UMR EDYSAN, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

https://theconversation.com/

Haie: Talus, se dit « Kleuz » en breton: Pen ar c’hleuz, Jean Marie Le Cleuzio. etc Dans un recueil de lois bretonnes du 6è siècle (these de Fleuriot) le partage des revenus des talus est codifié, preuve de leur importance.

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11 mars 2024 ~ 0 Commentaire

fukushima (reporterre)

Fukushima : «<small class="fine d-inline"> </small>Le gouvernement réécrit l'histoire de l'accident<small class="fine d-inline"> </small>»
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Fukushima : « Le gouvernement réécrit l’histoire de l’accident »

Treize ans après la catastrophe de Fukushima, la chercheuse Cécile Asanuma-Brice décrit à Reporterre les conséquences du processus de décontamination de la région et les retours aussi rares que difficiles des habitants.

Le 11 mars 2011, un séisme de magnitude de magnitude 9,1 frappait l’est du Japon, entraînant un tsunami, la mort de plus de 22 000 personnes et l’accident nucléaire de Fukushima. 160 000 personnes ont été évacuées à cause de la contamination radioactive. La chercheuse Cécile Asanuma-Brice, installée au Japon depuis vingt-cinq ans, codirige le programme international de recherche pluridisciplinaire CNRS Mitate Lab consacré à la gestion de la catastrophe nucléaire.

De ses travaux et de ses visites mensuelles dans les zones désertées, elle a tiré un livre, Fukushima, 10 ans après. Sociologie d’un désastre nucléaire (éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2021), et l’exposition « Sur les traces de Fukushima », présentée du 13 février au 9 mars 2024 à la Maison de la culture du Japon à Paris.

Reporterre — Treize ans après la catastrophe, où en sont la décontamination et le retour des populations dans les zones évacuées ?

Cécile Asanuma-Brice – Après l’accident, douze communes de la préfecture de Fukushima ont été évacuées, soit une zone de 1 100 kilomètres carrés. Officiellement, 160 000 personnes ont été déplacées : 100 000 à l’intérieur de la préfecture, 60 000 en dehors. En réalité, c’est beaucoup plus, car ce chiffre ne comprend que les personnes qui se sont déclarées en préfecture, ce que la plupart des gens n’ont pas fait. Il faut aussi distinguer les personnes évacuées sur ordre du gouvernement et les réfugiés volontaires, qui n’habitaient pas dans les zones évacuées mais ont néanmoins décidé de partir.

Lorsque le Premier ministre Shinzō Abe est arrivé au pouvoir fin 2012, il s’est donné pour objectif de rouvrir l’entièreté de la zone évacuée. « La situation à Fukushima est sous contrôle », a-t-il affirmé en 2013 devant le comité international olympique. À partir de ce moment-là, la plus grande politique de décontamination jamais entreprise au monde a commencé.

13 millions de mètres cubes de sols contaminés ont été déplacés, pour un coût de 39 milliards d’euros. Les maisons ont été nettoyées dans un périmètre de 20 mètres, ainsi que les terres cultivables. Par contre, le gouvernement n’a pas touché aux forêts, qui représentent 75 % de la surface de la préfecture. On ne sait pas les décontaminer.

En 2017, la zone d’évacuation de 1 100 kilomètres carrés [où il était interdit aux habitants de revenir] a été réduite à 300 kilomètres carrés. Elle est quasiment totalement rouverte aujourd’hui. Simultanément, le gouvernement a suspendu les aides au refuge et accordé des financements aux personnes qui accepteraient de vivre dans l’ancienne zone évacuée. Dans les faits, le nombre de personnes qui sont rentrées est globalement extrêmement faible.

À Ôkuma, au sud de la centrale, une ville nouvelle a été construite sur une zone déforestée pour l’occasion, avec trois restaurants, un dispensaire ouvert quelques heures par semaine, un bain public et un centre multifonctionnel — salle de sport, cuisines pour d’éventuelles associations, salle des fêtes, etc. Mais il n’y a que 1 000 habitants tous regroupés dans ces nouveaux lotissements, contre 9 000 auparavant dans la commune entière.

« Ce sont des gens dans des situations sociales très vulnérables »

Parmi eux, 800 sont des ouvriers envoyés par Tepco, l’entreprise qui gère la centrale et son démantèlement, 100 sont des personnes qui sont venues habiter ici avec les soutiens financiers de l’État et 100 seulement sont d’anciens résidents revenus vivre dans leur commune. À Namie, la localité évacuée la plus vaste de la zone et globalement la plus contaminée, il n’y a plus que 1 900 habitants contre 21 700 en 2005, essentiellement des ouvriers de la reconstruction et leur famille.

Parmi ceux qui reviennent, on peut bien sûr trouver quelques personnes qui veulent faire renaître le pays de ses cendres. Mais c’est loin d’être la majorité. Généralement, ce sont des gens dans des situations sociales très vulnérables, qui n’ont pas d’autre possibilité, et dont le retour va encore accroître la vulnérabilité. Je pense à une vieille dame âgée de plus de 70 ans, divorcée, contrainte de rentrer à Namie parce que c’était la seule possibilité pour elle d’avoir un toit sur la tête. Elle s’y occupe de personnes encore plus âgées qu’elle. Elle n’a plus rien. Mais ça n’est qu’un exemple parmi d’autres. Les situations sont très variables.

Pourquoi les habitants ne reviennent-ils pas ?

Dans la plaine côtière, urbaine, le bâti avait été détruit par le tsunami. Afin de suivre la politique de reconstruction, il fallait détruire ce qui l’était déjà partiellement pour reconstruire des villes nouvelles sur des nappes d’asphalte. Mais dans les zones de montagne, l’habitat, constitué de fermes traditionnelles dispersées en forêt, n’avait pas subi le tsunami et très peu le tremblement de terre. Certaines bâtisses étaient splendides, très vastes, parfois plus que centenaires. Les bâtiments, construits avec des matériaux naturels, se sont abîmés parce qu’ils n’étaient plus habités. Avec le climat subtropical japonais, très chaud et humide l’été, les matériaux se sont souvent détériorés.

La politique de reconstruction gouvernementale consiste donc à démolir l’habitat ancien, à couper les arbres alentours pour décontaminer, à recouvrir le sol d’asphalte et à construire des lotissements pavillonnaires sans aucun cachet. Quand les gens reviennent, ils ne reconnaissent plus leurs lieux de vie. C’est un second traumatisme.

Une habitante du village d’Iitate m’a confié : « Tu sais, toute cette terre qu’ils arrachent, qu’ils bougent comme un objet, comme si elle n’avait aucun esprit, c’est la terre de nos ancêtres. C’est la terre avec laquelle on a travaillé toute notre vie. On ne veut pas qu’ils la mettent dans des sacs et qu’ils la jettent comme si ça n’était rien. »

Face à ce type d’accident et de pollution, le rôle de l’ingénieur est d’élaborer une solution : lorsque c’est pollué, la solution est de décontaminer. Mais ces nettoyages engendrent parfois des situations aussi catastrophiques que la pollution elle-même. L’attention de l’ingénierie à trouver des solutions pragmatiques à des problèmes qui ne le sont pas moins, s’accompagne souvent d’une inattention pour l’émotionnel. Un lieu de vie, ce n’est pas seulement un lieu propre. Pour reprendre les termes de Deleuze et Guattari, un lieu de vie est un « lieu d’existence ». L’arbre où l’on se réfugiait enfant, l’école, l’église où l’on s’est marié, autant de points de repère-temps qui s’inscrivent dans le paysage et parsèment l’histoire et le territoire d’une vie.

