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06 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Les transports au cœur de la crise écologique (1)

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Alors que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) va rendre son cinquième rapport sur le climat, les réponses mises en avant par Europe Écologie les Verts ou par le gouvernement sont dramatiquement ridicules au regard des enjeux.
Les transports sont les premiers contributeurs aux gaz à effet de serre. Avec 27 % des émissions de CO2, ils participent à leur forte augmentation qui est la cause du réchauffement climatique. Il est donc indispensable de réduire drastiquement l’utilisation des déplacements motorisés de personnes et de marchandises. Le NPA présente dans ce dossier une première réflexion collective sur cette question.

Taxe carbone, saison 2 ! Qu’avait donc annoncé Philippe Martin, le remplaçant de Delphine Batho au ministère de l’Écologie, pour être autant applaudi à l’université d’été d’EELV ? L’arrêt du nucléaire en 10 ans ? Les subventions de la PAC pour l’agriculture bio ? Le renoncement aux projets inutiles comme Notre-Dame-des-Landes ? Raté ! C’est l’annonce du retour d’une taxe carbone pour 2014 qui a mis les écolos en joie. Selon eux, ajoutée au prix de vente des produits et des services selon la quantité de gaz à effet de serre (GES) émis, cette taxe devrait freiner, empêcher, l’utilisation des énergies fossiles. Si on suit le raisonnement, les prix doivent donc intégrer le coût induit par la quantité de carbone nécessaire à leur production. Derrière cet apparent bon sens se cache une arme redoutable : faire payer aux consommateurs les conséquences d’un système de production et de transport fondé sur l’exploitation et le gaspillage des ressources naturelles. Il ne s’agit surtout pas de s’attaquer à la façon dont les productions sont organisées. Cette taxe carbone, injuste socialement, sera inefficace car elle ne s’attaque pas à l’organisation capitaliste de la production et de la société, cause principale du réchauffement climatique.

Mauvais et irréaliste Aucune taxe carbone, aucun droit d’émission, n’apporteront de solution. Pour avoir une chance d’être efficace, taxes ou droits devraient aller jusqu’à 600 ou 700 dollars la tonne de CO2. Le secteur du transport, mais aussi tous les secteurs clés de l’économie (automobile, aéronautique, construction navale, chimie et pétrochimie, production électrique, sidérurgie, cimenterie, agro- alimentaire, etc.) seraient lourdement pénalisés. Croire que les patrons de ces ­secteurs accepteront qu’on touche à leurs marges, croire que les États rivaux représentant ces patrons  se ­mettront d’accord pour toucher aux marges de tous les patrons dans tous les pays, c’est croire au Père Noël. L’échec depuis vingt ans des sommets internationaux sur le climat en atteste. Et cela n’est pas près de changer dans le contexte de la guerre de concurrence qui fait rage depuis 2008 !

Pour l’égalité sociale Pour rester dans le domaine des transports, est-ce que les salariéEs excluEs des décisions économiques ont vraiment le choix de leur mode de déplacements, que ce soit en milieu rural, en zone urbaine ou périurbaine alors que des lignes de chemins de fer sont fermées en régions, que les transports en bus ou en car sont notoirement insuffisants et inconfortables ? Bien plus efficace que la taxe carbone sur les transports, la gratuité des transports collectifs contribuerait à diminuer les GES puisqu’elle dissuade d’utiliser la voiture. Mais poser la question de la gratuité, c’est directement s’attaquer au capitalisme qui transforme tout en marchandises sources de profits, et cela, ni le PS ni EELV n’y sont prêts. C’est vrai qu’il est bien plus facile de faire passer les consommateurs pour les responsables directs de la crise climatique…
Une fiscalité écologiste n’a de sens que si elle garantit l’égalité sociale. Elle doit prendre place dans une politique globale de réduction des gaz à effet de serre, par la réduction drastique des consommations d’énergie, la sobriété énergétique et la création de services publics européens des énergies propres, ce qui nécessite des ruptures avec les modes actuels de production, de consommation et d’échange. Une taxe kilométrique appliquée aux produits qui font trois fois le tour de la Terre avant de se retrouver sur les étals des magasins pourrait avoir un sens, mais sûrement pas une taxe qui va amputer davantage les budgets des plus pauvres.

Qui va payer ? Le montant de la future contribution climat-énergie annoncée par Hollande lors de la conférence environnementale pourrait être de 7 euros la tonne en 2014 (40 euros en moyenne par an pour un ménage) pour atteindre 20 euros en 2020. Certains comme Rocard parlent même de 32 euros la tonne. Une certitude, la taxe ira en augmentant. Et « le Président des patrons » de s’empresser d’ajouter que cette taxe « donnera à nos entreprises un avantage compétitif en permettant de moins taxer le travail ». Pour elles, ce ne serait que la transformation d’une partie du montant des taxes sur les produits énergétiques recalculée en fonction de leur teneur en CO2. Toujours la même obsession : ne rien faire payer aux entreprises, ne pas toucher aux profits. Dans ces conditions les objectifs, plus que limités, ne seront même pas atteints. Enfin, même si les montants de la taxe sont intégralement reversés aux ménages qui vont être les principaux contributeurs, ce ne sont pas les petits revenus, les locataires, les mal logés ou les pas logés du tout qui investiront dans l’amélioration de l’habitat !

Lundi 30 septembre 2013Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 210 (26/09/2013)

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06 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Taxe carbone, non! Gratuité des transports, oui! (2)

Taxe carbone, non! Gratuité des transports, oui! (2) dans Ecologie & climat affiche-jc-transports-gratuits-206x300

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Les transports gratuits sont une réponse concrète à un besoin social et une exigence écologique.

Mais ils relèvent aussi d’un choix de société, fondé sur le concept de gratuité. L’opposition des classes dominantes aux transports gratuits n’est pas une question uniquement économique, mais avant tout idéologique : la conviction que tout doit devenir marchandise, tout doit être vendu, et rien ne saurait être gratuit. Nous sommes convaincus que les services publics — éducation, santé, transports — doivent être gratuits. C’est à la fois une question de justice sociale et le choix d’une forme de vie en rupture avec le tout marchand du capitalisme.
Les études sont formelles : pour inciter les usagers à prendre au quotidien les transports en commun, et donc diminuer l’impact de la voiture individuelle, la gratuité est nécessaire. Cette mesure sociale, écologique, politique et de santé publique est tout à fait réalisable même dans le cadre budgétaire actuel des collectivités locales qui mobilisent, pour la voiture, 80 à 90 % des budgets consacrés aux déplacements, contre 10 % pour les transports collectifs. Les recettes tirées de la vente de titres de transport représentent en moyenne moins de 20 % du budget des transports en commun. Une réorientation des crédits alloués aux transports individuels financerait facilement la gratuité des transports publics. L’argent existe, il s’agit de l’utiliser autrement, l’obstacle n’est donc pas financier. Aussi bien à droite qu’au PCF et à EELV, et malgré des exceptions locales comme Châteauroux ou Aubagne, certains opposants à la gratuité des transports préfèrent appliquer une tarification « attractive » en prétextant que les services gratuits ne sont pas considérés à leur juste valeur. Quelle hypocrisie pour tenter de cacher la peur qu’inspire la notion de gratuité !

Financer la gratuité
Le NPA propose :
– d’augmenter le versement transport payé par les entreprises de plus de 9 salariéEs,
– de transférer les sommes investies pour la voiture (routes, autoroutes, parkings) et celui de ses coûts externes considérables (traitement du bruit, de la pollution, des accidents, de la congestion) sur les transports collectifs,
– de stopper les dépenses pour les grands projets inutiles et nuisibles comme les LGV, aéroports… et de réaffecter ces sommes.
En attendant la nécessaire réorganisation globale de l’espace (localiser les productions, les services, repenser l’urbanisation…), il faut aussi fortement augmenter l’offre de transports (nouvelles lignes, plus de bus…) pour diminuer le temps d’attente, éviter les engorgements, les rendre plus efficaces que la voiture. Aujourd’hui, le rallongement des trajets domicile-travail et domicile-services (écoles, poste, commerces…) dope l’utilisation de la voiture : il faut donc développer les transports collectifs gratuits en zone périurbaine, en zone rurale et réintroduire les ramassages collectifs pour aller au travail. L’organisation de ces transports collectifs gratuits doit se faire dans le cadre d’une régie publique, avec création de comités d’usagers auxquels est reconnu le droit de décider. Dans les transports des personnes comme ailleurs, seul un service public autogéré permettrait de répondre à la demande sociale.

http://npa2009.org/node/38933

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06 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Quel transport de marchandises ? (3)

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Alors que l’activité de transport de marchandises intervient entre la production et la consommation, depuis le traité de Rome en 1957, les dirigeants européens ont érigé la libre circulation des marchandises en principe fondateur.

Depuis, toute la création du droit européen va tendre à supprimer les obstacles à cette libre circulation au service du profit de quelques-uns contre l’intérêt de tous les autres. Cela passe d’abord par la diminution des coûts : c’est la pratique du zéro stock, du flux tendu, du juste-à-temps. Aucun frais de stockage, pas de perte de temps, les marchandises en perpétuel mouvement servent de variable d’ajustement du profit et sont vendues au moment où elles rapportent le plus. Les coûts d’entretien et de sécurité des infrastructures, les investissements notamment pour les grands projets inutiles, comme la LGV Lyon-Turin ou l’aéroport de NDDL, sont pris en charge par les finances publiques.

Les salariéEs premières victimes Réduire les charges c’est aussi baisser au maximum le coût du travail. Les salariés des transports routier et maritime sont les esclaves des temps modernes, ainsi que certains artisans chauffeurs. 66 % des chauffeurs routiers dépassent les limitations de vitesse pour livrer dans les temps impartis, 50 % mangent et dorment dans leur camion, 80 % font des heures supplémentaires non payées. Des plages horaires de travail vont jusqu’à plus de 70h par semaine au mépris de toute sûreté et sécurité. Victimes du dumping social, de la mise en concurrence des travailleurs entre eux (les routiers polonais ou roumains employés par des entreprises françaises sont payés 2, 5 fois moins que leurs collègues français), ils représentent le projet patronal d’exploitation pour l’ensemble du salariat des transports. Ce qui explique que l’Union européenne et les États fidèles aux intérêts capitalistes, accentuent les libéralisations des services publics de transports.

Incohérent et destructeur Puisque les transports ne leur coûtent rien, les industriels segmentent la fabrication des produits pour faire jouer le moins-disant social, fiscal, environnemental. Les exemples sont légion. Ainsi chez Renault, après avoir cassé l’entreprise et la résistance ouvrière, la production des pièces a été éclatée : les arbres à came sont fondus au Brésil, laminés au Portugal, fignolés à Annecy pour un montage à Douai ! Dans un autre secteur, les crevettes pêchées en mer du Nord sont transportées en camions frigorifiques au Maroc, où des ouvrières surexploitées vont les décortiquer, puis retournées au Danemark où elles seront vendues… Les destructions environnementales résultant du transport incessant de marchandises sont énormes, difficilement évaluables et pour certaines sans doute irréversibles : destruction du foncier, des forêts, des zones agricoles, des écosystèmes. La Politique agricole commune européenne, qui favorise les cultures intensives destinées à l’exportation, contribue largement à ce désastre écologique mondial.

Défendre les travailleurs, respecter la planète Il y a urgence à défendre un autre système respectueux de l’environnement et des besoins humains. Nous soutenons les revendications des salariéEs portées par leurs syndicats : la baisse massive du temps de travail, l’amélioration des salaires et des conditions de travail et de vie pour tous les routiers au niveau européen et un statut international pour les marins ; les luttes des cheminots et des salariéEs de l’aviation et des ports contre toutes les attaques de leurs statuts et du service public.

Nous exigeons la fin des pavillons de complaisance, l’arrêt des grands travaux inutiles et la réorientation des investissements, l’interdiction de transporter les fruits et légumes qui pourraient être produits localement, l’interdiction de transporter des produits non réparables. Notre conviction est que les besoins du plus grand nombre peuvent être satisfaits dans le respect impératif de la planète et des travailleurs et travailleuses. À condition que la production soit réorientée vers tous les secteurs utiles : création de logements et de villes à taille humaine, transports en commun, zones de productions agricoles de proximité… Cela suppose aussi que ce soit les producteurs et les « consommacteurs » qui décident. Cela ne pourra se réaliser que par des affrontements contre le capital.
C’est à ce prix que nous gagnerons l’écosocialisme que nous voulons !

http://npa2009.org/node/38933

 


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06 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Les fausses « bonnes solutions » du rail (4)

Les fausses « bonnes solutions » du rail (4) dans Ecologie & climat bataillledurail-240x300

Pour une grande partie de la gauche, des écologistes et des travailleurs du rail, le transfert du fret de la route vers le rail représente à juste titre une urgence. Cela conduit malheureusement nombre d’entre eux à soutenir les projets de la SNCF, des entreprises privées de fret, du gouvernement et les préconisations européennes de libéralisation du rail, pourtant bien éloignés des bonnes résolutions de départ. Trois exemples :

Les autoroutes ferroviaires. De grands trajets en train plutôt qu’en camion, voilà un beau schéma… qui n’a pourtant qu’un seul objectif : accroître le volume de transport de marchandises et donc favoriser l’externalisation des entreprises, le transport de marchandises inutiles (cerises en hiver…) et la politique du stock-zéro dans l’industrie.

Les TGV-fret. L’utilisation de quelques TGV-fret roulant la nuit sur les LGV existantes peut favoriser un transfert modal de l’avion sur le rail. Mais cela ne peut être que limité, du fait du nécessaire entretien des lignes la nuit. La création d’un réseau LGV-fret poserait par contre de graves problèmes écologiques (l’énergie consommée par un train croît au carré de sa vitesse et toute nouvelle ligne détruit l’environnement) et favoriserait l’implantation des entreprises privées de fret ferroviaire (trains complets, marchés plus faciles à acquérir, entretien à la charge de la collectivité, etc.)

Les grands projets actuels de ferroutage. consistent à charger des camions complets, tracteur + remorque + chauffeur, sur un train, pour contourner les nœuds de blocage (montagne, mer ou Paris et Lyon). Cela revient donc à augmenter le nombre de camions, et nullement à réduire. C’est contre cela que se font les mobilisations contre les tunnels ferroviaires alpins (TGV-fret Lyon-Turin, TAV en italien) et pyrénéens (tunnel TGV-fret entre Perpignan et Figueras et projet de traversée centrale des Pyrénées).
Les objectifs affichés sont, on le voit, en réalité très éloignés des préoccupations écologiques et sociales, et nous éloignent des réflexions et préconisations nécessaires au développement du rail face à la route.

Dossier réalisé par la commission nationale écologie http://npa2009.org/node/38933

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03 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Télé : un doc subversif sur le nucléaire à ne pas manquer (S&A)

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Vendredi 4 octobre, à 23H10, France 3 diffuse le documentaire  »nucléaire, exception française » qui raconte la manière dont cette filière a été imposée.

« FONDATRICES ». Neuf cents réacteurs en l’an 2000 en France (au lieu des 58 actuels) ! Si la frénésie de construction de centrales nucléaires s’était poursuivie sur sa lancée des discours tenus dans les années 1970, le territoire en aurait été couvert. Et sans qu’aucun débat parlemen-taire, comme le déclare benoîtement Marcel Boiteux, qui dirigea EDF pendant vingt ans (1967 à 1987), n’ait eu lieu à ce sujet : « Il n’y en avait pas besoin » Il faut voir le documentaire « Nucléaire, l’exception française », réalisé par Frédéric Biamonti (1), qui rapporte ces chiffres et déclarations. Pour reprendre la mesure de la place singulière que cette production d’énergie occupe depuis un demi-siècle dans la politique et les choix énergétiques du pays. Pour ne pas perdre la mémoire de décennies « fondatrices ».

« On ne doit pas y toucher » Résultat : les trois quarts de l’électricité française actuelle sont d’origine nucléaire. Avec le défilé des présidents, de De Gaulle à Sarkozy, en passant par Giscard, Mitterrand et Chirac, aucun doute : le nucléaire, « on ne doit pas y toucher » (Sarkozy). Ou alors, avec très grande circonspection : ne pas lancer la construction de Plogoff (promesse de campagne électorale de Mitterrand), arrêter le surrégénérateur Superphénix (trop de pannes et une ministre farouchement décidée à le fermer, Dominique Voynet)… Avec François Hollande, c’est Fessenheim qui est en ligne de mire. Même si la députée européenne Corinne Lepage, interviewée dans le film – et aux côtés de qui nous l’avons vu en avant-première – nous a affirmé n’être pas du tout persuadée, mais alors pas du tout, que cette fermeture interviendra véritablement fin 2016, comme affirmé aujourd’hui !

En cas d’accident, personne n’aurait les moyens de payer

« ÉPÉE DE DAMOCLÈS ». L’ancienne ministre de l’environnement, très énergique à l’écran, insiste sur le danger financier (« Épée de Damoclès ») que ferait courir à la France un accident nucléaire dans les années à venir, lâchant le chiffre de « 700 milliards d’euros ». En aparté, elle estime d’ailleurs que cela pourrait être bien davantage. En clair, personne n’aurait les moyens de payer, ni EDF, ni l’État… Deux ans et demi après Fukushima (Japon), vingt-sept ans après Tchernobyl (URSS), trente-quatre ans après Three Mile Island (États-Unis), il faut voir le documentaire pour comprendre aussi le chemin parcouru par les médias français. Aujourd’hui, France 3 peut se permettre de projeter dans les lucarnes – bien sûr à 23H, ce qui fait tard dans la grille, mais avec possibilité de visionnage ultérieur grâce au pluzz – ce qui serait naguère apparu comme un dangereux film antinucléaire ! Voire subversif : n’y voit-on pas le physicien Bernard Laponche, polytechnicien, dénoncer l’emprise du corps des Mines sur l’appareil d’État ayant pris toutes les décisions en faveur du nucléaire  au cours des décennies ? Un vrai crime de lèse-majesté, habituellement réservé aux colonnes de la presse écrite… Sans oublier le commentaire de fin, en forme de requiem, qualifiant l’énergie nucléaire d’ « énergie du passé ».

Une conclusion un peu rapide C’est d’ailleurs la critique que l’on pourrait faire au film que de se clore peu ou prou avec ces mots. Car, demain, et même après-demain, on n’en aura pas fini avec le nucléaire (et on ne parle même pas des déchets, non évoqués dans le docu- mentaire). L’exception ne va pas s’arrêter d’un coup, dans le pays le plus nucléarisé du monde. Les centrales en activité pourraient bien être poussées dans leurs retranchements, leur durée de vie étant allongée jusqu’à soixante ans voire plus. Qui (quels ingénieurs, techniciens, multiples sous-traitants…) continuera sur le terrain de surveiller avec une attention redoublée (vu leur âge) leur bon fonctionnement ? Qui en conservera la mémoire ? Comment s’assurer que la vigilance des organes prévus à cet effet, IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) et ASN (autorité de sûreté nucléaire) demeurera au top, si l’énergie nucléaire est vue comme dépassée…

Des images d’archives incroyables

« PAS IMPOSSIBLE ». Comme le dit Jacques Repussard – avec une certaine audace, vu son poste de directeur général de l’IRSN, depuis dix ans il est vrai – « ce n’est pas impossible d’avoir un accident avec l’EPR ». Autrement dit, avec le réacteur de nouvelle génération, en construction à Flamanville (et en Finlande), dont Anne Lauvergeon, ex-patronne du groupe Areva vantait les mérites à la télévision, quelques heures seulement après les explosions sur les réacteurs de Fukushima. Avec l’EPR, séisme et tsunami n’auraient eu qu’à bien se tenir. Les images d’archives et les déclarations télévisées, que le réalisateur a su distiller avec habileté sont, à cet égard, impitoyables. Il y a celles qui glacent, comme le ministre de l’Intérieur Christian Fouchet s’exprimant après la mort de Vital Michalon lors des manifestations devant Creys-Malville en 1977. Il y a celles qui font rire : la pub d’un « parfum atomique » dans les années où l’atome fascinait. Il y a celles qui interrogent : l’explosion à l’air libre à Reggane, en Algérie, d’une bombe atomique dont on filme le champignon. Question : où étaient les « pious pious » chargés de surveiller l’explosion, ainsi que d’éventuelles populations alentour, et quelles doses ont-ils tous reçues ?

Et puis, il y a les déclarations d’aujourd’hui, où sourd l’amertume. Celle de Paul Quilès, notamment, qui fut conseiller à l’énergie de François Mitterranden campagne mais soigneusement écarté ensuite de ce secteur qui s’est interrogé un jour : « A-t-on le droit de mettre en péril l’humanité tout entière ? » Étonnant, non ? Publié le 02-10-2013 à 14h34 – Mis à jour le 03-10-2013 à 13h12 Par Dominique Leglu Directrice de la rédaction de Sciences et Avenir

1) Écrit par Frédéric Biamonti, Samuel Luret, Kenichi Watanabe, coproduit par Morgane et Kami productions. Diffusion sur France 3, vendredi 4 octobre, 23H10.

http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/a-voir-a-faire/20131001.OBS9250/nucleaire-le-doc-subversif-qu-il-faut-voir-sur-france-3.html

 

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02 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Des méduses arrêtent un réacteur nucléaire (Jdd)

Des méduses arrêtent un réacteur nucléaire (Jdd) dans Ecologie & climat nuke

Un réacteur nucléaire suédois a redémarré mercredi matin après trois jours d’arrêt causés par l’accumulation de méduses dans un circuit de refroidissement, a indiqué l’exploitant.

L’incident s’est produit sur le réacteur 3 de la centrale d’Oskarshamn, sur la côte de la mer Baltique. Il n’a pas eu de répercussion sur les consommateurs ni la sécurité. OKG, filiale de l’allemand EON qui exploite cette centrale, avait annoncé qu’il avait dû arrêter ce réacteur de manière préventive dimanche « à cause de la présence d’un nombre important de méduses dans la prise d’eau de refroidissement ». « La production a repris », a indiqué l’entreprise mercredi dans un communiqué.

Les méduses ont causé des dégâts dans un mécanisme chargé de filtrer l’eau de mer, forçant OKG à en remplacer certaines parties et à nettoyer les canalisations avec de l’eau à haute pression, a expliqué à l’AFP une porte-parole, Emmy Davidsson.

Elle n’a pas pu préciser combien de méduses avaient envahi les circuits de la centrale. « C’est le nombre le plus important que nous ayons jamais vu. Ce n’est pas commun. Tous les automnes nous devons nous débarrasser de méduses, mais pas autant », a-t-elle expliqué.International  |  02/10/2013 – 13:33

http://www.lejdd.fr/International/Depeches/Des-meduses-arretent-un-reacteur-nucleaire-632023

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01 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Muzillac, le paysan militant René Bodiguel est décédé (OF)

Muzillac, le paysan militant René Bodiguel est décédé (OF) dans Altermondialisme affiche_paysans_travailleurs_larzac_1973

Engagé dans plusieurs combats, dont celui des paysans du Larzac, le paysan de Muzillac René Bodiguel est décédé hier, lundi 30 septembre.La discrétion de René Bodiguel était aussi grande que son engagement.

Paysan de Muzillac, René Bodiguel s’était engagé auprès des paysans du Larzac qui défendaient leurs terres, dans les années 1970. Militant, il était contre l’agriculture intensive. En 1965, il avait choisi de poursuivre l’activité de ses parents, éleveurs de vaches laitières, sans s’agrandir. « Je ne voulais pas entrer dans ce système de consommation effréné », expliquait-il, dans nos colonnes, le 6 janvier 2012.

Au Larzac Dans les années 1970, il a fait partie du mouvement des paysans travailleurs, devenu ensuite la Confédération paysanne, dont René Bodiguel a été longtemps responsable départemental. En 1974, ce paysan antimilitariste est parti défendre les paysans du Larzac, qui se battaient pour garder leurs terres menacées par un projet d’agrandissement de camp militaire.

Son dernier combat a été contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. René Bodiguel s’est éteint lundi, à l’âge de 74 ans, des suites d’accidents vasculaires cérébraux. Un hommage lui sera rendu jeudi 3 octobre à 14 h 30, au centre culturel du Vieux Couvent à Muzillac. Nécrologie mardi 01 octobre 2013

http://www.ouest-france.fr/ofdernmin_-Muzillac.-Le-paysan-militant-Rene-Bodiguel-est-decede_40771-2234300-pere-bre_filDMA.Htm

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29 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Conférence environnementale : des mots, encore des mots…

Conférence environnementale : des mots, encore des mots… dans Ecologie & climat hollande-nuke

Comme l’année passée, les mesures annoncées à l’occasion de cette conférence environnementale sont ridicules face aux enjeux majeurs posés par la crise écologique et sociale. Là où une véritable révolution serait nécessaire, on a un discours flou et des effets d’annonce. Pas surprenant que le Medef et la FNSEA soient satisfaits !


La réduction de 50 % de la consommation d’énergies fossiles d’ici 2050 ?
Déjà très insuffisant (pour sauver le climat, il faudrait 80 à 95 % de réduction d’ici 2050), cet objectif est parfaitement farfelu sans les moyens pour y parvenir, à commencer par la réquisition, l’appro- priation publique et sociale des grandes entreprises de l’énergie (EdF, GdF-Suez, Total) et de leurs profits, pour les intégrer, avec Areva à un grand service public. Sur le climat, aucun engagement chiffré n’a bien entendu été pris.
Des paroles (en l’air)… Comme ça fait bien, Hollande a annoncé que la France accueillera la conférence climat en 2015. Il s’est engagé à abonder le Fonds vert pour le climat décidé à Durban en 2011 afin « d’aider les pays pauvres à faire face au réchauffement ». Au mieux effectif en 2020, ce fonds est emblématique du cynisme des pays riches qui, au lieu de prendre des mesures pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre, préfèrent faire l’aumône pour éponger les catastrophes annoncées.
Alors que de nombreux réacteurs ont dépassé trente ans, l’hypothétique fermeture de Fessenheim ne permettra pas de réduire la part du nucléaire, puisque le gouvernement poursuit la construction et la promotion de l’EPR… Tout en continuant de livrer du MOX au Japon ! De plus, il n’exclut pas l’indemnisation des industriels de la filière nucléaire, comme en Allemagne, provoquant ainsi le doublement de la facture d’électricité. Ayrault nous enfume avec une contribution du nucléaire dont personne n’a compris le mécanisme et une annonce sur le développement des énergies renouvelables sans expliquer ni quand ni comment.
Enfin, rien sur les moyens nécessaire à l’agence de la biodiversité. Une seule phrase annonçant 2 000 emplois d’avenirs, donc précaires, pour la transition énergétique pourtant porteuse de milliers de créations d’emplois. Quant au pitoyable « plan agrobiologie » de Le Foll, en place en 2014, on attend encore le début d’une mesure concrète : aujourd’hui, seulement 4 % des terres cultivables sont en bio. Ridiculement insuffisant.
… et des actes : la taxe carbone !  Dès 2014, ce sera le retour de la taxe carbone de Sarko version moins « père fouettard » : la contribution climat énergie. Selon Ayrault, cette taxe intégrée à la consommation des produits énergétiques (TICPE) serait neutre car intégralement reversée aux principaux contributeurs, les ménages eux-mêmes, pour l’amélioration de l’habitat. De qui se moque-t-on ? Des millions de petits revenus, de locataires, de mal-logés qui paieront la taxe alors que les riches rénoveront ?
L’objectif n’est pas de réduire les émissions polluantes mais de contenter EELV qui menaçait de quitter le gouvernement. Ayrault prétend éliminer les algues vertes une semaine après avoir simplifié l’agrandissement et la création de nouveaux méga-élevages porcins (jusqu’à 2 000 porcs).

Quant aux émissions dues aux transports, rien sur le diesel, la taxe sur les poids lourds reportée sine die et rien sur la gratuité des transports publics, mesure pourtant efficace et non punitive. Pour cela, il faudra faire entendre nos choix en dehors des salons dorés de leur république ! CorrespondantEs commission nationale écologie

Vendredi 27 septembre 2013 Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 210 (26/09/2013)

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28 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Pollution de la Loire, la LPO déboutée de sa plainte (LT+OF)

Pollution de la Loire, la LPO déboutée de sa plainte (LT+OF) dans Ecologie & climat total_salud_humour

La Ligue de protection des oiseaux (LPO), qui poursuivait Total pour préjudice écologique après une fuite de pétrole dans l’estuaire de la Loire en mars 2008, lors du ravitaillement d’un navire à la raffinerie de Donges (44), a été déboutée hier, par la cour d’appel de Rennes.

Cependant, la justice a reconnu, pour la première fois, le droit pour des associations de se porter partie civile au nom d’un préjudice écologique. Jusqu’à présent, ce préjudice écologique ne pouvait être évoqué que par l’État ou les collectivités locales devant les tribunaux. En janvier 2012, le tribunal correctionnel de Saint-Nazaire avait condamné la compagnie pétrolière à verser 300.000 € de dommages et intérêts amende à 21 parties civiles, pour les dégâts causés par une fuite de 500 m³ de fuel lourd, dont 180 s’étaient retrouvés dans l’écosystème très fragile de l’estuaire. Un premier jugement confirmé, hier, par la cour d’appel de Rennes qui, par ailleurs, a jugé recevable la constitution de partie civile de la LPO et d’une autre association, le collectif Marée noire.

Pas de preuve du préjudice écologique  Mais elle a aussi estimé que ces deux associations n’apportaient pas la preuve du préjudice écologique qu’elles avaient directement subi. La LPO, qui réclamait 400.000 € de dommages et intérêts à Total, a donc été déboutée. Or, en première instance, elle s’était vu attribuer 35.000 € de dommages et intérêts (et 15.000 € pour le collectif Marée noire) pour réparation de ses préjudices matériel et moral, le tribunal correctionnel de Saint-Nazaire refusant, en revanche, de reconnaître son préjudice écologique. Cette reconnaissance, par la cour d’appel de Rennes, du droit pour les associations de se porter partie civile pour préjudice écologique, est une importante interprétation de la loi du 1er août 2008 sur la responsabilité environnementale, a reconnu hier, l’un des avocats de Total, Jean-Benoit Lhomme.

« Déception et satisfaction » Quant au président de la LPO, Allain Bougrain-Dubourg, il a fait part de sa « déception panachée de satisfaction » devant cette décision. « Cela ne va pas dans le sens de l’histoire, lorsqu’on voit que la garde des Sceaux va intégrer le préjudice écologique dans le code civil ». 28 septembre 2013

http://www.letelegramme.fr/ig/generales/regions/finistere/pollution-de-la-loire-la-lpo-deboutee-de-sa-plainte-28-09-2013-2249197.php

http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Pollution-de-la-Loire.-La-LPO-deboutee-de-sa-plainte-contre-Total_6346-2233100_actu.Htm

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26 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Japon, les luttes après le tsunami et la nouvelle génération militante (Inprecor)

Japon, les luttes après le tsunami et la nouvelle génération militante (Inprecor) dans Ecologie & climat 2405267-fukushima-six-mois-apres-la-catastrophe-les-habitants-se-revoltent

Une tragédie qui aurait pu être évitée

« C’est un crime et les membres du gouvernement qui ont pris cette décision devraient être emprisonnés. » C’est ainsi que l’agriculteur Ito Noboyoshi a résumé la situation, parlant au journaliste David McNeill, un an après la catastrophe. Il vit dans le petit village d’Iitate, à quelque 40 km de la centrale de Fukushima. Les 14 et 15 mars 2011, l’irradiation y a provoqué de très graves dégâts. « Il a plu pendant les nuits et la pluie a fait descendre le rayonnement sur nous », racontait Ito à McNeill. « Le gouvernement a retardé la publication des données qui indiquaient le cheminement des rayonnements, dont la connaissance auraient permis de sauver beaucoup de gens qui ont subi cette forte exposition. Des centaines de familles avaient été évacués dans les zones les plus irradiées, sans le savoir. » (4) De telles histoires abondent.

Après avoir passé des mois à prétendre que rien n’aurait pu être fait pour protéger sa centrale des effets du séisme, en octobre 2012 Tepco a été forcé d’admettre que sa direction savait qu’il était nécessaire de réaliser des travaux pour améliorer la sécurité, mais avait omis d’agir. La raison ? Les administrateurs de la compagnie craignaient que la reconnaissance des problèmes de sécurité provoque des poursuites judiciaires. Ne voulant pas inquiéter la population dans les zones où ses centrales sont situées, en révélant les infractions à la sécurité, la compagnie a choisi d’étouffer ses données. Selon les propres termes de Tepco : « Si la compagnie mettait en application un plan pour faire face à un grave accident, notre inquiétude était de susciter l’anxiété dans tout le pays et dans les communautés proches des centrales nucléaires, ce qui donnerait de l’élan au mouvement antinucléaire. » (5)

Des années durant, les enquêtes des journalistes et des militants avaient mis en garde en ce qui concerne les problèmes de sécurité des centrales nucléaires, mais les grands médias ont fait le choix de ne pas les rendre publics et de s’aligner sur la position du gouvernement et de la compagnie. Le chercheur Onda Katsunobu a publié en 2007 un livre intitulé Tepco’s Dark Empire (le sombre empire de Tepco), énumérant les failles de sécurité, les dissimulations et les actes de corruption de la compagnie. Durant quatre ans, cette enquête a été ignorée.

Bien avant le séisme, il y avait beaucoup d’autres indices des dangers que l’industrie nucléaire faisait courir à la population en cas de tremblement de terre. En 1996, le livre de Fujita Yuuko, Silent Killer (le tueur silencieux), présentait les énormes dangers pour la santé auxquels Tepco exposait ses salariés, en racontant la vie de Shimahashi Noboyuki, mort de leucémie à 29 ans en raison de l’exposition aux radiations durant son travail (6). Les patrons, qui affirment maintenant qu’ils ne pouvaient pas savoir ce qui pouvait arriver, mentent et ils le savent. Ce qui aujourd’hui est nouveau, c’est que la population le sait également.

La privatisation des profits et la socialisation des pertes par le capitalisme est confirmée au Japon de manière cruelle. Plus d’une centaine de milliers de personnes privées de logement, de nombreux salariés de Tepco exposés à des maladies potentiellement mortelles, les radiations ruinant le gagne-pain de milliers de petits paysans et tous les moyens de la vie déracinés et détruits — tout ça parce que la compagnie d’électricité privilégie ses propres intérêts à court terme contre la sécurité de la population.

A chaque nouvelle révélation sur l’incompétence et l’insouciance de Tepco, le mécontentement populaire a augmenté. Signe d’inquiétude du gouvernement japonais devant cette monté de sentiments critiques, le Parlement a ordonné pour la première fois de son histoire la réalisation d’un rapport indépendant. La commission mise en place dans ce but n’était nullement composé de radicaux et n’était pas non plus la représentation du mécontentement populaire croissant. Elle était constituée de personnalités établies, des scientifiques et des fonctionnaires afin que la classe dirigeante puisse espérer que l’affaire était « dans les mains sûres de ses pairs ». Ses conclusions, publiées en juillet 2012, sont accablantes.

La déclaration de son président, Kiyoshi Kurokawa, indique à quel point le monde officiel a été discrédité : « Le séisme et le tsunami du 11 mars 2011 étaient des catastrophes naturelles dont la magnitude a choqué le monde entier. Bien que déclenché par ces événements, l’accident survenu à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi ne peut être considéré comme un désastre naturel. C’est une catastrophe provoquée par des humains — qui aurait pu être évitée et aurait dû être prévue et empêchée. Et ses effets pouvaient être atténués par une réponse humaine plus efficace (…). Notre rapport énumère une multitude d’erreurs et de négligences volontaires qui ont fait que la centrale de Fukushima n’était pas préparée aux événements du 11 mars. Il examine également les sérieuses lacunes dans la manière dont Tepco, les autorités de surveillance et le gouvernement ont réagi à l’accident. » (7) Le rapport poursuit en tentant de dissoudre ces « négligences volontaires » dans la « culture japonaise » en général, mais les faits parlent d’eux-mêmes : la culture d’entreprise, l’atmosphère d’étouffement créé par la soumission et l’intimidation au sein des grandes entreprises, sont loin d’être une spécificité japonaise.

Négligence corporatiste et solidarité de la classe ouvrière Au cours des jours et des semaines qui ont suivi le séisme, la survie était à l’ordre du jour. C’est au sein des réseaux formés dans ce processus que les premières étapes du mouvement de protestation ont vu le jour. Tepco pour sa part a ajouté l’insulte à l’injure : « À partir du 12 septembre — soit six mois après la fusion de son réacteur — l’entreprise a commencé à envoyer, essentiellement par la poste, un formulaire de 58 pages pour les demandes de compensation, exigeant des reçus (originaux, non des copies) pour les frais de transport et d’autres dépenses effectuées lors de l’évacuation, les relevés bancaires et fiscaux attestant le niveau des revenus avant la catastrophe et les certificats prouvant la détérioration de la santé depuis l’évacuation. Un mois plus tard Tepco n’avait reçu que 7.600 formulaires remplis — soit environ 10 % — car ils ont été considérés comme impossibles à remplir et surtout parce que la plupart des documents requis avaient été détruits par le séisme et le tsunami. » (8) Comme le militant Sakoto Kishimoto l’a dit, « Fukushima est aujourd’hui une communauté totalement disloquée et ni le gouvernement ni Tepco ne veulent en payer la note. Ils ont abandonné les gens de Fukushima à leur sort » (9).

La réponse de la population ordinaire japonaise contraste avec cette insulte. Les syndicats et les goupes communautaires ont pris en charge la tâche d’organiser les abris et les soins lorsqu’il est devenu évident que le gouvernement n’était pas en mesure ou ne voulait pas le faire. La reconstruction prendra plusieurs années et certaines zones resteront inhabitables pour toujours, pourtant la plupart des hébergements gouvernementaux temporaires exigent que les familles les quittent au plus tard au bout de deux ans. D’autres hébergements temporaires sont dépourvues des services de base, tels l’eau ou le gaz.

Les petits syndicats radicaux, en particulier ceux qui organisent les jeunes travailleurs précaires, prennent en charge l’aide pour leurs membres et les communautés ouvrières évacuées, et organisent en même temps la critique politique de la logique dominante de la reconstruction. Iwahashi Makoto, militant du syndicat indépendant Posse, a expliqué cette stratégie lors d’une réunion syndicale tenue à Séoul l’an dernier : « La position officielle dans ce domaine c’est la “reconstruction créative”, un mot de code pour la reconstruction néolibérale et le remodelage des villes au profit du capital. Le gouvernement a imposé la dérégulation pour encourager la concurrence mondiale entre les multinationales, établissant des “zones de reconstruction” avec des avantages fiscaux et une totale déréglementation des capitaux privés dans les ports et les terres agricoles dévastés. En même temps le gouvernement n’a rien fait pour garantir le niveau de vie des gens ordinaires. Certains ont été privés de sécurité sociale et les familles ont vu leurs allocations supprimées une fois qu’elles ont été considérées comme “indépendantes” car placées dans les hébergements temporaires.

« Face à cette situation, nous pensons qu’il est important que les militants aident à la reconstruction de Sendai. Il y a des gens qui ont été abandonnés et n’ont pratiquement pas reçu d’aides de l’État. En aidant ces personnes, nous espérons que la question de la pauvreté au Japon serra perçue comme un problème général et non un incident dû au seul tremblement de terre. Car le séisme a mis en évidence les problèmes sociaux profonds, tels que les insuffisances de la sécurité sociale et du droit au logement. Les problèmes des zones sinistrées mettent en lumière les problèmes sociaux au Japon. Notre objectif premier c’est que la question de la pauvreté soit considérée comme un problème social. » (10)

L’argument d’Iwahashi selon lequel « les problèmes des zones sinistrés mettent en lumière les problèmes sociaux au Japon » est important : après deux décennies de déclin du niveau de vie, de montée du chômage et d’incertitude économique, la classe ouvrière japonaise subit cette crise de manière encore plus aiguë (11).

Les ouvriers de la construction sont confrontés à ces problèmes au plus haut point. L’industrie du bâtiment est parvenue à étouffer le syndicalisme, elle est dominée par le crime organisé, par des employeurs imposant la précarité impitoyable, et par l’atomisation des ouvriers. Tepco exploite cette situation. En juin 2011, le blog de Posse rapportait : « Le travail le plus dangereux de nettoyage après la catastrophe de Fukushima Daiichi a été réservé aux travailleurs journaliers. Ces derniers sont exposés à des très hauts niveaux de radiation en transportant l’eau des réservoirs etc. Souvent ils ne savent même pas dans quoi ils s’embarquent, car la boite d’intérim “Situation Vacant” ment effrontément sur le travail à réaliser tout en leur faisant miroiter l’espoir d’un engagement à durée indéterminée alors qu’il s’agit de contrats courts ou d’emplois occasionnels. Cela révèle les problèmes de pauvreté et les inégalités de la société. » (12) Dougal McNeil

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