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05 avril 2020 ~ 0 Commentaire

andré grimaldi (contretemps npa)

santé

Sauver l’hôpital public ! Entretien avec André Grimaldi

Professeur de médecine, André Grimaldi venait de publier en 2009 « L’Hôpital public malade de la rentabilité » (Fayard) quand cet entretien a été réalisé.

Contretemps : Dans votre livre, vous dites que « la mort de l’hôpital public est annoncée pour 2012 ». Le propos n’est-il pas par trop alarmiste ?

A.G.: 2012 était la date programmée pour réaliser la convergence des tarifs entre le public et le privé. Pour les mêmes pathologies, le financement des hôpitaux et des cliniques privées devait devenir identique, ce qui grosso modo signifiait une diminution de 30% des crédits de l’hôpital public. Donc le coulage de l’hôpital public.

Les conséquences en chaîne sont, en effet, évidentes: si des opérations, par exemple de la cataracte, de la prothèse de la hanche, ou relevant de tout autre geste technique, sont déficitai-res à l’hôpital, elles ne s’y feront plus et donc elles n’y seront plus enseignées, et ce sera du même coup la fin des CHU!

Le résultat positif du mouvement de mobilisation contre la loi Bachelot est le report de cette échéance à 2018. L’échéance de 2012 avait été actée par une loi parlementaire. Le directeur de cabinet de Roselyne Bachelot, après nous avoir expliqué que le ministère n’était pas accroché à cette date, nous a dit qu’il était exclu qu’elle le déclare publiquement car elle «sauterait dans les quinze jours».

Jean-Marie Roland, rapporteur UMP de la loi, nous a expliqué qu’une telle remise en cause provoquerait la «révolution au Parlement», ajoutant: «Vous ne connaissez pas les lobbys du Sud? »… Il s’agit des cliniques privées du sud de la France, dont l’influence au Parlement est telle qu’il n’était pas question de mettre en cause ce qu’elles avaient réussi à imposer. Bref, la mobilisation a permis de rendre possible ce qui était considéré impossible. (…)

La date de 2012 n’est donc pas maintenue. Reste que la mort de l’hôpital public, au sens où nous l’entendons, est programmée. Elle est portée par ce mot d’ordre de la convergence entre le public et le privé, qui amène à introduire du privé dans le public et quelques règles «publiques» dans le privé pour parvenir à un système unique.

Du fait des difficultés rencontrées et de la mobilisation, la mort de l’hôpital public a bien été retar-dée, et l’agonie en sera plus longue… Mais ne l’oublions pas: ce que la volonté présidentielle a annulé en un jour, elle peut le rétablir un autre jour avec le même arbitraire. Tout dépendra de la situation et de la capacité à privatiser le service public.

On entend beaucoup évoquer la «T2A»: que signifie ce sigle mystérieux ?

A.G.: Le cadre du budget alloué à la santé est fermé : l’enveloppe est votée par le Parlement, et elle est commune au privé et au public. La T2A [Tarification à l’Activité] est une technique de financement, une transposition à l’hôpital du paiement à l’acte.

Technique qui permet de stimuler l’activité, à condition qu’elle soit rentable : il faudrait aussi souhaiter qu’elle soit utile (voir la multiplication des césariennes, des endoscopies, des pacemakers, des angioplasties…).

En matière de santé, et au regard des réformes envisagées, les enjeux financiers apparaissent déterminants…

A.G.: On nous explique que l’application de la réforme ne créera pas de problème, dès lors que le malade est bien soigné et remboursé de la même façon. Mais le coût de la santé ne sera plus du tout le même, il variera selon les pathologies, les risques et les moyens de les financer. C’est cela l’enjeu.

Les financeurs, eux, raisonnent en termes de rentabilité, estimant qu’il y a des choses qui rapportent et d’autres non. Pour déterminer cela, il faut créer un marché, diminuer les coûts de production et créer des besoins de consommation dont la solvabilité sera fournie par le malade ou par les assureurs.

Pourtant, en médecine, il existe beaucoup d’activités rentables parfaitement inutiles! Par exemple le paiement à l’acte peut conduire le médecin, qui estime devoir défendre son niveau de revenu – la question de savoir combien un médecin doit gagner dans une société donnée reste ouverte –, à multiplier des consultations uniquement pour renouveler une ordonnance sans utilité avérée. Mais surtout s’impose un nouvel acteur : les assureurs, les actionnaires, qui exigent une part croissante de la distribution de la rente santé payée par la collectivité

La situation est différente dans les établissements privés à but non lucratif – qui, en France, sont très minoritaires – où les médecins ont un statut contractuel: ils ne prennent pas la parole, ne manifestent pas, car ils peuvent être remerciés.

A l’hôpital Saint-Joseph, avec 400 suppressions d’emplois, qui succèdent à 400 autres, et la fermeture des services, tout le monde se tait. C’est pire dans le privé à but lucratif: à la Générale de Santé, tout va bien ! Ce n’est pas encore notre cas, notre garantie de l’emploi nous permet une certaine liberté de parole et d’action. Il est vrai que l’évolution actuelle du service public tend à imposer un «devoir de réserve», une autocensure, comme dans le privé.

Face à des gestionnaires du type businessmen, les choses sont assez claires, alors que la cogestion brouillait davantage les cartes. Lorsqu’on annonce, cette année, la suppression de     1 200 emplois à l’Assistance publique de Paris, pour des raisons purement comptables, les syndicats des médecins et des chirurgiens s’y opposent, avec les syndicats des personnels, et un vote commun se fait, ce qui n’est pas habituel. Alors qu’on voit le président de la Commission médicale, investi dans la gestion, voter pour, au nom de la politique du moindre mal, tout comme certaines associations de patients.

On ne saurait sous-estimer la cohérence de la politique qu’on veut nous imposer. Elle vise à créer de force un pseudo marché, à donner tout le pouvoir à un décideur lui-même révocable. Cette loi repose sur le principe qu’il n’y a pas d’autre motivation que l’argent et le pouvoir. Un antihumanisme assumé qui va à l’encontre de l’idéologie médicale.

D’autant que, dans une première phase, le discours libéral était qu’il fallait en finir avec l’esprit de sacerdoce des médecins passant leur vie à l’hôpital. Les mêmes accusent maintenant les hospitaliers de ne pas travailler assez, d’être des fonctionnaires et donc par définition des pares-seux. D’où le choc en retour de ceux qui considèrent qu’ils travaillent beaucoup trop pour ce qu’ils sont payés. Finalement, nombre de jeunes spécialistes n’envisagent pas de rester à l’hôpital. La catastrophe, c’est-à-dire la fin du service public hospitalier, se prépare.

Quels sont les enjeux en termes de politique de santé auxquels la réforme prétend répondre ?

A.G.: L’arrière-fond de ces réformes, c’est une vision «techniciste» de la médecine, sur laquelle se greffe une marchandisation. L’exercice de la médecine est réduit à une somme de gestes techniques et de procédures, donc quantifiable, donc numérisable, donc marchandisable… Il suffit de créer un marché!

Il y a là une part de vérité, liée aux progrès techniques en médecine. Bien des actes médicaux sont proches des actes techniques, répétitifs, permettant une spécialisation de plus en plus poussée. Le médecin comme technicien supérieur ou comme ingénieur. Mais ce n’est qu’une partie de la réalité, pas la globalité de la médecine.

Quelqu’un comme Claude Le Pen, économiste libéral de la santé, a, au contraire, une vision purement technique de la médecine. Pour lui, soigner un malade, c’est comme réparer une voiture. Il s’insurge contre le maintien d’un artisanat médical aléatoire. Même si les écarts de pratiques sont souvent injustifiables, penser ainsi est une folie.

Tout cela n’est conscientisé par les «décideurs» que dans le prisme du «ça coûte très cher!». Ils se plaignent que 10% des assurés consomment 60% du budget santé, ce qui est logique puisqu’il s’agit de maladies graves, évolutives, dont il s’agit de prévenir les complications. Ils veulent appliquer à ces 10% le modèle de la chirurgie ou de la médecine interventionnelle. Évidemment ça ne marche pas!

Il s’agit donc d’une partie à trois 

Face à l’attaque du néolibéralisme contre le service public et le libéralisme médical, on a retrouvé dans la rue, sur la base minimum de la défense de l’hôpital public et de l’égalité d’accès à des soins de qualité, les partisans du service public et les médecins libéraux qui réagissaient à l’agression.

Les syndicats des personnels, pour leur part, ont appelé à la mobilisation sur les mêmes mots d’ordre de défense de l’hôpital public et de l’égalité d’accès aux soins. D’où une mobilisation qui s’est faite sous le signe de la défense du service public et non d’une défense de la médecine libérale.

Autre dimension: l’Europe

La mise en concurrence généralisée qui se prépare. Faut-il assurer la liberté de chacun d’aller se soigner au meilleur prix n’importe où? Faut-il mettre en concurrence la Sécu française et les assurances allemandes?

Est-il normal que 10 000 médecins étrangers soient invités à venir combler le déficit de méde-cins en France, conséquence du numerus clausus, privant ainsi leur pays de leurs compétences, alors que dans le même temps on interdit à leurs concitoyens de venir se faire soigner en France?

