Archive | Crise

19 janvier 2023 ~ 0 Commentaire

retraites (côté brest)

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31 décembre 2022 ~ 0 Commentaire

algues vertes (radio france)

Algues vertes à la Carène

En route vers Landunvez, contre l’extension de la mégaporcherie Avel Vor  Escale à Brest et algues vertes

L’enquête d’Inès Léraud a mis en lumière le danger des algues vertes en Côte-d’Armor. Dans le Finistère, le modèle agro-industriel breton est également source de diverses pollutions et la mobilisa-tion contre la régularisation de l’extension d’une porcherie à Landunvez en Pays d’Iroise s’intensifie

Installée pour quelques mois dans un hameau en centre-Bretagne, Inès Léraud découvre d’histoires en histoires une Bretagne bien énigmatique. Un médecin urgentiste, Pierre Philippe, persuadé que les algues vertes ont tué à plusieurs reprises sur les plages, raconte les difficultés auxquelles il a dû faire face dans les Côtes-d’Armor pour rompre le silence qui entoure ce phénomène écologique.

L’enquête d’Inès Léraud, « Un journal breton » a été diffusée dans les Pieds sur terre en 2016 sur France Culture. Puis en 2019, les deux épisodes du journal consacrés aux algues vertes sont déclinés en une bande dessinée « Algues vertes, l’histoire interdite »  qui connait un grand succès. Le groupe Brestois, Mnémotechnic, s’est emparé de la BD de l’enquête d’Inès Léraud pour proposer une version musicale et scénique de l’histoire interdite des algues vertes et dénoncer le modèle agro-industriel breton écocidaire.

Les problèmes dramatiques causés par la surabondance de nitrates rejetés dans les cours d’eau par les élevages industrielles, sont malheureusement toujours d’actualité en Bretagne. A Landunvez, dans le Finistère, quand le président du comité régional porcin en personne, Philippe Bizien, décide d’agrandir sa porcherie pour en faire l’une des plus grandes de France – plus de cochons, de lisier, d’épandages, de nitrates, d’ammoniaque, de bactéries et de plages interdites à la baignade – plusieurs collectifs locaux, de défense de l’environnement se mobilisent.

Le préfet du Finistère, malgré des avis défavorables et des jugements contraires, donne sa bénédiction en délivrant une autorisation temporaire à l’extension de la porcherie en attendant la régularisation de la situation (que le nouveau préfet, Philippe Mahé, finira par valider en novembre). Inès Léraud reprend la plume avec son camarade Kristen Falc’hon du media local d’investigation Splann ! pour mener une enquête journalistique

À Landunvez, la porcherie géante s’approche d’une régularisation douteuse: « La porcherie de Philippe Bizien trône au cœur d’une véritable ceinture du cochon. Landunvez et les trois communes limitrophes comptent à elles seules 22 élevages pour plus de 56.000 animaux équivalents, au sein d’un territoire, le Finistère, dont la concentration d’élevages porcins est l’une des plus importantes d’Europe ».

Pour les 19 communes du pays d’Iroise, il y aurait entre 400 000 et 600 000 animaux d’élevage pour 48 000 habitants, selon le collectif « Stoppons l’extension » qui regroupe trois associations, Avenir et Environnement en Pays d’Iroise (AEPI), Association pour la Protection et la Promotion de la côte des Légendes (APPCL) et Eaux et rivières de Bretagne (ERB).

Un premier rassemblement contre l’autorisation de l’extension de la porcherie Avel Vor a été organisé le 27 août dernier par le collectif (cf. Radio Pikez – Du pain et des parpaings #et FR3 – Méga-porcherie Avel Vor : double manifestation).

Fabrice Hamon, riverain de la plage de Penfoul et président de l’association Beautifoul, s’inquiète de la qualité des eaux et a réalisé des analyses du ruisseau le Foul qui traverse son jardin et longe en amont la porcherie Avel Vor et ses champs d’épandage ( cf. Le Télégramme – Pollution à Landunvez : un riverain fait analyser le ruisseau à ses frais).

Une « kermesse à la plage » est organisée mercredi 28 décembre par le collectif « non à l’extension d’Avel Vor » et l’Association pour la Protection et la Promotion de la côte des Légendes à partir de 14h sur la plage du Château à Landunvez, plage si polluée qu’elle est interdite à la baignade depuis 2019 ! ! !

La suite dimanche prochain sur la plage de Penfoul à Landunvez, avec Armelle Jaouen, Laurent Le Berre et Christophe Le Visage.  En Iroise, contrairement aux côtes d’Armor, les algues vertes ne posent pas de problème majeur parce que la physionomie des plages permet une oxygénation suffisante. Par contre on observe toutes les autres pollutions et nuisances liées à l’agro-industrie et à l’élevage intensifs, pesticides, nitrates, ammoniaque, bactéries E.coli qui entrainent notamment la fermeture de plages à la baignade. La concentration des cheptels se poursuit avec la complaisance des pouvoirs public , comme l’illustre la régularisation préfectorale de l’extension de la porcherie industrielle Avel Vor de Landunvez.

A lire dans Splann ! ONG d’enquêtes journalistiques en Bretagne:  À Landunvez, la  porcherie géante s’approche d’une régularisation douteuse

Médiapart : Dans le Finistère, l’État valide l’extension de la ferme aux 12000 cochons

Merci à Kristen Falc’hon, Inès Léraud, Arnaud Kermarrec-Tortorici, Loïc Le Cadre, Mathilde Vigouroux, Zoé Perrin, Sylvain Ernault, Armelle Jaouen, Fabrice Hamon, Christophe Le Visage et Laurent Le Berre.

Prochaines dates du concert-BD Algues vertes, l’histoire interdite par Mnémotechnic et Poing pour 2023 :
02 février > BESANÇON Théâtre de la Bouloie – 05 février > CHÂTEAULIN Run ar Puñs – 03 mars > NANTES Stéréolux – 31 mars > CONCHES EN OUCHE Salle J.Pierre Bacri – 02 avril > TOULOUSE Médiathèque José Cabanis – 05 avril > ROUEN Théâtre l’étincelle – 07 avril > ANGERS Le Chabada – 02 juin > ALENÇON  La Luciole

Réalisation : Antoine Larcher

https://www.radiofrance.fr/

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14 décembre 2022 ~ 0 Commentaire

madrid (pùblico)

espagne

Madrid est dirigée par l’extrême droite

IU appelle la gauche à former un large front à Madrid.

Podemos et IU parviennent à un accord pour se présenter ensemble à la mairie de Madrid et à la Communauté de Madrid. Les candidatures seront dirigées par Podemos, Alejandra Jacinto sera tête de liste à la Communauté et Roberto Sotomayor, au Conseil municipal. Il doit encore être ratifié par la base.

Les accords sont confirmés au fur et à mesure que le calendrier avance. Les élections régionales arrivent à grands pas, le 28 mai. La gauche définit ses confluences électorales tandis que l’incertitude plane sur ce qu’il adviendra du Sumar de Yolanda Díaz (à droite du PSOE blog)  et de Podemos à l’approche des élections générales prévues fin 2023.

À Madrid, Podemos et IU ont déjà conclu un préaccord sur une confluence pour se présenter conjointement à la mairie de la capitale et à la communauté autonome. Après plusieurs mois de négociations, les directions des deux partis, dirigés respectivement par Jesús Santos et Álvaro Aguilera, ont scellé le pacte qui les unira dans les prochains mois de pré-campagne et de campagne. Tout doit être ratifié par les militant(e)s des deux partis.

Le nom de la coalition est encore ouvert, elle peut s’appeler Podemos-IU ou reprendre le nom de marque Unidas Podemos, il y a encore quelques détails à finaliser. Tant la liste régionale que la liste à la mairie seront dirigées par des candidats de Podemos.

Le parti mauve a déjà choisi ses candidats régionaux et locaux par le biais de primaires. Dans le cas de la tête de liste pour l’Assemblée de Madrid, la candidate est Alejandra Jacinto, qui a été porte-parole d’Unidas Podemos pendant la courte législature au parlement de Vallecas, après les élections anticipées convoquées par Isabel Díaz Ayuso en mai 2021. Le candidat au poste de maire de la capitale est Roberto Sotomayor.

Jacinto est avocat de formation et a travaillé en tant que tel pour défendre les droits de l’homme, notamment le droit au logement de la PAH (Plateforme des personnes touchées par les hypothèques). Sotomayor est un athlète, triple champion d’Europe d’athlétisme dans la catégorie des maîtres. Le numéro deux de Podemos pour le Conseil municipal sera Carolina Alonso, également de Podemos, qui a servi de co-porte-parole à l’Assemblée de Madrid avec Jacinto ces derniers mois.

Le numéro deux sur la liste régionale et l’un des trois premiers sur la liste municipale de la capitale seront issus de l’IU. L’UI Madrid n’a pas encore tenu ses primaires pour clore les candidatures, on ne sait donc pas qui occupera ces postes. Les élections internes auront lieu à l’UI à la mi-janvier.

Le pré-contrat devrait être présenté aux médias jeudi, bien que tous les détails du pacte n’aient pas encore été finalisés. Les mouvements sociaux, les syndicats et les militants sont également appelés à rejoindre la confluence. Les organisations souhaitent que les candidatures incluent la société civile.

L’accord comprend également un cadre général pour le reste des villes de la région afin de faciliter les accords basés sur la reconnaissance mutuelle des deux organisations. L’intention de ces candidatures est de  » ne pas laisser un seul vote progressiste à la maison en mai 2023 et de mobiliser la société madrilène pour rendre le changement possible au sein de la Communauté et du Conseil municipal de Madrid « .

14/12/2022 Sato Díaz

https://www.publico.es/

Note:

IU est une entité « unitaire » crée par le  PCE dans les années 80. Le PCE y joue encore un rôle. Podemos n’est plus le parti qu’anticapitalistas avait aidé à créer. Son fonctionnement ressemble à la France Insoumise. 

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05 décembre 2022 ~ 0 Commentaire

ukraine (npa)

ukraine-r

Questions sur l’Ukraine (1) : De l’annexion de la Crimée à la guerre dans le Donbass

Croire que la révolution sociale soit concevable sans insurrections des petites nations dans les colonies et en Europe, sans explosions révolutionnaires d’une partie de la petite bourgeoisie avec tous ses préjugés, sans mouvement des masses prolétariennes et semi-prolétariennes politiquement inconscientes contre le joug seigneurial, clérical, monarchique, national, etc., c’est répudier la révolution sociale. C’est s’imaginer qu’une armée prendra position en un lieu donné et dira « Nous sommes pour le socialisme », et qu’une autre, en un autre lieu, dira « Nous sommes pour l’impérialisme », et que ce sera alors la révolution sociale ! […] Quiconque attend une révolution sociale « pure » ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution.

Lénine, « Bilan d’une discussion sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes » (1916).

Le 30 septembre, Poutine a entériné l’annexion par la Russie des régions de Donetsk, Lougansk, Kherson et Zaporijia, suite aux référendums fantoches organisés entre le 23 et le 27 septembre, répétant ainsi le scénario qui avait déjà été testé en 2014 en Crimée et dans le Donbass.

Ce coup de force intervient dans le contexte d’une contre-offensive majeure de l’armée ukrainienne dans les régions de Kharkiv et de Donetsk, et vise à justifier la « mobilisation partielle » annoncée le 21 septembre. Si ce nouvel épisode de l’« auto-détermination populaire » devrait par lui-même permettre d’éclairer rétrospectivement ce qui s’est passé en 2014, certaines voix à gauche s’élèvent encore pour accuser l’Ukraine d’avoir provoqué l’escalade militaire en cours. Ce texte revient sur les évènements de 2014-2022 pour répondre à un certain nombre de questions qui continuent à tirailler une partie de la gauche radicale et qui entravent sa solidarité avec la résistance populaire ukrainienne.

Ces questions concernent le mouvement séparatiste et la guerre dans le Donbass, les accords de Minsk, la politique du gouvernement post-Maïdan, l’avancée de l’extrême droite et les perspectives pour la gauche en Ukraine.

Guerre civile ou guerre d’agression ?

Le 27 février 2014, quelques jours après la chute de Ianoukovytch suite à la révolution du Maïdan, un groupe de personnes armées prend le contrôle du Parlement et du Cabinet des Ministres en Crimée. Le lendemain, les « petits hommes verts », soldats revêtus d’uniformes militaires non marqués, investissent les aéroports de Sébastopol et de Simferopol, ainsi que d’autres lieux stratégiques de la presqu’île. Plus des deux tiers des troupes ukrainiennes stationnées en Crimée et 99 % du personnel des services de sécurité passent du côté de la Russie. À peine trois semaines plus tard, suite à un référendum organisé à la hâte, Poutine signe le rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie.

En avril de la même année, dans l’Ukraine de l’Est, les forces séparatistes prennent le contrôle des bâtiments administratifs à Donetsk, Lougansk et Kharkiv, et lancent l’appel à l’organisation de référendums sur l’indépendance de ces régions.

Si les autorités ukrainiennes reprennent vite le contrôle de Kharkiv, elles n’arrivent pas à récupérer les régions séparatistes de Donetsk et de Lougansk, et la contre-révolution risque de s’étendre à d’autres villes du Sud-Est. Le gouvernement ukrainien répond à la création des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk (qui proclament leur indépendance au mois de mai) par le lancement d’une « opération anti-terroriste » (ATO) avec des combats qui vont durer jusqu’en février 2015, date de la signature de l’accord de Minsk II.

Même si cet accord contribue à la diminution significative de l’intensité des combats, il connaît, comme on le sait, le même échec que le premier accord de septembre 2014. Avant l’invasion de février 2022, la guerre avait déjà fait plus de 13 000 morts et près de 2 millions de réfugiés.

Les questions les plus souvent posées en lien avec ces évènements concernent la nature du conflit dans le Donbass et l’inéluctabilité de son extension : s’agissait-il d’une guerre civile, d’une guerre d’agression russe contre l’Ukraine ou d’une guerre qu’on pourrait d’emblée caractériser d’inter-impérialiste ? La poursuite de la guerre dans le Donbass et l’invasion à grande échelle de l’Ukraine auraient-elles pu être évitées si les accords de Minsk avaient été effectivement appliqués ?

Si l’on cherche une réponse purement empirique à la première question, il n’y a aucun doute que la guerre dans le Donbass puisse être qualifiée de guerre civile, dans la mesure où une partie des habitants locaux participe effectivement d’abord aux manifestations Anti-Maïdan, et ensuite au mouvement séparatiste pro-russe.

Le fait que les parties belligérantes puissent recevoir de l’aide extérieure ne change pas la validité de cette qualification : les guerres civiles impliquent en général, d’une manière ou d’une autre, des interventions extérieures. Or, dans le champ politique cette question dépasse vite la dimension d’une simple question empirique ou théorique et devient une question partisane, parce qu’il y va des responsabilités respectives, qui déterminent à leur tour les prises de position politiques à l’égard du conflit dans le Donbass.

Poutine a ainsi toujours nié l’implication militaire de la Russie dans le Donbass. Le terme de « guerre civile » pour décrire ce qui s’y passe fait ainsi partie de l’arsenal idéologique de la propagande russe. Du côté de l’Ukraine et des institutions européennes, qui reconnaissent pourtant la participation des populations locales au mouvement séparatiste, le terme de « guerre civile » est au contraire banni. .

La guerre dans le Donbass est qualifiée dès 2014 (et officiellement depuis 2018) de « guerre d’agression russe » pour souligner non seulement l’implication militaire de la Russie dans une guerre civile déjà en cours, mais aussi et surtout son rôle déterminant dans le déclenchement de celle-ci. On ne nie pas que les populations locales aient rejoint les rangs des séparatistes, mais on les considère comme de simples marionnettes du Kremlin.

Le mouvement séparatiste : quelle implication de la Russie ?

En réalité, il faut reconnaître que les deux dimensions sont bien présentes, et la question doit plutôt porter sur le rapport entre les deux dimensions du conflit. Il est certain que le mouvement séparatiste n’aurait pas réussi à s’implanter sans un minimum de soutien des populations locales, ou plutôt sans le manque de soutien au pouvoir post-Maïdan et à l’opération de libération du Donbass lancée par le gouvernement ukrainien au printemps 2014.

Il n’y a pas de sondages d’opinion fiables concernant les territoires sous contrôle séparatiste. Mais il faut rappeler que dans ces territoires, le Parti des Régions et son leader Ianoukovytch, lui-même originaire de Donetsk, ont recueilli plus de 80 % des voix au second tour de l’élection présidentielle de 2010. Une grande partie de la population, majoritairement russophone, se conçoit comme « russe ethnique », partage des sentiments nostalgiques de l’URSS – aussi bien dans ces aspects socio-économiques positifs que dans ces aspects socialement et politiquement conservateurs – et la région entière dépend sur le plan économique des liens avec la Russie.

Les évènements de 2014 peuvent ainsi être compris comme l’aboutissement d’un processus où, pendant la décennie précédente, les clivages identitaires et économiques réels ont été investis et instrumentalisés politiquement par différentes fractions du capital ukrainien. L’accentuation de ces clivages permettait à chaque fraction de se distinguer dans le jeu électoral, reléguant au second plan les préoccupations socio-économiques et politiques communes aux classes populaires de toutes les régions d’Ukraine.

Cela n’a pas toujours été ainsi. Le thème ethnico-culturel et linguistique des « deux Ukraines » ne devient politiquement central qu’à partir des élections de 2004 qui opposent Viktor Ianoukovytch et Viktor Iouchtchenko. On assiste au même moment à la marginalisation du Parti communiste comme acteur indépendant de la vie politique et son entrée en coalition avec le Parti des Régions.

À partir de 2004, la vie politique ukrainienne sera donc durablement structurée selon le partage entre, d’un côté, le camp national-démocratique, libéral et pro-européen, revendiquant une identité ouest-ukrainienne et, de l’autre, le camp paternaliste, russophone et pro-russe, revendiquant une identité sud-est-ukrainienne.

Ce clivage prend aussi la forme d’une lutte autour de la mémoire historique : les uns se revendiquent du mouvement de libération nationale avec la figure de Bandera comme héros national, alors que les autres mettent en avant la « Grande guerre patriotique » contre le fascisme.

Chaque camp développe une image diabolique de l’autre : les Ukrainiens de l’Ouest sont stigmatisés comme des héritiers des collaborateurs des nazis, les Ukrainiens de l’Est comme des nostalgiques du stalinisme responsable de la mort de plusieurs millions d’Ukrainiens pendant la famine des années 1930. Cette dynamique locale s’accompagne sur le plan géopolitique d’une montée des tensions entre la Russie et l’Occident qui finissent par se cristalliser de manière privilégiée autour de la question ukrainienne.

Conformément aux sondages, la majorité de la population du Donbass était contre la signature de l’accord de libre-échange avec l’Union européenne (55,2 % de « non »), avec la préférence pour l’Union douanière (64, 5 % de « oui »). Selon un sondage effectué en décembre 2013, seuls 13 % des répondants ont dit soutenir l’Euromaïdan, alors que 81 % ont dit ne pas le soutenir. L’attitude majoritaire des habitants du Donbass vis-à-vis du Maïdan allait de l’indifférence à l’hostilité, renforcée par le mépris de classe dont les pro-Maïdan pouvaient faire preuve à leur égard.

Pourtant, le Maïdan avait bien le potentiel de réunir le pays autour des revendications communes. Bien qu’elles aient été moins massives, dans le Donbass il y a eu aussi des manifestations pro-Maïdan, des manifestations contre la corruption, les abus de l’État policier et du système juridique dysfonctionnant, et pour des valeurs associées – à tort ou à raison – à l’Europe, comme la démocratie, le respect de la loi, la défense des droits civiques et des droits humains, ainsi que pour des salaires et un niveau de vie plus élevés.

Mais ce potentiel a été étouffé, d’une part, par l’entrée dans le mouvement des groupes d’extrême droite qui ont surdéterminé l’Euromaïdan de Kiev par un agenda nationaliste, et d’autre part par l’effort des pouvoirs locaux de l’Est pour discréditer le mouvement.

Comme à Kiev, les représentants locaux du parti au pouvoir ont répondu par la constitution de milices pour intimider, discréditer et disperser les manifestations. Et comme à Kiev, ils ont organisé et financé des manifestations anti-Maïdan/pro-gouvernement. Enfin, la radicalisation des manifestations à Kiev, qui ont mené au renversement du régime, ainsi que l’abrogation par le gouvernement par intérim de la loi sur les langues régionales adoptée deux ans plus tôt, ont renforcé l’idée, véhiculée par les médias, que les nationalistes ukrainiens allaient ramener le désordre dans le Donbass, opprimer les populations russophones et, par la réorientation radicalement pro-européenne du pays, menacer les équilibres socio-économiques de la région.

Mais cela ne veut pas dire qu’il existait d’emblée une vaste mobilisation populaire pour l’indépendance de la région ou pour son rattachement à la Russie, et que la critique du Maïdan allait inévitablement évoluer en guerre civile.

Les organisations séparatistes et panrusses (« République de Donetsk », « Club des fans de la Novorossiya », « Bloc russe », etc.) étaient très marginales avant 2014. Jusqu’au mois de février 2014, leurs manifestations condamnant le coup d’État fasciste, appelant à défendre l’église orthodoxe russe et l’appartenance du Donbass à la Russie, ne rassemblaient que quelques dizaines de personnes.

L’extension du thème séparatiste a été plutôt l’œuvre des élites locales et des forces séparatistes minoritaires soutenues par la Russie, qui ont su exploiter le mécontentement populaire diffus contre le nouveau gouvernement. Les entretiens avec les ressortissants des régions séparatistes révèlent surtout un sentiment d’impuissance, l’impression d’être otages des jeux géopolitiques qui les dépassent, le ressentiment à l’égard de toutes les parties belligérantes et un profond désir de retour à la paix. Le contraste est frappant quand on compare ce bas niveau de mobilisation populaire avec la résistance actuelle des Ukrainiens face à l’invasion russe, 98 % des répondants aux derniers sondages apportant un fort soutien à l’armée ukrainienne.

On peut donc affirmer que sans l’implication de la Russie, la méfiance des populations du Donbass quant à la révolution du Maïdan ne se serait sûrement pas transformée en guerre civile. Il y a d’abord le rôle immense qu’a joué la propagande russe dans le discrédit du Maïdan comme un coup d’État fasciste orchestré par les États-Unis.

Les médias russes ou contrôlés par les élites locales pro-russes, principales sources d’information pour les populations locales, ont diffusé toutes sortes de fausses informations et rumeurs concernant le sort réservé par le nouveau pouvoir de Kiev aux populations russophones : que les russophones allaient être licenciés des postes dans les institutions et entreprises publiques, voire expulsés du pays ; que les « Banderites » allaient venir dans le Donbass semer la peur et la violence ; que les mines du Donbass allaient être définitivement fermées et utilisées par les pays européens pour y stocker leurs déchets radioactifs ; que le marché ukrainien allait être submergé de produits alimentaires génétiquement modifiés ; que les États-Unis allaient utiliser l’Ukraine comme base pour mener la guerre contre la Russie. Dans la crise politique de l’hiver-printemps 2013-2014, la Russie est ainsi de plus en plus perçue comme garant de paix et de stabilité.

Il y a ensuite eu l’implication directe de conseillers du Kremlin comme Surkov et Glazyrev, ainsi que des forces spéciales russes dans les manifestations anti-Maïdan et dans le soulèvement séparatiste sous la bannière du « Printemps russe ». Celui-ci est d’abord mené par le citoyen russe Girkin-Strelkov, remplacé plus tard par le ressortissant de Donetsk Aleksandr Zakharchenko afin de donner plus de légitimité à la direction des nouvelles républiques.

Enfin, dès le mois de juin 2014, la Russie est impliquée dans la guerre non seulement par l’envoi d’armes lourdes aux séparatistes locaux, mais aussi directement avec la participation des unités de l’armée russe dans les combats à Ilovaïsk en août 2014, à Debaltseve en février 2015, etc.

Cette intervention militaire a lieu au moment où l’armée ukrainienne et les bataillons de volontaires étaient sur le point d’infliger une défaite décisive aux forces séparatistes. C’est l’entrée de l’armée russe dans la guerre qui renverse les rapports de force, en poussant le président ukrainien Porochenko à entamer le processus de négociations et à signer le cessez-le-feu connu sous le nom d’accords de Minsk.

Les accords de Minsk : une guerre évitable ?

Il faut donc rappeler que les accords de Minsk interviennent dans une situation militaire très défavorable pour le gouvernement ukrainien, au moment où la Russie renverse la situation sur le champ de bataille et menace de continuer les conquêtes territoriales dans l’est et le sud de l’Ukraine, avec pour enjeu la création d’un couloir terrestre de la Crimée vers la Transnistrie.

Il y avait déjà à ce moment-là la crainte bien réelle d’une invasion de grande ampleur du pays. L’Ukraine se voit donc forcée d’accepter les termes des négociations. Pour la Russie, il s’agissait de trouver un moyen pour garder une influence décisive sur la politique interne et externe de l’Ukraine, car avec la perte de la Crimée et d’une partie du Donbass, l’Ukraine a aussi perdu son électorat le plus orienté vers le vote pro-russe.

Pour s’assurer le contrôle de son ancienne semi-colonie, la Russie avait donc davantage intérêt à une réintégration par l’Ukraine des territoires séparatistes sous condition de la fédéralisation du pays – aucune décision stratégique ne pouvant alors être prise sans accord de tous les membres de la fédération – qu’à reconnaître leur indépendance ou à les rattacher définitivement à la Russie, ce que les leaders séparatistes eux-mêmes souhaitaient pourtant.

Les négociations se déroulent à deux reprises : en septembre 2014 (Minsk I), puis en février 2015 (Minsk II).

Les accords de Minsk comprenaient plusieurs points avec un volet sécurité (cessez-le-feu, retrait des armes lourdes, échange des prisonniers, restauration de la frontière ukrainienne) et un volet politique (amnistie des personnes impliquées dans le mouvement séparatiste, réforme constitutionnelle de l’Ukraine fixant un principe de décentralisation du pouvoir, reconnaissance d’un statut spécial aux régions de Lougansk et de Donetsk, organisation des élections locales). Aucun point de ces accords n’a été pleinement appliqué.

Leur échec s’explique par l’impasse des négociations sur le volet politique. L’Ukraine réclame que les élections locales soient organisées selon la loi ukrainienne et sous surveillance des institutions internationales indépendantes après le démantèlement et le retrait préalable de toutes les formations militaires illégales (forces séparatistes, mercenaires et armée régulière russe) et la reprise par l’Ukraine du contrôle de sa frontière.

Poutine souhaite quant à lui que le processus commence par les élections locales et la réforme constitutionnelle. L’autre point de désaccord concernait l’amnistie pour les dirigeants des républiques séparatistes et la reconnaissance d’un statut spécial pour le Donbass. Ce statut impliquait que les régions puissent mener une politique économique, sociale, linguistique et culturelle autonome, nommer les procureurs et avoir des organes de justice indépendants, et enfin former leurs propres « milices populaires ».

Le texte suggérait également que le gouvernement central devait contribuer au renforcement de la coopération entre les régions de Lougansk et de Donetsk et la Russie. Concrètement, le texte des accords visait à légaliser le statu quo : les actuels dirigeants séparatistes deviendraient les représentants officiels du pouvoir ukrainien dans les territoires occupés, leurs forces militaires seraient maintenues et prendraient officiellement le contrôle de la frontière russo-ukrainienne.

De ce fait, les accords de Minsk étaient inaudibles pour l’opinion publique ukrainienne. Ils assuraient tout au plus un gel provisoire du conflit. Il était clair que, pour la Russie, il s’agissait par ces accords d’acquérir un instrument permanent d’ingérence dans les affaires ukrainiennes, empêchant le pays de mener une politique extérieure et intérieure indépendante.

Par ailleurs, ces accords n’apportaient aucune solution à la question de la Crimée. L’application de ces accords par le pouvoir ukrainien aurait sûrement mené à une nouvelle crise politique, à un nouveau Maïdan mené cette fois-ci par la frange la plus réactionnaire de la société civile ukrainienne. Du point de vue de la realpolitik, on pourrait toujours dire que le gouvernement ukrainien aurait pu éviter la guerre en faisant des concessions à la Russie. Mais une telle affirmation revient à blâmer la victime et à accepter que les puissances impérialistes puissent dicter aux peuples les conditions de leur soumission sous une pression militaire.

Daria Saburova Revue L’Anticapitaliste n°140 (novembre 2022)

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03 décembre 2022 ~ 0 Commentaire

maladie (actu bzh)

chadocs

De quoi le Finistère est-il malade ?

Quelles sont les pathologies dont les Finistériens souffrent le plus ? On peut le savoir grâce aux statistiques de l’assurance maladie, désormais accessibles à tous. Le Finistère se démarque en matière de santé mentale.

L’assurance maladie a mis à disposition ses données statistiques sur le site internet ameli.fr/ Elles permettent de constater combien de personnes sont atteintes d’une maladie (dans une liste de 57 faisant l’objet de remboursements de sécurité sociale), en France, dans les régions et dans chaque département, de connaître leur sexe et leur âge. Elles font aussi état des dépenses engagées pour chacune.

On dispose aujourd’hui des données de 2015 à 2020.

« On remarque ainsi que les 2/3 des dépenses de l’Assurance maladie concernent moins de 50 % de la population française et se concentrent sur quatre grands types de pathologies : les maladies mentales, les maladies cardiovasculaires, les cancers et les maladies chroniques (type diabète) », signale Hugues Bardoux, directeur de la Caisse primaire d’assurance maladie du Finistère.

Les principaux maux

Que disent ces statistiques des maux finistériens ?

Les traitements et maladies qui concernent le plus de patients dans le département sont :

  • les traitements du risque vasculaire (13,82 %)
  • les traitements psychotropes (10,34%)
  • les maladies cardiovasculaires (8,93%)
  • les maladies respiratoires chroniques (6,13%)
  • les cancers (6,02%)
  • les maladies psychiatriques (5,63%)
  • le diabète (4,67%)

Le Finistère se démarque en matière de santé mentale

Lorsque l’on étudie la prévalence (proportion de patients pris en charge pour une pathologie dans une population, en %) des pathologies en 2020, on remarque que certaines maladies sont davantage représentées dans notre département qu’ailleurs.

En matière de santé mentale, le Finistère se démarque. Avec une prévalence des maladies psychiatriques (5,63%) plus importante que dans le reste de la France (4,18%) et que dans la région Bretagne (5,16%). Même constat pour les traitements psychotropes avec une prévalence de 10,34% alors qu’elle n’est que de 9,47% en Bretagne et 8,52% en France. On est aussi au-dessus des prévalences régionale et nationale pour les troubles psychologiques et les troubles addictifs.

L’observation de l’évolution de la prévalence pour les traitements psychotropes (hors pathologies) montre une baisse régulière depuis 2015, puis une remontée en 2020, à imputer sans doute à la crise sanitaire.

Moins de diabète

On n’est pas bons non plus sur :

  • le cancer du poumon (0,31% dans le Finistère, 0,25 en Bretagne et 0,24 en France),
  • le cancer colorectal (0,86% dans le Finistère, 0,73 en Bretagne et 0,57 en France),
  • les maladies cardiovasculaires (8,93 dans le Finistère, 8,49 en Bretagne et 7,90 en France)

En revanche, les Finistériens souffrent moins de diabète. La prévalence de la maladie est de 4,67% dans le département, alors qu’elle est de 6,13% en France. « Une question d’alimentation ? », avance Hugues Bardoux.

Les psychotropes :

  • Les anti-dépresseurs : …
  • Les hypnotiques ou somnifères. …
  • Les anxiolytiques ou tranquillisants. …
  • Les neuroleptiques. …
  • Les psychodysleptiques. Les psychodysleptiques les plus connus sont le cannabis et les cannabinoïdes de synthèse, l’amphétamine, l’ecstasy ( MDMA ), les opiacés, le LSD, la cocaïne (crack) et l’héroine. Les pharmacopées traditionnelles proposent de nombreuses substances dysleptiques. L’alcool est un psychodysleptique.
  •  Martine De Saint Jan   3 Déc 22

https://actu.fr/bretagne/

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02 décembre 2022 ~ 0 Commentaire

pesticides (écologistas)

pesticide2
Pesticides perturbateurs endocriniens détectés, non autorisés et candidats à la substitution dans les aliments espagnols

Ecologistas en Acción étoffe son rapport sur les pesticides perturbateurs endocriniens détectés dans les aliments, y compris les pesticides non autorisés par l’Europe et ceux qui sont candidats à la substitution par les autorités.

En 2020, les aliments espagnols contenaient des traces de 125 pesticides différents : 57 perturbateurs endocriniens, 64 non autorisés et 13 candidats à la substitution en raison de leur toxicité élevée. L’Espagne doit réduire sa dépendance aux pesticides si elle veut atteindre l’objectif européen de réduction de 50 % de l’utilisation et des risques liés aux pesticides chimiques d’ici 2030.

L’objectif du rapport d’Ecologistas en Acción intitulé « Direct sur vos hormones. Les résidus de pesticides dans les aliments espagnols » vise à rendre visible la mesure dans laquelle les aliments exposent les gens à des pesticides toxiques. Dans cette édition, l’étude est élargie pour rendre compte de la contamination par des pesticides non autorisés par l’Europe et par des candidats au remplacement en raison de leur forte toxicité, ainsi que par des pesticides affectant le système hormonal ou des perturbateurs endocriniens.

En 2020, selon les analyses du programme de surveillance des résidus de pesticides, compilées par l’Agence espagnole de la consommation, de la sécurité alimentaire et de la nutrition (AESAN), les denrées alimentaires espagnoles contenaient des traces quantifiables de 125 pesticides différents. Parmi ceux-ci, 57 (58 si l’on inclut le DDT) sont des perturbateurs endocriniens, 64 ne sont pas autorisés et 13 sont candidats à la substitution par les autorités.

Bien que la limite légale pour chaque pesticide n’ait été dépassée que dans 1,75% des denrées alimentaires testées, il est préoccupant de constater que 35% des échantillons contenaient un ou plusieurs pesticides dont la toxicité combinée est inconnue.

Comme chaque année, les fruits et légumes sont le groupe le plus contaminé, avec 117 pesticides contaminant 41% des échantillons. Les deux aliments contenant le plus de résidus étaient les oranges, avec 36 substances différentes, et les poivrons, avec 27.

Ecologistes en action dénonce le fait que l’Espagne, leader européen des ventes de pesticides, est aussi le pays qui fournit la plus mauvaise information publique sur la présence de pesticides dans les aliments, puisqu’elle n’analyse que 3,26 échantillons pour 100 000 habitants, contre une moyenne européenne de 17,25. En outre, le nombre d’échantillons testés pour les résidus de pesticides a été réduit ces dernières années.

Au vu de ces résultats, il est essentiel de réduire la dépendance aux pesticides dans l’agriculture et d’encourager le passage à l’agriculture agro-écologique ; de fournir des informations plus représentatives à la population, y compris les pesticides utilisés en plus grande quantité, comme le 1,3-dichloropropène ou le glyphosate, substance cancérigène interdite ; de contrôler les autorisations exceptionnelles pour les pesticides non autorisés ; et d’évaluer les substances candidates afin de les remplacer progressivement par leurs alternatives existantes.

C’est le seul moyen d’atteindre l’objectif européen de 2030, à savoir une réduction de 50 % de l’utilisation et des risques liés aux pesticides chimiques.

29/11/2022

https://www.ecologistasenaccion.org/

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27 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

chine (france-info le-monde)

chine

Chine : confinement, émeutes… Ce que l’on sait de la situation dans la plus grande usine d’iPhone

Des heurts ont opposé des salariés et la police sur le site de Zhengzhou où sont fabriqués les téléphones d’Apple. Des tensions dues à un foyer de Covid-19 et aux mesures très strictes imposées.

Elle est surnommée « iPhone City ». L’usine de Zhengzhou, plus grand site au monde de fabrication du smartphone d’Apple, située dans l’est de la Chine, est devenue un foyer de Covid-19. Propriété du groupe taïwanais Foxconn, l’usine fonctionne depuis octobre en « circuit fermé » et la plupart des travailleurs résident sur place dans des dortoirs. D’importantes manifestations d’employés ont éclaté, mercredi 23 novembre, pour dénoncer les conditions de travail et de rémunération sur le site. Une situation qui témoigne aussi de la lassitude et de la contestation de la population chinoise vis-à-vis de la stratégie  »Zéro Covid » du gouvernement.

L’usine est confinée

Foxconn, principal fournisseur d’Apple, produit la plupart des iPhone dans son usine de Zhengzhou, explique Reuters (en anglais). Le site, situé dans la province du Henan, emploie plus de 200 000 personnes, d’après l’AFP. Ces derniers mois, l’usine a été confrontée à une hausse des cas de Covid-19 parmi ses salariés. Mais Foxconn a une obsession : maintenir la production à l’approche des fêtes de fin d’année.

Le sous-traitant d’Apple a donc instauré en octobre un confinement pour tenter de contenir la propagation du virus. Pour limiter les contacts avec l’extérieur, les employés sont donc logés dans des dortoirs, rapportent Les Echos. Plusieurs employés ont décrit une situation « chaotique » auprès de l’AFP.

Certains d’entre eux racontent aussi sous couvert d’anonymat que « des gens testés positifs cohabitent avec des gens négatifs ». Des vidéos d’employés se plaignant de leurs conditions de travail et d’un manque de protection face au virus ont également été partagées sur les réseaux sociaux.

Des salariés se sont échappés 

Face à ces nouveaux cas de Covid-19 et aux mesures prises par l’entreprise, des travailleurs ont pris la fuite fin octobre, remarque Le Monde. Des images, partagées par le correspondant de la BBC, montrent des ouvriers s’échappant par-dessus un grillage avec leurs valises. En réaction, les autorités chinoises ont annoncé début novembre un confinement pour une semaine des 600 000 personnes vivant autour du site.

De son côté, Foxconn a tenté de recruter de nouveaux employés, avec l’appui des autorités locales, qui ont incité d’anciens membres de l’armée ou des cadres du Parti communiste chinois à prêter main forte à l’usine pour assurer la production, racontent Les Echos et Le Monde.

Surtout, pour retenir ses salariés, Foxconn a promis des bonus multipliés par quatre. L’entreprise a annoncé le 1er novembre qu’elle verserait une prime quotidienne de 400 yuans (environ 54 euros) par jour de présence au travail, ainsi qu’un bonus supplémentaire en cas de présence à l’usine pour au moins 15 jours en novembre.

Des émeutes ont éclaté

Mais ces mesures n’ont pas empêché de violentes émeutes d’éclater mercredi entre la police et des salariés de l’usine, excédés par les conditions de travail. Des vidéos amateurs montrent les forces de l’ordre, en tenue de protection blanche, tenter de bloquer les sorties du site et frappant les manifestants. La diffusion de ces images a été censurée en Chine, explique le correspondant de France Télévisions en Chine.

Un ouvrier a déclaré auprès de l’AFP que les protestations avaient éclaté en raison d’une polémique autour du versement des primes promises aux ouvriers. Il affirme que le bonus aurait été revu à la baisse, provoquant un fort mécontentement au sein du personnel.

Foxconn a de son côté confirmé des « violences » et affirmé jeudi qu’une « erreur technique » dans son système de paiement était à l’origine de ce problème de versement des primes. « La société fera de son mieux pour résoudre de façon proactive les demandes raisonnables des employés », explique-t-elle. L’entreprise nie cependant avoir hébergé de nouvelles recrues avec du personnel positif au Covid-19.

Ces manifestations témoignent aussi de la lassitude d’une grande partie de la population chinoise quant à la stricte politique sanitaire « Zéro Covid » appliquée dans le pays. La moindre hausse des cas conduit à la fermeture de villes entières.

Les autorités de Zhengzhou ont d’ailleurs annoncé jeudi le confinement de plusieurs quartiers. A partir de vendredi, et pendant cinq jours, les habitants du centre-ville ne seront plus autorisés à quitter la zone sans un test négatif quotidien et l’autorisation des autorités locales. Il leur est conseillé de ne pas quitter leur domicile « sauf si nécessaire ». Ces restrictions concernent plus de six millions d’habitants.

Apple va examiner la situation

De son côté, Apple a déclaré jeudi que des représentants se trouvaient actuellement au sein de l’usine. A l’AFP, le groupe californien affirme qu’il « examine la situation et travaille en étroite collaboration avec Foxconn pour s’assurer que les préoccupations de leurs employés soient prises en compte ».

L’entreprise américaine a admis début novembre que le confinement du site avait « temporairement affecté » la production de l’usine, entraînant des livraisons de l’iPhone 14 Pro  »plus faibles qu’anticipées ».  »Les clients vont devoir attendre plus longtemps pour recevoir leurs nouveaux produits », expliquait alors la marque.

« Comme nous l’avons fait depuis le début de la pandémie, nous faisons passer en priorité la santé et la sécurité des ouvriers de notre chaîne d’approvisionnement. »

Apple

Mais Foxconn promet désormais une indemnité de 10 000 yuans à ses employés qui souhaiteraient mettre fin à leur contrat. Soit environ 1 340 euros pour couvrir leur salaire, ainsi que les frais de transport et quarantaine. Plusieurs salariés ont confirmé avoir reçu cette prime en échange de leur départ immédiat. Un employé a également raconté à l’AFP que des collègues blessés avaient reçu un bonus additionnel de 500 yuans. Contactée par l’AFP, Foxconn n’a pas réagi.

24/11/2022

https://www.francetvinfo.fr/

chine micro

La Chine connaît une flambée de colère sans précédent contre la politique zéro Covid (Le Monde)

Dans la région ouïgoure du Xinjiang, un incendie a tué plusieurs personnes qui n’ont pas pu être sauvées par les secours, bloqués en raison des restrictions sanitaires. Le drame a relancé la contestation dans plusieurs villes du pays.

D’Urumqi (Xinjiang) à Shanghaï, de Canton (Guangdong) à Zhengzhou (Henan), de Pékin à Nankin (Jiangsu), des dizaines de milliers de personnes ont, sous une forme ou sous une autre participé ces derniers jours à des manifestations collectives en Chine.

A Pékin juste avant le Congrès du Parti communiste, un homme avait mis en scène sa colère, brandissant une banderole hostile à Xi Jinping, sachant pertinemment qu’il allait se faire arrêter quelques minutes plus tard. Le 24 novembre, c’est au tour d’un habitant de Chongqing de dénoncer publiquement la politique suivie en clamant en pleine rue : « Il n’y a qu’une seule maladie dans le monde : le manque de liberté et la pauvreté. » Ces mouvements de colère ont, malgré la censure, été relayés par des dizaines de millions d’internautes. C’est du jamais-vu depuis l’occupation de la place Tiananmen en juin 1989.

Même si elles prennent des formes très diverses, ces manifestations sont toutes liées à la politique du zéro Covid. Alors que la région du Xinjiang (où vit une forte population ouïgoure) est quasiment coupée du reste de la Chine depuis environ trois mois et que des millions d’habitants y sont confinés, la mort dans la capitale, Urumqi, de 10 personnes jeudi 24 novembre dans un immeuble en feu auquel les pompiers n’ont pu accéder a poussé plusieurs centaines d’habitants à protester devant la mairie contre les excès du confinement.

« Une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine »

Alors que les Chinois se préoccupent généralement assez peu du sort des Ouïgours, ce fait divers scandalise tout le pays. C’est pour rendre hommage aux victimes que des dizaines de jeunes Shanghaïens se sont rassemblés samedi 26 novembre, avant d’être rapidement rejoints par des centaines de personnes. Leur manifestation est ainsi devenue très politique.

A Nankin, des étudiants en communication ont brandi de simples feuilles blanches, le même jour, en hommage aux victimes de l’incendie, s’attirant les foudres d’un responsable de l’université, qui a menacé : « Vous paierez pour ce que vous avez fait aujourd’hui. » A Pékin, ce dimanche, des centaines d’étudiants de l’université Tsinghua – là où Xi Jinping a étudié – ont chanté L’Internationale et revendiqué plus de liberté.

 A Shanghaï, des dizaines de jeunes se sont rassemblés pour rendre hommage aux victimes de l’incendie d’Urumqi, samedi 26 novembre 2022.

Ces mouvements suivent de peu la colère des ouvriers de Foxconn, le célèbre sous-traitant d’Apple, qui protestaient à la fois contre l’absence de primes qui leur avaient été promises mais aussi contre la politique anti-Covid-19 de l’entreprise. Ce mouvement social n’a en revanche pas débouché sur une revendication politique.

Frédéric Lemaître Pékin

https://www.lemonde.fr/

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17 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

eau potable (reporterre)

des cours d'eau bretons sont en bon état écologique

Pesticides : le « tour de passe-passe » pour rendre l’eau potable

Fin septembre, l’eau potable de plusieurs millions de Français contaminée par l’ESA-métolachlore, un résidu d’herbicide, est… redevenue conforme. Un « tour de passe-passe » de l’État, dénonce une ONG.

C’est l’histoire d’un polluant, l’ESA-métolachlore, qui disparaît subitement des eaux. Depuis le 1er avril 2021, ce métabolite issu de la dégradation du S-métolachlore – herbicide très largement épandu dans les cultures – est recherché systématiquement dans les analyses de qualité de l’eau. Et quand on cherche, on trouve.

Sur les 16 845 prélèvements d’eau potable réalisés en France entre le 1er janvier 2022 et le 31 août 2022, 2 791 – soit près de 17 % – affichaient un taux d’ESA-métolachlore supérieur à 0,1 microgramme/litre (µg/L), la limite de qualité. Des taux fâcheux pour les industriels des pesticides — et pour l’État. L’un d’eux a donc livré de nouvelles études menant à ce que les agences gouvernementales revoient à la baisse la dangerosité de la molécule. « Un remarquable tour de passe-passe », selon Générations futures, qui dénonce « une méthode d’évaluation qui ignore le principe de précaution ».

Dès fin 2021, Syngenta, l’un des fabricants du S-métolachlore, a soumis de nouvelles études à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). « La réglementation prévoit que c’est aux industriels d’apporter les preuves de l’innocuité de leurs produits », précise Éléonore Ney, cheffe de l’unité d’évaluation des risques liés à l’eau à l’Anses.

« Jusque là, nous n’avions pas suffisamment de données sur le potentiel génotoxique de ce métabolite, les études fournies étaient anciennes et n’avaient pas été réalisées selon les normes actuelles. Nos experts ne pouvaient pas se prononcer. Dès lors l’ESA-métolachlore était classé comme molécule pertinente. » Concrètement, cela signifiait qu’au-dessus de 0,1 µg/L, l’eau était considérée comme non potable.

Après examen critique des nouvelles données fournies par Syngenta, l’agence publie un nouvel avis : elle décide de classer l’ESA-métolachlore de substance « pertinente » à substance « non pertinente » (même chose pour le métabolite NOA-métolachlore). Autrement dit, la limite de qualité est relevée à 0,9 µg/L. Ainsi, si on appliquait ce nouveau seuil sur les mêmes 16 845 prélèvements, il n’en resterait que 66 avec des taux non conformes.

La molécule mère classée comme « cancérigène suspecté »

Les effets sont particulièrement visibles dans les départements qui affichaient les plus forts taux de contamination. « Ce nouveau classement rend caduque une grande partie des non-conformités de l’eau du robinet constatées en Bretagne », souligne Eaux et rivières de Bretagne. Désormais, on ne recense plus que 1 % de prélèvements non conformes dans le Finistère (contre 66 % de prélèvements contaminés auparavant), mais aussi dans les Côtes-d’Armor (contre 52 % auparavant) et dans la Manche (contre 60 % auparavant). Dans le Gers, on descend à seulement 5 % de prélèvements non conformes contre 55 % lorsque l’ESA-métolachlore était jugé « pertinent ». Et dans le Cher, alors que presque la moitié des prélèvements étaient non conformes, plus aucun ne dépasserait désormais la limite de qualité avec le nouveau seuil.

Cette soudaine amélioration n’est en réalité qu’illusoire. Le métabolite est bien toujours présent dans l’eau. Générations futures souligne qu’il existe de nombreuses alertes sur le potentiel cancérigène et reprotoxique de la molécule mère, le S-métolachlore. En juin dernier, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) classait cette dernière comme cancérigène suspecté.

« La confiance dans l’eau potable a pris une claque »

« La confiance dans l’eau potable a pris une claque, affirme pour sa part Régis Taisne, chef du département Cycle de l’eau à la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR). 10 à 12 millions d’habitants ont été informés que leur eau n’était pas conforme. Et aujourd’hui, on leur explique qu’elle le redevient. Les usagers peuvent se poser des questions. »

D’autant qu’un nouveau classement en molécule « pertinente » n’est pas exclu, le caractère perturbateur endocrinien n’ayant pas été encore étudié. Un travail d’analyse est en cours au niveau européen. L’Anses l’écrit dans son avis : « Si la substance active, le S-métolachlore, était classée comme perturbateur endocrinien [...], il serait nécessaire de réévaluer le classement de la pertinence pour le métabolite ESA. »

Par ailleurs, Régis Taisne met en garde contre les molécules de substitution, notamment le diméthénamide-P (dmta-P), substitut principal du S-métolachlore. « Depuis deux ou trois ans, Syngenta propose de nouvelles molécules. Les agriculteurs sont par exemple incités à utiliser différentes molécules pour permettre de rester sous les 0,1 µg/L, explique-t-il. Or, on commence à retrouver ces substances dans les eaux, certes en petites quantités. Mais certaines seront peut-être à leur tour classées comme pertinentes dans quelque temps. »

Pour éliminer tout risque, Hugues Tupin, vice-président de Douarnenez Métropole, délégué à l’eau, à l’assainissement et aux eaux pluviales ne voit qu’une solution : l’interdiction des pesticides sur les aires d’alimentation de captage : « Il faudrait sanctuariser les zones de captage et y interdire l’usage de ces produits. Dans le Finistère, ces zones ne représentent que 1 % de la surface utile agricole. Ce qui est infime. L’État doit agir et mettre en place un système de compensation financière pour les agriculteurs concernés et un accompagnement vers de nouveaux modes de désherbage, plus mécaniques. »

Qui paye ? Les consommateurs, et non les industriels

Du côté des collectivités et syndicats des eaux, c’est à la fois le soulagement et l’incompréhension. L’ESA-métolachlore était devenu leur bête noire depuis deux ans. De nombreuses communes dans lesquelles l’eau était devenue non potable avaient dû réclamer des dérogations de trois ans minimum pour pouvoir continuer à distribuer l’eau au robinet. En contrepartie, elles s’étaient engagées à mener des actions : changer de ressources (ce qui n’était pas toujours possible), améliorer la qualité de la ressource ou traiter l’eau contaminée.

C’est le cas par exemple à Douarnenez, où deux des trois sites de production d’eau ont été fermés pendant plusieurs mois afin de pouvoir les équiper de filtres à charbon actif. Pendant ce temps, le troisième site de production, déjà équipé d’un filtre, assurait la fourniture en eau potable de toute la région. Les deux usines ont pu redémarrer cet été. Coût de l’opération : 300 000 euros.

« La facture des usagers va augmenter entre 8 et 10 %, évalue d’ores et déjà Hugues Tupin, vice-président de Douarnenez Métropole. Ce qui est beaucoup. Et on ne compte pas le coût des filtres à charbon qui explose, compte tenu de la forte demande. Il faut aussi les changer plus souvent. Avant, le filtre avait une durée de 3 à 4 ans. Désormais, pour qu’il reste efficace pour filtrer les métabolites, il faut le changer tous les 6 à 8 mois ! »

Le surcoût pour les consommateurs pourrait être encore plus important dans les communes ayant opté pour un système plus performant (osmose inversée, traitement par ozonation, etc.). « Là, il faut compter 30 à 40 centimes de plus par mètre cube, soit une hausse de 20 % des prix pour le consommateur, et ce sans compter le coût actuel de l’énergie qui explose », calcule Régis Taisne.

Hugues Tupin déplore que ce coût de dépollution soit intégralement reporté sur le consommateur : « Jamais les fabricants de ces produits phytosanitaires ne sont mis à contribution alors que ce sont eux les pollueurs, et qu’ils devraient participer au traitement de leurs déchets. »

Fabienne Loiseau et Clarisse Albertini

https://reporterre.net/

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17 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

triskalia (basta)

triskalia (basta) dans Altermondialisme

« On ne peut pas empoisonner les gens comme ils l’ont fait » : l’intrigante impunité d’un groupe agroalimentaire

Voilà douze ans que deux salariés de la coopérative agricole Triskalia ont porté plainte, suite à leur intoxication aux pesticides. Sortis victorieux de leurs démarches côté civil, ils attendent toujours que la justice pénale se prononce.

Les victimes de pesticides auront-elles droit un jour à un procès pénal ? Stéphane Rouxel et Laurent Guillou le souhaitent ardemment. Anciens salariés de la coopérative agricole Triskalia, ils ont été intoxiqués en février 2009 sur leur lieu de travail, puis en février et mai 2010 [1]. Quelques mois plus tard, ils ont déposé plainte pour empoisonnement. D’abord classée, puis jugée irrecevable avant d’être finalement instruite, leur plainte a donné lieu à une longue enquête, qui a connu divers rebondissements avant d’être définitivement close en avril 2022. Ils attendent maintenant l’avis du procureur. Va-t-il décider de poursuivre, ou non, les personnes mises en cause ? Est-ce que Triskalia, aujourd’hui fondue dans l’immense groupe agroalimentaire Eureden, devra rendre des comptes ?

Saignements de nez, céphalées et maux de ventre

« Le procureur devrait nous donner une réponse. Cela dure quand même depuis 2010 », retrace Stéphane Rouxel. Cette année-là, « deux petits ouvriers portent plainte contre une grosse boîte pour empoisonnement », explique-t-il pour résumer « l’affaire ». Tout a commencé en février 2009, à Plouisy, commune située à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor. Nous sommes sur le site agro-industriel de la coopérative Triskalia, où on stocke et transporte des céréales destinées à l’alimentation animale. Deux filiales, qui appartiennent à Triskalia, se partagent le travail : Eolys se charge du stockage, tandis que Nutrea transforme et transporte.

Mal ventilées, les céréales stockées sur le site de Plouisy germent et moisissent. Des insectes s’y installent. Pour se débarrasser de tous ces nuisibles, les céréales sont aspergées de Nuvan Total, un pesticide interdit depuis 2007. Problème : les salariés chargés du transfert et du transport de ces céréales ne sont pas au courant. Parmi eux : Stéphane Rouxel et Laurent Guillou. Exposés sans protection, ils font de violentes réactions : brûlures du cuir chevelu et de la peau, saignements de nez, maux de tête, douleurs au ventre. « En 2010, j’ai ressenti les mêmes symptômes, évoque Stéphane. On ne pouvait même plus entrer boire un café dans notre local de pause, qui était plein de poussières remplies de produits. »

En jetant un œil aux pompes d’injection des pesticides, Stéphane constate un important surdosage de Nuvagrain, insecticide alors autorisé (mais interdit depuis). Le débit avec lequel est aspergé le produit toxique est trop important : « Les céréales étaient pulvérisées à hauteur de 40 à 50 %, au lieu des 10 % autorisés. ». Un autre salarié ainsi que le médecin de la mutualité sociale agricole (MSA, l’équivalent de la Sécurité sociale côté agricole) confirmeront ce surdosage. « Avec Laurent, on était vraiment mal. Il fallait qu’on s’éloigne pour ne pas tousser et avoir des plaques sur le corps. On s’est dit que ce n’était plus possible. On est partis à la gendarmerie. »

L’inspection du travail s’en mêle

En plus de la plainte pour empoisonnement de Stéphane et Laurent, plusieurs alertes sont envoyées au procureur par l’inspection du travail. Les courriers qui lui sont adressés expliquent que plusieurs salariés de Nutrea ont été « victimes de maux de tête, de douleurs au ventre, de saignements de nez, de picotements de la langue, de troubles du sommeil ». L’un d’eux évoque le fait que le produit a été injecté directement dans les gaines de ventilation pour diffuser les produits, sans dosage. « Plusieurs infractions délictuelles au Code du travail » sont relevées par l’inspection du travail. Mais en 2015, soit cinq ans après son dépôt, la plainte de Laurent Guillou et Stéphane Rouxel est classée. Motifs : les personnes morales ont disparu (Nutrea a été dissoute et Eolys a subi une fusion-acquisition) ; et les charges à l’encontre des personnes physiques sont insuffisantes. « La découverte d’éventuels éléments probants, cinq ans après les faits, au sein d’entités n’ayant plus d’ existence légale, [devient] fort aléatoire », ajoute le vice-procureur de l’époque Alain Le Coz.

Pourtant, de nombreux « éléments probants » vont finir par apparaître. Car Stéphane et Laurent déposent une nouvelle plainte, directement devant le juge d’instruction. Les gendarmes, à qui l’enquête est confiée, auditionnent plusieurs dizaines de personnes – des salariés mais aussi des agriculteurs. De nombreux témoignages confirment l’absence de protection et d’information sur les risques et dangers des pesticides. « Il n’y avait que de simples masques en papier alors que l’on passait huit heures dans la merde et que celui-ci est inefficace au bout de cinq minutes », rapporte un salarié. D’autres témoins expliquent que, suite aux pulvérisations de pesticides, ils ont observé « une mortalité importante chez les pigeons et chez toute la faune qui venait manger les céréales ».

Les enquêteurs découvrent de nouvelles victimes, qui évoquent des « sensations de picotements de la langue », du « sang craché », des « brûlures », des « vomissements », des « insomnies », des « maux de tête et de ventre ». Certaines depuis 2009, d’autres depuis 2010. Des agriculteurs font part de brûlures au visage suite à l’ouverture de sacs d’aliments pour animaux, ou d’effets délétères sur leurs bêtes. Les enquêteurs récupèrent en plus des résultats d’analyses qui attestent notamment d’un surdosage du Nuvagrain pulvérisé en 2010.

« Pour les petits comme nous, il n’y a pas de justice. »

Mais ces nouveaux éléments ne suffisent pas à la justice : en avril 2021, le procureur prononce un non-lieu. La décision est cinglante pour Stéphane Rouxel et Laurent Guillou. Mais aussi pour tous ceux et celles qui se tiennent à leurs côtés depuis des années. Parmi eux : Claude Le Guyader, ancien chauffeur-livreur pour Nutrea.

Victime d’une intoxication aux pesticides à la fin 2009, il souffre depuis d’importantes difficultés respiratoires, douleurs diverses et céphalées récurrentes. Sa demande de reconnaissance en maladie professionnelle, déposée en 2010, a été obtenue en 2018. En 2019, il obtient la reconnaissance du caractère abusif de son licenciement. Il réclame maintenant la reconnaissance de la faute inexcusable de son employeur. Elle lui a été refusée une première fois en décembre 2020. Mais il a fait appel. L’ancien ouvrier, épuisé par ces années de procédure pense que « pour les petits comme nous, il n’y a pas de justice. C’est tout. C’est ça que je retiens moi ».

Édith Le Goffic approuve d’un regard déterminé les dires de Claude Le Guyader. Son mari, Gwenaël, ancien salarié de Nutrea/Triskalia, s’est suicidé sur son lieu de travail, à Plouisy, en 2010. Après d’âpres bagarres, Édith a réussi à faire reconnaître ce suicide comme un accident du travail. La faute inexcusable de son employeur a en plus été reconnue. Au départ « impressionnée » par cette grosse entreprise, qui ne s’est pas privée de l’écraser de son mépris, Édith n’a jamais baissé les bras. Soutenue par l’avocat François Lafforgue, comme l’ensemble des victimes de Triskalia, elle espère elle aussi qu’un procès pénal se tiendra un jour.

« Les entreprises doivent savoir qu’elles ne peuvent pas jouer avec la vie des gens, dit-elle d’une voix claire. Il faut dire stop. Donc aujourd’hui, il nous faut un pénal. » « Avec un procès pénal, on s’adresse à la société pour dire qu’il y a des interdits, insiste Serge Le Quéau, de l’union syndicale Solidaires, inlassable soutien des victimes du système agro-industriel. Il faut dire que quand on enfreint les lois, on est puni. On ne peut pas empoisonner les gens comme ils l’ont fait. »

Pouvoir tourner la page

Pour Stéphane et Laurent, un procès pénal serait une façon de tourner définitivement la page d’une grave atteinte à leur santé, d’un bouleversement de leurs vies privées et professionnelles. « Tout cela m’a empêché de continuer ma vie professionnelle, explique Stéphane. J’ai mis beaucoup de temps à retrouver du travail. C’est toujours compliqué avec ma maladie. Je trouve des missions d’intérim comme cariste ou magasinier, mais il faut que ce soit dans des entrepôts sans produits. Je n’ai que quelques missions par-ci par-là. Je veux obtenir une réparation pour tout cela. »

Bien sûr, il y a eu le civil. Où Stéphane et Laurent ont tout gagné, en dépit des nombreux recours et appels de leurs employeurs : reconnaissance de leur intoxication comme accident du travail, faute inexcusable de leur employeur, requalification de leur licenciement pour inaptitude comme étant abusif. Mais le civil, « ce n’est pas pareil », dit Stéphane. La justice civile ne permet pas de condamner l’auteur d’un éventuel délit. « Ce qu’on réclame, c’est un peu de justice. Que les personnes qui nous ont ordonné de faire ce qu’on a fait soient punies. Tout le monde doit avoir le droit de travailler dignement, sans être intoxiqué », pense Stéphane.

La France accablée par l’Europe

Lassées d’attendre, les victimes de Triskalia jouent une nouvelle carte en 2016. Elles saisissent la commission des pétitions, qui dépend du Parlement européen. « Cette démarche peut être enclenchée par tout citoyen européen quand il y a une infraction aux directives européennes, explique Michèle Rivasi, députée européenne écologiste, engagée aux côtés des victimes de Triskalia. En l’occurrence, plusieurs directives n’ont pas été respectées, concernant l’utilisation des pesticides, et la protection de la santé et de la sécurité des travailleurs [2]. »

« On voulait dénoncer ce qui se passait en France, détaille Serge Le Quéau, à l’origine de cette saisine. Les empoisonnements des salariés et la façon dont ils étaient traités. On a fait appuyer notre saisine par une pétition citoyenne. Nous avons eu 70 000 signatures. » À Bruxelles, l’affaire fait grand bruit. Une mission se déplace carrément en Bretagne, en juin 2018, pour venir enquêter, et elle rend un rapport accablant pointant divers dysfonctionnements ; en particulier concernant le stockage des pesticides dans les entrepôts des distributeurs et revendeurs : 70 % des inspections réalisées chez les distributeurs et les revendeurs de pesticides bretons révèlent des non-conformités.

Interpellé, le gouvernement français laisse traîner. « La Commission des pétitions ne peut pas clôturer son rapport final, explique Serge Le Quéau, parce que la France n’a pas répondu à toutes ses questions, en particulier le ministère de l’Agriculture. » Aux dernières nouvelles, tout pourrait être bouclé en février 2023, mais il peut toujours y avoir de nouveaux atermoiements. « C’est exceptionnellement long, je n’ai jamais vu ça », rapporte Michèle Rivasi, ajoutant que « quand il sera clos, le rapport final sera remis au pétitionnaire et envoyé au tribunal de Saint-Brieuc ».

Celui-ci en tiendra-t-il compte ? « Le juge pénal peut être intéressé par ce qui se passe par ailleurs », répond François Lafforgue quand on lui pose la question. Mais le procureur, qui exerce sous l’autorité directe du ministère de la Justice, osera-t-il infirmer l’avis qu’il avait rendu en avril 2021 ? Le parquet reconnaissait alors que Laurent Guillou et Stéphane Rouxel avaient bien été victimes d’une intoxication aux pesticides, mais que l’enquête n’avait pas été en mesure de prouver l’intentionnalité de quiconque de les empoisonner. L’argument avait alors été contesté par François Lafforgue, qui avait écrit au procureur, lequel avait demandé une énième réouverture de l’enquête. Celle-ci a été définitivement close en avril 2022. Depuis… silence radio. Interrogé par basta!, le procureur n’a pas donné suite. Eureden – qui a absorbé Triskalia en 2020 – non plus.

Nolwenn Weiler 16 novembre 2022

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17 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

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