Archive | Crise

05 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Quarante ans de crise (rue 89)

 crise1

Manipulation ou paresse intellectuelle?

Toute ma vie, j’ai entendu dire que la France était en crise économique. J’ai près de 50 ans. Lorsque j’étais au collège, la crise était là. Depuis 1973, année du « choc pétrolier ». Elle faisait des ravages dans notre économie et dans la population.

Stagnation, inflation

Nous étions plongés dans cette crise qui obscurcissait nos chances d’avoir un emploi à hauteur de nos espérances, et teintait notre quotidien de grisaille. Nos professeurs nous en parlaient comme d’une maladie irrépressible qui rongeait notre pays. Nous autres collégiens, lycéens, jeunes, devrions tracer notre route dans un pays affaibli, rongé par la crise. Bref, il faudrait naviguer sur un navire en perdition.

Économistes, politiciens, journalistes de tous poils et de tous bords, tous avaient une explication différente, préconisaient des solutions divergentes, débattaient à longueur de temps des causes et des remèdes. Mais absolument tous s’accordaient sur un point : c’était la crise. Avec elle : le hideux chômage, la terrible inflation, l’effroyable détumescence de notre taux de croissance, et le ralentissement économique, la récession et leurs petits frères : la balance des paiements déficitaire, le déficit commercial et la surproduction agricole (complè- tement passée de mode), enfin la « rigueur » et la « dépression économique ». Le discours sur la crise n’a depuis jamais cessé de s’amplifier.

Mondialisation, déflation A tous les maux déjà cités se sont ajoutés peu à peu d’autres symptômes de la maladie économique : la mondialisation, les « bulles », la crise financière, les « subprimes » et la déflation, bien plus redoutable que l’inflation de ma jeunesse, parait-il … Il est facile de trouver des sites internet qui recueillent consciencieusement tout le vocabulaire accumulé sur la crise depuis 40 ans. Les meilleurs partent de 1973 et de la crise pétrolière, puis compilent méthodiquement toute la phraséologie accumulée par sédimentation. Un vrai
voyage dans le temps…

Aujourd’hui nous sommes plongés dans la crise mondiale qui a débuté en 2008, ce qui est étonnant quand on pense que personne n’a songé à dire que nous n’étions plus en crise en 2007… Et je lis dans le dictionnaire, au mot ’crise’ : « Ensemble des phénomènes patho- logiques se manifestant de façon brusque et intense, mais pendant une période limitée, et laissant prévoir un changement généralement décisif, en bien ou en mal, dans l’évolution d’une maladie. » Bizarre : comment une crise peut-elle durer toute une vie, alors que, par définition, il s’agit d’un phénomène paroxystique limité dans le temps ?

Où est passée la crise d’antan? Mais ne jouons pas sur les mots, et tâchons de faire le bilan des ravages de cette crise économique qui a sévit 40 ans sur mon pays.

Comparons des données économiques de base entre 1973 et 2013. Très certainement, les crises, et tous leurs symptômes variés et protéiformes, auront laissé des stigmates terribles dans le pays. Commençons par le PIB, indicateur de base de la production de richesse du pays.

  • 1973 : PIB = 177,5 milliards d’euros
  • 2013 : PIB = 2 060 milliards d’euros

Oui, vous avez bien lu : la France produit chaque année 11,5 fois plus de richesses qu’en 1973, début des crises économiques.

La conclusion saute aux yeux : la France a décollé économiquement à la fin des années 60, et n’a pas cessé de s’envoler dans les années 70, 80, 90, 2000 et 2010. Où est la crise dont on m’a rebattu les oreilles toute ma vie ?

1% de croissance de 2013 = 11,5% de 1973 En terme macro-économique, sur le moyen-terme, elle n’existe pas. Les notions de « 30 glorieuses » et de « 40 piteuses » apparaissent comme des aberrations lorsqu’on examine 10 secondes l’évolution de la production de ri- chesse en France. La « crise pétrolière » est indétectable sur cette courbe. Il faut croire qu’acheter le pétrole plus cher était supportable pour notre économie, en plein décollage en 1973. Un léger palier de progression est visible en 1992, vite compensé par la rapide progression du reste de la décennie.

L’infléchissement de 2009 existe, lui, mais il a été compensé en moins de 2 ans : le PIB de 2008 était déjà dépassé en 2010 ; depuis, nous gagnons 30 milliards de PIB en plus par an, c’est-à-dire beaucoup plus qu’entre 1972 et 1973… Mais il y a un moyen très simple, avec les mêmes chiffres, de présenter ce succès de manière négative, avec une courbe descendante : il suffit de comparer les taux de croissance d’une année sur l’autre. C’est cette courbe qui fait dire aux économistes que l’économie française s’effondre. Ils oublient de dire que :

  • Pour que cette courbe soit orientée vers le haut, il faudrait que la croissance ait une progression logarithmique, ce qui est bien sûr impossible pour une économie déjà développée.
  • Un point de croissance de 2013 = 11,5 points de croissance de 1973.

Prenons un exemple simple pour comprendre comment un économiste peut vous convaincre que vous avez tout raté, alors que vous développez constamment votre activité :
Année 1 : vous produisez 100.

Année 2 : vous produisez 110. Bravo : les économistes vous adorent.

Année 3 : vous renouvelez l’exploit et produisez à nouveau 10 de plus, soit 120 au total. Fiers de vous, vous publiez vos résultats. Aïe ! les économistes détectent immédiatement que votre taux de croissance est passé de 10 % à 9,09 %. La tendance est négative. Vous êtes sous
surveillance.

Année 4 : vous mettez le paquet et produisez pour 130. Vous pensez bêtement avoir progres- sé de 30% en à peine 3 ans. Las ! Les économistes se chargent de vous faire prendre cons- cience qu’en réalité c’est un désastre : vous venez de confirmer que votre taux de croissance s’effondre à 8,33 %. Le déclin est amorcé, La faillite est annoncée.

Renouvelez 40 fois l’opération : vous aurez quintuplé votre activité, mais votre taux de croissance sera tombé à 2,04 %. Tous les économistes annonceront votre irrémédiable déca- dence. D’ailleurs ils vous l’avaient bien dit dès l’année 3 (et toutes les années suivantes…) ; La plupart ne comprendront même pas que vous continuiez à exister. La France a fait beaucoup mieux, puisqu’elle a plus que décuplé son activité. Pour un économiste ça ne change rien : la mort est annoncée.

Et voici comment on peut expliquer à tout une population, durant 40 ans, que tout va mal et que l’économie s’effondre, alors qu’en réalité le pays a connu une croissance continue de la production de richesse.

Le vrai bilan de 40 ans d’activité économique En 1973, nous étions 52 millions de fran- çais. Aujourd’hui nous sommes 65 millions. Autrement dit, une population qui a crû de 25 % a augmenté de 1050 % sa production annuelle de richesse. Il en va de même en ce qui concerne les autres indicateurs de base de la santé économique du pays.

Exportations :

  • en 1973, nous exportions pour 46 milliards de dollars ;
  • en 2012, nous exportions pour 716 milliards de dollars, soit 15 fois plus.

Emploi : entre 1975 à 2007, le nombre d’emplois a continûment progressé en France métro- politaine, passant d’après les recensements de la population de 22,1 millions à 25,6 millions. Dans le même temps la productivité du travail a triplé (de 1975 à 2007), et logiquement, sur la même période, la valeur ajoutée de la seule industrie est passée de 135 milliards d’euros à 240 milliards d’euros, tandis que le PIB des services se développaient à grande allure.

Equipements Il y a aussi en France plus d’universités, plus d’hôpitaux, plus d’équipements publiques de toutes sortes (routes, autoroutes, ponts, tunnels, équipements sportifs, salles de spectacles, bâtiments publics de toutes natures…).

En bref, la France n’a jamais cessé de se développer et s’est maintenue à la cinquième place des économies de la planète, en produisant plus et mieux, en assurant à sa population des services publics de qualité, un système de soins accessible, ce qui s’est traduit par une augmentation spectaculaire de la durée de vie et par une baisse significative du taux de mor- bidité ; L’espérance de vie est passée de 72,3 ans en 1973, à 81,7 ans en 2012.

Qui s’interroge sur les dégâts d’un discours violemment décliniste, qui fait l’una- nimité, mais que rien n’étaye ? Pourquoi nous avoir ressassé, 40 ans durant, avec une unanimité parfaite, les discours sur la crise ? Pourquoi continuer à le faire, inlassablement, année après année ? Le pire est que mes enfants, qui sont nés au début des années 2000, commencent à percevoir ce discours ambiant ; Et je vois les ravages que font dans leurs cer- veaux les discours dépressifs servis quotidiennement par leurs professeurs, et les médias.

D’autant que depuis les années 1970 et 1980, le discours s’est durci. Ce n’est plus seulement la crise que l’on ressasse, c’est le déclin, la chute, l’effondrement. Comment faire percevoir une lueur d’espoir à des enfants que l’on fait baigner dans une telle soupe de néga- tivité ? Comment ne penseraient-ils pas que leurs aînés leur ont légué un pays saccagé, puis- que c’est ce que tous les experts ressassent, amplement relayés par les média ? Quel espoir donne-t-on à des enfants en leur faisant croire que leur société court à la ruine ?

Autre question : si c’est le discours qui est tenu dans la cinquième économie de la planète, qu’est-ce qui se dit dans les 192 autres pays du globe, économiquement moins avan- cés ? J’imagine que si les discours tenus sont encore pires, les populations doivent avoir du mal à lever la tête… Mais peut-être est-ce le but ? Curieusement, ce sont les mêmes qui crient au loup depuis 40 ans, qui déplorent en plus la morosité des français. Où sont les analystes qui parlent des progrès économiques et humains réalisés, en France et dans le monde ? Qui dira à nos enfants qu’ils peuvent être fiers de vivre dans un pays qui a su se développer aussi vite après avoir été ravagé par l’occupation et la guerre ? (…)

Pas de « crise économique », mais pas toujours de quoi être fier… Évacuons le concept de crise, cette construction intellectuelle douteuse, suffisamment vague et inconsistante pour qu’on puisse la resservir à toutes les sauces, et en particulier, lorsqu’on est un homme poli- tique, pour expliquer ses échecs, ou arracher du consentement. Considérons au contraire que l’économie française se porte bien depuis les années 50. Cela nous contraint à envisager que les points noirs du paysage français n’ont pas pour cause l’universelle « crise ». Nous sommes même obligés de considérer qu’il y a peut-être d’autres explications…

Ca change un peu la perspective, et ça ne fait pas toujours du bien…

Chômage : en France il oscille entre 8 et 12 % depuis 20 ans. La France produit 11 fois plus qu’en 1973, mais 10 % de sa population active ne trouve plus d’emploi. En soi, c’est un drame social. Chercher à résoudre ce problème, c’est se poser de vraies questions, liées au partage du travail et des revenus du travail. C’est admettre que nous avons une responsabilité dans les choix de société qui conduisent à cette injustice dans la répartition du travail et des richesses. C’est aussi envisager qu’il y a des réponses à cette question, et que ce n’est pas la fatalité de la « crise ».

Niveau de vie : nous l’avons vu, la production de richesse a plus que décuplé en 40 ans ; Le niveau de vie de la population n’a pas augmenté dans les mêmes proportions, loin de là, même pour ceux qui ont un travail … Le salaire annuel net moyen, (exprimé en euros de 2005) est passé de 1960 à 2004, de 9 900 à 22 500 €, autrement dit il a été multiplié par 2,3 en 44 ans. Le tableau est plus sombre si on raisonne en revenu disponible par ménage : en 1970, il était en moyenne de 21 930 euros (en euros 2011), le revenu médian était situé à 18 120 euros 2011. En 2011, la moyenne était à 35 980 et la médiane à 29 010. Soit une augmentation du niveau de vie de 64% en moyenne, et de 60 % seulement pour la médiane.

On peut en conclure que la richesse produite a fortement augmentée ces 40  dernières années, mais qu’elle a largement échappé à la population qui a permis sa pro- duction. 60% comparés à 1 150 % : on peut parler de miettes. Cela permet aussi de compren- dre l’explosion des flux financiers dans le monde : la richesse produite existe, et elle n’échappe pas à tout le monde.

Où sont les politiques qui parlent de cette injustice ? (Au Npa, note du blog)

Qui cherche à inventer des mécanismes redistributifs plus équitables, comme l’avait fait en son temps Charles de Gaulle? (Oups! note du blog) (…)

Yann Deffontaine, informaticien (raccourci par nos soins)
http://rue89.nouvelobs.com/2014/05/04/quarante-ans-crise-manipulation-paresse-intellectuelle-251935

Lire la suite

05 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Ces chanteurs qui font le jeu des dictateurs (les inrocks)

fool

Erykah Badu, Sting, Beyoncé

Pour un dictateur avec un gros compte en banque, se payer une pop star, c’est s’acheter une respectabilité. Erykah Badu est la dernière à s’être fait prendre à ce jeu dangereux. Retour sur ces chanteurs qui cachetonnent chez les pires dirigeants du monde.

Erykah Badu, l’amie du roi du Swaziland

Le roi Mswati III du Swaziland est le dernier monarque absolu d’Afrique, il a 15 épouses, dont certaines qu’il a fait kidnapper pour les épouser. Il est accusé de torturer et tuer ses opposants et son pays détient le triste record du taux le plus élevé d’habitants porteurs du sida. Mais sa majesté Mswati III est aussi un homme du goût. Pour son 46e anniversaire, le 25 avril, il a invité la chanteuse néo-soul Erykah Badu à lui souhaiter un “happy birthday” devant des milliers de personnes. Un peu hippie sur les bords, elle offre même au dictateur “une pierre spéciale pour remonter le moral de sa majesté quand il ne se sent pas bien” raconte le journal officiel local. Pour les activistes des droits de l’homme qui travaillent au Swaziland, un tel événement ne fait que “donner de la légitimité à un dictateur”.

Mais contrairement à la plupart des artistes pris la main dans le sac, Badu ne s’est pas excusée. Au contraire, elle se défend de façon véhémente contre les accusations sur Twitter. Dans son esprit, les Swazis étaient présents dans le stade par amour de leur monarque, et c’est pour le peuple du Swaziland qu’elle chantait (Slate.com rappelle qu’en dictature, la parti- cipation à ce genre de manifestations est rarement volontaire). À un Swazi qui tente de lui expliquer comment l’oppression affecte son quotidien, elle répond “mais c’est toi qui es sur Twitter et qui m’oppresses“. Pas question pour elle de reconnaître son erreur. Tout juste dit-elle avoir donné tout l’argent qu’elle a reçu aux serviteurs du roi Mswati, dont on se demande ce qu’ils ont pu en faire. Et la polémique n’est pas près de s’éteindre, si on en croit une tribune signée par des activistes dans Time Magazine : Badu donnera le mois prochain un concert en Gambie. Le président du pays, Yahya Jammeh, déclarait entre autres en février dernier que les homosexuels étaient une menace pour l’humanité…

Mariah Carey, récidiviste en Angola

En décembre 2013, la diva donne deux concerts à Luanda, la capitale de l’Angola : pour la Croix-Rouge angolaise et un opérateur de téléphones. Ce serait innocent si les deux n’étaient pas dirigés par la richissime fille du président José Eduardo dos Santos, accusé de mono- poliser les richesses du pays alors que la majorité de la population vit avec moins de 2 dollars par jour. Mais le vrai problème, c’est que Mariah Carey avait promis qu’on ne la reprendrait plus en compagnie de personnages controversés. Cinq ans plus tôt, elle avait en effet chanté au réveillon du nouvel an de Mouammar Kadhafi dans les Caraïbes. Quand l’information était sortie en 2011, elle expliquait avoir été “naïve” et affirmait ignorer l’identité de son hôte. “Nous, les artistes, devons être tenus comme responsables“, disait-elle. Raté.

Jay-Z et Beyoncé sur le yacht de Kadhafi

Pour le guide suprême libyen, inviter des chanteuse de R&B était une habitude. Le Telegraph raconte une soirée sur son yacht à Saint Barth, en 2010, où s’étaient produits Bon Jovi, Usher, Lindsay Lohan (vous aviez oublié sa carrière de chanteuse ? nous aussi), mais surtout le couple royal de la pop, Jay-Z et Beyoncé. Difficile, cela dit, de savoir si toutes ces stars étaient au courant qu’elles jouaient pour le commanditaire de l’attentat de Lockerbie. Beyoncé a assuré qu’elle ne savait pas qui était le client. Elle s’est excusée et a assuré avoir reversé son cachet à des ONG pour aider à la reconstruction d’Haïti.

Jennifer Lopez, numéro 1 chez les oligarques

Les autres grands consommateurs de stars occidentales sont les oligarques et despotes de l’ex-URSS, et sur ce marché, Jennifer Lopez est numéro 1. Ses plus belles prises : Ramzan Kadyrov, le leader tchétchène proche de Vladimir Poutine, en 2011, et Gurbanguly Berdi- muhamedow, président du Turkménistan et adepte du culte de la personnalité, en juin 2013. En tout, J-Lo aurait récolté autour de 10 millions de dollars pour au moins cinq concerts donnés à des personnalités douteuses selon l’association Human Rights Foundation. Ce qui affaiblit un peu sa défense selon laquelle elle ne connaissait rien de la situation politique du Turkménistan.

Kanye West, chanteur de mariage au Kazakhstan

Kanye West aurait-il besoin d’argent de poche pour financer son voyage de noces avec Kim Kardashian ? Yeezus s’est en tout cas transformé en chanteur de mariage de luxe (trois millions de dollars quand même) pour le petit-fils du président kazakh Noursoultan Nazarbaïev en septembre dernier. Une escapade qu’il aurait sans doute aimé garder secrète, mais le compte Instagram d’une des invitées l’a trahi. ”Kanye divertit une brute sanguinaire et son entourage” a résumé le champion d’échecs Gary Kasparov, qui dirige aussi l’ONG Human Rights Foundation. Le rappeur n’a pas réagi.

Sting et son faux concert de l’Unicef en Ouzbekistan

Au panthéon des excuses douteuses, Sting peut prétendre à une bonne place. “Je crois que le concert était sponsorisé par l’Unicef“, déclarait le chanteur en février 2010, à propos de sa prestation quelques mois plus tôt pour la fille du président ouzbek Islam Karimov (lui fait littéralement bouillir ses ennemis selon les ONG). L’organisation s’est dite “très surprise” par ces allégations. Quoi qu’il en soit, Sting reconnaît qu’il savait très bien quelle était la situation des droits de l’homme dans le pays. Mais refuser un concert, ce serait priver les Ouzbeks “du libre commerce des idées et de l’art” explique-t-il selon le Guardian. En somme, Sting ne serait pas venu promouvoir son hôte, mais la liberté. Sur son blog, l’ancien ambassadeur britannique dans le pays est abasourdi : “A son avis, pourquoi le régime était-il prêt à payer près d’un million de livres pour l’entendre fredonner quelques notes ? 

Lire la suite

05 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Ces patrons du CAC 40 dont le salaire a explosé (le huff)

saluauds

(…) Selon le quotidien économique (Les Echos), le total des salaires des dirigeants des 40 plus grosses capitalisations françaises a atteint près de 90 millions d’euros en 2013. Cela correspond à 2,25 millions en moyenne par patron, soit « un repli de 2,1% sur les rémunérations dues au titre de 2012″. En cause, la crise bien sûr, qui a eu un impact négatif sur la rémunération variable (autrement dit, les primes) des chefs d’entreprise.

Les patrons de banque à la fête

Mais à y regarder de près, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Avec 4,5 millions d’euros gagnés en 2013, le président du directoire de Publicis, Maurice Lévy, garde peut-être la première place mais ses revenus ont baissé de 6,25%, tandis que son « dauphin » Jean-Paul Agon (PDG de l’Oréal) a gagné plus de 3,9 millions d’euros, soit une augmentation de 1,34%. Mais c’est bien peu par rapport à l’explosion constatée chez certains de ces 40 dirigeants.

Parmi les hausses les plus impressionnantes, on note ainsi celle de la rémunération de Georges Plassat. Le PDG de Carrefour a vu ses revenus croître de quasiment 40% à 3,73 millions d’euros. Le président exécutif d’Airbus, Thomas Enders ou encore le directeur général du Crédit Agricole, Jean-Paul Chifflet, ont connu des hausses similaires avec respectivement 2,87 et 1,97 millions d’euros de revenus en 2013 (soit 37 et 45% d’augmentation. De manière générale, les patrons de banque s’en sont d’ailleurs plutôt bien sortis, au grand dam d’Arnaud Montebourg qui avait jugé leurs rémunérations « indécentes ».

Mais dans ce top 40, la palme revient sans conteste à Jean-François Dubos. Le président du directoire de Vivendi a gagné plus de 1,72 millions d’euros en 2013, soit une progression de plus de 190%. A relativiser tout de même, car celui qui était auparavant secrétaire général de Vivendi n’a pris la présidence du directoire du groupe qu’en juin 2012.

A l’autre bout du spectre, la rémunération du PDG d’EDF, Henri Proglio, a plongé: -65% à 450.000 euros. En cause, soulignent Les Echos, le décret du 23 juillet 2012 plafonnant le salaire des patrons des entreprises publiques.

Le HuffPost  |  Publication: 05/05/2014 13h16

http://www.huffingtonpost.fr/2014/05/05/salaires-patrons-cac40-remunerations-baisse-2013_n_5265668.html?utm_hp_ref=france

Lire la suite

28 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Le capitalisme est entré dans des logiques d’extraction et de destruction (essf)

crise1

Pour Saskia Sassen, sociologue à Harvard, les chômeurs radiés, les classes moyennes chassées des centres-villes et les écosystèmes dévastés subissent un même phénomène : l’« expulsion ».

Olivier Guez – Dans votre nouveau livre, vous avancez que la mondialisation est entrée dans une phase d’ « expulsion ». Qu’entendez-vous par là ?

Saskia Sassen – Ces deux dernières décennies, un nombre croissant de gens, d’entreprises et de lieux physiques ont été comme « expulsés » de l’ordre économique et social. Des chô- meurs sont rayés des listes de demandeurs d’emploi. Certains travailleurs pauvres ne béné- ficient plus d’aucune protection sociale. Neuf millions de ménages américains ont perdu leur foyer après la crise des sub-primes. Dans les grandes métropoles du monde entier, les « clas- ses moyennes » sont peu à peu chassées des centres-villes, désormais hors de prix. La popu- lation carcérale américaine a augmenté de 600 % ces quarante dernières années. La frac-n turation hydraulique des sols pour extraire le gaz de schiste transforme des écosystèmes en désert – l’eau et le sol sont contaminés, comme si on expulsait de la biosphère des morceaux de vie. Des centaines de milliers de villageois ont été délogés depuis que des puissances étrangères, étatiques et privées, acquièrent des terres aux quatre coins du monde : depuis 2006, 220 millions d’hectares, principalement en Afrique, ont été achetés.

Tous ces phénomènes, sans liens manifestes, répondent-ils, selon vous, à une logique unique ?

En apparence, ils sont déconnectés les uns des autres et chacun s’explique séparément. Le sort d’un chômeur radié n’a bien évidemment rien à voir avec celui d’un lac pollué en Russie ou aux Etats-Unis. Il n’empêche qu’à mes yeux, ils s’inscrivent dans une nouvelle dynamique sys- témique, complexe et radicale, qui exige une grille de lecture inédite. J’ai le sentiment que ces dernières années, nous avons franchi une ligne invisible, comme si nous étions passés de l’autre côté de « quelque chose ». Dans bien des domaines – économie, finance, inégalités, environnement, désastres humanitaires –, les courbes s’accentuent et les « expulsions » s’accélèrent. Leurs victimes disparaissent comme des bateaux coulent en haute mer, sans laisser de trace, du moins en surface. Ils ne comptent plus.

Quelle est la différence entre un « exclu » et un « expulsé » ?

L’exclu était une victime, un malchanceux plus ou moins marginal, une anomalie en quelque sorte, tandis que l’expulsé est la conséquence directe du fonctionnement actuel du capitalisme. Il peut être une personne ou une catégorie sociale, comme l’exclu, mais aussi un espace, un écosystème, une région tout entière. L’expulsé est le produit des transformations actuelles du capitalisme, entré, à mes yeux, dans des logiques d’extraction et de destruction, son corollaire.

C’est-à-dire ?

Auparavant, pendant les « trente glorieuses » en Occident, mais aussi dans le monde com- muniste et le tiers-monde, malgré leurs échecs, la croissance des classes ouvrières et moyennes constituait la base du système. Une logique distributive et inclusive prédominait. Le système, avec tous ses défauts, fonctionnait de cette façon. Ce n’est plus le cas. C’est pour- quoi la petite bourgeoisie et même une partie non négligeable des classes moyennes perdent pied. Leurs enfants sont les principales victimes : ils ont respecté les règles du système et fait consciencieusement tout ce qu’il exigeait d’eux – des études, des stages, pas mal de sacrifices – afin de poursuivre l’ascension sociale de leurs parents. Ils n’ont pas échoué et pourtant le système les a expulsés : il n’y a pas assez de place pour eux.

Qui sont les « expulseurs » ?

Je ne parle pas de quelques individus ni même de multinationales obnubilées par leurs chiffres d’affaires et leur cotation en Bourse. Pour moi, il s’agit de «formations prédatrices» : un as- semblage hétéroclite et géographiquement dispersé de dirigeants de grandes entreprises, de banquiers, de juristes, de comptables, de mathématiciens, de physiciens, d’élites globalisées secondées par des capacités systémiques surpuissantes – machines, réseaux technolo- ngiques… – qui agrègent et manipulent des savoirs et des données aussi composites que complexes, immensément complexes à vrai dire. Plus personne ne maîtrise l’ensemble du processus. La dérégulation de la finance, à partir des années 1980, a permis la mise sur pied de ces formations prédatrices et la clé, ce sont les produits dérivés, des fonctions de fonctions qui démultiplient les gains comme les pertes et permettent cette concentration extrême et inédite de richesses.

Quelles sont les conséquences du paradigme que vous décrivez ?

Amputées des expulsés, travailleurs, forêts, glaciers…, les économies se contractent et la biosphère se dégrade, le réchauffement du climat et la fonte du permafrost s’accélèrent à une vitesse inattendue. La concentration de richesses encourage les processus d’expulsion de deux types : celle des moins bien lotis et celle des super-riches. Eux s’abstraient de la société où ils vivent physiquement. Ils évoluent dans un monde parallèle réservé à leur caste et n’as- sument plus leurs responsabilités civiques. En somme, l’algorithme du néolibéralisme ne fonctionne plus.

Le monde que vous nous décrivez est très sombre. Vous ne forcez pas un peu le trait ?

Je ne crois pas. Je mets en lumière des phénomènes sous-jacents, encore extrêmes pour certains. Et la logique que je dénonce coexiste avec des formes de gouvernance plus policées et plus sophistiquées. Mon objectif est de tirer la sonnette d’alarme. Nous sommes à un mo- ment de basculement. L’érosion des « classes moyennes », acteur historique majeur des deux siècles précédents et vecteur de la démocratie, me préoccupe particulièrement. Sur le plan politique, c’est très dangereux, on le constate partout dès à présent.

Comment résister à ces formations prédatrices ?

C’est difficile: de par leur nature complexe, ces enchevêtrements d’individus, d’institutions, de réseaux et de machines sont difficilement identifiables et localisables. Cela dit, je trouve que le mouvement Occupy et ses dérivés « indignés », voire les printemps arabes ou les manifes-tations à Kiev, malgré des contextes sociopolitiques éminemment différents, sont des réponses intéressantes. Les expulsés se réapproprient l’espace public. En s’ancrant dans un « trou » – toujours une grande place, un lieu de passage – et en mettant sur pied une société locale tem- poraire hypermédiatisée, les expulsés, les invisibles de la mondialisation font territoire. Même s’ils n’ont ni revendications précises ni direction politique, ils retrouvent une présence dans les villes globales, ces métropoles où la mondialisation s’incarne et se déploie. A défaut de viser un lieu d’autorité identifié à leurs déboires – un palais royal, une assemblée nationale, le siège d’une multinationale, un centre de production… -, les expulsés occupent un espace indé- terminé symboliquement fort dans la cité pour revendiquer leurs droits bafoués de citoyens.

Aboutissent-ils, selon vous, à quelque chose ?

Si vous les considérez comme des comètes, la messe est dite, en effet. Moi, j’ai tendance à les assimiler à un début de trajectoire, chaque «occupation» constituant une petite pierre. S’agit-il d’un embryon de chemin ? Je ne sais pas. Mais le mouvement des nationalités au XIXe siècle et le féminisme ont, eux aussi, commencé par petites touches, jusqu’à ce que les cellules dispa- rates finissent par faire leur jonction et former un tout. Ces mouvements finiront peut-être par inciter les Etats à lancer des initiatives globales dans les domaines de l’environnement, de l’accès à l’eau et à la nourriture.

Quel événement pourrait déclencher la « jonction » ?

Une nouvelle crise financière. Elle surviendra, j’en suis certaine. Je passe au crible la finance depuis trente ans : les marchés sont trop instables, il y a trop de données à analyser, trop d’instruments, trop d’argent, l’Occident ne règne plus seul sur les marchés. Je ne sais pas quand cette crise interviendra ni quelle sera son ampleur mais je sens que quelque chose mijote. En fait, nous sentons tous que le système est très fragile.

_________________________

Aujourd’hui à Bilbao, la veille à New York, le lendemain au Royaume-Uni : entre deux avions, Saskia Sassen, professeure de sociologie à l’université Columbia, à New York, discourt, débat, provoque. Depuis vingt ans, elle scrute la mondialisation dans toutes ses dimensions – économiques, financières, politiques, sociales et environnementales. Cosmopolite, cette polyglotte née aux Pays-Bas, en 1949, a grandi à Buenos Aires avant d’étudier en France, en Italie et aux Etats-Unis. Elle publie ces jours-ci, aux Etats-Unis, Expulsions (Harvard University Press). A lire : Expulsions. Brutality and Complexity in the Global Economy de Saskia Sassen (Harvard University Press, 280 p.) A paraître le 5 mai 2014.
Entretien avec Saskia Sassen conduit par Olivier Guez * Entretien publié dans le quotidien Le Monde en date du 26 avril 2014.

 

Lire la suite

11 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Le FMI poursuit sa route en Ukraine (partie 2)

ukraine

Après avoir bloqué son programme en novembre 2009 suite à la décision du gouvernement d’augmenter le salaire minimum, le FMI revient à la charge et impulse la réforme des retraites

 

Au cours de cette série, Le FMI poursuit sa route en Ukraine, l’histoire tumultueuse du FMI en Ukraine est analysée depuis le déclenchement de la crise de 2007/2008 jusqu’au plan d’endet- tement approuvé au forceps par le gouvernement non élu à l’issue du mouvement insurrectionnel de fin 2013 – début 2014.

Dès le début de la crise, en novembre 2008, l’Ukraine figure parmi les premiers pays européen à tomber dans la nasse du FMI peu après l’Islande, la Géorgie et la Hongrie. Bien après avoir rejoint le FMI en septembre 1992, recommence alors une histoire de souveraineté violée, de politiques imposées et d’asservissement néocolonial. Des sommes astronomiques sont prêtées pour assurer les remboursements des anciennes dettes et en préparer de futures. Et par dessus tout, pour ne rien changer à une politique qui échoue depuis plus de trente ans, le poussiéreux « Consensus de Washington » est appliqué, aux risques et périls d’une population appauvrie, en échange d’un endettement massif sous couvert de « sauvetage ».

En 2011, le FMI obtient le relèvement de l’âge de départ à la retraite

Après la formation en février 2010 du nouveau gouvernement pro-russe, on observe un rapprochement entre le nouveau président ukrainien Viktor Ianoukovitch |1| et le FMI. Un prêt de 15,4 milliards de dollars réparti sur 29 mois est approuvé par l’institution en juillet 2010 |2| et cette fois-ci Standard and Poor’s relève sa note pour l’Ukraine (elle la rebaissera à « CCC », note proche de la cessation de paiement, après les violences survenues sur la Place Maïden). En contrepartie de ce prêt, l’Ukraine s’engage à réduire son déficit à 5,5 % du PIB en 2010 et à 3,5% en 2011 |3| (l’Ukraine y parviendra en atteignant 5,8% du PIB en 2010 et 2,8% en 2011), réformer la fonction publique et mettre enfin à exécution la hausse importante des tarifs du gaz fourni par la compagnie nationale Naftogaz.

Par ailleurs, une demande importante du Fonds sera finalement approuvée le 8 juillet 2011 par le Parlement ukrainien : l’âge de départ à la retraite pour les femmes augmente progressivement de six mois par an et passe de 55 à 60 ans. Pour les hommes employés dans la fonction publique, le départ à la retraite passe de 60 à 62 ans par tranche de six mois par an. De plus, le nombre d’années de cotisation requis pour obtenir une pension complète minimum sera progressivement porté de 20 à 30 ans pour les femmes et de 25 à 35 ans pour les hommes. Comme pour fêter la nouvelle année, la loi entre en vigueur le 1er janvier 2012, tel un cadeau empoisonné du FMI. L’austérité pratiquée par le gouvernement « pro-russe » de Ianoukovitch ne diffère pas tant des autres pays européen plus proches de Bruxelles.

Cette régression, très violente dans un pays où l’espérance de vie est de 66 ans pour les hommes en 2011 |4|, va dans la droite ligne de ce que réclame de nombreuses institutions, telle la Banque mondiale qui signale dans un rapport : « Relever de l’âge de la retraite et aider les gens à travailler plus longtemps, aussi longtemps qu’ils en sont capable et en bonne santé, pourrait aider à rendre les régimes de retraite plus viables financièrement et fournir un revenu minimum vieillesse. » |5|

En 2013, l’Ukraine délaisse le FMI au profit de la Russie Le FMI, après avoir versé près de 3,4 milliards de dollars en deux versements, dont le dernier remonte à décembre 2010, semblait être parvenu à ses fins pour faire passer ses lois comme avec l’approbation de celle augmentant l’âge de départ à la retraite |6|. Mais début 2011, il bloque à nouveau son débour- sement face au refus de Ianoukovitch de mettre en œuvre les réformes d’austérité exigées, notamment sur les prix du gaz.

L’Ukraine n’est toujours pas rentrée dans le rang et les négociations se poursuivent avec l’institution de Bretton Woods. Les missions du FMI sont régulièrement ajournées, comme celle du 29 août au 5 septembre 2012 reportée à la deuxième quinzaine de janvier. L’Agence de notation Moody’s abaisse alors sa notation financière de l’Ukraine au niveau B3, « très spé- culatif ». Après les élections législatives ukrainiennes du 28 octobre 2012, la mission du FMI prévue du 7 au 17 décembre 2012 pour négocier un nouveau programme ’stand- by’ avec de nouvelles conditions, est elle aussi ajournée.

Le premier ministre de l’époque, Nikolai Azarov, prétend que l’Ukraine peut se passer des financements du FMI grâce à une série de mesures et l’aide de la Banque nationale. Fina- lement, en décembre 2013, l’Ukraine se tourne vers la Russie avec qui elle signe un contrat de 15 milliards de dollars (près de 11 milliards d’euros), dont elle reçoit une première tranche de trois milliards de dollars (2,2 milliards d’euros) le 24 décembre. En fait, par cet accord, la Rus- sie achète 15 milliards de dollars de dette ukrainienne (des d’obligations ’eurobonds’ de 2 ans émises par l’Ukraine), ce qui permet au pays d’éviter la cessation de paiement. La Russie accorde par ailleurs un rabais de 30 % sur le prix des livraisons de gaz russe, ce qui repré- sente entre deux et trois milliards d’euros par an d’économie. Moscou s’apprêtait à verser une nouvelle tranche de deux milliards quand la situation s’est embrasée à Kiev.

11 avril par Jérome Duval

Lire la partie 1 : Le FMI activement présent en Ukraine depuis 1994 ne veut pas entendre parler de hausse de salaire

http://cadtm.org/Apres-avoir-bloque-son-programme

Lire la suite

08 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Etat espagnol, de l’indignation à la révolte

etat_espagnol_cortege_de_izquierda_anticapitalista_dr

A Madrid ce samedi 22 mars, des centaines de milliers de manifestants ont dénoncé les politiques d’austérité menées par le gouvernement de Mariano Rajoy (parti populaire, droite). Parmi les slogans, on pouvait entendre : « moins de corruption, plus d’éducation », « sauvons les personnes, pas les banques », « non au paiement de la dette », « non aux privatisations ». Non seulement le nombre mais la composition des cortèges marquaient un pas en avant par rapport à des mobilisations antérieures, avec une présence importante et organisée de travailleurs du privé et du public, de jeunes mais aussi de collectifs de femmes et d’immigrants.

La mobilisation marque l’aboutissement des six « marches de la dignité » parties, depuis près d’un mois pour certaines, de Catalogne, d’Andalousie, d’Estrémadure et d’ailleurs. Les « marées », ces plateformes de mobilisation thématiques contre la politique d’austérité, mêlant associations de quartier, relais syndicaux (base des grandes organisations ou syndicats minoritaires) et militants politiques, continuent de s’étendre. Et certaines gagnent des batailles, ainsi les professionnels de santé de la région de Madrid (la « marée blanche ») qui ont arraché le retrait d’un vaste projet de privatisation d’une partie des hôpitaux publics. Ces « marées » constituent à la fois une produit différé et de plus large ampleur sociale du mouvement des Indignés de 2011 et une forme de lutte alternative aux grandes journées syndicales sans lendemains et sans résultats.

Mais si la mobilisation s’étend par mille canaux, sans la participation des appareils confédéraux des syndicats, le pouvoir est aussi à l’offensive, malgré les affaires de corruption. La politique austéritaire continue avec les éloges de Bruxelles : la « sauvagerie sociale », pour reprendre l’expression d’un économiste français, a en effet des effets positifs sur les profits et le commerce extérieur. Pour souder sa clientèle réactionnaire, le PP s’attaque au droit à l’avortement. Enfin, un projet de« loi de sécurité citoyenne » vise à limiter le droit à manifester : il s’agit de se préparer à de futurs occupations de places comme les Indignés l’avaient fait à la Puerta del Sol (et comme ce fut le cas à Tahrir ou sur le Maidan).

Le Parti socialiste (PSOE) est le favori des sondages pour les européennes de mai. En fait, il se contente d’engranger les dividendes de l’impopularité du PP mais, question de l’avortement mise à part, il a mené fondamentalement la même politique quand il était au pouvoir (jusqu’en novembre 2011). Au stade actuel, il n’existe pas d’alternative politique à ce système bipartidaire, même si l’importance des mobilisations semble pousser à gauche la base de la Gauche unie (coalition structurée essentiellement par le PCE) et si a commencé à se construire l’initiative « Podemos ! » avec la participation de nos camarades d’Izquierda anticapitalista.

Après des années de recul, la puissance de la mobilisation du 22 mars semble montrer qu’une épreuve de force se prépare en Espagne. Il est cependant impossible d’en préjuger les modalités et l’échéance. D’autant que la situation est compliquée par les revendications indépendantistes catalanes et que, comme le souligne Javier Cordon, membre de l’Assemblée des travailleurs de la santé sur le site d’Izquierda anticapitalista, les élections se profilant, vont se multiplier les appels à résoudre les problèmes exclusivement par le vote.

Henri Wilno Revue L’Anticapitaliste n°53 (avril 2014)

Lire la suite

07 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Rwanda: les bailleurs de fonds de habyarimana et des génocidaires (cadtm)

fmi

A partir du 7 avril 1994, en l’espace de moins de trois mois, près d’un million de Rwan- dais – le chiffre exact reste à déterminer – sont exterminés parce qu’ils sont Tutsis ou supposés tels.

Il faut y ajouter plusieurs dizaines de milliers de Hutus modérés. Il y a bien eu génocide, c’est-à-dire la destruction planifiée d’une collectivité entière par le meurtre de masse ayant pour but d’en empêcher la reproduction biologique et sociale.

Dans ce contexte, il est fondamental de s’interroger sur le rôle des bailleurs de fonds internationaux.

Tout laisse penser que les politiques imposées par les institutions financières internationales, prin- cipaux bailleurs de fonds du régime dictatorial du général Juvénal Habyarimana, ont accéléré le processus conduisant au génocide. Généralement, l’incidence négative de ces politiques n’est pas prise en considération pour expliquer le dénouement dramatique de la crise rwandaise. Seuls quel- ques auteurs mettent en évidence la responsabilité des institutions de Bretton Woods |1|, qui refusent toute critique à ce sujet.

Au début des années 1980, quand éclata la crise de la dette du Tiers-monde, le Rwanda (comme son voisin, le Burundi) était très peu endetté. Alors qu’ailleurs dans le monde, la Banque mondiale et le FMI abandonnaient leur politique active de prêts et prêchaient l’abstinence, ils adoptèrent une attitude différente envers le Rwanda : ces institutions se chargèrent de lui prêter largement.

La dette extérieure du Rwanda a été multipliée par vingt entre 1976 et 1994. En 1976, elle s’élevait à 49 millions de dollars ; en 1994, elle représentait près d’un milliard de dollars. La dette a surtout augmenté à partir de 1982. Les principaux créanciers sont la Banque mondiale, le FMI et les institutions qui y sont liées (nous les appellerons IFI, les institutions financières internationales). La BM et le FMI ont joué le rôle le plus actif dans l’endettement. En 1995, les IFI détenaient 84% de la dette extérieure rwandaise.

Le régime dictatorial en place depuis 1973 garantissait de ne pas verser dans une poli- tique de changements structurels progressistes. C’est pourquoi il était soutenu activement par des puissances occidentales : la Belgique, la France et la Suisse. En outre, il pouvait constituer un rempart par rapport à des Etats qui, dans la région, maintenaient encore des velléités d’indépen- dance et de changements progressistes (la Tanzanie du président progressiste Julius Nyerere, un des leaders africains du mouvement des non alignés, par exemple).

Durant la décennie 1980 jusqu’à 1994, le Rwanda reçut beaucoup de prêts et la dicta- ture d’Habyarimana s’en appropria une partie considérable. Les prêts accordés devaient servir à insérer plus fortement l’économie rwandaise dans l’économie mondiale en développant ses capacités d’exportation de café, de thé et d’étain (ses trois principaux produits d’exportation) au détriment des cultures destinées à la satisfaction des besoins locaux. Le modèle fonctionna jusqu’au milieu des années 1980, moment où les cours de l’étain d’abord, du café ensuite, et du thé enfin, s’effondrèrent. Le Rwanda, pour qui le café constituait la principale source de devises, fut touché de plein fouet par la rupture du cartel du café provoquée par les Etats-Unis au début des années 1990.

Utilisation des prêts internationaux pour préparer le génocide Quelques semaines avant le déclenchement de l’offensive du Front Patriotique Rwandais (FPR) en octobre 1990, les autorités rwandaises signent avec le FMI et la BM à Washington un accord pour mettre en œuvre un pro- gramme d’ajustement structurel (PAS).

Ce PAS est mis en application en novembre 1990: le franc rwandais est dévalué de 67%. En contrepartie, le FMI octroie des crédits en devises à décaissement rapide pour permettre au pays de maintenir le flux des importations. Les sommes ainsi prêtées permettent d’équilibrer la balance des paiements. Le prix des biens importés augmente de manière vertigineuse : par exemple, le prix de l’essence grimpe de 79%. Le produit de la vente sur le marché national des biens importés permettait à l’Etat de payer les soldes des militaires dont les effectifs montent en flèche.

Le PAS prévoyait une diminution des dépenses publiques: il y a bien eu gel des salaires et licenciements dans la fonction publique mais avec transfert d’une partie des dépenses au profit de l’armée. Alors que les prix des biens importés grimpent, le prix d’achat du café aux producteurs est gelé, comme exigé par le FMI. Conséquence : la ruine pour des centaines de milliers de petits pro- ducteurs de café |2|, qui, avec les couches les plus appauvries des villes, ont dès lors constitué un réservoir permanent de recrues pour les milices Interahamwe et pour l’armée.

Parmi les mesures imposées par la BM et le FMI au travers du PAS, il faut relever en outre: l’augmentation des impôts à la consommation et la baisse de l’impôt sur les sociétés, l’aug- mentation des impôts directs sur les familles populaires par la réduction des abattements fiscaux pour charge de famille nombreuse, la réduction des facilités de crédit aux paysans…

Pour justifier l’utilisation des prêts du couple BM/FMI, le Rwanda est autorisé par la BM à présenter d’anciennes factures couvrant l’achat de biens importés. Ce système a permis aux autorités rwandaises de financer l’achat massif des armes du génocide. Les dépenses militaires sont triplées entre 1990 et 1992 |3|. Pendant cette période, la BM et le FMI ont envoyé plusieurs missions d’experts qui ont souligné certains aspects positifs de la politique d’austérité appliquée par Habyarimana, mais ont néanmoins menacé de suspendre les paiements si les dépenses militaires continuaient à croître.

Les autorités rwandaises ont alors mis au point des artifices pour dissimuler des dépenses militaires : les camions achetés pour l’armée ont été imputés au budget du ministère des Transports, une partie importante de l’essence utilisée par les véhicules des milices et de l’armée était imputée au ministère de la Santé… Finalement, la BM et le FMI ont fermé le robinet de l’aide financière début 1993, mais n’ont pas dénoncé l’existence des comptes bancaires que les autorités rwandaises détenaient à l’étranger auprès de grandes banques et sur lesquelles des sommes importantes restaient disponibles pour l’achat d’armes.

On peut considérer qu’elles ont failli à leur devoir de contrôle sur l’utilisation des sommes prêtées. Elles auraient dû stopper leurs prêts dès début 1992 quand elles ont appris que l’argent était utilisé pour des achats d’armes. Elles auraient dû alerter l’ONU dès ce moment. En continuant à réaliser des prêts jusqu’au début 1993, elles ont aidé un régime qui préparait un géno- cide. Les organisations de défense des droits de l’homme avaient dénoncé dès 1991 les massacres préparatoires au génocide. La Banque mondiale et le FMI ont systématiquement aidé le régime dictatorial, allié des Etats-Unis, de la France et de la Belgique.

La montée des contradictions sociales Pour que le projet génocidaire soit mis à exécution, il fallait non seulement un régime pour le concevoir et se doter des instruments pour sa réalisation, mais aussi une masse appauvrie, prête à réaliser l’irréparable. Dans ce pays, 90% de la population vit à la campagne, 20% de la population paysanne dispose de moins d’un demi-hectare par famille. Entre 1982 et 1994, on a assisté à un processus massif d’appauvrissement de la majorité de la population rurale avec, à l’autre pôle de la société, un enrichissement impressionnant pour quelques-uns. Selon le professeur Jef Maton, en 1982, les 10% les plus riches de la population prélevaient 20% du revenu rural ; en 1992, ils en accaparaient 41% ; en 1993, 45% et au début 1994, 51% |4|.

L’impact social catastrophique des politiques dictées par le couple FMI/BM et de la chute des cours du café sur le marché mondial (chute à mettre en corrélation avec les politiques des institutions de Bretton Woods et des Etats-Unis qui ont réussi à faire sauter le cartel des producteurs de café à la même époque) joue un rôle clé dans la crise rwandaise. L’énorme mécontentement social a été canalisé par le régime Habyarimana vers la réalisation du génocide. 7 avril par Eric Toussaint

http://cadtm.org/Rwanda-les-bailleurs-de-fonds-de

Lire la suite

06 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Allemagne, un salaire minimum de dilettante (ci)

Angela-Merkel-

Les restrictions à l’instauration des 8,50 euros brut de l’heure dans le monde du travail suscitent de vives critiques.
Certains secteurs échapperont à la nouvelle réglementation et les employeurs seront tentés d’utiliser un réservoir de main-d’œuvre low cost. La droite chrétienne-démocrate (CDU-CSU) et les orga- nisations patronales ont atteint leur objectif : détricoter le salaire minimum légal [qui doit entrer en vigueur le 1er janvier 2015]. Voilà que les chômeurs de longue durée sont à leur tour [à l'instar des jeunes sans qualification de moins de 18 ans et des stagiaires préparant leur entrée dans le monde du travail] exclus du salaire horaire à 8,50 euros. Une preuve d’amateurisme sur le front de la politique du marché du travail.
*
Un allongement artificiel des périodes de chômage
En effet, les entreprises seront tentées de limiter l’embauche d’un chômeur à six mois seulement : si celui-ci fait valoir ses droits au salaire horaire de 8,50 euros passé ce délai, il pourra être remercié le plus simplement du monde pour être remplacé par un autre chômeur. Et ce n’est pas noircir le tableau.
*
Dès qu’il y a une faille, celle-ci est exploitée, l’expérience le montre. Par ailleurs, cette nou- velle réglementation risque d’induire un allongement artificiel des périodes de chômage : car les futurs chefs d’entreprise sauront désormais qu’ils pourront embaucher un nouveau collaborateur à très bas salaire au bout d’un an. Ce faisant, la grande coalition pérennise la précarité liée au chômage qu’elle prétend combattre. L’argument selon lequel il est ici question de chômeurs difficiles à caser, qui ne seraient jamais embauchés à 8,50 euros de l’heure, est cousu de fil blanc. Est chômeur de longue durée quiconque est en recherche d’emploi depuis plus d’un an. Parmi eux, on trouve des personnes diplômées et qualifiées, qui n’ont tout simplement pas eu de chance dans leurs démarches professionnelles.
*
Un vivier de chômeurs low cost à leur disposition Ces nouvelles dérogations au salaire mini- mum maintiennent ces gens-là et tous les autres chômeurs de longue durée dans la spirale de pré- carité déclenchée par les réformes Hartz du marché du travail du gouvernement rouge-vert [du chancelier Gerhard Schröder]. Mais si ce nouveau compromis est un aveu d’impuissance de la part de la ministre du Travail, Andrea Nahles (SPD), c’est aussi pour une autre raison.
*
Celle-ci a toujours clamé fièrement qu’elle ne souffrirait aucune exception à la loi sur le salaire minimum, dans quelque secteur professionnel que ce soit. Or voilà que ces dérogations deviennent partiellement réalité par des voies détournées : dans les secteurs tels que l’hôtellerie-restauration ou l’agriculture, la main-d’œuvre saisonnière ne travaille généralement que le temps des vacances ou des récoltes, c’est-à-dire quelques mois. Là aussi, les entreprises auront à l’avenir un vivier de chômeurs de longue durée low cost à leur disposition – car ces derniers ne valent même pas 8,50 euros de l’heure aux yeux de la grande coalition.
*
Die Tageszeitung  Eva Völpel 4 avril 2014
*

 

Lire la suite

06 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Le fmi activement présent en ukraine depuis 1994 ne veut pas entendre parler de hausse de salaire (cadtm)

dette

Le FMI poursuit sa route en Ukraine (partie 1)

 

Suite à un puissant mouvement insurrectionnel aboutissant à la destitution du président ukrainien Viktor Ianoukovytch, le nouveau gouvernement transitoire mis en place le 27 février 2014, offre au FMI l’opportunité d’infliger une violente cure d’austérité au peuple ukrainien. Un mois plus tard et sans même attendre les élections, des négociations opaques avec ce gouvernement non élu aboutissent à l’adoption de politiques ultra libérales en échange d’un prêt du FMI de 14 à 18 milliards de dollars (10,2 à 13 milliards d’euros) dont le premier versement est attendu pour le mois d’avril.

Jalonnant les tranches successives de déboursements selon un calendrier confidentiel, l’augmen-tation des tarifs du gaz, le gel des salaires et des retraites pour les fonctionnaires et bien d’autres mesures visant à bouleverser la politique monétaire et budgétaire, ainsi que les secteurs financier et énergétique, doivent soumettre ce pays au dogme capitaliste promu par l’institution. Pourtant rejeté en première lecture par les députés du Parlement ukrainien le 27 mars, ce programme impopulaire exigé par le FMI, est finalement adopté suite à de fébriles négociations.

Au cours de son histoire tumultueuse et malgré certains succès, le FMI s’est toujours heurté à des réticences face à ses exigences démesurées. Incapable de conclure ses deux derniers accords, il espère bien cette fois-ci mener à terme ses ajustements quelle que soit l’issue des élections présidentielles programmées deux mois plus tard.

Qu’importe si ces politiques disséminées partout sur la planète provoquent le chaos social comme en Grèce ou ailleurs. L’institution poursuit son chemin dévastateur, bordé de révé- rences des gouvernements soumis. Prétendre instaurer la prospérité et chasser la pauvreté, en ajoutant de nouvelles politiques d’austérité sur un État liberticide à la corruption endémique, est vain. Le FMI, avec toutes les révoltes qu’il a déclenchées au cours de son histoire, est pourtant bien placé pour savoir que la misère ne rend pas forcément docile et que rien n’empêche la Place Maïdan de reprendre du service. Or, dans ce domaine, tout est possible tant le FMI est prompt à souffler sur les braises encore chaudes de ladite « révolution Maïden ».

Ce n’est pas la première fois que l’Ukraine se retrouve confrontée au diktat du FMI Le Fonds monétaire international (FMI), bien connu des pays « appauvris » (aussi appelés pays en développement) pour avoir impulsé de sévères coupes budgétaires qui ont exacerbé les crises de la dette en Asie et en Amérique latine, est aussi redouté pour s’être fortement impliqué dans la vague de privatisations désastreuses en Europe de l’Est lors de la transition post-communiste au début des années 90.

En Ukraine, dès 1994, un premier accord est conclu avec le FMI et en 1995, un crédit de 1,49 milliard de dollars du Fonds est signé par le gouverneur de la banque centrale de l’époque, Viktor Youchenko avant qu’il ne devienne leader de la célèbre « Révolution orange ». |1| Depuis lors, épaulé par sa représentation permanente à Kiev, l’institution travaille d’arrache-pied en Ukraine et, quels que soient les gouvernements en place, impose son diktat.

Le FMI suspend un prêt à l’Ukraine suite à la décision du gouvernement d’augmenter le salaire minimum |2| Depuis que l’Ukraine a rejoint le FMI en septembre 1992, leur relation est faite d’affrontement et de ruptures sur fond d’incessantes négociations opaques. En effet, alors que l’institution basée à Washington ne supporte pas l’idée d’une suspension de paiement de la part des pays endettés, elle pratique couramment la fermeture du robinet du crédit en suspendant ses versements lorsque le pays ne se plie pas à ses injonctions.

En novembre 2008, peu après après l’Islande, la Géorgie et la Hongrie, c’est l’Ukraine qui tombe dans la nasse du FMI. En échange d’un prêt |3| de 16,4 milliards de dollars (13 milliards d’eu- ros) sur 2 ans, le Parlement ukrainien est sommé d’adopter un plan de « sauvetage » draconien, avec privatisations et coupes budgétaires. L’Ukraine est sommée de faire passer l’âge de la retraite des femmes de 55 à 60 ans et augmenter de 20 % le tarif du gaz de la compagnie Naftogaz.

Mais la hausse du salaire minimum de 11 % et l’augmentation du minimum vital de 12 % à partir du 1er novembre 2009, puis de 18 % à compter du 1er janvier 2010, inquiètent le FMI qui bloque son programme. «  Je suis très inquiet de l’accord donné par le président à ce projet de loi qui met hors circuit le programme que nous avions signé. Dans ces circonstances, j’ai peur qu’il soit très difficile d’achever le prochain examen du programme » |4| déclare alors l’ancien directeur du Fonds Dominique Strauss-Kahn, qui pour sa part avait augmenté son salaire de plus de 7 % à son arrivée à la tête du FMI |5|.

Pour justifier ses craintes à l’égard de l’Ukraine, il ajoute : « Une mission récente du Fonds en Ukraine a conclu que les politiques dans certains domaines, dont la nouvelle loi sur le salaire minimum, menaçaient [la] stabilité » du pays. Et dans la foulée, l’agence de notation Standard & Poor’s émet un signal négatif sur la dette de l’Ukraine. Lorsque survient un blocage dans le pro- gramme de privatisations, la réaction du FMI ne se fait pas attendre puisqu’il suspend le versement de la quatrième tranche, d’un montant de 3,8 milliards de dollars, prévue en novembre 2009. En attendant, après avoir maintenu un taux de croissance moyen de 7,5 % du PIB de 2000 à 2007, l’Ukraine enregistre une des pire performance économique mondiale : le PIB chute de 15 % en 2009 et la production industrielle de 22 %. 5 avril par Jérome Duval

Note:

|1| Viktor Youchenko sera ensuite président avant d’être finalement rejeté lors des élections de 2010 avec seulement 5.45% des voix, les pires résultats jamais remporté par un président.

http://cadtm.org/Le-FMI-activement-present-en

Lire la suite

04 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Les soulèvements en bosnie: défis et perspectives (contretemps)

bosnie

Entretien avec Ivica Mladenović

Après la Slovénie et la Croatie, la Bosnie se soulève, mais pour combien de temps encore ?

Ivica Mladenović, co-rédacteur en chef de la revue de gauche Novi Plamen, revient dans cet entre- tien sur les récents soulèvements populaires qui ont secoué cette ancienne république yougoslave, et qui ont suscité à la fois beaucoup d’étonnement et d’espoir. Après deux mois de mobilisations intenses, quels sont les défis que doivent relever les manifestants ? Peut-on espérer voir ce mouvement se répandre à d’autres pays de la région ?

Afin de saisir les enjeux et les défis des soulèvements actuels en Bosnie, il me semble important de revenir, en premier lieu, sur l’organisation et l’architecture de cet État fédéral, tel qu’il a été conçu et mis en place depuis la signature des accords de Dayton en 1995 (accords qui ont mis fin à quatre ans de guerre civile). Comment cet État est-il organisé et quels sont les principaux défis que doivent affronter les manifestants ?

Quand on évoque la situation actuelle en Bosnie, il faut dire, en premier lieu, qu’elle est en grande partie le produit d’un dysfonctionnement de l’État, un État imposé par la communauté internationale depuis la signature des accords de Dayton. La Bosnie-et-Herzégovine est un État unique au monde, aussi bien du point de vue de son fonctionnement que de sa constitution, bien qu’il s’agit d’un pays d’un peu plus de 3,7 millions d’habitants. C’est un État difficile à comprendre, y compris pour un militant comme moi, originaire des Balkans.

L’État bosniaque est constitué de deux entités distinctes, à savoir la Fédération de Bosnie et Herzégovine d’un côté et la République serbe de Bosnie de l’autre. En plus du gouvernement fédéral, il faut distinguer les gouvernements des entités, les pouvoirs cantonaux qui sont au nombre de 10 et qui sont situés dans les parties bosniaques et croates du pays, et enfin, les pouvoirs municipaux et les mairies. Dans l’ensemble, la Bosnie-et-Herzégovine a 13 gouvernements, autour de 260 ministres, et plus de 600 députés élus. Récemment, la Bosnie-et-Herzégovine a été reconnue comme étant l’État avec le plus grand nombre de députés élus par tête d’habitant. Lors- qu’on ajoute à cela le nombre d’employés dans les 137 administrations municipales, et le nombre d’employés dans différentes agences de l’État et dans les entités, on atteint le chiffre de 180 000 personnes travaillant dans la seule fonction publique. Évidemment, le nombre de personnes qui dépendent plus ou moins directement de la fonction publique est bien plus massif.

Ce sont pourtant les conditions de vie, devenues catastrophiques, qui sont à l’origine de la situation actuelle. C’est le pays avec le plus faible pouvoir d’achat en Europe, avec un taux de chô- mage atteignant 28% en 2013 d’après l’Agence pour le travail et l’emploi, mais selon l’Agence bos- niaque de statistique ce chiffre s’élève aux incroyables 45%, avec près de 63% des moins de 24 ans concernés. C’est aussi un État avec 700 000 personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, 50% de la population vivant au seuil de pauvreté, avec un salaire moyen de 400 euros par mois et une retraite moyenne de 171 euros. Or, malgré cette pauvreté galopante, les enquêtes montrent que le nombre de millionnaires, dont les richesses sont estimées à plus de 30 millions de dollars, ne cesse de croître d’année en année.

Au vu de ces éléments, on comprend mieux ce qui a poussé les gens à se révolter contre un État patriarcal et la classe dirigeante dans son ensemble… une classe dirigeante qui depuis plusieurs décennies jouit des privilèges associés à leur position politique, tout en détruisant le tissu écono- mique hérité de la période socialiste, par des privatisations criminelles dictées par leur agenda néolibéral. Ce n’est donc guère étonnant que le slogan le plus répandu lors des rassemblements soit : « qui sème la misère récolte la colère ». La responsabilité appartient également à la communauté internationale avec, en premier lieu, les États-Unis et l’Europe qui, à travers le soi-disant « haut- représentant », imposent au pays depuis deux décennies, dans leur style néo-colonial, le processus de privatisation de tout et n’importe quoi, et d’autres mesures néo-libérales présentées comme des fins en soi. Dans ce contexte, le principal défi que doivent relever les manifestants, c’est de changer, à la racine, les bases sur lesquelles repose ce système de « capitalisme comprador ».

Les mobilisations sont parties de la ville de Tuzla qui a une longue histoire de luttes sociales remontant à l’époque de l’ex-Yougoslavie. Qui sont les initiateurs des mobilisations actuelles, quelle est leur composition ?

Comme je l’ai déjà dit, ça fait bien longtemps que les conditions étaient réunies pour un soulèvement populaire, la revue The Economist ayant même classé la Bosnie en pôle position des pays à haut risque de troubles sociaux. Pourtant, et malgré tout, ces réactions massives des personnes affamées ont suscité un véritable choc, personne ne s’étant attendu à cette tournure des événements. Il n’est donc pas étonnant que la ville de Tuzla ait été le point de départ de ces mobilisations. Déjà, à l’époque du royaume de Yougoslavie, Tuzla a été la ville la plus progressiste, une ville ouvrière, de gauche, antinationaliste… la ville symbole de la Yougoslavie socialiste et de ses fondations : fraternité et unité des peuples yougoslaves. Elle a conservé ce caractère y compris pendant la période la plus sombre des récentes guerres.

Les ouvriers de l’usine DITA, un géant industriel sur le point d’être fermé, résistent en effet depuis de nombreuses années à la fermeture de leur usine. Ils ont exprimé, une fois de plus, leur mécon- tentement face à la montée du chômage et du manque de perspectives. Ce sont ces mêmes gens qui ont compris, après 20 ans de mobilisations pacifiques, que cette forme de mobilisation ne donne aucun résultat, et qu’il valait donc mieux mettre le feu aux institutions qui de leur point de vue symbolisaient cet État injuste. J’ai lu quelque part le témoignage d’une ouvrière de l’usine DITA, qui racontait comment le premier jour des rassemblements, les fonctionnaires de l’une des institutions leur riaient au nez et leur lançaient des paroles désobligeantes. Dès le lendemain, cette institution fut incendiée, transformant les rires et le mépris des fonctionnaires en choc et en peur de perdre leurs privilèges.

Tel un incendie, les manifestations ont gagné Sarajevo, Zenica, Mostar, Bihac et d’autres villes du pays. Au début, cette révolte purement ouvrière, a mobilisé un bon nombre de chômeurs, de jeunes, ou d’autres groupes d’intellectuels et d’artistes. Toutefois, on a constaté un nombre particulièrement faible d’étudiants mobilisés. Le plus grand défi à l’heure actuelle est donc de réussir à maintenir le même niveau de mobilisation, tout en intégrant les personnes venues des couches sociales les plus diverses.

En revanche, les mobilisations n’ont pas réussi à se répandre à l’entité serbe de Bosnie, pourquoi ?

Malheureusement, le nationalisme reste l’une des principales forces mobilisatrices du pays. C’est une force précieuse aux mains des oligarques qui s’en servent pour légitimer leur pouvoir. C’est aussi l’une des raisons principales pour laquelle les mobilisations n’ont pas réussi à atteindre les entités serbe et croate du pays. En fait, la composition fédérale de l’État est telle que chaque tension dans l’une des deux entités est présentée comme un complot visant l’autre peuple. Les problèmes économiques et sociaux sont ignorés au profit des tensions identitaires alimentées par la propagande nationaliste. Par exemple, on ne vit guère mieux en République serbe que dans le reste de la Bosnie, au contraire, mais les Serbes n’ont pas rejoint les mobilisations. Ni les Croates d’ailleurs.

Peut-être qu’ils auraient rejoint les Bosniaques : après tout, ils sont frères par la misère. Les sondages d’opinion montrent ainsi que plus de 70% d’habitant-e-s de la République serbe soutiennent les mobilisations de leurs voisins de la Fédération, mais qu’ils ont peur de les rejoindre par crainte d’être accusés de collaboration avec « l’ennemi », signifiant de facto la trahison. Donc, le nationalisme reste la principale menace qui pèse sur ces rassemblements, même si l’on peut se demander combien de temps ces tours identitaires pourront encore avoir une emprise sur la société. Je suis convaincu que cela ne saurait durer très longtemps. Je m’appuie notamment sur ce qui s’est passé à Tuzla et à Sarajevo, où les manifestants ont très vite dépassé ces divisions nationalistes et ont, pour la première fois depuis la fin de la guerre, mis en avant le caractère classiste de leur révolte. (…)

Propos recueillis et traduits du serbo-croate par Milena Jakšić 03/04/2014 – 09:58

1. Voir notre article : « Les indiens indignés : un nouveau mouvement de gauche en Croatie ».

http://www.contretemps.eu/interviews/soul%C3%A8vements-en-bosnie-d%C3%A9fis-perspectives-entretien-ivica-mladenovi%C4%87

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin