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22 août 2013 ~ 0 Commentaire

À Marseille : misère sociale et pénurie médicale (LO)

À Marseille : misère sociale et pénurie médicale (LO) dans Austérité borsalino_cover_3

La mort d’un étudiant à Marseille, victime semble-t-il d’un déséquilibré sans domicile le 9 août dernier, a mis en lumière la situation désastreuse des sans-domicile et les carences graves du système de santé.

Depuis, il y a eu de nouvelles victimes de la violence à Marseille, mais l’assassinat de cet étudiant est révélateur de la situation de ces sans- domicile atteints de troubles psychiatriques. Le quotidien La Provence cite un soignant en psychiatrie : « Des centaines de patients qui vivent sans toit ne sont pas traités. » Le journal s’appuie sur plusieurs études, affirmant que 30 % des sans-abri marseillais, soit le nombre impres-sionnant de 4 000 personnes, seraient atteints de troubles psychiatriques sévères, liés entre autres aux conditions très rudes de la vie dans la rue et à la consommation d’alcool ou de stupéfiants.

Les populations vivant dans la rue ont le plus grand mal à se faire soigner, et à suivre leurs traitements jusqu’au bout. À plus forte raison les malades psychiatriques. À Marseille, deux petites équipes de psychiatrie, comprenant en tout 15 salariés, vont au contact des sans-domicile malades psychiatriques, dans les foyers, dans la rue, pour les lier à un parcours de soin et à un centre médical. Des effectifs nettement insuffisants. « Nous devons grosso modo suivre 20 % seulement des patients, témoigne un médecin psychiatre de l’hôpital Édouard Toulouse de Marseille, c’est mathématiquement impossible de faire face à toute cette misère ».

L’auteur présumé du meurtre était sous surveillance médicale et avait fait l’objet d’une demande d’hospitalisation d’office. Mais rien ne laissait présager qu’il puisse commettre un geste aussi grave. Mais comment est-il possible à des personnels soignants, en sous- effectifs, de connaître l’évolution de l’état de santé d’un tel patient, sans domicile et isolé ?

Un psychiatre d’Avignon, réagissant au drame de Marseille, constate une « explosion de l’activité » de son service de psy- chiatrie, le nombre de cas suivant la courbe ascendante du nombre de chômeurs, affirme-t-il. La crise produit une demande plus forte de soins psychiatriques. Pourtant, le même psychiatre conclut : « Le plus important est de trouver une solution de logement pour stabiliser [les malades] ». Un logement stable, c’est précisément ce qui manque à ces patients. Chômage, manque de logements, économies dangereuses sur le système de santé : ce drame révèle les conséquences révoltantes des économies réalisées à tout prix dans les hôpitaux, et particulièrement en psychiatrie. Alain CHEVARD

 http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2351&id=11

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21 août 2013 ~ 0 Commentaire

Allemagne, trop chère, la vie (CI)

Allemagne, trop chère, la vie (CI) dans Austérité german1

Après l’augmentation drastique des loyers, c’est le prix des denrées alimentaires qui grève le budget des Allemands.
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Les organisations caritatives sonnent l’alarme. Depuis que l’Office allemand de la statistique a annoncé, le 13 août dernier, que le coût des denrées alimentaires avait augmenté au mois de juillet de 5,7 % par rapport au mois précédent, de nombreuses organisations caritatives se mobilisent pour exiger un relèvement de l’aide sociale aux personnes en difficulté. « Un adulte qui perçoit l’indemnité Hartz IV [l'aide sociale] dispose actuellement de 4,30 euros par jour pour se nourrir, » explique l’un des porte-parole au quotidien de Hanovre Neue Presse. Les revendications vont d’un minimum de base de 437 euros par mois (au lieu de 382 euros) à des primes sporadiques pour des biens de première nécessité (comme une paire de chaussures) ou le remplacement d’appareils ménagers,  « comme le faisait jadis l’aide sociale », souligne Die Tageszeitung. L’aug- mentation vertigineuse du prix des pommes de terre, qui atteint 44 %, est l’une des causes du renchérissement brutal de l’alimentation en Allemagne. Courrier international   21 août 2013
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Commentaire: La photo se veut « humoristique » et surtout pas une « caractérisation politique » de Kohl et de Merkel

 

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19 août 2013 ~ 0 Commentaire

La santé des populations soumises à l’austérité (Cadtm)

La santé des populations soumises à l’austérité (Cadtm) dans Austérité spip.php?action=acceder_document&arg=234&cle=8da7129e72ba73910b967f16db2246d1c9bfb7ab&file=jpg%2Fpas-de-mutuelle

Dans un livre paru récemment intitulé, The Body Economic. Why Austerity Kills [« Le corps économique. Pourquoi l’austérité tue »], David Stuckler et Sanjay Basu présentent un panorama édifiant des conséquences sur la santé des populations des politiques d’austérité mises en œuvre à la suite des crises économiques.

Reprenant les travaux qu’ils ont publiés dans des revues scientifiques spécialisées, leur analyse aboutit à la conclusion que non seulement l’austérité tue mais qu’elle aggrave les difficultés économiques qu’elle est pourtant supposée résoudre. À partir de sources référencées et incontestables, émanant souvent d’institutions ou d’États dont ils critiquent les actions, David Stuckler et Sanjay Basu dressent un état des lieux circonstancié grâce à une étude fouillée et précise des crises majeures survenues depuis les années 30. La grande dépression des années 30 aux États-Unis, la crise de mortalité masculine en Russie de la période post-communiste consécutive à l’éclatement de l’Union soviétique et à la libéralisation de l’économie, la crise asiatique de 1997, enfin la récession mondiale qui a débuté en 2007 sont autant de terrains d’étude pour ces chercheurs.

La grande récession de ces dernières années leur donne l’occasion de détailler les politiques mises en œuvre par un certain nombre d’États, notamment en ce qui concerne leur attitude à l’égard des banques en grande partie à l’origine de cette crise, tout en comparant les résultats obtenus. Frappée par une crise sans précédent, l’Islande a fait le choix de ne pas prendre en charge les pertes des banques, consultée à deux reprises, sa population s’y est refusée, et de rejeter le plan d’austérité préconisé par le FMI.

Au lieu de renflouer les banques, l’Islande a décidé de renforcer son système de protection sociale en y consacrant une part importante de son PIB qui est passée de 42,3 % en 2007, à 57,7 % en 2008.

Elle a tout particulièrement veillé à préserver son système de santé publique et son système de protection sociale en vue d’aider sa popu- lation en matière d’alimentation, d’emploi et de logement. Cette politique sociale a évité que la crise économique ne débouche sur une crise sanitaire. Même les institutions les plus hostiles à cette politique, telles les agences de notation ou le FMI, ont dû se rendre à l’évidence et reconnaître ses effets positifs.

Au contraire de l’Islande, la Grèce n’a pas organisé de consultation populaire pour décider de la politique à mettre en œuvre, mais a appliqué à la hussarde des plans d’austérité successifs décidés par la Troïka (le FMI, la BCE et la Commission européenne). Elle a diminué de 40 % son budget de santé, réduit drastiquement ses dépenses sociales destinées à aider la population à se nourrir, à se loger et à conserver ou retrouver un emploi, et infligé aux salaires et aux pensions des baisses radicales. Les conséquences ont été à la hauteur des coupes budgétaires : le nombre de suicides a augmenté significativement (+ 20 % entre 2007 et 2009), l’usage de l’héroïne s’est accru de 20 % entre 2010 et 2011, le chômage, particulièrement celui des jeunes, a explosé, les sans-abris se comptent par dizaine de milliers. Ainsi, pour David Stuckler et Sanjay Basu, « la tragédie de la Grèce a démontré que l’austérité est incapable de sauver une économie en faillite. Au lieu d’être une partie de la solution, elle est au contraire une partie du problème. » (p. 93)

Les auteurs passent également en revue les politiques menées au Royaume Uni, aux USA, en Italie, en Suède, en Espagne suite à la crise de 2007 et démontrent que les mêmes solutions produisent partout les mêmes effets : « Nous nous sommes aperçus que les gouvernements qui appliquent la plus grande austérité sous la pression de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international connaissent les effets les plus dommageables en matière de santé du fait de la crise du logement. » (pp. 134-135)

Alors qu’il est démontré, preuves à l’appui, « que chaque dollar dépensé dans les programmes de santé publique génère en retour 3 dollars et de la croissance » (p. XII), pourquoi les gouvernements s’entêtent-ils à mettre en œuvre des politiques aux effets désastreux qui ont fait la preuve de leur inefficacité ? Tout simplement parce que « le débat autour de l’austérité est un débat qui doit plus à l’idéologie qu’aux faits » (p. XI).

En clair, même si les auteurs ne le formulent pas de cette façon, les politiques d’austérité qui remettent en cause les modèles sociaux protecteurs des individus, en particulier les systèmes de santé publique, rendent compte de la lutte sans merci que le capital a engagé contre le travail. Comme l’écrivent David Stuckler et Sanjay Basu : « L’austérité est un choix, et nous ne devons pas le retenir ». (p. 141) Selon ces auteurs : « Finalement, l’austérité a échoué parce qu’elle ne reposait pas sur une véritable logique ou sur des faits. C’est une idéologie économique. » En lieu et place de ce choix, David Stuckler et Sanjay Basu militent pour une  « véritable option démocratique » et en appellent à un « nouveau New Deal » qui devrait selon eux reposer sur trois principes : « le premier, ne pas causer de mal », « le second, aider les gens à retrouver du travail », « le troisième, investir dans la santé publique ». Et ils concluent : « la croissance économique est un moyen, non une fin en soi. […] la source fondamentale de la santé de toute société est son peuple. Investir pour sa santé est un choix judicieux dans le meilleur des cas, et une urgente nécessité dans le pire des cas. » (p. 145)

The Body Economic. Why Austerity Kills est un livre important dont il faut souligner les mérites. Tout d’abord, il replace les questions de santé dans un ensemble plus vaste rassemblant les questions relatives à l’alimentation, au logement et à l’emploi, et établit les liens et les interactions entre ces domaines. Ensuite, il insiste sur la nécessité d’appliquer des politiques résultant de choix démocratiques. Enfin, plus inhabituel et d’autant plus remarquable, cette étude sérieuse et de qualité a su laisser sa place à une empathie trop souvent absente des travaux de ce type. Les auteurs ont donné des prénoms, des noms, un visage aux victimes des crises, ils ont relaté en quelques mots leur histoire, pour ne pas faire oublier l’aspect humain que gomment généralement les chiffres et les statistiques impersonnelles des rapports. Grâce à ce livre, Olivia, Kieran, Vladimir, Kanya, Dimitris, Diane, Tiziana et Guiseppe, autant de victimes des scandaleuses poli- tiques d’austérité mises en œuvre sous l’égide de la troïka, retrouvent ainsi un peu de considération et de dignité.

Enfin, l’étude de David Stuckler et Sanjay Basu ne doit pas être réduite à un constat, aussi pertinent soit-il. Elle doit avoir une suite à travers la lutte des citoyens, des militants politiques, syndicaux, et associatifs, des membres de collectifs, des inorganisés. Aujourd’hui, toutes celles et tous ceux qui représentent les 99 % doivent se rassembler et unir leurs efforts pour renverser les systèmes mortifères et faire émerger une société juste, solidaire et respectueuse de son environnement. 18 août par Patrick Saurin

 Notes de lecture sur : The Body Economic. Why Austerity Kills.  David Stuckler & Sanjay Basu  Allen Lane, 2013

http://cadtm.org/La-sante-des-populations-soumises

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15 août 2013 ~ 0 Commentaire

Gouvernement et FMI sur la même longueur d’onde: encore plus d’austérité au programme (LO)

Gouvernement et FMI sur la même longueur d'onde: encore plus d'austérité au programme (LO)   dans Austérité 63417373_p

Dans un rapport sur la France rendu public le 5 août dernier, le Fonds monétaire international (FMI), saluant les efforts du gouvernement français pour réduire son déficit budgétaire, lui recommandait de « ralentir le rythme de l’ajus-tement », ce que la presse, dans son ensemble, a présenté comme une invitation du FMI à alléger les mesures de rigueur.

Pour « soutenir la reprise hésitante », le FMI recommande au gouvernement français de lever le pied sur les hausses des prélèvements obligatoires (en particulier des cotisations sociales, dont la réduction « rehausserait la compétitivité des entreprises »). Mais c’est pour lui conseiller de « mettre davantage à contribution la limitation des dépenses, notamment dans le domaine de la Sécurité sociale et celui des dépenses locales, où il existe une certaine marge pour réaliser des gains d’efficacité » et pour l’appeler à réformer les retraites mais, précise le rapport, « sans relever les cotisations », c’est-à-dire sans mettre le patronat à contribution.

Le FMI salue les « réformes structurelles » engagées par le gouvernement français en matière de flexibilisation du marché du travail (allusion à l’accord signé en janvier dernier par le Medef, la CFDT, la CFE-CGC et CFTC, qui facilite les licenciements) et de com- pétitivité des entreprises (allusion au cadeau annuel de 20 milliards d’euros aux entreprises sous forme de crédit d’impôt). Il l’invite même à aller plus loin et plus vite dans cette voie, pour lever les « rigidités structurelles » qui « entravent le potentiel de croissance de la France », comme par exemple le niveau du smic, trop élevé, qui « reste un obstacle à l’emploi non qualifié ».

Autant de mesures qui visent à faire porter tout le poids de « l’ajustement » sur les travailleurs, les chômeurs, les retraités, mais qui évitent soigneusement les capitalistes, industriels et financiers, et qui, en fait de croissance, ne favorisent que celle des profits et des dividendes. Commentant le 6 août ce rapport, Pierre Moscovici, ministre de l’Économie et des Finances, a relevé « une grande convergence de vues » avec le FMI.

Cela n’est pas surprenant, et n’augure évidemment rien de bon pour les travailleurs. Sous prétexte de relancer la croissance, le programme du FMI n’est pas moins mais plus d’austérité pour les populations laborieuses et, au bout du compte, comme en Grèce, en Espagne, au Portugal, à la fois la catastrophe sociale et la catastrophe économique. En fait de « rigidités structurelles », ce n’est ni le niveau du smic, ni celui des pensions de retraite, ni le code du travail, ni le nombre de fonctionnaires qui « entravent le potentiel de croissance » de la société et la plongent dans la crise, mais bien le capitalisme et son fonctionnement aberrant.

Jean-Jacques LAMY http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2350&id=7

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10 août 2013 ~ 0 Commentaire

Bulgarie, comprendre les manifestants (Ci)

En Bulgarie, on se révolte aussi et l’Europe s’en fiche (Rue 89) dans Austérité part-par-par7613056-1-1-0

Dans le pays le plus pauvre de l’UE, la contestation ne se limite pas aux “couches moyennes”.

Le 23 juillet, la capitale de la Bulgarie, Sofia, a vécu une nuit de violences. Après quarante jours de protestations, le Parlement a été assiégé par des manifestants exigeant la démission du gouvernement, et les forces de police ont chargé la foule pacifique.  Un autobus rempli de parlemen- taires qui cherchaient à s’enfuir a été encerclé et ses vitres brisées. Une vingtaine de personnes ont été blessées. Le lendemain, le président du Parlement, Mihail Mikov, a déclaré que “la recherche de solutions démocratiques [devenait] de plus en plus difficile”.

Un bref retour en arrière peut expliquer pourquoi. La chute du gouvernement de centre droit en février dernier à la suite de mani- festations contre la hausse des tarifs de l’électricité a conduit à la tenue d’élections anticipées en mai. Une coalition entre le Parti socialiste bulgare (PSB) et le Mouvement pour les droits et les libertés (MDL), parti soutenu par la minorité turque de Bulgarie, a pris la direction du pays sous la houlette du nouveau Premier ministre, Plamen Oresharski.

Depuis le 14 juin, les manifestants demandent la démission d’Oresharski. Elu sur la promesse de réformes populaires destinées à venir en aide aux plus vulnérables, il a vu son capital de confiance dilapidé lorsqu’il a nommé Delyan Peevski à la tête de l’Agence d’Etat pour la sécurité nationale (Dans). Pour la majorité des Bulgares, ce magnat de la presse est l’incarnation de la corruption [il a démissionné].  Les manifestations pacifiques, qui ont coïncidé avec des protestations plus violentes au Brésil, en Turquie et en Egypte, ont été présentées comme un mouvement des “classes moyennes” par les médias internationaux, qui ne leur ont généralement accordé aucune importance. Cette qualification masque la réalité sur le terrain, où les gens peinent à joindre les deux bouts dans l’Etat membre le plus pauvre de l’Union européenne.

Dans le pays lui-même, partisans et adversaires des manifestations ont recours à la même définition du mouvement. Si l’émergence d’une forte classe moyenne grâce à la transition vers une démocratie libérale et une économie de marché a un jour été un rêve collectif, elle est utilisée aujourd’hui pour diviser le pays. Les intellectuels de droite parlent des contestataires comme de gens “intelligents”, “honnêtes”, même “beaux” et “souriants”. Cette “élite culturelle et professionnelle” autoproclamée se présente, elle, comme “européenne”, “non violente” et “ayant les moyens de payer ses factures et ses impôts”, à la différence des “barbares” qui ont manifesté en février. Pour la plupart des manifestants, des étudiants et des employés des services publics, toutes les manifestations sont étroitement liées. Ceux-ci ne formulent toutefois aucune revendication économique,  ni aucune critique contre les politiques de privatisation et d’austérité inspirées par le FMI et l’UE, qui ont entraîné un chômage massif et démantelé le système de protection sociale.

Le PSB et ses sympathisants dans les médias ont également recours au thème des “classes moyennes sofiotes” pour dresser la population contre les contestataires, qu’ils dépeignent comme les membres d’un réseau international et élitiste lié aux centres de pouvoir à Washington et à Bruxelles. Ils prétendent que ce sont des “sorosoïdes” soudoyés par le financier George Soros et l’Open Society Institute [Fondation pour une société ouverte], lesquels sont désignés comme les cerveaux à l’œuvre derrière les manifestations. Quant aux timides réformes d’Oresharski, elles sont présentées comme un acte de résistance contre une conspiration mondiale au détriment des gens ordinaires.

Ce qui empêche les manifestants de formuler une politique d’émancipation sociale, c’est l’hégémonie néolibérale des dernières décennies, qui a asséché la pensée politique collective. Les manifestants se disent ouvertement “anticommunistes” et ils dénoncent le “communisme” du PSB comme complice de la politique d’austérité et des accords de privatisation opaques. Or parler d’“anticommunisme” fait avorter tout débat réel sur l’économie et les alternatives sociales. Dans le même temps, les récentes mesures législatives compliquent de plus en plus l’émergence de nouveaux acteurs politiques, maintenant ainsi la Bulgarie sous la tutelle de l’oligarchie et des potentats locaux. En conséquence, la crise économique et politique croissante et la précarité de la majorité de la population sont livrées à l’extrême droite raciste, dont le pouvoir s’étend lentement dans l’isoloir.  Mariya Ivancheva Publié le 26 juillet The Guardian 9 août 2013

Note :* Chercheuse en sociologie à l’université d’Europe centrale de Budapest

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08 août 2013 ~ 0 Commentaire

2011/2013 : vers une mondialisation de la « rébellion » ? (1)

2011/2013 : vers une mondialisation de la « rébellion » ? (1) dans Austérité A-Phony-Class-War_wide

Avec l’immolation du jeune vendeur tunisien de fruits et légumes, Mohamed Bouazizi, le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid s’est ouverte une période de révoltes massives dans différentes régions du monde.
D’abord l’ensemble du monde arabe, contre des régimes dictatoriaux captant les richesses au profit des clans, et où la vague révolutionnaire est loin d’être finie. Au Brésil et en Turquie, dans des pays qui ont connu ces dernières décennies des transformations vertigineuses. En Afrique du Sud, dans le secteur minier et parmi les agents publics face à une sanglante répression patronale et gouvernementale. En Europe de l’Ouest, contre les politiques d’austérité et la loi inique de la troïka, avec la levée des IndignéEs espagnolEs, des manifestations massives, des journées de grève générale et d’occupations radicales d’entreprises en Grèce ou au Portugal. Nouvellement intégrés à l’Union européenne, les pays d’Europe centrale ont connu de puissantes mobilisations contre des gouvernements corrompus et austéritaires. L’écho de l’indignation s’est même fait entendre auprès du monde du travail et de la jeunesse d’Israël.
L’Inde a connu une grève générale qui a mobilisé des centaines de millions de salariéEs, et la Chine, des grèves répétées dans les entreprises industrielles tandis que les campagnes sont parcourues d’explosions contre l’accaparement des terres. En Amérique du Nord, le mouvement Occupy Wall Street, les grèves radicales des agents publics dans le Wisconsin et le profond mouvement étudiant québé- cois ont secoué le continent ces deux dernières années… Il n’y a pas une identité unique de tous ces mouvements, les formes et les degrés en sont divers. Mais ils sont l’expression sur le terrain social et politique des bouleversements engendrés par la mondialisation financière et l’é-  puisement d’un système qui se traduit dans une crise économique globale. Dans ce dossier d’été, nous allons modestement essayer de montrer, au-delà de la diversité des conditions et des rythmes, l’émergence d’un nouveau mouvement de contestation social et politique, d’une nouvelle radicalité.
Mondialisation, crises et révoltes Nous vivons une ère de révoltes massives, aux formes et aux degrés divers. Ces révoltes renvoient à deux composantes de la situation économique mondiale : la poursuite de la mondialisation capitaliste et la crise du système.
La globalisation capitaliste ébranle sociétés et liens traditionnels. C’est aujourd’hui que s’accomplissent pleinement les intuitions prophétiques de Marx dans le Manifeste : tous les liens traditionnels sont brisés « pour ne laisser subsister d’autre lien, entre l’homme et l’hom- me, que le froid intérêt, les dures exigences du « paiement au comptant » (…) les eaux glacées du calcul égoïste. Elle [la bourgeoisie] a fait de la dignité personnelle une simple valeur d’échange ; elle a substitué aux nombreuses libertés, si chèrement conquises, l’unique et impitoyable liberté du commerce. En un mot, à la place de l’exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, éhontée, directe, brutale ».

Mardi 6 août 2013Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 206 (01/08/13)

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08 août 2013 ~ 0 Commentaire

Approfondissement des inégalités (2)

Approfondissement des inégalités (2) dans Austérité classwarfare
Dans les pays développés, la remise en cause des garanties collectives tend à ramener le rapport salarié-patron à un rapport individuel tandis que les emplois sont ajustés à tous les aléas de l’entreprise, même si celle-ci fait des bénéfices.

En Chine, la couche des salariés qui bénéficiaient du « bol de fer » (garantie de l’emploi et de droits sociaux) a quasiment disparu. Dans un certain nombre de pays du tiers monde, les acquis limités sont passés à la moulinette des prescriptions du FMI et de la Banque mondiale. Le chômage de masse permet de peser sur les revendications de ceux qui ont un emploi, et les jeunes en sont particulièrement victimes. La tendance à faire de la santé et de l’éducation des marchandises est prégnante. Les études de l’OCDE (organisme qui réunit les principaux pays capitalistes) montrent que les inégalités progressent dans les pays qui en sont membres depuis les années 80. Avant la crise, le revenu moyen des 10 % les plus riches représentait environ neuf fois celui des 10 % les plus pauvres. Cet écart était de 8 dans les années 90, et de 7 dans les années 80. Lors des trois premières années de la crise, entre 2007 et 2010, cet écart est passé de 9 à 9, 5…
On constate un enrichissement encore plus grand de ceux qui se situent au sommet : aux États-Unis par exemple, la part des revenus des ménages des 1 % les plus riches a plus que doublé, passant de près de 8 % en 1979 à 18 % en 2007. Aux États-Unis et ailleurs, il est de plus en plus clair que les dirigeants n’agissent que dans l’intérêt de ces « 1 % », pour reprendre la formule d’Occupy Wall Street. D’autant qu’éclatent un peu partout des affaires mettant en cause les liaisons incestueuses des hommes de pouvoir et du capital.

Aggravation de la crise La crise du système montre que « le roi est nu ». Depuis les années 80, les politiques économiques sont structurées autour la formule du chancelier social-démocrate allemand Helmut Schmidt : « Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain ». Les profits, les capitalistes les ont engrangés des années 80 au début des années 2000. Mais ils se sont traduits par un développement exacerbé du capital fictif et de la finance, tandis que le chômage de masse devenait une donnée permanente. Cela a débouché sur la crise actuelle, initiée aux États-Unis en 2007-2008, la plus profonde depuis les années 30. Elle prend des formes différentes selon les continents avec, pour l’instant, une gravité particulière en Europe.
Malgré leurs divergences, les gouvernements de droite et de gauche sont d’accord sur des politiques visant à faire payer la crise aux dominés. Ils ont aussi appris à gérer les crises, tout au moins à éviter ou retarder les dynamiques d’effondrement du type de celle de 1929. En 2008 et depuis, ils ont ainsi ouvert largement les vannes monétaires pour soutenir les banques. Le gouvernement chinois a mis en œuvre, pour sa part, des plans massifs pour éviter un trop fort ralentissement de la croissance. Ces gouvernements ont aussi refusé les replis protectionnistes et accentué les négociations internationales pour élargir encore la liberté de mouvement des capitaux et des marchandises (comme en témoigne le début des négociations sur l’accord de libre-échange entre l’Europe et les États-Unis).

La vieille taupe continue de creuser… Mais, telle la vieille taupe dont parlait Marx à propos de la révolution, la crise continue de creuser ses galeries souterraines fragilisant le sol sur lequel dansent les capitalistes. Ainsi, autrefois épicentre de l’industrie automobile américaine, la mise en faillite de la ville de Detroit pourrait ne pas être sans incidence pour certaines banques européennes. Selon le Wall Street Journal, ces banques détiendraient pas moins d’un milliard de dollars en certificats de participation, des actifs qui pourraient perdre toute valeur…
Les puissants s’acharnent à rendre ce monde à la fois incompréhensibles aux dominés et à le présenter comme inévitable. Il n’est en effet pas simple de mettre en correspondance les différentes facettes de la réalité, que l’on songe par exemple à l’écart grandissant entre terrain et lieux de prise de décision auxquelles sont souvent confrontés les salariés des entreprises qui licencient. Il n’y a pas besoin de militants anticapitalistes pour que des révoltes se développent. Parfois même, ceux-ci apparaissent marginaux par rapport à des mouvements qui les rejettent dans leur détestation globale des « politiques ». Mais la trajectoire future de ces mouvements dépendent aussi de l’existence de forces organisées se fixant explicitement et résolument l’objectif de « révolutionner la société » et aptes à penser cet objectif dans le cadre du monde transformé qui est le notre. Henri Wilno 

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08 août 2013 ~ 0 Commentaire

Le vent de la révolte atteint les USA (4)

Le vent de la révolte atteint les USA (4) dans Austérité wisconsin3.banner Sénat local occupé!

Le 17 septembre 2011, environ un millier de personnes manifestent dans le parc Zuccotti près de Wall Street, à New York et érigent des installations de fortune, « occupant » l’endroit.

Au cours des semaines suivantes, plusieurs centaines de manifestants vivent et dorment dans le parc. Le mouvement s’étend à 600 villes puis dans d’autres pays… La brutalité de la police contribua à étendre le mouvement et à lui attirer une très large sympathie. Des militants syndicalistes participèrent aux manifestations ainsi que des travailleurs du rang, et cela dans tout le pays, même s’il ne s’agit que d’une petite minorité. Phénomène minoritaire mais d’une grande importance dans un contexte où la classe ouvrière n’est pas active politiquement. Les manifestants affirmaient les liens de leur mouvement avec ceux de Grèce, d’Espagne ou d’Égypte, mouvement qui prit tout de suite une dimension internationale.
Zuccotti Park se trouve à deux pas de Ground Zero où venait d’être commémoré le dixième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001. Cette proximité soulignait le sens du mouvement, la rupture avec un décennie marquée par la « guerre contre la terreur », débauche de patriotisme alors que les folies spéculatives des banques préparaient la crise financière de 2008.

Une critique radicale au cœur du système Occupy Wall Street était une réponse au Tea Party, reprenant à son compte les idéaux trahis de la révolution américaine et les références à la Constitution, une contestation aux accents libertaires combinés dans un refus unificateur de la dictature des 1 % contre les 99 %. La contestation a convergé dans la dénonciation de cette prétendue démocratie qui laisse les mains libres à une minorité qui s’accapare les richesses produites par la majorité, qui renfloue les banques mais ne fait rien pour venir en aide aux Amé- ricains surendettés. Victoire politique indiscutable du mouvement, celui-ci a rompu le silence sur les inégalités, sur la scandaleuse accu- mulation de richesses entre les mains d’une minorité, pour exiger la démocratie, le droit pour le plus grand nombre de contrôler et de décider.
Le mouvement avait été précédé durant l’hiver 2011, juste après qu’eut explosé la révolution égyptienne, par la « Bataille du Wisconsin ». Celle-ci fut provoquée par l’offensive anti-ouvrière et anti-syndicale du gouverneur Walker après que les Républicains eu- rent gagné la majorité, en jouant sur la colère et la déception suscitées par l’absence de changement depuis l’élection d’Obama. Travailleurs, enseignants, lycéens se sont mobilisés, mis en grève, et des appels à « taxer les riches ! » se sont fait entendre. La place du capitole de Mil- waukee a été occupée à l’instar de la place Tahrir, un mouvement parti de la base qui a bousculé les bureaucraties syndicales et démocrates, un renouveau d’actions, d’initiatives, de conscience militante. Si la lutte n’a pu imposer le départ de Walker, elle a participé d’un renouveau de l’activité politique des travailleurs comme il y a huit mois la grève victorieuse des enseignants de Chicago, ainsi que les manifestations qui ont suivi à travers tout le pays le scandaleux acquittement de l’assassin du jeune noir Trayvon Martin.
Autant de pas dans le sens d’une rupture avec l’influence des Démocrates sur les Noirs, les travailleurs, une rupture nécessaire pour que les germes de la contestation politique semés par Occupy Wall Street puissent féconder un mouvement politique indépendant représentant les intérêts politiques des 99 %. Yvan Lemaitre http://npa2009.org/node/38413

 

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08 août 2013 ~ 0 Commentaire

Europe : « nouvelle vague » de résistances (5)

Europe : « nouvelle vague » de résistances (5) dans Austérité 718879_manifestation-contre-les-banques-le-12-mars-2012-a-madrid

L’Union européenne demeure aujourd’hui encore le premier bloc économique mondial, devant les USA, le Japon et la Chine.

Mais il s’agit d’un continent en crise à tous les niveaux : la dynamique capitaliste la plus essoufflée et la plus hétérogène, des acquis sociaux pilonnés, des forces politiques dominantes bousculées, et des perspectives d’avenir très sombres aux yeux de populations partagées entre la rage et la sidération.

Depuis l’explosion de la bulle de la finance et du crédit en 2008-2009, les classes dominantes ont basculé dans une logi- que de guerre sociale à outrance.

