Archive | Economie

07 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

pêche (courrier inter)

dessin-surpeche
Les navires-usines chinois épuisent les eaux africaines

Ce qui suit pourrait réussir à rendre écolo même quelqu’un comme Donald Trump, s’il n’avait pas autre chose en tête. La flotte de pêche hauturière chinoise, la plus grande du monde, est beaucoup plus importante que ce que nous pensions.

Elle est même plus grande que ce que les Chinois eux-mêmes croyaient, quatre fois plus nombreuse que ce que Pékin affirme souhaiter. Cette flotte compte au moins 12 490 navires et on estime à près de 17 000 les bateaux ayant la capacité de pêcher en dehors des eaux territoriales chinoises.

On savait que la Chine était une superpuissance mondiale en matière de pêche, mais ces nouvelles données recueillies par des chercheurs pour le compte de l’Overseas Development Institute [l’ODI, un groupe de réflexion sur le développement] de Londres montrent que la flotte chinoise est bien supérieure aux 3 432 navires estimés en 2014.

Pratiquement tous les chalutiers du Ghana sont chinois

Il s’agit en grande partie de chalutiers (qui emploient une méthode de pêche parmi les plus destructrices), travaillant en majorité dans l’océan Pacifique nord-ouest. L’activité pratiquée de la manière la plus intensive est la pêche à la turlutte des calamars dans le sud-est du Pacifique et le sud-ouest de l’Atlantique. Et l’aspect le plus dérangeant de cette pêche hauturière est que ses intérêts sont contraires à ceux des habitants de pays en développement. La flotte chinoise a une incidence vraiment consternante sur l’Afrique.

C’est au Ghana que l’on recense le plus grand nombre de navires chinois en dehors de la Chine, avec 137 bateaux selon l’ODI. Pratiquement tous les chalutiers du Ghana sont chinois, et les agents des chalutiers – les personnes qui tirent profit de la vente des licences de pêche – sont des parlementaires.

Pourtant, au Ghana, plus de 2 millions de personnes dépendent directement ou indirectement de la pêche en mer pour leurs revenus ou leur emploi. Selon le rapport de l’ODI, les revenus des petits pêcheurs ont chuté de 40 % depuis le début du [...]

Charles Clover  06/07/2020
.
Lire aussi:
.

Lire la suite

06 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

propriété privée (cnrs)

terres

« La propriété privée n’a absolument rien de naturel »

Vous êtes spécialiste d’histoire environnementale. Pourquoi vous êtes-vous intéressé à la « propriété » ?

Fabien Locher1 C’est l’une des institutions les plus puissantes et les plus opaques de la modernité. Elle s’impose à tous et même en partie aux États, qui l’organisent mais ne peuvent y déroger que dans des circonstances limitées et codifiées. La propriété privée peut d’ailleurs être vue comme une forme de protection contre les dérives tyranniques ou autoritaires – c’est notam-ment une idée très implantée aux États-Unis. Mais cette même propriété privée est souvent présentée comme une évidence, comme quelque chose de naturel.

Et pourtant… elle n’a absolument rien de naturel ! C’est une forme d’appropriation qui a une histoire, qui n’est pas de toute éternité et qui est dépendante de nos codes sociaux, de nos valeurs et de nos usages. C’est vrai, plus généralement, des différentes formes de propriété : propriété publique, propriété commune, droits collectifs… le monde de la propriété est vaste et complexe.

Alors comment en sonder les mécanismes, les logiques profondes, les dimensions matérielles et écologiques ? Notamment avec cette idée du crash-test qui consiste à analyser ce qui se passe quand la propriété « percute » la survenue d’une catastrophe, idée que nous avons cherché à développer dans un volume collectif codirigé avec mon collègue Marc Elie, Crash Testing Property2.

Quelle interrogation a guidé ces recherches ?

F. L. Nous nous sommes d’abord demandé ce que devenait la propriété quand survenait une catastrophe, un séisme ou un grave accident industriel par exemple. Comment la répartition des biens, voire la forme même des institutions de la propriété, sont-elles modifiées ? Qui tire parti de ces situations, des « états d’exception » créés par les catastrophes ? Nous voulions aussi savoir si de tels désastres étaient susceptibles de mettre en exergue des caractéristiques méconnues ou cachées des formes de propriété et de leurs interactions avec les environne-ments…

Ce questionnement a fait l’objet d’un colloque fin 2015, dont les interventions ont été publiées dans la revue Global Environment deux ans plus tard. Chaque article aborde un cas spécifique éclairant la problématique d’ensemble : par exemple les effets des inondations dans le delta du Bengale sur l’appropriation des terres par le colonisateur britannique, ou les effets du tsunami de 2004 en Indonésie. Il s’agissait aussi de considérer des catastrophes de type industriel, comme avec les effondrements géants causés par des mines dans la Belgique des années 1930.
Pour traiter tous ces sujets, il faut bien sûr mobiliser des spécialistes de plusieurs disciplines et périodes historiques : il faut une recherche collective. C’est aussi ce que j’avais voulu faire avec le projet Governpro, qui portait de manière plus générale sur l’histoire des interactions environnement-propriété aux 19è et 20è siècles, et qui mobilisait des collègues de différents pays et spécialités.

La crise sanitaire liée au Covid-19 pourrait-elle être une nouvelle illustration pour ce type de travaux ?

F. L.  Par exemple, les grandes épidémies ont-elles suscité des comportements opportunistes, comme les historiens l’ont démontré pour le célèbre tremblement de terre de Lisbonne de 1755, où l’on a vu certains se construire des patrimoines sur les ruines de la ville ? Les apports de l’histoire médiévale seraient aussi passionnants pour évaluer les effets, sur les dynamiques d’appropriation, d’épidémies de masse qui ont tué des proportions énormes de population.

Historiquement, quelles ont pu être les conséquences des épidémies sur la propriété ?

F. L. Si j’en reviens aux travaux que nous avons rassemblés, je pense notamment à la question de l’héritage, que notre collègue australien Daniel Fitzpatrick a étudiée à propos du tsunami de 2004 : là, comme dans le cas d’autres catastrophes très meurtrières, le grand nombre de morts fait que beaucoup de propriétés se retrouvent littéralement en déshérence – les propriétaires comme les héritiers potentiels ayant disparu en grand nombre, parfois sans certitude sur leur décès.  (Après le tsunami de 2004) en Indonésie, c’est à l’échelle locale et sans attendre un règlement venu d’en haut que s’est faite la redistribution des terres. Cela révèle que la propriété se joue à plusieurs niveaux, pas seulement dans les plans du cadastre ou les recueils de droit.

Certaines formes de la propriété permettent-elles de limiter ou d’augmenter l’exposition à des risques ?

F. L. Oui et c’est un point important. Contrairement à ce qu’on dit parfois, et comme la propriété, les catastrophes sont tout sauf « naturelles ». Pour faire simple, elles naissent de la rencontre d’un aléa (par exemple, la terre tremble) et d’une vulnérabilité qui, elle, est profondément sociale et historique.

Or les formes de la propriété peuvent accroître ou diminuer cette vulnérabilité. On peut prendre l’exemple des assurances, qui sont une dimension importante de l’acte de posséder. On sait qu’aux États-Unis, la politique fédérale visant à développer un programme national d’assurance contre les inondations a eu pour effet d’accroître la vulnérabilité dans les zones côtières. En rendant possible d’assurer des biens pourtant très exposés, elle a eu tendance à encourager l’aménagement d’espaces qui n’auraient pas dû l’être… ce qui a généré de la vulnérabilité et des sinistres. À l’inverse, d’autres dispositifs liés à la propriété peuvent permettre de réduire la vulnérabilité des populations et des territoires aux catastrophes.

Par exemple ?

F. L. Pour changer complètement de lieu et d’époque, je pense au cas étudié par l’historien du Japon, Philip C. Brown, dans Crash Testing Property. Il analyse le « warichi », un système d’attribution des terres au sein de communautés rurales japonaises. Ce système, qui a existé du 17è au 20è siècle, consiste à classer les parcelles en fonction de qualités comme leur degré d’exposition aux risques – inondations, glissements de terrain… – ou le fait qu’elles soient plus ou moins fertiles.

Dans un deuxième temps, ces terres sont regroupées par lots qui sont ensuite redistribués par tirage au sort. C’est un peu le même principe que le « voile d’ignorance » du philosophe John Rawls : comme personne ne sait ce qu’il recevra, tout le monde s’efforce de composer des lots aussi identiques ou équilibrés que possible.

L’idée est de répartir le risque au sein de toute la communauté, pour éviter que certains se retrouvent beaucoup plus exposés aux catastrophes que d’autres. Ces communautés ne le font pas par égalitarisme ou sens de la justice, mais pour maintenir une cohésion de groupe qui leur permet, par exemple, de rester solvable pour les impôts à payer.
 
Des approches similaires ont-elles existé en France ?

F. L.  Nous nous sommes notamment plongés dans les débats de l’Assemblée nationale. Ils parlent énormément des forêts, qui sont un enjeu majeur à cette époque comme source d’énergie, de matériau de construction, d’espace pour les animaux… Or les députés disent que les propriétaires de forêts ne peuvent pas en faire ce qu’ils veulent, car ce ne sont pas des biens comme les autres : les terrains boisés assurent la régulation climatique et hydrologique de régions entières, ils sont donc en interdépendance avec d’autres propriétés et ont des fonctions collectives.

Seul l’État, disent les défenseurs des régulations, peut être le garant des équilibres : c’est pourquoi il a le droit – et même le devoir – de mettre des limites aux prérogatives de la propriété privée. Parce qu’à cette époque, on pense que déboiser signifie dégrader le climat, et potentiel-lement à grande échelle, les forêts cristallisent des luttes qui lient étroitement propriété et protec-tion des ressources et des environnements. Les « communs » forestiers, eux, sont accusés à la Révolution d’entraîner la destruction des bois et donc l’érosion des sols et le déclin climatique.

Les débats sur le risque climatique commencent-ils au XIXè siècle ?

F. L. Non pas du tout. Avec Jean-Baptiste, nous montrons dans notre livre que les espoirs et les angoisses liés à l’idée d’un agir humain sur le climat émergent dès le 15è siècle, dans le sillage de l’exploration et de la conquête de l’Amérique. Mais le changement climatique incriminé n’est pas le changement actuel causé par le CO2 : ce sont les effets de la destruction des forêts sur les cycles de l’eau et les températures qui sont redoutés.

En revanche, cela a eu des effets profonds sur la production des savoirs sur le climat, dont nous héritons. Dès le 18è siècle, la climatologie historique naît ainsi sous la plume de savants qui enquêtent sur les climats du passé en faisant la statistique des crues ou en recherchant des observations anciennes.

On se demande dans quelle mesure l’humanité a une part de responsabilité dans la multipli-cation de saisons désastreuses et comment contrer la dégradation redoutée des climats. Comme nous le montrerons dans le livre, ces conceptions se réverbèrent aussi dans les empires où elles servent à justifier la colonisation.

Retrouve-t-on d’autres aspects de débats contemporains en étudiant le rapport entre propriété et dégradation de la nature ?

F. L. Oui tout à fait : par exemple, justement, dans le champ de l’histoire coloniale. L’un des grands arguments des colonisateurs des 19è et 20è siècles est que les autochtones ne savent pas gérer leurs environnements, leurs ressources. Selon eux, l’« homme blanc » aurait alors toute légitimité à s’en emparer – par exemple en s’appropriant les communs des communautés – pour protéger la nature, les sols, la faune et la flore.

Ce discours et les pratiques concrètes qui l’accompagnent ont notamment été analysés par l’historien et anthropologue Roderick P. Neumann, spécialiste de l’Afrique de l’Est, qui parle à leur propos d’« enclosures de la conservation ».

Aujourd’hui encore, on retrouve des réminiscences postcoloniales de ces discours dans une certaine façon de pointer du doigt des populations locales accusées de mal gérer les ressour-ces, voire de contribuer à la crise climatique. Les débats contemporains sur l’environnement et sa dégradation par l’humain ne datent donc pas que de quelques décennies : ils s’inscrivent en fait dans le temps long de l’histoire. ♦ (Résumé)

La notion de propriété privée telle que nous la connaissons n’est pas universelle et ses modalités ont été régulièrement remises en question. L’historien Fabien Locher analyse comment crises et catastrophes ont pu percuter les régimes d’appropriation.

06.07.2020 Fabien Trécourt

https://lejournal.cnrs.fr

Lire aussi:

La tragédie des communs était un mythe

Lire la suite

06 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

caissières (bastamag)

Les-damnees-de-la-caisse

Les caissières : hier « héroïnes », aujourd’hui flouées malgré les profits de la grande distribution

La grande distribution affiche de confortables profits, réalisés en particulier grâce au dévouement de leurs employés de caisse.

Certaines grandes enseignes ont cependant décidé d’accélérer leur remplacement par des caisses automatiques, et les promesses de primes à 1 000 euros n’ont pas vraiment été tenues.

Un peu partout en France, certains supermarchés ont fait un pas de plus vers l’automatisation pendant la crise du Covid-19.

C’est le cas dans plusieurs magasins Casino parisiens, comme à Riquet ou à Ménilmontant, équipés de nouvelles caisses automatiques en plein confinement, en plus de celles qui avaient été installées avant.

Au Géant Casino de Lannion, dans les Côtes-d’Armor, les clients ont également vu apparaître un nouveau mode de paiement. Ils ont désormais la possibilité de passer par un grand portique vert dont l’accès est réservé au « Scan Express » avec l’application Casino Max.

