Archive | Chômage & précarité

10 novembre 2019 ~ 0 Commentaire

geneviève legay (médiapart essf)

femmes gj

« Il faut penser l’utopie comme quelque chose de réalisable »

Comment vas-tu ?

(Rire) Tout d’abord merci, et je voudrais souhaiter la bienvenue et une longue vie à Mouais ! Comment je vais… eh bien c’est en grande amélioration mais j’ai encore des séquelles, au cerveau entre autres, donc je vais voir un neurologue. Je n’ai toujours pas d’odorat, le goût se résume au salé/sucré, j’ai perdu 35 % d’audition à l’oreille droite, où je suis tombée. Et j’ai une odeur et un goût en permanence dans le nez et la bouche, c’est de la bergamote, ça aurait pu être pire, mais enfin ce n’est pas agréable. En ce qui concerne la marche, j’ai des problèmes d’équilibre, donc je vois deux kinés deux fois par semaine.

 Et moralement, tu te sens comment ?

Au mois de juillet, je me suis effondrée après le coup de fil d’une copine qui me demandait si j’allais bien. J’ai fondu en larmes. Je me pensais bien, mais j’ai réalisé que ce n’était pas le cas, je n’arrêtais plus de pleurer. Donc j’ai décidé de consulter un psy. Mais le côté financier de tout ça n’est pas simple, le psy fait partie des soins qui ne me sont pas remboursés…

 Tu as été à Hendaye pour le contre-G7, comment l’as-tu vécu ?

Les G7, G8, G20, ce sont les pays les plus riches au monde qui se réunissent pour se partager les richesses entre eux. Ils ont beau mettre des titres ronflants comme cette année « la lutte contre les inégalités sociales », on voit bien que ce n’est jamais ce qui se passe ; j’ai assisté à de très nombreux G7, G8, G20, notamment le G8 de Gênes en 2001, et jamais il n’est sorti quelque chose pour les peuples, ils se partagent le monde, la finance.

Je suis donc allée à Hendaye car c’était important pour moi d’être là, face à ces président.e.s, et c’était magnifique : j’ai retrouvé tout l’altermondialisme, celles et ceux qui sont pour un autre monde comme on dit à ATTAC, pour un monde plus humain, plus respectueux de l’écologie, des animaux aussi, de la terre, contre l’exploitation.

Avec ces nombreuses personnes, on essaie de construire des alternatives ; puisqu’on dit qu’un autre monde est possible, il faut le construire ensemble. Dans les conférences, on rencontre des gens de la France entière voire d’Europe, et on échange des savoir-faire, des outils, pour justement construire cet autre monde.

Nous avons terminé par une manif qui a rassemblé 15 000 personnes et 13 000 policiers, mais qui sont restés discrets, pour une fois. Cette journée s’est très bien passée. Quand je suis arrivée là-bas, on m’a montré qu’ils avaient rebaptisé les rues Geneviève Legay, ça m’a fait sourire. Ça m’a rappelé de telles actions au Collectif Droits des Femmes à Nice.

J’ai vu beaucoup de jeunes, et beaucoup de personnes âgées. Des gens me demandaient si j’avais peur de la police, ce qui n’est pas le cas. Les jeunes, très nombreux.ses, sont venu.e.s me voir et me dire merci, que je leur avais montré le chemin, la nécessité de lutter, c’était impressionnant, on voit que ce qu’on fait sert à quelque chose… Ils et elles savent que je milite depuis 45 ans, et m’ont dit que je leur avais donné envie de le faire aussi.

Il y a eu une action contre Monsanto, une autre devant McDonald’s, à laquelle je n’étais pas mais ATTAC s’est installé à côté et a proposé des hamburgers faits avec des produits locaux, la viande d’un éleveur. Il y a eu aussi le soutien aux décrocheurs de Macron dans les mairies. J’ai rencontré beaucoup de Gilets Jaunes aussi.

Et je sais que la police a lancé des lacrymogènes sur des jeunes qui bloquaient une autoroute, provoquant treize blessé·es et douze arrestations. J’ai répondu à une interview à France Bleue basque où se trouvait entre autres un policier de FO, qui m’a interdit de parler de violences policières, disant qu’elles n’existaient pas. Je lui ai demandé alors ce qui était arrivé à Mme Redouane, à Steve, à moi…?

Je ne faisais absolument rien, je tenais un drapeau de la paix, et je me retrouve aux urgences ? A la fin de l’interview, il nous annonce qu’il part retrouver ses copains du syndicat Alliance pour un barbecue. Je lui ai fait remarquer qu’il partait retrouver l’extrême droite, il m’a toisée sans répondre.

45 ans de militantisme, tu n’es pas fatiguée ?

Pas du tout ! Parce que quand on a un but dans la vie, changer le monde, faire en sorte qu’il y ait plus de justice sociale, d’écologie… il faut aller jusqu’au bout, il faut qu’on y arrive. Le partage des richesses par exemple ; quand la FAO nous dit qu’aujourd’hui on produit de quoi nourrir douze milliards de personnes et qu’il n’y en a que six qui mangent, cette injustice est insupportable.

On jette 30 % de la marchandise produite ! On cultive, on appauvrit les sols, tout ça pour jeter, avec un milliard de personnes qui ne mangent pas à leur faim ? Et quand on sait que ce sont principalement des paysan.ne.s qui ne mangent pas à leur faim, y compris au nord ! Donc non, je ne serai jamais fatiguée, et comme je l’ai dit et redit, je militerai jusqu’au bout de mes forces. J’ai mis au monde trois enfants, j’ai cinq petits-enfants. Et puis pour toutes et tous les autres !

Y a-t-il des luttes qui te tiennent plus à cœur que d’autres ?

(réfléchit) La justice sociale. Je milite à plusieurs endroits. On m’a souvent demandé pourquoi, mais quand on réfléchit, mon militantisme est toujours anticapitaliste, antilibéral, antinationaliste. Parce que je ne supporte pas le racisme, le sexisme, l’homophobie, tout ça n’a pour moi pas lieu d’être.

On est pour moi toutes et tous égales et égaux, il n’y a qu’une race, c’est la race humaine, et à partir de là tout le monde doit avoir les mêmes droits. Toutes les luttes sont liées et s’équivalent. (réfléchit) Le féminisme, quand même…

Moi je pense que l’Humanité fait une erreur depuis plus de 2 000 ans à penser que les femmes ne sont pas les égales des hommes, et même si dans les textes nous sommes supposées l’être, on voit bien que dans la réalité ce n’est pas le cas, donc le jour où chaque être humain sera reconnu.e pour ce qu’il ou elle est, qu’on aura les mêmes droits, je pense qu’on aura fait un grand pas, c’est en cela que le féminisme est pour moi un combat très important, comme celui contre le racisme, qui est la peur de l’autre et de la différence. On est différent.e.s dans la manière de penser les choses mais fondamentalement, on est toutes et tous pareil.le.s.

