Archive | Austérité

10 août 2018 ~ 0 Commentaire

ouessant canot (ouest france)

cinema-breizh-ilien

Ouessant. « La commune ne peut pas sauver » le canot historique Patron-François-Morin

Le Patron-François-Morin, ancien canot tous temps de la SNSM, est un monument historique trop lourd à porter pour Ouessant, au large de Brest. La mairie cherche un repreneur pour le faire naviguer de nouveau.

« Une commune de 800 habitants n’a pas les moyens de gérer un tel bateau ». Le maire d’Ouessant, Denis Palluel, est catégorique : le canot Patron-François-Morin doit trouver un repreneur pour continuer de naviguer.

Ce navire de la SNSM a servi de 1960 à 1995.

Plus de trente années de travail, pendant lesquelles il est sorti pour près de 200 sauvetages, parfois périlleux. En 1978, il a navigué jusqu’à Portsall pour intervenir sur le naufrage de l’Amoco Cadiz. « C’est un bateau classé monument historique, sa valeur patrimoniale est indéniable », affirme le maire. Seulement, après une rénovation à 250 000 € réalisée par le chantier du Guip à Brest entre 2013 et 2016, le bateau reste à Ouessant « en représentation ».

Un bateau sans équipage

L’association Patron-François-Morin qui en est la gestionnaire est en difficulté. Elle compte de moins en moins de membres et fait face à une dette auprès du chantier de Guip. « Le canot est désormais en très bon état, mais il manque les bénévoles pour le faire naviguer », soulève Denis Palluel.

Une réunion publique a été organisée la semaine dernière sur l’île.

Très peu de gens étaient présents selon le maire. Il raconte tout de même « l’attachement très fort de certains Ouessantins à ce bateau ». Une autre rencontre sera organisée à la rentrée pour clarifier l’avenir du Patron-François-Morin et déterminer un éventuel repreneur. S’il ne transporte plus de touristes depuis plusieurs années, il pourrait tout de même reprendre du service ce mois-ci à l’occasion du festival insulaire sur l’île de Groix.

Adélie FLOCH 10/08/2018

https://www.ouest-france.fr/

Commentaire: Il serait temps de réclamer un service « pro », public, de sauvetage en mer,  européen, du type « Coast Guards américain!

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10 août 2018 ~ 0 Commentaire

extractivisme (cadtm)

macron

Sortir du système agroalimentaire extractiviste, destructeur de l’environnement et de la santé

L’extractivisme est le pillage des ressources naturelles, communes à nous tous, par les actionnaires des multinationales, avec en prime la destruction des écosystèmes.

Minerais, énergies fossiles, poissons, forêts, terres fertiles, eau douce, climat, existent pour le bien-être de tous les êtres vivants, Bruno Latour parle des Terrestres. La privatisation de ces ressources pour le profit de quelques-uns est une dépossession, un vol, voire une destruction.

L’exercice de « droits de propriété » ne peut en aucun cas le justifier. Si, selon cette civilisation, ils sont légaux, pour la grande majorité de l’humanité, ils sont illégitimes car contraires à l’inté-rêt général et aux droits de la nature. Cela même si nous, les occidentaux et maintenant d’au-tres classes moyennes ailleurs, en profitent indirectement. La majorité des habitants de la pla-nète n’y ont pas ou peu accès quand bien même, ces ressources seraient extraites sur leur territoire de vie.

N’oublions pas que 80 % des ressources communes sont utilisées par 20 % de la population.

Au-delà de ce vol, ce que l’on nomme les externalités négatives: pollutions, casses environne-mentales, destructions diverses, pertes de territoires pour les populations, travail sous-payé, résultant de ces pillages, sont mises à la charge de la nature et de l’ensemble des peuples. L’accumulation des profits capitalistes résultent de cette double action : privatisation de la ressource commune, et mise en commun de l’ensemble du négatif : déréglement climatique, pollutions, déforestation, pertes de territoires, etc.

Doit-on se sentir responsable de polluer et de réchauffer en utilisant une voiture pour aller au supermarché et au travail ? Responsable oui, car le résultat multiplié par 1 ou 2 milliards de véhicules est dramatique en terme de réchauffement aussi bien pour le futur des enfants que celui de la nature, le biotope des Terrestres. Mais comme rien n’est organisé pour qu’il en soit autrement, coupable, non. Et pourtant… En France, l’absence, la disparition ou la privatisation des transports collectifs existants, la non relocalisation des productions, la désorganisation du territoire en général par la centralisation et la diminution des services publics de proximité participent à la catastrophe climatique et environnementale.

Pourquoi parler de système agroalimentaire extractiviste ?

La nature est autonome. Elle n’a pas besoin de nous pour exister. C’est par la biodiversité végétale et animale qu’elle réussit cet exploit. La forêt en est un exemple parfait : pas d’irriga-tion, pas d’engrais, pas de machinisme. Une production de biomasse bien supérieure au meilleur champ de maïs irrigué, engraissé et empoissonné qui tue les insectes et les oiseaux et abîme la santé des humains. Les mono-cultures, et les mono-élevages sont à l’opposé de l’écosystème forestier. De nombreuses béquilles leurs sont indispensables.

Sans l’extraction du pétrole et du gaz, sans l’industrie chimique, les engrais azotés et les pesticides, sans l’extraction de la potasse et du phosphate, ressources non renouvelables, et sans la consommation, la pollution croissante d’eau douce et les robots agricoles énergivores, les terribles monocultures, comme les déserts verts de soja, ne seraient pas possibles.

Sans les immenses accaparements de terres et déforestations, le soja OGM d’Amérique du sud n’inonderait pas l’Europe. En autonomie, notre continent produirait la moitié ou peut-être moins, de lait et de viande. Ce qui serait encore bien suffisant pour nous nourrir et éviterait beaucoup de gaspillage énergétique, de terres et d’aliments. Les prix seraient certes un peu plus élevés, mais la nourriture d’une qualité nettement supérieure. Calories vides en quantité et peu chères, ou micronutriments et qualité avec un prix plus élevé, il faut choisir avant que les désastres s’accentuent.

Les surfaces de soja cultivées par le Brésil et l’Argentine sont de 60 millions ha, ce qui repré-sente la moitié de la surface agricole européenne (128 millions ha), deux fois celle de la Fran-ce 28 mha SAU (surface agricole utile). Sur les 185 millions de tonnes de soja produit dans le monde, la France en importe 4,5 mt, la plus grande part des protéines nourrissant ses animaux d’élevage. Les paysans sans terre, MST, les favelas surpeuplées et ultra violentes sont le résultat de l’accaparement des terres, de la pampa et des forêts brésiliennes par quelques riches exploitants. Et c’est en particulier nous, les occidentaux, qui en profitons depuis quel-ques décennies. Cela pour nous gaver inutilement de protéines animales aux conséquences dramatiques sur les peuples, l’environnement et notre santé.

Comment ce système agroalimentaire détruit-il l’environnement et le climat ?

Insecticide, fongicide, herbicide, charrues, engins lourds détruisent la vie des sols : la matière organique, la MOS, disparaît, la fertilité naturelle s’amenuise durablement. Les épaisseurs de terres arables se sont dangereusement amincies. Les causes sont connues : la destruction de la vie souterraine. Le labour et les sols mis à nu favorisent l’érosion hydrique et éolienne, cela depuis les années 1950-60. Dans quelques décennies, si rien ne change, il ne restera que la roche mère dans des endroits de plus en plus nombreux. Alors ce sera au revoir l’autonomie alimentaire, bonjour le désert.

Quand demain le pétrole sera trop cher

Sans ou avec très peu d’engrais, pesticides, irrigation, pollinisation et avec des sols morts, comment mangerons-nous ? Le système productiviste et extractiviste est incapable de produire sans béquilles artificielles et importations massives. Par son incapacité à retenir les leçons des effondrements de l’histoire et son absence totale de regards sur l’avenir, il nous prépare les pires famines que le monde ait jamais connues. Pour qualifier cette manière de fonctionner de la «Civilisation», Jérôme Baschet a écrit un livre dont le titre est « Défaire la tyrannie du pré-sent». Le présentisme résulte de cette recherche de profit immédiat qui recouvre de plus en plus d’activités humaines.

Jean Laherrere et Olivier Berruyer, spécialistes de l’énergie, ont réalisé un graphique dans lequel on voit la courbe de production du pétrole (conventionnel et non conventionnel) en légère baisse, croiser la courbe des découvertes qui, elle, s’écroule complètement en 2020-  2025. Quant à la consommation, Le Monde du 17.04.18 titrait en première page : « La deman-de de pétrole va continuer à augmenter. » Sans nouvelles découvertes cela est pourtant improbable. Ainsi donc la montée des prix est inéluctable mais en plus d’être très forte, elle sera ingérable puisque non préparée par nos décideurs présentistes.

L’agro-alimentaire industriel, totalement dépendant du pétrole pour produire, transformer et distribuer, n’est pas préparé à soutenir un tel choc.

Comment l’agriculture conventionnelle surendettée, largement subventionnée, pourra-t-elle continuer à nourrir la population alors que ses rendements sont en baisse tendancielle pour cause de sols appauvris, sans vie et érodés et que le climat est de plus en plus chaotique. Sachant qu’il faut entre 5 et 15 protéines végétales pour produire une protéine animale, c’est l’ensemble du système de production et du mode alimentaire carné-laitier qui seront durablement bouleversés.

Ne pas penser demain c’est vouer les populations urbanisées à des chocs d’une très grande brutalité aussi bien sur le plan physique que psychologique.

La résilience, la capacité d’un écosystème ou d’un être vivant à se relever d’un choc prévisible est nettement améliorée si elle a été préparée. Nos gouvernants, comme l’ensemble du systè-me agroalimentaire industriel, sont dans le déni. Tel est le résultat de cette tyrannie du présent qui gouverne le monde. Les décideurs ne veulent pas tenir compte des exemples du passés ni penser le futur. La Res-publica, la chose publique, est devenue, la res-actionnariale, la Ré-actionnaire. Le peuple vote, la finance décide, cela en fonction de profits à très court terme.

Pourquoi l’agriculture industrielle ne prend pas en charge ses nuisances ?

Imaginons que demain un gouvernement courageux décide enfin de faire payer les pollueurs : pour les pesticides et les nitrates, les entreprises productrices et accessoirement les agricul-teurs. Le nettoyage de l’eau coûte entre 800 et 2 400 euros par ha en France, dixit Jacques Caplat. Il faut rajouter le prix de la disparition de 80% des insectes, la fin des abeilles à celui de la chute vertigineuse des oiseaux, 30 % ont disparu.

Que l’on pense à l’ensemble des maladies induites par les perturbateurs endocriniens issus des pesticides que nous respirons ou man-geons, le total est affolant, non chiffrable mais colossal. Transformer les pollueurs-payés par la PAC, Monsanto-Bayer, Syngenta, etc, en pollueurs-payeurs des désastres qu’ils provoquent permettrait de donner une chance à la vie et à toutes les formes d’agricultures respectueuses du vivant.

Si nous complétons ce tableau par l’impact de l’ensemble du système agroalimentaire sur le climat, évalué par GRAIN, entre 44 et 57% de l’ensemble des émissions de GES (gaz à effet de serre) production, transformation, emballage, chaîne du froid, distribution, transport, nous comprenons instantanément qu’il est urgent d’aller vers un modèle permettant de diminuer rapidement et très fortement tous ces impacts négatifs.

Revenons sur la grande question de nourrir la population mondiale et de lui offrir une alimentation de qualité

Cette agriculture nourrit-elle le monde ? Non. Aujourd’hui environ 70 % de la population est encore alimenté par l’agriculture paysanne. De plus, avec le libre échange imposé par les PAS, les plans d’ajustement structurel, aux pays les plus faibles depuis trois décennies et les subventions accordées aux agricultures des pays les plus riches, cette concurrence déloyale oblige les paysans du Sud à quitter leur territoire vers les bidonvilles. Donc, au lieu de les nourrir elle les affame. Ils se retrouvent sans terres, ni travail. Ce ne sont pas les différents ALE, accords de libre-échange que l’Europe est en train d’imposer aux pays africains qui les nourrira et ralentira les migrations, bien au contraire.

L’agroalimentaire industrielle nourrira-t-elle le monde dans les décennies à venir, comme elle le prétend, pour pouvoir continuer sa folle trajectoire malgré les critiques de plus en plus nom-breuses ? Pas plus, voire encore moins, qu’aujourd’hui si elle continue à : déforester, appauvrir les sols, polluer les eaux, imposer des semences clonées ne poussant qu’avec des intrants chimiques et non adaptables à leur environnement, réchauffer la planète, etc.

Comment sortir du système agroalimentaire industriel ? Créer de la résilience face à l’accélération des chocs énergétiques et climatiques ?

Agir collectivement est indispensable. Pour cela une bonne solution est de rejoindre les asso-ciations et de participer aux différents combats contre le réchauffement climatique et la destruction de la nature par les actionnaires des multinationales.

Il faut aussi renforcer les luttes pour la relocalisation de véritables services publics, pour le maintien ou la réouverture de transports collectifs et locaux à prix abordables comme le train et les bus. Ils émettent 6 à 7 fois moins de CO2 qu’une personne seule en voiture et 10 fois moins que l’avion dont le kérosène n’est pas taxé.

Se battre aussi pour l’annulation des dettes comme celle du gouvernement français analysées comme étant illégitimes à 59 % par le collectif d’audit citoyen, le CAC. Ces dernières sont utili-sées pour justifier les politiques d’austérité dont le but est de casser les grandes avancées sociales.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Créer un déficit chronique de la sécurité sociale ou de l’assurance chômage en ne mettant pas les cotisations au niveau des besoins, investir des milliards dans les TGV déficitaires, sous-budgétiser les hôpitaux et les services publics en général, entraînent pour ces services l’obli-gation d’emprunter sur le marché des capitaux puis de payer des intérêts aux préteurs. Les-quels, réfugiés dans des paradis fiscaux, ne payent pas d’impôts sur ces revenus versés par les contribuables. Ne pas augmenter le budget des universités quand le nombre d’étudiants croit chaque année est une autre technique.

Après quelques années de matraquage sur les mauvais fonctionnements, les déficits soi-disant structurels et/ou les salariés privilégiés, il devient beaucoup plus facile de proposer aux élec-teurs naïfs et désinformés de privatiser ces services publics au nom d’une soi-disant efficacité.

Résultat, le chacun pour soi, la pauvreté et les inégalités augmentent.

Ce qui entraîne, pour un nombre de personnes de plus en plus grand, l’obligation de se nourrir avec de la malbouffe pas chère mais empoisonnée des supermarchés, de prendre sa voiture pour aller travailler et faire ses courses. Mais aussi de ne pouvoir accéder à des soins de qualité et de proximité, de faire disparaître progressivement l’enseignement gratuit pour tous et de ne pouvoir offrir des conseils de santé et alimentation sans conflits d’intérêts, etc.

Il est d’une urgente nécessité de refonder une recherche fondamentale et agricole financée par le public pour qu’elle ne soit plus sous l’emprise des lobbies des pesticides, des semences, des engrais chimiques, du pétrole, des fabricants de machines voire des banques. Qu’elle se mette au service de la santé de la population, du sauvetage du climat et de l’alimentation de demain avant qu’une grande partie de la population mondiale ne puisse plus se nourrir. Que l’agriculture avec des sols de nouveaux vivants et des forêts de feuillus redeviennent les cap-teurs-stockeurs de CO2. Ce qu’ils ont été jusque dans les années 1950-60. Et qu’ainsi ils soient capables de refroidir la planète en réabsorbant une grande part du stock émis par le productivisme agricole et la déforestation depuis les années 1950.

Recréer un système bancaire agissant pour l’intérêt général et contrôlé par les citoyens, au service d’une agriculture écologique. Que le vivant, le climat, la santé priment sur le profit.

Refonder la PAC, la politique agricole européenne qui, par ses subventions, pousse à l’agrandissement continue des exploitations et aux monocultures appauvrissant les sols et préparant la désertification. Lutter pour qu’elle soit au service de la population et non des lobbies déjà cités.

Il faut une politique qui privilégie les petites exploitations en poly-culture et poly-élevage.

À l’inverse des grandes monocultures qui reçoivent l’essentiel des subventions : 80 % de la PAC va à 20 % des exploitations. Ce qui revient à lutter contre l’accaparement des terres par des entités financières ou de riches exploitants, seuls aujourd’hui capables d’acheter les grandes fermes en monocultures.

Plaider pour une agriculture biologique faisant primer le vivant, la biodiversité et le local sur les transports longues distances des intrants et des produits exotiques ou importés. Que ce ne soit plus le moins-disant social, financier et écologique qui l’emporte sur le climat et la santé des peuples. Développer les expériences et la recherche en permaculture, agroforesterie, culture sur sols vivants.

Sur le plan individuel, il faut changer la manière de se nourrir. En allant vers la simplification des produits achetés, l’abandon des plats préparés en usine, refaire la cuisine à la maison, rechercher le plus d’autonomie alimentaire possible et privilégier les approvisionnements locaux. Il est temps de remplacer les pelouses par des légumes, produire une part de ses aliments, participer à des AMAP, créer des jardins collectifs et de soutenir toutes les mises en commun citoyennes de la production et de la distribution agricole.

Pour les amateurs de viandes et produits laitiers, il serait important de ne plus consommer que ce qui est produit dans des fermes locales n’utilisant aucun intrant, céréales, engrais chimiques et pesticides industriels qui sont en grande partie importés. Ce qui veut dire diviser environ par plus ou moins 10 la consommation actuelle. Passer de 180gr/jour de viande à 20gr, de 100gr de poissons à 10gr, d’1 litre de produits issus du lait à 100gr par jour et d’un œuf par jour à un œuf ou deux par semaine.

Un tiers de la population mondiale étant en surpoids ou obèse, il y aurait tout à gagner sur le plan santé. En 2014, 70 % des surfaces agricoles étaient dédiés à l’élevage. Diminuer très fortement la consommation de produits animaux permettrait de re-forester rapidement la planè-te avec des feuillus diversifiés, grands capteurs de CO2 et non avec des monocultures d’arbres stérilisant les sols. Beaucoup de machines agricoles seraient inutiles et les agricul-teurs redeviendraient de réels soigneurs de la terre, et non plus des extractivistes-extractés, saignant la nature.

Comment remplacer ces produits d’origine animale ? Manger plus de végétaux crus et cuits est encore aujourd’hui la meilleure possibilité. Pour que cela fonctionne il faut que leur qualité gustative et leur contenu en micronutriments progresse, que les pesticides régressent. Bien sur il faut aussi réapprendre à manger des aliments complets et des légumineuses (pois, haricots, lentilles, etc). Diminuer les protéines animales au profit des végétales implique de sortir de l’idée que puissance et santé sont liées à la viande. Notre imaginaire a été colonisé par la communication mensongère de l’agroalimentaire. Sans un engagement volontariste de l’État l’évolution sera trop lente.

Il est important de s’éloigner des mégapoles qui nous rendent dépendants de l’ensemble du système d’approvisionnement pétrolivore (supermarché, déplacements auto, chaîne du froid et, in fine, de l’énergie nucléaire. C’est aussi le bon chemin pour travailler sur la résilience à l’effondrement qui vient.

Notre civilisation a beaucoup de difficulté à se transformer pour réduire l’impact des dangers considérables qui s’annoncent. Alors que d’immenses famines sont prévisibles, notre gouver-nement envoie l’armée et des blindés pour casser la ZAD de NDDL et déloger quelques centai-nes de personnes qui réalisaient une expérience divergente, de simplicité volontaire et de micro-fermes en construisant un essai in vivo de résilience par l’agriculture et le collectif.

Ex-président du CADTM France, auteur du livre « Dette et extractivisme ».  Après des études de droit et de sciences politiques, il a été agriculteur-éleveur de montagne pendant dix ans. Dans les années 1990, il s’est investi dans l’association Survie puis a créé Échanges non marchands avec Madagascar. Il a écrit pour ’Le Sarkophage, Les Z’indignés, les Amis de la Terre, CQFD. Conférence de Nicolas Sersiron, organisé le 22 avril 2018 à Beauvoir-en-Royans à l’occasion du premier anniversaire du Pain de Beauvoir

13 mai Nicolas Sersiron

http://www.cadtm.org/

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Dette et extractivisme

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10 août 2018 ~ 0 Commentaire

fmi (cadtm)

dette

Le FMI met le feu en Haïti, en Guinée, en Égypte…

Les prémices d’une nouvelle crise de la dette se précise pour un certain nombre de pays du Sud

Le FMI et la Banque mondiale ont repris peu à peu le rôle qui avait été le leur durant la crise de la dette des années 1980. Ils imposent, en effet, de nouveaux plans d’ajustement structurel (le mot est d’ailleurs réapparu largement) aux pays qui se tournent vers eux, confrontés à une baisse des ressources et/ou à une hausse du service de la dette.

Les années qui ont suivi la mise en place des allègements de dettes (les années 2000) ont vu ces pays profiter de cette période pour investir massivement dans des infrastructures (énergie, transports…), en s’appuyant sur des prêts bilatéraux avec de nouveaux partenaires: Chine, In-de, pays du Golfe, sur une hausse des ressources tirées de l’exportation de matières premiè-res dont le cours a alors repris une courbe ascendante, sur l’accès à de nouveaux modes de financements (eurobonds, finance islamique, bons et obligations du trésor émis en monnaie locale).

Las, la tendance s’est retournée brutalement.

Un grand nombre de matières premières ont vu leur cours baisser fortement, même si elles ont connu sur les deux dernières années, un rebond. Les taux d’intérêt sont repartis à la hausse et les eurobonds émis au début des années 2010 arrivent à maturité entre 2018 et 2020.

Le scénario ressemble comme deux gouttes d’eau à celui du début des années 1980.

Au point que les acteurs essentiels de la période sont de retour. Fonds monétaire international, groupe Banque mondiale, Club de Paris, Institut de la finance internationale (qui a pris de facto la place du Club de Londres pour les créanciers privés), tout ce petit monde est à la manœu-vre pour imposer de nouveau ses règles, en tenant compte de la situation nouvelle. C’est ainsi, par exemple, que le Club de Paris essaie de s’élargir aux nouveaux bailleurs internationaux: Chine, pays du Golfe, Afrique du Sud. L’affaire de la ‘dette cachée’ mozambicaine permet à ces institutions de faire front pour imposer leur méthode.

Mêmes interprètes donc, et même partition : ajustement, austérité, rigueur, libéralisme, libre-échange…

Les conditionnalités sont ainsi de retour. Vous voulez renouer avec les institutions financières internationales (IFI) comme prêteurs en dernier ressort, bien ! Voila le programme, notre pro-gramme [1]. À prendre ou à laisser. La République du Congo, pour avoir tergiversé, voit de mois en mois repoussé le déblocage d’un prêt du FMI pour faire face à une dette qui explose (entre 117 % et 130 % du PIB selon les calculs). Les ‘bons élèves’ voient débloquées les tranches successives de prêts.

Parmi ces conditionnalités, on retrouve toujours l’abandon des mesures sociales, telles que subventions, compensations… qui permettent aux populations d’avoir accès à des services publics, même dégradés. Elles seraient, selon les IFI, trop lourdes pour le budget d’États qui doivent faire face à un service de la dette majoré et donc doivent diminuer leur déficit budgétaire.

Trois exemples d’actualité permettent de comprendre les enjeux sociaux, économiques et politiques de telles mesures.

Le FMI, depuis le début 2018, a imposé à Haïti, à la Guinée et à l’Égypte, l’abandon des subventions aux produits pétroliers.

Haïti

En juin 2018, l’équipe du FMI émet ses recommandations à Haïti [2]. On y voit combien ces techniciens ne tiennent aucunement compte des réalités sociales vécues par l’immense majo-rité de la population. Afin de privilégier ‘la création d’un espace budgétaire nécessaire au financement des programmes sociaux et d’accroître les investissements publics’, le FMI se félicite de l’élimination des subventions au prix des carburants, initiée par le gouvernement fin juin. C’est oublier rapidement l’effet immédiat sur le coût de la vie d’un hausse brusque des transports publics, dans un pays à l‘urbanisation anarchique, ou l’essentiel de ce qui est consommé est importé, où la production agricole doit être transportée vers la mégapole de Port-au-Prince.

La population, elle, ne s’y est pas trompée.

Aussitôt annoncée la hausse, début juillet, des émeutes éclataient dans les quartiers popu-laires. La gazoline devait, en effet, passer de 224 gourdes à 309 gourdes (1 dollar = 69 gourdes, 1 euro = 85 gourdes) le gallon, le gas-oil de 179 gourdes à 264 gourdes pour un gallon, le kérosène, très utilisé par la plupart des ménages en Haïti, de 173 à 262 gourdes.

Rappelons que 58 % de la population haïtienne vit avec moins de 2 dollars par jour, selon les chiffres du PNUD.

Depuis la mi-2017, des fortes mobilisations sociales exigeaient le passage du salaire minimum dans les zones franches à 800 gourdes par jour, pour faire face aux nécessités quotidiennes, montant porté à 1 000 gourdes en 2018, face à une inflation de 14%. La hausse de ce salaire minimum à 350 gourdes à l’été 2017 a été vécu, par les travailleu(rse)s comme une provoca-tion et du mépris. « On nous paie le samedi, le lundi on recommence à s’endetter » disait une des manifestantes. Ils exigent l’abandon de ces politiques antisociales, de véritables mesures économiques, en particulier la restitution des 5 milliards de dollars US détournés des fonds Petro-Caribe par l‘oligarchie locale.

En annonçant la hausse des prix des carburants en plein coupe du monde de football, et plus précisément pendant le match Belgique-Brésil, équipe préférée des Haïtiens, le 6 juillet, les autorités pensaient atténuer le choc. Aussitôt le match fini (et le choc accentué par l’élimination brésilienne ?), les rues étaient bloquées, des supermarchés pillés, un commissariat incendié… Bilan : 20 morts, des immeubles calcinés…

Et la démission du gouvernement de Jack Guy Lafontant, réclamée y compris par le patronat local, accompagnant le gel des hausses annoncées, n’a pas calmé les ardeurs. Quant au représentant du FMI, il se contente de dire que, peut-être il eut fallu étaler les hausses. Sa nouvelle bataille est la restructuration d’Électricité d’Haïti (ÉdH), qu’il réclame depuis des années. Par restructuration, tout le monde comprend, à juste titre, privatisation. Le bilan des privatisations imposées depuis les années 1980 (télécoms…) ne semble pas avoir été tiré.

Guinée

Juin 2018, toujours, le gouvernement guinéen annonce l’abandon des subventions aux carbu-rants, faisant ainsi passer de 8 000 francs guinéens (GNF) à 10 000 GNF le litre d’essence (de 76 à 95 centimes d’euro). Depuis 2016, le gouvernement, sous pression du FMI essaie de faire passer l’abandon de ces subventions. L’institution de Washington en fait une condition de la signature d’un accord de Facilité élargie de crédit FEC).

Une nouvelle fois, elle préconise des solutions les moins équitables, les plus injustes sociale-ment [3]. Le mois de juillet va voir se succéder manifestations, grèves, journées ‘ville morte’. Les syndicats et mouvements sociaux impliqués mettent en avant la hausse des exportations de bauxite (multipliées par trois en un an), dont le pays possède les principales réserves au monde. Ils montrent également du doigt les conditions d’octroi des passations de marché, essentiellement de gré à gré, permettant tous les petits ‘arrangements entre amis’.

Au tour de l’Égypte

21 juillet 2018, c’est au tour de l’Égypte d’annoncer une hausse des tarifs de gaz naturel de 75 %. Le prix de la consommation d’un maximum de 30 m3 a été fixé à 0,175 livre égyptienne (0,098 dollar US) à partir du 1er août contre 0,100 livre précédemment. Cette augmentation du gaz s’ajoute à celles, réalisées en 2016, du carburant, de l’électricité et des transports publics, en contrepartie d’un accord de prêt de 12 milliards de dollars US du FMI. Une nouvelle fois, ce sont donc les couches les plus défavorisées, déjà touchées, par une inflation galopante, une dévaluation de la monnaie, entraînant une hausse de tous les produits importés, qui vont faire les frais de ces politiques. [4]

D’autres pays suivront, si on n’arrête pas la machine infernale. L’Argentine, le Nicaragua ont été touchés récemment, en attendant de nombreux autres pays.

Ces mesures ne restent pas sans réaction. On peut, comme en Haïti, repousser l’échéance pays par pays. Bien sûr, la solidarité la plus large doit s’exercer avec les mobilisations en cours.

Mais la question posée est d’en finir avec ces politiques d’austérité qui font les payer les classes populaires pour les cadeaux faits aux transnationales, aux industries extractives, aux créanciers privés. Les mobilisations dette doivent reprendre le chemin qu’elles avaient emprunté ensemble après la crise des années 1980, mobilisations qui avaient entraîné une remise en cause du poids des institutions financières.

8 août  Claude Quémar

http://www.cadtm.org/

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Haïti Chérie : Nou la épi-w ! (Cadtm)

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31 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

finance (attac)

attac

Le 15 Septembre 2018 marquera les 10 ans de la faillite de Lehman Brothers point d’orgue de la crise financière, une crise qui se conjugue aujourd’hui avec les crises climatique, écologique et géopolitique.

Malgré les promesses des gouvernements de réglementer les banques ou de mettre un terme à l’évasion fiscale, aucun des problèmes fondamentaux du secteur financier n’ont été réglés. Aujourd’hui, le spectre d’une nouvelle crise financière majeure plane alors que de nouvelles déréglementations sont à l’ordre du jour au sein de l’Union européenne.

Qu’il s’agisse du climat ou de la finance, le changement ne peut passer que par l’action citoyenne. Ce que nous avons vu en 20 ans de négociations sur le climat menées par des gouvernements ou en dix ans de promesses de régulation de la finance ou de lutte contre l’évasion fiscale, n’est pas à la hauteur des enjeux.

Les élites financières ont utilisé la crise pour instaurer des politiques d’austérité aux conséquences sociales dramatiques 

Chômage, problèmes de logement, de santé, coupes dans les services public. Des sommes colossales continuent d’alimenter des projets toxiques au lieu d’être mises à profit pour financer une transition socialement juste vers une économie faible en carbone.

Avec l’escalade des impacts climatiques, désormais, nous n’avons plus le luxe de nous en remettre aux futures négociations bureaucratiques.

Nous sommes à un point de bascule : nous ne pourrons pas éviter les pires scénarios de la crise climatique en cours, à moins que les émissions mondiales ne commencent à baisser avant 2020.

Aujourd’hui, nous ne voulons plus que notre argent se retrouve dans une banque, un placement, une institution financière ou une collectivité dont les pratiques sont contraires à nos valeurs et qui mettent en péril notre avenir. Nous réclamons des emplois et des revenus décents pour les travailleurs·euses, ainsi que justice et dignité pour les communautés qui sont en première ligne, durement touchées par les conséquences de l’industrie fossile et du dérèglement climatique.

Nous invitons toutes celles et ceux qui partagent ce souhait à passer à l’action du 8 au 15 septembre prochain.

Cette semaine sera riche de la diversité des organisations, réseaux et mouvements qui s’y impliqueront. Chacun·e pourra y trouver sa place pour initier un vaste mouvement citoyen capable de prendre le contrôle sur la finance et reprendre en main notre avenir.

vendredi 13 juillet 2018

https://france.attac.org/

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29 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

pauvreté infantile (voz populi.es)

mendiant3

Pauvreté infantile: l’écart entre l’Andalousie et la Navarre est supérieur à celui de Roumanie et Allemagne

En 2016, le taux de risque de pauvreté des enfants d’Andalousie a dépassé celui de la Roumanie en 2015. La bataille que le gouvernement a proposée, dans  la lutte contre la pauvreté, notamment celle des enfants, doit investir dans certaines régions plus que d’autres. Comme en témoignent les derniers chiffres officiels, l’écart entre certaines régions est sidéral.

Les dernières données disponibles de Institut national de la statistique collectés par l’Unicef ​​(2016) montrent que la Communauté Autonome espagnole avec le pourcentage le plus élevé de population de moins de 18 ans en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale est l’ Andalousie: 46,9% des enfants Andalous sont en dessous du seuil fixé par l’indice AROPE européen, qui se classe juste derrière la ville de Ceuta (61,9%). La deuxième communauté sous ce seuil de pauvreté est Castilla y La Mancha (42,10%), suivie par l’Estrémadure (41,10%).

En revanche, le Pays basque a le plus bas taux de pauvreté des enfants (14,7%), suivi des Asturies (18,2%) et de la Navarre (21,4%). La distance est telle,  entre les plus pauvres et les plus riches, qu’elle est supérieure à celle qui existait en 2015 entre l’Allemagne et la Grèce. Les Allemands, première puissance économique en Europe, avait une pauvreté infantile de 18,5% par rapport à 37,8% des Grecs.

En Espagne, la moyenne était de 34,4%, le cinquième taux le plus élevé derrière la Grèce, la Bulgarie (43,7%), la Serbie (41,8%), la Hongrie (36, 1%) et la Roumanie 46,8%, un point et trois dixièmes de moins que l’Andalousie (48,1%).

D’après les données de 2015, la dernière directement disponible, l’écart entre l’Andalousie et la Navarre (17,1%) est supérieure à celle entre l’Allemagne et la Roumanie.

« L’Etat n’a pas démontré vouloir investir davantage dans les communautés à la pauvreté infantile la plus élevée », affirme Antonio Gimenez, membre du Conseil indépendant pour les enfants et directeur du plus grand nombres de recherches à ce jour sur la pauvreté des enfants en Espagne. « Cela vient aussi avec des avantages fiscaux qu’ont des communautés comme le Pays Basque et la Navarre, les communautés montrent une plus grande préoccupation pour l’investissement social. »

Selon les derniers chiffres de l’INE pour 2017, les enfants d’Extrémadure sont déjà cinq fois plus pauvres que les navarrais: le pourcentage des ménages d’Extremadure sous le seuil de pauvreté est supérieur à 38,8% par rapport à 8,3% de Navarre .

Comme c’est le cas avec les enfants, la distance entre les deux Espagnes est plus élevée qu’ entre l’Allemagne et le pays avec le taux le plus élevé au monde, la Serbie. Les Allemands ont enregistré un taux de risque global de pauvreté de 20%, alors que c’est 41% pour les Serbes. La distance entre eux était de 21 points par rapport aux 30% séparant Estrémadure et Navarre.

L’indice Arope:

1) Vous ne pouvez pas vous permettre de partir en vacances au moins une semaine par an;

2) Vous ne pouvez pas vous offrir un repas de viande, de poulet ou de poisson au moins tous les deux jours;

3) Vous ne pouvez pas vous permettre de garder la maison à une température adéquate;

4) Vous n’avez pas la capacité de faire face à des dépenses imprévues (de 650 euros)

5) Vous avez déjà eu des retards de paiement de dépenses liées à l’habitation principale (emprunt ou loyer, gaz …) ou dans les achats à crédit

6) Vous ne pouvez pas vous permettre d’avoir une voiture;

7) Vous ne pouvez pas vous permettre d’avoir un téléphone;

8) Vous ne pouvez pas vous permettre d’avoir une télévision;

9) Vous ne pouvez pas vous permettre d’avoir une machine à laver.

21.07.2018

https://www.vozpopuli.com/

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24 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

routes (jdd)

riches

Un rapport accablant dénonce l’état des routes de France

Nous avons pu consulter un audit externe, réalisé à la demande du ministère des Transports, qui stigmatise la dégradation du réseau routier géré par l’Etat. Pour régler le problème, il va falloir mettre la main à la poche.  17% du réseau présente aujourd’hui un état de dégradation plus ou moins important, selon cette étude.

Dans un tweet du 10 juillet, la ministre des Transports, Élisabeth Borne, publie des photos du chantier du viaduc de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), sur l’A15. Le pont s’était affaissé le 15 mai, causant la fermeture de l’autoroute, qui n’est encore que partiellement rouverte.

« Ces dégâts sur l’A15 sont emblématiques de la situation dont souffre notre réseau routier du quotidien, qu’on a laissé depuis des décennies se dégrader faute d’entretien suffisant », écrit la ministre. Elle s’appuie alors sur l’audit commandé par la Direction des infrastructures de transport du ministère à NiBuxs et IMDM, des bureaux d’études suisses.

Consacré à « l’état du réseau routier national non concédé »  les 12.000 km d’autoroutes et de routes nationales gérées par l’État où circule 18,5 % du trafic français, il se penche aussi sur « la politique d’entretien de ce réseau ».

Les conclusions de cette étude conduite entre octobre 2017 et février 2018, discrètement mise en ligne sur le site du ministère il y a quelques jours, sont accablantes.

En effet, 17% du réseau présente aujourd’hui un état de dégradation plus ou moins important, et 7% des autres infrastructures (ponts, tunnels) nécessitent des travaux de rénovation, venant conforter une préoccupation ancienne. En 2015, l’association 40 millions d’automobilistes lançait l’opération participative « J’ai mal à ma route », invitant les usagers à signaler les voiries les plus dangereuses sur Internet. Il existe désormais une application pour smartphone.

Il faudrait un milliard d’euros par an

Selon Pierre Chasseray, délégué général de l’association, « 47% des accidents de la route met-tent en cause la qualité ou l’entretien des infrastructures routières ». Pierre Fayolle a récem-ment alerté l’association. Tous les jours, il emprunte « la route du pavé de Meudon, entre Cha-ville et la N118, qui passe dans la forêt, extrêmement fréquentée », et de profonds nids-de-poule l’obligent à « zigzaguer » sur cette route à double sens.

Il y a quelques semaines, il a eu un accident, une voiture a heurté son scooter. Depuis peu, les trous « ont été un peu colmatés avec du goudron, peint en rose, fluo la nuit ». « Le nid-de-poule est l’étape presque ultime de dégradation, commente Pierre de Thé, porte-parole de la Fédé-ration des routes de France. C’est comme si vous attendiez la carie pour vous brosser les dents. » Parmi les nombreux signalements, la route de la Ferme à Paris, dans le bois de Vincennes, mise hors service tant elle était dangereuse.

A travers la France, les exemples sont légion 

Le tunnel de la citadelle, à Besançon, sera fermé jusqu’au 20 août : son plafond s’effondrait ; la route départementale 1212 des gorges de l’Arly (Savoie) a dû subir des travaux d’urgence en raison des fortes intempéries de cet hiver.

Les auteurs de l’audit constatent « un sous-investissement chronique en matière d’entretien routier ».

L’étude teste cinq scénarios budgétaires, sur vingt ans, dont l’un correspond au cadre défini pour 2018-2023, à savoir 800 millions d’euros par an : « Seul le scénario prévoyant une hausse substantielle des ressources financières permet de garantir la pérennité des niveaux de service. » En clair, pour que les routes restent praticables, l’Etat va devoir payer environ un milliard d’euros par an, jusqu’en 2037.

Sur les ponts routiers, l’audit est particulièrement inquiétant 

« Aucun scénario ne permet le maintien de l’état actuel du parc d’ici vingt ans. » A l’heure actuel-le, sur les 12.000 ponts que compte le réseau national non concédé, un tiers nécessite des réparations. « En France, un pont par jour disparaît de la liste des ponts sécurisés », indique Christian Tridon, du Syndicat des entrepreneurs spécialistes de réparation et de renforcement des structures.

Des voiries en mauvais état faute d’entretien

Hervé Maurey, sénateur de l’Eure et président de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, est ravi de cette « prise de conscience des pouvoirs publics ». « L’état des routes est quelque chose dont on s’était peu préoccupé, on a voulu tirer la sonnette d’alarme pour que ça ne devienne pas comme le ferroviaire. C’est une situation d’urgence que l’on découvre. »

Pourquoi ces années d’incurie sur les routes de France?

« C’est facile : quand on a besoin de boucler un budget, on rabote sur l’état du réseau, poursuit le sénateur. C’est de la mauvaise politique, car plus on tarde à investir, plus les investisse-ments seront importants. C’est comme si quelqu’un disait dans une maison : “La toiture n’est pas ma priorité, je préfère refaire le papier peint.” » Pour Pierre de Thé, pas de mystère : si les voiries sont en si mauvais état, c’est faute d’entretien : « Les entreprises de maintenance des routes ont perdu 30% de leur chiffre d’affaires en sept ans!

Les départements font face à des dépenses sociales qui augmentent, des dotations qui baissent ; ils font des choix. »

Tout comme l’Etat : « Il faut que l’argent des routes revienne à l’entretien des routes. Les inves-tissements, tous intervenants confondus, sont passés de 15,5 milliards en 2010 à à peine plus de 12 en 2017. » L’audit pointe le mauvais état du réseau national, mais Hervé Maurey n’oublie pas les routes départementales : « Quand je circule dans l’Eure, il y a des portions où on ne risque pas de dépasser les 80 km/h! »

Tous les professionnels de la route attendent la loi d’orientation des mobilités, qui devrait être présentée en Conseil des ministres à la rentrée, puis sa traduction budgétaire dès la loi de finances pour 2019, comme l’a indiqué Elisabeth Borne. « La clé, insiste Pascal Tebibel, du groupe Colas, leader mondial de la construction de routes, est que le coût de l’entretien curatif est vingt fois plus élevé que celui de l’entretien préventif. » Mieux vaut prévenir que guérir, oui, mais ce stade est aujourd’hui dépassé.

21 juillet 2018

https://www.lejdd.fr/

Commentaire: Il n’y a jamais eu autant de profits, les caisses du CAC 40 sont pleines et l’état est pauvre. Il n’y aurait pas eu un transfert d’argent vers les banques, les riches qui allaient ensuite « ruisseler » ? Pas sur les routes, les hôpitaux, les écoles, lycées et facs, en tout cas… Rendez l’argent!

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23 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

sida (france info)

sida

Sida : crainte d’un rebond de l’épidémie faute d’argent

La 22e conférence internationale sur le sida s’est ouverte lundi 23 juillet à Amsterdam, aux Pays-Bas. Cette édition 2018 s’ouvre dans un enthousiasme mitigé : la baisse des coupes budgétaires fait craindre un rebond de l’épidémie.

Le prince Harry, l’actrice Charlize Theron, le chanteur Elton John  - ainsi que 15.000 experts et militants –  sont attendus cette semaine à la 22e conférence internationale sur le sida qui s’ou-vre aujourd’hui à Amsterdam, aux Pays-Bas. Des scientifiques, des militants, des associations, des responsables politiques vont partager les résultats des dernières recherches et faire le point sur la lutte contre l’épidémie.

Le nombre d’infections en baisse

Le nombre d’infections baisse et pour la première fois depuis le début du siècle, le total de morts annuel est passé sous un million en 2016 (990.000) puis 2017 (940.000). Mais para-doxalement, ces progrès entraînent un relâchement dans la prévention qui, conjugué à une baisse des financements internationaux, fait craindre un rebond de l’épidémie. « La dernière fois que je me suis exprimé ici, en 1992, je n’aurais jamais pensé que j’y reviendrais 26 ans plus tard, vivant et en bonne santé », a lancé hier David Barr, un militant américain séropositif. Ce succès est « incroyablement fragile », a-t-il prévenu, en craignant qu’on revienne à « l’horreur de 1992″, avec une flambée des infections et des décès.

Inquiétude sur le financement de la lutte anti-sida

Au premier rang des préoccupations: la question du financement. « Nous allons avoir des problèmes si nous n’avons pas davantage d’argent », a assuré le chercheur américain Mark Dybul, ancien dirigeant du Fonds mondial de lutte contre le sida. Le pire scénario selon lui : que le manque de financement s’ajoute à une explosion des nouvelles infections à cause de la démographie galopante dans certains pays durement touchés, particulièrement en Afrique. « Mélangez ces deux éléments et vous aboutirez à une crise majeure », a-t-il mis en garde, en craignant que « le monde ne perde le contrôle de l’épidémie ».

Un désengagement des Etats-Unis ?

L’an dernier, 20,6 milliards d’euros étaient consacrés à des programmes de lutte contre le sida dans les pays à faible et moyen revenu, qui en financent eux-mêmes 56%, selon l’Onusida. Mais l’instance de lutte contre le sida de l’ONU estime qu’il manque 7 milliards de dollars par an pour que cette maladie ne soit plus une menace pour la santé publique mondiale en 2030. La communauté des chercheurs et des associations craint surtout une baisse des dotations amé-ricaines. Depuis l’élection de Donald Trump, les Etats-Unis, le premier contributeur historique de la lutte contre le sida, ont prévu des coupes budgétaires, qui n’ont pour l’heure pas été concrétisées.

Plus de prévention et moins de répression ?

Sur le front de l’épidémie, si la situation s’améliore globalement dans le monde, cela cache de fortes disparités. Les infections sont en hausse dans une cinquantaine de pays, faute de prévention ou à cause de législations répressives contre des populations à risque (homo-sexuels, toxicomanes). C’est pourquoi les associations pressent les responsables politiques internationaux de cesser de réprimer la toxicomanie et de privilégier les programmes de réduction des risques (mise à disposition de seringues stériles, salles de consommation…).

« Dites non à la guerre contre les drogues », plaide Coalition PLUS, un regroupement d’asso-ciations, dans une campagne qui détourne un célèbre slogan antidrogue américain des années 80.  Elle s’intitule « Just say no to the war on drugs », en référence au « Just say no » (« Dites non » à la drogue) de l’administration Reagan. La guerre contre les drogues est « la meilleure alliée des épidémies de VIH et d’hépatites virales » et « a conduit à une véritable catastrophe sanitaire », accuse Coalition PLUS.

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22 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

fmi argentine (pùblico)

fmi

Pancartes de nos camarades de la « Gauche Socialiste », membre du Front de Gauche et des Travailleurs (FIT)

La gauche argentine proteste lors du sommet du G20 contre l’accord avec le FMI

Les manifestants à Buenos Aires montrent leur rejet des politiques d’ajustement et appellent à un défaut de paiement. Le FMI approuve 43 milliards d’aide pour l’Argentine

Les formations gauchistes argentines ont mobilisé aujourd’hui plusieurs milliers de personnes près de la réunion des ministres des Finances du G20 pour montrer leur rejet de l’accord avec le Fonds monétaire international (FMI).

Face à un grand déploiement de police, qui a détenu des manifestants, à quelques centaines de mètres du centre où les dirigeants mondiaux se rencontrent, on entendait proclamations et protestations contre les politiques d’ajustement du gouvernement argentin et on appellait à un défaut de la dette.

Membre du Front de Gauche des Travailleurs (FIT), Nicolas Cano a déclaré que l’aide du FMI est un « pacte colonial » signifie « une austérité encore plus grande contre le peuple » en Argentine. Cano a déclaré que l’effet de l’accord sera très négatif, comme lors du « sauvetage de la Grèce » et de la crise de 2001 en Argentine. Il « il affecte déjà » le pays sud-américain avec la baisse des salaires et de la consommation

« La FIT veut nationaliser les banques et le commerce extérieur pour empêcher la fuite des capitaux et cesser de payer la dette extérieure », le député, qui a appelé à une grève générale pour arrêter la politique économique du gouvernement.

Pour l’ancienne élue de Buenos Aires, Vilma Ripoll, du Mouvement socialiste ouvrier (MST), le président argentin, Mauricio Macri, « vend le pays au FMI », et  » c’est maintenant Lagarde qui gouverne ».

« Le FMI vient faire ce qu’il a déjà fait en Grèce: austérité pour faire payer les gens et se débarassser des fonctionnaires. La dirigeant du MST a déclaré que les grands syndicat du pays sont des « traîtres ». Cela va exploser dans la rue comme en 2001 ».

Hier, coïncidant avec l’arrivée dans le pays du directeur du FMI, Christine Lagarde, une autre manifestation a eu lieu dans la capitale de l’Argentine avec la lecture d’une lettre de l’opposition à l’économiste français, dans lequel elle assure que l’accord avec le FMI est rejeté par la majorité de la société argentine.

Le gouvernement argentin a demandé le sauvetage du FMI au début de mai dernier.

Buenos Aires 21/07/2018

http://www.publico.es/

Lire aussi:

Izquierda Socialista (Wikipedia)

FIT (Wikipedia)

MST (Wikipedia)

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20 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

mater guingamp (fr3)

Sursis de deux ans pour la mater Guingamp: que comprendre ?

Qu’y a-t-il derrière les annonces ? C’est la question que se posent les salariés de la maternité de Guingamp (22) après la promesse d’un sursis de deux ans. La maternité devait fermer au 1er février prochain mais l’Elysée a promis, ce jeudi, de redonner une chance au service.

« Six mois ou deux ans… cela reste un sursis quand même ».

Pas d’effusion de joie au centre hospitalier de Guingamp (Côtes-d’Armor), ce jeudi, à l’annonce d’un nouveau report de la fermeture de la maternité.

Méfiance…

Le service devait cesser son activité pour le 1er février 2019. Une échéance encore confirmée par l’ARS (Agence régionale de santé) de Bretagne, il y a tout juste une semaine. Mais le  député LREM de la circonscription, Yannick Kerlogot, a annoncé qu’un délai supplémentaire de deux ans était accordée sur décision de l’Elysée. Bien des salariés, qui se sont fortement mobilisés ces dernières semaines, restent circonspects pour ne pas dire franchement méfiants.

Un délai supplémentaire pour mieux préparer la fermeture ?

Emmanuelle Morvan, auxiliaire de puériculture à la maternité, y voit un moyen de « gagner du temps pour consolider un dossier, [que l'administration] ne maîtrisait pas. Peut-être aussi s’agit-il de nous fixer des objectifs un peu plus difficile à atteindre. En n’oubliant pas que nous, de notre côté, nous réclamons depuis plus de vingt ans un pédiatre. »

« Encore un an et demi d’angoisse »

« Deux ans, ça passe très vite, renchérit de son côté Karen Boualègue, infirmière puéricultrice. Sachant que c’est deux ans à compter de la fermeture initialement prévue c’est à dire mai 2018« … ce qui mettrait l’échéance à mai 2020. « Ça veut dire vivre encore dans l’angoisse de l’incertitude en se disant que dans un an et demi, c’est reparti! Est-ce qu’ils [NDLR: l'ARS] ne vont pas en profiter pour nous demander des conditions qu’on ne peut pas mettre en place, par exemple un pédiatre 24h/24… ce qui, au passage, n’est pas le cas dans beaucoup de maternités. »

Au terme de ces deux années, « un bilan sera établi avec la communauté médicale. Et la décision finale sera prise », a précisé Yannick Kerlogot. Loin d’apaiser les inquiétudes, l’annonce de ce nouveau sursis lance surtout de nouvelles questions. Ce jeudi l’ARS n’a pas souhaité s’exprimer au sujet de la décision de l’Elysée.

La semaine dernière, l’agence avait reçu le soutien remarqué de la conférence des présidents de CME ( commission médicale d’établissement) constituée de professionnels de santé. Dans un communiqué, cette dernière soulignait le manque de médecins dans certaines spécialités, le coût du recours à l’intérim et dans certains cas, les insuffisances professionnelles. Constatant que  »faute de sécurité suffisante, le maintien de la maternité de Guingamp n’est plus tenable « .

La mobilisation continue

Bref, pas de quoi faire fléchir la mobilisation des défenseurs de la maternité.  Après la mani-festation qui a rassemblé 2.500 personnes le 30 juin à Guingamp, une marche symbolique entre les maternités de Guingamp et de Carhaix est notamment prévue en septembre 2018.

Hélène Pédech  19/07/2018 

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

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20 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

tchad (amnesty)

tchad

Tchad. La population paie le prix fort des mesures d’austérité draconiennes

Le budget de la santé a été réduit de plus de 50 % en quatre ans.
Des étudiants sont contraints de choisir entre leurs cours et un emploi leur permettant de subvenir à leurs besoins.
Des personnes qui manifestaient contre l’austérité ont été victimes de répression et arrêtées ; certaines ont été torturées.

Les autorités tchadiennes ont mis en œuvre une série de mesures d’austérité qui accroissent la pauvreté, nuisent à l’accès aux soins médicaux essentiels et mettent l’éducation hors de portée de nombreuses familles, a déclaré Amnesty International dans un nouveau rapport rendu public lundi 16 juillet 2018.

Ce rapport, intitulé Budgets en chute, répression en hausse. Le coût humain des mesures d’austérité au Tchad, décrit les conséquences de la réduction drastique des dépenses sur les droits à la santé et à l’éducation. Il relate également la répression menée par les autorités contre les manifestants et les militants opposés aux mesures d’austérité mises en œuvre en réponse à la crise économique qui frappe le pays.

« Nous nous sommes entretenus avec des femmes enceintes qui étaient contraintes de retar-der des examens de contrôle prénatals importants car elles n’avaient pas les moyens de payer ces services essentiels. Nous avons aussi rencontré des étudiants dont l’avenir brillant était menacé par la suppression sans préavis de leurs bourses d’études », a déclaré Samira Daoud, directrice régionale adjointe pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale à Amnesty International.

« Les autorités tchadiennes doivent reconnaître que ces mesures d’austérité sont cruelles et qu’une crise économique n’est pas une excuse pour porter atteinte aux droits de la population, notamment aux droits à la santé et à l’éducation. Elles doivent aussi cesser de réprimer et de réduire au silence les personnes qui osent critiquer ces mesures draconiennes. »

Le gouvernement tchadien a commencé à mettre en place des mesures d’austérité sévères en 2015, en réponse à une crise économique provoquée par la chute brutale des cours du pétrole brut et exacerbée par un manque de diversification économique. Les institutions financières internationales qui ont prêté de l’argent au Tchad pendant cette crise ont conditionné leur aide à une réduction des dépenses générales. Cela a conduit le gouvernement à adopter des politi-ques qui ont affaibli les droits économiques, sociaux et culturels, notamment les droits à l’édu-cation et à la santé de milliers de Tchadiens.

Amnesty International s’est entretenue avec 176 personnes, dont des représentants du gouvernement, à N’Djamena, la capitale, et dans plusieurs autres villes, telles que Massaguet, Massakori et Sarh. Elle a aussi visité 32 établissements de santé dans huit régions. Un fonctionnaire local de la délégation sanitaire régionale de Sarh a déclaré à l’organisation que le gouvernement avait réduit des deux tiers les fonds alloués aux différentes structures sanitai-res en 2017 : « Les ressources sont rares. […] Il est très difficile de mettre en place des activités sur le terrain. »

Des patients contraints de payer des frais élevés pour se faire soigner.

Le budget de la santé au Tchad a été réduit de plus de 50 % entre 2013 et 2017. Les subven-tions et d’autres financements alloués aux hôpitaux ont diminué. La réduction des dépenses de santé s’est aussi traduite par une baisse de 70 % des dépenses consacrées au programme national de gratuité des soins d’urgence, qui avait été mis en place en 2006 pour permettre la prise en charge d’un certain nombre d’urgences à l’hôpital, dont les accouchements et les soins obstétriques et néonatals.

Ainsi, Alain, chauffeur âgé de 40 ans, a indiqué avoir dépensé 41 dollars des États-Unis (soit un tiers du salaire minimum mensuel au Tchad, qui s’élève à 113 dollars) pour la naissance de son fils en octobre 2017. Il a déclaré à Amnesty International :

« Enceinte, ma femme n’a pas bénéficié de la gratuité des soins d’urgence, bien qu’elle y ait droit. J’ai tout payé : les examens, les gants, la protection en plastique pour la table d’accou-chement et les médicaments. Il n’y a pas de gratuité. On ne lui a rien donné gratuitement. Nous avons tout acheté sauf les vaccins de notre fils. Avant, ils donnaient tout cela mais maintenant il faut payer. »

Amnesty International s’est aussi entretenu avec 12 femmes enceintes, dont certaines avaient dû parcourir jusqu’à 15 kilomètres à pied pour atteindre un centre de santé. Elles étaient toutes enceintes de cinq à six mois et, à l’exception de l’une d’entre elles, il s’agissait de leur premier examen prénatal. Lorsqu’il leur a été demandé pourquoi elles avaient attendu si longtemps pour faire un examen de contrôle, elles ont répondu qu’elles n’avaient pas les moyens de payer les soins prénatals.

« Nos recherches montrent que, à cause des mesures d’austérité, les compo-santes de base du droit à la santé ne sont plus protégées.

Rien ne saurait justifier le non-respect des obligations minimales essentielles en matière de droit à la santé, même une crise économique », a déclaré Samira Daoud. Le rapport d’Amnesty International décrit également la pénurie récurrente de médicaments et de produits essentiels, tels que le paracétamol et les désinfectants, dont l’alcool, dans les établissements de santé.

L’éducation est la deuxième grande victime des coupes budgétaires.

Entre 2014 et 2016, dans le cadre des mesures d’austérité, les autorités tchadiennes ont réduit de 21 % les dépenses dans ce secteur. La bourse de 53 dollars par mois dont béné-ficiaient tous les étudiants a été totalement supprimée, sauf pour les étudiants en médecine et pour ceux qui sont inscrits dans des écoles nationales professionnelles. En octobre 2017, les autorités ont également multiplié par deux les frais d’inscription dans les universités publiques, qui s’élèvent maintenant à 94 dollars des États-Unis, et introduit des frais de réinscription d’un montant d’environ 53 dollars. Auparavant, les frais d’inscription étaient subventionnés par l’État.

En conséquence, de nombreux étudiants interrogés par Amnesty International ont exprimé leur crainte de devoir arrêter leurs études car aucune autre solution n’a été mise en place, en parti-culier pour les étudiants économiquement vulnérables et pour ceux qui viennent de zones rurales.  Pour joindre les deux bouts, certains étudiants ont dû prendre un travail à temps partiel, qui les oblige souvent à manquer les cours.

Mamadou, étudiant à l’université de N’Djamena, a raconté à Amnesty International que, depuis la suppression de sa bourse, il ne pouvait plus acheter de livres, manger à la cantine ou renouveler son inscription à la bibliothèque. « Cela m’a contraint il y a six mois à commencer à faire le taxi-moto. Je loue la moto 3 000 francs CFA par jour [six dollars des États-Unis]. […] Et très souvent, je dois faire le choix entre mes cours ou le travail qui me permet de subvenir à mes besoins. C’est très difficile car je n’arrive plus à étudier comme je le faisais avant. »

Dernièrement, outre une réduction de 50 % des primes et indemnités des fonctionnaires, le gouvernement a adopté de nouvelles réformes visant à élargir l’assiette fiscale. De nouvelles lignes du salaire des fonctionnaires, épargnées jusqu’en 2018, ont été soumises à l’impôt. Compte tenu de ces réductions, combinées à la hausse des taxes sur les produits de première nécessité et à l’augmentation du coût de la vie, il est devenu difficile pour les employés du secteur public de subvenir aux besoins de leur famille. Un enseignant a déclaré à Amnesty International que, après l’application des nouvelles mesures fiscales, son salaire net mensuel total, comprenant les primes et indemnités, avait diminué de 37 % et ne s’élevait plus qu’à 385 dollars des États-Unis en 2016.

Entre janvier et mars 2018, des dizaines de manifestations ont eu lieu dans les principales villes du pays, dont la capitale N’Djamena, pour protester contre les mesures d’austérité.

Toutes sauf une ont été réprimées par les forces de sécurité, qui ont utilisé des gaz lacrymo-gènes contre les manifestants, arrêté au moins 150 personnes (dont des étudiants et des enfants) et torturé au moins deux militants anti-austérité. Les autorités ont accusé les manifes-tants d’avoir jeté des pierres sur les policiers et détruit des véhicules appartenant à des administrations publiques ou à des particuliers.

Alain Didah Kemba, porte-parole du mouvement de jeunes IYINA, a été arrêté le 19 février 2018 et emmené en garde à vue au siège de la police de N’Djamena. D’après le porte-parole de la police, cet homme a été interpellé car un commandant de police l’aurait vu, une bouteille d’essence à la main, s’apprêtant à mettre le feu à un tas de pneus. Alain a démenti ces accusations.

Alain a déclaré à Amnesty International avoir été torturé par des policiers, y compris par leur supérieur ; ils l’auraient frappé sur la plante des pieds et les articulations. Il affirme aussi avoir été forcé de se déplacer d’une pièce à l’autre avec les jambes attachées à ses mains derrière son dos. Les policiers l’auraient accusé d’être l’un des meneurs des manifestations contre les mesures d’austérité. Il a été remis en liberté provisoire quatre jours plus tard pour raisons de santé et toutes les charges retenues contre lui ont été abandonnées le 26 février.

Amnesty International appelle le gouvernement tchadien à prendre des mesures immédiates pour évaluer les conséquences des mesures d’austérité sur les droits économiques, sociaux et culturels, notamment les droits à la santé et à l’éducation. Les autorités doivent aussi mettre un terme aux violations généralisées des droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique.

16 juillet 2018

https://www.amnesty.org/

Commentaire: Le Tchad avec son armée sont en première ligne contre le terrorisme, son président à vie est « notre » allié, ce qui doit coûter cher et donc la santé, l’éducation…

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