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26 janvier 2020 ~ 0 Commentaire

1789 (révolution ucl)

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La Révolution française de 1789 /1794

La Révolution française de 1789 / 1794 a marqué la fin du régime féodal en France. Pourtant, la bourgeoisie française éprouve aujourd’hui de la gêne, voire de l’hostilité, face à cet événement fondateur de son propre règne.

Seuls les débuts de la Révolution sont glorifiés, présentés comme la victoire d’un peuple uni face aux injustices de l’Ancien Régime. La suite est souvent présentée comme le déferlement de violence d’une populace inculte et manipulée par des révolutionnaires fanatiques.

Contrairement à ce qu’on entend trop souvent, la Révolution française n’a pas été l’aboutissement des « progrès de la Raison ». Elle marqua surtout l’entrée en action des classes populaires contre un régime politique et économique qui les étouffait. Comme l’écrivait Trotsky, une révolution est avant tout « une irruption violente des masses dans le domaine où se règlent leurs propres destinées ». C’est à ce titre que la Révolution française est toujours riche en leçons, pour ceux qui veulent transformer la société.

Les contradictions de la société féodale

A la veille de la Révolution, la population française est composée à 80 % de paysans. Le secteur industriel est nettement moins important qu’en Grande-Bretagne, où le développement du capitalisme est plus avancé. L’« industrie » française peine à dépasser le stade de l’artisa-nat. Dans tout Paris, on ne compte qu’une cinquantaine d’usines et d’ateliers employant entre 100 et 800 travailleurs. Il n’existe qu’un prolétariat embryonnaire.

Des éléments de capitalisme existent, pourtant.

Il y a bien une bourgeoisie riche et puissante, mais son développement « normal » est entravé par les restrictions féodales. Les corporations encadrent les activités de leurs métiers avec une telle rigueur qu’elles freinent le développement des forces productives.

Par exemple, la règle à calcul (ancêtre de la calculatrice) n’est quasiment pas employée en France, alors qu’elle est largement utilisée dans les usines et les chantiers navals de Grande-Bretagne. C’est que la production d’un tel outil nécessiterait l’entente entre plusieurs corps de métiers différents, ce qui contreviendrait aux règles du corporatisme, lesquelles interdisent de divulguer les savoir-faire de métiers.

L’ensemble du système féodal est à bout de souffle.

La société d’ordres (noblesse, clergé et tiers-état) profite aux deux premiers, au détriment de l’immense majorité de la population. Les paysans doivent payer des redevances à leur seigneur, auxquelles s’ajoute l’impôt dû au clergé (dîme). Ils subissent aussi des impôts royaux directs (taille, vingtième) et indirects (gabelle). Une fois le tout payé, il ne reste plus grand-chose aux paysans, pour survivre.

A l’autre pôle de la société, la monarchie en pleine décadence se gave et continue de mener des guerres lointaines, qu’elle finance par de nouveaux impôts. Alors que les révoltes de la faim se multiplient, le gouvernement en déficit veut mettre en place un nouvel impôt, mais la noblesse refuse d’y contribuer.

Pour tenter de trouver une solution à la crise financière, Louis 16 convoque des « Etats Généraux ». Mais le résultat de la manœuvre n’est pas celui escompté : les « cahiers de doléances », rédigés par le peuple, réclament la fin des privilèges des nobles.

Ce manque de discernement de la majorité de la classe dirigeante, qui bloque des mesures rognant légèrement ses privilèges, alors que ces mesures pourraient sauver le système qui la nourrit, est typique d’une situation pré-révolutionnaire.

Comme le faisait remarquer Lénine, une révolution commence toujours par une division au sommet de la société. Incapable de faire avancer la société, la classe dirigeante commence à se fissurer, à la recherche de solutions contradictoires. Et c’est par ces fissures que s’engouffre la révolte des masses.

Du « Règne de la Raison » à l’idéologie libérale

La Révolution qui commence en 1789 ne se fait pas pour le compte de la majorité de la population. Si elle abolit les anciens ordres, seule une minorité en profite pleinement. En effet, dans cet ensemble hétérogène (le tiers) se côtoie la totalité de la population n’appartenant ni à la noblesse, ni au clergé. S’y trouvent donc mélangés les paysans pauvres et les grands bourgeois, les salariés et leurs patrons, les petits artisans et les riches fournisseurs : autant de couches sociales aux aspirations bien différentes.

Si la masse des paysans et des artisans espère que l’abolition des droits seigneuriaux débouchera sur la fin des famines et de la misère, la bourgeoisie, elle, aspire à la « liberté d’entreprendre », c’est-à-dire d’exploiter les pauvres.

Mais à elle seule, la bourgeoisie n’est pas assez forte pour renverser le régime.

Elle doit s’appuyer sur la mobilisation des masses. L’abolition des privilèges, le 4 août 1789, n’a pu être obtenue qu’à la suite de la « Grande Peur », une vague de soulèvements spontanés des paysans contre leurs seigneurs. Or, pour mobiliser les couches les plus opprimées de la société, la bourgeoisie doit s’appuyer non sur les valeurs du « libre marché », mais sur les aspirations à davantage de justice et d’égalité.

Engels expliquait ainsi cette dynamique :

« A côté de l’opposition entre la noblesse féodale et la bourgeoisie qui se donnait pour le représentant de tout le reste de la société, existait l’opposition universelle entre exploiteurs et exploités, riches oisifs et pauvres laborieux. Et c’est justement cette circonstance qui permit aux représentants de la bourgeoisie de se poser en représentants non pas d’une classe particulière, mais de toute l’humanité souffrante. »

C’est de ce tour de passe-passe qu’est sortie l’idéologie républicaine, qui prétend établir une égalité « légale » entre exploités et exploiteurs, entre affamés et affameurs. Les dirigeants bourgeois de la Révolution française ont beau en appeler à la Raison et à l’Egalité, son résultat sera le transfert du pouvoir d’une minorité à une autre minorité.

La bourgeoisie possédante est représentée à l’Assemblée par les Girondins.

Dans un premier temps, ils se situent au centre ( à gauche des monarchistes) et font figure de républicains « modérés ». Ils appliquent le programme de leur classe : le maintien de l’ordre et de la propriété. La Constitution de 1789 définit le droit de propriété comme « inviolable et sacré ». Pourtant, la Révolution déborde à plusieurs reprises ce carcan bourgeois, sous l’impact de l’entrée en action des masses, qui poussent en avant leurs représentants jacobins.

L’action des masses et la Terreur

Le 14 juillet 1789 n’est que le début de la Révolution. La focalisation des commémorations sur 1789 n’a rien d’anodin. Cette année-là, la grande bourgeoisie – aux côtés de la noblesse « réformiste » – domine encore les débats politiques. Mais en mobilisant les masses contre le régime, elles les ont mises en mouvement et en ont perdu le contrôle.

A de nombreuses reprises, c’est l’intervention directe des masses, en particulier à Paris, qui pousse en avant la Révolution. C’est le cas en octobre 1789, lorsque l’Assemblée cherche un moyen légal de limiter le pouvoir royal.

Les femmes de Paris envahissent le château de Versailles et ramènent le roi à Paris, sous la surveillance directe du peuple. C’est de nouveau le cas en août 1792, lorsque le roi attend son salut des armées monarchistes qui envahissent le pays. Alors, le peuple de Paris n’attend pas la fin des délibérations de l’Assemblée ; prenant d’assaut, les armes à la main, le palais des Tuileries, il arrête le roi et met fin, de facto, à la monarchie.

De nos jours, les historiens bourgeois se lamentent sur la « Terreur révolutionnaire ».

Les « massacres de septembre » 1792, pendant lesquels la foule parisienne tue les aristocrates prisonniers à Paris, sont souvent présentés comme la preuve qu’une Révolution se termine toujours dans un bain de sang.

Mais, en réalité, tout comme la Terreur de 1793 / 1794, cet acte de fermeté sanglante est une réponse aux menaces des royalistes insurgés et des armées d’invasion envoyées par les monarchies coalisées d’Europe.

A l’été 1792, le Manifeste de Brunswick exige la reddition sans condition du régime révolu-tionnaire et le retour à l’ordre monarchique, faute de quoi les armées prussiennes livreront Paris à « une exécution militaire et une subversion totale ».

La réaction du peuple à ces menaces doit être analysée comme un acte d’autodéfense visant à terroriser les ennemis de la Révolution. Ceux qui s’en scandalisent se montrent souvent beaucoup plus tolérants à l’égard de la « Terreur blanche » qui a sévi – contre les révolutionnaires.

Les limites objectives de la Révolution

Au fil des événements, la situation se polarise : les jacobins sont poussés vers la gauche par les masses plébéiennes, ce qui entraîne la Révolution au-delà de ses cadres bourgeois. Paradoxalement, ils se battent contre ceux qui hériteront ensuite des conquêtes de la Révolution : la grande bourgeoisie naissante.

Mais, malgré les tendances communistes qui transparaissent dans certains de ses épisodes, la Révolution française ne pouvait déboucher sur une société socialiste. Pour cela, il lui manquait à la fois une base sociale et des forces productives suffisamment développées.

La classe ouvrière était encore trop faible, numériquement et socialement, pour prendre conscience d’elle-même comme classe spécifique, sans même parler de prendre le pouvoir. Le capitalisme n’avait pas eu le temps de jouer son rôle, qui était de poser les bases nécessaires à la transformation socialiste de la société.

La chute de Robespierre et des jacobins, en juillet 1794, marque un tournant.

Le pendule révolutionnaire repart vers la droite. Le mouvement insurrectionnel des masses plébéiennes est à bout de souffle – et la bourgeoisie reprend le contrôle de la situation, livrant à sa vengeance sanglante tous ceux qui avaient été en avance sur l’histoire.

La Révolution française a balayé l’Ancien Régime et instauré, sur ses ruines, l’empire de l’exploitation capitaliste et du « libre marché ».

L’implication des masses populaires l’a poussée au-delà de sa base bourgeoise, mais ce mouvement a fini par se heurter à ses limites objectives.

Aujourd’hui, la République française se gargarise d’être le « pays des droits de l’homme ».

Mais la République capitaliste actuelle ne contient plus un seul atome de contenu progres-siste ; elle cache de plus en plus mal la domination économique et politique de la grande bourgeoisie.

Il nous reste la « liberté » de manifester sous les gaz lacrymogènes, « l’égalité » des chances face au chômage de masse, et la « fraternité » des contrôles de police… Il nous faut une nouvelle révolution, socialiste, cette fois-ci !

22 septembre 2019 Marie L.

https://www.marxiste.org/

Lire aussi:

Les classiques de la subversion : « Bourgeois et bras nus »

« Bourgeois et bras nus » de Daniel Guérin

BOURGEOIS ET BRAS-NUS : réédition du livre de Daniel Guérin 

Club breton

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22 janvier 2020 ~ 0 Commentaire

emplois (anti-k)

a Emmanuel Macron bientôt résident des enfants pauvres 01 19

Le miroir aux alouettes de l’attractivité

Derrière le discours triomphal d’Emmanuel Macron sur la réussite de sa politique auprès des patrons étrangers, la réalité est beaucoup plus terne.

Vaste opération communication sur le thème de l’attractivité, hier, pour l’exécutif. Emmanuel Macron s’est rendu à Dunkerque pour une visite officielle du site de production de l’entreprise pharmaceutique anglo-suédoise AstraZeneca, qui doit bénéficier de 200 millions d’euros d’investissement supplémentaire du groupe sur cinq ans.

Dunkerque, au cœur des Hauts-de-France, région sinistrée par la désindustrialisation : le choix n’a évidemment rien d’anodin pour un chef de l’État venu vanter les retombées positives de ses réformes économiques.

«  Je veux bien qu’on nous farcisse la tête de mauvaises nouvelles, mais ce n’est pas vrai, a défendu le président de la République, alors que des militants CGT opposés au projet de réforme des retraites étaient retenus à l’extérieur du site par un important dispositif policier.

Un contrat à 2 milliards entre les Chantiers navals de Saint-Nazaire et MSC Croisières

Emmanuel Macron s’est ensuite rendu à Versailles, pour le troisième salon Choose France. L’occasion de réunir et de séduire les multinationales parmi les plus riches de la planète – Microsoft, Uber, Danone, Alibaba, General Electric…

L’occasion, aussi, de mettre en scène, dans le fastueux décorum versaillais, des signatures de contrat avec des grands groupes, comme on parapherait solennellement des traités avec d’autres chefs d’État.

Les annonces à gros sous ont ainsi plu toute la journée : 500 millions d’investissement de Coca-Cola sur son réseau français de production, 25 millions du géant brésilien des cosméti-ques Granado, un nouveau site hexagonal de recherche et de développement pour le groupe de télécoms suédois Ericsson et un contrat à 2 milliards entre les Chantiers navals de Saint-Nazaire et MSC Croisières pour deux paquebots propulsés au gaz naturel… En tout, 4 milliards d’euros d’investissements mis en avant, et autant d’encarts publicitaires pour la politique macronienne.

Un nombre de créations d’emplois très faible : seulement 30 000 en 2018

Face à l’internationalisation des activités des groupes, Emmanuel Macron fait partie des dirigeants les plus en pointe dans cette course à l’attractivité. Cherchant à tout faire pour attirer les capitaux sur leur territoire, avec pour seule boussole les investissements directs étrangers.

Une politique cousue main qui, depuis le début de son mandat, a poursuivi la baisse du « coût du travail », via des allégements drastiques de cotisations sociales, et réduit la fiscalité du capital (suppression de l’impôt sur la fortune, flat tax, etc.).

Un autre exemple, pointe l’économiste Benjamin Coriat, est celui du crédit d’impôt recherche qui culmine autour des 7 milliards d’euros, « un des dispositifs les plus favorables au monde sans réel contrôle ».

Une batterie de mesures financées à coups de restrictions budgétaires drastiques dans les dépenses publiques. En clair, analyse l’économiste atterré, « il y a un transfert d’argent public au profit des entreprises ». Sans oublier la multiplication des lois visant à flexibiliser encore plus le travail. Le tout pour un nombre de créations d’emplois extrêmement faible – seulement 30 000 en 2018, selon le baromètre Business France.

L’exemple des Chantiers de l’Atlantique est parfait dans ce miroir aux alouettes dressé par le président de la République.

Ainsi, la commande de paquebots de croisière masque une réalité sociale beaucoup plus terne. Alors que, depuis quelques années, les commandes sont exceptionnelles, les effectifs aux Chantiers de l’Atlantique n’ont que très peu progressé, en comparaison avec la période de cale sèche.

Selon les chiffres de la CGT, sur les 8 000 à 9 000 personnes, en fonction des livraisons, qui travaillent dans le chantier, seuls 3 200 sont salariées des Chantiers de l’Atlantique et en CDI. Les ouvriers étaient 900 en 2013 contre 1 100 aujourd’hui auxquels il faut ajouter 250 intérimaires.

Les deux tiers restants, environ 6 000 travailleurs sont des salariés de sous-traitants parmi lesquels 2 000 à 3 000 détachés. Le délégué syndical CGT des Chantiers de l’Atlantique, Sébastien Benoît, prend l’exemple d’une de ces entreprises sous-traitantes qui emploie 50 à 60 femmes de ménage et tourne avec 60 à 80 intérimaires.

La précarité est tout aussi forte. Sans compter que, « sur les 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires réalisés l’an dernier, les négociations annuelles sur les salaires ont été de 1 %, soit 15 euros brut pour un ouvrier », dénonce Sébastien Benoît. Et de résumer, « les salariés sont, en réalité, loin d’être les grands bénéficiaires de la bonne santé de l’entreprise ». En d’autres termes, la politique d’Emmanuel Macron ne ruisselle pas.

Les investissements dans la transition écologique sont dérisoires

Alors que « le taux de distribution des dividendes, donc des profits, n’a jamais été aussi élevé, il ne serait pas criminel d’en prendre 15 à 20 milliards sur les 60 réalisés », propose l’économiste Benjamin Coriat.

D’autant que nombre de projets aujourd’hui mis en valeur par le président de la République reposent sur des secteurs industriels qui « sont des résidus de ce qu’était la grande politique industrielle d’après-guerre bâtie grâce à des investissements publics massifs », explique Benjamin Coriat.

Or, la France est désormais en retard sur tout. Sur la transition écologique, les investissements publics sont dérisoires, alors qu’il faudrait investir au minimum 50 milliards par an.

Et de conclure : « On dit que l’État n’a pas d’argent quand il s’agit d’investir ou de dépenses sociales. Quand il s’agit de transfert aux entreprises, on a tout l’argent que l’on veut. »

Clotilde Mathieu et Cyprien caddéo L’Humanité, 21 janvier 2020

https://www.anti-k.org/

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21 janvier 2020 ~ 0 Commentaire

australie (àl’encontre reporterre)

GreenLeft

L’Australie montre que les inégalités aggravent les catastrophes

Ce n’est pas la première fois que l’Australie est dévastée par des incendies. Il y a plus de dix ans, en février 2009, les incendies en Australie ont tué 173 personnes, blessé des milliers d’autres et détruit 2000 maisons.

Le 7 février 2009, connu sous le nom de «Black Saturday», a constitué l’événement le plus meurtrier de l’histoire du pays. Les incendies ont démarré soudainement et se sont propagés à toute vitesse.

Les pompiers ont déclaré en novembre 2019 que la météo de cette saison était similaire à celle du «Black Saturday», avec des conditions de chaleur et de sécheresse extrêmes. Cette fois-ci c’est l’année la plus chaude et la plus sèche jamais enregistrée dans le pays en raison de la crise climatique, les incendies se sont propagés sur des distances plus grandes et ont brûlé encore plus longtemps qu’il y a dix ans.

Le bilan est moins lourd cette fois – les estimations tournent autour de 28 morts – mais les hectares de terre, les maisons et les vies animales perdues ont éclipsé les incendies précédents. Alors que 4 451 km2 et plus d’un million d’animaux ont été perdus en 2009, les incendies cette saison ont brûlé jusqu’à présent près de 80 000 km2 (de brousses, de zones boisées et de parcs nationaux), plus de 3 000 maisons et un milliard (voire des milliards!) d’animaux sauvages.

Ces chiffres sont catastrophiques. 80 000 km2, c’est près de 1% de la surface de l’Australie. Un million d’animaux morts est difficile à concevoir, et encore plus un milliard. Et le traumatisme pour les humains qui doivent vivre avec les conséquences de cette catastrophe durera des décennies.

«De nombreux survivants devront faire face, avec douleur, à la disparition de leurs proches, la perte de leurs biens, la perte de leurs moyens de subsistance, le manque d’abris, la destruction de l’environnement local, le soutien inadéquat de l’Etat, la perte d’espoir pour l’avenir ainsi que la peur». Selon Sharon Friel, professeure de politique de santé qui a publié Climate Change and the People’s Health (Oxford University Press, janvier 2019).

Un rapport de 2016 sur les victimes du «Black Saturday» a révélé que, cinq ans après les feux de brousse, plus d’un cinquième des résidents touchés connaissaient un taux double de problèmes de santé mentale – comme le syndrome de stress post-traumatique et la dépression – comparé au reste de la population. Selon ce rapport, celles et ceux qui vivaient seuls ou étaient le plus isolés étaient les plus touchés.

Pour les pauvres, le rétablissement sera plus difficile. En particulier pour les pauvres qui vivent dans les zones rurales, où l’accès aux ressources de santé mentale et physique est limité, même si l’Australie dispose d’un système de santé universel.

Les catastrophes climatiques s’aggravent dans le monde entier et sont intensifiées par les inégalités de richesse.

La préparation aux catastrophes est trop coûteuse pour les personnes vivant dans la pauvreté; l’évacuation n’est pas possible pour les pauvres qui n’ont pas accès aux transports ou qui ne peuvent pas arrêter de travailler, les locataires peuvent avoir des difficultés à trouver un autre logement après une catastrophe.

Comme le souligne Sharon Friel, «Les personnes aisées peuvent se permettre de vivre dans des bâtiments avec isolation, équipés de la climatisation et de purificateurs d’air», alors que les personnes à faibles revenus doivent respirer l’air, à l’intérieur ou non. La liste des conséquences pour les pauvres est longue.

Cette stratification sociale se manifeste notamment dans les questions de logement. Aux Etats-Unis, «si vous êtes pas propriétaire de l’endroit où vous vivez, vous avez une sorte de double désavantage», explique Junia Howell, sociologue à l’université de Pittsburgh.

Même si une victime de catastrophe a une assurance comme locataire – et la majorité des locataires n’en ont pas – , l’assurance ne couvrira probablement pas les pertes. En outre, comme les logements se font plus rares après une catastrophe et que des travailleurs temporaires s’installent pour aider à restaurer une zone, les loyers augmentent.

Les propriétaires pauvres ne sont pas épargnés. L’ouragan Katrina [fin août 2005] est un exemple classique de stratification sociale lors de restauration après une catastrophe; le gouvernement et les organisations à but non lucratif ont été plus lents à fournir une aide aux communautés noires et à faibles revenus après l’ouragan.

Plus d’une décennie après Katrina, les populations historiquement pauvres et noires du Lower Ninth Ward [quartier de La Nouvelle-Orléans] sont toujours en train de récupérer. Et tout cela se passe dans un pays riche.

En 2016, la Banque mondiale a constaté que les catastrophes naturelles font que 26 millions de personnes tombent dans la pauvreté chaque année.

Le président de la Banque mondiale a déclaré que ces catastrophes «menacent de réduire à néant des décennies de progrès dans la lutte contre la pauvreté». A mesure que les catastro-phes naturelles s’aggraveront en raison de la crise climatique, les écarts de richesse à l’échelle mondiale et au sein même des pays ne feront que s’accroître.

Non seulement les pauvres sont les plus touchés par les catastrophes naturelles, mais ils sont de plus en plus nombreux à devenir pauvres à cause de celles-ci.

Le 6 janvier 2020, le Premier ministre australien Scott Morrison a annoncé un fonds de restau-ration de 2 milliards de dollars pour les feux de brousse actuels, mais cela ne suffira pas à couvrir les dommages causés – les incendies du «Black Saturday» ont déjà coûté 4,4 milliards de dollars.

Le gouvernement refuse également de reconnaître qu’il existe un lien entre la gravité des incendies et le changement climatique. Cette donnée ne peut que diminuer sa capacité à mettre en œuvre une planification afin d’affronter des incendies encore plus graves. Et, cerise sur le gâteau, le gouvernement a également contribué à la désinformation sur les causes des incendies.

Au cours de la première semaine de janvier 2020, les théoriciens conspirationnistes de droite ont fait circuler plusieurs fausses informations, affirmant que les incendies étaient d’origine criminelle.

Certains de ces complotistes allaient même jusqu’à dire que les militants écologistes avaient allumé ces incendies pour pousser à l’action climatique, et d’autres que l’United Nation Association of Australia (UNAA) avait allumé ces incendies afin de libérer de l’espace pour un train à grande vitesse. (Il va sans dire que ces affirmations sont fausses.)

En réalité, ce sont les actions de la droite qui perpétuent souvent ces horribles incendies. Jair Bolsonaro, le président d’extrême droite du Brésil, a encouragé l’incendie dévastateur de la forêt amazonienne l’année dernière, en visant spécifiquement les populations indigènes.

Les populations indigènes souffrent généralement davantage des conséquences des feux de forêt.

Des études menées au Canada et aux Etats-Unis ont montré que les populations amérindien-nes sont généralement plus touchées par les incendies. En Australie, en plus du déni de droits dus à la colonisation et à la perte de leurs habitats à cause des incendies provoqués par la mauvaise gestion des terres, les Aborigènes voient également des parties importantes de leur culture détruites. Les incendies ont anéanti des sites sacrés et patrimoniaux.

Actuellement, il y a une grande concentration d’incendies en Nouvelle-Galles du Sud, qui compte également la plus forte population aborigène du pays.

«Le feu, un élément avec lequel les groupes indigènes de tout le continent vivaient autrefois en harmonie, met aujourd’hui en danger leurs sites culturels sacrés», écrit Yessenia Funes pour le site Earther.

En envisageant l’avenir, de nombreux Aborigènes ont demandé aux responsables australiens de tenir compte de leurs connaissances sur la gestion du feu et de mettre en œuvre des pratiques telles que les brûlages contrôlés annuels pour éviter des incendies désastreux. (Joe Morrison in The Guardian, «How First Australians’ancient knowledge can help us survive the Bushfires of the future», 11.1.2020).

Pour veiller à ce que les pauvres ne soient pas laissés pour compte dans la crise climatique, réduire les inégalités est le mot d’ordre.

A titre préventif, «l’accent mis sur la redistribution plutôt que sur la poursuite implacable de la croissance économique est une condition préalable… pour réduire la pauvreté et les inégalités», comme des résultats en matière de santé et de climat, déclare Sharon Friel.

En ce qui concerne plus particulièrement les secours en cas de catastrophe, Junia Howell indique que les décideurs politiques doivent examiner spécifiquement la manière dont l’aide peut être distribuée de manière plus équitable, avant et après une catastrophe.

La semaine dernière, l’Australian Council of Social Service (ACOSS) a demandé à Scott Morrison d’augmenter le montant des fonds destinés aux catastrophes, en précisant qu’ils sont insuffisants pour aider les familles pauvres à se remettre sur pied.

«Nous sommes très préoccupés par le fait que l’actuel Disaster Recovery Payment est grave-ment insuffisant, en particulier pour les personnes à faibles revenus», a écrit le directeur de l’ACOSS dans une lettre adressée au Premier ministre.

Malgré la présence de négationnistes climatiques dans le gouvernement de Scott Morrison, ce dernier a reconnu, finalement, que la crise climatique pourrait être liée à ces incendies. Mais Scott Morrison a également déclaré la semaine dernière que les politiques climatiques ont «comme conséquences de détruire des emplois et l’économie» et «ne changeront rien au fait qu’il y a des feux de brousse en Australie» (The Guardian, 10.1.2020).

Sans les politiques climatiques que la droite méprise tant, l’Australie pourrait bientôt ne plus être habitable. Les riches auront beaucoup plus de chances de survivre, car ils feront leurs bagages et prendront leur argent pour aller s’installer dans des endroits moins chauds et moins exposés aux catastrophes.

Les pauvres, qui n’ont pas les milliers de dollars nécessaires pour émigrer et s’établir dans un autre pays, risquent d’être des laissés-pour-compte.

Article publié par le site Truthout, en date du 18 janvier 2020; traduction rédaction A l’Encontre

Sharon Zhang est chargée des reportages sur le climat auprès de Truthout.

21  janvier 2020 Sharon Zhang

https://alencontre.org/

Lire aussi:

Les feux menacent la santé mentale des Australiens

 

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21 janvier 2020 ~ 0 Commentaire

accidents du travail (the guardian)

Pourquoi tant d’accidents du travail aux USA?

Il y a eu 5 250 accidents du travail mortels aux États-Unis en 2018, les chutes étant la principale cause de décès et les coupes budgétaires dans l’inspection du travail pourraient en entraîner davantage

Des milliers d’Américains meurent au travail chaque année

Le Bureau of Labor Statistics (BLS) a signalé 5 147 décès au travail aux États-Unis en 2017. Parmi ces décès, 887 étaient dus à des chutes mortelles, le niveau le plus élevé déclaré en 26 ans d’histoire du Recensement des accidents du travail mortels.

Il existe deux catégories différentes de chutes mortelles: les chutes au même niveau, comme les glissades ou les trébuchements, et les chutes à un niveau inférieur. Les deux ont augmenté en 2017, avec la majorité, 713 décès, à la suite d’une chute des travailleurs à un niveau infé-rieur. En 2018, les dernières données de l’année sont disponibles, les chutes mortelles étaient 791, le nombre total de décès au travail ait augmenté par rapport à l’année précédente pour atteindre 5 250.

Les États-Unis dépassent les autres pays industrialisés en matière de décès au travail

Aux États-Unis, le taux moyen de décès au travail est de 3,5 décès pour 100 000 travailleurs au cours de la dernière décennie. En comparaison, les taux de mortalité au travail au Royaume-Uni reste inférieur à 1,0 décès pour 10 0000 travailleurs au cours de la dernière décennie et à 1,5 décès pour 100 000 travailleurs en moyenne dans les 15 premiers États membres de l’UE.

Les accidents de transport sont responsables du plus grand nombre de décès au travail et de plus d’un tiers de tous les décès au travail. La majorité des chutes mortelles sur le lieu de travail se produisent régulièrement dans la construction et impactent le plus les travailleurs hispaniques, bien que les chutes fatales en 2017 touchent un large éventail d’industries.

Grimpeurs de tours

Parmi les industries où les travailleurs tombent le plus, ceux qui entretiennent les tours de télécoms ont des taux de mortalité jusqu’à 10 fois plus élevés que les travailleurs de la construction. C’est l’un des emplois les plus dangereux aux États-Unis. Beaucoup de travailleurs qui doivent escalader des tours de télécoms tombent au travail chaque année.

Jonce Hubble, 41 ans, était l’un de ces travailleurs. En descendant d’une tour de radio à Anniston, en Alabama, en juillet 2010, il est tombé de 40 à 50m. Si vous tombez d’une tour, vous avez quelques secondes pour réfléchir à ce qui arrive. «Mon mari a été attaché, je savais à quoi il pensait », déclare Bridgette Hester, la femme de Hubble. «Il était conscient, ce qui m’a complètement choqué au départ parce que c’était une chute de 40 à 50 m. Il jurait, au milieu de cris et de cris et il s’est évanoui à cause de la perte de sang. »

Hubble est décédé plus tard à l’hôpital en raison des blessures causées par la chute. Hester a utilisé les fonds obtenus pour la mort injustifiée, conclus avec la société pour démarrer la Fondation Hubble, un organisme sans but lucratif axé sur la fourniture de services de soutien aux familles d’êtres chers touchés par les décès ou les blessures au travail des grimpeurs de tours.

« Si vous tombez d’une tour, vous avez quelques secondes pour réfléchir », déclare Hester. « C’est ce qui hante la plupart des familles – ce qui leur traversait la tête, à quoi pensaient-ils, à quel point ils avaient peur, et elles luttent avec cela de façon inimaginable. »

Hester a déclaré que de nombreuses entreprises prenaient la sécurité au sérieux, mais que des accidents se produisaient parce que des entrepreneurs ne prenaient pas la responsabilité d’assurer la sécurité de leurs travailleurs en fournissant un équipement et une formation appropriés.

Évitable

Dans l’industrie sidérurgique, des travailleurs meurent chaque année d’une chute mortelle, et elle est régulièrement citée comme l’une des plus dangereuses aux États-Unis. Mike Wright, directeur de la santé, de la sécurité et de l’environnement au syndicat United Steelworkers, a déclaré: «Ils sont tous évitables. J’ai vu beaucoup de morts et lorsque vous arrivez, vous pensez: «Je ne peux pas croire que cela ne s’est pas produit il y a 10 ans déjà »

Selon Wright, les décès surviennent le plus souvent dans les équipes où la supervision fait défaut, dans les cas où les procédures de sécurité de routine sont ignorées, comme les travailleurs se précipitant pour réparer une pièce d’équipement cassée pour retourner à la production dès que possible.

Il a déclaré que de nombreuses chutes mortelles étaient sous-déclarées en raison de la façon dont les légistes statuent sur les causes de décès. Dans les cas où un événement cardiaque a été inclus dans le cadre d’une chute au travail, Osha (agence publique) refusera souvent de codifier ces accidents comme des décès au travail même si le syndicat des Métallos affirme que la victime aurait survécu à l’événement cardiaque.

«Chacun de ces décès peut être évité», a déclaré John Dony, directeur de l’environnement, de la santé, de la sécurité et de la durabilité au National Safety Council, une organisation à but non lucratif de sécurité et de santé.

«Comme pour tout autre risque qu’un employeur doit envisager, l’adoption d’une approche systémique pour éliminer ces risques est ce qui est en jeu ici. Penser aux procédures, à la formation et à la technologie pour prévenir ces incidents. »

Dony a déclaré qu’en plus de chercher les moyens d’éliminer les risques et les dangers, les employeurs devraient utiliser des contrôles, une formation appropriée, fournir des équipements de protection individuelle, créer des systèmes, pour que les pressions de production, la mauvaise communication ou une mauvaise formation ne permettent plus que quelque chose se passe mal où qu’un travailleur se blesse ou meure sur le lieu de travail.

« Personne ne doit mourir au travail », a déclaré Dony.

Michael Sainato Lun 20 janvier 2020

https://www.theguardian.com/

Commentaire:

La violence aux USA ce ne sont pas que les « guns », c’est aussi l’exploitation capitaliste!

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21 janvier 2020 ~ 0 Commentaire

oxfam (reporterre)

 moraklisation

Rapport Oxfam

Les milliardaires français plus ultra-riches que jamais

Changement climatique, détresse sociale : tout va de mal en pis, entend-on. Mais pas pour tout le monde, rappelle Oxfam. Dans son rapport annuel sur les inégalités mondiales, publié ce lundi 20 janvier, à la veille du Forum économique de Davos, l’ONG rappelle que « que les 1 % les plus riches possèdent désormais plus du double de la richesse de 6,9 milliards de personnes, soit 92 % de la population mondiale ».

Si chaque personne s’asseyait sur ses richesses sous la forme de billets de 100 dollars empilés les uns sur les autres, la plus grande partie de l’humanité serait assise sur le sol. Une personne de la classe moyenne vivant dans un pays riche serait assise à la hauteur d’une chaise. Les deux hommes les plus riches au monde se retrouveraient dans l’espace.

Les milliardaires s’enrichissent tandis que les plus démunis s’appauvrissent. Car à l’autre bout de l’échelle, d’après la Banque mondiale, près de la moitié de la population mondiale essaie de survivre avec 5,50 dollars par jour (ou moins).

La France ne fait pas exception, avec 41 milliardaires, soit quatre fois plus qu’après la crise financière de 2008. « Les milliardaires français ne se sont jamais aussi bien portés, écrit Oxfam. En 2018, leur fortune a augmenté plus vite que celle des autres milliardaires dans le monde (merci la « gauche » blog) ». Oxfam révèle également que les 7 premiers milliardaires français possèdent plus que les 30 % les plus pauvres.

Le milliardaire Bernard Arnault symbolise l’enrichissement des ultra-riches

Le patron de LVMH, Bernard Arnault, « symbolise à lui seul l’enrichissement des ultra-riches en France », note l’association, en illustrant : « Si quelqu’un avait pu économiser l’équivalent de    8 000 euros par jour depuis la prise de la Bastille, il n’arriverait aujourd’hui qu’à 1 % de la fortune de Bernard Arnault ».

Pourquoi de telles inégalités ?

Le rapport d’Oxfam pointe un « modèle économique défaillant [qui] a mis un pouvoir et des richesses considérables entre les mains d’une élite fortunée ».(Psst: c’est le capitalisme! blog)

L’ONG insiste particulièrement sur le sexisme de notre système politique et économique, qui maintient dans la pauvreté un très grand nombre de femmes. « Ménage, cuisine, gestion du budget, soin des proches, collecte de bois et d’eau dans les pays du Sud, la valeur monétaire du travail de soin non rémunéré assuré par les femmes âgées de 15 ans ou plus représente au moins 10 800 milliards de dollars chaque année, soit trois fois la valeur du secteur du numérique à l’échelle mondiale », peut-on lire.

En France, les femmes consacrent en moyenne 3 h 26 par jour aux tâches domestiques contre 2 h pour les hommes.

Aux racines de ces injustices, le rapport pointe d’importantes défaillances dans les systèmes de redistribution.

Car les fortunes des milliardaires – qui proviennent pour un tiers d’héritages – « s’alimentent par elles-mêmes » : il s’agit de choisir les bons placements et d’éviter de payer trop d’impôts. « Les très grandes fortunes se déroberaient à leurs responsabilités fiscales à hauteur de 30 %, rapporte Oxfam. Entre 2011 et 2017, les salaires moyens dans les pays du G7 ont augmenté de 3 %, alors que les dividendes des riches actionnaires ont bondi de 31 %. »

L’inégalité met le système social français en danger

En France, le modèle social est aussi « en danger », selon l’ONG, « car notre fiscalité repose de manière croissante sur des impôts régressifs comme la TVA et la CSG, des impôts qui pèsent proportionnellement plus sur les citoyen.ne.s les plus pauvres ». A l »inverse, l’impôt sur les sociétés est en baisse de 23 % depuis 20 ans.

Oxfam dénonce clairement les mesures fiscales prises par le gouvernement de M. Macron :

« L’instauration de la flat tax et la suppression de l’ISF [impôt de solidarité sur la fortune] ont accentué cette tendance en diminuant de nouveau la participation des plus riches à notre système de redistribution ».

D’après un rapport du Sénat, le top 100 des contribuables qui payaient l’ISF a gagné en moyenne 1,7 millions d’euros chacun grâce à ces mesures, sans impact visible sur l’investissement, qui était pourtant la justification de la réforme.

L’ONG en tacle au passage le projet de réforme des retraites, qui « pourrait pénaliser les carrières hachées qui concernent le plus souvent des femmes ».

« Les grand.e.s gagnant.e.s de notre système actuel de retraite sont les plus riches puisqu’ils profitent en moyenne plus longtemps de leur retraite par répartition, avec une espérance de vie de treize ans supérieure à celle des plus pauvres, indique le rapport. Au lieu de les mettre plus à contribution, le projet de réforme actuel prévoit de baisser leurs cotisations au-delà de 10.000 euros de rémunération par mois. »

Pour Pauline Leclère porte-parole d’Oxfam France, « les inégalités indécentes sont au cœur de fractures et de conflits sociaux partout dans le monde car personne n’est dupe : la crise des inégalités traduit la complicité plus que l’impuissance des États à agir pour la combattre.

Les inégalités ne sont pas une fatalité, elles sont le résultat de politiques sociales et fiscales qui réduisent la participation des plus riches – entreprises et particuliers – à l’effort de solidarité par l’impôt, et fragilisent le financement des services publics.

Transports, éducation, santé, système de retraites…. sont sacrifiés alors qu’ils sont décisifs pour lutter contre la pauvreté. »

Pour lutter contre les inégalités, Oxfam recommande de :

Reconnaître le travail de soin peu ou non rémunéré effectué principalement par les filles et les femmes comme une forme de travail ou de production apportant une vraie valeur.

Rétablir une fiscalité plus équitable sur les plus aisé.e.s n, supprimer les niches fiscales qui bénéficient disproportionnément aux grandes entreprises sans bénéfice pour l’économie et lutter efficacement contre l’évasion fiscale.

20 janvier 2020 / Lorène Lavocat (Reporterre)

https://reporterre.net/

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21 janvier 2020 ~ 0 Commentaire

abc de la dette (cadtm)

dette

L’ABC de la dette contre les peuples

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La Grèce des années 2010 montre comment un pays et un peuple peuvent être privés de liberté à cause du remboursement d’une dette clairement illégitime.

Depuis le 19e siècle, de l’Amérique latine à la Chine en passant par Haïti, la Grèce, la Tunisie, l’Égypte et l’Empire ottoman, la dette publique a été utilisée comme arme de domination et de spoliation.
Au bout du compte, c’est la combinaison de l’endettement et du libre-échange qui constitue le facteur fondamental de la subordination d’économies entières à partir du 19è siècle. Les classes dominantes locales se sont associées aux grandes puissances financières étrangères pour soumettre leur pays et leur peuple à un mécanisme de transfert permanent de richesses des producteurs locaux vers les créanciers qu’ils soient nationaux ou étrangers.

C’est la combinaison de l’endettement et du libre-échange qui constitue le facteur fondamental de la subordination d’économies entières à partir du 19è siècle

Contrairement à l’idée reçue, ce ne sont généralement pas les pays endettés périphériques qui provoquent les crises de la dette souveraine. Ces crises éclatent d’abord dans les pays capita-listes les plus puissants ou sont le résultat de leurs décisions unilatérales qui entraînent par ricochets des crises de grande ampleur dans les pays périphériques endettés. Ce n’est pas l’excès de dépenses publiques qui amène la dette à des niveaux insoutenables, mais plutôt les conditions imposées par les créanciers locaux et étrangers.

Les taux d’intérêt réels étaient abusivement élevés et les commissions prélevées par les banquiers étaient particulièrement élevées. La conséquence était évidente : les pays qui s’endettaient n’étaient pas en mesure de rembourser leurs dettes. Ils devaient constamment recourir à de nouveaux emprunts pour rembourser les anciens. Et quand ils n’y arrivaient pas, les puissances créancières avaient le droit de recourir à une intervention militaire pour se faire rembourser.

Les crises de la dette et leur dénouement sont toujours pilotés par l’action de grandes banques des principales puissances économiques et par les gouvernements qui les soutiennent.

Au cours des deux derniers siècles, plusieurs États ont répudié avec succès des dettes en arguant qu’elles étaient illégitimes ou odieuses. C’est le cas du Mexique, des États-Unis, de Cuba, de la Russie, de la Chine ou du Costa Rica.

Les conflits autour du paiement de la dette ont donné lieu à l’élaboration de la doctrine juridique de la dette odieuse qui est toujours d’actualité.

dette

Un peu d’histoire

Les créanciers, qu’ils soient de puissants États, des organismes multilatéraux à leur service ou des banques, ont parfaitement su manœuvrer pour imposer leur volonté aux débiteurs

Les créanciers, qu’ils soient de puissants États, des organismes multilatéraux à leur service ou des banques, ont parfaitement su manœuvrer pour imposer leur volonté aux débiteurs. Dès la première moitié du 19è siècle, un pays comme Haïti a servi de laboratoire.

Première république noire indépendante, l’île s’est libérée du joug de la France en 1804. Mais Paris n’a pas pour autant abandonné ses prétentions sur Haïti, en obtenant une indemnisation royale pour les esclavagistes : les accords signés en 1825 avec les nouveaux dirigeants haïtiens ont instauré une dette de l’indépendance monumentale que Haïti ne pouvait plus rembourser dès 1828 et qu’elle a mis en fait un siècle à payer, rendant impossible toute forme de développement réel.

La dette a aussi été utilisée pour asservir la Tunisie à la France en 1881 ou l’Égypte au Royaume-Uni en 1882  car les puissances créancières ont usé de la dette impayée pour soumettre ces pays jusque-là souverains.

De même, la Grèce est née dans les années 1830 avec le boulet d’une dette qui l’enchaînait au Royaume-Uni, à la France et à la Russie. L’île de Terre-Neuve, devenue en 1855 le premier dominion autonome de l’Empire britannique, bien avant le Canada ou l’Australie, a renoncé à son indépendance après la grave crise économique de 1933 pour faire face à ses dettes et a finalement été rattachée en 1949 au Canada qui accepte de reprendre 90 % de sa dette.

dette

 La dette dans les années 1960-1970

Le processus s’est reproduit après la Seconde Guerre mondiale, quand les pays d’Amérique latine avaient besoin de capitaux pour financer leur développement et quand les pays asiati-ques d’abord, puis africains au virage des années 1960, ont accédé à l’indépendance. La dette a constitué l’instrument majeur pour imposer des politiques néocoloniales. Après la seconde guerre mondiale, il n’était plus permis de recourir à la force contre un pays débiteur. Ce sont d’autres moyens qui, dès lors, ont été utilisés.

Les prêts massifs octroyés, à partir des années 1960, à un nombre croissant de pays de la périphérie (à commencer par les alliés stratégiques des grandes puissances, le Congo de Mobutu, l’Indonésie de Suharto, le Brésil de la dictature militaire, et en allant jusqu’à des pays comme la Yougoslavie et le Mexique), jouent le rôle de lubrifiant d’un puissant mécanisme de reprise de contrôle de pays qui, auparavant avaient commencé à adopter avec un succès réel des politiques indépendantes des anciennes métropoles coloniales et de Washington.

Trois grands acteurs ont incité ces pays à s’endetter en les appâtant avec des taux relative-ment bas. Les classes dominantes locales ont également poussé à l’augmentation de la dette et en ont tiré profit sans qu’il y ait de bénéfice pour les peuples.

dette

 La crise de la dette des années 1980

À la fin 1979, les États-Unis ont décidé d’augmenter leurs taux d’intérêt, ce qui a eu des réper-cussions sur les taux appliqués au pays endettés au Sud qui étaient variables et ont eux aussi fortement augmentés. Couplée à une baisse des cours des matières premières exportées par les pays du Sud (pétrole, café, cacao, coton, sucre, minerais…) qui a produit une réduction des revenus d’exportation, cette hausse des taux a refermé le piège.

Une nouvelle forme de colonisation sans administration ni armée coloniale sur place, le mécanisme de la dette s’est chargé de prélever les richesses produites et de les diriger vers les créanciers

En août 1982, le Mexique et d’autres pays ont annoncé qu’ils n’étaient plus en mesure de rembourser. C’est là qu’est intervenu le Fonds monétaire international (FMI), qui, à la demande des banques créancières, a prêté aux pays en difficulté, au taux fort.

A la double condition qu’ils poursuivent le remboursement de leurs emprunts aux banques et qu’ils mènent la politique décidée par ses experts : abandon des subventions aux produits et services de première nécessité, réduction des dépenses publiques.

Et dévaluation de la monnaie, taux d’intérêt élevés pour attirer les capitaux étrangers, produc-tion agricole tournée vers l’exportation, ouverture totale des marchés par la suppression des barrières douanières, libéralisation de l’économie avec abandon du contrôle des mouvements de capitaux et suppression du contrôle des changes, fiscalité aggravant les inégalités avec hausse de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et préservation des revenus du capital, privatisations des entreprises publiques rentables…

Les prêts d’ajustement structurel visent l’abandon par ces pays de leur politique nationale et une connexion plus forte des économies de la périphérie au marché mondial dominé par le centre.

Il s’agit également d’assurer l’approvisionnement des économies du centre en matières premières et en combustibles. En mettant les pays de la périphérie progressivement en concurrence les uns par rapport aux autres, en les incitant à « renforcer leur modèle exporta-teur » et l’exploitation de leurs ressources naturelles, l’objectif est de faire baisser les prix des produits qu’ils exportent, et, par conséquent, de réduire les coûts de production au Nord et d’y augmenter les taux de profit.

C’est ainsi qu’est apparue une nouvelle forme de colonisation : plus besoin d’entretenir une administration et une armée coloniale sur place, le mécanisme de la dette s’est chargé de prélever les richesses produites et de les diriger vers les créanciers. Cela n’empêche pas pour autant l’ingérence politique et économique lorsque les intérêts des créanciers et des puissances néocoloniales sont menacés.

dette

 Évolution dans les années 2000

À partir de 2003-2004, les prix des matières premières et des produits agricoles ont commencé à augmenter dans un contexte de forte demande internationale. Cela a permis aux pays expor-tateurs de tels produits d’augmenter leurs recettes, surtout en monnaies fortes (dollar, euro, yen, livre sterling).

Certains en ont profité pour augmenter leurs dépenses sociales alors que la majorité a investi ces rentrées dans l’achat de bons du Trésor des États-Unis, finançant par ce biais la principale puissance mondiale.

Par ailleurs, l’augmentation des ressources de certains pays, en raison de l’augmentation des rentrées en devises et de l’affluence des investisseurs privés avant le déclenchement de la crise de 2007-2008, a fait perdre du poids au Fonds monétaire internationale et à la Banque mondiale.

Un autre facteur a renforcé ce phénomène : la Chine en pleine expansion s’est transformée en atelier du monde et a accumulé d’énormes réserves de change. Elle a augmenté significative-ment le financement des pays en développement. Ses prêts sont venus concurrencer ceux des institutions financières multilatérales et des pays industrialisés.

Depuis 2018-2019, une nouvelle crise de la dette touche directement des pays comme l’Argentine, le Venezuela, la Turquie, l’Indonésie, le Nigeria, le Mozambique … (Résumé voir lien)

17 janvier par Eric Toussaint

http://www.cadtm.org/

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20 janvier 2020 ~ 0 Commentaire

65 ans! (france info)

vieux

Réforme des retraites : un âge d’équilibre à 65 ans ?

Une étude d’impact réalisée dans le cadre de la réforme des retraites indique que l’âge pivot serait fixé à 65 ans et non à 64 ans. Un âge qui reculera progressivement.

Le projet de la réforme des retraites arrive en Conseil des ministres vendredi 24 janvier. Une étude d’impact a été réalisée, et première surprise : on ne parle plus d’un futur âge pivot à 64 ans, mais bien à 65 ans. Et mauvaise nouvelle : les Français vont travailler de plus en plus tard. Il faudra atteindre cet âge d’équilibre pour obtenir une meilleure pension.

Après la réforme, les Français travailleront plus longtemps

L’espérance de vie va continuer à progresser. Avec la réforme, l’âge d’équilibre doit augmenter de manière proportionnelle.

En 2037, l’âge pivot sera repoussé à 65 ans. Il faudra donc travailler jusqu’à cet âge pour une pension sans malus. Une évolution inadmissible pour le syndicat Force ouvrière.

« C’est le rêve du gouvernement de nous contraindre par un argument ou un autre, d’accepter ou se résigner à devoir travailler plus longtemps pour pouvoir bénéficier de la retraite », s’insurge un représentant. Après la réforme, les Français travailleront ainsi plus longtemps.

20/01/2020

https://www.francetvinfo.fr/

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18 janvier 2020 ~ 0 Commentaire

irak (solidarités)

irak

Ni États-Unis, ni Iran ! 

Le 3 janvier, sur ordre de Donald Trump et sans autorisation du Congrès, des frappes aériennes états-uniennes ont pris pour cible un convoi près de l’aéroport de Bagdad en Irak tuant Qassem Soleimani, le commandant des Pasdaran (Corps des gardiens de la révolution).

Celui-ci prenait ses ordres directement du Guide Suprême iranien Ali Khamenei. Le raid a également tué Abu Mahdi al-Mohandis, haut commandant de la milice irakienne Kataib Hezbollah, et au moins six autres personnes.

Cette attaque fait suite à une montée des tensions entre l’Iran et les États-Unis ces derniers mois, qui se matérialise en particulier en Irak. 5 300 soldat·e·s états-unien·ne·s se trouvent actuellement en Irak, tandis que 3 000 sont en route vers le Moyen-Orient.

Au total, 14 000 soldat·e·s ont été envoyés par Washington dans la région depuis mai 2019. À la suite de l’assassinat de Soleimani, Donald Trump a menacé de bombarder « très durement » 52 sites iraniens si Téhéran tentait d’attaquer des soldats ou des ressortissants états-uniens en représailles.

De nombreuses personnalités politiques en Irak ont dénoncé cette violation de la souveraineté du pays. Le parlement irakien a par ailleurs voté une résolution demandant le départ de toutes les troupes armées de la coalition internationale luttant contre l’État islamique.

La joie exprimée par certain·e·s à l’annonce de la mort du criminel réactionnaire Qassem Soleimani est compréhensible, étant donné son rôle dans l’expansion régionale de l’influence de l’Iran et dans la répression des classes populaires révolutionnaires en Iran, en Syrie et en Irak.

Cependant, son assassinat ne découle en rien d’une volonté de Washington de faire avancer les soulèvements populaires en Irak et dans la région. Au contraire, cette action impérialiste pourrait faire dérailler le soulèvement populaire en Irak.

La menace n’est pas tant que le mouvement de contestation irakien se concentre sur l’opposi-tion aux États-Unis ; il s’est jusqu’à présent clairement opposé à toutes les influences étrangè-res, et de récentes manifestations à Bagdad et dans d’autres villes du pays ont d’ailleurs répété le slogan « Ni États-Unis, ni Iran ! ».

Cependant, il pourrait être submergé par un autre mouvement contrôlé et organisé par des milices pro-iraniennes, qui inscrirait le départ des États-unien·ne·s comme la seule exigence, sans contester le système néolibéral et confessionnel actuel.

Les soulèvements populaires en Irak, en Iran et au Liban en souffriront, tandis que les dirigeants instrumentaliseront la crise avec les États-Unis dans leur effort pour rester au pouvoir. Les premières réactions des responsables irakiens et des personnalités politiques proches de l’Iran vont d’ailleurs dans ce sens.

Face à ces développements, l’opposition aux ingérences continues de l’impérialisme états-unien et aux menaces de guerre contre l’Iran et l’Irak ne peut être efficace que si elle est enracinée dans la solidarité avec les forces progressistes et révolutionnaires du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, sans aucune concession envers les régimes autoritaires et les puissances régionales.

Joe Daher 9.01.2020

https://solidarites.ch/

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18 janvier 2020 ~ 0 Commentaire

climat (le monde)

npa clim

Climat : l’avertissement australien

Editorial du « Monde ». L’embrasement du Sud-Est australien est un signal d’alarme, qui annonce ce que pourraient être les conditions normales dans un monde futur qui se réchaufferait de 3 °C.

Vivre au quotidien un masque filtrant sur le nez, dans des villes ou des villages cernés par les flammes, dans la hantise de l’accident respiratoire et de la destruction de son habitat et de son environnement.

Le calvaire enduré par les Australiens préfigure notre avenir si nous ne parvenons pas à maîtriser le changement climatique. Depuis plus de quatre mois, le sud-est de l’île-continent vit dans une atmosphère de fin du monde, sous un ciel gris obscurci par la fumée des incendies. Déjà, 80 000 km2 de forêts – l’équivalent de l’Irlande – ont disparu, vingt-huit personnes sont mortes et deux mille habitations ont été détruites.

Choqués, des rescapés rencontrés par Le Monde restent hantés par le cri des koalas et des kangourous blessés à mort par les flammes. Car les pertes pour la biodiversité sont immen-ses : plus d’un milliard d’animaux morts, la forêt d’eucalyptus des montagnes Bleues largement détruite, tout comme celle, tropicale, de Gondwana, elle aussi inscrite au Patrimoine de l’humanité par l’Unesco.

L’avertissement australien apparaît particulièrement dérangeant, non seulement parce que les incendies ont pris une ampleur cataclysmique telle que l’on n’entrevoit même pas leur terme, mais aussi parce que ce sont des pans entiers de l’un des plus beaux conservatoires de la nature de la planète qui partent en fumée.

Certes, la sécheresse et les incendies qu’elle favorise font partie du paysage de l’été austral. Mais l’ampleur exceptionnelle de la catastrophe conduit indubitablement à mettre en cause le dérèglement climatique, que les responsables politiques australiens, notamment l’actuel premier ministre conservateur, Scott Morrison, considèrent avec scepticisme. Résultat de leurs politiques complaisantes à l’égard des pollueurs et oublieuses des engagements environne-mentaux : l’Australie, premier producteur de charbon du monde, est l’un des plus gros émetteurs de CO2 par habitant de la planète.

« Tchernobyl climatique »

Or il n’est plus temps de douter : si le réchauffement climatique n’est pas l’unique cause des incendies en Australie, il en est l’un des puissants facteurs aggravants. Le cas de ce continent est particulièrement complexe, car il connaît de fortes variations de climat, essentiellement dues au courant côtier saisonnier chaud El Niño, qui explique en soi la survenue d’épisodes de sécheresse extrême. Mais il est avéré que les températures record, directement liées, elles, au changement climatique, favorisent les incendies et augmentent leur gravité.

Ces réserves spécifiques à l’Australie ne valent ni pour l’ouest des Etats-Unis ni pour le Cana-da, l’Amazonie, la Scandinavie ou la Méditerranée. Dans toutes ces zones, le poids du change-ment climatique planétaire lié aux émissions de gaz à effet de serre se révèle déjà plus lourd que celui de la « variabilité naturelle » du climat local.

L’embrasement du Sud-Est australien est en réalité un signal d’alarme pour toute la planète.

Il annonce « ce que pourraient être les conditions normales dans un monde futur qui se réchaufferait de 3 °C », avertit Richard Betts, le professeur de météorologie britannique qui vient de faire la synthèse de cinquante-sept études récentes portant sur l’impact du changement climatique sur les incendies.

Continuer de se voiler la face, ce serait perdre du temps pour mettre en œuvre les politiques aptes à éviter l’avènement du monde apocalyptique que préfigure le « Tchernobyl climatique » décrit par l’écrivain Richard Flanagan. Il faut transformer l’avertissement australien en mobilisation pour la planète.

Le Monde

https://www.lemonde.fr/

Commentaire:

Mobilisation, oui, mais pour changer de système!

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17 janvier 2020 ~ 0 Commentaire

capitalisme colonial (lvsl)

cap

Le capitalisme colonial est en train de devenir la règle internationale Entretien avec Xavier Ricard Lanata

LVSL : Dans votre livre, vous défendez la thèse de la « tropicalisation » du monde. De quoi s’agit-il concrètement ?

Xavier Ricard Lanata : La tropicalisation du monde correspond au moment actuel du capita-lisme mondial, caractérisé par le fait que les grandes entreprises transnationales, lesquelles autrefois s’étaient développées à l’abri des métropoles (celles-là mêmes qui leur fournissaient les conditions de leur développement et de leur essor à l’échelon international) traitent désor-mais ces mêmes métropoles comme de simples substrats destinés à leur fournir les facteurs de production nécessaires à l’accumulation du capital.

Elles ne s’estiment plus redevables de quoi que soit à leur égard, et cherchent au contraire à s’affranchir des règles que ces dernières s’obstinent à leur imposer.

Les métropoles sont donc en train de vivre ce qui a été longtemps le propre des pays du Sud, la condition tropicale, où l’État ne joue plus aucun rôle parce qu’il n’est plus en mesure de contenir les acteurs économiques : il se contente de leur servir d’instrument, de relayer leurs ambitions.

Le corps collectif disparaît, et avec lui la possibilité de l’action politique, puisque l’État n’entend plus incarner ni donner une traduction à l’action collective. L’État se réduit donc à un instrument de contrôle.

Sa légitimité tient à sa capacité à exercer ce contrôle. Les dirigeants adoptent des modes de comportement caractéristiques des sociétés néocoloniales : préférence pour le court terme, tolérance aux inégalités, attractivité à tout prix…

En France, cette obsession a dicté les termes d’une politique de réforme du droit du travail et de l’État providence pour que les détenteurs de capitaux puissent obtenir des marges plus importantes.

Cet état d’esprit a caractérisé pendant des siècles les sociétés tropicales qui n’avaient pas d’autre élément à faire valoir pour intéresser les agents économiques que le niveau relative-ment faible de leurs coûts de production et qui s’interdisaient de penser à des politiques de développement « endogènes », reposant sur la demande intérieure, la substitution d’importation et la diversification de l’économie.

LVSL : Vous affirmez que la tropicalisation du monde est une régression vers un stade anté-capitalisme social des Trente glorieuses, époque durant laquelle le marché était encastré dans un compromis social, contrairement au capitalisme sauvage d’avant les années 1920. Pourquoi utiliser le mot tropicalisation plutôt que régression ?

XRL : Parce que cette tropicalisation a été testée à grande échelle dans les sociétés colonia-les. Pendant longtemps, l’Occident a identifié le progrès social à l’augmentation de la produc-tion par unité de travail, donc de la productivité horaire du travail.

Il a exporté dans les pays du Sud la violence contenue dans cette conception du progrès social : la soif, potentiellement illimitée, de ressources nécessaires à l’augmentation de la productivité horaire, qui ne dépend pas uniquement de l’innovation technologique : pour produire davantage, il faut se procurer de l’énergie « libre » et de la matière. Donc, pour que l’Occident parvienne à augmenter son taux de productivité horaire, il lui a fallu mettre la planète entière au pillage. Pour cela, il a fallu qu’il dispose de ressources (humaines et non-humaines) qui ont été saccagées dans tous les pays que je qualifie de « tropicaux ».

Aujourd’hui, à l’heure de la baisse tendancielle du taux de croissance de la productivité horaire, il faut trouver de nouvelles sources d’accumulation, hors des activités traditionnelles : par exemple les services publics, jusqu’à présent extérieurs au marché.

Les détenteurs de capitaux y voient (comme dans le Royaume-Uni de Margaret Thatcher) un secteur susceptible de leur fournir des relais de croissance. Le démantèlement des services publics fait donc partie du programme, pour satisfaire les besoins des investisseurs.

L’Occident industriel et post-industriel est devenu lui-même un lieu de prédation pour satisfaire les besoins des détenteurs des capitaux en matière de taux de croissance, ou de rentabilité nette du capital investi dans un monde où la taille de la production globale ne croit pratiquement plus.

Comme le capitalisme est un jeu qui n’admet que des gagnants et des perdants, au sens où celui qui n’investit pas, ou retire de son investissement un rendement inférieur à celui de ses concurrents, voit la valeur de son épargne se réduire, autrement dit s’appauvrit relativement aux autres, et compte-tenu du niveau d’incertitude dans lequel baignent aujourd’hui les agents économiques, le détenteur de capitaux, où qu’il se trouve (Nord ou Sud) va  chercher à maximiser à court terme la rentabilité du capital.

Il aura par conséquent tendance à adopter un comportement « prédateur », autrefois caracté-ristique des zones coloniales : la prédation s’appliquera tantôt au facteur travail, tantôt à la nature, tantôt aux services ou aux actifs publics. C’est ce capitalisme de prédation, un capita-lisme colonial, qui est en train de devenir la règle internationale. On peut parler, avec Slavoj Zizek, d’une « auto-colonisation » des anciennes métropoles coloniales.

Nous sommes en train de faire l’expérience, nous habitants du « Nord », de ce qui va nous rapprocher de ce qu’ont vécu les pays du Sud. Cela peut être la préfiguration de ce qu’il peut nous arriver de pire, comme dans le cas de l’élection de Bolsonaro par exemple

En réalité, l’univers idéologique d’Emmanuel  Macron est d’ores et déjà très proche de celui de Jair Bolsonaro. (Extrait)

Xavier Ricard Lanata est haut fonctionnaire, et surtout l’auteur d’un essai publié récemment aux Presses Universitaires de France intitulé La tropicalisation du monde. Il y décrit un phénomène de fond : le néolibéralisme reprend la forme, dans nos pays, de ce qu’il était dans les colonies il y a un siècle. Il met à son service la puissance publique au détriment de l’intérêt général. Nous revenons avec lui sur ce concept d’actualité, et les conclusions politiques qu’il en tire. Entretien réalisé par Sarah De Fgd et Pierre Gilbert. Retranscrit par Manon Milcent.

15 janvier 2020

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