 La convergence des luttes aujourd’hui, comment tu l’imagines ?

(Sourire) Moi je la pratique depuis très longtemps car j’appartiens à plusieurs mouvements et justement, j’essaie toujours de les faire converger, ce qui est difficile. J’appelais à cette conver-gence depuis mon lit d’hôpital et je continue aujourd’hui. Il ne faut pas que cela soit un vœu pieux, il faut s’y mettre, parce que si on ne la fait pas, on est foutu.e.s.

Moi, je serai l’inlassable qui le répètera encore et encore, mais à part ça que peut-on faire ? Il faut essayer de faire des liens entre les gens, entre les pensées. Je l’ai encore dit à la fête de l’Humanité : on a un socle commun, alors comment ne peut-on pas se mettre autour d’une table, ensemble ?

On y arrive dans la création de collectifs, c’est pour ça que c’est la forme que je préfère, les associations, syndicats, partis politiques, les citoyen.ne.s se retrouvent, et on arrive à se mettre d’accord en prenant ce qu’on a de commun ensemble, c’est déjà un pas en avant. Il faut continuer ensemble, parce que si on reste chacun.e dans sa chapelle, on fait gagner le capitalisme.

 Ton utopie à toi, elle ressemble à quoi ?

Déjà ça, de faire converger les gens. Il ne s’agit pas de vouloir le bonheur des gens contre leur gré, mais si déjà tout le monde mangeait à sa faim, avait un toit, pouvait se soigner, ce serait le minimum. C’est ce que je dis lorsque je fais des interventions scolaires pour parler du commerce équitable : la base, c’est retrouver une vie décente.

Mon utopie, c’est que tout le monde puisse accéder à ce minimum, à cette vie décente. Et cette utopie-là, elle est réalisable ! Il suffit de le décider ! Il faut arrêter de penser qu’il n’y a pas d’argent, il n’y en a jamais tant eu ! Entre 80 et 100 milliards d’euros partent chaque année dans les paradis fiscaux, en évasion fiscale.

C’est parce que l’argent n’est pas redistribué que la pauvreté existe encore. Mon utopie serait aussi d’avoir une vraie Éducation Nationale. Mon Éducation Nationale, je la verrais avec uniquement des Freinet et des Montessori. C’est ça mon utopie. Mais c’est réalisable, ce n’est pas une utopie !

 Les solutions de demain sont dans les utopies d’aujourd’hui !

Oui c’est ça, il faut prendre le sens de l’utopie comme quelque chose de réalisable. Autrement je ne me battrais pas, si je pensais que ça ne l’était pas. Et si des gens n’avaient pas lutté pour des utopies, on n’aurait pas les droits qu’on a aujourd’hui.

A l’approche de la date d’anniversaire du début des Gilets Jaunes, le 17 novembre dernier, et tandis qu’un début d’embrasement mondial populaire fait vaciller ici et là le système néo-libéral, nous avons réalisé un entretien avec Geneviève Legay. Depuis sa violente agression le 23 mars dernier, elle garde d’importantes séquelles, mais continue la lutte, la tête haute et le cœur grand.

Des propos recueillis par Tia Pantaï 9 NOV. 2019 MOUAIS, LE JOURNAL DUBITATIF

https://blogs.mediapart.fr/

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31 octobre 2019 ~ 0 Commentaire

assurance chômage (bastamag)

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« Je n’ai jamais vu ça, un durcissement aussi violent » 

Des agents de Pôle emploi « horrifiés » par la réforme

La réforme de l’Assurance-chômage entre en vigueur ce 1er novembre. 1,3 million de deman-deurs d’emploi, dont les plus précaires, verront leurs indemnités baisser dans l’année qui vient. Basta ! a rencontré des agents de Pôle emploi qui décryptent le nouveau système et ses conséquences.

C’est une véritable machine à fabriquer de la pauvreté qui va se mettre en branle à partir du 1er novembre. Même les agents du Pôle emploi en prennent le vertige. « Je n’ai jamais vu ça, un tel durcissement, aussi violent, lâche Aurélie, agente dans l’ouest de la France depuis dix ans. On touche les gens au portefeuille, on ne leur laisse plus de solutions. »

L’objectif annoncé de la réforme : économiser 3,4 milliards d’ici fin 2021. Tout en mettant au passage un énorme coup de pression sur les demandeurs d’emploi, une nouvelle fois rendus responsables de leur situation.

Ces économies drastiques seront entièrement financées par les demandeurs, et plus particuliè-rement par les plus précaires d’entre eux – en intérim ou en CDD. La première étape démarre ce 1er novembre, avec un durcissement des conditions qui permettent d’ouvrir ses droits à l’assu-rance-chômage. La seconde débutera le 1er avril 2020, avec une chute brutale du montant des indemnisations.

Au total, la moitié des personnes indemnisées – principalement celles qui n’ont pas pu travailler à temps plein pendant au moins un an – verront leurs droits réduits, voire supprimés. Soit 1,3 million de personnes parmi les 2,7 millions qui bénéficient actuellement d’une indemnisation – sur, au total, 6 millions de personnes inscrites au Pôle emploi.

« Beaucoup de gens vont aller émarger au RSA »

« Cette réforme est effrayante, confirme Daniel, conseiller Pôle emploi depuis de nombreuses années. Il y aura une chute brutale des montants d’indemnisation pour celles et ceux qui ont des périodes de travail hachées. Beaucoup de gens vont aller émarger au RSA. »

Pour le moment, le gouvernement n’a pas évalué l’importance du report vers les minima sociaux pour les personnes qui perdront leurs droits à l’indemnisation. Quand elle a présenté la réforme, en juin 2019, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a même promis qu’il s’agissait d’une réforme « contre la précarité ». Le durcissement des conditions d’entrée à Pôle emploi permet d’en douter.

À partir du 1er novembre, pour pouvoir s’inscrire comme demandeur d’emploi, il faudra avoir travaillé six mois au lieu de quatre (soit désormais 910 heures, ou 130 jours). Quant à la période de référence, celle sur laquelle l’Unédic se penche pour comptabiliser les heures passées à travailler, elle baisse de 28 à 24 mois.

Certaines personnes qui, dans l’ancien système, auraient pu être indemnisées en ayant travaillé par exemple 6 mois sur les 28 derniers mois, n’auront plus accès à l’assurance-chômage. Auparavant, il fallait avoir travaillé en moyenne un jour sur sept pour ouvrir ses premiers droits. Il faudra désormais avoir travaillé un jour sur quatre !

Nolwenn Weiler 31 octobre 2019

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25 octobre 2019 ~ 0 Commentaire

se nourrir (anti-k)

famine

Retour vers le passé: la famine en Irlande 1849

21% des Français ont du mal à se nourrir selon le Secours Populaire

L’automne, c’est aussi la Saint-Bidon

Tu déconnes ? Tu ne connais pas la Saint-Bidon ? C’est l’arrivée dans les magasins des gros bidons de “combustible liquide pour appareils de chauffage mobiles”. Le début de la trop longue saison difficile pour tous ceux qui vivent sans chauffage. Quand il fait trop froid, quand le loge-ment est trop humide, quand les enfants sont trop malades, on allume un peu ce chauffage de fortune. Combien d’intoxications, d’incendies, de morts ?

Combien de personnes vivent dans la « précarité énergétique » ou la « vulnérabilité énergé-tique » comme dit le langage techno ? Onze millions et demi selon la dernière grande enquête de l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE) qui date de… 2006. Mais en 2018 ce même  ONPE affirme que « près d’un tiers de la population déclare ne pas se chauffer correctement en hiver. » Sais-tu ce qu’est une enfance pourrie par les engelures ? Les nouvelles engelures sur les engelures anciennes font de profondes crevasses très douloureuses.

L’automne, c’est aussi l’ouverture des Restos du Cœur

« Sur 50 000 consultations, on a 98% de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté.  […] Une grande majorité de personnes que l’on voit aux centres de santé sont en insécurité alimentaire. C’est à dire qu’ils ne savent pas forcément ce qu’ils vont manger le jour même, qu’ils n’ont pas forcément une alimentation équilibrée et ça frappe aussi les enfants. »

C’est le docteur Jean-François Corty de Médecins du Monde qui causait en 2015.

« 21% des Français ont du mal à se nourrir » nous dit le Secours Populaire dans un rapport de 2018. Vingt-et-un pour cent ! Plus de treize millions de personnes ! Te souviens-tu de Jacques Prévert ? Il écrivait pour le groupe Octobre : « Il est terrible le petit bruit de l’œuf dur sur le comptoir d’étain. Il est terrible ce bruit quand il remue dans la mémoire de l’homme qui a faim. » Sais-tu qu’un enfant sur dix vit dans la pauvreté ?

L’automne, c’est aussi la gôgôche

C’est la saison où les généraux de la gôgôche arrêtent leurs décisions pour les municipales. Leur choix est simple, très simple. Offrir un boulevard à la droite, aux libéraux et aux fachos. Ou bien penser d’abord, avant toute autre considération, aux plus pauvres.

Mais, quand toi, le petit général sans troupes, tu regardes avec les lunettes du « religieux » ou du « culturel », c’est mal parti, tu ne vois ni la paupérisation ni l’insécurité sociale grandissantes…

Car tu jettes un voile pudique, un « foulard islamique », sur la réalité. En priant tout de même publiquement le ciel, en toute laïcité bien sûr, que ça ne te pète pas à la gueule, tous ces millions de gueux qui ont froid, qui ont faim, qui voient leurs gosses pleurer, qui serrent les poings dans les poches. Et qui ont une fâcheuse tendance à se révolter, sous toutes les latitudes comme chez toi.

https://www.anti-k.org/

Lire aussi:

Observatoire de la Précarité Energétique

Pourquoi certains enfants vivent-ils dans la pauvreté ? (Observatoire des Inégalité)

Source le Yéti

Pauvreté-Précarité (Secours Populaire)

Sondage Ipsos Des enfants de plus en plus inquiets pour leur avenir (SP)

Baromètre Ipsos SPF  Budgets plus serrés, privations plus fortes (SP)

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04 octobre 2019 ~ 0 Commentaire

irak (libération jdd rp essf)

irak
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Irak : la rue s’embrase contre la corruption, au moins 28 morts

Ce jeudi, des jeunes Irakiens ont manifesté une nouvelle fois dans plusieurs ville du pays contre l’inaction du gouvernement. On dénombre 28 morts et 700 blessés depuis mardi.

Une vague de contestation inédite s’est poursuivie pour la troisième journée consécutive en Irak malgré «une répression sans précédent»,selon le titre du site local d’information indépendant Al-Alam Al-Jadid. Le bilan des victimes de tirs à balles réelles par les forces de sécurité s’élevait à au moins 28 morts et plus de 700 blessés depuis mardi (dont deux policiers).

Malgré un couvre-feu total imposé depuis mercredi soir et jusqu’à nouvel ordre à Bagdad et dans plusieurs villes, en particulier dans le sud du pays (où six protestataires ont été abattus jeudi), des manifestants sont descendus dans les rues et de petits rassemblements mobiles ont eu lieu dans plusieurs quartiers de la capitale.

Sur l’immense et emblématique Place Tahrir, au cœur de la ville, des fumées noires se dégageaient des pneus et du mobilier brûlés par les protestataires. La plupart de ceux-là s’étaient couvert le visage de masques antipollution, à la fois pour se protéger des fumées et pour ne pas être identifiés par les forces de l’ordre.

L’explosion de colère des jeunes Irakiens exprime un ras-le-bol globalisé dans un pays devenu l’exemple de l’Etat failli alors qu’il est le cinquième pays au monde pour ses réserves de pétrole. «Rendez-nous notre patrie», «Le peuple veut un changement de régime», «Non aux partis politiques», «Au nom de la religion les voleurs nous ont pillés», etc.

Les slogans brandis ces derniers jours par les manifestants visent les différents responsables de la faillite de tout le système de gouvernement depuis la chute de la dictature de Saddam Hussein en 2003.

Pénurie d’eau et d’électricité

Les revendications de la contestation vont des services publics de base dans un pays en pénurie d’électricité et d’eau potable depuis des décennies jusqu’aux emplois pour les jeunes alors qu’un sur quatre est au chômage.

Mais c’est la corruption, mère de toutes les plaies d’Irak, qui est dénoncée en priorité. En effet, selon les chiffres officiels, l’équivalent de quelque 410 milliards d’euros d’argent public a été englouti depuis 2004, disparu dans les poches des hommes politiques de tous bords, des chefs de tribus ou d’affairistes. Une somme vertigineuse qui représente quatre fois le budget annuel de l’Etat.

«L’origine du problème est la destruction du marché du travail en Irak», a estimé dans un post sur sa page Facebook le romancier irakien Ali Badr. Le quadragénaire exilé en Belgique rappelle que dans son enfance, tout sur les marchés était de fabrication irakienne, «de l’électroménager aux chaussures en passant par le mobilier et le dentifrice». Ces industries locales assuraient des emplois à une classe ouvrière laborieuse.

«Aujourd’hui la profusion de produits importés a transformé les Irakiens en consommateurs avides exacerbant une nouvelle forme de lutte des classes», écrit l’intellectuel. Il rappelle que les seuls emplois possibles sont ceux de la pléthorique fonction publique qui compte 7 millions de fonctionnaires pour une population de près de 40 millions, soit plus de la moitié des salariés irakiens.

L’influence déterminante de l’Iran dans leur pays est également dénoncée par les protestataires irakiens.

Des drapeaux de la République islamique ont pour la première fois été brûlés au cours de manifestations dans les villes du sud irakien, peuplés pourtant majoritairement de chiites.

C’est d’ailleurs une caractéristique relevée ces derniers jours, les quartiers sunnites de Bagdad comme les provinces du nord et de l’ouest de la capitale, principalement sunnites, restent à l’écart de la contestation. La minorité marginalisée depuis l’éviction du régime de Saddam Hussein craint d’être accusée, comme par le passé, d’être à l’origine des troubles en permettant au gouvernement d’instrumentaliser la révolte comme un mouvement communautaire.

Appel à la «retenue»

Le recours des autorités irakiennes à la répression violente avec tirs à balles réelles, couvre-feu, coupures d’internet et des réseaux sociaux ont encore fait monter la colère. Lors d’une réunion entre les «trois présidents» irakiens comme on désigne sur place le Président de la République, celui du Parlement et le chef du gouvernement, une enquête a été promise sur les violences commises.

Tout en appelant les parties à la «retenue», les autorités ont pointé la responsabilité des  «infiltrés qui cherchent à troubler l’ordre public en faisant dévier des manifestations populaires pacifiques». La décision de former par ailleurs une commission pour examiner les revendications immédiates des protestataires sur les emplois, les logements, etc.. avant de lancer «un dialogue national» est considérée comme peu crédible par les protestataires.

Le mouvement spontané des jeunes Irakiens ne semble dicté par aucun parti ou leader politique ou religieux, tous également rejetés. Il pourrait s’agir de la version irakienne des contestations récentes qu’ont connues d’autres pays arabes comme en Algérie, au Soudan ou en Egypte, contre des systèmes de gouvernement prédateurs et verrouillés depuis des années.

 4 octobre 2019

https://www.liberation.fr/

Lire aussi:

Manifestations en Irak : pourquoi le pays s’embrase (JDD)

Irak. La jeunesse réclame du travail, la police réprime à balles réelles (RP)

Irak : des manifestations contre la corruption réprimées, au moins 40 morts et 700 blessés en quatre jours (Essf)

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15 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

jeunes retraites (révolution permanente)

jeunes

Commencer et finir sa vie dans la précarité ?

La jeunesse face à la réforme des retraites 

Ne pas perdre sa vie à essayer de la gagner

Un jeune sur deux dit faire confiance au gouvernement pour mener la réforme des retraites. Désintérêt, autres préoccupations plus pressantes, précarité croissante ? En réalité la jeunesse a toutes les raisons de se mobiliser contre cette attaque et pour un avenir plus digne.

Selon un récent sondage de l’Ifop, 50 % des jeunes disent faire « confiance au gouvernement » pour mener la réforme des retraites. Un désintérêt concernant cette attaque sans précédant, qui s’explique notamment par le fait que lorsqu’on a entre 15 et 25 ans, nos préoccupations sont généralement beaucoup plus immédiates. Quand on ne sait pas comment boucler les fins de mois, que notre frigo est vide, la question du système de retraite semble lointaine.

On sait qu’aujourd’hui, près d’un pauvre sur deux en France a moins de 25 ans et vit avec moins de 880 euros par mois.

880 euros par mois pour se nourrir, se loger, se soigner : ce sont des préoccupations immédia-tes liées à cette précarité qui prennent le dessus. Plus d’un étudiant sur deux travaille pour pouvoir financer ses études et plus des deux tiers sautent des repas régulièrement, faute d’argent.

Sans compter la pression à la réussite qui s’exerce lorsqu’on sait qu’actuellement l’immense majorité des premiers contrats d’embauche sont des contrats courts et précaires – majoritaire-ment des CDD de moins d’un mois. La plupart des jeunes enchaînent ainsi des contrats précai-res et des périodes sans activité rémunérée, où ils se font exploiter sans minimum salarial garanti par des plateformes comme Uber Eats.

Dans une interview accordée à Révolution Permanente, Steven, étudiant et livreur pour Deliveroo racontait par exemple les « moments où on travaille pour gagner 3,50 € en 1 heure, des moments où on va être disponible 2 heures pour l’entreprise sans avoir de commandes et donc gagner 0€ ».

Quand on en est à se demander si on va trouver un travail, à se dire qu’on ne vivra sûrement pas assez longtemps pour toucher une retraite, aussi maigre soit-elle, la nouvelle réforme arrive comme une attaque « de plus », qui ne fait pas partie de nos principales préoccupations. Pourtant, la jeunesse est la première concernée par cette réforme.

Une réforme qui va toucher la jeunesse, dès l’entrée sur le marché du travail

Dans un pays ou le chômage atteint 26,3 % des 18-25 ans, la réforme des retraites est loin de concerner uniquement ceux qui ont actuellement un emploi. Avec l’augmentation des annuités, le temps de cotisation nécessaire pour percevoir une retraite à taux plein sera plus long.

Cette manière de calculer le retraites désavantage énormément les carrières interrompues et les personnes qui ont un travail à temps partiel, les contrats courts et précaires. En effet, en ayant commencé à travailler à 25 ans sans interruption de carrière il faudrait prendre sa retraite à 67 ans pour pouvoir la toucher à taux plein.

Quand on sait que la part des emplois à durée limitée (CDD, apprentissage, intérim) est nettement plus élevée chez les jeunes – 35 % des 15-29 ans en emploi contre 9 % pour les 30-49 ans – cette réforme repousse en réalité aux calendes grecques la possibilité pour les jeunes d’aujourd’hui de bénéficier un jour d’une retraite digne et en bonne santé.

Jean-Paul Delevoye justifie le recul de l’âge de départ à la retraite ainsi : « Si l’espérance de vie augmente, l’âge d’équilibre augmentera ». Cette phrase présente l’augmentation de l’espérance de vie comme quelque chose d’universel.

Alors que si l’espérance de vie augmente, les inégalités sociales face au vieillissement et à la mort aussi : l’espérance de vie en bonne santé, elle, n’augmente pas et stagne aujourd’hui en dessous de 65 ans (c’est-à-dire l’âge moyen atteint avant des problèmes de santé incapaci-tants). Pour les ouvriers, cette moyenne se situe en dessous de 60 ans.

La réforme des retraites vise à faire travailler les plus âgés toujours plus longtemps, quitte à ce qu’ils se tuent littéralement au travail, et va renforcer la précarité et le chômage chez les jeunes, qui entrent sur un marché du travail « saturé ».

Pourtant, les avancés technologiques actuelles et le nombre de travailleurs (en emploi et au chômage) sont largement en mesure de garantir la possibilité de travailler moins longtemps et moins péniblement, de répartir le temps de travail entre les actifs et les inactifs, de permettre un départ à la retraite digne, à 60 ans maximum et de garantir un emploi décent à la part croissante des jeunes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Alors pourquoi reculer l’âge de départ à la retraite ? Pourquoi réformer, en nivelant par le bas, le système de retraites et épuiser les personnes âgées au travail alors que le chômage ne cesse d’augmenter ? Et que la jeunesse est de plus en précaire ? Pourquoi commencer sa vie avec 800 euros par mois et la finir avec à peine 1000 euros comme le promettait Buzyn (« Pour ceux qui auront travaillé toute leur vie, la pension minimum sera de 1000 euros ») ?

C’est aux capitalistes de payer leur crise

Dans les médias, le débat autour de la réforme semble porter autour de logiques économiques : le site du gouvernement présente la réforme derrière la notion d’équilibre « un système pérenne, équilibre, garanti par les règles de financement ».

Le système de points – dont le gouvernement peut faire baisser la valeur en fonction de la conjoncture économique – permettant de plafonner les dépenses faites pour les retraités, se justifie donc par cette idée que les conséquences de la crise économique qui s’est ouverte en 2008 et la volonté d’un « retour à l’équilibre engendre des concessions pour tous ». Il s’agit de nous faire payer une crise qui n’est pas la nôtre.

Car dans la logique capitaliste, les concessions ne se font pas sur les profits de plus en plus exubérants engrangés par le grand patronat, pourtant les 88,4 milliards dégagé par les entrepri-ses du CAC40 en 2018 suffiraient amplement à subventionner des retraites dignes pour toutes et tous.

Au contraire, c’est aux plus précaires de faire des concessions, de sacrifier leur avenir, d’aug-menter les cadences et les heures, les années, passées à travailler. Les concessions exigées par le gouvernement et le patronat se traduisent par des licenciements, par le non remplacement des départs en retraite et par l’intensification de la charge de travail pour les emplois restants.

Le partage du temps de travail – sans diminution des salaires – permettrait un travail, une retrai-te et un niveau de vie dignes et décents pour tout le monde. C’est une mesure qui permet-trait de résorber le taux de chômage, en partageant le travail entre toutes et tous, pour sortir d’une situation ubuesque où plus de 6 millions de personnes sont privées d’emploi quand d’autres voient les rythmes augmenter.

Et si les classes dominantes ne cherchent pas à l’appliquer, c’est précisément parce qu’ils ont besoin d’une masse de chômeurs, une armée de réserve, qui permet de faire pression sur les travailleurs actifs (et les chômeurs contraints d’accepter n’importe quel emploi) et de détériorer les conditions de travail dans leur ensemble.

Conditions que nombre d’entre nous acceptent précisément dans la peur de se trouver dans une situation de précarité encore plus grande sans emploi, et d’être remplacé aussitôt. Que la jeunesse vienne grossir massivement les rangs de cette armée de réserve, c’est le projet du patronat et de Macron à son service.

Et c’est justement parce que pour l’immense majorité d’entre nous, augmenter le temps de travail et éloigner le départ à la retraite semble absurde qu’il est nécessaire que la jeunesse s’organise et lutte en première ligne contre cette réforme et l’ensemble de sa logique.

Nous devons exiger des capitalistes qu’ils paient eux-mêmes leur crise, que ce soient les cotisa-tions patronales qui financent nos retraites. Nous devons nous battre pour un partage juste et cohérent du temps de travail, entre toutes et tous. Autant de mesures qui permettraient de nous sortir de la précarité et de garantir à chacun une retraite à taux plein à 60 ans maximum !

Pour ne pas perdre sa vie à essayer de la gagner, lutter pour une autre société

La jeunesse a déjà montré qu’elle pouvait jouer un rôle majeur dans des mobilisations contre les précédentes réformes du système de retraite. En 2010 par exemple, lors de la présentation du projet de réforme du système de retraites par le gouvernement Sarkozy, les mobilisations d’am-pleur des travailleurs (cheminots, RATP, raffineurs, routiers, personnels de l’éducation, etc.) ont été soutenues et entraînées par le mouvement étudiant et les lycéens.

Des secteurs importants de la jeunesse ont d’ores et déjà décidé de relever la tête, pour notre avenir, face à la crise climatique.

Il s’agit aujourd’hui de s’organiser dans une lutte d’ensemble, aux côtés des travailleurs dont les sondages révèlent qu’ils rejettent massivement la réforme, à l’image de la mobilisation de la RATP, pour combattre les politiques du gouvernement et du patronat, qui n’hésitent pas à sacrifier nos vies et les ressources de la planète pour leurs profits. Refusons de perdre notre vie à essayer de la gagner ! (Résumé)

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09 août 2019 ~ 0 Commentaire

sao paulo (pùblico)

venezula

La gauche d’Amérique latine soutient Maduro et prépare « les trois batailles d’octobre »

Le Forum de São Paulo considère que les élections clés en Argentine, en Bolivie et en Uruguay seront un frein à l’avancée de la droite dans la région.

La somme des organisations politiques qui composent la gauche latino-américaine a une nouvelle fois apporté son soutien total au président vénézuélien Nicolás Maduro lors de la 25è édition du Forum de São Paulo, tenu à Caracas.

La secrétaire exécutive de la principale organisation progressiste de la région: « Nous sommes ici pour dire à M. Trump de sortir ses mains sales du Venezuela, de l’Amérique latine et des Caraïbes », a déclaré Monica Valente (du Parti brésilien des Travailleurs). Le blocus des avoirs et les sanctions économiques, renforcés par le nouveau décret rédigé par la Maison Blanche, ont encore plus uni les membres du Forum.