Pour liquider l’accident nucléaire, le gouvernement mène aussi un travail de mémoire, ou plus précisément de reconstruction de la mémoire…

La politique de reconstruction s’est accompagnée d’une campagne de communication visant à faire accepter aux gens l’idée qu’il fallait rentrer, que ce serait une perte de laisser ces territoires à l’abandon. Dans cette optique, le gouvernement a ouvert de nombreux mémoriaux autour de la centrale. Ces derniers réécrivent l’histoire de l’accident en le présentant comme une catastrophe industrielle parmi d’autres, nécessaire au progrès industriel. Un accident qui ne se reproduirait pas.

Dans ces mémoriaux, principalement destinés aux habitants, des techniques de construction de la résilience sont mises en œuvre. Le visiteur est conduit dans une salle où il revit le séisme, le tsunami et l’explosion de l’enceinte de confinement de trois des six réacteurs de la centrale de Fukushima, sur un grand écran à 180 °. À la fin de la séquence, les images passent de la couleur au noir et blanc et un personnage animé explique qu’il s’agit là du passé, en renfermant ces images dans un livre qu’il dépose sur une étagère d’archives.

À Namie, une école a été transformée en mémorial. La plupart des écoles de la côte qui ont pris le tsunami de face n’ont pas eu le temps d’évacuer. Les enfants sont tous morts. Mais cette école-là a réussi à évacuer, et, de fait, a été conservée comme un symbole positif vers la reconstruction. Pour préserver cette image et couper tout rapport à la mort, le gouvernement a été jusqu’à déplacer le cimetière qui était à côté. Un jeu vidéo en ligne, commandé par la commune, est également proposé pour inciter les enfants originaires de cette localité, à revenir y vivre. Ce jeu banalise l’accident nucléaire et présente les événements comme une sorte d’aventure.

Lorsque les habitants se sont rendus pour la première fois dans le mémorial ouvert pour les jeux olympiques en 2020, la plupart d’entre eux étaient très en colère, parce que pour eux, la catastrophe n’était pas terminée. Ça a été très violent. Ils se sont mobilisés et ont obtenu que certaines expositions du mémorial de Futaba, le plus vaste, soient changées.

Votre exposition « Sur les traces de Fukushima » est également un travail de mémoire, qui donne à voir les lieux abandonnés lors des évacuations avant leur destruction pour décontamination. Pourquoi avez-vous mené ce travail ?

Ce que je montre dans cette exposition, ce sont les lieux avant et pendant la reconstruction. Elle commence par des photos de chaussures qui traînent dans la rue, pour évoquer ce caractère très oppressant de la fuite quand on se rend sur les lieux encore aujourd’hui. Dans mon livre, il y a le témoignage d’une jeune fille, Mari Tomizawa, qui raconte que le gouvernement avait envoyé des militaires dans des blindés pour éviter que les habitants ne partent dans un grand mouvement de panique. Ces mêmes militaires leur ont annoncé, quelques jours plus tard, qu’ils avaient une demi-heure pour évacuer le village. Ce sont les traces de cette urgence que l’on voit. Ce sont des objets du quotidien, les mêmes que les nôtres, qui montrent que cela pourrait arriver à n’importe qui.

Outre cela, les photos montrent la complexité de la situation, confronte les visiteurs aux habitants qui se racontent. Cette exposition, qui a accueilli plus de 14 000 visiteurs, fut également l’occasion de présenter nos travaux de recherche via une vidéo qui se trouve à l’entrée.

Le gouvernement veut relancer le nucléaire. Tepco vise le redémarrage du réacteur Onagawa 2 dès septembre 2024. Comment les Japonais accueillent-ils ce projet ?

Quand Fumio Kishida est arrivé au pouvoir fin 2021, il était plutôt bien vu. La seule chose qui mécontentait la population, c’était son projet de relance du nucléaire. Après la catastrophe, la grande majorité des Japonais ne voulait plus en entendre parler et cela a duré. Mais les tensions croissantes avec la Corée et la Chine, auxquelles se sont ajoutées la guerre en Ukraine, alors que le Japon importait beaucoup de gaz russe, ont permis au gouvernement de faire accepter à sa population l’idée de la nécessité d’une relance du nucléaire. Aujourd’hui, environ la moitié de la population y est favorable. Mais le discours sur le nucléaire comme énergie propre a évidemment beaucoup moins de poids ici.

https://reporterre.net/


fukushima (reporterre) dans Altermondialisme fukubukin
Fukushima, 10 ans après. Sociologie d’un désastre, de Cécile Asanuma-Brice, aux éditions de la Maison des sciences de l’homme, mars 2021, 216 p., 12 euros.

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04 mars 2024 ~ 0 Commentaire

malbouffe (reporterre)

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« 90 % des goûters d’enfants sont de la malbouffe ultra-transformée »

Une récente étude démontre un lien entre les aliments ultra-transformés et un risque plus élevé, entre autres, de maladies cardiaques et de cancers. Le Dr Anthony Fardet appelle les pouvoirs publics à s’emparer de ce fléau.

Près de 10 millions d’individus suivis. Jamais une étude si vaste n’avait été menée sur le sujet. Le 28 février, dans le British Medical Journal, quinze chercheurs ont démontré le lien entre les aliments ultra-transformés et trente-deux effets nocifs sur la santé. Notamment, un risque plus élevé de maladies cardiaques, de cancers, de diabète de type 2, d’anxiété, de troubles mentaux, voire de décès prématurés.

Face à ce fléau grandissant, le Dr Anthony Fardet, chercheur en alimentation préventive et durable à l’Inrae [1] de Clermont-Ferrand et auteur de Bien manger est si simple — Pourquoi tout compliquer ? (éd. Thierry Souccar, 2021), appelle les pouvoirs publics à s’en emparer sans tarder.

Reporterre — Paquets de céréales, barres protéinées, boissons gazeuses, plats préparés… Tous ces produits ont un point commun : ce sont des aliments ultratransformés. Qu’est-ce qui, dans leur fabrication, se révèle dangereux pour notre santé ?

Anthony Fardet — Tous ont été artificialisés par l’ajout d’au moins un des quatre marqueurs d’ultra-transformation. À savoir : des arômes ; des additifs cosmétiques, comme les colorants ou les modificateurs de goût ; des techniques industrielles de transformation, comme le soufflage ou la cuisson-extrusion ; et enfin des lipides, des glucides, des protéines ou des fibres ultra-transformés, par exemple des isolats de gluten.

Les aliments ultratransformés, bien souvent, demandent moins de mastication et réduisent donc la satiété, puis l’acte alimentaire. Le consommateur mange alors en excès, notamment du sel, du sucre et du gras ajoutés.

Sans parler des xénobiotiques ingérés, c’est-à-dire des composés étrangers au corps humain que nos organismes ne rencontraient jamais auparavant. Ce peut être des résidus de pesticides, des additifs de synthèse, voire, d’après l’hypothèse d’autres chercheurs, des résidus migrant des emballages plastiques.

Ils contiennent des xénobiotiques, c’est-à-dire des composés étrangers au corps humain que nos organismes ne rencontraient jamais auparavant. CC0/ Pxhere

Et puis, autre point central, une grande majorité de ces aliments contiennent moins de composés protecteurs, tels que les minéraux, les fibres, les vitamines, et les oligoéléments.

En revanche, on ne peut pas blâmer un composé en particulier : des milliers et des milliers de combinaisons existent entre tous les marqueurs d’ultra-transformation. Pour protéger notre santé, il faut réduire la proportion de l’ensemble de ces aliments dans nos régimes, et non se contenter de cibler isolément tel ou tel produit. C’est vraiment la proportion d’aliments ultratransformés dans le régime qui compte.

D’après l’étude, au Royaume-Uni et aux États-Unis, plus de la moitié des produits consommés sont des aliments ultratransformés. Ce chiffre grimpe jusqu’à 80 % pour les jeunes et les personnes les plus démunies. Pourquoi eux ?

Il y a, chez les jeunes, davantage d’ignorance sur ces questions. Le manque d’éducation nutritionnelle est flagrant. D’autant qu’en face, les géants de l’agro-industrie exercent un marketing très élaboré, visant à présenter ces produits comme bons pour la santé. Et je ne parle pas seulement de la malbouffe, mais aussi des aliments véganes, végétariens, allégés, enrichis, sans gluten ou bio.

Parmi les aliments ultratransformés, il y a certes la malbouffe, mais aussi certains aliments véganes, végétariens, sans gluten ou bio. CC0/ Open food facts

Par ailleurs, l’ultratransformé est souvent synonyme de calories et de bon marché. Or, quand on n’a pas beaucoup d’argent, la première préoccupation est de se remplir le ventre sans dépenser trop d’argent. Les ménages les plus modestes s’orientent donc vers ces aliments, comme un grand nombre d’étudiants en voie de paupérisation.

Si la nocivité de ces aliments est prouvée, pourquoi continuer à en produire ?

Les ultratransformés sont ultrarentables. Tout d’abord, parce que les marqueurs d’ultra-transformation coûtent peu d’argent. Mais ce n’est pas tout ! En exacerbant les goûts, les textures et les couleurs, les industriels signent une triple rentabilité.

Premièrement, en poussant le consommateur à en manger plus que de raison. Qui n’a jamais terminé un paquet de chips industrielles, avec plaisir, mais sans avoir réellement faim ? Deuxièmement, en poussant le consommateur à en racheter une seconde fois. Double rentabilité. Et enfin troisièmement, en ciblant les enfants dès leur plus jeune âge, on s’assure une clientèle à vie. Triple rentabilité.

Il y a quelques années, l’industrie du tabac incitait les jeunes à fumer tôt. Une fois ceux-là addicts, cela pouvait en faire des clients à vie.

La logique est la même ici : je travaille en ce moment sur les goûters des petits, et plus de 90 % d’entre eux sont composés de malbouffe ultra-transformée. Le mieux pour leur santé serait une poignée de noix ou d’amandes. Mais comment voulez-vous rivaliser avec des Kinder Pingui ?

Plusieurs universitaires brésiliens ont d’ailleurs appelé les Nations unies et les États membres à élaborer et mettre en œuvre une convention-cadre sur ces aliments, analogue à celle sur le tabac. Les politiques ont-ils un rôle à jouer dans cette bataille ?

Bien sûr. Il faut agir à deux niveaux. Déjà, du côté des scientifiques, en sensibilisant la population. Via les médias, en écrivant des livres, des articles de vulgarisation, en menant des conférences et en allant dans les écoles.

L’éducation alimentaire est la voie royale à long terme. En luttant contre l’ignorance, les consommateurs deviendront les véritables acteurs de leur alimentation et pourront faire des choix avisés.

« J’ai défendu l’idée d’une taxe sur l’ultratransformation. Plus le nombre de marqueurs est élevé, plus la taxe grimpe »

Seulement, le tabac l’a démontré, prévenir des risques de cancer ne fonctionne pas toujours. Il faut taper dans le porte-monnaie, faire grimper le prix du paquet à 15 euros. Sur ce point, les politiques doivent agir.

Il y a quelque temps, j’ai défendu l’idée d’une taxe sur l’ultra-transformation. Plus le nombre de marqueurs est élevé, plus la taxe grimpe. Il est urgent que les gouvernants se saisissent du dossier : l’enjeu est crucial non seulement pour la santé humaine, mais aussi pour la santé de notre planète, pour le bien-être animal, les inégalités socio-économiques, etc. Et ça passera par rendre les ultra-transformés plus chers que les vrais aliments.

Avez-vous des conseils pour mieux identifier ces aliments sur les étals des supermarchés ?

L’objectif est de repérer les marqueurs d’ultra-transformation. Il existe deux repères simples : premièrement, au-delà de cinq ingrédients sur la liste, il y a 8 chances sur 10 que l’aliment soit ultra-transformé.

Deuxièmement, si vous voyez des noms que vous n’utilisez pas en cuisine… alors, méfiez-vous ! Autrement dit, choisissez les listes d’ingrédients les plus courtes possibles et avec des noms connus.

Par ailleurs, les emballages très colorés, les portions individualisées et les promotions (car produire ces aliments coûte si peu cher qu’ils peuvent se le permettre) sont autant de signaux d’alerte. Les mentions promettant un produit « allégé » ou « enrichi » doivent aussi vous mettre la puce à l’oreille. Là encore, il s’agit presque à coup sûr d’aliments ultra-transformés.

Emmanuel Clévenot 4 mars 2024

https://reporterre.net/

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29 février 2024 ~ 0 Commentaire

nucléaire ruine (ODR)

nucleaire

La baisse structurelle du prix de l’électricité en Europe condamne le nucléaire à la ruine
La lourde déconvenue du gouvernement belge, contée ci-dessous n’est qu’un petit aperçu du
désastre qui va frapper EDF et ruiner la France en quelques années. Voici de quoi il s’agit.

Lorsque les prix de l’électricité se sont envolés en Europe sous l’effet conjugué de l’attaque de
Poutine en Ukraine et de la crise de la corrosion sous contrainte (jusqu’à 31 réacteurs français
arrêtés sur 56!), le gouvernement belge a paniqué et exigé d’Engie (propriétaire des réacteurs
nucléaires belges après avoir racheté Electrabel) la prolongation de durée de vie de 10 ans
pour deux réacteurs, Doel 4 et de Tihange 3.

