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06 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Le fmi activement présent en ukraine depuis 1994 ne veut pas entendre parler de hausse de salaire (cadtm)

dette

Le FMI poursuit sa route en Ukraine (partie 1)

 

Suite à un puissant mouvement insurrectionnel aboutissant à la destitution du président ukrainien Viktor Ianoukovytch, le nouveau gouvernement transitoire mis en place le 27 février 2014, offre au FMI l’opportunité d’infliger une violente cure d’austérité au peuple ukrainien. Un mois plus tard et sans même attendre les élections, des négociations opaques avec ce gouvernement non élu aboutissent à l’adoption de politiques ultra libérales en échange d’un prêt du FMI de 14 à 18 milliards de dollars (10,2 à 13 milliards d’euros) dont le premier versement est attendu pour le mois d’avril.

Jalonnant les tranches successives de déboursements selon un calendrier confidentiel, l’augmen-tation des tarifs du gaz, le gel des salaires et des retraites pour les fonctionnaires et bien d’autres mesures visant à bouleverser la politique monétaire et budgétaire, ainsi que les secteurs financier et énergétique, doivent soumettre ce pays au dogme capitaliste promu par l’institution. Pourtant rejeté en première lecture par les députés du Parlement ukrainien le 27 mars, ce programme impopulaire exigé par le FMI, est finalement adopté suite à de fébriles négociations.

Au cours de son histoire tumultueuse et malgré certains succès, le FMI s’est toujours heurté à des réticences face à ses exigences démesurées. Incapable de conclure ses deux derniers accords, il espère bien cette fois-ci mener à terme ses ajustements quelle que soit l’issue des élections présidentielles programmées deux mois plus tard.

Qu’importe si ces politiques disséminées partout sur la planète provoquent le chaos social comme en Grèce ou ailleurs. L’institution poursuit son chemin dévastateur, bordé de révé- rences des gouvernements soumis. Prétendre instaurer la prospérité et chasser la pauvreté, en ajoutant de nouvelles politiques d’austérité sur un État liberticide à la corruption endémique, est vain. Le FMI, avec toutes les révoltes qu’il a déclenchées au cours de son histoire, est pourtant bien placé pour savoir que la misère ne rend pas forcément docile et que rien n’empêche la Place Maïdan de reprendre du service. Or, dans ce domaine, tout est possible tant le FMI est prompt à souffler sur les braises encore chaudes de ladite « révolution Maïden ».

Ce n’est pas la première fois que l’Ukraine se retrouve confrontée au diktat du FMI Le Fonds monétaire international (FMI), bien connu des pays « appauvris » (aussi appelés pays en développement) pour avoir impulsé de sévères coupes budgétaires qui ont exacerbé les crises de la dette en Asie et en Amérique latine, est aussi redouté pour s’être fortement impliqué dans la vague de privatisations désastreuses en Europe de l’Est lors de la transition post-communiste au début des années 90.

En Ukraine, dès 1994, un premier accord est conclu avec le FMI et en 1995, un crédit de 1,49 milliard de dollars du Fonds est signé par le gouverneur de la banque centrale de l’époque, Viktor Youchenko avant qu’il ne devienne leader de la célèbre « Révolution orange ». |1| Depuis lors, épaulé par sa représentation permanente à Kiev, l’institution travaille d’arrache-pied en Ukraine et, quels que soient les gouvernements en place, impose son diktat.

Le FMI suspend un prêt à l’Ukraine suite à la décision du gouvernement d’augmenter le salaire minimum |2| Depuis que l’Ukraine a rejoint le FMI en septembre 1992, leur relation est faite d’affrontement et de ruptures sur fond d’incessantes négociations opaques. En effet, alors que l’institution basée à Washington ne supporte pas l’idée d’une suspension de paiement de la part des pays endettés, elle pratique couramment la fermeture du robinet du crédit en suspendant ses versements lorsque le pays ne se plie pas à ses injonctions.

En novembre 2008, peu après après l’Islande, la Géorgie et la Hongrie, c’est l’Ukraine qui tombe dans la nasse du FMI. En échange d’un prêt |3| de 16,4 milliards de dollars (13 milliards d’eu- ros) sur 2 ans, le Parlement ukrainien est sommé d’adopter un plan de « sauvetage » draconien, avec privatisations et coupes budgétaires. L’Ukraine est sommée de faire passer l’âge de la retraite des femmes de 55 à 60 ans et augmenter de 20 % le tarif du gaz de la compagnie Naftogaz.

Mais la hausse du salaire minimum de 11 % et l’augmentation du minimum vital de 12 % à partir du 1er novembre 2009, puis de 18 % à compter du 1er janvier 2010, inquiètent le FMI qui bloque son programme. «  Je suis très inquiet de l’accord donné par le président à ce projet de loi qui met hors circuit le programme que nous avions signé. Dans ces circonstances, j’ai peur qu’il soit très difficile d’achever le prochain examen du programme » |4| déclare alors l’ancien directeur du Fonds Dominique Strauss-Kahn, qui pour sa part avait augmenté son salaire de plus de 7 % à son arrivée à la tête du FMI |5|.

Pour justifier ses craintes à l’égard de l’Ukraine, il ajoute : « Une mission récente du Fonds en Ukraine a conclu que les politiques dans certains domaines, dont la nouvelle loi sur le salaire minimum, menaçaient [la] stabilité » du pays. Et dans la foulée, l’agence de notation Standard & Poor’s émet un signal négatif sur la dette de l’Ukraine. Lorsque survient un blocage dans le pro- gramme de privatisations, la réaction du FMI ne se fait pas attendre puisqu’il suspend le versement de la quatrième tranche, d’un montant de 3,8 milliards de dollars, prévue en novembre 2009. En attendant, après avoir maintenu un taux de croissance moyen de 7,5 % du PIB de 2000 à 2007, l’Ukraine enregistre une des pire performance économique mondiale : le PIB chute de 15 % en 2009 et la production industrielle de 22 %. 5 avril par Jérome Duval

Note:

|1| Viktor Youchenko sera ensuite président avant d’être finalement rejeté lors des élections de 2010 avec seulement 5.45% des voix, les pires résultats jamais remporté par un président.

http://cadtm.org/Le-FMI-activement-present-en

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31 mars 2014 ~ 0 Commentaire

A propos d’une étude de la bce (avanti.be)

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Trois leçons sur la crise en Europe.

Le récit de la droite pour expliquer la crise en Europe a deux versants.  Le premier consi- dère que les gouvernements ont menés des dépenses irresponsables et que cela a débouché sur une crise de la dette souveraine.

Le second insiste sur le fait que les « coûts salariaux élevés » dans les pays de la périphérie européenne ont provoqué la détérioration de leur compétitivité et entraîné un déficit insoutenable de leur balance courante (*) On suppose que cela a provoqué les déséquilibres structurels entre les économies ayant un excédent budgétaire et les pays déficitaires.

Ces deux visions de la crise sont erronées, mais la droite insiste à les présenter comme une vérité absolue et les médias martèlement tellement cette fable que beaucoup de personnes ont fini par croire qu’il y a une part de vérité dans cela.

Pour la droite, cette vision des choses est utile parce que les autorités publiques et les travailleurs sont les coupables désignés : les premiers ont « dépensé au dessus de leurs moyens » et les seconds (à travers leurs syndicats) ont surévalué les salaires et le marché du travail. Autorités publiques et travailleurs doivent donc en conséquence supporter l’ajustement nécessaire pour résoudre la crise. De là découle l’idée que l’austérité et la dévaluation fiscale sont des mesures justes et correctives. Ces deux mesures ont plongé l’Europe dans la plus pire crise de son histoire.

Les données disponibles n’étayent pourtant pas l’idée d’une irresponsabilité bud- gétaire : en 2007, année où éclate la crise aux Etats-Unis, les comptes publics des membres de l’Union européenne montrent une image positive. Le déficit public agrégé dans l’UE représentait 0,8% du PIB européen (et 0,6% dans la zone euro). La majeure partie des pays qui souffrirent ensuite le plus fortement de la crise avaient un bon bilan budgétaire et s’étaient ajustés aux critères du Traité de Maastricht et du Pacte de croissance et de stabilité.

Mais à mesure que la crise a affecté les secteurs de l’économie réelle, les comptes publics ont commencé à se détériorer : la croissance moindre a frappé les revenus fiscaux et les plans de relance ont augmenté les dépenses. En 2008, le déficit public dans l’UE et dans la zone euro est respectivement passé à 2,3% et 1,9%. Autrement dit, la détérioration de la situation budgétaire est le produit de la crise et non sa cause.

C’est ici qu’intervient le second versant de la cosmovision droitière sur la crise : c’est l’idée que les travailleurs et les syndicats ont surévalué les salaires en provoquant des pertes de productivités et que cela a provoqué la crise dans les balances extérieures des pays de la périphérie européenne. Selon cette vision, les « coûts du travail » auraient augmenté beaucoup plus dans la majeure partie des pays de la périphérie qu’en Allemagne et cela expliquerait le déficit de la balance courante de ces pays.

La conséquence en termes de politiques économiques qui découle de ce diagnostic est simple : il faut imposer des restrictions salariales.

Mais il s’avère maintenant que la Banque Centrale Europe (BCE) vient de publier une étude sur le rapport entre le déficit dans la balance courante et les coûts salariaux dans les pays de l’Union européenne. Cette analyse jette en réalité aux orties toutes les interprétations officielles sur la crise et les politiques appliquées pour la résoudre, en particulier les politiques d’austérité budgétaire.

Utilisant des techniques statistiques standard, l’étude de la BCE établit que pour la période 1995- 2012, les changements dans les soldes de balance courante ont précédé les changements dans les coûts salariaux unitaires. L’analyse démontre en même temps que les changements dans ces derniers ont eu très peu d’effets sur les changements dans les seconds.

La détérioration des balances externes des pays de la périphérie n’est pas due aux augmentations des coûts salariaux. Il n’est donc pas vrai que les responsables en sont les syndicats, qui auraient exercé une pression irresponsable en faveur des salaires et provoqué la perte de compétitivité.

Ce point est important: déjà 23 pays européens ont signé le Pacte Euro Plus qui repose sur l’idée que la détérioration dans la compétitivité (due aux augmentations salariales) explique les déséquilibres entre les pays ayant une balance excédentaire avec ceux ayant un bilan déficitaire. Ce pacte établit que les pays signataires doivent adopter des mesures pour améliorer leur compétitivité des coûts.

Une fois de plus, il est démontré que les bases néolibérales de ce pacte n’ont aucun fondement. Les données révèlent que la crise n’est pas venue d’une attitude irresponsable en matière budgétaire, et qu’elle n’a pas non plus été provoquée par des augmentations salariales insoutenables.

Par contre, l’un des facteurs les plus importants est celui des flux de capitaux : l’étude de la BCE conclut que ces flux sont bien plus liés à la détérioration de la compétitivité. Cela n’est pas surprenant : dans le contexte d’un secteur financier dérégulé, les crédits bancaires et le boom immobilier ont effectivement généré une forte distorsion. La conclusion est qu’il est nécessaire de contrôler les flux de capitaux, mais la droite préfère punir les travailleurs plutôt que de limiter la voracité du capital financier. Alejandro Nadal

Source :
http://www.jornada.unam.mx/2014/03/19/opinion/029a1eco
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

(*) La balance courante est le solde des flux monétaires d’un pays résultant des échanges internationaux de biens et services (balance commerciale), revenus et transferts courants. La balance courante est un des composants de la balance des paiements.

http://www.avanti4.be/actualite/article/a-propos-d-une-etude-de-la-bce-trois-lecons-sur

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19 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Pourquoi payer la dette? (cadtm)

Notre camarade Eric Toussaint du CADTM (Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde)

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18 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Le véritable adversaire: harper et le projet néolibéral (pressegauche.ca)

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Maintenant que la campagne électorale québécoise est commencée, le débat politique va être naturellement orienté vers les propositions des partis au Québec.

Depuis les années 1970 de toute façon, le processus électoral provincial occupe la plus grande place dans l’imaginaire de la nation. C’était un peu inévitable, compte tenu de l’enjeu de la souveraineté, qui a pris beaucoup de place pour des raisons qui peuvent être comprises. Dans ce débat sans cesse renouvelé, on a parfois tendance, cependant, à oublier qu’au Canada, il y a un seul État, qui dispose des véritables leviers du pouvoir.

Face à cet État, les gouvernements provinciaux ont des capacités limitées et une juri- diction assez restreinte compte tenu du fait que c’est à Ottawa que le pouvoir réside. On voit donc le dilemme. On dira que la souveraineté va éventuellement régler ce problème, mais en attendant, il faut regarder la réalité en pleine face. Ce n’est tout simplement pas vrai que Québec est un « gou- vernement » autrement que « provincial », au sens propre comme au sens figuré du terme, et ce, malgré les déclarations habituellement tonitruantes des diverses administrations du PQ ou du PLQ.

Les nouvelles priorités du gouvernement fédéral

Depuis l’élection des Conservateurs en 2006 (et surtout depuis leur victoire en 2011), le Canada est entré dans une phase de restructuration en profondeur. Ce n’est pas un gouvernement d’« alter- nance », comme on a eu pendant plusieurs décennies et où les deux grands partis étaient dans le fond au « centre-droit ».

Avec Harper, on a un projet qu’on peut qualifier de « révolutionnaire ». En premier lieu, il a pour mission de « réorganiser » l’économie canadienne selon un axe « Toronto-Calgary ». Toronto doit détenir tous les leviers du système financier et devenir une des plaques tournantes de l’éco- nomie financiarisée de l’Amérique du Nord (elle est déjà le 2 ème centre financier après New-York). Calgary bien sûr devient le quartier-général du Canada « pétrolier », en gérant les gigantesques projets qui continuent de croître d’un bout à l’autre de l’ouest et du nord du Canada.

Cet « axe » par définition exclut bien des régions : le sud-ouest industriel de l’Ontario, les provinces maritimes et bien sûr, le Québec, qui pourrait devenir, si la tendance se maintient, une sorte de gros Nouveau-Brunswick, fournisseur de main d’œuvre à bon marché, comme c’est déjà le cas pour les dizaines de milliers de travailleurs québécois exilés à Fort McMurray.

Les élites et le gouvernement conservateur qui les représente veulent accélérer ce transfert, ce qui veut dire entre autres, l’abolition des filets de sécurité comme l’assurance-chô- mage, et qui permettaient non seulement de protéger les gens, mais aussi les secteurs économiques qui tournent au rythme des saisons dans plusieurs régions. Le gouvernement minoritaire du PQ est pourtant associé à ce projet qui est inacceptable, non seulement sur le plan environnemental, mais aussi de par ses impacts économiques prévisibles. En avalisant les projets de pipe-line sous prétexte de sauver quelques centaines d’emploi dans une pétrochimie réduite en peau de chagrin à Montréal, le PQ s’aligne sur l’« axe » Toronto-Calgary ». Est-ce une « erreur » ou un changement de cap ?

Mondialisation tout azimut

Le capitalisme financiarisé canadien, comme dans les autres pays capitalistes, lutte depuis plusieurs années pour les traités de libre-échange, soi-disant pour favoriser le commerce. Pour Harper en tout cas, la priorité est de sécuriser le libre-échange avec l’Europe. Dans l’ombre mais pas loin, il y a également le projet d’une zone de libre-échange Asie-Pacifique, dont les États-Unis seraient maîtres. Au lieu de favoriser l’économie et la création d’emplois, ces traités visent à précariser davantage la main d’œuvre, à la déstabiliser avec les menaces de délocalisation, et à imposer aux gouvernements des politiques d’austérité présentées comme « nécessaires » pour faire face à la «  compétition ».

Encore là, on constate que le PQ est devenu le supplétif de Harper dans cette affaire, en se présentant comme un « champion » du libre-échange (c’est Bernard Landry qui avait pondu cette formule dans les années 1990). On essaie de faire passer la « pilule » en évoquant des clauses con- cernant la protection du travail et de l’environnement, mais jusqu’à cette date, aucun de ces traités, à commencer par l’ALÉNA, n’a intégré autre chose que la défense des « droits » des entreprises qui vont jusqu’au point d’interdire des législations votées par le parlement.

Du néolibéralisme au néoconservatisme

Depuis l’avènement du gouvernement Harper, l’accent a été mis sur la mise de l’avant de « valeurs » conservatrices autour du triangle « famille-Dieu-patrie ». Un dispositif législatif sans précédent a été inventé pour criminaliser la dissidence et les pauvres en général, appuyé sur un discours « mora- liste ».

Les immigrant-es et les réfugié-es sont soudainement devenus des « menaces » à la « sécurité nationale », ce qui fait qu’on peut les emprisonner et les expulser en plus grand nombre. Sur ce tournant, l’opinion québécoise a été plutôt hostile à Harper, ce qui explique, en partie en tout cas, leur déroute électorale au Québec en 2011. Mais voilà que la question rebondit sous la figure de la « charte des valeurs québécoises ».

C’est pervers, car au nom du droit des femmes, on crée une autre polarisation entre « nous » (blancs et catholiques) et « eux » (surtout Musulmans et plutôt bruns ou noirs). Fait à noter, le projet de cette charte a été appuyé à Ottawa par une majorité de députés conservateurs, y compris ceux qui représentent des circonscriptions québécoises. Derrière le discours du gouvernement du PQ qui se veut rassurant, on a une explosion de racisme et de néoconservatisme exprimant un réel mépris pour une partie importante de la population qui ne sont pas, aux yeux des « Janettes » et des médias-poubelles, des personnes « réellement civilisées ». Encore là, il y a une convergence inavouable entre Harper et le PQ.

Retour dans le futur

Pendant la grande noirceur au Québec, le Québec mené par une coalition de droite et d’extrême droite a « gouverné » la province en symbiose avec les intérêts des grandes élites canadiennes. Celles-ci voyaient d’un très bon œil un gouvernement qui matraquait les syndicats et laissait les investisseurs mener « leurs » entreprises dans des opérations de prédation et de pillage pendant qu’on laissait la santé et l’éducation dans les « bonnes mains » de l’Église.

Ces grands capitalistes, dont la bourgeoisie anglo-montréalaise, n’aimaient pas néces- sairement le langage nationaliste et catholique de Duplessis et du Chanoine Groulx, mais à la limite, ils savaient bien que c’était le « prix à payer » pour éviter la mise en place d’une coalition pro- gressiste. Et quand celle-ci a pris forme au tournant des années 1960, ces élites, de même que les gouvernements fédéraux et la droite au Québec, ont tout fait pour empêcher le PQ et ses alliés syndicaux de faire avancer le projet d’une souveraineté axée sur le progrès social, désengluée du discours frileux et réactionnaire du nationalisme de l’ancienne manière. En ce moment, il y a des éléments qui laissent penser qu’un sérieux retour en arrière n’est pas impensable, et où le natio- nalisme dans sa version péquiste trouverait sa place dans une sorte de « gouvernance souve- rainiste » bien alignée sur le projet néolibéral.

Il faut dire non

Contrairement aux années de la grande noirceur cependant, l’alignement des forces sociales et politiques constitue un obstacle à ce projet néoconservateur/néolibéral. On l’a vu avec les Carrés rouges et bien d’autres mobilisations populaires et syndicales. À l’Assemblée nationale, le débat n’est plus le même avec les députés solidaires dont Françoise David est devenue la politicienne la plus populaire au Québec. Ce n’est pas un hasard ! Néanmoins, le PQ en se rangeant dans le camp de la droite avec les encouragements de l’élite québécoise à la PKP, fragilise la capacité et la volonté d’une majorité de la population à résister au bulldozer nommé Harper. Il faut dire non à cela.

Note: PQ: Parti Québéquois. Québec Solidaire: Gauche indépendantiste.

http://www.pressegauche.org/spip.php?article16826

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15 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Les champions polonais sont fatigués (ci)

pologne

En 1989, rompant avec son passé communiste, la Pologne se lance dans une aventure sans précédent : bâtir le capitalisme à partir de rien. Une expérience usante.

Elle consulte un psychologue, elle n’a plus le choix. Tout est derrière elle : la carrière, les salaires, la beauté, la force. Pendant vingt-cinq ans, elle s’est accrochée à son poste de directrice générale. Fonder une famille – elle est célibataire et sans enfants – était secondaire. “Après une ‘rupture du contrat du travail pour cause de réduction de la masse salariale’, j’ai été envahie par le sentiment de n’être personne”, raconte Natalia, 45 ans, chômeuse depuis quelques mois. “Ils viennent nous voir quand ils commencent à puiser dans leurs réserves”, explique Dominika Markowska, psychologue du travail à Varsovie.

Licenciement ou démission, peu importe, il n’y a plus rien à faire. Avant, ils retrouvaient toujours un emploi. Aujourd’hui, ils envoient des CV qui restent sans réponse. La crise, normale dans une économie de marché, n’est pas seule responsable. Les vingt-cinq années de capitalisme polonais poussent à s’interroger sur la nécessité d’en adopter une version aussi dure. Le capitalisme est efficace économiquement et l’avancée du pays en témoigne, mais il est aussi très pesant pour la santé mentale. Que l’on accepte des règles du jeu aussi sévères est étonnant. Jadis on disait : “Le Polonais est capable” [slogan communiste du début des années 1970] ; aujourd’hui on a envie de dire : “Le Polonais supporte tout.”

Le cabinet spécialisé dans les ressources humaines Kelly Services a enquêté sur ce que, dans une trentaine de pays, les employés étaient capables d’accepter. En ce qui concerne la résistance, seuls la Thaïlande, la Malaisie, l’Indonésie, la Chine et le Mexique arrivent avant la Pologne.

Quelque 26 % des Polonais font des heures supplémentaires, 23 % travaillent la nuit, les week-ends et plus de dix heures d’affilée, 20 % ont plusieurs employeurs, 58 % veulent émigrer – sur ce point, la situation est aussi mauvaise qu’au Mexique. Et, même sans aller jusqu’à quitter le pays, on se déplace pour aller travailler et ce trajet prend plus de deux heures par jour à un Polonais sur trois, plus de trois heures à un sur cinq. Au travail, ils tiennent bon. Si 46 % des employeurs s’ex- priment de manière vulgaire ou injurieuse, 41 % des salariés le tolèrent par peur de perdre leur emploi. Seuls 2 % sont prêts à aller en justice, selon le Centre de prophylaxie des dépendances de la région de Mazovie, à l’Ecole d’agriculture (SGGW). Le harcèlement moral est généralisé, surtout dans la distribution et le BTP.

Les salariés supportent tout cela, tout en considérant que le manque de confiance de leur hiérarchie est normal. Lorsqu’ils signent leur contrat de travail, ils signent aussi un chèque en blanc, au cas où ils provoqueraient des pertes pour l’entreprise. On installe des programmes dans leur ordinateur pour savoir ce qu’ils copient et impriment. Pour éviter l’espionnage. Selon la Commission européenne, 27 % des Polonais travaillent à la tâche, avec un contrat “poubelle” [soumis au droit civil et non pas au droit du travail] – soit le taux le plus élevé de toute l’Union avec la Roumanie –, contre par exemple 5 % des Suédois. Selon certains experts, la flexibilité fait partie du monde moderne. Il n’empêche que, parmi les moins de 25 ans, pratiquement personne ne dispose d’un CDI en Pologne.

Solidarnosc. Le problème est qu’à présent il y a aussi des CDI poubelles, selon le sociologue Krzysztof Jasiecki, spécialiste de la représentation des travailleurs dans l’entreprise et auteur de Kapitalizm po polsku [Le capitalisme à la polonaise], actuellement en librairie. C’est difficile à croire, mais, dans le pays berceau du syndicat Solidarnosc, à peine 15 % des salariés sont syndiqués, selon l’Indice de participation européen [élaboré par l’Institut syndical européen], contre 70 % en Suède et en Finlande, et 28 % en Autriche et au Royaume-Uni. Selon les estimations, 14 % à 18 % des salariés en CDI relèvent d’une convention collective, contre plus de 90 % en Scandinavie et 62 % en Allemagne.

Depuis 2006, la loi permet la création de comités d’entreprise. Environ 3 000 ont été enregistrés, mais seuls 500 ont fonctionné au-delà du premier mandat. Ces trois dernières années, le nombre des entreprises qui en ont un a été divisé par six, pour ne plus représenter que 1,6 % du total. Et, même quand il y a un comité d’entreprise, l’employeur peut suivre une formation pour savoir comment saboter son fonctionnement. A propos du choix fait par la Pologne en 1987, le Pr Jasiecki évoque un capitalisme bâti rapidement, sans capitalistes, qui se caractérise par une ouverture aux entreprises transnationales menant, selon les termes de certains chercheurs, une “stratégie du pâturage”.

Aujourd’hui, ces entreprises emploient 29 % de la main-d’œuvre salariée du pays. Selon Jasiecki, leur rôle est sous-estimé, sur le plan financier, technique et psychologique. Les grands groupes ont volontiers adopté un style paternaliste et autoritaire, enraciné chez nous depuis des siècles. Le Polonais s’écrase d’autant plus devant un tel chef qu’il le méprise ; il essaie de satisfaire ses attentes tout en cherchant un moyen de le tromper. Cette soi-disant “réactivité aux attentes du supérieur”, souvent simulée, est une malédiction pour les entreprises. En Pologne, il n’y a pas de workaholics [drogués du travail] au sens classique, explique le Pr Jacek Puchowski, de l’université de Poznan. Cela répond plutôt à une nécessité : 8 % des salariés en CDI vivent dans la pauvreté, 12 % gagnent juste assez pour payer la nourriture et les charges.

En outre le workaholism [des dirigeants], réel ou simulé, est un bon moyen de pression sur les salariés. Cependant, ces derniers ne sont pas dupes et savent qu’un bourreau de travail est un malade qui envenime les relations professionnelles. Le chef omniscient et omniprésent qui souffre d’un complexe de grandeur, très destructeur sur le plan psychologique, est apparu en Pologne aux débuts du “turbocapitalisme” [terme créé en 1999 par le chercheur américain Edward Lattwak] : de nombreuses carrières se sont forgées dans le cadre d’un métier, selon le principe “T’es un bon ingé nieur, tu seras un bon chef”. Selon le Pr Jasiecki, c’est un “managérialisme postcommuniste”, ou une transformation de l’intelligentsia en knowledge class [que l’on peut traduire par “élite culturelle”].

La situation démographique contribue à la dégradation du climat : les pionniers, fatigués de la transformation, vieillissent. Ils sont relativement nombreux et leur voix pèse dans les sondages. Alors que 80 % des jeunes de moins de 30 ans se disent prêts à changer d’emploi pour gagner plus, la stabilité prend de l’importance avec l’âge. “Je ne laisserai pas mon poste aux jeunes loups”, semblent dire les “vieux”, et c’est une source de tensions dans de nombreuses entreprises. Les jeunes, soumis à une sorte de chantage moral à la réussite par leurs parents, sont victimes d’une autre frustration, provoquée par le boom de l’éducation. La famille a investi dans leurs études et prévu leur carrière. Ils bossent, font des heures supplémentaires, mais sans conviction et sans but.

Environ 3,2 millions de personnes travaillent dans le secteur public, mais 5 millions d’autres aimeraient les rejoindre, selon l’institut ARC Rynek i Opinia. Les salaires y sont 10 % plus élevés que dans le privé, affirme l’organisation patronale Lewiatan. On ne peut pas pour autant parler d’une nostalgie du communisme, assure Krzysztof Zagorski, sociologue à l’Académie Leon Kozminski, à Varsovie. C’est juste la peur de l’insécurité qui pousse les gens dans les bras protecteurs de l’Etat. Le Pr Zagorski suit attentivement la manière dont les Polonais se projettent dans le futur. Durant de nombreuses années, ils ont pensé que l’avenir serait meilleur.

Le thème de propagande de “l’île verte” épargnée par la crise est encore efficace, mais cela commence à changer. [En 2009, lors d’une célèbre conférence de presse, Donald Tusk avait présenté une carte de l’Europe toute rouge sur laquelle se détachait la Pologne en vert ; le Premier ministre avait alors parlé de “l’île verte de l’Europe”]. Aujourd’hui, nous sommes majoritaires à penser ceci : “Le mieux appartient au passé et, s’il y a une amélioration dans cinq ans, de toute façon ce sera pire qu’aujourd’hui.” C’est une sorte de prophétie autoréalisatrice. Les émotions et les jugements subjectifs jouent – indirectement – sur la conjoncture économique.

Burn-out. Parmi les clients de la psychologue Dominika Markowska, il y a désormais des jeunes de 30 ans touchés par le burn-out. Ce qu’ils prennent pour une dépression n’est en fait qu’une inadap- tation. Au capitalisme ? Non. L’acceptation des règles du marché est généralisée. Mais, visiblement, ils ont trop goûté au turbocapitalisme, à l’effort au-dessus de leurs forces. “Le capitalisme, oui, mais non à sa version polonaise”, a lancé le sociologue Juliusz Gardawski il y a déjà quelques années. Il est peut-être temps d’appliquer une forme plus soft, plus réfléchie, de capitalisme, avec un Etat garde-fou intelligent, qui corrigerait les choses quand ce serait nécessaire.

Sinon, la lassitude pourrait s’exprimer lors des prochaines élections [en 2015]. Les patients de Dominika Markowska rejettent la faute sur le gouvernement, le système politique, le pays, les managers, l’Union européenne, l’Amérique. Les mythiques “eux”. Notre île verte est sérieusement menacée par une première vague de fatigue. Accrochez-vous.

Ewa Wilk  Publié le 5 février 2014 dans Polityka 14 mars 2014

http://www.courrierinternational.com/article/2014/03/14/les-champions-polonais-sont-fatigues?page=all

Commentaire:

Une explication marxiste, il se passe en Pologne, comme en Chine, une phase « d’accumulation primitive » du capitalisme. Cela a déjà eu lieu en Angleterre sous les yeux de Marx: tous les moyens sont bons pour « créer de la richesse » qui permettra ensuite (en théorie) de distribuer des miettes… pour acheter la « pais sociale ». S’il y a des syndicats!  Mais il n’a échappé à personne, « qu’on » n’a plus besoin d’eux! Donc, travail de nuit, 60 heures par semaine, travail des enfants…

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15 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Il faut imposer une véritable taxe tobin au lobby bancaire (cadtm)

trop fort

Dans une tribune publiée dans l’Humanité le 25 février 2014, Éric Toussaint, maître de conférences à l’université de Liège, président du CADTM Belgique et membre du Conseil scientifique d’Attac nous explique comment enrayer le fléau de la spéculation sur les monnaies.

Les banques sont les principaux acteurs sur le marché des devises et elles entre- tiennent une instabilité permanente des taux de change. Plus de 95 % des échanges de devises sont de type spéculatif. Une infime partie des transactions quotidiennes en devises concerne des investissements, du commerce de biens et de services liés à l’économie réelle, des envois de migrants.

Le volume quotidien des transactions sur le marché des devises tournait en 2013 autour de 5 300 milliards de dollars  ! Les banques qui disposent, comme les fonds de place- ment mutuel, de très importantes liquidités en usent et en abusent en poussant des monnaies à la baisse ou à la hausse afin d’obtenir des gains sur les différentiels de taux de change. Les banques jouent également de manière déterminante sur des dérivés de change qui peuvent provoquer des pertes considérables, sans compter les méfaits de l’instabilité des monnaies pour l’ensemble de la société.

À partir de mai 2013, les monnaies de grands pays dits émergents (Inde, Brésil, Afrique du Sud, Russie, Turquie, Argentine…) ont été soumises à des attaques spéculatives et ont perdu dans certains cas jusqu’à 20 % de leur valeur. Le taux de change entre le dollar et l’euro est aussi l’objet de la spéculation.

Le marché des changes constitue le compartiment du marché financier global qui, aux côtés du marché des dérivés, a enregistré la plus forte croissance. Entre 1970 et 2013, le volume des transactions sur les monnaies a été multiplié par plus de 500 (passant d’un peu plus de 10 milliards à 5 300 milliards de dollars par jour). Alors qu’en théorie, la fonction principale des marchés des changes est de faciliter les échanges commerciaux internationaux, en 2013, le montant des trans-actions liées aux échanges de marchandises ne représentait même pas 2 % du montant des transactions quotidiennes sur le marché des changes.

En 1979, il fallait l’équivalent de 200 journées d’activité sur les marchés de change pour atteindre le volume annuel des exportations mondiales. En 2013, 3,5 journées d’activité sur les marchés de change suffisaient à atteindre le volume annuel des exportations mondiales de mar- chandises. Cela indique à quel point les activités des marchés monétaires sont déconnectées de l’économie productive et du commerce des marchandises.

En 2013, quatre banques à elles seules contrôlaient 50 % du marché des changes (Deutsche Bank, 15,2 %  ; Citigroup, 14,9 %  ; Barclays, 10,2 %  ; UBS, 10,1 %). Si on ajoute la part de six autres banques (HSBC, JPMorgan, Royal Bank of Scotland, Credit Suisse, Morgan Stanley, Bank of America), on atteint 80 % du marché.

La moitié des échanges a lieu sur le seul marché de Londres. Alors que le scandale de la manipulation du Libor (il s’agit des taux d’intérêt auxquels les banques se prêtent de l’argent) était à peine considéré comme résolu par les autorités de contrôle, un nouveau scandale a éclaté en 2013 à propos de la manipulation du marché des changes. Les autorités de contrôle des marchés financiers des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’UE, de Hong Kong et de Suisse suspectent au moins quinze grandes banques d’avoir ensemble manipulé les taux de change, y compris le marché de change euro-dollar qui, à lui seul, représente un volume quotidien de 1 300 milliards de dollars.

Des responsables des autorités britanniques de contrôle ont déclaré que l’ampleur des dommages causés par les manipulations est au moins égale à ceux qu’a impliqués la manipulation du Libor et qui a abouti au paiement d’amendes pour un montant de 6 milliards de dollars. Le comble, c’est que, selon le Financial Times, des dirigeants de la Banque d’Angleterre seraient impliqués dans la manipulation comme lors de l’affaire du Libor. En avril 2012, des traders spécialisés dans le marché des changes auraient informé de leurs pratiques certains hauts responsables de l’honorable Banque d’Angleterre qui auraient laissé faire.