Autrement dit : les acheteurs peuvent dorénavant scanner et payer les produits directement avec leur smartphone, en ayant préalablement téléchargé l’application et enregistré leur carte bancaire. Pour sortir, plus de passage en caisse, mais un portillon à ouvrir avec un code barre affiché sur son smartphone.

Du côté de la vente en ligne chez Monoprix, qui appartient au groupe Casino, préparer un panier de 50 produits prend désormais six minutes. Depuis le 19 mai, la marque a lancé sa solution de e-commerce alimentaire « Monoprix Plus » : un entrepôt géant de 36 000 m² à Fleury-Mérogis, dans lequel des robots se chargent d’empaqueter, en l’espace de quelques secondes, les produits commandés par les clients.

Ce n’est pas le scénario d’une dystopie imaginant nos futurs modes d’achats dans la grande distribution, mais la réalité d’une automatisation qui pourrait encore s’accélérer. Et qui rend certaines caissières, « héroïnes » en première ligne face au virus, profondément amères.

Vers une « digitalisation » accrue des magasins

Dans son assemblée générale du 17 juin 2020, le groupe Casino détaille plusieurs mesures spécifiques liées à l’épidémie du Covid-19. Parmi elles : l’accélération de l’encaissement automatique, l’augmentation des capacités de livraison à domicile, du « click & collect » et du drive.

Ce n’est qu’une nouvelle étape d’une stratégie de « digitalisation du parcours clients » entamée depuis plus longtemps : en février et mars 2020, 45 % des paiements en hypermarchés et 36 % en supermarchés Casino ont été réalisés par smartphone ou en caisse automatique. Sur les deux derniers mois de 2019, l’enseigne loue également « une forte pénétration de l’application digitale CasinoMax avec 20 % du chiffre d’affaires généré par les utilisateurs ».

Objectif affiché lors de l’assemblée générale des actionnaires du groupe l’année précédente : « Atteindre 40 % du chiffre d’affaires réalisé par les utilisateurs de l’application Casino Max en 2021 ».

Même si l’automatisation généralisée des caisses n’a pas été observée dans toutes les ensei-gnes pendant le confinement, ce dernier a bel et bien mis un coup d’accélérateur aux stratégies de vente en ligne.

Au premier trimestre 2020, le e-commerce alimentaire chez Carrefour a par exemple affiché une croissance de +45 %. Parmi les objectifs financiers de l’entreprise : 4,2 milliards de chiffre d’affaires e-commerce alimentaire en 2022.

Mais aussi « un plan d’économies sur trois ans de 2,8 milliards en année pleine à fin 2020 » et la « poursuite de la dynamique d’économies de coûts au-delà de 2020 ». En 2019, le groupe Casino avait annoncé, de son côté, « un plan d’économies de coûts de 200 millions d’euros » d’ici 2020, tout en se félicitant en conclusion d’une « trajectoire d’amélioration continue de la rentabilité ». Au détriment des caissières ?

Ouverture 24h/24 et remplacement des caissières par des vigiles

« Sous couvert de crise sanitaire, Casino accélère la mise en place des caisses automatiques. Mais ces dernières ne représentent qu’une pierre de l’édifice », prévient Jean Pastor, délégué syndical central CGT Géant Casino.

Prochaine étape, déjà bien enclenchée par endroits, selon lui : l’ouverture de 6h à 8h, de 20h à minuit, et le travail de nuit. Plusieurs magasins Casino sont déjà ouverts 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Au supermarché Casino de Ménilmontant à Paris, où de nouvelles caisses automatiques ont été installées en avril dernier, ce sont les agents de sécurité qui surveillent les clients à partir de 21h, et ce pour toute la nuit, jusqu’à l’arrivée des caissières à 8h30.

« Ces salariés n’ont pas la même convention collective et peuvent travailler les dimanches et les jours fériés », commente Jean Pastor. En octobre dernier, un Casino avait d’ailleurs été rappelé à l’ordre à ce propos par le tribunal de grande instance d’Angers. Pour contourner l’interdiction de travail dans les commerces alimentaires après 13h le dimanche, l’hypermarché faisait appel à des animatrices en événementiel les week-ends.

Dans le supermarché Casino du boulevard Gambetta à Nice, ce sont des vigiles qui assurent la relève quand les hôtesses de caisse finissent leur service à 20h15. Mais peut-être plus pour longtemps : « Ils parlent de nous faire travailler jusqu’à 23h pour nous faire vendre de l’alcool.

C’est en pourparlers mais ça va finir par être accepté », témoigne une caissière. Comme elle, de nombreuses collègues craignent une disparition de leurs emplois. Dans ce magasin, de nouvelles caisses automatiques ont également été installées pendant le confinement. Et ce, au détriment des emplois : « Il y a beaucoup de caissières qui sont parties en retraite et n’ont pas été remplacées ».

Face aux craintes des employé.es, et alors que le nombre de caissières a baissé de 5 à 10 % en 10 ans, selon la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), le groupe Casino a annoncé vouloir les former à un « nouveau métier ».

« Nous avons réussi à négocier un accord d’anticipation sur ce que vont devenir les salariés du secteur de l’encaissement. Nous avons obtenu un engagement de la direction à ne pas ouvrir de plan social, mais à recaser les gens », explique Laurence Gilardo, déléguée Force ouvrière de Casino. Cet accord, conclu le 26 février et doté d’une enveloppe de cinq millions d’euros, vise à former 6 000 « hôtes » et « hôtesses » de caisses des enseignes Géant Casino et Casino Supermarché (qui emploient 25 000 salarié.es au total) à de nouveaux métiers.

Le nouveau métier de « conseiller clientèle » bénéficierait ainsi d’un salaire légèrement supérieur à celui des caissières, mais compterait aussi 30 % de contrats à temps partiel. Si le syndicat FO se félicite de ce plan, la CGT n’est pas de cet avis : « Sous couvert de créer un nouveau métier, la direction va simplement remplacer les départs dans les rayons par des caissières », alerte Jean Pastor.

Craignant une « casse sociale sans précédent », Sylvie Vachoux, secrétaire fédérale de la CGT commerce et services, salariée du Groupe Casino, attend toujours des précisions de la direction sur ces promesses : « Ils ont commencé à évoquer une évolution des métiers, mais les caissières ne voient rien venir, personne ne leur parle de formations ». (…)

Rozenn Le Carboulec 6 juillet 2020

Lire la suite sur Bastamag

Lire la suite

02 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

grippe porcine (france24)

cochons

Le virus G4, cette grippe porcine qui suscite la crainte d’une nouvelle pandémie

À peine découvert et déjà redouté : un nouveau virus de type H1N1 identifié dans les élevages porcins en Chine présente des caractéristiques qui font planer le risque d’une nouvelle pandémie, d’après une étude chinoise parue lundi 29 juin. Explications avec deux experts.

Une pandémie après l’autre, voire les deux en même temps ? Une publication dans la revue scientifique américaine Pnas (Proceedings of the National Academy of Sciences), lundi 29 juin, a réveillé la crainte de ce scénario catastrophe et poussé l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à appeler la communauté scientifique à « ne pas baisser sa garde ».

Dans l’article en question, des chercheurs chinois ont révélé avoir découvert un nouveau virus chez le cochon capable de se transmettre à l’homme et qui nécessiterait une « action urgente » pour le contrôler, car il présente les caractéristiques d’une menace « pandémique ».

Tout n’est pas bon dans le cochon

Ce nouveau venu sur la scène virologique, baptisé G4, est le lointain fils du virus H1N1 qui a causé la pandémie de grippe A en 2009. Il a été découvert à l’occasion d’une vaste campagne de tests sur la population porcine dans dix provinces chinoises, menée entre 2011 et 2018.

La surveillance des porcs est devenue un enjeu majeur de santé publique en Chine, premier producteur et consommateur au monde de cette viande. Car tout n’est pas bon dans le cochon.

Cet animal est, en effet, « permissif aussi bien pour les virus de la grippe aviaire [chez l'oiseau], pour ceux de la grippe porcine et ceux des grippes humaines », souligne Manuel Rosa-Calatrava, directeur de recherche à l’Inserm et codirecteur du Laboratoire de virologie et pathologie humaine VirPath, contacté par France 24.

Le porc agit ensuite comme une sorte de grande marmite d’où, par le jeu des mutations et des échanges de gènes entre virus grippaux présents en même temps, émergent de nouveaux agents pathogènes. C’est ce qu’on appelle le réassortiment génétique.

C’est ce qui s’est passé en 2013 dans le sud de la Chine, où a été observé pour la première fois le virus G4. Cette souche s’est ensuite répandue pour devenir à partir de 2016 « la forme dominante du virus dans la population porcine observée », notent les auteurs de l’article dans Pnas.

Ce descendant du virus H1N1 de 2009 est le résultat du croisement entre « trois souches virales qui présentent la particularité d’avoir des protéines de surface [c'est-à-dire qui permettent de s'accrocher à l'hôte infecté, NDLR] auxquelles l’homme n’a pas encore été exposées », souligne Colin Butter, chercheur en biologie animale à l’université britannique de Lincoln, contacté par France 24.

L’être humain n’a, de ce fait, pas encore pu développer de défense naturelle à ce nouvel agent pathogène. Les vaccins contre le virus H1N1 de 2009 ou contre la grippe saisonnière se sont, en outre, montrés inefficaces, ont constaté les scientifiques chinois à l’origine de la découverte.

Un « cocktail détonnant »

C’est le premier élément du « cocktail détonnant » que représente l’agent pathogène G4, d’après Manuel Rosa-Calatrava. En effet, « comme la population humaine est, a priori, complètement naïve face à ce nouveau virus [c'est-à-dire qu'elle n'a pas développé d'anticorps, NDLR], la propagation à l’échelle planétaire pourrait en être facilitée », souligne le chercheur du laboratoire VirPath.

Mais tout cela resterait anecdotique s’il n’y avait pas de transmission à l’homme. Malheureuse-ment, plus de 10 % des travailleurs dans les élevages porcins contrôlés ont été testés positifs à la présence de la maladie. « Cela signifie que le virus est déjà largement répandu au sein de la population en contact avec les animaux porteurs », note Colin Butter.

Reste la grande inconnue de la transmission entre les humains. « Pour l’instant, les scientifiques ne semblent pas avoir constaté de cas en dehors de personnes ayant été à proximité d’élevage porcins », résume l’expert britannique. Mais, les chercheurs chinois ont obtenu des résultats potentiellement inquiétants… chez les furets.

Les animaux se contaminent bel et bien entre eux, à la fois par contact direct et par voie respiratoire. Un résultat important : « Le furet constitue un modèle de référence pour évaluer la transmissibilité entre les humains car il présente, notamment, des récepteurs cellulaires aux virus influenza humains », résume Manuel Rosa-Calatrava.

Par ailleurs, les analyses menées sur ces animaux ont montré que « les dommages causés aux poumons étaient plus sévères que ceux du virus H1N1 de 2009, avec des œdèmes, des hémorragies et des broncho-pneumonies plus graves », écrivent les auteurs de l’étude chinoise.

Redoubler de vigilance

Mais ce qui est vrai pour le furet ne l’est pas forcément pour l’humain, même si c’est un bon indicateur. « Il y a toute une série de mécanismes biologiques qui font qu’on ne peut pas simplement transposer les résultats de l’un à l’autre », affirme Colin Butter.

Plus important à ses yeux est le fait qu’en « six ans de circulation en Chine, il n’y a pas encore eu de cas avéré de transmission entre les humains ». En outre, « les auteurs ne font pas état de cas cliniques graves chez l’homme », relève ce chercheur.

Ces éléments amènent Colin Butter à considérer le risque pandémique avec prudence. « Je ne pense pas qu’il y ait une menace urgente, et, en l’état actuel de nos connaissances au sujet de ce virus, je n’imagine pas une pandémie de virus G4 en plus de celle de Covid-19 cette année », conclut-il. Il n’en demeure pas moins important, pour lui, de redoubler de vigilance pour suivre l’évolution de la situation.

On en est, en effet, « à une ou plusieurs mutations près pour une transmissibilité entre les humains », rappelle Manuel Rosa-Calatrava ». Et le problème est qu’il est impossible de prédire quand et si elles auront lieu.

Le chercheur français reconnaît que le scénario d’une pandémie du virus G4 à court terme n’est pas le plus probable, mais elle n’est pas à exclure complètement à ses yeux, considérant qu’en un siècle, le monde a déjà été confronté à quatre pandémies de virus influenza (grippe espagnole en 1918-19, grippe asiatique en 1957-58, grippe de Hong Kong en 1968-69 et grippe aviaire en 2009-2010). Ce serait alors, à sa connaissance, la première fois que le monde aurait à faire face à deux pandémies simultanément.

01/07/2020 Sébastian SEIBT

https://www.france24.com/fr/

Lire la suite

02 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

état (npa)

macron ecolo

La crise marque-t-elle le retour de l’État ?

Souveraineté de l’État…

(…) Non seulement les États ont interrompu les circulations internationales, les interactions sociales et donc de larges pans de l’activité économique, mais ils ont presque immédiatement pris des mesures massives de soutien à l’économie.

En France, le chômage partiel concernait 8,6 millions de salariés en avril : un tiers des salariéEs du privé étaient payéEs par l’État ! Aux États-Unis, Trump et le Congrès sont rapidement parvenus à un accord de 2 200 milliards de dollars (12 % du PIB), comprenant l’envoi à la plupart des américains (les non citoyens étant exclus du dispositif) d’un chèque de 1 200 dollars, sur lesquels était inscrit le nom de Trump, tel un souverain battant monnaie.

L’action économique de l’État se poursuit d’ailleurs, et le fait que Merkel et Macron utilisent le niveau supranational comme relai de leurs politiques3 ne remet pas en cause la centralité des États dans la gestion de la crise.

ll serait pourtant erroné de penser la situation comme une reconquête par les États de leur souveraineté économique, que ce soit contre les institutions internationales, les banques centra-les ou les règles limitant les déficits. Les interventions massives des États, pour interrompre comme pour relancer l’activité, n’ont pas été décidées par un acte de souveraineté faisant « passer la santé devant l’économie » comme l’a dit Macron dans son discours du 14 juin, et ne marquent pas la fin du néolibéralisme4. Elles ont simplement été prises car la reproduction du capitalisme était défaillante.

…ou reproduction du capitalisme

Marx écrit dans le Manifeste du parti communiste (1847), que « le gouvernement moderne n’est qu’un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière ». Et Engels dit dans l’Anti-Dühring (1878) qu’il est « l’organisation que la société bourgeoise se donne pour maintenir les conditions extérieures générales du mode de production capitaliste. […] Il est le capitaliste collectif en idée ».

Les États capitalistes se définissent par leur fonction, qui est de permettre la reproduction du système capitaliste et de favoriser l’accumulation du capital. Au cours de la crise, c’est cette fonction que les États capitalistes ont continué à remplir (avec plus ou moins d’efficacité selon les pays).

L’État peut remplir cette fonction en intervenant dans au moins trois domaines.

D’abord, il a un pouvoir coercitif, et peut réprimer ce qui menace la domination de classe en vigueur (un tel pouvoir est au cœur de l’État dans toute société de classe). Ce rôle correspond largement à ce que Pierre Bourdieu appelle la « main droite » de l’État (armée, police, justice, prisons, etc.).

En second lieu, l’État prend en charge une partie (plus ou moins importante selon les époques) de la reproduction de la force de travail : sa « main gauche » est ainsi constituée de tous les services publics qui forment les futurs travailleurs (éducation), maintiennent en vie la population (santé) ou assurent certains moyens de subsistance pour les périodes de non-emploi (sécurité sociale), etc.

Enfin, l’État joue un rôle directement économique de régulation et de stabilisation relative du système capitaliste, toujours menacé par le chaos du marché.

En temps normal, hors période de crise, l’État néolibéral cherche à intensifier l’accumulation du capital en limitant son « poids » économique, et en maximisant les sources possibles de profit (privatisations, partenariats public-privé, etc.).

Il affaiblit donc les services publics, ce qui implique que la reproduction de la force de travail sera assurée dans une plus grande proportion soit par le secteur marchand (cliniques privées ou EPHAD dans la santé, par exemple), soit par les femmes au sein des foyers5.

Tout cela sert l’accumulation du capital mais rend la société plus vulnérable à la crise sanitaire et accélère l’advenue de la crise économique. Mais cela ne signifie pas qu’un tel État soit faible. Il agit (« réforme ») au contraire frénétiquement, il diffuse l’idéologie néolibérale (qui, en faisant de l’entreprise et du marché les valeurs suprêmes, nie pourtant l’importance de l’État), et il conserve un rôle économique fondamental, bien que diffus et discret.

Lorsqu’une crise advient, l’État capitaliste (néolibéral ou non) intervient d’une manière plus directe et visible, précisément parce que le système dont il doit garantir la reproduction est grippé, voire menacé.

Lors d’une crise économique (en 2008, ou cette année) il pourra adopter des politiques de relance voire des nationalisations provisoires. Lors d’une crise socio-politique (comme en 1945 ou 1968), il pourra négocier, céder du terrain ou accorder de nouveaux droits politiques et sociaux, afin de retrouver une certaine stabilité et garantir la pérennité du capitalisme. Et, lors de la crise sanitaire inédite que nous vivons, il a été contraint d’interrompre les activités sociales et économiques en confinant la population.

Dans ce cas, cela a impliqué des coûts économiques pour les capitalistes (une minorité de secteurs, comme l’économie numérique, en tirant toutefois profit), malgré les efforts de l’État pour les limiter au maximum en faisant travailler la population autant que possible durant le confinement et en faisant reprendre l’activité à tous au plus tôt.

Mais si les dirigeants des États capitalistes ont accepté ces coûts économiques, c’est parce qu’à leurs yeux il n’y avait pas d’alternative à la fois pour maintenir leur propre position de pouvoir et pour éviter que le système capitaliste soit bouleversé.

Les risques d’un non-confinement (et donc de la mort de dizaines ou centaines de milliers de personnes en France) étaient vraisemblablement trop grands : scandale politique, surtout si les dirigeants des pays voisins avaient choisi de confiner ; instabilité et troubles sociaux d’une ampleur difficile à anticiper ; avec, de toutes façons, une crise économique importante.

Il est révélateur que les dirigeants qui ont pris le moins de mesures gênant l’activité économique (à court terme) soient ceux qui, comme Bolsonaro et Trump, craignent le moins le scandale et la polarisation de l’opinion, puisque ce sont leurs éléments naturels.

Au Brésil et aux États-Unis, du reste, de nombreuses mesures de type confinement ont été prises au niveau régional, et il en a découlé une crise politique au sein de l’appareil d’État, entre le niveau fédéral et le niveau régional (crise symbolisée par les insultes publiques de Bolsonaro aux gouverneurs des provinces de Rio de Janeiro et São Paulo) ; il s’agissait au fond d’un désaccord sur la meilleure manière pour l’État de remplir sa fonction de reproduction du capitalisme (désaccord qui recoupe des styles politiques différents).

Si l’aspect sanitaire de la crise est inédit, son aspect économique est plus simple à analyser, puisque l’on a encore en mémoire la crise de 2008. Le rôle de garantie en dernier ressort du système capitaliste par l’État est dans ce domaine parfaitement clair.

Il s’agit de remplir cette fonction en prenant des mesures d’exception (Romaric Godin a employé l’expression suggestive de « flash keynésien »), mais en s’efforçant de revenir dès que possible à la norme néolibérale et à un État plus discret (même si cela peut s’avérer de plus en plus difficile, comme le montre par exemple la nécessité pour la BCE de mener continûment depuis 2015 des opérations de Quantitative easing, c’est-à-dire de rachat de dettes à des acteurs financiers).

Le discours néolibéral essaiera donc bien vite de faire oublier le supposé retour de l’État, et les dirigeants invoqueront à nouveau de prétendues contraintes insurmontables (l’économie, la nécessité de réformer, les traités européens, etc.) entravant son action. (…)

Le gouvernement français a pris soin (par calcul délibéré ou par blocage idéologique, peu importe) de ne prendre aucune mesure qui créerait un précédent sur lesquels les classes populaires pourraient prendre appui.

Ainsi, l’interdiction des licenciements durant le confinement, un temps évoquée dans les médias (et que l’État espagnol a adoptée le 27 mars, évidemment à titre de « parenthèse »), a rapidement été écartée par E. Philippe.

De même, aucune nationalisation n’a eu lieu, même celles des entreprises pouvant produire des masques, des tests ou des appareils respiratoires, alors que cela aurait permis non seulement de sauver des vies mais aussi, vraisemblablement, de déconfiner plus tôt et donc de limiter les pertes des capitalistes.

Alors que le pouvoir macroniste avait mis les réformes de l’assurance chômage, des retraites et de l’enseignement supérieur et de la recherche (LPPR) en pause afin d’élargir sa base sociale (ou du moins de neutraliser partiellement les oppositions par une pseudo-union nationale) durant la phase la plus périlleuse de la crise, il repart à la charge à la première accalmie.

Enfin, si l’État néolibéral a injecté de l’argent dans l’économie, il ne l’a fait qu’au profit direct ou indirect des entreprises, même dans le cas des mesures qui étaient en apparence destinées aux salariés, comme le chômage partiel (les fraudes des entreprises ont été massives puisqu’il est estimé que 24 % des salariéEs payés au chômage partiel auraient en réalité travaillé6).

Si des mesures peuvent constituer un précédent, ce sont celles qui reviennent sur des conquêtes sociales. Le 25 mars, le gouvernement, habilité par la loi d’urgence sanitaire à légiférer par ordonnance (ce qui est en soi une procédure antidémocratique, renforçant le pouvoir accru de l’exécutif dans le sens d’un « étatisme autoritaire », pour reprendre une expression de Nikos Poulantzas) a ainsi donné aux entreprises de certains secteurs (là encore par décret) le droit d’augmenter les durées horaires maximales du travail, d’augmenter la durée maximale de travail quotidien des travailleurs de nuit, de faire travailler le dimanche sans autorisation administrative, etc7.

Cette ordonnance est, en l’état actuel, en vigueur jusqu’à la fin de l’année8. Macron a du reste annoncé à la population le 14 juin qu’il allait falloir travailler et produire plus pour entamer la « reconstruction » économique, c’est-à-dire pour payer la crise, sans donner plus de détails sinon qu’il n’y aurait pas d’augmentations d’impôts.

Si l’on se penche sur les autres domaines d’action de l’État, et que l’on reprend la métaphore des deux mains de Bourdieu, on peut dire que l’État capitaliste est intrinsèquement droitier. Il peut être contraint, par des mobilisations de masse et un rapport de force plus favorable aux subalternes, comme entre 1945 et les années 1970, de renforcer également sa main gauche.

À l’inverse, c’est à une atrophie volontaire de cette dernière que l’époque néolibérale correspond. Et il faut remarquer, sans que cela implique de contester l’utilité sanitaire du confinement, que c’est bien sa main droite que l’État a utilisée pour empêcher les personnes de circuler et de se réunir (notamment car les services publics de santé avaient été trop affaiblis pour pouvoir prendre en charge à eux seuls la crise sanitaire).

Et il l’a fait d’une manière particulièrement brutale, la police ayant provoqué la mort de 12 personnes pendant le confinement. L’État s’est du reste donné des moyens de muscler encore sa main droite à l’avenir, créant là aussi des précédents (en France et ailleurs) : drones de surveillance, traçage numérique des populations, capteurs de température, autorisation de sortie, etc9.

Le gouvernement a même tenté de prolonger l’interdiction des manifestations (interdiction finalement suspendue par le Conseil d’État, les luttes passées ayant permis de faire reconnaître dans le droit comme une « liberté fondamentale » le fait de manifester).

La crise actuelle intensifie donc les tendances autoritaires de l’État néolibéral.

La révolte internationale en réaction à l’assassinat de George Floyd, et en France à celui d’Adama Traoré, révolte dirigée contre le racisme et l’oppression policière (subie avec une intensité particulière pendant le confinement) est cependant en mesure de s’opposer à ces tendances.

La main gauche de l’État a évidemment joué un rôle décisif dans la crise sanitaire, grâce au courage et à l’abnégation des soignantEs. Malgré les proclamations du pouvoir (Ségur de la santé), il ne souhaite vraisemblablement rien faire pour la renforcer, à l’exception de quelques décisions peu coûteuses comme le renouvellement des stocks de masques (qui avait été abandonné depuis 2013), et d’une reconnaissance symbolique (applaudissements, médailles, etc.).

Notre camp peut cependant contraindre l’État à prendre de véritables mesures en établissant un puissant rapport de forces, à partir des grèves et manifestations des soignantEs dont la lutte, qui ne s’est pas interrompue depuis plus d’un an, a trouvé une intensité nouvelle après le confinement.

Plus encore que celle de 2008, la crise actuelle démontre que, malgré toutes ses défaillances, si l’État ne peut pas tout, il peut beaucoup, mais que sa puissance est au service du système capitaliste. Elle révèle donc ce qu’ont de faux les deux idéologies dominantes symétriques : le discours néolibéral qui veut faire oublier le rôle de l’État ; le discours étatiste-souverainiste qui veut laisser penser que l’État est parfaitement autonome.

Si dans la situation actuelle le pouvoir cherchera à renforcer encore les tendances néolibérale et autoritaire de l’État, les deux principaux mouvements post-confinement, le mouvement des soignantEs et le mouvement antiraciste (contre les violences policières et pour les sans-papiers) constituent déjà une résistance puissante et déterminée contre ces deux tendances. (Résumé)

Mardi 30 juin 2020 Yohann Emmanuel

https://npa2009.org/

Lire la suite

01 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

plans (gr)

macron zombie

Le plan du gouvernement: des milliards d’argent public pour sauver les profits des multinationales

Il y a quelques semaines, Emmanuel Macron nous jouait un mélodrame en direct déclarant : « Tout sera mis en œuvre pour protéger nos salariés et pour protéger nos entreprises, quoi qu’il en coûte. » Avec les récentes déclarations des ministres expliquant aux travailleurs qui va falloir « faire des efforts », on a vite compris à qui il allait en coûter. Le plan du gouvernement consiste principalement à poursuivre sa politique de baisse des salaires pour tenter de maintenir les profits des plus grandes entreprises.

La France à l’aube d’une crise économique violente et durable

Le gouvernement et les capitalistes ont espéré que la crise du covid serait une sorte de week-end prolongé, et que tout reviendrait grosso modo à la normale une fois le confinement levé.

Beaucoup de travailleurs ont subi une perte de revenus à cause du confinement, et la consommation ne va pas repartir comme avant. De plus, le manque à gagner est réel et de nombreuses petites entreprises et artisans ne s’en relèveront pas, car ils ne vont pas retrouver leur clientèle, leur productivité ni leurs marges rapidement.

Les études prévoient 900 000 emplois détruits en 2020, soit une baisse sur l’année de 2,1 % de l’emploi salarié. Les perspectives économiques sont donc celles d’une crise profonde du capitalisme, entraînant dans son sillage des drames pour les travailleurs.

Les très mal nommés « plans de sauvegarde de l’emploi » se multiplient : dans la semaine du 18 mai, ils concernaient la suppression de 1 228 postes contre 249 la semaine précédente et 77 la semaine du 27 avril. Dès le départ de la crise du Covid, l’intervention de l’État n’a eu qu’un objectif : sauvegarder les profits des plus grandes entreprises.

Le nouveau régime spécifique d’activité, destiné à remplacer le chômage partiel, est présenté comme un moyen de sauvegarder l’emploi. Ces arguments sont un leurre. En réalité, les ordonnances de l’état d’urgence sanitaire renforcent la casse du droit du travail.

En s’appuyant sur les « accords de performances collectives » (introduits en 2017) elles légalisent le chantage à l’emploi. Sur la base d’un accord d’entreprise les salaires peuvent être baissés ou le temps de travail modifié pour sauvegarder la rentabilité de l’entreprise, et si un salarié refuse, il pourra être licencié !

La ministre du travail fait mine de condamner des entreprises qui proposent de baisser les salaires, mais en réalité la politique du gouvernement permettait déjà ce chantage avant le confinement.

Et quand Gérald Darmanin, le ministre de l’action et des comptes publics, estime dans un entretien au JDD le 24 mai qu’il ne fallait pas augmenter les salaires parce qu’ils « tuent l’emploi », on comprend bien qui le gouvernement veut sauvegarder « quoi qu’il (nous) en coûte ».

Tout leur plan n’est qu’un déluge d’argent public payé par nos impôts et taxes : en tout (et pour le moment) 150 milliards d’euros qui vont profiter avant tout aux grandes multinationales… pour leur permettre de licencier et de surexploiter les travailleurs restant en poste.

Si on laisse les capitalistes et leur gouvernement faire, le monde d’après sera bien pire encore que ce qu’on a connu jusque là.

Les ultras-riches encore plus riches

Les milliardaires américains ont vu leur fortune augmenter de 434 milliards de dollars pendant le confinement entre mi-mars et mi-mai, selon Forbes. Ceux ayant le plus gagné sont Jeff Bezos (Amazon) et Mark Zuckerberg. Ils ont respectivement engrangé 34,6 et 24 milliards.

Alors que 22 millions d’Américains ont perdu leur travail, la fortune des milliardaires s’est accrue de 10 %. Début mars, le nombre de milliardaires avait baissé mais la tendance s’est maintenant inversée. Le patron de Zoom, une alternative à Skype, est devenu milliardaire.

 

Virginie Pregny 01/07/2020

 

https://www.gaucherevolutionnaire.fr/

 

Note:

 

La Gauche révolutionnaire est un groupe qui a quitté le NPA

Lire la suite

01 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

ségur (fr3 )

hoptiam

« Ségur de la santé » : les maux des soignants

Infirmières, aide-soignants, kinés… Ils nous confient leurs attentes, leurs espoirs alors que le « Ségur de la santé » s’achève vendredi. Et leur ras-le-bol, aussi. « Infirmières, en colère ! Aide-soignants, pas contents ! Des kinés, dégoûtés ! Qui va vous soigner ? » : ce slogan rythmait la manifestation des soignants ce midi, à Rennes.

Infirmières, aide-soignants, kinés… trois professions en crise ?

L’infirmière

Céline est infirmière au CHU Pontchaillou. Son univers, ce sont les soins intensifs, la salle d’intervention en cardiologie. Déjà présente à la manifestation du 16 juin, elle est revenue aujourd’hui. Toute seule ou presque : une jeune infirmière contractuelle l’accompagne mais celle-ci ne veut pas parler. Par peur de perdre son contrat. Céline parle, elle. Vite. Fort. Elle en a gros sur le cœur.

« Moi, ça fait 14 ans que je travaille. Honnêtement, j’ai vu les conditions de travail se dégrader. On garde les gens longtemps sur des brancards parce qu’on ne trouve pas de lits. Dans les services, on nous demande un turn-over assez hallucinant : les gens sortent le matin pour faire de la place. La tarification à l’acte a été beaucoup dans ce sens. On sent qu’il faut pousser, pousser et rentabiliser un maximum, en fait. Et on n’a pas fait forcément ce métier pour ça… »

« On a des salaires qui sont très très peu revalorisés et qui, à mon sens, ne reflètent pas ce qu’on donne tous les jours. Certes, c’est un métier que l’on a choisi, avec ses contraintes. Mais quand on est une jeune infirmière et qu’on ne touche que 1 400 euros et que, quatorze ans plus tard, comme moi, on n’est qu’à 1 900 euros par mois… je trouve que ce n’est pas une juste reconnaissance de ce qu’on peut faire tous les jours.

On a l’impression que la prime pour les soignants, elle était juste là pour apaiser la colère qui montait et qui se ressentait. Et pour essayer d’atténuer l’effet post Covid. Mais, en fait, cet effet, il est bien là : toutes les interventions qui étaient déprogrammées pendant cette période du Covid, elles doivent quand même se faire. On arrive à l’été. On n’a pas forcément les remplaçants recrutés pour et, surtout, des gens formés, pour ces interventions…  »

L’aide-soignante

« Nous, on attend une revalorisation de nos professions », explique Isabelle, aide-soignante en Ehpad. Isabelle est aide-soignante à l’Ephad Champs Manceaux, à Rennes, et déléguée CFDT. «  Nous, ce qu’on attend, c’est une revalorisation de nos professions, de meilleures conditions de travail et, surtout, des recrutements pour le bien-être de nos résidents.

Lors du Covid, on a eu la chance d’avoir du personnel qui venait d’autres services, en renfort dans nos établissements. Et on a bien vu qu’on était mieux entourés et que les conditions de travail étaient autres. Ce qui nous manque, c’est des effectifs pour prendre soin de nos résidents, prendre soin aussi de nous parce qu’on a quand même un rythme assez speed, on va dire.

Ce qui est bizarre c’est qu’on s’intéresse aux personnels hospitaliers ou en Ephad qu’avec l’apparition du Covid. Je trouve ça un peu grave qu’on en arrive à ce point-là. Parce que nos revendications, elles datent déjà de plusieurs années et que ça n’aboutit pas… »

« Les 6 milliards, moi, je demande à voir. C’est très bien s’il y a une avancée mais, après, comment se fait la répartition ? Qu’est-ce qu’on en tire quoi ? Parfois, on nous promet des choses mais, au fil du temps, on voit que le budget ne représente pas grand-chose par rapport au nombre de salariés qui représentent le secteur médical.

Là, j’ai 25 ans d’expérience, voire 30 ans et je suis à 1 700 euros nets, primes comprises. Des primes qui ne sont pas prises en compte dans nos retraites. Et au total, ça peut faire une sacrée différence quand on part en retraite.  »

Le Kiné

Des kinés de l’hôpital public posent avec Oscar, le squelette qui leur sert de mascotte. Florian est kinésithérapeute au centre de rééducation du CHU de Rennes. Sur son t-shirt, une inscription : « Que demain reste humain ».

« On voit qu’à l’hôpital il y a de plus en plus d’administratif et autres tâches. On est de plus en plus éloignés de nos patients. Et nous, ce qu’on veut c’est retrouver le cœur de notre métier, d’avoir du temps pour nos patients. On a eu de la chance à Rennes de ne pas être trop touchés par le Covid. On a vu des moyens qui se sont débloqués pour cette crise. Mais ces moyens, on en aurait besoin tout le temps, en fait.

On n’a pas été débordés comme à Paris ou dans l’Est. On a eu du temps pour nos patients et, ce temps-là, on veut le conserver. On veut plus de personnels soignants. Ce qui nous permettrait d’être plus nombreux pour mieux s’occuper de nos patients. » » Je crois que le gouvernement a parlé de 6 milliards. Pour que ce soit efficace, il nous faudrait au moins 7 ou 8 milliards.

On a besoin de matériels pour rééduquer nos patients et ce matériel, il coûte cher. Mais on en a besoin et, malheureusement, les moyens de l’hôpital ne sont pas suffisants pour pouvoir acheter ces matériels. On a investi dans du matériel pour les patients Covid et c’est très bien. Mais là, il nous faudrait investir dans du matériel pour les patients qu’on accueille tous les jours. Et c’est ça qu’on demande.

Ça fait huit ans que je suis kiné. Ça ne fait que depuis un an que nous sommes en effectif complet au CHU de Rennes. Beaucoup de kinés partent dans le privé où ils sont mieux payés. C’est une demande du « Ségur » : avoir des salaires justes par rapport au travail effectué à l’hôpital. »

30/06/2020

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

Lire la suite

25 juin 2020 ~ 0 Commentaire

oxfam (regards)

Lire la suite

24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

sud hôpital (côté quimper)

penibilite

Quimper : Le syndicat Sud alerte sur l’épuisement des soignants

A l’hôpital de Quimper, Sud Santé sociaux s’attend à une hausse d’activité pendant l’été sans moyens supplémentaires. Le syndicat estime que le personnel est épuisé.

Une semaine après la mobilisation organisée devant le Centre hospitalier de Cornouaille à Quimper (Finistère), le syndicat Sud alerte à nouveau sur les conditions de travail.

Catherine Ferrant plante le décor :

La direction n’a pas attendu pour réorganiser les services. Nous sommes repartis comme avant le Covid : avec toujours aussi peu de moyens. En plus, le personnel est épuisé, les arrêts de travail sont en augmentation. L’été approche. Nous sommes très inquiets.

Le carré japonais pose problème

La période estivale se traduit par une hausse d’activité, notamment aux urgences. En moyenne, 218 personnes sont accueillies chaque jour à cette période-là, contre 140-150 en temps normal. Aucun renfort n’est prévu. Le syndicat est, par ailleurs, très critique sur le « carré japonais » mis en place à l’occasion des travaux de restructuration des urgences.

Ce nouvel espace peut accueillir jusqu’à 12 patients (dans des lits ou brancards) examinés mais en attente d’un lit dans les services du Chic. Jusque-là, ils étaient placés ici et là dans les urgences. Ce carré japonais ne satisfait pas Joseph Boniz, secrétaire du syndicat :

Il n’y a pas de personnel dédié à cet espace. Donc tout le monde s’en occupe et personne ne s’en occupe. 12 lits, c’est un demi service de médecine traditionnelle. Il faut du personnel dédié comme c’était le cas pour le service d’hospitalisation de courte durée qui a été supprimé.

Remplacement au pied levé

Autre grief du syndicat Sud : le nouveau système de remplacement instauré par le direction. Estelle Tanguy résume son fonctionnement : Les absences inopinées d’un jour ne sont plus remplacées. Le personnel se débrouille. Quant aux pools de remplacement, ils sont vides! Alors, on demande aux agents de faire des remplacements au pied levé dans un tout autre service que le leur.

« Personne ne veut venir travailler à l’hôpital »

Les syndicalistes déplorent ces procédures et des difficultés de recrutement de nouveaux aides-soignants ou infirmiers. Ils sont unanimes : « Personne ne veut venir travailler à l’hôpital compte tenu des conditions de travail, de la difficulté à prendre des congés, du travail un week-end sur deux… »

Catherine Ferrant insiste aussi sur « les relations compliquées avec la direction. Elle ose tout. Je suis également écœurée par l’attitude du maire Ludovic Jolivet (NDLR il est aussi président du CA du Chic). On l’a croisé dans les couloirs mais il n’a pas pris la peine de s’adresser au personnel, de nous remercier. »

23 Juin 20

https://actu.fr/bretagne/quimper

Lire aussi :

Quimper : 1 000 personnes manifestent pour davantage de moyens dans la santé

Lire la suite

18 juin 2020 ~ 0 Commentaire

marine (lutte ouvrière)

president_macron

Marine marchande : exploités sans trêve ni repos

Suite aux mesures prises pour lutter contre la pandémie, il y aurait, selon l’assureur britannique Lloyds, 300 000 marins du commerce en attente de relève de par le monde,

La fermeture des ports et l’interruption des voyages aériens ont d’abord fait que des centaines de milliers de travailleurs ont dû attendre, à bord et au mouillage, que les armateurs daignent organiser leur rapatriement. En effet, soit leur embarquement était arrivé à son terme et ils devaient être relevés, soit l’immobilisation du navire rendait leur présence inutile.

D’autre part, des centaines de milliers de marins ont continué de travailler sans être relevés. Les équipages sont internationaux, les trois quarts des marins viennent de divers pays d’Asie, bon nombre d’officiers sont d’Europe de l’Est. Ils embarquent quelque part le long du parcours de leur navire. Avec l’épidémie, les relèves n’ont pu arriver, faute de transport aérien. Le même équipage est donc resté.

Aujourd’hui, avec le recul de l’épidémie et la volonté du patronat de faire repartir l’économie, le trafic maritime reprend, mais pas encore le trafic aérien et il n’y a toujours pas de relève. Il y a donc sur les mers des équipages ayant travaillé depuis des mois, parfois plus d’un an, par roulement sept jours sur sept, et dont on imagine l’état d’épuisement nerveux. Et cela sur les bâtiments les plus modernes, les plus gros et aussi les plus fragiles, pétroliers, méthaniers, chimiquiers, etc.

Les États ont certes signé un accord stipulant l’obligation de rapatrier les équipages à la fin de leur contrat, mais elle ne s’applique pas, ou pas complètement. La CGT des officiers de la marine marchande souligne par exemple que les compagnies françaises n’ont pas rapatrié leurs marins étrangers, alors que la loi les y oblige.

Mais, après tout, profiter de l’épidémie pour dégrader les conditions de travail et maintenir plus longtemps les ouvriers au poste de travail est une politique générale du patronat. En mer, c’est juste plus glaçant.

Paul GALOIS 17 Juin 2020
.

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin