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18 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Météo (Reporterre)

Météo du futur : les nuages au cœur du changement climatique

Météo du futur : les nuages au cœur du changement climatique

Les nuages vont jouer un rôle déterminant dans l’évolution du climat. Mais leur variété et leur complexité fait de leur intégration aux modèles climatiques un véritable défi pour les scientifiques.

Elle est décrite comme « la mission de recherche la plus complexe » de l’Agence spatiale européenne (ESA) à ce jour. Lancé en orbite le 29 mai dernier, le satellite EarthCARE de l’ESA, conçu en collaboration avec l’agence spatiale japonaise, embarque quatre instruments de pointe. Pendant au moins trois ans, ils seront braqués vers l’atmosphère terrestre afin d’y scruter l’un des plus importants et mystérieux acteurs du climat : les nuages.

« Plusieurs satellites ont déjà étudié les nuages par le passé, mais, pour la première fois, grâce à la combinaison de nos instruments, nous allons mesurer toutes leurs caractéristiques physiques en même temps. C’est ce qui intéresse les chercheurs, explique Dominique Gillieron, responsable des projets d’observation de la Terre à l’ESA, ils ont besoin d’améliorer leurs modélisations et de tester leurs modèles actuels. »

Car les nuages jouent un rôle crucial dans le système climatique de la Terre. Ils couvrent à peu près les deux tiers du globe, créant un « effet parasol » géant : en réfléchissant une partie du rayonnement solaire vers l’espace, ils nous protègent de son énergie et refroidissent le climat. Si tous les nuages disparaissaient, la Terre pourrait être plus chaude de 5 °C, selon le Programme mondial de recherche sur le climat.

Le chiffre est ancien et à prendre avec des pincettes tant la compréhension de la physique des nuages est difficile. Mais il donne un ordre de grandeur de leur influence décisive sur la température globale. Pour être plus précis, les chercheurs estiment l’énergie que l’on reçoit du soleil en calculant la puissance de rayonnement reçu, en watts, pour chaque mètre carré de surface terrestre (noté W/m2). Les nuages refroidissent ainsi la Terre d’environ 20 W/m2. À comparer aux 4,5 W/m2, qui sera le surplus (déjà énorme) emmagasiné à cause des gaz à effet de serre d’ici à 2100, dans le scénario de réchauffement médian à 3 °C.

Incertitudes climatiques

Le rôle refroidissant des nuages est donc capital. Problème : ils sont eux-mêmes perturbés par le changement climatique. Plus le climat se réchauffe, moins les nuages le refroidissent. Les chercheurs savent maintenant avec un haut degré de certitude, selon le dernier rapport du Giec, que cette boucle de rétroaction amplifie le réchauffement d’origine humaine.

Dans quelles proportions les nuages vont-ils aggraver la situation ? Cela reste l’une des principales sources d’incertitude concernant l’évolution du climat. Il est « probable » que l’effet global des nuages ajoute 0,12 W/m2 à 0,72 W/m2 pour chaque degré de réchauffement, selon le Giec, mais certains phénomènes bénéficient d’un faible degré de confiance. « La diversité des nuages, leur taille, leur épaisseur optique, leur altitude… tout cela contribue à générer de l’incertitude », explique Étienne Vignon, chargé de recherche CNRS au Laboratoire de météorologie dynamique.

Pour comprendre les défis qu’affrontent les climatologues, il faut plonger un instant la tête dans les nuages. L’atmosphère contient en permanence de l’eau sous forme de gaz, en proportions variables. Mais sa capacité à en contenir est limitée : lorsqu’elle arrive à saturation, le surplus d’eau se condense, il se change en petites gouttelettes liquides, voire en cristaux de glaces, notamment selon les conditions de pression et de température. Ces gouttelettes et cristaux forment les nuages.

Effet parasol contre effet de serre

Simple ? Sauf que ces nuages ne se contentent pas de jouer un effet parasol. Ils contribuent également à l’effet de serre, c’est-à-dire à réchauffer la Terre en absorbant et émettant des rayonnements infrarouges (voir le graphique ci-dessous). Effet parasol refroidissant d’un côté, effet de serre réchauffant de l’autre, lequel des deux effets domine ? Cela dépend des nuages.

Ils peuvent notamment contenir une proportion variable de gouttelettes liquides et de cristaux de glace, ce qui a une influence importante aux latitudes tempérées car les gouttelettes ont un plus grand pouvoir réfléchissant. La taille des gouttelettes et la forme des cristaux joue également.

Météo (Reporterre) dans Altermondialisme rvezriuchezriuchzeiu
© Stéphane Jungers / Reporterre

Dans les cumulus, nuages chauds et bas à maximum 2 ou 3 km d’altitude, souvent très épais, l’effet parasol refroidissant domine. A l’inverse, les cirrus, qui flottent bien plus haut dans la troposphère, jusqu’à 14 km, sont très fins, bloquent beaucoup moins les rayons du soleil et l’effet de serre y est dominant, leur influence climatique est donc réchauffante.

Boucles de rétroactions climatiques

Le changement climatique bouleverse ces équilibres dans tous les sens. La hausse des températures va faire monter les cirrus en altitude, ce qui va renforcer leurs caractéristiques réchauffantes. D’autres processus peuvent avoir des effets contraires. « Avec le réchauffement, on s’attend à avoir moins de glace et une proportion de plus en plus importante de gouttelettes dans les nuages dans les régions de moyennes latitudes, donc une hausse de l’effet parasol et un effet refroidissant », souligne Étienne Vignon.

À l’inverse, le chercheur travaille également sur la modélisation des nuages dans l’océan Arctique et, là-bas, la boucle de rétroaction pourrait aggraver le réchauffement. « À l’automne, la banquise se réduit de plus en plus, ce qui entraîne plus d’évaporation de l’océan et donc plus de formation de nuages à basse altitude. Ceux-ci provoquent beaucoup d’effet de serre », dit-il. Comme il y a peu de soleil dans cette région à l’automne, l’effet parasol ne joue pas beaucoup. L’effet de serre, au contraire, accélère la fonte de la banquise, accélérant encore le réchauffement dans une boucle de rétroaction délétère.

Ces deux effets contradictoires restent mal compris et difficiles à quantifier. Surtout, ils ne représentent qu’une petite partie des interactions climatiques impliquant les nuages. Il faudrait y ajouter l’évolution globale de la couverture nuageuse (à chaque degré de réchauffement, l’atmosphère peut contenir 7 % d’eau en plus), la répartition des nuages (l’effet parasol couvre plus de surface avec des nuages très éparpillés que s’ils sont très concentrés), la vitesse à laquelle ces nuages se changent en pluies et disparaissent, la difficulté à anticiper la présence de ces nuages de jour ou de nuit (en l’absence de soleil, l’effet parasol est absent et l’effet de serre domine la nuit), etc.

