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29 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Productivisme (Reporterre)

 «<small class="fine d-inline"> </small>Le productivisme est omniprésent dans l'histoire agricole française<small class="fine d-inline"> </small>».

« Le productivisme est omniprésent dans l’histoire agricole française »

Le productivisme fait partie de l’agriculture française depuis le XIXe siècle, explique l’historien Anthony Hamon. Un héritage encore actif aujourd’hui, dans les discours de l’État et de la FNSEA.

C’est le texte qui doit porter la vision du gouvernement pour l’avenir de l’agriculture. Le projet de loi « d’orientation pour la souveraineté agricole et l’avenir des générations en agriculture » entame son parcours à l’Assemblée nationale ce lundi 29 avril. Les députés débutent l’examen en commission, avant un passage en plénière dans deux semaines.

Mais le texte ne fait qu’approfondir un système agricole délétère pour l’environnement et le revenu paysan, craignent ses détracteurs. Une vision productiviste, portée par le gouvernement et la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), qui n’a rien de nouveau. L’idée que l’agriculture doit produire toujours plus remonte au XIXe siècle, où l’on retrouve aussi les ancêtres du patron de la FNSEA, Arnaud Rousseau. C’est ce que montrent les travaux de l’historien Anthony Hamon, spécialiste de la naissance du productivisme agricole.

Reporterre — On a tendance à dater le modèle agricole productiviste de la révolution verte des années 1960. D’après vos recherches, il est en réalité bien antérieur ?

Anthony Hamon — Il existe depuis le XVIIe siècle, à l’époque de Louis XIV. Ce modèle agricole commercial pourrait être considéré comme l’ancêtre de l’agriculture conventionnelle d’aujour-d’hui. Par exemple, dans la région parisienne, des fermiers ont pu s’enrichir, notamment en vendant leurs denrées à la capitale. À l’époque, le modèle agricole dominant était celui de l’agriculture de subsistance. Ce n’était pas un métier, mais un mode de vie. Ce modèle était adossé à l’agriculture rentière imposée par les grands propriétaires nobles et bourgeois. La culture des céréales restait prépondérante.

Ces deux modèles agricoles ont coexisté de manière plutôt pacifique jusqu’au XIXe siècle. Là, agronomes et économistes ont commencé à dire que cette agriculture de subsistance était incapable de nourrir l’État entier. Ils prônaient une agriculture commerciale visant à enrichir le producteur. De nombreux agronomes ont écrit des traités, notamment Édouard Lecouteux, considéré comme le père de l’économie rurale.

En 1855, il a publié Principes économiques de la culture améliorante. Il y théorisait le paradigme productiviste. L’idée en était que plus il y aurait de débouchés, plus les producteurs pourraient vendre, et plus cela les inciterait à produire, dans un cercle vertueux. À l’époque, le développement du chemin de fer, de la marine à vapeur, des routes et l’essor de l’urbanisation permettaient un agrandissement formidable du marché.

Alors que la France était protectionniste, Édouard Lecouteux préconisait surtout d’ouvrir nos frontières, d’exporter. C’était un changement de paradigme. L’idée était que pour fournir à manger à toute la nation, l’agriculture française devait exporter. Sinon, il y aurait une baisse des prix, des crises de surproduction et cela inciterait à moins produire. Et qu’en cas de mauvaise récolte, il y aurait un risque de famine.

En quoi cette idée est-elle encore présente aujourd’hui dans les discours sur l’agriculture ?

Quand le président de la FNSEA Arnaud Rousseau parle de souveraineté alimentaire, cela n’a rien de nouveau, il est encore dans cette logique. Pour lui, la souveraineté est indissociable d’une agriculture exportatrice et intégrée dans les marchés internationaux. Il prône une division du travail agricole à l’échelle de la planète avec des spécialisations régionales. Ce n’est pas l’agriculture française qui répondra à elle seule à tous les besoins des Français. Elle doit produire ce qu’elle sait produire. Et le reste doit être importé en fonction des besoins des consommateurs.

En contrepartie, il existe une concurrence. Et donc, si la réglementation fait que l’on produit plus cher, selon lui l’agriculture française ne sera pas compétitive. On ne sera ainsi pas souverains et on devra importer plus de produits. Ce mode de pensée vient tout droit du XIXe siècle.

Vous décrivez également les entrepreneurs agricoles du XIXe siècle. Sont-ils les ancêtres de certains agriculteurs aujourd’hui ?

Édouard Lecouteux avait notamment pour amis les grands céréaliers capitalistes de la Beauce parisienne. Ils ressemblent beaucoup à ceux qui contrôlent la FNSEA à l’heure actuelle. Ils avaient déjà de grandes exploitations et leur spécificité était qu’ils produisaient des céréales destinées à alimenter Paris, mais aussi à l’exportation. Durant les années 1860-1870, la France est la première puissance productrice de blé du monde !

Ce modèle a été battu en brèche dans les années 1880, quand a émergé la concurrence des États-Unis. La Troisième République a mis en place des tarifs protecteurs pour ces céréaliers de la Beauce. Édouard Lecouteux était libre-échangiste jusque sous le Second Empire, puis 20 à 30 ans plus tard, s’est retrouvé à la tête du mouvement protectionniste. Il était très lié aux intérêts de ces grands fermiers, qui défendaient le libre-échange ou le protectionnisme en fonction de leurs intérêts économiques.

Une « agriculture paysanne » est aujourd’hui défendue par certains acteurs agricoles, comme le mouvement international Via Campesina ou la Confédération paysanne. Quel est l’ancêtre de ce modèle ?

Leur modèle est la polyculture-élevage. C’est la référence de l’agriculture biologique aujourd’hui, avec l’idée qu’elle se suffit à elle-même et est « respectueuse » de la nature. Elle s’est surtout développée au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Les gouvernants de la Troisième République ont favorisé son essor. Elle a connu son apogée dans l’entre-deux-guerres, et a été victime de la révolution verte des années 1950-1960.

« Une paysannerie vue comme anticapitaliste »

L’idée d’Édouard Lecouteux était de remplacer l’agriculture de subsistance par son modèle commercial. Cela ne s’est pas passé ainsi. Le modèle de polyculture-élevage est un peu le résultat d’une fusion entre agriculture de subsistance et agriculture commerciale. Il y a une forme d’autarcie de l’exploitation. On y cultive du blé, des légumes, des fruits, on a quelques vaches. Le but est à la fois de se nourrir et de vendre en ville, sur le marché de proximité. Sauf pour le blé, les bestiaux et le lait, qui sont partis aux coopératives, qui ont fait pression à partir des années 1950-1960 pour une réforme radicale de l’agriculture, et inciter au productivisme.

Dès les années 1950, des personnes ont pris la défense de la polyculture-élevage. Elles ont été moquées, pointées du doigt, on a dit qu’elles pratiquaient une agriculture archaïque. Elles ont subi des pressions qui existent encore aujourd’hui, décrites par exemple dans l’enquête du journaliste Nicolas Legendre, Silence dans les champs.

Pourquoi croit-on que le productivisme agricole est né dans les années 1950 ?

Il commencerait à partir de la mise en place de la PAC [Politique agricole commune] en 1962. Selon moi, on focalise sur la révolution productiviste parce que des personnes encore vivantes l’ont vécue. Un formidable « coup d’accélérateur » a certes été donné à l’époque. Des mesures radicales, comme le remembrement rural, ont été prises par les gouvernements en accord avec une partie de la société.

Mais la logique productiviste est née un siècle avant. Édouard Lecouteux est à l’origine en 1867 de la création de la Société des agriculteurs de France, la SAF, qui existe encore. Il s’agissait d’une association de grands propriétaires fonciers qui voulaient transformer l’agriculture rentière en agriculture capitaliste. La SAF a participé à créer une bonne partie des syndicats agricoles en France sous la Troisième République, mis en réseau par le régime de Vichy. La FNSEA, fondée en 1946, a hérité et profite encore de ce maillage syndical. La SAF a contribué à la diffusion de la logique productiviste dans le champ agricole. La révolution productiviste des années 1960 est l’aboutissement de ce projet.

L’entre-deux-guerres a été l’apogée de la polyculture-élevage. On valorisait alors la figure du soldat paysan, qui s’était battu dans les tranchées pendant la Première Guerre mondiale. On l’opposait à l’ouvrier des villes, socialiste et révolutionnaire ; alors que le paysan aurait été modéré, travailleur, partisan de l’ordre.

Il y avait la volonté de garder une France rurale, de contrer l’exode rural. Le régime de Vichy a marqué l’acmé de ce modèle. C’était aussi un modèle de société, dont l’imaginaire a été construit au XIXe siècle, comme le montrent les tableaux de Jean-Baptiste Corot ou de Gustave Courbet.

Chaque membre de la famille avait son rôle : l’homme labourait, la femme nourrissait les animaux, les enfants gardaient le troupeau. Puis, après la Seconde Guerre mondiale, à la Libération, des problèmes d’approvisionnement alimentaire ont eu lieu. Cela a justifié le bond en avant productiviste, même si en réalité, dès les années 50, l’agriculture française avait retrouvé ses niveaux de production d’avant-guerre et arrivait à nourrir la population.

