Archive | Austérité

18 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Espagne, la pauvreté devient chronique (al’e.ch)

extrema

En dépit de la prospérité qu’annonçaient les politiciens de toutes couleurs, 3 millions d’Espagnols vivent aujourd’hui avec moins de 307 euros par mois.

Les ONG avertissent que «l’amélioration économique» ne garantit pas la sortie de l’exclusion sociale.

Le 22 mars 2014, les «Marches pour la dignité» arriveront à Madrid depuis différentes régions de l’Etat espagnol. Elles traduisent une volonté: le refus d’une acceptation passive de la part de nombreux citoyens et citoyennes, cela au moment où la politique du PP (Parti populaire de Rajoy) accentue la paupérisation, attaque ce qui reste des droits sociaux et du travail, coupe dans la santé et l’éducation, privatise et injecte des sommes énormes dans les banques.

Les objectifs de la Marche sont élémentaires, mais essentiels (voir le Manifeste publié sur ce site en date du 11 mars 2014). Ils visent à riposter à une situation de désespoir. Ils s’ar- ticulent de la sorte: contre le paiement de la dette; pour un emploi digne pour tous et toutes; pour des services publics et contre les coupes budgétaires dans ces secteurs; pour un toit pour tous et toutes; contre les atteintes aux droits démocratiques; contre un gouvernement et des gouver- nements (des régions) ainsi qu’un régime qui ne défendent que les intérêts d’une minorité.

Toutefois, un constat, peut-être pas si étonnant, doit être fait: alors qu’une telle mobili- sation aurait exigé une convergence de toutes les forces, l’absence des deux grands syndicats – l’UGT et les Commissions ouvrières (CC OO) – est, une fois de plus, à enregistrer. Le 22 mars, un premier bilan de ces marches pourra être établi. Vont-elles s’inscrire dans une dynamique d’unité d’action nécessaire? L’article ci-dessous établit un constat de la paupérisation et indique des voies propres à ces ONG actives «sur ce terrain». (Rédaction A l’Encontre)

Dans l’Espagne qui, selon Zapatero [président du gouvernement espagnol entre 2004 et 2011], arriverait à dépasser en 2013 la France en termes de revenu par tête, il y a aujourd’hui trois millions de personnes qui vivent avec moins de 307 euros par mois.

Ce qui signifie qu’elles ne peuvent pas atteindre des standards de vie minimaux, en ce qui concerne la nourriture, les soins ou le logement. Caritas appelle cela «pauvreté sévère» et l’Observatoire de la réalité sociale signale dans son dernier rapport que le double de citoyens souffre de celle-ci par rapport à 2007. Dans l’Espagne où le logement était cher «parce que beaucoup d’Espagnols pou- vaient le payer», selon les termes de Francisco Alvarez Cascos, le ministre de l’Equipement d’alors, il y a des gens qui sont prêts à vendre leur foie pour survivre. La police a détenu récemment cinq personnes accusées d’offrir jusqu’à 40 000 euros à des immigrants sans ressources pour qu’ils se soumettent à une opération du foie. Tous acceptèrent et subirent des analyses préalables afin d’en évaluer la qualité.

Le pays apparemment prospère est maintenant derrière nous. Les personnes pauvres représentent déjà 6,4% de la population du pays, selon la dernière enquête sur les conditions de vie réalisé par l’Institut national de la statistique (INE). Bien que les données furent publiées en 2013, il faut tenir compte du fait qu’elles furent recueillies en 2012 et, donc, les réponses font référence aux conditions de vie de l’année précédente, c’est-à-dire 2011. Cette enquête révèle que le taux de pauvreté a doublé au cours des derniers six ans et cela en dépit du fait que le seuil de pauvreté est passé de 15’900 euros de revenu annuel par ménage (soit deux adultes et deux enfants) en 2009 à 14’700 en 2012.

Au nombre des causes à l’origine de ce scénario, le chômage occupe la place la plus importante. De fait, on dénombre aujourd’hui 650 000 ménages dans lesquels aucun membre de la famille ne reçoit un quelconque revenu. «La perte de salaires qui assurent la vie une famille est l’une des principales attaques dont souffrent les Espagnols, dans la mesure où les données sur le chômage sont des indicateurs clairs de la pauvreté au cours de ces années» indique la coordinatrice technique de l’EAPN (European Anti Poverty Network) de Madrid, Gabriela Jorquera. La perte de pouvoir d’achat de la population – provoquée, selon Caritas, par une diminution des revenus moyens autour de 4% depuis 2007 et une augmentation des prix de près de 10% – ajoutée à une «réforme des lois du travail» et aux politiques d’austérité ainsi qu’aux attaques contre les droits fondamentaux brosse un scénario qui place 13’090’000 personnes (soit 28,2% de la population) en situation de risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, selon les données d’Eurostat.

Pourtant, le fait d’avoir un travail n’est pas pour autant une garantie d’échapper à la pauvreté. Caritas prétend qu’il y a 13% de travailleurs pauvres en Espagne. Selon la Croix Rouge, 8,9% des personnes avec un emploi en Union européenne (UE) se trouvent au seuil de la pauvreté. Les inégalités, cependant, ne cessent de croître: selon Caritas, le 20% de la population la plus riche concentre 7,5 fois plus de richesses que le 20% de la population la plus pauvre. «Ceci démontre que la solution ne consiste pas uniquement à créer de l’emploi, mais que celui-ci doit être intégrateur et lié au développement» indique le coordinateur d’études de Caritas, Francisco Lorenzo, qui avertit que «si nous pensons que la sortie de la crise consiste à retourner là où nous étions, nous nous préparons à une seconde crise.» Jorquera rejoint ce diagnostic et rappelle que même lors de temps meilleurs le taux de pauvreté a baissé en Espagne. «Lorsque nous sortirons de la crise, il y aura beaucoup de gens qui ne pourront pas retrouver la situation dans laquelle ils se trouvaient auparavant et l’emploi ne sera pas nécessairement la clé pour sortir de la pauvreté.» 

Un autre aspect préoccupant est la croissance de la pauvreté infantile qui affectait, en 2011, 26,7% de la population des moins de 16 ans et qui a augmenté de 3,1 points entre 2007 et 2011 selon le rapport de Caritas. En Catalogne, par exemple, le Defensor del Pueblo [sorte de «om- budsman»] – Síndic de Greuges – avertit du fait que 50’000 enfants risquent de souffrir de malnutrition – manque ou excès de certains nutriments– en raison de la crise. Cette institution signalait l’existence de 750 cas, mais le gouvernement catalan a diminué ce chiffre à 650. La Croix rouge catalane prend ses distances avec ce chiffre, mais rappelle qu’au sein de la communauté [autonome de Catalogne] il y a 200 000 familles dont aucun membre travaille et, donc, que le maximum qu’elle peut recevoir sont les 400 euros mensuels «d’aide sociale». «Avec cet argent, il est évident qu’une famille ne peut pas faire des achats normaux ce qui fait que les cantines scolaires deviennent le seul endroit dans lequel beaucoup d’enfants mangent de manière correcte, des produits de qualité et sous contrôle nutritionnel» explique Enric Morist, le coordinateur de la Croix rouge de Catalogne.

Le dernier rapport de l’ONG révèle que sept familles sur dix en situation de risque d’ex- clusion ne peuvent garantir une alimentation saine à ses enfants à la maison. En outre, 38% des familles consultées par la Croix-Rouge ne peuvent pas payer la cantine scolaire, 13% de plus qu’en 2011.

Mais l’alimentation n’est pas seulement un problème pour les plus petits: sept millions d’Espagnols (16% de la population) souffrent de malnutrition. C’est la conclusion à laquelle a abouti la première rencontre sur la faim et la malnutrition qui s’est déroulée récemment à Oviedo. Selon le directeur de l’Alliance nationale contre la faim et la malnutrition d’Espagne (ACHM-E), Benito Alaez, ces données «mettent en relief la relation entre la pauvreté et une alimentation inadéquate, plus qu’entre la pauvreté et la faim à proprement parlé». La ACHM-E indique que le pourcentage de personnes souffrant de la faim a augmenté légèrement au cours des derniers dix ans, mais ce qui s’est aggravé «sévèrement». C’est la malnutrition, qui, parmi les personnes à revenus faibles conduit à l’obésité.

Cette tendance à la malnutrition établit une relation avec le changement d’habitudes de con- sommation que la crise a provoqué parmi les citoyens. La qualité n’est déjà plus un critère décisif pour acheter tel ou tel produit. 62,7% des Espagnols choisissent ce qu’ils achètent en fonction du prix, alors qu’en 2007 ce pourcentage n’atteignait pas la moitié selon une étude réalisée par le Ministère de l’agriculture, de l’alimentation et de l’environnement et financé par l’Organisation des consommateurs et usagers (OCU). Pour trouver le meilleur prix, les Espagnols achètent des marques blanches – presque un euro sur trois de ce que dépensent les familles – et se rendent massivement vers les grandes surfaces. «Le 90% des produits qui ne sont pas frais se vendent dans les super- marchés, y compris les stations services, les hypermarchés et les hard discounters alors que les épiceries traditionnelles, bien qu’elles soient en crise, continuent d’être le principal canal de vente de produits frais, avec 38,3% des ventes.»

En outre, 73% des citoyens prennent également des mesures pour épargner sur les dépenses de gaz et d’électricité selon une étude de Nielson, une entreprise active dans le secteur de l’information sur les marchés et les consommateurs. 68% des Espagnols dépensent moins en loisir hors de la maison et 63% épargnent sur les nouveaux vêtements.

Face à ce scénario, Morist tire la sonnette d’alarme au sujet d’une «épidémie de la pauvreté» – particulièrement préoccupante parmi les personnes plus âgées de 45 ans, les jeunes, les enfants et les personnes âgées – et affirme que les organisations sociales ne voient pas «un retournement de tendance» à moyen terme parce qu’«à moins que la destruction des emplois ne s’apaise et que ne s’améliorent les données macroéconomiques, beaucoup de personnes – y compris celles qui ont un emploi – continueront à dépendre des aides.» Lorenzo se montre plus optimiste et considère que ce «moment difficile» provoqué par la crise s’accompagne d’un «moment d’opportunité» parce qu’il est devenu évident que le modèle économique antérieur ne fonctionne pas: «Nous avons besoin d’une nouvelle approche qui place les personnes au centre et appuie le développement; nous avons besoin de moyens concrets qui évitent de nouvelles crises.»

Caritas  ( Secours Catholique NDB)  propose «un système de garanties de revenus minimums» et des moyens de protection sociale «qui fonctionnent comme un filet, sans trous.» Jorquera, de la EAPN de Madrid, parie sur une amélioration des mécanismes d’inclusion. «Il faut renforcer le système des rentes minimales afin de faire en sorte qu’aucun bénéficiaire ne la reçoit pas et renforcer les systèmes de formation afin qu’ils soient effectifs pour les adultes, c’est-à-dire, d’une durée de plusieurs mois, mais accompagnés de revenus minimums» suggère Jorquera. La coordinatrice technique de l’EAPN de Madrid insiste sur la nécessité d’une «vision stratégique à moyen et à long terme» parce que les moyens à court terme «servent à épater la galerie» et «ne s’adaptent pas aux personnes qui nécessitent de l’aide.»

(Traduction A l’Encontre, article publié le 15 mars 2014 dans le quotidien Publico)

Publié par Alencontre le 18 – mars – 2014 Par Anna Flotats

Lire la suite

15 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Portugal, un travailleur qualifié sur cinq a quitté le pays (ci)

buffy-the-gentlemen

Si, comme le souligne le secrétaire d’Etat aux communautés portugaises, José Cesário, « la plupart des personnes qui quittent le pays se destinent à des emplois dans le bâtiment, l’hôtellerie et le ménage », le Portugal a tout de même perdu un cinquième de sa force de travail qualifiée.
*
Selon un article publié dans le Público, si les travailleurs qualifiés restent une minorité du flux migratoire, elle a tendance à grossir et certaines professions sont durement touchées. A titre d’exemple, un tiers des infirmiers récemment diplomés émigre chaque année. Citée par le même article, Sofia Laranjeira Santos, responsable de l’agence Adecco au Portugal, indique que les secteurs du bâtiment et des technologies sont ceux qui recrutent le plus des travailleurs portugais et que la Suisse est une des destinations principales.
*
Le Portugal est, après Malte, le pays européen avec le plus grand pourcentage d’émigrés, et c’est le pays de l’OCDE où l’augmentation de l’émigration est la plus importante. En 2013, 120 000 personnes auraient quitté le pays. Courrier international 14 mars 2014

Lire la suite

12 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Espagne, manifeste des marches pour la dignité du 22 mars (al’e)

dignidad1

Les Marches du 22 mars sur Madrid, «une réponse coordonnée»

Non au paiement de la dette, non aux coupes budgétaires; oui au travail et au logement dignes et aux droits sociaux garantis. Ces cinq points résument le manifeste et les revendications des Marches pour la dignité, une mobilisation coordonnée depuis différents points du pays et qui conflueront, le 22 mars 2014, en une grande manifestation à Madrid.

Différents membres de ces marches ont expliqué lors d’une rencontre à l’Ateneo de Madrid, le 26 février, leurs principales revendications. Ils/elles représentaient quelques-unes des luttes les plus importantes de ces dernières années, comme celles des travailleurs de la santé, du nettoyage, du métro et des transports publics ainsi que d’entreprises privées comme Coca-Cola [une usine d’embouteillage de la région de Madrid est menacée de fermeture] ou Panrico [1] qui se trouvent en plein conflit du travail.

Irene Montero, membre de la coordination madrilène, déclare: «Les responsables de la situation dans laquelle nous nous trouvons sont les instituts financiers et le gouvernement.» Les organisateurs espèrent que des milliers de personnes se rendent dans la capitale du pays pour donner la preuve d’une «réponse coordonnée» qui permettra de protéger les «droits sociaux de la majorité des travailleurs et travailleuses».  

Huit «colonnes» partiront du nord, nord-est, sud-est, sud, sud-ouest, nord-ouest, extérieur et international. La colonne du nord-est a été la première a se mettre en marche alors que le 25 février une marche de Catalogne a débuté et passe par Lleida, Alcañiz et Saragosse. Le départ des autres marches s’égrène entre le 1er et le 20 mars, certaines à pied, d’autres au moyen de divers transports, selon la distance à parcourir.

Fernando Miñana, de la colonne de Murcie, a souligné la nécessité de lutter contre une dette «impossible à payer», causée «en grande partie par le sauvetage des banques  ainsi que par les magouilles des grands projets urbains et d’infrastructures». Miñana, dont la marche est partie le 9 mars, a revendiqué un audit qui permette d’identifier à «quelle minorité bénéficie ce pillage».

«La dignité est la dernière des barricades»

Lorsque les marches arriveront finalement à Madrid, aura lieu une manifestation unitaire qui partira d’Atocha [où se situe la plus grande gare de Madrid] à 17h et, pour la suite du week-end, des assemblées et activités sont organisées. «Nous savons quand nous arrivons mais nous ne savons pas quand nous partirons», ont insisté les activistes, entourés, entre autres, de travailleurs de la santé, du nettoyage, du métro, de Coca-Cola et de Panrico.

Selon le représentant de la marche du sud-ouest, qui partira de Mérida, Alvaro Rodríguez, l’objectif, vise avant tout «à rassembler tous les “oui, on peut!”. L’Estrémadure a déjà réalisé sept marches, il est temps de les conduire toutes à Madrid et de lutter pour des objectifs communs.» Ce dernier ajoute: «La dignité est la dernière des barricades.»        

Une proposition en provenance des mouvements sociaux

L’idée des marches de la dignité est venue du syndicat andalou des travailleurs (SAT) qui a commencé, à la fin de l’année 2013, à contacter des organisations de tout le pays. «Nous voulons que cet appel ne vienne pas uniquement du SAT, mais plutôt de la population civile», expliquait le dirigeant syndical Diego Cañamero dans une interview accordée à La Marea en septembre 2013 [2]. «Je crois que nous devons unir le 90% de la société de sorte qu’il rejoigne Madrid pour déclarer au pouvoir politique que c’en est assez. Que nous ne voulons pas d’un pouvoir qui trompe, qui dénature, qui manipule le vote et qui fait le contraire de ce qu’il prétend», expliquait le syndicaliste.

Rapidement, le Frente Cívico de Julio Anguita et les Campamentos Dignidad ainsi que les marches d’Estrémadure s’ajoutèrent à l’appel, qui n’a eu de cesse de s’étendre jusqu’à englober les assemblées du 15-M [en référence à la manifestation du 15 mai 2011 qui a «enclenché» le mouvement des Indignados], les associations de quartier, les marées en défense du secteur public, les syndicats, les communautés chrétiennes de base, les assemblées de la Plataforma de Afectados por la Hipoteca [PAH, plate-forme lancée en 2009 contre les expulsions et en faveur d’un logement digne] et bien d’autres collectifs. (Article publié le 26 février 2014 par la revue La Marea; traduction A l’Encontre)

Publié par Alencontre le 11 – mars – 2014

[1] En septembre 2013, la direction de cette entreprise de l’alimentation a annoncé le licenciement de 1914 employé·e·s – soit la moitié des effectifs. A la suite d’un premier conflit la direction et les syndicats sont parvenus à un «préaccord» en novembre 2013 «limitant» les licenciements à un peu plus de 700 et préparant des diminutions de salaire de 18%. Une usine située en Catalogne est cependant en grève depuis plus de quatre mois contre cette décision.

[2] http://www.lamarea.com/2013/09/06/canamero/

http://alencontre.org/europe/espagne/espagne-manifeste-des-marches-pour-la-dignite-du-22-mars.html

Lire la suite

10 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Pourquoi et comment combattre l’union européenne?

europe

La nature de l’Union européenne se dévoile

On sait, on a dit et expliqué à maintes reprises que cette construction européenne est capitaliste, néolibérale, antidémocratique… Néanmoins, nous nous posions le problème de comment formuler cette critique, avec la préoccupation de comment se faire comprendre par rapport à ce qui ap- paraissait malgré tout à beaucoup comme un progrès, de comment trouver, articuler des reven- dications « transitoires » et, dans ce cadre, comment éviter d’apparaître comme des nationalistes rétrogrades.

Et bien, on peut dire que ce problème ne se pose plus, en tout cas plus du tout dans les mê- mes termes, parce qu’au cours des dernières années la perception populaire de l’Union euro- péenne et de l’euro s’est très largement modifiée – dans le sens du doute, de la critique et souvent du rejet. Elle a été modifié par la crise économique commencée en 2008 et qui se poursuit sans pers- pective de solution, et par le fait que, dans le cadre de cette crise mondiale, s’est développée une crise spé- cifique de l’Union européenne et de la zone euro, sous la forme de la crise des dettes souveraines, avec les conséquences que l’on sait en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Irlande ou à Chypre.

Pourquoi cette crise-là ? Le problème est qu’a été créé un vaste espace économique commun, avec pour de nombreux pays une monnaie commune, mais sans Etat commun et sans la constitution d’un capitalisme commun, européen, qui aurait justifié et permis la formation d’un tel Etat, mais avec au contraire la prévalence maintenue des intérêts nationaux des différentes bourgeoisies.

Pas de capitalisme européen donc pas d’Etat européen, pas de budget européen (le budget propre de l’Union européenne est d’un montant dérisoire), pas de solidarité financière entre les Etats – même pas ceux qui ont une monnaie commune. Raison pour laquelle, quand la crise a éclaté et que les Etats nationaux ont dû renflouer leurs banques, en augmentant sensiblement leur déficit et leur dette, les plus faibles ont fait l’objet d’attaques spéculatives, en devant se refinancer à des taux d’intérêts prohibitifs qui les mettaient quasiment en faillite.

Avec pour conséquence la déstabilisation, les attaques contre leur monnaie qui se trouve être aussi la monnaie commune, dite unique, de la majorité des pays de l’UE. Une monnaie à laquelle les capitalistes européens sont très attachés parce que c’est un outil essentiel pour leurs affaires, un facteur de stabilité (en éliminant les risques de change, donc de dévaluations compétitives entre les différents pays) auquel ils restent, surtout les plus gros, très attachés. D’où la riposte des bour- geoisies, principalement celles des pays centraux, qui pour sauver l’euro ont décidé d’imposer des plans d’austérité drastiques.

Deux facteurs déterminent aujourd’hui les plans d’austérité en Europe. D’une part, c’est dans les pays de l’Ouest de l’Europe qu’il reste, à l’échelle internationale, le plus d’acquis sociaux, et il y a donc une offensive visant à faire baisser le niveau de vie, les salaires, les acquis sociaux, afin de défendre ou restaurer la compétitivité internationale des groupes capitalistes européens. Cette offensive est dans une large mesure et de façon très visible, organisée, coordonnée, planifiée au niveau des institutions de l’Union européenne, principalement la Commission et la Banque centrale.

Mais au-delà, il y a aussi que la construction européenne des capitalistes est restée bancale et que cette réalité ait accru, non pas la convergence mais la divergence, les inégalités entre les différents pays. Avec les bourgeoisies, les groupes financiers des pays les plus forts, qui ont institué des rapports de domination et même d’exploitation, de type quasi colonial, vis-à-vis des Etats les plus faibles. C’est très clair, en particulier, dans le cas de la Grèce dont la population paye par une misère sans fin et sans fond la sauvegarde des profits des banques allemandes et françaises.

Cette situation, cette crise avec ses aspects spécifiquement européens (de nombreux pays à commencer par les Etats-Unis et le Japon ont des dettes plus importantes que la plupart des pays européens, mais ne rencontrent pas ce type de problème), provoque donc aujourd’hui dans la population un sentiment de rejet croissant, qui peut déboucher dans deux sens opposés : des réponses de type nationaliste, d’exclusion et de repli, portées par l’extrême droite qui, avec des variantes net sous des formes diverses, se développe dans de nombreux pays ; ou bien des réponses sur le terrain de l’unité et de la solidarité internationales. Ce sera un des enjeux principaux des prochaines élections européennes. (…)

L’Europe a une histoire commune, une culture qui dans une large mesure lui est commune. Elle a des économies qui sont aujourd’hui totalement interpénétrées et interdépendantes – ainsi 80 % du commerce des pays de l’UE se fait à l’intérieur de l’UE. Comme matérialistes nous savons que l’éco- nomie est première, que sous le capitalisme en tout cas, c’est elle qui détermine fondamentalement les formes politiques. Et surtout, les classes ouvrières et les peuples d’Europe ont très clairement une communauté de destin. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui alors qu’ils sont, tous ensemble, des Chypriotes aux Slovènes, sous le joug de l’Union européenne et de la zone euro.

De ce point de vue, le fait que par rapport aux bourgeoisies européennes, qui sont très organisées et coordonnées entre elles, les prolétariats européens soient immensément, incom- parablement en retard, ne justifie nulle conception de repli, même si on l’appelle «détour», national. Bien au contraire, cette situation exige plus que jamais de travailler à élaborer et construire des réponses au niveau européen, même si elles resteront, pour un temps, très minoritaires. Sans cette approche européenne, on ne se s’oppose d’ailleurs pas réellement aux plans de la bourgeoisie, pour laquelle ce cadre est déterminant. Et l’on renonce dans le même temps à combattre politiquement l’extrême droite et ses solutions de repli nationaliste, en renonçant à proposer une alternative européenne, internationaliste, aux classes populaires dont le Front national ici et d’autres forma- tions ailleurs essaient de capitaliser le désespoir.

Contre l’UE, pour une autre Europe Cela fait des années que les sociaux-libéraux, les partis Verts, et le plus souvent aussi les réformistes antilibéraux, nous bassinent avec « l’Europe sociale », qui pour certains serait en construction, ou bien, pour d’autres, vers laquelle on pourrait réorienter l’actuelle construction européenne.

Ce n’est plus crédible – en tout cas ça l’est vraiment de moins en moins. Comme le re- connaît y compris, en partie, pas complètement certes, une formation telle que le PG, c’est l’ensem- ble de l’édifice institutionnel et réglementaire de l’Union européenne qu’il faut remettre en cause, bouleverser, si l’on veut aller vers une Europe qui serait réellement « sociale, démocratique, éco- logique ». Dans une situation où de plus, les peuples d’Europe n’ont sur cette Europe-là, capitaliste néolibérale, aucune possibilité de contrôle démocratique, c’est bien l’Union européenne en tant que telle (et l’eurozone qui en constitue la partie centrale et majoritaire), qui est en cause et que nous devons mettre en accusation.

Les intérêts des salariés et des couches populaires exigent de démanteler l’Union européenne mais – devons-nous ajouter immédiatement, dans la foulée, sans interrompre notre phrase – pour pouvoir construire une autre Europe, de solidarité et de coopération entre les travailleurs et les peuples. Dans ce sens, notre politique et notre programme se situent évidemment « en rupture » avec l’Union européenne, une rupture sur des bases internationalistes et euro- péennes, anticapitalistes pour le socialisme.

Mais avancer dans des tracts, affiches, discours de campagne, des slogans du type «pour la rupture avec l’Union européenne» et «pour la rupture avec l’euro», même en y ajoutant l’adjectif « anticapitaliste », prendrait un sens concret différent. Pour le grand public, ce serait nécessairement compris comme une proposition que la France sorte de l’UE et de l’euro. Cela nous situerait en appa- rence sur le même terrain que des courants bourgeois nationalistes, en entraînant une confusion qui, pour être levée « vous voulez la même chose que le FN, mais pas pour les mêmes objectifs ? », né- cessiterait une série d’explications complexes, sortant nettement du champ d’une agitation de masse.

L’alternative est d’indiquer que ces institutions foncièrement, consubstantiellement anti-ouvrières et antisociales sont à renverser, mais qu’elles ne pourront l’être que par l’action conjointe des travailleurs et des opprimés d’Europe : nous sommes toutes et tous dans la même galère, confrontés à des forces qui nous sont aujourd’hui infiniment supérieures, nous ne pourrons nous en sortir qu’en nous unissant et en joignant nos forces.

Quant à l’euro, c’est exactement le même problème que l’Union européenne. On ne comprendrait pas d’ailleurs comment on pourrait dire qu’il faut rompre (ou en finir) avec l’Union européenne, sans rompre ou en finir avec la zone euro qui en constitue le centre névralgique, qui regroupe la majorité de ses Etats et de ses populations, l’essentiels de ses groupes capitalistes. Dans ce sens, il faudrait parvenir à expliquer que nous sommes en principe pour une monnaie commune mais au service des peuples, ce qui implique notamment des mécanismes de compensation compte tenu des inégalités de développement et de niveau de vie entre les pays ; donc pas celle-là, pas l’euro actuel qui est exclusivement un instrument au service des grands groupes capitalistes.

C’est en prenant en considération ces différents éléments que nous devrions définir un slogan (et la politique, avec les autres mots d’ordre qui en découlent) répondant aux besoins actuels. « Contre l’Union Européenne, pour une Europe démocratique des travailleurs et des peuples » ? « En finir avec l’Union européenne, pour une Europe unie des travailleurs et des peuples » ? D’autres variantes ? C’est en tout cas dans cette direction que l’on devrait travailler.

DIVÈS Jean-Philippe 28 août 2014

Contribution à un débat présentée à l’Université d’été du NPA le 28 août 2013

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31292

Lire la suite

07 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Pacte de responsabilité (basta)

CorporateWelfaretitanic_cartoon

La France va-t-elle faire pire que les Etats-Unis ?

A l’heure où les crédits d’impôts et les allègements de « charges » se multiplient en France, au nom de la lutte pour l’emploi, quels sont les montants et les conséquences de ces cadeaux fiscaux et de ces subventions à l’embauche aux États-Unis ?

L’organisation civique américaine Good Jobs First a lancé, fin février, un « traqueur » de subventions : une base de données récapitulant toutes les aides directes (subventions) et indirectes (allégements de charges, exonérations d’impôts et de taxes, prêts publics très avantageux…) dont ont bénéficié les entreprises implantées aux États-Unis depuis les 15 dernières années.

Ces aides profitent principalement aux grands groupes. 965 multinationales et leurs filiales ont ainsi reçu au moins 63 milliards de dollars de subventions et d’avantages fiscaux, sur un total de 110 milliards de dollars d’aides aux entreprises identifiées par Good Jobs First.

Boeing arrive largement en tête, avec un total de plus de 13 milliards de subventions. Les groupes français en profitent également : Nissan (Renault) a perçu près de 1,8 milliard, 1,34 milliard pour ArcelorMittal, principalement pour son aciérie dans l’Alabama, 357 millions pour Michelin et ses 46 filiales, 290 millions pour Areva et ses 13 filiales, principalement pour un projet d’usine de traitement d’uranium dans l’Idaho, 158 millions pour Airbus (EADS), 49 millions pour Sanofi ou encore 22,7 millions pour BNP-Paribas…

456 000 dollars par emploi « Notre traqueur de subventions peut désormais démontrer que la plus grande part des subventions accordées par l’État et les gouvernements locaux au nom de la création d’emplois se retrouve entre les mains d’un nombre restreint d’entreprises », commente Philip Matera, directeur de recherche au sein de Good Jobs First.

En juin dernier, l’organisation avait étudié les 240 megadeals passés entre les pouvoirs publics états-uniens et des grandes entreprises, avec des aides publiques supérieures à 75 millions de dollars. Le montant de ces aides a ensuite été rapporté au nombre d’emplois créés : soit une dépense de 456 000 dollars en moyenne par emploi !

Une base de données dont la France aurait bien besoin, alors que le « pacte de respon-sabilité » repose sur une nouvelle « baisse de charges et de fiscalité » pour les entreprises en échange d’un « engagement sur des objectifs et des ambitions en terme d’emploi et de qualité de l’emploi, de dialogue social et d’investissement ». Ce pacte de responsabilité vient s’ajouter au « crédit impôt pour la compétitivité et l’emploi » (CICE) déjà mis en œuvre. Celui-ci devrait coûter 20 milliards d’euros aux dépenses publiques en 2014, selon le ministère de l’Économie et des Finances. Des allègements dont la contrepartie est, en théorie, la création de « 300 000 nouveaux emplois » prévus d’ici 5 ans.

Comment mesurer l’efficacité de ces cadeaux ? La question risque de demeurer sans réponse au regard de ce qui se passe pour le crédit impôt recherche (CIR). Celui-ci devrait coûter environ 6 milliards d’euros en 2014. « L’efficacité du CIR au regard de son objectif principal – l’augmentation de la dépense de recherche et développement des entreprises –, est à ce jour difficile à établir », pointait la Cour des comptes en juillet 2013, « faute de données avec un recul suffisant, mais aussi d’un accès des chercheurs aux données disponibles ».

Résultat : « L’évolution qu’a connue la dépense intérieure de recherche et développement des entreprises n’est pas à ce jour en proportion de l’avantage fiscal accordé aux entreprises », relevait la Cour. A quand la transparence des aides directes et indirectes dont profitent les entreprises ?

Ivan du Roy, avec l’Observatoire des multinationales

Lire la suite

06 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Chypre, des privatisations contestées (ci+cadtm)

jet-set

Des services publics? Et pourquoi pas un code du travail et des syndicats?

En adoptant mardi 4 mars une loi sur la privatisation des principaux services publics, le Parlement chypriote a débloqué une nouvelle tranche du prêt accordé par la troïka.
Mais la route est encore longue pour le journal O Fileleftheros, qui s’inquiète de l’avenir. Alors que le ministère de l’Economie annonce un chômage de 19 % pour l’année 2014, l’adoption de la loi sur les privatisations par le Parlement chypriote est très controversée. Passée in extremis – 30 voix pour, 26 contre –, cette loi fait partie des mesures imposées par la troïka dans le cadre du plan de sau- vetage mis en œuvre en mars 2013. Elle ouvre donc la porte au déblocage d’une nouvelle tranche d’aide financière à hauteur de 236 millions d’euros et « ramène le calme chez les partenaires de Chypre dans la zone euro », annonce le journal.
*
Sur l’île d’Aphrodite en revanche, les réactions sont différentes. Une nouvelle mani- festation a eu lieu mardi 4 mars, dénonçant le démantèlement des services publics. En plus du mécontentement populaire, la division de la classe politique rend très difficile « le travail gouver- nemental de privatisations », note le quotidien chypriote. Courrier international 5 mars 2014

Chypre, sous pression européenne, l’État démantèle son service public (ci)

Alors que le ministère de l’Economie annonce un chômage de 19% pour l’année 2014, l’adoption par le Parlement chypriote de la loi sur les privatisations est très controversée. Passée in extremis – 30 voix pour, 26 contre – cette loi fait partie des mesures imposées dans le cadre du plan de sauvetage initié en mars 2013. Elle ouvre donc la voie au déblocage d’une nouvelle tranche d’aide à hauteur de 236 millions d’euros, et « ramène le calme chez les partenaires de Chypre dans l’eurozone » annonce le journal. O Phileleftheros 5 mars 2014

http://www.courrierinternational.com/breve/2014/03/05/sous-pression-europeenne-l-etat-demantele-son-service-public

http://cadtm.org/Chypre-le-peuple-dit-non-au

Lire la suite

04 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Ukraine, la nouvelle proie du fmi (cadtm)

buffy-the-gentlemen

Le 26 fevrier, les autorités provisoires ukrainiennes ont sollicité un prêt du FMI pour pouvoir rembourser la dette du pays dans les délais, soit 13 milliards de dollars rien que pour cette année. Le FMI a répondu positivement et a décidé d’envoyer une mission d’« experts » en Ukraine pour discuter des conditions attachées à ce prêt.

Alors que le pays est en pleine ébullition, le remboursement de la dette publique apparaît comme la priorité absolue de Kiev et de ses créanciers.

Les besoins de la population passent quant à eux au second plan. Cette situation pourrait même encore se dégrader si un accord est conclu avec le FMI, qui est en position de force pour imposer une cure d’austérité au peuple ukrainien en échange du prêt.

En effet, les difficultés financières de l’Ukraine sur fond de trouble politique sont une nouvelle opportunité pour le FMI d’imposer une thérapie de choc, à l’instar de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande, qui appliquent, depuis l’éclatement de la crise, de violentes mesures d’aus- térité dictées par la « Troïka », qui est composée du FMI, de la Commission européenne et la Banque centrale européenne.

Dans ces pays, le risque de défaut de paiement à l’égard des créanciers (principalement les banques privées) a été le point de départ de l’intervention du FMI et des acolytes européens. Ainsi, la Grèce, le Portugal et l’Irlande, qui n’avaient plus accès aux marchés financiers en raison des taux d’intérêt prohibitifs, se sont tournés vers la Troïka qui en a profité pour leur proposer des prêts, certes moins onéreux, mais assortis de programmes d’austérité connus sous le nom de « memo- randum ».

La liste des mesures contenues dans ces memoranda est toujours la même : priva- tisations des secteurs stratégiques de l’économie, baisse des salaires, des pensions, augmentation d’impôts injustes comme la TVA, licenciements massifs dans la fonction publique, coupes drastiques dans les budgets sociaux, etc.

L’Ukraine se trouve aujourd’hui dans une situation similaire puisqu’elle est au bord de la cessation de paiement et ne peut raisonnablement plus emprunter sur les marchés financiers suite à la dégradation de sa note par les agences de notation. Pour pouvoir emprunter sur le court terme, l’Ukraine doit aujourd’hui payer un taux d’intérêt exorbitant de 34,5 %, contre 5 % il y a seulement cinq mois. Par ailleurs, elle ne peut plus compter sur la Russie qui vient d’annuler le versement de la deuxième tranche d’un prêt de 15 milliards de dollars, suite à la destitution de l’ancien président Viktor Ianoukovitch.

