
« Pour celles qui ne peuvent pas parler » : des milliers de personnes défilent contre les violences faites aux femmes
Avant la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes du 25 novembre, de nombreuses manifestations étaient organisées, samedi, en France. Des personnes, majoritairement des femmes, brandissent des pancartes reprenant le nom des femmes et personnes trans tuées depuis début 2025 ce 22 novembre 2025, à Brest.
C’est un banc rouge, devant la mairie de Saint-Jouan-des-Guérets (Ille-et-Vilaine), petite commune de 2 800 habitants sur les bords de la Rance, près de Saint-Malo. Une plaque y a été apposée pour rendre hommage à Tatiana Mevel, victime d’un féminicide dans la nuit du 8 au 9 août 2025 dans cette même commune. Elle a été tuée, en bas de chez elle, par son ex-compagnon, en plein été. « Pour ne pas faire disparaître Tatiana derrière les chiffres effrayants de féminicides en France », la municipalité a organisé un rassemblement, à proximité de ce banc rouge, ce samedi 22 novembre.
« Ne laissons pas les mots, les gestes se distiller ; ne tolérons pas ce qui, à terme, peut provoquer l’irréparable […] Ne baissons pas la garde ; restons attentifs les uns aux autres », a déclaré la maire Marie-France Ferret, devant la famille de Tatiana, ses proches et ses collègues.
Un banc rouge « comme le sang versé »
C’est un autre banc rouge à Brest (Finistère). Lui est installé sur le parvis de la patinoire Rinkla. Il a été inauguré, ce samedi 22 novembre, comme un cri contre les violences faites aux femmes. « Ce banc rouge comme le sang versé, la colère mais aussi la force et la vie est à la fois un hommage et un avertissement. Celui que nous n’abandonnerons jamais la lutte », a dit Patricia le Fell, présidente de l’association Chris à vif. Elle est la sœur de Christelle, mère de famille de 34 ans, tuée d’un coup de fusil, le 29 mai 2013, par son compagnon, à Brest. Dans cette ville, sept autres bancs rouges vont être posés dans autant de quartiers.
Le banc rouge est un symbole contre les violences faites aux femmes. Il honore les victimes, rappelle leur absence et sensibilise le public. On en trouve désormais dans de nombreuses communes en France.
Pour une loi-cadre contre les violences
D’autres formes de rassemblements ont eu lieu ce samedi, malgré le temps froid et pluvieux dans une grande partie de la France. Notamment des manifestations pour exhorter l’État français à « révolutionner » la politique de lutte contre ces violences. À l’origine de la mobilisation de samedi, le collectif « Grève féministe » (une soixantaine d’associations, syndicats et fédérations) dénonce « les violences et l’impunité des agresseurs (qui) persistent, huit ans après l’élection d’Emmanuel Macron » : « La plupart du temps, encore, les victimes ne sont pas crues, les plaintes classées sans suite », selon le collectif, cité par l’Agence France presse. Ces associations réclament notamment l’adoption d’une loi-cadre intégrale contre les violences et un budget de 3 milliards d’euros pour la mettre en œuvre.
Les quatre féminicides (à Besançon (Doubs), en Gironde, dans le Gard et dans les Ardennes) qui ont eu lieu sur la seule journée de jeudi en France « doivent nous interroger […] sur l’impact des baisses des subventions publiques des associations qui leur viennent en aide », a déclaré, samedi à l’AFP, Mine Günbay, directrice générale de la Fédération nationale Solidarité femmes.
Des milliers de manifestants
À Paris, plusieurs milliers de manifestants – 50 000 selon les organisateurs, les chiffres de la préfecture n’étant pas encore connus - ont défilé. « On est en 2025 : est-ce qu’il est encore normal de compter nos mortes ? », a dénoncé juste avant le départ de la manifestation parisienne Sylvaine Grévin, présidente de la Fédération nationale des victimes de féminicides, qui a perdu sa sœur en 2017.
Plus de 60 rassemblements étaient prévus en France. À Avranches (Manche), les noms des victimes de féminicides ont été lus devant 75 personnes. Plus de 250 personnes ont marché au Mans (Sarthe) contre les violences sexistes et sexuelles.
Elles étaient 150 à Quimper (Finistère). « Tant qu’il y aura des victimes, il y a aura des luttes. Il ne faut pas lâcher », estiment deux jeunes femmes sur place. Entre 500 et 1 000 personnes ont défilé à Rennes. « Nous manifestons pour celles qui ne peuvent pas parler », relève Régine, qui porte un t-shirt blanc sur lequel s’étale le visage de Marie, 45 ans, tuée par son mari en 2022 à Rennes. À Brest, les manifestants, surtout des femmes, ont organisé un die-in symbolique, c’est-à-dire qu’ils se sont couchés au sol pour symboliser toutes les femmes tuées.
Selon les derniers chiffres officiels publiés jeudi par la Mission interministérielle pour la protection des femmes (Miprof), le nombre de féminicides conjugaux a augmenté de 11 % entre 2023 et 2024 avec 107 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint.
3919 (appel anonyme et gratuit) est le numéro de téléphone dédié aux personnes victimes de violences conjugales.
22/11/2025
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