RSA (Le Tél)
RSA : « Accompagner plutôt que punir »
Fanny Chappé, maire de Paimpol, conseillère régionale (présidente du groupe Bretagne sociale démocrate Écologiste et régionaliste) considère que la politique de contrôles ou de sanctions visant des bénéficiaires du RSA relève « d’une vision simpliste de la pauvreté ».
Le travail est une valeur fondamentale pour se sentir utile dans la société et « gagner sa vie ». Néanmoins, son dévoiement par certains élus m’inquiète profondément. En tant qu’éducatrice et maire, je sais la complexité de l’insertion. Le sentiment d’impuissance qui s’installe face à l’incapacité à intégrer des personnes qui, du fait des difficultés de la vie, ne parviennent plus à s’engager dans un emploi. Je reste pour autant convaincue que la voie de l’accompagnement est préférable à celle de la stigmatisation.
La Bretagne est une terre de solidarité. Une région où l’entraide, l’engagement associatif et la cohésion sociale ont toujours constitué des marqueurs forts. C’est au nom de ces valeurs que nous devons aujourd’hui porter un regard lucide sur la situation des bénéficiaires du RSA.
Celui-ci n’est pas une faveur. C’est un droit, fondé sur un principe simple : dans une société juste, nul ne doit être laissé au bord du chemin. Car derrière les chiffres, il y a des réalités humaines : des familles monoparentales, des salariés précaires, des personnes confrontées à des problèmes de santé, de mobilité ou de logement. Plus de la moitié des bénéficiaires du RSA sont des femmes, souvent seules avec leurs enfants. Dans nos territoires, les obstacles à l’emploi sont nombreux.
L’absence de transports collectifs, le manque de modes de garde, la difficulté à se loger près des bassins d’emploi constituent autant de freins bien réels. Penser que l’on résoudra ces difficultés par davantage de contrôles ou de sanctions relève d’une vision simpliste de la pauvreté.
Les politiques d’insertion les plus efficaces sont celles qui lèvent les obstacles plutôt que celles qui punissent.
Bien sûr, l’insertion est une exigence. Mais l’accompagnement supposera toujours de construire des parcours adaptés aux réalités de chacun et de faire confiance aux personnes plutôt que de les placer sous suspicion permanente. Or, ces dernières années, les politiques publiques ont évolué vers une logique de plus en plus coercitive, à coups d’obligation d’activité, de renforcement des contrôles et des sanctions. Les mères isolées sont particulièrement affectées. Comment exiger quinze heures d’activité hebdomadaires lorsqu’on peine déjà à trouver une place en crèche ou un mode de garde abordable ? Comment demander davantage à celles qui consacrent déjà une énergie considérable à faire vivre leur famille avec des moyens très limités ?
En Bretagne, nous savons qu’une autre voie est possible. Celle qui consiste à renforcer l’accompagnement humain, à soutenir les associations, à développer les formations qualifiantes, à améliorer les solutions de mobilité et à faciliter l’accès à la garde d’enfants.
Les politiques d’insertion les plus efficaces sont celles qui lèvent les obstacles plutôt que celles qui punissent. Réduire les statistiques n’a de sens que si la pauvreté recule réellement. Nous devons défendre une vision exigeante mais profondément respectueuse de l’insertion. En un mot, une politique qui émancipe plutôt que de sanctionner. Car derrière chaque dossier de RSA, il y a avant tout un homme ou une femme qui aspire à vivre dignement et à construire son avenir.
Fanny Chappé 24 juin 2026


