L’Ukraine dispose donc actuellement d’une faible marge de manœuvre. Toutefois, le FMI ne peut en aucun cas faire partie de la solution vu les conséquences dramatiques des programmes d’austérité qu’il impose aux populations depuis plus de trente ans. Dans tous les pays qui ont conclu des accords avec cette organisation, on observe de manière générale une augmentation de la pauvreté et des inégalités. C’est le cas de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal mais également des pays du Sud soumis aux plans d’ajustement structurel (PAS) depuis le début des années 80 et des pays de l’Europe de l’Est qui ont aussi subi une thérapie de choc administrée par ce même FMI dans les années 90.

Au lieu de s’endetter auprès du FMI pour régler les dettes passées, il faudrait plutôt s’in- terroger sur la légalité et la légitimité des dettes que l’Ukraine compte payer avec ce prêt du FMI. En effet, le remboursement des dettes publiques n’est pas une obligation absolue du point de vue politique et juridique.

Rappelons aussi qu’en droit international public, les devoirs d’un État envers sa po- pulation sont supérieurs aux engagements pris envers ses créanciers et que l’obligation de rembourser ne vaut que pour les dettes « contractées dans le cadre d’un accord valide et légitime » comme le souligne l’Expert des Nations unies sur la dette Cephas Lumina [1]. Si les dettes sont illégales ou illégitimes alors l’Ukraine n’a aucune obligation de les rembourser et par conséquent, n’a aucun intérêt d’emprunter au FMI.

Un audit des dettes ukrainiennes permettrait d’identifier la part illégitime qui doit être annulée sans condition. L’audit permet notamment de répondre à ces questions : Qui a contracté ces dettes ? Étaient-ils juridiquement compétents pour contracter ces prêts ? Qui en a profité ? Les prêteurs ont-ils mis des conditions à l’octroi des prêts ? Ces conditions violent-elles le droit national du pays emprunteur ? A combien s’élève le montant des intérêts engrangés par les prêteurs ? Quels sont les projets financés par la dette ? etc.

Vu l’urgence, une réponse immédiate pourrait être la suspension du remboursement de la dette (avec gel des intérêts) et le gel des négociations avec le FMI dans l’attente (au minimum) des résultats des prochaines élections prévues le 25 mai et d’un vrai débat public sur les implications d’un prêt du FMI et les alternatives à l’endettement.

Les arguments pour décréter ce type de moratoire ne manquent pas. L’Ukraine et ses créanciers pourraient invoquer « un changement fondamental de circonstances » suite au renversement de Ianoukovitch et la nature provisoire du gouvernement mis en place le 26 février. Seul manque aujourd’hui la volonté politique aussi bien de la part des autorités provisoires de l’Ukraine que de l’Union européenne qui se déclare pourtant du côté du peuple ukrainien…

*
Renaud Vivien, co-secrétaire général du CADTM Belgique

Note:1] Principes directeurs relatifs à la dette extérieure et aux droits de l’homme, Annexe au rapport de l’expert indépendant Cephas Lumina du 10 avril 2012 (A/HCR/20/23). Sauf mention contraire, les citations sont issues de ce rapport.

Lire la suite

25 février 2014 ~ 0 Commentaire

Le keynésianisme n’est pas forcément de gauche (lcr.be)

quote-there-s-class-warfare-all-right-but-it-s-my-class-the-rich-class-that-s-making-war-and-we-re-warren-buffett-214525

Il y a bien une guerre des classes, mais c’est ma classe, celle des riches qui la mène et nous sommes en train de la gagner.

La politique d’austérité est souvent présentée comme n’ayant pas d’alternative possible. Que voulez-vous dire quand vous parlez de l’austérité comme projet politique ?

Le titre est dû aux développements actuels de la zone Euro. Je me suis posé la question de savoir comment la création de l’euro a européanisé le modèle dominant d’un budget étatique équilibré. En fait, une telle politique ne tombe pas du ciel, mais elle n’est pas non plus la conséquence logique de la dynamique d’accumulation.

Un projet politique comprend différentes forces sociales et politiques qui ne poursuivent pas néces- sairement le même but. Pour autant, dans une constellation historique donnée, les activités de ces forces ont pour résultat d’aller dans un sens commun. Cela fut le cas avec l’euro et le modèle du budget équilibré. Le Canada veut aussi désormais ancrer ce principe dans la loi. Et le président Obama, à la suite de la polémique sur le budget, a demandé aux Républicains de faire cause commune avec lui et, malgré les différences politiques, d’assurer le projet d’un budget équilibré.

Mais est-ce que cet endettement continuel des États n’est pas la tendance pré- dominante des dernières décennies et qui s’est poursuivie durant la crise ?

Oui, c’est vrai. Mais un « régime d’austérité » et un endettement étatique fort ne sont pas néces- sairement une contradiction, ils sont plutôt les deux faces d’une même médaille. L’idée d’utiliser la peur des conséquences d’un endettement publique pour mettre en place une politique d’austérité n’est pas seulement une recette pratiquée par la classe politique allemande, elle était déjà le fait de Ronald Reagan.

Son directeur de l’Office of Management, David Stockman, a élaboré le concept du « déficit stra- tégique ». Sous ce terme, il comprenait une dette publique utile rendant plausible la nécessité de limiter les dépenses. Un tel déficit est atteint par la baisse des impôts sur la fortune, sur les hauts revenus et les grandes industries.

Un phénomène similaire est visible au Royaume-Uni, deuxième pays qui joue un rôle d’avant-garde dans la mise en place des politiques néo-libérales. Le conseiller économique principal de Margaret Thatcher, Alan Budd, a déclaré au journal « Observer » au début des années 1990 : « la politique des années 80, à savoir lutter contre l’inflation en faisant pression sur l’économie et par des coupes dans les dépenses publiques, fut un prétexte pour sanctionner les travailleurs. »

Les gouvernements promettent que les dettes publiques seront remboursées par les impôts à venir. Est-ce que chaque gouvernement n’arrive pas au point où il faut reconnaître que cette promesse est irréaliste ? Est-ce que la politique d’austérité n’est pas la conséquence logique de la nécessité de résoudre les crises par la dévaluation ?

Le Ministre des Finances Wolfgang Schäuble a été questionné en marge de la conférence du comité monétaire et financier international, en octobre, sur l’échéance à laquelle l’Allemagne remboursera sa dette.

Il a fait la réponse suivante : « Serons nous un jour sans dettes ? Je l’espère jamais. » Ce qui est décisif est la réduction de la dette par rapport à la performance économique. Cette affirmation montre qu’une dette publique croissante n’est pas un problème aussi longtemps que les créanciers sont payés par les recettes des impôts du fait de la croissance économique et qu’ils croient pouvoir revendre leurs actions. Si, en plus, un pays peut régler ses anciennes dettes par la création de nou- velles, il n’y a théoriquement pas de limites à l’endettement. Beaucoup de personnes critiques à l’égard du capitalisme voudraient bien abstraitement fixer une telle limite. Cela n’est pas possible.

L’endettement est-il alors un jeu sans limites ?

Non. D’abord il faut se demander qui payera pour les intérêts et cela est clairement une question de classe. La charge que représentent les impôts a été déplacée durant les dernières décennies sur les salarié.e.s.

Les intérêts sont allés, quant à eux, dans la poche des actionnaires. Et bien sûr le dévelop-pement du capitalisme passe par des crises, ce qui produit des dévaluations périodiques du capital productif comme du capital fictif comprenant les actions et les obligations d’État. Mais une faillite de l’Etat peut également entraîner une modernisation. Ceci fut le cas en 2001 en Argentine. Après quelques années, le pays a volontairement recommencé à payer sa dette. Comme la Russie, après la chute de l’URSS, a recommencé à payer les emprunts suspendus en 1917. Une seule raison à cela : la dette héritée. Si un pays ou une ville a été une fois en faillite, ces collectivités sont obligées de payer des intérêts plus forts en raison de leur malus de risque. C’est le cas pour New York.

Lire la suite

25 février 2014 par Ingo Stützle

Beaucoup de gens de gauche voient la promesse d’une vie meilleure dans le keynésianisme. Le journal Jungle World a interviewé le politiste et éditeur Ingo Stützle sur la crise de l’Euro, l’austérité et le keynésianisme. Cet automne 2013 est paru l’ouvrage de Ingo Stützle, Austerität als politisches Projekt (L’austérité comme projet politique).

Lire la suite

18 février 2014 ~ 0 Commentaire

Un intermittent du spectacle lance une pétition pour supprimer le medef (l’express)

Trickle

Après la proposition du Medef de supprimer le régime des intermittents du spectacle, une pétition humoristique a été lancée pour en faire autant avec le syndicat du patronat… Mais elle est prise un peu trop au sérieux.

Une blague prise un peu trop au sérieux. A la suite de la proposition du Medef de supprimer le régime des intermittents du spectacle, une pétition a été lancée pour supprimer le syndicat du patronat. « Que représente un déficit de 320 millions d’euros assurant la survie de plus de 100.000 inter- mittents du spectacle, face aux 20 milliards de crédit d’impôt aux entreprises sans effet sur la politique de l’emploi? », demande l’auteur de la pétition, Romain Cazeaux

En quatre jours, près de 10.000 signatures ont été collectées pour cette pétition humoristique. Contacté par L’Express, Romain Cazeaux explique être lui-même intermittent et avoir eu envie « de réagir avec humour » après avoir vu la proposition du Medef de supprimer le régime des intermittents du spectacle pour faire des économies.

« Coup de gueule amusé »

« Je commence à recevoir d’un côté des mails de gens très premier degré qui réclament pour de vrai la suppression du Medef, ce que je trouve assez incroyable », dit-il, « et de l’autre côté des mails de gens qui m’accusent de jeter de l’huile sur le feu en appelant à la haine, alors que tout cela n’est qu’une blague ». Le but de la blague? « Mettre en exergue une proposition un peu ridicule de la part du Medef en proposant quelque chose d’un peu ridicule ». Une sorte de « coup de gueule amusé », conclut-il, précisant qu’il a rédigé un message d’explications aux signataires.

Lors des négociations sur l’assurance chômage jeudi, le patronat a fait des propositions drastiques, dont la suppression de ce régime. Cette proposition a suscité l’indignation des organisations syn- dicales qui peuvent bénéficier du soutien d’Aurélie Filippetti. « Le Medef a une attitude agressive et scandaleuse. Il veut tuer la culture », a réagi la ministre de la Culture. Selon elle, le Medef « cherche un bouc émissaire car il est incapable de s’engager sur des contreparties au pacte de responsabilité proposé par le président ». Cécile Dehesdin - publié le 17/02/2014 à 13:48

http://lexpansion.lexpress.fr/economie/un-intermittent-du-spectacle-lance-une-petition-pour-supprimer-le-medef_430065.html

Lire la suite

17 février 2014 ~ 0 Commentaire

20 ans du cadtm

*

Fondé en Belgique le 15 mars 1990, cela fait 20 ans que le CADTM milite sur tous les continents au côté d’hommes et de femmes qui se battent pour l’émancipation des peuples contre l’impérialisme, le néocolonialisme, le capitalisme et le patriarcat, en prenant comme angle d’attaque la dette. Le CADTM a fêté cette formidable aventure, du 24 novembre au 1er décembre 2010 en Belgique, avec une série d’activités publiques en présence de représentants des organisations de son réseau international.

Le CADTM a organisé pour l’occasion une conférence-débat, suivie d’une soirée conviviale, en présence des membres du réseau CADTM international, de Pierre Galand (président du Centre d’Action Laïque, CAL) , de Francois Houtart (fondateur du Centre Tricontinental et de la revue Alternatives Sud), d’Arnaud Zacharie (secrétaire général du CNCD) et bien d’autres intervenants, cette journée a permis de découvrir l’histoire et l’actualité du CADTM, celles de la lutte contre la dette et plus largement, du mouvement altermondialiste, des pays et organisations membres du réseau international CADTM.
A l’occasion de cette journée, un hommage a été rendu à Jos Geudens (1947-2010) co-fondateur du CADTM et à Denise Comanne (1949-2010), co- fondatrice du CADTM, féministe engagée dans les luttes locales et internationales contre le capitalisme, le racisme et le patriarcat.

http://npa2009.org/content/les-20-ans-du-cadtmintervention-deric-toussaint

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin