Archive | Crise

31 mars 2014 ~ 0 Commentaire

A propos d’une étude de la bce (avanti.be)

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Trois leçons sur la crise en Europe.

Le récit de la droite pour expliquer la crise en Europe a deux versants.  Le premier consi- dère que les gouvernements ont menés des dépenses irresponsables et que cela a débouché sur une crise de la dette souveraine.

Le second insiste sur le fait que les « coûts salariaux élevés » dans les pays de la périphérie européenne ont provoqué la détérioration de leur compétitivité et entraîné un déficit insoutenable de leur balance courante (*) On suppose que cela a provoqué les déséquilibres structurels entre les économies ayant un excédent budgétaire et les pays déficitaires.

Ces deux visions de la crise sont erronées, mais la droite insiste à les présenter comme une vérité absolue et les médias martèlement tellement cette fable que beaucoup de personnes ont fini par croire qu’il y a une part de vérité dans cela.

Pour la droite, cette vision des choses est utile parce que les autorités publiques et les travailleurs sont les coupables désignés : les premiers ont « dépensé au dessus de leurs moyens » et les seconds (à travers leurs syndicats) ont surévalué les salaires et le marché du travail. Autorités publiques et travailleurs doivent donc en conséquence supporter l’ajustement nécessaire pour résoudre la crise. De là découle l’idée que l’austérité et la dévaluation fiscale sont des mesures justes et correctives. Ces deux mesures ont plongé l’Europe dans la plus pire crise de son histoire.

Les données disponibles n’étayent pourtant pas l’idée d’une irresponsabilité bud- gétaire : en 2007, année où éclate la crise aux Etats-Unis, les comptes publics des membres de l’Union européenne montrent une image positive. Le déficit public agrégé dans l’UE représentait 0,8% du PIB européen (et 0,6% dans la zone euro). La majeure partie des pays qui souffrirent ensuite le plus fortement de la crise avaient un bon bilan budgétaire et s’étaient ajustés aux critères du Traité de Maastricht et du Pacte de croissance et de stabilité.

Mais à mesure que la crise a affecté les secteurs de l’économie réelle, les comptes publics ont commencé à se détériorer : la croissance moindre a frappé les revenus fiscaux et les plans de relance ont augmenté les dépenses. En 2008, le déficit public dans l’UE et dans la zone euro est respectivement passé à 2,3% et 1,9%. Autrement dit, la détérioration de la situation budgétaire est le produit de la crise et non sa cause.

C’est ici qu’intervient le second versant de la cosmovision droitière sur la crise : c’est l’idée que les travailleurs et les syndicats ont surévalué les salaires en provoquant des pertes de productivités et que cela a provoqué la crise dans les balances extérieures des pays de la périphérie européenne. Selon cette vision, les « coûts du travail » auraient augmenté beaucoup plus dans la majeure partie des pays de la périphérie qu’en Allemagne et cela expliquerait le déficit de la balance courante de ces pays.

La conséquence en termes de politiques économiques qui découle de ce diagnostic est simple : il faut imposer des restrictions salariales.

Mais il s’avère maintenant que la Banque Centrale Europe (BCE) vient de publier une étude sur le rapport entre le déficit dans la balance courante et les coûts salariaux dans les pays de l’Union européenne. Cette analyse jette en réalité aux orties toutes les interprétations officielles sur la crise et les politiques appliquées pour la résoudre, en particulier les politiques d’austérité budgétaire.

Utilisant des techniques statistiques standard, l’étude de la BCE établit que pour la période 1995- 2012, les changements dans les soldes de balance courante ont précédé les changements dans les coûts salariaux unitaires. L’analyse démontre en même temps que les changements dans ces derniers ont eu très peu d’effets sur les changements dans les seconds.

La détérioration des balances externes des pays de la périphérie n’est pas due aux augmentations des coûts salariaux. Il n’est donc pas vrai que les responsables en sont les syndicats, qui auraient exercé une pression irresponsable en faveur des salaires et provoqué la perte de compétitivité.

Ce point est important: déjà 23 pays européens ont signé le Pacte Euro Plus qui repose sur l’idée que la détérioration dans la compétitivité (due aux augmentations salariales) explique les déséquilibres entre les pays ayant une balance excédentaire avec ceux ayant un bilan déficitaire. Ce pacte établit que les pays signataires doivent adopter des mesures pour améliorer leur compétitivité des coûts.

Une fois de plus, il est démontré que les bases néolibérales de ce pacte n’ont aucun fondement. Les données révèlent que la crise n’est pas venue d’une attitude irresponsable en matière budgétaire, et qu’elle n’a pas non plus été provoquée par des augmentations salariales insoutenables.

Par contre, l’un des facteurs les plus importants est celui des flux de capitaux : l’étude de la BCE conclut que ces flux sont bien plus liés à la détérioration de la compétitivité. Cela n’est pas surprenant : dans le contexte d’un secteur financier dérégulé, les crédits bancaires et le boom immobilier ont effectivement généré une forte distorsion. La conclusion est qu’il est nécessaire de contrôler les flux de capitaux, mais la droite préfère punir les travailleurs plutôt que de limiter la voracité du capital financier. Alejandro Nadal

Source :
http://www.jornada.unam.mx/2014/03/19/opinion/029a1eco
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

(*) La balance courante est le solde des flux monétaires d’un pays résultant des échanges internationaux de biens et services (balance commerciale), revenus et transferts courants. La balance courante est un des composants de la balance des paiements.

http://www.avanti4.be/actualite/article/a-propos-d-une-etude-de-la-bce-trois-lecons-sur

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26 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Spéculation: comment des «fonds vautours» commencent à attaquer l’europe (basta)

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Plusieurs dizaines de fonds spéculatifs s’estiment lésés par la suppression d’aides publiques ou les restructurations de dettes souveraines menées en Europe.

Au nom de la protection des investissements, ils attaquent donc les Etats devant des tribunaux commerciaux extranationaux. En jeu : des centaines de millions d’euros d’indemnités à empocher. Si leurs premières cibles sont l’Espagne, la Grèce et Chypre, d’autres pays pourront être concernés. Après l’austérité, les citoyens européens paieront-ils la facture de la crise une seconde fois ?

