Archive | Antiracisme

03 novembre 2014 ~ 0 Commentaire

une analyse de la droitisation du champ politique

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Luc Boltanski est un des plus importants sociologues de langue française et un des rares à ne pas cacher son engagement critique (et anticapitaliste !)

Ce petit livre, rédigé en commun avec Arnaud Esquerre, apporte une contribution précieuse à la réflexion et au combat antifascistes (même si ce terme ne figure pas dans le livre).

Le point de départ est un diagnostic impitoyablement lucide de la situation politique en France aujourd’hui: l’initiative appartient entièrement à une droite fascinée par ses extrêmes, face à laquelle la gauche semble paralysée et inca- pable de réagir. Une droite où se mélangent la contre-révolution sexuelle catho- lique et le nationalisme xénophobe, des conservateurs réactionnaires et des «républicains» laïques, des travailleurs menacés par le chômage et des bourgeois inquiets pour leur patrimoine, autour d’un thème commun: la sacro-sainte «identité».

Une identité prétendument menacée par les étrangers,  les homosexuels, les immigrés,  les Roms,  les Juifs et,  surtout, les musulmans: l’islamophobie tend a remplacer l’antisémitisme dans le discours raciste, même si l’on observe une réactivation du premier dans les tentatives d’un triste comique à la quenelle d’identifier le «système» aux Juifs.

Les discours islamophobes reprennent d’ailleurs tous les clichés antisémites de l’Action française des années 1930: «ils sont partout» et complotent contre  «nous». Dans ce type de discours réactionnaire,  véhiculé par les penseurs de l’extrême droite, mais relayé par les médias, la «question religieuse» (l’Islam) écrase les questions économiques et sociales, dans une sorte de théologie politique identitaire néfaste.

Prétendant dépasser «la vieille opposition droite/gauche» (Marine Le Pen) – reprise d’un vieux mot d’ordre de la droite «révolutionnaire» des années 1930, le Front national détourne des thèmes empruntés à la gauche: critique du néo- libéralisme et des politiques dictées par Bruxelles,  défense du «peuple» contre «l’oligarchie» et le «système» etc. L’extrême droite arrive ainsi à influencer les manières ordinaires de penser,  de parler et d’écrire, le «cela-va-de-soi» de l’opinion «raisonnable», bref à imposer la clôture du champ de la problématique acceptable.

Face à la montée en puissance du FN, qui se paye le luxe de se doter, à sa droite, d’une droite plus extrême encore, les agités du «Jour de Colère», on observe une dérive panique vers la droite dans l’ensemble du monde politique, une sorte de sauve-qui-peut qui ne fait qu’accroître la déroute qu’il voudrait retarder.

Aussi bien la droite que la gauche de gouvernement réagissent à cette menace par des glissements successifs à droite, croyant pouvoir limiter la poussée en l’accompagnant. La droite dite «républicaine» finit par adopter les «valeurs» de la droite xénophobe, tandis que le Parti socialiste tente d’occuper la place du centre-droit, avec une gestion capitaliste qui se veut exemplaire au regard des critères des banques et des agences de notation. Non sans quelques glissements du côté du racisme,  avec la campagne de Manuel Vals contre les Roms.

Et l’extrême gauche? Quant à l’extrême gauche, nos auteurs n’explicitent pas quelles forces politiques ils définissent par ce terme, son bilan n’aurait rien de reluisant. Absence quasi totale d’idéologie, d’analyses, d’actions, passivité, aban- don du présent au profit du passé et d’un avenir lointain. Pire encore, une ten- dance au «suivisme par rapport à une base qui tend à lui échapper, à mesure qu’elle glisse,  elle aussi, presque insensiblement et presque innocemment,  sinon inconsciemment, vers la droite» (p. 62). Ce jugement semble un peu rapide, et même,  à certains égards, passablement injuste…

Par contre,  Boltanski et Esquerre ont mille fois raison d’insister sur le besoin urgent, pour l’extrême-gauche, avec laquelle, malgré tout, ils sont en empathie, d’intensifier la critique du capitalisme dans ses formes actuelles (suite à la crise de 2008), tout en développant des analyses novatrices, par exemple sur la compo- sition présente du «peuple», en prenant en compte la diversité de ses origines. Ou alors, et cela semble particulièrement important, sur l’urgence d’un renouveau de l’internationalisme qui, dans des conditions non moins difficiles que celles que nous connaissons actuellement, a fait la force et l’éclat du mouvement ouvrier.

Ni étude d’experts « neutres », ni tribune politique au sens habituel, ce petit livre est un bel exemple d’analyse engagée, qui mérite d’être lu et étudié de tous ceux qui refusent de rester les bras croisées face à la «résistible ascension d’Arturo Ui» (pour citer une célèbre pièce de théâtre de Bertolt Brecht sur la montée du nazisme). Par Michael Löwy  Samedi 1 Novembre 2014

Luc Boltanski, Arnaud Esquerre, Vers l’extrême. Extensions des domaines de la droite, Editions Dehors,  2014, 75 pages, 7,50 euros.

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26 octobre 2014 ~ 0 Commentaire

minaret à quimper: l’extrême droite dans la rue (of)

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Une centaine de militants d’extrême-droite a manifesté à Quimper contre un projet de mosquée turque. Des échauffourées avec l’extrême gauche ont été évitées.

Une centaine de militants d’extrême-doite ont manifesté devant la mairie de Quim- per contre un projet de mosquée turque. Bien qu’il ait été retoqué, pour des raisons techniques, le projet de mosquée turque, avec une coupole et un minaret, a fait sortir du bois les militants de deux mouvements d’extrême-droite quimpérois, où on ne les savait pas si nombreux (de fait, un certain nombre de véhicules venaient d’autres départements bretons).

Une centaine d’entre eux, issus à la fois du mouvement RéAgir , du Parti de la France, ou encore des extrémistes bretons d’ADSAV, a manifesté, de la place de la Résistance à celle de la mairie, avec des slogans comme «Quimper résis- tance», «Osons, osons un référendum», chantant à la manière des supporters de football: «On est chez nous», sur l’air des lampions, avant de terminer, devant l’hôtel de ville, par un couplet concernant le maire de Quimper: «Jolivet, si tu savais, ton minaret où on se le…». En tête du cortège, des figures connues, comme Marianne Haas, Mme Dupont-Tingaud, ou encore Michel Dor.

Plusieurs prises de parole ont suivi, ciblant pour la plupart le premier ministre turc, Erdogan, coupable d’avoir comparé les mosquées aux «casernes de l’islam» et les minarets à «ses baïonnettes».Pendant ce temps, environ 130 militants de gauche tenaient un rassemblement pacifique place Terre-Au-Duc. Policiers et CRS sont parvenus à empêcher les éléments les plus énervés des deux camps, d’en découdre. Quimper – 25 Octobre

http://www.ouest-france.fr/affrontement-politique-minaret-quimper-lextreme-droite-dans-la-rue-2930217

Ils appellent à un rassemblement contre l’intolérance samedi 25 octobre

Une trentaine d’associations et partis politiques de gauche appellent à un rassemblement contre l’intolérance et contre le racisme, samedi 25 octobre, place Terre-au-Duc à Quimper.

Les représentants d’une trentaine d’associations et partis politiques, à l’initiative du rassemblement pacifiste, se sont réunis mercredi 22 octobre au Ceili pub. La mobi- lisation s’organise face à l’appel à manifester lancé par l’association Quimper résis- tance samedi 25 octobre devant la mairie de Quimper. Cette dernière s’oppose au projet de construction d’une mosquée en bordure de la route de Douarnenez à Quimper. À l’initiative de l’association Droit d’asile de Quimper, une trentaine de représentants d’associations et partis politiques de gauche (du NPA au PS) se sont retrouvés mercredi 22 octobre au Ceili pub à Quimper.
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Contre l’intolérance, le racisme et le fascisme: ensemble, ils ont décidé d’organiser samedi 25 octobre à 10 h 30, place Terre-au-Duc, un rassem- blement contre l’intolérance, le racisme, le fascisme.

L’un de leurs porte-parole précise: «Il s’agit d’un rassemblement en réponse à la manifestation à laquelle appellent différents groupes d’extrême droite. Ils cherchent à diviser la population quimpéroise, à stigmatiser les communautés et à infuser la haine dans les esprits.»

Pas de défilé dans les rues Ce rassemblement ne sera pas suivi d’un défilé dans les rues de Quimper. «Il s’agit d’un rassemblement pacifiste», insistent les organisateurs. Ils rappellent aussi que cette manifestation contre le projet de mosquée à Quimper intervient une semaine après «des agressions commises sur des personnes en raison de leur couleur de peau.» Elles ont été commises dans la nuit du vendredi 17 au same- di 18 octobre sur la terrasse du Ceili pub, rue Aristide-Briand à Quimper. Ils concluent : «Jusqu’à présent, nous vivons bien ensemble à Quimper.» Ils entendent le réaffirmer samedi 25 octobre, place Terre-au-Duc.

Quimper, 29 Dernière mise à jour : 22/10/2014 à 19:43
http://www.cotequimper.fr/2014/10/22/ils-appellent-a-un-rassemblement-contre-lintolerance-samedi-25-octobre/
 
L’information ne serait pas complète sans:
« En lisant le Coran de manière approfondie, j’ai compris que cette religion est plus ouverte. »
http://www.lejdd.fr/Politique/La-conversion-d-un-elu-FN-a-l-islam-derange-le-parti-696364

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20 octobre 2014 ~ 0 Commentaire

éric zemmour, le tea party à l’eau de vichy (al’e)

Bourreau-de-Bethune

Dans sa longue complainte sur le déclin de la France, Eric Zemmour laisse percer un mince rayon de lumière: au moins la France de Vichy parvint-elle à sauver 75 % des juifs de France du monstre nazi…

Il est difficile de croire qu’il a véritablement lu les statuts de Vichy concer- nant les juifs. Aucune «préférence nationale» n’y apparaît. Toutes les mesures de Vichy concernant les juifs visaient autant les citoyens français que les immi- grés, mise à part celle du 4 octobre 1940 ordonnant l’internement des «ressor- tissants étrangers de race juive». Certaines dispositions, il est vrai, furent prises afin d’exempter les vétérans de guerre et les juifs qui avaient rendu à la France des services particuliers, qui n’étaient pas nécessairement citoyens français, ainsi que des familles installées dans l’Hexagone depuis cinq générations. Dans les faits, toutefois, peu de personnes bénéficièrent de ces exemptions, et il arriva que certaines d’entre elles finissent par être déportées.

Le régime de Vichy appliqua ses mesures de restriction aux juifs avec zèle. Des chercheurs français établirent le chiffre précis de ceux qui furent exclus de la fonction publique et interdits d’exercer leur profession. La commission Mattéoli a déterminé très exactement combien d’entre eux furent victimes de spoliations. Les juifs français, davantage intégrés que les immigrés, ont particulièrement souffert de ces mesures. Lorsque les déportations débutèrent, ils étaient déjà extrêmement fragilisés par la perte de leurs professions et de leurs biens.

Antisémitisme culturel français Les juifs assimilés comme Léon Blum [président du Conseil des ministres français entre juin 1936 et juin 1937, et président du Gouvernement provisoire de la République française entre le 16 décembre 1946 et 16 janvier 1947, furent les cibles d’un opprobre tout particulier.

Xavier Vallat, le premier commissaire général aux questions juives, brouillait la différence existant prétendument entre l’antisémitisme culturel français et l’anti- sémitisme racial allemand. Vallat était convaincu que des juifs comme Blum, bien que nés français, étaient fondamentalement incapables de devenir d’authentiques Français.

Tous les historiens ayant travaillé sérieusement sur la France de Vichy détectent un changement à l’été 1942. Lorsque la «solution finale» commença à être mise en œuvre en France, avec les arrestations de masse, et la séparation des mères de leurs enfants. Même ceux qui s’étaient récemment plaints du nom- bre trop élevé à leurs yeux d’immigrés montrèrent de la répulsion.

Cinq évêques dénoncèrent ces arrestations. Pierre Laval, le chef du gouver- nement, n’obtint qu’un report de l’arrestation des juifs français. Les Allemands acceptèrent de déporter en priorité les juifs étrangers, pourvu que la police fran- çaise assure un nombre suffisant pour remplir les trains. Ils dirent toujours très clairement à Laval qu’ils finiraient par s’occuper des juifs français aussi. Il n’y eut jamais aucun accord, ni écrit ni oral, sur cette question.

En fin de compte, les Allemands s’emparèrent de tous ceux qu’ils purent, français ou non. Un tiers des 76 000 juifs déportés était des citoyens français, dont, il est vrai, des enfants nés en France de parents immigrés. L’extermination de 25 % des juifs de France ne fut pas un résultat positif. En effet, la France avait bien plus de possibilités de dissimuler les juifs que la Belgique et les Pays-Bas, où la présence allemande était plus forte.

L’exemple de l’Italie permet d’établir une meilleure comparaison. L’occupation allemande y débuta plus tard, mais se termina plus tard aussi, en mai 1945. Ne pouvant compter ni sur l’aide de l’Etat italien ni sur celui de sa police, les nazis ne furent en mesure de mettre la main que sur 16 % des juifs d’Italie. Si en France la police de Vichy participa activement aux arrestations, elle le fit avec de moins en moins de zèle à partir du début de l’année 1943.

Plus stupéfiant encore, le régime de Vichy envoya spontanément 10 000 juifs étrangers de la zone libre de l’autre côté de la ligne de démarcation pour les livrer à une mort certaine. Une telle mesure n’eut pas d’équivalent en Europe de l’Ouest, et n’en eut que peu en Europe de l’Est. On peut tenter d’expliquer ce zèle en l’interprétant comme une réaction à l’avalanche de réfugiés dans les années 1930. La France en accueillit proportionnellement plus que les Etats-Unis, mais pas davantage en nombre absolu, comme le prétend M. Zemmour. Après 1940, Vichy tenta de convaincre l’Allemagne de «reprendre» ses réfugiés. Au printemps 1942, Berlin obtempéra et put compter sur le plein concours de Vichy.

Des gens de bien Bien comprendre la situation allemande permet de saisir l’im- portance pour eux de la collaboration policière française. Une constante pénurie de main-d’œuvre sévissait en Allemagne. Engagée dans des combats de grande ampleur sur le front de l’Est, elle comptait en France sur Vichy et sa police pour combler ce manque. Ce fait n’est pas de mon invention, contrairement à ce qu’in- sinue M. Zemmour; il ressort avec évidence des archives allemandes. «Etant donné que Berlin ne peut pas détacher du personnel», écrivit le 7 juillet 1943 Heinz Röthke, l’officiel chargé de diriger les actions allemandes contre les juifs, l’action [d’arrestation de juifs] devra être exécutée presque exclusivement avec des forces de la police française».

Il existe, dans cette lamentable histoire, quelque chose dont il est permis de se féliciter. Je pense ici aux efforts que menèrent de nombreux Français pour venir en aide aux juifs, particulièrement aux enfants. Michael R. Marrus et moi-même leur avons dédié notre ouvrage paru en 1981, Vichy et les Juifs (Calmann-Lévy), car nous ne concevions pas que la critique de Vichy puisse équivaloir à une cri- tique de la France et des Français (comme le pense Zemmour). L’aide huma- nitaire apportée aux juifs ne fut pas une spécificité française, mais elle joua un rôle important reconnu par Vichy qui traqua et arrêta parfois ces gens de bien.

Le livre d’Eric Zemmour rencontre le succès parce qu’il exploite avec ha- bileté la peur du déclin. Le lecteur est porté par sa verve, son talent pour l’in- vective, son don de conteur et son goût de la provocation. Mais tout ce qui est abordé dans ce livre l’est au travers des verres déformants. Sa nostalgie de l’au- torité masculine ne fait guère de proposition constructive pour surmonter les pro- blèmes du moment. Je ne crois pas qu’ils seront nombreux à vouloir sérieusement revenir à l’époque d’avant 1965 alors que les femmes ne pouvaient ouvrir un com- pte en banque sans l’autorisation de leurs maris, un changement que Zemmour semble regretter. Une fois que l’énergie criarde de ce livre aura fait son petit effet, l’engouement du moment disparaîtra.

Vues de l’étranger, les idées noires exploitées par Zemmour ne semblent pas si exceptionnelles. Jadis puissance militaire et culturelle, la France en est venue à occuper une position certes honorable mais moyenne. Aucun Etat n’échappe au relâchement des liens nationaux et sociaux, au commerce mondialisé et à l’indivi- dualisme débridé.

Aux Etats-Unis aussi, on redoute la déchéance. Le Tea Party est parvenu à bloquer le gouvernement fédéral. Le système électoral américain est archaïque. Le président n’est pas apprécié par la population. Un mouvement «néoconfédéré» vigoureux s’enorgueillit de la cause sudiste telle qu’elle fut défendue au cours de la guerre civile des années 1861-1865. Ce mouvement accuse les historiens qui critiquent la société esclavagiste d’être quelque peu antiaméricains. Eric Zemmour se sentirait chez lui en leur compagnie. (Traduit de l’anglais par Frédéric Joly, publié dans Le Monde du 19-20 octobre 2014, page 15)

Robert O. Paxton, professeur émérite d’histoire Columbia University (New York). Il a publié, entre autres: La France de Vichy, 1940-1944, (Ed. Seuil, poche en 1999); Le Fascisme en action (Ed. Points histoire); Michael R. Marus et Robert O. Paxton, Vichy et les Juifs (Calmann-Lévy 2013). (…)

Publié par Alencontre le 20 – octobre – 2014
Pour l’ensemble des notes:

 

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12 octobre 2014 ~ 0 Commentaire

robert paxton: l’argument de zemmour sur vichy est vide (rue 89)»

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Photo: Certains manifestent sur les Champs-Élysées, une canne à pêche dans chaque main : « deux gaules ! ». D’autres, aussi inconscients que téméraires, n’hésitent pas à porter l’étoile jaune avec marqué dessus « zazou » ou « swing » : cette provocation en amène plus d’un à Drancy (d’où ils sont rapidement relâchés) avec pour chef d’accusation : « amis des juifs ».

(…) J’ai demandé, par téléphone, à Robert Paxton, professeur à l’université de Columbia, ce qu’il pensait de tout cela.

Rue89. Selon Eric Zemmour, votre regard sur Vichy est idéologique et manichéen : le régime aurait, à la différence de ce qui s’est passé dans d’autres pays comme la Hollande, permis de sauver de nombreux juifs français en sacrifiant les juifs étrangers…

Robert Paxton. Cet argument est parfaitement vide, de même que le livre d’Alain Michel sur lequel il s’appuie. Il suffit de lire les lois promulguées par Vichy entre 1940 et 1942, qui imposent des exclusions sur tous les juifs, y compris les juifs de nationalité française. Le statut des juifs qui les exclut des services publics; l’instau- ration de quotas à l’université; la loi du 22 juillet 1941 sur l’aryanisation des biens juifs… tous ces textes ne font aucune distinction entre juifs français et juifs étrangers.

Dans leur application, ces mesures frappent durement les juifs de nationalité française, car ce sont eux qui sont les plus impliqués : ce sont des instituteurs, des conseillers d’Etat, des officiers de l’armée… des gens qui ont des propriétés et qui sont les premiers à souffrir de l’aryanisation. C’est absurde de soutenir que Vichy a soutenu les juifs français pendant ces deux premières années.

Quand les déportations commencent, et surtout au moment de la rafle de dé- cembre 1941 au cours de laquelle plus de 700 juifs, souvent des notables, y compris un sénateur, ont été arrêtés, pour une fois, directement par les Alle- mands, cela a été un scandale : tout le monde a pris conscience de la faiblesse du régime de Vichy.

A partir de ce moment, du printemps 1942, mais pas avant, le régime s’efforce de laisser partir en premier les juifs étrangers et apatrides. Ce n’est pas une question morale, mais Laval et Pétain ont conscience de ce qui se joue en terme de souveraineté.

Laval continue de dire que les réfugiés juifs font du mal à la France et explique aux Américains et autres, aux évêques ou aux pasteurs qu’il a l’intention de se débar- rasser de ces étrangers… Il essaye alors de persuader les Allemands de prendre d’abord les étrangers et les apatrides. Les Allemands répondent: «Bon, on va faire comme en Belgique, on prend les étrangers d’abord. Mais comprenez bien qu’on prendra les Français plus tard…» Mais c’est leur bon vouloir.

Il n’y a pas d’accord avec les Allemands ?

Jamais. Laval a obtenu un report. Mais sans qu’il n’existe d’accord: les Allemands ont accepté, de leur propre décision, de prendre les étrangers en premier. C’est donc ridicule de soutenir que Vichy a protégé les juifs de nationalité française: pendant les deux premières années, Vichy a fait tout son possible pour fragiliser cette population, les excluant des emplois publics, mettant des quotas dans certaines professions, confisquant leurs propriétés, bloquant l’accès à l’université de leurs enfants…

Et quand vient l’heure des déportations, ces juifs sont horriblement fragilisés, encore plus susceptibles d’être traqués… Certes, Vichy a essayé sur le tard de sauver les apparences, en encourageant le report des déportations à plus tard… Mais il n’y a pas eu d’accord.

Zemmour pousse l’argument selon lequel les trois-quarts des juifs ont survécu en France…

Il fait croire que c’est un bon chiffre. C’est un mauvais chiffre! En Italie, 16% ont été déportés. Les fonctionnaires italiens et les policiers italiens n’ont pas aidé à la déportation. Si l’Italie a été occupée plus tardivement que la France, l’occupation de l’Italie a duré longtemps après la libération de la France – le nord de l’Italie a été occupée deux mois de moins que le sud de la France, ce n’est pas beaucoup (septembre 1943 à mai 1945, contre novembre 1942 à août 1944 ndlr).

Voilà le chiffre qu’on pourrait imaginer dans un pays où les Allemands doivent tout faire eux-mêmes, sans l’apport des policiers qu’ils ont eu en France… Ce chiffre de 25% de juifs déportés, dont de nombreux juifs français, est déplorable, il n’y a pas de quoi pousser des cocoricos. Je ne vois aucune raison de changer mon avis selon lequel le régime de Vichy a commis des actes terribles contre tous les juifs, y compris les juifs de nationalité française.

Zemmour et Alain Michel s’appuient sur plusieurs livres : ceux de Raul Hilberg, Léon Poliakov…

Les livres des deux derniers sont très honorables, mais très anciens : ils n’avaient pas accès à l’ensemble de la recherche réalisée sur ces sujets. Alain Michel n’est pas un historien sérieux: on ne peut pas écrire ce qu’il a écrit si on a lu les textes de Vichy et les ouvrages récents sur l’application de ces textes.

Pascal Riché | Cofondateur

Aller plus loin

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02 octobre 2014 ~ 0 Commentaire

le pen «fera comme les autres»: puisqu’elle le dit! (lo)

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Jusque-là le Front national était contre le cumul des mandats.

Maintenant que deux de ses maires ont été élus sénateurs, Marine Le Pen a chan- gé de discours: «On le fera quand les autres le feront» a-t-elle justifié pour couvrir ses deux cumulards.

Voilà qui dit toute la valeur des discours du FN et de sa présidente: le changement qu’ils promettent aux plus modestes sera enterré de la même façon.

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2409&id=20

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20 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Ces politiciens passés par les jeunesses nationalistes (20 mn)

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Extrême droite: Le secrétaire d’Etat aux relations parlementaires est accusé d’avoir milité au sein d’un mouvement d’extrême droite, il ne serait pas le seul…

Hervé Novelli

L’ex député UMP d’Indre-et-Loire n’aime pas qu’on lui rappelle son passé de militant d’extrême droite, là où il a fait ses débuts en politique. C’est pourtant bien lui qui, avec d’autres militants du même bord, crée dans les couloirs de l’université parisienne d’Assas en décembre 1968 le Groupe union droit, qui devient plus tard le Groupe union défense (GUD).

Alain Robert

Ce n’est pas une star, mais c’est un personnage central de l’extrême droite. Dans ses jeunes années, il adhère successivement à différents mouvements nationa- listes, dont Occident. Après sa dissolution, en 1968, il cofonde et codirige le GUD. Surtout, c’est lui le véritable fondateur du Front national, lui qui fait appel à Jean- Marie Le Pen en 1972 pour prendre les rênes du parti et fédérer les droites extrê- mes, alors éclatées. Le politicien, ex-conseiller municipal et ancien membre du cabinet ministériel de Charles Pasqua, change de couleur politique dès le début des années 80 pour ensuite voguer sous l’étendard du RPR, puis de l’UMP.

Alain Madelin

Dès l’âge de seize ans, il embrasse la cause nationaliste. Etudiant en droit à Assas, il est en 1964 l’un des principaux fondateurs d’Occident. Quand celui qui a occupé trois ministères évoque ses années au sein de ce mouvement, Alain Madelin assure n’avoir été animé que par un «anticommunisme militant, extrême et passionné». Une passion qui le fait condamner à deux reprises. D’abord en 1965, avec son camarade Patrick Devedjian, à un an de prison avec sursis et trois ans de mise à l’épreuve pour vol et détention d’armes. Puis deux ans plus tard, pour  «violences et voies de fait avec armes et préméditation». Il est soupçonné d’avoir participé à la préparation d’un hold-up.

Philippe Péninque

Vous ne le connaissez peut-être pas, mais vous savez ce qu’il a fait. Ce conseiller de Marine Le Pen, dont il se dit un «grand ami», a ouvert le compte en Suisse de son autre ami, Jérôme Cahuzac. Ancien avocat spécialisé dans les montages financiers, il est au cœur de ce qu’Abel Mestre et Caroline Monnot, journalistes au Monde et auteurs de Le Système Le Pen: Enquête sur les réseaux du Front national, ont baptisé le «GUD business», un lot d’entreprises créées par des anciens «gudards» qui font des affaires entre amis.

Gérard Longuet

Après une scolarité au lycée Henri IV, il prend part, aux côtés d’Alain Madelin, à la création d’Occident. C’est encore à ses côtés, trois ans plus tard, qu’il est con- damné pour complicité de «violence et voies de fait avec armes et préméditation», avec douze autres militants d’extrême droite, dont Patrick Devedjian, Alain Madelin et Alain Robert. «Nous étions jeunes et libres, se remémore avec nostalgie le sénateur UMP. Il s’agissait là de rites initiatiques de jeunes gens, un folklore d’aspect paramilitaire».

Patrick Devedjian

L’ex ministre rejoint lui aussi Occident en 1964. Il n’a pas vingt ans, mais scande sans peine le slogan du mouvement: «Tuez tous les communistes où ils se trou- vent!». Il  adhère activement jusqu’en 1967 avant de revêtir la robe d’avocat. Lors- qu’il fait ses débuts en politique, il rejoint alors les rangs de L’Union des démo- crates pour la cinquième République (UDR), qui comptera également parmi ses membres le jeune Nicolas Sarkozy.

Claude Goasguen

C’est un passage de sa vie qu’il n’assume pas, mais le député UMP, partisan de l’Algérie française puis soutien de Jean-Louis Tixier-Vignancourt, candidat nationaliste à la présidentielle de 1965, a lui aussi fait partie d’Occident, mais il l’a toujours nié.

Jean-Marie Le Guen et le GUD:

Le secrétaire d’Etat aux relations parlementaires, Jean-Marie Le Guen, n’a pas du tout apprécié le livre de Laurent Mauduit, A tous ceux qui ne se résignent pas à la débâcle qui vient, dans lequel il est accusé d’avoir milité au Groupe union défense (GUD), un mouvement nationaliste étudiant. Il a d’ailleurs déjà déposé plainte pour diffamation. Aucun élément ne prouve ces allégations mais l’engagement de politi- ciens au sein des jeunesses d’extrême droite à l’instar d’Occident ou du GUD est avéré. Petit tour d’horizon de leurs militants connus.

Créé le 19/09/2014 à 20h31 — Mis à jour le 20/09/2014 à 09h15

http://www.20minutes.fr/politique/1446491-20140920-jean-marie-guen-gud-politiciens-passes-jeunesses-nationalistes

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12 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Non, le fn n’est pas aux portes du pouvoir (slate)

Italie-enfants-jeunesse-fasciste

 

Si l’argument employé en Italie par Manuel Valls semble avoir une part de vérité électorale, le Front national reste un parti isolé, en manque de cadres et potentiellement divisé.

L’exploitation des peurs de l’opinion figure parmi les grands classiques de la mani- pulation politique. Les observateurs ont coutume, non sans raison, d’accuser l’ex- trême droite de «surfer» sur les craintes populaires ou encore de prospérer sur le «terreau» des misères sociales. Nicolas Sarkozy, d’une autre manière, était passé maître dans l’art de tirer partie des angoisses des Français, qu’il s’agisse de camps de Roms ou de mondialisation débridée.

Communicant chevronné, Manuel Valls s’emploie à son tour à mobiliser à son profit les peurs de Français effectivement en proie à de multiples appréhensions. Il l’avait fait, à plusieurs reprises, sur les thématiques sécuritaires. Le voici qui s’a- vance désormais sur ce terrain glissant en matière politique. Après avoir grave- ment averti que la gauche pouvait «mourir», le Premier ministre vient d’oser une très surprenante déclaration à la Festa de l’Unita à Bologne, en Italie: «En France, l’extrême droite et Marine Le Pen sont aux portes du pouvoir!» (…)

Une thèse heureusement fausse Pour autant, la thèse selon laquelle le FN serait «aux portes du pouvoir» est heureusement totalement fausse. Les électeurs qui se servent de ce bulletin de vote pour manifester leur mécontentement, mais aussi pour exiger des réponses en matière d’immigration ou de libre-échange, par exemple, ne se font généralement guère d’illusions sur les capacités de ce parti à les mettre en oeuvre.

Le fait est que le FN n’est pas prêt à gouverner la France malgré les déclara- tions bravaches de Marine Le Pen. Ses succès électoraux fluctuants depuis le milieu des années quatre-vingt ne l’autorisent nullement à se prévaloir d’une quel- conque primauté.

La fable grotesque du FN «premier parti de France», complaisamment relayée par de trop nombreux médias, ne tient pas la route une seconde. L’arrivée en tête de ses listes aux élections européennes de 2014 n’a guère de signification. Ce scrutin sans enjeu réel n’a pas de conséquences à moyen terme. Le PRG, grou- puscule de notables radicaux, n’est pas devenu le deuxième parti de gauche après les européennes de 1994…

Avec ses 75.000 adhérents revendiqués, le parti d’extrême droite demeure une formation fort peu implantée. Son réseau d’élus reste des plus modestes. La règle, dominante en France, du scrutin majoritaire limite drastiquement ses ambitions. Il ne compte que deux députés (dont un apparenté) et ne gère, malgré un contexte très favorable en mars dernier, qu’une quinzaine de communes, généralement de taille modeste.

Des divisions potentielles Ajoutons que le parti d’extrême droite, qui récuse cette étiquette au nom de ses ambitions, demeure, malgré ses efforts, dans une situa- tion d’isolement qui ne lui laisse aucun espoir de conquérir le pouvoir à court ter- me. Sa difficulté à se trouver des alliés tient d’abord à un manque de cohérence interne préjudiciable à des visées stratégiques à long terme.

Le Front national réellement existant mêle l’ancien parti de Jean-Marie Le Pen, lui-même creuset de tous les courants de l’extrême droite française, et les tenta- tives de rénovations conduites par sa fille sous la houlette de Florian Philippot. Consciente des équilibres internes à sa formation et malgré ses velléités de muta- tion, Marine Le Pen n’entend pas se «passer de la sagesse et de l’expérience de Jean-Marie Le Pen». La nouvelle dirigeante du Front doit aussi composer avec une diversité qui oblige à des compromis. Les responsables du FN n’étaient pas plus en phase par rapport à la question du mariage homosexuel qu’au regard du conflit moyen-oriental.

Un isolement sans solution Plus grave encore, ce parti ne dispose aucunement des cadres suspectibles d’occuper les commandes de l’Etat. Florian Philippot a beau se démultiplier, de manière presque magique, dans les matinales des chaî- nes d’informations continues, il aurait un peu de mal à occuper simultanément différents ministères.

Surtout, on ne voit guère comment le FN, au-delà d’un scrutin majoritaire qui le handicape fortement, pourrait se trouver des alliés pour gouverner. Son dou- ble anti-libéralisme, aussi électoralement porteur soit-il, l’isole irrémédiablement. Marine Le Pen n’a jamais caché qu’elle entendait détacher une partie de la droite française comme force d’appoint. Mais ceux qui seraient tentés par une pareille aventure ne représentent pas grand chose…

On opposera peut-être à tout cela un récent sondage Ifop établissant que Marine Le Pen l’emporterait dans un hypothétique second tour contre François Hollande. C’est oublier que ce genre d’enquête n’a aucun sens tant l’hostilité à l’égard du président actuel (sortant) est vivace. Cette même étude, plus que sujette à caution à ce point  longtemps avant l’échéance, suggère d’ailleurs que le chef d’Etat présent (s’il devait, par le plus extrême des hasards, se représenter) aurait toutes les chances d’être éliminé dès le premier tour…

Il reste à comprendre pourquoi des esprits de gauche que, l’on imagine a priori sensés, agitent un tel scénario. L’hypothèse d’un dérèglement mental fruit d’une panique irrépressible devant être écartée, le calcul politicien tend à s’impo- ser. On serait alors devant une version très dégradée de la manière dont François Mitterrand avait effectivement utilisé le Front national dans les années quatre-vingt.

Mais la droite, elle aussi, risque fort d’être tentée d’utiliser le spectre d’une hypothétique arrivée du FN au pouvoir. Brice Horfefeux, le plus fidèle lieutenant de l’ancien président, a toujours défendu la thèse selon laquelle celui-ci avait été le seul capable de réduire l’influence du FN. Le pire est qu’il n’a pas vraiment tort. Ce fut le cas, sans conteste, en 2007, mais aussi, certes de manière moins évi- dente, en 2012.

Manuel Valls serait bien inspiré de réfléchir à tout cela. Si la seule argumen- tation d’une gauche, qui il y a peu promettait de vivre mieux, devenait d’échapper au mal absolu d’une extrême droite maléfique, il pourrait se trouver une dangereuse concurrence. Eric Dupin 09.09.2014 – 7 h 37

http://www.slate.fr/story/91909/fn-portes-pouvoir-valls

Lire aussi le dossier du Npa 34

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05 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Racisme: banalisation croissante, capitulation à gauche (npa)

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Depuis trop longtemps, nous assistons à une banalisation du racisme, en particulier de l’islamophobie.

Cet été a vu une nouvelle accélération. Mais pourquoi les Morano et autres Bour- douleix se gêneraient-ils? Encouragés comme d’habitude par la surenchère de l’extrême droite, ils le sont aussi par la faiblesse de l’opposition de toute une partie de la gauche, quand ce ne sont pas de véritables capitulations.

Au début de l’été, le maire UMP de Wissous dans l’Essonne, Richard Trin- quier, lors de l’opération Wissous Plage, a interdit en personne (!) l’accès au plan d’eau municipal à trois femmes portant le foulard islamique. Malgré la suspension de ce règlement «anti-voile» par le tribunal administratif de Versailles, le maire a récidivé un mois plus tard avec un nouveau règlement et de nouvelles exclusions.

Fin août, c’est au tour de Nadine Morano, ancienne ministre de Sarkozy, d’en remettre une couche en postant sur sa page Facebook la photo d’une femme voilée sur une plage, en déclarant qu’elle était heurtée par cette «atteinte à notre culture» et à la «liberté des femme ».

Rien de nouveau sous le soleil concernant cette femme connue pour ses opi- nions réactionnaires, mais la réaction de Harlem Désir, fondateur de SOS Racis- me, et pourtant on commence à être habitué aux renoncements des membres du PS, a été proprement honteuse! «Je peux comprendre sa réaction», a-t-il dit, avant de développer sur la question de la libération des femmes. Pourtant ni Morano ni Trinquier n’en sont à leurs premiers faits d’armes et Désir le sait bien.

Récidivistes Lors des législatives de 2012, dans une tentative désespérée de gar- der son siège de députée, Morano avait accordé une interview au torchon raciste Minute pour draguer les électeurs du FN au second tour. À la même époque, pié- gée par l’humoriste Gérald Dahan qui se faisait passer au téléphone pour Louis Aliot du FN, Morano avait déclaré toute son admiration pour Marine Le Pen, ainsi que sa disponibilité pour trouver des accords électoraux avec le FN avecqui elle «partageait des valeurs»…

Quant à Trinquier, le maire de Wissous, c’est un fou furieux. Se prenant pour un cow-boy du Far West, il s’était déjà donné le droit, par arrêté municipal, de cir- culer avec une arme, avait voulu baptiser une rue de sa ville du nom d’un général de l’OAS et a déclaré sur sa page Facebook: «L’islam va nous avaler!», «J’ai tant de rage contre ceux qui (…) nous imposent des centaines de milliers de Rachida et de Mohamed» «Ras-le-bol! Vive le christianisme, vive le patrimoine laissé par Hugues Capet»…

Écran de fumée Les discours hypocrites de Morano et de Trinquier sur la laïcité et la libération des femmes, tout comme ceux de Marine Le Pen, ne sont qu’un écran de fumée pour cacher leur haine des musulmans et des Arabes et devraient être dénoncés en tant que tels.

Encouragés par l’ambiance nauséabonde dans ce pays, les racistes se mon- trent toujours plus arrogants. Ainsi, Gilles Bourdouleix, député ex-UDI, qui en juillet 2013 avait été condamné à une amende de 3 000 euros (avec sursis !) pour avoir dit que «Hitler n’a peut-être pas tué assez» de gens du voyage, persiste à se dire «innocent»! Malgré la confirmation cet été de la peine en appel, ce raciste se pourvoie en cassation, se sentant sans doute conforté par le soutien de l’UMP et de l’UDI, qui, en ne présentant pas de candidat dans sa circonscription aux der- nières élections municipales, ont permis sa réélection en tant que maire.

Que ce soit par rapport aux Roms ou aux musulmans, les racistes se lâchent et osent exprimer de plus en plus à haute voix leurs préjugés haineux. Révoltés par cette banalisation, nous devons plus que jamais chercher à nous retrouver et à nous organiser contre le racisme sous toutes ses formes.

Ross Harrold Vendredi 5 Septembre 2014

 

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04 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Macron et mariton (les inrocks)

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Ils ne savent tellement plus quoi dire que ça en deviendrait presque touchant. Que leur reste-t-il à proposer, en effet, alors que le gouvernement Valls II s’apprête à légiférer par ordonnances à propos de l’extension du travail le dimanche?

Sans prendre le risque de passer par la case “Parlement et ses députés socia- listes” et en attendant d’autres mesures sociales qui risquent de beaucoup dé- plaire au “peuple de gauche”.

Les ténors de l’UMP en restent sans voix. Et Nicolas Sarkozy lui-même est sidéré, paraît-il. Du coup, il a décidé d’attendre encore un peu avant d’entonner le chant du retour, le temps que les choses s’éclaircissent. Il savait Valls “décom- plexé” et prêt à tout, certes, mais pas à ce point-là. Un type qui parvient à se faire acclamer par le Medef et l’université d’été du PS en l’espace de trois jours, et avec un meilleur applaudimètre chez les patrons que chez ce qui reste d’élus socialistes, ça l’impressionne. Il apprécie en connaisseur.

C’est tout le problème: quand la gauche fait une politique de droite, la droite se retrouve sans rien à dire. Que répliquer à une gauche qui remplace Arnaud Mon- tebourg par Emmanuel Macron? Encore sous le choc de la spoliation idéologique la plus éhontée, mise à mal par la triangulation poussée à donf, hébétée devant l’ampleur du reniement et de la transgression, cette malheureuse UMP en est réduite à ânonner quelques pauvres éléments de langage dont il ressort qu’à gauche, c’est le bordel!

Non que ce soit faux mais venant du parti de Copé et Fillon, sans oublier Bygmalion et Lavrilleux, évidemment, tout le monde rigole. L’hôpital, la charité, tout ça. Et comme personne, même pas Juppé, n’ose adopter la posture gaullienne de celui qui dira son fait à Merkel, l’UMP s’enfonce dans le coma.

C’est tout le problème: quand plus rien ne distingue les deux grands partis de gouvernement, quand ils se découvrent d’accord sur à peu près tout, et repren- nent d’une même voix le refrain Tina (“There is no alternative”) de la stabilité euro- péenne et de la réduction des déficits à marche forcée, il y a fort à parier que leur différenciation politique se jouera sur du fangeux.

C’est ainsi que depuis quelques jours, Najat Vallaud-Belkacem est traînée dans la boue sur l’air de “cette Arabe qui veut détruire la famille chrétienne n’a pas le droit d’être ministre de l’Education nationale”. Pendant que la gauche se donne un ministre de l’Economie qui n’a jamais vu un électeur, quelle horreur!, tel Ray- mond Barre en son temps, mais celui-ci serait passé pour étatiste comparé à Macron, la droite voit le piège de la Manif pour tous se refermer sur elle.

Tout ce qui lui reste, c’est le raidissement sociétal et Taubira et NVB comme cibles privilégiées. Comment un Bruno Le Maire se sortira-t-il de ce bourbier? Comment composer avec de pareils illuminés? Et Sarkozy lui-même, assez en retrait sur cette affaire et assez peu soupçonnable d’homophobie militante, que trouvera-t-il pour les calmer? Toute à son désarroi, la droite n’a plus que la vieille affaire de l’ABCD de l’égalité filles-garçons pour crier au loup. Quand la gauche en est à Macron, la droite s’en remet à Mariton. 03/09/2014 | 16h05

L’éditon de Frédéric Bonnaud

http://www.lesinrocks.com/2014/09/03/actualite/lediton-frederic-bonnaud-macron-mariton-11522101/

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25 août 2014 ~ 0 Commentaire

usa: pour les noirs, s’est érodé l’ensemble des forces de légitimation du système (al’e)

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Aux Etats-Unis, le cas de Michael Brown, un adolescent noir, non armé et tué de six balles par un policier blanc, n’est pas isolé.

Des scandales similaires ont eu lieu au cours des vingt dernières années. Les po- liciers américains tuent en moyenne 400 personnes par an (très souvent en situ- ation de légitime défense), bien plus que les polices européennes. Le droit au port d’armes y est plus étendu et rend le métier de policier plus dangereux. En outre, les «règles d’engagement» (usage du pistolet) sont bien moins strictes qu’en Europe.

La mort de Michael Brown, le 9 août 2014, a déclenché un mouvement de pro- testation qui dure depuis presque deux semaines à Ferguson (Missouri), avec plus de 160 arrestations, un couvre-feu, et l’intervention de la garde nationale. La vio- lence de la répression des manifestations à Ferguson est à replacer dans un con- texte institutionnel.

Il y a plus de 18 000 services de police aux Etats-Unis, répartis entre la ville, le comté, l’Etat et le gouvernement fédéral. Chacun a sa hiérarchie, son budget, ses moyens humains. Ce sont les policiers de chaque ville qui gèrent les émeutes, sans qu’ils y soient formés. Composées de personnels souvent issus de l’armée et préoccupées par les armes que peuvent posséder les criminels, les polices amé- ricaines dépensent des sommes considérables dans du matériel militaire (lance-grenades, mitrailleuses, véhicules blindés, etc.) qu’ils utilisent quand la situation les dépasse

Les manifestations ne sont pas considérées comme un mode légitime d’ex- pression politique aux Etats-Unis, et leur répression les réduits à l’émeute, sans que le message politique soit entendu.

En 1932, une manifestation de vétérans a été réprimée par une charge de cavalerie, baïonnette au canon, menée par le général MacArthur, faisant quatre morts et plus de mille blessés. Lors du mouvement des droits civiques dans les années 1960, les jeunes Blancs qui avaient rejoint les manifestations au côté des Noirs ont été sidérés par la violence de la répression policière. La répression du mouvement Occupy (lutte contre les inégalités sociales et économiques), en 2011, a été brutale, le symbole étant le gazage d’étudiants assis à l’université de UC- Davis (Californie).

Selon la police, le «crime» de Michael Brown est d’avoir traversé la rue en de- hors du passage piéton. Les polices américaines en sont venues à s’intéresser à des infractions aussi vénielles parce qu’elles ont une approche statistique de leur métier. Grâce à des logiciels de cartographie, les policiers identifient des zones criminogènes et allouent les moyens humains, avec pour mission d’arrêter autant de «suspects potentiels» que possible.

Tous les individus commettant des infractions, même mineures, sont arrêtés «préventivement», avant qu’ils ne commettent un crime plus grave, comme le pré- disent les statistiques. Pressés par la logique des indicateurs de performance, les policiers contrôlent et fouillent massivement les jeunes hommes des minorités raciales.

Cette stratégie, bien que controversée, est soutenue par l’ensemble de la classe politique. Conjuguée à l’incarcération de masse, elle est efficace pour lutter contre le crime. Même Bill de Blasio, le nouveau maire de New York, qui a fait campagne contre cette stratégie policière, est dans l’ambiguïté. Il a rappelé William Bratton, le légendaire chef de la police de Rudy Giuliani, ancien maire de New York (1994-2001), avec pour mission de préserver l’efficacité de la police tout en essayant d’en amender les effets les plus iniques sur la vie des jeunes Noirs.

Depuis 1993, la criminalité s’est effondrée dans les villes américaines, alors que la population carcérale a été multipliée par cinq en vingt ans. Aujourd’hui, plus de 2,2 millions de personnes sont en prison, dont 45% sont noires. L’incarcération de masse a des effets terribles dans les quartiers noirs, où les enfants grandissent sans père ni tissu communautaire, où les ex-détenus sont exclus du marché du travail, et où la moitié des adolescents noirs sans diplôme ira en prison au cours de sa vie adulte.

La prison est devenue une expérience structurante de la vie de générations entières d’hommes noirs américains. A la vue de ces changements, pourquoi n’y a-t-il pas davantage de manifestations et d’émeutes raciales massives contre ce régime policier pénal? Alors que les scandales de Noirs sans armes qui se font tuer sont récurrents, la dernière émeute remonte à 1992 à Los Angeles.

Il y a trois raisons: la ségrégation résidentielle limite les contacts «à risque» en- tre Noirs et Blancs; la décentralisation des budgets et des compétences munici- pales permet la cooptation des élites noires dans le système de pouvoir local; et la constitution d’une classe moyenne noire légitime l’ordre racial. Ces forces ont limi- té le mécontentement envers l’emprise de la police et de la prison sur la vie des Noirs. Mais au cours des années 2000, ces forces se sont affaiblies.

Ferguson est une banlieue résidentielle historiquement blanche, devenue noire durant les années 1980. Mais le pouvoir local est resté aux mains des Blancs. La police est à 90% blanche. Les emplois publics et les subventions muni- cipales n’ont pas profité à la majorité noire. De plus, les Noirs, à Ferguson et ail- leurs, ont connu, durant les années 2000, une illusion de prospérité financée par des prêts hypothécaires à risque (subprimes), après des décennies de discrimi- nations sur le marché du crédit. Le salaire médian des familles noires a stagné durant cette période, et les écarts de patrimoine entre Blancs et Noirs se sont accrus. Les coûts de l’éducation, de la santé et du logement ont augmenté, devenant hors de portée des familles avec deux revenus moyens.

Enfin, la revalorisation foncière des villes américaines depuis 1990 et le dépla- cement de la pauvreté vers les banlieues ont déstabilisé le tissu historique des organisations locales de soutien aux pauvres. Pour les Noirs américains, c’est l’ensemble des forces de légitimation du système social qui s’est érodé durant les années 2000.

Si la ségrégation entre quartiers noirs et quartiers blancs a légèrement dimi- nué, une re-ségrégation massive d’institutions comme l’école et la prison est inter- venue. Les études montrent qu’au contact avec la société blanche, comprenant l’ampleur des inégalités, la classe moyenne noire a perdu ses illusions quant à une marche progressive vers l’intégration raciale. Les seuls Noirs qui croient à l’inté- gration sont ceux qui n’ont aucun contact avec les Blancs.

On peut faire l’hypothèse que les événements de Ferguson révèlent l’émer- gence d’un nouveau type d’émeute raciale. Les historiens distinguent celles qui sont liées à la formation du ghetto noir et à la lutte pour l’espace urbain durant les années 1910-1950 de celles des années 1960-1970, davantage centrées sur la pauvreté, la violence policière et le pillage des magasins du ghetto n’appartenant pas aux Noirs (à des juifs dans les années 1960, à des Coréens en 1992).

A Ferguson, les pillages semblent secondaires. Les émeutes sont la mise en cause politique radicale, inédite depuis le mouvement des droits civiques, de la légitimité de la violence publique et de l’état pénal qui s’exercent contre les Noirs américains.

(Publié dans le cahier «Débats» du quotidien Le Monde, dimanche 24, lundi 25 août 2014)

François Bonnet est sociologue CNRS; Clement Thery, sociologue, Columbia University Publié par Alencontre1 le 24 – août – 2014

http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/etats-unis-pour-les-noirs-americains-sest-erode-lensemble-des-forces-de-legitimation-du-systeme-social.html

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