Pourquoi des organisations paysannes de gauche, comme la Confédération paysanne, ont-elles choisi comme référence le même modèle agricole que celui du régime de Vichy ?

Je ne pense pas qu’ils en aient conscience. Vichy avait lui-même hérité de ce modèle agricole de la Troisième République. Plusieurs éléments leur ont fait choisir la polyculture-élevage. D’abord, dans les années 1950-1960, les fondateurs de la Confédération paysanne ont redécouvert plusieurs auteurs, dont Alexandre Chayanov, un économiste agraire soviétique qui s’était opposé à la collectivisation des terres dans les années 1930. Il prônait une agriculture paysanne opposée à l’agriculture capitaliste. Cela s’est cristallisé lors de la lutte du Larzac : le productivisme a alors été associé au modèle agricole capitaliste. Et l’agriculture paysanne a été associée à la polyculture-élevage, qui était le modèle des parents et grands-parents. Cette paysannerie a été vue comme anticapitaliste.

Les paysannes ont aussi poussé pour promouvoir cette autre agriculture. Avec ses tracteurs et ses grosses machines destinés aux hommes, elle suggérait que les femmes devaient rester au foyer.

Le productivisme n’a donc pas toujours été le modèle dominant. L’agriculture française peut-elle évoluer à l’avenir ?

Une chose est sûre, l’État a toujours la main. Lorsque l’agriculture commerciale est devenue le modèle dominant, c’est l’État qui l’a permis. Les classes dirigeantes du pays y trouvaient leur intérêt. Aujourd’hui, je ne vois pas de volonté de la part d’Emmanuel Macron ou de Gabriel Attal de changer de système agricole. Ils n’iront pas contre certains intérêts économiques.

Marie Astier 29 avril 2024

https://reporterre.net/

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26 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Perrier (France Info)

eaux et rivieres

Au moins deux millions de bouteilles de Perrier détruites à la suite d’une contamination bactérienne

La destruction de bouteilles de Perrier « par précaution » concerne au moins deux millions de bouteilles, apprennent franceinfo et « Le Monde », mercredi.

À peine trois semaines après nos révélations sur un potentiel risque sanitaire lié aux eaux minérales naturelles du groupe Nestlé, la multinationale annonce avoir détruit au moins deux millions de bouteilles de la marque Perrier à la suite d’une dégradation de la qualité de l’eau dans l’un des sept puits de son usine du Gard.

Selon un arrêté préfectoral consulté par franceinfo et Le Monde, qui n’a jusqu’à présent pas été rendu public en dépit des obligations légales, deux autres puits sont désormais exploités pour produire, dans des conditions floues, une nouvelle gamme de boissons gazeuses.

Des traces de matières fécales et de germes

Mercredi 24 avril, Nestlé Waters France, filiale du leader mondial de l’agroalimentaire, a annoncé à l’AFP avoir, « par précaution », détruit « plusieurs lots de bouteilles », habituellement livrés en magasin. Une destruction qui concerne au moins deux millions de bouteilles, comme l’annonce à franceinfo et au journal Le Monde l’entreprise Nestlé, qui assure que « toutes les autres bouteilles sur le marché peuvent être consommées en toute sécurité ».

Concernant la contamination de ses bouteilles d’eau minérale, Nestlé se contente d’évoquer une « déviation microbiologique ponctuelle » apparue à la suite « des très fortes pluies liées à un évènement de type méditerranéen récent dans le Gard », la tempête Monica qui a frappé le sud-est de la France pendant le week-end du 10 mars.

De son côté, le préfet du Gard annonce avoir mis en demeure l’entreprise de « suspendre sans délai » l’exploitation d’un des puits de son usine de Vergèze dans le Gard, où est mise en bouteille l’eau de Perrier.

Ce captage aurait en effet « présenté un épisode de contamination à partir du 10 mars 2024 et sur plusieurs jours par des germes témoins d’une contamination d’origine fécale (coliformes, Escherichia coli) mais aussi par des germes de l’espèce Pseudomonas aeruginosa ». Il est aussi indiqué « qu’une contamination des eaux conditionnées à partir de ce forage ne peut être exclue et peut faire courir un risque pour la santé des consommateurs ».

Le puits dont l’exploitation a été suspendue se trouve à Vergèze, où est historiquement puisée l’eau de la marque Perrier, créée en 1903. Or, comme l’avaient révélé Franceinfo et Le Monde récemment, les ressources en eau exploitées par Nestlé à Vergèze font l’objet de contami-nations régulières, et ce depuis des années, tout comme celles de l’autre usine d’eau minérale Nestlé en France, dans les Vosges, où sont produites les marques Vittel, Hépar et Contrex.

Déjà des alertes de l’Anses

En octobre dernier déjà, l’Anses, l’agence nationale de sécurité sanitaire alertait le gouver-nement dans une note restée confidentielle mais dévoilée par Franceinfo et Le Monde, à propos d’un « niveau de confiance insuffisant » pour assurer la qualité sanitaire « des produits finis », c’est-à-dire les bouteilles destinées aux consommateurs. Concernant le site de Vergèze, les experts de l’Anses évoquaient la présence de « bactéries coliformes nombreuses », de « dégradations de la qualité microbiologique des eaux », et signalaient la présence de pesticides et métabolites de pesticides dans « tous les puits de forages », leur somme pouvant parfois dépasser les seuils réglementaires.

Dans un courrier annexé au rapport, l’agence régionale de santé Occitanie relevait pour sa part que l’usine Perrier était confrontée à une « contamination bactériologique régulière sur au moins cinq des sept forages autorisés ». Des contaminations qui, suggéraient les experts de l’Anses, contraignent à des traitements qui ne devraient plus permettre la production d’eaux labellisées « eau minérale naturelle ».

Des traitements de l’eau interdits

Un risque qui en réalité ne date pas d’hier puisque, dès 2021, lors d’un rendez-vous confidentiel à Bercy, l’entreprise Nestlé avait admis avoir recours à des traitements interdits par la réglementation, dans le but de purifier des ressources en eau contaminées par des bactéries et des pesticides. Le gouvernement, après avoir découvert la tromperie, ayant décidé de n’informer ni la justice, ni les autorités européennes, sans tenir compte de la réglementation, avait alors commandé un rapport à l’Inspection générale des affaires sociales.

Ce rapport, qui n’a été rendu public qu’après la publication de notre enquête, n’excluait pas, lui non plus, un risque sanitaire en cas de retrait de traitements interdits. Des traitements (filtres à charbon actif et filtres UV) pourtant retirés par la multinationale, dans le but de pouvoir continuer à vendre ses produits sous l’appellation eau minérale naturelle.

Officiellement, Nestlé affirme depuis le début de l’affaire avoir toujours garanti la sécurité sanitaire de ses produits. Rassurante, la multinationale annonçait en janvier avoir fermé ses captages les plus problématiques, et engagé un « plan de transformation de son usine de Vergèze, sous le contrôle des autorités », certains puits ayant été détournés pour produire, non plus de l’eau minérale naturelle, mais la marque Maison Perrier.

Une nouvelle gamme de boissons gazeuses dont Nestlé assure actuellement la promotion à grand renfort de panneaux publicitaires et de vidéos sponsorisées sur les réseaux sociaux, avec pour égérie l’actrice de la série Emily In Paris, Lily Collins.

Un arrêté préfectoral du 22 décembre 2023, que franceinfo et Le Monde ont pu consulter, fixe en effet les conditions de production de ces nouvelles boissons destinées à la consommation humaine, pour lesquelles la réglementation est moins stricte que pour les eaux minérales naturelles.

Sans jamais évoquer les contaminations microbiologiques et physicochimiques des ressources en eau, l’arrêté autorise la société Nestlé à utiliser deux de ses captages dans le but de produire une « boisson pétillante ». Mais certaines formulations de l’arrêté interrogent sur l’étanchéité des canalisations, « les mêmes lignes » pouvant « être exploitées pour conditionner soit de l’eau minérale naturelle, soit des boissons gazeuses ».

Cet arrêté n’a toujours pas été publié au registre des arrêtés préfectoraux, en dépit des obligations légales. La préfecture, interrogée à ce sujet affirme « ne pas comprendre », et renvoie vers l’Agence régionale de santé Occitanie (ARS), qui n’a pas, à ce stade, répondu à nos questions, tout comme le ministère de la Santé.

Sur franceinfo aujourd’hui, la directrice de l’information à Foodwatch, qui a porté plainte contre le groupe Nestlé, regrette que les informations sur cette affaire « arrivent au fil de l’eau. Depuis le début, Nestlé ne respecte pas la directive européenne. Il est très clair dans la directive que dès lors qu’il y a une contamination ou une pollution sur les eaux, il est absolument interdit de les mettre en bouteille et même de les commercialiser. Or, ce n’est pas ce qui s’est passé du tout ».

Marie Dupin  Radio France 24/04/2024

https://www.francetvinfo.fr/

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24 avril 2024 ~ 0 Commentaire

CADTM (Marseille)

marseille1

A l’approche des élections européennes qui auront lieu le 9 juin prochain, une coalition d’organisations du continent se retrouve à Marseille pour recréer un espace commun à tous les mouvements sociaux et citoyens afin de partager leurs expériences et défis et développer des initiatives et des mobilisations communes.

Inspiré par les valeurs des précédents forums sociaux européens, l’objectif de Marseille est de réunir les organisations et les mouvements sociaux qui s’opposent au néolibéralisme et à la mondialisation capitaliste pour proposer des alternatives à celles et ceux qui, comme nous, cherchent à créer un système politique représentatif de ses citoyen.ne.s et des enjeux auxquelles iels sont confronté.e.s.

https://www.cadtm.org/ECSA

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06 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Marc-André Sélosse ( Reporterre )

Marc-André Selosse : «<small class="fine d-inline"> </small>La solution, c'est le vivant<small class="fine d-inline"> </small>!<small class="fine d-inline"> </small>»

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Marc-André Selosse : « La solution, c’est le vivant ! »

Agriculture bio, non-labour… Les solutions sont là, déjà, amassées grâce à l’écologie et les sciences du vivant. Mais « on ne pense pas au vivant », regrette le biologiste Marc-André Sélosse, auteur de Nature et préjugés.

Professeur à l’Université Paris-Saclay, Marc-André Sélosse est un spécialiste des champignons et du sol. Il publie Nature et préjugés (éd. Actes Sud), un beau livre de vulgarisation qui plaide pour la reconnexion de notre société au vivant.

Reporterre – Pourquoi dévaste-t-on la planète ?

Marc-André Sélosse – La tendance à dévaster est malheureusement une tendance du vivant. Mais l’Homme est la première espèce à avoir la capacité de prévoir et donc de continuer à dévaster en sachant ce que cela implique.

Pourquoi le fait-on, alors ?

Cela renvoie à un principe qu’on appelle « la tragédie des biens communs », qui a été formulé en 1968 par l’écologue Garrett Hardin. L’idée est que le court terme l’emporte sur le long terme. En d’autres termes, un organisme qui se reproduit plus qu’un autre aura plus de descendants et transmettra ce qu’il est, même si c’est aux dépens du long terme. Cela s’observe aussi en économie, où l’on peut faire plein d’argent en abîmant le milieu. L’idée est que ce qui est sélectionné est ce qui marche à court terme, quelles qu’en soient les conséquences à long terme.

Au contraire, l’Homme pourrait s’inspirer de ce que nous voyons et nous prévoyons pour encadrer mieux les choses et empêcher les succès à court terme qui obèrent le long terme. La tragédie des communs, c’est donc cela : si quelqu’un a un moyen d’obtenir plus d’un bien commun, qui rapporte pourtant à tout le monde, tout le monde va porter le poids de cette « réduction ». Celui qui a endommagé ce bien commun encaisse, lui, le bénéfice.

C’est un comportement capitaliste, non ?

Oui. Le capitalisme est un de ces mécanismes qui, bien qu’il émerge dans la sphère culturelle, est attendu dans le monde vivant. Mais être humain, c’est ne pas se résigner à l’attendu.

Pourquoi ceux qui ont le plus de puissance dans le monde continuent-ils à avoir cette vision de court terme ?

Ils veulent empocher de l’argent et puis ils iront se réfugier dans un bunker sur une île. Je suis convaincu que ces gens ignorent les sciences de l’écologie ou de l’évolution. Ils ne croient pas vraiment à ce qu’annoncent ces disciplines parce qu’ils n’ont pas été formés aux logiques du vivant. Elon Musk est convaincu qu’avec un peu d’exploration spatiale, on passera à une « planète B ». Ça me fait rigoler, parce que le vivant est lié à des conditions physicochimiques qu’on a peu de chance de retrouver ailleurs. Mais il y a des gens sincèrement convaincus que les messages d’alerte que passent les scientifiques ne sont pas si vrais que ça, qu’il s’agit d’une opinion.

Les dirigeants sont-ils ignorants ?

Il leur manque un pan de connaissances. Il ne faudrait pas dédouaner tout le monde, parce que lorsque vous achetez un produit, vous cautionnez le système qui l’a produit. Bien sûr, des puissants essayent de tirer un maximum d’argent à court terme du bien commun qu’ils détruisent. Mais ils le font avec la complicité de ceux qui, comme moi, ont un ordinateur, par exemple. On devient dépendant. Nous sommes complices d’un système où, en consommant, nous donnons un sens aux activités de surexploitation qui nous entourent. Concrètement, j’ai moi-même un poids de responsabilité. Pas seulement les gros.

Il y a quand même une solution au désastre, écrivez-vous dans « Nature et préjugés ».

L’écologie et les sciences du vivant ont accumulé des connaissances qui offrent des perspectives de solutions, voire des solutions déjà mises en place. Contre l’érosion des sols agricoles qui est décuplée par le labour, on a aujourd’hui des formes d’agriculture non labourées. Contre la toxicité des aliments qui sont bourrés de pesticides ou de cadmium, dérivé des engrais phosphatés qu’on utilise en agriculture conventionnelle, le bio a trouvé des solutions. On a aussi des perspectives pour mieux gérer les antibiotiques par des méthodes moins impactantes pour l’organisme.

Pour vous, il ne faut pas tant parler de la transition que reconnaître que nous sommes, comme tous les êtres vivants, plongés dans la course à l’évolution.

On y est soumis. Par exemple, je vous vois blanc. Moi aussi je suis blanc. Pourquoi ? Parce que quand certains groupes humains — qui étaient de peau noire, ce qui la protégeait des rayons UV — sont montés dans les zones tempérées, sa peau est devenue plus pâle parce que ça permet aux UV d’y entrer et de faire de la vitamine D. Et donc l’humanité a blanchi chaque fois qu’elle est partie dans les latitudes élevées. Nous sommes un produit de l’évolution biologique et cette évolution n’est pas terminée. Nous sommes aussi un produit d’évolution culturelle.

La culture est aussi en évolution selon des mécanismes très semblables aux mécanismes de l’évolution biologique. La culture a ceci de commun avec l’évolution biologique qu’on ne peut pas l’arrêter : les autres évoluent, et cela vous oblige à évoluer en retour. C’est un processus incessant. Alors que le concept de transition revient à dire qu’on va passer dans un état parfait puis ce sera fini. Mais il faut penser la transition que nous devons faire comme le premier pas qui mènera à une autre transition. Et la suite des transitions, c’est l’évolution culturelle.

Il y a eu une crise agricole au début de l’année. Que retenez-vous des annonces du gouvernement en réponse à cette révolte paysanne ?

Quand on écoute les revendications de la FNSEA et quand on voit comment le gouvernement agit, cela incarne très bien ce que je vous disais tout à l’heure : on ne pense pas au vivant. En revanche, on n’a pas peur du chimique. Mais en utilisant le chimique, on abîme le vivant. Les agriculteurs ont en moyenne moins de cancers que la population générale, mais pour des cancers comme les lymphomes, ils en ont 50 % en plus, pour les myélomes, 20 % en plus.

Ils ont des problèmes aussi de cancers de la prostate, et des problèmes d’Alzheimer ou de Parkinson. Les décisions prises ne sont pas bonnes pour la santé des agriculteurs et des consommateurs, elles négligent le vivant comme solution.

Pourquoi prend-on ces mauvaises décisions ?

Les lobbies veulent continuer à valoriser les appareils de production dans lesquels ils ont investi. Mais par ailleurs, la société n’est pas prête à aider les agriculteurs. Récemment, on a vu que le marché du bio a commencé à se rétracter de 4 à 5 % [1]. Qu’est-ce qui s’est passé ? Rien.

N’est-ce pas parce que les décideurs n’ont pas soutenu cette voie d’avenir ?

Dans un pays démocratique, les décideurs reflètent le pays. Les politiques servent aux gens ce qu’ils attendent. Nous payons une désaffection collective, notamment envers l’agriculture. Du coup, les agriculteurs ont raison de ne pas changer. Parce que changer, c’est prendre des risques. On ne peut pas leur demander de faire mieux sur la qualité de l’eau, sur la qualité du paysage, sur la qualité de l’air, sur la qualité des aliments si l’on ne paye pas davantage leurs produits.

Pourquoi y a-t-il cette désaffection sur des sujets aussi importants ?

Parce que le vivant, c’est la dernière roue du carrosse. On croit beaucoup plus aux technologies et à la chimie qu’au vivant comme outil. Du coup, on ne voit pas l’agriculture, on ne voit pas la production alimentaire, on ne voit pas les écosystèmes. Dans l’enseignement, il n’y a pas de programme autour des sciences du vivant. Et les profs de maths et de physique disent aux gamins qui veulent devenir ingénieurs, agronomes ou médecins, « il faut que tu fasses des maths et de la physique parce que ce sont les matières de sélection ». On forme des agronomes qui ne sont pas très bons en bio parce qu’ils ont le même coefficient en maths et en biologie à l’entrée de l’Agro. On fait des médecins qui n’ont pas trop le temps de s’occuper du patient comme d’un truc vivant parce qu’ils ont été sélectionnés sur des maths.

Il y a quelque chose qui est porteur d’espoir, c’est le 4 pour 1 000. De quoi s’agit-il ?

On va enfin donner un exemple très précis de solution. Quand on laboure, on bousille la vie du sol, on augmente l’érosion. Les sols européens ont perdu la moitié de leur matière organique depuis les années 1950. Le 4 pour 1 000, c’est l’idée que si on met de la matière organique dans le sol et qu’on ne laboure pas, on va y stocker du carbone. Si, tous les ans, on augmente de 4 pour 1000 la teneur en matière organique, on aura effacé la production de gaz à effet de serre de cette année-là, c’est énorme.

Comment mettre la matière organique dans les sols ? Par le compost. Et en hiver, au lieu de laisser le sol nu s’éroder, vous plantez des intercultures que vous allez broyer au sol avant de faire votre semis au printemps suivant. Comme ça, vous pouvez stocker entre 100 et 800 kilos de carbone par hectare. Et l’agriculteur va pouvoir émarger aux crédits carbone. Si le syndicat agricole majoritaire faisait son travail, il irait sur le marché du carbone prendre du fric pour aider l’agriculture. Mais il y a mieux. Quand vous avez remis de la matière organique dans le sol, non seulement c’est autant de carbone qui ne va pas être sous forme de CO2, mais la matière organique du sol colle les particules de sol, et résout les problèmes d’érosion.

Cette matière unique a un autre rôle : elle soutient la vie du sol qui s’en nourrit et, lentement, libère de l’azote et du phosphate. Elle est un engrais. Elle a encore un autre rôle, c’est qu’elle retient l’eau. 1 % de matière organique en plus dans le sol, c’est 10 millimètres d’eau de pluie retenue. Dans un pays dont les étés deviennent secs, c’est une façon d’avoir plus de réserves en eau dans le sol. Un point que le plan eau du gouvernement en mai dernier a complètement négligé. Donc, remettre la matière organique dans les sols, c’est bon pour le climat, bon pour la vie des sols, bon contre l’érosion, bon pour faire des réserves en eau. Putain, qu’est-ce qu’on attend ?

Justement, pourquoi ça ne se fait pas ?

Il y a besoin de sortir du technologique, de sortir du chimique et de prendre le vivant comme solution. Qu’est-ce qu’on attend ? Je ne sais pas, mais on est complètement acculturés du vivant.

Dans « Nature et préjugés », vous écrivez : « Une génération comme la mienne n’a rien obtenu en expliquant et en discutant bien poliment. »

J’ai 55 ans et je vois que rien n’a changé, au contraire, tout a empiré et on peut se poser la question de savoir si la voix de la raison peut marcher. Une chose m’inquiète beaucoup, c’est que l’alternative qu’est l’action violente finit par devenir un possible. Je suis non violent, mais il faut regarder les choses en face : quand on voit que la violence des agriculteurs paye face au gouvernement, on se dit que si on veut que l’écologie paye, il faut en faire autant.

Diriez-vous comme René Dumont en 1974, « l’utopie ou la mort » ?

La mort est annoncée clairement, les pesticides sont faits pour tuer. Le cadmium [métal toxique omniprésent dans notre environnement] — qui contamine les phosphates qu’on utilise comme engrais — nous contamine puisqu’il rentre dans les végétaux et qu’on les mange. Derrière le mot « utopie » se cache l’idée de quelque chose qui ne peut pas exister aujourd’hui. Or, il y a des choses déjà mises en pratique localement et qui marchent. Donc je ne dirais pas l’utopie ou la mort, mais « utiliser le vivant ou la mort ».

Hervé Kempf 6 avril 2024

https://reporterre.net/

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04 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Lobby

BLOOM

Enquête inédite sur un système pervers  : comment le lobby du chalut capte la manne de l’éolien offshore et sacrifie la pêche artisanale

 Enquête inédite sur un système pervers  : comment le lobby du chalut capte la manne de l’éolien offshore et sacrifie la pêche artisanale

Alors que se tient actuellement une consultation nationale d’une importance critique pour l’avenir de l’océan, BLOOM révèle dans une nouvelle enquête la façon dont le développement de l’éolien en mer se fait sous l’emprise du lobby du chalut, contre l’intérêt général.

Alors que la piètre performance sociale, économique et écologique du chalutage plaide pour l’abandon de cette technique de pêche destructrice, énergivore et déficitaire, les défenseurs du chalut sont parvenus à modifier le code général des impôts pour faire main basse sur les revenus de l’éolien en mer et perpétuer cette méthode de pêche ravageuse des écosystèmes marins, du climat, des emplois et des finances publiques (1).

Les comités des pêches récupèrent ainsi 35% de la taxe éolienne lorsque le parc est installé dans les 12 milles nautiques (environ 22 km), ce qui incite le lobby de la pêche à pousser pour l’installation de parcs à proximité des côtes, contre l’avis général.

Le cas du parc éolien flottant de Belle-Île-en-Mer permet de comprendre le fonctionnement de ce système pervers   : les défenseurs du chalut ont détourné le processus démocratique pour préserver leurs intérêts en imposant l’installation du parc proche des côtes pour faire main basse sur les revenus de la taxe éolienne, sacrifiant au passage les zones de travail de la pêche artisanale et des écosystèmes vulnérables, notamment des coraux d’eau froide remarquables.

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28 mars 2024 ~ 0 Commentaire

Macron en Guyane (reporterre)

En Guyane, Macron esquive les revendications des peuples amérindiens
Camopi (Guyane),

En Guyane, Macron esquive les revendications des peuples amérindiens

En 35 heures sur le territoire, le rapport d’Emmanuel Macron avec les peuples autochtones guyanais se sera restreint à une visite touristique. Ni les urgences climatiques, ni la brûlante question foncière n’auront été abordées.

Au détour de son voyage à Camopi, dans le sud-est de la Guyane, Emmanuel Macron a été accueilli par les deux communautés amérindiennes installées dans la région : les Tekos et les Wayãpi. Après quelques échanges autour de la maladie du manioc, qui sévit depuis deux ans dans le bassin amazonien, et une présentation d’artisanat traditionnel, le président de la République a dégusté la boisson traditionnelle amérindienne, le cachiri, une bière de manioc.

Quelques dizaines de minutes après cette immersion express, le chef de l’État rappelait, en marge de ses annonces sur l’orpaillage illégal, que les peuples autochtones de Guyane ayant été « sauvés » font, par leur culture et leurs traditions, « la richesse de la Guyane, de la région amazonienne, et donc de la France ».

Sécheresse et montée des eaux

Au-delà de ce cérémoniel bien rodé, l’Élysée semble pourtant avoir fait peu de cas de ces populations. En 35 heures sur le territoire, les déclarations en lien avec les préoccupations amérindiennes du moment se sont faites rares — entre autres sujets brûlants esquivés, comme l’accès aux services publics et à la santé. Le président n’aura pas eu un mot pour les populations Kali’na du littoral ou pour les Wayana du Haut-Maroni, deux communautés aux avant-postes du dérèglement climatique.

Depuis des années, habitants et scientifiques alertent sur l’impressionnante montée des eaux qui menace Awala Yalimapo, dans l’ouest de la Guyane, avec 50 mètres de côte engloutis par l’océan en vingt ans. Un phénomène largement dû au dérèglement climatique, de même que la sécheresse historique de 2023, qui a entraîné une crise de l’eau dans les villages amérindiens du sud-ouest du territoire.

Quarante ans de conflit sur la rétrocession des terres

Surtout, si Emmanuel Macron a bien discuté de la libération du foncier à des fins alimentaires avec des représentants du monde agricole, il n’a pas abordé l’épineuse question de la rétrocession des terres, qui oppose les Amérindiens à l’État depuis les années 1980. En 2017, ce dernier s’était pourtant engagé, dans les Accords de Guyane, à restituer 400 000 hectares de terres aux six peuples amérindiens peuplant le département.

« Les terres de Guyane ont été spoliées aux peuples autochtones et notre revendication principale est désormais la restitution de ces terres. Sur ce sujet, nous ne sommes pas plus avancés qu’en 2017. Le dossier est en stand-by », déplore Franck Appolinaire, militant Kali’na, fin connaisseur des questions foncières [1].

Près de 760 000 hectares ont déjà été rétrocédés depuis les années 1980 et la renaissance des luttes amérindiennes. Mais ils l’ont essentiellement été sous la forme de « zones de droit d’usage collectif », des terres qui restent la propriété de l’État, mais sur lesquelles le droit de populations à subvenir à leurs besoins alimentaires est reconnu. Les concessions et les cessions, qui permettent le transfert de la propriété, restent très demandées, mais rarement accordées.

Lutte contre une centrale électrique

Ces dernières années, la question de la souveraineté foncière des Amérindiens a été au cœur de l’actualité à travers la lutte du village Kali’na de Prospérité contre le projet de Centrale électrique de l’ouest guyanais. Cette vaste infrastructure, très soutenue par les élus locaux, est dénoncée par les Amérindiens car elle raserait 70 hectares de forêt et entraverait l’accès des villageois à 3 816 hectares où ils chassent et pêchent. Des terres qui ont justement été reconnues « zones de droit d’usage collectif », par l’État en 2021…

Le 15 mars, après des mois de lutte ardemment réprimée, les associations représentant les Amérindiens de Guyane ont déposé, à la demande du yopoto Roland Sjabere, chef coutumier de Prospérité, une plainte auprès du comité pour l’élimination de la discrimination des Nations unies à Genève, réclamant l’arrêt immédiat des travaux.

Une actualité brûlante dont ne s’est pas saisie Emmanuel Macron pour s’exprimer sur le dossier et apaiser les tensions, voire clarifier la position de l’État sur la question foncière, qui continue de raviver les traumatismes de la colonisation.

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22 mars 2024 ~ 0 Commentaire

eau (reporterre)

132 litres d'eau pour une tasse de café : «<small class="fine d-inline"> </small>Nos besoins sont excessifs<small class="fine d-inline"> </small>»

132 litres d’eau pour une tasse de café : « Nos besoins sont excessifs »

L’empreinte eau d’un Français est en moyenne de 4 900 litres… par jour. Un chiffre astronomique, principalement dû à notre alimentation, explique l’hydrologue Charlène Descollonges.

2 500 litres d’eau pour fabriquer votre tee-shirt en coton, 109 litres pour produire votre verre de vin rouge, 1 720 litres pour une tablette de 100 grammes de ce délicieux chocolat. Notre mode de vie engloutit des quantités astronomiques d’or bleu. Cette soif insatiable est évaluée par l’empreinte eau, qui « mesure la quantité d’eau utilisée pour produire les biens et services que nous utilisons », selon le réseau non-gouvernemental Water Footprint Network. Il permet d’estimer « l’appropriation de l’eau douce par l’humanité en termes de volumes d’eau consommés et pollués ».

À l’occasion de la journée mondiale de l’eau, vendredi 22 mars, l’hydrologue Charlène Descollonges, autrice de L’Eau — Fake or not ?, nous en apprend plus sur cette empreinte qui « reflète l’insoutenabilité de nos modes de vie ».

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© Clarisse Albertini / Reporterre

Reporterre — L’empreinte eau d’un Français est en moyenne de 4 893 litres par jour. Qu’est-ce que cela signifie ?

Charlène Descollonges — L’empreinte eau montre notre dépendance à l’eau bleue, c’est-à-dire celle prélevée dans les nappes et les rivières, mais pas uniquement. Elle recouvre aussi l’eau verte — qui correspond à l’eau évapotranspirée par les végétaux, que l’on s’approprie quand on coupe des plantes pour notre agriculture — et l’eau grise, autrement dit, les eaux polluées que nous rejetons et qui contaminent peu à peu les milieux. Et c’est sans compter l’eau énergétique, utilisée pour faire fonctionner les centrales ou pour extraire les minerais nécessaires aux batteries électriques.

« 37 % de notre empreinte eau est liée au fait qu’on mange de la viande »

En France, 85 % de notre empreinte est due à l’alimentation. L’agriculture dépend énormément de l’eau verte et l’on puise beaucoup dans l’humidité des sols. Résultat, quand cette ressource est épuisée, on apporte de l’eau bleue, à travers l’irrigation. Dans cette eau agricole, il y a celle qui est pompée dans nos sols pour ce que nous mangeons, mais près de la moitié de cette empreinte concerne des produits alimentaires qui poussent ailleurs. Il faut par exemple 132 litres pour une tasse de café. Dernier point, et non des moindres, 37 % de toute notre empreinte eau est liée au fait que l’on mange de la viande.

Que dit l’empreinte eau de nos modes de vie ?

Elle reflète nos régimes alimentaires, car on mange de l’eau sans le savoir. Notre régime carné et ultra-transformé a un impact fort sur les cycles de l’eau. Par exemple, on retourne des prairies permanentes, qui sont des éponges, pour faire de l’alimentation pour le bétail.

Nos modes de vie sont-ils insoutenables par rapport au cycle de l’eau ?

Oui. Souvent, on entend qu’on n’aura pas de problèmes d’eau, puisque l’eau ne disparaît jamais, qu’elle est prise dans un grand cycle. Mais quand on regarde à l’échelle des territoires, certains bassins versants sont en déficit car les besoins en eau sont trop importants par rapport à la capacité du milieu à renouveler la ressource. Les crises de l’eau se multiplient à cause de nos besoins, qui sont excessifs. Il faut aussi penser aux milieux aquatiques, qui requièrent un minimum d’eau pour vivre.

Ces déséquilibres se voient aussi à travers les limites planétaires de l’eau verte et de l’eau bleue, qui sont aujourd’hui dépassées – même si le débat scientifique est toujours en cours sur ce sujet.

Comment diminuer notre empreinte eau ?

On change son assiette. On la reverdit, on mange des protéines végétales et on relocalise notre alimentation. Il faudrait aussi changer nos modes de culture, afin de mieux stocker l’eau dans les sols, à travers l’hydrologie régénérative ou l’agroforesterie. C’est par le biais de l’alimentation que l’on pourra régénérer les cycles de l’eau.

Il s’agit de réfléchir aussi à la mobilité. Car les véhicules électriques ont besoin de beaucoup d’eau, pour fabriquer les batteries en lithium, pour produire de l’électricité. Plus on va décarboner notre économie, plus on va avoir besoin d’eau. Or, on ne l’a pas anticipé. On est déconnectés de notre dépendance à l’eau.

Donc il y a des « écogestes », à faire à l’échelle individuelle, mais on peut aussi s’impliquer autour de chez soi, en commençant par s’intéresser à nos rivières — sont-elles en bon état ? — à l’eau qu’on boit — d’où vient-elle ? Un des leviers forts, c’est de se reconnecter à nos cours d’eau. Nous vivons tous sur un bassin versant et on peut s’impliquer dans la vie de ce bassin, prendre part aux décisions le concernant — dans les institutions « traditionnelles » [comme la commission locale de l’eau] ou au sein d’initiatives plus récentes, comme celle sur les droits des fleuves.

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21 mars 2024 ~ 0 Commentaire

adam smith (à l’encontre)

adam smith (à l'encontre) dans A gauche du PS AdamSmith

Adam Smith – 300 ans après

Les libéraux vénèrent encore aujourd’hui Adam Smith [1723-1790], de nombreux groupes de réflexion radicaux portent son nom et se réclament de lui.

L’Institut Adam Smith à Londres était et reste l’un des principaux foyers du néolibéralisme. Comme c’est souvent le cas avec les icônes, son œuvre considérable n’est plus guère lue aujourd’hui, réduite dans le meilleur des cas à des slogans comme la «main invisible» du marché.

Adam Smith, né il y a trois cents ans à Kirkcaldy, près d’Edimbourg, est l’un des penseurs les plus mal compris de l’époque moderne. Les (néo)libéraux ont la partie facile, nous ne connais-sons pas exactement sa théorie politique. Une grande partie de son héritage littéraire a été brûlée à sa demande, au total 18 in-folio rédigés de manière serrée.

Il est mort à 67 ans, mondialement connu. Il a vécu et travaillé en Ecosse, à Glasgow et à Edimbourg, et quelques années à Londres. Pendant plus de deux ans, il a voyagé en France et en Suisse, rencontrant à Paris l’élite intellectuelle de son temps. Chez lui, il était considéré par ses contemporains comme l’archétype du professeur distrait, qui se promenait parfois en robe de chambre dans la rue principale en monologuant. Mais ce monsieur un peu bizarre a fréquenté les plus grands esprits de son temps, David Hume, Voltaire, Diderot, Turgot et Quesnay.

Adam Smith, philosophe moral et économiste politique

Deux livres, tous deux de gros volumes et des best-sellers, l’ont rendu connu et célèbre. Depuis 1752, il enseignait la philosophie morale à l’université de Glasgow. Ses cours ont donné naissance à la Théorie des sentiments moraux, publiée en 1759. Cinq éditions ont été publiées de son vivant, la sixième à titre posthume.

En 1776, l’année de la déclaration d’indépendance «américaine», il publia un pavé de 1 000 pages sur l’économie politique, la Recherche sur les origines et les causes de la richesse des nations (An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations). Le livre connut un succès retentissant, fut traduit dans de nombreuses langues (la première traduction allemande parut dès l’année de sa parution; Adolphe Blanqui (*) en a fait une traduction française en 1843), six éditions avec de nombreuses parutions furent effectuées de son vivant.

Avec La richesse des nations, il a fondé une nouvelle science de l’économie politique, il a été le fondateur et le critique des conceptions et des politiques économiques courantes jusqu’alors. Le jeune Friedrich Engels l’a appelé le «Luther économique».

La richesse des nations est une œuvre fascinante, très différente de l’idée que l’on se fait aujourd’hui d’un livre sur l’économie. Dans son œuvre économique majeure, Adam Smith déploie un panorama inégalé: il y est question de théorie, de catégories telles que la valeur, le prix, l’argent – sans oublier le travail.

Il est également question de comparaisons historiques et contemporaines, de la naissance et du développement de différents capitalismes, de la prospérité de différents pays capitalistes et de son avenir en tant que système mondial.

Lorsque Smith a écrit cela, les formes de capitalisme commercial vieilles de quelques siècles dominaient. La révolution industrielle avait déjà commencé, mais la grande industrie moderne, le système des usines, la production industrielle de masse n’étaient pas encore bien établis, et encore moins dominants. Adam Smith décrit et analyse donc le mode de production le plus avancé à son époque – l’exploitation dans de grandes manufactures produisant pour l’exportation ou pour l’Etat. Dans cette œuvre encyclopédique – cinq volumes au total – l’auteur se permet des digressions superbes, comme lorsqu’il enrichit la théorie monétaire d’un résumé historique sur la production de métaux précieux.

Mais il traite aussi de la politique économique correcte et incorrecte. Et toujours la question de savoir pourquoi certaines nations sont plus riches que d’autres ou se développent plus rapidement et plus haut.

A-t-on vraiment besoin de colonies pour un développement capitaliste réussi? Les entreprises privées ont-elles besoin de monopoles octroyés par l’Etat pour prospérer? Ou des institutions modernes telles que les banques universelles, la liberté de commerce et d’industrie, les marchés du travail libres, le libre-échange, la libre concurrence, la liberté du marché et le règne de la loi sont-elles plus judicieuses et, en fin de compte, meilleures et plus rentables pour tous les participants, y compris pour l’Etat? Est-il juste de modérer ou de réguler le conflit d’intérêts entre les différentes principales classes de la société moderne, principalement régies par l’économie?

L’énigme d’Adam Smith

L’«énigme» Adam Smith jouit d’une certaine popularité parmi les érudits allemands. Il s’agit d’un contraste, voire d’une contradiction entre ses deux œuvres principales. Dans la Théorie des sentiments moraux, il semble chercher le liant de la société moderne – en tant que société d’individus libres qui connaissent et poursuivent leurs propres intérêts – encore dans la sympathie ou l’empathie mutuelle.

Alors que dans La richesse des nations, il semble miser entièrement sur les intérêts propres des personnes privées. Mais dans son premier livre, il s’agit moins de sentiments que de jugements moraux et éthiques ou de la capacité de jugement moral et éthique. Comment est-il possible que des personnes puissent émettre des jugements moraux sur leur comportement et celui des autres et s’en inspirer?

Dans La Richesse des nations, Adam Smith poursuit son argument: l’intérêt personnel anime les particuliers, mais ce n’est qu’une moitié de la vérité. Ce qui les tient en bride ou peut les empêcher de poursuivre leurs intérêts privés sans se soucier des pertes et des intérêts des autres, c’est premièrement leur conscience morale.

Smith considère les membres d’une société moderne comme de bons citoyens et des chrétiens capables de distinguer le bien du mal, de suivre leur conscience et leurs sentiments moraux ou éthiques. Deuxièmement, ils peuvent empêcher la libre concurrence de s’enrichir de manière inconsidérée au détriment de tous les autres. Celle-ci n’existe toutefois pas encore, la liberté de concurrence doit et devra d’abord être établie – et ce par l’action de l’Etat.

Les motifs égoïstes ne disparaissent pas, ils sont modifiés par la libre concurrence de tous avec tous. Une fois le «système de liberté naturelle» en place, les bons citoyens apprennent à se comporter en égoïstes rationnels, à tenir compte des intérêts des autres et à suivre la morale civile ou la loi.

La grande découverte d’Adam Smith

Qu’est-ce qui détermine la richesse – ou la pauvreté – d’une nation? Smith ne mesure plus la richesse en fonction de la quantité de métaux précieux présents dans le pays. Mais à la quantité de biens et de services produits et commercialisés dans le pays. Ce n’est pas l’agriculture ni le commerce qui déterminent la prospérité de la nation, mais l’ensemble du travail effectué par tous les membres de la société. Le travail social est la base de la prospérité nationale, plus le travail est productif, plus la nation est riche. Et le travail est d’autant plus productif que la division du travail au sein de l’entreprise (et de la société) se développe et s’affine.

Tout tourne donc autour du travail. Mais tout travail ne crée pas de la richesse. Smith insiste sur la distinction entre le travail «productif» et le travail «improductif». Un grand nombre des classes supérieures et respectables de la société bourgeoise, les ecclésiastiques, les fonctionnaires, les journalistes, les hommes politiques, les soldats, les artistes sont considérés par lui comme «improductifs».

Ils travaillent, ils sont grassement payés, mais leur activité n’ajoute pas un grain à la richesse et à la prospérité de la nation. Une horreur pour les économistes d’aujourd’hui, qui ont depuis longtemps rejeté cette partie de l’héritage de Smith. Dans la comptabilité nationale actuelle, tout ce qui rapporte de l’argent est considéré comme du travail, donc productif. Ce qui aurait beaucoup amusé Adam Smith.

Smith et les libéraux

Les (néo)libéraux d’aujourd’hui se fabriquent un Smith qui n’a jamais existé. Ils ignorent délibérément son attitude très ambivalente vis-à-vis du capitalisme de son époque, son profond scepticisme face aux conséquences de l’accumulation du capital et de l’appropriation privée du sol (et de toutes les ressources naturelles). Ils se plaisent à réduire le vieil Adam à une métaphore, la «main invisible» du marché. Il n’en est question que deux fois, en marge, dans La richesse des nations.

En effet, dans son œuvre principale, Smith explique en long et en large pourquoi une économie de marché moderne a besoin d’un Etat fort. Sans lui, une économie capitaliste ne peut pas atteindre la croissance et la prospérité. A long terme, Smith mise sur l’effet civilisateur du commerce et de la manufacture, à condition que les barrières posées par l’Ancien Régime au développement du capitalisme soient supprimées.

Or, seul un Etat fort peut les supprimer, mais il vaut mieux ne pas le confier aux capitalistes. On comprend pourquoi Emmanuel Kant considérait le philosophe écossais des Lumières comme son auteur préféré.

(2023, traduit de l’allemand par la rédaction d’A l’Encontre)

Michael Krätke, professeur à la Lancaster University, professeur invité à la Freie Universität Berlin, à l’Université d’Amsterdam.

*Louis Auguste Blanqui, Théoricien socialiste et homme politique français Puget-Théniers 1805-Paris 1881 frère d’Adolphe Blanqui

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14 mars 2024 ~ 0 Commentaire

haie (the conversation)

 bio

Planter une nouvelle haie ne compense pas la destruction d’une haie ancienne

La haie est revenue sur le devant de la scène médiatique : tandis que les victimes des inondations dans le Pas-de-Calais déplorent leur arrachage intempestif, les agriculteurs en colère dénoncent les mesures réglementaires entravant leur destruction.

Au-delà de ces positions médiatiques, les haies sont accusées de tout et son contraire, tantôt considérées comme un obstacle au développement agricole ou érigées comme une infrastructure agroécologique au rôle protecteur, taxées de zones enfrichées peuplées de nuisibles ou présentées comme des réservoirs de biodiversité utiles à l’agriculture. Alors qu’en est-t-il ? Les haies sont-elles les reliques d’un modèle paysan frappé d’obsolescence ou bien un levier pour engager l’agriculture dans une nécessaire transition écologique ?

Universitaires, chercheurs et botanistes travaillant de longue date sur les haies, nous nous sommes rassemblés en un groupe de travail au sein de la Société botanique de France pour synthétiser les connaissances sur cet écosystème très particulier. En réalité, toutes les haies ne se valent pas. Si replanter des haies là où elles ont disparu est une avancée écologique indéniable, protéger les haies anciennes là où elles subsistent devrait être une priorité absolue.

Aux origines des haies, une vocation oubliée ?

Pour comprendre les débats actuels sur les haies, il est d’abord nécessaire de revenir à leur raison d’être initiale. Car les haies d’aujourd’hui sont issues de plantations plus ou moins anciennes, répondant à des objectifs précis : délimiter des parcelles, empêcher la divagation des troupeaux, protéger les chemins et les cultures du vent ou encore limiter l’érosion des terres arables.

Les haies étaient aussi, à l’origine, pourvoyeuses de biens : fruits sauvages (mûres, noisettes, voire fruits d’arbres fruitiers) ou bois de chauffage à l’origine de la taille « en têtard » des arbres, dont la silhouette typique inspira de nombreux peintres.

La motivation initiale de la création des haies était donc purement utilitaire. Elles ont accompagné, entre la fin du 18ème et la fin du 19ème siècle, le développement des grands systèmes bocagers français, en complétant une trame jusque-là concentrée autour des villages, remontant parfois au Haut Moyen Âge.

Aujourd’hui, leur vocation a été oubliée ; plus de 1,4 million de kilomètres de haies anciennes ont été arrachées, perçues comme un obstacle à la circulation des engins agricoles et comme une perte de surface cultivable. Selon le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux [MOU2] « depuis 1950, 70 % des haies ont disparu des bocages français ». Le phénomène s’accélère même puisque, d’après le même rapport, 23 500 km de haies ont été annuellement détruits entre 2017 et 2021, contre 10 400 km entre 2006 et 2014.

Paradoxalement, dans le même temps, on replante des haies là où il n’y en avait pas, pour compenser la destruction d’autres haies ou pour réintroduire un peu de « naturalité » dans des paysages de grandes cultures. Mais les politiques d’incitation à la création de haies se sont traduites par la replantation de seulement 3 000 km de haies par an, avec parfois des espèces peu adaptées ou exotiques.

La haie ancienne est un réservoir de biodiversité

Maintenant, observons un peu ce qui se passe à l’intérieur d’une haie. La haie est un objet hybride : une création humaine artificielle qui se naturalise au fil du temps, et dont l’ensauvagement progressif efface peu à peu l’artificialité au point qu’elle devienne un habitat presque « naturel ». Un nombre croissant d’espèces végétales, animales et microbiennes la colonise alors spontanément : d’abord des espèces « généralistes », participant à la biodiversité ordinaire, puis, au fil des siècles, des espèces de plus en plus « spécialistes », notamment forestières, à la valeur patrimoniale importante.

Parallèlement, la structuration verticale et horizontale de la haie se complexifie, créant autant de micro-habitats pour une grande diversité d’espèces. Ni ouverte, ni forestière, la haie constitue un habitat semi-naturel unique : entre 60 et 80 % des espèces animales des campagnes s’y nourrissent ou s’y reproduisent. Si la haie est implantée sur un talus ou au bord d’un chemin creux, abeilles sauvages solitaires et mammifères fouisseurs y creusent leur terrier. Les tas de pierres attirent lézards, serpents et amphibiens. L’exploitation et l’entretien des haies contribuent également à en accroître la biodiversité, en favorisant par exemple la formation de cavités dans les troncs des vieux arbres de la haie, propices à de nombreux invertébrés, oiseaux et mammifères parmi les plus menacés dans les paysages agricoles.

À l’échelle du paysage, les haies forment également un réseau relié à des éléments forestiers ou à des zones humides, facilitant ainsi la circulation de nombreux organismes d’un milieu à l’autre et abritant par-là une diversité plus importante. Les haies les mieux préservées des usages agricoles adjacents, souvent les plus larges et les plus hautes, sont les plus riches et doivent être conservées prioritairement. Il existe en effet une relation entre l’ancienneté d’une haie et sa biodiversité : une nouvelle haie n’offrira pas avant longtemps la richesse en espèces d’une haie ancienne détruite ailleurs ; il faudra plusieurs siècles, si les espèces n’ont pas disparu entre-temps.

La haie ancienne rend de multiples services à l’Homme

Si la haie a donc été créée pour répondre à des objectifs humains, avant de devenir un important réservoir de biodiversité, elle demeure aujourd’hui pourvoyeuse de nombreux services bénéfiques à l’Homme et au fonctionnement des écosystèmes.

Pour comprendre cela, il faut notamment s’intéresser à la partie souterraine des haies.

L’enracinement des arbres et arbustes est plus profond que pour leurs congénères forestiers : la majorité des racines des arbres forestiers se trouvent dans le premier mètre cinquante du sol, tandis que les racines des arbres agroforestiers se concentrent entre 1 et 3 m. Les végétaux des haies freinent de ce fait l’écoulement de l’eau en surface et favorisent son infiltration dans les sols, ainsi que sa remontée par capillarité lors d’épisodes de sécheresse.

Les haies stabilisent également les sols, réduisent la lixiviation des particules limoneuses les plus fines et le lessivage des engrais et pesticides. L’actualité récente a démontré comment la disparition de haies aggravait les inondations lors d’épisodes pluvieux exceptionnels… Alliée des populations locales, mais aussi des agriculteurs, la haie limite l’érosion des sols et les enrichit en matière organique et en nutriments via son tapis de feuilles et de bois morts. Les produits de taille peuvent aussi, après broyage, servir de couvre-sol remplaçant les herbicides.

Les haies peuvent aussi contribuer à améliorer la qualité de l’eau, en fixant certains polluants tels les nitrates ou les métaux lourds lorsqu’ils sont présents dans l’eau de ruissellement. Elles participent aussi à une meilleure qualité de l’air, en interceptant les pesticides volatilisés lorsqu’ils sont épandus par temps chaud.

Les haies, enfin, créent des conditions microclimatiques favorables, par un effet « climatiseur » qui met les cultures et le bétail à l’abri des vagues de chaleur, du vent sec et des gelées tardives. Leur effet « brise-vent » s’étend jusqu’à une distance de dix à vingt fois leur hauteur. À l’heure des changements climatiques, cet effet « tampon » salvateur est plus que bienvenu. Dans ce contexte, selon l’ADEME, les haies fixent et stockent au moins 100 tonnes de carbone par kilomètre linéaire, via les troncs, les branches et les feuilles mais aussi leur système racinaire.

Face à l’étendue de ces services écosystémiques, on objecte parfois que les haies seraient des réservoirs de maladies et de bioagresseurs des cultures. Si ce fait est indéniable, l’impact actuel sur les rendements des cultures reste cependant très limité et bien inférieur aux bénéfices apportés par les organismes auxiliaires vivant dans les haies : pollinisateurs des cultures ou prédateurs des bioagresseurs (insectes, araignées, rapaces, chauve-souris…). Or ces auxiliaires sont d’autant plus nombreux et abondants que la haie est ancienne, et de ce fait riche en espèces. Ainsi, selon un rapport de l’INRAE de 2022, une haie réduit de 84 % l’abondance de bioagresseurs dans les cultures adjacentes.

Préserver les haies anciennes avant d’en planter de nouvelles

Combinés, tous ces services améliorent le rendement des cultures et le potentiel fourrager des prairies, avec une intensité qui dépend des types de sol, de la composition et de l’ancienneté des haies et des modes de culture. La possible baisse de productivité liée à la surface de production occupée par la haie et à l’effet « lisière » en bordure de celle-ci, est insignifiante au regard de l’augmentation des services apportés par la biodiversité qu’elle renferme, mais une haie nouvellement plantée mettra plusieurs décennies voire siècles à rendre les mêmes services qu’une haie ancienne. Malheureusement, les acteurs du monde agricole et les décideurs méconnaissent cette réalité : l’arrachage d’une haie amène, à moyen terme, davantage de pertes que de gains.

De fait, le « pacte en faveur de la haie » du gouvernement, qui vise à « arrêter la saignée » en plantant « en quantité et qualité » 50 000 km de haies d’ici 2030, ne pourra jamais compenser la destruction des haies anciennes qui se poursuit, car un kilomètre de haies nouvelles n’équivaut pas à un kilomètre de haies anciennes. « Déplacer » une haie ne conserve ni la biodiversité qu’elle hébergeait, ni la qualité et la quantité des services qu’elle rendait. La préservation des haies anciennes est donc une urgence, au nom de la sauvegarde d’un patrimoine historique, culturel et naturel inestimable, non seulement compatible mais vital pour l’agriculture du 21ème siècle.

Guillaume Decocq Professeur en sciences végétales et fongiques, directeur de l’UMR EDYSAN, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

https://theconversation.com/

Haie: Talus, se dit « Kleuz » en breton: Pen ar c’hleuz, Jean Marie Le Cleuzio. etc Dans un recueil de lois bretonnes du 6è siècle (these de Fleuriot) le partage des revenus des talus est codifié, preuve de leur importance.

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11 mars 2024 ~ 0 Commentaire

fukushima (reporterre)

Fukushima : «<small class="fine d-inline"> </small>Le gouvernement réécrit l'histoire de l'accident<small class="fine d-inline"> </small>»
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Fukushima : « Le gouvernement réécrit l’histoire de l’accident »

Treize ans après la catastrophe de Fukushima, la chercheuse Cécile Asanuma-Brice décrit à Reporterre les conséquences du processus de décontamination de la région et les retours aussi rares que difficiles des habitants.

Le 11 mars 2011, un séisme de magnitude de magnitude 9,1 frappait l’est du Japon, entraînant un tsunami, la mort de plus de 22 000 personnes et l’accident nucléaire de Fukushima. 160 000 personnes ont été évacuées à cause de la contamination radioactive. La chercheuse Cécile Asanuma-Brice, installée au Japon depuis vingt-cinq ans, codirige le programme international de recherche pluridisciplinaire CNRS Mitate Lab consacré à la gestion de la catastrophe nucléaire.

De ses travaux et de ses visites mensuelles dans les zones désertées, elle a tiré un livre, Fukushima, 10 ans après. Sociologie d’un désastre nucléaire (éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2021), et l’exposition « Sur les traces de Fukushima », présentée du 13 février au 9 mars 2024 à la Maison de la culture du Japon à Paris.

Reporterre — Treize ans après la catastrophe, où en sont la décontamination et le retour des populations dans les zones évacuées ?

Cécile Asanuma-Brice – Après l’accident, douze communes de la préfecture de Fukushima ont été évacuées, soit une zone de 1 100 kilomètres carrés. Officiellement, 160 000 personnes ont été déplacées : 100 000 à l’intérieur de la préfecture, 60 000 en dehors. En réalité, c’est beaucoup plus, car ce chiffre ne comprend que les personnes qui se sont déclarées en préfecture, ce que la plupart des gens n’ont pas fait. Il faut aussi distinguer les personnes évacuées sur ordre du gouvernement et les réfugiés volontaires, qui n’habitaient pas dans les zones évacuées mais ont néanmoins décidé de partir.

Lorsque le Premier ministre Shinzō Abe est arrivé au pouvoir fin 2012, il s’est donné pour objectif de rouvrir l’entièreté de la zone évacuée. « La situation à Fukushima est sous contrôle », a-t-il affirmé en 2013 devant le comité international olympique. À partir de ce moment-là, la plus grande politique de décontamination jamais entreprise au monde a commencé.

13 millions de mètres cubes de sols contaminés ont été déplacés, pour un coût de 39 milliards d’euros. Les maisons ont été nettoyées dans un périmètre de 20 mètres, ainsi que les terres cultivables. Par contre, le gouvernement n’a pas touché aux forêts, qui représentent 75 % de la surface de la préfecture. On ne sait pas les décontaminer.

En 2017, la zone d’évacuation de 1 100 kilomètres carrés [où il était interdit aux habitants de revenir] a été réduite à 300 kilomètres carrés. Elle est quasiment totalement rouverte aujourd’hui. Simultanément, le gouvernement a suspendu les aides au refuge et accordé des financements aux personnes qui accepteraient de vivre dans l’ancienne zone évacuée. Dans les faits, le nombre de personnes qui sont rentrées est globalement extrêmement faible.

À Ôkuma, au sud de la centrale, une ville nouvelle a été construite sur une zone déforestée pour l’occasion, avec trois restaurants, un dispensaire ouvert quelques heures par semaine, un bain public et un centre multifonctionnel — salle de sport, cuisines pour d’éventuelles associations, salle des fêtes, etc. Mais il n’y a que 1 000 habitants tous regroupés dans ces nouveaux lotissements, contre 9 000 auparavant dans la commune entière.

« Ce sont des gens dans des situations sociales très vulnérables »

Parmi eux, 800 sont des ouvriers envoyés par Tepco, l’entreprise qui gère la centrale et son démantèlement, 100 sont des personnes qui sont venues habiter ici avec les soutiens financiers de l’État et 100 seulement sont d’anciens résidents revenus vivre dans leur commune. À Namie, la localité évacuée la plus vaste de la zone et globalement la plus contaminée, il n’y a plus que 1 900 habitants contre 21 700 en 2005, essentiellement des ouvriers de la reconstruction et leur famille.

Parmi ceux qui reviennent, on peut bien sûr trouver quelques personnes qui veulent faire renaître le pays de ses cendres. Mais c’est loin d’être la majorité. Généralement, ce sont des gens dans des situations sociales très vulnérables, qui n’ont pas d’autre possibilité, et dont le retour va encore accroître la vulnérabilité. Je pense à une vieille dame âgée de plus de 70 ans, divorcée, contrainte de rentrer à Namie parce que c’était la seule possibilité pour elle d’avoir un toit sur la tête. Elle s’y occupe de personnes encore plus âgées qu’elle. Elle n’a plus rien. Mais ça n’est qu’un exemple parmi d’autres. Les situations sont très variables.

Pourquoi les habitants ne reviennent-ils pas ?

Dans la plaine côtière, urbaine, le bâti avait été détruit par le tsunami. Afin de suivre la politique de reconstruction, il fallait détruire ce qui l’était déjà partiellement pour reconstruire des villes nouvelles sur des nappes d’asphalte. Mais dans les zones de montagne, l’habitat, constitué de fermes traditionnelles dispersées en forêt, n’avait pas subi le tsunami et très peu le tremblement de terre. Certaines bâtisses étaient splendides, très vastes, parfois plus que centenaires. Les bâtiments, construits avec des matériaux naturels, se sont abîmés parce qu’ils n’étaient plus habités. Avec le climat subtropical japonais, très chaud et humide l’été, les matériaux se sont souvent détériorés.

La politique de reconstruction gouvernementale consiste donc à démolir l’habitat ancien, à couper les arbres alentours pour décontaminer, à recouvrir le sol d’asphalte et à construire des lotissements pavillonnaires sans aucun cachet. Quand les gens reviennent, ils ne reconnaissent plus leurs lieux de vie. C’est un second traumatisme.

Une habitante du village d’Iitate m’a confié : « Tu sais, toute cette terre qu’ils arrachent, qu’ils bougent comme un objet, comme si elle n’avait aucun esprit, c’est la terre de nos ancêtres. C’est la terre avec laquelle on a travaillé toute notre vie. On ne veut pas qu’ils la mettent dans des sacs et qu’ils la jettent comme si ça n’était rien. »

Face à ce type d’accident et de pollution, le rôle de l’ingénieur est d’élaborer une solution : lorsque c’est pollué, la solution est de décontaminer. Mais ces nettoyages engendrent parfois des situations aussi catastrophiques que la pollution elle-même. L’attention de l’ingénierie à trouver des solutions pragmatiques à des problèmes qui ne le sont pas moins, s’accompagne souvent d’une inattention pour l’émotionnel. Un lieu de vie, ce n’est pas seulement un lieu propre. Pour reprendre les termes de Deleuze et Guattari, un lieu de vie est un « lieu d’existence ». L’arbre où l’on se réfugiait enfant, l’école, l’église où l’on s’est marié, autant de points de repère-temps qui s’inscrivent dans le paysage et parsèment l’histoire et le territoire d’une vie.

Pour liquider l’accident nucléaire, le gouvernement mène aussi un travail de mémoire, ou plus précisément de reconstruction de la mémoire…

La politique de reconstruction s’est accompagnée d’une campagne de communication visant à faire accepter aux gens l’idée qu’il fallait rentrer, que ce serait une perte de laisser ces territoires à l’abandon. Dans cette optique, le gouvernement a ouvert de nombreux mémoriaux autour de la centrale. Ces derniers réécrivent l’histoire de l’accident en le présentant comme une catastrophe industrielle parmi d’autres, nécessaire au progrès industriel. Un accident qui ne se reproduirait pas.

Dans ces mémoriaux, principalement destinés aux habitants, des techniques de construction de la résilience sont mises en œuvre. Le visiteur est conduit dans une salle où il revit le séisme, le tsunami et l’explosion de l’enceinte de confinement de trois des six réacteurs de la centrale de Fukushima, sur un grand écran à 180 °. À la fin de la séquence, les images passent de la couleur au noir et blanc et un personnage animé explique qu’il s’agit là du passé, en renfermant ces images dans un livre qu’il dépose sur une étagère d’archives.

À Namie, une école a été transformée en mémorial. La plupart des écoles de la côte qui ont pris le tsunami de face n’ont pas eu le temps d’évacuer. Les enfants sont tous morts. Mais cette école-là a réussi à évacuer, et, de fait, a été conservée comme un symbole positif vers la reconstruction. Pour préserver cette image et couper tout rapport à la mort, le gouvernement a été jusqu’à déplacer le cimetière qui était à côté. Un jeu vidéo en ligne, commandé par la commune, est également proposé pour inciter les enfants originaires de cette localité, à revenir y vivre. Ce jeu banalise l’accident nucléaire et présente les événements comme une sorte d’aventure.

Lorsque les habitants se sont rendus pour la première fois dans le mémorial ouvert pour les jeux olympiques en 2020, la plupart d’entre eux étaient très en colère, parce que pour eux, la catastrophe n’était pas terminée. Ça a été très violent. Ils se sont mobilisés et ont obtenu que certaines expositions du mémorial de Futaba, le plus vaste, soient changées.

Votre exposition « Sur les traces de Fukushima » est également un travail de mémoire, qui donne à voir les lieux abandonnés lors des évacuations avant leur destruction pour décontamination. Pourquoi avez-vous mené ce travail ?

Ce que je montre dans cette exposition, ce sont les lieux avant et pendant la reconstruction. Elle commence par des photos de chaussures qui traînent dans la rue, pour évoquer ce caractère très oppressant de la fuite quand on se rend sur les lieux encore aujourd’hui. Dans mon livre, il y a le témoignage d’une jeune fille, Mari Tomizawa, qui raconte que le gouvernement avait envoyé des militaires dans des blindés pour éviter que les habitants ne partent dans un grand mouvement de panique. Ces mêmes militaires leur ont annoncé, quelques jours plus tard, qu’ils avaient une demi-heure pour évacuer le village. Ce sont les traces de cette urgence que l’on voit. Ce sont des objets du quotidien, les mêmes que les nôtres, qui montrent que cela pourrait arriver à n’importe qui.

Outre cela, les photos montrent la complexité de la situation, confronte les visiteurs aux habitants qui se racontent. Cette exposition, qui a accueilli plus de 14 000 visiteurs, fut également l’occasion de présenter nos travaux de recherche via une vidéo qui se trouve à l’entrée.

Le gouvernement veut relancer le nucléaire. Tepco vise le redémarrage du réacteur Onagawa 2 dès septembre 2024. Comment les Japonais accueillent-ils ce projet ?

Quand Fumio Kishida est arrivé au pouvoir fin 2021, il était plutôt bien vu. La seule chose qui mécontentait la population, c’était son projet de relance du nucléaire. Après la catastrophe, la grande majorité des Japonais ne voulait plus en entendre parler et cela a duré. Mais les tensions croissantes avec la Corée et la Chine, auxquelles se sont ajoutées la guerre en Ukraine, alors que le Japon importait beaucoup de gaz russe, ont permis au gouvernement de faire accepter à sa population l’idée de la nécessité d’une relance du nucléaire. Aujourd’hui, environ la moitié de la population y est favorable. Mais le discours sur le nucléaire comme énergie propre a évidemment beaucoup moins de poids ici.

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fukushima (reporterre) dans Altermondialisme fukubukin
Fukushima, 10 ans après. Sociologie d’un désastre, de Cécile Asanuma-Brice, aux éditions de la Maison des sciences de l’homme, mars 2021, 216 p., 12 euros.

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