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29 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Les Zombies comme baromètre de l’anxiété capitaliste (Avanti.be)

Les Zombies comme baromètre de l’anxiété capitaliste (Avanti.be) dans Crise

Les représentations modernes des zombies que l’on voit pulluler dans les romans de culture « horror-pop » ou, de manière croissante, dans les films, sont facilement iden- tifiables tout en étant radicalement différentes de leurs racines historiques.

N’importe quel membre de notre culture occidentale moderne est capable de reconnaître la chair grise et souvent en décomposition, les yeux noirs, l’apparence désarticulée, le pas trainant, le gémissement misérable, et bien entendu, la bouche ensanglantée de restes humains récents.

Cependant, la notion de zombie va au-delà de ces peurs faciles ; le zombie, comme d’autres variétés de monstres, incarne une peur qui prévaut dans la société dans son ensemble, une angoisse collective quant à la capacité de destruction rassemblée dans les mains de quelques fous invulnérables. Comme le déclare Peter Dendle dans son essai (*), «  Le zombie est un baromètre de l’anxiété d’une culture »,  le zombie a «  (…) servi de soupape pour les angoisses profondes ressenties à propos de la société, du gouvernement, de la protection individuelle, et de notre déconnexion croissante d’avec nos moyens de survie.  » Selon Dendle toujours, la prévalence du zombie dans la culture populaire serait liée à la peur de la société qu’un événement soudain détruise le statu quo (que ce soient des morts-vivants ou autre chose) et provoque un chaos généralisé dans lequel les gens seraient incapables de se protéger ou de survivre par leurs propres moyens.

On peut dès lors partir de cette idée d’angoisse collective et aller plus loin dans la réflexion pour en discerner la cause sous-jacente et les raisons qui contribuent à cette anxiété du public en général. Cette cause qui prend la forme de la généralisation des zombies dans les films et la littérature, c’est le capitalisme.

Passé et présent Selon Dendle, « Le zombie est une force sans âme qui travaille de manière non réflé- chie pour les intérêts d’autres, ce qui fait référence à la mémoire collective de l’esclavage, c’est à dire une vie sans dignité et privée de sens dans laquelle les actes sont accomplis machinalement. ».

On remonte ici aux origines des zombies: des corps réanimés par des propriétaires bourgeois ou des patrons d’usine dans le but de leur faire réaliser des tâches subalternes pour un salaire de misère et capables de travailler des heures sans se lasser ou commettre d’erreurs. C’est là l’une des premières reprises de la notion de zombie et l’origine de la métaphore capitaliste.

L’économie proto-capitaliste des Etats-Unis du 19e siècle se basait sur le travail des esclaves, et les politiciens pro-esclavagistes de l’époque argumentaient que l’économie du Sud se serait entièrement effondrée si on avait interdit l’esclavage. On peut clairement voir la manière dont la peur et le mépris envers le système capitaliste auront marqués l’esprit des esclaves africains ou haïtiens dont est originaire la culture des zombies. Ils étaient des esclaves parce que l’esclavage était rentable et vital pour l’économie et qu’il n’était pas acceptable qu’ils mettent en faillite les propriétaires d’esclaves par une résistance implicite au système.

A partir de là, le zombie passe de l’état de clone du travailleur à celui de monstre sangui-naire, dont la personnalité n’existe plus et dont la chair se décompose sur les os, animé d’une faim insatiable et, plus important encore, qui devient une horde capable de détruire toute la société humaine. Les zombies sont passés de force de travail bon marché à l’apocalypse, et ils n’ont jamais été aussi populaires que depuis que le capitalisme a conquit le monde. La métaphore capitaliste nous vient de « Dawn of the dead », un film de George Romero de 1978 dans lequel le personnage principal tente de survivre à l’apocalypse en trouvant refuge dans un supermarché. Les survivants y trouvent une sécurité temporaire et y retournent à leurs racines consuméristes ; ils saccagent le centre commercial pour prendre les produits. Après avoir observé ce comportement de ses camarades d’infortune en même temps que celui des zombies, il dira : « Ils sont nous ».

On trouvera plus tard une expression plus subtile de la métaphore dans le cycle des « Residents Evil » et dans d’autres livres ou films dans lesquels l’arrivée des zombies et directement due à la soif de profit par des entreprises sans scrupules. Cette vision provient sans doute d’une méfiance croissante envers les grands conglomérats dont le PIB dépasse celui de nations entières : Wal-Mart (chaîne de supermarchés américaine – ndt), par exemple, « pèse » plus que l’économie de l’Arabie Saoudite. (…)

Troubles de l’anxiété Le zombie, comme nous le savons aujourd’hui, est par sa nature même une créature stupide qui a autrefois été un être humain, un individu sensible avec un nom et un libre arbitre, mais qui a été déformé pour devenir un consommateur vorace sans pensées ou émotions. Il déambule à travers les rues de la ville, autour de petites villes et le long des routes sans réflexion ni désirs, sinon celui de consommer n’importe quelle chair humaine.