En plus des politiques d’austérité, une nouvelle menace se profile à l’horizon pour les pays du Sud de l’Europe : celle de procédures intentées devant des juridictions commerciales opaques par des acteurs financiers, qui cherchent à tirer profit des traités garantissant la « pro- tection des investisseurs ». Des fonds spéculatifs, s’estimant lésés par des restructurations de dette ou par la fin de subventions publiques à certains secteurs, font ainsi jouer la clause du « traitement juste et équitable » (lire notre article) des investisseurs pour demander réparation.

Grèce, Chypre et Espagne sont ainsi la cible de procédures intentées devant divers « tribunaux » d’arbitrage par des firmes privées, qui leur réclament plusieurs centaines de millions d’euros. Ces poursuites pourraient être les signes avant-coureurs d’une nouvelle déferlante de procédures du même type affectant tous les pays d’Europe, dont la France. Un nouveau rapport publié par le Transnational Institute et le Corporate Europe Observatory, intitulé « Profiter de la crise – comment entreprises et avocats d’affaires font des profits au détriment des pays européens frappés par la crise » [1] tire la sonnette d’alarme.

Quand les peuples doivent indemniser les spéculateurs Pour les firmes plaignantes, les diverses mesures prises par les gouvernements européens durant la crise ont diminué la valeur de leurs investissements, et constituent donc une forme d’« expropriation indirecte ». Elles réclament en conséquence des centaines de millions d’euros de compensation. Pour les procédures connues à ce jour, les montants en jeu atteignent 700 millions d’euros pour l’Espagne et un milliard d’euros pour Chypre. La somme demandée à la Grèce n’est pas connue. Les citoyens de ces pays, déjà affectés par des mesures d’austérité qui ont entraîné une dégradation sévère de leur niveau de vie, devront peut-être payer une seconde fois la facture. Non plus, cette fois, pour renflouer les banques euro- péennes, mais pour indemniser les spéculateurs.

Les pays du Sud touchés par des crises financières, notamment l’Argentine, connaissent bien ces « fonds vautours », qui cherchent à profiter de la situation en rachetant à bas prix la dette de ces pays, puis en se retournant contre ces derniers devant les tribunaux commerciaux. Une démar- che d’autant plus tentante que les différends relatifs aux investissements entre États et entreprises sont généralement tranchés par des mécanismes d’arbitrage ad hoc, souvent favorables aux intérêts commerciaux, et n’ayant de compte à rendre à personne.

Plainte des investisseurs contre les suppressions de subventions C’est exactement la situation qu’a connu la Grèce suite à la crise financière qui s’est déclenchée en 2009. L’accord de restructuration de la dette grecque a largement ménagé les intérêts des créanciers privés. Une pro- portion substantielle de l’aide financière internationale a fini dans les poches des banques françaises ou allemandes : 77% des 207 milliards de l’aide européenne a bénéficié, directement ou indi- rectement, au secteur financier (lire Où sont passés les 200 milliards destinés au « sauvetage » de la Grèce ?). Cela ne semble pas suffisant pour des investisseurs comme la Poštová Bank, de Slovaquie, qui poursuit aujourd’hui la Grèce, et quelques autres qui menacent de faire de même. L’un d’eux, Dart Management, a déjà obtenu 400 millions d’euros d’Athènes après avoir refusé l’accord de restructuration et menacé le pays de poursuites.

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http://www.bastamag.net/Crise-financiere-comment-des-fonds

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19 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Pourquoi payer la dette? (cadtm)

Notre camarade Eric Toussaint du CADTM (Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde)

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18 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Espagne, la pauvreté devient chronique (al’e.ch)

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En dépit de la prospérité qu’annonçaient les politiciens de toutes couleurs, 3 millions d’Espagnols vivent aujourd’hui avec moins de 307 euros par mois.

Les ONG avertissent que «l’amélioration économique» ne garantit pas la sortie de l’exclusion sociale.

Le 22 mars 2014, les «Marches pour la dignité» arriveront à Madrid depuis différentes régions de l’Etat espagnol. Elles traduisent une volonté: le refus d’une acceptation passive de la part de nombreux citoyens et citoyennes, cela au moment où la politique du PP (Parti populaire de Rajoy) accentue la paupérisation, attaque ce qui reste des droits sociaux et du travail, coupe dans la santé et l’éducation, privatise et injecte des sommes énormes dans les banques.

Les objectifs de la Marche sont élémentaires, mais essentiels (voir le Manifeste publié sur ce site en date du 11 mars 2014). Ils visent à riposter à une situation de désespoir. Ils s’ar- ticulent de la sorte: contre le paiement de la dette; pour un emploi digne pour tous et toutes; pour des services publics et contre les coupes budgétaires dans ces secteurs; pour un toit pour tous et toutes; contre les atteintes aux droits démocratiques; contre un gouvernement et des gouver- nements (des régions) ainsi qu’un régime qui ne défendent que les intérêts d’une minorité.

Toutefois, un constat, peut-être pas si étonnant, doit être fait: alors qu’une telle mobili- sation aurait exigé une convergence de toutes les forces, l’absence des deux grands syndicats – l’UGT et les Commissions ouvrières (CC OO) – est, une fois de plus, à enregistrer. Le 22 mars, un premier bilan de ces marches pourra être établi. Vont-elles s’inscrire dans une dynamique d’unité d’action nécessaire? L’article ci-dessous établit un constat de la paupérisation et indique des voies propres à ces ONG actives «sur ce terrain». (Rédaction A l’Encontre)

Dans l’Espagne qui, selon Zapatero [président du gouvernement espagnol entre 2004 et 2011], arriverait à dépasser en 2013 la France en termes de revenu par tête, il y a aujourd’hui trois millions de personnes qui vivent avec moins de 307 euros par mois.

Ce qui signifie qu’elles ne peuvent pas atteindre des standards de vie minimaux, en ce qui concerne la nourriture, les soins ou le logement. Caritas appelle cela «pauvreté sévère» et l’Observatoire de la réalité sociale signale dans son dernier rapport que le double de citoyens souffre de celle-ci par rapport à 2007. Dans l’Espagne où le logement était cher «parce que beaucoup d’Espagnols pou- vaient le payer», selon les termes de Francisco Alvarez Cascos, le ministre de l’Equipement d’alors, il y a des gens qui sont prêts à vendre leur foie pour survivre. La police a détenu récemment cinq personnes accusées d’offrir jusqu’à 40 000 euros à des immigrants sans ressources pour qu’ils se soumettent à une opération du foie. Tous acceptèrent et subirent des analyses préalables afin d’en évaluer la qualité.

