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08 août 2013 ~ 0 Commentaire

Europe : « nouvelle vague » de résistances (5)

Europe : « nouvelle vague » de résistances (5) dans Austérité 718879_manifestation-contre-les-banques-le-12-mars-2012-a-madrid

L’Union européenne demeure aujourd’hui encore le premier bloc économique mondial, devant les USA, le Japon et la Chine.

Mais il s’agit d’un continent en crise à tous les niveaux : la dynamique capitaliste la plus essoufflée et la plus hétérogène, des acquis sociaux pilonnés, des forces politiques dominantes bousculées, et des perspectives d’avenir très sombres aux yeux de populations partagées entre la rage et la sidération.

Depuis l’explosion de la bulle de la finance et du crédit en 2008-2009, les classes dominantes ont basculé dans une logi- que de guerre sociale à outrance.

Pour empêcher l’effondrement du système à court terme, les gouvernements européens ont pris en charge la dette bancaire. Depuis, ils s’appuient sur la mise en exergue de la crise pour imposer deux idéaux/dogmes pourtant mortifères : la « recherche de compétitivité » exacerbée et la réduction rapide de la dette publique des États. Dans les faits, ils amplifient la récession économique, le saccage social et écologique, et tendent à jeter les peuples les uns contre les autres. Ainsi, sous l’égide de la troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne et FMI) mandatée pour la réduction des dettes publiques, on a vu depuis trois ans en Grèce, en Irlande, au Portugal ou en Espagne, une destruction sociale sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.

Licenciements massifs et baisse de 10 à 40 % des salaires des fonctionnaires et des pensions de retraite ; montée rapide du chômage au-delà de 20 % ; liquidation de services sociaux et sanitaires essentiels ; privatisations sauvages de pans entiers du secteur public… Mais les économies étant étouffées par la récession, les dettes publiques continuent de monter, et dans tous les autres pays, membres de l’Euro ou pas, les plans gouvernementaux ont monté de plusieurs crans dans l’austérité.

Renouveau des mouvements de masse Face à un tel saccage social, les réactions d’un mouvement syndical traditionnel et routinier ont été largement insuffisantes. Des mouvements de désespoir sont apparus dans les populations sous pression, marqués par des suicides comme en Grèce, en Bulgarie et même en France. Une extrême droite nationaliste et raciste, protéiforme mais partout péril mortel, surfe sur la crise.
Mais à partir de l’exemple des insurrections en Tunisie et en Égypte début 2011, une nouvelle phase d’explosions sociales s’est ouverte. Les grandes vagues d’occupation de la place Syntagma à Athènes, le mouvement des Indignés ou « 15-M » dans l’État espa- gnol, son équivalent au Portugal, ou les masses qui continuent d’assiéger le parlement en Bulgarie, ont inauguré un nouveau type de mouve- ments de masse, qui s’est redéployé ailleurs dans le monde. Il s’agit de mouvements de citoyens exaspérés par la précarisation sociale, écœu- rés de la vie politique classique, de ses mensonges et de sa corruption, qui demandent ouvertement des comptes au système capitaliste et exigent la démocratie. Ils s’organisent par en bas, à partir de l’occupation permanente et la plus massive possible de la place publique trans- formée en Agora démocratique, et ont permis la mobilisation de millions de citoyens.

De la radicalité sociale au pouvoir politique Ces mouvements sont pour l’instant rarement parvenus à la chute immédiate de gouver-nements arque-boutés à leur pouvoir, et marqués par la complicité de fond entre les partis de droite et la social-démocratie européenne. Mais ils ont permis à de larges masses de reprendre confiance dans le collectif, fait émerger de nouvelles générations et ont pu ensuite struc- turer d’autres mouvements, pour le logement et contre les expulsions dans l’État espagnol, pour la santé en Grèce, etc. Une des faiblesses est que jusqu’à présent ces mouvements ne parviennent pas à se structurer sur les lieux de travail. Or, il s’agit bien des lieux décisifs où se joue la marche ou le blocage du système dominant !
Le deuxième enjeu pour que de tels mouvements débouchent sur une alternative progressiste à la crise, c’est le passage de la grande radicalité des revendications, à leur articulation, pour postuler à remplacer l’oligarchie capitaliste au pouvoir, par le pouvoir démocratique des masses exploitées mobilisées. Ces réflexions pourtant urgentes n’en sont aujourd’hui qu’à leurs balbutiements là où les explosions sociales sont en cours, en Grèce, dans les Balkans ou dans la péninsule ibérique. Dans l’épine dorsale d’une Union européenne discréditée (Allemagne, France, Benelux, Italie, Grande-Bretagne…), ces réflexions devront aussi s’appuyer sur les nouveaux mouvements sociaux, pour relancer la solidarité internationale des peuples et battre un ennemi commun partout à l’offensive.
Jacques Babel http://npa2009.org/node/38413

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05 août 2013 ~ 0 Commentaire

L’Union (européenne) fait l’unanimité (Acrimed)

L’Union (européenne) fait l’unanimité (Acrimed) dans Austérité euro_businessmen

S’il est un sujet qui ne fait pas ou peu débat dans les médias, c’est bien celui du rôle et des transformations des institutions européennes. Qu’il s’agisse de la presse, de la radio ou de la télévision, l’Europe est avant tout l’objet des « experts » ou des éditorialistes, seuls à même de comprendre les arcanes de Bruxelles. Parmi eux, le consensus est entendu : il faut « plus d’Europe », peu importe de quoi il retourne. Dès lors, toute critique ou proposition alternative en matière d’intégration européenne est exclue. La campagne référendaire de 2005 autour du traité constitutionnel européen avait mis en évidence cet unanimisme médiatique [1]. Huit ans plus tard, rien n’a changé : alors même que Bruxelles, avec le consentement des États membres, impose des coupes de plus en plus drastiques dans les budgets publics, une surenchère de rigueur critiquée jusqu’au sein du FMI, les mêmes experts applaudissent inconditionnellement : « plus d’Europe » obli- ge… Intéressons-nous ici à deux cas d’école : celui du Monde et de Libération.

