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09 mai 2024 ~ 0 Commentaire

EPR ( ODN )

epr

Observatoire du nucleaire SCOOP – L’électricité de l’EPR coûtera 2,5 fois plus cher que celle du reste du parc nucléaire

L’EPR de Flamanville va donc être un désastre économique pour la France en plus d’être une catastrophe industrielle pour EDF

- L’électricité produite par l’EPR sera beaucoup plus chère que celle désormais produite massivement en Europe par les renouvelables

Alors que le chargement en combustible du réacteur nucléaire EPR de Flamanville a commencé le 8 mai 2024, l’Observatoire du nucléaire tient à faire savoir que, si EDF parvient dans les mois qui viennent à faire fonctionner correctement ce réacteur, malgré ses diverses tares et malfaçons dont sa cuve défectueuse, l’électricité ainsi générée sera ruineuse.

EDF maintient ce sujet dans une totale opacité afin de laisser croire que l’EPR serait compétitif, ce qui est totalement impossible pour un réacteur dont le prix est passé d’environ 3 milliards à l’origine à plus de 20 milliards : l’estimation de 19 milliards par la Cour des comptes date de 2020 et est donc inévitablement à revoir à la hausse. Il est cependant possible d’avoir une comparaison entre les coûts de production de l’électricité de l’EPR et celle du reste du parc nucléaire d’EDF.

En effet, le rapport de juillet 2023 de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) sur le coût de production du parc nucléaire situe la part de l’EPR à 2,5 euros/MWh pour la période 2026-2030 (1) pour un coût d’ensemble du parc nucléaire de 60,7 euros/MWh sur la même période, à savoir en moyenne une part de 1,04 euros/Mwh pour chacun des 56 réacteurs actuels.

L’électricité produite par l’EPR sera donc 2,5 fois plus chère que celle du reste du parc nucléaire d’EDF, laquelle est pourtant déjà déjà fort onéreuse comme peuvent le constater les citoyens de France qui voient leurs factures d’électricité s’envoler et leurs impôts servir à renflouer les entreprises de l’atome.

Pourtant, grâce aux productions de plus en plus massives et de moins en moins chères des énergies renouvelables, les prix de gros de l’électricité baissent très fortement en Europe (2), mais cela ne profite pas aux habitants de la France, piégés dans l’impasse nucléaire et soumis aux augmentations régulièrement annoncées par le ministre de l’économie Bruno Le Maire.

De plus, en venant s’ajouter aux productions électriques désormais largement excédentaires en Europe, la production de l’EPR va mécaniquement contribuer à faire encore plus baisser les prix de gros… et rendre le nucléaire (ancien et EPR) encore moins rentable, contraignant EDF à vendre à pertes ou à arrêter des centrales, ce qui arrive d’ores et déjà, et de plus en plus souvent, et lui coûte terriblement cher dans les deux cas. La mise enservice de l’EPR  de Flamanville va donc aggraver la situation de quasi faillite dans laquelle se trouve déjà EDF.

Alors que les énergies renouvelables viennent de dépasser le seuil de 30% de l’électricité produite sur Terre (3), et vont continuer leur montée exponentielle, le nucléaire poursuit son effondrement, passé de 17,1% en 2001 (4) à  9,2% en 2022  (5). De fait, si la France s’obstine à vouloir construire de nouveaux réacteurs (dits EPR2), dont les coûts s’envolent déjà (6) alors qu’ils n’existent même pas sur le papier, ce sera une inévitable nouvelle catastrophe économique. 

A supposer qu’EDF parvienne à construire le premier EPR2, il ne fonctionnera officiellement pas avant 2035 et probablement pas avant 2040 en réalité : il sera encore plus submergé par les renouvelables, dont la progression est exponentielle, et ne pourra probablement même pas être mis en service. Il est encore temps pour la France de sortir de l’impasse nucléaire en stoppant le programme EPR et de prendre le seul train d’avenir, celui des énergies renouvelables…

(1) https://www.contexte.com/article/energie/info-contexte-cout-du-nucleaire-le-regulateur-etrille-la-contre-evaluation-dedf_174867.html

(2) https://www.latribune.fr/climat/energie-environnement/electricite-l-ere-des-prix-negatifs-commence-994515.html

(3) https://www.connaissancedesenergies.org/afp/le-monde-depasse-en-2023-les-30-delectricite-dorigine-renouvelable-selon-un-rapport-240508

(4) https://www.alternatives-economiques.fr/structure-de-production-mondiale-delectricite-origine-2001-0110200355482.html

(5) https://www.connaissancedesenergies.org/sites/connaissancedesenergies.org/files/inline-images/Monde-Production-electricite-2022%20%281%29.png

(6) https://www.latribune.fr/climat/energie-environnement/nucleaire-la-facture-des-futurs-reacteurs-epr2-d-edf-grimpe-deja-en-fleche-992108.html

www.observatoire-du-nucleaire.org

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14 mars 2024 ~ 0 Commentaire

portugal (à l’encontre)

Portugal. La question gouvernementale et la place d’une initiative unitaire de la gauche à l’occasion du centenaire du 25 avril

Les résultats des élections législatives du dimanche 10 mars (voir article et tableau publiés sur ce site le 11 mars) débouchent sur une difficile situation pour une constitution «assurée» d’un gouvernement, du simple fait que le parti-coalition de droite Alternative démocratique (AD), à la tête duquel se trouve Luís Montenegro, ne dispose que d’une majorité relative de 79 députés sur 230. La majorité absolue est de 116 députés. Il est très probable – 4 députés issus des votes des émigré·e·s ne sont pas encore connus – que le président de la République, Marcelo Rebelo de Sousa, demandera à Luís Montenegro de former un gouvernement. Pour autant que ce dernier devance, en dernière instance, le PS grâce aux votes des circonscriptions d’émigrés qui seront dépouillés le 20 mars.

Le maire de Lisbonne, Carlos Moedas, membre du PSD (AD), n’a pas manqué de désigner comme responsables pour qu’aboutisse la formation d’un gouvernement AD: «le PS, Chega et d’autres partis». Autrement dit, la «responsabilité» technique de la formation ou non du gouvernement repose, selon lui, sur les options des élu·e·s de ces partis dans l’Assemblée de la République. Ce qui renvoie en priorité à la «responsabilité» du PS qui compte actuellement 77 député·e·s, pour autant que «le cordon sanitaire» soit maintenu par Luís Montenegro et l’AD face à l’extrême droite de Chega.

L’AD peut compter sur l’Initiative libérale (8 sièges). A l’opposé, la gauche – au sens le plus générique, PS, Bloco, PCP, Livre (écologique) – compte 90 députés, et 91 si est additionné le PAN-Personnes-Animaux-Nature. Donc une coalition négative peut se former pour bloquer des propositions de la droite qui, pour dépasser cet obstacle, devrait faire appel à Chega (48 sièges). Or Luís Montenegro a répété le «non et non» pour un «accord» avec Chega.

Pour réduire la dynamique de coalition négative de la gauche, il faudrait que la droite gagne les 4 députés de l’émigration, ce qui aboutirait à une égalité: 91-91.

D’autres «inconnues», avant la tenue de la première réunion de l’Assemblée de la République, au début du mois d’avril, peuvent être mentionnées. Les élections du président et des vice-présidents de l’Assemblée. Les quatre principaux partis parlementaires peuvent proposer un candidat. Reste ouverte la mise en échec d’une des propositions, le vote étant secret. De plus et surtout, comment sera reçu le programme de gouvernement proposé par le premier ministre désigné? Chega, qui insiste sur son électorat de 1 million, va montrer ses muscles pour être partie prenante au moins des principaux éléments d’un programme gouvernemental. Si Chega présente une motion de censure, il ne sera pas suivi par le PS, du moins sur la base des déclarations actuelles.

La question la plus importante, le test, va porter sur le budget 2025, d’autant plus que le PSD (AD) a indiqué qu’il était favorable à «un budget rectificatif», lors de la campagne électorale. Mais son avance limitée sur le PS semble devoir le pousser à aborder ce thème central en obtenant une abstention sur la base de quelques mesures budgétaires acceptables par ce dernier. Si ce budget présenté par le futur gouvernement passait, la survie d’un tel gouvernement serait plus probable, d’une part parce que le président de la République ne peut plus dissoudre l’Assemblée car ce pouvoir n’est plus applicable au cours des six derniers mois du mandat présidentiel et, d’autre part, parce que pourrait s’affirmer dans le PS une orientation – déjà mentionnée par certains caciques – visant à accepter une stabilité gouvernementale, bien que le PS se situe dans l’opposition.

Dès lors, les initiatives communes de la gauche, au sens large, telles que proposées par le Bloco de Esquerda, sur les questions sociales et symboliquement sur le 50e anniversaire du 25 avril ont toute leur place dans ce contexte relativement mobile, mais marqué sérieusement par l’affirmation de Chega.

C’est dans cette perspective que le 12 mars le Bloco a lancé une initiative unitaire pour l’échéance du 25 avril, ce qui pourrait stimuler une possible riposte sociale sur les droits démocratiques et sociaux (entre autres dans la santé, l’enseignement et le logement). Nous la reproduisons ci-dessous. (Rédaction A l’Encontre)

«Le Bloco souhaite une convergence dans l’opposition et se réunira avec les partis»

Par le Bloco de Esquerda

Le 12 mars au soir, Mariana Mortágua a annoncé que le Bloco a demandé des réunions avec le Parti socialiste, le PCP, Livre (écologistes) et le PAN (Personnes-Animaux-Nature) pour «analyser les résultats des élections et discuter des éléments de convergence à venir dans l’opposition au nouveau gouvernement [qui devra être constitué] et dans la définition d’alternatives pour le pays».

Dans un message vidéo [voir ci-dessous avec traduction automatique] publié ce mardi, Mariana Mortágua a analysé les résultats des élections de dimanche dernier et a indiqué des pistes pour une unité de la gauche pour le futur.

Selon la coordinatrice du Bloco, «les élections de dimanche ont changé le visage politique du pays» et «le résultat obtenu par l’AD et la montée de l’extrême droite font courir au Portugal le risque d’une réaction conservatrice qui menace les droits sociaux».

C’est pourquoi elle affirme que «les partis du camp démocratique, les écologistes et la gauche doivent maintenir ouvertes les portes d’un dialogue et rechercher la plus grande convergence possible pour défendre l’essentiel». Et elle insiste: «Nous ne renonçons à rien. Ni à la mémoire, ni à l’avenir, ni à l’Etat social, ni à l’objectif d’égalité.»

«Et, bien sûr, [l’objectif des réunions unitaires sera] de garantir qu’ensemble, nous organiserons des manifestations historiques dans tout le pays le 25 avril», a conclu la coordinatrice du Bloco de Esquerda [pour rappel, il y a cinquante ans le 25 avril marquait le renversement du régime salazariste]. (Déclaration publiée le 12 mars au soir sur le site du Bloco de Esquerda).

_________

PS: Selon diverses sources, la proposition du Bloco pour une rencontre unitaire de la gauche a reçu une réponse positive de la part du PCP. Son dirigeant, Paulo Raimundo, l’a déclaré lors d’une conférence de presse, tout en indiquant que le PCP n’allait pas «se dissoudre dans une convergence», ce qui relève de l’évidence. Le PAN a fait de même ce mercredi. Selon la presse, la PS s’est aussi manifesté comme «disponible» au même titre que Livre.

Selon le PS, des rencontres avec chaque parti devraient prendre forme, ce qui pourrait renvoyer au type de négociations qui ont eu lieu en 2019 pour établir les rapports entre le PS, le Bloco, le PCP. La dynamique «unitaire» et sa configuration vont être testées dans les jours qui viennent. (Réd. A l’Encontre)

13 mars 2024 Alencontre

https://alencontre.org/

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19 décembre 2023 ~ 0 Commentaire

france-palestine (npa)

Crédit Photo DR 
Revue L’Anticapitaliste n° 151 (décembre 2023)

Les circonvolutions de la politique française sur la Palestine et Israël

Les rapports entre la bourgeoisie française et ses gouvernements face au sionisme et à l’État d’Israël ont suivi de nombreuses circonvolutions depuis les années trente du siècle dernier, mais ont toujours été essentiellement déterminés par les aléas de la politique colonialiste et impérialiste de la France en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Dans ce cadre, la question palestinienne a toujours été une variable d’ajustement de cette politique. Au début du siècle dernier, la France a imposé son hégémonie coloniale sur l’Afrique du Nord et l’essentiel de l’Afrique de l’Ouest. Le Moyen-Orient, comme l’Afrique de l’Est, est surtout une zone d’influence exclusive de la Grande-Bretagne qui assure le contrôle du canal de Suez et des voies commerciales avec l’Inde, ayant consolidé ses colonies dans le Golfe persique, en Égypte et au Soudan. De plus, l’utilisation croissante du pétrole commence à faire de l’Iran et de la Mésopotamie une zone stratégique. La Grande-Bretagne essaya même dans les années 1910 de mettre la main, en Iran, sur ce qui restera, jusque dans les années 1940, le plus important gisement de la région, et lorgna aussi sur le gisement ottoman de Mossoul.

Après l’échec de Bonaparte en Égypte, les impérialistes français, notamment Napoléon III, avaient essayé à plusieurs reprises et sans succès, durant le XIXe siècle, d’étendre leur empire nordafricain vers le Levant et la « Grande Syrie ». La France compta donc utiliser l’affaiblissement de l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale pour mettre enfin un pied dans cette région et participer à l’exploitation pétrolière naissante.

Le dépeçage de l’Empire ottoman avait été dessiné par la France et la Grande-Bretagne avec le fameux accord secret Sykes-Picot de 1916, révélé au grand jour par la Pravda dès fin 1917. Il prévoyait l’octroi à la France d’une vaste zone au nord d’une ligne Gaza Kirkouk, allant au nord jusqu’en Anatolie, intégrant notamment la Cilicie région arménienne de l’empire ottoman et une partie du Kurdistan. La Grande-Bretagne s’octroyait le sud de la région arabe jusqu’à la mer d’Oman. La Palestine devait constituer une zone internationale.

Mais, parallèlement à cet accord secret, la Grande-Bretagne, pour affaiblir le pouvoir ottoman, avait soutenu la révolte menée dès 1916 par les mouvements indépendantistes, anticoloniaux et nationalistes arabes, avec un engagement à soutenir la création d’un État arabe unifié moderne, unifiant les arabes sunnites et chiites d’Alep à Aden, sous l’impulsion de Hussein ben Ali, souverain hachémite du Hedjaz et chérif de La Mecque, et des nationalistes de Damas.

Cet accord reconnaissait l’indépendance des pays arabes de la péninsule arabique jusqu’à la province de Mersin en Anatolie, de la Méditerranée à la frontière perse, y compris donc la Palestine et la Syrie. De plus, en 1917, par le biais de deux déclarations (Cambon et Balfour), les gouvernements français et anglais engageaient leur soutien à l’Organisation sioniste mondiale à la création « en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif […] étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse créer un préjudice pour les droits civils et religieux des communautés non juives en Palestine… » (Déclaration Balfour).

Le but, des impérialistes britanniques notamment, était de s’assurer le soutien du mouvement sioniste pour faire pencher les États-Unis dans l’engagement américain dans la guerre, face à l’Allemagne, et aussi de consolider au Nord de l’Égypte la façade maritime en espérant avoir un contrôle étroit sur cette zone.

L’accord secret Sykes Picot contredisait l’engagement envers les droits nationaux des arabes, tout comme il écartait ceux des Arméniens et des Kurdes.

L’imposition du partage colonial face à l’indépendance arabe

À la fin de la guerre, les armées arabes, avec le soutien des Britanniques, sortirent victorieuses de leur affrontement avec l’armée ottomane et avait libéré l’ensemble des territoires arabes de la mer d’Oman à l’Anatolie. Fayçal, dirigeant des armées arabes et fils du chérif hachémite Hussein ben Ali, signait un accord avec le dirigeant sioniste Chaim Weizmann acceptant l’application de la déclaration de Balfour mais explicitement pour lui dans le cadre du nouvel État arabe unitaire et dans le respect des droits des populations arabes vivant déjà sur cette terre.

Mais la résolution de San Remo, en avril 1920, dans la foulée de la Conférence de Paris de 1919, faisait voler en éclat ce nouvel État arabe, sans aucun respect des engagements pris avec Hussein en 1915. Sous les auspices de la Société des Nations (SDN), la Mésopotamie (l’Irak) et la Palestine passèrent sous « mandat » britannique, la Syrie et le Liban sous « mandat » français.

La Grande-Bretagne, forte de son rapport de force militaire face aux Français, obtient d’intégrer à leur zone la région de Mossoul et Kirkouk, où la Turkish Petroleum exploitait les gisements. En dédommagement, la France mettait la main sur les 25 % de parts que détenait la Deutsche Bank dans cette société. Créée pour gérer ces parts, la Compagnie française des pétroles (CFP, future Total) eut ainsi accès au partage des richesses pétrolières du Moyen-Orient, et à un strapontin au côté des 7 majors (BP, Shell, Exxon, Texaco, Mobil, Socal et Gulf) qui détinrent le monopole mondial de l’exploitation et de la distribution jusqu’aux années soixante.

En juillet 1920, les troupes françaises (80 000 soldats avec l’appui de chars, d’artillerie et de l’aviation) envahissent donc le royaume arabe de Syrie, s’imposent à la bataille de Khan Mayssaloun face à l’armée des nationalistes arabes (5 000 soldats mal équipés).

L’ironie morbide des décisions colonialistes de la SDN est que les mandats britanniques et français devaient « permettre aux États du monde arabe d’accéder à l’indépendance et à la souveraineté » mais se traduisent dans toute la région par l’écrasement de la souveraineté arabe déjà réalisée et la création d’une Syrie sous mandat colonial français, avec la création artificielle du Liban et de la Palestine sous mandat britannique, privant la Syrie de toute façade maritime.

En écrasant le régime démocratique et populaire de Fayçal qui aura vécu deux ans, les colonialistes français se sont comportés à Damas avec la même morgue que celle affichée en Afrique du Nord, s’opposant pendant plus de vingt ans au nationalisme arabe qui, chercha à aboutir à une souveraineté nationale et à réunifier la Syrie, appuyée sur plusieurs élections exprimant un sentiment national qui dépassait les « communautés ».

En 1936, la chambre de Front populaire faillit ratifier un nouvel accord avec les nationalistes du Bloc national, reconnaissant leurs droits nationaux vers une Syrie indépendante. La droite y mit un frein, et l’arrivée du régime de Pétain en 1940 fit craindre aux Anglais que la Syrie du mandat serve de point d’appui à l’armée allemande. Ils acceptèrent l’appui des FFL pour intervenir en Syrie et écarter du pouvoir l’administration de Vichy. Pour asseoir leurs bases populaires, Britanniques et gaullistes acceptèrent de proclamer que « les peuples libanais et syriens seraient désormais indépendants et pourraient se constituer soit en deux États séparés soit en un seul État ». Mais dès 1944, l’administration coloniale refuse de céder son pouvoir et cherche à maintenir un contrôle de la France sur les souverainetés syriennes.

Le 29 mai 1945, presque un mois après les insurrections algériennes de Sétif et Guelma qui aboutirent à 35 000 assassinats d’autochtones, l’aviation française bombarda la population de Damas qui exigeait purement et simplement l’indépendance et le départ de la France, avec un bilan d’au moins 400 morts. Finalement, sous pression de la Grande-Bretagne, la France se retirera totalement et sans condition en 1946.

La France colonialiste perd donc totalement pied au Moyen-Orient alors que la Grande-Bretagne garde la main, ayant mieux su négocier les accessions à l’indépendance des monarchies hachémites en Irak et en Jordanie dans le cadre du mandat, dans la péninsule arabique où elle soutient la famille Saoud, (qu’elle avait mise en place dans les années vingt en destituant le souverain hachémite Hussein ben Ali). Si les relations bilatérales sont compliquées mais maintenues avec l’Égypte et notamment sur le contrôle du Canal de Suez, les Britanniques gardent le contrôle du Golfe arabique avec les « États de la Trêve » (aujourd’hui Émirats arabes Unis, Qatar et Bahreïn) toujours intégrés à l’Empire britannique.

Le soutien de la France à Israël de 1945 à 1967

La France d’après-guerre, déjà affaibli par le mouvement des indépendances qui s’annoncent en Indochine et en Afrique, cherche donc un nouveau point d’appui au Moyen-Orient. Alors que Churchill et la Grande-Bretagne cherchent à bloquer l’arrivée de migrants juifs en Palestine, la France, elle, va aider le départ des côtes françaises de bateaux de migrants et de caisses d’armements (Exodus, Altalena…).

En 1947, elle accordera aussi l’asile politique à Yitzhak Shamir, militant sioniste de droite et futur Premier ministre israélien, responsable de l’organisation armée Lehi (groupe Stern), spécialisée dans les assassinats politiques contre des responsables britanniques. Jusqu’en 1948, il s’occupera en France d’organiser les actions et la logistique de l’Irgoun. En tant que « terroriste », sa tête était mise à prix et il était recherché par la police britannique, à la suite notamment de l’attentat de l’Irgoun contre l’hôtel King David (au moins 91 morts). La France refusera son extradition.

Donc, discrètement, mais clairement, les autorités françaises soutiennent contre les Britanniques le développement de l’immigration en Palestine et la création d’un État juif. Dans les années 50, la France va jouer la carte d’Israël pour essayer de maintenir une présence dans la région, alors que toute la région arabe a une image déplorable de la France, après l’expérience du mandat et avec le contexte colonial de la guerre de libération en Algérie.

La Grande-Bretagne, elle, va en 1955 consolider ses alliances par le pacte de Bagdad duquel la France est exclue, avec le Pakistan, la Turquie, l’Irak et l’Iran, rejoints ensuite par les USA. Il s’agit clairement d’une alliance militaire face « au communisme » et à l’URSS sur sa frontière sud-ouest. L’Égypte nasserienne, suite à ce pacte, développe un autre pacte rassemblant le Yémen, l’Arabie saoudite et la Syrie, développant ses liens avec l’URSS, tout en faisant appel à la Tchécoslovaquie pour les fournitures d’armes.

L’Égypte reconnait aussi la République populaire de Chine, mise au ban des relations internationales par les pays occidentaux depuis 1949. Suite à cette évolution, les USA refusent tous les crédits que Nasser veut obtenir pour la modernisation du pays, notamment pour le barrage d’Assouan. En conséquence, l’Égypte va nationaliser la Compagnie universelle du Canal de Suez le 26 juillet 1956, prenant le contrôle du canal et expropriant les capitaux français et anglais (avec de solides indemnités et rachat amenant à la création de ce qui deviendra le groupe Suez).

À l’époque, la France redoute le soutien de Nasser au FLN algérien – c’est au Caire que le mouvement à son siège et il est soutenu par les livraisons d’armes venant de l’Égypte. Le SDECE essaya même à l’époque, sans succès, de pousser les Frères musulmans égyptiens à l’assassinat et au renversement de Nasser. La Grande-Bretagne et Israël craignent le blocage de la voie de transport maritime qui a aussi pris une importance stratégique avec le développement du commerce du pétrole.

La France, l’Angleterre et Israël mènent donc, en octobre suivant, la nationalisation, des discussions secrètes débouchant sur le protocole de Sèvres prévoyant une opération militaire contre l’Égypte avec, de la part de la France, la couverture aérienne et navale de l’offensive terrestre israélienne, une importante livraison d’armes, l’équipement de l’armée israélienne en avions de chasse Dassault et de chars AMX français.

« L’opération de Suez » est donc lancée fin octobre, officiellement pour riposter au blocus du détroit de Tiran, à l’extrémité du Golfe d’Aqaba. Sous protection française, l’armée israélienne et ses alliés traversent le Sinaï jusqu’au Canal de Suez. Mais, ni les USA ni l’URSS ne veulent d’un conflit régional de cette importance et, après la percée militaire, les armées de cette alliance doivent se retirer, deux mois après le début du conflit.

Malgré cet échec politique, l’opération de Suez sera les premiers pas d’une coopération militaire franco-israélienne étroite qui durera jusqu’à la guerre des Six Jours en 1967. Un volet important sera la structuration par la France du programme nucléaire israélien avec la construction de la centrale de Dimona, dans le Néguev, aboutissant à la maîtrise de l’arme nucléaire par Israël, sans que le pays ne l’ait jamais reconnu. La France restera jusqu’en 1967 le premier fournisseur d’Israël en matériel militaire.

L’opération de Suez est malgré cela un échec pour la France et la Grande-Bretagne qui apparaissent comme des impérialismes de seconde zone poursuivant leur politique d’agression coloniale, mais affaiblis et soumis aux décisions américaines. Cette action discrédita particulièrement la France aux yeux des pays arabes, cette opération s’ajoutant à la guerre coloniale en Algérie. La Grande-Bretagne en tirera comme leçon un alignement systématique sur l’impérialisme américain et la France tentera avec De Gaulle, à partir de la fin de la guerre d’Algérie, une politique d’indépendance basée sur la maîtrise de l’arme nucléaire et en cherchant à faire oublier sa politique colonialiste.

À la fin des années cinquante, l’armée française s’était livrée notamment à des crimes de guerre au Cameroun pour assassiner des militants indépendantistes, mettre en place un gouvernement fantoche et démanteler l’UPC et la résistance anticolonialiste.

L’ouverture vers l’OLP

Après la défaite française en Algérie, la France chercha donc à renouer avec une politique vis-à-vis des pays arabes, notamment les pays producteurs de pétrole et les pays clients des fournitures d’armement français. Cette réorientation va se télescoper avec l’alliance privilégiée avec Israël.

Après 1967, la France apparaîtra préoccupée de la question palestinienne, reconnaissant la légitimité de la résistance et exigeant qu’Israël applique la résolution 242 stipulant le retrait total des territoires occupés, c’est-à-dire la bande de Gaza et la Cisjordanie. Le tournant se concrétise à partir de 1974 avec le vote de la France à l’ONU, de reconnaissance de l’OLP comme principal représentant du peuple palestinien, et la France devient le premier pays européen accueillant une représentation de l’OLP.

En 1972, la France refusera l’extradition, vers l’Allemagne ou Israël, d’Abu Daoud, militant du Fatah, coorganisateur de l’attaque lors des Jeux olympiques de Munich en 1972, au cours de laquelle 18 personnes dont 11 athlètes israéliens furent tués. Cet attentat avait été impulsé et financé par Mahmoud Abbas, trésorier du Fatah à l’époque et président actuel de l’Autorité palestinienne. De même, sera mis en œuvre un accord franco-iraquien pour la mise en œuvre du réacteur nucléaire Osirak en 1975 Ce réacteur sera détruit par un raid israélien en 1981.

Par la suite, les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix vont voir une reconfiguration du paysage politique avec le renversement du Shah en Iran et la création de la République islamique, la crise du nationalisme arabe et la disparition de l’URSS. Dans les années quatre-vingt-dix, avec les accords d’Oslo et l’alignement progressif des capitales arabes sous le giron des USA, la politique arabe de la France mit largement de côté cette prise en compte de la question palestinienne.

Elle n’était plus un passage obligé dans le dialogue avec les capitales arabes, notamment celles du Golfe qui, face à l’influence de l’Iran, normalisèrent leur rapport avec Israël. Les intérêts commerciaux de la France dans les pays arabes pouvaient dès lors s’accorder avec une empathie politique avec Israël et un alignement sur la politique prosioniste des États Unis et de l’essentiel des pays européens. La présidence de Jacques Chirac fut la dernière phase de cette politique autonome avec, notamment, le refus de suivre George Bush dans la guerre d’Irak de 2003 qui aboutit à l’élimination de son ancien allié Saddam Hussein et l’ouverture de la déstabilisation de la région.

Un nouveau paradigme se construisit dès lors, notamment après septembre 2001 et l’intervention occidentale en Afghanistan, à l’axe du Mal mis en avant par les USA, reliant l’Iran au Hezbollah libanais et au Hamas, se superposèrent les axes du terrorisme islamiste de Daesh et d’Al Qaeda.

Les gouvernements sionistes successifs des années quatre-vingt-dix à aujourd’hui accélérèrent la colonisation et la répression de la résistance palestinienne, s’appuyant notamment sur le discrédit de la direction du Fatah, alors que la majorité parlementaire aux élections législatives de l’Autorité palestinienne était largement obtenue par le Hamas en 2006. Les gouvernements français acceptèrent désormais d’épouser les définitions imposées par Israël : les groupes armés palestiniens sont des groupes terroristes, l’antisionisme est une nouvelle forme de l’antisémitisme.

Malgré le maintien officiel de la politique adoptée après 1967, à partir de la présidence de Sarkozy, il n’y eut plus aucune prise en compte politique des droits du peuple palestinien et la France se rangea totalement sur le soutien pur et simple à la politique israélienne, tout comme le fit l’Union européenne.

Léon Crémieux

https://lanticapitaliste.org/

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30 novembre 2023 ~ 0 Commentaire

ehpad (rennes)

hoptiam

Ephad, Esat, IME… « Le salaire de base vient de passer en dessous du SMIC ». Le cri d’alarme des travailleurs du médico-social

Les soins et la solidarité sont dans un état de fragilité immense. C’est ce que sont venus dire près de 400 travailleurs, directeurs et présidents d’associations et de fédérations oeuvrant dans le domaine du médico-social, ce jeudi 30 novembre devant la préfecture, à Rennes. Ils ont symboliquement remis les clés de leur établissement devant les grilles.

Entre colère, ras-le-bol et inquiétude. Environ 400 responsables du secteur social, médico-social et sanitaire privé non lucratif breton se sont regroupés devant la préfecture à Rennes, ce jeudi après-midi.

Nom de la manifestation :  « Non à un Jeudi noir de la santé et des solidarités. Et si on vous rendait les clés ! »

Une manifestation avec la même symbolique mais centrée sur les Ehpad avait déjà eu lieu le 10 octobre à Plédran, dans les Côtes d’Armor.

Ils tirent la sonnette d’alarme, dénonçant la « fragilité extrême du système de santé et des solidarités » en France. Ils demandent des moyens financiers et humains pour les Ehpad, Esat ou IME qu’ils gèrent, où dans lesquels ils travaillent, pour des salaires souvent indécents.

Moins que le SMIC

Comme Patricia Bouëtel, qui travaille en protection de l’enfance. « Au moment du covid, on s’est retrouvé tout seul », déplore-t-elle. « Pas de masque, pas de gel, toutes les structures fermées. Et nous on avait des adolescents qui étaient dans un état lamentable, des éducateurs qui ne savaient pas comment faire. On n’a jamais été augmenté. Le salaire de base vient de passer en dessous du SMIC. Ça fait 40 ans que je bosse dans la protection de l’enfance.  Je ne pensais pas connaître ça dans ma vie ».

Non-marchandisation des personnes vulnérables

Ce que craignent les manifestants, c’est la remise en cause du système non-lucratif. Un de nos crédos, c’est la non-marchandisation de l’accompagnement des personnes vulnérables. Nous voulons préserver ce système. Il faut que le grand public comprenne que la non-lucrativité du secteur implique un accompagnent, des personnes vulnérables pour tous et qu’on ne laisse personne sur le bord du chemin.

« Nous sommes des magiciens »

D’après les manifestants, des associations sont en danger économique. « L’inflation, l’augmentation des personnes vieillissantes fait que beaucoup de nos structures sont au bord de la cessation de paiement », explique Mathieu Thiébaut, membre d’association. Nous sommes des magiciens. Tous les gens qui travaillent, professionnels ou bénévoles, arrivent à inventer des solutions au quotidien ».

Quelques élus ont rejoint les rangs de la manifestation.

Au même moment, la ministre des Solidarités et des Familles dans le Finistère

Pendant ce temps, la ministre des Solidarités et des Familles, Aurore Bergé, était en visite dans le Finistère. Ce mercredi, elle a annoncé la construction de « 100 établissements médico-éducatifs » d’ici 2027, pour l’inclusion des enfants en situation de handicap dans les écoles.

Les professionnels attendent de voir.

 30/11/2023  Benoit Levaillant (Avec Sylvaine Salliou)

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27 novembre 2023 ~ 0 Commentaire

hôpital lorient (fr3)

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Le directeur de l’hôpital dans le viseur, forte mobilisation des personnels contre la politique de restriction budgétaire de l’hôpital de Lorient

La mobilisation importante ce lundi 27 novembre pour la sauvegarde des conditions de travail et d’accueil à l’hôpital de Lorient est sans précédent selon les syndicats.

Plus de 500 personnes se sont rassemblées ce lundi après-midi devant l’hôpital du Scorff à Lorient (Morbihan) pour exprimer leur colère et leurs inquiétudes sur la gestion menée par leur tout nouveau directeur, basée sur des économies à tous les niveaux.

L’appel à la mobilisation avait été lancé une intersyndicale (CGT, CFDT, FA Fédération Autonome, Santé Sociaux G.H.B.S et Sud) à 14h devant l’hôpital du Scorff. Et l’appel a largement été entendu, puisque plus de 500 manifestants se sont rassemblés pour défendre leurs conditions de travail, conditions d’accueil des patients et les emplois.

Car depuis son arrivée en juillet dernier, Jean-Christophe Phelep, le nouveau directeur du groupe hospitalier Bretagne sud (GHBS) a réussi, selon les syndicats, un exploit : faire l’unanimité contre lui. « En deux mois, il a réussi l’exploit de réunir pour la première fois une intersyndicale à l’hôpital du Scorff » nous lâchait l’intersyndicale fin septembre dernier.

Une mobilisation historique

Selon un représentant CGT et un médecin au cours de la manifestation, une telle mobilisation, « c’est du jamais vu depuis 20 ans », « une mobilisation historique ».

Dans les rangs des manifestants composés avant tout de soignants, de personnels, de médecins, de patients, de résidents d’Ehpad et de citoyens, l’inquiétude est de mise par rapport aux conditions de travail et de soins prodigués dans l’établissement. Des slogans inscrits sur des pancartes tels : « Vous ne pensez qu’aux sous. Nous ne pensons qu’aux soins », « Non au management par la peur », « Maltraitance du directeur envers le personnel soignant », démontre bien la colère des personnels à l’égard de la nouvelle direction.

Selon les manifestants et les syndicats, la politique de restriction budgétaire engagée par le nouveau directeur se fait déjà lourdement sentir. Ainsi, l’intersyndicale dénonce « le climat délétère créé par le nouveau directeur et les nombreuses rumeurs qui se sont finalement concrétisées avec, par exemple, la fin du recours à des agents contractuels, la privatisation possible de certains services, notamment le bio nettoyage ou encore le gel des CDIsation ». 

Gérard, un résident d’Ehpad de 92 ans, n’a pas hésité à sortir pour soutenir « tous ces personnels compétents, très gentils qui vont perdre leur travail à la fin du mois ou du mois suivant ». Des personnes âgées qui n’auront pas de repas de Noël pour cause de restriction budgétaire.

« Un fossoyeur du service public hospitalier »

Jean-Christophe Phelep aurait dressé l’état d’une situation financière calamiteuse, mettant en avant l’endettement de l’établissement hospitalier, ce qui empêcherait d’avoir suffisamment de trésorerie permettant d’investir dans de nouveaux projets.

Ludovic Bénabès, représentant du personnel CGT du GHBS, n’hésite pas à qualifier le nouveau directeur de « fossoyeur du service public hospitalier ».

Selon le syndicaliste, « il y a urgence » devant l’inquiétude grandissante qui s’empare d’une bonne partie des employés soignants et administratifs du groupe hospitalier Bretagne sud. « On a eu neuf assemblées générales en un mois et à chaque fois le personnel a répondu présent en masse comme pour cette mobilisation d’aujourd’hui, ce qui prouve bien le mécontentement de la nouvelle politique menée ».

Le syndicaliste ajoute que ce qui se déroule actuellement à Lorient est symptomatique des politiques de santé qui ont été menées ces dernières années qui ont contribué à dévaster petit à petit et plus particulièrement ces dernières années l’hôpital public ». Et de parler de double discours « entre la volonté de vouloir maintenir un service public hospitalier de qualité et les moyens mis en œuvre pour y arriver ».

 27/11/2023   Thierry Peigné

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27 novembre 2023 ~ 0 Commentaire

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« Tax The Rich » : la Commission européenne valide la pétition sur la taxation des grandes fortunes

« Il y a un véritable ras-le-bol de l’injustice fiscale et de ces deux systèmes de taxation parallèles : celui de Monsieur et Madame tout le monde, qui travaillent, paient leurs impôts là où ils sont domiciliés et ne vivent pas dans l’opulence ; et celui pour les grandes fortunes, qui ont la capacité d’avoir des avocats fiscalistes mettant en place des stratégies de contournement et qui, finalement, payent beaucoup moins d’impôts et accumulent du capital »

Portée par des eurodéputés, des économistes, des millionnaires et des citoyens, l’initiative citoyenne européenne « Tax the Rich » est lancée. L’objectif : récolter 1 million de signatures pour taxer les 1% les plus riches, ceux qui polluent le plus, afin de financer la transition écologique de l’UE.

Aux origines de l’ICE : la taxe sur les superprofits des entreprises

Depuis 2020, les 1 % les plus riches ont accaparé les deux tiers des richesses créées, soit près de deux fois plus que les 99 % restant. Pire, ces mêmes 1 % émettent également plus d’émissions de CO2 que la moitié la plus pauvre de la planète.

Documenté par Oxfam, ce double constat est au cœur de l’Initiative Citoyenne Européenne (ICE) « Tax the Rich », enregistrée en juillet dernier par la Commission. Décryptage avec Aurore Lalucq, eurodéputée Place Publique et co-dépositaire du projet.

« Cette ICE, qui date d’avril dernier, est une idée de Paul Magnette [Président du Parti socialiste de Belgique]. Il m’a sollicitée car j’avais déjà travaillé sur la course au moins-disant fiscal des multinationales. Nous avons donc voulu répéter l’opération, cette fois-ci, au niveau, des grandes fortunes des individus » explique Aurore Lalucq pour La Relève et la Peste.

D’autant plus que, souligne l’eurodéputée, c’est un moment propice pour légiférer sur le sujet.

« Comme le Parlement européen vient d’adopter une taxe sur les superprofits des entreprises, nous n’avons rencontré aucune opposition. De même, au niveau de la Commission, plusieurs signaux nous ont indiqué que la question de la taxation des grandes fortunes était pertinente, tant sur la forme que sur le fond, puisqu’il permettra de créer un débat politique dont peuvent se saisir les sociétés civiles européennes ».

L’injustice fiscale, un sujet qui fait consensus

C’est donc un groupe de sept personnalités européennes issues de tout horizon qui ont collaboré afin de mettre sur pied une ICE recevable par l’Union européenne. Parmi elles, rien d’autre que : l’économiste français Thomas Piketty, la multimillionnaire autrichienne Marlène Hegelhorn, le secrétaire général d’Oxfam Danemark Lars Koch, le chef économiste de la Confédération finlandaise des professionnels (STTK) Lainà Patrizio…

Cette diversité socio-professionnelle a particulièrement été recherchée, souligne l’eurodéputée Place Publique.

« Nous voulions que le panel de personnes déposant l’ICE soit représentatif de la population, pour montrer à la Commission qu’un consensus est en train de se créer au niveau européen, d’autant plus que 67 % de la population de l’UE pense qu’il faut taxer la fortune. »

C’est que, du fait du décrochage de l’inflation par rapport aux salaires, cette question prend de plus en plus d’espace dans l’opinion publique.

« Il y a un véritable ras-le-bol de l’injustice fiscale et de ces deux systèmes de taxation parallèles : celui de Monsieur et Madame tout le monde, qui travaillent, paient leurs impôts là où ils sont domiciliés et ne vivent pas dans l’opulence ; et celui pour les grandes fortunes, qui ont la capacité d’avoir des avocats fiscalistes mettant en place des stratégies de contournement et qui, finalement, payent beaucoup moins d’impôts et accumulent du capital », analyse Aurore Lalucq.

C’est là tout l’enjeu de l’ICE « Tax The Rich ». Deux options s’offrent alors : soit un impôt sur les grandes fortunes est adopté au niveau de l’UE – faisant de la taxe un outil budgétaire -, soit l’UE oblige ses États-membres à établir un impôt commun à l’échelle nationale, sur le modèle de celui adopté par le Parlement européen sur les superprofits des entreprises – faisant ainsi de la taxe un outil étatique.
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L’un des derniers moyens pour financer la transition écologique…

Pourquoi ? « Car pour financer la transition écologique, l’UE a besoin de ressources propres conséquentes. Or, pour l’instant, malgré le fait qu’elle soit la première puissance économique mondiale, l’UE n’a pas le ‘budget’ suffisant pour mettre en place des politiques de soutien » poursuit Aurore Lalucq.

Que ce soit au niveau européen ou au niveau national, la transition écologique s’impose comme une nécessité immédiate. Du développement des énergies renouvelables à la modernisation des réseaux de transports, en passant par le soutien aux ménages les plus précaires pour l’acquisition de voitures électriques ou la rénovation thermique des logements, les besoins sont énormes.

« D’autant plus que 60 % des investissements dans la transition écologique ne sont pas rentables à court terme, ce qui signifie qu’il va nous falloir une puissance publique en capacité d’investir et que les grandes fortunes participent davantage au budget de l’État », analyse Aurore Lalucq.

L’objectif de l’ICE est donc véritablement de recréer de la solidarité.

« La transition écologique doit être sociale, sinon elle échouera » finit-elle par conclure.

Si celle-ci vient à être adoptée, trois interventions législatives seraient alors nécessaires : la mise en place d’une stratégie commune afin de mener une action coordonnée pour éviter le dumping fiscal ; l’élargissement du système de ressources propres de l’UE au nouvel impôt ; le renforcement des fonds pour la facilité et la résilience, pour le Green Deal et la politique de cohésion afin de permettre le financement de la transition écologique.

L’ICE a maintenant un an pour réunir à minima 1 million de signatures, afin de permettre une saisine de la Commission. Un rendez-vous à ne pas manquer !

: Gaelle Welsch

https://lareleveetlapeste.fr/

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08 novembre 2023 ~ 0 Commentaire

travail saisonnier (basta)

travail saisonnier (basta) dans Altermondialisme
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L’incroyable combat d’une travailleuse agricole contre l’exploitation des êtres humains

Yasmina Tellal, aux côtés d’autres travailleurs détachés agricoles, a brisé le silence sur leurs conditions de travail dans des exploitations agricoles du sud de la France. Fin septembre, la justice a condamné les gérants d’une entreprise dénoncée.

« J’ai mené cette bataille pour toutes les femmes, contre l’exploitation des êtres humains », souffle au téléphone Yasmina Tellal, employée de 2012 à 2017 par Laboral Terra, une entreprise de travail temporaire espagnole qui fournit de la main-d’œuvre aux exploitants et entreprises agricoles françaises. Après avoir vécu un calvaire dans les vergers et les serres de Provence durant des années, Yasmina et trois autres travailleurs agricoles saisonniers ont enfin été reconnus victimes par la justice.

Le 26 septembre, le tribunal correctionnel d’Avignon a condamné les deux gérants de Laboral Terra à verser aux travailleurs près de 100 000 euros d’indemnités, au titre des préjudices économique, financier et moral – soit 25 000 euros chacun. Les gérants de Laboral Terra ont également été condamnés à verser 1 euro symbolique à la CGT qui accompagnait les intérimaires en qualité de partie civile [1].

« C’est une grande victoire d’obtenir un préjudice moral. Dans ce type d’affaires, le symbole est important. Cela montre que la justice a compris l’enfer qu’ils ont vécu », a commenté Yann Prévost, l’avocat des travailleuses et travailleurs détachés. « Ils nous ont donné raison à 100 % : le travail non déclaré, le préjudice moral et économique, l’accident du travail, égrène Yasmina.

Une très longue bataille judiciaire

Le chemin de ces travailleuses et travailleurs pour en arriver là a été très long et difficile. « J’ai beaucoup bataillé pour avoir cette reconnaissance de notre souffrance par l’État français », reconnaît-elle. En 2020, nous avions longuement échangé avec Yasmina Tellal qui dénonçait les conditions « inhumaines » dans lesquelles elle avait été employée chez des exploitants et entreprises agricoles du sud de la France. « Ils n’ont rien respecté : ni les 35 heures ni les congés, et pas plus la possibilité d’avoir accès à la couverture complémentaire santé », dénonçait la travailleuse.

Entre 2012 et 2017, ses contrats se sont enchaînés, dans l’emballage de fruits et légumes, puis dans les serres de fraises où l’ « on n’avait pas de pause, pas de café, pas le droit de manger, pas de toilettes », décrit-elle. Dans une autre entreprise d’emballage de pommes, Yasmina travaille 15 heures par jour, avec une heure de pause seulement. Il y a là « un comportement de mépris et un abus de la force de travail », nous avait confié son avocat.

En 2020, Yasmina Tellal dépose plainte contre Laboral Terra aux prud’hommes, avec quatre salariés, pour non-respect des contrats de travail, non-paiement des heures supplémentaires et des congés payés, manque à l’obligation de sécurité et préjudice moral.

Les cotisations sociales, qui sont payées en Espagne par l’entreprise de travail temporaire, se révèlent bien moins élevées qu’en France. S’il n’est pas illégal d’avoir recours au travail détaché, cela doit se faire de manière limitée dans le temps. Or, dans le cas de Yasmina Tellal, son avocat rappelle qu’elle a travaillé pendant plusieurs années pour deux de ces sociétés, ce qui confirme un besoin structurel, et non pas temporaire, de main-d’œuvre.

Série de victoires

Le 22 septembre 2020, Yasmina Tellal et les quatre autres salariés obtiennent, devant les prud’hommes d’Arles, le paiement de rappels de salaires et congés payés par Laboral Terra. Le jugement évoque alors des « retenues frauduleuses sur salaires, (des) indemnités de congés payés jamais versées » ou des salaires calculés sans respecter le minimum légal.

« Le jugement a également reconnu la responsabilité solidaire des entreprises utilisatrices pour le paiement des sommes restantes dues aux salarié·es détaché·es et aux organismes de sécurité sociale », pointe le Collectif de défense des travailleurs étrangers dans l’agriculture des Bouches-du-Rhône (Codetras). En clair, les exploitations agricoles provençales qui ont bénéficié des services de Laboral Terra doivent aussi payer.

Nouvelle victoire judiciaire en juin 2022, au pénal cette fois-ci. Les gérants de Laboral Terra sont alors condamnés par le tribunal correctionnel d’Avignon pour « travail dissimulé » à cinq ans de prison dont deux ferme, 10 000 euros d’amende et se voient interdire d’exercer une activité en lien avec les infractions constatées de travail dissimulé et d’aide au séjour de travailleurs étrangers irréguliers.

Problème : les quatre ex-travailleurs agricoles n’ont pas assisté à ce procès pénal, « faute d’avoir été prévenus », selon leur avocat. Ils n’ont donc pas pu se constituer parties civiles. Les demandes des parties civiles ont finalement été prises en compte lors d’une audience le 24 mai 2023. « Ce sont des victimes qui ont été oubliées », plaide ce jour-là l’avocate Fatma Ferchichi, rappelant que l’enquête pénale a démarré après les plaintes de deux de ces salariés. L’avocate réclame alors 30 000 euros pour chaque travailleuse et travailleur détaché à Laboral Terra.

Le 26 septembre dernier, le tribunal correctionnel d’Avignon a donc suivi les demandes de l’avocate. Les quatre travailleurs détachés dont Yasmina Tellal ont officiellement été reconnus victimes par la justice de « travail dissimulé ». « À la différence du jugement en prud’hommes, le tribunal a jugé que le détachement était illégal précise Yasmina. Le pénal nous a donné raison sur tout ! »

« Ils veulent gagner du temps pour ne pas payer »

« On a gagné une bataille mais pas la guerre, tient à souligner Yasmina. On a gagné sur le papier, mais on n’a pas touché d’argent. » Depuis le jugement aux prud’hommes de 2020, elle et les autres travailleurs détachés n’ont pas perçu le moindre euro. Un an auparavant, en 2019, l’entreprise espagnole s’est déclarée en faillite. Dans ces conditions, c’est normalement la caisse de garantie de salaires (AGS internationale) qui doit prendre le relais [2].

Or, depuis trois ans, l’AGS transnationale rechigne à se substituer au liquidateur de Laboral Terra pour effectuer le versement des sommes dues. « L’AGS nous pose des difficultés pour payer en disant qu’en face le mandataire n’a pas donné le détail des cotisations et nous renvoie en Espagne », se désole l’avocat des travailleuses et travailleurs détachés dans les colonnes de La Marseillaise. La Mutualité sociale agricole attend elle aussi de recouvrer les impayés de cette fraude aux cotisations sociales, soit 3,8 millions d’euros.

« On attend une décision des prud’hommes le 14 novembre pour savoir si l’AGS transnationale va être condamnée à payer », observe Yasmina. Laboral Terra a par ailleurs fait appel de la décision au pénal du 26 septembre. « L’affaire sera étudiée au tribunal de Nîmes, mais on ne connaît pas encore la date. Ils veulent gagner du temps pour ne pas payer », redoute Yasmina.

Elle ne désarme pas et a même fait appel de la décision des prud’hommes de 2020, qui considère le travail détaché comme légal. « On veut que le travail détaché soit reconnu comme illégal. Le pénal nous a donné raison là dessus. La logique voudrait que les prud’hommes nous donnent raison sur cet aspect », précise-t-elle.

L’audience se tiendra le 15 janvier 2024 à Aix-en-Provence. « Ce qui me fait tenir, c’est la rage. Il faut en finir avec les harcèlements des femmes. Et il y a encore en Europe des femmes exploitées sexuellement, menacées de devoir donner leur corps si elles veulent poursuivre leur contrat de travail. »

Sophie Chapelle 8 novembre 2023

https://basta.media/

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01 octobre 2023 ~ 0 Commentaire

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Défense de l’hôpital de Carhaix : plus de 1 000 manifestants en colère à Quimper

Plus de 1 000 manifestants se sont rassemblés, samedi 30 septembre, devant la préfecture de Quimper, afin de réclamer la réouverture 24 h/24 des urgences de l’hôpital de Carhaix. D’autres rassemblements sont à prévoir ces prochaines semaines.

« Il s’agit maintenant de taper tous ensemble et en même temps sur le même clou, pour gagner notre juste combat », affirmait Matthieu Guillemot, le porte-parole du comité de vigilance de l’hôpital de Carhaix, quelques heures avant leur troisième journée de mobilisation, samedi 30 septembre, devant la préfecture du Finistère. Et son message a été entendu.

Si les deux premiers rassemblements, les jeudis 7 et 14 septembre, avaient réuni entre 100 et 200 manifestants, le troisième fut le bon. Au total, ce sont plus de 1 000 personnes qui ont débarqué au sein de la capitale de Cornouaille, vers 11 h.

kemper karaez le télégramme) dans A gauche du PS
(Le Télégramme/Benjamin Pontis)

Une manifestation statique qui s’est déroulée à l’angle de la rue du Parc et du pont Sainte-Catherine, l’autre côté des quais, longeant les murs de la préfecture, ayant été totalement coupée à la circulation par les policiers quimpérois et une compagnie de CRS venue de Mayenne.

 dans Austérité
(Le Télégramme/Benjamin Pontis)

« Carhaix, Carhaix, Résistance »

Au sein du cortège, on retrouvait des élus finistériens ainsi que de nombreux syndicats et partis politiques comme le NPA qui a accueilli dans ses rangs, samedi, leur porte-parole national, Philippe Poutou.

 dans Quimper et pays glazik
(Le Télégramme/Benjamin Pontis)

Au son des « Carhaix, Carhaix, Résistance », le millier de manifestants avait un message plutôt simple à faire passer, samedi, à Quimper. Ce message ? La réouverture 24 h/24 du service des urgences de l’hôpital de Carhaix qui, depuis le 4 septembre, est fermé entre 18 h 30 et 8 h 30. La raison ? Selon l’Agence régionale de santé (ARS) et la direction de l’hôpital carhaisien, cette décision a été prise en raison du manque de médecins urgentistes.

Samedi, la manifestation devant la préfecture du Finistère s’est déroulée principalement dans une ambiance bon enfant avec un espace buvette et restauration installée au début de la rue du Roi-Gradlon.

Toutefois, aux alentours de 12 h, de légères tensions se sont fait sentir entre les manifestants eux-mêmes, concernant un feu de pneus et d’une poubelle en plein cœur du rassemblement, contraignant la foule à se disperser sur les bords de l’Odet en raison d’épais nuages de fumée et d’une forte chaleur.

Des fumigènes et du gaz lacrymogène

Autre ombre au tableau du rassemblement : un moment de vive tension, vers 13 h 30, lorsque les forces de l’ordre ont demandé aux manifestants de quitter les lieux. Un message qui a énervé une partie des manifestants qui ont alors commencé à jeter des pétards et des fumigènes sur plusieurs CRS stationnés sur le pont Sainte-Catherine. Des jets qui ont provoqué une riposte des forces de l’ordre avec une charge et l’usage de gaz lacrymogène pour tenter d’interpeller un manifestant. En vain.

Puis, un peu après 14 h, une délégation composée d’une dizaine de personnes, dont le maire de Carhaix, Christian Troadec, a rejoint le groupe des manifestants après plus de deux heures d’échanges avec le préfet du Finistère Alain Espinasse, en poste à Quimper depuis août. Mais « nous n’avons rien obtenu », ont-ils déclaré, affirmant qu’ils n’allaient absolument pas abdiquer afin de sauver l’hôpital de Carhaix avant de quitter les lieux aux alentours de 15 h 30. De prochains rassemblements sont donc à prévoir.

 30 septembre 2023
https://www.letelegramme.fr/

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27 septembre 2023 ~ 0 Commentaire

greepeace espagne (reporterre)

En Espagne, le succès du train pas cher

En Espagne, le succès du train pas cher

Hausse de la fréquentation des trains, tonnes de gaz à effet de serre non-émises, progression face à l’avion… En Espagne, les subventions massives aux transports publics sont un grand succès, estime Greenpeace.

La baisse du prix des transports en commun entraîne-t-elle une diminution des émissions de CO₂ ? Oui, répond Greenpeace Espagne, dans un rapport publié le 19 septembre. La branche ibérique de l’ONG a dressé le bilan des mesures adoptées par le gouvernement espagnol pour faire baisser le prix des transports publics, un an après leur entrée en vigueur. Et elle estime que les mesures temporaires réduisant le coût des transports publics en Espagne ont entraîné une baisse de 160 à 320 tonnes d’émission de CO₂ par jour dans le pays.

Depuis septembre 2022, l’État prend en charge à 100 % les trajets réguliers des Espagnols — en trains de banlieue ou du réseau ferré régional, bus publics entre deux villes… Cette prise en charge est de 50 % pour les trajets réguliers en trains régionaux à grande vitesse et pour les trajets de moins de 100 minutes sur le réseau à grande vitesse national.

Dans les villes, les abonnements pour le métro et les bus sont subventionnés à 50 %. Ces aides doivent s’appliquer jusqu’au 31 décembre. En parallèle, l’ouverture du rail à la concurrence a permis la baisse des prix sur certaines lignes à grande vitesse. Résultat ? Le train gagne du terrain sur l’avion.

Fréquentation en hausse

Un succès donc, assure l’ONG de défense de l’environnement : une fréquentation du métro en hausse de 17 % dans les villes, de 30 % pour le bus. Le nombre de voyages sur le réseau régional classique a bondi de 67 % et de 64 % pour la grande vitesse.

Quant aux réseaux périurbains, leur fréquentation a monté de 27 %. « Cela suppose une augmentation moyenne de 206 278 voyageurs par jour, [soit] 56,1 millions de voyageurs en plus [dans le pays entre le début des subventions et mai dernier] », dit le rapport.

« Nous devons encore vérifier d’où viennent ces nouveaux voyageurs car il n’y a toujours pas de données officielles disponibles sur la période pertinente », dit Cristina Arjona, chargée des questions de transports pour Greenpeace Espagne.

Laisser la voiture à la maison

Pour avoir une première estimation en termes d’émissions de gaz à effet de serre, les auteurs du rapport se sont basés sur les résultats de la mise en place du ticket à 9 € en Allemagne, qui permettait d’emprunter tous les transports publics d’une ville et les trains régionaux pour 9 € par mois durant l’été 2022.

Ils ont croisé les résultats de cette expérience avec les chiffres publiés par la région de Madrid sur les variations de l’intensité du trafic sur ses routes. Ils estiment ainsi que 10 % à 20 % des nouveaux usagers des transports en communs ont laissé leur voiture à la maison. Ce qui réduirait les émissions liées aux déplacements des Espagnols de 160,21 à 320,42 tonnes de CO₂ par jour selon le document. Rapporté à une année, ce sont entre 58 467 et 116 953 tonnes économisées.

Pour éviter le retour à la situation antérieure une fois que ces subventions prendront fin, Greenpeace préconise un abonnement unique de transports à 30 euros par mois, valide pour la totalité des services actuellement couverts par les mesures gouvernementales sur l’ensemble du territoire.

Moins les transports publics coûtent cher, plus les polluantes voitures individuelles restent dans leurs garages. 

En parallèle aux subventions temporaires de l’État, l’ONG se réjouit de l’ouverture à la concurrence du ferroviaire depuis mai 2021, rompant le monopole de la société ferroviaire historique Renfe. Pour l’heure, seuls le français Ouigo et l’italien Iryo se sont lancés sur cinq destinations du réseau grande vitesse, toutes au départ de Madrid (Barcelone depuis mai 2021, Valence depuis octobre 2022, Alicante, Málaga et Séville depuis cette année).

Cela a entraîné une chute des prix. Entre Madrid et Barcelone, par exemple, en mars dernier, le prix moyen proposé pour les trains AVE de l’opérateur espagnol était de 78 euros. Il variait entre 37 et 42 euros chez les nouveaux venus. Avec certains billets à 15 euros. Et cela semble rendre le train plus attractif que l’avion.

En 2022, la Commission nationale des marchés et de la concurrence, le « gendarme de la concurrence » en Espagne, note que la part du train monte par rapport à celle de l’avion sur le trajet Madrid-Barcelone dans son dernier rapport annuel, publié en juillet. En France en revanche, l’ouverture à la concurrence n’a pas eu les effets positifs escomptés.

« Les citoyens préfèrent le train à l’aviation »

Dans une étude publiée le 20 juillet, Greenpeace s’indignait que, sur un même trajet, les billets d’avion pouvaient coûter quatre fois moins cher que le train en Espagne.

Pour Cristina Arjona : « [L’augmentation de la part du train sur les lignes où la concurrence a fait baisser les prix] démontre que quand les services existent et qu’ils sont accessibles, les citoyens préfèrent le train à l’aviation, secteur où les émissions augmentent le plus chaque année. »

https://reporterre.net/

 

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20 septembre 2023 ~ 0 Commentaire

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