Engie, qui avait acté de la fin du nucléaire en Belgique et pris ses dispositions, était très
réticente à revenir en arrière et prolonger ces deux réacteurs. Logiquement, Engie a exigé et
obtenu un prix garanti (81 euros par MWh) pour l’électricité qui sortira de ces deux réacteurs pendant les dix ans de rab imposés.

Or, il est désormais avéré que les prix de gros en Europe vont être structurellement bas :
d’ores et déjà, sur le marché de gros, le prix payé pour 2027 (car l’électricité s’achète longtemps à l’avance) n’est aujourd’hui plus que de 64 euros par MWh.

L’État belge va perdre dans l’affaire près de deux milliards d’euros, voire même beaucoup plus.
Sachant que la France ne compte pas 2 réacteurs mais 56, plus l’EPR de Flamanville, sans
oublier les chantiers commencés (Hinkley Point) et annoncés (Penly), il est facile de
comprendre que c’est la ruine totale qui est programmée.

Les dirigeant d’EDF et de la France en sont réduits à espérer secrètement des désastres (guerres, attentats, ouragans, séismes) qui pourraient éventuellement faire remonter les prix de l’électricité et sauver EDF.

Mais, dans le même temps, les renouvelables continuent leur montée exponentielle avec des
coûts qui s’effondrent. Et ces énergies sont très décentralisées et donc très résilientes par
rapport aux catastrophes naturelles ou géopolitiques. Des pays comme l’Espagne et le Portugal, autrefois considérés comme défaillants, battent des records de productions renouvelables à des tarifs toujours plus bas. Ce sont eux qui, bientôt, alimenteront la France…

https://www.observatoire-du-nucleaire.org/

La prolongation de vie de deux réacteurs va coûter très cher à l’État belge
La Libre Belgique, 21 février 2024 : https://urlz.fr/pCVE
Nucléaire : La baisse des prix de l’électricité menace la rentabilité d’EDF
Reuters, 25 janvier 2024 : https://urlz.fr/pCqz

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29 février 2024 ~ 0 Commentaire

édito (ODN)

nuk

Actualités du nucléaire – Hiver 2023-2024 (décembre-janvier-février)

Nucléaire : la France vers l’abîme

Il faudra bien qu’un jour, et probablement bientôt, un dirigeant politique ou industriel se présente enfin devant la population pour avouer la situation désespérée de l’industrie nucléaire française, à commencer bien sûr par celle d’EDF. Et carrément celle de la France, entraînée elle aussi dans l’abîme.

En effet, le doute n’est désormais plus permis : c’est bien la faillite qui attend EDF en particulier du fait des chantiers de réacteurs EPR ou EPR2. En mars 2016, face à la décision insensée d’EDF de construire deux réacteurs EPR en Grande-Bretagne (à Hinkley Point), Thomas Piquemal, le propre directeur financier de l’entreprise, avait pris le risque de saborder sa prometteuse carrière en démissionnant avec fracas et même, avait-il expliqué, « par désespoir ».

Ce n’étaient plus les antinucléaires, ces « oiseaux de malheur », ces « mauvais français à la solde des Allemands » (voire même des Chinois ou de Poutine !), qui lançaient l’alarme, mais un homme du sérail, parfaitement pronucléaire… Mais personne n’a voulu l’écouter.

Aujourd’hui, l’étau se referme : avec déjà 12 ans de retard, des tas de malfaçons et près de 20 milliards de surcoût, l’EPR de Flamanville va possiblement être mis en service… et commencer une carrière catastrophique, à l’image de Superphénix en son temps. En espérant qu’il ne s’agisse pas carrément d’un Fukushima français : on peut en particulier craindre la rupture de la cuve, défectueuse mais validée quand même par la prétendue « Autorité » de prétendue « sûreté nucléaire » (ASN).

Mais la catastrophe nucléaire se présente d’ores et déjà sous la forme d’un désastre financier :
comme prévu, Hinkley Point est en train de totalement surpasser les exemples pourtant dramatiques des chantiers EPR de Finlande et Flamanville. EDF n’y survivra pas. Et pourtant, la risible macronie et ses deux ridicules animateurs Macron (France) et Rémont (EDF) lancent… les chantiers de deux autres EPR – baptisés EPR2 pour faire croire que, cette fois, tout va bien se passer – et annoncent au total 14 de ces réacteurs maudits qui, bien heureusement, ne verront jamais le jour. Le nucléaire aura coulé EDF et la France bien avant.

Observatoire du nucléaire –

 

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26 février 2024 ~ 0 Commentaire

lobbying (basta)

lobbying (basta) dans Economie

Il s’en prend à l’« ultra-écologie » : enquête sur le lobbyiste des géants de l’agro-industrie

  • Hervé Le Prince, communicant breton, veille aux intérêts des poids lourds de l’agroalimentaire, particulièrement de la filière viande. À travers son association, les Z’homnivores, il s’attaque aux militants écologistes et à des journalistes.

« Nous sommes à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, le 25 mars 2023. Il y a une réserve d’eau de substitution, ce que d’autres appellent une méga-bassine. Et devant, il y a des tribus qui forment une horde, les tribus de la contestation française. » En quelques phrases, le décor est planté. Micro à la main, un quinquagénaire svelte se lance dans une analyse de ce qu’il qualifie d’ « ultra-écologie » face à un parterre d’une centaine d’éleveurs réunis en assemblée générale à Ploufragan, commune des Côtes-d’Armor, le 1er décembre dernier. Le nom de l’orateur : Hervé Le Prince.

Ce communicant breton, expert en gestion de crise, a été invité ce jour-là par l’Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne (UGPVB) pour décrypter « la mouvance antisystème qui cible les productions alimentaires ». Il dépeint un environnement « crisogène », « un terrain fertile pour toutes les idéologies et les gourous », qui résulte du réchauffement climatique. Avec à son compteur la gestion d’une cinquantaine de crises agricoles et agroalimentaires, l’homme se présente comme une « vigie de cette contestation ».

« Guerre alimentaire »

Hervé Le Prince rappelle les intrusions et les sabotages subis par le milieu agricole et agroalimentaire. « Tout ceci est-il comme on veut nous le faire croire un mouvement sociétal spontané ou y a-t-il des gens derrière tout ça ? Sans être complotiste, on va quand même se poser la question », avance-t-il. Sans ménager le suspense trop longtemps, il finit rapidement par trouver un coupable. « Il y a un pilote dans l’avion et il s’appelle les Soulèvements de la Terre ».

Le collectif écologiste concevrait une « stratégie délibérée vers un état insurrectionnel » grâce à leur « prise en main de 200 collectifs locaux » et une trentaine d’actions de blocage ou sabotage. Le communicant met en garde son auditoire contre la « montée en puissance d’une guerre alimentaire ». Il y aurait d’un côté, une minorité d’antispécistes et d’activistes climatiques « radicalisés » et de l’autre une majorité silencieuse qui soutient celles et ceux qui les nourrissent. Dans cette guerre imaginaire, Hervé Le Prince a clairement choisi son camp depuis de nombreuses années. Et il s’emploie à le défendre.

Des clients dans l’agroalimentaire

Autodidacte dans le domaine de la communication, Hervé Le Prince a d’abord travaillé dix ans chez le groupe de communication Euro RSCG/Havas Advertising avant d’ouvrir à Rennes en 2006 sa propre agence, NewSens. Spécialiste de la gestion de crise, de la stratégie d’influence et du lobbying, l’agence a dans son portefeuille de clients une majorité d’entreprises agroalimentaires (Euralis, Hénaff, Bridor, Daunat, Bordeau Chesnel, Savéol, Soréal, Le Duff, Nutrinoë…). Sa mission : protéger leur réputation.

Pour la sienne, l’agence peut compter sur ses salariés. En septembre 2020, l’une des consultantes toujours en poste s’est fendu d’un avis quatre étoiles sur Google, n’hésitant pas à louer le professionnalisme, le rapport qualité-prix et la réactivité des services qu’elle propose elle-même.

Fort de son réseau, Hervé Le Prince a contribué à la création en 2012 de l’association Agriculteurs de Bretagne, avec l’appui de plusieurs présidents de coopératives, dirigeants d’entreprises, la chambre d’agriculture bretonne et les syndicats majoritaires. Cette association compte aujourd’hui plus de 3 400 adhérents. À l’époque, le monde agricole breton est empêtré dans le scandale des algues vertes. Décision est prise de réagir en promouvant activement une image positive de la profession et en renouant le dialogue avec le consommateur.

« Affronter l’adversité animaliste »

C’est à l’occasion d’une autre crise que naît en 2017 les Z’homnivores, un collectif porté par plusieurs acteurs de poids : l’Association bretonne des entreprises agroalimentaires (ABEA), Produit en Bretagne, Agriculteurs de Bretagne, l’Association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes (Interbev) et l’UGPVB citée plus haut.

L’objectif est de faire la promotion du régime omnivore et de sauver la peau de l’élevage. Celui-ci se voit fragilisé par la démocratisation du végétarisme et du véganisme et la montée en puissance d’associations antispécistes comme L214, qui publie des vidéos choc prises dans des abattoirs et exploitations agricoles.

Certains membres fondateurs des Z’homnivores ont été victimes de ces vidéos comme Loïc Hénaff, ancien président de Produit en Bretagne, conseiller régional (sur la liste de l’ex-PS Loïg Chesnais-Girard) et PDG du Groupe Jean Hénaff, la célèbre marque bretonne de pâtés en boîte [1].

Afin d’aider « les hommes et les femmes de la filière animale à affronter l’adversité animaliste », Hervé Le Prince est devenu directeur délégué des Z’homnivores. Le changement de statut en association en mars 2023 vise à lui donner une portée nationale, en sortant des frontières bretonnes. La lecture des statuts apporte son lot de contradictions.

On lit que l’association est « un espace de réflexion libre et indépendant de toute contrainte politique et économique ». Quelques phrases plus haut, il est pourtant question d’« accompagner les acteurs économiques des filières alimentaires en réponse notamment aux remises en cause de la production ».

Fonds publics

Le crédo des Z’homnivores est la liberté alimentaire. « Au départ, il y a eu une prise de conscience assez brutale pour certaines entreprises et pour leurs salariés, qu’élever des animaux pour s’en nourrir déclenchait des réactions très vives, parfois passionnelles, dans la société d’aujourd’hui. Nous étions démunis pour prendre en compte cette nouvelle forme d’expression et nous avons commencé par un travail d’analyse pour comprendre, avec des philosophes, sociologues, agronomes, nutritionnistes, vétérinaires… de toutes sensibilités », explique Malo Bouëssel du Bourg, directeur général de Produit en Bretagne [2].

Ce travail s’est poursuivi par la création et la diffusion « d’outils pédagogiques » : site internet des Z’homnivores, formations en ligne, colloques… L’initiative a bénéficié de fonds publics via le soutien financier de la région Bretagne qui a versé à Produit en Bretagne une aide destinée aux Z’homnivores de 80 000 euros en 2022 et 60 000 euros en 2023.

« Brutalisation de l’écologie »

Cet argent sert notamment au travail d’Hervé Le Prince. À l’instar de sa présentation durant l’assemblée générale de l’UGPVB en décembre dernier, il multiplie les conférences sur l’activisme climatique et alimentaire, en France ou à l’étranger. Dernièrement, il a été invité par les Maraîchers d’Armor, les producteurs de la coopérative agricole Cavac, l’Association des transformateurs et commerçants de volailles dans les pays de l’UE, le Medef 29…

Hervé Le Prince intervient parfois aussi auprès des représentants des domaines skiables, mais en pointant du doigt les activistes climatiques qui remettent en cause « notre liberté de skier ». Selon lui, leur profil correspond à une minorité de néo-militants radicaux d’ultragauche, anti-capitalistes, wokistes, « issus d’une catégorie sociale extrêmement privilégiée, jeunes, urbains, européens blancs ». Des gagnants du système, qui ont « une fascination pour le recours à la violence » et savent médiatiser leur action pour faire évoluer la loi. « Ce qui m’inquiète, c’est la trajectoire de brutalisation de l’écologie », avertit-il.

Tous ces arguments font sourire Léna Lazare, l’une des porte-parole des Soulèvements de la Terre. « Il véhicule le fantasme selon lequel les Soulèvements seraient une organisation hyper structurée et pyramidale alors que ce n’est pas le cas, dit-elle. Il parle de brutalisation alors qu’il s’agit de désobéissance civile. »

Léna Lazare rappelle que bien avant les Soulèvements de la Terre, des mouvements ont aussi eu recours à des actions qualifiées de violentes, à l’instar du Front de libération de la terre à qui l’on attribue des sabotages et des incendies dès les années 1990. « En comparaison, nous sommes à un niveau de confrontation beaucoup moins élevé », défend-elle. Sa crainte : que le récit alimenté par Hervé Le Prince contribue « à renforcer les violences contre les activistes sur le terrain ».

Mais les méthodes d’Hervé Le Prince ne font pas l’unanimité dans les rangs des éleveurs. Président de la chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine et producteur de laits bio, Loïc Guines estime qu’ « on n’a pas besoin d’un discours qui s’arcboute sur un modèle agricole dépassé. Les éleveurs évoluent dans le bon sens, notamment sur les questions de bien-être animal. »

« Presse militante »

Quelle est aujourd’hui l’influence réelle des Z’homnivores ? D’un point de vue politique, quelques élus ont manifesté un soutien à leurs actions comme les députés bretons Didier Le Gac (Renaissance) et Marc Le Fur (Les Républicains) ou encore l’ancien député creusois Jean-Baptiste Moreau (Renaissance). Le collectif a été auditionné en mars 2023 par le Sénat dans le cadre d’une mission d’information sur la viande in vitro. Il affirme aussi être à l’origine d’un amendement sur la souveraineté alimentaire à l’article 1 de la proposition de loi sur la performance de la Ferme France. Ce que dément le sénateur Franck Menonvile qui a déposé l’amendement.