Outre la centaine de partis politiques latino-américains représentés, le Forum de São Paulo a accueilli du 25 au 28 juillet des invités venus du monde entier. La représentation espagnole à Caracas comprenait, entre autres, Manu Pineda, Javier Moreno, Maite Mola et Carlos Esteban (tous membres de la Gauche unie / Parti Communiste Espagnol), Ana Surra (Gauche Républicaine de Catalogne) ou Eneko Compains (Sortu basque).

Pineda, eurodéputée d’IU, s’est entretenue avec Público, résumant cette atmosphère de résistance et de fraternisation avec Nicolás Maduro: « Au Venezuela, ils se préparent, ils organisent un siège similaire aux sièges médiévaux », a déclaré la secrétaire aux Relations internationales. Le Parti Communiste d’Espagne. « Ce qui se passe, c’est que je vois les gens très fermes, j’ai le sentiment que plus ils se sentent harcelés, plus ils sont cohérents contre l’agression. »

L’une des expériences les plus réussies de la gauche latino-américaine au cours des dernières décennies est celle de l’Uruguay. Malgré tout, Pablo González ( Frente Amplio) a souligné le changement de paradigme notable dans la région:

« Mon pays se situe entre les moyennes brésilienne Bolsonaro (Brésil) et Macri (Argentine), nous devons inverser cette situation en Amérique latine ». Et il faut commencer à inverser la tendance, poursuivre le travail d’éradication de la misère sur le continent: « Il n’y a pas de conscience politique qu’on grandit avec la faim. La faim génère le ressentiment, ne génère pas de conscience politique « .

« Nous craignons que l’agenda vénézuélien ne se répète un peu, ils feront tout leur possible pour que Evo Morales (Bolivie) ne soit pas réélu », a déclaré Manu Pineda.

Le front large uruguayen lui-même (Frente Amplio), avec Gonzalez, a également donné le ton à suivre au cours du second semestre de cette année, « Les trois combats d’octobre », dates décisives pour les élections.

Le premier, bien sûr, l’Uruguayen, se dirige vers le quatrième gouvernement consécutif, à condition que Daniel Martínez succède à son compatriote Tabaré Vázquez. La seconde, la tentative du duo Alberto Fernández / Cristina Fernández Kirchner en Argentine et le troisième, la réélection de Evo Morales en Bolivie.

Ce dernier rendez-vous suscite un certain malaise chez les membres du Forum de São Paulo, compte tenu du risque que le dirigeant autochtone bolivien soit la prochaine cible d’une tactique juridique le mettant à l’écart.

« Nous craignons que l’ordre du jour vénézuélien ne se répète un peu, ils feront tout ce qui est possible pour que Evo ne soit pas réélu », a déclaré Manu Pineda. « Et s’il est réélu, il ne sera pas reconnu et la déstabilisation recommencera, les guarimbas et les guerres de rue vécues depuis 2014 au Venezuela et récemment vécues au Nicaragua. »

08/09/2019 VÍCTOR DAVID LÓPEZ

https://www.publico.es/

Commentaire:

Nous ne sommes bien entendu pas de cette gauche-là! Pas question de suivre aveuglément des « caudillos de gauche » qui appliquent des politiques de droite! Les USA n’ont pas à intervenir, c’est tout ce qui nous rapproche.

Par contre il faut être aveugle pour ne pas voir que c’est l’austérité et la corruption qui provoque le rejet des régimes « progressistes ». Des politiques parfois dictées par le FMI , voire l’Eglise catholique au Nicaragua.

Ces gens sont prêts à tout pour rester au pouvoir comme Maduro et  Ortega. « La gauche » habituée à encenser Poutine et Bachar El Assad, continue de se ridiculiser. Sa candidate en Argentine appliquera une politique digne de Macron!

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18 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

brest gilets jaunes (émancipation ee f-copernic)

femmes gj

Portrait d’une brestoise en gilet jaune

Emmanuelle est AESH (Accompagnante des Élèves en Situation de Handicap) dans le Finistère, métier qui ne lui autorise aucune heure supplémentaire, aucune évolution de carrière et qu’elle a débuté après une carrière d’aide-soignante qu’elle a quittée parce que le caractère humain du métier était devenu inexistant : un travail pénible dans lequel il s’agit d’enchaîner les patient·e·s sans pouvoir générer ce qui est cœur du métier – le lien social, humain. Elle est aussi mère célibataire de quatre enfants.

Débats et assemblées citoyennes : les ingrédients d’une avancée vers la démocratie

Elle a revêtu son gilet jaune à Brest depuis le début du mouvement, dans lequel elle a d’abord commencé par essayer de rassembler des personnes en vue de la journée du 17 novembre, puis a occupé des ronds-points, participé à toutes les assemblées citoyennes qui se déroulent les dimanches soirs. Elle participe activement à l’organisation du mouvement à Brest et mesure aussi tout ce qu’il lui a apporté.

La première fois, on s’est levé à 5h30, à 6h30 on se retrouvait sur un parking et on a commencé à occuper des ronds-points. Ça nous a permis de beaucoup discuter. Échanger est important. Sur les ronds-points, on a évacué nos questions, discuté de ce qui nous posait problème. C’est pour ça qu’il faut continuer à discuter. Les inquiétudes touchent tout le monde, gilets jaunes ou non. Quand on parle aux gens qui ne sont pas gilets jaunes de leurs inquiétudes, ça leur fait du bien, et ils nous le disent.

Ce que je constate, c’est que les gens ont envie de s’investir dans la vie politique.

Ils se sentent concernés, alors il faut leur parler, discuter des problèmes, des solutions, des idées. Le pouvoir fait peur aux gens, il est perçu comme un Dieu, inattaquable, ce qui conduit les gens à être fatalistes, comme si rien n’était possible. Mais si on veut un monde meilleur, il faut faire quelque chose”.

L’importance de la discussion, Emmanuelle l’a mesurée pour elle-même au début du mouvement ce qui l’a “rassurée”. Le mouvement lui a permis de sortir d’un isolement dans lequel il est facile de tomber si les espaces d’échanges n’existent pas. D’ailleurs à Brest, les AG représentent le cœur du mouvement, même si d’autres actions sont évidemment organisées.

De fait, force est de constater que les espaces démocratiques de discussion sont absents et que c’est entre autres ce que le mouvement dénonce depuis le départ. Selon elle, ce qui ressort de la discussion politique, c’est un sentiment accru de trahison, qui s’est amplifié de gouvernement en gouvernement.  Une part de la population qui gouverne pour tous les autres : une oligarchie qui tire le pouvoir à son avantage, pour ses propres privilèges. Pas étonnant que la colère monte.

C’est pourquoi la première des avancées serait selon elle que les citoyen·ne·s puissent être actrices et acteurs de la vie politique – autrement que par l’illusion d’un vote de temps en temps. Et décider par soi-même, sortir de la passivité, c’est multiplier les assemblées citoyennes, qui s’opposent en tout point à l’idée même d’un “grand débat” dirigé de part en part.

Déconstruire les idées reçues sur le mouvement et porter une égalité pour tous·tes !

Investir l’espace public pour permettre les échanges entre citoyen·ne·s permet aussi au mouvement de dire ses intentions, désamorcer les préjugés dont il est victime, clarifier ses positions. À ce propos, Emmanuelle revient sur le prétendu caractère non écologique du mouvement qui s’est fondé entre autres sur la colère face à l’augmentation des tarifs du carburant :

“Évidemment qu’on défend la planète.

C’est même sans doute la première chose qu’il faudrait prendre en compte et dont le reste peut découler”, mais il ne faut pas tout confondre, mener une véritable politique écologique, ce n’est pas augmenter les tarifs du carburant, et notamment les taxes, surtout si les taxes perçues par le gouvernement ne servent pas au financement de l’écologie. Les véritables responsables de l’absence de politique écologique, ce sont les gouvernements, pas les citoyen·ne·s.

De même, si le mouvement porte, selon Emmanuelle, sur l’égalité de tous les individus, il doit montrer aussi que les femmes sont les premières touchées par ces inégalités. Les gilets jaunes, hommes ou femmes, ne se revendiquent pas “féministes” à proprement parler, mais les questions des retraites, des inégalités salariales, d’accès aux postes, sont très présentes dans les discussions et revendications du mouvement.

C’est notamment ce qui a permis de faire émerger, le 16 février, une journée d’actions pour dénoncer les inégalités que rencontrent les femmes, mais aussi les violences sexuelles, les mutilations sexuelles ou encore les violences conjugales.

Cette journée était portée par un groupe de soignantes, d’assistantes maternelles (en gilet rose) et de gilets jaunes. Il s’agissait pour les femmes de défiler, de manière pacifique, en tête de cortège et pour certaines portions du parcours en cortège indépendant. Et dans la suite directe de cette journée, pourquoi ne pas “rejoindre les actions prévues le 8 mars”, s’il y en a.

Une détermination accrue face à un gouvernement qui vacille

À Brest, les cortèges sont plutôt pacifiques et il y a peu de répression dans les manifs mêmes. Pourtant, la répression est bien présente et montre que le gouvernement panique et vacille. Gardes à vue pour participation à des manifestations non déclarées, entrave à la circulation ou acte de rébellion en bande organisée, accusation de diffamation pour des actes dénoncés avec vidéo à l’appui suite à des violences lors du blocage d’un pont, “gazages” à bout portant…

Couplée à ces mesures de répression, la loi anti-casseurs est le signe que le gouvernement cherche à faire tomber ceux et celles qui parlent, agissent. Mais “nous priver de nos libertés ne nous empêchera pas d’agir”, d’autant que nombre des personnes actives dans le mouvement ont finalement très peu à perdre.

Si le mouvement s’est transformé, à Brest comme ailleurs, au fil des “actes”, il n’a pas perdu de sa détermination, donc. Il reste encore deux ronds-points occupés autour de Brest, où des personnes retraitées sont encore actives. Mais la diminution du nombre de personnes sur les ronds-points, loin d’être le signe d’un essoufflement du mouvement, est en fait le corrélat du nombre de tâches croissantes dues à son extension : préparer des affiches, tenir des assemblées régionales… tout cela prend du temps et mobilise les personnes.

“Faire venir les étudiants à nous”

Aller à la rencontre des gens, maintenir le mouvement malgré l’épuisement qu’il génère… voilà le programme pour les semaines à venir. À l’heure où les femmes, en Argentine, en Espagne, en Irlande, en Italie, au Brésil… se mobilisent pour leurs droits, celles qui luttent en gilet jaune montrent les voies possibles.

Depuis le début du mouvement social des gilets jaunes, qui dénonce les inégalités sociales et les privilèges qui n’avantagent qu’une infime partie de la population, les femmes se sont rassem-blées en gilet jaune pour exprimer leur engagement dans la lutte, mais aussi rappeler qu’elles sont les plus touchées par ces inégalités. Récit de l’une d’entre elles, active dans le mouvement à Brest.

Propos recueillis par Karine mardi 19 mars 2019

http://www.emancipation.fr/

Lire aussi:

Femmes chez les Gilets jaunes (EE)

Femmes et gilets jaunes : pour une transition sociale, féministe et écologique (F Copernic)

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24 juin 2019 ~ 0 Commentaire

tas de fainéants (le télégramme)

Macron à des chômeurs marseillais. « Du travail, il y en a plein ! »

« Vous avez envie de travailler ? Il y a des offres ! » : Ces mots sont ceux d’Emmanuel Macron, lundi, lors d’une visite surprise dans les quartiers nord de Marseille (Bouches-du-Rhône). Pendant plus d’une heure, le chef de l’État y a rencontré des chômeurs, parfois très éloignés du marché du travail, et des agents de Pôle Emploi. Pour ce crochet par le 15è arrondissement, l’un des plus déshérités de la cité phocéenne, avant un sommet diplomatique méditerranéen, le Président a voulu « échanger librement » avec les demandeurs d’emploi, en comité restreint.

Ici, il y a 27,7 % de chômeurs, selon l’Insee.

« Même si on me dit « plante des fleurs », je plante des fleurs. Faut que je travaille », lui explique Pauline Menasria, 23 ans. Du travail, « on va vous en trouver, il y en a plein », « vous êtes super-jeune », lui répond Emmanuel Macron.

En l’absence de caméras, le chef de l’État, en chemise blanche et cravate, a enchaîné selfies et salutations souvent chaleureuses avec des allocataires, parfois très éloignés du marché du travail, travailleurs sans-papiers, non-francophones ou chômeurs de longue durée. Quelques agents ont pu faire part de leurs préoccupations, notamment autour de la sécurité.

Venu « écouter et comprendre »

« J’ai fini mon CAP coiffure, et je n’ai pas trouvé de travail » stable, lui explique Nathan Lelouche, 22 ans, qui enchaîne les missions d’intérim. « Vous avez envie de travailler ? Il y a des offres ! », lui répond le Président, qui explique être venu « pour écouter, comprendre, et pour échanger directement ».

« Les gens veulent s’en sortir, veulent travailler, veulent aller de l’avant. Nos réformes vont dans ce sens. Maintenant, il faut qu’on investisse dans l’humain, et qu’on donne les moyens à ceux qui sont là pour les aider de le faire », a déclaré Emmanuel Macron à des journalistes à la sortie de sa visite.

« Il faut avoir un certain toupet »

Du côté des allocataires et des agents, les impressions sont nuancées.

« Si ça peut faire bouger les choses, c’est parfait. Quand même, il faut avoir un certain culot, un certain toupet, pour venir dans le 15è arrondissement de Marseille », dans les quartiers Nord, salue Pauline Menasria. « Je n’y connais rien dans la politique, mais je pense qu’il est venu pour son image. Il se fout un peu de nous », regrette au contraire Nathan Lelouche.

« C’est Dieu le père qui vient guérir les écrouelles », ironisait, de son côté, Pierre Bertomeu, un agent de Pôle Emploi, qui estime qu’une telle visite ne permet pas de répondre aux problèmes concrets des chômeurs.

En septembre 2018, dans les jardins de l’Élysée, Emmanuel Macron avait déjà assuré à un jeune formé au métier d’horticulteur et qui se plaignait de ne pas trouver de travail : « Si vous êtes prêt et motivé, dans l’hôtellerie, les cafés, la restauration, le bâtiment, il n’y a pas un endroit où je vais où on ne me dit pas qu’on cherche des gens (…). Je traverse la rue et je vous en trouve. Ils veulent simplement des gens qui sont prêts à travailler, avec les contraintes du métier ».

24 juin 2019

 https://www.letelegramme.fr/

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Commentaire:
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Il y a comme un mépris des formations acquises: CAP coiffeur? Va chez MacDo! qui explique bien le saccage de l’éducation nationale, puisque çà ne sert à rien pour trouver « un emploi ». Il n’ a encore rien compris aux « Gilets Jaunes » : bosser ainsi ne permet pas de vivre décemment!

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19 juin 2019 ~ 0 Commentaire

chômeurs (npa)

macron-la-matraque

Lutter contre le chômage, pas contre les chômeurEs !

Après les engagements et les échecs de Sarkozy et Hollande sur les chiffres du chômage, Macron pense qu’il peut envisager sa réélection si la baisse des chiffres pouvait être maintenue jusqu’en 2022. Mais si l’objectif de la réforme de l’assurance chômage est d’abord l’affichage d’une baisse du nombre officiel de chômeurEs, c’est une économie de 3,4 milliards d’euros d’euros qui est visée d’ici fin 2021.

Les principales mesures frappent les chômeurEs, avec d’abord le durcissement des conditions d’accès à l’assurance chômage par la modification de la durée d’affiliation.

Il faudra avoir travaillé 6 mois sur une période de 24 mois au lieu de 4 mois sur une période de 28 mois. Cette seule réforme va exclure de l’assurance chômage plusieurs centaines de milliers de chômeurEs.

Les jeunes vont être massivement touchés, retardant encore l’accès à l’indemnisation et excluant du chômage celles et ceux qui travaillaient pendant la période estivale. Les conditions de « rechargement » des droits seront également durcies : il faudra avoir travaillé six mois au lieu d’un mois pendant sa période de chômage pour voir son indemnisation prolongée d’autant.

Les demandeurEs d’emploi qui avaient un revenu de travail supérieur à 4 500 euros brut par mois verront leur indemnisation réduite de 30 % à partir du septième mois. Cette mesure, qui ne concerne pas les chômeurEs de plus de 57 ans, sera appliquée jusqu’à un plancher d’indemnisation de 2 261 euros net.

Pour tenter de donner le change, le gouvernement a fait deux annonces.

Un bonus-malus sera appliqué dans sept secteurs, « abusant » des contrats précaires : l’héber-gement et la restauration, l’agroalimentaire, l’eau et les déchets, la plasturgie ou encore le bois et papier, avec une taxe par CDD d’usage dont le montant sera de 10 euros.

Le bâtiment et la santé, deux gros secteurs utilisant beaucoup de CDD, échappent à la mesure. Et l’on annonce que plus de 1 000 nouveaux conseillerEs Pôle emploi seraient recrutés pour mettre en place de nouveaux services d’accompagnement public… soit à peine davantage que les 800 équivalents temps plein supprimés par le gouvernement en 2018.

Des mesures qui ne changeront rien à une situation où, aujourd’hui, moins d’un chômeurE sur deux est indemnisé, et plus de 6,5 millions de chômeurEs et précaires sont inscritEs à Pôle emploi, soit 25 % de la population active.

Robert Pelletier Mercredi 19 juin 2019

https://npa2009.org/

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17 juin 2019 ~ 0 Commentaire

quimper (gilets jeunes)

gilets

« LA SANTE PUBLIQUE EST EN DANGER DE MORT »

Depuis des années les suppressions de lits,les fermetures de maternités,de services d’hôpitaux,la diminution des personnels, mettent à mal l’accueil et le soin des patientEs en milieu hospitalier.

Des déserts sanitaires s’installent !

Depuis des années, les franchises (consultations,médicaments), les dépassements d’hono-raires,la multiplication des frais annexes font que la santé coûte de plus en plus cher pour toutes et tous.

La survie de nos anciens et la qualité des prises en charge sont menacées dans des EHPAD qui manquent cruellement de moyens !

Les services d’urgence dans les hôpitaux sont arrivés à un point de rupture et les professionnels sont en grande souffrance.

En réduisant les recettes de la sécurité sociale par la baisse des cotisations sociales sans contrepartie,le gouvernement Macron poursuit l’étranglement financier de l’hôpital public et dégrade l’accés aux soins pour mieux rentabiliser et privatiser ce secteur essentiel à la vie de toutes et tous.

A ces dégradations, à cette souffrance, à ce chaos qui vient Macron et Agnès Buzin répondent une fois de plus par le mépris,voire des mesures de réquisition !

Aujourd’hui défendre la santé et l’accès à des soins de qualité doit être l’affaire de toutes et tous, personnels, usagers, patients ou futurs patients…

Parce que la SANTE EST UN DROIT, PAS UNE MARCHANDISE,

SOUTIEN AUX PERSONNELS EN LUTTE DE LA SANTE ET DU SOCIAL.

Venez nous rencontrer au rond-point de Troyalac’h

Les mercredis soirs à 20h en A.G à l’ancien tribunal desprud’hommes

87 avenue Léon Blum 29000 Quimper

Les samedis à partir de 14h Place de la Résistance au café des Gilets Jaunes

Communiqué n° 9 de l’assemblée Gilet Jaune de Quimper

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