Nucléaire Tribune (Le Tél)
L’idée de remplacer les éoliennes par des petits réacteurs modulaires (PRM) se fait jour en Bretagne actuellement. Est-elle pertinente ? La Fédération antinucléaire de Bretagne (Fan) a listé quelques-uns des problèmes posés par cette hypothèse. Les PRM augmenteraient la dépendance à la Chine.
Les Chinois innovent en permanence, par exemple avec le Linglong-1, qui est un dispositif de troisième génération. Premier PRM à passer l’expertise de sûreté de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), il a été entièrement développé par la Compagnie nucléaire nationale chinoise.
La France n’est pas en mesure de faire face à cette concurrence. Les PRM ne sont pas produits en série et la plupart des tentatives se sont mal terminées. Les start-up qui s’y sont risquées ont, en effet, fait face à d’importantes difficultés financières au moment de passer le cap de l’industrialisation.
La Commission de régulation de l’énergie (CRE) estime qu’un prototype nécessite environ un milliard d’euros de financement, un seuil que les investisseurs privés européens ne semblent pas en mesure d’atteindre seuls. La défaillance récente de Naarea et les tensions de trésorerie rencontrées par Newcleo renforcent ce constat d’une jeune filière encore trop fragmentée.
Le nucléaire est cher !
Pour fixer le prix de l’électricité, les règles européennes se fondent sur le prix de la dernière unité produite, sachant que le renouvelable est appelé en premier et le fossile en dernier. Avec l’adoption du versement nucléaire universel (VNU) à la place de l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (ARENH), en France, les règles ont évolué, de sorte que l’éolien revient moins cher que le nucléaire.
Le prix plafond de l’éolien posé est de l’ordre de 70 € du MWh, celui du Parc éolien de Bretagne sud est de 86 €/MWh quand celui du nucléaire (VNU) est de 110 €/MWh. Faut-il le rappeler ? Le nucléaire est dangereux. Des catastrophes mémorables ont marqué le développement de cette industrie, suite à des défaillances tant techniques qu’humaines. Quant à la filière nucléaire, elle est en faillite : nous sommes passés de 19 % du mix électrique en 1996 à 8 % en 2025.
Elle est aussi marginale car l’atome ne représente plus que 2 % de la consommation finale d’énergie dans le monde. Il émet, en outre, de la vapeur d’eau (pour un tiers de son parc), premier gaz à effet de serre, et beaucoup de chaleur (deux tiers de ce que produit un réacteur). Durant l’été 2022, il a fallu arrêter la moitié du parc à cause de la canicule. Enfin, la question des déchets est loin d’être résolue…
Le nucléaire n’est pas la solution face au dérèglement climatique ; la meilleure étant, avant tout, de rechercher la sobriété. Si la Bretagne n’est pas portée sur l’innovation atomique, elle porte, en revanche, une tradition antinucléaire. C’est par opposition à cette industrie dangereuse et mortifère, et non pour des raisons esthétiques, que les gens d’Erdeven (Morbihan), en 1975, et de Plogoff (Finistère), entre 1978 et 1981, se sont soulevés. Quant au réacteur de Brennilis (Finistère), il a été arrêté pour des raisons de sécurité, quand la France a fait le choix de la filière à eau pressurisée (REP) Westinghouse, jugée plus sûre que les filières UNCG ou eau lourde refroidie au CO2, comme à Brennilis.
20 mai 2026







