Les Z’homnivores ont aussi produit une dizaine de contenus digitaux avec plus ou moins de succès. Sur Youtube, la majorité de leurs vidéos ne dépassent pas le millier de vues à l’instar de leur dernière réalisation qui dépeint une sombre France où les rayons des supermarchés sont vides et le rationnement imposé. « Il est encore temps d’éviter le pire scénario, protégeons ceux qui nous nourrissent ! » alerte l’association. Sa page Facebook et son compte X plafonnent à un millier d’abonnés. Dans ses conférences, Hervé Le Prince qualifie de « presse militante » les médias qui n’épousent pas ses convictions, une catégorie dans laquelle il range Le Monde, Libération, Basta!, Blast ou Splann ! Il s’en est même pris au Parisien.

Le bilan des activités de l’année 2023 des Z’homnivores fait état d’une « fiche de lecture et d’analyse » des articles et du livre Silence dans les champs (Arthaud, 2023) écrit par le journaliste rennais Nicolas Legendre. Ancien correspondant du journal Le Monde en Bretagne, celui-ci a enquêté plusieurs années sur le système agro-industriel.

Cette « fiche de lecture », qui aurait dû rester secrète, mais qui a fini par fuiter, attaque violemment le travail du journaliste. Il y est qualifié de militant de la post-vérité, de journaliste à scandale faisant partie du « système Léraud », en référence à la journaliste Inès Léraud, connue pour ses enquêtes sur les algues vertes.

« Comme toujours dans cette littérature activiste, Nicolas Legendre use d’une réécriture militante de la réalité et des faits dans un but non avoué : initier une théorie du complot », dénigre Hervé Le Prince. Ce qu’il présente comme du « pseudo-journalisme » a été récompensé en novembre dernier par le prestigieux prix Albert-Londres qui couronne l’excellence dans le domaine du journalisme.

La logique d’argumentation d’Hervé Le Prince dans cette note semble finalement en miroir de ce qu’il dénonce vigoureusement chez les activistes climatiques et alimentaires : vision binaire, la victimisation, registre catastrophiste… Contactés, ni l’UGPVB, ni Interbev, ni l’ABEA, ni Hervé Le Prince n’ont souhaité répondre à nos questions.

Solenne Durox 26 février 2024

https://basta.media/

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25 février 2024 ~ 0 Commentaire

basta (lyon)

basta

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25 février 2024 ~ 0 Commentaire

agriculture (reporterre)

Toujours plus industrielle, l'agriculture française s'enferme dans l'impasse
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Toujours plus industrielle, l’agriculture française s’enferme dans l’impasse

Où va l’agriculture française ? Alors que le gouvernement multiplie les reculs écologiques, les partisans d’une agriculture paysanne respectueuse du vivant s’inquiètent.

Samedi 24 février, Emmanuel Macron ouvre le Salon de l’agriculture et la visite promet d’être tumultueuse, trois semaines après une mobilisation historique des agriculteurs, et alors que certains tracteurs sont toujours de sortie. L’Élysée a bien tenté de s’en sortir avec sa méthode habituelle : il participera samedi à un « grand débat » lors du Salon, réunissant tous les représentants du monde agricole, de la grande distribution, des écologistes, etc. La proposition a tourné au pataquès quand la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et les Jeunes agriculteurs ont cru que le collectif Les Soulèvements de la Terre était invité. Prenant cela comme un affront, ils ont refusé de participer. Le débat a été annulé au dernier moment vendredi soir.

Hausse du coût du carburant ou des engrais, revenus en berne, sécheresse et autres catastrophes climatiques en série, concurrence de produits étrangers de moindre qualité, retards dans le paiement des aides européennes de la Politique agricole commune (PAC), toujours plus d’administratif à remplir et de normes à respecter… Les raisons de la colère sont nombreuses, parfois anciennes.

La marmite a débordé. Rien de très surprenant, tant l’agriculture française semble aujourd’hui à un point de bascule, un moment clé. Elle doit trouver comment faire face au choc climatique, qui est déjà là. Par ailleurs, l’association Terre de liens a calculé que d’ici 2030 — dans seulement six ans — un quart des agriculteurs devrait partir à la retraite, libérant ainsi 6 millions d’hectares de terres agricoles, soit 23 % des surfaces cultivées en France.

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© Clarisse Albertini / Reporterre

Vers quelle agriculture iront ces terres ? À l’agrandissement, comme plus de la moitié des terres agricoles qui changent de main aujourd’hui ? La tendance est la même depuis des dizaines d’années : le nombre de fermes s’effondre — les trois quarts ont disparu en cinquante ans —, alors que leur surface moyenne s’agrandit.

« Il y a un risque d’aller vers un modèle agricole de plus en plus industrialisé, piloté par des agri-managers, estime Coline Sovran, autrice du rapport de Terre de liens. Une autre bascule, vers une agriculture humaine, avec une approche sensible de son territoire, de la biodiversité, des sols, est possible. »

Des réponses loin de la réalité

Pour l’instant, ce n’est pas le choix que semble avoir fait le gouvernement dans sa réponse à la crise agricole. Il a mis en suspens le plan de réduction des pesticides Écophyto, maintenu la niche fiscale du gazole non routier (carburant des tracteurs), débloqué des aides d’urgence, annoncé de multiples « simplifications » de normes environnementales, allégé la réglementation sur les haies alors que « 23 500 km de linéaire disparaissent chaque année » selon France Nature Environnement, autorisé la suppression des jachères qui ont un intérêt pour la biodiversité…

Certaines mesures sont déjà entrées en vigueur. D’autres devront attendre encore quelques mois, notamment celles concernant le revenu agricole, cœur du problème. La loi Égalim, qui est censée rééquilibrer les négociations entre agriculteurs, agroalimentaire et supermarchés va connaître sa quatrième version en six ans.

Le 21 février, Gabriel Attal vantait la réponse du gouvernement à la crise sous les dorures de Matignon. Ses services diffusaient un tableau permettant de suivre l’avancement de chacune des soixante-deux mesures promises. Paradoxalement, le document a l’allure d’un formulaire administratif interminable à l’image de ceux que les agriculteurs dénoncent.

« Il n’y a aucune remise en cause de la trajectoire tendancielle, et elle n’est pas rose »

« Les réponses du gouvernement ne correspondent pas au cœur des revendications des agriculteurs, qui portent sur le revenu et les problèmes climatiques — sécheresse, inondations, estime Clotilde Bato, coprésidente du collectif d’organisations paysannes et écologiques Nourrir. Ce n’est pas en favorisant l’agrandissement des élevages industriels, les mégabassines et les pesticides que l’on répondra aux crises qui vont se multiplier. Nous sommes inquiets de cette vision court-termiste. »

« Il y a comme un grand retour au productivisme des années 70 », observe aussi Christian Couturier, directeur de l’association Solagro. Comme le montre le graphique de Reporterre, les élevages ne cessent de se concentrer, les tracteurs sont de plus en plus puissants pour permettre d’exploiter de plus grandes surfaces avec un minimum d’agriculteurs, les surfaces irriguées (pour augmenter les rendements notamment) croissent, l’endettement des agriculteurs aussi.

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© Clarisse Albertini / Reporterre

« Il n’y a aucune remise en cause de la trajectoire tendancielle, et elle n’est pas rose, poursuit l’ingénieur. On continue à perdre des actifs agricoles, des terres agricoles, du potentiel productif. Les nappes d’eau sont contaminées par les pesticides. C’est alarmant et hors de contrôle. » Il cite une étude de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). « Elle a évalué les coûts cachés du système alimentaire français à 163 milliards d’euros par an, et encore elle n’inclut pas les pesticides. C’est sous-évalué et cela représente déjà 10 % du PIB, souligne Christian Couturier. Aucune des mesures adoptées par le gouvernement n’est à la hauteur des enjeux, ou contribuera à freiner cela. Au contraire. »

Même les scientifiques protestent. Réagissant à la mise en pause du plan Écophyto, 140 d’entre eux estimaient dans une tribune publiée dans La Croix que cela était « un déni de décennies d’activités de recherche scientifique », montrant qu’il faut « diminuer rapidement et fortement la dépendance de notre agriculture aux pesticides de synthèse ». Le comité scientifique du plan Écophyto a aussi contesté le choix du gouvernement de changer d’indicateur pour mesurer la baisse des pesticides.

« Le gouvernement minore le besoin de transformation profonde de l’agriculture »

Face au désastre de la course productiviste, une autre voie s’est construite. Le bio, en particulier, a affiché pendant des années une croissance à deux chiffres, la France devenant même l’an dernier le pays européen avec le plus de surfaces en bio (10,7 % de la surface agricole française). De quoi refléter « avant tout les efforts des agriculteurs, dans un contexte qui n’est pas favorable depuis longtemps », souligne Véronique Lucas.

Las, les alternatives sont désormais en berne. Le bio subit de plein fouet une crise de la demande depuis près de deux ans. « Un tunnel dont on ne voit pas le bout », reconnaît Philippe Camburet, président de la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab). Le syndicat a calculé que face à cette crise, seules 10 % des fermes bio ont pu être aidées en 2023. Gabriel Attal a depuis annoncé 50 millions de plus. Soit seulement 833 euros par ferme bio, déplore la Fnab, qui estime que les besoins sont cinq fois supérieurs.

Ces dernières années, le gouvernement a aussi diminué les aides aux associations qui promeuvent une agriculture paysanne. Il a augmenté les financements de la FNSEA au détriment des autres syndicats que sont la Confédération paysanne et la Coordination rurale. Il a choisi, dans la distribution des aides de la PAC, de faire le minimum pour l’agroécologie. Il soutient la déréglementation des nouveaux OGM.

Comme un retour de bâton contre l’agriculture paysanne et écologique qui avait le vent en poupe, que Philippe Camburet fait notamment remonter à la guerre en Ukraine. « Il y a eu comme une psychose, la crainte de manquer, dit-il. Cela a autorisé tout un tas de reculs écologiques. » « Pendant longtemps, l’action publique n’était pas à la hauteur des enjeux écologiques, mais faisait des petits pas, observe Véronique Lucas. Désormais, il n’y en a même plus, le gouvernement actuel minore le besoin de transformation profonde de l’agriculture. »

Pourtant, la relève agricole est là et aspire à une agriculture paysanne et respectueuse du vivant. Les chiffres sont formels : plus de 21 000 personnes chaque année se présentent aux chambres d’agriculture avec un projet d’installation. Parmi ces candidats, une bonne partie souhaite le faire en bio. Nous n’avons pas trouvé de chiffre national, mais en Bretagne, ils sont 31 % à vouloir se lancer en bio. En Pays-de-la-Loire, 41 %.

« Ces personnes sont motivées pour nourrir la population, mais aussi pour s’installer sur des modèles qui respectent les ressources naturelles », se félicite Clotilde Bato. Mais un tiers d’entre eux n’arrivent pas à s’installer, déplore le collectif Nourrir. Pour les y aider, cela tombe bien, le gouvernement finalise un projet de loi d’orientation agricole avec un volet sur l’installation. « C’est une occasion unique d’agir », encourage la coprésidente de Nourrir.

Une autre solution bien connue serait de revoir la distribution des aides de la PAC. Il est possible de les orienter vers un soutien à une agriculture plus écologique. Le gouvernement a une fenêtre de tir l’an prochain : il devra faire un bilan de la répartition actuelle des subventions. « Il n’est pas logique de subventionner des fermes qui produisent pour l’export », proteste Philippe Camburet.

Autant de mesures à prendre avant qu’il ne soit trop tard. Le gouvernement n’échappera pas aux problèmes écologiques, estime Véronique Lucas. Par exemple, « sur les pesticides, il y a tellement de résidus dans l’eau que beaucoup d’élus locaux sont dans des situations impossibles. La région rennaise a frôlé la rupture d’approvisionnement en eau potable en 2022. Cette situation va revenir, et le gouvernement ne pourra pas traiter Rennes comme il a traité Mayotte ». Pour le président, « c’est le moment d’être courageux », encourage Clotilde Bato.

 Marie Astier   24 février 2024

https://reporterre.net/

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20 février 2024 ~ 0 Commentaire

usa prop (courrier)

Photo
Photo Alexsander-777/Pixabay/CC

Sur les réseaux sociaux, certaines publications mettant en avant des salaires américains vertigineux deviennent virales. De fait, “certaines disparités salariales [entre l’Europe et les États-Unis] sont vertigineuses”, note The Times.

Par exemple, un chief technical officer (“directeur des nouvelles technologies”) gagne en moyenne 93 000 euros outre-Manche contre 231 000 euros outre-Atlantique. Même les emplois moins qualifiés, comme directeur de magasin ou vendeur de voiture, sont concernés.

C’est dans le domaine de la santé, des infirmières et des sages-femmes jusqu’aux médecins spécialisés, que les disparités sont les plus fortes, ce qui “alimente les craintes d’un exode médical transatlantique”.

Et il n’y a pas que le Royaume-Uni qui soit concerné par l’écart grandissant de salaires : toute l’Europe suit la même tendance, d’autant plus que “les augmentations de salaires en Grande-Bretagne au cours des douze derniers mois ont en fait été meilleures qu’en France ou en Allemagne”.

Le quotidien britannique a cherché des explications et en a trouvé trois principales

  • La croissance : les États-Unis ont connu une croissance de 2,5 % en 2023, avec une hausse de la consommation malgré l’inflation, tandis que le Royaume-Uni vient de rentrer officiellement en récession et que les prévisions de croissance sont à la baisse en Europe occidentale.
  • Les traces de la crise économique de 2008 : le Royaume-Uni a été plus durement affecté et a mis plus de temps à s’en remettre.
  • La productivité : les travailleurs britanniques sont moins productifs que leurs homologues américains (mais également moins que les Allemands et les Français).

Une réalité pas si rose

Attention, toutefois, prévient le Times, à ne pas se laisser tromper par l’examen des seuls chiffres. Si les salaires américains moyens sont plus élevés, ils ne le sont pas pour tous les postes : les salaires les plus modestes sont comparables.

Par ailleurs, les Américains travaillent un plus grand nombre d’heures, 18 % de plus que les Britanniques en 2022. Leur salaire horaire n’est donc pas si avantageux.

Enfin, le coût de la vie est sensiblement différent entre les États-Unis et l’Europe, notamment en ce qui concerne l’immobilier, l’éducation et la santé. Autant de postes de dépenses qui entament considérablement les revenus des Américains.

“Les salaires américains font toujours envie en Europe, mais, une fois que l’on prend en compte toutes les disparités du coût de la vie, le gouffre béant entre nos revenus et ceux d’outre-Atlantique se rétrécit considérablement”, conclut le journal.

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07 février 2024 ~ 0 Commentaire

smr (médiapart)

nukleyaire

Le dangereux engouement pour les SMR

Le développements de petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR) fait l’objet d’annonces spectaculaires. À partir des déclarations de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) sur ce sujet, nous lançons un appel à la raison sur les réalités et les difficultés de tels projets, sur les plans technique, de sûreté et de sécurité et sur celui des coûts.

Lors de sa conférence de presse du 31 janvier 2024, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a abordé la question des petits réacteurs nucléaires modulaires, dits SMR, et répondu à quelques questions sur ce sujet.

Dans sa présentation, le président souligne les questions techniques et sociétales que posent ces nouveaux réacteurs, ainsi que les enjeux de sûreté, de sécurité et de non-prolifération « à intégrer en amont des projets ».

Ce sont les préoccupations habituelles lorsque l’on s’intéresse à des réacteurs nucléaires, qui produisent à partir des fissions et réactions en chaîne d’éléments fissiles (uranium, plutonium) de la chaleur et éventuellement de l’électricité, mais aussi des produits de fission et des transuraniens que l’on retrouve dans les combustibles irradiés destinés actuellement au retraitement, entraînant l’accumulation de déchets radioactifs s’ajoutant à ceux du démantèlement des réacteurs. Voilà donc les problèmes qu’il va falloir analyser pour les réacteurs candidats SMR, comme pour tout réacteur nucléaire et avec la même rigueur que pour les réacteurs classiques.

De la même façon qu’une installation industrielle classique ne peut prétendre être exempte de tout risque d’accident, aucune installation nucléaire ne peut y prétendre. La déclaration « un accident nucléaire est possible en France » des responsables de l’ASN qui se sont succédé est valable pour les SMR, même si, comme le dit son président actuel, certains SMR innovants « présentent des caractéristiques intrinsèques de sûreté potentiellement prometteuses ».

Les premiers exemplaires « prototypes » de réacteurs candidats au titre de SMR, c’est-à-dire destinés à être fabriqués en série en usine avant installation sur site, devront donc être construits sur des sites nucléaires, probablement ceux abritant des réacteurs de recherche.

Comme le souligne l’ASN, l’utilisation de SMR en France ne présenterait pas grand intérêt pour la production d’électricité au vu de l’importance du parc actuel des centrales d’EDF et des projets annoncés. Mais, par contre, les SMR pourraient être très utiles pour la production de chaleur ou de vapeur pour les industries de process (industrie papetière, agroalimentaire, chimique, etc.) qui sont très nombreuses.

Il faudrait alors implanter le réacteur SMR très près de l’installation industrielle ou même, d’après l’ASN, à l’intérieur de cette installation.

C’est aller beaucoup trop loin dans la banalisation du risque. Et cela ne se limite pas à « l’acceptabilité » qui semble être l’inquiétude majeure de l’ASN mais aux risques de telles installations « mixtes ».

En effet, on ne peut pas admettre la présence d’une installation nucléaire de base, contenant des matières hautement radioactives au sein d’une installation industrielle classique, de type ICPE dans laquelle une situation accidentelle grave (AZF, Lubrizol) pourrait endommager l’unité SMR et transformer l’accident en catastrophe.

De plus, il est clair que chaque promoteur d’un candidat SMR ambitionne une commande importante en nombre d’exemplaires (de l’ordre de la centaine disent certains) qui lui permette la fabrication « modulaire » des réacteurs dans une usine dédiée, cela lui permettant la réduction supposée du coût unitaire.

On  aurait dans ce cas, en éliminant la solution d’un SMR dans l’usine elle-même, la création d’un grand nombre de couples INB-ICPE. Même si l’on admet que la probabilité d’un accident sur le SMR soit plus faible que pour un réacteur classique (ce qui reste à démontrer pour chaque cas), cette probabilité est multipliée par le nombre de réacteurs, tous identiques.

Dans l’examen des dossiers de sûreté des grands réacteurs de puissance d’EDF et des usines du combustible nucléaire, l’ASN et l’IRSN portent une très grande attention aux « agressions extérieures » d’origine naturelle ou malveillante. Que deviennent ces préoccupations pour des SMS disposés un peu partout sur le territoire, sur des emplacements qui sont ceux de l’installation industrielle qu’ils doivent alimenter en chaleur et dont l’emplacement a été choisi hors de toute préoccupation de sûreté et sécurité nucléaires ? Comment serait organisée une protection spécifique qui, pour être efficace, serait certainement dispendieuse, d’autant plus que les SMR  concernés seraient de faible puissance ?

La profusion des projets de candidats au titre de SMR qui, pour certains, sont soutenus financièrement par le Gouvernement conduit à ce que chacun soit examiné par l’IRSN et l’ASN, comme l’annonce cette dernière. Cet examen peut être décalé dans le temps en fonction de la maturité des projets, tous n’existant actuellement que sur dossier, plus ou moins élaboré.

Si cet examen est fait correctement, c’est-à-dire avec autant de soin que pour un réacteur de puissance, l’examen des dossiers techniques et de sûreté de chaque prototype de SMR est un travail considérable.  On peut craindre que « l’engouement » pour les SMR dont parle l’ASN, exerce une pression dangereuse sur la qualité des études et des injonctions de sûreté et de sécurité.

Enfin, mais cela n’est pas le problème de l’IRSN et de l’ASN, il faudrait quand même disposer d’une information sérieuse sur les coûts. Non seulement celui de la construction d’un prototype (l’exemple de NuScale aux Etats-Unis est édifiant) mais aussi celui de son exploitation et surtout celui du combustible, de sa fabrication à son traitement après usage, du démantèlement et de la gestion des déchets.

Lorsque l’on examine à la lueur de ce que nous connaissons des bouleversements climatiques qui s’abattent déjà sur notre territoire et vont se renforcer de façon considérable, on peut vraiment se poser la question de la fragilité et du risque d’installer un peu partout des petits réacteurs nucléaires qui seront évidemment soumis, selon la période et leur site, aux inondations, sécheresses, tempêtes, tornades, séismes…

Tous ceux qui se disent aujourd’hui désireux d’accueillir un SMR sur leur territoire devraient vraiment  y réfléchir sérieusement.

Bernard Laponche

Docteur ès Sciences en physique des réacteurs nucléaires

Bernard Laponche Président de l’association Global Chance

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

5 février 2024

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