Archive | Ecologie & climat

22 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

cop 15 (montréal)

Du 7 au 19 décembre 2022, Montréal accueillera la 15e conférence des parties (COP15) à la Convention sur la diversité biologique des Nations-Unies.

Ce grand rendez-vous international doit déboucher sur un nouveau cadre mondial pour restaurer et protéger la biodiversité d’ici 2030. À l’heure actuelle, près d’un million d’espèces sont menacées sur la planète. En quelques décennies, la crise de la biodiversité est venue mettre à mal notre santé, notre sécurité, notre alimentation, de même que des modes de vie millénaires. Le temps presse.

En décembre, la société civile québécoise a une occasion unique de se faire entendre, en solidarité avec le reste de la planète.

C’est pourquoi Nature Québec sera à la COP15 afin de suivre les discussions, de vous informer sur les enjeux des négociations, de dénoncer ceux qui tentent de les faire dévier et d’organiser la mobilisation citoyenne. Invitons les gouvernements, ici comme ailleurs, à être à la hauteur des enjeux. Faisons de la protection de la nature, une valeur fondamentale de nos sociétés, au bénéfice de toutes les générations !

https://www.pressegauche.org/

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22 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

eelv (jdd)

verts-schtroumpf

À l’heure du congrès, EELV se rêve en parti de masse

Alors que le congrès approche, les principales candidates sont d’accord sur un constat amer : compter seulement 11 106 adhérents quand on prétend être un parti de gouvernement n’est plus possible.

Samedi prochain, ils seront 11 106 adhérents EELV à pouvoir voter pour le premier tour du congrès . À l’heure où les mouvements de jeunesse pour le climat se multiplient et alors que l’urgence climatique n’a jamais été aussi palpable, ce chiffre peut étonner.

« Nous sommes les pionniers et les pionnières d’une vision politique désormais au centre du jeu, mais nous sommes toujours un parti relativement petit et fragile », notait récemment Sandrine Rousseau dans un mail interne.

11 106 adhérents, voilà un nombre bien maigrelet même si les Verts n’ont jamais été un parti de masse. À sa création en 1984, ils comptaient difficilement un millier de militants. Puis 2 000 fin 1989, après leur première percée politique, aux européennes. Il a ensuite fallu attendre 2001 pour tutoyer la barre des 10 000.

 Arthur Nazaret 22/11/2022

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20 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

gloutons (basta)

ZAD

« Une petite partie de l’humanité, par sa gloutonnerie, remet en cause la possibilité d’habiter sur Terre »

Anthropologue, Philippe Descola, a consacré une partie de son travail à proposer de nouvelles façons d’habiter la Terre. En déconstruisant l’idée de « nature », il appelle à changer radicalement nos relations avec le monde vivant et les non-humains. Entretien.

Professeur émérite au Collège de France, où il succéda à Claude Lévi-Strauss à la tête du Laboratoire d’Anthropologie sociale, Philippe Descola est un éminent anthropologue. Après avoir vécu chez les Achuar, un peuple animiste vivant dans la forêt amazonienne en Équateur, il consacre une grande partie de son travail à tracer les contours de nouvelles façons d’habiter la Terre. Comment ? En déconstruisant l’idée même de « nature », et en nous appelant à changer radicalement de logiciel dans nos relations avec le monde vivant. Rencontre avec l’une des voix les plus influentes et respectées de l’écologie politique.

basta! : Votre dernier livre, Ethnographies des mondes à venir, coécrit avec Alessandro Pignocchi, tout comme le documentaire dont vous êtes le sujet principal, Composer les mondes, d’Eliza Levy [1], tissent tous deux un parallèle entre ce que vous avez pu observer chez les Achuar en Amazonie, puis sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Qu’est-ce qui réunit, selon vous, ces deux territoires bien distincts ?

Philippe Descola : Un même mouvement de refus de l’appropriation privative des communs, qui participe aussi d’une autre façon de s’attacher à son territoire. Dans leurs luttes contre la spoliation territoriale, les populations autochtones s’efforcent toujours de mettre en évidence que les territoires qu’elles habitent ne sont pas simplement des « gagne-pain », c’est-à-dire des lieux utilisés d’abord pour exploiter des ressources. Il y a bien d’autres raisons, au-delà de ça, pour lesquelles elles occupent le territoire.

Exemple avec les combats face aux projets de mine dans les Andes : on se bat au nom de la montagne parce que c’est un « commun », mais pas au sens où ce serait une ressource commune à tous, mais au sens où c’est un élément qui est partie prenante du territoire et qui fait partie d’un collectif plus large que celui des seuls humains.

Les luttes pour la protection du territoire en Amazonie ne sont pas des revendications d’autochtonie, il ne s’agit pas de clamer l’exclusivité pour soi d’un espace : il s’agit de montrer que les relations qui s’y déploient, entre humains et non-humains, sont tout à fait singulières et qu’elles méritent d’être perpétuées. C’est donc d’abord à ce titre que le territoire suppose d’être préservé.

Et dans le fond, les gens de la ZAD disent la même chose lorsqu’ils clament « Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend » : ils agissent pour un milieu de vie qui leur a offert son hospitalité, et vis-à-vis duquel ils ressentent la responsabilité de le maintenir dans un état protégé des agressions et des menaces qui s’exercent à son encontre – là même où les arbres ou les moutons ne peuvent pas agir.

Durant mon séjour à la ZAD, j’ai été très frappé de constater que ceux qui m’accueillaient avaient développé un régime d’attention très aiguisé envers les non-humains. Cela se manifestait par un sens aigu de l’observation de toutes les particularités du milieu – la végétation dont il est composé, l’abri qu’elle propose à telle ou telle espèce animale, les échanges qui s’y nouent, etc. – mais aussi par une forme d’intimité étroite avec chaque composante de ce milieu – telle parcelle de céréales trop exposée au vent du nord, telle brebis capricieuse, tel arbre qui pourrait gêner celui d’à-côté… C’est une façon tout à fait différente de se relier au monde, qui m’a rappelé ce que j’avais pu voir chez les Achuar.

Vous dites que les zadistes expérimentent une « cosmopolitique inédite »

Parce qu’ils donnent à voir des relations tout à fait différentes avec le monde vivant, avec qui ils construisent une façon de cohabiter qui est bien loin du productivisme ou du consumérisme. Nous ne sommes plus dans la prédation typique du capitalisme, qui ne conçoit les non-humains que sous la forme de ressources utiles à transformer en facteur de productions et en marchandises – une relation fondamentalement destructrice et mortifère.

Les zadistes, au contraire, nourrissent de véritables égards vis-à-vis du non-humain, il ne s’agit plus de les traiter comme des objets inertes, mais bien comme des alter ego, d’égal à égal. Ce n’est donc pas une « cosmopolitique » au sens où Kant l’entendait, lorsqu’il défendait son projet de paix perpétuelle auquel tous les humains pourraient participer en se reconnaissant mutuellement des qualités estimables – ce qui constituait par ailleurs un projet tout à fait admirable, à l’époque ! C’est une cosmopolitique inédite au sens où les non-humains font désormais partie du régime politique : ils ont un rôle à jouer dans la vie collective et dans les institutions, en tout cas il convient d’aménager celles-ci pour que les non-humains puissent y prendre toute leur part.

Et c’est inédit parce que ce registre d’attention là n’avait rien de spontané, au vu de l’origine urbaine de beaucoup d’occupants de la ZAD. D’ailleurs, au départ, le principe d’identification qui concourt à la défense du lieu résultait sans doute bien plus de l’opposition à un adversaire commun – un grand projet d’aéroport, inutile et coûteux. Mais cela ne suffit pas pour s’attacher à un lieu. Les zadistes ont appris à s’identifier progressivement à des plantes, à des animaux, au bocage et à tout un milieu de vie. Ils ont appris à reconnaître son caractère distinctif, à découvrir les singularités propres des plantes et des animaux qu’ils côtoient au quotidien. Et je trouve cet apprentissage particulièrement intéressant, car il signifie qu’il n’y a pas d’inéluctabilité à la séparation des humains avec le vivant dans ce que j’appelle le « naturalisme ».

Le naturalisme est l’une des quatre « ontologies », c’est-à-dire l’une des quatre grandes façons d’être au monde, que vous identifiez dans votre ouvrage de référence, Par-delà nature et culture [2]. À la différence de l’animisme, du totémisme ou de l’analogisme, le naturalisme stipule une parfaite dichotomie entre nature et culture. Pourquoi cette invention, parfaitement occidentale, vous semble-t-elle problématique ?

Le naturalisme, c’est l’idée qu’il y a une séparation de droit entre les humains et les non-humains. Les humains étant perçus comme les seuls détenteurs d’une âme, d’un esprit, d’une subjectivité, cela les place de fait dans une position de domination qui leur permet d’objectiver les non-humains, de les transformer en ressources, en objets de sciences, voire en sources de plaisir esthétique à l’image du mouvement romantique. Cela peut donc avoir un caractère tout à fait positif, puisque c’est ce qui a permis le développement des sciences de la nature.

Mais cette séparation entre humains et non-humains est aussi précisément ce qui a rendu possible ce mouvement de privatisation des « communs » – c’est-à-dire tous ces éléments non humains partagés par des groupes d’humains : l’eau, les forêts, les pâtures, mais aussi le savoir, par exemple – en les transformant en « ressources ». Celles-là mêmes qui ont ensuite permis, d’abord par la politique d’exploitation du travail et des matières premières dans les colonies, puis par le développement de la révolution industrielle qui en a découlé, une accumulation sans précédent de capital, avec toutes les conséquences écologiques et sociales que l’on connaît aujourd’hui. Autrement dit, par la tournure de pensée qu’il a induite chez les Européens à partir du 17e siècle et qui s’est ensuite accéléré et répandu à travers le monde, le naturalisme a été la condition de possibilité du capitalisme, son soubassement.

De ce fait, la crise climatique et écologique contemporaine hériterait donc directement du naturalisme ?

Le problème, c’est la forme d’impérialisme avec laquelle le naturalisme s’est imposé aux autres représentations du monde, partout ailleurs. Conceptuellement, on peut continuer de présenter les Chinois comme des « analogistes » – une tradition ancienne, également présente dans l’Europe du Moyen Âge ou dans les populations autochtones mésoaméricaines, qui veut que les éléments disparates du monde doivent être reliés dans des chaînes de correspondances, à l’instar de l’analogie entre le microcosme et le macrocosme, le corps humain et le cosmos céleste. Mais dans les faits, l’État chinois participe complètement à la grande bataille productiviste, basée sur cette idée démiurgique de contrôle et de transformation des ressources…

Le naturalisme n’est qu’une formulation parmi d’autres, et c’est même probablement l’une des représentations les plus exotiques en soi, en tout cas les moins bien partagées au monde ! L’idée d’une sorte de totalité extérieure aux humains qu’on appellerait « nature » n’a rien d’universel, il faut en avoir conscience. C’est pour ça que je dis que « la nature n’existe pas », pour toujours rappeler que c’est une construction.

Or, tout le drame du colonialisme, c’est qu’il n’a pas seulement pillé les ressources et réduit des populations en esclavage, mais il a aussi répandu les idées à l’origine même de ce mouvement de pillage généralisé. Et désormais, on en mesure effectivement les conséquences dramatiques, quand on voit que des populations, comme les Achuar, qui ne sont pour rien dans le changement climatique souffrent directement de ses conséquences… C’est aussi pour cela que le concept d’anthropocène me paraît mal nommé, et qu’un terme comme « capitalocène » serait bien plus juste : c’est bien une petite proportion de l’humanité qui, par sa gloutonnerie, a mis la totalité des humains dans une position terrible, en remettant en cause les possibilités de l’habitabilité sur Terre.

En quoi la relation des Achuar à leur environnement est-elle donc si différente ?

Les Achuar sont animistes, ils attribuent une âme aux plantes et aux animaux. Il y a ce qu’on peut appeler une « continuité des intériorités » : les capacités morales et cognitives ne sont pas réservées aux groupes humains, les Achuar décèlent également une subjectivité, et des intentions, chez les non-humains. Dès lors, ils ont avec eux des rapports différents, de personne à personne. Dans certaines circonstances, notamment dans les rêves où des non-humains prennent parfois des formes humaines, ils peuvent communiquer.

Ce ne sont plus des objets, mais bien des partenaires, et comme avec tout partenaire, il faut négocier, les séduire, les contraindre, etc. Mais il n’y a pas cette position de surplomb vis-à-vis d’une masse d’agrégats de non-humains qui constitueraient la « nature ». D’ailleurs, les Achuar n’ont pas de terme pour désigner la nature – en vérité, c’est même un terme qui n’existe que dans les langues européennes, quasiment introuvable ailleurs dans le monde.

Vous avez d’abord étudié la philosophie lorsque vous êtes entré à l’École normale supérieure. Qu’est-ce qui vous a poussé ensuite à vous tourner vers la discipline de l’anthropologie ?

Une petite désaffection vis-à-vis de la philosophie, disons. Plutôt que de faire de l’épistémologie, ou de l’histoire de la philosophie, il m’a semblé plus intéressant d’examiner des expériences philosophiques grandeur nature, que des collectifs humains pouvaient les mettre en œuvre. Même si ces expériences n’étaient pas nécessairement réflexives, j’avais le pressentiment qu’elles étaient porteuses d’enseignements dont on pouvait tirer parti. L’anthropologie permet de « dés-eurocentrer » le regard, et en l’occurrence, cela m’a aussi appris à « dés-anthropocentrer » les concepts que j’utilisais.

Après tout, les sciences sociales sont des héritières directes de la philosophie des Lumières, et si tout le monde utilise à présent les concepts de « nature », de « culture », de « société », il ne faut jamais oublier qu’ils ont une histoire tout à fait singulière, qui nous est propre, en Europe. L’anthropologie invite à remettre en question toutes ces notions et à en proposer d’autres.

Et à quoi donc peut servir aujourd’hui l’anthropologie ? Peut-elle nous aider à mieux métaboliser la crise écologique ?

À faire prendre conscience à nos concitoyens que les chemins sur lesquels nous nous sommes embarqués, avec le naturalisme puis le développement du capitalisme, ne sont pas les seuls possibles ! L’Histoire le montre aussi, mais à travers le passé, alors que l’anthropologie donne à voir des peuples contemporains qui nous offrent d’autres choix collectifs. C’est un tremplin pour imaginer d’autres futurs possibles.

Cela permet d’échapper à ce que François Hartog appelle le « présentisme », l’illusion que nous sommes dans un présent éternel, alors qu’il y a en fait de très nombreuses voies différentes que nous pourrions choisir. Il ne s’agit pas de copier des modèles existants, puisqu’aucune situation historique n’est transposable. Il s’agit simplement d’admettre, comme des stimulants intellectuels, toutes ces formules alternatives qui conçoivent et dessinent autrement la vie en collectivité, le rapport aux non-humains, l’organisation sociale, etc.

C’est fondamentalement une entreprise de déconstruction ?

Par définition, oui : l’anthropologie consiste à faire abstraction de valeurs qu’on porte en soi, pour mieux observer des réalités qui peuvent ensuite remettre en question nos propres certitudes. Donc la dimension critique est automatique. La principale qualité de l’ethnographe, c’est l’humilité, qui l’incite à se méfier de ses préjugés. L’anthropologue est entre deux mondes, il doit abandonner en partie celui dont il vient, sans être jamais entièrement dans celui qui l’accueille. Et c’est parce qu’il a cette distance qu’il peut être efficace, en faisant ainsi varier les paramètres de son propre monde à partir des paramètres du monde où il a choisi d’élire domicile.

Est-ce cela qui vous a conduit à vous éloigner progressivement du marxisme, dont vous avez été un compagnon de route pendant longtemps ?

Il y a beaucoup de choses à conserver chez Marx, par exemple sa théorie de la plus-value qui reste complètement d’actualité. Beaucoup des textes de jeunesse de Marx sont très intéressants parce qu’ils s’efforcent précisément d’aller à l’encontre du naturalisme. Mais ensuite, avec ses textes plus économiques, et notamment Le Capital, il a fini par se laisser happer par sa critique de l’économie politique, et il a eu tendance à naturaliser l’activité productive comme étant caractéristique du temps présent… En cela, il est typique des penseurs socialistes du 19è siècle qui n’ont pas pris en considération la finitude des ressources. Or, c’est justement un point crucial qui met à mal tout le projet construit sur l’émancipation des peuples grâce au développement des forces productives.

Au cœur de ce couplage, il y a en fait une double imposture qu’a bien mis en évidence Pierre Charbonnier dans son livre Abondance et liberté : on rendait ainsi possible l’émancipation par l’enrichissement et par l’accès à un très grand nombre de marchandises, sans prendre en considération le fait que cela n’était possible que par un phénomène de surexploitation des ressources, que ce soit la force de travail réduite en esclavage ou les matières premières, également hors d’Europe, et qui paraissaient donc infinies puisqu’on n’en voyait pas l’épuisement.

Cela, Marx l’avait vu également d’une certaine façon, à travers la théorie du fétichisme de la marchandise : il explique bien qu’on ne perçoit pas la valeur travail qui est investie dans les marchandises, et qu’on finit par avoir tendance à voir les rapports entre les humains comme des rapports entre les marchandises.

De ce point de vue, la situation qui permettrait de sortir d’une logique marchande suppose donc de sortir de la logique de production, qui est caractéristique du naturalisme. Or, autant il y a bien des débats vifs sur le principe d’accumulation capitaliste, autant l’idée de production en tant que telle reste encore quelque chose d’assez répandu. Mettre l’accent sur le fait que nous devons être sensibles aux non-humains comme partenaires dans un mouvement général d’émancipation, ça permet ainsi de changer complètement de logiciel.

Certains vous rétorqueront que déconstruire le dualisme nature-culture n’offre pas beaucoup de prises concrètes, face à l’urgence de la crise écologique et l’ampleur des dégâts, voire que cela contribuerait à dépolitiser le sujet. Et que, si l’on considère le capitalisme comme le premier facteur responsable de la crise écologique, alors c’est à lui qu’il faut s’attaquer en priorité. C’est en substance ce que défend par exemple un penseur comme Frédéric Lordon [3]. Que répondez-vous à cela ?

Qu’il faut, bien évidemment, lutter contre les institutions qui propagent et rendent possibles l’accumulation capitaliste, ça va de soi. Je n’ai jamais caché mes opinions là-dessus. Mais qu’est-ce que ça veut dire, aujourd’hui, être anticapitaliste ? Quelle forme ça prend ? Est-ce que c’est le « Grand Soir », est-ce qu’on compte faire la Révolution et pendre tous les patrons au réverbère ?

Il y a une erreur profonde sur l’état de la situation historique, qui ne s’y prête pas. C’était déjà le cas quand j’étais militant à la Ligue communiste révolutionnaire (ancêtre du NPA, ndlr) dans ma jeunesse, et c’est précisément la raison pour laquelle j’en suis parti. Notre espoir, complètement fou, c’était de devenir l’avant-garde du prolétariat, mais on ne s’était pas rendu compte que le prolétariat, tel qu’on le concevait, était en train de disparaître puisque la classe ouvrière elle-même était en train de disparaître…

Aujourd’hui, je vois dans les luttes écologiques une capacité de mobilisation absolument extraordinaire, que je ne retrouve pas dans les luttes anticapitalistes traditionnelles, dont les modes d’action n’ont pas beaucoup progressé depuis 50 ans et qui consistent essentiellement à distribuer des tracts à la sortie des usines. Moi, j’ai été très déçu par la variante léniniste de ce militantisme, qui débouche sur une impasse. Et de manière générale, il est toujours dangereux de prioriser et de ne considérer tout le reste que comme des « contradictions secondaires ».

Au contraire, il faut tout faire en même temps, à la fois se battre contre les institutions du capitalisme, mais aussi produire des alternatives concrètes – ce n’est pas l’un ou l’autre. Et c’est aussi pour ça que Notre-Dame-des-Landes est un cas si intéressant : au-delà de sa valeur exemplaire, elle a aussi offert un point d’appui important pour continuer les luttes institutionnelles. C’est tangible. Sinon, la lutte anticapitaliste reste juste incantatoire, et c’est rarement satisfaisant…

Vous vous êtes rendu à plusieurs reprises sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, ces dernières années : qu’est-ce qui vous y plaît tant, au fond ?

Le projet politique qui y est défendu, et qui est encore très mal compris par ailleurs – il suffit de voir les politiciens de droite en parler pour mesurer leur ignorance et leur mépris. La ZAD porte un projet de vie communal, dans lequel les terres, comme le travail, sont en commun. Dans lequel il n’y a pas de logique marchande derrière l’acte de production, mais plutôt une forme d’entraide, de solidarité. Dans lequel les décisions politiques, c’est-à-dire celles qui concernent la vie collective, sont prises par discussion – c’est donc une démocratie participative plutôt que représentative.

Ce qui est à la fois extraordinaire, avec un fort effet d’exemplarité, mais aussi très coûteux, puisque cela exige de rechercher et obtenir en permanence le consensus. Et de ce point de vue là aussi, on devine que cela peut être très inquiétant pour des politiciens qui considèrent qu’une fois que le citoyen a mis son bulletin de vote, il n’a plus le droit à la parole !

Au fond, la ZAD propose un récit alternatif qui est porteur d’enthousiasme. Ce n’est pas pour rien qu’il s’en crée un peu partout : contre les retenues d’eau pour la neige artificielle comme à La Clusaz, contre les mégabassines dans l’agriculture, contre des projets d’aménagement urbain, comme aux Lentillères à Dijon…

C’est une forme d’occupation du territoire qui fait tache d’huile. Au début, c’est toujours une mobilisation contre un projet, et ensuite, cette mobilisation se stabilise en un mode de vie particulier. Cela m’a beaucoup frappé lorsque j’y étais, en juillet dernier, pour le festival « Zadenvies » : tous ces jeunes sont là en quête d’une altérité possible, d’une autre façon de voir et d’être ensemble.

C’est ce qui est passionnant, ces modes d’action engendrent des modes de vie. Et de la joie, aussi, il faut voir l’enthousiasme à partager ces luttes. Tant mieux, car le militantisme ne doit pas être une martyrologie !

Philippe Descola17 novembre 2022 par Barnabé Binctin

https://basta.media/

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20 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

luttes écologistes (npa)

ecologie-conflits-energie

Pourquoi cette radicalisation des luttes écologistes ?

En France, comme ailleurs, les modes d’action écologistes se font plus spectaculaires… et suscitent discussion.

Il y a plusieurs raisons à cette radicalisation : la première est l’urgence face à l’accélération de la dégradation des écosystèmes et la multiplication des événements climatiques extrêmes.

La deuxième est le constat que les grèves pour le climat, malgré leur puissance initiale exceptionnelle et bien qu’elles aient parfois été (hypocritement) applaudies par gouvernements et entreprises, n’ont débouché sur aucun changement systémique.

La troisième est un constat : l’inhabituel, la surprise et le conformément interdit mais moralement nécessaire est devenu plus efficace pour se faire entendre. Aussi, vandalismes et sabotages prennent le pas sur les grèves pour le climat. Pneus de SUV dégonflés, compétitions sportives ou circulations automobiles interrompues, vitrines d’œuvres souillées, sabotage partiel de mégabassines …

Entre répression, criminalisation et revendication de la méthode

Cela irrite, en particulier au gouvernement, qui durcit la répression… Les amendes deviennent plus importantes, comme les peines et les arrestations. Et surtout l’arsenal militaire se déchaîne : LBD, gaz incapacitants et autres grenades explosives. Le ratio flic/manifestantEs était de un pour sept contre les mégabassines à Sainte-Soline en octobre.

Cette violence a été permise puis couverte par la com du gouvernement qui protège ceux qui détruisent la planète et criminalise celles et ceux qui la défendent en les traitant d’« écoterroristes ». En France, « terroriste » a été utilisé pour qualifier des personnes extrêmement différentes : contre les anarchistes pendant longtemps, puis par les nazis et Vichy pour criminaliser la Résistance, ensuite contre l’islamisme radical politique et armé, contre les Gilets jaunes et à présent contre l’activisme écolo.

Les mots n’ont plus de sens, mais leur objectif est clair : désigner des groupes comme relevant de la criminalité. L’opinion publique est alors décisive car elle permet d’accélérer ce processus ou de l’empêcher.

Manque de bol pour le pouvoir, ces mouvements bénéficient d’une forte légitimité. La conscience qu’un changement radical est de plus en plus pressant en termes de survie pour une large partie de l’humanité à l’échelle de quelques décennies motive ce type d’activisme. Et il marche, la manif contre les mégabassines a tenu l’actualité plusieurs jours, le souillage dans les musées est à la une depuis plusieurs semaines.

Des exemples rares ces dernières années. Cela doit nous interroger face à d’autres mouvements ou actions qui parfois ne dépassent pas la presse militante. Non pas pour abandonner d’autres ­pratiques, mais pour les enrichir.

Des lendemains vert et rouge ? Débat et actions

Pour le moment, nos mouvements sont encore trop faibles numériquement, sans relais véritables dans les entreprises, les syndicats (sauf une partie de la paysannerie), les quartiers populaires.

Cette jonction est décisive pour augmenter l’impact de ces combats, pour éviter l’isolement face au pouvoir. Le débat sur les formes et les objectifs des mobilisations environnementales est une nécessité. Il s’agit de renforcer l’unité du mouvement, de choisir les actions les plus efficaces, de résister aux intimidations du pouvoir.

Commission nationale écologie Hebdo L’Anticapitaliste – 637 (17/11/2022)

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19 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

bassines

bassines

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19 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

cop 27 (reporterre npa)

COP26

Cop27 en Égypte, « Bla, bla, bla… »

« Bla, bla, bla » : c’est ce que peut dire l’immense majorité du peuple égyptien reprenant l’expression de Greta Thunberg au sujet de la COP26. Malgré la propagande sur le rôle déterminant de l’Égypte et plus particulièrement de Sissi dans cette COP, personne n’y croit et la préoccupation de millions d’EgyptienEs est de savoir comment manger à sa faim, se soigner et éduquer ses enfants.

En Égypte, l’État est complètement exsangue et a dû pour la deuxième fois en six mois dévaluer la livre égyptienne qui a perdu 54 % de sa valeur, condition à l’obtention d’un prêt du FMI de trois milliards de dollars indispensable pour maintenir les subventions sur les produits de première nécessité afin de contenir le mécontentement social qui grandit.

La région du monde la plus touchée par le changement climatique

Les températures sont de plus en plus élevées et les sécheresses de plus en plus importantes. En Égypte, les précipitations ont baissé de 22 % en 30 ans et la construction par l’Éthiopie du Grand barrage de la Renaissance a diminué le débit du Nil qui assure à 98 % les besoins en eau du pays. La sécurité alimentaire est fragilisée par la guerre en Ukraine et par la salinisation des terres du Delta qui perdra en 2050 un tiers de sa superficie, submergé par la mer avec une hausse prévue de 1 mètre. Des villes historiques comme Alexandrie disparaîtront et des millions de personnes seront déplacées.

Un État qui se fiche de l’environnement

D’un côté, il y a les grands projets « verts » dont on se glorifie comme le plus grand parc solaire d’Afrique, mais de l’autre on développe l’agro­business, le tourisme de masse, les carrières et les cimenteries. Emblématique : la construction de la nouvelle capitale administrative à 45 km à l’est du Caire en plein désert et où tous les bâtiments dont la plus haute tour d’Afrique seront équipés de climatiseurs.

Un pays qui bafoue les droits humains

Harcèlements, intimidations, arrestations arbitraires, procès iniques, tout est bon pour faire taire les voix dissidentes. En prévision de la COP le gouvernement a annoncé la grâce de 766 prisonnierEs sur les 60 000 comptéEs mais dans le même temps 1 540 autres ont été emprisonnéEs dont certainEs avaient bénéficié de la grâce présidentielle.

Depuis quelques semaines la police arrête des centaines de personnes soupçonnées d’avoir appelé à manifester. Le 11 novembre, les rues des villes étaient quadrillées par les forces de police craignant à tort une réédition du soulèvement du 25 janvier 2011.

Liberté pour Alaa et les 60 000 autres !

Figure du soulèvement populaire de 2011 confisqué dès 2013 par les militaires, Alaa Abdel Fattah en est désormais à sept mois d’un jeûne quasi suicidaire pour protester contre sa énième condamnation en 2019 pour avoir dénigré l’armée et la police. Le 6 novembre, il a arrêté de boire mais devant les réactions de plusieurs dirigeants, Sissi a déclaré cyniquement qu’il se portait bien et qu’il recevait des soins médicaux. Macron qui tient aux bonnes relations avec l’Égypte, premier client pour les armes françaises, a repris cette déclaration mais personne n’est dupe : Alaa est sûrement alimenté de force, ce qui, pour le droit international, est un acte de torture.

Solidarité avec Alaa et les autres !

À Alexandrie, Hoda Ahmed Mercredi 16 novembre 2022

https://lanticapitaliste.org/

climat

COP 27 : les cinq chiffres à retenir

Depuis deux semaines, les dirigeants des pays riches annoncent les financements qu’ils sont prêts à engager pour lutter contre le changement climatique. Quelques nouveautés et beaucoup de recyclage : Reporterre fait le point.

Un, deux, huit, vingt milliards de dollars : les montants sont impressionnants. Mais, à y regarder de plus près, certaines annonces faites pendant la COP27 relèvent de la communication : des fonds sont simplement redirigés tandis que d’autres sont octroyés sous forme de garanties financières. Sans oublier des objectifs acquis de longue date aujourd’hui remis en cause ou encore la présence de très nombreux lobbyistes de l’industrie fossile. Tout cela a brouillé le contenu des discussions de la COP27, qui s’achève samedi 19 novembre à Charm-el-Cheikh. Reporterre fait le point en cinq chiffres clés.

L’objectif climatique des 1,5 °C remis en cause

Fin octobre, plus de 1 000 scientifiques avaient jeté un pavé dans la mare : est-il réaliste de maintenir l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C alors que celui-ci sera dépassé dans moins de 10 ans ?

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, n’était guère plus optimiste en ouverture de la COP27, estimant que cet objectif était désormais « en réanimation ». Il s’agit pourtant d’un engagement majeur de l’Accord de Paris : « Limiter le réchauffement climatique à un niveau bien inférieur à 2 °C, de préférence à 1,5 °C, par rapport à l’ère préindustrielle ». Mais depuis, la température ne cesse de grimper (+1,1 °C aujourd’hui) et les efforts des États restent insuffisants pour la contenir, à tel point que son inscription dans l’accord final à Charm-El-Cheikh est débattue.

Des pays émergents, tels que l’Inde ou la Chine, ou les pays arabes semblent réticents à l’y intégrer. Mais ce serait un retour en arrière, que dénoncent les pays les plus vulnérables, notamment la coalition des petites îles (Aosis) dont certaines pourraient disparaître à cause de la montée des eaux. Le Giec est lui aussi très clair : « Les impacts du réchauffement seront bien plus faibles à + 1,5 °C qu’à + 2 °C. ». En tout cas, le G20, réuni à Bali en même temps que de la COP, a réaffirmé son ambition de poursuivre les efforts pour limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 °C, en accélérant la sortie progression du charbon.

Pertes et dommages : 300 millions de dollars proposés, 580 milliards nécessaires

Enjeu majeur de cette « COP africaine », la question du financement des conséquences irréversibles du changement climatique a cristallisé les tensions. Le vice-ministre de l’environnement hondurien, Malcom Stufkens, a estimé que cette question conditionnerait la réussite ou non du sommet. Si une dizaine de pays (dont la France, l’Écosse, la Belgique, l’Allemagne, l’Irlande, l’Autriche, le Canada…) se sont engagés à verser 300 millions de dollars pour dédommager les pays vulnérables, le ministre a estimé qu’« il y a un problème d’échelle.

Nos besoins en termes de pertes et dommages devraient atteindre 580 milliards de dollars par an d’ici 2030 et 1 700 milliards de dollars d’ici 2050. » Les engagements pour 300 millions paraissent d’autant plus dérisoires qu’à l’exception de la France et de l’Autriche, il ne s’agit pas de nouveaux financements mais d’une redirection de fonds déjà prévus. « Les gouvernements se contentent de déshabiller Pierre pour habiller Paul », a dénoncé Fanny Petitbon, responsable plaidoyer de Care France.

Autre point de tension : le mécanisme financier pour débloquer les fonds nécessaires. Réticente jusque-là, l’Union européenne s’est finalement rangée en faveur de la création d’un fond dédié aux pertes et dommages, à l’instar de 150 pays. D’autres solutions sont également sur la table : le G7 et le groupe d’États vulnérables V20 ont annoncé le lancement d’un « bouclier global », un système assurantiel d’un budget de 210 millions d’euros. Un système d’assurance « qui n’est pas le plus adapté pour répondre aux besoins des plus vulnérables », selon Fanny Petitbon. Dernière possibilité : une réforme des institutions financières (notamment du FMI et des banques multilatérales de développement) pour leur permettre de débloquer davantage de fonds.

Adaptation : un système d’alerte précoce à 3,1 milliards

Il y a un an, le Pacte de Glasgow prévoyait que les pays doublent leur financement pour l’adaptation. C’était une attente forte de cette COP mais le sujet n’aura même pas passé le cap de la mise à l’agenda. Pourtant, doter l’ensemble des pays vulnérables d’un système d’alerte précoce ne coûterait “que” 3,1 milliards de dollars dans les cinq prochaines années, a montré un rapport de l’ONU. « Les habitants d’Afrique, d’Asie du Sud, d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale et les habitants des petits États insulaires sont quinze fois plus susceptibles de mourir de catastrophes climatiques. Ces catastrophes déplacent trois fois plus de personnes que la guerre. Et la situation empire », a expliqué Antonio Guterres. La moitié des pays ne disposent pas de systèmes d’alerte précoce et encore moins d’un cadre réglementaire reliant les alertes précoces aux plans d’urgence. L’Union européenne a annoncé participer au projet à hauteur d’un milliard de dollars.

L’Organisation mondiale météorologique (OMM) estime qu’il faudra 50 milliards pour financer l’adaptation. « Il n’y a pas de temps à perdre. Le nombre de catastrophes répertoriées a quintuplé. […] Cette tendance devrait se poursuivre », prévient l’organisation.

28,5 milliards pour aider l’Afrique du Sud et l’Indonésie à sortir du charbon

En marge des négociations, de nouveaux types de partenariats se nouent. Après l’Afrique du Sud, le G20 et l’Indonésie ont signé un Jet-P (Just energy transition partnership, partenariat pour une juste transition énergétique). Les pays riches se sont engagés à aider ces deux nations à sortir du charbon. 20 et 8,5 milliards de dollars seront respectivement employés pour fermer les centrales à charbon, développer les énergies renouvelables et aider à la transition des travailleurs. Mais sur les 8,5 milliards promis à l’Afrique du Sud, seuls 3 % le seraient sous forme de dons, a dénoncé le site Climat home news. Pour Martha Torres Cunfaus, ces nouveaux partenariats sont encourageants mais révélateurs de l’inadaptation des modèles d’aide actuels.

Les 636 lobbyistes des énergies fossiles « ont bien travaillé »

Les lobbyistes du secteur des énergies fossiles étaient plus nombreux que les délégations des dix pays les plus touchés par le réchauffement climatique. Et « ils ont bien travaillé », a ironisé Nicolas Haeringer, de l’association 350.org, à quelques jours de la conclusion de l’accord final. Si l’Inde a poussé pour inscrire dans le texte final l’ambition de sortir de toutes les énergies fossiles, suivi par l’Union européenne, les États-Unis, Tuvalu, Vanuatu et l’AOSIS, la Nouvelle-Zélande et la Colombie, la mention a été éludée par le président égyptien dès la première mouture de l’accord final.

En outre, le Climate Action Network a dénoncé le fait que « les pays du G20 et les principales banques de développement fournissent 55 milliards chaque année de financements publics pour les énergies fossiles contre 29 milliards pour les énergies renouvelables. Ça n’est vraiment pas cohérent avec les objectifs climatiques. » Lors de la COP27, 39 pays et institutions s’étaient engagés à arrêter les financements publics fossiles à l’international d’ici à la fin de 2022. « Il ne reste qu’un peu plus d’un mois avant la fin de l’année et seulement six pays ont respecté cet engagement, dont la France, la Finlande, la Suède, le Danemark, le Royaume-Uni et la Banque européenne d’investissement. »

Violaine Colmet Daâge 19 novembre 2022

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18 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

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17 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

eau potable (reporterre)

des cours d'eau bretons sont en bon état écologique

Pesticides : le « tour de passe-passe » pour rendre l’eau potable

Fin septembre, l’eau potable de plusieurs millions de Français contaminée par l’ESA-métolachlore, un résidu d’herbicide, est… redevenue conforme. Un « tour de passe-passe » de l’État, dénonce une ONG.

C’est l’histoire d’un polluant, l’ESA-métolachlore, qui disparaît subitement des eaux. Depuis le 1er avril 2021, ce métabolite issu de la dégradation du S-métolachlore – herbicide très largement épandu dans les cultures – est recherché systématiquement dans les analyses de qualité de l’eau. Et quand on cherche, on trouve.

Sur les 16 845 prélèvements d’eau potable réalisés en France entre le 1er janvier 2022 et le 31 août 2022, 2 791 – soit près de 17 % – affichaient un taux d’ESA-métolachlore supérieur à 0,1 microgramme/litre (µg/L), la limite de qualité. Des taux fâcheux pour les industriels des pesticides — et pour l’État. L’un d’eux a donc livré de nouvelles études menant à ce que les agences gouvernementales revoient à la baisse la dangerosité de la molécule. « Un remarquable tour de passe-passe », selon Générations futures, qui dénonce « une méthode d’évaluation qui ignore le principe de précaution ».

Dès fin 2021, Syngenta, l’un des fabricants du S-métolachlore, a soumis de nouvelles études à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). « La réglementation prévoit que c’est aux industriels d’apporter les preuves de l’innocuité de leurs produits », précise Éléonore Ney, cheffe de l’unité d’évaluation des risques liés à l’eau à l’Anses.

« Jusque là, nous n’avions pas suffisamment de données sur le potentiel génotoxique de ce métabolite, les études fournies étaient anciennes et n’avaient pas été réalisées selon les normes actuelles. Nos experts ne pouvaient pas se prononcer. Dès lors l’ESA-métolachlore était classé comme molécule pertinente. » Concrètement, cela signifiait qu’au-dessus de 0,1 µg/L, l’eau était considérée comme non potable.

Après examen critique des nouvelles données fournies par Syngenta, l’agence publie un nouvel avis : elle décide de classer l’ESA-métolachlore de substance « pertinente » à substance « non pertinente » (même chose pour le métabolite NOA-métolachlore). Autrement dit, la limite de qualité est relevée à 0,9 µg/L. Ainsi, si on appliquait ce nouveau seuil sur les mêmes 16 845 prélèvements, il n’en resterait que 66 avec des taux non conformes.

La molécule mère classée comme « cancérigène suspecté »

Les effets sont particulièrement visibles dans les départements qui affichaient les plus forts taux de contamination. « Ce nouveau classement rend caduque une grande partie des non-conformités de l’eau du robinet constatées en Bretagne », souligne Eaux et rivières de Bretagne. Désormais, on ne recense plus que 1 % de prélèvements non conformes dans le Finistère (contre 66 % de prélèvements contaminés auparavant), mais aussi dans les Côtes-d’Armor (contre 52 % auparavant) et dans la Manche (contre 60 % auparavant). Dans le Gers, on descend à seulement 5 % de prélèvements non conformes contre 55 % lorsque l’ESA-métolachlore était jugé « pertinent ». Et dans le Cher, alors que presque la moitié des prélèvements étaient non conformes, plus aucun ne dépasserait désormais la limite de qualité avec le nouveau seuil.

Cette soudaine amélioration n’est en réalité qu’illusoire. Le métabolite est bien toujours présent dans l’eau. Générations futures souligne qu’il existe de nombreuses alertes sur le potentiel cancérigène et reprotoxique de la molécule mère, le S-métolachlore. En juin dernier, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) classait cette dernière comme cancérigène suspecté.

« La confiance dans l’eau potable a pris une claque »

« La confiance dans l’eau potable a pris une claque, affirme pour sa part Régis Taisne, chef du département Cycle de l’eau à la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR). 10 à 12 millions d’habitants ont été informés que leur eau n’était pas conforme. Et aujourd’hui, on leur explique qu’elle le redevient. Les usagers peuvent se poser des questions. »

D’autant qu’un nouveau classement en molécule « pertinente » n’est pas exclu, le caractère perturbateur endocrinien n’ayant pas été encore étudié. Un travail d’analyse est en cours au niveau européen. L’Anses l’écrit dans son avis : « Si la substance active, le S-métolachlore, était classée comme perturbateur endocrinien [...], il serait nécessaire de réévaluer le classement de la pertinence pour le métabolite ESA. »

Par ailleurs, Régis Taisne met en garde contre les molécules de substitution, notamment le diméthénamide-P (dmta-P), substitut principal du S-métolachlore. « Depuis deux ou trois ans, Syngenta propose de nouvelles molécules. Les agriculteurs sont par exemple incités à utiliser différentes molécules pour permettre de rester sous les 0,1 µg/L, explique-t-il. Or, on commence à retrouver ces substances dans les eaux, certes en petites quantités. Mais certaines seront peut-être à leur tour classées comme pertinentes dans quelque temps. »

Pour éliminer tout risque, Hugues Tupin, vice-président de Douarnenez Métropole, délégué à l’eau, à l’assainissement et aux eaux pluviales ne voit qu’une solution : l’interdiction des pesticides sur les aires d’alimentation de captage : « Il faudrait sanctuariser les zones de captage et y interdire l’usage de ces produits. Dans le Finistère, ces zones ne représentent que 1 % de la surface utile agricole. Ce qui est infime. L’État doit agir et mettre en place un système de compensation financière pour les agriculteurs concernés et un accompagnement vers de nouveaux modes de désherbage, plus mécaniques. »

Qui paye ? Les consommateurs, et non les industriels

Du côté des collectivités et syndicats des eaux, c’est à la fois le soulagement et l’incompréhension. L’ESA-métolachlore était devenu leur bête noire depuis deux ans. De nombreuses communes dans lesquelles l’eau était devenue non potable avaient dû réclamer des dérogations de trois ans minimum pour pouvoir continuer à distribuer l’eau au robinet. En contrepartie, elles s’étaient engagées à mener des actions : changer de ressources (ce qui n’était pas toujours possible), améliorer la qualité de la ressource ou traiter l’eau contaminée.

C’est le cas par exemple à Douarnenez, où deux des trois sites de production d’eau ont été fermés pendant plusieurs mois afin de pouvoir les équiper de filtres à charbon actif. Pendant ce temps, le troisième site de production, déjà équipé d’un filtre, assurait la fourniture en eau potable de toute la région. Les deux usines ont pu redémarrer cet été. Coût de l’opération : 300 000 euros.

« La facture des usagers va augmenter entre 8 et 10 %, évalue d’ores et déjà Hugues Tupin, vice-président de Douarnenez Métropole. Ce qui est beaucoup. Et on ne compte pas le coût des filtres à charbon qui explose, compte tenu de la forte demande. Il faut aussi les changer plus souvent. Avant, le filtre avait une durée de 3 à 4 ans. Désormais, pour qu’il reste efficace pour filtrer les métabolites, il faut le changer tous les 6 à 8 mois ! »

Le surcoût pour les consommateurs pourrait être encore plus important dans les communes ayant opté pour un système plus performant (osmose inversée, traitement par ozonation, etc.). « Là, il faut compter 30 à 40 centimes de plus par mètre cube, soit une hausse de 20 % des prix pour le consommateur, et ce sans compter le coût actuel de l’énergie qui explose », calcule Régis Taisne.

Hugues Tupin déplore que ce coût de dépollution soit intégralement reporté sur le consommateur : « Jamais les fabricants de ces produits phytosanitaires ne sont mis à contribution alors que ce sont eux les pollueurs, et qu’ils devraient participer au traitement de leurs déchets. »

Fabienne Loiseau et Clarisse Albertini

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17 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

triskalia (basta)

triskalia (basta) dans Altermondialisme

« On ne peut pas empoisonner les gens comme ils l’ont fait » : l’intrigante impunité d’un groupe agroalimentaire

Voilà douze ans que deux salariés de la coopérative agricole Triskalia ont porté plainte, suite à leur intoxication aux pesticides. Sortis victorieux de leurs démarches côté civil, ils attendent toujours que la justice pénale se prononce.

Les victimes de pesticides auront-elles droit un jour à un procès pénal ? Stéphane Rouxel et Laurent Guillou le souhaitent ardemment. Anciens salariés de la coopérative agricole Triskalia, ils ont été intoxiqués en février 2009 sur leur lieu de travail, puis en février et mai 2010 [1]. Quelques mois plus tard, ils ont déposé plainte pour empoisonnement. D’abord classée, puis jugée irrecevable avant d’être finalement instruite, leur plainte a donné lieu à une longue enquête, qui a connu divers rebondissements avant d’être définitivement close en avril 2022. Ils attendent maintenant l’avis du procureur. Va-t-il décider de poursuivre, ou non, les personnes mises en cause ? Est-ce que Triskalia, aujourd’hui fondue dans l’immense groupe agroalimentaire Eureden, devra rendre des comptes ?

Saignements de nez, céphalées et maux de ventre

« Le procureur devrait nous donner une réponse. Cela dure quand même depuis 2010 », retrace Stéphane Rouxel. Cette année-là, « deux petits ouvriers portent plainte contre une grosse boîte pour empoisonnement », explique-t-il pour résumer « l’affaire ». Tout a commencé en février 2009, à Plouisy, commune située à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor. Nous sommes sur le site agro-industriel de la coopérative Triskalia, où on stocke et transporte des céréales destinées à l’alimentation animale. Deux filiales, qui appartiennent à Triskalia, se partagent le travail : Eolys se charge du stockage, tandis que Nutrea transforme et transporte.

Mal ventilées, les céréales stockées sur le site de Plouisy germent et moisissent. Des insectes s’y installent. Pour se débarrasser de tous ces nuisibles, les céréales sont aspergées de Nuvan Total, un pesticide interdit depuis 2007. Problème : les salariés chargés du transfert et du transport de ces céréales ne sont pas au courant. Parmi eux : Stéphane Rouxel et Laurent Guillou. Exposés sans protection, ils font de violentes réactions : brûlures du cuir chevelu et de la peau, saignements de nez, maux de tête, douleurs au ventre. « En 2010, j’ai ressenti les mêmes symptômes, évoque Stéphane. On ne pouvait même plus entrer boire un café dans notre local de pause, qui était plein de poussières remplies de produits. »

En jetant un œil aux pompes d’injection des pesticides, Stéphane constate un important surdosage de Nuvagrain, insecticide alors autorisé (mais interdit depuis). Le débit avec lequel est aspergé le produit toxique est trop important : « Les céréales étaient pulvérisées à hauteur de 40 à 50 %, au lieu des 10 % autorisés. ». Un autre salarié ainsi que le médecin de la mutualité sociale agricole (MSA, l’équivalent de la Sécurité sociale côté agricole) confirmeront ce surdosage. « Avec Laurent, on était vraiment mal. Il fallait qu’on s’éloigne pour ne pas tousser et avoir des plaques sur le corps. On s’est dit que ce n’était plus possible. On est partis à la gendarmerie. »

L’inspection du travail s’en mêle

En plus de la plainte pour empoisonnement de Stéphane et Laurent, plusieurs alertes sont envoyées au procureur par l’inspection du travail. Les courriers qui lui sont adressés expliquent que plusieurs salariés de Nutrea ont été « victimes de maux de tête, de douleurs au ventre, de saignements de nez, de picotements de la langue, de troubles du sommeil ». L’un d’eux évoque le fait que le produit a été injecté directement dans les gaines de ventilation pour diffuser les produits, sans dosage. « Plusieurs infractions délictuelles au Code du travail » sont relevées par l’inspection du travail. Mais en 2015, soit cinq ans après son dépôt, la plainte de Laurent Guillou et Stéphane Rouxel est classée. Motifs : les personnes morales ont disparu (Nutrea a été dissoute et Eolys a subi une fusion-acquisition) ; et les charges à l’encontre des personnes physiques sont insuffisantes. « La découverte d’éventuels éléments probants, cinq ans après les faits, au sein d’entités n’ayant plus d’ existence légale, [devient] fort aléatoire », ajoute le vice-procureur de l’époque Alain Le Coz.

Pourtant, de nombreux « éléments probants » vont finir par apparaître. Car Stéphane et Laurent déposent une nouvelle plainte, directement devant le juge d’instruction. Les gendarmes, à qui l’enquête est confiée, auditionnent plusieurs dizaines de personnes – des salariés mais aussi des agriculteurs. De nombreux témoignages confirment l’absence de protection et d’information sur les risques et dangers des pesticides. « Il n’y avait que de simples masques en papier alors que l’on passait huit heures dans la merde et que celui-ci est inefficace au bout de cinq minutes », rapporte un salarié. D’autres témoins expliquent que, suite aux pulvérisations de pesticides, ils ont observé « une mortalité importante chez les pigeons et chez toute la faune qui venait manger les céréales ».

Les enquêteurs découvrent de nouvelles victimes, qui évoquent des « sensations de picotements de la langue », du « sang craché », des « brûlures », des « vomissements », des « insomnies », des « maux de tête et de ventre ». Certaines depuis 2009, d’autres depuis 2010. Des agriculteurs font part de brûlures au visage suite à l’ouverture de sacs d’aliments pour animaux, ou d’effets délétères sur leurs bêtes. Les enquêteurs récupèrent en plus des résultats d’analyses qui attestent notamment d’un surdosage du Nuvagrain pulvérisé en 2010.

« Pour les petits comme nous, il n’y a pas de justice. »

Mais ces nouveaux éléments ne suffisent pas à la justice : en avril 2021, le procureur prononce un non-lieu. La décision est cinglante pour Stéphane Rouxel et Laurent Guillou. Mais aussi pour tous ceux et celles qui se tiennent à leurs côtés depuis des années. Parmi eux : Claude Le Guyader, ancien chauffeur-livreur pour Nutrea.

Victime d’une intoxication aux pesticides à la fin 2009, il souffre depuis d’importantes difficultés respiratoires, douleurs diverses et céphalées récurrentes. Sa demande de reconnaissance en maladie professionnelle, déposée en 2010, a été obtenue en 2018. En 2019, il obtient la reconnaissance du caractère abusif de son licenciement. Il réclame maintenant la reconnaissance de la faute inexcusable de son employeur. Elle lui a été refusée une première fois en décembre 2020. Mais il a fait appel. L’ancien ouvrier, épuisé par ces années de procédure pense que « pour les petits comme nous, il n’y a pas de justice. C’est tout. C’est ça que je retiens moi ».

Édith Le Goffic approuve d’un regard déterminé les dires de Claude Le Guyader. Son mari, Gwenaël, ancien salarié de Nutrea/Triskalia, s’est suicidé sur son lieu de travail, à Plouisy, en 2010. Après d’âpres bagarres, Édith a réussi à faire reconnaître ce suicide comme un accident du travail. La faute inexcusable de son employeur a en plus été reconnue. Au départ « impressionnée » par cette grosse entreprise, qui ne s’est pas privée de l’écraser de son mépris, Édith n’a jamais baissé les bras. Soutenue par l’avocat François Lafforgue, comme l’ensemble des victimes de Triskalia, elle espère elle aussi qu’un procès pénal se tiendra un jour.

« Les entreprises doivent savoir qu’elles ne peuvent pas jouer avec la vie des gens, dit-elle d’une voix claire. Il faut dire stop. Donc aujourd’hui, il nous faut un pénal. » « Avec un procès pénal, on s’adresse à la société pour dire qu’il y a des interdits, insiste Serge Le Quéau, de l’union syndicale Solidaires, inlassable soutien des victimes du système agro-industriel. Il faut dire que quand on enfreint les lois, on est puni. On ne peut pas empoisonner les gens comme ils l’ont fait. »

Pouvoir tourner la page

Pour Stéphane et Laurent, un procès pénal serait une façon de tourner définitivement la page d’une grave atteinte à leur santé, d’un bouleversement de leurs vies privées et professionnelles. « Tout cela m’a empêché de continuer ma vie professionnelle, explique Stéphane. J’ai mis beaucoup de temps à retrouver du travail. C’est toujours compliqué avec ma maladie. Je trouve des missions d’intérim comme cariste ou magasinier, mais il faut que ce soit dans des entrepôts sans produits. Je n’ai que quelques missions par-ci par-là. Je veux obtenir une réparation pour tout cela. »

Bien sûr, il y a eu le civil. Où Stéphane et Laurent ont tout gagné, en dépit des nombreux recours et appels de leurs employeurs : reconnaissance de leur intoxication comme accident du travail, faute inexcusable de leur employeur, requalification de leur licenciement pour inaptitude comme étant abusif. Mais le civil, « ce n’est pas pareil », dit Stéphane. La justice civile ne permet pas de condamner l’auteur d’un éventuel délit. « Ce qu’on réclame, c’est un peu de justice. Que les personnes qui nous ont ordonné de faire ce qu’on a fait soient punies. Tout le monde doit avoir le droit de travailler dignement, sans être intoxiqué », pense Stéphane.

La France accablée par l’Europe

Lassées d’attendre, les victimes de Triskalia jouent une nouvelle carte en 2016. Elles saisissent la commission des pétitions, qui dépend du Parlement européen. « Cette démarche peut être enclenchée par tout citoyen européen quand il y a une infraction aux directives européennes, explique Michèle Rivasi, députée européenne écologiste, engagée aux côtés des victimes de Triskalia. En l’occurrence, plusieurs directives n’ont pas été respectées, concernant l’utilisation des pesticides, et la protection de la santé et de la sécurité des travailleurs [2]. »

« On voulait dénoncer ce qui se passait en France, détaille Serge Le Quéau, à l’origine de cette saisine. Les empoisonnements des salariés et la façon dont ils étaient traités. On a fait appuyer notre saisine par une pétition citoyenne. Nous avons eu 70 000 signatures. » À Bruxelles, l’affaire fait grand bruit. Une mission se déplace carrément en Bretagne, en juin 2018, pour venir enquêter, et elle rend un rapport accablant pointant divers dysfonctionnements ; en particulier concernant le stockage des pesticides dans les entrepôts des distributeurs et revendeurs : 70 % des inspections réalisées chez les distributeurs et les revendeurs de pesticides bretons révèlent des non-conformités.

Interpellé, le gouvernement français laisse traîner. « La Commission des pétitions ne peut pas clôturer son rapport final, explique Serge Le Quéau, parce que la France n’a pas répondu à toutes ses questions, en particulier le ministère de l’Agriculture. » Aux dernières nouvelles, tout pourrait être bouclé en février 2023, mais il peut toujours y avoir de nouveaux atermoiements. « C’est exceptionnellement long, je n’ai jamais vu ça », rapporte Michèle Rivasi, ajoutant que « quand il sera clos, le rapport final sera remis au pétitionnaire et envoyé au tribunal de Saint-Brieuc ».

Celui-ci en tiendra-t-il compte ? « Le juge pénal peut être intéressé par ce qui se passe par ailleurs », répond François Lafforgue quand on lui pose la question. Mais le procureur, qui exerce sous l’autorité directe du ministère de la Justice, osera-t-il infirmer l’avis qu’il avait rendu en avril 2021 ? Le parquet reconnaissait alors que Laurent Guillou et Stéphane Rouxel avaient bien été victimes d’une intoxication aux pesticides, mais que l’enquête n’avait pas été en mesure de prouver l’intentionnalité de quiconque de les empoisonner. L’argument avait alors été contesté par François Lafforgue, qui avait écrit au procureur, lequel avait demandé une énième réouverture de l’enquête. Celle-ci a été définitivement close en avril 2022. Depuis… silence radio. Interrogé par basta!, le procureur n’a pas donné suite. Eureden – qui a absorbé Triskalia en 2020 – non plus.

Nolwenn Weiler 16 novembre 2022

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17 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

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