Archive | Austérité

17 juin 2019 ~ 0 Commentaire

urgences (dossier npa)

urgences (dossier npa) dans Austérité

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Urgences : l’étincelle ?

Le 6 juin, alors que se terminait, au Sénat, le débat sur la « loi santé », les personnels des services d’urgences, en grève depuis le mois de mars, manifestaient à Paris. Cette journée symbolique résume la situation dans le secteur de la santé. D’un côté, l’offensive d’austérité et de privatisation du gouvernement se poursuit et s’accélère, de l’autre les résistances sociales à cette politique se développent et tentent de se fédérer. Seule leur généralisation, leur coordination, et leur irruption sur le champ politique permettraient de stopper le rouleau compresseur de l’exécutif.

 dans Crise

Urgences : les usagerEs se mobilisent aussi

Entretien. Les comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité sont nombreux sur le territoire et luttent pour la défense de ce service public depuis longtemps

Dossier préparé par la commission nationale Santé Sécu Social du NPA.

https://npa2009.org/

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17 juin 2019 ~ 0 Commentaire

finance (bastamag)

riches

« Mon amie la finance » : comment le Brexit a jeté la France dans les bras des banques

Pour les dirigeants français, la perspective du Brexit est une aubaine. Abandonnant définitive-ment toute hypocrisie, ils ont multiplié les courbettes et les cadeaux au secteur financier pour attirer à Paris les traders de la City.

Mais les exonérations fiscales, dérégulations et autres avantages offerts aux géants de Wall Street n’ont pas produit les résultats escomptés. Peu de création et de relocalisation d’emplois sont annoncées. De la baisse de l’impôt sur les sociétés à la « flat tax », en passant par la suppression de l’ISF ou encore des aménagements du code du travail taillés sur mesure pour les traders, les réformes, elles, ont bien été mises en œuvre.

En réalité, les velléités de réforme qui ont suivi l’effondrement financier de 2008 ont été marquée d’une profonde ambivalence. Nicolas Sarkozy puis François Hollande ont souhaité s’afficher en pionnier de la régulation du secteur, mais sans aller trop loin. La saga de la taxe sur les transac-tions financières en est l’illustration. Adoptée en France dans une version amoindrie, elle a ensuite été proposée puis sans cesse retardée au niveau européen… du fait de la tiédeur de la France elle-même

« Union sacrée » pour séduire l’industrie financière

Le Brexit aura apporté une bonne excuse pour balayer les faux-semblants et remettre au placard la défiance à l’égard du « monde de la finance ». La campagne pour attirer à Paris la finance londonienne – c’est-à-dire avant tout les géants de Wall Street comme Goldman Sachs, Morgan Stanley ou BlackRock – a fait l’objet de l’un de ces consensus dont les élites françaises ont le secret, associant secteurs public et privé et mêlant toutes les couleurs politiques.

On a donc aperçu la maire de Paris Anne Hidalgo (PS) aux côtés de la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse (LR) et du Premier ministre Manuel Valls (PS) pour promouvoir l’attractivité de la place parisienne devant un parterre d’industriels et de banquiers.

Ces efforts se sont évidemment poursuivis et amplifiés avec l’élection d’Emmanuel Macron au printemps 2017. « La France se décomplexe vis-à-vis de la finance. (…) Nous nous sentons gonflés à bloc. », poursuivait le même Gérard Mestrallet. Après la réforme du code du travail par ordonnances, à l’automne, la jubilation était même devenue palpable. « Les Américains voient bien qu’il se passe quelque chose en France. Et ce n’est pas seulement l’image du président qui se joue. Emmanuel Macron avait un programme, il est en train de le décliner. Tout ce qui avait été annoncé a été fait et voté. »

Dérégulation, gros cadeaux fiscaux et largesses pour les traders

Pour mieux plaire à Wall Street, la France a mis beaucoup sur la table. On allège la fiscalité, avec la suppression de la tranche supérieure de la taxe sur les salaires (concernant les secteurs comme la finance qui ne versent pas la TVA) – qui pourrait coûter entre 100 et 300 millions d’euros à la sécurité sociale chaque année – ou le renforcement des exonérations et autres avantages accordés aux « impatriés » ou aux gérants de fonds d’investissement ; on aménage le droit du travail, avec l’exclusion des bonus des traders du calcul des indemnités de licenciement ou une dispense temporaire d’affiliation au régime des retraites.

Olivier Petitjean 17 juin 2019

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13 juin 2019 ~ 0 Commentaire

ehpad (bastamag)

manifestants-hopital-sud

Des retraités « inquiets » des conditions de vie indignes en Ehpad s’engagent auprès des soignants en lutte

Le gouvernement a annoncé une loi sur la dépendance et le « grand âge » pour l’automne. En attendant, le sort des soignants ne s’est en rien amélioré dans les maisons de retraites.

Ceux-ci bénéficient d’un soutien inédit

Des retraités, via leurs syndicats, se joignent aux travailleurs des établissements pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) pour dénoncer les réductions d’effectifs, le niveau des salaires, et demander des moyens dignes pour les maisons de retraite. Parce qu’il « il y a des professions où les conditions de vie des gens dépendent des conditions de travail des personnels. Et parce que les Ehpad, c’est notre avenir à nous aussi. »

Du personnel en sous-effectif constant, une prise en charge des résidents qui se dégrade en conséquence… La situation dans les maisons de retraite, les « établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes » (Ehpad), est devenue tellement mauvaise que les personnels du secteur se mobilisent au sein d’une large intersyndicale. Début 2018, ils font grève, dans tout le pays. Les soignants sont soutenus par les directeurs des établissements, qui tirent aux aussi la sonnette d’alarme.

« Depuis, la situation n’a pas du tout évolué. Le secteur est toujours en sous-effectif, la souffrance au travail augmente encore », témoigne Malika Berlabi, aide-soignante dans les Hauts-de-Seine et responsable du collectif national de la CGT-Santé « Accueil des personnes âgées ».

Elle est surprise du soutien que leurs mobilisations recueillent : « Je n’ai jamais entendu une famille nous dire “vous nous embêtez avec vos grèves”. Elles sont avec nous. » C’est que l’enjeu dépasse celui des conditions de travail des soignants. « C’est un enjeu humain », pointe-t-elle.

Et la solidarité s’élargit. Aujourd’hui, des retraités qui, demain, pourraient devoir intégrer une maison de retraite, se mobilisent également. Neuf sections « retraités » de différents syndicats [1], s’engagent depuis plusieurs mois sur le sujet.

« Nous sommes de futurs usagers, directement concernés, et il y a de quoi être inquiets »

« Nous nous sommes aperçus que que chacun d’entre nous, chacun dans son syndicat, avions un parent ou un conjoint en Ehpad. Nous avons constaté que partout, il y avait de gros problè-mes, que le personnel se réduit de plus en plus, explique Philippe Damoiseau, ancien garde-champêtre, membre de la section retraités de Sud. Là où est ma mère, par exemple, il y a 80 résidents, dont la moitié ne peuvent pas se déplacer. Pourtant, la nuit, il n’y a que deux personnes qui y travaillent. »

Rachel Knaebel 13 juin 2019

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11 juin 2019 ~ 0 Commentaire

quimper hôpital (côté-quimper le-huff npa)

hoptiam

Quimper : les syndicats restent mobilisés sur le plan de redressement de l’hôpital

À Quimper, la CGT, la CFDT et Sud ont obtenu le maintien par la direction de l’hôpital de Cornouaille de la prime pour les nouveaux contractuels. Les négociations se poursuivent. Le personnel des urgences du Centre hospitalier de Cornouaille (Chic) manifestait ce mardi 11 juin 2019 après-midi à Quimper pour dénoncer les conditions de travail. La CGT, la CFDT et Sud ont apporté leur soutien aux soignants.

L’intersyndicale a, de son côté, suspendu ses actions suite aux dernières discussions le 3 juin avec la direction de l’hôpital sur le plan de retour à l’équilibre financier.

Les syndicats ont obtenu l’abandon d’une mesure très décriée : la suppression de la prime pour les nouveaux contractuels aide-soignants, infirmiers… Pascale Jacq, de Sud, estime que la direction n’avait guère le choix : Les besoins de recrutement sont très importants cet été. Et l’hôpital a beaucoup de mal à recruter. L’hôpital de Quimper n’est pas attractif pour le personnel soignant. Les jeunes diplômés qui sortent des écoles de Quimper préfèrent aller travailler à l’hôpital de Douarnenez ou à Gourmelen.

Baisse du nombre de RTT

L’intersyndicale n’a, en revanche, pas obtenu d’avancées significatives sur les deux autres principales mesures du plan d’économies :

  • Le passage de 17 à 15 RTT,
  • Le non remplacement des absences les 48 premières heures.

Sur ce dernier point, les syndicats multiplient les exemples de services perturbés par ces absences non remplacées et le rappel des soignants sur leurs jours de repos ou de congés. Laure Journal, de la CFDT, indique que cette mesure risque encore d’augmenter le nombre d’heures supplémentaires : En 2017, elles se montaient à 54316 heures. En 2018, elles atteignaient 77487 heures. Cela représente 50 temps plein. Ces 77487 heures sont les heures déclarées : la partie émergée de l’iceberg. Mais il y a beaucoup de soignants qui ne déclarent pas leurs heures supplémentaires.

Demande d’un audit

Les syndicats vont négocier avec la direction sur ces remplacements inopinés mais aussi « la gestion des heures supplémentaires, la valorisation des rappels sur repos, le parcours contractuel, la mobilité, les pools de remplacements », liste l’intersyndicale. Loïc Le Houarner, de la CGT, craint que ces discussions ne se prolongent encore plusieurs mois : « On discute déjà depuis le mois de mars. Il ne va rien se passer cet été. On va encore perdre du temps ! »

Les discussions devraient aussi porter sur divers points financiers. Les syndicats demandent qu’un audit financier soit mené et qu’ils participent à l’élaboration de son cahier des charges. Pascale Jacq aimerait y voir plus clair dans la restructuration du service de soin de suite et de réadaptation (SSR) : La direction s’est rendu compte que cette activité SSR a été mal évaluée. L’hôpital risque de perdre 800000 euros suite au transfert de ce service à Concarneau et sa prise en charge par l’Ugecam.

Autre interrogation soulevée par Loïc Le Houarner :

Il y a un an, on nous avait annoncé la construction d’une clinique ambulatoire sur le site du Chic. Et puis, plus rien! Pourquoi un tel coup de frein? La direction change et abandonne un projet dit de territoire ?

 

https://actu.fr/bretagne/

 

hop1

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Quimper, mardi 11 juin

 

Lire aussi:

 

« Les personnels des hôpitaux ne veulent plus finir cramés à 50 ans, ça va péter! » (Le Huffington Post)

Urgences : « Quand on n’est que 2 infirmières pour les 40 patients, ce n’est pas possible » (NPA)

Manifestations des personnels hospitaliers contre la casse de l’hôpital et la souffrance au travail (RP)

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11 juin 2019 ~ 0 Commentaire

la poste bretagne (of le-tél)

Touche-pas-a-ma-poste

La Poste. Vent de fronde en Bretagne

Dans certaines communes bretonnes, des tournées ont été supprimées, provoquant des perturbations au niveau de la distribution du courrier. Non-distribution du courrier, menace de fermeture de bureaux, réduction du nombre de tournées… Depuis plusieurs semaines, l’activité postale connaît des perturbations aux quatre coins de la Bretagne, notamment dans le Pays Bigouden.

Effervescence ce samedi matin devant le bureau de Poste de Ploumilliau (22), commune de 2 600 habitants située près de Lannion.
À Ploumilliau (22), La Poste prévoit de réduire de trois heures, par semaine, les horaires d’ouverture de cette commune de 2 600 habitants, située près de Lannion. Avec le soutien de la mairie, un collectif s’est mis en place pour s’opposer à ce projet. Une manifestation était organisée ce samedi 8 juin.

À l’appel du comité de vigilance des usagers de La Poste et de la municipalité, une centaine de personnes se sont rassemblées pour s’opposer à la réduction des horaires, à la fermeture estivale ou encore aux fermetures intempestives.

« Aujourd’hui, le service public postal est attaqué de façon très forte sur la commune de Ploumilliau », a dénoncé Denis Le Menn, parlant d’un « système de casse de ce bureau ».
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la poste bzh
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Facteurs. Pagaille à la « tournée sacoche »

Elle est appelée la « tournée sacoche ». Dans les secteurs du Guilvinec et Penmarc’h, en Pays bigouden, les facteurs ne font plus eux-mêmes le tri du courrier et leurs tournées ont été modifiées. Ils dénoncent un grand désordre. Reportage, ce vendredi matin, à la livraison des chariots au Guilvinec. Plusieurs utilitaires jaunes sont stationnés aux abords de la rue de Men Crenn, près de La Poste, ce vendredi matin, au Guilvinec. À l’entrée d’un garage, une petite dizaine de facteurs s’abritent de la pluie. Ils attendent le camion venu leur livrer le courrier. Une nouveauté.

Auparavant, les facteurs se retrouvaient à Pont-l’Abbé et Penmarc’h pour prendre le temps de trier et préparer leur courrier, avant de partir pour leurs tournées. Mais, depuis mardi, la méthode a changé. Ils ne font plus eux-mêmes le tri. Un camion décharge des chariots de courriers et de colis qu’ils poussent, donc ce vendredi matin, sur le trottoir, en se hâtant de charger leurs véhicules.

« Déconsidération du métier »

Cette « tournée sacoche », Le Guilvinec est le premier « îlot » à la pratiquer dans le Finistère, selon le syndicat Sud PTT. Dans un communiqué, il dénonce un projet, « imposé sans aucune concertation » et ayant « pour but unique de faire des gains de productivité sur le dos de la santé des factrices et des facteurs, qui passe-ront dorénavant tout leur temps de travail en distribution ». D’après Patrice Campion, secrétaire départemental adjoint Sud PTT du Finistère, les tournées sur cette zone qui nécessitaient auparavant dix facteurs, n’en mobilisent plus que huit.

« C’est un changement important, structurel », dit-il, en plus d’une « déconsidé-ration » du métier. Selon lui, cette méthode est appelée à « se développer partout dans le Finistère ». « Désormais, le facteur ne travaillera plus dans un bureau de Poste, il n’y aura plus de collectif, d’échanges ». Par ailleurs, « le tri est fait par des préparateurs à Quimper, qui ne connaissent pas précisément le terrain ».

L’efficacité de la tournée s’en trouve affectée, selon les facteurs présents vendredi matin. « C’est fait à la va-vite, tout est mélangé », observe ainsi l’un d’eux Loïc Drouiller. D’après Patrice Campion, mardi, « deux entreprises sont venues râler car elles n’avaient pas leur courrier. Le tri est mal fait ».

« C’est mal classé ! »

Sous le crachin, les facteurs grommellent à la livraison des chariots. C’est un peu la pagaille. « Je n’ai pas la moitié de mon courrier ! », répète Ambroise Le Dez. Loïc Drouiller trie ses colis « sous la flotte » pour les disposer dans l’ordre dans son coffre en vue de la tournée. Il met de côté un paquet : « Ce n’est pas à moi ça ». Erreur d’aiguillage. Il cherche à droite à gauche, à qui le remettre. Corinne Husson pointe, agacée, un chariot de courrier avec la mention « à vérifier ».

L’agitation s’estompe. Les portières claquent. Tous se retrouvent le temps du « brief », un dernier moment pour faire le point avant la tournée. Stylo en main, Yann Stéphan, le chef d’équipe, prend des notes. Chacun lâche ce qu’il a sur le cœur, en vrac. « C’est mal classé ! », dit l’un. « À Quimper, le principal c’est de s’en débarrasser ! », ajoute un autre. « Il y a des gens qui ne vont pas avoir de courrier de la semaine ! », s’inquiète une troisième. « On a trop de colis », souffle encore une autre. Quelqu’un ajoute encore : « Pour moi les tournées sont infaisables » !

Restée discrète depuis le début, l’une des factrices explose : « J’en ai marre, je craque ! » Elle quitte la réunion, pour aller s’isoler dans son véhicule

10 mai 2019
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https://www.letelegramme.fr/

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10 juin 2019 ~ 0 Commentaire

oligarchie (le chiffon rouge)

privileges-des-pauvres

À partir de quand l’oligarchie libérale a-t-elle amorcé sa contre-révolution, disons, anti-égalitaire ?