Depuis la crise grecque, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy n’ont eu de cesse de le rappeler : pour « sauver l’euro », il faut se don- ner les moyens d’une politique de rigueur concertée. À cet effet, ils en appellent à plus d’« intégration budgétaire » et ont conçu un traité, le pacte budgétaire, qui vise à instaurer un dispositif de contrôle et sanction des budgets nationaux par les institutions européennes. Sans se prononcer sur le bienfondé ou non de l’intégration européenne, on peut tout de même noter que la démarche des dirigeants européens est loin de faire l’unanimité parmi les économistes, dont certains critiquent les conséquences néfastes de l’austérité (récession, chômage…), l’absence de réponse vis-à-vis de lacunes structurelles de la zone euro (déséquilibres commerciaux), et formulent des propositions alternatives au plan européen. Or, pour les « spécialistes » du Monde et de Libération, ce débat n’a semble-t-il pas lieu d’être. Qu’il s’agisse de « sauver l’euro », d’ap-  profondir la rigueur ou tout simplement au nom de la nécessité impérieuse de l’intégration européenne – quel que soit son contenu – ils s’ac- cordent pour emboîter le pas aux projets des dirigeants européens.

La croisade du Monde À commencer par les éditorialistes du Monde. Le quotidien s’est engagé depuis fin 2011 dans une véritable cam- pagne pour l’Europe de la rigueur budgétaire [2]. Applaudissant les conclusions du sommet européen du 9 décembre 2011, et l’accord sur le Pacte budgétaire, l’éditorial est sans nuance : « Il s’agissait, une fois de plus, de sauver l’euro. » Et de marteler que « le sommet de Bruxelles a tracé les grandes lignes d’une meilleure gouvernance budgétaire de la zone euro. C’est bien. Ce n’est pas suffisant » (éditorial du 10 décembre 2011). Lorsque François Hollande finit par adopter tel quel le traité, Le Monde jubile : « Le sauvetage de l’euro est en bonne voie » assure le journal (1er octobre), qui s’enthousiasme pour « la lente transformation de la zone euro en véritable union monétaire. Évolution nécessaire et positive. (…) Il n’y a pas d’union monétaire sans union budgétaire, bancaire et sans solidarité financière  » (10 octobre). Et même si cela présage, comme le notent certains économistes, d’un durcissement des politiques d’austérité : l’Europe le vaut bien.

Le quotidien ne se borne pas à faire la promotion de l’Europe voulue par les dirigeants européens. Il en défend le projet bec et ongles. En témoigne l’attaque frontale contre les Verts, qui ont eu l’outrecuidance d’appeler à s’opposer au traité budgétaire : « Les écologistes demandent à être traités en partenaire de coalition, ils se comportent en groupuscule irresponsable. (…) Les Verts formulent des exigences comme s’ils étaient une force de progrès soutenue par 10 % des électeurs. » Et Le Monde d’exiger le renvoi des ministres écologistes : « Au nom de la cohérence de son action et du respect des électeurs, c’est à François Hollande d’en tirer les conséquences : il doit mettre fin aux fonctions des deux ministres d’EELV, Cécile Duflot et Pascal Canfin. Ils reviendront si leur formation se transforme en parti de gouvernement. Un jour, peut-être. » (24 septembre). Quelques mois auparavant, alors que les sondages indiquaient qu’ils pourraient élire une formation poli- tique opposée aux plans de rigueur, ce sont les Grecs qu’un Erik Israelewicz révolté menaçait de renvoyer : «Il n’est pas admissible qu’un petit pays, par son refus des règles du jeu, puisse continuer à mettre en danger l’ensemble du continent. […] Aux Grecs de choisir. En espérant qu’ils feront le bon choix. Sinon, l’Europe devra en tirer les conséquences. Sans état d’âme » (22 mai).

Quant à Arnaud Leparmentier, il se charge de recadrer les socialistes français, qui avaient commis l’imprudence de se moquer des dirigeants européens en les comparant à des « Diafoirus européens » , qui, tel ce médecin de Molière, préconisent des saignées au risque de tuer leur patient. « On brocardait ces Diafoirus », s’indigne l’éditorialiste du Monde, « mais avaient-ils tellement tort ? » Certes, lorsqu’ils sévissent, ex- plique-t-il, « la purge s’accompagne d’une envolée du chômage et d’une épouvantable récession. C’est dur, très dur » ; mais « il convient de continuer, assurent les médecins ». Et pour se convaincre des « succès des médecins de Molière  », il s’en remet tour à tour aux visions de Christine Lagarde (FMI), Jean-Claude Juncker (Eurogroupe), Wolfgang Schaüble (ministre des Finances allemand), Mario Draghi, Mario Monti. Et rend son propre diagnostic sur l’état du «  patient français » : « ses maladies ne sont pas imaginaires […] elle doit à son tour accepter la purge de Molière » (19 septembre). Parole de Diafoirus ?

En fait c’est bien simple : le gouvernement français doit prendre exemple sur le gouvernement allemand, seul juge avec les marchés financiers de la pertinence des politiques économiques. Leparmentier s’improvise leur porte-voix : « ils attendent de vraies réfor- mes » car « l’homme malade de l’Europe, c’est la France » explique-t-il dans un article intitulé « Les bons conseils de Schröder à Hollande » (1er novembre).

Les combats de Libération Si les éditorialistes du Monde ne reculent devant rien pour défendre l’Europe des dirigeants européens, Libé- ration n’est pas en reste. Pour le quotidien auto-proclamé « de gauche », l’impérieuse nécessité du « plus d’Europe » prévaut sur toute posture critique. Celle-ci relèverait nécessairement « de la démagogie anti-bruxelloise qui a toujours caractérisé la vie politique française, avec un plus ou moins grand raffinement selon les partis » selon les mots de Nicolas Demorand (Libération, 30 novembre 2011). Aussi, le Pacte bud- gétaire négocié par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel est-il aussitôt acclamé (le 6 décembre 2011) : « L’accord arraché hier soir entre Paris et Berlin contient quelques bonnes nouvelles. » Parmi lesquelles on trouve le fait que « la France a accepté davantage d’intégration budgé- taire », ou encore que la France a « fait entendre à l’Allemagne que l’usage mécanique de la sanction ne pouvait tenir lieu de politique ». À n’en pas douter, l’Europe est sur la bonne voie…

Peu importe les questions de fond ; dans l’immédiat, l’important, c’est « plus d’Europe ». Pour le directeur de Libération, « sont dérisoires, à ce stade, les querelles théologiques qui secouent le couple franco-allemand sur le rôle dévolu à la BCE [Banque centrale euro- péenne] et aux formes de vertu à développer, à l’avenir, pour éviter que de nouvelles crises se déploient alors que personne n’a la moindre idée pour arrêter celle qui dévaste maintenant l’économie ». Ces querelles sont-elles si dérisoires, puisqu’il s’agit de choix qui vont détermi- ner les termes de l’intégration budgétaire ? Difficile de réunir les conditions du débat lorsque toute discussion de fond des décisions des diri- geants européens serait « dérisoire » – quand elle ne relèverait pas de la pure et simple « démagogie anti-bruxelloise »… Mais si Nicolas Demo- rand n’a pas « la moindre idée » pour stopper cette crise, serait-ce parce qu’il se contente des livres de Daniel Cohen (conseiller de la Banque Lazard et invité permanent des matinales de France Inter lorsque Demorand en était l’animateur)… ou des professions de foi de Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles ?

Le monde selon Quatremer Dans le petit monde des spécialistes de l’Europe, Jean Quatremer est un cas à part. Correspondant de Libé- ration à Bruxelles depuis les années 90, Quatremer a tout du spécialiste embedded, plongé jusqu’au cou dans le microcosme bruxellois,  com- me ces journalistes qui informaient sur la guerre en Irak en étant intégrés dans l’armée américaine. Au-delà de son rôle de correspondant, il est aussi un prescripteur d’opinion influent, et un apôtre fervent de la foi européenne. Pour lui, le sens de l’histoire ne fait pas de doute et « l’Europe imparfaite d’aujourd’hui est le fruit des résistances nationales qui ne capitulent que dans la crise et la douleur » (blog « Les coulisses de Bruxelles », 30 septembre 2012). Et ceux qui ne souscrivent pas à cette dialectique implacable risquent fort de se voir cataloguer comme nationalistes ou europhobes. En fait, le monde selon Jean Quatremer semble se diviser en deux catégories : d’un côté les « européens convaincus », de l’autre les nationalistes rétrogrades.

Au-delà de ses opinions personnelles sur l’intégration européenne, Jean Quatremer partage dans ses articles avec les éditorialistes du Monde une certaine sympathie pour l’Allemagne, n’est-elle pas, actuellement, le moteur de l’Europe ?,  sympathie qui n’a d’égal que la condescen- dance qu’il affiche vis-à-vis des « mauvais élèves » de l’Union européenne… dont la France. Dans un article paru le 11 novembre 2012 dans Libération, Quatremer se fait le porte-voix des « mots durs de Berlin sur les maux français » : « Il faut profondément réformer le marché du travail et couper dans des dépenses publiques que la France n’a plus les moyens de s’offrir ». C’est que, Outre-Rhin, on « s’inquiète », on « s’affole » voire on « panique » : « Le problème le plus sérieux de la zone euro en ce moment n’est plus la Grèce, l’Espagne ou l’Italie, mais la France », rapporte Quatremer citant un « sage » allemand. Motif ? « La France a décidé d’augmenter la pression fiscale, au risque de dégra- der davantage la compétitivité de ses entreprises ».

Que penser d’un article où les citations n’illustrent qu’un point de vue, en l’occurrence la critique d’un gouvernement français présenté comme laxiste et dépensier ? Article factuel, ou article d’opinion ? On trouvera des éléments de réponse à cette ques- tion dans un article publié dans Libération le 23 novembre, où Quatremer dénonce, cette fois-ci à titre personnel, « l’extravagante prodigalité de l’État » : « La France va mal, rares sont ceux qui le contestent. Pourtant, elle refuse encore d’admettre qu’elle n’a tout simplement plus les moyens de financer un système social aussi généreux. » Et de s’interroger : « Pourquoi la France compte-t-elle quasiment deux fois plus d’agents publics par habitant que l’Allemagne ? »

Quatremer et la Grèce D’opinions, Quatremer n’en manque pas sur un de ses punching ball favoris : la Grèce. En témoignent là encore un papier publié sur son blog, dont le titre, court, en dit long : « Grèce : stupidité ». Écœuré par les manifestations organisées à l’occasion de la venue de la chancelière Merkel à Athènes, il explique brillamment que la « société grecque » ne doit ses malheurs qu’à elle-même : « Personne n’a imposé aux Grecs l’un des États les plus corrompus de la planète. Personne ne les a forcés à des dépenses militaires délirantes, à exonérer d’impôts clergé et armateurs, à laisser la majorité de la population frauder le fisc, à mentir pour se qualifier pour l’euro, à s’endetter jusqu’à plus soif, à laisser dériver les salaires, à ne pas profiter des bas taux d’intérêt de leur dette pour investir dans leur économie, etc., etc. » Le peuple et les politiciens grecs sont ainsi mis indistinctement dans le même sac ; certes, les « Européens » ont fermé les yeux sur ces dérives, mais ils font désormais preuve d’une « solidarité » irréprochable (à grands coups de rigueur). Certes « les marchés ont brûlé ce qu’ils ont aimé », « mais les marchés sont comme ça ». La conclusion est donc sans appel : « les Grecs doivent payer l’addition » !

Les Grecs, atrophiés mentaux Pour Quatremer, les Grecs doivent être coupables, puisque par définition les institutions européennes sont irréprochables. À longueur d’articles, il s’efforce ainsi de montrer que « la crise grecque est culturelle », n’hésitant pas à publier des entretiens « passionnants » avec des intellectuels grecs aux propos parfois effarants, comme ceux de Stelios Ramos, publiés le 14 juin 2012 sur le blog de Quatremer, selon lesquels la « structure mentale » de ses concitoyens est « atrophiée » :

« Les Grecs ne sont pas du tout rationnels. Ils ne raisonnent pas comme les Européens de l’Ouest. Nous n’avons pas connu la Renaissance. Notre histoire n’a pas forgé les consciences individuelles. Notre structure mentale est restée d’une certaine manière atrophiée, focalisée sur les problèmes du moment. »

Des propos dénués de tout racisme, puisque formulés par un Grec (non atrophié), et qui font étrangement écho au chapeau d’un entretien paru dans le supplément week-end de Libération daté du 29 octobre 2011, où Quatremer écrivait : « La Grèce moderne […] n’a plus grand-chose en commun avec la Grèce antique : quatre siècles d’occupation ottomane sont passés par là. » La France moderne, épargnée par les Ottomans, a Jean Quatremer.

« L’Europe est la dernière idéologie licite » explique Bernd Ulrich dans Die Zeit du 22 octobre 2012. Il brocarde ces « europhoriques » qui veulent « le plus d’Europe possible le plus vite possible » et « font de l’Union européenne une vision du monde et la détournent en idéologie  ». Il évoque Karl Popper, pour qui l’idéologie commence à partir du moment où toute alternative est écartée. Or que nous disent les « europhoriques », selon lui ? « Pour pallier les faiblesses de l’UE, une seule solution, (beaucoup) plus d’UE ». Ces « europho- riques » évoquent irrésistiblement un certain nombre des « spécialistes » de l’Europe qui sévissent dans les médias. Dont ceux de Libération ou du Monde, lorsqu’ils nous expliquent que « plus d’Europe » s’impose comme un impératif catégorique, par principe, et qu’importe le con- tenu. Éditorialistes, ou idéologues ? En tout cas relais efficaces d’une idéologie en surface pavée de bonnes intentions (contre les égoïsmes nationaux, contre la guerre, la corruption, etc.) mais qui, dans le détail, reprend avantageusement les grandes lignes d’une idéologie qui a désormais moins « bonne presse » : celle du libéralisme décomplexé. par Frédéric Lemaire, le 5 août 2013

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03 août 2013 ~ 0 Commentaire

Édito : le prix à payer

Édito : le prix à payer dans Austérité extrait-adele

Après le dramatique accident ferroviaire qui a tué 80 personnes et fait plus d’une centaine de blessés en Espagne, le premier réflexe des autorités, comme de la plupart des organes de presse, a été de mettre en cause le conducteur du train et sa vitesse excessive.
Ce dernier a pourtant été remis en liberté lundi, tout en étant mis en examen pour homicide par imprudence. Il a reconnu avoir fait une erreur de jugement en confondant ce passage avec un autre où la vitesse autorisée est plus importante.

Mais l’essentiel est ailleurs : des systèmes automatisés de contrôle plus performants que ceux utilisés sur ce tronçon existent pour pallier une défaillance humaine toujours possible. La volonté clairement affichée de faire des économies sur ce chantier achevé en 2011 a primé sur le reste, et en particulier sur la sécurité, alors que les entreprises privées qui y ont participé s’en sont mis plein les poches.
De son côté, la SNCF essaye de suggérer que ça ne pourrait pas arriver en France. L’accident de Brétigny-sur-Orge vient pourtant tout juste d’avoir lieu ! Qui donc a bien pu oublier le témoignage de ce conducteur paru dans Rue 89 le 15 juillet expliquant que les cheminots depuis longtemps sur ce passage étaient convaincus qu’« un jour il y aura une catastrophe » ? La direction préfère laisser courir certaines rumeurs évoquant une « malveillance », alors que les problèmes sont bien connus par toutes celles et ceux qui travaillent, risquent leur vie parfois, mais n’ont pas droit au chapitre. Il y a, il est vrai, une différence : à 52 ans, du fait des contraintes, du stress, de l’énorme respon- sabilité qui pèsent sur eux, il est encore possible pour un conducteur de prendre sa retraite en France, pas en Espagne. Mais pour combien de temps ? Pour le reste, c’est partout la même politique : moins de personnel et moins de révisions, économies de bouts de chandelle, priva-tisation rampante et sous-traitance en cascade… Le fonctionnement « normal » du capitalisme en quelque sorte qui finit par avoir un prix. Insupportable.

Jean-François Cabral Jeudi 1 août 2013 Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 206 (01/08/13)

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02 août 2013 ~ 0 Commentaire

Trappes : « Le gouvernement a choisi de répondre à la révolte sociale par la répression…

Trappes : « Le gouvernement a choisi de répondre à la révolte sociale par la répression...  dans Austérité trappes

… plutôt que de s’attaquer aux causes de la misère »

Trappes (29 400 habitants) est une des six communes de la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines. En 2012, le taux de chômage y était de 15, 8 % et 62 % des jeunes sont sans diplôme ou ont un diplôme inférieur au bac. À l’élection présidentielle de 2012, Hollande avait obtenu 77 %, Sarkozy 23 %, et l’abstention avait été de 23, 6 %.
Trois jours après le contrôle de la jeune femme portant le niqab, la ville est redevenue calme comme avant les événements surmédiatisés. Le niqab, un masque pour cacher le malaise social qui s’aggrave depuis de nombreuses années. Un vieux trappiste déclare : « L’islam n’est pas à l’origine de cette révolte de la population, mais sans aucun doute le manque de vision d’avenir et l’agressivité quotidienne de la police vis-à-vis des jeunes. »
La population jeune subit la crise de plein fouet : un chômage important et des problèmes pour se loger. La ville est livrée aux promoteurs par le maire PS et la prétendue « rénovation urbaine » (des digicodes, des kilomètres de grilles autour des squares) répond aux normes d’architecture sécuritaire et les camionnettes de CRS ont repris leurs rondes… La jeunesse est profondément déçue et en colère, mais c’est une grande partie de la population qui est touchée : impôts parmi les plus chers de la ville nouvelle, une vie associative bien affaiblie… C’est la mosquée ou l’Union des musulmans de Trappes qui créent aujourd’hui du lien social dans les quartiers. On constate désormais que le discours de quelques intégristes est de plus en plus audible auprès de certains jeunes désorientés. Tabassages, mises en examen, condam- nations, tournoiement des hélicoptères afin de mettre la pression sur la population, et la déclaration de Valls (« Acceptez les lois de la République dans tous les sens ») sont donc les seules réponses du gouvernement…

Tout est à nous ! a choisi de donner la parole à Guilaine Geffroy, assistante sociale à Trappes, et Didier Cordry, élu municipal, qui militent tous deux au NPA. Des témoignages qui tranchent, dans le concert d’inepties médiatiques et de propagande politicienne.

Quelles sont les difficultés sociales auxquelles tu es confrontée dans ton travail à Trappes ?
Guilaine  : Les habitantEs de Trappes vivent les mêmes conditions de vie que la majorité de la population. Leur enfer est celui vécu dans les quartiers populaires : s’épuiser à chercher du travail ou en menant de front plusieurs boulots précaires chez des employeurs différents, tenter de régler les factures, effectuer des démarches administratives devenues chaque jour plus complexes, résoudre les problèmes familiaux et éducatifs avec leurs enfants…  Parmi les plus exposéEs, les femmes seules ou les sans papierEs se débattent dans un cumul de difficultés. Cette misère pèse aussi sur les jeunes. La plupart tentent de s’insérer, avec beaucoup de difficultés. Certains sortent du système scolaire sans aucun diplôme. D’autres, qui arrivent à s’accrocher scolairement, sont obligés de quitter leurs parents très tôt et de s’autonomiser, vivre en foyer ou du bizness pour s’en sortir. Les obstacles sont nombreux, et plus difficiles à franchir quand on est pauvre !

Quel est la responsabilité de la politique municipale dans cette situation ?
Didier  : La liste d’attente en logement sociaux sur Trappes est d’environ 5 ans… Le coût d’un loyer dit HLM est quasiment le même que dans le privé. La population de Trappes est la plus pauvre de toutes les communes de la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines et les prestations municipales les plus chères. Cherchez l’erreur ! Il y a aussi un manque de places en crèche. Autrefois très actif, le tissu associatif est aujour- d’hui en difficulté, à cause de la politique de l’équipe actuelle qui taille à la hache les subventions. Le maire PS, qui s’est fait élire par un électorat votant à gauche, applique une politique « de droite ». Bien qu’élu au premier tour, il ne l’a été que par un quart des électeurs inscrits, avec un taux d’abstention de 50 %. Les quartiers en difficultés se sont le plus abstenus. Le maire dirige la ville sans toujours tenir compte des avis et des besoins de sa population. Dernier exemple en date : la mise en place à marche forcée des nouveaux rythmes scolaires dès la prochaine rentrée, malgré l’opposition des parents d’élèves et des équipes pédagogiques.

Les derniers événements étaient-ils prévisibles ?
Guilaine  : Bien évidemment oui ! Face à la galère, l’obscénité des richesses affichées par les capitalistes et les exemples donnés par les politiciens sont des modèles désespérants. Aucune possibilité pour les jeunes de se projeter dans l’avenir. Cette explosion correspond à des réactions de ras-le-bol, dans un contexte de ramadan et de contrôles au faciès. De Sarko à Valls, pas de changement !
Didier : Compte tenu des problèmes, il est même étonnant que ça n’explose pas plus souvent. Les groupuscules religieux fanatiques cherchent à surfer sur la vague de la misère en profitant du vide créé par les services de l’État qui a laissé faire, et la municipalité avec, pensant acheter une relative paix sociale.

Comment la population de cette ville perçoit cette situation (avant et depuis les affrontements) selon les éléments que vous en avez ?
Guilaine : Se débattre tous les jours avec ses problèmes demande beaucoup de temps et d’énergie. Cela laisse peu de temps pour caillasser des commissariats de police ou casser des abri-bus. Ceux qui parlent, et c’est sans doute la majorité, déplorent ce type d’actions voire les dénoncent. Ils attendent plutôt des solutions concrètes à leurs problèmes. Ils se sentent laissés à l’abandon depuis des années. Un signe qui ne trompe pas : l’année dernière, Philippe Poutou a été très bien accueilli au marché de Trappes. Les habitantEs demandent de véritables mesures sociales, comme le droit à l’emploi, l’accès au logement, à la santé, à l’éducation, aux loisirs.
Didier : Les victimes sont nombreuses. Les jeunes, déjà discriminés, vont l’être encore plus dans leur recherche d’emploi. Le gouvernement va trouver prétexte à durcir sa répression car il a choisi de répondre à la révolte sociale par la répression plutôt que de s’attaquer aux causes de la misère.

Propos recueillis par Cathy Billard

Correspondant Jeudi 1 août 2013Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 206 (01/08/13)

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02 août 2013 ~ 0 Commentaire

Panne à la Banque Postale, les employés n’en peuvent plus ! (Sud 35)

Panne à la Banque Postale, les employés n’en peuvent plus ! (Sud 35) dans Austérité banque

Les dirigeants de La Poste et de La Banque Postale ont indiqué que la gigantesque panne du mardi 30 juillet dernier était due à une panne informatique d’un serveur. Ils ont aussi affirmé que tout était rentré dans l’ordre… CE QUI EST FAUX !
Nous doutons fort de la véracité de cette explication puisque tout système informatique aujourd’hui est doublé d’un système de secours. Nous doutons d’autant plus que les virements sur les comptes qui devaient passer dans la nuit de lundi à mardi et qui ne sont pas passés du fait de la « panne » ne sont toujours sur les comptes le jeudi matin 1er août 2013 !! Il s’agit pourtant souvent de salaires ou de pensions de retraite!

La panne et l’impact sur les conditions de travail

Le CHS-CT a rencontré le mercredi 31 juillet le directeur du centre financier de Rennes pour lui demander de prendre des mesures concrètes face à l’afflux légitime de renseignements des titulaires de comptes de la Banque Postale. En effet, hier mercredi, le nombre d’appels entrants étaient le triple d’une journée normale! Le directeur du centre nous a indiqué qu’il ne ferait rien! Pas de renfort, pas de mesures concrètes pour dénouer des situations difficiles des clients qui attendent leurs crédits.

C’est inadmissible et irresponsable Aujourd’hui, jeudi 1er août, la situation s’aggrave puisque les virements attendus n’ont pas été effec- tués par la chaine de traitement informatique. Les 120 employés du « service client » et les 80 employés des services « réclamations » et « contentieux » sont débordés par des appels « clients » qui à juste titre sont mécontents.  Sans aucun soutien de leur hiérarchie, les employés du centre financier de Rennes subissent la gabegie issue de la stratégie de la Banque Postale alors qu’ils n’ont aucune responsabilité dans cette affaire.

Le syndicat SUD-PTT d’Ille et Vilaine dénonce cette situation et indique que si la situation s’aggrave encore, elle conseil- lera à tous les salariés d’exercer leur droit de retrait.
Pour syndicat le SUD-PTT, cette gabegie est le résultat d’une politique des patrons de la Banque Postale qui vise à gagner en productivité coûte que coûte :
- La « production » a été récemment centralisée sur seulement 6 centres financiers en France (sur les 19)
- Les dirigeants de la Banque Postale se livrent à une vaste opération de « dématérialisation » en numérisant l’ensemble des documents papiers
- Les dirigeants de la Banque Postale procèdent actuellement à des modifications importantes par la mise en œuvre de logiciels « intégrateurs » (Thaler).
- Le projet de centralisation de la gestion informatique sur 4 centres de traitements informatiques avec la fermeture de « CDO » (dont celui de Rennes) est en cours.
- Les dirigeants de La Banque Postale ont mis en œuvre un pilotage national des flux téléphoniques pour utiliser « la ressource humaine », dirigeant n’importe lequel des appels téléphoniques vers n’importe lequel des 19 centres financiers.

Cette course au profit depuis la création de la Banque Postale en 2006 a fragilisé les « ex-Chèques postaux » qui étaient considérés comme la plus fiable et rigoureuse des institutions financières. Rennes le 1eraoût 2013 SUD PTT 35

http://www.rennes-info.org/Panne-a-la-Banque-Postale-Les

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02 août 2013 ~ 0 Commentaire

Immigrés retraités, Touraine se souviendrait-elle des Chibanis ? (LO)

Immigrés retraités, Touraine se souviendrait-elle des Chibanis ? (LO) dans Antiracisme image12561

Début juillet, l’Assemblée nationale s’est penchée sur la situation des 350 000 travailleurs retraités de plus de 65 ans, étrangers ou devenus français, résidant durablement en France. La moitié sont souvent des veuves de ces travailleurs.

Ce sont pour 70 % des Maghrébins des anciennes colonies, recrutés par le patronat il y a 30 et 40 ans pour venir travailler, sans leur famille, dans l’industrie automobile et surtout le bâtiment. 50 000 de ces vieux travailleurs, les Chibanis, ce qui signifie anciens en arabe, résident toujours dans les chambres de 7 à 10 m² des foyers pour travailleurs célibataires où l’État les a logés à leur arrivée.

L’Assemblée nationale a débattu pour savoir s’il fallait assouplir les pénalisations frappant ceux qui prennent leur retraite dans leur pays d’origine. Ces retraités ayant souvent des pensions misérables ont droit, comme tous les retraités, à des prestations et services sociaux (aide au logement, allocation de solidarité personnes âgées, assurance maladie). Mais ils perdent définitivement ces pres- tations s’ils quittent la France ou s’ils s’en absentent plus de six mois par an. Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, a annoncé la mise en place d’une prestation spécifique, « une aide à la réinsertion sociale et familiale », à l’intention des immigrés retraités voulant retourner dans leur pays d’origine. Le montant de cette aide équivaut aux prestations qu’ils touchent actuellement, mais sans condition de résidence en France. Cela est la moindre des choses envers ces travailleurs qui ont largement participé à l’équipement et à l’industrialisation du pays. Il faut cependant rester méfiant, surtout lorsque l’on sait qu’en mars 2007, une même loi avait déjà été votée à l’unanimité des deux assemblées dans le cadre de la loi Dalo sur le logement opposable. Mais que les décrets n’ont, eux, jamais été publiés ni appliqués.

Louis BASTILLE http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2348&id=8

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31 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Après Brétigny, SUD-Rail et la FUT-SP réclament une réunion sur la sécurité ferroviaire

Après Brétigny, SUD-Rail et la FUT-SP réclament une réunion sur la sécurité ferroviaire dans Austérité extrait-adele

… et sur l’état des infrastructures et du matériel ferroviaire.

Le service public ferroviaire s’est détérioré au fil des années (trains en retard, supprimés, etc.). Le dramatique accident de Brétigny rappelle les graves difficultés liées à l’état du réseau et des infrastructures ferroviaires et à la désorganisation du système ferroviaire. Celles-ci ne sont pas une nouveauté. Organisations syndicales et associations d’usagers alertent sur cette situation depuis bien longtemps ; il est regrettable qu’elles n’aient pas été entendues. Cheminots et usagers ont le droit de connaître toute la vérité sur les effets sur la sécurité ferroviaire de la politique menée depuis des années par la SNCF, RFF et les pouvoirs publics.

La recherche effrénée de productivité, le manque d’investissements pour la maintenance du réseau ferroviaire doivent être remis en cause. La situation n’a cessé de se dégrader depuis la création de RFF et l’éclatement interne de la SNCF en « activités » de plus en plus autonomes. Les dizaines de milliers d’emplois supprimés ne permettent plus d’assurer un service normal, rendent le moindre incident quasiment irrattrapable … jusqu’au drame !

L’organisation mise en place a aboutit à une désorganisation du système ferroviaire. La future loi ferroviaire doit rompre avec cette logique. Il faut une entreprise unifiée, dotée des moyens nécessaires pour faire fonctionner le service public ferroviaire en répondant aux besoins de la collectivité, tant pour le transport de voyageurs que pour le fret. La Fédération des syndicats SUD-Rail et la Fédération des Usagers des Transports et des Services Publics demandent au gouvernement de réunir, très rapidement, une « table ronde » Etat-SNCF-RFF-syndicats-associations d’usagers, sur l’état du réseau, du matériel, des installations ferroviaires.

Au-delà des annonces médiatiques, il faut d’importantes mesures pour rattraper les années de sous-investissements, d’allègement de la maintenance, de non-renouvellement des infrastructures, etc. Les moyens humains en personnel dans les gares, dans les trains, pour la maintenance, les services, etc., font aussi partie des sujets à évoquer, des évolutions importantes doivent être mises en œuvre. Usagers et cheminots ont un intérêt commun : améliorer le service public ferroviaire !

St Denis, le 26 juillet 2013 http://www.rennes-info.org/Apres-Bretigny-SUD-Rail-et-la-FUT

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28 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Rapport INSEE : faim… de l’austérité

Rapport INSEE : faim... de l'austérité dans Austérité dessin-famine-14

La crise économique n’épargne aucun domaine.

Ainsi, l’année 2013 aura été celle de tous les scandales alimentaires. Après l’affaire de la viande de cheval, le retour de la faim pour les plus pauvres d’entre nous… Il n’y a pas de hasard dans cette course à la production de plats au plus bas coût, quitte à y mettre du « minerai de viande » d’âne ou quoi que ce soit qui ressemble à de la viande : en temps de crise, le budget alimentaire des salariés se contracte. Après l’accès aux soins, l’épargne et les loisirs, c’est le budget alimentaire qui est égratigné comme le relève un rapport récent de l’INSEE sur les compor- tements de consommation, rapport paru ce 10 juillet.
De plus en plus de ménages « ne parviennent pas à faire face aux dépenses alimentaires », soit en langage de tous les jours con- naissent ou sont menacés par la faim. C’est cette part du budget que les ménages les plus modestes ont le plus réduit, 9 points entre 1979 et 2005, tandis que ces mêmes personnes reconnaissent que si leurs ressources augmentaient de 10 %, cela irait en priorité vers plus de dé- penses alimentaires (16 % des interrogés contre 11 % en 2005).

Reculs en Grèce Comme partout ailleurs, les disparités entre pauvres et riches se creusent de plus en plus : les 20 % de ménages les plus riches dépensent 2, 5 fois plus que les autres. Pas étonnant de voir le nombre de repas servis par les Restos du cœur ou la Banque alimentaire augmenter de 15 % cette dernière année, à tel point que les responsables de ces structures tirent désormais la sonnette d’alarme à chaque début d’année devant l’état de catastrophe sanitaire qu’ils ne peuvent plus assumer seuls.
Là où la crise touche plus violemment les salariéEs, les chiffres sont éloquents et montrent que partout en Europe, la faim redevient un problème de masse. En Grèce par exemple, ce sont près de 10 % des écolierEs qui sont menacéEs par l’insécurité alimen- taire, tandis que les 8 premiers mois de l’année 2012, les ventes de biens alimentaires y avaient baissé de 8, 2 %. Le véritable visage de la crise et des politiques de l’austérité, paupérisation, misère et faim, nous montrent à quel point qu’il est urgent de faire cesser ces politiques austéritaires, en France comme partout en Europe.

Thibault Blondin Jeudi 25 juillet 2013 Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 205 (25/07/13)

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26 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

En Bulgarie, on se révolte aussi et l’Europe s’en fiche (Rue 89)

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En Bulgarie, on se révolte aussi et l’Europe s’en fiche (Rue 89) dans Austérité part-par-par7613056-1-1-0

On parle plus, en Europe, du Brésil que de la Bulgarie. Pourtant, depuis cinq semaines, les Bulgares sont dans la rue. Contre la corruption, mais pas seulement.

Cette nuit, le parlement a été assiégé. Une trentaine de députés et trois ministres s’y trouvaient pour discuter une actualisation du budget, des journalistes étaient aussi présents pour la couvrir. Pendant plus de neuf heures, toutes ces personnes,109 en tout, sont donc restées bloquées dans le Parlement bulgare.  La foule à l’extérieur criait : « Mafia. » Ou encore :« Démission. »

Ils réclament la démission du gouvernement

Comme le rappelle notre partenaire Global Voices Online, la contestation massive, qui avait débuté le 14 juin 2013 après la nomination d’un député controversé, Delyan Peevski, à la tête de la sécurité nationale bulgare, a vu augmenter sans relâche le nombre de citoyens qui rejoi- gnent les manifestations quotidiennes dans les rues de la capitale Sofia et des autres villes du pays. Si Peevski a aussitôt donné sa démission, les protestataires réclament celle du gouvernement à peine formé et des réformes majeures dans plusieurs domaines. Le parti socialiste bulgare et son partenaire au gouvernement, le Mouvement des droits et devoirs (MDD) représentant la minorité turque, ont refusé de céder le pouvoir malgré la contestation, qui revendique en particulier plus de transparence et moins de corruption dans l’administration, une action contre le crime organisé, et la fin du « règne de l’oligarchie ».

« L’indignation, pas un trait dominant des Bulgares »

Une riveraine, Iva, nous a écrit pour nous raconter son engagement dans ces manifestations. Elle commence son récit par ces mots : « L’indi- gnation n’est pas l’un des traits dominants des Bulgares. » Pour elle, le ras-le-bol des Bulgares vient de très loin : « Il faut chercher les racines de ce mécontentement pas seulement dans les décisions de ce gouvernement fragile mais dans toutes les années de “transition”, terme dési- gnant les 24 ans de tentatives des gouvernements de passer de l’idéalisme communiste vers la démocratie telle qu’on la connaît des sociétés occidentales. »

24 ans de déceptions.

« Moi, je fais partie de ces gens qui, payant leurs factures, ayant leur travail et essayant d’entretenir l’économie vivante, en ont marre de cette situation et surtout, ont refusé de garder silence. Nous ne sommes pas les manifestants habituels et payés par les partis, nous sommes ceux qui sont désignés comme la classe moyenne (si elle existe vraiment), ceux qui ont grandi dans ces 24 ans de transition, ceux qui veulent une vie digne pour leurs enfants, ceux qui veulent un gouvernement intelligent, constitué d’experts, pas de groupes privés d’oligarques experts [...]. » C’est si simple pour une société démocratique et si dur pour une société qui continue à concentrer le pouvoir dans les mains des mêmes politiques qui ont entretenu le communisme dans le pays pendant 44 ans. »Elle conclut son témoignage en vantant l’aspect fédérateur du mouvement qui réunit de manière large et sans donner d’étiquettes, dit-elle. « On appelle ce mouvement la “Révolution de l’Intelligence”, et jusqu’à maintenant nous ne croyons pas que ce nom ne soit donné en vain – les manifestations continuent, calmes, sans violences (malgré les provocations des parties), vous verrez les sourires des gens, l’optimisme et leur regard bien aiguisé, jugeant ceux qui étaient, qui sont et qui seront au pouvoir dans leur pays… »

Les « vagabonds bulgares »

Depuis son témoignage écrit à la fin du mois de juin, pour la première fois, des incidents ont éclaté mardi soir entre policiers et manifestants, faisant redouter un recours à la force pour briser cette prise de parole massive de la société bulgare. Dans la nuit de mardi à mercredi, vers 3h30, la police est finalement parvenue à briser les barricades. L’une des plus importantes manifestations du mouvement a eu lieu le dimanche 7 juillet, vingt-cinquième jour des manifestations, avec l’objectif défini de remplir les trois kilomètres qui séparent Orlov most (le pont des Aigles), au centre de Sofia, et l’hôtel Pliska. Une page du nom de « Le vagabond bulgare » (« vagabond » est devenu le sobriquet répandu en Bulgarie d’un député socialiste, Hristo Monov, qui avait traité les manifestants de « vagabonds ») a été lancée sur Facebook pour ridiculiser les écarts entre les sources officieuses et l’information officielle.

« Le pouvoir est effrayé »

Le journaliste Tony Nikolov a écrit sur l’édition en ligne du magazine Kultura : « La manifestation citoyenne de masse devrait être comprise par les autorités comme une question qui mérite une réponse immédiate. Pourtant il n’y a aucune sorte de réponse – plus de vingt jours, qui ont mené à une situation de “parlement assiégé”. »L’écrivain bulgare Zacharie Karabachliev a écrit sur Facebook ce qu’il pense de la réaction du pouvoir :  « [Le pouvoir] sait qu’il ne résisterait pas à une épreuve de force directe. Il est effrayé. Voilà pourquoi il l’évite à tout prix. Il y aura des excuses, du pardon, des roques, des échanges de places, des décisions, de la montre, des imitations, quelques têtes jetées en pâture à la rue… » En février, Boïko Borissov, l’ancien ministre-président avait démissionné après de grandes manifestations contre la hausse des prix de l’électricité. Il s’est exprimé mardi soir pour conseiller à son successeur, Plamen Orecharski, de faire la même chose : « J’insiste pour une démission immédiate du gouvernement. C’est la seule façon de calmer les gens. » A noter tout de même, dans cette indifférence générale, la réaction de Viviane Reding, commissaire européenne à la Justice, dans un tweet daté du 23 juillet : « A Sofia, j’exprime mon soutien aux citoyens bulgares, qui manifestent contre la corruption. »

Pierre Haski | Cofondateur
Renée Greusard | Journaliste

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26 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Du nouveau autour du procès contre une figure emblématique du FMI et de la Banque mondiale (Cadtm)

Du nouveau autour du procès contre une figure emblématique du FMI et de la Banque mondiale (Cadtm) dans Austérité plutocrat-234x300

Début juillet 2013, le ministère public de la confédération helvétique (MPC) a requis une peine de deux ans de prison avec sursis et le paiement de 162.000 euros (200.000 francs suisses) |1| contre Jacques de Groote, ex-administrateur du Fonds monétairess international (FMI) et de la Banque mondiale (BM).

Contre les cinq Tchèques inculpés |2|, le MPC a requis cinq ans de prison et des amendes allant de 242 000 à 1,2 million d’euros (1,5 million de francs suisses). Selon différentes sources de presse, tous sont accusés d’avoir détourné les actifs de la société minière tchèque Mosteck Uhelna Spolecnost (MUS) entre 1997 et 2003. Au cours de l’instruction de cette affaire, le MPC avait ordonné la saisie de près de 660 millions de francs suisses (540 millions d’euros ou 705 millions de dollars) placés sur des comptes bancaires en Suisse. Cette somme reste sous séquestre. Le verdict devrait intervenir en octobre 2013. Si celui-ci confirme la requête du MPC, plus de 425 millions de francs suisses (344 millions d’euros) devraient être restitués aux lésés, selon les conclusions du MPC, soit 149 millions de francs suisses à l’État tchèque et 276 millions de francs suisses à la société MUS. Toujours selon le réquisitoire, la part de cet argent qui ne sera pas restituée à l’État tchèque et à MUS devrait être définitivement confisquée.

Le procès qui s’est ouvert en mai 2013 à Bellinzona (Tessin suisse) concerne l’une des plus importantes affaires de blanchiment jamais jugées en Suisse. Il se poursuit en juillet 2013 avec les plaidoiries des avocats de la défense. Les accusés plaident non coupables et demandent la restitution de l’argent mis sous séquestre. De son côté, le MPC affirme que les accusés ont profité de la priva-tisation de la mine MUS située dans le nord du pays – dont la houille servait alors à produire 40% de l’électricité tchèque – pour s’enrichir illégalement grâce à une architecture complexe de sociétés-écrans internationales.

Selon l’agence de presse tchèque, CTK, le gouvernement tchèque a été complice du détournement de biens publics car il a accepté de brader l’entreprise en vendant ses actions à un cinquième de la valeur réelle |3|. L’actuel président de la République tchèque, Miloš Zeman, néolibéral, était premier ministre au moment de la privatisation et a toujours affirmé que la vente de la mine MUS n’avait porté aucun préjudice à l’État |4|. Du coup, l’État tchèque ne s’est pas retourné contre les responsables de la fraude. Si la justice suisse ne s’était pas saisie de cette affaire, les accusés n’auraient pas été véritablement inquiétés.

Au-delà de la personne de Jacques de Groote La Banque mondiale et le FMI ont lancé un vaste programme de privatisation en République tchèque comme dans la plupart des autres pays de l’ex-bloc soviétique à l’époque où Jacques de Groote était directeur exécutif (son mandat a pris fin en 1991 à la BM et en 1994 au FMI).

Au-delà de l’individu Jacques de Groote, et quelles que soient les intentions de la justice suisse, le procès en cours doit être l’occasion de mettre en évidence à quel point l’action du FMI et de la Banque mondiale ont été préjudiciables. Manifeste- ment, la justice suisse se garde bien de mettre en cause ces institutions. Elle poursuit des individus. Cela ne doit pas nous empêcher de voir qu’au-delà des individus, il y a un système et des institutions qui leur permettent d’agir de la sorte ou qui les encouragent à le faire.

Il est important de comprendre que ce qui s’est passé en République tchèque avec la privatisation de la mine MUS s’est produit à de multiples reprises au cours des trois dernières décennies, que ce soit dans les pays de l’ex-bloc de l’Est, dans les pays dits « en dévelop-pement » ou aujourd’hui en Grèce, au Portugal, à Chypre et ailleurs. Dans presque chaque cas, les gouvernants locaux ont été complices : ils ont permis à une poignée d’individus et d’entreprises privées d’en tirer profit au détriment du bien commun. Cela s’est également passé dans les pays les plus industrialisés, que ce soit en Allemagne, en France, au Royaume Uni, au Japon, aux États-Unis, en Italie, en Belgique… pays dans lesquels, jusqu’ici, l’intervention du FMI et de la Banque mondiale n’a pas été nécessaire, puisque les décisions ont été prises directement par les gouvernants en rapport étroit avec de très grandes entreprises.

Pour que des détournements massifs d’argent public puissent avoir lieu, il faut également la participation active des grandes banques. Dans le cas de l’affaire qui nous concerne ici, le Crédit Suisse (une des deux principales banques suisses) est impliqué mais il n’est pas directement au banc des accusés. C’est aussi à souligner.

25 juillet par Eric Toussaint Lire la suite: http://cadtm.org/Du-nouveau-autour-du-proces-contre

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