Archive | Ecologie & climat

17 juin 2020 ~ 0 Commentaire

sécheresse (la conf’)

secheresse

Sécheresse : répondre à l’urgence et affronter le problème

Ce 17 juin est la journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse. Depuis plusieurs années, paysans et paysannes subissent des sécheresses de plus en plus prononcées qui compliquent les cycles de production et mettent en péril une récolte saine en qualité et suffisante en quantité. Ces sécheresses représentent un véritable défi pour notre souveraineté alimentaire.

L’été 2019 a vu près de 90 départements en alerte pénurie d’eau ou soumis à restrictions de prélèvements.

Cette année, les prévisions ne sont guère meilleures. Des territoires ont subi des graves inondations, tandis que d’autres n’ont pas été touchés par des précipitations suffisantes. Résultat : la plupart des nappes phréatiques ne sont pas rechargées à l’entrée de l’été.

Le 14 mai dernier, le ministère de la transition écologique a annoncé un risque de sécheresse dans une soixantaine de départements. Certains territoires, comme la région Grand-Est ou la Guadeloupe, vivent déjà des tensions fortes sur la ressource en eau.

Cette année, il est bien trop tard pour affronter de manière structurelle la sécheresse qui s’annonce. Il nous apparaît donc essentiel de limiter les effets du manque d’eau et de prendre des mesures immédiates :

·         Nous demandons l’interdiction d’alimenter les méthaniseurs avec des fourrages et pailles pendant au moins toute la période de tension sur les fourrages. Nous savons déjà qu’il manquera de paille et qu’il sera difficile d’affourager les animaux. L’élevage doit primer sur la méthanisation !

·         Nous demandons de pouvoir déroger à l’interdiction de valorisation des jachères. Des mesures concernant les cultures dérobées doivent aussi être prises, comme cela avait été fait à l’été 2019.

Pour les années qui viennent, une approche globale au cycle de l’eau est absolument nécessaire. La gestion à court terme qui consiste à constater quelle quantité d’eau reste disponible et quelles restrictions il faudra mettre en place pour faire face à la pénurie est intenable. Toutes les projections montrent que la ressource disponible se raréfie et la gestion actuelle de l’eau ne fait qu’amplifier les conflits d’usage.

En agriculture, il est indispensable d’anticiper en soutenant des pratiques agronomiques (couverture, haies, arbres, baisse de l’usage des intrants, etc.) qui limitent l’érosion, permettent d’allonger la période de séjour de l’eau dans sa phase terrestre et d’augmenter la réserve utile de nos sols.

La prise en compte de ces éléments est indispensable à la pérennité de la production alimentaire !

http://www.confederationpaysanne.fr/

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16 juin 2020 ~ 0 Commentaire

permafrost (lcr)

permafrost

La fonte du permafrost en Arctique, une bombe à retardement pour le climat

Le 29 Mai dernier, au-delà du cercle polaire arctique, environ 20 000 tonnes de diesel se sont déversées près de la ville minière russe de Norilsk, se dirigeant de fait vers l’Océan Arctique.

Il a fallu attendre deux jours pour que les autorités russes soient informées de cette catastrophe. Causé notamment par le dégel du permafrost, cet événement préfigure pour une bonne part ce qui se trame pour l’Arctique au cours de ce siècle et au-delà.

Plus largement, marqué par la hausse constante des températures due aux émissions de gaz à effet de serre, le climat planétaire voit très certainement son avenir se jouer dans cette région.

Cette catastrophe environnementale et l’absence de réactivité ont provoqué l’ire du président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, qui a déclaré l’état d’urgence dans cette zone sinistrée.

La fuite massive a finalement été contenue, et ce sont près de 200 tonnes de diesel qui ont été collectées. S’il est soupçonné que l’installation à l’origine de ce dégât environnemental n’ait pas été réellement entretenue au cours des trente dernières années, il n’en demeure pas moins que cela ne peut masquer un problème émergent dans l’Arctique.

Particulièrement marqués dans l’Arctique en comparaison au reste du globe, les effets du réchauffement climatique ont une conséquence directe : le dégel progressif du permafrost, ce sol gelé de manière quasi-permanente au cours de l’année.

Au-delà de la zone située près de Norilsk où se trouve l’installation concernée de l’entreprise Norilsk Nickel, c’est l’ensemble de la région Arctique qui est touché par ce fléau émergent. Le dégel croissant du permafrost a des conséquences directes et visibles en Alaska, au Canada, au Groenland, en Islande, en Scandinavie et en Russie.

Les villes et les routes qui ont été et sont construites sur ce sol particulier sont menacées, puisque les infrastructures perdent leur stabilité sous l’effondrement de ce sol gelé. Ce phénomène tend à s’amplifier avec la hausse globale des températures dans cette région causée par le réchauffement climatique, et cela va de pair avec une érosion accrue des sols.

Si des carcasses d’animaux datant de la dernière ère glaciaire peuvent refaire surface avec ce phénomène, les littoraux sont véritablement menacés et des villes et villages commencent à se poser la question de quitter les lieux pour vivre ailleurs.

Mais de manière plus inquiétante, ce dégel pourrait contribuer à amplifier à terme le réchauffe-ment climatique de manière significative à l’échelle planétaire. En effet, le permafrost contient en nombre des restes d’animaux et de végétation : au contact avec l’air et les bactéries qui y sont contenues, ces restes entrent alors en décomposition.

Cela a ainsi pour effet de générer une source potentiellement majeure de carbone, et donc de gaz à effet de serre notoires que sont le dioxyde de carbone et le méthane, tout en sachant que le méthane a un pouvoir réchauffant plus important que le dioxyde de carbone.

Selon les estimations, environ 1 500 gigatonnes de carbone sont piégées par le permafrost, soit deux fois plus que dans l’atmosphère. À l’heure actuelle, il est également suggéré que seulement 10% du carbone présent dans ce permafrost pourrait être libéré d’ici 2100.

Les relargages plus conséquents auront très probablement lieu dès le 22ème siècle, sans mesures efficaces pour agir sur les causes du réchauffement climatique.

Mais avec la récurrence d’hivers plus chauds en Arctique, les inquiétudes peuvent être de mise et les estimations peuvent être revues à la hausse d’ici 2100, qu’il s’agisse de la hausse des quantités de carbone libérées dans l’atmosphère et de la contribution à l’élévation globale des températures à l’échelle de la planète.

Les prévisions actuelles du GIEC entrevoient une hausse des températures planétaires dues aux émissions anthropiques de gaz à effet de serre pouvant aller aux alentours de 5°C d’ici la fin du siècle, soit autant que lors des changements climatiques naturels majeurs qui se sont étalés sur des dizaines de milliers d’années.

Pour garantir un monde viable pour l’ensemble de la population humaine et du reste du monde vivant, il est clair que l’avenir du climat planétaire se joue dès maintenant avec des mesures fortes à tous les échelons.

Des pistes pleines d’avenir existent déjà pour y contribuer, pour renverser la vapeur et faire de la lutte contre le réchauffement climatique une bataille centrale.

Les recherches multiples pour développer des industries et des modes de transports limitant drastiquement leurs émissions de gaz à effet de serre sont plus que jamais à soutenir. Et cela peut et doit se faire dès l’échelon local, dès l’entreprise, et être coordonné aux niveaux supérieurs notamment en engageant des coopérations scientifiques et diplomatiques résolues au niveau mondial pour relever efficacement le défi climatique.

Jérémy Roggy est chimiste et historien des sciences de formation (Revue Progressistes )

http://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr/

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07 juin 2020 ~ 0 Commentaire

plaudren

affiche_17juin-resp527

Plaudren:

178 800 poulets sur 6 000 m², soit 30 poulets / m². C’est le projet que vient d’autoriser le Préfet du Morbihan, en pleine crise sanitaire.

Au delà du risque de propagations de maladies dû à cette concentration et à la faible diversité génétique des animaux industriels, c’est la continuité d’un monde que nous ne souhaitons plus. Filière longue plombée par une forte empreinte carbone, pollution de l’air avec le rejet de 10 tonnes d’ammoniac par an, accroissement de la pression sur les ressources en eau… le bilan environnemental du projet est lourd.

Or, ce projet est non seulement accepté par l’Etat, mais il est également favorisé par la Région Bretagne et son président, Loïg Chesnais -Girard . Le plan volaillesde larégion prévoit en effet de verser 50 000€ de subvention à une centaine de projets de ce type en Bretagne.

C’est pourquoi nous avons choisi cette date du 17 juin, jour de mobilisation contre la réintoxication du monde pour affirmer qu’il faut stopper ces projets néfastes et engager une véritable transition vers des modes de productions plus vertueux. La réglementation et les subventions publiques doivent être dirigées uniquement dans ce sens.

APPEL À RASSEMBLEMENT

Dans le respect des règles sanitaires (groupes de 10)

LE MERCREDI 17 JUIN 2020 DEVANT LA MAIRIE DE PLAUDREN À 18H00

suivi d’un pique-nique

AU LIEUDIT LE MENÉ PROCHE DU POULAILLER à partir de 19h15 (apportez votre panier)

Contact: nopplaudren@laposte.net ou 0681108176

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06 juin 2020 ~ 0 Commentaire

rivières (e et r)

L’état des rivières bretonnes n’est pas satisfaisant
L’état des rivières bretonnes n’est pas satisfaisant
Les dernières données sur l’état des rivières bretonnes, issues de l’état des lieux du bassin Loire-Bretagne de 2019, ont été publiées. Les résultats sont bien insuffisant face aux enjeux.

Des résultats insuffisants et contrastés

En 2027, tous les cours d’eau français devront être en bon état écologique. On en est très très loin! En Bretagne on se situe globalement dans la moyenne du bassin avec 32 % des masses d’eau en Bon Etat en 2019. Malgré les dizaines de millions d’euros investis par l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, le résultat reste donc très mitigé.

En 2019, si 63 % des eaux souterraines et 73 % des eaux côtières bretonnes sont en bon état ; seuls 38 % des eaux de transitions, 32 % des cours d’eau et 6 % des plans d’eau bretons atteignent cet objectif ! Comme les masses d’eau « cours d’eau » représentent 76% du total en Bretagne, ce sont les classements de celles-ci qui influencent le plus le classement global de la région.

Les origines de ces dégradations sont nombreuses et diverses. Pour notre région, celles qui sont le plus significatives (en % de masses d’eau concernées) sont les pesticides (57 %), la morphologie (53 %), l’hydrologie (42 %) et les obstacles à la continuité écologique (41 %).

Mais de très fortes disparités sont constatés entre les territoires bretons. En effet si le Finistère dispose d’environ 68 % de ses cours d’eau en bon état ce chiffre n’est que de 39 et 35 % pour les Côtes d’Armor et le Morbihan et ce chiffre dégringole à 2 % en Ille & Vilaine !

Par ailleurs, la qualité des plans d’eau est très dégradée sur l’ensemble de la Bretagne.Sur les 33 masses d’eau plans d’eau de la région seulement 6 % d’entre elles sont aujourd’hui considérées comme étant en bon état. Ces résultats sont d’autant plus inquiétants que nous commençons tout juste à subir les premiers effets du dérèglement climatique.

A l’ouest, une eau en meilleur état ?

De nombreux acteurs publics s’évertuent, jour après jour, à mettre en avant les « bons » résultats constatés à l’ouest de la région. Mais ceux-ci cachent une réalité beaucoup plus complexe.

Le Finistère par exemple possède en même temps les meilleures qualités de nombreux petits cours d’eau (Monts d’Arrées, Montagnes Noires) et aussi les plus mauvaises qualités (Léon au Nord) avec des concentrations record de nitrate et pesticides.

L’Ille-et-Vilaine par contre possède la plupart de ses eaux en qualité moyenne, un peu en dessous du bon état. Au contraire de l’Est plutôt plat et assez peu arrosé, tout le centre-ouest de la Bretagne est avantagé par deux aspects: une pluviométrie importante qui dilue les polluants éventuels et un relief pentu qui accentue l’oxygénation des eaux des cours d’eau en évitant leur stagnation et leur permettant une meilleure régénération de la biodiversité.

Mais il ne s’agit pas de se limiter à ces simples données. En effet, il ne faut pas oublier que l’ouest breton est plus touché par les marées vertes, par les microalgues toxiques et par les fermetures de baignade. Mais comment expliquer ce paradoxe ? Comment comprendre par exemple que la rivière le Yar soit classée en Bon Etat (voire très bon) et que le déversément de ses eaux en Baie de Lannion provoque une des plus grosse marée verte de France?

En fait quand on arrive sur le littoral ce sont les flux de polluants qui comptent avec la sensibilité physiques et morphologiques des sites. Et la Directive Cadre Européenne sur l’Eau (DCE) n’en tient pas compte.

De plus, certains critères de la DCE sont contestables. Par exemple, la norme de 50 mg de nitrate par litre, prise en compte dans la DCE, est une norme de potabilité et non une norme de bon état écologique qui devrait se situer largement en-dessous. Les indices biologiques de la DCE dans les cours d’eau sont très fournis et pénalisent les cours d’eau de l’Est breton qui ont du mal à s’oxygéner.

Mais les efforts à fournir seront de toute façon partout importants, aussi bien à l’Est de la Bretagne pour atteindre le bon état des cours d’eau qu’à l’Ouest pour résoudre les problèmes du littoral et des cours d’eau et nappe du Léon.

06 juin 2020

https://www.eau-et-rivieres.org

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03 juin 2020 ~ 0 Commentaire

collapsologie (psl)

rechauffment

Collapsologie : en désespoir de causes

Depuis quelques années, une nouvelle « discipline » a vu le jour : la collapsologie.

Cette doctrine est née il y a une quarantaine d’année mais ne s’est fait connaître du grand public que récemment. Les collapsologues s’appuient sur les constats alarmants dressés par les scientifiques concernant le changement climatique et les menaces sur notre environnement. Extinction de masse, ruptures irréversibles dues au changement climatique… Les motifs d’angoisse existentielle pour l’Humanité ne manquent pas. C’est de là que vient la collapsologie.

Définition ?

Les collapsologues prédisent que le changement climatique provoquera un effondrement de la civilisation. Ou plutôt un effondrement de… un peu tout à la fois : du capitalisme, de la finance, de l’économie, de la modernité, de la « culture occidentale », de la complexité, de la démocratie libérale, de l’Etat, des services publics…

Bref, de tout ce qui nous entoure.

C’est le premier problème de la collapsologie : il n’y a pas de définition claire et précise de ce qui va s’effondrer. Beaucoup de collapsologues assument ce flou et le justifient par le fait que « tout est lié ». C’est un peu vrai, mais il ne faut pas confondre liaison et confusion, corrélation et causalité, complexité et melting-pot…

Un élément qui revient souvent dans les discours des collapso, c’est la notion de « ruptures irréversibles », à savoir de changements brutaux et profonds qui sont en train de se dérouler dans nos écosystèmes et qui seront pour la plupart irréparables.

Ils ont parfaitement raison d’en parler et d’insister sur ce point car c’est exactement ce qui est en train de se passer sur notre planète. Et c’est exactement ce qui a été ignoré pendant trop longtemps. Là où le bât blesse, c’est que ces ruptures irréversibles sont vues comme menant inexorablement à un effondrement de la civilisation voire de l’Humanité.

La collapsologie se présente souvent comme une science. De fait, elle s’appuie sur l’analyse scientifique de la nature et du climat. Mais elle applique les mêmes logiques mécanistes aux champs économique, social et politique. Les collapsologues procèdent à une naturalisation des rapports sociaux.

C’est le deuxième problème, car les sociétés humaines ne réagissent pas forcément comme n’importe quel écosystème. La réponse à un choc, qu’il soit climatique ou épidémique, dépend de beaucoup de choses : du système politique, des infrastructures, des forces productives, du rapport de force entre les classes, de la créativité des uns, de la combativité des autres… Bref de tout ce qui fait la différence entre l’Humanité et la Nature.

Vision mécaniste

Il y a toujours plusieurs scénarios possibles à une crise et à sa résolution. Prenons l’effondre-ment du système financier en 2008. La classe dirigeante a réussi à sauver les banques et en même temps sa peau en faisant payer ce sauvetage aux travailleurs et aux classes populaires.

Mais cela aurait pu se dérouler tout autrement. Si la résistance et la colère qui se sont exprimées à l’époque avaient été plus fortes et mieux organisées, elles auraient pu s’opposer à ces « solutions » et imposer une toute autre politique faite de nationalisation des banques, d’investissements publics massifs et de justice sociale.

Les collapsologues ont tendance à voir des signes d’effondrement dans tous les événements politiques (qu’il s’agisse de l’élection de Donald Trump, à la pandémie de Coronavirus, en passant par la crise grecque…) et ne s’attardent pas à analyser les multiples facteurs qui expliquent ces crises et encore moins des différents scénarios dans lesquels nous ne serions pas de simples spectateurs de notre perte mais les acteurs d’un possible salut.

En plus d’être réductrice et mécaniste, la vision des collapso est quelque peu ethnocentriste, car elle parle surtout de la situation et des préoccupations de l’homme occidental.

Solutions ?

Chez les collapsos, la vision apocalyptique de la crise climatique laisse peu de place à des solutions. Il nous faudrait donc faire le deuil du monde dans lequel nous vivons sans essayer de changer le cours des choses. La seule chose que nous pouvons faire, c’est d’essayer de nous préparer à l’effondrement. Comment ? En retournant à la nature… Mais comment faire pour les 5 milliards de citadins qui composent l’humanité ? Aucune idée…

Cette absence de solution découle notamment d’une cécité quant à la réalité de classe de nos sociétés et de l’impact que cette réalité sur la question climatique. Nous serions « Tous coupa-bles », du SMICard au capitaine d’industrie polluante.

Or il est évident que ceux qui souffrent et souffriront le plus du changement climatique sont rarement ceux qui ont une réelle influence sur le climat et la biodiversité. Nier ou sous-estimer cette réalité est une grave erreur qui non seulement épargne les responsables du désastre, mais surtout, empêche les collapsos de mener le combat là où il doit l’être, en intégrant la question importante de la justice climatique.

Que faire ?

Il faut reconnaître une chose : les collapsologues ont tiré la sonnette d’alarme d’une manière plus audible que les rapports scientifiques. Ils ont le mérite d’avoir mis des termes clairs et concrets sur ce que signifie +1,5 ou +2 degrés et de mettre en lumière la situation d’urgence dans laquelle nous nous trouvons.

Mais leurs « solutions » n’en sont pas car il s’agit davantage d’une capitulation que d’une méthode pour affronter le changement climatique et ses effets.

L’accélération récente des dérèglements climatiques pourrait cependant donner l’impression que les collapsologues ont peut-être raison sur le diagnostic. Est-il trop tard pour agir?

Il est clair que certains seuils ont été franchis et qu’on ne peut pas espérer revenir à une situation « normale » en termes de climat et de biodiversité. Mais capituler et « laisser filer » le dérèglement serait la pire des choses.

Car même dans un environnement fortement dégradé, les conséquences pour l’Humanité seront très différentes selon qu’on organise et planifie le partage des richesses, les efforts de réduction des gaz à effet de serre, la protection des écosystèmes et l’adaptation de nos modes de vie ou qu’on laisse le capitalisme « gérer » la situation.

Face à l’adversité, la construction d’une société résiliente ne pourra pas se faire dans le cadre du capitalisme. On le voit déjà clairement avec une « petite crise » comme celle du Coronavirus.

Contre la barbarie d’un effondrement en mode « Mad Max », la seule alternative à visage humain est le Socialisme, c’est-à-dire la construction d’une société fondée sur le partage des richesses et du savoir, la propriété collective des moyens de production et la planification écologique couplée la libération des formidables capacités de l’être humain à protéger et à réparer son environnement.

Bref, à faire passer la Vie avant les profits.

mercredi 03/06/20 Par Jean (Luxembourg)

https://fr.socialisme.be/

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03 juin 2020 ~ 0 Commentaire

abattoirs (pùblico)

vacharan

Pourquoi y a-t-il tant de foyers de coronavirus dans les abattoirs ?

Il se passe quelque chose d’étrange dans les abattoirs d’animaux du monde entier : un grand nombre des foyers de coronavirus se produisent dans ces établissements.

Des centaines d’abattoirs aux États-Unis ferment leurs portes après que des milliers de cas aient été confirmés. Le Centre américain pour le contrôle des maladies recense plus de 200 industries de la viande où le coronavirus a refait surface.

L’Allemagne a détecté 90 cas dans un abattoir de la région de Saxe. C’est la dernière d’une série de foyers qui ont touché des établissements de transformation de la viande dans plusieurs États.

En France, des foyers de coronavirus ont été confirmés dans deux abattoirs de l’ouest du pays.

En Espagne, plus de 370 travailleurs viennent d’être testés positifs dans une entreprise de viande de la ville de Binéfar (Huesca).

Des histoires comme celles-ci sont racontées dans d’autres pays comme le Canada, le Brésil, l’Australie, l’Irlande ou le Royaume-Uni.

Qu’est-ce que les abattoirs d’animaux ont de si spécial qu’ils multiplient les infections ?

Il n’y a pas encore de réponse scientifique définitive. Plusieurs hypothèses ont été avancées, mais nous ne savons pas encore laquelle est correcte ou s’il s’agit d’un mélange de facteurs.

a) Les abattoirs n’ont peut-être rien de particulier.

Il en sera de même dans d’autres industries lorsqu’elles rouvriront. Ils sont simplement un lieu de travail où il y a beaucoup de monde dans un petit espace où la distance de sécurité ne peut pas être respectée. Les abattoirs sont restés ouverts parce que la production alimentaire est le « service essentiel » par excellence. Les germes apparaîtront dans d’autres industries organisées en « chaînes de production » dès qu’elles auront retrouvé leur pleine capacité.

b) Le froid, l’humidité et l’effort physique.

Les abattoirs sont des lieux dotés d’immenses chambres froides à très basse température pour conserver la viande. Le travail demande beaucoup d’efforts physiques, ce qui implique un rythme cardiaque élevé et une respiration plus rapide. La combinaison de l’humidité, des basses températures et de l’effort pourrait favoriser la production et la persistance dans l’air d’aérosols (petites gouttelettes qui sortent de notre système respiratoire). Nous savons que le coronavirus se transmet par aérosols. Selon cette hypothèse, les abattoirs seraient des zones « idéales » pour la transmission.

c) Population sociale à risque.

Les épidémies en Allemagne ont créé une grande controverse sociale et politique sur les conditions de travail dans les abattoirs. La plupart des travailleurs sont polonais, roumains et bulgares, qui gagnent des salaires très bas et vivent dans de petits appartements partagés.
En réponse à ce scandale, le gouvernement allemand a interdit l’utilisation de contrats tempo-raires dans le secteur à partir de janvier 2021. Les abattoirs devront également installer des détecteurs d’empreintes digitales pour garantir le respect strict des horaires de travail légaux.

Alberto Sicilia 1er juin 2020

https://blogs.publico.es/alberto-sicilia/

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26 mai 2020 ~ 0 Commentaire

algues vertes (fr3 reporterre lpb)

algues

Des journalistes vent debout contre la difficulté d’informer sur l’agroalimentaire en Bretagne

Une nouvelle génération de journalistes vient d’adresser une lettre ouverte au président de la Région Bretagne contre la difficulté d’informer sur l’agroalimentaire local. Depuis ce week end, des signatures affluent. Leur but : médiatiser la question auprés du public breton.

Tout est parti ce week-end d’une quinzaine de jeunes journalistes bretons, et ce sont désormais plus de 250 reporters professionnels, plus ou moins capés, indépendants ou implantés dans de grandes rédactions régionales, et même nationales.

Tous disent leur malaise et leur ras-le-bol dans une lettre ouverte à Loïg Chesnais-Girard, président de la région Bretagne. Même France Inter en a parlé ce matin. Les initiateurs de l’action n’en reviennent pas.
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La lettre « du club des 15″

Un « club des 15″ a sollicité par le bouche-à-oreille ses consoeurs et confrères avec ce courrier « Journalistes pour la liberté d’informer sur l’agroalimentaire en Bretagne ». Ils ne s’attendaient pas à un tel succès. Le lien sur les signataires.

Agroalimentaire breton et omerta

Tous font le même constat : face à l’omerta qui règne dans le monde de l’agroalimentaire breton, il est difficile d’informer sereinement le public.

Face à l’autocensure que s’appliquent certains journalistes, la censure plus ou moins explicite exercée par certains médias, les pressions sur les témoins, ou encore les procès ou menaces de procès auxquels témoins et médias sont confrontés, ils ont décidé d’agir.

Un véritable pavé dans le monde de l’agroalimentaire qui risque de faire des ricochets, bien au-delà des frontières britto-bretonnes, car beaucoup s’accordent aujourd’hui pour dire que le modèle agricole intensif, avec ses élévages massifs et ses monocultures, a vécu et doit revenir à une certaine raison.

L’aspect émergé de l’iceberg dans cette tribune, c’est bien sûr le procés intenté à Inès Léraud. Cette jeune journaliste et auteure de la bande dessinée « Algues vertes, l’histoire interdite » est attaquée en justice par une entreprise agroalimentaire bretonne.

Une lettre qui fait aussi référence à la tribune du journal Libération parue le 9 mai 2020.

Témoignages : ils ont signé cette lettre ouverte
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Plusieurs fines plumes bretonnes, qui ont préféré rester anonymes, nous ont expliqués au téléphone pourquoi il ont signé cette lettre ouverte :  » C’est une excellente chose qu’au-delà de la concurrence entre médias, les journalistes s’entendent sur une des bases de leur travail, à savoir sortir des informations étayées. »B. est journaliste dans la presse quotidienne régionale. Il se sent solidaire de ces jeunes confrères plus fragiles, car indépendants, n’appartenant pas à une grande maison.Il a eu l’occasion de travailler sur des sujets sensibles, liés à l’agroalimentaire breton. Et alors que son enquête n’était pas encore aboutie, il a reçu un coup de fil de la part du dirigeant de cette entreprise, lui expliquant qu’il savait très précisément ce sur quoi il enquêtait.Il parle de divers procès intentés à son journal par le PDG d’un grand groupe breton. Des procès qui ont un certain coût financier pour les gros médias :  » Alors pour les journalistes indépen-dants, vous imaginez les répercussions. C’est bien une manière délibérée de faire obstruction à une enquête, souvent de l’intimidation « .

Bémol

Mais une chose l’interroge dans cette démarche : pourquoi faire appel au président de région pour garantir la liberté de la presse ? Si d’un côté on lui reproche de construire l’avenir du territoire avec, notamment, les acteurs de l’agroalimentaire breton, comment peut-il être juge et partie dans ce dossier ?

D. travaille régulièrement sur l’agroalimentaire breton, les questions économiques et sociales,  mais aussi l’environnement :

« J’ai signé la lettre ouverte, car c’est vrai qu’on ne peut pas informer normalement sur les questions agricoles ou agroalimentaires en Bretagne. Or, les pratiques de certains agriculteurs et de certaines entreprises sont au cœur des débats actuels, sur les questions sociales ou environnementales, sur l’alimentation, sur la transition.

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Quand on sollicite une interview, souvent personne ne nous répond, ou alors on nous renvoie à des agences de communication parisiennes et ça ne débouche pas.  Et si on traite un sujet sans avoir les deux parties, on nous taxe d’« agribashing » « . » Quand on veut interviewer des ouvriers, même syndiqués, souvent ils ont peur de sanctions. Ils veulent rester anonymes. Quand on interviewe des agriculteurs qui ne sont pas d’accord avec la FDSEA, qui veulent un autre modèle agricole, certains reçoivent parfois des menaces. Je pense qu’il est grand temps que la Bretagne se regarde en face. « 
La réponse de la Région
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C’est en buvant son café, alors qu’il écoutait France Inter, que Loïg Chesnais-Girard a entendu pour la première fois parler de cette lettre ouverte à la Région. Un coup à ne pas apprécier son petit corsé du matin, pour cause dans son édito Sonia Devillers parle de mécanique de représailles, de subventions qui ne doivent pas disparaître.
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Mais après une relecture attentive de cette lettre, il se rend compte qu’il n’est pas directement visé. Il y a bien sûr la polémique avec la maison d’édition Skoll Vreizh et son refus d’éditer en breton la bande dessinée sur les algues vertes d’Inés Léraud. Mais toute cette polémique ne peut revenir au conseil régional.
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Pour preuve, le refus de la présence d’Inés Léraud au salon du livre à Quintin est plutôt à porter au crédit d’un élu local pas vraiment de son bord.Un bord d’ailleurs pas vraiment favorable aux subventions régionales versées à certaines associations environnementales qui ont pourtant joué leur rôle de sentinelles sur terre, dans l’eau et dans les airs, depuis bien des années. Mais c’est un secret de polichinelle que la région et l’agroalimentaire ont composé, composent et composeront encore ensemble pour l’avenir de la Bretagne.Mais alors, Monsieur Le Président, comment interprétez-vous cette lettre qui vous demande des moyens et un certain arbitrage, au même titre qu’un observatoire de l’agri bashing qui a vu le jour ? Je veux dire aux journalistes que, pour moi, c’est oui !.
Oui, je suis d’accord pour contribuer à garantir une information et une parole publique libre, sur les enjeux de l’agroalimentaire en Bretagne, comme sur n’importe quel autre sujet. La liberté de la presse n’est ni anecdotique ni à géométrie variable.Oui, je peux certifier que tous les journalistes peuvent interroger la Région, en toute transparence et indépendance, à chaque fois que cela est nécessaire. J’en serai le garant, et je suis prêt à répondre de tout manquement à ces principes.

Oui, je peux assurer, comme je l’ai dit à Inès Léraud et au président de la maison d’édition Skol Vreizh, qu’aucune maison d’édition ne verra ses subventions coupées pour la publication de la BD « Algues vertes, l’histoire interdite » en français, en breton ou en gallo. L’aide à la création culturelle et l’aide à la diffusion ne se conditionne pas, c’est un principe fort que j’assume.

Oui, je m’engage à poursuivre et à amplifier notre soutien aux lieux de formations universitaires à l’information en Bretagne, comme nous le faisons déjà avec l’IUT de journalisme de Lannion.

Oui, je suis disponible pour accompagner la création d’un observatoire régional indépendant des libertés de la presse. La liberté de la presse est un droit constitutionnel non négociable, et je m’engage à participer, à mon niveau, au démantèlement de toutes les autocensures qui empêchent les journalistes de travailler sereinement.

Oui, je suis volontaire pour faire en sorte que la presse puisse faire son travail en toute indépendance et en toute impartialité en Bretagne.

Oui, je suis disponible pour vous recevoir, collectivement ou au travers des représentants que vous choisirez. Loïg Chesnais-Girard

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De son côté, le vice-Président en charge de l’agriculture et de l’agroalimentaire, Olivier Allain nous a contacté pour une mise au point : « Jamais je n’ai exercé la moindre pression ni le moindre chantage à l’encontre de quiconque, ni en interne ni en externe. La liberté d’expression est une de mes valeurs fondamentales. Je n’ai plus aucune responsabilité à la FDSEA même si j’en suis toujours adhérent », ajoute celui qui est désormais maire de Corlay (22). Il se dit vexé et blessé par cette affaire d’autocensure.

Toujours plus de signataires

Le nombre de journalistes signataires de cette lettre ouverte avoisine ce soir les 300. Les rédactions de Mediapart et Disclose se sont également associées à cette demande comme certaines plumes nationales ou internationales du journal Le Monde.

Reste à savoir si cette tribune trouvera un écho dans le monde scientifique.

Une pétition en ligne veut en tout cas associer le public au sens large, puisqu’elle est ouverte à tous. Et comme le rappelle le club des 15, le but ici est bien de sensibiliser tout le monde à cette difficulté d’informer sur le monde agroalimentaire et par ricochet, sur ce que nous mangeons.

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Gilles Raoult 26/05/2020
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26 mai 2020 ~ 0 Commentaire

éric toussaint (cadtm)

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21 mai 2020 ~ 0 Commentaire

russie (msr révolution-permanente)

msr russie

Un appel de Russie : Défendez les socialistes et les militants écologistes en Ljevsk

Exigez l’abandon des accusations à motivation politique portées contre Dmitriy Tsarenko !

Depuis fin avril, Dmitriy Tsarenko ( Morozov), l’un des dirigeants de la branche du mouvement socialiste russe à Ljevsk, en Oudmourtie, subit une pression croissante de la part de l’appareil d’État – en particulier du « Centre de lutte contre l’extrémisme » du ministère de l’Intérieur – souvent utilisé par les autorités contre les opposants politiques.

Le 15 mai, la police a tenté de l’inculper d’un incendie criminel contre le bureau du parti Russie Unie, au pouvoir, et le 18 mai, Dmitriy a été officiellement inculpé du délit ridicule de « justification du terrorisme » en rapport avec un discours qu’il a prononcé lors d’une manifestation en mars. Là, Morozov a exigé la libération des antifascistes emprisonnés dans le cadre de l’affaire du Réseau, qui a été fabriquée par la police secrète. La violation de cet article du code pénal russe peut entraîner une peine allant jusqu’à trois ans.

Toute condamnation de Tsarenko sera plus qu’un autre exemple épouvantable de la répression du gouvernement russe contre son opposition – elle créera un précédent très dangereux, permettant à pratiquement tout partisan de campagne de solidarité défendant les prisonniers politiques d’être accusé du même crime. La plus ancienne organisation russe de défense des droits de l’homme, Memorial, a inscrit les accusés de l’affaire Network comme des prisonniers politiques.

Nous pensons que les accusations criminelles portées contre Dmitriy sont politiquement moti-vées et liées à son rôle actif dans l’organisation des protestations de plusieurs centaines de personnes contre la construction d’une usine de traitement des déchets dangereux dans une ville voisine bordée de plans d’eau, à ses critiques ouvertes à l’encontre du gouverneur de la République d’Oudmourtie, Alexandre Brenchalov, et à son projet de se présenter aux élections locales cette année.

Cette répression contre M. Tsarenko s’inscrit dans la tendance à la répression croissante que nous avons observée le mois dernier, alors que le niveau de confiance des Russes dans un gouvernement incapable d’endiguer la propagation de l’épidémie ou de leur fournir un soutien financier direct s’effondre.

Nous vous demandons de nous aider à lancer une campagne internationale de solidarité avec Dmitriy Tsarenko.

Contactez vos amis dans l’activisme environnemental et des droits de l’homme, et faites connaître son cas en utilisant le hashtag #HandsOffMorozov #SolidarityIsNotaCrime, et envoyez des lettres demandant l’abandon des charges aux ambassades de la Fédération de Russie dans vos pays, ainsi qu’au Comité d’enquête d’Oudmourte (press@18.sledcom.ru) et au gouvernement de la République d’Oudmourte (gov@udmurt.ru). (Veillez utiliser le nom de famille légal de Dmitriy, Tsarenko).

Mouvement socialiste russe mercredi 20 mai 2020

Anticapitaliste.ru

Coordonnées :

socresist@gmail.com 

https://nobordersnews.org/

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21 mai 2020 ~ 0 Commentaire

algues vertes (fr3)

algues vertes

Inès Léraud attaquée en justice pour avoir enquêté sur l’agroalimentaire breton : l’affaire devient politique

Inès Léraud a enquêté pendant trois ans « en immersion » en Bretagne.

Inès Léraud a enquêté sur l’agroalimentaire en Bretagne, ses impacts sociaux et environnementaux, mais aussi sur les méthodes de certaines entreprises. L’une d’elles l’attaque en diffamation. Un collectif lance une pétition pour soutenir la journaliste et défendre la liberté d’informer.

C’est une affaire médiatico-juridico-politique aux relents d’algues vertes putréfiées. On y croise un scientifique algo-nitratosceptique, un chef d’entreprise condamné par la justice, des ouvriers en souffrance, des familles en deuil, des militants écologistes solidaires, un éditeur inquiet, et des élus régionaux blessés.

Ou comment la ténacité d’une jeune journaliste d’investigation peut remuer les tabous bretons, jusqu’à faire réagir un président de Région écartelé entre ses principes démocratiques et les pressions du monde agricole et agroalimentaire.

Attaquée en diffamation

Inès Léraud est convoquée par la justice pour une audience qui devrait se tenir les 20 et 21 janvier 2021 au Tribunal de Grande Instance de Paris. Elle est attaquée en diffamation par un chef d’entreprise guingampais, Jean Chéritel, patron du groupe Chéritel Trégor Légumes, dont elle a épinglé les pratiques managériales et commerciales dans un article publié par Bastamag en mars 2019.

La journaliste indépendante y décrivait à travers plusieurs témoignages anonymes de syndicalistes et d’anciens salariés les conditions de travail et les rapports sociaux dans l’entreprise.

Elle y relatait aussi les démêlés de ce grossiste en fruits et légumes avec la justice : en décembre 2018, le groupe Chéritel a été condamné à 261 000 euros d’amende pour avoir fait travailler illégalement des intérimaires bulgares, via une société intermédiaire, jugement dont il a fait appel. L’entreprise a, depuis, en novembre 2019, été également reconnue coupable par le Tribunal Correctionnel de Saint-Brieuc, de « tromperie » sur l’origine d’un produit, après avoir vendu des tomates étrangères estampillées « origine France ».

La journaliste dénonce connivences et omerta

Mais l’affaire Chéritel n’est qu’un des dossiers sur lesquels Inès Léraud a enquêté.

La jeune femme n’est pas bretonne mais quand elle se lance dans une carrière de journaliste d’investigation, elle comprend très vite que la Bretagne est une terre où bien des lièvres sont à soulever. Elle s’installe dans les Côtes d’Armor en 2015 et, pendant trois ans, enquête sur l’industrie agroalimentaire bretonne pour différents médias et notamment France Culture (émission « Les pieds sur terre »).

Elle s’intéresse aux problèmes économiques et sociaux rencontrés par les agriculteurs et par les ouvriers de l’agroalimentaire, mais aussi aux conséquences environnementales de l’agriculture productiviste. Son enquête « Algues vertes, l’histoire interdite », éditée sous forme de BD, en 2019 par La Revue Dessinée-Delcourt, remporte un vif succès en Bretagne et bien au-delà de la région puisqu’elle a été vendue à 46 000 exemplaires.

La journaliste y rappelle les faits, la prolifération des ulves sur le littoral, les différentes affaires de décès où l’hydrogène sulfuré est incriminé, mais aussi la manière dont les explications scientifiques du phénomène des marées vertes sont battues en brèche par le « lobby agroalimentaire » breton dont elle montre les imbrications et les ramifications.

Elle y dénonce aussi une certaine omerta politico-médiatique, qu’elle appelle « la fabrique du silence », tout en citant et remerciant quelques confrères et consoeurs dont les reportages ont aiguillé certains aspects de son enquête.

C’est le cas d’un de nos reportages, pour lequel, en 2011 nous avions suivi une conférence du scientifique très controversé Christian Buson, invité par les organisations agricoles et agroali-mentaires à Saint-Pol-de-Léon pour démontrer la non-responsabilité de l’agriculture intensive et des nitrates dans la prolifération des algues vertes (allant délibérément à l’encontre des résultats multiples et unanimes des instituts de recherche, Ifremer, CNRS, Inra, etc).

En découvrant les quelques pages de la BD le montrant et décortiquant son discours, Christian Buson portera plainte contre Inès Léraud avant de finalement renoncer, quelques jours avant la date du procès en janvier dernier (la plainte n’a jamais été consignée). Il n’avait pas souhaité attaquer parallèlement l’éditeur, comme cela se fait d’ordinaire, mais uniquement la journaliste. Celle-ci avoue se sentir « vulnérable, travaillant de manière indépendante ».

Christian Buson est l’auteur d’un ouvrage dénonçant les conclusions actuelles (2011) sur l’origine des algues vertes. Pour lui, elles ne seraient pas liées au productivisme agricole et aux nitrates d’origine agricole.

« Des tentatives d’intimidation » pour Inès Léraud

Pour la journaliste, « ces plaintes sont autant de tentatives d’intimidation pour nous faire taire, moi et les témoins qui osent se confier à moi ». Un collectif breton s’est donc constitué pour la soutenir et « défendre la liberté d’informer sur le secteur de l’agroalimentaire, face aux intérêts privés qui aimeraient la restreindre ».

Il faut dire que dans différentes affaires comme celles des salariés de Triskalia victimes des pesticides, les défenseurs des malades et des familles des personnes décédées ont bien conscience d’être confrontés à un système très organisé, très puissant et à un tabou qui pèse sur la société bretonne.

En préambule à la pétition mise en ligne par Cyberacteurs, les soutiens d’Inès Léraud expli-quent, dans une tribune publiée par Libération, comment son invitation au Salon du livre de Quintin a finalement été annulée « suite à une demande politique ». Comment une maison d’édi-tion bretonne qui avait envisagé de traduire la BD « Algues Vertes, Une histoire interdite » en breton, « a préféré renoncer par peur de perdre des subventions du Conseil régional de Bretagne ».

La Région s’offusque et parle d’auto-censure

Cette phrase évoquant les craintes d’acteurs culturels, voilà qui a fait sortir Jean-Michel Le Boulanger de ses gonds. Le vice-président de la Région Bretagne à la Culture et à la Démocra-tie se dit « profondément blessé et meurtri ». « Depuis 10 ans que je suis Vice-Président du Conseil Régional, pas un livre, pas un film n’a été censuré. Il s’agit donc bien d’auto-censure de la part de cette maison d’édition dont je ne connais pas le nom. La liberté d’expression, c’est le combat de ma vie ! »

Et de poster sur Facebook : « Le combat pour la liberté d’expression ne peut tolérer aucun coup de canif ! Total soutien à Inès Léraud. » 

L’affaire est si sensible, à moins d’un an des élections régionales, que le président de Région, Loïg Chesnais-Girard, enfonce lui-même le clou lors d’un « Facebook live » le 15 mai, en indiquant qu’il a « personnellement appelé la journaliste pour lui affirmer son soutien si jamais elle subit des intimidations ».

Et de lui assurer que « si son éditeur (pour l’édition en breton), que je ne connais pas, a des inquiétudes, je suis prêt à lever ces inquiétudes ». Et Loïg Chesnais-Girard de regretter enfin que ces mots aient été publiés dans la tribune « sans être vérifiés, il y a peut-être de l’auto-censure… »

Et c’est là que le débat s’envenime : le collectif de soutien à Inès Léraud n’admet pas ces allégations de « non vérification d’informations » et publie un nouveau communiqué, évoquant notamment l’affaire des affiches de France Nature Environnement sur les algues vertes, atta-quées en justice par Jean-Yves Le Drian en 2011, et assurant que « de très nombreuses personnes, témoins, salariés, inspecteurs du travail, scientifiques, politiques, les ont contactés pour les encourager dans leur démarche de libération de la parole ».

Et de rappeler la petite phrase d’Emmanuel Macron au pape François en 2018, quand il lui présente son ministre Jean-Yves Le Drian : « Les Bretons, c’est la mafia française ». « Cette phrase ne nous a ni fait rire, ni rendus fiers. Mais elle disait peut-être vrai », conclut le collectif dans son communiqué.

Pataquès révélateur 

Nous avons retrouvé la maison d’édition en question pour avoir le fin mot de l’histoire. Paolig Combot, président de Skol Vreizh, nous indique qu’il « a bien envisagé à l’automne dernier, la possibilité d’éditer une version traduite en langue bretonne de la BD », mais qu’avec ses collègues ils ont « préféré ne pas aller au bout de la démarche, d’une part pour des raisons économiques » (ses clients habituels l’ayant, sans doute, déjà, pour certains, achetée en français), mais aussi, il le reconnaît, « par crainte pour leur subvention, du fait de l’influence au sein du Conseil Régional de personnes en charge de l’agriculture ».

Il ne veut pas citer de nom mais l’allusion à l’ancien président de la FDSEA22 et de la Chambre d’Agriculture des Côtes d’Armor, Olivier Allain, devenu vice-président en charge de l’agriculture et de l’agroalimentaire, semble évidente.

La maison d’édition morlaisienne craignait, en quelque sorte, de faire les frais d’un « défaut d’étanchéité » entre agriculture et culture à la Région. La mise au point de Loïg Chesnais-Girard, qui a décidé d’éteindre lui-même le feu, a dû la rassurer.

Mais ce pataquès est bien symptomatique du climat régnant en Bretagne, alors que le « modèle agricole et agroalimentaire breton » est, depuis longtemps, mais de plus en plus, au fil des affaires sanitaires, sociales et environnementales, remis en cause.

Une affaire qui révèle un « en même temps » breton difficile à tenir

La position du « en même temps » , initiée en Bretagne par Jean-Yves Le Drian dès 2010 pour assurer sa réélection à la tête de la Région, avant d’être reprise au niveau national par Emmanuel Macron, est de plus en plus difficile à tenir pour la majorité régionale de son dauphin Loïg Chesnais-Girard.

Les clivages s’exacerbent, les manifestations et les procès fleurissent, sur les pesticides notam-ment, et les importations de soja OGM pour l’élevage industriel. Et l’opinion publique aspire, d’une manière générale, à plus de prise en compte des enjeux écologiques, de santé, et d’une alimentation, certes locale, mais aussi saine et responsable.

La campagne électorale des Régionales 2021 n’est pas encore vraiment lancée, mais ces prémisses nous confortent dans l’idée qu’elle va être tendue et passionnante ! Inès Léraud, qui est partie enquêter sous d’autres cieux, reviendra peut-être en Bretagne pour observer cela de près.

Muriel Le Morvan 20/05/2020

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

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