Frédéric Boccara : On pourrait revenir sur 1979 et la théorie quantitative de la monnaie imposée en parallèle avec la « théorie » du ruissellement. L’idée c’était : « Peu importe où l’on met l’argent, il faut seulement maîtriser sa quantité pour éviter l’inflation. »

Cela, c’est la théorie néolibérale. Nous, nous disons : si on utilise l’argent pour développer les gens ou pour polluer, ce n’est pas la même chose ! Si on utilise l’argent pour développer les gens ou pour accumuler du capital financier, ce n’est pas la même chose !

C’est une question politique majeure et qui s’articule à celle des institutions nouvelles à créer, dont parle James. Cette question d’une nouvelle démocratie, que pousse, par exemple, le mouvement des gilets jaunes, est très importante.

On pourrait très bien avoir des conférences régionales citoyennes, dans chaque région, où l’on poserait les questions suivantes : combien d’argent existe ? Non pas seulement public mais celui des entreprises et des banques. Qu’est-ce que cela a donné ? Quelles atteintes à l’environnement ? Quelle création d’emplois ?

On se donnerait des objectifs ensemble. Je ne suis pas pour faire table rase du passé mais pour faire advenir le meilleur dans l’actuel. C’est une lutte terrible qui est en cours. Pour des alliances efficaces, nous avons besoin de débattre et expérimenter cette idée de prendre le pouvoir dans les institutions et d’en créer de nouvelles, pour imposer une autre logique aux banques et aux entreprises, jusqu’aux multinationales organisant l’évitement fiscal, social, voire productif généralisé.

James K. Galbraith : Il y a effectivement une liaison très étroite entre les inégalités et la soutenabilité de l’écologie. C’est une question fondamentale de survie qui se pose au monde, parce que c’est seulement à travers une société plus égalitaire qu’on peut avoir un niveau de vie, une capacité, une qualité de vie pour la population générale qui soit acceptable dans les limites écologiques qui sont posées.

À travers les services publics, à travers les assurances sociales et à travers les biens de consommation qui sont partagés et qui n’ont pas cet aspect de gaspillage, cet aspect d’émulation, cet aspect décrit avec génie par Thorstein Veblen de consommation ostentatoire. À travers des institutions qui nous enseignent à vivre ensemble d’une façon agréable et acceptable.

Avec du travail pour tous. Avec une contribution faite par tous. C’est comme cela que les choses vont avancer. Autrement, on est sur la voie, vraiment, de la destruction. Les deux sujets, la question économique et la question écologique, ont été traitée séparément dans la plupart des discussions. Il faut admettre que, si on accepte les inégalités, on accepte aussi cette voie de détérioration de la situation écologique et, cela, il n’est pas possible de l’accepter.

Monique Pinçon-Charlot : Je rebondis pour faire ma petite conclusion à partir de ce que vient de dire James. La question écologique avec le dérèglement climatique, en s’interconnec-tant avec toutes les autres formes d’inégalité, va soit nous faire basculer dans l’enfer, soit, au contraire, nous permettre de construire le paradis.

Nous sommes en effet à un moment de bascule dans l’histoire de l’humanité tout à fait inédit puisque c’est la première fois que la planète est menacée dans sa survie à cause d’êtres humains capitalistes, qui, dans leur soif de pouvoir et d’argent, ont provoqué ce dérèglement. Je suis d’accord avec vous deux pour essayer de continuer à travailler de l’intérieur pour améliorer tout ce qui est améliorable, mais j’insiste sur le fait que nos pensées critiques peuvent paradoxalement aider les capitalistes à aggraver l’opacité de l’oppression.

Je voudrais aussi déplorer les concurrences internes au marché de la contestation sociale, avec ses divisions et parfois ses ego disproportionnés.

Or, nos recherches ont au contraire mis en évidence la solidarité, malgré des niveaux de richesse tout à fait hétérogènes, de l’oligarchie. Bien entendu, cette classe a l’argent et les pouvoirs et, n’étant pas nombreuse, la solidarité est beaucoup plus facile pour elle.

Mais, à l’heure où la survie de la planète est en jeu, nous devons mettre toutes nos forces pour arriver à surmonter nos divisions politiques, bien dérisoires face à ce qui va advenir, et construire une union populaire et solidaire dans le respect des sensibilités des uns et des autres. Ce serait le plus beau des cadeaux empoisonnés que nous pourrions faire à nos oppresseurs ! (Extrait)

http://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr/

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07 juin 2019 ~ 0 Commentaire

plougasnou (ouest france)

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Pour le collège, les habitants « repartent au charbon »

Environ 200 personnes ont manifesté, jeudi 6 juin 2019, devant la salle municipale de Plougasnou (Finistère), où avait lieu une rencontre entre des élus départementaux et municipaux. Ces derniers ont évoqué l’avenir incertain du collège de la commune

Est-ce la reprise d’un bras de fer engagé il y a bientôt quarante ans ?

Mercredi 5 juin, au soir, plusieurs parents d’élèves du collège de Plougasnou (Finistère) ont appris « par le bouche-à-oreille » qu’une réunion entre deux vice-présidents du Département et les élus de la majorité était programmée le lendemain, en fin de journée. Plusieurs dossiers « importants » étaient au menu des discussions. Dont l’épineuse question de l’avenir de l’établissement qui compte 95 élèves.

Quelques heures avant cette rencontre, la maire de la commune, Nathalie Bernard, a précisé, dans un communiqué destiné à « faire taire les rumeurs », « qu’il ne s’agissait pas d’acter sa fermeture ». Mais il n’en fallait pas plus aux habitants pour « repartir au charbon ».

Pas moins de 200 personnes se sont rassemblées dès 18 h 20, devant la salle municipale où avait lieu la réunion. Parents, anciens et actuels élèves, représentants d’association, clubs sportifs et commerçants venaient porter le même message : une ville de 3 000 âmes sans son collège « est une ville condamnée ».

« Une commune de vieux »

« Aujourd’hui, c’est le collège. Et demain, ça sera quoi ? La Poste ? La banque ? » Sur le parvis du bâtiment, les discussions s’engagent entre les habitants. L’inquiétude est palpable. « Une fermeture aurait des répercussions multiples sur le tissu social et économique de la commune », résume Hubert, dont l’une des filles est en classe de 5e.

« À croire qu’on veut faire de Plougasnou une commune de vieux », soupire Louis, président du club de foot, qui met le doigt sur le nœud du problème. Nombreuses sont les familles à s’être installées ici pour la proximité avec le collège. Jean-Baptiste, Plougasniste depuis trois ans et père de trois enfants, en a même fait un critère « décisif ». Le risque selon lui ? « Que les gens déménagent et que plus personne ne les remplace. »C’est tout le bourg qui pâtirait de cette baisse d’attractivité. Aussi bien les associations que les petits commerces. « Faire fuir la jeunesse, c’est faire fuir les parents. Et ce sont eux qui nous font travailler », soufflent des représentants de l’union des commerçants.

« Mais n’oublions pas les enfants qui sont les plus lésés dans cette histoire », souligne Christine Bon, présidente du comité de jumelage de la ville. En cas de fermeture, les collégiens seraient redirigés vers les établissements de Lanmeur ou de Morlaix.

« Regrettable, pour Hubert. Ils bénéficient ici d’une excellente qualité d’enseignement. Ce n’est pas pour rien s’il y a 100 % de réussite au brevet ! Et on prend aussi le risque de surcharger les classes de deux autres collèges… » « Et puis se poserait la question du transport, ajoute Christine Bon. Quid du rythme de vie de nos jeunes ? »

Effet boule de neige

Vanessa Le Dru, adjointe à l’éducation, craint aussi cet effet « boule de neige ». Fermer le collè-ge risquerait de « court-circuiter » les projets engagés par la municipalité pour redynamiser la commune et attirer de nouvelles familles, expliquait-elle quelques heures avant la réunion.

À l’issue de la rencontre, rien n’a été acté. Concernant ce dossier, seuls les « mauvais chiffres des effectifs du collège » ont été abordés. Vanessa Le Dru indique tout de même qu’il « faudra se battre » dans les trois semaines à venir. Reprenant un peu les mêmes éléments de langage des Plougasnistes : « On sera là du début à la fin ».

Sounkoura-Jeanne DEMBELE. 06/06/2019

https://www.ouest-france.fr/

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06 juin 2019 ~ 0 Commentaire

urgences quimper riantec lannion (fr3 france-info npa of le-trégor)

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Quimper : quand les urgences débrayent

Les urgentistes de l’hôpital Quimper-Concarneau ont opéré un débrayage d’une heure cet après-midi, dans le cadre de la journée de mobilisation nationale des urgences. Ils réclament des moyens pour travailler dans de bonnes conditions.

Sur la rampe des urgences, infirmières et aides-soignantes manifestent leur lassitude. Elles sont une cinquantaine, soutenues par les médecins du service des urgences de Quimper-Concarneau.

Quelques Gilets jaunes, présents comme usagers de l’hôpital, se sont joints à la manifestation. La colère gronde car le manque de moyens est de plus en plus pesant dans le quotidien de ces soignants. Pas assez de personnel ni de matériel ! Leurs revendications portent aussi sur la réouverture de lits d’hospitalisation.

Dans ce service, l’engorgement est une réalité :  une moyenne de 150 patients par jour, avec, parfois, des pics jusqu’à plus de 200 patients.  L’augmentation de l’activité aux urgences de l’hôpital de Quimper-Concarneau ne va pas de pair avec une hausse du personnel. Ici, les postulants ne sont pas légion, en particulier chez les médecins.

La direction de l’établissement hospitalier entend mener une réorganisation, notamment en réorientant les « fausses urgences » qui représentent deux-tiers des admissions.

Carole Collinet-Appéré 06/06/2019

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

Lire aussi:

Quimper : les syndicats restent mobilisés sur le plan de redressement de l’hôpital (Côté Quimper)

Lannion. Grève aux urgences (LeTrégor)

Riantec. Manifestation de soutien aux personnels sanctionnés (OF)

« J’ai choisi ce métier pour soigner, pas pour maltraiter » : les personnels des urgences ont manifesté leur ras-le-bol  devant le ministère (France Info)

PatientEs en danger, personnels épuisés : avec les hospitalierEs en grève contre les provocations d’Agnès Buzyn ! (NPA)

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06 juin 2019 ~ 0 Commentaire

crise (regards)

Sabrina Ali Benali : « Si on ne fait rien, on va faire face à une crise sanitaire cet été »

 Sur l’état de la gauche 

« Ce qui est désespérant, c’est surtout le fait qu’on n’arrive pas à donner confiance aux gens dans ce qu’est la politique. » « Tout le monde paye 40 ans de mensonges et de trahisons. »
« On a assisté à un soulèvement populaire d’une immense ampleur. » « On a, dans le secteur de la santé, un mouvement de grève d’une ampleur inédite sous la Ve République. »
« Ne pas aller voter est aussi une forme d’insurrection civique. » « Il y a de la colère et de la résignation et c’est aux progressistes, féministes, humanistes de savoir comment faire naitre de cette colère, un espoir. »