« En Antarctique, l’effet parasol ne joue pas puisque la surface glacée blanche réfléchit déjà très bien le soleil. Mais si la glace fond et révèle un sol plus sombre, l’effet parasol des nuages devient beaucoup plus important, explique Christoph Kittel, chercheur en climatologie à l’université Grenoble Alpes. Selon la part de glace et d’eau liquide dans le nuage, les conséquences changent aussi complètement. Selon le modèle de nuage que l’on utilise, l’avenir de la fonte globale en Antarctique varie de 50 % dans le pire scénario. Des points de bascule sont possibles mais encore très mal compris. »

Les défis de la modélisation

C’est l’autre difficulté que rencontrent les chercheurs : au-delà de la complexité des nuages, se trouve celle de les modéliser dans leurs ordinateurs. « Nos modèles fonctionnent très bien et on a de bonnes indications sur l’évolution moyenne du climat. Mais il reste de fortes disparités entre modèles, notamment sur les nombreuses incertitudes liées aux nuages et il reste beaucoup de travail scientifique à faire sur la paramétrisation », note Étienne Vignon.

D’où l’intérêt de poursuivre et affiner les observations, comme le fait le satellite EarthCARE. En plus de s’intéresser à la physique des nuages et à leur rayonnement thermique, les instruments de l’ESA vont se concentrer sur les « précurseurs des nuages ». Car si l’eau se condense lorsque l’atmosphère est saturée, la formation de nuage est favorisée par la présence de poussières, sels marins, combustibles fossiles, pollens ou autres particules autour desquelles gouttelettes et cristaux vont s’agglomérer.

Or, la présence de ces aérosols dans l’air est elle-même bouleversée par le changement climatique et ajoute une couche de complexité à la compréhension de l’évolution du climat. « L’évolution des tempêtes dans le Sahara peut par exemple soulever plus de sable, l’évolution de la végétation ou les floraisons précoces liées au réchauffement peuvent changer la distribution du pollen, les tempêtes marines plus fréquentes apporter des sels dans l’atmosphère, sans parler des polluants industriels et des combustibles fossiles », énumère Dominique Gilliéron.

« Ces changements d’aérosols vont-ils favoriser la formation de cirrus qui augmentent l’effet de serre ou de cumulus à l’effet rafraîchissant ? » questionne-t-il. Les modèles auront peut-être affiné leur réponse d’ici trois ou quatre ans, lorsque le satellite aura fini sa mission. D’ici là, il reste une certitude que les climatologues rabâchent inlassablement : plus nous émettons de gaz à effet de serre, plus nous nous enfonçons dans les brumes de dérèglements catastrophiques.

Vincent Lucchese 18 juin 2024

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17 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Mini Méga Bassines (LPO)

 

Mini Méga Bassines (LPO) dans Altermondialisme iStock-1150731633
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Et maintenant les «mini méga-bassines» !

Le Gouvernement multiplie les mesures en faveur de la création de retenues de substitution destinées à l’irrigation, souvent au détriment de zones naturelles. La LPO dénonce une régression écologique irresponsable visant à maintenir sous perfusion un modèle agricole obsolète et délétère, et appelle les citoyens à se mobiliser.

Jusqu’au 19 juin 2024, le ministère de la Transition Écologique et de la Cohésion des Territoires soumet à la consultation publique obligatoire un projet de modification de l’arrêté du 9 juin 2021 encadrant l’aménagement et l’exploitation de plans d’eau au niveau national, conformément à la rubrique 3.2.3.0 de la nomenclature annexée à l’article R. 214-1 du code de l’environnement.

La LPO demande le retrait de ce projet d’arrêté et encourage les Français à s’y opposer lors de la consultation publique en donnant un avis défavorable avant le 19 juin.

Je participe à la consultation publique

La modification envisagée consiste à soustraire de l’application de l’article 4 dudit arrêté les zones humides dont la superficie est inférieure à 1 hectare, qui représentent environ la moitié de la surface nationale estimée à 3 millions d’hectares. Selon cet article 4, l’implantation d’un plan d’eau en zone humide ne peut intervenir que s’il participe à l’opération de restauration de cette dernière, ou s’il respecte une série de conditions strictes :

  • Existence d’un intérêt général majeur ;
  • Absence d’autre solution alternative ;
  • Efficacité des mesures de réduction et de compensation de l’impact écologique.

Si l’arrêté est adopté, les plans d’eau inférieurs à 1 hectare seront désormais exonérés de toutes ces conditions, avec comme conséquence l’implantation facilitée de bassins d’irrigation artificiels de taille moyenne (des « mini méga-bassines ») en lieu et place d’habitats naturels pour la biodiversité.

Cette mesure fait suite à l’adoption en première lecture par les députés le 26 mai dernier de la Loi d’orientation agricole qui, entre autres reculs environnementaux, limite les procédures de recours suspensif contre les méga-bassines afin de faciliter leur installation.

Il est estimé qu’environ la moitié des zones humides françaises ont disparu entre 1960 et 1990, victimes du remembrement agricole et de l’urbanisation et que 41 % des milieux humides français ont continué de se dégrader entre 2010 et 2020 selon une étude des services de l’Etat.

Dans un contexte de réchauffement climatique et d’effondrement du vivant, il est irresponsable de faire disparaitre des écosystèmes qui sont essentiels pour préserver la biodiversité, réguler le cycle de l’eau et absorber du carbone. L’accaparement des ressources en eau au profit d’une poignée d’agroindustriels accentue en outre l’assèchement des bassins versants et les inégalités au sein du monde agricole.

10 juin 2024 LPO France

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21 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Bassines (Reporterre)

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20 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Méditerranée (Reporterre)

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La Méditerranée à l’épreuve d’un réchauffement extrêmement rapide

Le pourtour de la Méditerranée est l’une des régions qui se réchauffe le plus vite au monde, subissant une sécheresse critique. De la Sicile à la Tunisie, en passant par l’Andalousie, le manque d’eau devient une triste habitude. Sicile (Italie), Andalousie (Espagne), Sousse (Tunisie), reportage

C’est l’une des zones les plus touchées par le changement climatique sur notre planète. Le bassin méditerranéen subit des « conditions critiques » de sécheresse, ont alerté dès le mois de février les scientifiques du Centre commun de recherche de la Commission européenne. De la Sardaigne au Portugal, en passant par le sud de la France et l’Espagne, ces régions manquent cruellement d’eau. Le Maghreb est même considéré en « extrême gravité » par ce rapport.

Il ne s’agit pas d’un épisode exceptionnel, mais bien d’un phénomène durable, installé depuis plusieurs années et dû à une combinaison de températures élevées et de manque de précipitations. « L’augmentation observée des températures dans cette zone est plus importante que la moyenne mondiale, expliquait en mai 2023 à Reporterre l’hydroclimatologue Yves Tramblay, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement et coauteur d’un chapitre du sixième rapport du Giec consacré à la région. La planète se réchauffe, et la Méditerranée un peu plus vite. »

Le printemps avance désormais et, malgré quelques pluies, la situation ne s’améliore pas sur le pourtour méditerranéen, laissant craindre le pire pour l’été à venir.

En Sicile, des réservoirs d’eau vides

En Sicile, la plus grande île de la mer Méditerranée, nombre de réservoirs d’eau qui alimentent villes et champs sont déjà presque vides. La situation a poussé le gouvernement italien à décréter l’état d’urgence dans la région le 7 mai, pour une durée d’un an, tandis que des restrictions d’eau ont été établies pour un million d’habitants, sur les 5 millions que compte l’île.

« On parlait justement du fait qu’il ne pleut pas depuis longtemps », confie Mirella, 65 ans, accompagnée de son ami Vincenzo, en marchant dans la réserve naturelle de Santo Pietro, dans l’est de l’île. Entre septembre 2023 et avril 2024, il n’y est tombé que 191,2 mm d’eau, soit l’une des pires séries enregistrées depuis le début des relevés en 1916. Ce bois a perdu des dizaines de chênes-lièges ravagés par divers incendies estivaux ces dernières années. Mirella dit se sentir « très triste et impuissante face à la raréfaction de l’eau ».

Ces dernières décennies, les conséquences de la sécheresse sont d’ailleurs aggravées par une mauvaise gestion et l’état préoccupant de nombreuses infrastructures hydrauliques : sur les vingt-six barrages de l’île, plusieurs sont depuis longtemps hors service, et de très nombreuses canalisations sont vétustes. « Je m’inquiète beaucoup pour l’avenir des plus jeunes », assure la sexagénaire avant de souffler : « Malheureusement il y a beaucoup d’ignorance. »

« Les Siciliens n’ont pour la majorité toujours pas compris qu’il ne s’agit pas d’une urgence, mais d’un fait établi », assène Pepe Amato, membre de l’association écologiste Legambiente depuis quarante ans. La province voisine de Caltanissetta risque de se retrouver sans eau à partir du 6 juillet, le lac de barrage ressemblant davantage à une flaque qu’à un lac.

Dans les terres intérieures de cette île très agricole, les nuances de vert des blés ont disparu. À la place, des champs aux trop courts épis couleur or, brûlés par le soleil, s’étendent à perte de vue. La situation des agriculteurs est alarmante.

« À ce rythme, je devrai moissonner d’ici dix jours, car les tiges sont déjà sèches. Elles ne vont plus pousser », s’inquiète Alessio, jeune agriculteur de 25 ans, les pieds sur une terre déjà craquelée. Outre des pommes de terre et melons irrigués, il cultive au sein de l’exploitation familiale de plus en plus de céréales, car elles ne nécessitent pas d’irrigation. Il est conscient que l’on « ne pourra plus cultiver partout en Sicile à l’avenir ».

« Le jour où on n’aura plus du tout d’eau, on verra ce qu’on fait »

Face au dérèglement climatique, qui amène aussi son lot de pluies diluviennes — à l’image du printemps 2023 quand, en quelques minutes, la plupart de ses cultures ont été dévastées —, Alessio a diversifié ses cultures et teste des variétés plus résistantes à la sécheresse.

Un peu plus loin, en plein épandage d’insecticide au milieu de ses pêchers aux fruits réduits, Massimo, un agriculteur de 48 ans, ne sait pas ce que les nappes phréatiques où il pompe l’eau ont encore à offrir. « Le jour où on n’aura plus du tout d’eau, on verra ce qu’on fait et comment on s’adapte », dit-il. Alessio, lui, a peur « qu’au mois d’août, il ne reste ici qu’un désert ».

En Tunisie, cinq ans de sécheresse

À des centaines de kilomètres de là, sur la côte sud de la Méditerranée, l’inquiétude est la même. « Tout ce qu’on demande, c’est que Dieu fasse revenir la pluie », s’exclame Béchir, le doigt pointé vers le ciel. Le quinquagénaire fait passer un long tuyau noir entre des oliviers, jusqu’à ses plants de pommes de terre, dans l’est de la Tunisie.

Dans son village de Kondar, comme dans le reste du Sahel tunisien, on dépendait de l’eau provenant des barrages de la région voisine de Kairouan. Avec la sécheresse que connaît le pays depuis cinq ans, les taux de remplissage ne sont plus suffisants pour répondre aux besoins. « La seule solution, ce sont les puits », s’alarme Béchir.

Les agriculteurs de Kondar reconnaissent qu’ils ne sont pas les plus touchés. « Dans mon village, c’est pire : il n’y a plus d’eau pour faire pousser les plantes », dit un ami de Béchir, originaire de Kairouan et venu à Kondar pour fuir la sécheresse. Cependant, ils subissent déjà les conséquences de la raréfaction de l’eau : « L’année dernière, le prix du mètre cube est passé de 200 à 400 millimes [de 6 à 12 centimes d’euros] ! », lance Béchir.

L’agriculteur exploite un forage autorisé par le gouvernement, mais dans la région, certains ruraux n’hésitent plus à utiliser des forages ou des raccordements illégaux pour faire des économies.

Sur la côte, Sousse, troisième ville de Tunisie, subit aussi la baisse de la pluviométrie. Najoua et Tarek, un couple de septuagénaires, vivent avec des coupures d’eau à répétition. « Elles ont commencé en 2023 », se souvient Najoua. Régulièrement, l’approvisionnement en eau est interrompu dans l’ensemble du quartier. « D’habitude, c’est surtout la nuit. Mais en février, l’eau est restée coupée trois jours », dit Tarek.

Sur le perron, sa fille scrute l’arrivée d’un petit camion-citerne. Son conducteur explique qu’il vend de « l’eau de source » à un tarif préférentiel. Deux fois par semaine, il fait le tour des quartiers populaires. « On ne sait pas d’où ça vient, on n’achète pas », confie Najoua. Mais d’autres habitants, à court de ressources, n’ont plus le luxe de la prudence.

En Andalousie, des prières pour le retour de l’eau

En Espagne, en décembre 2023, des écoliers sont allés jusqu’à écrire aux rois mages pour réclamer de l’eau. « Cette année, je ne veux ni un portable, ni une trottinette électrique », a tracé une jeune adolescente devant sa feuille. « Ce que je veux, c’est ouvrir le robinet et qu’il en sorte une eau propre », a complété une autre. « Prendre ma douche sans que ma peau ne démange », « Que mes grands-parents puissent cuisiner sans devoir porter de lourds jerricanes »

Quelques jours avant Noël, dans les montagnes du nord de la province de Cordoue, en Andalousie, douze écoles du secteur ont publié une vidéo où les élèves demandaient de l’eau. Depuis neuf mois, un liquide malodorant, parfois saumâtre, coulait aux robinets des quelques 80 000 habitants des comarques de Los Pedroches et de Guadiato, en raison de la sécheresse.

« Le pantano [grand lac de barrage comme il en existe beaucoup en Espagne] de Sierra Boyera, qui nous alimente normalement, est le premier du pays à s’être asséché complètement, en avril 2023 », raconte Miguel Aparicio, fondateur de la plateforme Unidos por el agua (Unis pour l’eau), lancée durant cet épisode. Les pantanos sont la base du système d’approvisionnement dans ce pays sec. Quand leur niveau est trop bas, l’eau devient impropre à la consommation, en raison de la matière organique qui se concentre au fond.

« Il n’y a pas de vraies mesures d’adaptation à la nouvelle réalité climatique »

« Quand on ouvrait le robinet, s’échappait un filet d’eau marron ou jaune qui sentait le poisson pourri », poursuit Miguel Aparicio. En urgence, le gouvernement espagnol a connecté en mars le lac artificiel de Sierra Boyera à celui, voisin, de La Colada. « Mais ça fait vingt ans qu’il reçoit les eaux usées de plusieurs villages et que la pollution de l’élevage intensif y ruisselle. Notre station d’épuration ne peut assainir cela ».

« Les parents martelaient aux enfants de fermer les yeux et la bouche pour éviter le contact avec les muqueuses sous la douche, certains ont fait des réactions allergiques sur tout le corps, poursuit-il. Ma femme et moi louons une maison de tourisme rural. Dans ces conditions, personne n’est venu pendant plus d’un an. » Pour la consommation humaine, des camions-citernes se relayaient dans le centre des communes. Les habitants venaient faire la queue pour remplir bidons et bouteilles.

La solution est enfin tombée du ciel, fin mars, durant la Semaine sainte, très suivie en Andalousie. De très fortes pluies ont rechargé à 70 % le pantano de Sierra Boyera. L’eau a été déclarée potable le 22 avril. « Mais tout le monde pense que ça se reproduira, car il n’y a pas de vraies mesures d’adaptation à la nouvelle réalité climatique », avertit Miguel Aparicio, regrettant que l’Espagne continue de ne compter que sur le ciel.

À l’avenir, selon le chapitre 4 du sixième rapport du Giec, consacré au bassin méditerranéen, les sécheresses devraient devenir « plus sévères, plus fréquentes et plus longues » en cas d’émissions de gaz à effet de serre modérées. Elles s’intensifieront « fortement » si notre recours aux énergies fossiles se poursuit de manière débridée.

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19 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Konkerne (FR3)

Le Trévignon est l'un des 14 thoniers senneur de la Compagnie française du thon océanique (CFTO). Il pêche le thon dans l'Océan Indien.
Le Trévignon est l’un des 14 thoniers senneur de la Compagnie française du thon océanique (CFTO). Il pêche le thon dans l’Océan Indien. • © MARCEL MOCHET / AFP

À Concarneau, la filière de la pêche au thon tropical en voie de disparition ?

Activité historique à Concarneau, les armements de pêche au thon tropical sont dans la tourmente. Après la disparition de celui de Via Océan, ex-Saupiquet au début de l’année, la compagnie Française du Thon Océanique (CFTO), elle aussi basée à Concarneau, a annoncé cette semaine un plan d’économies drastiques avec notamment une baisse de 30 % des salaires des marins.

Réunion de crise à Concarneau ce vendredi 17 mai 2024 : une vingtaine de marins de la Compagnie française du thon océanique (CFTO) se sont retrouvés au cours d’une assemblée générale à l’appel de la CFDT.

Ils viennent d’apprendre que leur employeur envisage de réduire leur salaire brut de 30 % pour tenter de redresser les comptes de l’entreprise. Autres mesures sur la table des négociations : la diminution des vivres à bord des navires, l’arrêt des fournitures de tabac… Et pour économiser du gazole, la compagnie veut allonger la durée des campagnes de pêche.

15 millions d’euros de perte en 5 ans

Un plan d’économies annoncé cette semaine, en raison « de difficultés historiques » qui « ont durement et durablement impacté l’entreprise« . Forte de 15 thoniers (dont l’un sous pavillon italien), la CFTO a enregistré près de 30 millions d’euros de pertes nettes en 2020 et 2021, et n’a plus publié ses résultats depuis.

Si on diminue leur salaire de 30 %, [les marins] iront voir ailleurs.

Denis Jutteau Délégué CFDT à la CFTO

Les 260 marins de la CFTO seraient prêts à faire des concessions selon la CFDT, mais ils ne veulent pas être la seule variable d’ajustement.

« Pour l’instant, la seule chose qu’ils sont prêts à faire, c’est d’augmenter de huit à dix semaines le temps d’embarquement, rapport Denis Jutteau, délégué CFDT à la CFTO. Ils sont prêts à faire des efforts en termes de salaire, mais 30 % ça ne passera jamais. Si on diminue leur salaire de 30 % ils iront voir ailleurs. »

La pêche au thon a été très rentable pendant très longtemps. Les marins étaient extrêmement bien payés. Patrice Guillotreau Economiste des pêches à l’Institut de recherche pour le développement (IRD)

Les déboires de la CFTO sont d’autant plus scrutés que l’armateur breton, pionnier de la pêche au thon dans l’Océan Indien, compte la plus grande flottille française du secteur. Un secteur qui subit désormais une profonde crise.

« La pêche au thon a été très rentable pendant très longtemps. Les marins étaient extrêmement bien payés« , rappelle Patrice Guillotreau, économiste des pêches à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). « Les conditions ont changé : c’est une pêche peut-être un peu plus coûteuse, le poisson est de plus petite taille et moins bien valorisé par les conserveries« , ajoute l’économiste.

À Concarneau, la fin d’une filière ?

Résultat, d’importants armements français sont menacés ou ont déjà mis la clef sous la porte à commencer par l’ex-voisin concarnois de la CFTO, Via Océan, anciennement nommé Saupiquet.

En février 2024, il annonçait la « cessation définitive » de l’activité de ses thoniers senneurs (des thonnier munis d’un long filet rectangulaire de 1,5 km de longueur et 150 à 200 m de hauteur permettant d’encercler les thons) dans l’Atlantique. À l’arrêt à Abidjan, les navires ont été mis en vente tandis que 58 salariés vont être licenciés.

Un peu plus tôt, en novembre 2023, c’est l’armateur réunionnais Sapmer qui révélait la cession de trois thoniers senneurs, sous pavillon mauricien, pour cause de baisse de ses quotas.

100 000 tonnes de thons par an, pêchés par la France

Avec 100.000 tonnes de thons capturés par an, cette filière est pourtant un acteur majeur de la pêche française : ses navires débarquent un quart des volumes de poissons pêchés sous pavillon français, selon l’organisation professionnelle Orthongel.

La crise du Covid puis la guerre en Ukraine ont cependant déstabilisé les armements en provoquant des tensions sur la chaîne logistique et une flambée du prix du gazole, qui représente « 35 % du chiffre d’affaires annuel d’un thonier senneur« , selon Xavier Leduc, président d’Orthongel.
Ces énormes navires congélateurs, de 80 mètres, voire 100 mètres de long, avec 25 marins à bord, consomment entre 10.000 et 12.000 litres de carburant par jour. Et les prix du thon, fixés sur un marché mondial, « n’ont pas compensé la hausse des coûts« , souligne Xavier Leduc.

Une filière européenne dans le viseur des ONG

Dans ce contexte économique tendu, les navires français et espagnols sont pointés du doigt par un groupe d’États côtiers de l’Océan Indien qui critiquent leur technique de pêche, basée sur le recours à des milliers de dispositifs de concentration de poissons (DCP).
Ces radeaux dérivants, équipés de balises GPS et d’écho-sondeurs, facilitent les captures en attirant les thons en grande quantité. Mais ils sont critiqués pour la pollution, les prises accessoires et les importantes captures de juvéniles qu’ils engendrent.

À terme, la pêcherie va être difficile à exploiter pour les Européens, car leur place est contestée. Patrice Guillotreau Economiste des pêches à l’Institut de recherche pour le développement (IRD)

Des ONG, comme l’association Bloom, dénoncent ainsi la pêche « destructrice » et « industrielle » pratiquée par les senneurs européens, alors que la ressource se fait rare dans l’Océan Indien, où les stocks de thon albacore et patudo sont fortement surpêchés.

« À terme, la pêcherie va être difficile à exploiter pour les Européens, car leur place est contestée« , remarque M. Guillotreau. Vendredi, la Commission thonière de l’Océan Indien (CTOI), réunie à Bangkok (Thaïlande), a adopté une résolution réduisant progressivement de 300 à 225 le nombre de DCP autorisés par navire d’ici à 2028. Des « efforts supplémentaires » qui « menacent très sérieusement la durabilité des entreprises fortement malmenées par les crises récentes« , a regretté Orthongel dans un communiqué.

  Manon Le Charpentier

19/05/2024

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

Lire :

« La pêche française a diminué depuis 30 ans ». D’où vient le poisson qu’il y a dans nos assiettes ?

« On s’est laissé faire par la ratatouille des Sea Shepherd et compagnie », à Lorient, une nouvelle coalition pour défendre la pêche bretonne

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09 mai 2024 ~ 0 Commentaire

EPR ( ODN )

epr

Observatoire du nucleaire SCOOP – L’électricité de l’EPR coûtera 2,5 fois plus cher que celle du reste du parc nucléaire

L’EPR de Flamanville va donc être un désastre économique pour la France en plus d’être une catastrophe industrielle pour EDF

- L’électricité produite par l’EPR sera beaucoup plus chère que celle désormais produite massivement en Europe par les renouvelables

Alors que le chargement en combustible du réacteur nucléaire EPR de Flamanville a commencé le 8 mai 2024, l’Observatoire du nucléaire tient à faire savoir que, si EDF parvient dans les mois qui viennent à faire fonctionner correctement ce réacteur, malgré ses diverses tares et malfaçons dont sa cuve défectueuse, l’électricité ainsi générée sera ruineuse.

EDF maintient ce sujet dans une totale opacité afin de laisser croire que l’EPR serait compétitif, ce qui est totalement impossible pour un réacteur dont le prix est passé d’environ 3 milliards à l’origine à plus de 20 milliards : l’estimation de 19 milliards par la Cour des comptes date de 2020 et est donc inévitablement à revoir à la hausse. Il est cependant possible d’avoir une comparaison entre les coûts de production de l’électricité de l’EPR et celle du reste du parc nucléaire d’EDF.

En effet, le rapport de juillet 2023 de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) sur le coût de production du parc nucléaire situe la part de l’EPR à 2,5 euros/MWh pour la période 2026-2030 (1) pour un coût d’ensemble du parc nucléaire de 60,7 euros/MWh sur la même période, à savoir en moyenne une part de 1,04 euros/Mwh pour chacun des 56 réacteurs actuels.

L’électricité produite par l’EPR sera donc 2,5 fois plus chère que celle du reste du parc nucléaire d’EDF, laquelle est pourtant déjà déjà fort onéreuse comme peuvent le constater les citoyens de France qui voient leurs factures d’électricité s’envoler et leurs impôts servir à renflouer les entreprises de l’atome.

Pourtant, grâce aux productions de plus en plus massives et de moins en moins chères des énergies renouvelables, les prix de gros de l’électricité baissent très fortement en Europe (2), mais cela ne profite pas aux habitants de la France, piégés dans l’impasse nucléaire et soumis aux augmentations régulièrement annoncées par le ministre de l’économie Bruno Le Maire.

De plus, en venant s’ajouter aux productions électriques désormais largement excédentaires en Europe, la production de l’EPR va mécaniquement contribuer à faire encore plus baisser les prix de gros… et rendre le nucléaire (ancien et EPR) encore moins rentable, contraignant EDF à vendre à pertes ou à arrêter des centrales, ce qui arrive d’ores et déjà, et de plus en plus souvent, et lui coûte terriblement cher dans les deux cas. La mise enservice de l’EPR  de Flamanville va donc aggraver la situation de quasi faillite dans laquelle se trouve déjà EDF.

Alors que les énergies renouvelables viennent de dépasser le seuil de 30% de l’électricité produite sur Terre (3), et vont continuer leur montée exponentielle, le nucléaire poursuit son effondrement, passé de 17,1% en 2001 (4) à  9,2% en 2022  (5). De fait, si la France s’obstine à vouloir construire de nouveaux réacteurs (dits EPR2), dont les coûts s’envolent déjà (6) alors qu’ils n’existent même pas sur le papier, ce sera une inévitable nouvelle catastrophe économique. 

A supposer qu’EDF parvienne à construire le premier EPR2, il ne fonctionnera officiellement pas avant 2035 et probablement pas avant 2040 en réalité : il sera encore plus submergé par les renouvelables, dont la progression est exponentielle, et ne pourra probablement même pas être mis en service. Il est encore temps pour la France de sortir de l’impasse nucléaire en stoppant le programme EPR et de prendre le seul train d’avenir, celui des énergies renouvelables…

(1) https://www.contexte.com/article/energie/info-contexte-cout-du-nucleaire-le-regulateur-etrille-la-contre-evaluation-dedf_174867.html

(2) https://www.latribune.fr/climat/energie-environnement/electricite-l-ere-des-prix-negatifs-commence-994515.html

(3) https://www.connaissancedesenergies.org/afp/le-monde-depasse-en-2023-les-30-delectricite-dorigine-renouvelable-selon-un-rapport-240508

(4) https://www.alternatives-economiques.fr/structure-de-production-mondiale-delectricite-origine-2001-0110200355482.html

(5) https://www.connaissancedesenergies.org/sites/connaissancedesenergies.org/files/inline-images/Monde-Production-electricite-2022%20%281%29.png

(6) https://www.latribune.fr/climat/energie-environnement/nucleaire-la-facture-des-futurs-reacteurs-epr2-d-edf-grimpe-deja-en-fleche-992108.html

www.observatoire-du-nucleaire.org

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25 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Eau de Mer (Reporterre 1)

Dessaler l'eau de mer : fausse solution, vraie catastrophe écologique
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Dessaler l’eau de mer : fausse solution, vraie catastrophe écologique

Des communes françaises se sont récemment mises au dessalement de l’eau de mer pour faire face à la sécheresse. Ce procédé a cependant des répercussions écologiques néfastes.

Faute de pluie, boirons-nous bientôt de l’eau dessalée ? L’idée peut sembler tentante, alors que le pays se dirige, lentement mais sûrement, vers une nouvelle sécheresse estivale, et que le changement climatique promet de raréfier nos ressources en eau.

Déjà adopté depuis une cinquantaine d’années sur l’île de Sein, en Bretagne, le dessalement de l’eau de mer a récemment été testé par deux autres communes françaises : le village de Rogliano, en Corse, et l’île morbihannaise de Groix, qui a mis en place l’été dernier une unité temporaire de dessalement afin de répondre à l’explosion de la demande durant la saison touristique. Transformer un bouillon de plancton, de chlorure et de sulfate en eau potable se fait cependant à un prix écologique élevé.

Dessaler avec… les énergies fossiles

Premier problème : la consommation d’énergie requise par l’opération. Plusieurs techniques de dessalement existent. On peut les diviser en deux  : les procédés thermiques, qui rendent l’eau salée potable en la distillant, et l’osmose inverse (aujourd’hui majoritaire), qui récupère l’eau douce contenue dans l’eau de mer en la faisant passer à travers une membrane.

Les premiers consomment entre 7 et 27,3 kilowatt-heure (kWh) pour 1 m3 d’eau dessalée, relèvent les chercheurs Marc-Antoine Eyl-Mazzega et Élise Cassignol dans un rapport réalisé pour l’Institut français des relations internationales (Ifri) en septembre 2022. L’osmose inversée requiert quant à elle entre 2,5 et 3 kWh pour produire la même quantité d’eau douce. De nombreux projets de recherche ont été lancés, ces dernières années, afin d’augmenter la résistance des membranes au sel, et ainsi améliorer l’efficacité énergétique de ce procédé. Il n’en demeure pas moins, comme ses compères thermiques, « très énergivore », note le rapport.

La facture est d’autant plus salée que les usines de dessalement fonctionnent, dans leur immense majorité, grâce aux énergies fossiles. C’est notamment le cas aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, au Koweït et à Oman, qui font partie des plus gros producteurs d’eau dessalée de la planète.

En 2017, les énergies renouvelables ne fournissaient que 1 % de la demande d’énergie nécessaire aux quelque 20 000 stations opérationnelles à travers le monde, selon une étude publiée dans la revue Desalination. Chaque année, selon les estimations de Marc-Antoine Eyl-Mazzega et Élise Cassignol, le dessalement est responsable de l’émission d’au moins 120 millions de tonnes de dioxyde de carbone. D’après une étude de la Banque mondiale, si rien n’est fait pour rendre le secteur plus durable, il pourrait d’ici 2050 en émettre 280 millions supplémentaires — soit l’équivalent du volume des émissions françaises en 2021.

« Un cercle qui amplifie le dérèglement climatique »

Autre péril : les rejets toxiques. Selon une étude publiée sous l’égide des Nations unies en 2019, les usines de dessalement déversent chaque jour dans l’océan 141,5 millions de mètres cubes de saumure, un concentré d’eau de mer plus chaude, plus salée, et surtout bourrée de produits chimiques (anti-tartre, antichlore, anti-mousse…). Ce sous-produit représente un risque écologique majeur.

L’augmentation de la salinité de l’eau peut en effet amplifier, localement, le phénomène de désoxygénation de l’océan. « Si l’eau est moins oxygénée, elle peut capter moins de CO2, explique à Reporterre Christophe Mori, hydrobiologiste et maître de conférences à l’université de Corse. Avec le dessalement, on entre dans un cercle de résistance non vertueux, qui amplifie le dérèglement climatique. »

« Le dessalement devrait être la dernière chose à faire »

Les conséquences peuvent également être catastrophiques pour les organismes marins, notamment les coraux, les algues et certains mollusques. Christophe Mori se dit particulièrement inquiet pour l’avenir des herbiers de posidonies, des plantes à fleurs marines emblématiques de la Méditerranée, déjà très endommagées par les ancres des bateaux de plaisance. « À Chypre, une étude a montré que ce milieu était très détérioré, en partie à cause de la saumure. »

Ces résultats devraient selon lui nous inciter à juger le dessalement avec plus de circonspection. Les herbiers ne sont pas là « que pour faire des jolies couleurs sur la mer », insiste-t-il : « Ils augmentent la biodiversité, oxygènent la mer, stockent le carbone, freinent la houle, ce qui nous protège des tempêtes et ralentit l’érosion… » Si cette espèce venait à disparaître, « tout l’édifice de l’écosystème pourrait être déstabilisé ».

Plutôt que de miser sur le dessalement à grande échelle, l’universitaire recommande de réduire au maximum les fuites du réseau — responsables, en France, de la perte de 1 milliard de mètres cubes d’eau potable par an, soit 20 % de la production —, de réutiliser les eaux usées, et de remettre en question certains de nos usages, notamment les piscines.

« Il faut voir au cas par cas : certains pays ne peuvent pas faire autrement, et cela peut également être compliqué pour certaines îles détachées du continent qui n’ont pas de ressources en eau sur place, précise-t-il. Mais globalement, sous nos latitudes, le dessalement devrait être la dernière chose à faire. »

Hortense Chauvin 19 avril 2023

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17 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Maison d’Arrêt (Le Tél)

Les professionnels de santé dénoncent les conditions de prise en charge des patients au sein de la maison d'arrêt de Brest.
Les professionnels de santé dénoncent les conditions de prise en charge des patients au sein de la maison d’arrêt de Brest. ©Julien Saliou

Prison de Brest : « la qualité des soins se dégrade, les bagarres se multiplient »

La surpopulation carcérale à la maison d’arrêt de Brest a des conséquences sur le travail des professionnels de santé. Ils dénoncent la dégradation des soins. Les professionnels de santé de l’unité sanitaire de la prison de Brest étaient en grève en fin de matinée.

Le personnel soignant de l’unité sanitaire de la maison d’arrêt de Brest était en grève ce mercredi 17 avril 2024. Un rassemblement était organisé devant la prison de 11 h à 13 h.

Les professionnels dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail en raison notamment de la surpopulation carcérale.

470 détenus pour 256 places

Ce mercredi matin, il y avait 470 détenus pour 256 places, d’après une soignante rencontrée sur place. « Et ils étaient 486 la semaine dernière. »

Une femme, membre de l’unité sanitaire (comprenant des médecins généralistes, psychiatres, addictologues ou encore des dentistes), nous expose la situation à laquelle elle est confrontée :

En ce moment, la prison est comme une cocotte-minute. Je constate une dégradation de la santé mentale de plusieurs détenus. Au sein du centre médico-psychologique, nous avons jusqu’à un mois d’attente en ce moment. Les arrivées étant nombreuses, il faut parfois attendre jusqu’à quinze jours pour voir les nouveaux détenus, alors qu’en principe il faudrait les rencontrer dans les 24 heures.

Une professionnelle de santé

Elle regrette de devoir donner des soins de moins bonne qualité. « Pour les traitements de substitution aux drogues, nous devons voir 50 détenus en une heure. Or, ce moment est censé être un peu privilégié entre le détenu et le soignant, pour discuter de ce qui ne va pas. »

« Les bagarres se multiplient »

La conséquence, selon les professionnels de santé, des tensions qui génèrent par exemple des bagarres dans la prison, « il y en a une par jour en ce moment ».

Des tensions que ressentent forcément les surveillants. Pour l’un d’eux, présent ce matin par solidarité avec ses collègues, « beaucoup de détenus souffrent de problèmes psychiatriques. Tout le monde ne peut pas être vu à l’instant T, les agressions se multiplient. »

Et par ricochet, la charge de travail du personnel ne fait qu’augmenter. Il réclame des conditions de travail plus sereines et dignes.

« Même pour le travail de réinsertion, rien n’avance. Certains sortent de la maison d’arrêt avec des prescriptions de médicaments qu’ils ne peuvent même pas aller chercher car nous n’avons pas eu le temps de faire les démarches pour leur procurer une carte vitale. »

Julien Saliou  17 Avr 2024

https://actu.fr/bretagne/

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Maison d’Arrêt

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10 avril 2024 ~ 0 Commentaire

panneaux solaires ( Reporterre)

npa agricol

Les champs bientôt couverts jusqu’à 40 % de panneaux solaires

L’État a finalisé le décret encadrant la pratique de l’agrivoltaïsme. Un compromis sans surprise, qui laisse une marge de manœuvre importante aux industriels de l’énergie.

Encore un arbitrage qui n’a pas fini d’être critiqué. Après plus d’un an d’hésitation, le fort attendu décret censé encadrer l’agrivoltaïsme a été publié le 9 avril.

En mars 2023, la loi d’accélération de la production d’énergies renouvelables (Aper) avait posé une première définition (art. 54) de ces installations solaires au-dessus d’une parcelle agricole sans empêcher la culture en-dessous (au moins en théorie).

Restait à régler les détails pratiques pour encadrer ces projets d’un nouveau genre. Une année entière de lobbying acharné des énergéticiens comme des syndicats agricoles — chaque monde lui-même divisé sur la stratégie à mener — a été nécessaire pour aboutir à la version finale du décret publié cette semaine et qui s’appliquera à tous les nouveaux projets agrivoltaïques déposés à compter du 9 mai prochain.

Jusqu’à 40 % de la surface agricole couverte

Pour quel résultat ? Peu de changement par rapport à ce qui avait été déjà annoncé par le gouvernement en décembre dernier. Sujet clé, le taux de couverture des parcelles : quelle part d’une parcelle cultivée un industriel pourra-t-il couvrir de panneaux ? Ce sera dans la grande majorité des cas jusqu’à 40 %. Un chiffre issu d’un compromis entre la FNSEA [Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles] et le Syndicat des énergies renouvelables — bien au-delà des préconisations des premières synthèses scientifiques.

Le syndicat Sud Recherche n’a d’ailleurs pas manqué de faire part de ses inquiétudes sur les orientations technologiques actuelles dans un courrier adressé à l’ensemble du personnel de l’Inrae, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.

Surtout, le décret de ce mois d’avril anticipe déjà des règles plus souples pour le futur en créant une catégorie de « technologies éprouvées ». Une liste de technologies (avec des types de climat et de sol associés) encore vide aujourd’hui qui devra être complétée par l’Agence de la transition écologique (Ademe), sur la base des retours d’expérience.

Devant l’euphorie champêtre des énergéticiens, le décret maintient au moins deux garde-fous. D’abord, l’installation agrivoltaïque – pieux en métal, structure, raccordements et locaux techniques inclus — ne pourra pas faire perdre plus de 10 % de la surface agricole. Surtout, la perte de production alimentaire due à l’ombrage des panneaux devra se limiter à 10 % par rapport à une surface témoin.

Là encore, cette surface témoin ne sera pas systématique : les « technologies éprouvées » déjà évoquées pourront en être exemptées et le préfet du département pourra aussi accorder des dérogations, notamment s’il existe une installation similaire à l’échelle régionale et dans « des conditions pédoclimatiques similaires ».

Le foncier et le revenu agricole toujours mal protégés

Rassemblant pourtant nombre d’acteurs de la filière, l’association France Agrivoltaïsme « salue » dans un communiqué ce texte « attendu de longue date » mais attend désormais « des compléments essentiels » et réclame notamment un « arrêté exigeant pour des contrôles effectifs et des sanctions dissuasives ». Le décret pris reste en effet encore flou sur la manière de calculer les pertes de rendements (10 % maximum), notamment quand les panneaux sont au-dessus de pâturages destinés à l’élevage.

Enfin, la question de l’économie des projets reste toujours entière, le gouvernement ayant rapidement renvoyé ce sujet à la proposition de loi sur le partage de la valeur, déposé début mars en pleine mobilisation agricole, sans se douter que celui-ci prendrait une telle importance après les mobilisations d’agriculteurs de ce début d’année.

« Ce texte laisse la porte grande ouverte aux énergéticiens »

Sur le terrain justement, les pratiques observées par les énergéticiens suscitent déjà la contestation, notamment de la Confédération paysanne, qui annonce contester le décret devant la justice. « Ce n’est pas vraiment un cadre, car ce texte laisse la porte grande ouverte aux énergéticiens », déplore auprès de Reporterre Nicolas Fortin, éleveur dans la Vienne, en charge de l’énergie au sein du syndicat paysan. « On s’assoie sur la souveraineté alimentaire, tout en mettant une pression énorme sur le foncier. » Le résultat final de cette politique risque d’être assez peu éblouissant.

Lire aussi :

En agriculture, les bienfaits incertains de l’agrivoltaïsme

Elsa Souchay 10 avril 2024

https://reporterre.net/

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04 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Nestlé ( France TV)

eau e

Hépar, Perrier, Vittel, Contrex… La qualité sanitaire des eaux du groupe Nestlé « pas garantie » selon une expertise remise au gouvernement

Dans cette note de l’Anses transmise au gouvernement en octobre dernier, que franceinfo dévoile, des experts évoquent un « niveau de confiance insuffisant » pour assurer « la qualité sanitaire des produits finis ».

« La sécurité sanitaire de nos produits a toujours été garantie et reste notre priorité absolue ». Telle fut la réponse que nous avait adressé le groupe Nestlé, fin janvier, lors des révélations de franceinfo sur l’utilisation de traitements illicites de purification de ses eaux minérales naturelles.

Des eaux contaminées mais traitées comme de la banale eau du robinet. Une tromperie présumée dissimulée pendant des années par la multinationale, qui était allée jusqu’à dissimuler des filtres dans des armoires électriques pour tromper les agents des contrôles sanitaires. Mais selon Nestlé, cette vaste supercherie avait été mise en place pour la bonne cause, c’est-à-dire pour garantir la sécurité sanitaire de ses produits. Or une expertise réalisée pour le compte de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) par le laboratoire d’hydrologie de Nancy, et que franceinfo et le journal Le Monde dévoilent jeudi 4 avril, semble bien moins affirmative à ce sujet.

Niveau de confiance « insuffisant »

A l’origine de cette expertise commandée par le gouvernement, il y a d’abord une demande d’appui scientifique et technique des agences régionales de santé Grand Est et Occitanie, où se trouvent les deux usines d’embouteillage du groupe Nestlé en France. Dans un courrier de juin 2023, annexé à l’expertise, le directeur de l’ARS Occitanie, Didier Jaffre, sollicite les services de l’agence sanitaire « au regard de la vulnérabilité » des ressources en eau du site de Vergèze, où est produite la marque Perrier. Dans cette lettre, il évoque la « présence de traitement interdits » dans l’usine, une « contamination régulière des eaux brutes sur au moins cinq des sept forages », et « la présence de micropolluants ».

C’est en octobre dernier que les experts de l’Anses, qui précisent dans leur rapport n’avoir eu accès pour mener à bien leur mission qu’à des informations « tronquées et parcellaires », ont remis au ministère de la santé leurs conclusions. Et elles sont sans appel : les non-conformités détectées attestent d’un « niveau de confiance insuffisant » pour « garantir la qualité sanitaire des produits finis », c’est-à-dire des eaux minérales naturelles commercialisées par le groupe Nestlé.

Car la contamination des ressources est généralisée, que ce soit dans la région Grand Est (Hépar, Vittel et Contrex), ou en Occitanie (Perrier). La note fait état de contaminations microbiologiques régulières (bactéries coliformes, Escherichia coli, entérocoques) sur de nombreux puits « pouvant atteindre à plusieurs reprises une concentration élevée », alors que la réglementation sur les eaux minérales naturelles ne tolère la présence d’aucune bactérie dans l’eau, que ce soit après ou avant embouteillage.

Des sources qui ne devraient plus être exploitées pour de l’eau en bouteille

Le rapport pointe aussi la présence de contaminants chimiques, notamment des Pfas, ces polluants dits éternels massivement utilisés par l’industrie, et des pesticides et leurs produits de dégradation dont la somme peut, pour certains captages, « dépasser 0,1 microgrammes par litre », c’est-à-dire le seuil réglementaire pour l’eau minérale naturelle.

Dans leurs conclusions, les experts recommandent aux autorités de mettre en œuvre un plan de surveillance renforcé des usines Nestlé, « considérant les multiples constats de contaminations d’origine fécale », « la présence chronique notable de micropolluants », et « l’absence de paramètre permettant le suivi de la contamination virale des eaux ». Mais surtout, ils affirment ne formuler « aucune recommandation » pour les produits finis, car les non-conformités détectées « ne devraient pas conduire à la production d’eaux embouteillées ». En clair, les sources contaminées ne devraient plus être exploitées pour produire de l’eau minérale naturelle, comme cela semble pourtant être encore le cas.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement est alerté d’un potentiel risque sanitaire. Dans un rapport remis au gouvernement en juillet 2022, mais resté confidentiel jusqu’aux révélations de la Cellule Investigation de Radio France et du journal Le Monde, des inspecteurs de l’inspection générale des affaires sociales (Igas) affirmaient déjà qu’il « ne serait pas prudent de conclure à la parfaite maîtrise du risque sanitaire », notamment « microbiologique » des eaux du groupe Nestlé. Les inspecteurs s’inquiétaient alors du potentiel retrait des traitements illicites mis en place pour purifier les eaux, « qui serait de nature à engendrer un risque sanitaire ».

Or à ce jour, si Nestlé continue d’utiliser, avec l’assentiment du gouvernement, des micro-filtres interdits par la réglementation européenne, l’entreprise assure avoir retiré tous les autres traitements illicites (filtres à charbon, UV) pourtant nécessaires pour assurer une désinfection efficace de l’eau. C’est la quadrature du cercle. En ayant recours à des traitements, la réglementation ne permet pas à Nestlé de continuer à commercialiser ses produits sous l’appellation eau minérale naturelle, mais sans eux, la qualité sanitaire de ses eaux ne semble pas être garantie. C’est donc peut-être la continuité de l’exploitation de ses usines de production d’eau qui est désormais interrogée.

04/04/2024

https://www.francetvinfo.fr/

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