Une enquête est en cours. Le laisser-faire, la complicité, voire la collusion entre diri- geants des banques et autorités de contrôle ont commencé à sortir au grand jour, même si les informations arrivent au compte-gouttes et font très rarement la une des grands médias.

Voici plus de quarante ans, James Tobin, ancien conseiller économique de John F. Kennedy, proposait de mettre un grain de sable dans les rouages de la spéculation internationale sur les devises. Malgré tous les beaux discours de certains chefs d’État, le fléau de la spéculation sur les monnaies s’est encore aggravé. Le lobby des banquiers a obtenu qu’aucune entrave ne vienne perturber leur activité destinée à créer du profit. Pourtant, depuis l’époque où James Tobin a fait sa proposition, nous avons vu que le volume des transactions quotidiennes sur le marché des devises a été multiplié par plus de 500…

La décision de principe prise en janvier 2013 par onze gouvernements de la zone euro d’imposer une taxe d’un millième sur les transactions financières est totalement insuffisante, car elle ne porte pas sur les devises et il n’est même pas sûr qu’elle entrera rapidement en vigueur. Les banques exercent une forte pression pour l’éviter et pour en limiter encore plus fortement la portée. Le gouvernement français, très intimement lié aux banques, intervient activement en faveur des demandes du lobby bancaire. Il n’y a pas de solution juste si on reste dans un contexte aussi biaisé.

Voilà pourquoi il est plus que temps d’enrayer l’engrenage de la spéculation en appliquant une véritable taxe de type Tobin, premier pas vers l’interdiction complète de la spéculation sur les monnaies. 14 mars par Eric Toussaint

Source : http://www.humanite.fr/tribunes/il-…

http://cadtm.org/Il-faut-imposer-une-veritable-taxe

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07 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Pacte de responsabilité (basta)

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La France va-t-elle faire pire que les Etats-Unis ?

A l’heure où les crédits d’impôts et les allègements de « charges » se multiplient en France, au nom de la lutte pour l’emploi, quels sont les montants et les conséquences de ces cadeaux fiscaux et de ces subventions à l’embauche aux États-Unis ?

L’organisation civique américaine Good Jobs First a lancé, fin février, un « traqueur » de subventions : une base de données récapitulant toutes les aides directes (subventions) et indirectes (allégements de charges, exonérations d’impôts et de taxes, prêts publics très avantageux…) dont ont bénéficié les entreprises implantées aux États-Unis depuis les 15 dernières années.

Ces aides profitent principalement aux grands groupes. 965 multinationales et leurs filiales ont ainsi reçu au moins 63 milliards de dollars de subventions et d’avantages fiscaux, sur un total de 110 milliards de dollars d’aides aux entreprises identifiées par Good Jobs First.

Boeing arrive largement en tête, avec un total de plus de 13 milliards de subventions. Les groupes français en profitent également : Nissan (Renault) a perçu près de 1,8 milliard, 1,34 milliard pour ArcelorMittal, principalement pour son aciérie dans l’Alabama, 357 millions pour Michelin et ses 46 filiales, 290 millions pour Areva et ses 13 filiales, principalement pour un projet d’usine de traitement d’uranium dans l’Idaho, 158 millions pour Airbus (EADS), 49 millions pour Sanofi ou encore 22,7 millions pour BNP-Paribas…

456 000 dollars par emploi « Notre traqueur de subventions peut désormais démontrer que la plus grande part des subventions accordées par l’État et les gouvernements locaux au nom de la création d’emplois se retrouve entre les mains d’un nombre restreint d’entreprises », commente Philip Matera, directeur de recherche au sein de Good Jobs First.

En juin dernier, l’organisation avait étudié les 240 megadeals passés entre les pouvoirs publics états-uniens et des grandes entreprises, avec des aides publiques supérieures à 75 millions de dollars. Le montant de ces aides a ensuite été rapporté au nombre d’emplois créés : soit une dépense de 456 000 dollars en moyenne par emploi !

Une base de données dont la France aurait bien besoin, alors que le « pacte de respon-sabilité » repose sur une nouvelle « baisse de charges et de fiscalité » pour les entreprises en échange d’un « engagement sur des objectifs et des ambitions en terme d’emploi et de qualité de l’emploi, de dialogue social et d’investissement ». Ce pacte de responsabilité vient s’ajouter au « crédit impôt pour la compétitivité et l’emploi » (CICE) déjà mis en œuvre. Celui-ci devrait coûter 20 milliards d’euros aux dépenses publiques en 2014, selon le ministère de l’Économie et des Finances. Des allègements dont la contrepartie est, en théorie, la création de « 300 000 nouveaux emplois » prévus d’ici 5 ans.

Comment mesurer l’efficacité de ces cadeaux ? La question risque de demeurer sans réponse au regard de ce qui se passe pour le crédit impôt recherche (CIR). Celui-ci devrait coûter environ 6 milliards d’euros en 2014. « L’efficacité du CIR au regard de son objectif principal – l’augmentation de la dépense de recherche et développement des entreprises –, est à ce jour difficile à établir », pointait la Cour des comptes en juillet 2013, « faute de données avec un recul suffisant, mais aussi d’un accès des chercheurs aux données disponibles ».

Résultat : « L’évolution qu’a connue la dépense intérieure de recherche et développement des entreprises n’est pas à ce jour en proportion de l’avantage fiscal accordé aux entreprises », relevait la Cour. A quand la transparence des aides directes et indirectes dont profitent les entreprises ?

Ivan du Roy, avec l’Observatoire des multinationales

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25 février 2014 ~ 0 Commentaire

Le keynésianisme n’est pas forcément de gauche (lcr.be)

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Il y a bien une guerre des classes, mais c’est ma classe, celle des riches qui la mène et nous sommes en train de la gagner.

La politique d’austérité est souvent présentée comme n’ayant pas d’alternative possible. Que voulez-vous dire quand vous parlez de l’austérité comme projet politique ?

Le titre est dû aux développements actuels de la zone Euro. Je me suis posé la question de savoir comment la création de l’euro a européanisé le modèle dominant d’un budget étatique équilibré. En fait, une telle politique ne tombe pas du ciel, mais elle n’est pas non plus la conséquence logique de la dynamique d’accumulation.

Un projet politique comprend différentes forces sociales et politiques qui ne poursuivent pas néces- sairement le même but. Pour autant, dans une constellation historique donnée, les activités de ces forces ont pour résultat d’aller dans un sens commun. Cela fut le cas avec l’euro et le modèle du budget équilibré. Le Canada veut aussi désormais ancrer ce principe dans la loi. Et le président Obama, à la suite de la polémique sur le budget, a demandé aux Républicains de faire cause commune avec lui et, malgré les différences politiques, d’assurer le projet d’un budget équilibré.

Mais est-ce que cet endettement continuel des États n’est pas la tendance pré- dominante des dernières décennies et qui s’est poursuivie durant la crise ?

Oui, c’est vrai. Mais un « régime d’austérité » et un endettement étatique fort ne sont pas néces- sairement une contradiction, ils sont plutôt les deux faces d’une même médaille. L’idée d’utiliser la peur des conséquences d’un endettement publique pour mettre en place une politique d’austérité n’est pas seulement une recette pratiquée par la classe politique allemande, elle était déjà le fait de Ronald Reagan.

Son directeur de l’Office of Management, David Stockman, a élaboré le concept du « déficit stra- tégique ». Sous ce terme, il comprenait une dette publique utile rendant plausible la nécessité de limiter les dépenses. Un tel déficit est atteint par la baisse des impôts sur la fortune, sur les hauts revenus et les grandes industries.

Un phénomène similaire est visible au Royaume-Uni, deuxième pays qui joue un rôle d’avant-garde dans la mise en place des politiques néo-libérales. Le conseiller économique principal de Margaret Thatcher, Alan Budd, a déclaré au journal « Observer » au début des années 1990 : « la politique des années 80, à savoir lutter contre l’inflation en faisant pression sur l’économie et par des coupes dans les dépenses publiques, fut un prétexte pour sanctionner les travailleurs. »

Les gouvernements promettent que les dettes publiques seront remboursées par les impôts à venir. Est-ce que chaque gouvernement n’arrive pas au point où il faut reconnaître que cette promesse est irréaliste ? Est-ce que la politique d’austérité n’est pas la conséquence logique de la nécessité de résoudre les crises par la dévaluation ?

Le Ministre des Finances Wolfgang Schäuble a été questionné en marge de la conférence du comité monétaire et financier international, en octobre, sur l’échéance à laquelle l’Allemagne remboursera sa dette.

Il a fait la réponse suivante : « Serons nous un jour sans dettes ? Je l’espère jamais. » Ce qui est décisif est la réduction de la dette par rapport à la performance économique. Cette affirmation montre qu’une dette publique croissante n’est pas un problème aussi longtemps que les créanciers sont payés par les recettes des impôts du fait de la croissance économique et qu’ils croient pouvoir revendre leurs actions. Si, en plus, un pays peut régler ses anciennes dettes par la création de nou- velles, il n’y a théoriquement pas de limites à l’endettement. Beaucoup de personnes critiques à l’égard du capitalisme voudraient bien abstraitement fixer une telle limite. Cela n’est pas possible.

L’endettement est-il alors un jeu sans limites ?

Non. D’abord il faut se demander qui payera pour les intérêts et cela est clairement une question de classe. La charge que représentent les impôts a été déplacée durant les dernières décennies sur les salarié.e.s.

Les intérêts sont allés, quant à eux, dans la poche des actionnaires. Et bien sûr le dévelop-pement du capitalisme passe par des crises, ce qui produit des dévaluations périodiques du capital productif comme du capital fictif comprenant les actions et les obligations d’État. Mais une faillite de l’Etat peut également entraîner une modernisation. Ceci fut le cas en 2001 en Argentine. Après quelques années, le pays a volontairement recommencé à payer sa dette. Comme la Russie, après la chute de l’URSS, a recommencé à payer les emprunts suspendus en 1917. Une seule raison à cela : la dette héritée. Si un pays ou une ville a été une fois en faillite, ces collectivités sont obligées de payer des intérêts plus forts en raison de leur malus de risque. C’est le cas pour New York.

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25 février 2014 par Ingo Stützle

Beaucoup de gens de gauche voient la promesse d’une vie meilleure dans le keynésianisme. Le journal Jungle World a interviewé le politiste et éditeur Ingo Stützle sur la crise de l’Euro, l’austérité et le keynésianisme. Cet automne 2013 est paru l’ouvrage de Ingo Stützle, Austerität als politisches Projekt (L’austérité comme projet politique).

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25 février 2014 ~ 0 Commentaire

Où en est le prolétariat en france ?

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*
Les conditions de la lutte des classes évoluent en permanence. Elles dépendent de la réalité de la classe des exploités et des opprimés, appelée prolétariat dans notre tradition, de ses relations avec les autres classes, de sa conscience et de ses organisations. Cela façonne des contextes économiques, sociaux et politiques toujours renouvelés.

Travailler à l’analyse de la structure du prolétariat, de ses formes de luttes, est donc une tâche essentielle pour l’intervention de celles et tous ceux qui veulent se débarrasser du capitalisme. Pour agir efficacement, il nous faut savoir nous adapter au contexte  : après avoir eu en France une stabilité certaine durant un demi-siècle, il s’est modifié en profondeur ces quarante dernières années.

Les exploité-e-s et les opprimé-e-s d’aujourd’hui

Pourquoi partir de là  ? Parce que le prolétariat, constitué de celles et ceux qui vendent leur force de travail et qui sont dominés, est la classe qui seule peut construire une société d’émancipation  : le socialisme.

Il n’a jamais été aussi nombreux. 26 millions de personnes ont aujourd’hui un emploi, 91 % d’entre elles sont salariées, contre 64 % en 1949, en raison principalement de la chute de l’emploi non salarié agricole. Mais il n’a plus grand chose à voir avec ce qu’il était dans les années 1960  : une main-d’œuvre très majoritairement masculine (deux tiers des emplois) et en CDI, à temps plein, plutôt ouvrière et peu qualifiée, avec un poids prépondérant des grandes entreprises industrielles.

Plusieurs modifications majeures se sont produites.

C’est le cas de la pénétration massive des femmes dans l’emploi salarié. Le taux d’emploi des femmes est maintenant très proche de celui des hommes. Des discriminations majeures existent  : les salaires, les professions, les évolutions professionnelles et surtout le temps partiel imposé qui synthétise bien ces discriminations. Il s’est développé massivement puisque, sur près de 20 % de salariés à temps partiel, 82,5 % sont des femmes.

L’installation d’un chômage structurel (officiellement de moins de 3 % en 1968, six fois plus élevé aujourd’hui) est un facteur déterminant. Le taux de chômage n’est pas seulement lié aux caractéristiques actuelles du marché du travail, plus conjoncturellement à la crise économique, mais aussi à une politique néolibérale consciente, organisée.

Elle a des effets majeurs : des secteurs entiers du prolétariat sont en dehors du travail, et pour longtemps. Dans certains quartiers, 50 à 60 % de la population est au chômage et le reste survit de petits boulots. Le travail comme tel n’y est plus une référence pour l’action. Il frappe plus encore les femmes et les immigrés, sans compter que le taux de chômage est double pour les jeunes, qui font de moins en moins l’expérience de l’entrée dans la société par le travail  : embauchés sous contrats précaires, peu de jeunes ont un emploi « stable » avant 30 ans. Il faut y ajouter la précarisation de millions d’emplois.

La structure des emplois s’est profondément modifiée. Dans les années 1950, services, industrie et agriculture employaient à peu près le même nombre de salariés. L’agriculture occupait 29 % des actifs en 1949, aujourd’hui 3 %, alors que la part du tertiaire a plus que doublé. Les effectifs de l’industrie, en croissance rapide et régulière depuis la fin du 19e siècle, ont d’abord continué à croître mais beaucoup plus lentement, puis, depuis 1974, ont baissé en moyenne de 1,5 % par an. Une étude de 2010 du ministère de l’économie indique qu’entre 1980 et 2007, 2 millions d’emplois ont été détruits dans l’industrie, et que de 2000 à 2007, 65 000 emplois y ont été détruits chaque année.

La résultante de ces évolutions est qu’aujourd’hui les prolétaires travaillent majo- ritairement dans le tertiaire. Celui-ci regroupe les trois quarts des emplois, contre 22 % pour l’industrie. La majeure partie de ces emplois tertiaires (environ 60 %) est située dans le secteur marchand, le reste étant composé de fonctionnaires sous divers statuts.

La structure des entreprises industrielles a été elle-même modifiée. En même temps, la taille des groupes, des entreprises augmente, alors que celle des établissements diminue. Or ce n’est pas l’appartenance à un groupe qui est déterminante pour la structuration militante, mais le regrou- pement sur un même lieu de salariés ayant le même employeur avec des expériences et des débats communs. La coordination des travailleurs, des syndicats, est difficile entre les établissements d’une l’entreprise, d’un groupe, au niveau national. Elle est encore plus complexe, et très rare, au niveau international.

Il ne reste aujourd’hui en France que 500 établissements de plus de 2000 salariés, dont deux tiers sont dans le tertiaire et moins de 150 dans l’industrie. Surtout, sur les dix dernières années, les premiers ont augmenté de 40% alors que les seconds ont diminué de 20%. Des éta- blissements plus petits, lorsqu’ils luttent, pèsent de moins en moins sur le groupe, qui a plus de capacité financière et politique pour résister. C’est le problème par exemple des sidérurgistes de Florange en lutte contre Mittal. Pour illustrer cela, la plus grande concentration de la région pari- sienne est l’aéroport Charles de Gaulle dans lequel travaillent 100 000 salariés, mais dans des centaines de sociétés qui accentuent les divisions entre métiers et niveaux de formation.

La sous-traitance a explosé. Les sous-traitants sont totalement dépendants des choix des gros donneurs d’ordre, tant sur les tarifs que sur la conception du travail. Si le donneur d’ordre diminue ses prix de 10 %, ils ne peuvent que s’exécuter ou disparaître. La place de la sous-traitance diminue le nombre de salariés des établissements donneurs d’ordre, affaiblissant les capacités d’organisation et de lutte, et place en outre les salariés des entreprises sous-traitantes dans des situations rendant très difficile l’organisation et la lutte.

Il nous faut tenir compte de ces modifications profondes de la réalité du prolétariat  : éclatement et relativisation de la place économique et politique des entreprises industrielles, augmentation du poids du tertiaire s’ajoutant aux divisions accentuées et entretenues au sein même du prolétariat, avec les discriminations racistes et au niveau idéologique l’idée d’appartenance à la classe moyenne. Une remontée de l’activité économique n’inverserait pas cette évolution qui est le produit de choix politiques et sociaux dans le cadre de la restructuration de la sphère productive liés aux changements technologiques et à la mondialisation libérale.

Des problèmes qui prennent une dimension nouvelle

Le blocage de l’économie. Il y a de moins en moins d’unités de travail dans lesquelles peut être efficace le combat économique classique  : en arrêtant la production, on oblige le patron à céder sur tout ou partie des revendications. L’organisation capitaliste en flux tendus, qui met les stocks sur les routes, ainsi que la structure de l’espace urbain, font des moyens de transport le talon d’Achille du système. Les secteurs qui ont la capacité de bloquer le fonctionnement de l’économie, transports et énergie, ne s’en sont pas privés. La façon dont le droit de grève y a été attaqué ces dix dernières années le montre. Mais une grève de secteurs minoritaires qui bloque l’économie peut difficilement tenir en dehors d’un soutien majoritaire.

L’intégration des organisations syndicales. Pour se débarrasser des syndicats qui remettent en cause leur pouvoir, les patrons répriment les militants combatifs et constituent des syndicats à leur botte. Ils ont perfectionné et adapté ces armes en développant des processus d’intégration très importants. Pour les grandes confédérations, les moyens financiers attribués aux syndicats repré-sentent maintenant plus de la moitié de leur budget. Au niveau des entreprises, combien de diri- geants syndicaux passent plus de temps en réunion avec la direction, dans des négociations sans fin sur les sujets les plus divers [1], qu’avec les salariés, à organiser concrètement l’action collective  ?

Les îlots de résistance qui subsistent n’ont pas les forces pour inverser cette évolution qui a évidemment des effets sur la perception des syndicats par les salariés. Si ceux-là restent incon- tournables, ils ne sont pas perçus à une échelle de masse comme les représentants des salariés, mais comme des acteurs dont on ne peut se passer, voire même comme des institutions.

Les formes de l’aliénation au travail. La restructuration capitaliste a fondamentalement changé l’organisation du travail dans les entreprises, se recentrant autour des «  objectifs  » à atteindre, de l’individualisation, qui aggravent les formes de l’exploitation cognitive et psychologique en même temps que sont moins présentes les formes d’exploitation physiques les plus brutales. S’ajoute la déstabilisation organisée de toutes les résistances quotidiennes collectives, de tous les collectifs de travail, au travers des réorganisations, des restructurations permanentes. Cela a des effets destruc- teurs dans l’ensemble des lieux de travail, diminue considérablement la possibilité de réactions collectives au quotidien et donne une nouvelle acuité à la question de l’aliénation au travail. C’est ce qui explique le nombre de suicides, les problèmes majeurs de souffrance au travail.

Protection de la planète et de l’humanité. Chacun est percuté par les questions écologiques, y compris au niveau du travail. Il y a toujours eu des activités destructrices, comme l’industrie de guerre. Y travailler place les salariés de ces secteurs dans des contradictions parfois difficiles à assumer, mais supportables si l’on peut se rattacher à un combat émancipateur. Le problème est que le nombre des salariés placés dans cette situation n’a cessé d’augmenter. Ce n’est pas la même chose de travailler dans un secteur reconnu comme le moteur du progrès pour l’ensemble de la société, créant la fierté de jouer par un rôle positif pour la société par son travail, que dans un secteur qui pose des problèmes pour l’avenir…

Les formes de lutte de ces dernières années Quelques pistes sur les formes des mobilisations de ces vingt dernières années en résistance aux ravages du libéralisme…

Manifestations: du jamais vu. Le recours à la manifestation a pris depuis les années 1980 une importance croissante comme mode d’expression politique et social. En 1988, un Français sur deux était prêt à manifester, en 1995 deux sur trois, et en 2002 trois sur quatre. La manifestation se place au même rang que la grève comme moyen d’action [2]. Les jeunes sont les plus nombreux à l’approuver. Pour un nombre important de salariés, ce qui est important et accessible, c’est la participation aux manifestations. Les participants peuvent être en grève, reconductible, pour une journée, en débrayage la demi-journée ou même seulement les heures nécessaires pour participer à la manifestation, mais ils peuvent aussi être en RTT, en repos…

Lors du dernier mouvement contre la réforme des retraites, en 2010, il n’y a jamais eu autant de manifestants dans les rues: huit journées de manifestations de masse en deux mois. Les chiffres les plus élevés de 1995, du CPE en 2009, ont été atteints et/ou dépassés au moins trois fois ; les niveaux les plus élevés de ces trente dernières années (environ 1 million pour la police et 3 millions pour les organisateurs) ont été atteints à cinq ou six reprises. Ce qui signifie qu’entre 5 et 15 % des salariés y ont participé, avec un soutien permanent de 70 % de la population. Les manifestants étaient de plus en plus jeunes, comme si une nouvelle génération commençait à se mettre en mouvement.

Les grèves. La grève qui bloque les entreprises, l’économie, qui permet une action collective des salariés enfin débarrassés de l’exploitation quotidienne, est un moyen irremplaçable d’action et de politisation, qui peut devenir politique lorsqu’elle se généralise, en affrontant la bourgeoisie dans son ensemble et l’Etat bourgeois.

Mais le nombre et l’ampleur des grèves ont diminué drastiquement. Les statistiques imparfaites du ministère du travail mesurent le nombre de salariés en grève, en comptabilisant les journées individuelles non travaillées (JINT). Ces chiffres ne prennent pas en compte des périodes de conflits nationaux comme en 1995, 2003 ou 2010  ; c’est la mesure du «  bruit de fond  ». A la fin des années 1970, le chiffre des JINT tournait autour de trois millions par an et «  a chuté, par paliers successifs, avant d’osciller, à partir du milieu des années 1990, dans une fourchette comprise entre 250 000 et 500 000 JINT  » [3]. Il n’y a jamais eu aussi peu de grèves comptabilisées depuis le début du 20e siècle, en dehors des deux guerres mondiales. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de mécon- tentement, ni même de conflits, mais ils prennent d’autres formes, celle de conflits de «  basse intensité  ».

Les opérations de blocages. Un des modes d’action utilisés pour faire plier les possédants est les opérations de blocage de routes, d’aéroports, de zones industrielles, sous forme de barrages filtrants ou bloquants. Lors des vagues de mobilisations de ces dernières années, ces actions ont regroupé des militants combatifs, grévistes ou non, qui voulaient que les grèves coûtent cher aux patrons et au gouvernement. Il est possible que ce soit aujourd’hui dans l’association de grèves tournées vers l’interprofessionnel, l’extérieur des entreprises et d’actions de blocages, d’occupation de lieux publics qui mobilisent en commun des exploités et des opprimés de tous les secteurs de la société, que se construise une alternative sociale et politique.

Des dizaines de structures interprofessionnelles. Lors des grèves de la fin du 20e siècle ont émergé des coordinations professionnelles (infirmières, cheminots). Dans les mobilisations géné- rales, si la direction nationale du mouvement est toujours restée aux mains des directions confé- dérales, localement de nombreuses structures se sont émancipées pour militer pour la reconduction, la généralisation, avec des formes différentes selon les villes.

En guise de conclusion provisoire

Ce rapide tour d’horizon gagnerait à être complété sur bien des points, par exemple l’analyse des formes prises par les luttes contre les licenciements, les mobilisations de masse en Bretagne, mais aussi la place du prolétariat dans l’activité sociale et politique, dans les mobilisations antiracistes, féministes, contre les discriminations, celles contre l’aéroport de Notre Dame des Landes, les gaz de schiste, le nucléaire, etc., ainsi que dans l’implication au sein des associations, syndicats et partis.

La question fondamentale qu’il nous faut traiter est  : par quelles voies et quelles mobilisations, pouvons-nous travailler à unifier ce prolétariat, à la fois plus nombreux que jamais mais en même temps éclaté socialement et politiquement  ? En effet, c’est unifié autour de perspectives éman- cipatrices qu’il peut être une force capable de mettre bas le capitalisme et de créer le socialisme du 20e siècle. Patrick Le Moal

Notes:
«  Le communisme n’est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel. Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses actuellement existantes  » (Karl Marx, L’idéologie allemande).

[1] En 2012, pas moins de 38 799 accords d’entreprise (4 930 de plus qu’en 2011). 31 310 accords ont été signés par des délégués syndicaux ou des salariés mandatés et 7 489 par des élus du personnel.

[2] La Manifestation, Olivier Fillieule et Danielle Tartakowsky, Les Presses de Sciences Po, Paris, 2008.

[3] La lutte continue  ? Les conflits du travail dans la France contemporaine, Béroud-Denis-Desage-Giraud-Pélisse, Editions du Croquant, Broissieux, 2008.

* Paru dans Revue L’Anticapitaliste n°50 (janvier 2014). http://npa2009.org/

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20 février 2014 ~ 0 Commentaire

Augmenter le salaire minimum de 40% (rue 89)

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Débat houleux aux Etats-Unis (C’est 15 dollars, pas 10!)

Obama en a fait l’une des priorités de son second mandat, et pourrait bien, grâce à la mobilisation du camp démocrate, des médias et le soutien d’une large partie de la population, parvenir à augmenter le salaire minimum fédéral de 40% d’ici la fin de l’année : une initiative historique.

La proposition du Fair Minimum Wage Act

Ce fut l’un des thèmes phares de la campagne du président américain en 2012 : l’augmentation du salaire minimum au niveau fédéral, fixé depuis 2009 à 7,25 dollars (5,28 euros) de l’heure, qu’il avait proposé de rehausser à 9 dollars de l’heure (6,50 euros) peu après sa réélection. Le camp démocrate a pris les devants en mars 2013 en proposant une réforme globale « plus juste » des bas salaires avec le Fair Minimum Wage Act qui fixe le minimum horaire 10,10 dollars de l’heure (7,36 euros) – il aurait dû être de 10,74 dollars aujourd’hui s’il avait été indexé sur le taux d’inflation depuis 1968. Un bond de 40% du salaire minimum actuel qui semblait a priori risqué pour le Président et le camp démocrate face à l’opposition systématique des républicains sur ce sujet – qui possèdent par ailleurs la majorité à la Chambre des représentants.

Obama a finalement soutenu la proposition Harkin-Miller (du nom des deux démocrates à son origine) en novembre dernier, espérant rassembler l’ensemble du camp démocrate derrière elle. Lors du dernier discours de l’Union, il a montré sa détermination en promulgant « un ordre exécutif » qui fixe à 10,10 dollars le salaire de tout contracteur employé par le gouvernement fédéral et qui entrera en vigueur en 2015. Il s’agit désormais pour le Président d’essayer de faire passer en force cette proposition historique, avant les élections de mi-mandat en novembre prochain, qu’il doit à tout prix éviter de perdre comme en 2010.

Un enjeu politique crucial pour les démocrates

Aux Etats-Unis, le droit donné aux Etats et aux villes de fixer leur propre salaire minimum (égal ou supérieur au minimum fédéral actuel) a contribué ces dernières années à creuser les écarts des revenus sur l’ensemble du territoire entre les bastions démocrates et les Etats du Sud. Un salarié de 40 heures chez McDonalds va débuter avec un salaire de 1 718 dollars (1 254 euros) à San Francisco (le plus élevé du pays) et de seulement 1 160 dollars (846 euros) en Louisiane ou dans le Mississippi. A l’approche des élections de novembre qui doivent élire ou réélire les gouverneurs de 36 Etats, la hausse du salaire minimum est donc devenue la « plateforme économique populaire » sur laquelle vont jouer les démocrates.

Argument puissant pour les politiques et « intérêt direct » pour les électeurs qui iront voter « pour avoir une augmentation », explique au Huffington post un conseiller républicain. Devant le blocage quasi-systématique du Congrès à faire passer des réformes, l’initiative appartient donc aux gouverneurs et aux maires :

  • l’Etat de Washington a donné l’exemple début janvier en promulguant le record national de 9,32 euros de l’heure (6,79 euros) ;
  • le gouverneur de Californie a signé l’année dernière une augmentation de 8 à 10 dollars de l’heure, qui devrait prendre effet en 2016.

Bénéfique pour 28 millions d’Américains

Aujourd’hui, 4,8 millions d’Américains touchent le salaire minimum, essentiellement dans le secteur des services, l’hospitalité (restaurants, hôtels) et la vente (grandes chaines de vêtements et d’ali- mentation). La seule façon de survivre aujourd’hui aux Etats-Unis avec 1 200 dollars, c’est d’être « jeune, célibataire et de vivre au milieu de nulle part ». Sauf que l’âge moyen d’un salarié à bas salaire est aujourd’hui de 35 ans, à majorité féminine qui participe à près de 50% à la survie du foyer – des statistiques qui contredisent l’argument républicain que les emplois à bas salaires sont surtout des jobs d’été pour étudiants.

Ces « working poors » sont de plus en plus défavorisés par rapport au reste de la population active américaine, qui touche un salaire moyen presque trois fois plus élevé : 19,55 dollars de l’heure (14,26 euros). Un salaire horaire de 10,10 dollars – soit 1 750 dollars (1 277 euros) par mois contre 1 250 dollars (912 euros) auparavant – aiderait à sortir 900 000 familles de la pauvreté. La mesure bénéficierait plus largement à 28 millions de travailleurs : les 17 millions gagnant aujourd’hui entre 7,25 et 10 dollars de l’heure, et ceux dont les salaires un peu plus élevés que 10,10 dollars seraient systématiquement réajustés – soit un cinquième de la force de travail américaine.

Un soutien médiatique et populaire

Cette proposition de loi bénéficie d’un soutien populaire assez rare pour une mesure aux effets redistributifs. Un sondage du Washington Post publié en décembre affirme que 66% des Américains sont favorables à une augmentation du salaire minimum – qu’ils  fixeraient cependant à 9,41 dollars – en dessous de l’actuel projet de loi. Les médias ont également pris part au débat cette semaine, en défendant le « 10,10 » : Bloomberg Businessweek, qui y a consacré sa une, parle « du plancher salarial comme une marque de dignité du travail en lui-même » et la hausse de 40% comme du compromis le plus juste entre « la justice sociale et l’économie ».

Pour le New York Times, c’est désormais au tour des bas salaires de récolter les profits toujours plus importants des entreprises utilisés jusqu’ici pour indemniser les dirigeants et les actionnaires. D’autant, poursuit-il, que « des recherches, des faits, et des preuves montrent aujourd’hui qu’une hausse du salaire minimum est vitale pour la sécurité économique de milliers d’Américains, et bénéfique pour une économie à la peine ».

L’appel des 600

En janvier, ce sont 600 économistes, dont sept prix Nobel d’économie, qui ont apporté leur soutien à la proposition démocrate dans une lettre ouverte à Barack Obama et au président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner. Publiée par l’Economic Policy Institute, un think tank libéral proche des démocrates, la lettre affirme que ces « augmentations auraient peu ou pas d’in- cidence sur l’économie puisque ces salariés seraient amenés à dépenser davantage d’argent, à faire augmenter les demandes et la croissance de l’emploi ».

Deux tiers des employés à faibles revenus travaillent aujourd’hui dans des compagnies de plus de 100 salariés qui ont continué d’engranger des bénéfices malgré la crise. Parmi elles figurent Walmart, MCDonalds, Yum ! , Taco Bell, Pizza Hut et KFC. Un rapport du Nelp (le National Employment Law Project) daté de juillet 2012 souligne que sur les 50 plus grands employeurs de bas salaires (inférieurs à 10 dollars de l’heure) 90% ont réalisé des profits en 2011 et les trois quarts ont perçu davantage de revenus qu’avant la récession. Ces entreprises seraient donc tout à fait capables de financer une hausse des salaires.

Les républicains et les grandes compagnies

A Washington DC, les Républicains soutenus par les entreprises de restauration et de loisirs, et leur puissants lobbies, sont déterminés à enterrer la proposition qu’ils jugent comme « une taxe injuste pour les employeurs », susceptible de freiner la création d’emploi et la croissance, de limiter les marges de manœuvre des petites entreprises. Le bureau du Budget du Congrès américain (CBO) leur a donné raison mardi, en publiant les conclusions de son rapport affirmant qu’un salaire minimum fédéral de 10,10 dollars de l’heure pourrait coûter quelque 500 000 emplois a l’économie du pays d’ici à 2016 – soit 0,5% de sa force de travail.

Mais il a aussi reconnu que ces 40% de hausse pouvaient améliorer le quotidien de 15% des salariés américains – ce qui, au bout du compte, est un plus pour l’économie américaine. Les républicains défendront coûte que coûte l’emploi aux dépens des salaires : « Le chômage est la première préoc- cupation des Américains, et notre objectif est de créer et non pas de détruire des emplois pour ceux qui en ont le plus besoin », affirmait en début de semaine Brendan Duck, le porte-parole du président de la Chambre des représentants, John Boehner.

A quelques mois des élections de mi-mandat, boosté par des sondages favorables et un soutien médiatique important, le camp démocrate est décidé à réaliser un tour de force politique en obligeant le Congrès a voter la loi. Les républicains ont réussi ces dernières années à empêcher toute tentative de réforme de la part d’Obama, et la dernière grande initiative à être passée (dans la douleur) lui a couté une lourde défaite aux élections de mi-mandat en 2010. L’enjeu de ces pro- chaines semaines est donc crucial pour le mandat du Président et pour le bilan politique qu’il va laisser derrière lui. Marie Rousseau Journaliste Publié le 20/02/2014 à 11h08

http://blogs.rue89.nouvelobs.com/node/227625/2014/02/20/augmenter-le-salaire-minimum-de-40-debat-houleux-aux-etats-unis-232355

Commentaire: Toute cette « prise de conscience » est en fait partie d’une grève massive des travailleur(se)s des « fast-food » qui demandent 15 dollars. Notre camarade Kshama Sawant a été élue à Seattle sur cette revendication. Dans  d’autres villes, les « socialistes » ont aussi fait de bons scores sur ce thème.

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