Le pays apparemment prospère est maintenant derrière nous. Les personnes pauvres représentent déjà 6,4% de la population du pays, selon la dernière enquête sur les conditions de vie réalisé par l’Institut national de la statistique (INE). Bien que les données furent publiées en 2013, il faut tenir compte du fait qu’elles furent recueillies en 2012 et, donc, les réponses font référence aux conditions de vie de l’année précédente, c’est-à-dire 2011. Cette enquête révèle que le taux de pauvreté a doublé au cours des derniers six ans et cela en dépit du fait que le seuil de pauvreté est passé de 15’900 euros de revenu annuel par ménage (soit deux adultes et deux enfants) en 2009 à 14’700 en 2012.

Au nombre des causes à l’origine de ce scénario, le chômage occupe la place la plus importante. De fait, on dénombre aujourd’hui 650 000 ménages dans lesquels aucun membre de la famille ne reçoit un quelconque revenu. «La perte de salaires qui assurent la vie une famille est l’une des principales attaques dont souffrent les Espagnols, dans la mesure où les données sur le chômage sont des indicateurs clairs de la pauvreté au cours de ces années» indique la coordinatrice technique de l’EAPN (European Anti Poverty Network) de Madrid, Gabriela Jorquera. La perte de pouvoir d’achat de la population – provoquée, selon Caritas, par une diminution des revenus moyens autour de 4% depuis 2007 et une augmentation des prix de près de 10% – ajoutée à une «réforme des lois du travail» et aux politiques d’austérité ainsi qu’aux attaques contre les droits fondamentaux brosse un scénario qui place 13’090’000 personnes (soit 28,2% de la population) en situation de risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, selon les données d’Eurostat.

Pourtant, le fait d’avoir un travail n’est pas pour autant une garantie d’échapper à la pauvreté. Caritas prétend qu’il y a 13% de travailleurs pauvres en Espagne. Selon la Croix Rouge, 8,9% des personnes avec un emploi en Union européenne (UE) se trouvent au seuil de la pauvreté. Les inégalités, cependant, ne cessent de croître: selon Caritas, le 20% de la population la plus riche concentre 7,5 fois plus de richesses que le 20% de la population la plus pauvre. «Ceci démontre que la solution ne consiste pas uniquement à créer de l’emploi, mais que celui-ci doit être intégrateur et lié au développement» indique le coordinateur d’études de Caritas, Francisco Lorenzo, qui avertit que «si nous pensons que la sortie de la crise consiste à retourner là où nous étions, nous nous préparons à une seconde crise.» Jorquera rejoint ce diagnostic et rappelle que même lors de temps meilleurs le taux de pauvreté a baissé en Espagne. «Lorsque nous sortirons de la crise, il y aura beaucoup de gens qui ne pourront pas retrouver la situation dans laquelle ils se trouvaient auparavant et l’emploi ne sera pas nécessairement la clé pour sortir de la pauvreté.» 

Un autre aspect préoccupant est la croissance de la pauvreté infantile qui affectait, en 2011, 26,7% de la population des moins de 16 ans et qui a augmenté de 3,1 points entre 2007 et 2011 selon le rapport de Caritas. En Catalogne, par exemple, le Defensor del Pueblo [sorte de «om- budsman»] – Síndic de Greuges – avertit du fait que 50’000 enfants risquent de souffrir de malnutrition – manque ou excès de certains nutriments– en raison de la crise. Cette institution signalait l’existence de 750 cas, mais le gouvernement catalan a diminué ce chiffre à 650. La Croix rouge catalane prend ses distances avec ce chiffre, mais rappelle qu’au sein de la communauté [autonome de Catalogne] il y a 200 000 familles dont aucun membre travaille et, donc, que le maximum qu’elle peut recevoir sont les 400 euros mensuels «d’aide sociale». «Avec cet argent, il est évident qu’une famille ne peut pas faire des achats normaux ce qui fait que les cantines scolaires deviennent le seul endroit dans lequel beaucoup d’enfants mangent de manière correcte, des produits de qualité et sous contrôle nutritionnel» explique Enric Morist, le coordinateur de la Croix rouge de Catalogne.

Le dernier rapport de l’ONG révèle que sept familles sur dix en situation de risque d’ex- clusion ne peuvent garantir une alimentation saine à ses enfants à la maison. En outre, 38% des familles consultées par la Croix-Rouge ne peuvent pas payer la cantine scolaire, 13% de plus qu’en 2011.

Mais l’alimentation n’est pas seulement un problème pour les plus petits: sept millions d’Espagnols (16% de la population) souffrent de malnutrition. C’est la conclusion à laquelle a abouti la première rencontre sur la faim et la malnutrition qui s’est déroulée récemment à Oviedo. Selon le directeur de l’Alliance nationale contre la faim et la malnutrition d’Espagne (ACHM-E), Benito Alaez, ces données «mettent en relief la relation entre la pauvreté et une alimentation inadéquate, plus qu’entre la pauvreté et la faim à proprement parlé». La ACHM-E indique que le pourcentage de personnes souffrant de la faim a augmenté légèrement au cours des derniers dix ans, mais ce qui s’est aggravé «sévèrement». C’est la malnutrition, qui, parmi les personnes à revenus faibles conduit à l’obésité.

Cette tendance à la malnutrition établit une relation avec le changement d’habitudes de con- sommation que la crise a provoqué parmi les citoyens. La qualité n’est déjà plus un critère décisif pour acheter tel ou tel produit. 62,7% des Espagnols choisissent ce qu’ils achètent en fonction du prix, alors qu’en 2007 ce pourcentage n’atteignait pas la moitié selon une étude réalisée par le Ministère de l’agriculture, de l’alimentation et de l’environnement et financé par l’Organisation des consommateurs et usagers (OCU). Pour trouver le meilleur prix, les Espagnols achètent des marques blanches – presque un euro sur trois de ce que dépensent les familles – et se rendent massivement vers les grandes surfaces. «Le 90% des produits qui ne sont pas frais se vendent dans les super- marchés, y compris les stations services, les hypermarchés et les hard discounters alors que les épiceries traditionnelles, bien qu’elles soient en crise, continuent d’être le principal canal de vente de produits frais, avec 38,3% des ventes.»

En outre, 73% des citoyens prennent également des mesures pour épargner sur les dépenses de gaz et d’électricité selon une étude de Nielson, une entreprise active dans le secteur de l’information sur les marchés et les consommateurs. 68% des Espagnols dépensent moins en loisir hors de la maison et 63% épargnent sur les nouveaux vêtements.

Face à ce scénario, Morist tire la sonnette d’alarme au sujet d’une «épidémie de la pauvreté» – particulièrement préoccupante parmi les personnes plus âgées de 45 ans, les jeunes, les enfants et les personnes âgées – et affirme que les organisations sociales ne voient pas «un retournement de tendance» à moyen terme parce qu’«à moins que la destruction des emplois ne s’apaise et que ne s’améliorent les données macroéconomiques, beaucoup de personnes – y compris celles qui ont un emploi – continueront à dépendre des aides.» Lorenzo se montre plus optimiste et considère que ce «moment difficile» provoqué par la crise s’accompagne d’un «moment d’opportunité» parce qu’il est devenu évident que le modèle économique antérieur ne fonctionne pas: «Nous avons besoin d’une nouvelle approche qui place les personnes au centre et appuie le développement; nous avons besoin de moyens concrets qui évitent de nouvelles crises.»

Caritas  ( Secours Catholique NDB)  propose «un système de garanties de revenus minimums» et des moyens de protection sociale «qui fonctionnent comme un filet, sans trous.» Jorquera, de la EAPN de Madrid, parie sur une amélioration des mécanismes d’inclusion. «Il faut renforcer le système des rentes minimales afin de faire en sorte qu’aucun bénéficiaire ne la reçoit pas et renforcer les systèmes de formation afin qu’ils soient effectifs pour les adultes, c’est-à-dire, d’une durée de plusieurs mois, mais accompagnés de revenus minimums» suggère Jorquera. La coordinatrice technique de l’EAPN de Madrid insiste sur la nécessité d’une «vision stratégique à moyen et à long terme» parce que les moyens à court terme «servent à épater la galerie» et «ne s’adaptent pas aux personnes qui nécessitent de l’aide.»

(Traduction A l’Encontre, article publié le 15 mars 2014 dans le quotidien Publico)

Publié par Alencontre le 18 – mars – 2014 Par Anna Flotats

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17 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Les origines de la crise en ukraine (bellaciao)

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Corruption!

On a fait en Occident des manifestations qui ont débuté à Kiev, en novembre 2013, une riposte à l’annonce par le président Ianoukovitch de son refus de signer l’Accord d’association proposé par l’Union européenne. En fait, comme l’indique l’économiste et spécialiste du monde russe Jacques Sapir, la base du mouvement de contestation « était une révolte contre la corruption bien plus qu’une volonté d’adhésion à l’Union européenne » [1].

Révolte qui court depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991.

Aucun des gouvernements qui se sont succédé depuis – que ce soit celui des pro-européens, Ioulia Timochenko en tête, de 2005 à 2010, que ce soit celui de Ianoukovitch – n’a réussi à juguler la crise sociale et économique. Tout au contraire, chacun s’est évertué à suivre les « recommandations » du FMI, de la Banque mondiale et de la Commission européenne : privatisations, déréglementations, liquidation des services publics, austérité. L’Ukraine est d’ailleurs à ce jour le second débiteur du FMI dans le monde.

De 1991 à 2012, la production d’électricité a chuté de 35 %, celle de certains produits sidé- rurgiques de plus de moitié. En 2012, la production de tracteurs ne représentait qu’environ 5 % de ce qu’elle était en 1990, dans un pays où un tiers de la population vit en milieu rural et détient 20 % des sols de terre noire de la planète. L’Ukraine comptait 16 grandes usines de machines-outils qui pro- duisaient 37 000 unités en 1990, seuls trois d’entre elles tentent, aujourd’hui, de fonctionner tant bien que mal, produisant à peine 40 machines par an.

Les privatisations ont touché plus de 50 000 entreprises et 45 % d’entre elles sont depuis fermées.

L’économiste Natalia Vitrenko, présidente du Parti progressiste socialiste d’Ukraine, était de passage à Paris, il y a quelques jours. Lors d’une conférence, elle affirmait : « L’Ukraine était auparavant l’un des premiers pays en matière de PIB par habitant, nous étions 11 % au-dessus du PIB mondial moyen par tête. Mais notre PIB a chuté d’un tiers et dès 2012 il n’était plus que de deux tiers de ce qu’il était en 1989. Nous sommes aujourd’hui 40 % en dessous du PIB mondial moyen par tête, en dessous de la Namibie ». Pour Natalia Vitrenko, « Ce que l’Ukraine a gagné au cours de ces années, c’est de la dette extérieure. Nous avons maintenant une dette extérieure qui équivaut au double de nos réserves monétaires en or. Notre dette extérieure brute s’approche des 80 % du PIB. La pire des choses est que cet effondrement a appauvri la population. Le salaire minimum en Ukraine est de 118 euros par mois ; la retraite minimum est de 86 euros par mois ».

Cette situation touche presque autant l’Ouest du pays, plutôt agraire, que l’Est in- dustriel. La détresse sociale est d’autant mal vécue que tous les gouvernements ont usé des recettes néolibérales et tous ont été marqués par une gigantesque et scandaleuse corruption. (…)

Bernard Frederick  lundi 17 mars 2014 – 08h51

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article140380

Commentaire: Une certitude, quand la situation est si grave, seule une bonne guerre (civile) peut encore sauver les capitalistes!

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15 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Les champions polonais sont fatigués (ci)

pologne

En 1989, rompant avec son passé communiste, la Pologne se lance dans une aventure sans précédent : bâtir le capitalisme à partir de rien. Une expérience usante.

Elle consulte un psychologue, elle n’a plus le choix. Tout est derrière elle : la carrière, les salaires, la beauté, la force. Pendant vingt-cinq ans, elle s’est accrochée à son poste de directrice générale. Fonder une famille – elle est célibataire et sans enfants – était secondaire. “Après une ‘rupture du contrat du travail pour cause de réduction de la masse salariale’, j’ai été envahie par le sentiment de n’être personne”, raconte Natalia, 45 ans, chômeuse depuis quelques mois. “Ils viennent nous voir quand ils commencent à puiser dans leurs réserves”, explique Dominika Markowska, psychologue du travail à Varsovie.

Licenciement ou démission, peu importe, il n’y a plus rien à faire. Avant, ils retrouvaient toujours un emploi. Aujourd’hui, ils envoient des CV qui restent sans réponse. La crise, normale dans une économie de marché, n’est pas seule responsable. Les vingt-cinq années de capitalisme polonais poussent à s’interroger sur la nécessité d’en adopter une version aussi dure. Le capitalisme est efficace économiquement et l’avancée du pays en témoigne, mais il est aussi très pesant pour la santé mentale. Que l’on accepte des règles du jeu aussi sévères est étonnant. Jadis on disait : “Le Polonais est capable” [slogan communiste du début des années 1970] ; aujourd’hui on a envie de dire : “Le Polonais supporte tout.”

Le cabinet spécialisé dans les ressources humaines Kelly Services a enquêté sur ce que, dans une trentaine de pays, les employés étaient capables d’accepter. En ce qui concerne la résistance, seuls la Thaïlande, la Malaisie, l’Indonésie, la Chine et le Mexique arrivent avant la Pologne.

Quelque 26 % des Polonais font des heures supplémentaires, 23 % travaillent la nuit, les week-ends et plus de dix heures d’affilée, 20 % ont plusieurs employeurs, 58 % veulent émigrer – sur ce point, la situation est aussi mauvaise qu’au Mexique. Et, même sans aller jusqu’à quitter le pays, on se déplace pour aller travailler et ce trajet prend plus de deux heures par jour à un Polonais sur trois, plus de trois heures à un sur cinq. Au travail, ils tiennent bon. Si 46 % des employeurs s’ex- priment de manière vulgaire ou injurieuse, 41 % des salariés le tolèrent par peur de perdre leur emploi. Seuls 2 % sont prêts à aller en justice, selon le Centre de prophylaxie des dépendances de la région de Mazovie, à l’Ecole d’agriculture (SGGW). Le harcèlement moral est généralisé, surtout dans la distribution et le BTP.

Les salariés supportent tout cela, tout en considérant que le manque de confiance de leur hiérarchie est normal. Lorsqu’ils signent leur contrat de travail, ils signent aussi un chèque en blanc, au cas où ils provoqueraient des pertes pour l’entreprise. On installe des programmes dans leur ordinateur pour savoir ce qu’ils copient et impriment. Pour éviter l’espionnage. Selon la Commission européenne, 27 % des Polonais travaillent à la tâche, avec un contrat “poubelle” [soumis au droit civil et non pas au droit du travail] – soit le taux le plus élevé de toute l’Union avec la Roumanie –, contre par exemple 5 % des Suédois. Selon certains experts, la flexibilité fait partie du monde moderne. Il n’empêche que, parmi les moins de 25 ans, pratiquement personne ne dispose d’un CDI en Pologne.

Solidarnosc. Le problème est qu’à présent il y a aussi des CDI poubelles, selon le sociologue Krzysztof Jasiecki, spécialiste de la représentation des travailleurs dans l’entreprise et auteur de Kapitalizm po polsku [Le capitalisme à la polonaise], actuellement en librairie. C’est difficile à croire, mais, dans le pays berceau du syndicat Solidarnosc, à peine 15 % des salariés sont syndiqués, selon l’Indice de participation européen [élaboré par l’Institut syndical européen], contre 70 % en Suède et en Finlande, et 28 % en Autriche et au Royaume-Uni. Selon les estimations, 14 % à 18 % des salariés en CDI relèvent d’une convention collective, contre plus de 90 % en Scandinavie et 62 % en Allemagne.

Depuis 2006, la loi permet la création de comités d’entreprise. Environ 3 000 ont été enregistrés, mais seuls 500 ont fonctionné au-delà du premier mandat. Ces trois dernières années, le nombre des entreprises qui en ont un a été divisé par six, pour ne plus représenter que 1,6 % du total. Et, même quand il y a un comité d’entreprise, l’employeur peut suivre une formation pour savoir comment saboter son fonctionnement. A propos du choix fait par la Pologne en 1987, le Pr Jasiecki évoque un capitalisme bâti rapidement, sans capitalistes, qui se caractérise par une ouverture aux entreprises transnationales menant, selon les termes de certains chercheurs, une “stratégie du pâturage”.

Aujourd’hui, ces entreprises emploient 29 % de la main-d’œuvre salariée du pays. Selon Jasiecki, leur rôle est sous-estimé, sur le plan financier, technique et psychologique. Les grands groupes ont volontiers adopté un style paternaliste et autoritaire, enraciné chez nous depuis des siècles. Le Polonais s’écrase d’autant plus devant un tel chef qu’il le méprise ; il essaie de satisfaire ses attentes tout en cherchant un moyen de le tromper. Cette soi-disant “réactivité aux attentes du supérieur”, souvent simulée, est une malédiction pour les entreprises. En Pologne, il n’y a pas de workaholics [drogués du travail] au sens classique, explique le Pr Jacek Puchowski, de l’université de Poznan. Cela répond plutôt à une nécessité : 8 % des salariés en CDI vivent dans la pauvreté, 12 % gagnent juste assez pour payer la nourriture et les charges.

En outre le workaholism [des dirigeants], réel ou simulé, est un bon moyen de pression sur les salariés. Cependant, ces derniers ne sont pas dupes et savent qu’un bourreau de travail est un malade qui envenime les relations professionnelles. Le chef omniscient et omniprésent qui souffre d’un complexe de grandeur, très destructeur sur le plan psychologique, est apparu en Pologne aux débuts du “turbocapitalisme” [terme créé en 1999 par le chercheur américain Edward Lattwak] : de nombreuses carrières se sont forgées dans le cadre d’un métier, selon le principe “T’es un bon ingé nieur, tu seras un bon chef”. Selon le Pr Jasiecki, c’est un “managérialisme postcommuniste”, ou une transformation de l’intelligentsia en knowledge class [que l’on peut traduire par “élite culturelle”].

La situation démographique contribue à la dégradation du climat : les pionniers, fatigués de la transformation, vieillissent. Ils sont relativement nombreux et leur voix pèse dans les sondages. Alors que 80 % des jeunes de moins de 30 ans se disent prêts à changer d’emploi pour gagner plus, la stabilité prend de l’importance avec l’âge. “Je ne laisserai pas mon poste aux jeunes loups”, semblent dire les “vieux”, et c’est une source de tensions dans de nombreuses entreprises. Les jeunes, soumis à une sorte de chantage moral à la réussite par leurs parents, sont victimes d’une autre frustration, provoquée par le boom de l’éducation. La famille a investi dans leurs études et prévu leur carrière. Ils bossent, font des heures supplémentaires, mais sans conviction et sans but.

Environ 3,2 millions de personnes travaillent dans le secteur public, mais 5 millions d’autres aimeraient les rejoindre, selon l’institut ARC Rynek i Opinia. Les salaires y sont 10 % plus élevés que dans le privé, affirme l’organisation patronale Lewiatan. On ne peut pas pour autant parler d’une nostalgie du communisme, assure Krzysztof Zagorski, sociologue à l’Académie Leon Kozminski, à Varsovie. C’est juste la peur de l’insécurité qui pousse les gens dans les bras protecteurs de l’Etat. Le Pr Zagorski suit attentivement la manière dont les Polonais se projettent dans le futur. Durant de nombreuses années, ils ont pensé que l’avenir serait meilleur.

Le thème de propagande de “l’île verte” épargnée par la crise est encore efficace, mais cela commence à changer. [En 2009, lors d’une célèbre conférence de presse, Donald Tusk avait présenté une carte de l’Europe toute rouge sur laquelle se détachait la Pologne en vert ; le Premier ministre avait alors parlé de “l’île verte de l’Europe”]. Aujourd’hui, nous sommes majoritaires à penser ceci : “Le mieux appartient au passé et, s’il y a une amélioration dans cinq ans, de toute façon ce sera pire qu’aujourd’hui.” C’est une sorte de prophétie autoréalisatrice. Les émotions et les jugements subjectifs jouent – indirectement – sur la conjoncture économique.

Burn-out. Parmi les clients de la psychologue Dominika Markowska, il y a désormais des jeunes de 30 ans touchés par le burn-out. Ce qu’ils prennent pour une dépression n’est en fait qu’une inadap- tation. Au capitalisme ? Non. L’acceptation des règles du marché est généralisée. Mais, visiblement, ils ont trop goûté au turbocapitalisme, à l’effort au-dessus de leurs forces. “Le capitalisme, oui, mais non à sa version polonaise”, a lancé le sociologue Juliusz Gardawski il y a déjà quelques années. Il est peut-être temps d’appliquer une forme plus soft, plus réfléchie, de capitalisme, avec un Etat garde-fou intelligent, qui corrigerait les choses quand ce serait nécessaire.

Sinon, la lassitude pourrait s’exprimer lors des prochaines élections [en 2015]. Les patients de Dominika Markowska rejettent la faute sur le gouvernement, le système politique, le pays, les managers, l’Union européenne, l’Amérique. Les mythiques “eux”. Notre île verte est sérieusement menacée par une première vague de fatigue. Accrochez-vous.

Ewa Wilk  Publié le 5 février 2014 dans Polityka 14 mars 2014

http://www.courrierinternational.com/article/2014/03/14/les-champions-polonais-sont-fatigues?page=all

Commentaire:

Une explication marxiste, il se passe en Pologne, comme en Chine, une phase « d’accumulation primitive » du capitalisme. Cela a déjà eu lieu en Angleterre sous les yeux de Marx: tous les moyens sont bons pour « créer de la richesse » qui permettra ensuite (en théorie) de distribuer des miettes… pour acheter la « pais sociale ». S’il y a des syndicats!  Mais il n’a échappé à personne, « qu’on » n’a plus besoin d’eux! Donc, travail de nuit, 60 heures par semaine, travail des enfants…

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15 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Portugal, un travailleur qualifié sur cinq a quitté le pays (ci)

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Si, comme le souligne le secrétaire d’Etat aux communautés portugaises, José Cesário, « la plupart des personnes qui quittent le pays se destinent à des emplois dans le bâtiment, l’hôtellerie et le ménage », le Portugal a tout de même perdu un cinquième de sa force de travail qualifiée.
*
Selon un article publié dans le Público, si les travailleurs qualifiés restent une minorité du flux migratoire, elle a tendance à grossir et certaines professions sont durement touchées. A titre d’exemple, un tiers des infirmiers récemment diplomés émigre chaque année. Citée par le même article, Sofia Laranjeira Santos, responsable de l’agence Adecco au Portugal, indique que les secteurs du bâtiment et des technologies sont ceux qui recrutent le plus des travailleurs portugais et que la Suisse est une des destinations principales.
*
Le Portugal est, après Malte, le pays européen avec le plus grand pourcentage d’émigrés, et c’est le pays de l’OCDE où l’augmentation de l’émigration est la plus importante. En 2013, 120 000 personnes auraient quitté le pays. Courrier international 14 mars 2014

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15 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Il faut imposer une véritable taxe tobin au lobby bancaire (cadtm)

trop fort

Dans une tribune publiée dans l’Humanité le 25 février 2014, Éric Toussaint, maître de conférences à l’université de Liège, président du CADTM Belgique et membre du Conseil scientifique d’Attac nous explique comment enrayer le fléau de la spéculation sur les monnaies.

Les banques sont les principaux acteurs sur le marché des devises et elles entre- tiennent une instabilité permanente des taux de change. Plus de 95 % des échanges de devises sont de type spéculatif. Une infime partie des transactions quotidiennes en devises concerne des investissements, du commerce de biens et de services liés à l’économie réelle, des envois de migrants.

Le volume quotidien des transactions sur le marché des devises tournait en 2013 autour de 5 300 milliards de dollars  ! Les banques qui disposent, comme les fonds de place- ment mutuel, de très importantes liquidités en usent et en abusent en poussant des monnaies à la baisse ou à la hausse afin d’obtenir des gains sur les différentiels de taux de change. Les banques jouent également de manière déterminante sur des dérivés de change qui peuvent provoquer des pertes considérables, sans compter les méfaits de l’instabilité des monnaies pour l’ensemble de la société.

À partir de mai 2013, les monnaies de grands pays dits émergents (Inde, Brésil, Afrique du Sud, Russie, Turquie, Argentine…) ont été soumises à des attaques spéculatives et ont perdu dans certains cas jusqu’à 20 % de leur valeur. Le taux de change entre le dollar et l’euro est aussi l’objet de la spéculation.

Le marché des changes constitue le compartiment du marché financier global qui, aux côtés du marché des dérivés, a enregistré la plus forte croissance. Entre 1970 et 2013, le volume des transactions sur les monnaies a été multiplié par plus de 500 (passant d’un peu plus de 10 milliards à 5 300 milliards de dollars par jour). Alors qu’en théorie, la fonction principale des marchés des changes est de faciliter les échanges commerciaux internationaux, en 2013, le montant des trans-actions liées aux échanges de marchandises ne représentait même pas 2 % du montant des transactions quotidiennes sur le marché des changes.

En 1979, il fallait l’équivalent de 200 journées d’activité sur les marchés de change pour atteindre le volume annuel des exportations mondiales. En 2013, 3,5 journées d’activité sur les marchés de change suffisaient à atteindre le volume annuel des exportations mondiales de mar- chandises. Cela indique à quel point les activités des marchés monétaires sont déconnectées de l’économie productive et du commerce des marchandises.

En 2013, quatre banques à elles seules contrôlaient 50 % du marché des changes (Deutsche Bank, 15,2 %  ; Citigroup, 14,9 %  ; Barclays, 10,2 %  ; UBS, 10,1 %). Si on ajoute la part de six autres banques (HSBC, JPMorgan, Royal Bank of Scotland, Credit Suisse, Morgan Stanley, Bank of America), on atteint 80 % du marché.

La moitié des échanges a lieu sur le seul marché de Londres. Alors que le scandale de la manipulation du Libor (il s’agit des taux d’intérêt auxquels les banques se prêtent de l’argent) était à peine considéré comme résolu par les autorités de contrôle, un nouveau scandale a éclaté en 2013 à propos de la manipulation du marché des changes. Les autorités de contrôle des marchés financiers des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’UE, de Hong Kong et de Suisse suspectent au moins quinze grandes banques d’avoir ensemble manipulé les taux de change, y compris le marché de change euro-dollar qui, à lui seul, représente un volume quotidien de 1 300 milliards de dollars.

Des responsables des autorités britanniques de contrôle ont déclaré que l’ampleur des dommages causés par les manipulations est au moins égale à ceux qu’a impliqués la manipulation du Libor et qui a abouti au paiement d’amendes pour un montant de 6 milliards de dollars. Le comble, c’est que, selon le Financial Times, des dirigeants de la Banque d’Angleterre seraient impliqués dans la manipulation comme lors de l’affaire du Libor. En avril 2012, des traders spécialisés dans le marché des changes auraient informé de leurs pratiques certains hauts responsables de l’honorable Banque d’Angleterre qui auraient laissé faire.

Une enquête est en cours. Le laisser-faire, la complicité, voire la collusion entre diri- geants des banques et autorités de contrôle ont commencé à sortir au grand jour, même si les informations arrivent au compte-gouttes et font très rarement la une des grands médias.

Voici plus de quarante ans, James Tobin, ancien conseiller économique de John F. Kennedy, proposait de mettre un grain de sable dans les rouages de la spéculation internationale sur les devises. Malgré tous les beaux discours de certains chefs d’État, le fléau de la spéculation sur les monnaies s’est encore aggravé. Le lobby des banquiers a obtenu qu’aucune entrave ne vienne perturber leur activité destinée à créer du profit. Pourtant, depuis l’époque où James Tobin a fait sa proposition, nous avons vu que le volume des transactions quotidiennes sur le marché des devises a été multiplié par plus de 500…

La décision de principe prise en janvier 2013 par onze gouvernements de la zone euro d’imposer une taxe d’un millième sur les transactions financières est totalement insuffisante, car elle ne porte pas sur les devises et il n’est même pas sûr qu’elle entrera rapidement en vigueur. Les banques exercent une forte pression pour l’éviter et pour en limiter encore plus fortement la portée. Le gouvernement français, très intimement lié aux banques, intervient activement en faveur des demandes du lobby bancaire. Il n’y a pas de solution juste si on reste dans un contexte aussi biaisé.

Voilà pourquoi il est plus que temps d’enrayer l’engrenage de la spéculation en appliquant une véritable taxe de type Tobin, premier pas vers l’interdiction complète de la spéculation sur les monnaies. 14 mars par Eric Toussaint

Source : http://www.humanite.fr/tribunes/il-…

http://cadtm.org/Il-faut-imposer-une-veritable-taxe

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12 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Espagne, manifeste des marches pour la dignité du 22 mars (al’e)

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Les Marches du 22 mars sur Madrid, «une réponse coordonnée»

Non au paiement de la dette, non aux coupes budgétaires; oui au travail et au logement dignes et aux droits sociaux garantis. Ces cinq points résument le manifeste et les revendications des Marches pour la dignité, une mobilisation coordonnée depuis différents points du pays et qui conflueront, le 22 mars 2014, en une grande manifestation à Madrid.

Différents membres de ces marches ont expliqué lors d’une rencontre à l’Ateneo de Madrid, le 26 février, leurs principales revendications. Ils/elles représentaient quelques-unes des luttes les plus importantes de ces dernières années, comme celles des travailleurs de la santé, du nettoyage, du métro et des transports publics ainsi que d’entreprises privées comme Coca-Cola [une usine d’embouteillage de la région de Madrid est menacée de fermeture] ou Panrico [1] qui se trouvent en plein conflit du travail.

Irene Montero, membre de la coordination madrilène, déclare: «Les responsables de la situation dans laquelle nous nous trouvons sont les instituts financiers et le gouvernement.» Les organisateurs espèrent que des milliers de personnes se rendent dans la capitale du pays pour donner la preuve d’une «réponse coordonnée» qui permettra de protéger les «droits sociaux de la majorité des travailleurs et travailleuses».  

Huit «colonnes» partiront du nord, nord-est, sud-est, sud, sud-ouest, nord-ouest, extérieur et international. La colonne du nord-est a été la première a se mettre en marche alors que le 25 février une marche de Catalogne a débuté et passe par Lleida, Alcañiz et Saragosse. Le départ des autres marches s’égrène entre le 1er et le 20 mars, certaines à pied, d’autres au moyen de divers transports, selon la distance à parcourir.

Fernando Miñana, de la colonne de Murcie, a souligné la nécessité de lutter contre une dette «impossible à payer», causée «en grande partie par le sauvetage des banques  ainsi que par les magouilles des grands projets urbains et d’infrastructures». Miñana, dont la marche est partie le 9 mars, a revendiqué un audit qui permette d’identifier à «quelle minorité bénéficie ce pillage».

«La dignité est la dernière des barricades»

Lorsque les marches arriveront finalement à Madrid, aura lieu une manifestation unitaire qui partira d’Atocha [où se situe la plus grande gare de Madrid] à 17h et, pour la suite du week-end, des assemblées et activités sont organisées. «Nous savons quand nous arrivons mais nous ne savons pas quand nous partirons», ont insisté les activistes, entourés, entre autres, de travailleurs de la santé, du nettoyage, du métro, de Coca-Cola et de Panrico.

Selon le représentant de la marche du sud-ouest, qui partira de Mérida, Alvaro Rodríguez, l’objectif, vise avant tout «à rassembler tous les “oui, on peut!”. L’Estrémadure a déjà réalisé sept marches, il est temps de les conduire toutes à Madrid et de lutter pour des objectifs communs.» Ce dernier ajoute: «La dignité est la dernière des barricades.»        

Une proposition en provenance des mouvements sociaux

L’idée des marches de la dignité est venue du syndicat andalou des travailleurs (SAT) qui a commencé, à la fin de l’année 2013, à contacter des organisations de tout le pays. «Nous voulons que cet appel ne vienne pas uniquement du SAT, mais plutôt de la population civile», expliquait le dirigeant syndical Diego Cañamero dans une interview accordée à La Marea en septembre 2013 [2]. «Je crois que nous devons unir le 90% de la société de sorte qu’il rejoigne Madrid pour déclarer au pouvoir politique que c’en est assez. Que nous ne voulons pas d’un pouvoir qui trompe, qui dénature, qui manipule le vote et qui fait le contraire de ce qu’il prétend», expliquait le syndicaliste.

Rapidement, le Frente Cívico de Julio Anguita et les Campamentos Dignidad ainsi que les marches d’Estrémadure s’ajoutèrent à l’appel, qui n’a eu de cesse de s’étendre jusqu’à englober les assemblées du 15-M [en référence à la manifestation du 15 mai 2011 qui a «enclenché» le mouvement des Indignados], les associations de quartier, les marées en défense du secteur public, les syndicats, les communautés chrétiennes de base, les assemblées de la Plataforma de Afectados por la Hipoteca [PAH, plate-forme lancée en 2009 contre les expulsions et en faveur d’un logement digne] et bien d’autres collectifs. (Article publié le 26 février 2014 par la revue La Marea; traduction A l’Encontre)

Publié par Alencontre le 11 – mars – 2014

[1] En septembre 2013, la direction de cette entreprise de l’alimentation a annoncé le licenciement de 1914 employé·e·s – soit la moitié des effectifs. A la suite d’un premier conflit la direction et les syndicats sont parvenus à un «préaccord» en novembre 2013 «limitant» les licenciements à un peu plus de 700 et préparant des diminutions de salaire de 18%. Une usine située en Catalogne est cependant en grève depuis plus de quatre mois contre cette décision.

[2] http://www.lamarea.com/2013/09/06/canamero/

http://alencontre.org/europe/espagne/espagne-manifeste-des-marches-pour-la-dignite-du-22-mars.html

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07 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Pacte de responsabilité (basta)

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La France va-t-elle faire pire que les Etats-Unis ?

A l’heure où les crédits d’impôts et les allègements de « charges » se multiplient en France, au nom de la lutte pour l’emploi, quels sont les montants et les conséquences de ces cadeaux fiscaux et de ces subventions à l’embauche aux États-Unis ?

L’organisation civique américaine Good Jobs First a lancé, fin février, un « traqueur » de subventions : une base de données récapitulant toutes les aides directes (subventions) et indirectes (allégements de charges, exonérations d’impôts et de taxes, prêts publics très avantageux…) dont ont bénéficié les entreprises implantées aux États-Unis depuis les 15 dernières années.

Ces aides profitent principalement aux grands groupes. 965 multinationales et leurs filiales ont ainsi reçu au moins 63 milliards de dollars de subventions et d’avantages fiscaux, sur un total de 110 milliards de dollars d’aides aux entreprises identifiées par Good Jobs First.

Boeing arrive largement en tête, avec un total de plus de 13 milliards de subventions. Les groupes français en profitent également : Nissan (Renault) a perçu près de 1,8 milliard, 1,34 milliard pour ArcelorMittal, principalement pour son aciérie dans l’Alabama, 357 millions pour Michelin et ses 46 filiales, 290 millions pour Areva et ses 13 filiales, principalement pour un projet d’usine de traitement d’uranium dans l’Idaho, 158 millions pour Airbus (EADS), 49 millions pour Sanofi ou encore 22,7 millions pour BNP-Paribas…

456 000 dollars par emploi « Notre traqueur de subventions peut désormais démontrer que la plus grande part des subventions accordées par l’État et les gouvernements locaux au nom de la création d’emplois se retrouve entre les mains d’un nombre restreint d’entreprises », commente Philip Matera, directeur de recherche au sein de Good Jobs First.

En juin dernier, l’organisation avait étudié les 240 megadeals passés entre les pouvoirs publics états-uniens et des grandes entreprises, avec des aides publiques supérieures à 75 millions de dollars. Le montant de ces aides a ensuite été rapporté au nombre d’emplois créés : soit une dépense de 456 000 dollars en moyenne par emploi !

Une base de données dont la France aurait bien besoin, alors que le « pacte de respon-sabilité » repose sur une nouvelle « baisse de charges et de fiscalité » pour les entreprises en échange d’un « engagement sur des objectifs et des ambitions en terme d’emploi et de qualité de l’emploi, de dialogue social et d’investissement ». Ce pacte de responsabilité vient s’ajouter au « crédit impôt pour la compétitivité et l’emploi » (CICE) déjà mis en œuvre. Celui-ci devrait coûter 20 milliards d’euros aux dépenses publiques en 2014, selon le ministère de l’Économie et des Finances. Des allègements dont la contrepartie est, en théorie, la création de « 300 000 nouveaux emplois » prévus d’ici 5 ans.

Comment mesurer l’efficacité de ces cadeaux ? La question risque de demeurer sans réponse au regard de ce qui se passe pour le crédit impôt recherche (CIR). Celui-ci devrait coûter environ 6 milliards d’euros en 2014. « L’efficacité du CIR au regard de son objectif principal – l’augmentation de la dépense de recherche et développement des entreprises –, est à ce jour difficile à établir », pointait la Cour des comptes en juillet 2013, « faute de données avec un recul suffisant, mais aussi d’un accès des chercheurs aux données disponibles ».

Résultat : « L’évolution qu’a connue la dépense intérieure de recherche et développement des entreprises n’est pas à ce jour en proportion de l’avantage fiscal accordé aux entreprises », relevait la Cour. A quand la transparence des aides directes et indirectes dont profitent les entreprises ?

Ivan du Roy, avec l’Observatoire des multinationales

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