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21 février 2026 ~ 0 Commentaire

Crues (LO)

climat

L’État et les crues

Après moi le déluge

Les propos de la ministre renvoyant la balle aux élus à propos des inondations soulignent bien la désinvolture du gouvernement face aux souffrances des habitants, mais sa responsabilité se situe aussi à un autre niveau.

Tous les hydrologues affirment que si les digues et les barrages sont indispensables pour protéger la population, ces ouvrages n’empêcheront pas pour autant les inondations de se répéter et de s’aggraver. Elles ne prennent pas naissance sur les rives des cours d’eau, mais sur les bassins versants où ruisselle l’eau de pluie.

Ils comprennent à chaque fois plusieurs milliers de kilomètres carrés et des dizaines de communes, parfois loin des zones inondables. La construction de parkings, de nouveaux lotissements, de centres commerciaux a fait apparaître autant de surfaces imperméables sur lesquelles l’eau ruisselle au lieu de s’enfoncer dans la terre.

Après les épisodes de fortes pluies, la terre gorgée d’eau ne peut plus rien absorber. On peut comprendre la volonté d’un maire d’attirer de nouveaux habitants en construisant, ou de permettre à la population d’accéder à des commerces mais de telles décisions sont souvent prises sans en calculer les conséquences futures, sans aucune planification. C’est l’illustration même de l’anarchie capitaliste, et des répercussions dramatiques qu’elle peut avoir.

Les scientifiques estiment que les fortes pluies et les crues se multiplieront à l’avenir, et qu’elles sont les premières manifestations des effets du changement climatique, mais les responsables politiques n’en tiennent en fait aucun compte. En réalité, les seules à prendre au sérieux ces avertissements sont les compagnies d’assurance qui augmentent les primes pour garantir leur profits, quand elles ne refusent pas tout simplement d’assurer les habitations et les communes menacées.

Daniel Mescla 18/02/2026

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10 décembre 2025 ~ 0 Commentaire

Patrimoine (OF)

macron

Il est « très inégalement réparti » : deux études détaillent la répartition du patrimoine en France et dans le monde

L’Insee a publié ce mardi 9 décembre un point sur le patrimoine des Français. Il en ressort que les inégalités en la matière sont encore plus importantes que celles concernant les niveaux de vie. Le World Inequality Lab tire le même constat au niveau mondial.

Les études tombent à pic, tant le sujet a fait parler ces dernières semaines. L’Insee a publié ce mardi 9 décembre 2025 une étude portant sur les Français et leur patrimoine (biens immobiliers, placements financiers, biens professionnels, etc.). Le document confirme que les inégalités patrimoniales, en légère hausse depuis 2015, sont importantes.

3 millions d’euros de patrimoine pour les 1 % les plus riches

À titre d’exemple, les 10 % des ménages qui possèdent le moins de patrimoine ont un patrimoine moyen inférieur à 6 200 €, alors que les 10 % des ménages ayant le plus de patrimoine disposent en moyenne d’un patrimoine brut supérieur à 857 700 €. Les 1 % les mieux dotés disposent quant à eux de 3 020 900 € de patrimoine. Au total, l’Insee note que « les 10 % des ménages les mieux dotés en patrimoine détiennent près de la moitié de la masse totale de patrimoine brut » en France.

Le patrimoine des ménages aisés est également beaucoup plus diversifié. Là où les plus modestes disposent surtout de comptes sur livret ou de « patrimoine résiduel » (voitures, équipement de la maison, etc.), les ménages les plus aisés disposent plus souvent d’un fort patrimoine immobilier et d’un patrimoine professionnel (entreprises, terres, bâtiments professionnels, etc.) important.

Plus on est âgés, plus on a de patrimoine

L’étude de l’Insee indique par ailleurs que, sans grande surprise, le niveau de patrimoine varie beaucoup selon l’âge des ménages considérés. « Le patrimoine brut moyen augmente continûment jusqu’à atteindre son maximum autour de 60 ans, puis il se stabilise, avant de diminuer au-delà de 75 ans », explique l’Insee. Ainsi, un ménage dont la personne de référence (celle qui rapporte le plus de revenus aux ménages) a 25 ans dispose d’un patrimoine brut moyen d’environ 150 000 € (duquel il faut retrancher ses dettes), quand ce total dépasse 450 000 € pour les ménages sexagénaires.

Une courbe qui aboutit à ce que les aînés concentrent une partie du patrimoine plus importante que leur part dans la population : les ménages dont la personne de référence est âgée d’entre 50 et 79 ans réunissent 61 % du patrimoine total des Français, alors que cette tranche d’âge ne représente que 50 % des ménages.

Au niveau mondial, des inégalités criantes

En France, les inégalités de patrimoine sont donc marquées. Et elles le sont encore plus au niveau mondial, ce que rappelle ce mardi le World Inequality Lab, entité rattachée à l’école d’économie de Paris, co-dirigée par Thomas Piketty et Gabriel Zucman.

Dans la troisième édition de son rapport sur les inégalités mondiales, ce laboratoire, qui travaillent avec plus de 200 chercheurs à travers le monde, indique qu’au niveau mondial, les 10 % les plus aisés concentrent 75 % du patrimoine, quand la moitié de l’humanité la moins favorisée n’en détient que 2 %.

Pire, selon le rapport, les 56 000 personnes les plus fortunées du monde détiennent à elles seules trois fois plus de patrimoine que les 50 % de l’humanité les moins bien lotis. Ces très grandes fortunes concentrent ainsi 6 % de la richesse mondiale, contre 4 % en 1995.

Des inégalités encore plus marquées que pour les revenus

Il est enfin à noter que, dans les deux cas, les inégalités de patrimoine sont plus importantes que les inégalités de revenus, pourtant majeures. Au niveau mondial, les 10 % les plus aisés attirent 53 % des revenus, contre 75 % du patrimoine, alors que la moitié la moins favorisée attire 8 % des revenus contre 2 % du capital. En France, les 10 % les plus aisés concentrent donc 48 % du patrimoine, contre 25 % des revenus.

Maxime MAINGUET 09/12/2025

https://www.ouest-france.fr/

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27 novembre 2025 ~ 0 Commentaire

Révolte (Le Canard)

"See! All we have to do is wait!"

La grande révolte des pleins aux as

Alors que « Le Figaro », « Les Echos », et « L’Opinion » pleurent sur le martyre fiscal des nantis, l’Insee rappelle que les ultrariches n’ont jamais été aussi prospères… ni aussi peu taxés.

Trop, c’est trop. Au fur et à mesure que les débats budgétaires s’enlisent et que Bercy s’épuise à trouver des recettes, les grandes plumes des « Echos », du « Figaro », de « L’Opinion » et de tant d’autres journaux enragent. Ces gilets jaunes de l’édito s’égosillent : touche pas à nos riches ! C’est sur eux, s’insurge « Le Figaro » (20/11), que l’impôt, tel un nœud coulant, « est toujours plus concentré ».

Tandis que « L’Opinion » du même jour pousse un long cri : « Propriétaires, hauts revenus, ultrariches, entreprises et entrepreneurs sont les souffre-douleur sacrificiels et captifs d’Ubu rois bien incapables, quoi qu’ils disent ou promettent, de résister à leur soif d’impôts. » Debout, les damnés de la taxe ! Debout, les forçats de l’IFI ! Désormais, Crésus rime avec Spartacus !

Jean-François Julliard

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24 novembre 2025 ~ 0 Commentaire

COP30 (Reporterre)

dupont

COP30 : « L’Europe, “chevalier blanc de la transition” ? Quelle hypocrisie ! »

En tentant d’intégrer la sortie des énergies fossiles dans l’accord de la COP30, l’UE s’est présentée comme le « chevalier blanc de la transition », explique le chercheur Édouard Morena, qui dénonce « l’hypocrisie » de l’Europe.

Une gueule de bois bien difficile à camoufler.

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Le 22 novembre au soir, la 30e conférence onusienne sur le climat s’est achevée dans la confusion à Belém. Frappant trois fois de son marteau, le président de la COP, André Correa do Lago, a officialisé l’adoption de l’accord final par pseudo consensus.

Pseudo, car les objections de nombreuses délégations — dont l’Union européenne, la Colombie et le Panama — ont été ignorées. « Comme beaucoup d’entre vous, je n’ai pas dormi et cela n’a probablement pas aidé, tout comme mon âge avancé », s’est simplement excusé le chef des négociations, face au tollé provoqué par la scène.

À l’origine de ces objections figurait un dossier brûlant : l’absence de la très attendue feuille de route de sortie des énergies fossiles dans la déclaration finale. Aussitôt la COP terminée, la presse internationale s’est empressée de qualifier ce manquement de véritable échec.

Pour Édouard Morena, maître de conférences en science politique à l’université de Londres et auteur de Fin du monde et petits fours (éd. La Découverte, 2023), la concentration de l’attention médiatique sur cet aspect précis est le résultat d’une stratégie de l’Union européenne : « Elle savait que ça créerait un clivage colossal, et que tout le monde ne regarderait plus que ça. » Et pendant ce temps-là, celle-ci aurait eu tout le luxe de « bloquer ou traîner des pieds sur les autres sujets de négociation ».

_________________________________________________________Reporterre — En amont de ce grand raout, le président brésilien Lula a maintes fois promis devant les caméras du monde que la COP30 serait « la meilleure de toutes ». Elle devait nous plonger dans une nouvelle ère des COP, celle du passage à l’action. Comment sonnent ces paroles au lendemain du clap de fin ?

Édouard Morena — À mon avis, la présidence brésilienne ne s’attendait pas à un tel scénario. Comparé aux ambitions qu’elle s’était fixées, le bilan de cette COP est clairement en demi-teinte.

La stratégie portée par le Brésil et les défenseurs de l’Accord de Paris était claire. Il fallait réaffirmer à travers ces quinze jours de rassemblement que le modèle de gouvernance climatique né il y a dix ans lors de la COP21 fonctionne, et propulser le multilatéralisme dans une nouvelle phase. Celle de la mise en œuvre des accords conclus lors des précédentes COP.

L’UE, un « chevalier blanc de la transition et de l’ambition » ? « Quelle hypocrisie ! »

D’où l’accent mis par la présidentielle brésilienne sur ce que l’on a appelé le « programme d’action », ou « action agenda » en anglais. Il ne s’agissait plus de négocier un nouvel accord retentissant, mais d’inciter à respecter les engagements déjà existants. Du début à la fin de la COP, ont ainsi été lancées de nouvelles initiatives concrètes et volontaires en lien avec la décarbonation et impliquant des gouvernements, des entreprises, des fondations philanthropiques ou encore des villes.

Malheureusement, j’ai le sentiment que cela n’a pas vraiment fonctionné. Ou du moins, cela n’a pas eu une résonance forte au niveau médiatique.

Pourquoi ?

Disons qu’un autre sujet a davantage accaparé l’attention. Un sujet qui n’était pourtant pas à l’ordre de jour, et qui a été inséré en cours de route : l’intégration ou non d’une référence à la sortie des énergies fossiles dans la déclaration finale, baptisée cette année « Mutirão » [un terme issu du dialecte indigène tupi]. Cette improvisation n’a pas abouti, puisqu’aucune mention des hydrocarbures n’a finalement été ajoutée au texte.

La presse internationale a choisi de faire ses gros titres sur ce point précis. Dans toutes les émissions de télévision et de radio, la COP30 a été qualifiée d’échec et a été perçue comme une déception, en s’appuyant sur l’absence de cette référence. Quel dommage de s’être focalisé là-dessus ! Le résultat est certes décevant, mais il y a quand même eu des avancées intéressantes, et celles-ci sont passées sous les radars médiatiques.

À commencer par le sujet de la « transition juste » : fruit de la mobilisation intense d’ONG, de syndicats, d’organisations féministes ou encore de peuples vulnérables, le texte obtenu reconnaît pour la première fois une série de droits aux communautés autochtones, aux femmes et aux travailleurs. Il accorde la création d’un mécanisme qui aura des répercussions positives très concrètes.

Et où retrouve-t-on les références à cette avancée importante dans la presse ? Au pied des articles, en à peine deux phrases. Ça laisse aux citoyens une image un peu tronquée de ce qui s’est passé à Belém, et renforce l’idée que les COP ne servent à rien.

À quoi bon avoir intégré cette question, si elle a porté plus de préjudices qu’autre chose à la crédibilité de la COP ?

La question mérite d’être posée. Je pense qu’il y a eu une sorte de tentative de coup de force. Ce qui m’énerve le plus, c’est que l’Union européenne était aux avant-postes de cette tentative de mettre les énergies fossiles à l’ordre du jour de la COP30. Quelle hypocrisie ! Les Vingt-Sept se sont présentés comme une sorte de chevalier blanc de la transition et de l’ambition… et ça m’interroge. Je pense sérieusement qu’il s’agissait d’une stratégie pour complètement détourner le regard des gens.

Comment ? En cristallisant toute l’attention sur un dossier brûlant. Ils savaient pertinemment que cette question allait braquer à la fois les États pétroliers comme l’Arabie saoudite, mais aussi des dizaines d’autres pays dont l’économie et la société dépendent directement de ces hydrocarbures. Ils savaient que cela créerait un clivage colossal, et que tout le monde ne regarderait plus que ça.

« L’UE incarnait l’ambition et ceux qui bloquaient étaient d’affreux irresponsables »

Et que se passait-il pendant ce temps-là ? Eh bien l’Union européenne bloquait ou traînait des pieds sur les autres sujets de négociation. Elle freinait des quatre fers à tous les niveaux, à commencer par celui de la finance, où elle refuse de mettre la main à la poche pour aider les pays les plus vulnérables et les moins responsables de la crise. En jouant ce coup de poker, l’Europe s’est payé une virginité. Ils incarnaient l’ambition et ceux qui bloquaient étaient d’affreux irresponsables.

Seulement, il suffit de se pencher deux secondes sur les faits pour s’apercevoir qu’elle n’est en rien exemplaire. Au même titre que d’autres pays, comme l’Australie, ayant poussé à l’intégration de cette feuille de route sur l’abandon des énergies fossiles alors même que leur production d’hydrocarbures ne cesse d’augmenter depuis la signature de l’Accord de Paris. Cette manœuvre est grossière. J’ai vraiment halluciné en observant se jouer cette comédie où ces États se distribuaient les beaux rôles, tout en bloquant d’autres dossiers en parallèle. Résultat ? On termine avec une lecture dominante selon laquelle la COP a échoué.

Toujours est-il que voilà trente ans que des COP sont organisées et dix ans que l’Accord de Paris a été adopté pour limiter le réchauffement à 1,5 °C. Résultat : les onze années écoulées ont été les plus chaudes de l’histoire, et nous filons droit vers une hausse des températures de 2,8 °C d’ici 2100. Faut-il continuer à miser sur ces conférences ou considérer ce mécanisme inefficace ?

Il faut continuer à miser sur elles. Je ne crois pas que ce soit les COP le problème, mais plutôt le modèle de gouvernance institué par l’Accord de Paris. Celui-ci repose grandement sur la production de signaux censés inciter les États, mais aussi les entreprises et les investisseurs, à agir. C’est ce que j’appelle, avec d’autres collègues chercheurs, un modèle de gouvernance incantatoire : les COP doivent convaincre tout le monde qu’il y a urgence à agir et que la transition est inévitable et inarrêtable. D’où cette focalisation, à Belém, sur la mention de la sortie des énergies fossiles dans le texte.

Est-ce une mauvaise chose, selon vous ?

Disons que cette stratégie a des limites. La Convention-Cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), à l’origine des COP, défend le principe de justice climatique et de responsabilités différenciées entre les pays. Tant que les États riches refuseront de pleinement assumer leur implication historique dans la crise climatique et ne mettront pas d’argent sur la table pour aider les plus vulnérables à décarboner leurs économies, ce qu’on a vu à Belém se reproduira.

Beaucoup d’entre eux continuent d’imaginer que cette transition s’opérera à travers les investissements privés. C’est se mettre un doigt dans l’œil. Les pays les plus pauvres en ont marre d’attendre des financements qui n’arrivent pas. Ils ne veulent plus jouer à ce jeu-là. Et le choix de Donald Trump d’abandonner les COP pourrait compliquer l’équation. Je pense que jusqu’ici, les États-Unis arrivaient à tordre le cou aux pays réfractaires pour les obliger à suivre cette partition. Désormais, plus personne ne semble en mesure de les contraindre ainsi.

Le déséquilibre jusqu’alors très favorable aux pays riches et à leur vision pour résoudre la crise climatique est peut-être en train de s’effacer. Une forme de rééquilibrage pourrait s’opérer, et s’accompagner d’une forte remise en question du modèle de gouvernance mis en place par l’Accord de Paris. On a pu commencer à l’observer lors de la COP30, où l’Union européenne n’a pas été capable d’exercer la même influence qu’auparavant. Le rapport de force avec des pays comme l’Arabie saoudite n’est plus le même. Les Vingt-Sept ne peuvent plus se cacher derrière les États-Unis. Ils sont mis à nu, et résultat : ils s’en sont pris plein la tête pendant quinze jours et leur stratégie d’inclure les fossiles dans la déclaration finale a foiré.

Emmanuel Clévenot  24 novembre 2025 à

https://reporterre.net/

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10 février 2025 ~ 0 Commentaire

Climat (Médiapart)

Climat (Médiapart) dans Crise

Illustration : Justine Vernier pour Mediapart.

Climat : le réchauffement approche du point de bascule irréversible

Pour la première fois, la température moyenne du globe sur une année a dépassé de 1,5 °C les températures préindustrielles. Un seuil au-delà duquel des pertes irréversibles et des crises à répétition sont à prévoir, comme le soulignent les chercheurs depuis des décennies.

L’année 2024 restera-t-elle dans les annales comme « l’année du dépassement » ? Le moment où l’humanité a franchi le seuil symbolique d’un réchauffement de plus de 1,5 °C par rapport à la période préindustrielle ? Ce seuil, considéré comme une « barrière de sécurité », les chefs d’État s’étaient engagés à ne pas le dépasser en 2015, lorsqu’ils ont signé l’accord de Paris. À la lecture des derniers bilans climatiques, le constat est implacable.

Les dix années les plus chaudes jamais enregistrées se trouvent toutes dans la dernière décennie 2015-2025. Avec une température moyenne mondiale de 15,10 °C, l’année 2024 a gagné 0,12 °C par rapport à 2023, qui était jusqu’alors en haut du podium.

Trois saisons sur quatre (hiver, printemps, été) ont connu des pics inédits. Et 2024 rafle aussi la médaille d’or de la journée la plus chaude jamais mesurée : il a fait 17,16 °C le 22 juillet sur l’ensemble du globe.

À ces tristes records s’en ajoute désormais un nouveau : après avoir consolidé six jeux de données internationales, l’Organisation météorologique mondiale a annoncé que la température moyenne à la surface du globe durant l’année 2024 a dépassé de 1,55 °C (avec une marge d’incertitude de ± 0,13 °C) la moyenne de la période 1850-1900.

Ce dépassement ponctuel ne signifie pas que nous ayons échoué à atteindre les objectifs de l’accord de Paris, peut-on lire dans tous les bilans récemment publiés sur le climat 2024 (celui de Copernicus – le programme d’observation de la Terre de l’Union européenne, mais aussi celui de la Nasa ou encore du Service météorologique du Royaume-Uni). Pour confirmer que ce seuil est bel et bien dépassé, il faut attendre « au moins deux décennies », insistent les expert·es.

Un délai jugé trop long par certains climatologues, qui pointent « le risque de retarder la reconnaissance et la réaction au point de franchissement ». Dans un article publié en décembre 2023, dix d’entre eux proposaient une autre manière de déterminer le moment où ce seuil serait franchi, « en combinant les observations des dix dernières années avec les projections ou prévisions des modèles climatiques pour les dix prochaines années ».

Alors, bien sûr, le climat se mesure sur des décennies, et non sur quelques mois. Sauf qu’en réalité, d’après les données européennes, ce dépassement serait antérieur à 2024 : tous les mois depuis juillet 2023, à l’exception de juillet 2024, ont dépassé ce seuil de 1,5 °C. Et vu le rythme actuel du réchauffement (+ 0,2 °C par décennie depuis 1971 sans aucun signe de ralentissement, bien au contraire), la probabilité de dépasser 1,5 °C durant les deux prochaines décennies est quasi certaine.

D’autant plus qu’un autre record est attesté pour 2024 : celui du taux de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère, qui atteint désormais 422 parties par million. En outre, contrairement aux multiples engagements des États, ce taux augmente de plus en plus rapidement. « En Europe, nos émissions ont diminué, mais globalement, elles continuent d’augmenter à un taux plus important que les années précédentes », détaille Laurence Rouil, directrice du programme de surveillance de l’atmosphère pour Copernicus.

 Des conséquences déjà visibles

« On n’est clairement pas dans les clous pour tenir ce seuil de 1,5 °C », reconnaît Wolfgang Cramer, impliqué dans les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) depuis 1992. Ce directeur de recherche au CNRS fait le lien entre ce réchauffement et les nombreux événements climatiques extrêmes qui ont marqué 2024, comme les inondations dans la région de Valence, en Espagne, en octobre 2024.

De fait, ces fortes températures de l’air se traduisent inévitablement par des records de chaleur dans les océans, ainsi que par des quantités record de vapeur d’eau dans l’atmosphère. Or, ce sont là les ingrédients parfaits pour nourrir les phénomènes de précipitations extrêmes et le développement de cyclones.

Ailleurs, ce réchauffement entraîne des périodes de sécheresse de plus en plus longues, créant les conditions idéales pour des départs de feux. On a bien sûr en tête les incendies de Los Angeles, en ce début d’année. Mais l’année 2024, comme 2023, est également marquée par de nombreux mégafeux de forêt, en particulier sur le continent américain.

Et ces énormes incendies nous plongent dans un cercle vicieux dangereux. Car non seulement ces forêts et ces prairies qui partent en fumée n’absorberont plus une partie du carbone de l’atmosphère pour croître, comme elles le faisaient jusqu’alors, mais en plus, le carbone qu’elles avaient patiemment accumulé dans les troncs, les tiges, les feuilles ou les racines finit par être relargué dans l’atmosphère.

«  2024 apparaît effectivement comme une année où la végétation n’a pas joué autant son rôle de puits de carbone, par comparaison avec les années précédentes, signale Laurence Rouil. Et l’on considère désormais que ces mégafeux représentent environ 20 % des émissions totales de CO2. »

 2024 : année hors norme ?

Bref, on voit mal comment 2024 pourrait ne pas représenter la première année d’un dépassement appelé à durer. À moins, comme le soulignent certains, qu’elle ne reste dans les annales comme une année « hors norme ». Car au-delà de nos émissions de gaz à effet de serre, plusieurs facteurs plus conjoncturels se sont combinés pour amplifier le réchauffement.

C’est d’abord le cas de l’oscillation australe El Niño, qui modifie les courants marins tous les deux à sept ans. Apparu en juin 2023, ce phénomène climatique naturel surnommé « l’enfant terrible du Pacifique » a contribué jusqu’à l’été 2024 aux températures inhabituelles et aux événements extrêmes. Il a désormais cédé la place à La Niña, censée faire baisser – un peu – le mercure. Sauf que ce n’est pas ce qui est actuellement observé : le mois de janvier 2025 a été encore plus chaud que celui de 2024…

C’est aussi le cas du Soleil, qui connaît des pics d’activité tous les onze ans. Débuté en 2019, son cycle a atteint son maximum l’an passé, expliquant notamment les fréquentes aurores boréales observées jusqu’à nos latitudes. Ce surcroît d’énergie solaire ne participerait toutefois que de quelques dixièmes de degré au réchauffement terrestre, estiment les chercheurs et chercheuses.

D’autres facteurs de variabilité internes sont également pointés du doigt, même si l’on comprend encore mal leur impact sur le réchauffement exceptionnel de ces deux dernières années : le pouvoir réfléchissant des nuages bas qui semble diminuer ou encore les fluctuations naturelles de l’océan Atlantique.

«  Les années 2023 et 2024 ont connu une conjonction rare de variabilités climatiques naturelles qui est venue se superposer à l’influence directe des activités humaines,confirme Valérie Masson-Delmotte, du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement à Paris. La part du réchauffement attribuable uniquement aux conséquences des activités humaines est évaluée à 1,3 °C pour 2024. »

 Moins de pollution, mais plus de réchauffement ?

Une dernière « spécificité » actuelle pour le moins étonnante est notée par les climatologues. Il y a quatre ans, une réglementation internationale a permis de réduire de plus de 80 % la teneur en soufre dans le fioul utilisé par les navires. De manière ironique, ce progrès sur le plan de la pollution pourrait « expliquer en partie la hausse rapide des températures mondiales au cours des douze derniers mois », a conclu une équipe internationale de chercheurs et de chercheuses en décembre 2024.

En effet, en s’accumulant dans les basses couches de l’atmosphère, les particules de soufre renvoient une partie du rayonnement solaire vers l’espace, diminuant d’autant la quantité qui nous parvient. Elles ont donc un pouvoir refroidissant pour notre planète. En les réduisant, on pourrait donc paradoxalement augmenter – de moins de 0,1 °C – la température, en particulier dans les régions très fréquentées par les navires (Atlantique Nord et Pacifique Nord).

 Et maintenant ?

«  L’avenir est entre nos mains – une action rapide et décisive peut encore modifier la trajectoire de notre climat futur », souligne Carlo Buontempo, directeur du service Copernicus pour le changement climatique, dans le rapport 2024 des faits climatiques marquants.

Certains travaux évalués par le Giec montrent qu’il est encore possible de revenir sous ce seuil de 1,5 °C d’ici à 2100, même après l’avoir dépassé. Pour cela, il faudrait atteindre un zéro émission nette vers 2050, c’est-à-dire un état d’équilibre où la quantité de CO2 émise est équivalente à celle réabsorbée par les écosystèmes. Mais il faudrait aussi être capable de retirer du CO2 de l’atmosphère et le stocker de manière durable. « Ce qui pose de multiples questions de faisabilité, de coût, de risques, dit Valérie Masson-Delmotte. Ce n’est pas du tout certain qu’on en soit capable. »

Ces techniques dites d’émissions négatives regroupent des approches aussi diverses que le reboisement, l’agroforesterie, les « aspirateurs » à CO2, jusqu’aux projets de géo-ingénierie controversés comme la fertilisation des océans. Des solutions qui pourraient aussi devenir un prétexte pour ne pas réduire radicalement nos émissions de gaz à effet de serre. Ce que la chercheuse anglaise en politiques environnementales Rebecca Willis nomme la « dissuasion par l’atténuation ».

«  Nous ne pouvons pas être sûrs qu’une baisse de température après un dépassement soit réalisable dans les délais prévus aujourd’hui », alertait une équipe internationale de climatologues en octobre 2024 dans la revue Nature. En outre, « du point de vue de la justice climatique, le dépassement entraîne des impacts socioéconomiques et des pertes et dommages liés au climat qui sont généralement irréversibles et qui frappent plus durement les populations pauvres ».

 Points de bascule

L’enjeu est donc de limiter au maximum ce dépassement, en agissant avant tout sur nos émissions, répètent inlassablement les scientifiques. Chaque dixième de degré en plus compte, chaque choix importe. Une planète à + 2,5 °C en 2100 (comme l’anticipent 77 % des expert·es du Giec interrogé·es par le Guardian) n’est pas du tout la même chose qu’une planète à + 1,5 °C durant quelques décennies.

Car plus le mercure grimpe, plus on s’approche des points de bascule irréversible. Sont souvent cités : la fonte des calottes glaciaires – et donc l’élévation du niveau des mers et océans –, le dégel du permafrost, la disparition des barrières de corail. Mais aussi des perturbations des courants marins, des extinctions d’espèces en chaîne. Sans parler de l’excès de mortalité chez les humains, lié à la chaleur, aux événements extrêmes, aux maladies émergentes, etc. Seul espoir dans ce tableau noir : que ces points de bascule climatique se traduisent un jour en points de bascule politique.

samedi 8 février 2025,  BARNEOUD Lise

 

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17 décembre 2024 ~ 0 Commentaire

Normes (Basta)

Normes (Basta) dans A gauche du PS

« Les normes environnementales ne sont pas la cause du malaise agricole »

Les mobilisations des agriculteurs sont légion cette année sans que de véritables réponses au malaise agricole soient apportées. Les mesures gouvernementales ne s’attaquent pas au principal problème, pourtant facile à identifier pour qui écoute le monde paysan, si hétérogène : le revenu. Faire en sorte que les agriculteurs et agricultrices vivent décemment de leur métier suppose des réformes et des changements structurels, pour le moment non abordés.

 dans Crise
Dorian Guinard
Maître de conférences en droit public à l’Université Grenoble-Alpes.

En lieu et place, les derniers gouvernements ont systématiquement proposé de détricoter le droit de l’environnement, accusé par le poids de ses normes de contraindre les agriculteurs dans l’exercice de leurs métiers. Cette accusation contre les normes environnementales, spécialement celles relatives aux pesticides, doit être nuancée – au minimum – pour plusieurs raisons.

En premier lieu, la santé des écosystèmes, des oiseaux des champs aux insectes, est plus que fragile : alléger les normes ne ferait qu’aggraver les facteurs de pression sur la biodiversité, qui subit déjà le changement d’affectation des terres, le réchauffement climatique et les pollutions chimiques.

En second lieu, les normes protègent aussi la santé humaine, en particulier celle des agriculteurs. Les interdictions et les limites à la commercialisation de produits risqués ou dangereux, n’ont pas été le fait de parlementaires ou de gouvernements « s’étant fait plaisir » pour reprendre les mots de la ministre démissionnaire de l’Agriculture Annie Genevard. Elles sont bien issues de réflexions fondées scientifiquement.

Offensives législatives

Les offensives législatives contre les normes environnementales sont néanmoins importantes ces derniers mois. Parmi celles-ci, une récente proposition de loi dite Duplomb – du nom du sénateur qui l’a déposée – discutée à partir du 17 décembre prochain, retient particulièrement l’attention. Elle vise à « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur » en mettant notamment fin aux « surtranspositions et aux sur-réglementations en matière de produits phytosanitaires ».

Passons rapidement sur le fait que les surtranspositions n’existent pas en matière de pesticides (lire cette tribune précédemment publiée sur Basta!). Cette proposition de loi introduirait quelques changements importants dans notre droit. Le premier modifierait le code de la santé publique en instaurant la possibilité pour le directeur général de l’ANSES (Agence nationale chargée de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), concernant les autorisations et les retraits des produits phytopharmaceutiques, de « s’en remettre à la décision du ministre chargé de l’Agriculture ».

La version initiale, corrigée par la Commission des affaires économiques du Sénat en raison de très gros risques de violation du droit européen, permettait au Ministre de s’opposer à un retrait après « une mise en balance entre les risques sanitaires et environnementaux et les risques de distorsion de concurrence avec un autre État membre de l’Union européenne ». Cet élément économique – placé sur le même plan que les impératifs de protection des santés humaine et environnementale – est donc officiellement supprimé. Mais il signe une volonté politique de ne pas s’en remettre uniquement à la science pour autoriser ou pour retirer un produit du marché.

Réautorisation de néonicotinoïdes

La proposition de loi Duplomb entend aussi revenir sur l’interdiction législative de deux substances actives : le néonicotinoïde Acétamipride et un autre insecticide au mode d’action identique, la Flupyradifurone. Comment ? Par la suppression d’un article du code rural et de la pêche maritime qui interdit l’utilisation de ces deux substances, autorisées dans l’Union européenne, jusqu’en 2033 pour la première et jusqu’à fin 2025 pour la seconde.

Demandée principalement par les filières noisette et betterave, cette réintroduction du dernier néonicotinoïde autorisé en Europe serait une catastrophe environnementale tant les effets de l’acétamipride sur les faunes, notamment les pollinisateurs, et les vers de terre, sont documentés.

Sans même parler des effets cocktails des ces molécules dont les impacts sont documentés depuis 20 ans. L’utilisation de l’insecticide Flupyradifurone peut également constituer une menace majeure pour les insectes.

Pulvérisation de pesticides par drones

Cette proposition de loi en prolonge une autre, dite Fugit, du nom du député qui l’a déposée en octobre 2024 à l’Assemblée. Elle entend aussi revenir sur l’interdiction de pulvérisation par voie aérienne des produits phytopharmaceutiques, en autorisant celles par drones. Si cette interdiction souffre parfois de quelques dérogations, comme pour la bouillie bordelaise, ces deux propositions de loi souhaitent généraliser la pratique au nom de la protection de l’environnement !

Or, le rapport de l’ANSES publié en juillet 2022 conclut que « l’analyse des données ne permet pas, à ce stade, de dégager des conclusions générales robustes compte tenu des incertitudes observées ». Il conclut que « les performances des drones de pulvérisation apparaissent inférieures à celles de pulvérisateurs terrestres classiques ».

En l’occurrence, une directive européenne, supérieure à la loi française, dispose qu’il « convient d’interdire d’une manière générale la pulvérisation aérienne, avec possibilité de dérogation seulement lorsque cette méthode présente des avantages manifestes, du point de vue de son incidence limitée sur la santé et sur l’environnement par rapport à l’application terrestre des pesticides ou lorsqu’il n’existe pas d’autre solution viable, pourvu qu’il soit fait usage de la meilleure technologie disponible pour limiter la dérive ». Au-delà de la possible violation du droit européen ici, la protection de l’environnement n’est donc pas garantie.

Les normes environnementales, garantie de revenus

Ces reculs concernant le droit des pesticides n’amélioreront pas le revenu du monde paysan mais uniquement de certains agriculteurs, à court terme et au prix de la santé déjà fragilisée des écosystèmes. Le monde agricole, dont les externalités – notamment environnementales – nous concerne tous, ne pourra s’engager pleinement dans des transitions écologiques que si les revenus sont garantis, en rémunérant les services écosystémiques rendus par exemple. Et non en actant des reculs normatifs qui obèrent la capacité de la biodiversité à rendre lesdits services.

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07 décembre 2024 ~ 0 Commentaire

Désertification ( Reporterre)

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La France rejoint les pays touchés par la désertification

Lors de la COP16 désertification en Arabie Saoudite, la France s’est officiellement déclarée touchée. Une décision qui laisse espérer une meilleure prise en compte du phénomène dans notre pays.

La désertification a longtemps été circonscrite aux pays du Sud. La problématique est pourtant mondiale, et c’est tout l’enjeu de la Convention des parties (COP) consacrée à ce sujet, dont la 16ᵉ édition se tient du 2 au 13 décembre à Riyad, en Arabie Saoudite. Moins connue que les COP climat et biodiversité, la COP sur la lutte contre la désertification vise à freiner la dégradation des terres causée par les sécheresses et les activités humaines. Et pour la première fois, la France vient d’y reconnaître qu’elle est concernée.

Mardi 3 décembre lors de la session formelle d’ouverture de la COP16, le secrétaire d’État à la Francophonie et aux Partenariats internationaux a annoncé que la France rejoignait la liste des 169 États qui se sont déclarés affectés à la convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD). Pour Thani Mohamed Soilihi, qui conduit la délégation française à Riyad, cette décision est « un pas de plus pour prendre davantage en compte cette réalité » dans l’Hexagone.

La France se transformerait-elle en désert ? Pas tout à fait, car seul 1 % du territoire national est concerné. Il s’agit essentiellement du pourtour méditerranéen, de la Corse-du-Sud ainsi que La Réunion, la Guadeloupe et Mayotte, selon le comité scientifique français sur la désertification. Une situation sans commune mesure avec des pays beaucoup plus affectés, comme la Chine, l’Inde ou le Pakistan. La désertification affecte aujourd’hui 3,2 milliards de personnes et menace 40 % des terres émergées de la planète, selon l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Dégradation des terres

Contrairement à ce que peut sous-entendre son nom, ce phénomène ne consiste pas uniquement à l’avancée du sable sur des zones cultivées ou habitées : « La désertification ne se résume pas à l’avancée des déserts, cela se traduit surtout par la dégradation des terres des zones climatiques arides, semi-arides et sub-humides sèches », explique Frédérique Montfort, chercheuse au sein de l’association Nitidae et spécialiste de la dégradation et de la restauration des paysages forestiers.

L’évaluation de la désertification se base sur deux indicateurs : l’indice d’aridité et la dégradation des terres. Le premier concerne les zones à risque où les précipitations sont nettement inférieures à l’évapotranspiration potentielle. Le second est lié aux activités humaines telles que l’agriculture intensive, le surpâturage et l’urbanisation, ainsi que l’érosion et le dérèglement climatique.

« La désertification est un processus pouvant être graduel ou brutal, dégradant la productivité biologique de l’écosystème concerné, ce qui entraîne différentes conséquences comme la perte à long terme de végétation naturelle, le déclin de la biodiversité, la diminution de la fertilité des sols et des ressources en eau », ajoute Frédérique Montfort.

« De plus en plus de zones vont devenir arides »

Si la France est pour l’instant très peu touchée par la désertification, le processus devrait s’accélérer sous l’effet du dérèglement climatique. « Puisque les sécheresses vont devenir plus fréquentes et plus intenses, celle de 2022 devrait devenir la norme d’ici la fin du siècle selon le Giec, de plus en plus de zones vont devenir arides et donc susceptibles de désertification », dit Nicolas Gross, chercheur à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

C’est par exemple déjà le cas des Pyrénées-Orientales qui n’ont connu que 252 millimètres de pluie en 2023, alors que la normale se situe à 507 mm. Les zones arides ne se limiteront pas au pourtour méditerranéen prévient le scientifique, « des territoires comme le Massif-Central seront concernés. Déjà en 2019 les éleveurs manquaient de foin pour nourrir leurs animaux à cause de la sécheresse ».

Des raisons qui ont poussé la France à changer officiellement sa position. Jusqu’à présent, elle était la seule à ne pas s’être déclarée affectée par la désertification parmi ses voisins méditerranéens comme l’Espagne, l’Italie et la Grèce. « La France clarifie enfin son statut et n’est plus une exception parmi ses voisins, se félicite Patrice Burger, président du Cari, association qui lutte contre la désertification au Sahel. Avant, elle était uniquement perçue comme un bailleur de fonds pour aider les pays les plus impactés, maintenant elle fait vraiment partie du groupe, c’est symbolique mais ça permet de renforcer le multilatéralisme. »

La désertification, pas encore une fatalité

Concrètement, la France devra rendre compte tous les quatre ans de la situation de ses territoires affectés, de présenter les mesures adoptées pour faire face à ce phénomène — un plan d’action contre la désertification — et les effets de ces mesures d’atténuation et d’adaptation.

Enfin, cette décision pourrait encourager les recherches scientifiques sur la qualité des sols et des sous-sols sur le territoire. Si beaucoup de chercheurs français travaillent sur la question de la désertification, ils opèrent quasi exclusivement dans les pays du Sud.

« La désertification n’est pas une fatalité, insiste Nicolas Gross, on peut agir. Pour contrebalancer les effets des sécheresses, il faut prévenir la dégradation des sols, protéger la biodiversité, tant animale que végétale, car elle joue un rôle essentiel dans la résilience des écosystèmes face aux sécheresses et à l’aridité croissante, détaille-t-il. Cela implique de repenser les pratiques agricoles dans un cadre agroécologique soutenu par des choix politiques forts. Et surtout, ajoute-t-il, on ne gagnera pas la lutte contre la désertification si on n’enraie pas le déclin de la biodiversité et que l’on ne réduit pas nos émissions de gaz à effet de serre, les trois sont intrinsèquement liés ».

Jeanne Cassard 6 décembre 2024 à

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15 novembre 2024 ~ 0 Commentaire

Arbres (LRLP)

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En Europe, les arbres migrent vers l’Ouest à cause de la pollution

Pendant 40 ans, les chercheurs ont étudié 266 espèces végétales des sous-bois sur 2954 placettes forestières réparties dans toute l’Europe. Surprenants, leurs résultats montrent que plus de deux tiers de ces espèces végétales se sont déplacées non pas vers le Nord, mais vers l’Ouest, à une vitesse moyenne de 3,56 km/an.

La plupart des espèces migrent lentement vers le Nord à cause du réchauffement climatique. Mais en Europe, des chercheurs ont découvert que les arbres se dirigent plutôt vers l’Ouest. La raison : un excès d’azote issu de la pollution atmosphérique.

Plus d’une quarantaine de chercheurs ont publié en octobre 2024 une étude (« Unexpected westward range shifts in European forest plants link to nitrogen deposition«  Science Vol. 386, No. 6718) qui vient rebattre ce que nous assumions jusqu’alors sur l’adaptation des espèces au dérèglement climatique et aux activités humaines.

Publiée dans la revue Science, leur étude montre que la plupart des arbres des forêts d’Europe migrent vers l’Ouest plutôt que les hautes latitudes, comme c’est souvent le cas pour les espèces végétales qui cherchent à retrouver des températures plus fraîches et appropriées à leurs besoins, face au changement climatique.

« Par exemple, en France, on a pu montrer que le gaillet à feuilles rondes (Gallium rotundifolium) a migré en altitude à une vitesse de 50 mètres par décennie entre les périodes 1905-1985 et 1986-2005. En suivant ce raisonnement, on s’attend donc à des changements de répartition des espèces plus orientés vers le Nord en latitude » précise le CNRS

Pendant 40 ans, les chercheurs ont étudié 266 espèces végétales des sous-bois sur 2954 placettes forestières réparties dans toute l’Europe. Surprenants, leurs résultats montrent que plus de deux tiers de ces espèces végétales se sont déplacées non pas vers le Nord, mais vers l’Ouest, à une vitesse moyenne de 3,56 km/an.

Plus précisément, 39% des espèces de plantes se déplacent vers l’ouest, 23% vers l’est, autant vers le sud, et seulement 15% vers le nord. Et ce, malgré un réchauffement de près de 1,6 °C en moyenne dans ces zones pendant la saison printanière et estivale.

A l’origine de ce changement de cap : la pollution causée par l’histoire industrielle de l’ouest de l’Europe, et particulièrement les dépôts d’azote. Ces espèces végétales forestières se développent davantage là où les dépôts d’azote restent en dessous des 30 kg par hectare et par an. Au-delà de ce seuil, l’excès d’azote ne stimule plus la croissance des arbres, mais au contraire, la ralentit, comme on peut le constater dans les régions endommagées par l’agriculture industrielle telles que la Bretagne.

Cette pollution d’azote est causée par les émissions liées au trafic routier, aux usines, au chauffage, à l’épandage des engrais ou des excréments d’élevages. Attention cependant à ne pas croire que cette pollution deviendrait alors bienfaisante pour les espèces végétales forestières. D’abord, ce sont avant tout les espèces végétales les plus généralistes comme le cerfeuil sauvage (Anthriscus sylvestris), la véronique petit-chêne (Veronica chamaedrys), ou bien le gaillet mou (Galium mollugo), qui ont colonisé l’Ouest de l’Europe.

« Ces espèces généralistes, du fait de leurs moindres exigences écologiques, ont l’avantage de pouvoir se développer dans d’autres types d’habitats que les forêts (lisières, friches, prairies), contrairement aux espèces spécialistes qui poussent exclusivement en forêt » explique le CNRS.

Surtout, cette découverte nous rappelle que nous jouons avec les limites planétaires à tellement de niveaux qu’il est impossible de prédire comment les espèces vont réagir. Et donc bien plus délicat de mettre en place des stratégies d’adaptation. La biodiversité est perturbée par de multiples facteurs, et c’est à nous d’y faire attention pour mieux la préserver.

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14 novembre 2024 ~ 0 Commentaire

Pesticides ( Reporterre)

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La France attaquée en justice pour avoir exporté des pesticides interdits

Deux associations ont déposé un recours devant le Conseil d’État pour faire cesser l’exportation, depuis l’Hexagone, de pesticides interdits dans l’Union européenne.

« Nous avons à corriger, à amender. » Le 13 décembre 2022, Christophe Béchu, alors ministre de la Transition écologique, promettait de mettre fin à l’exportation de pesticides interdits vers des pays à la réglementation moins protectrice. Mais alors que la loi Egalim proscrit depuis 2022 l’envoi de ce type de produits dont l’usage est prohibé dans l’Union européenne, près de deux ans plus tard, rien n’a été fait.

Selon les données collectées par les ONG suisses Public Eye et Unearthed (la cellule investigation de Greenpeace au Royaume-Uni), plus de 7 300 tonnes de ces substances prohibées ont été expédiées depuis la France vers l’étranger, en 2023.

Comment cela est-il possible ? « À cause d’une faille dans la législation », explique Lorine Azoulai, ingénieure agronome et chargée de plaidoyer souveraineté alimentaire chez CCFD-Terre Solidaire. Une circulaire, censée préciser les conditions d’application de la loi Egalim, la rend totalement inefficace. La circulaire indique que l’interdiction concerne les produits finis et pas les substances pures.

« Autrement dit, on ne peut pas exporter le gâteau mais on peut envoyer séparément la farine, les œufs et le sucre afin que d’autres, dans des pays lointains, fabriquent le gâteau », résume la chargée de plaidoyer. Cette faille permet aux industriels d’expédier leurs substances interdites les plus toxiques en toute légalité.

C’est pourquoi CCFD-Terre Solidaire et l’Institut Veblen ont demandé en avril dernier aux trois ministres concernés (Christophe Béchu à la Transition écologique, Marc Fesneau à l’Agriculture et Bruno Le Maire à l’Économie) d’abroger la circulaire et d’en adopter une nouvelle. Des demandes restées lettre morte. Les deux associations ont donc saisi le Conseil d’État le 7 août et déposé leurs arguments juridiques le 4 novembre.

Une circulaire contraire à la loi

Leur argumentaire repose sur deux principes : le premier est que la circulaire doit respecter les objectifs de la loi. Dans une décision du 31 janvier 2023, le Conseil constitutionnel avait estimé que l’interdiction d’exporter devait être interprétée au regard des objectifs poursuivis par la loi Egalim, à savoir la prévention des atteintes à la santé et à l’environnement liées à la diffusion de substances actives interdites dans l’Union européenne.

Le second s’appuie sur le principe de hiérarchie des normes, une circulaire devant respecter les principes constitutionnels et fondamentaux du droit européen. Ici, la circulaire va à l’encontre de la Charte de l’environnement, qui reconnaît le droit de chacun à un environnement sain. Elle viole également la Charte des droits fondamentaux de l’UE qui garantit la protection de la santé et de l’environnement. Enfin, le texte ne respecte pas la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui défend le principe de non-discrimination.

« L’État a deux mois pour répondre, mais dans la pratique, il faut attendre entre six mois et un an, et l’affaire ne sera pas jugée avant deux ans », dit Stéphanie Kpenou, chargée de plaidoyer à l’Institut Veblen.

Des conséquences néfastes

Or, il y a urgence. Si ces produits sont interdits, c’est en raison de leur dangerosité, même à faible dose. Par exemple, la picoxystrobine, fongicide utilisé dans les cultures de céréales et de soja, a été interdite dans l’UE en 2017 pour son potentiel génotoxique, c’est-à-dire sa capacité à altérer l’ADN, et sa haute toxicité pour les organismes aquatiques et les vers de terre. Le fipronil, interdit dans l’agriculture française depuis 2004, est un insecticide qui, comme les néonicotinoïdes, présente une toxicité aiguë pour les pollinisateurs.

Cette faille juridique a des conséquences dramatiques à trois niveaux. D’abord, la fabrication de substances de pesticides interdits a des effets significatifs sur l’environnement et la santé des riverains des sites de production. Nos confrères de « Vert de rage » sur France 5 l’ont démontré dans une enquête autour de deux usines en septembre dernier : Syngenta, unique producteur de thiaméthoxame à Saint-Pierre-la-Garenne (Eure), et Basf, producteur de fipronil à Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Seine-Maritime). Les prélèvements d’eau réalisés à proximité des deux usines ont révélé la présence de thiaméthoxame, interdit en France depuis 2018 (à un taux de 0,148 microgramme/litre, soit 48 % de plus que la norme de qualité recommandée) et de fipronil (à des taux plus de 300 fois supérieurs au seuil du risque environnemental).

« Les travailleurs manipulent ces substances dangereuses parfois sans gants »

Une fois expédiés à l’autre bout du monde, ces produits ont également des effets néfastes sur l’environnement et la santé des travailleurs et des populations riveraines. Or, dans ces pays à revenus faibles ou intermédiaires, les règles d’utilisation sont beaucoup moins protectrices qu’en Europe. « Les travailleurs manipulent ces substances dangereuses parfois sans gants, ni masque ni aucune protection », rapporte Lorine Azoulai.

Par exemple, dans les plantations de canne à sucre au Brésil, premier pays importateur de ces substances interdites (3 000 tonnes en 2023), l’utilisation de ces produits a entraîné des intoxications massives chez les ouvriers agricoles et les riverains. « Entre 2010 et 2019, 56 000 cas d’empoisonnement ont été recensés, dont 20 % concernent des enfants », dit Lorine Azoulai. En Côte d’Ivoire, une dizaine d’enfants sont morts des suites d’une probable intoxication alimentaire liée à la consommation d’une bouillie de maïs contaminée par un herbicide. Les bidons utilisés pour stocker la nourriture avaient servi à contenir le poison.

Le risque de l’accord avec le Mercosur

Dernière étape : le retour à l’envoyeur. Vous pensiez que les pesticides interdits au sein de l’Union européenne n’avaient aucune chance de se retrouver dans nos assiettes ? C’est faux. Café, thé, épices, légumineuses… Après analyses, l’équipe de « Vert de rage » a révélé la présence de résidus de cinq pesticides interdits dans plusieurs aliments. Ils avaient tous été exportés depuis la France.

Si le sujet est brûlant, c’est aussi en raison de la signature prochaine de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le marché commun sud-américain du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay et Bolivie). Bien qu’Emmanuel Macron s’y déclare opposé, il n’a rien fait pour modifier le texte ou le faire rejeter, et l’accord devrait être finalisé d’ici la fin de l’année.

Le traité prévoit de supprimer 90 % des droits de douane entre les deux zones, y compris sur l’export de pesticides interdits, et les importations de denrées alimentaires en contenant. Un accord dramatique pour la santé alors que 12 % des échantillons d’aliments importés du Brésil contiennent des résidus de pesticides interdits dans l’Union européenne, selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Ces résidus de pesticides interdits ont été retrouvés dans 77 % des pommes, 60 % du riz et 53 % des haricots importés du Brésil.

Jeanne Cassard 14 novembre 2024

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07 novembre 2024 ~ 0 Commentaire

DANA ( Valencia)

DANA ( Valencia) dans Altermondialisme

Tempête Dana dans l’État espagnol : catastrophe naturelle ou conséquence de l’inaction climatique ?

Daniel Geffner est médecin et militant de Anticapitalistas dans la communauté de Valence. Dans cet article écrit à chaud, quelques jours après le début de la tempête DANA (dépression isolée de haute altitude), il tire les premières leçons de cette catastrophe écologique, sociale et humaine, et appelle à transformer la solidarité populaire qui a vu le jour à cette occasion en une lutte pour une société entre égaux, où la vie et les soins sont au-dessus des profits de quelques-uns.

Alors que le nombre de morts ne cesse d’augmenter et que les images et récits choquants du drame vécu par des dizaines de milliers de personnes nous bouleversent, il apparaît de plus en plus clairement que les autorités n’ont pas agi avec la détermination et la rapidité qu’exigeait la menace annoncée.

Si les phénomènes climatiques extrêmes ne peuvent être évités, le négationnisme climatique et les coupes dans les services publics affaiblissent, voire rendent impossible, la réponse à un capitalisme prédateur qui fait passer les profits avant la vie des gens et de la planète.

La négligence criminelle du gouvernement régional et des employeurs, qui ont privilégié le business as usual au détriment du droit des travailleurs à la sécurité au travail, contraste avec l’empathie et la solidarité dont ont fait preuve les classes populaires pour venir en aide aux personnes touchées par la tempête.

L’élan de solidarité et le désir d’aider les personnes touchées montrent que face au TINA (There Is No Alternative) du thatchérisme et du néolibéralisme, avec sa religion basée sur l’individualisme et la marchandisation de la vie et de la société, il est possible de contester non seulement le discours, mais aussi la pratique en créant un pouvoir populaire d’en bas et de gauche. C’est pourquoi le 9 novembre doit devenir une mobilisation de masse en solidarité avec les personnes touchées par ta tempête et en exigeant la démission du président de la Generalitat Valenciana, Carlos Mazón.

Une normalité anormale

La tempête a frappé la région de Valence avec une force extrême en ce tragique octobre 2024, qui dépasse déjà en nombre de morts et de destructions les inondations du siècle dernier, alors que le nombre de morts et de disparus continue d’augmenter[1] et que l’aide à la population touchée n’arrive pas 3 jours après le début de la tempête. L’électricité, l’eau courante et la couverture de téléphonie mobile n’ont toujours pas été rétablies et les routes sont toujours coupées ou inaccessibles dans de nombreux endroits. Les images choquantes et les récits des drames subis par des dizaines de milliers de personnes nous bouleversent et nous voyons grandir une vague d’empathie et de solidarité avec les personnes touchées.

Les faits montrent que les autorités n’ont pas agi avec la prudence, la détermination et la rapidité qu’exigeait la menace annoncée. En témoignent les retards dans l’activation de l’alarme par le gouvernement de Valence, le manque de coordination des services de protection[2] – qui a entraîné des retards dans l’acheminement de l’aide critique -, ou encore l’effondrement des centraux téléphoniques dû à la surprise de la majorité de la population face aux débordements. À tout cela, il faut ajouter le refus du gouvernement de Valence de recevoir l’aide des pompiers d’autres communautés qui étaient déjà prêts à venir à la rescousse[3].

La négligence criminelle du gouvernement a été soutenue par la collusion avec une classe d’affaires qui aurait fait pression sur le gouvernement pour qu’il n’active pas le feu rouge et continue ainsi à faire des affaires, en espérant que les pluies ne se terminent pas comme elles l’ont fait. Ce pari sur le marché et la boussole du profit a conduit les patrons à privilégier le business as usual sur le droit des travailleurs à la sécurité de l’emploi.

Les capitalistes n’ont pas changé de cap, et leurs profits l’ont emporté sur le droit à la vie et à la sécurité de leurs employés.

La normalité anormale face à la tempête a laissé les travailleur.ses enfermé.es sur leur lieu de travail, ou au volant de leur véhicule lorsque l’inondation a progressé par vagues rapides et meurtrières, alors que l’alarme de la protection civile a retenti sur les téléphones portables à 20h15, après la fin de la journée de travail pour une grande partie de la population, et deux heures après les débordements, ce qui a provoqué l’effondrement des routes avec des centaines de voitures qui rendent désormais difficile l’accès aux populations les plus touchées.

L’administration ne s’est pas non plus mieux comportée avec les employés publics qui n’étaient pas indispensables au travail face à la tempête (administration, enseignants, santé, fonctionnaires). L’occultation de l’alerte rouge par le gouvernement a fait que les élèves sont allés à l’école normalement, et les écoles et les établissements préscolaires n’ont pas été fermés par mesure de précaution.

Si les phénomènes météorologiques extrêmes ne peuvent être évités, leurs effets dévastateurs peuvent être atténués en prévoyant et en surveillant leur évolution, ainsi qu’en élaborant des plans et des actions d’urgence et en les dotant de ressources humaines et matérielles suffisantes[4].

Un exemple qui montre que l’impact de la tempête aurait été bien moindre si la gestion n’avait pas été déficiente est celui de l’UV (Universitat de València) qui, face aux alertes émises par l’AEMET le 28 octobre, a décidé d’annuler les activités d’enseignement et plus tard, le 29, lorsque l’alerte est devenue code rouge, a décidé d’annuler toutes les activités, évitant ainsi des milliers de déplacements[5].

Un négationnisme climatique criminel

Cette insensibilité de la classe d’affaires et du gouvernement, qui a eu des conséquences tragiques, contraste avec l’empathie et la solidarité dont ont fait preuve les classes populaires en aidant les personnes touchées par la tempête, en surmontant l’inconfort, en offrant un logement pour passer une nuit terrible dans la maison d’un étranger par solidarité, et même dans certains cas en prenant des risques avec leur propre vie pour sauver celle d’un étranger.

La crise climatique et le réchauffement de la planète, selon la science, augmentent la fréquence et l’intensité de ces événements météorologiques extrêmes, et la région méditerranéenne est la plus vulnérable.

Le négationnisme climatique du gouvernement Mazón est à l’origine des échecs de la réponse à la tempête. L’inaction et les retards sont motivés par une idéologie de négation de la crise climatique.

Dans le domaine de la santé publique, nous avons eu l’exemple des effets néfastes sur la santé du négationnisme propagé et financé par l’industrie du tabac. En semant le doute sur ses effets pervers, puisque « le cancer du poumon existait naturellement », les mesures de prévention ont été retardées, et l’industrie, en semant ces doutes, n’a pas hésité à continuer à tirer profit de son activité. Le négationnisme climatique est néfaste car il empêche d’agir sur les risques et menaces réels, ainsi que sur les causes qui les provoquent.

Le départ de Vox du gouvernement valencien n’a pas changé d’un iota la pratique négationniste du PPCV (Parti populaire de la Communauté valencienne). L’extrême droite a également marqué de son empreinte la loi de concorde et sa politique éducative contre la langue et la culture valenciennes. L’extrême droite a fixé l’agenda et ce qui a été convenu à l’époque avec le PP est toujours en vigueur, signe de la « lepénisation des esprits », c’est-à-dire de la normalisation de son discours et de sa vision réactionnaire[6].

Si le négationnisme climatique nourrit l’inaction du gouvernement régional, l’orientation néolibérale de réduction des services publics essentiels affaiblit la capacité à répondre à des événements comme cette tempête. Les attaques contre l’État social, l’externalisation et la privatisation des services publics – qui sont l’affaire de tous – sont accentuées par la réduction des impôts pour les riches. Ces œillères négationnistes et néolibérales justifieraient la fermeture de l’unité d’urgence de Valence. C’est un exemple de ce qu’il ne faut pas faire en cas d’urgence climatique.

La vision selon laquelle le changement est déjà là et que cette décennie est vitale pour relever le défi de la décroissance en l’articulant avec la justice sociale et l’amélioration de la qualité de vie, appelle à une action ferme et énergique contre un capitalisme prédateur qui fait passer ses profits avant la vie des gens et la santé de la planète.

Une marée de solidarité

Horta sud-Valencia, Paiporta, Sedavi, Chiva, Utiel et tant d’autres villes ont été témoins de la marée humaine de solidarité qui a aidé de toutes les manières possibles, en offrant un abri, de la nourriture, de la compagnie, en nettoyant, en donnant de l’affection et en respectant le chagrin que tant de familles sont encore en train de vivre.

Des leçons de vie dans les moments critiques, et certainement une bonne leçon pour le retour à la routine : apprendre à transformer cette solidarité populaire en une lutte pour une société entre égaux où la vie et les soins sont au-dessus des profits de quelques-uns, ainsi qu’à mettre en place des plans de reconstruction très éloignés des modèles de spéculation urbaine qui, depuis les années 1960, s’étendent dans les zones inondables et à risque.

Faisons monter la marée face à l’adversité, afin d’organiser cette solidarité et cet élan de défense de la vie contre le profit et l’égoïsme d’une minorité puissante et dangereuse.

Il est temps de continuer à créer un pouvoir populaire d’en bas et de gauche.

Mais une fois le deuil assumé, avec tout le respect et la solidarité envers les personnes touchées, le moment est venu de demander des comptes au gouvernement de Carlos Mazón pour sa négligence criminelle dans la réduction de l’impact de la tempête, qui a laissé tant de personnes sans défense, terrifiées et avec tant de morts.

C’est pourquoi nous nous joignons à l’appel à une manifestation le 9 novembre à Valence pour exiger la démission de Mazón, pour négligence criminelle[7] Il ne peut pas être responsable s’il n’a pas été capable de défendre la vie et la sécurité de tant de Valenciens.

*

Publié le 2 novembre dans la revue Viento Sur.

Traduction, titre et intertitres : Contretemps.

https://www.contretemps.eu/

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