Le chantier de la réforme est gigantesque. C’est pourquoi, face à cette réforme qui avance aujourd’hui de manière rampante, en exploitant les excès du libéralisme médical et les défauts du service public, on ne peut se contenter d’opposer un front du refus, il faut proposer une alternative: il est nécessaire de faire évoluer les structures hospitalières.

Comment expliquer que des enjeux aussi importants que ceux de la médecine donnent lieu à si peu de débats dans la société ?

A.G.: Nos hommes politiques libéraux ont acquis un grand savoir-faire: ne pas proposer de politique d’ensemble, mais avancer par petits pas au nom du pragmatisme en occultant tout débat d’orientation. C’est une grande différence avec la loi Debré de 1958 qui avait rassemblé les différents ministè-res et institutions concernés pour proposer et appliquer une réforme globale.

Aujourd’hui on a une loi qui parle de tout (de l’hôpital et des cigarettes ), et on se focalise sur une question partielle, le pouvoir du directeur, en escamotant le problème de la finalité de ce pouvoir. Un pouvoir pour quoi faire?

Pendant ce temps, une commission du ministère de la Recherche concocte un texte sur les CHU qui n’a rien à voir avec la loi Bachelot. Le gouvernement fait une petite cuisine d’amende-ments et fait adopter tout cela selon la procédure d’urgence parlementaire.

Le vrai débat oppose les courants que j’ai évoqués, mais il n’est pas mené publiquement. On entretient une cacophonie qui empêche l’opinion de se saisir des questions de la santé et de l’hôpital, perçues comme des affaires de spécialistes.

Et, pendant ce temps, le Président décide souverainement. Toujours dans le même temps, on voit qu’il introduit dans le jeu les assureurs privés, en utilisant, sous la menace, les mutuelles qui vont servir de paravents et, hélas, d’intermédiaires. (Résumé voir lien)

André Grimaldi 5 avril 2020 Propos recueillis par Francis Sitel

https://www.contretemps.eu/

Lire aussi:

La colère d’André Grimaldi

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05 avril 2020 ~ 0 Commentaire

masques (france-info fr3)

riche

La France a sacrifié sa principale usine de masques

Basée en Bretagne

Alors que la France manque cruellement de masques face à l’épidémie de coronavirus, une entreprise française, installée en Bretagne, qui pouvait en fabriquer jusqu’à 200 millions par an, a fermé en 2018 après avoir été rachetée par un groupe américain. Qui est responsable de ce fiasco ? La cellule investigation de Radio France a enquêté.

« Pour eux, on est un peu comme des pions sur un jeu de Monopoly. » Antoine* est un « ancien » de l’usine de Plaintel, dans les Côtes-d’Armor. Depuis les années 90, il a vu passer plusieurs repre-neurs de l’usine bretonne spécialisée dans la fabrication des masques respiratoires, notamment les fameux masques FFP2 indispensables au personnel médical.

Il a connu le boom de l’entreprise au moment de la grippe H1N1, en 2009, lorsque l’usine fonctionnait « 24 heures sur 24, 7 jours sur 7″ avec « huit machines, dont cinq supplémentaires », raconte-t-il. Une capacité de production multipliée par cinq et 300 employés pour fabriquer des masques pour la France entière.

En pleine pandémie de coronavirus, et alors que la France manque actuellement cruellement de masques pour protéger les personnels soignants notamment mais aussi tous ceux qui conti-nuent de travailler au contact du public, cette entreprise française, installée en Bretagne et qui pouvait en fabriquer jusqu’à 200 millions par an, a fermé en 2018 après avoir été rachetée par un groupe américain.

« En 2005, j’avais signé un protocole d’accord avec le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, explique Roland Fangeat, ancien président de la division respiratoire du groupe Bacou-Dalloz, président de l’usine de Plaintel à l’époque. Nous nous engagions à garantir une production d’au moins 180 millions de masques par an. Le groupe a investi plus de près de neuf millions d’euros sur le site de Plaintel pour financer notamment une extension. Nous avions une capacité de production de 220 millions de masques par an, quatre millions par semaine, en cas de crise. »

L’État s’engage, avant de se retirer

Dans ce protocole d’accord, dont la cellule investigation de Radio France révèle l’existence, « l’État s’engage à commander à l’entreprise » plusieurs millions de masques chaque année. « L’État assurera le renouvellement de son stock arrivé à péremption », prévoit l’article 11 de cet accord. Une ligne de conduite alors suivie par l’État, malgré certains retards dans les comman-des, comme le montre ce courrier du 14 juin 2006 de Dominique de Villepin : « Je tiens à vous assurer que l’État continuera à respecter ses engagements, en termes de quantité comme de calendrier », écrit le Premier ministre de Jacques Chirac.

De janvier 2009 à septembre 2010, nous avons livré 160 millions de masques FFP2 à l’État. Et puis il y a eu un désengagement de l’État. La chute des commandes a été catastrophique pour l’usine de Plaintel. Roland Fangeat, ancien président de l’usine de Plaintelà franceinfo. En 2010, le géant américain Honeywell rachète le groupe Sperian (le nouveau nom de Bacou-Dalloz) alors propriétaire de l’usine de Plaintel qui compte encore 140 salariés.

Licenciements, délocalisation et fermeture

« Lorsque les Américains arrivent à Plaintel, ils nous expliquent qu’Honeywell est une chance pour nous et que nous allons ‘intégrer’ un groupe mondial avec des ‘valeurs’ et une force de frappe commerciale importante », témoigne Damien*, ancien employé de l’usine de Plaintel. Pourtant, dès 2011, le groupe annonce 43 suppressions d’emplois. Les plans de licenciement s’enchainent, le chômage partiel devient la règle. A l’été 2018, les 38 derniers salariés de l’entreprise sont finalement licenciés pour des motifs « économiques ».

La production de masques est délocalisée sur un site déjà existant (créé dans les années 90) à Nabeul, en Tunisie. En septembre 2018, l’usine de Plaintel ferme ses portes. Un mois plus tard, les chaînes de production sont détruites.

Alexandre*, lui aussi un ancien salarié, se souvient : « Lorsque je suis sorti pour ma pause-déjeuner, j’ai vu un semi-remorque embarquer un morceau de nos lignes de production qui mesuraient entre 50 et 60 mètres de long. Tout est parti chez le ferrailleur pour être détruit. J’étais vraiment choqué. J’avais l’impression de voir un corbillard chercher le corps d’un mort. C’est un peu à l’image de ce qui nous est arrivé au sein de l’entreprise. »

Dès qu’Honeywell a repris l’usine, nous étions comme des cancéreux en soins palliatifs. On savait qu’on allait mourir, mais on ne savait pas quand ça se produirait.Alexandre, ex salarié de l’usine de Plaintel à franceinfo. Lors de sa fermeture, l’entreprise ne produisait plus que huit millions de masques par an.

Le silence de l’État

À l’été 2018, les élus du personnel, à la demande des salariés, tentent d’interpeller par mail le président de la République. Ils expliquent au chef de l’État que l’usine de Plaintel est « une entreprise d’utilité publique » dont l’actionnaire américain a tout fait pour la rendre « largement déficitaire » tout en « absorbant massivement les deniers publics ».

« Nous sollicitons votre aide pour intercéder en notre faveur auprès des dirigeants du groupe » concernant « des indemnités de licenciement dont le niveau se situe très largement au deçà de ce qui se pratique habituellement chez Honeywell, en Europe de l’Ouest », peut-on encore lire dans ce courrier adressé à l’Élysée.

Le 24 juillet 2018, le chef de cabinet de l’Élysée lui répond qu’il prend « bonne note » de ce courrier qu’il transmet au ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire. Le 7 août 2018, le chef de cabinet de Bruno Le Maire répond à son tour que « le ministre a pris bonne note des éléments (…) communiqués et a demandé à la délégation interministérielle aux restructurations d’entreprise et à la direction générale des entreprises de faire le point sur ce dossier.

Vous serez directement informé de la suite qui pourra lui être réservé », explique le ministère de l’Économie. « Je n’ai eu aucune nouvelle… », témoigne auprès de la cellule investigation de Radio France l’un des salariés à l’origine de l’envoi de ce courrier.

Contactée, la présidence de la République ne fait aucun commentaire. « C’est le temps de l’unité, pas de la polémique », souffle un proche de l’Élysée. Du côté du ministère de l’Économie, on assure « ne pas avoir eu les moyens d’empêcher une fermeture d’usine dans un secteur qui n’était pas alors considéré comme stratégique ».

Cette entreprise avait beaucoup de difficultés, elle avait perdu beaucoup de commandes. Ses effectifs ne permettaient pas à l’outil industriel de bien fonctionner.Un conseiller au ministère de l’Economie à franceinfo

« Ce n’est pas l’entreprise qui est en cause mais plutôt l’État qui a arrêté de stocker des masques, ajoute ce conseiller de Bruno Le Maire. Sans commande du ministère de la Santé entre 2010 et 2017, le site a été utilisé très en dessous de sa capacité. Si Honeywell avait eu une commande régulière de masques pour le compte de l’État, l’usine n’aurait pas fermé. »

« Ce message des salariés n’était pas une interpellation du chef de l’État demandant à conserver le site, souligne encore Bercy. Il s’agissait essentiellement d’une demande portant sur le niveau des indemnités de départ. Nous avons donc transmis à la Direccte [direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi] en lien avec le ministère du Travail. »

« À l’époque, la fermeture de l’usine a été considérée comme un non-évènement, s’indigne Serge Le Quéau, militant au syndicat Solidaires des Côtes-d’Armor. Jamais la question de l’utilité sociale de cette production de masques n’a été abordée. » 

C’est la logique du marché qui a prévalu. Fabriquer des masques à un moindre coût en Chine ou en Tunisie paraissait sensé pour nos responsables politiques et économiques. On voit bien aujourd’hui que c’est totalement absurde !Serge Le Quéau, du syndicat Solidaires à franceinfo

« Personne n’a rien fait lorsque notre usine a fermé, témoigne encore Coralie*, l’une des 38 personnes licenciées. C’est révoltant. On a eu l’impression qu’on nous laissait tomber. Quand je vois ce qui se passe en ce moment avec l’épidémie de coronavirus, je me dis que je devrais être en train de fabriquer des masques… « 

De l’artisanat à la mondialisation

« C’est une belle histoire industrielle qui se termine par un beau gâchis », commente, un brin désabusé, l’ancien maire de Plaintel, Joseph Le Vée. Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter à 1964, lorsque le Français Louis Giffard reprend l’activité de fabrication de chapeaux pour dames de son père.

Le secteur est alors en déclin. Un an plus tard, Louis Giffard se lance donc dans la production de masques anti-poussières. En 1971, il crée une société anonyme à Saint-Brieuc (baptisée FILGIF puis GIFFARD) et tente de s’inspirer de ce qui se passe aux États-Unis avec la société 3M qui écrase le marché. Dans les années 80, Louis Giffard quitte ses locaux à Saint-Brieuc pour s’installer à Plaintel.

« C’est l’époque où on commence à s’occuper plus sérieusement de la santé des salariés, explique l’ancien directeur général du site de Plaintel, Jean-Jacques Fuan. Il y a un essor important de ce qu’on a appelé les EPI, les équipements de protection individuelle. Mais la manière de produire des masques de Louis Giffard est assez artisanale.

Elle entraîne jusqu’à 30 % de rebut. » Après la mort de Louis Giffard, l’entreprise est vendue au groupe suédois Bilsom, en 1986. Elle est rachetée par le groupe français Dalloz en 1993 qui devient le groupe Bacou-Dalloz en 2001 (rebaptisé Sperian en 2003).

La production s’automatise et les normes se développent. « Nous vendions des masques dans le monde entier, se souvient Jean-Jacques Fuan, en Allemagne, en Angleterre, en Suède, à Taïwan, au Japon, en Amérique du Sud, aux États-Unis…

Lorsque je suis devenu directeur industriel du groupe en 2003, j’ai été chargé d’harmoniser les pratiques des 48 sites de production en Europe et en Afrique. Mon rôle a consisté à rationaliser les fabrications du groupe pour faire des économies d’échelle. » Jean-Jacques Fuan quitte le groupe Sperian, alors propriétaire de l’usine de Plaintel, en 2006.

Mais en Bretagne, on ne ressent pas encore l’effet des réductions des coûts. « Pour moi, ces années correspondent à une modernisation de l’entreprise, se souvient Alexandre*. C’est en 2010 avec Honeywell que tout bascule. »

Un licenciement économique « infondé »

La fermeture de l’usine de Plaintel était-elle vraiment inéluctable ? Les éléments recueillis par la cellule investigation de Radio France permettent d’établir que la reprise de l’usine bretonne par Honeywell en 2010 s’apparente plutôt à une opération financière sans réelle volonté de développer l’outil de production.

C’est ce que montre notamment un rapport d’audit financier confidentiel réalisé en 2018, peu avant la fermeture de l’entreprise bretonne. Selon les conclusions ce document, jamais révélé, jusqu’ici « le motif économique du plan de licenciement collectif est infondé »« La fermeture du site apparaît relever de motifs financiers et stratégiques bien plus qu’économiques parce que le résultat net est construit artificiellement », analyse le document.

Dire que le site de HSP (Honeywell Safety Products) Armor devrait fermer pour cause écono-mique est techniquement infondé… à moins de considérer que fournir un dividende par action et une valorisation boursière 2017 record (et supérieur à la moyenne des 500 entreprises cotées les plus représentatives du marché boursier américain) est un motif économique. Ce qui est plus que discutable. Extrait d’un rapport d’audit financier réalisé en 2018

« Il est évident que la fermeture du site de Plaintel ne permettra pas d’augmenter le dividende par action de 9 % comme annoncé par le nouveau CEO (Chief Executive Officer) du groupe, mais cela participe bien à la stratégie économique et financière globale du groupe », poursuit le texte.

Ce rapport d’audit note également « un changement de stratégie qui marginalise les masques au sein d’Honeywell Safety Products », la division de l’entreprise dont dépend l’usine de Plaintel. Honeywell « souhaite désormais se concentrer sur des activités davantage rentables, où il est leader et en avance dans la course technologique face à ses concurrents, explique le document. La priorité est de pousser l’offre sur les solutions connectées, à forte profitabilité. La priorité de la direction est de rationaliser la gamme et de se concentrer sur les marchés en forte croissance que sont l’Inde et la Chine. »

« Le groupe Honeywell n’a finalement jamais investi dans le site de Plaintel, constate encore le rapport d’audit. Les seuls investissements significatifs ont concerné un bâtiment de près de 20 000 m² largement sur-dimensionné. Les investissements en machines et outils de production ont été plus que limités depuis la reprise du site de Plaintel par Honeywell. (…)

La conséquence directe est que l’usine fonctionne depuis lors avec un outil vieillissant et aujourd’hui loin des performances des machines plus modernes. L’investissement incorporel (brevets notamment) a été inexistant et les dépenses de R & D [recherche et développement] n’ont pas concerné de réelles innovations mais presque exclusivement des homologations. Elles ont été largement financées par le Crédit impôt recherche.

Ces éléments viennent étayer le fait que le site de Plaintel n’a jamais été une entité stratégique pour le groupe, insiste le rapport, mais bien un complément non core [non essentiel] de sa gamme d’EPI [équipement de protection individuelle] et une source potentielle de revenus élevés en cas de pandémie.

Cela correspond tout à fait à la stratégie du groupe. Il n’investit que dans des marchés à forte croissance et à forte profitabilité puis accompagne ses activités matures sans investir jusqu’à arrêt ou cession de l’activité (..) Le marché du masque jetable reste en croissance et reste rentable à condition d’investir régulièrement dans ses outils de production et ses produits », ajoute le rapport d’audit.   

Honeywell Safety Products n’a investi, ni dans de nouveaux produits, ni dans de nouvelles capacités de production, ni même dans le simple renouvellement de l’outil productif. Le choix est fait de délocaliser la production vers un pays à faibles coûts de production, le site de Nabeul, en Tunisie.Extrait d’un rapport d’audit financier réalisé en 2018

Ce désinvestissement du groupe Honeywell est confirmé par les témoignages d’anciens salariés que nous avons recueillis. « Il y avait une stratégie claire de fermeture de l’entreprise, assure Damien*. Pour un groupe américain comme Honeywell, l’investissement doit forcément être remboursé par les bénéfices en six mois, c’est impossible !

Les investissements étaient donc interdits. Si on voulait lancer des nouveaux produits, c’était à nous de nous débrouiller, il n’y avait pas de crédit pour la recherche-développement. À l’époque de l’ancien propriétaire, le groupe Sperian, un nouveau masque sortait tous les quatre ans, j’en ai vu défiler trois. Avec Honeywell, aucun nouveau masque n’a été développé sur le site de Plaintel en huit ans. En fait, on cherche à faire mourir l’entreprise. »

« La période précédente a correspondu à une modernisation de l’entreprise, confirme Coralie*. Beaucoup d’innovations, la création d’un laboratoire et le renforcement du service recherche-développement. »

Avec Honeywell, notre travail a perdu tout son sens. Le groupe était obsédé par la fourniture d’indicateurs chiffrés. Nous étions constamment sous pression.Coralie, ex employée de l’usine de Paintelà franceinfo

« Nous avons découvert le système Honeywell, témoigne Antoine*. Ils appellent ça le ‘Honeywell operating system’, ce qui correspond en fait au lean management, c’est-à-dire : l’usine maigre. Le but est de supprimer tous les gaspillages à travers une multitude de procédures souvent ubuesques.

Réfléchir, c’était déjà commencer à désobéir. Il fallait appliquer les standards… même complètement idiots. Il y avait un système baptisé ’5 S’ qui établissait toute une série de règles pour un rangement poussé à l’extrême : chaque poubelle, téléphone ou même revue devait avoir une place bien déterminée. C’était du grand n’importe quoi. Honeywell appliquait également la technique du gemba, un mot japonais qui veut dire ‘sur le terrain’. Le but était de faire venir les managers en force au sein de l’usine, ce qui stressait énormément les salariés. »

« Honeywell surveillait constamment les stocks de matières premières, ajoute Damien*. Il ne fallait pas dépasser un certain niveau pour ne pas perdre de l’argent… parce qu’un stock, c’est de l’argent immobilisé. Et donc ce stock baissait régulièrement. Sauf que lorsqu’il fallait fournir des quantités importantes pour répondre à la demande d’un client, nous n’avions plus la capacité de le faire.

Le client devait attendre trois mois. Du coup, il allait voir ailleurs. C’était un cercle vicieux : faute de commandes notre production baissait, donc notre stock diminuait… ce qui faisait à nouveau diminuer la production. »

Pourtant, nous avions potentiellement une forte capacité de production pour le secteur hospita-lier. Nous avons pressé la direction du siège français d’envoyer des commerciaux auprès du monde médical pour nous ramener un chiffre d’affaires. Mais on nous a répondu que ce n’était pas possible, que notre cible était l’industrie… pas le secteur hospitalier. Antoine, un ancien employé de l’usine de Paintelà franceinfo

Une stratégie parfaitement assumée par le groupe américain. Ainsi, les catalogues de la firme américaine ne contiennent pas la gamme de masques Easyfit qui correspond aux masques utilisés en cas de pandémie. C’est ce qu’on constate dans le catalogue 2014-2015 ou 2016-2017 du groupe.

« Le fait qu’Honeywell n’essayait pas de vendre la totalité des produits que l’usine de Plaintel était en capacité de produire montre bien que le groupe voulait fermer le site, c’est tout, ajoute Antoine*. D’ailleurs, ils encourageaient les salariés à partir. Dès que l’effectif est descendu sous la barre des 50 personnes, ils ont lancé le go pour la fermeture. »

Contactée, la direction de la communication d’Honeywell explique que « le site n’a pas reçu de commandes suffisantes lui permettant de retrouver sa rentabilité et a accumulé des pertes financières importantes« . Elle ajoute que « la société n’a pas pu identifier d’acheteurs externes potentiels pour le site de Plaintel, et après un examen minutieux approfondi, il a été déterminé qu’il n’y avait pas d’autre option viable que de fermer nos installations« .

Des choix financiers contestables

Pourtant, les conclusions du rapport d’audit confidentiel de 2018 que la cellule investigation de Radio France a pu consulter montrent que le site de Plaintel était tout à fait être rentable. « L’activité d’Honewell de masques respiratoires jetables en Europe, dont celle de HSP (Honeywell Safety Products) Armor, est une activité rentable », peut-on lire dans ce document.

« Les comptes sociaux de HSP Armor n’en témoignent que partiellement dans la mesure où :

- Une partie (non négligeable) de la marge est captée par HSP Europe, l’entité de commercialisation du groupe pour ces produits.

- Les frais généraux intègrent des coûts de management, de services centraux, de top management, de commercialisation et de reporting bien supérieurs à ce que peut supporter une entité de moins de 5 millions de chiffre d’affaires et de moins de 50 personnes. »

Autrement dit : ce sont les choix financiers opérés par le groupe qui placent l’usine de Plaintel sous tension. Malgré cela, l’usine continue d’être profitable à Honeywell, constate encore le rapport d’audit. La « rentabilité économique [de l’usine] est avérée, peut-on lire dans le document, mais trop faible pour les standards du groupe » Honeywell.

« Une mort programmée »

« Ce qu’il faut bien comprendre c’est que l’usine de Plaintel n’avait pas accès directement au marché, explique Antoine*. Elle avait un unique client… c’était le groupe Honeywell. C’était lui qui fixait le prix d’achat des masques, donc si on ne rapportait pas assez d’argent, c’était de leur fait. Nous étions une goutte d’eau dans leur chiffre d’affaire. »

« Le groupe a construit une rentabilité très faible du site de Plaintel, estime l’avocat Laurent Beziz, qui défend plusieurs salariés licenciés. Le groupe fixait les prix très faibles auxquels étaient vendus les articles [c’est ce qu’on appelle les prix de cession ou prix de transfert] tout en effectuant des refacturations importantes de frais. Résultat : la rentabilité était forcément insuffisante. Tout ça était planifié, il s’agit d’une construction économique. La mort de l’usine de Plaintel était programmée. »

Ce point est également confirmé par l’audit réalisé en 2018 au sein de l’entreprise. « Avec une construction différente du compte de résultat, et notamment des prix de transfert, l’activité de HSPA aurait pu être bien plus profitable et dégager des résultats significatifs », conclut le rapport d’audit.

« Il y a eu un abus de l’employeur dans l’exercice de son droit de cesser son activité », estime encore l’avocat Laurent Beziz. C’est la raison pour laquelle plusieurs salariés contestent leur licenciement devant le tribunal administratif et le conseil de prud’hommes. Parmi eux se trouvent cinq salariés « protégés » (délégués du personnel et représentants syndicaux) dont le licenciement a été refusé par l’inspection du travail.

Quand le ministère du Travail déjuge l’inspection du Travail

Dans une lettre datée du 22 janvier 2019 que la cellule investigation a pu consulter, l’inspecteur du travail de Saint-Brieuc estime que « le motif économique invoqué à l’appui de la demande de licenciement n’est pas avéré » estimant que « la seule volonté de majorer le profit de l’entreprise n’entre pas dans la définition des difficultés économiques. »

Le 17 juillet 2019, la direction générale du travail désavoue l’inspection du travail, validant ainsi le licenciement économique de cinq salariés protégés de Plaintel. « Si une partie des moyens de production ont été déménagés en Tunisie afin d’être réutilisés par une autre entité du groupe, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une entité juridique distincte de l’entreprise HSAP (Honeywell Safety Products Armor), estime la direction générale du Travail.

De fait, la cause économique invoquée par l’employeur, à savoir la cessation totale et définitive de l’entreprise, doit s’apprécier au niveau de l’entreprise. Il est constant que la cessation totale et définitive de l’entreprise constitue une cause économique autonome sans qu’il n’appartienne à l’autorité administrative d’examiner la réalité d’éventuelles difficultés économiques rencontrées par l’entreprise en amont de la décision de cesser son activité. »

Autrement dit : l’État n’a pas à interférer dans la décision, souveraine, d’Honeywell. « Nous contestons l’analyse du ministère du Travail, commente l’avocat des salariés, Me Beziz, il s’agit bien d’une délocalisation. » Contacté, le ministère du Travail n’a pas souhaité réagir. Quant à l’avocat d’Honeywell, Philippe Gautier, il n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.

Faire revivre l’usine de Plaintel ?

« Avec cette crise du coronavirus, les vieux logiciels de compréhension doivent être modifiés, estime Serge le Quéau du syndicat Solidaires des Côtes-d’Armor. Il faut que l’État et surtout les citoyens et les salariés se réapproprient collectivement certains moyens de production essentiels à l’intérêt de la nation. » Avec d’autres, comme l’ancien directeur général du site de Plaintel, Jean-Jacques Fuan, Serge Le Quéau plaide pour une reprise de l’activité de l’usine à travers une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC).

L’idée avait été portée en 2001 par l’ancien secrétaire d’État à l’Économie sociale et solidaire du gouvernement Jospin, Guy Hascoët. Ce dernier est désormais en contact direct avec la présidence de la région Bretagne. « Ça va être la guerre sur les tarmacs d’aéroport autour des masques, estime Guy Hascoët.

Alors que nous avons besoin de 40 millions de masques par semaine et que nous ne sommes même pas à dix en production hexagonale, il faut pousser le plus vite possible toutes les capaci-tés pour se prémunir des épisodes à venir.

Dans une situation d’extrême urgence, la Société coopérative d’intérêt collectif est le seul méca-nisme qui permet à tous les Bretons de prendre des parts sociales au capital de l’usine devenant ‘leur’ projet tout en échappant à la loi de la concurrence du marché. Si on a la possibilité de faire sortir un million de masques par jour d’ici six mois, il ne faut pas se poser de question. Cette compétition mondiale va être cruelle. »

Il n’y a plus ni l’outil, ni le bâtiment, ni les machines. Donc ça ne va pas repartir d’un coup de baguette magique. Joseph Le Vée, ancien maire de Plaintel à franceinfo. Le site de l’usine de masques de Plaintel a été réoccupé par l’entreprise Bio Armor, « spécialisée dans les produits naturels pour la nutrition, l’hygiène et l’environnement de l’élevage ».

« Il y a des friches industrielles et des locaux disponibles dans la région pour relancer l’activité de l’usine, estime de son côté Serge Le Quéau. Les machines ont été détruites mais elles ont été fabriquées par une entreprise bretonne. Si de l’argent se débloque, on peut les reconstruire. Beaucoup d’anciens de Plaintel n’ont pas retrouvé de travail. Le savoir-faire est toujours là. »

Après la crise, il faudra mettre au grand jour l’histoire de cette société et pointer les manques et les très mauvais choix qui ont été faits mais aussi désigner les responsables.Joël Labbé, sénateur écologiste du Morbihanà franceinfo

Ces derniers jours, le groupe américain Honeywell a annoncé qu’il ouvrait une usine à Rhodes Island pour faire face à la demande de masques aux États-Unis. « Une information assez dérangeante« , commente l’ancien président de Plaintel, Roland Fangeat.

*Les prénoms ont été modifiés

Benoît Collombat  04/04/2020

https://www.francetvinfo.fr/

Lire aussi:

Plaintel: l’usine de fabrication de masques pourrait-elle un jour rouvrir ?

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04 avril 2020 ~ 0 Commentaire

nationalisations (révolution)

natio

Source

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03 avril 2020 ~ 0 Commentaire

étrangers (courrier inter)

refugies

Aux patates!