Pour empêcher l’effondrement du système à court terme, les gouvernements européens ont pris en charge la dette bancaire. Depuis, ils s’appuient sur la mise en exergue de la crise pour imposer deux idéaux/dogmes pourtant mortifères : la « recherche de compétitivité » exacerbée et la réduction rapide de la dette publique des États. Dans les faits, ils amplifient la récession économique, le saccage social et écologique, et tendent à jeter les peuples les uns contre les autres. Ainsi, sous l’égide de la troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne et FMI) mandatée pour la réduction des dettes publiques, on a vu depuis trois ans en Grèce, en Irlande, au Portugal ou en Espagne, une destruction sociale sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.

Licenciements massifs et baisse de 10 à 40 % des salaires des fonctionnaires et des pensions de retraite ; montée rapide du chômage au-delà de 20 % ; liquidation de services sociaux et sanitaires essentiels ; privatisations sauvages de pans entiers du secteur public… Mais les économies étant étouffées par la récession, les dettes publiques continuent de monter, et dans tous les autres pays, membres de l’Euro ou pas, les plans gouvernementaux ont monté de plusieurs crans dans l’austérité.

Renouveau des mouvements de masse Face à un tel saccage social, les réactions d’un mouvement syndical traditionnel et routinier ont été largement insuffisantes. Des mouvements de désespoir sont apparus dans les populations sous pression, marqués par des suicides comme en Grèce, en Bulgarie et même en France. Une extrême droite nationaliste et raciste, protéiforme mais partout péril mortel, surfe sur la crise.
Mais à partir de l’exemple des insurrections en Tunisie et en Égypte début 2011, une nouvelle phase d’explosions sociales s’est ouverte. Les grandes vagues d’occupation de la place Syntagma à Athènes, le mouvement des Indignés ou « 15-M » dans l’État espa- gnol, son équivalent au Portugal, ou les masses qui continuent d’assiéger le parlement en Bulgarie, ont inauguré un nouveau type de mouve- ments de masse, qui s’est redéployé ailleurs dans le monde. Il s’agit de mouvements de citoyens exaspérés par la précarisation sociale, écœu- rés de la vie politique classique, de ses mensonges et de sa corruption, qui demandent ouvertement des comptes au système capitaliste et exigent la démocratie. Ils s’organisent par en bas, à partir de l’occupation permanente et la plus massive possible de la place publique trans- formée en Agora démocratique, et ont permis la mobilisation de millions de citoyens.

De la radicalité sociale au pouvoir politique Ces mouvements sont pour l’instant rarement parvenus à la chute immédiate de gouver-nements arque-boutés à leur pouvoir, et marqués par la complicité de fond entre les partis de droite et la social-démocratie européenne. Mais ils ont permis à de larges masses de reprendre confiance dans le collectif, fait émerger de nouvelles générations et ont pu ensuite struc- turer d’autres mouvements, pour le logement et contre les expulsions dans l’État espagnol, pour la santé en Grèce, etc. Une des faiblesses est que jusqu’à présent ces mouvements ne parviennent pas à se structurer sur les lieux de travail. Or, il s’agit bien des lieux décisifs où se joue la marche ou le blocage du système dominant !
Le deuxième enjeu pour que de tels mouvements débouchent sur une alternative progressiste à la crise, c’est le passage de la grande radicalité des revendications, à leur articulation, pour postuler à remplacer l’oligarchie capitaliste au pouvoir, par le pouvoir démocratique des masses exploitées mobilisées. Ces réflexions pourtant urgentes n’en sont aujourd’hui qu’à leurs balbutiements là où les explosions sociales sont en cours, en Grèce, dans les Balkans ou dans la péninsule ibérique. Dans l’épine dorsale d’une Union européenne discréditée (Allemagne, France, Benelux, Italie, Grande-Bretagne…), ces réflexions devront aussi s’appuyer sur les nouveaux mouvements sociaux, pour relancer la solidarité internationale des peuples et battre un ennemi commun partout à l’offensive.
Jacques Babel http://npa2009.org/node/38413

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05 août 2013 ~ 0 Commentaire

L’Union (européenne) fait l’unanimité (Acrimed)

L’Union (européenne) fait l’unanimité (Acrimed) dans Austérité euro_businessmen

S’il est un sujet qui ne fait pas ou peu débat dans les médias, c’est bien celui du rôle et des transformations des institutions européennes. Qu’il s’agisse de la presse, de la radio ou de la télévision, l’Europe est avant tout l’objet des « experts » ou des éditorialistes, seuls à même de comprendre les arcanes de Bruxelles. Parmi eux, le consensus est entendu : il faut « plus d’Europe », peu importe de quoi il retourne. Dès lors, toute critique ou proposition alternative en matière d’intégration européenne est exclue. La campagne référendaire de 2005 autour du traité constitutionnel européen avait mis en évidence cet unanimisme médiatique [1]. Huit ans plus tard, rien n’a changé : alors même que Bruxelles, avec le consentement des États membres, impose des coupes de plus en plus drastiques dans les budgets publics, une surenchère de rigueur critiquée jusqu’au sein du FMI, les mêmes experts applaudissent inconditionnellement : « plus d’Europe » obli- ge… Intéressons-nous ici à deux cas d’école : celui du Monde et de Libération.

Depuis la crise grecque, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy n’ont eu de cesse de le rappeler : pour « sauver l’euro », il faut se don- ner les moyens d’une politique de rigueur concertée. À cet effet, ils en appellent à plus d’« intégration budgétaire » et ont conçu un traité, le pacte budgétaire, qui vise à instaurer un dispositif de contrôle et sanction des budgets nationaux par les institutions européennes. Sans se prononcer sur le bienfondé ou non de l’intégration européenne, on peut tout de même noter que la démarche des dirigeants européens est loin de faire l’unanimité parmi les économistes, dont certains critiquent les conséquences néfastes de l’austérité (récession, chômage…), l’absence de réponse vis-à-vis de lacunes structurelles de la zone euro (déséquilibres commerciaux), et formulent des propositions alternatives au plan européen. Or, pour les « spécialistes » du Monde et de Libération, ce débat n’a semble-t-il pas lieu d’être. Qu’il s’agisse de « sauver l’euro », d’ap-  profondir la rigueur ou tout simplement au nom de la nécessité impérieuse de l’intégration européenne – quel que soit son contenu – ils s’ac- cordent pour emboîter le pas aux projets des dirigeants européens.