Si l’on prend en compte certaines critiques anticapitalistes, on trouve une étrange similitude entre les zombies et les consommateurs de l’économie capitaliste, du moins en termes de comportements. Les masses sortent de chez elles et affluent vers les centres commerciaux et les grands magasins, elles donnent volontairement le fruit de leur travail en échange de marchandises et souvent elles ne savent même pas vraiment pourquoi elles font cela. Un trait caractéristique du zombie est la perte de sensibilité de l’individu une fois transformé en mort-vivant et c’est la même perte de sensibilité qui se produit chez l’individu au sein d’une culture capitaliste consumériste, manipulée par le marketing de masse et la publicité. Sur la question de la perte du libre arbitre, l’auteur Chuck Palahniuk écrit avec humour : « Les spécialistes de la Grèce antique disent que les gens de l’époque ne voyaient pas leurs pensées comme leur appartenant. Quand les Grecs anciens avaient une pensée, ils se la représentaient comme si un dieu ou une déesse donnait un ordre… Maintenant, les gens entendent une publicité pour des chips et se précipitent pour les acheter, mais ils appellent cela le libre arbitre. Au moins, les Grecs anciens étaient honnêtes. » (…)

Source :
http://blog.thezeitgeistmovement.com/blog/dt-robb/zombie-barometer-capitalist-anxiety
Traduction française pour Avanti4.be : Sylvia Nerina D.T. Robb 29 octobre 2013

http://www.avanti4.be/analyses/article/les-zombies-comme-barometre-de-l-anxiete

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25 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Le FMI revient à la charge avec les mesures qui provoquent des émeutes de la faim (cadtm)

Le FMI revient à la charge avec les mesures qui provoquent des émeutes de la faim (cadtm) dans Austérité fmi

L’homme du FMI

Quelques jours avant l’assemblée générale annuelle du FMI et de la Banque mondiale, qui s’est tenue du 11 au 13 octobre 2013 à Washington, le FMI est revenu à la charge.

Concrètement, en Espagne, après avoir proposé une baisse de salaires qui a provoqué une réaction inhabituelle |1| , il réclame désormais de réduire la liste des produits et services considérés basiques ou de première nécessité qui bénéficient des taux réduits de TVA. Il s’agit bien du même remède qui pro- voqua les fameuses émeutes de la faim, aussi appelées « émeutes FMI », au Sud de la planète, quand le prix du pain ou de l’essence montait d’un coup en une nuit jusqu’à des prix inabordables pour la majo- rité de la population. On peut citer entre autres exemples, le soulèvement connu comme « Caracazo » au Venezuela en 1989, lors de la mise en œuvre d’une mesure du plan du FMI qui a provoqué l’aug-mentation subite du combustible ; ou celui du Pérou en 1991, quand le prix du pain a été multiplié par 12 alors que les salaires amorçaient leur chute ; du Zimbabwe en 2000 ; Argentine, Paraguay et Uruguay en 2001… La liste est aussi longue, que l’est l’histoire du néocolonialisme économique de l’institution de Washington.

En somme, le FMI suit la voie de l’austérité qu’il applique au Sud, où ses politiques échouent depuis des décennies. Au-delà de quelques nouvelles propositions sur les prélèvements, il n’y a rien de nouveau dans l’idéologie de l’institution. Déjà en 1999, dans un rapport sur les Effets des politiques d’ajustement structurel sur la jouissance effective des droits de l’homme, la Commission des droits de l’homme des Nations Unies portait sur les plans d’austérité au Sud ce constat que nous pouvons appli- quer à l’actuelle crise de la dette au Nord :  Malheureusement, aussi bien le FMI que la Banque mon- diale considèrent la gestion de la crise d’endettement comme une activité distincte de la tâche fonda- mentale qui est le développement humain. Une forte croissance du produit national brut (PNB) ou la réduction de l’inflation ne débouche sur le développement qu’à condition de s’accompagner de chan- gements dans la répartition du revenu, de manière à permettre à une plus large proportion de la population de jouir effectivement de ses droits économiques, sociaux et culturels. |2|

L’austérité, un projet politique à échelle internationale Ces politiques d’austérité du FMI, en plus de violer la souveraineté des peuples, anéantissent les droits les plus élémentaires des personnes. La proposition d’introduire un impôt exceptionnel avec un taux de 10% sur le capital de toutes les épar- gnes quel qu’en soit leurs montants, cela pour réduire la dette publique des pays européens au niveau d’avant la crise en 2007, ne doit pas nous induire en erreur.

Bien sur, cela nous rappelle ce qui est arrivé à Chypre, même si dans ce cas il s’agissait d’un taux de 47,5% sur tous les comptes disposant de plus de 100 000 euros. Ceci dit, on a plutôt l’impression d’être face à une attitude désespérée afin d’attirer l’attention pour dissimuler d’autres mesures à venir. De la même manière, quand le FMI affirme qu’il reste de la marge pour augmenter les taux d’imposition des tranches supérieures de revenus, il semble que, devant le chaos que génèrent ses propres mesures, il doive faire semblant d’innover pour que sa politique soit soutenable… et suive le même chemin capitaliste.

D’ailleurs, comme disait le rapport de l’ONU en 1999 déjà cité, il faut comprendre les politiques d’austé- rité bien plus comme un projet politique à échelle internationale : L’ajustement structurel va au-delà de la simple imposition d’un ensemble de mesures macroéconomiques au niveau interne. Il est l’ex- pression d’un projet politique, d’une stratégie délibérée de transformation sociale à l’échelle mondiale, dont l’objectif principal est de faire de la planète un champ d’action où les sociétés transnationales pourront opérer en toute sécurité. Bref, les programmes d’ajustement structurel (PAS) jouent un rôle de « courroie de transmission » pour faciliter le processus de mondialisation qui passe par la libéra- lisation, la déréglementation et la réduction du rôle de l’État dans le développement national. |3|

Le 9 octobre 2013, après la présentation du rapport Taxing Times du FMI, Michael Keen, directeur adjoint du département des finances publiques du FMI, déclara que l’Espagne « n’a pas eu suffisamment recours à la TVA » pour augmenter ses recettes. Il n’aura vraisemblablement pas suffit d’appliquer une hausse de TVA de 13 points, passant de 8 à 21% pour les secteurs de la Culture, des livres ou du matériel scolaire. Les Espagnols apprécieront l’attention particulière du FMI à ce propos. Après deux hausses brutales de l’impôt régressif le plus injuste, d’abord sous le gouvernement du parti dit socialiste (PSOE) et de la droite (PP) ensuite, les recommandations du FMI sont scandaleuses. Ils prétendent soigner la maladie en tuant le patient.

Dans son rapport fiscal d’octobre 2013, le FMI, affiche une soudaine préoccupation pour réduire la dette publique aux niveaux d’avant la crise en 2007, sans pour autant reconnaitre que dans certains cas, et en Espagne en particulier, la dette publique s’est envolée précisément en conséquence du sau- vetage bancaire. En guise de solution, le FMI revient à faire des propositions profondément injustes et erronées, tel l’impôt exceptionnel déjà mentionné de 10% sur l’économie des foyers. |4| Dans son argumentaire, le FMI met en garde contre « les risques des alternatives » à cette proposition, tel que « la répudiation de la dette publique ». Un « risque » qui constituerait plutôt pour nous un premier pas vers une sortie de crise.

Depuis la Plateforme espagnole d’Audit Citoyen de la Dette, nous ne devons pas, nous ne payons pas (Plataforma Auditoría Ciudadana de la Deuda, No debemos , no Pagamos), nous développons des activités afin que les citoyennes et citoyens puissent envisager des alternatives, définir des critères pour qualifier une dette illégitime et en refuser le paiement. Traduction Jérôme Duval et Virginie de Romanet 24 octobre par Jérome Duval , F. Martín

Notes

|1| Jérôme Duval, Fátima Fafatale, Espagne. Le sombre avenir que nous réserve le FMI : Dette, chômage et pauvreté.

|2| Effets des politiques d’ajustement structurel sur la jouissance effective des droits de l’homme, point 6. http://www.cetim.ch/fr/documents/pa…

|3| Nations Unies, Ibid, point 31.

|4| A One-Off Capital Levy ?, in Taxing Times, Fiscal Monitor, FMI, octobre 2013, page 49. http://www.imf.org/external/pubs/ft…

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19 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Portugal, une nouvelle année de vaches maigres (CI)

Portugal, une nouvelle année de vaches maigres (CI) dans Austérité cgtp-1

La CGTP, principale centrale syndicale appelle à une large mobilisation le 19 octobre pour dénoncer la cure d’austérité annoncée par le gouvernement sous l’impulsion de l’Union européenne, du Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne.

A la suite de l’examen par la troïka (UE, FMI et BCE) des comptes de l’Etat portugais, le gouvernement de Pedro Passos Coelho a annoncé le 13 octobre son budget pour l’année 2014. Alors que le bilan économique semblait plutôt positif et que des promesses de relance semblaient s’esquisser, c’est une nouvelle cure d’austérité dans les dépenses publiques qui s’annonce, décortiquée attentivement par la presse portugaise. En effet, sous l’impulsion de la troïka qui impose une réduction des dépenses publiques de l’ordre de 4 %, le gouvernement espère économiser plus de 2 milliards d’euros et gagner en crédibilité sur les marchés pour se refinancer à un taux plus bas.

Ainsi, l’âge de la retraite passe de 65 à 66 ans et les pensions supérieures à 2 000 euros seront taxées. Les salaires de plus de 600 euros de la fonction publique subiront une baisse de 2,5 % à 12 %. En outre, presque tous les ministères devront se serrer la ceinture avec des coupes claires dans le budget de la santé (300 millions d’euros), de l’enseignement primaire et secondaire (500 millions), de l’enseignement supérieur (80,5 millions), de la justice (90 millions) et de la sécurité intérieure (27 millions). Il est également prévu la réduction de 30 % des effectifs de la défense nationale, l’augmentation du prix de l’électricité de 2,8 % et celle de la taxe audiovisuelle de 18 %. Le tribunal constitutionnel, qui a régulièrement botté en touche les propositions de lois du gouvernement, a vu son budget significativement réduit pour atteindre une baisse de 25 % en trois ans.

Mario Soares, l’ancien président de la République, considéré comme un des pères de la démocratie, a qualifié le budget 2014 de « terrible » et il a accusé le gouvernement de « vouloir en finir avec l’Etat social ». Le leader de la Confédération générale des travailleurs portugais (Cgtp) a comparé ces nouvelles mesures d’austérité à « un braquage dans le dos » et appelle à une vaste mobilisation le 19 octobre à Lisbonne et à Porto. Le Premier ministre Pedro Passos Coelho a déclaré quant à lui qu’il avait « conscience des difficultés » que les gens vivaient, mais que de « nombreuses personnes font ces sacrifices pour sauver le pays de la situation dans laquelle il est ».  Courrier international 18 octobre 2013

http://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/2013/10/18/une-nouvelle-annee-de-vaches-maigres

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16 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Paradoxe : les êtres humains, dont les Français, n’ont jamais été aussi riches! (Bastamag)

 

Paradoxe : les êtres humains, dont les Français, n’ont jamais été aussi riches! (Bastamag) dans Crise richesRedistribution des richesses ?

 

Les inégalités ne cessent de croître. Pourtant la richesse monétaire des individus, à l’échelle mondiale, a doublé en une décennie ! Qui détient ces fortunes ? Quels sont les pays qui tirent leur épingle du jeu ? Quelle serait la richesse de chaque Français si on répartissait l’argent de manière égalitaire ? Réponses. La richesse globale – ce que possède en valeur monétaire l’ensemble des 4,7 milliards d’êtres humains adultes – a battu un nouveau record historique en 2013 : 241 000 milliards de dollars (241 trillions), selon le rapport annuel sur la « richesse globale », publié début octobre par le groupe Crédit suisse, l’une des principales banques mondiales [1]. Malgré un affaissement en 2008, suite à la crise des subprimes, depuis 2000, cette richesse monétaire a doublé ! Pour calculer cette richesse individuelle, le Crédit suisse, s’appuyant sur les données nationales des 197 Etats, prend en compte les actifs financiers – compte épargne, portefeuille d’actions, fonds de pension privés, participations au capital – et le patrimoine non financier – immobilier principalement – de chaque individu, puis en soustrait la dette. Les actifs et les dettes détenues par l’Etat, « qui ne peuvent être facilement attribués à des particuliers », sont exclus de ce calcul, ainsi que les versements liés aux politiques sociales publiques, comme en France les pensions retraite de l’assurance vieillesse.

70% de pauvres

En moyenne, chaque adulte détient en théorie 51 600 dollars. Jamais les êtres humains n’ont été aussi fortunés, précise la banque ! Tout cela est bien sûr virtuel. Car le Crédit suisse dresse un panorama de la répartition de cette richesse. Et le fossé des inégalités est toujours aussi abyssal. Moins de 1% de la population possède à elle seule 40% des richesses mondiales. Et 83% de cette richesse est détenu par un relatif petit groupe de 400 millions d’individus (qui possèdent plus de 100 000 dollars chacun). Soit un peu plus de 8% de la population de la planète, résidant en Amérique du Nord, en Europe de l’Ouest, dans quelques émirats du Golfe, en Australie ou au Japon. Sûrement parce que ce sont les seuls à véritablement créer de la richesse…

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Tout en bas de la pyramide, près de 70% des habitants – 3,2 milliards de personnes, principalement en Afrique subsaharienne et en Inde – se partagent 3% des richesses, soit moins de 10 000 dollars par individu. Entre les deux, une « classe moyenne » mondiale, rassemble les 23% de la population qui disposent d’un patrimoine de 10 000 à 100 000 dollars. Pour illustrer ces chiffres globaux, imaginez 12 individus qui doivent se partager 12 dollars. Au vu du mode de répartition actuel, un seul individu récupèrera 10 billets, les 11 autres se contentant des deux restant. Un modèle de fraternité…

La France, un éden de riches Si la richesse globale augmente, la moitié de l’Humanité n’en bénéficie qu’à hauteur de 1%, rappelle le Crédit Suisse. Cette augmentation est aussi inégale selon les pays. Le Japon est le grand perdant, avec une baisse de 20% de sa richesse par individu, suivi par l’Argentine, le Brésil et la Russie. A l’inverse, les États-Unis ont engrangé 8 000 milliards de dollars cette année. Loin devant la Chine et l’Allemagne. Et la France dans tout ça ? En matière de richesse globale, elle se porte bien, merci. Malgré le « pilonnage fiscal » dénoncé par la droite et l’extrême droite, et le manque de « compétitivité » des salariés claironnée par le Medef, la France est le 4ème pays où les individus se sont le plus enrichis en 2013, juste derrière l’Allemagne et la Chine. Si cette richesse était répartie de manière totalement égalitaire, chaque citoyen adulte disposerait d’environ 225 000 euros. Avec les Luxembourgeois, les Français seraient ainsi les citoyens les plus fortunés de la zone euro, devançant largement l’Allemagne (150 000 euros par adulte). Évidemment, il n’en est rien.

Une classe moyenne déclassée ? Malgré « la haine des riches » qui sévit (à en croire la Une d’un news magazine), ceux-ci continuent d’accroître leur fortune. La France décroche même la médaille de bronze mondiale du nombre de millionnaires, derrière les États-Unis et le Japon, avec 2 210 000 millionnaires (en dollars), soit 4,6% de la population adulte [2]. Vient ensuite une grosse classe moyenne relativement aisée au vu de la situation mondiale : 51% de la population française possède entre 100 000 et un million de dollars. Une richesse générée en grande partie par la valeur de l’immobilier. Enfin une classe moyenne « inférieure » (entre 10 000 et 100 000 dollars) et « populaire » (moins de 10 000 dollars) représente chacune un peu plus de 20% de la population.

Richesse par adulte dans les pays de la zone euro :
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« L’Europe dans son ensemble représente 34% des individus dans le top 1% des détenteurs de la richesse mondiale, et la France à elle seule constitue près d’un quart du contingent européen. Cela reflète non seulement la richesse nette moyenne élevée des ménages français, mais aussi une plus grande inégalité financière que celle observée dans la plupart des autres pays de l’Union européenne », commente le Crédit Suisse. Une tendance qui se confirme depuis au moins dix ans, au vu de l’impressionnante progression du niveau de vie des 0,01% des Français les plus riches (voir ici). Les think tanks néo-libéraux hurleront sans doute à la manipulation marxiste ! L’oligarchie hexagonale rétorquera probablement qu’en nombre de méga riches – les individus possédant plus de 50 millions de dollars –, la France n’est qu’en 7ème position, derrière les indépassables États-Unis, suivi de loin par la Chine, l’Allemagne, la Suisse, le Royaume-Uni et le Japon. Triste sort !

Ivan du Roy par Ivan du Roy 16 octobre 2013

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04 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Au delà des individus, un système et des institutions leur permettant d’agir et les encourageant à le faire (Cadtm)

Au delà des individus, un système et des institutions leur permettant d’agir et les encourageant à le faire (Cadtm) dans Altermondialisme dette

 

FMI et Banque mondiale ou l’immunité pré-construite des « hommes exemplaires ».

Comme l’indiquent, en introduction, Pauline Imbach et Damien Millet : « Les grands médias font la part belle à ces deux institutions. Impos-n sible de les critiquer, de remettre en cause leur action, encore moins leur existence. Tout se passe comme si elles faisaient partie d’une autre dimension, où leurs échecs répétés et les graves dégâts qu’elles provoquent ne peuvent leur être imputés. Elles jouissent d’une légitimité intrinsèque et sans limite. Jamais leurs dirigeants ne sont poursuivis en justice car ils bénéficient d’une immunité pour les faits commis dans l’exercice de leurs fonctions. Depuis leur création en 1944, la Banque mondiale et le FMI n’ont fait l’objet d’aucun procès malgré des violations répétées des droits humains ».

Des conséquences désastreuses pour les populations de leurs décisions (Aminata Traoré dans sa préface écrit : « Les potions du FMI et de la Banque mondiale ne sont pas seulement amères, elles sont souvent mortelles ») : non responsables par définition ; des conflits d’intérêts : non concernés par définition ; des soutiens aux violations des droits des êtres humains : non coupables par définition ; des montages de dettes illégitimes ou odieuses : non responsables par définition, etc…

Eric Toussaint nous présente le parcours édifiant d’un de ces hommes exemplaires : Jacques de Groote. Au delà du parcours détaillé, de la longue liste des faits dans lesquels est impliqué le personnage, l’auteur fait aussi un rappel sur le droit international et les dettes contractées dans le cadre de la colonisation, et plus généralement sur les dettes illégitimes et odieuses.

Dans sa postface, Jean Ziegler indique sur ce sujet : « La dette extérieure constitue une arme de destruction massive. Elle soumet les peuples, détruit leurs velléités d’indépendance, assure la permanence de la domination planétaire des oligarchies du capital financier » et « Le garrot de la dette extérieure empêche les pays les plus démunis de réaliser les investissements minima dont leur agriculture a urgemment besoin ».

Éric Toussaint revient aussi sur les financements du gouvernement rwandais avant le génocide des Tutsis, ou supposés tels, et de nombre d’Hutus opposants : « Dans ce contexte, il est fondamental de s’interroger sur le rôle des bailleurs de fonds internationaux. Tout laisse penser que les politiques imposées par les institutions financières internationales, principaux bailleurs de fonds du régime dictatorial du général Juvénal Habyarimana, ont accéléré le processus conduisant au génocide. Généralement, l’incidence négative de ces politiques n’est pas prise en considération pour expliquer le dénouement dramatique de la crise rwandaise. Seuls quelques auteurs mettent en évidence la responsabilité des institutions de Bretton Woods, qui refusent toute critique à ce sujet »

Un court aperçu des choix de ces institutions, et du rôle de Jacques de Groote, en soulignant l’absence de tout contrôle démocratique et l’irresponsabilité pénale attribuée : « soutien de la BM et du FMI à la politique spoliatrice des puissances coloniales jusqu’aux indépendances, et ce en flagrante contradiction avec la charte des Nations Unies, de Groote y participe du côté de la Belgique qui domine le Congo « belge » jusqu’en juin 1960 ; déstabilisation et écartement de Patrice Lumumba (la Belgique est impliquée dans l’assassinat de l’ancien premier ministre congolais en janvier 1961) ; soutien à la dictature de Mobutu des années 1960 jusqu’au début des années 1990, de Groote a conseillé Mobutu et son gouvernement ; soutien de la BM et du FMI au régime du général Habyarimana au Rwanda des années 1980 au début des années 1990, de Groote a conseillé le gouvernement rwandais ; rappelons que les dictatures de Mobutu et d’Habyarimana ont été coupables de violations systématiques des droits humains et de crimes contre l’humanité.

La liste doit être complétée : application systématique de l’agenda néolibéral avec la généralisation des politiques d’ajustement structurel afin notamment de rembourser une dette odieuse et/ou illégitime, et de mieux ouvrir les économies des pays endettés aux intérêts des grandes sociétés privées transnationales, de Groote y participe en tant que directeur exécutif à la BM entre 1975 et 1991 et au FMI entre 1973 et 1994 ; vaste programme de privatisations dicté par le FMI et la Banque mondiale qui a bénéficié à une poignée d’individus et à quelques grandes entreprises privées, les privatisations ont été souvent liées à des fraudes et à des escroqueries comme le dénonce la justice suisse dans le cas de la privatisation de la mine MUS. S’ajoute dans le cas de Jacques de Groote un conflit d’intérêt manifeste car alors qu’il était encore directeur exécutif du FMI, il a perçu d’importantes sommes pour les aides qu’il a apportées au secteur privé. Il faut relever que le FMI et la Banque mondiale n’ont décidé aucune sanction, aucune mesure pour faire face à ce conflit d’intérêt, la Belgique, représentée par de Groote dans ces institutions, non plus ».

En attendant la sentence judiciaire en Suisse contre Jacques de Groote, un livre très utile, à lire et faire connaître. Et au delà de la personne, des personnes, il convient de faire le procès public des deux institutions, de leurs dirigeants et de leurs donneurs d’ordres. « Dans cette affaire la cupidité se mêle, de manière révoltante, à la violation des droits humains fondamentaux. Les institutions responsables restent jusqu’ici intouchables et leurs dirigeants croient bénéficier d’une impunité scandaleuse. Il est grand temps d’y mettre fin ! Il faut donc obtenir à la fois que les fonctionnaires du FMI et de la BM soient redevables devant la justice pour les actes posés dans l’exercice de leurs fonctions et que les institutions en tant que telles rendent compte devant la justice pour les multiples violations des droits humains auxquelles elles se sont livrées, et continuent de se livrer, au Nord comme au Sud. » 3 octobre par Didier Epsztajn

Très belle postface de Jean Ziegler. Eric Toussaint : Procès d’un homme exemplaire Avant propos d’Aminata Traoré

Editions Al Dante, 2013, 88 pages, 9 euros

http://cadtm.org/Au-dela-des-individus-un-systeme

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30 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Bientôt aussi pauvres que les allemands!

Bientôt aussi pauvres que les allemands! dans Austérité artfichier_442415_2754197_201309292733853

http://blog-de-canard.blog4ever.com/blog/articles-cat-442415-767858-le_canard_du_18_09_2013.html

Commentaire: Evident: tout çà finira quand il n’y aura plus de roms!

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29 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Air France : en croissance, on supprime des emplois

Air France : en croissance, on supprime des emplois  dans Crise juniac

La compagnie se porte bien… mais vient d’annoncer sa volonté de supprimer près de 3 000 emplois en 2014 !
Air France/KLM dégage une marge annuelle de plusieurs milliards d’euros et est dans le quatuor de tête mondial des compagnies aériennes en termes de trafic passagers. Il est également le numéro un mondial pour le fret aérien. Mais, depuis bientôt deux ans, la Direction a monté une communication volontairement alarmiste en interne et auprès de médias.

Certains pensaient même qu’Air France était au bord du dépôt de bilan. Le vrai problème était seulement que les dépenses d’investissement (nouveaux avions, aménagement des cabines, opérations de rachats) dépassent chaque année 1 millard d’euros. C’est cela qui explique des « résultats nets négatifs » et un montant net de crédit de 6 milliards qualifié de « dette insupportable »… par un groupe qui réalise chaque année 26 milliards de chiffre d’affaires.
Dès lors, le but est d’économiser autour de 400 millions d’euros sur la masse salariale et également, en réduisant au maximum celle-ci, de conforter sa crédibilité auprès des investisseurs institutionnels. Ceux-ci savent bien que le groupe va largement accroître ses marges financières en 2014 et 2015. Ni les low cost ni les compagnies du Golfe n’empêchent Air France de remplir tous ses avions, ni de recueillir une excellente recette unitaire par passager, là aussi une des meilleures du marché.
La mobilisation décolle ? L’an dernier, s’appuyant sur ce climat de peur, la direction a révisé à la baisse l’ensemble des accords collectifs. Dans le même mouvement, elle a imposé un blocage des salaires en 2012 et 2013 et la suppression de 5 000 postes, par départs naturels et par un « plan de départ volontaires ». Toutes ces mesures scélérates se sont faites avec l’assentiment de la CFDT, de FO, de la CGC et de l’UNSA, et du SNPL chez les pilotes.
Forte de ce succès, la direction veut donc doubler la mise et supprimer 2 800 emplois, grâce aux gains de productivité générés par les accords déjà signés (réduction d’équipage et intensification du travail chez les navigants commerciaux, flexibilité accrue et 11 jours travaillés de plus pour le personnel au sol) et par le passage à la sous-traitance de nouvelles activités. Les premiers visés vont être les salariéEs du fret / cargo et le personnel au sol des escales France.

Les salariés du Fret Orly sont menacés de disparition pure et simple ! La direction promet également une nouvelle année de blocage des salaires, après une perte de près de 10 % cumulés en 2012 et 2013. La volonté de recourir à l’annualisation des heures de travail dans plusieurs secteurs va dans le même sens : dégrader les conditions de travail ! Au Centre industriel de Toulouse, à l’Escale de Marseille, les salariés ont déjà mené plusieurs grèves ces dernières semaines pour la défense de leurs emplois. L’enjeu dans les semaines qui viennent va être pour les secteurs syndicaux combatifs (SUD et des sections CGT) de contrer les nouvelles attaques. Laurent Carasso

Samedi 28 septembre 2013 Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 210 (26/09/2013)

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26 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Edito, crise: an 5

Edito, crise: an 5 dans Crise djOZU

Ce n’est pas une crise, c’est un hold up!

Il y a cinq ans, la faillite de la banque Lehman Brothers le 15 septembre 2008 marquait aux yeux de tous le début de la crise économique mondiale. Cependant, si les crises économiques démarrent généralement dans la sphère financière, leurs origines réelles se trouvent dans la logique profonde du capital : la production pour le profit.
Dès la crise de 1857, Marx comparait les économistes qui voient dans la spéculation l’origine des crises à ces charlatans qui croient que la fièvre est à l’origine des maladies alors qu’elle n’en est que le symptôme.
Les gouvernants annoncent périodiquement la fin de la crise, comme aujourd’hui à l’occasion du petit rebond de la zone euro… Plus réaliste, le quotidien économique les Échos a publié le 16 septembre une analyse intitulée « Crise : et si nous étions en 1934 ? », mettant l’accent sur les différentes phases de la grande crise des années 30. Lors de celle-ci, certains pays, comme les USA, avait semblé en passe de redémarrer avant de replonger dans la récession en 1937.
La crise actuelle est du même ordre. L’Europe est le maillon faible, mais les incertitudes sont fortes dans le reste du monde. De ce type de crise, le capitalisme ne sort pas sans modification majeure, non seulement sur le plan économique, mais aussi sur les plans sociaux et politi- ques. Le fil conducteur des politiques bourgeoises est clair : faire payer la crise à « ceux d’en bas », par la pression sur les salaires et les revenus sociaux, la casse du droit du travail et l’austérité.
Le 12 mai dernier, le quotidien américain New York Times a publié une tribune de deux spécialistes de la santé publique intitulée « Comment l’austérité tue », insistant sur l’impact des politiques d’austérité en termes de suicides et de mortalité supplémentaires.
Ils évaluent ainsi à 4 750 le surplus de suicides aux USA entre 2007 et 2010. Ces politiques ne tuent pas que les hommes, elles détruisent la planète à travers la course effrénée à des sources d’énergie à bas prix, dont témoignent aussi bien le gaz de schiste que la quasi-indifférence des décideurs à ce qui se passe à Fukushima.
Alors oui, plus que jamais et malgré les difficultés, la lutte contre le capital est justifiée et indispensable. Non seulement contre les attaques quotidiennes, mais aussi pour une alternative socialiste à ce système mortifère.

Henri Wilno Jeudi 26 septembre 2013 Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 210 (26/09/2013)

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22 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

France, 8 000 emplois détruits dans les centres d’appels (OF)

France, 8 000 emplois détruits dans les centres d’appels (OF) dans Crise licenciement-caricature-actionnaire

 Quelques 8 000 emplois dans les centres d’appels seront détruits d’ici fin 2014, à la suite de la guerre des prix qui se joue sur le marché de la téléphonie mobile. C’est ce qui ressort des chiffres d’un syndicat professionnel, cité par le Journal du dimanche. « Depuis un an,
4 000 emplois ont été détruits en France et 4 000 autres suivront dans l’année qui vient. La profession, qui compte 55 000 salariés dans l’Hexagone, a été décimée à hauteur de 15 % en deux ans », affirme le Syndicat des professionnels des centres de contact (SP2C). Le journal affirme que la chute des prix provoquée par l’arrivée sur le marché de Free Mobile en janvier 2012 a été compensée par les opérateurs en taillant dans les coûts, notamment dans les services de relations clients. Emploi dimanche 22 septembre 2013
Commentaire: Attention ne pas confondre la « bonne concurrence qui est favorable aux clients », avec la vraie , celle qui opprime les salariés!

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20 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

La doctrine « trop grandes pour être condamnées » ou comment les banques sont au-dessus des lois (Cadtm)

La doctrine « trop grandes pour être condamnées » ou comment les banques sont au-dessus des lois (Cadtm) dans Crise vampires

Dans une période caractérisée par le pouvoir économique et politique croissant du système financier au niveau mondial, l’utilisation de ressources publiques pour sauver des entités bancaires est devenue un lieu commun.

Que ce soit à Chypre, en Grèce, au Royaume-Uni ou aux États-Unis, les sauvetages bancaires d’institutions impliquées dans des affaires de corruption, de fraude et de spéculation sont, les uns après les autres, justifiés par le fait qu’elles sont trop grandes pour faire faillite (Too Big to Fail). Selon ce raisonnement, la banqueroute de grandes banques menace la stabilité financière et économique de leur pays de résidence, d’où l’utilisation nécessaire de l’argent public afin d’éviter une mise en faillite.

Rabâché inlassablement par tous les médias possibles, cet argument est malheureusement devenu un élément rebattu du discours politique dans une bonne partie du monde. Il n’est dès lors plus surprenant d’entendre un fonctionnaire public en Espagne, au Portugal ou en Irlande signaler qu’il n’y a pas d’alternative à l’application de coupes drastiques dans les dépenses publiques, ceci afin d’assurer la solvabilité et la stabilité des banques. Le comble, c’est que transférer de l’argent public aux banques ne suffit plus, il faut en outre protéger les banques et leurs dirigeants des conséquences légales et juridiques des activités illégales et criminelles menées par nombre d’entre eux. Aujourd’hui, les banques sont non seulement trop grandes pour faire faillite, mais aussi trop grandes pour être condamnées.

Le point clef de la nouvelle doctrine visant à offrir un blanc-seing aux banques, indépendamment des activités illégales dans lesquelles elles sont impliquées et des conséquences sociales de celles-ci, a été résumé par Eric Holder, procureur général des États-Unis. Interrogé au sein du Sénat étasunien sur la position de la Cour des Comptes quant à la condamnation des banques étasuniennes et de leurs dirigeants pour des actes de corruption et de fraude, Holder souligna que « ces institutions sont si grandes qu’il est difficile de les poursuivre en justice, et le faire montre qu’effectivement, si on les inculpe pour activités criminelles, cela peut avoir des répercussions négatives pour l’économie nationale, voire mondiale » |1|.

Les retombées de cette position sont claires. Le fait que les excès et la spéculation financière aient causé la pire crise économique du siècle dernier n’a aucune importance. Que de tels excès soient associés a une épidémie de fraudes |2|, à tous les niveaux d’opérations des entités financières, est insignifiant. Et ce n’est qu’un détail si, suite aux pratiques frauduleuses des banques, 495 000 personnes au moins aux États-Unis ont été expulsées illégalement de leurs logements |3| et les fonds de pensions des pays développés ont perdu près de 5400 milliards de dollars |4|. Le rôle des banques est apparemment si important et indispensable que leur fonctionnement transcende les requêtes légales et constitutionnelles des sociétés modernes. Dès lors, la justice détourne le regard des banques et des dirigeants responsables d’actes de corruption et de fraude pour leur éviter de passer ne serait-ce qu’un jour en prison. En fin de compte, on ne peut tout de même pas poursuivre en justice un dirigeant d’une institution bancaire qui « ne fait que le travail de Dieu » |5|, des mots de Lloyd Blankfein (CEO de Goldman Sachs).

Les arguments ci-dessus pourraient prêter à sourire si les conséquences de la doctrine « trop grandes pour être condamnées » n’étaient pas régulièrement visibles par le biais de plusieurs affaires judiciaires très médiatisées, ces derniers mois, des deux côtés de l’océan. Les affaires se suivent et la justice se borne à des amendes qui représentent bien souvent une maigre fraction des bénéfices issus d’activités illégales, sans qu’aucun dirigeant ne soit inquiété. Trois exemples suffisent pour témoigner de l’absurdité de la situation actuelle : le jugement sur les expulsions illégales de logement (« foreclosures ») aux États-Unis, HSBC épinglée pour blanchiment d’argent des cartels de la drogue également aux États-Unis, et l’affaire sur la manipulation du taux LIBOR au Royaume-Uni. 20 septembre par Daniel Munevar

Lire la suite: http://cadtm.org/La-doctrine-trop-grandes-pour-etre

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