En Europe, l’absence de main-d’œuvre étrangère pour les récoltes embarrasse les agriculteurs

Les gouvernements européens assurent veiller au bon approvisionnement alimentaire du continent. Mais, alors que les récoltes approchent, la fermeture des frontières pour cause de pandémie empêche les travailleurs d’Europe de l’Est de rejoindre les champs de l’Ouest, laissant de nombreux agriculteurs sans solution, explique le New York Times.

Quand l’Europe a fermé ses frontières pour contenir la propagation du Covid-19, les plus gros exploitants agricoles en France ont tiré la sonnette d’alarme : les ouvriers originaires d’autres pays sur lesquels ils comptaient pour récolter une grande partie des produits qui alimentent la nation ne pourraient plus venir.

Il s’agit là d’une inquiétude très répandue. Au Royaume-Uni, les agriculteurs ont du mal à trouver du monde pour récolter les framboises et les pommes de terre, tandis qu’une partie de la récolte d’asperges blanches, tant prisées en Allemagne, risque de pourrir sur place. En Italie, plus d’un quart des fraises, haricots et laitues, prêts à être cueillis dans les prochains mois, pourraient ne pas l’être faute de ramasseurs.

Les gouvernements européens ont chacun affirmé que l’approvisionnement alimentaire était une question de sécurité nationale, à l’heure où des millions de personnes affluent dans les super-marchés pour se préparer à un confinement prolongé à domicile.

Mais les fermetures de frontières ont immobilisé des légions entières de saisonniers d’Europe de l’Est, habitués à trimer dans les champs de l’Espagne à la Suède. Cela oblige à repenser rapidement la manière de fournir de la main-d’œuvre à ces exploitations.

La nécessaire main-d’œuvre mobile à bas coût

Le ministre français de l’Agriculture a fait grand bruit en appelant de façon surréaliste les coiffeurs, serveurs, fleuristes et autres personnes dans l’incapacité temporaire d’exercer leur cœur de métier à se rendre dans les champs pour assurer les récoltes.

L’Europe n’est pourtant pas près de manquer de nourriture. Des camions remplis de pâtes, de tomates et d’autres marchandises continuent de traverser le continent, avec des goulets d’étranglement à certaines frontières.

Mais le vibrant appel élargi lancé aux citoyens souligne néanmoins une fâcheuse réalité : sans la main-d’œuvre mobile à bas coût en provenance d’Europe de l’Est, les greniers à blé des économies les plus riches d’Europe risquent de perdre leur récolte. (Payant)

03/04/2020

https://www.courrierinternational.com/

Commentaire:

Les fraises et les tomates d’Espagne sont récoltées par des marocain(e)s et des réfugiés vivant dans des conditions épouvantables, les femmes harcelées sexuellement. Les tomates italiennes par des réfugiés dans de mauvaises conditions également. L’Allemagne vient d’adopter un SMIC, cela concerne-t-il les gens des pays de l’est? Les volontaires français auront-ils des conditions et une paie décentes? Bon appétit!

 

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03 avril 2020 ~ 0 Commentaire

filière lait (la conf’)

conf

Filière laitière

Réduire aujourd’hui pour exister demain

La crise sanitaire actuelle menace l’avenir et la viabilité de l’ensemble de la filière laitière.

La première semaine de confinement a été catastrophique pour le grand export et la situation est toujours compliquée pour l’export en Europe. Or c’est 40% de la production laitière française qui est destinée à l’exportation. La limitation de ces échanges a engorgé les débouchés du commer-ce intérieur, d’autant plus que nombres d’entre eux ont été supprimés : c’est le cas de la restau-ration collective, de la restauration hors domicile, et de la plupart des marchés.

Associés à la période de pic de production printanière, ces éléments entraînent une surproduc-tion laitière qui est, dans un premier temps, absorbée par les stocks publics et privés sous forme de beurre et de poudre.

Cette solution, structurelle à la filière, pénalise les éleveurs et éleveuses, car l’accumulation de stocks industriels se traduira par une chute du prix du lait à la ferme et ce, durant plusieurs mois voire plusieurs années après la crise.

Or, les tours de séchage sont déjà saturées pour nombres d’entreprises qui ne pourront pas faire face à l’arrivage important de lait annoncé, avec le risque que certaines entreprises laitières (coopératives et privés) subissent des dysfonctionnements dans leurs collectes.

La semaine dernière, déjà 40 millions de litres de lait (sur 220 millions de litres hebdomadaire collectés) étaient en surplus. Cela représente 18% de la production laitière nationale réorientée vers le stockage (beurre, poudre) ou la destruction.

Les PME présentent 25 à 30% de volume en surplus, principalement dû à la fermeture de leurs débouchés (RHD). Les filières fromagères, notamment celles de qualité (AOP* et IGP*), perdent 60 à 80% de leurs commandes actuelles. Sans possibilité de stockage, ces produits sont détruits.

Dans son dernier courrier, le CNIEL propose une réduction volontaire nationale des volumes de 2 à 5% sur la base de la production d’avril 2019, indemnisée par l’enveloppe financière de l’inter-profession. Cette réduction n’est pas suffisante puisque 18% du volume laitier est en surplus chaque semaine, et celui-ci risque d’augmenter avec le pic de production printanière.

Certaines interprofessions de régions montagnardes (Haute Savoie, Jura) ont déjà mis en place une réduction obligatoire des volumes afin de préserver leurs filières de qualité. Dans le Jura, la réduction obligatoire est de 8% des volumes pour les trois mois à venir par rapport à ceux de la même période l’an dernier.

La Confédération paysanne appelle à la solidarité entre producteurs.trices et entre entreprises afin de préserver la filière laitière et d’empêcher la disparition de nombres d’entre eux (producteurs.trices comme entreprises).

La Confédération Paysanne demande qu’une réduction obligatoire des volumes soit mise en place dès à présent car il y a urgence.  La réduction des volumes pour le mois d’avril 2020 doit être de 18% par rapport aux volumes produits en avril 2019, ce qui correspond au volume déjà surstocké ou détruit en ce moment chaque semaine.

Chaque producteurs.trices pourra s’inspirer des mesures techniques de réduction de volume proposées par l’IDELE et leurs laiteries pour réduire leur production à la ferme.

C’est un effort collectif et solidaire absolument indispensable à la pérennité des structures laitières et des entreprises impliquées. Tous les producteurs.trices, y compris en circuit bio, doivent mutualiser leurs efforts pour préserver l’équilibre de toute la filière.

L’ampleur de la crise et son impact catastrophique sur l’ensemble de la filière laitière justifie l’absolue nécessité d’imposer un pourcentage de réduction obligatoire sur l’ensemble des producteurs.trices. La Confédération Paysanne est consciente de l’effort et des sacrifices que cela représente pour les éleveurs et les éleveuses, mais celui-ci est indispensable pour permettre à la filière laitière française de survivre à la crise sanitaire actuelle.

La Confédération paysanne en appelle au soutien, à la solidarité et à la sagesse de tous les acteurs, partenaires et décideurs politique de la filière laitière.

03.04.2020

http://www.confederationpaysanne.fr/

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03 avril 2020 ~ 0 Commentaire

monde d’après (le comptoir)

colapase

Coronavirus : Le monde d’après ne sera pas décroissant

En analysants les actions du gouvernement et de l’Union Européenne, à l’issue de la pandémie  aucun doute : les affres du néolibéralisme ont encore de beaux jours devant eux. L’épisode du Coronavirus a été une nouvelle occasion de souligner les croyances obtuses de ce gouverne-ment (et tant d’autres avant lui) envers les bienfaits de l’initiative individuelle, de la libre concurrence, et du marché.

La solidarité oui mais pas pour les plus aisés

Historiquement, en temps de guerre les nations n’avaient pas hésité à mettre en place des contributions exceptionnelles pour financer l’effort de guerre :  la dîme saladine visant à financer les croisades au Moyen Âge 1 ;  le gouvernement Daladier, plutôt sensible aux thèses libérales, avait imposé une majoration de 30 % de l’impôt sur le revenu ainsi qu’un prélèvement de 2 % sur les revenus professionnels et mobilisé le « devoir fiscal » en vue du futur conflit avec les Allemands 2 ; Roosevelt à partir de 1935 n’hésita pas une seconde à relever le taux marginal d’impôt sur le revenu jusqu’à 91 % afin de mettre à contribution les plus aisés dans l’effort de redressement des États-Unis suite à la crise de 1929.

L’effort collectif était requis et il concernait bien souvent les plus favorisés 3. Pour le « président des riches » il était évidemment hors de question de faire porter la moindre solidarité supplé-mentaire aux plus aisés, tellement ces derniers lui semblent indispensables. En tout cas davantage que les vrais utiles de la société notamment les infirmières, médecins, caissières, travailleurs du secteur de l’énergie, de la livraison et tant d’autres habituellement invisibles.

L’écart entre le taux marginal d’imposition des plus hauts revenus par rapport au reste de la population n’a cessé de baisser depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Le cynisme atteint son comble lorsque le samedi 21 mars, France Télévision ose en appeler aux dons des Français lors d’une grande soirée en soutien pour les hôpitaux et le personnel hospitalier.

On oublierait presque que la solidarité à l’échelle d’un pays a un nom qui s’appelle « l’impôt ». On pourrait faire une liste à la Prévert du manque à gagner permis par les réformes en faveur des 1 % au début du quinquennat de Macron.

Mais rappelons juste que le rétablissement des patrimoines financiers dans l’assiette de l’ISF, et l’imposition des revenus du capital au barème progressif de l’impôt sur le revenu 4 permettrait de faire rentrer dans les caisses de l’État plusieurs milliards d’euros.

Malheureusement l’aveuglement idéologique de nos dirigeants est incompatible avec la mise en œuvre d’une véritable solidarité nationale. En janvier 2019, Gérald Darmanin, le ministre des finances affirmait « l’ISF est un impôt idiot » alors qu’il excluait de son calcul tout ce qui est nécessaire à l’économie.

Depuis sa suppression aucune étude n’a permis de démontrer que les capitaux seraient revenus par magie. Le 31 mars 2020, le même ministre souhaite mettre en place une grande plateforme de dons en ligne pour que tous ceux qui peuvent puisse apporter leur contribution. On rêve éveillé.

Épargner ceux qui vivent du travail des autres

Le gouvernement, qui s’est jusque-là caractérisé par son manque d’anticipation et ses messa-ges contradictoires, profite du désastre pour continuer de taper sur le dos des travailleurs. La loi sanitaire d’urgence a permis de faire passer sur ordonnances le casse social du siècle : semaine de 48 heures autorisée, totale souplesse donnée aux patrons pour flexibiliser, précariser, intensi-fier le travail. Terminées les vacances et les dimanches en famille, les jours de RTT ou de repos pourront être décidés unilatéralement par l’employeur sans accord collectif préalable jusqu’à fin 2020.

Une véritable illustration de la stratégie du choc pour reprendre le titre de l’ouvrage célèbre de Naomi Klein 5. Cette loi votée sur commande du MEDEF, permet donc de déroger à la durée légale du travail.

Une mesure d’apparence de bon sens, sauf que la durée légale du travail n’est pas la durée effective, au sens où la durée légale correspond au seuil de déclenchement du paiement des heures supplémentaires. La loi proclame donc de réduire le salaire des petites mains qui sont au front dans les supermarchés et autres magasins d’alimentation. La solidarité à la sauce Macron existe, mais elle concerne avant tout les actionnaires.

C’est à se demander où sont les 20 milliards de CICE et les autres 20 milliards d’exonérations de cotisations sociales, vous savez toutes ces « charges » qui « plombent » notre économie. Malheureusement par leur baisse, les gouvernements successifs ont réduit comme une peau de chagrin le montant du salaire différé (prestations chômage, retraite, invalidité et maintenant chômage partiel)  un amortisseur bien utile en temps de crise.

« Le gouvernement profite du désastre pour continuer de taper sur le dos des travailleurs. Tant que nous ne ferons pas table rase de ce système économique mortifère, la seule transition écologique qui prévaudra sera celle dirigée par le secteur privé à coups d’incitations et autres cadeaux fiscaux. »

La décroissance attendra

Est-ce la naïveté ou le désespoir qui peut faire croire à nombre d’entre nous que le monde de demain sera plus écologique et solidaire ?

Les semaines qui ont suivi l’allocution présidentielle ainsi que les signaux envoyés par son équipe gouvernemental devraient nous faire comprendre que le logiciel de nos élites dirigeantes n’a pas bougé d’un iota.

Si une transition écologique devait advenir, elle ne pourra pas se faire grâce à la puissance publique, engluée dans une dette abyssale et managée par les caprices des marchés financiers.

Beaucoup craignent les conséquences économiques de cette crise. Tout au contraire, il serait au contraire temps d’y voir une bénédiction : arrêtons de vouloir à tout prix protéger la croissance de notre sacro-saint PIB (qu’il soit plus vert ou non) qui « mesure tout sauf ce qui vaut d’être vécu 8 « . Arrêtons de consommer toujours plus de biens inutiles ou superflus. Redonnons sens à notre travail et à nos activités. À quoi bon continuer dans cette voie qui sacrifie le vivre ensemble sur l’autel de l’individualisme.

Tant que nous ne ferons pas table rase de ce système économique mortifère, la seule transition écologique qui prévaudra sera celle dirigée par le secteur privé à coups d’incitations et autres cadeaux fiscaux. La société décroissante que l’on appelle de nos vœux risque d’attendre car elle représente autant une révolution anthropologique qu’économique.

Cette crise sanitaire aura eu le mérite de démontrer que les moins payés sont les plus utiles à la société et que ce sont les travailleurs ordinaires qui font tenir le pays. Elle démontre que les services publics sont un trésor et que l’effort collectif doit prévaloir sur le déchaînement individuel. Encore un effort et peut être il adviendra un socialisme décroissant. (Extrait voir lien)

3 avril 2020

https://comptoir.org/

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03 avril 2020 ~ 0 Commentaire

caisse des dépôts (essf)

macronic

Hôpital public : la note explosive de la Caisse des dépôts 

Une ode au privé

À la demande d’Emmanuel Macron, la Caisse des dépôts travaille à un plan pour l’hôpital public. Mediapart en révèle le contenu. Au lieu de défendre l’intérêt général, il vise à accélérer la marchandisation de la santé et sa privatisation rampante.

Ce document expose une série de propositions qui s’inscrivent toutes dans la philosophie néolibérale qu’Emmanuel Macron a toujours défendue par le passé. Privatisation rampante au travers de sulfureux partenariats public-privé (PPP), marchandisation accélérée de la santé : voilà un plan qui tourne le dos aux valeurs de l’État-providence.

L’origine de ce plan est connue. En déplacement à Mulhouse, mercredi 25 mars, pour visiter l’hôpital militaire de campagne qui venait d’y être construit, le chef de l’État a fait des promesses fortes, mais sans en révéler les modalités, ni les montants, ni le calendrier.

Il a juste assuré qu’« à l’issue de cette crise, un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital ». Sans emporter la conviction, il a encore dit : « Beaucoup a été fait, sans doute pas suffisamment vite, pas suffisamment fort. » C’est dans ce cadre présidentiel que s’inscrivent les travaux préparatoires de la CDC.

Ce plan est élaboré par la direction de l’investissement de la Banque des territoires, laquelle est chapeautée par la CDC.

La philosophie générale du plan.

Tous les experts que nous avons interrogés – professeur de médecine, économistes, sociologue – portent sur cette note un regard similaire. S’ils relèvent ici ou là quelques avancées, ils consta-tent qu’elle ne tire aucun enseignement de la crise sanitaire historique que nous traversons et cherche à poursuivre et même à accélérer les processus de privatisation rampante et de marchandisation de la santé, qui étaient déjà à l’œuvre les années précédentes.

Il est d’ailleurs assez frappant de relever que du début à la fin, la note ne cesse de mentionner le secteur privé, pour une cascade de raisons, comme s’il était un acteur majeur pour l’hôpital, dont le statut public est ainsi quasiment dissous.

Cette référence au privé apparaît évidemment dans les fameux partenariats public-privé ; pour le développement de la « santé numérique », il est aussi fait mention du rôle de 700 start-up qui sont aussi… privées.

Dans une note en bas de page, il est aussi fait l’éloge de nombreux assureurs privés qui soutiennent l’« Alliance digitale pour le Covid-19 », laquelle est « composée de Docaposte, la start-up lilloise Kelindi, l’agence Dernier cri, Allianz France et le cabinet d’avocats De Gaulle Fleurance & associés ».

Et la note ajoute : « Le consortium est soutenu par AG2R La Mondiale, AstraZeneca, CompuGroup Medical, Johnson & Johnson, La Banque postale assurances, Malakoff Humanis, la plateforme de téléconsultation MesDocteurs et le groupe VYV. »

Bref, d’une ligne à l’autre, c’est une ode de chaque instant au privé.

Un conflit d’intérêts pour la CDC

Interrogé également par Mediapart, le professeur André Grimaldi, fondateur du Collectif Inter-Hôpitaux, juge aussi sévèrement cette note. Il souligne en particulier qu’elle présente le vice majeur de mettre sur un pied d’égalité l’hôpital public et d’autres établissements, dont les établissements privés de santé à but non lucratif (Espic).

Même s’ils sont détenus par des mutuelles et des fondations, sont régis par d’autres règles, notamment celles de la concurrence, ce qui leur permet d’embaucher les soignants sous des contrats individuels, de faire leur mercato pour débaucher des professeurs de renom, avec les rémunérations afférentes. Cette mise sur un pied d’égalité de ces établissements a, selon lui, pour effet d’effacer la frontière entre public et privé et s’inscrit dans une logique de marchandisation.

Jean-Paul Domin, professeur de sciences économiques à l’université de Reims et membre des Économistes atterrés, soulève, avant toute chose, une question de méthode : « N’y a-t-il pas un évident conflit d’intérêts à demander un rapport à la CDC sur l’hospitalisation ?

La CDC, via une de ses filiales Icade santé, est un acteur majeur de l’hospitalisation privée lucrative. Icade santé est détenue à hauteur de 38,8 % par la CDC et pour 18,4 % par Prédica SA (la filiale assurance du Crédit agricole). Icade s’est spécialisée sur le marché de l’immobilier sanitaire.

Elle possède un portefeuille de 135 établissements de santé valorisé à hauteur de 5,5 milliards d’euros. Elle est déjà partenaire de marques reconnues (Elsan, Ramsay santé, Vivalto) ainsi que des groupes régionaux. Icade souhaite également investir le marché des Ehpad et annonce un accord de partenariat avec le groupe Korian. »

La restructuration de la dette.

À lire la note, on pourrait toutefois être rassuré sur un point : au moins la puissance publique est-elle consciente du poids que représente la dette pour les hôpitaux [8]. Comme en novembre 2019 l’État avait annoncé qu’il reprendrait à sa charge un tiers de la dette des hôpitaux, la note préconise une restructuration des deux tiers de la dette restante.

Mais la proposition est très ambiguë, car la note met effectivement sur un pied d’égalité l’hôpital public et les établissements privés de santé à but non lucratif. Or, les mutuelles, fondations ou associations qui les contrôlent sont le plus souvent devenues au fil des ans des organismes financiers mutants, ayant depuis longtemps abandonné l’idéal mutualiste pour copier les mœurs des marchés financiers.

En clair, les mutuelles ou institutions de prévoyance agissent de plus en plus souvent comme des acteurs privés, par exemple de l’assurance. Elles sont soumises aux mêmes contraintes prudentielles et sont saisies des mêmes fièvres de concentration ou de regroupement. Comme le répète depuis longtemps le professeur Grimaldi, c’est par elles que transite le virus de la marchandisation et de la privatisation rampante dans le secteur de la santé.

À la lecture de la note, il apparaît que la restructuration de la dette envisagée par la CDC concerne d’abord celle de ces Espic – ce qui est évidemment révélateur. D’où la proposition de la note : « Nous pourrions imaginer un fonds de dette qui prêterait en hybride soit aux hôpitaux, soit préférablement aux mutuelles. »

De l’austérité qui étouffe l’hôpital depuis si longtemps [10], et contre laquelle tous les personnels hospitaliers ont sans cesse manifesté, notamment tout au long de l’année 2019, et jusqu’à ce que commence la pandémie, il n’est tout simplement pas fait mention. (…)

Conversion de navires en navires-hôpitaux.

Donald Trump a suggéré il y a quelques jours de reprendre les paquebots de croisière pour les transformer en hôpitaux [18]. Alors que tous les croisiéristes sont en plein naufrage, après l’épisode du Diamond Princess où plusieurs milliers de passagers se sont retrouvés cloués à bord pendant plusieurs semaines pour cause d’épidémie de coronavirus, le président américain avait trouvé que ce serait une bonne idée de récupérer ces bateaux. Ce qui permettrait au passage de sauver le groupe de croisière Carnival, qu’il connaît bien.

Mais on ne s’attendait pas à ce que la Banque des territoires reprenne cette idée dans une note sur la santé au temps du Covid-19. « Il s’agirait, écrit-elle enthousiaste, de conventionner avec des armateurs français la transformation, à la demande, d’un paquebot, d’un roulier, d’un ferry en navire-hôpital, en contrepartie d’une rémunération fondée sur la disponibilité (et des entraînements).

Une annonce de cette nature serait sans doute très bien reçue par l’opinion publique et recevrait le soutien des Armateurs de France, très attachés au concept de flotte stratégique et à la croissance des navires sous pavillon français. La CDC pourrait financer dans le cadre de ce contrat d’affrètement les dépenses de conversion et le stock de matériel médical nécessaire à la montée en puissance de ces navires-hôpitaux ».

Il y a longtemps que la marine a des bateaux-hôpitaux qui lui permettent d’avoir des capacités de soin un peu partout dans le monde. Mais est-ce que la transformation de paquebots de croisière, souvent gigantesques, apporte une bonne réponse au sous-équipement hospitalier actuel ?

Avoir des installations mobiles pourrait peut-être permettre de répondre à des besoins des DOM-TOM, où certains territoires insulaires sont sous-équipés, mais pour la France, cet appoint serait par bien des aspects accessoire : le manque d’équipement médical et hospitalier est surtout criant sur tout le territoire, dans le Grand Est et le Massif central, dans la Creuse ou le Jura, par exemple, régions qui sont peu connues pour leur accès à la mer.

Mais au-delà, ces navires monstrueux peuvent-ils apporter une réponse en cas de pandémie, comme celle du Covid-19 ? L’exemple du Diamond Princess (mais d’autres navires de croisière ont connu des expériences aussi dramatiques) [19] tend à prouver que le confinement dans un espace inadapté, avec des règles inappropriées, se révèle contre-productif. Certes, ces paque-bots peuvent être transformés. Mais cela demanderait des moyens gigantesques pour ce faire. Serait-ce pertinent de mobiliser tant de ressources financières pour un résultat incertain, en tous les cas tardif ?

L’insistance avec laquelle la Banque des territoires soutient cette proposition, cependant, pose question. Car il semble y avoir beaucoup d’arrière-pensées et de non-dits dans cette suggestion. La raison en est peut-être ailleurs : la Société de financement local (Sfil), qui sert de bras finan-cier à la banque des territoires, garantit un grand nombre de crédits exports.

Elle s’est beaucoup engagée dans le secteur des croisières.Depuis 2017, elle a garanti plus de 3 milliards d’euros de crédits [20] pour les commandes de paquebots passées par MSC (détenu par le cousin d’Alexis Kohler [21]) et Royal Caribbean auprès des Chantiers navals de l’Atlantique. Ces garanties ont été consenties dans des conditions extrêmement généreuses, au-delà des pratiques habituelles.

Or, ces croisiéristes sont aujourd’hui totalement à l’arrêt, et peut-être pour longtemps. Ils risquent de ne pas être en mesure d’assurer leurs échéances. Leur reprendre leurs bateaux et les transformer en hôpitaux permettrait de les soulager et peut-être de ne pas exposer les engagements hors norme pris pour eux avec de l’argent public. Mais est-ce vraiment le rôle de l’État d’assurer le sauvetage de groupes étrangers qui ont opté de longue date pour les paradis fiscaux ? (Résumé voir lien)

Laurent Mauduit, Martine Orange mercredi 1er avril 2020

https://www.mediapart.fr

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03 avril 2020 ~ 0 Commentaire

usa (pùblico)

trump
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Le Pentagone avait mis en garde il y a deux ans déjà contre une pénurie de matériel médical et de médicaments face à une pandémie
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Bien que Trump ait déclaré il y a deux semaines que la pandémie de Covid-19 était « impré-visible », un rapport du Pentagone, révélé par « The Nation », avait déjà averti en janvier 2017 que « la menace la plus probable et la plus importante était une nouvelle maladie respiratoire. « Le 20 janvier, un homme de 35 ans est devenu le premier coronavirus positif aux États-Unis. Dix jours plus tard, l’OMS a déclaré une urgence internationale de santé publique.
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Le 11 février, l’OMS a baptisé la nouvelle maladie sous le nom de covid-19, qui, le 29 de ce mois, a causé le premier décès dans le pays d’Amérique du Nord.Malgré cela, le 6 mars, un mois et demi après cette première contagion, le président Donald Trump a déclaré sans honte que c’était « un problème imprévu » qui « venait de nulle part » et huit jours plus tard, lorsque Il avait déjà déclaré une urgence nationale, il a de nouveau affirmé que « c’est quelque chose à quoi personne ne s’attendait ».
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Il s’avère qu’un rapport du Pentagone de janvier 2017 a déjà averti que « la menace la plus probable et la plus importante est une nouvelle maladie respiratoire ».Le document, publié hier par le médias progressiste The Nation, a également averti que, dans ce scénario, tous les pays industrialisés, y compris les États-Unis, manqueraient de respirateurs, de médicaments, de lits d’hôpital, d’équipements de protection et de masques pour faire face à une éventuelle pandémie.
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Bien que lorsque le rapport du Pentagone aborde la « menace la plus probable », il mentionne « en particulier un nouveau type de grippe [le virus de la grippe]« , le document de 103 pages fait plusieurs mentions explicites du coronavirus.Le rapport du Pentagone est intitulé USNORTHCOM Branch Plan 3560: Response to Pandemic Flu and Infectious Diseases. Autrement dit, il s’agit d’un plan qui met à jour un précédent  rapport du ministère de la Défense face à une pandémie de grippe.
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A ce moment le Pentagone note que ce nouveau plan « intègre les données  sur plusieurs épidémies récentes, y compris le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient en 2012″. »La reconnaissance, l’identification et la caractérisation initiales d’un pathogène émergent ou réémergeant peuvent prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois », ajoute le texte, décrivant la situation actuelle, « pendant laquelle des mouvements régionaux et mondiaux d’individus infectés se produiront », ce qui facilitera la propagation de la maladie.
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« Le rapport du Pentagone assure que « l’atténuation de la morbidité et de la mortalité définira comment un pays sortira de la pandémie », et c’est à ce moment où il lance son alerte: « Même les pays les plus industrialisés n’auront pas assez de lits d’hôpitaux, d’équipements médicaux spécialisés comme les ventilateurs et de médicaments facilement disponibles pour traiter adéquatement leurs populations pendant les phases les plus graves de la pandémie. « Dans une interview à The Nation, le chef entre 2014 et 2017 de la division des maladies infectieuses et de leurs contre-mesures de la Defense Intelligence Agency, Denis Kaufman, souligne que les services de renseignement américains « ont mis en garde contre la menace des virus de grippe hautement pathogène depuis au moins deux décennies [et] sur les coronavirus pendant au moins cinq ans. « 
Trump a dissout une équipe médicale en Chine
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L’agence Reuters a révélé fin mars qu’en juillet de l’année dernière, quelques mois avant le début de l’épidémie de Covid-19 à Wuhan, en Chine, l’administration Trump, lors de sa énième action de démantèlement d’institutions publiques, avait éliminé l’infrastructure constituée d’experts américains intégrés dans les établissements de santé chinois pour détecter les flambées de maladies dans ce pays dès leur apparition.Ce sont les experts de l’American Center for Disease Control and Prevention, qui avaient été intégrés à l’Agence chinoise de contrôle des maladies, une initiative lancée par la précédente administration de Barack Obama.
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Peut-être est-ce pour couvrir cela que Donald Trump a critiqué à plusieurs reprises la Chine pour avoir censuré des informations sur l’épidémie, informations que les États-Unis auraient pu avoir de première main.Les réglementations élaborées par Obamacare pour étendre la couverture sanitaire et les développements institutionnels dans le domaine médical menés pendant les deux mandats de Barack Obama ont été les deux des principaux axes des attaques constantes de Trump lors de son premier mandat. de la Maison Blanche.
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« C’est un mensonge que personne n’aurait pu prévoir »
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Le directeur du groupe de recherche en santé de l’ONG Public Citizen, Michael Carome, assure au public que «l’un des plus grands mensonges de Donald Trump au cours des dernières semai-nes est, comme il l’a assuré, que personne n’aurait pu prévoir que cela se produirait … Pendant de nombreuses années, avant l’élection de Trump à la présidence, le gouvernement fédéral a établi des plans pour une éventuelle pandémie causée par un virus comme ce nouveau coronavirus.
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« «J’ai moi-même travaillé en tant que médecin au sein du Corps du Service de santé publique [un service national] et j’ai participé à des exercices de formation préparatoires à ce type de pandémie», explique Carome. »Le rapport du Pentagone révélé par The Nation n’est qu’un échantillon de plus des mensonges de Trump et l’insouciance de son administration dans la préparation du pays à cette pandémie. En raison de ses échecs, des dizaines de milliers d’Américains vont mourir « .
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« L’histoire montrera que Trump a été responsable de l’un des échecs de santé publique les plus catastrophiques de l’histoire de ce pays. S’il avait écouté les avertissements des services de renseignement et des experts en santé publique il y a des mois au sujet de la grave menace que suppose l’épidémie de coronavirus en Chine, l’explosion actuelle des cas de coronavirus aurait pu être évitée « .
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« Au lieu de minimiser les risques et d’offrir des fausses garanties dès le départ », « Trump aurait dû ordonner le déploiement rapide d’un programme de test complet à l’échelle nationale en combinaison avec une stratégie de confinement en étroite coordination avec les agences, les services de santé publique étatiques et locaux à travers le pays. « 
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Washington 03/04/2020 Manuel Ruiz Rico
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Commentaire:
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The Nation The Nation est un hebdomadaire américain de gauche, fondé en 1865, au départ pour combattre l’esclavage.
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02 avril 2020 ~ 0 Commentaire

édito (npa)

npa 29 vertic

Macron n’a rien appris :

Pour la santé, le « jour d’après » sera le jour d’avant… en pire

Certains y avaient vu une lueur d’espoir.

Dans son allocution du 12 mars, Macron déclarait : « Ce que révèle déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe […]. Il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ».

Macron aurait-il donc « appris » des conséquences terribles des politiques d’austérité et de privatisation de la protection sociale menée par lui et tous ses prédécesseurs ?

Le « jour d’après » marquerait-il un tournant radical vers un système de santé placé « hors des lois du marché » ?

Il n’a pas fallu longtemps pour avoir la réponse. Un projet de note, rédigée à la demande de l’Élysée par la Caisse des dépôts et consignations et révélée par Mediapart, préconise un « jour d’après » qui ne serait rien d’autre que le « jour d’avant »… en pire.

L’État providence selon Macron, après comme avant la crise, reste un état « stratège » qui ouvre les vannes d’un financement public massif… aux entreprises privées (start up, réseaux de soins concurrentiels des assurances et mutuelles, établissements de santé « non lucratifs »).

La note de la CDC prévoit en outre la relance des « partenariats public-privé », qui transforment les hôpitaux publics en vache à lait pour le privé, et qui avaient du être arrêtés ces dernières années suite à plusieurs scandales.

Et l’on ne parle même pas de la préconisation de la transformation, avec de l’argent public, en navires-hôpitaux, de bateaux de croisières devenus invendables : une aubaine pour les armateurs !

Pas un mot, en revanche, sur ce qu’attendent les personnels hospitaliers en lutte depuis plus d’un an et les patientEs qui constatent même hors épidémie la dégradation du service public, la pénurie de personnel, de matériel, les fermetures de services.

Pour demain, comme pour aujourd’hui, les personnels de santé ne demandent pas des discours, mais des actes. Ils et elles ne demandent pas à être des « héros » épuisés et sacrifiés, mais des professionnelEs capable de donner les soins nécessaires, en toute sécurité pour eux et pour les patients.

Or, dans la note de la Caisse des dépôts, rien sur l’augmentation des budgets hospitaliers, rien sur la réouverture des lits et des services nécessaires, rien sur le recrutement massif de person-nel, pour les urgences et tous les services hospitaliers, rien sur le maintien et la réouverture des urgences de la chirurgie, des maternités des hôpitaux de proximité sur tout le territoire, ni sur l’extension hors de l’hôpital d’un service public assurant partout un accueil proche.

En un mot : rien sur la remise à niveau d’un service public de santé assurant gratuitement l’accès aux soins de touTEs et capable de faire face aux crises sanitaires.

Non, Macron n’apprendra rien, et il n’y a aucune « unité nationale » possible derrière un pouvoir qui, incapable de faire face à l’épidémie actuelle, entend poursuivre « le jour d’après », la politique qui a mené à la catastrophe.

Personnels hospitaliers, usagerEs de la santé, la solution ne viendra que de notre action solidaire pour imposer les réponses d’urgence à la crise :

Pour aujourd’hui, des masques, des protections, du matériel des médicaments, la réquisition des entreprises pour les fournir, le recrutement du personnel nécessaire ;

Et pour demain, un service public de santé gratuit et proches garantissant à toutes et tous l’accès aux soins.

Jeudi 2 avril 2020

https://npa2009.org/

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02 avril 2020 ~ 0 Commentaire

critiques (courrier inter)

dailymail02042020

La stratégie des tests tourne au “fiasco” au Royaume-Uni

Ce tabloïd conservateur fustige le faible nombre de dépistages, notamment pour les soignants du système de santé public. Selon le Daily Mail, soutien habituel du gouvernement (de droite blog), les ministres ne peuvent pas continuer à dire que le pays est l’un des mieux préparés à lutter contre l’épidémie.

Manque de protections pour les soignants, ventilateurs en nombre insuffisant : les illustrations de l’impréparation du gouvernement britannique face à l’épidémie s’accumulent, déplore le Daily Mail. Habituel soutien inconditionnel de Boris Johnson, le tabloïd conservateur dénonce la stratégie de l’autruche employée par l’exécutif, alors que 563 décès supplémentaires ont été enregistrés dans le pays mercredi 1er avril.

Notre crédulité est mise à l’épreuve quand les ministres nous rabâchent sans relâche que le Royaume-Uni est l’un des pays les mieux préparés à la lutte contre le coronavirus. Les témoignages de ceux qui sont en première ligne au NHS [National Health Service, le système de santé publique] prouvent le contraire.”

Selon le Daily Mail, l’échec le plus flagrant réside dans la stratégie en matière de tests. “Un fiasco”, tranche le journal. À l’origine, chaque cas suspect était testé. Puis le gouvernement a changé d’avis. “Jusqu’à présent, un nombre lamentable de 153 000 personnes ont été soumises à un dépistage.”

Le tabloïd retient un autre chiffre en une de son édition du 2 avril : 2 000 soignants testés sur les 550 000 concernés par la lutte contre l’épidémie. “La proportion ? Moins de 1 %.” Selon les autorités, qui visent 25 000 tests par jour d’ici à la fin du mois, les hôpitaux manqueraient de tests mais aussi de produits chimiques nécessaires à l’analyse en laboratoire.

Concrètement, la responsabilité incombe à Boris Johnson, qui voit la situation dangereusement lui échapper. Mais elle incombe aussi aux dirigeants surpayés du service de santé, qui nous disent de boire moins d’alcool et de manger plus de légumes mais qui se montrent incapables d’affronter une épidémie.”

En réponse à la polémique, Boris Johnson a concédé mercredi 1er avril que les tests massifs étaient la solution pour sortir de la crise. Depuis son bureau de Downing Street, où il est confiné après avoir contracté le Covid-19, le Premier ministre a estimé qu’il s’agissait là “du moyen pour résoudre ce casse-tête”.

02/04/2020

https://www.courrierinternational.com/

swp

L’avis de nos camarades britanniques: Du sang sur les mains!

 

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