La croisade du Monde À commencer par les éditorialistes du Monde. Le quotidien s’est engagé depuis fin 2011 dans une véritable cam- pagne pour l’Europe de la rigueur budgétaire [2]. Applaudissant les conclusions du sommet européen du 9 décembre 2011, et l’accord sur le Pacte budgétaire, l’éditorial est sans nuance : « Il s’agissait, une fois de plus, de sauver l’euro. » Et de marteler que « le sommet de Bruxelles a tracé les grandes lignes d’une meilleure gouvernance budgétaire de la zone euro. C’est bien. Ce n’est pas suffisant » (éditorial du 10 décembre 2011). Lorsque François Hollande finit par adopter tel quel le traité, Le Monde jubile : « Le sauvetage de l’euro est en bonne voie » assure le journal (1er octobre), qui s’enthousiasme pour « la lente transformation de la zone euro en véritable union monétaire. Évolution nécessaire et positive. (…) Il n’y a pas d’union monétaire sans union budgétaire, bancaire et sans solidarité financière  » (10 octobre). Et même si cela présage, comme le notent certains économistes, d’un durcissement des politiques d’austérité : l’Europe le vaut bien.

Le quotidien ne se borne pas à faire la promotion de l’Europe voulue par les dirigeants européens. Il en défend le projet bec et ongles. En témoigne l’attaque frontale contre les Verts, qui ont eu l’outrecuidance d’appeler à s’opposer au traité budgétaire : « Les écologistes demandent à être traités en partenaire de coalition, ils se comportent en groupuscule irresponsable. (…) Les Verts formulent des exigences comme s’ils étaient une force de progrès soutenue par 10 % des électeurs. » Et Le Monde d’exiger le renvoi des ministres écologistes : « Au nom de la cohérence de son action et du respect des électeurs, c’est à François Hollande d’en tirer les conséquences : il doit mettre fin aux fonctions des deux ministres d’EELV, Cécile Duflot et Pascal Canfin. Ils reviendront si leur formation se transforme en parti de gouvernement. Un jour, peut-être. » (24 septembre). Quelques mois auparavant, alors que les sondages indiquaient qu’ils pourraient élire une formation poli- tique opposée aux plans de rigueur, ce sont les Grecs qu’un Erik Israelewicz révolté menaçait de renvoyer : «Il n’est pas admissible qu’un petit pays, par son refus des règles du jeu, puisse continuer à mettre en danger l’ensemble du continent. […] Aux Grecs de choisir. En espérant qu’ils feront le bon choix. Sinon, l’Europe devra en tirer les conséquences. Sans état d’âme » (22 mai).

Quant à Arnaud Leparmentier, il se charge de recadrer les socialistes français, qui avaient commis l’imprudence de se moquer des dirigeants européens en les comparant à des « Diafoirus européens » , qui, tel ce médecin de Molière, préconisent des saignées au risque de tuer leur patient. « On brocardait ces Diafoirus », s’indigne l’éditorialiste du Monde, « mais avaient-ils tellement tort ? » Certes, lorsqu’ils sévissent, ex- plique-t-il, « la purge s’accompagne d’une envolée du chômage et d’une épouvantable récession. C’est dur, très dur » ; mais « il convient de continuer, assurent les médecins ». Et pour se convaincre des « succès des médecins de Molière  », il s’en remet tour à tour aux visions de Christine Lagarde (FMI), Jean-Claude Juncker (Eurogroupe), Wolfgang Schaüble (ministre des Finances allemand), Mario Draghi, Mario Monti. Et rend son propre diagnostic sur l’état du «  patient français » : « ses maladies ne sont pas imaginaires […] elle doit à son tour accepter la purge de Molière » (19 septembre). Parole de Diafoirus ?

En fait c’est bien simple : le gouvernement français doit prendre exemple sur le gouvernement allemand, seul juge avec les marchés financiers de la pertinence des politiques économiques. Leparmentier s’improvise leur porte-voix : « ils attendent de vraies réfor- mes » car « l’homme malade de l’Europe, c’est la France » explique-t-il dans un article intitulé « Les bons conseils de Schröder à Hollande » (1er novembre).

Les combats de Libération Si les éditorialistes du Monde ne reculent devant rien pour défendre l’Europe des dirigeants européens, Libé- ration n’est pas en reste. Pour le quotidien auto-proclamé « de gauche », l’impérieuse nécessité du « plus d’Europe » prévaut sur toute posture critique. Celle-ci relèverait nécessairement « de la démagogie anti-bruxelloise qui a toujours caractérisé la vie politique française, avec un plus ou moins grand raffinement selon les partis » selon les mots de Nicolas Demorand (Libération, 30 novembre 2011). Aussi, le Pacte bud- gétaire négocié par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel est-il aussitôt acclamé (le 6 décembre 2011) : « L’accord arraché hier soir entre Paris et Berlin contient quelques bonnes nouvelles. » Parmi lesquelles on trouve le fait que « la France a accepté davantage d’intégration budgé- taire », ou encore que la France a « fait entendre à l’Allemagne que l’usage mécanique de la sanction ne pouvait tenir lieu de politique ». À n’en pas douter, l’Europe est sur la bonne voie…

Peu importe les questions de fond ; dans l’immédiat, l’important, c’est « plus d’Europe ». Pour le directeur de Libération, « sont dérisoires, à ce stade, les querelles théologiques qui secouent le couple franco-allemand sur le rôle dévolu à la BCE [Banque centrale euro- péenne] et aux formes de vertu à développer, à l’avenir, pour éviter que de nouvelles crises se déploient alors que personne n’a la moindre idée pour arrêter celle qui dévaste maintenant l’économie ». Ces querelles sont-elles si dérisoires, puisqu’il s’agit de choix qui vont détermi- ner les termes de l’intégration budgétaire ? Difficile de réunir les conditions du débat lorsque toute discussion de fond des décisions des diri- geants européens serait « dérisoire » – quand elle ne relèverait pas de la pure et simple « démagogie anti-bruxelloise »… Mais si Nicolas Demo- rand n’a pas « la moindre idée » pour stopper cette crise, serait-ce parce qu’il se contente des livres de Daniel Cohen (conseiller de la Banque Lazard et invité permanent des matinales de France Inter lorsque Demorand en était l’animateur)… ou des professions de foi de Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles ?

Le monde selon Quatremer Dans le petit monde des spécialistes de l’Europe, Jean Quatremer est un cas à part. Correspondant de Libé- ration à Bruxelles depuis les années 90, Quatremer a tout du spécialiste embedded, plongé jusqu’au cou dans le microcosme bruxellois,  com- me ces journalistes qui informaient sur la guerre en Irak en étant intégrés dans l’armée américaine. Au-delà de son rôle de correspondant, il est aussi un prescripteur d’opinion influent, et un apôtre fervent de la foi européenne. Pour lui, le sens de l’histoire ne fait pas de doute et « l’Europe imparfaite d’aujourd’hui est le fruit des résistances nationales qui ne capitulent que dans la crise et la douleur » (blog « Les coulisses de Bruxelles », 30 septembre 2012). Et ceux qui ne souscrivent pas à cette dialectique implacable risquent fort de se voir cataloguer comme nationalistes ou europhobes. En fait, le monde selon Jean Quatremer semble se diviser en deux catégories : d’un côté les « européens convaincus », de l’autre les nationalistes rétrogrades.

Au-delà de ses opinions personnelles sur l’intégration européenne, Jean Quatremer partage dans ses articles avec les éditorialistes du Monde une certaine sympathie pour l’Allemagne, n’est-elle pas, actuellement, le moteur de l’Europe ?,  sympathie qui n’a d’égal que la condescen- dance qu’il affiche vis-à-vis des « mauvais élèves » de l’Union européenne… dont la France. Dans un article paru le 11 novembre 2012 dans Libération, Quatremer se fait le porte-voix des « mots durs de Berlin sur les maux français » : « Il faut profondément réformer le marché du travail et couper dans des dépenses publiques que la France n’a plus les moyens de s’offrir ». C’est que, Outre-Rhin, on « s’inquiète », on « s’affole » voire on « panique » : « Le problème le plus sérieux de la zone euro en ce moment n’est plus la Grèce, l’Espagne ou l’Italie, mais la France », rapporte Quatremer citant un « sage » allemand. Motif ? « La France a décidé d’augmenter la pression fiscale, au risque de dégra- der davantage la compétitivité de ses entreprises ».

Que penser d’un article où les citations n’illustrent qu’un point de vue, en l’occurrence la critique d’un gouvernement français présenté comme laxiste et dépensier ? Article factuel, ou article d’opinion ? On trouvera des éléments de réponse à cette ques- tion dans un article publié dans Libération le 23 novembre, où Quatremer dénonce, cette fois-ci à titre personnel, « l’extravagante prodigalité de l’État » : « La France va mal, rares sont ceux qui le contestent. Pourtant, elle refuse encore d’admettre qu’elle n’a tout simplement plus les moyens de financer un système social aussi généreux. » Et de s’interroger : « Pourquoi la France compte-t-elle quasiment deux fois plus d’agents publics par habitant que l’Allemagne ? »

Quatremer et la Grèce D’opinions, Quatremer n’en manque pas sur un de ses punching ball favoris : la Grèce. En témoignent là encore un papier publié sur son blog, dont le titre, court, en dit long : « Grèce : stupidité ». Écœuré par les manifestations organisées à l’occasion de la venue de la chancelière Merkel à Athènes, il explique brillamment que la « société grecque » ne doit ses malheurs qu’à elle-même : « Personne n’a imposé aux Grecs l’un des États les plus corrompus de la planète. Personne ne les a forcés à des dépenses militaires délirantes, à exonérer d’impôts clergé et armateurs, à laisser la majorité de la population frauder le fisc, à mentir pour se qualifier pour l’euro, à s’endetter jusqu’à plus soif, à laisser dériver les salaires, à ne pas profiter des bas taux d’intérêt de leur dette pour investir dans leur économie, etc., etc. » Le peuple et les politiciens grecs sont ainsi mis indistinctement dans le même sac ; certes, les « Européens » ont fermé les yeux sur ces dérives, mais ils font désormais preuve d’une « solidarité » irréprochable (à grands coups de rigueur). Certes « les marchés ont brûlé ce qu’ils ont aimé », « mais les marchés sont comme ça ». La conclusion est donc sans appel : « les Grecs doivent payer l’addition » !

Les Grecs, atrophiés mentaux Pour Quatremer, les Grecs doivent être coupables, puisque par définition les institutions européennes sont irréprochables. À longueur d’articles, il s’efforce ainsi de montrer que « la crise grecque est culturelle », n’hésitant pas à publier des entretiens « passionnants » avec des intellectuels grecs aux propos parfois effarants, comme ceux de Stelios Ramos, publiés le 14 juin 2012 sur le blog de Quatremer, selon lesquels la « structure mentale » de ses concitoyens est « atrophiée » :

« Les Grecs ne sont pas du tout rationnels. Ils ne raisonnent pas comme les Européens de l’Ouest. Nous n’avons pas connu la Renaissance. Notre histoire n’a pas forgé les consciences individuelles. Notre structure mentale est restée d’une certaine manière atrophiée, focalisée sur les problèmes du moment. »

Des propos dénués de tout racisme, puisque formulés par un Grec (non atrophié), et qui font étrangement écho au chapeau d’un entretien paru dans le supplément week-end de Libération daté du 29 octobre 2011, où Quatremer écrivait : « La Grèce moderne […] n’a plus grand-chose en commun avec la Grèce antique : quatre siècles d’occupation ottomane sont passés par là. » La France moderne, épargnée par les Ottomans, a Jean Quatremer.

« L’Europe est la dernière idéologie licite » explique Bernd Ulrich dans Die Zeit du 22 octobre 2012. Il brocarde ces « europhoriques » qui veulent « le plus d’Europe possible le plus vite possible » et « font de l’Union européenne une vision du monde et la détournent en idéologie  ». Il évoque Karl Popper, pour qui l’idéologie commence à partir du moment où toute alternative est écartée. Or que nous disent les « europhoriques », selon lui ? « Pour pallier les faiblesses de l’UE, une seule solution, (beaucoup) plus d’UE ». Ces « europho- riques » évoquent irrésistiblement un certain nombre des « spécialistes » de l’Europe qui sévissent dans les médias. Dont ceux de Libération ou du Monde, lorsqu’ils nous expliquent que « plus d’Europe » s’impose comme un impératif catégorique, par principe, et qu’importe le con- tenu. Éditorialistes, ou idéologues ? En tout cas relais efficaces d’une idéologie en surface pavée de bonnes intentions (contre les égoïsmes nationaux, contre la guerre, la corruption, etc.) mais qui, dans le détail, reprend avantageusement les grandes lignes d’une idéologie qui a désormais moins « bonne presse » : celle du libéralisme décomplexé. par Frédéric Lemaire, le 5 août 2013

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