 Sur la convergence des luttes 

« On est en train de monter un collectif qui va traverser tous les corps de soignants et les établissements de soins, avec les citoyens, pour créer une convergence globale. »
« Je crois toujours que la lutte est une longue histoire. Il y a eu beaucoup de stupeur et de sidération (…) : il y a une peur d’aller manifester. » « Il y a beaucoup de gens pour qui ça ne va pas et qui ne sont pas prêts à risquer de perdre un œil, une main ou d’avoir un arrête de travail suite à une blessure en manifestation. »
« Il est difficile de contester sous un pouvoir aussi autoritaire. »

 Sur la manifestation des médecins urgentistes 

« On va faire face à une crise sanitaire cet été si on ne fait rien. » « Le gouvernement ne va pas pouvoir gérer d’avoir 70 services d’urgences en arrêt maladie cet été. » « Il faut engager un rapport de force pour sortir de ces contraintes budgétaires qui nous étouffent. »

 Sur les propos d’Agnès Buzyn à propos des arrêts maladie des soignants 

« Agnès Buzyn cherche à diviser, à culpabiliser, comme si la culpabilité n’était déjà pas assez grande. » « On a été nombreux à être dans un état de sidération en entendant ses propos. »

 Sur la dégradation des conditions de travail des soignants 

« Ce qui est sûr, c’est que nous sommes la profession, au dessus de tous les autres services publics, la plus entamée psychologiquement par son travail. » « [A cause de la dégradation des conditions de travail, de l’attente des patients, etc.,] on fait dace à des agressions et des incivilités. »

 Sur l’organisation des urgences 

« Les urgences répondent bien à leurs missions. » « On fait croire au mythe que les gens viennent pour rien aux urgences ; or, la réalité, c’est que c’est extrêmement minoritaire. »
« Les gens ne viennent pas pour rien aux urgences, ils viennent à défaut d’avoir trouvé une autre solution. » « Les urgences sont devenues le premier recours de plein de gens donc ça engorge énormément (…). Mais le problème, c’est qu’on n’arrive pas à avoir suffisamment de lits disponibles pour ne pas engorger les urgences (…). On a fermé 100.000 lits en 10 ans. »

 Sur la privatisation de l’hôpital public 

« On va vers une médecine à deux vitesses. » « C’est l’ouverture au privé de structures et de start-ups qui offrent des services au sein même de l’hôpital (…) puisque l’administration et le personnel soignant n’ont plus le temps de faire ces missions premières et de prendre soin des patients. »

 Sur le moratoire des fermetures d’hôpitaux 

« Laisser la pancarte « hôpital » et le vider de l’intérieur, c’est sympa mais il faut arrêter de se moquer de nous. » « On continue à l’intérieur des hôpitaux les politiques de contraintes budgétaires. » « On est en train de tuer l’hôpital de l’intérieur. »

 Sur la prise de conscience de la dégradation du système de santé 

« Pour beaucoup de monde, la situation se porte uniquement sur la focale des urgences. »
« Il y a un dévouement du personnel hospitalier qui essaie de cacher les manquements. »
« Il n’y a pas de prise de conscience réelle de la gravité de la situation : aujourd’hui, on peut décéder en salle d’attente. La mortalité augmente avec les heures d’attentes et l’absence de lits à destination. Oui, aujourd’hui, nous, d’épuisement, on peut faire une erreur médicale. »
« On a du mal à alerter et à faire prendre conscience. Il faut que notre message soit plus entendu. Il y a un problème de relais médiatiques. » « Les médias dominants ne passent pas la réalité de notre message. »

Près de 70 services d’urgence sont en grève depuis plusieurs semaines. Une manifestation des médecins urgentistes a lieu aujourd’hui. Pour en parler, Sabrina Ali Benali, médecin, membre de l’association Permanence de Soins, sympathisante LFI et auteure de « La révolte d’une interne » (Cherche Midi), est l’invitée de #LaMidinale.

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05 juin 2019 ~ 0 Commentaire

inégalités (alter-éco libération)

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Le grand retour de la question sociale

La dernière édition de l’Observatoire des inégalités dresse le portrait d’une France de l’insécurité sociale, terreau d’un malaise qui grandit.

« La vague de populisme qui submerge le monde occidental est soulevée par un vent de mépris. » La troisième édition du rapport sur les inégalités en France, publiée hier, a une saveur particulière. Un goût amer, quand on la met en regard du résultat des élections européennes. Le mépris dont parle Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, c’est le dédain de la France qui gagne à l’encontre de la France qui « fume des clopes et roule au diesel », brocardée en son temps par l’ancien porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

C’est la morgue avec laquelle une certaine gauche embourgeoisée stigmatise la « France moche », celle qui arpente les rayons des supermarchés et reste scotchée à la télé. C’est l’arrogance d’une élite qui s’arc-boute sur ses privilèges et refuse d’entendre parler de ceux qui galèrent.

Le mépris dont parle Louis Maurin, de l’Observatoire des inégalités, c’est le dédain de la France qui gagne à l’encontre de la France qui « fume des clopes et roule au diesel »

Et pourtant, la question sociale n’a pas disparu, loin de là, comme en témoigne la révolte des ronds-points qui secoue le pays depuis maintenant huit mois. Tout l’intérêt de ce rapport est de planter le décor, de remuer le terreau sur lequel a émergé le mouvement des gilets jaunes. Car faute de données plus récentes en matière d’inégalités, la plupart des chiffres cités datent de 2016. Il n’en fournit pas moins un diagnostic de référence sur les inégalités qui minent notre société.

1/ Les riches français très bien lotis

Ça va bien, merci. Au sommet de l’échelle sociale, aucun nuage obscurcit l’horizon. La France est en effet un pays où les riches sont plus riches qu’ailleurs en Europe, même après avoir payé leurs impôts. En moyenne sur la période 2013-2016, le top 1 % des Français les plus aisés jouissait d’un niveau de vie mensuel d’au moins 7 000 euros pour une personne seule. Seuls les Suisses sont mieux dotés sur le Vieux continent. Nos voisins fortunés d’Outre-Manche et d’Outre-Rhin roulent un peu moins sur l’or : les portes du club ultra-select des 1 % leur sont ouvertes dès 5 800 euros au Royaume-Uni et 6 100 euros en Allemagne.

« Ces données invalident la thèse d’une fuite des super-riches sous l’effet de la pression fiscale, précise le rapport. La France est un pays où les plus aisés gagnent beaucoup d’argent. » D’autant plus qu’ici, l’Etat « spoliateur » a déjà fait ses basses œuvres. Ces chiffres sont en effet mesurés après impôts et prestations sociales, c’est-à-dire que l’impact de la redistribution opérée par notre modèle social est pris en compte. « Comme la redistribution est plutôt développée en France, même en prenant en compte les niches fiscales, cela signifie qu’avant impôts, la répartition des revenus en haut de l’échelle est très inégalitaire par rapport aux autres pays », insiste l’Observatoire des inégalités.

2/ Les effets de la crise sur la pauvreté ne sont pas effacés

Au bas de la hiérarchie sociale, cinq millions de personnes étaient considérées comme pauvres en 2016 si l’on retient le seuil de pauvreté fixé à 50 % du revenu médian, celui qui a la faveur de l’Observatoire des inégalités car il permet de cibler ceux qui sont le plus en difficulté et qui ga-gnent moins de 855 euros par mois. C’est 630 000 personnes de plus que dix ans auparavant. Si l’on préfère le taux officiel à 60 %, le nombre de pauvres (ceux qui touchent moins de 1 026 euros avec cette mesure) grimpe à 8,8 millions, soit 820 000 de plus qu’en 2006.

Le « pognon de dingue » dénoncé par Emmanuel Macron n’est finalement pas si mal dépensé… Notamment parce qu’il permet aux moins bien lotis de sortir de l’engrenage de la pauvreté

C’est clairement un effet de la crise qui s’est déclenchée en 2008. Depuis 2011, le nombre de pauvres diminue, ce qui est assurément une bonne nouvelle. Mais « compte tenu de l’ampleur de la dégradation enregistrée depuis le début des années 2000, il faudrait un mouvement beaucoup plus important et durable pour ne serait-ce que revenir à la situation qui prévalait au milieu des années 2000 », pointe le rapport.

Reste que le taux de pauvreté est nettement plus faible en France qu’ailleurs. Il s’élève officiellement à 13,6 % en 2015 selon Eurostat, c’est-à-dire avec le seuil à 60 % qui est généralement retenu pour faire des comparaisons internationales. C’est nettement moins qu’en Espagne (22,3 %), qu’en Italie (20,6 %), qu’au Royaume-Uni (15,9 %) ou qu’en Allemagne (16,5 %).

Cette bonne performance est clairement à mettre au crédit de notre modèle social. En France, les 10 % les plus pauvres touchent 281 euros par mois avant redistribution, et 821 euros après. Le « pognon de dingue » dénoncé par Emmanuel Macron n’est finalement pas si mal dépensé… Notamment parce qu’il permet aux moins bien lotis de sortir de l’engrenage de la pauvreté. C’est ce que montre le taux de pauvreté persistante, particulièrement faible dans l’Hexagone. En 2015, 2,4 % de la population était ainsi pauvre et l’avait été au moins deux années au cours des trois dernières années. Bien en dessous des 5,7 % que l’on constate en moyenne au sein de l’Union européenne.

3/ Inégalités de revenus : trop tôt pour crier victoire

Après la baisse enregistrée en 2012 et 2013, les écarts de niveaux de vie se sont stabilisés entre 2013 et 2016. Résultat, en 2016, on a retrouvé le niveau d’inégalité qui prévalait dix ans plus tôt. Cocorico ? Il convient de rester prudent. Si on prend un peu plus de recul, en effet, les inégalités demeurent supérieures à ce qu’elles étaient il y a vingt ans.

Comme le montre l’indice de Gini (plus cet indicateur est proche de 1, plus les inégalités sont fortes, plus il est proche de zéro, plus elles sont faibles), les inégalités ont fortement baissé entre 1970 et 1990, avant de se stabiliser et de repartir franchement à la hausse à la fin des années 1990. C’est l’effet des fortes baisses d’impôts pour les plus riches dans un contexte de croissan-ce économique. A partir de 2011, la tendance s’inverse à nouveau sous le double coup de la crise financière qui a amputé une partie du patrimoine des plus fortunés et des hausses d’impôts sur les revenus les plus élevés.

Cet indice de Gini a l’avantage de mesurer les inégalités sur l’ensemble de l’échelle des niveaux de vie. Mais en comparant la répartition des revenus à une situation d’égalité théorique (à 1 nous sommes tous égaux), il peut paraître abstrait. La plupart des gens ne se comparent pas aux autres de façon relative. Personne ne prend sa calculette pour diviser les revenus des uns par rapport à ceux des autres, personne ne parle en ratio, encore moins en indice.

« Chaque mois, les 10 % les plus riches perçoivent environ 4 686 euros, les 10 % les plus pauvres 698 euros. Une différence de 3 988 euros mensuels, soit 48 000 euros par an », l’Observatoire des inégalités

Comme le fait remarquer à juste titre l’Observatoire des inégalités, la plupart des gens se contentent de regarder combien les autres gagnent en plus. Ils raisonnent en euros, et font de simples soustractions. C’est pourquoi l’Observatoire propose de mesurer l’écart entre ce que touche le dixième le plus favorisé de la population et le dixième le moins favorisé: « Chaque mois, les 10 % les plus riches perçoivent environ 4 686 euros, les 10 % les plus pauvres 698 euros. Une différence de 3 988 euros mensuels, soit 48 000 euros par an, équivalente à un peu plus de 3,5 années de travail au Smic. » Voilà qui paraît en effet plus concret. Surtout, cet écart est passé de 38 000 euros annuels en 1996 à 48 000 euros en 2016, soit 10 000 euros de plus. « On comprend mieux ainsi les tensions sociales qui se font jour », conclut le rapport.

Malgré la hausse des inégalités observée ces vingt dernières années, cet indicateur confirme une récente stabilisation des écarts. Cette pause va-t-elle se confirmer après 2016 ? Rien n’est moins sûr. D’un côté, la baisse du chômage et l’augmentation de certains minima sociaux va dans le bon sens, notamment pour le bas de l’échelle des revenus. Mais d’autres facteurs jouent en sens inverse, comme la baisse des allocations logement, des pensions de retraite et les coupes claires dans les contrats aidés. Surtout, les cadeaux fiscaux conséquents accordés aux plus aisés fin 2017 favorisent les plus riches. « Dans ce contexte, il est très probable que les inégalités de niveau de vie se soient accrues entre 2016 et 2019 », souligne l’Observatoire.

4/ Les inégalités de patrimoine donnent le vertige

Quand on pense inégalités, on pense en général revenus. Le patrimoine passe souvent à la trappe. A tort. Car comme le souligne le rapport, la répartition du patrimoine est bien plus inégalitaire que celle des revenus. En prenant en compte ce que les gens possèdent (leur voiture, leur logement, leur entreprise, leurs titres financiers) et pas simplement ce qu’ils gagnent via leurs revenus, on se rend compte que les inégalités sont « démultipliées ».

Les 10 % les plus fortunés détenaient près de la moitié du total du patrimoine des ménages français en 2015

Les 10 % les plus fortunés détenaient ainsi près de la moitié du total du patrimoine des ménages français en 2015. Les 50 % des Français les moins riches, eux, ne disposaient que de 8 % de l’ensemble. Plus concrètement encore, le patrimoine brut (c’est-à-dire endettement non déduit) du dixième le plus riche vaut 1,25 million d’euros, soit 630 fois celui des 10 % les moins riches (2 000 euros).

C’est sans doute les chiffres les plus spectaculaires du rapport, et les plus scandaleux. Car ces écarts n’ont pas grand chose à voir avec le mérite. Ils se transmettent d’une génération à l’autre, facilitant la reproduction dans le temps des inégalités sociales. Et pourtant, l’héritage reste un tabou en France. Rares sont ceux qui veulent le taxer davantage…

5/ L’essor de l’insécurité sociale

« La France qui subit les inégalités est d’abord celle des flexibles du travail, écrit Louis Maurin. Celle des huit millions de salariés à l’horizon de vie grignoté par la précarité ou le chômage. Des non-salariés qui vivent au gré de petits contrats. De ceux qui usent leur corps au travail à la chaîne, en oeuvrant dans la poussière ou en portant des charges lourdes. » Cette France « flexibilisée », ou plutôt « insécurisée », le rapport tente de la quantifier. Recenser les 2,8 millions de chômeurs ne suffit pas.

Aux 2,8 millions de chômeurs il faut ajouter les 3,7 millions de travailleurs précaires et le 1,6 million de découragés, qui ont abandonné la recherche d’emploi faute de débouché

C’est pourquoi l’Observatoire des inégalités propose une catégorie plus large, celle du mal-emploi1, qui rassemble 8,1 millions de personnes fragilisées face à l’emploi. Aux chômeurs il faut donc ajouter les 3,7 millions de travailleurs précaires et le 1,6 million de découragés, qui ont abandonné la recherche d’emploi faute de débouché. Et encore, ces 8,1 millions de personnes en mal-emploi ne prennent pas en compte les temps partiel subi qui voudraient travailler davantage (pour éviter les doubles comptes) ni ceux qui sont à « leur compte » sans contrat durable, comme les travailleurs ubérisés.

« La masse des mal-employés sont des jeunes qui n’ont pas réussi à obtenir un titre scolaire, mais aussi des femmes qui ont cru pouvoir s’arrêter temporairement pour élever leurs enfants et qui n’arrivent plus à reprendre pied dans l’emploi, ou encore des plus âgés qui baissent les bras. » La mauvaise nouvelle, c’est que cette France du mal-emploi est en plein essor. A titre d’exemple, le taux d’emploi précaire est passé de 12,1 % en 2014 à 13,6 % en 2017.

Comment, dans ces conditions, peut-on s’étonner de voir les rancoeurs s’attiser? « Pour une grande part, cette France de l’insécurité sociale a animé les manifestations des gilets jaunes », juge Louis Maurin. Et, à force de battre le pavé et d’occuper les carrefours giratoires, a remis la question sociale au goût du jour.

Laurent Jeanneau 05/06/2019

https://www.alternatives-economiques.fr/

* Niveau de vie : revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consomma-tion (UC). L’Insee attribue 1 unité de consommation au premier adulte du ménage, 0,5 UC aux autres personnes de 14 ans et plus, et 0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans. qu’il comprend. Le revenu disponible correspond au revenu déclaré par les ménages auxquels on ajoute les prestations sociales ainsi que les revenus non imposables du patrimoine , et dont on déduit les impôts directs.

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