Archive | Ecologie & climat

13 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

landivisiau

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Suite à l’arrêté préfectoral
publié ce jour (à 15h00) interdisant toute manifestation sur un large périmètre autour du site de la centrale du samedi 14 septembre 10h au dimanche 15 septembre 10h,  nous avons jugé préférable d’annuler la manifestation prévue ce samedi 14 septembre à 14h.
Cette décision nous coûte car elle nous est imposée dans un contexte répressif et liberticide insupportable.
Mais croyez bien que nous ne renonçons pas à la lutte contre ce projet INUTILE, DANGEREUX ET POLLUANT !
Vous trouverez ci-après  le communiqué de presse et vous invitons à diffuser l’information.
 
Retrouvons-nous à St Rivoal ! la lutte continue ! 
 
Communiqué :
Le Collectif Landivisiau Doit Dire Non à la Centrale (LDDNLC) avait appelé à manifester le samedi 14 septembre 2019 à 14h à Landivisiau (29) contre le projet de centrale thermique à gaz de Total, projet inutile, coûteux et polluant.
Le 13 septembre 2019 à 15h00, la sous-préfecture de Morlaix a choisi de réduire la manifestation
à un rassemblement statique au centre ville. Pour le Collectif LDDNLCC, le choix fait par la sous- préfecture vaut interdiction de manifestation dans la mesure où l’objectif était de marcher pacifiquement autour du site ultra-sécurisé sur lequel Total a commencé ses travaux.
Les manifestants devaient ainsi pouvoir mesurer l’ampleur des dégâts sur la biodiversité causés par ce projet qui est sans commune mesure avec les images idylliques diffusées depuis des années. Nous accusons l’Etat, le Conseil Régional, la mairie de Landivisiau, le Conseil Communautaire du Pays de Landivisiau d’être les complices des saccages environnementaux en cours et de la censure de l’expression des opposants.

Il semble que désormais la préservation de l’image et des intérêts du groupe Total passent avant toute liberté d’information et d’expression. Nous dénonçons cette décision qui est une atteinte à la liberté de manifester et à la liberté d’expression. 

Nous nous voyons dans l’obligation d’annuler la manifestation et invitons les citoyen.ne.s à rejoindre St Rivoal pour participer à la soirée concert organisée en soutien à la lutte.

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12 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

plogoff (douarnenez)

plog

Avant-première « Plogoff, des pierres contre des fusils »

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    Jeudi 19 septembre 2019  21:00
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    Cinéma Le Club 39, rue Berthelot, 29100 Douarnenez
Dans le cadre de l’inauguration du Pôle Audiovisuel Douarnenez-Cornouaille, présentation en avant-première de la version restaurée de Plogoff, des pierres contre des fusils, en présence de Nicole et Félix Le Garrec (réalisatrice et chef opérateur).
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12 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

pesticides (lutte ouvrière)

pesticides

Pesticides : l’impasse de l’agriculture capitaliste

Le 9 septembre, le gouvernement a mis en ligne pour consultation le décret sur les distances de sécurité entre les lieux d’habitation et les champs traités par pesticides.

Le décret avait été préparé à partir des recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, l’Anses. Il préconise des distances de cinq et dix mètres, suivant la dangerosité du produit et la hauteur de pulvérisation, sachant que l’opération est de toute façon interdite quand le vent souffle.

L’Anses et le décret recommandent en outre que les agriculteurs, les élus et les riverains puissent s’entendre localement, ce qui s’avère pour le moins délicat.

Les maires qui ont pris des arrêtés portant la distance de sécurité à 150 mètres ont immédia-tement suscité une levée de boucliers des représentants des agriculteurs, et le gouvernement a fait casser ces arrêtés. Les dangers des pesticides sont pourtant bien connus, avant tout par le million de travailleurs des champs, des vignes, des vergers et des cultures où ces produits sont épandus par dizaines de milliers de tonnes chaque année.

La responsable de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire, proteste en évoquant le manque à gagner insupportable pour les agriculteurs.

Elle prétend que ceux qui critiquent les pesticides n’ont jamais vu un pulvérisateur. Ce n’est certainement pas le cas des dizaines d’agriculteurs qui se sont constitués en association de victimes des pesticides, de ceux qui sont décédés, de ceux qui sont en procès contre Monsanto et Bayer.

En revanche, c’est très probablement le cas des capitalistes de l’agriculture, des directeurs du Crédit Agricole, des actionnaires de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution, qui ont fait naître et rendu obligatoire ce type d’agriculture.

Pour ceux-là, les pulvérisateurs, les pesticides, ceux qui les utilisent et en meurent parfois, comme ceux qui les inhalent par proximité, ne représentent que des lignes dans les livres de comptes. Ce n’est pas tant la distance de sécurité qui est en cause que l’utilisation même des pesticides et, au-delà, le point où en est arrivé l’agriculture capitaliste, qui détruit la terre et les travailleurs, seules sources de richesse, tout en restant incapable de nourrir l’humanité.

Sans doute bien des agriculteurs petits et moyens approuvent les arguments de la FNSEA sur le manque à gagner.

En fait, ils sont prêts à prendre le risque de tomber malade, ou le nient, parce qu’ils ne voient pas comment gérer autrement leur exploitation, parce qu’ils sont dans l’entonnoir de la dette et doivent passer par là où banquiers, fournisseurs et acheteurs le veulent.

Les salariés n’ont, eux, pas le choix et doivent s’exposer, avec ou sans protection, à des produits dangereux. Les riverains, et certains élus, voudraient bien dire leur mot sur les pesticides, mais l’État le leur a refusé, en s’alignant sur les capitalistes du secteur. La préconisation par décret d’une distance de 5 et 10 mètres est très exactement celle inscrite sur les emballages des produits.

Politiquement, le gouvernement se retrouve coincé entre la défense des intérêts des plus riches, son cœur de métier, et les besoins de sa propagande électorale récemment verdie, son nouvel argument de vente.

D’où la mise en ligne du décret et la possibilité, pour tout un chacun et pendant trois semaines, de déposer sa contribution. Macron et ses ministres n’ont évidemment pas l’intention, quel que soit le résultat de la consultation, de changer leur politique. Tout au plus espèrent-ils que d’ici là les dangers de l’épandage de pesticides seront sortis de l’actualité.

Paul GALOIS 11 Septembre 2019
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12 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

sols (the guardian)

https://www.theguardian.com/environment/

Lire aussi:

Worms fail to thrive in soil containing microplastics – study (The Guardian)

Version française:

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11 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

space rennes (via campesina)

via camp

CETA

La Confédération Paysanne interpelle le ministre de l’agriculture

Le mardi 10 septembre, Journée Internationale de lutte contre l’OMC et les accords de libre échange, les paysans membres de la Confédération Paysanne on interpellé le ministre de l’agriculture Didier Guillaume au sujet de l’accord de libre échange CETA, au stand du ministère à SPACE Rennes.

En Europe, comme dans la plupart des pays du monde, les accords de libre-échange (ALE) sont devenus le moyen, par excellence, par lequel les sociétés multinationales et les grandes entre-prises élargissent leur conquête de nouveaux marchés.

Promue comme un remède à la crise économique frappant de nombreuses régions du monde, la seule croissance que ces entreprises suscitent par le biais des ALE est celle de leur propre puissance et de leur propre richesse. Elles assiègent ainsi les institutions publiques, démantè-lent les réglementations (travail, environnement, santé) et tentent de neutraliser la société civile et les luttes pour des réformes sociales.

conf

Communiqué de la Confédération Paysanne :

CETAberrant, les paysan-nes se mobilisent !

Une quarantaine de paysans et paysannes de la Confédération paysanne ont manifesté sur le stand du Ministère de l’agriculture, à l’ouverture du SPACE de Rennes.

La Confédération paysanne a interpellé le Ministre pour demander le rejet du CETA et pour réaffirmer son opposition à tous les accords de libre-échange (ALE). En effet, ces ALE entraî-nent une course aux prix les plus bas.

La disparition des droits de douane, visée par ces accords, empêche définitivement toute fixation de prix rémunérateurs pour les paysan-nes, ici et ailleurs.

Alors que le Ministre fait miroiter des gains de part de marché, notamment pour le secteur laitier, la réalité est que les paysan-ne-s sont perdants à tous les coups. On ne fait que reproduire à l’échelle mondiale la guerre des prix déjà pratiquée au quotidien par la grande distribution !

Les défis sociétaux appellent urgemment à  la relocalisation des systèmes alimentaires et à la lutte contre le changement climatique. Or le gouvernement continue de défendre un système qui continue de faire faire aux aliments le tour de la planète.

Nous appelons donc tous les paysannes et paysans à  amplifier la mobilisation contre le CETA afin que les parlementaires se prononcent contre sa ratification.

11 septembre 2019

https://viacampesina.org/fr

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11 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

naomi klein (à l’encontre)

annees 20

Le nouveau livre de Naomi Klein, On Fire: The Burning Case for the Green New Deal, Simon & Schuster, septembre 2019.

Lynne Feeley: Le livre se concentre sur ce que vous appelez les «histoires profondes» qui interfèrent avec la volonté des gens de faire face à la crise climatique. Pouvez-vous nous parler de ces histoires et de la façon dont elles bloquent l’action climatique?

Naomi Klein: Il y a le discours économique du néolibéralisme, sur la façon dont les choses tournent terriblement mal quand les gens essaient de travailler ensemble et comment, si nous nous écartons du marché et le laissons faire sa magie, les avantages se répercuteront sur tous les autres. J’ai beaucoup écrit au fil des ans sur la façon dont l’orthodoxie du néolibéralisme, privatisation, déréglementation, faibles impôts, réductions des dépenses sociales, entre en conflit, très ouvertement, avec ce que nous devons faire face à la crise climatique.

Mais l’histoire la plus profonde concerne notre relation avec le monde naturel. Dans les pays coloniaux comme les Etats-Unis, le Canada (où je suis née) et l’Australie, les continents ont été «découverts» à un moment où l’Europe atteignait ses propres frontières écologiques, où elle avait abattu ses grandes forêts, où ses propres stocks de poissons s’étaient effondrés et où elle avait chassé ses grands animaux jusqu’à l’extinction.

Ces terres ont été imaginées comme une sorte d’Europe surdimensionnée. Si vous regardez comment les premiers explorateurs européens décrivaient cette corne d’abondance de nature qu’ils avaient trouvée, vous verrez que «nous ne manquerons plus jamais de nature».

Ainsi, l’idée d’une nature sans limites est ancrée dans l’histoire des pays coloniaux. Je pense que c’est la raison pour laquelle la résistance à l’action climatique est, à bien des égards, la plus forte dans ces pays. Ce n’est pas seulement une menace pour une vision du monde de droite qui pense que le marché a toujours raison, mais bien une menace fondamentale pour leur histoire nationale.

Les changements climatiques menacent les gens qui ont une vision du monde très rigide et fondée sur la domination. La vérité est que tous ceux qui ont grandi dans la culture occidentale avec ces récits ne s’en sont pas libérés. Je pense que nous devons déterminer quels sont les récits qui rendent difficile de vraiment comprendre que nous vivons une crise aussi profonde que celle dans laquelle nous sommes. Mais nous avons aussi besoin de nouvelles histoires pour sortir de cette crise, ou nous avons besoin d’histoires différentes, et certaines de ces histoires ne seront pas nouvelles du tout.

Vous écrivez qu’alors que la crise climatique met à nu la fiction de la mentalité coloniale, nous assistons à «une résurgence terrifiante des parties les plus laides et les plus violentes de ces récits coloniaux», dont l’éco-fascisme et l’ethno-nationalisme. Comment voyez-vous le lien entre la crise climatique et la résurgence du nationalisme blanc?

D’un côté, c’est très simple. Depuis la Seconde Guerre mondiale, nous avons maintenant plus de gens en mouvement que jamais. Les migrations massives vont devenir une réalité à l’ère des bouleversements climatiques qui nous attendent.

Les perturbations climatiques sont une cause directe de la migration, et aussi une cause indirecte de la migration, parce que les stress climatiques agissent comme un accélérateur dans de nombreux conflits armés. Dans de nombreux cas, elles se recoupent avec différentes formes de violence. Elles agissent comme un accélérateur. Le stress climatique aggrave les problèmes que vous rencontrez, ce qui incite souvent les gens à migrer.

Nous sommes confrontés à un choix très clair quant à la façon dont nous allons faire face à cette réalité. Allons-nous complètement ré-imaginer nos frontières? Allons-nous comprendre qu’il s’agit d’une crise qui a été créée dans le monde des riches et qui est ressentie d’abord et avant tout par les populations les plus pauvres de la planète? Allons-nous ouvrir nos bras et ouvrir nos frontières à d’autres personnes? Ou allons-nous fortifier ces frontières et nous contenter de dire que nous allons prendre soin des nôtres?

La montée de l’éco-fascisme nous dit ce que nous allons faire. Quand des milliers de personnes commencent à se noyer en Méditerranée, quand vous avez des gens enfermés dans des condi-tions abominables dans des camps de détention, que ce soit au Texas, en Libye, à Manus ou à Nauru [îles transformées par le gouvernement australien en camps de détention], il faut des théories pour justifier cette barbarie, des théories qui disent que la vie de certaines personnes vaut plus que d’autres et qui réaffirment cette hiérarchie brutale.

Ainsi, de la même manière que le racisme pseudo-scientifique est apparu comme un moyen de justifier la barbarie de l’esclavage et le vol de terres coloniales, nous sommes maintenant au milieu d’une résurgence de ces mêmes visions brutales du monde, pour justifier le sacrifice actuel et futur de la vie humaine face aux bouleversements climatiques.

Vous écrivez qu’à long terme, le changement climatique menace tout le monde, mais à court terme, «il discrimine».

NK: C’est effectivement discriminatoire. On parle parfois de Donald Trump comme d’un négationniste du changement climatique. Je ne pense pas qu’il nie l’existence du changement climatique. Il sait très bien qu’il y a des changements climatiques. Mais il croit que tout ira bien.

C’est pourquoi il se demande comment acheter le Groenland, pour profiter de la fonte des glaces pour s’approprier le pétrole et le gaz. Quelqu’un qui ne croit pas aux changements clima-tiques ne serait pas intéressé par le Groenland. Le Groenland ne l’intéresse que parce que la glace fond, ouvre des routes commerciales et libère des réserves de combustibles fossiles.

Certains vont très loin et imaginent installer une station spatiale, comme Jeff Bezos d’Amazon, ou des colonies sur Mars, et d’autres s’imaginent dans leurs demeures dorées, ici sur Terre, lorsque les eaux monteront. Je mettrais Trump dans la catégorie des demeures dorées. (Extrait)

http://alencontre.org/

Lire aussi:

Écofascisme

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10 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

fukushima (médiapart)

nuklear

Fukushima: un projet de rejet des eaux inquiète la Corée du Sud

Séoul (Corée du Sud), de notre correspondant.

Huit ans après la catastrophe nucléaire, le Japon fait face à un problème insoluble : l’eau radioactive continue de s’accumuler, jour après jour, au rythme de 150 tonnes quotidiennes, autour de sa centrale dévastée. Un projet de rejet « contrôlé » dans l’océan Pacifique, au nom d’une normalisation de la situation, horrifie la Corée voisine.

« Nous pourrions bientôt retrouver sur nos tables des poissons qui contiennent du césium, du strontium, du tritium et du plutonium radioactifs », s’alarme Suh Kune Yull. Ce professeur d’ingénierie nucléaire à l’Université nationale de Séoul estime qu’il est probable que le Japon voisin finisse par rejeter dans le Pacifique 1,15 milliard de litres d’eau contaminée récupérée dans la centrale dévastée de Fukushima. « Cela nous inquiète beaucoup. »

Une inquiétude partagée par son gouvernement : le 19 août, Séoul a convoqué un diplomate japonais pour exiger de Tokyo davantage de transparence sur cette question. Mais en dépit des demandes persistantes de la Corée du Sud depuis un an, le Japon refuse de donner des détails sur ses plans. Fin août, il s’est contenté d’assurer qu’il « traitait le problème de manière responsable, sur une base scientifique ».

Si Séoul se sert sans doute de ce dossier comme d’une munition supplémentaire dans son conflit commercial et historique grandissant avec Tokyo, les inquiétudes sud-coréennes ne sont pas feintes. Un rejet dans l’océan des eaux de Fukushima est « la seule méthode réalisable », déclarait dès l’été 2018 Toyoshi Fuketa, président de l’autorité japonaise de régulation nucléaire.

Car le Japon fait face à un problème insoluble : l’eau radioactive continue de s’accumuler, jour après jour, au rythme de 150 tonnes quotidiennes, autour de sa centrale dévastée. Huit ans après la catastrophe, l’opérateur Tepco continue en effet de refroidir, en y injectant de l’eau, les cœurs fondus des trois réacteurs détruits – le « corium », une masse de lave et de débris immensément radioactifs évaluée à 880 tonnes. Tepco doit aussi pomper l’eau des nappes phréatiques environnantes qui se déversent dans les sous-sols de la centrale, pour éviter que la contamination ne se propage.

Ces eaux hautement contaminées sont entreposées dans plus de mille réservoirs cylindriques construits tout autour du site : 1,15 milliard de litres y sont déjà stockés. Tepco assure que la place manquera d’ici à l’été 2022.

Cependant, le problème est que les technologies censées décontaminer cette eau (baptisées ALPS, pour « Advanced Liquid Processing System ») fonctionnent mal, ce que l’opérateur nucléaire a longtemps cherché à dissimuler.

Ce n’est qu’en septembre 2018 que Tepco reconnaissait avoir menti et confessait que 80 % des eaux traitées par l’ALPS dépassaient les normes maximales de radioactivité fixées par le gouvernement. En particulier, « 65 000 tonnes d’eau retraitée ont des niveaux de strontium 90 qui sont 100 fois plus élevés que la norme maximale. Dans certains réservoirs, les niveaux sont 20 000 plus élevés que la norme », précise le quotidien japonais Asahi. Le strontium est un radionucléide particulièrement cancérigène.

Les différents systèmes de décontamination (dont l’un mis en place par l’entreprise américaine Kurion, rachetée en 2016 par la française Veolia) visent 62 types de radionucléides différents.    « Mais ce n’est pas si simple d’enlever des éléments radioactifs de l’eau, explique à Mediapart Shaun Burnie, spécialiste nucléaire de l’ONG Greenpeace. Et à Fukushima, les quantités à traiter sont gigantesques. »

Que faire de cette eau toujours contaminée qui s’accumule jour après jour ?

Cinq options ont été avancées par un comité gouvernemental d’experts. Celui-ci a par exemple suggéré une vaporisation dans l’atmosphère ou une injection dans la géosphère. Mais l’option jugée la « plus réaliste » – en tout cas la moins onéreuse et la plus rapide – consiste en un rejet dans l’océan, étalé sur plusieurs années pour diluer la contamination.

« Les autorités japonaises disent qu’il n’y a pas de risques, que les radionucléides vont se disperser. Mais c’est faux ! Par exemple, le tritium, un isotope radioactif de l’hydrogène, se fixe dans les cellules animales, végétales et humaines. Il peut faire des dégâts. Il y a d’énormes incertitudes quant aux effets du tritium », avertit Shaun Burnie.

La question de l’impact d’une contamination à faibles doses sur une population fait l’objet de débats. « Il n’y a pas de seuil d’innocuité », tranche Bruno Chareyron, directeur du laboratoire de l’association CRIIRAD (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radio-activité). « Selon le modèle le plus réaliste, les effets en termes d’augmentation des cancers sont proportionnels à la dose de radiation, même si celle-ci est très faible. »

Cet ingénieur en physique nucléaire s’oppose donc fermement au rejet dans l’environnement des eaux de Fukushima. « Si vous exposez une population à une dose vingt fois plus forte que d’habitude, cela signifie que vous acceptez de leur faire subir un risque de cancers et de patho-logies vingt fois supérieur. » Bruno Chareyron souligne que les études d’impact sont très longues et que déterminer les conséquences sanitaires du désastre de Fukushima sur les communautés locales pourrait prendre des décennies.

Ces communautés sont évidemment farouchement opposées au projet de rejet dans l’océan, en particulier les pêcheurs locaux. Dans la Corée du Sud voisine, la mairie de Séoul a déjà annon-cé une intensification des contrôles de radioactivité des produits agricoles et piscicoles importés de l’archipel. « L’intervention de la société civile et du gouvernement sud-coréens sont très importants, pour envoyer au Japon un signal selon lequel un tel rejet est inacceptable », juge Shaun Burnie.

Mais Tokyo ne se montre guère sensible aux préoccupations sud-coréennes.

Le gouvernement de Shinzo Abe, obstinément pronucléaire, a mis en place une stratégie de « normalisation » qui consiste à faire croire que la situation à Fukushima est sous contrôle et qu’un retour à la normale est proche. C’est ainsi qu’une partie des 120 000 déplacés de Fukushima sont poussés (notamment par la suppression des subventions publiques d’aide au relogement) à revenir habiter dans certaines zones prétendument « nettoyées », mais en réalité toujours contaminées.

L’organisation des Jeux olympiques de Tokyo en 2020, qui incluent des épreuves organisées dans la région de Fukushima, participe à cette stratégie de normalisation.

« Depuis la catastrophe, neuf réacteurs nucléaires ont été relancés et le gouvernement veut en rebrancher une trentaine au total, souligne Shaun Burnie. L’obstacle, c’est la perception du public. Montrer que la situation est sous contrôle, c’est réduire les oppositions. »

Mais sur le site dévasté de la centrale de Fukushima-Daiichi, « On est toujours dans l’anormalité absolue, affirme Bruno Chareyron. C’est tellement ingérable que les autorités font tout pour rendre acceptables, petit à petit, des contaminations de l’air, des sols, de l’eau, des aliments, qui seraient d’habitude complètement inacceptables ».

Exemple particulièrement frappant : le gouvernement a multiplié par 20 la dose maximale de radioactivité admissible pour le public. Cette dose est passée de 1 mSv à 20 mSv par an. 20 mSv/an correspond à la norme des travailleurs du nucléaire… qui se voit soudainement appliquée à toute une population, enfants compris.

Le rejet dans l’océan d’éléments radioactifs s’inscrit dans cette stratégie de communication et de normalisation. L’ONG Greenpeace propose de son côté une sixième option : la construction de réservoirs additionnels en dehors du site et un stockage de cette eau pendant des décennies, le temps de développer de nouvelles technologies de décontamination. Une option qui n’est pas dénuée de risques (quid d’un nouveau séisme ou tsunami ?) et qui coûterait cher.

Fukushima est déjà considérée comme la catastrophe industrielle la plus chère de l’Histoire.

En juillet, l’Institut japonais de recherche économique (JIER) a estimé que son coût total, qui inclut démantèlement et décontamination, atteindra entre 35 000 et 80 000 milliards de yens, soit entre 299 et 684 milliards d’euros. Les autorités japonaises veulent démanteler les trois réac-teurs d’ici à 2031, un objectif qualifié de « fantaisiste » par Shaun Burnie: «Cela n’arrivera pas.»

La question du rejet des eaux radioactives de Fukushima est ainsi un exemple de plus de l’immense difficulté – voire de l’impossibilité – de gérer une catastrophe nucléaire. Prudent, Tokyo devrait éviter d’annoncer toute décision d’ici à ses Jeux olympiques l’été prochain, alors que tous les regards seront tournés vers le Japon. Après ? La tentation d’ouvrir les vannes dans le Pacifique sera grande.

09 SEPTEMBRE 2019 | PAR FREDERIC GUARDIAN Mediapart

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Commentaire:

TEPCO ment, il y a encore de la place pour stocker dans la zone interdite. Le problème c’est qu’en cas de nouveau tremblement de terre, toute cette eau filerait dans l’océan…

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10 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

écosocialisme (npa)

eco

« Nous interagissons en permanence avec les autres espèces vivantes, nos sorts sont donc liés »

Que nous dit le rapport de l’IPBES ?

Les chiffres donnés dans le document (un million d’espèces menacées d’extinction…) indiquent une tendance. Ce qui est sûr, c’est que la biodiversité est fortement dégradée, que les éco-systèmes (terrestres, marins, eaux douces) sont considérablement altérés.

Les changements sont trop rapides pour que les espèces s’adaptent. Conséquences : la fertilité des sols diminue, les océans s’acidifient, l’état de l’air et des eaux se dégrade, autant de mena-ces pour nourrir les populations, pour les maintenir en bonne santé.

Un exemple : 75 % des cultures mondiales dépendent, selon la FAO [agence de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture], de la pollinisation par les insectes. S’il n’y a plus assez ou plus du tout d’insectes pollinisateurs (abeilles par exemple) on imagine les problèmes alimentaires à venir.

Des études ont montré la forte concentration de pesticides aux pôles. D’où la forte diminution des moustiques qui accentue l’effondrement des populations d’oiseaux. Ici, à Port-Leucate, l’épandage d’insecticides, pour le confort et la santé des habitantEs et des touristes, a un impact sur les écosystèmes. Comment concilier deux nécessités contradictoires dès lors que le débat est pollué par des intérêts privés et financiers et l’action des lobbys ?

Penses-tu que la chute de biodiversité menace la vie des humains ?

Oui ! Homo sapiens est une espèce parmi les autres. Les liens qui existent entre les espèces conditionnent le vivant. Modifier, altérer la biosphère a des conséquences pour tout le vivant. Or le capitalisme favorise la propension d’Homo sapiens à se croire tout-puissant, coupé du reste de la nature. Nous interagissons en permanence avec les autres espèces vivantes, nos sorts sont donc liés. Des penseurs comme Kropotkine ont analysé l’importance des interactions, de l’entraide comme facteurs d’évolution.

Je ne partage pas l’avis de Trotski pour qui « Le gendarme maitrisera l’Homme tant que l’Homme ne maitrisera pas la nature ». Nous sommes partie intégrante de la nature. Il faudrait plutôt dire : « Le gendarme maitrisera l’homme tant que celui-ci n’aura pas appris à cohabiter avec les autres êtres vivants ». Petit clin d’œil bien sûr…

Alors c’est foutu ? 

Non ! La bonne nouvelle c’est qu’on connait parfaitement les causes de la chute de la biodiver-sité, plus largement de la crise écologique. C’est le changement d’utilisation des sols (défo-restation, artificialisation des terres…), le réchauffement climatique (énergies fossiles, transports…), la surexploitation des ressources (pêche industrielle…), les pollutions (produits chimiques, particules fines…)

Donc il faut agir sur ces causes. Pour cela on a les outils nécessaires dans un programme qui se pensera « écosocialiste » en mettant en avant l’intérêt général et non des intérêts privés d’une minorité. Pour être clair, il faut sortir du capitalisme, inventer d’autres modes de fonctionnement, démocratiquement, collectivement.

Le capitalisme n’est pas réformable, rien ne pourra contenir l’appétit démesuré des puissants pour la richesse. Comme l’a écrit Hervé Kempf en titre de son ouvrage : « Les riches détruisent la planète ». Le capitalisme, même s’il essaie de se colorer en « vert », est intrinsèquement inca-pable d’apporter les solutions dont nous avons impérativement besoin, de façon urgente.

Il est incapable de résoudre la crise écologique créée par le glissement d’Homo sapiens vers des sociétés inégalitaires. Rappelons que ce glissement est récent (quelques dizaines de milliers d’années, soit environ 3 % de la durée de vie de notre espèce…).

Trois grandes exigences permettent de changer le monde : l’égalité (qui permet de gérer les contradictions entre « pairs » ayant les mêmes intérêts), la démocratie (comme système empê-chant l’émergence d’intérêts privés), l’écologie (qui nous rappelle les limites de la biosphère). N’est-ce pas ce que demandent tous les peuples et populations en révolte contre ce monde dans l’impasse ? L’exemple en cours en Algérie nous le rappelle.

Tu retirerais bien sa couronne à Macron roi de la Terre ?

Sans problème ! Ces dirigeants-là ont compris, savent, mais leurs liens avec le système et les puissants priment. « En même temps » que Macron nous fait des grands discours sur la biodiver-sité et essaie de verdir son image en critiquant le Brésil de Bolsonaro, il s’en prend au patrimoine naturel français:

En autorisant la chasse de milliers de courlis cendrés et de tourterelles des bois, espèces menacées d’extinction,

En limitant les compétences du Conseil national de protection de la nature (CNPN),

En refusant, par le vote de la France et de l’Union européenne, lors de la dernière conférence internationale ces jours-ci, de protéger définitivement l’éléphant d’Afrique du commerce, et on pourrait multiplier hélas les exemples.

Hollande n’a pas fait mieux. Entre 2014 et 2016, la vente de pesticides a augmenté de 16 %, par exemple. Et Sarkozy, le roi du karcher, déclarait : « L’environnement, ça suffit »

Alors pour toi c’est « écosocialisme ou barbarie » ?

Je préfère dire que c’est « écosocialisme ou fin de vie pour Homo sapiens et probablement 80 % des autres espèces dans la foulée ». On en est là. Homo sapiens « capitalismus » est incapable de gérer ses limites.

L’écosocialisme est la seule façon de sortir de l’impasse, de façon concertée, collective, pour bâtir une société viable et mettre la joie de vivre au cœur de notre projet collectif. Par la discus-sion et l’élaboration collectives, à travers la planification écologique, nous pourrons déterminer comment satisfaire les besoins sociaux, humains, dans les limites du respect de la biosphère.

Il faut dégager du temps pour se former, discuter et décider de quoi nous avons besoin, comment le produire, où, comment l’acheminer… Pour ça, il faut du temps libre à partager, à consacrer aux autres et à soi-même. D’où l’importance pour les écosocialistes de la baisse du temps de travail.

Autre raison de se battre et d’espérer, nous constatons que les écosystèmes ont une forte capacité à réagir, à s’adapter, à se réparer. Alors sortons nos outils et attaquons-nous au système, une bonne fois pour toutes !

Il ne nous reste pas « 10 ans pour agir », ce qui sous-entendrait que dans dix ans, il serait trop tard et ce qui nous pousserait aux comportements individualistes. On ne sait pas modéliser le « point de non-retour ».

Nous devons changer ce système le plus rapidement possible en l’accompagnant aussi par des actions « au quotidien » au cœur du monde capitaliste. L’action politique et l’action au quotidien (par des changements de comportement) ne sont pas contradictoires, mais au contraire indisso-ciables. Plus vite ce sera fait, plus nous augmenterons nos capacités à construire un autre monde. C’est à notre portée.

 Frédéric Malvaud, administrateur national d’une grande association de protection de la nature, revient sur son intervention à l’université d’été du NPA, à propos du rapport de l’IPBES (plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques) sur l’état de la biodiversité, et sur les données politiques à en tirer.

Commission nationale écologie Lundi 9 septembre 2019

https://npa2009.org/

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10 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

lisier (eau et rivières)

eaux et rivieres

Pollution : des « accidents » de plus en plus prévisibles

Entre théorie administrative et constat sur le terrain l’écart se creuse. Les rivières du Finistère payent le prix fort. Eau et rivières de Bretagne ne s’y résignera pas.

La semaine dernière Eau & Rivières de Bretagne et ses associations membres se sont émues des pollutions successives qui ne cessent de détruire nos cours d’eau. Nous nous demandions « Laissera t’on crever les rivières finistériennes ? ».

Question prémonitoire ?

Dans la nuit du vendredi à samedi la Mignonne a, une fois de plus, été détruite par une pollution de lisier brut. Ironie du sort, la veille, l’AAPPMA de Daoulas était en train de superviser une pêche électrique de la rivière afin de dresser un état écologique suite aux deux précédentes pollutions de l’été (pollution au lisier au mois de juillet et pollution d’une station d’épuration au début du mois d’août).

Les résultats de cet inventaire peuvent directement mis à la poubelle. Jean Robert Dupont, président de l’AAPPMA de Daoulas dresse un constat accablant : « La rivière a été anéantie, on ne voit même plus le fond« .

Soulignons que la chambre d’agriculture semble avoir pris enfin conscience du problème en alertant la profession dans une lettre Flash info datée de juin dernier ainsi qu’en ligne sur son site internet. Comme le rappelle la chambre : 23 cas de pollutions accidentelles de lisier de porcs ou bovins ont été enregistrés depuis le début de l’année 2019 sur le seul territoire du Finistère, soit près de une par mois en moyenne !

Une seule de ces pollutions anéantit la biodiversité aquatique pour plusieurs années et ce faisant fragilise bien des espéces déjà mis en souffrance par le dérèglement climatique (anguilles, chabots, salmonidés…) !

L’année dernière, suite à la pollution de la rivière du Jet, la préfecture du Finistère, à la demande des associations, a pu établir des préconisations concernant la sécurité des élevages. Dans le même temps la préfecture a indiqué qu’elle mettait un plan de contrôle renforcé sur 20 installa-tions par an. 20 contrôles alors que plus de 200 sites ont été recensés comme à risque par ces même services de l’Etat ! Des contrôles qui dans un certain nombre de cas débouchent sur des préconisations qui sont par définition facultatives et non obligatoires.

La responsabilité de la machine étatique

En réalité ces pollutions étaient prévisibles et ne sont pas sur le point de diminuer. Depuis les refontes successives de la législation relative aux installations classées dont font partie les élevages, les moyens de l’État fondent.

Depuis 2011, le niveau de sécurité imposé par la réglementation ne cesse de décliner. Dans une volonté de réduction de la dépense publique et/ou de « simplification », l’État a choisi de baisser les exigences de sécurité et le niveau des contrôles réalisés par les agents de l’État, ceci sur un parc agricole vieillissant. C’est bien dans un déni de réalité que les projets d’élevages sont auto-risés sans prescriptions adaptées.

Quid de la justice ?

Aujourd’hui les tribunaux ne sont pas non plus à la hauteur des enjeux. Le 9 mai dernier un exploitant a été condamné par le tribunal de Brest à payer 750 euros d’amende pour avoir pollué plus de 5 kilomètres de cours d’eau. La semaine dernière le parquet de Quimper a requis une amende de 1.000 euros pour avoir détruit pour la deuxième fois 6 kilomètres de linéaire de cours d’eau. La marge d’ajustement est bien l’environnement !

La responsabilité des filières

Au-delà des démarches d’information des Chambres et quelques initiatives des bassins-versants, comment ne pas s’offusquer de voir que des entreprises vendent aux éleveurs sans « assistance », des matériaux (tuyaux, ouvrages maçonnés…) dont la fiabilité dans le temps pose question, des matériels (pompes, contacteurs, systèmes d’alertes) dont la triste actualité démontre que l’aléa dysfonctionnement n’est pas anticipé, des implantations d’élevages sans bassin de contention en cas d’écoulement de substances polluantes.

A l’autre bout du système, quid de la responsabilité des opérateurs en aval qui n’intègrent pas dans leur cahier des charges leurs propres démarches qualité, s’assurant ainsi des bonnes conditions de production au regard du risque pollution des cours d’eau.

C’est bien parce qu’il faut que la Bretagne se donne les moyens de sécuriser ces élevages qu’ Eau et Rivières de Bretagne appelle l’ensemble des acteurs concernés à déposer plainte au soutien de l’AAPPMA de Daoulas et des autres professionnels de la baie de Daoulas qui ont été durement touchés.

Pour Eau et Rivières de Bretagne, il ne fait pas de doute que l’administration, la justice les éleveurs et leur filière ne se sont jusqu’à présent pas donné les moyens d’enrayer ce flot de pollutions pas si  « accidentelles » finalement !

09 septembre 2019

https://www.eau-et-rivieres.org/

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Lisier (Eaux et Rivières 2017)

Soutien à Eaux & Rivières

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10 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

chasse (ballast végétarisme)

chasse

Pierre Rigaux : « Gagner contre la chasse »

Le président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC) accuse ceux qui ne défendent pas la chasse de vouloir que « la ruralité, ça s’arrête ». Comment faire entendre qu’il ne s’agit pas d’une lutte entre villes privilégiées et campa-gnes populaires ?

Les citoyens les plus malmenés par les chasseurs sont les ruraux. Ce sont d’abord eux qui subissent la peur des balles perdues, la confiscation effective de l’espace par les battues et de façon beaucoup plus pernicieuse la crainte de s’exprimer ouvertement contre la chasse, car la pression sociale des chasseurs est très forte.

J’ai moi-même été menacé de mort plusieurs fois dans les différents endroits où j’ai habité. Pourtant, les chasseurs sont minoritaires dans le monde rural : la « ruralité » revendiquée par la Fédération nationale des chasseurs est un leurre. C’est une frange de plus en plus marginale de la ruralité, qui se fait entendre d’autant plus violemment qu’elle voit venir sa propre disparition par manque de renouvellement des effectifs.

On se souvient de la FNC clamant, sur les murs du pays en 2018, qu’ils sont « les premiers écologistes de France ». Vous rappelez que les chasseurs dispersent chaque année 5 à 10 000 tonnes de plomb dans la nature, sans parler des douilles. Comment comprendre ce double jeu ?

L’affichage écologique est désormais l’angle principal choisi par la Fédération des chasseurs pour tenter de justifier la chasse et de la maintenir au pouvoir, car le tir-loisir et la « tradition » ne suffisent plus comme arguments institutionnels et politiques. Ce verdissement de façade est plus subtil qu’il n’en a l’air. Il fonctionne relativement bien auprès des décideurs politiques, au moins d’une partie d’entre eux.

Beaucoup de collectivités publiques confient aux fédérations et aux associations de chasse des responsabilités dans la « gestion » écologique de milieux naturels. On leur donne les clés de zones humides, on les associe à des suivis scientifiques ou même à des programmes de « conservation de la faune ».

Tout ça permet aux chasseurs de s’autoproclamer écologistes en faisant presque oublier que ces actions, qu’elles soient pertinentes ou désastreuses, ne nécessitent pas de chasser. Quant aux conséquences écologiques de la chasse elle-même, elles sont totalement niées. Dans les faits, les écologistes, je veux dire les vrais, doivent sans cesse batailler contre le lobby de la chasse pour empêcher le tir d’espèces menacées ou le piégeage des « nuisibles » qui n’en sont pas.

Les collectivités publiques financent les chasseurs. Vous parlez d’une « stratégie payan-te » et d’un « lien électoral ». L’Ifop évoquait, en 2013, un profil non « homogène » mais « un sur-vote très significatif en faveur de l’extrême droite ». Que peut-on dire du « vote chasseur » ?

Il est visiblement très diversifié, quoique fort, en effet, à l’extrême droite. Mais ceci varie selon les régions. Par exemple, dans la Somme, où les chasseurs votent énormément pour l’extrême droite, je dois dire que l’ambiance sur le terrain est assez particulière… Quand vous allez vous promener le soir sur le littoral, avec vos jumelles d’ornithologue ou votre appareil photo, et que vous croisez des chasseurs qui vont s’installer dans leurs huttes pour la chasse nocturne aux canards, les regards que vous croisez ne sont pas toujours plein d’amour et bienveillance pour son prochain…

Mais les chasseurs français votent largement vers toutes les tendances, avec toutefois une majorité pour la droite, ce n’est pas une légende. À l’opposé, le vote communiste des chasseurs est apparemment marqué dans les zones rurales, où il l’est aussi pour le reste de la population. C’est frappant de voir que des élus de tous bords défendent vigoureusement les chasseurs.

En ce moment, les régions qui soutiennent le plus ostensiblement la chasse à grands renforts d’argent public sont les Hauts-de-France, l’Auvergne-Rhône-Alpes et la Nouvelle-Aquitaine, respectivement dirigées par des élu·e·s LR, LR et PS. Le président du groupe « chasse » au Sénat, ardent activiste pro-chasse, est un représentant LR. Enfin, côté LREM, le président de la République soutient la chasse encore plus nettement que ses prédécesseurs.

Pour les associations écologistes qui essaient de peser dans les décisions publiques en se rapprochant du pouvoir en place, tant au niveau local que national, la difficulté est de ne pas apparaître trop anti-chasse. Elles veulent être écoutées et continuer à toucher elles-mêmes des subventions. Elles dépendent encore plus de cet argent public que les fédérations de chasse, car leurs adhérents, même pour les plus grandes associations qui travaillent sur la biodiversité, ne sont que quelques dizaines de milliers.

Les cotisations des écolos ne pèsent presque rien face aux cotisations obligatoires d’un million de chasseurs qui doivent s’acquitter du permis annuel. La conséquence est une certaine hypo-crisie d’une partie du milieu associatif écolo, censé combattre la chasse mais qui n’en dénonce que les « excès » sans jamais prendre clairement position, sans remise en cause fondamentale.

Le mot qui surgit à chaque discussion sur le sujet est celui de « régulation ». Vous dites que cet argument est « souvent accepté avant d’être examiné » : pourquoi le gobe-t-on tout cru ?

Parce que les dirigeants et les communicants de la chasse ont tout fait depuis des années pour qu’on le gobe ! Le mot lui-même rassure. Il est choisi pour ça. Pour conférer un rôle d’utilité publique aux chasseurs dans l’imaginaire collectif. Qui pourrait s’opposer à ce qu’on « régule » quelque chose qui, autrement, deviendrait incontrôlable et donc menaçant ?

En réalité, il n’y a strictement aucun impératif écologique à vouloir « réguler la faune sauvage » aujourd’hui, en France, du moins s’agissant de l’immense majorité des espèces. Vous ne trouve-rez aucun biologiste pour vous affirmer le contraire, sauf, évidemment, ceux payés par le milieu cynégétique.

Beaucoup d’espèces encore chassées sont même en déclin, parfois très préoccupant. Les chasseurs entretiennent l’idée selon laquelle l’humain, qui est, entre parenthèses, une espèce totalement dérégulée sur le plan démographique, aurait une mission quasi-divine de régulation des populations d’autres espèces.

En tant qu’observateur de terrain et après avoir passé des années à recenser, étudier, invento-rier les animaux dits sauvages, je pense qu’il faut revoir complètement notre approche. Il faut arrêter de croire que nous aurions à gérer la faune. Il est dans notre intérêt et éthiquement nécessaire de gérer, non pas les animaux, mais certaines interactions entre l’humain et les animaux. La différence peut paraître subtile mais elle est fondamentale. Ce n’est pas la faune qu’il faut tenter de gérer, c’est l’interaction entre nous et les autres êtres vivants.

Vous reconnaissez d’ailleurs que les sangliers causent des dégâts. Tout en parlant d’une « escroquerie ». Comment, la chasse abolie, prendrait-on ça en charge ?

Les sangliers causent surtout des dégâts dans des cultures intensives, en particulier celle du maïs, elle-même aberrante écologiquement car elle sert en grande partie à nourrir les élevages intensifs, localement ou via l’exportation.

Ce n’est donc pas tant le sanglier qui cause des dégâts que la maïsiculture intensive elle-même, qui est une calamité. Mais les sangliers causent aussi, aujourd’hui, des dégâts dans des petites parcelles agricoles, et n’importe quel cultivateur, même très écolo, peut être touché.

Pour éviter ou limiter ces impacts, des solutions techniques existent avec l’installation de clôtu-res spéciales. Et, au-delà, si on estime que les effectifs de sangliers sont problématiques pour des raisons écologiques (ce qui est rarement le cas, mais doit être examiné) ou pour des raisons de dégâts (ce qui peut l’être ponctuellement), il faut d’abord se souvenir que l’extraordinaire croissance des populations de sangliers dans les dernières décennies est essentiellement due à la chasse elle-même !

Les chasseurs ont tout fait pour disposer d’un « gibier » abondant, notamment en lâchant des sangliers d’élevage croisés avec des cochons, ce qui est désormais interdit. Là est l’escroquerie. La chasse ne fait toujours pas baisser le nombre de sangliers alors même que les chasseurs se drapent dans leur costume de « régulateurs » !

Si la société veut diminuer le nombre de sangliers, à l’avenir, en considérant qu’il s’agit de corriger ses propres bévues, elle peut mettre les moyens en termes de recherche scientifique pour mettre au point des méthodes, par exemple via des formes de stérilisation. Des expérien-ces existent en Amérique du Nord. C’est un sujet très complexe : il ne doit pas être pris à la légère car il peut y avoir des conséquences écologiques en cascade. C’est une question de motivation scientifique et sociale, si on peut dire.

Vous revenez sur un point méconnu du public : l’industrie de l’élevage dans la chasse ! Pourquoi croit-on encore que les chasseurs se contentent de tuer les animaux qu’ils croisent « naturellement » sur leur chemin ?

Les chasseurs vantent leur rôle de « régulateur » et ne se vantent pas de tirer sur des faisans sortis d’une cage… Un animal sur quatre qui est tué à la chasse est né dans un élevage. J’ai eu l’occasion de visiter des élevages de toutes sortes d’animaux pour la chasse, et je peux vous dire que c’est une horreur.

On ne s’imagine pas à quel point les chasseurs ont su historiquement concevoir tout un système rationalisé de « production » industrielle d’animaux utilisés comme chair à canon, avec le soutien des pouvoirs publics à tous les niveaux depuis les années 1970. Ces faisans, perdrix et autres animaux ne sont ni tout à fait domestiques, ni tout à fait sauvages. Leur courte vie n’est que souffrance en captivité, avant d’être lâchés pour être abattus ou pour mourir, de toute façon, car ils sont pour la plupart inadaptés à la vie dans la nature.

Dans les Hautes-Alpes, des éleveurs ont récemment créé un « Front de Libération ». Posant armés et cagoulés à la manière de jihadistes, ils annoncent qu’ils vont traquer les loups. Est-ce le signe d’une radicalisation plus générale ?

Je ne pense pas, même si la détestation fondamentale des loups est répandue dans le milieu de l’élevage ovin. Il faut dire que certains éleveurs de ce secteur des Hautes-Alpes, que je connais bien pour y avoir vécu, ont une vision du monde particulièrement archaïque… pour le dire poliment.

« Libération » de quoi ? Des brebis qu’ils mènent à l’abattoir ? Pardon, mais rien n’oblige ces cagoulés à exercer le métier d’éleveur qui, rappelons-le, est payé par la société à travers toutes sortes de subventions qui représentent l’essentiel de leur revenu.

Peu de gens savent qu’objectivement, le nombre d’éleveurs ovins diminue beaucoup moins dans le sud-est, où vivent l’essentiel des loups de France, que dans le reste du pays. En fait, beaucoup d’éleveurs ovins qu’on ne voit pas dans la presse ne sont pas aussi virulents, s’adap-tent et s’accommodent tant bien que mal de la présence des loups, sans réclamer des tirs à tout va. Mais il est presque impossible pour eux d’apparaître médiatiquement, car la pression de la corporation et de ce genre de cagoulés est très forte.

Vous écrivez que la chasse « devrait finir par disparaître d’elle-même » et soulignez le « désamour global des citoyens » pour cette pratique. Faut-il laisser le temps faire son travail ou bien lui forcer la main pour que l’État, sous la pression du nombre, interdise un jour la chasse ?

Je pense que nous devons agir car il en va de l’intérêt général, de l’urgence écologique et des animaux. On peut bien sûr tenter d’agir politiquement par les urnes ou via les décideurs ou futurs décideurs. Certains tentent le boycott. J’ai lancé en 2018 une campagne visant à ce que les magasins Decathlon arrêtent de vendre des articles de chasse.

Mais l’objectif est beaucoup plus large que cette enseigne : Decathlon est très apprécié des Français et promeut abondamment la chasse comme un loisir, au même titre que le foot ou la randonnée. Pour gagner contre la chasse, il faut d’abord que cette activité ne soit plus considé-rée comme acceptable socialement.

Il faut ensuite que la loi s’aligne, comme c’est déjà le cas pour les animaux domestiques dits de compagnie : faire souffrir volontairement un chien, lui tirer une balle dans la cuisse pour s’amu-ser est un délit. Pour les animaux sauvages, c’est encore autorisé et encouragé par les pouvoirs publics à travers la chasse.

Naturaliste de son état et biologiste de formation, Pierre Rigaux est l’auteur de publications scientifiques sur les micromammifères, le campagnol aquatique ou le putois d’Europe. Son prochain livre, Pas de fusils dans la nature, sort en librairie le 18 septembre 2019 : un plaidoyer argumenté pour l’abolition d’une pratique qui tue chaque année, en France, 30 à 45 millions de vies animales et près d’une vingtaine de vies humaines. Emmanuel Macron « a fait beaucoup pour la chasse », vient de déclarer la Fédération des chasseurs de Gironde. Les chasseurs représentent environ 1,5 % de la population française : un monde presque intégralement mascu-lin et composé au tiers de cadres et de professions libérales. L’auteur, pour des raisons écologiques et éthiques, appelle à se mobiliser.

Pierre Rigaux 09 septembre 2019
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