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23 août 2014 ~ 0 Commentaire

Live from ferguson

Usa: le hip-hop dégaine pour Ferguson (CI)

Les artistes de hip-hop ont été secoués par la mort du jeune Noir Michael Brown, tué par un policier dans le Missouri. L’émotion s’est traduite dans plusieurs morceaux, qui les a poussés à s’engager concrètement et à s’interroger sur le sens de leur musique. Nées sur la scène hip-hop de Saint Louis, leurs paroles sont déjà reprises en chœur dans la rue.

Durant 11 jours, plusieurs chansons ont surgi en réaction à la mort de Michael Brown, dans une vaste réflexion spontanée, naturelle et viscérale sur ce qui se passe à Ferguson depuis que cet Africain-Américain de 18 ans a été abattu par un policier blanc. Ce sont au moins 10 morceaux, soit presque un par jour, qui couvrent un large spectre d’émotions: colère et indignation, tristesse et affliction, révolte pure et simple.

Pour cette communauté d’artistes indépendants méconnue mais très active, c’est l’expression de frustrations qui étaient déjà là, sous-jacentes, bien avant le meurtre de Brown. Il y a ce morceau lent et funèbre de Seneca Da Product, chanté à l’auto-tune, sur lequel le rappeur demande qu’on « accroche un ours en peluche aux poteaux téléphoniques » [« tie a teddy on the telephone pole »] en hommage à « mon frérot Mike » [« my kid Mike »].MC Keem, lui, a publié un clip intitulé « Front Line » ["ligne de front"] où il rappe avec ferveur sur des images des manifestations. « Got the world watching. They can feel the tension of an angered generation… F— a politician. » « Le monde regarde, et il sent toutes les tensions d’une génération en colère… Fuck les politiques. » Keem, de son vrai nom Hakeem Love, a écrit les paroles la semaine dernière, bouleversé par ce que vit sa ville.

Le son de Saint Louis Certains de ces morceaux passent déjà en radio, et beau- coup circulent sur les réseaux sociaux. Et au-delà de la musique, producteurs, rappeurs et DJ ont organisé des marches, acheté de la nourriture pour les mani- festants et planifié les actions politiques, œuvrant pour mobiliser l’opinion et lever des fonds afin de présenter un candidat aux prochaines élections contre le procureur de district sortant [accusé de partialité dans l'affaire].

La bande son des événements, qui comprend des morceaux d’artistes con- nus dans tout le pays venus à Ferguson pour participer aux manifestations, est à bien des égards typique de la région. Le son de Saint Louis, avec son indolence caractéristique du Midwest, s’est fait connaître il y a une bonne dizaine d’années quand les rappeurs Nelly et Chingy, deux enfants du pays, sont devenus des stars.

Pacifique Même s’ils partagent la colère persistante des habitants de Ferguson, les artistes ont encouragé leurs fans, qui pour beaucoup écoutent leur musique dans les rues de Ferguson, à manifester pacifiquement. Certains musiciens pro- fitent des projecteurs médiatiques qui se sont braqués sur la région au lendemain de la mort de Michael Brown pour se faire connaître, mais d’autres y puisent aussi une envie d’agir et de militer. Keem, dont le plus gros hit à ce jour,  »Thick Wit It », est une machine à danser, une ode festive aux filles en formes, se fait aujour- d’hui plus engagé. Cette semaine, nous l’avons trouvé avec le producteur Ronnie Notch, 30 ans, en train de déplacer des packs d’eau pour approvisionner le site des manifestations, non loin d’un magasin Family Dollar de West Florissant Ave- nue. Tef Poe, l’un des rappeurs indépendants les plus appréciés du coin, manifeste tous les soirs. Ce qui s’est passé le touche de près.

« Quand c’est arrivé, mon petit frère m’a appelé, il pleurait au téléphone. Il m’a dit ‘Ils ont tué Mike’. Ils avaient des amis en commun. » Pour lui, l’heure est propice à une vraie mobilisation locale. Le rappeur a lui-même participé à plusieurs initia- tives, jusque-là vaines, pour rapprocher la police locale des habitants. Il s’est aussi engagé pour obtenir que la police de Saint Louis soit placée sous le contrôle d’é- lus locaux.

Un nouvel activisme Cet activisme qui se développe est rafraîchissant, estime Tricia Rose, professeur d’études africaines à l’université de Brown, spécialiste du hip-hop (avec un oeil critique) et auteur de The Hip Hop Wars [Les guerres du hip-hop, non traduit]. Pour elle, la crise à Ferguson pourrait marquer un tournant et montrer « aux artistes locaux qu’ils doivent se considérer comme investis d’une mission, celle d’instaurer un espace de création dans lequel le hip hop n’est pas un produit, mais une richesse qui nourrit la communauté ».

Les événements ont relégué au second plan la misogynie, le machisme et le consumérisme souvent caractéristiques du genre. Et de grands noms du hip hop ont rejoint le mouvement. J. Cole, célèbre rappeur originaire de Caroline du Nord, a été parmi les premiers à sortir un morceau : « Be Free » est un hymne façon complainte qui intègre des extraits d’une interview d’un témoin du meurtre.

« It ain’t no drink out there that can numb my soul… All we wanna do is break the chains off… All we wanna do is be free… Can you tell me why every time I step outside I see my [boys] die »

« Aucun alcool ne peut anesthésier ma douleur… Tout ce qu’on veut, c’est briser les chaînes… Tout ce que qu’on veut, c’est être libre… Tu m’expliques pourquoi chaque fois que je mets le nez dehors, je vois nos frères mourir ? »

Interrogations Même les radios locales Hot 104.1 et Old School 95.5, qui passent du rap et du Rn’B, se sont mobilisées à leur façon. Après la mort de Michael Brown, Boogie D, le directeur de la programmation, a interrompu sur les deux radios toute diffusion de musique pendant près de 14 heures, pour ouvrir une libre antenne aux auditeurs. Pendant plus d’une semaine, la playlist habituelle a été oubliée au profit d’hommages au jeune homme abattu par la police.

Après ce qu’il s’est passé, estime Arthur « A Plus » Willis, programmateur sur la tranche prime time, « les gens ont envie d’écouter des hommages, du gospel et du hip hop plus engagé. » Tef Poe explique que les événements l’ont fait réfléchir aux messages véhiculés par le hip-hop. « J’ai pensé au cas de Mike Brown, aux diffé- rents genres de musique que nous produisons et aux messages que nous faisons passer », raconte-t-il. Depuis quelques jours, il s’interroge: « Quelles sont mes inten- tions? Pourquoi est-ce que je suis là? Qu’est-ce que j’attends de la musique com- me artiste? » Il sait que le jeune Brown était un parolier en herbe.

« Je suis d’ici », souligne Tef Poe. « J’ai marché dans les mêmes rues que Mike Brown. On a une histoire similaire. Comme lui, quand j’étais gamin, je voulais devenir artiste. » The Washington Post  Krissah Thompson 23 août 2014

http://www.courrierinternational.com/article/2014/08/23/le-hip-hop-degaine-pour-ferguson?page=all

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22 août 2014 ~ 0 Commentaire

Français de souche: généalogie d’un concept manipulé par l’extrême droite (rue 89)

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Le ciel est sombre, les bâtiments sales et le personnage masqué.

Cette semaine, le magazine Valeurs actuelles publie une «enquête choc» sur les «cités où les Français de souche subissent la loi des caïds». L’expression «Français de souche» est utilisée sans guillemets.

Cela fait longtemps que l’hebdo de la droite dure a laissé tomber les précautions typographiques. Le terme revient régulièrement dans ses articles, parfois accom- pagné du mot «gaulois». Par ailleurs, des auteurs comme Alain Finkielkraut ou Denis Tillinac sont régulièrement critiqués pour l’usage de l’expression.

Mais, à force de répétitions, la formule est presque passée dans le langage courant. Dans les débats de l’Assemblée nationale, on la retrouve de temps en temps et elle ne vient pas nécessairement des bancs les plus à droite. L’impres- sion de la nouveauté, alimentée par l’existence du site Fdesouche et la montée d’un discours identitaire, cache d’ailleurs une généalogie plutôt ancienne.

Les démographes s’étripent A en croire le démographe Hervé Le Bras, le terme est utilisé dès le début du XIXe siècle, mais a changé de sens au fil du temps. La métaphore emprunte au thème barrésien de la «terre et des morts». Ce qui permet encore de distinguer de supposés «Français de souche» et les «Français de pa- piers». En Algérie française, l’expression est utilisée pour distinguer «les Français de souche européenne» et les «Français de souche nord-africaine» (FSNA).

C’est dans les années 90 que le terme gagne en charge polémique. Un violent débat de spécialistes agite alors le petit milieu des démographes. A l’origine de la controverse, une étude de Michèle Tribalat, publiée par l’Institut national d’études démographiques (Ined). Le livre, dense et technique, tente de mesurer l’apport de l’immigration dans la société française. Une fois cela déterminé, il apparaît un résidu: les fameux Français «de souche».

La méthode irrite Hervé Le Bras, qui va lui répondre dans un article intitulé «Les Français de souche existent-ils?» et dans un livre, «Le Démon des origines» (Ed. de l’Aube, 1998). Le démographe estime que sa collègue a donné une caution pseudo-scientifique à une notion manipulée par l’extrême droite. Il reproche à la démographe de céder à la «fatalité biologique»: «L’opération ethnicise le nationa- lisme puisqu’elle assimile la nation française à la présence d’un groupe ethnique majoritaire flanqué de plus petits groupes dont l’assimilation est en cours.»

Lui souligne ce qu’il pense être des aberrations méthodologiques, dont la date butoir de l’étude (1900) qui effacerait les phénomènes migratoires antérieurs que la France a pourtant connus. Il s’agace également d’une seconde définition apportée par Michèle Tribalat, pour qui les «Français de souche» sont les person- nes «nées en France de deux parents nés en France». Or, Giscard d’Estaing est né à Koblenz, en Allemagne…

«Pas disparu à France Culture» Depuis, la dispute ne cesse de rebondir. Joint par Rue89, Hervé Le Bras, qui n’a pas désarmé, fait référence à d’autres études chapeautées par Michèle Tribalat. Cette dernière préfère désormais utiliser l’ex- pression «natif au carré». Dans un entretien accordé à Rue89 il y a quelques mois, la chercheuse, qui répète qu’elle ne fait qu’explorer les faits, se justifiait sur ce changement de vocabulaire:
«L’emploi de cette expression “Français de souche », dont j’ai constaté qu’il n’avait pas disparu y compris à France Culture, a été un des arguments utilisé par Hervé Le Bras pour m’accoquiner avec l’extrême droite. Alors même que ce der- nier réglait, lors de son attaque en 1998, un contentieux purement inedien [une référence à l’Ined, ndlr]. C’était une facilité dont j’avais expliqué ce qu’elle désignait. »

Ce débat gagne en tout cas en résonance dans la presse d’extrême droite. La tournure séduit surtout la Nouvelle droite, un courant insufflé par l’écrivain Alain de Benoist, qui aime tisser l’image d’une Europe blanche, fécondée par les Indo- européens, supposés pères génétiques de la «race blanche».

Du «Français de souche», on glisserait alors vers l’«Indo-européen». C’est avec cela en tête qu’Hervé Le Bras égratigne également Jacques Dupâquier, alors vice- président du conseil scientifique de l’Ined. Celui-ci est accusé d’avoir monté un «reconstruction ethnique fantaisiste» en dressant l’histoire de petits groupes d’hommes porteurs de techniques nouvelles» venus au VIe millénaire avant Jésus Christ et préservés jusqu’au début des années 50. Voilà donc la fameuse «souche».

L’Eden n’est pas en France Aujourd’hui, ce vocabulaire irrigue la mouvance identitaire. Le thème se rattache à celui du «grand remplacement», le prétendu «remplacement» du peuple français par d’autres peuples, idée que les identitaires aiment adosser aux statistiques de dépistage de la drépanocytose. Damien Rieu, porte-parole de Génération identitaire, définit ainsi ce qu’il entend par «Français de souche», avec une once de paradoxe: «Quelqu’un qui a des ascendants euro- péens. Ethniquement, le peuple français n’existe pas, c’est un concentré de peuples de l’Europe de l’ouest.»

Interrogé sur le sens de l’expression, l’historien Patrick Weil la critiquait en 2011: «Elle n’a aucun fondement. Les souches sont immobiles, tandis que les êtres humains bougent et évoluent. La France a été une terre d’invasion puis de migrations, et les nouveaux venus ont toujours fini par s’intégrer.» Ce que formule autrement Hervé Le Bras: «Il est sûr que l’Eden n’étant situé en France par aucu- ne tradition, nous descendons tous d’immigrants à un certain horizon temporel. »

Rémi Noyon Journaliste Publié le 21/08/2014 à 17h18
Commentaire: Tous les êtres humains, sont issus d’une même souche venue d’Afrique.  Ceux qu’on appelait « indo-européens » aux siècles passés, n’auraient même pas voyagé, ce sont leurs techniques, plantes et animaux qui sont venus d’Irak actuel par « acculturation », transmises de voisins à voisins.

 

 

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21 août 2014 ~ 0 Commentaire

Brève histoire de l’antisémitisme français du 19ème à nos jours (paris luttes)

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Les conséquences de l’affaire Dreyfus L’affaire Dreyfus divise profondément la société française.  Elle est un symbole à la fois de l’iniquité au nom de la raison d’État, et des tendances antisémites qui traversent tout le corps social. L’honneur de l’armée et de la « patrie » prime sur l’injustice commise contre un petit capitaine juif. De la raison d’Etat au racisme d’Etat, il n’y a qu’un pas.

Préexistant à l’affaire Dreyfus, l’antisémitisme s’était déjà exprimé lors des affai- res du boulangisme et du canal de Panama. Mais l’affaire Dreyfus répand la haine raciale dans toutes les couches de la société, mouvement qui débute certes avec le succès de La France juive d’Édouard Drumont en 1886, mais qui est ensuite énormément amplifié par les divers épisodes judiciaires et les campagnes de pres- se pendant près de quinze ans. Lié au nationalisme et au racialisme, l’antisé- mitisme devient alors un des thèmes majeurs de l’extrême-droite.

L’antisémitisme de droite est un antisémitisme d’origine religieuse très an- cienne (thème du peuple déicide développé dans les publications catholiques, et particulièrement La Croix), activé par un nationalisme français revanchard à la suite de la guerre franco-prussienne de 1870-71. À cet anti-judaïsme traditionnel se juxtapose un antisémitisme moderne, lié aux thèses racialistes affirmant la supériorité de la «race blanche», qui serait fondée par la science (anthropométrie, craniométrie, etc.). Les thèmes du «Juif errant» et du «cosmopolite sans racine» s’y mêlent aussi.  S’il concerne majoritairement la droite et l’extrême-droite, l’anti- sémitisme n’épargne pas entièrement la gauche (par exemple Blanqui, Jaurès, Proudhon…). En retour, les manifestations d’antisémitisme lors de l’affaire Dreyfus ont également un impact international sur le mouvement sioniste au travers d’un de ses pères fondateurs: Théodore Herzl [7].

Regain d’antisémitisme lors de la crise des années 1930 L’antisémitisme, un temps apaisé par l’Union sacrée lors de la première guerre mondiale, ressurgit lors des années 1930, stimulé par la crise économique, le chômage, l’afflux des Juifs allemands fuyant le nazisme et l’accession au pouvoir du Front populaire, dirigé par Léon Blum. Il devient une valeur étendard de l’extrême-droite, portée par de nombreuses publications antisémites [8].

En 1937, Céline publie Bagatelles pour un massacre, tandis que Georges Mon- tandon, un ethnologue tenant des thèses racialistes, signe en 1939, dans « La Contre-Révolution« , un article intitulé «La Solution ethno-raciale du problème juif». L’admiration envers Hitler n’est pas cependant pas unanime dans les rangs de l’extrême-droite antisémite, la germanophobie et le nationalisme induisant, chez certains, le rejet du nazisme.

En pratique, les antisémites considéraient non seulement qu’il était désormais devenu indispensable de fermer les frontières mais ils pensaient également qu’il fallait refouler les Juifs. Ils prônaient des mesures légales et un statut juridique. Ils voulaient dissocier une nationalité juive de la nationalité française. Il y a une gran- de hostilité envers les mariages mixtes, mais aucune mesure légale ne fut jamais prise.

Des groupes de théoriciens antisémites demandaient aussi la confiscation des biens des juifs. Enfin, certains antisémites voulaient interdire le travail aux juifs, ou limiter les activités exercées par les juifs dans la presse, la banque, l’in- dustrie du commerce, les professions libérales, la culture et le spectacle. Avant Pétain, quelques lois furent promulguées en réponse à des manifestations venant notamment du milieu de la médecine ou des avocats [9].

L’antisémitisme d’Etat L’État français dirigé par Philippe Pétain va hisser l’anti- sémitisme au rang d’idéologie officielle avec les lois sur le statut des Juifs, la créa- tion du Commissariat général aux questions juives, les arrestations et l’internement des juifs dans les camps (de concentration, d’internement ou de transit, selon le vocabulaire de l’époque), la saisie des biens juifs et « l’aryanisation », la déportation vers l’Allemagne.

Le gouvernement de Vichy va mener une politique de restriction des droits des juifs dès son installation, sans que les Allemands n’aient exprimé la moindre de- mande. Dès juillet 1940, le ministre de la justice Alibert, crée une commission de révision des naturalisations, qui retire la nationalité à 15 000 personnes dont 6 000 juifs. [10] En octobre 1940, le conseil des ministres promulguera le premier statut des Juifs: les citoyens juifs français sont exclus de la fonction publique, de l’ar- mée, de l’enseignement, de la presse, de la radio et du cinéma.

Le deuxième statut des juifs, de juin 1941, allonge la liste des professions d’où sont exclus les Juifs et établit un numerus clausus limitant la proportion de Juifs à 3 % dans l’Université et 2 % dans les professions libérales. Enfin, en juillet 1941, les Juifs doivent céder leurs droits sur les entreprises à des « Aryens ». Un Com- missariat général aux questions juives, créé en mars 1941, sous la direction de Xavier Vallat, veille à l’application de la législation antijuive.

À partir du 4 octobre 1940, les préfets peuvent interner les étrangers « de race juive » dans des camps spéciaux ou les assigner à résidence. En février 1941, 40 000 Juifs étrangers croupissent ainsi dans une série de camps: Les Milles, Gurs, Rivesaltes…

A partir de 1942, la collaboration entre les polices allemandes et françaises est renforcée par ce qu’on appelle les accords Bousquet-Oberg, du nom du chef de la police française et du représentant en France de la police allemande: les Allemands peuvent ainsi compter sur la police française pour rafler les juifs étran- gers. La déportation des juifs prend une grande ampleur à partir de la Rafle du Vel’ d’hiv, les 16 et 17 juillet 1942.

Entre le printemps 1942 et la Libération de 1944, 76 000 Juifs seront déportés vers les camps d’extermination. Si le régime de Vichy est le sommet du racisme d’Etat, sa chute n’en marque pas la fin, faute de remise en question réelle et profonde des pratiques policières et administratives.

http://paris-luttes.info/20-aout-1899-manifestation

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21 août 2014 ~ 0 Commentaire

Trente ans d’émeutes raciales aux usa (jdd)

police brutality

Depuis le milieu des années 1970 et la fin du mouvement des droits civiques, une dizaine de grandes émeutes raciales ont éclaté aux Etats-Unis. Quatre d’entre elles, toutes provoquées par des débordements policiers, ont particulièrement marqué les dernières décennies.

1980 Les émeutes de Miami En décembre 1979, un vétéran de la Marine, l’Afro-américain Arthur McDuffie, trouve la mort au terme d’une course-poursuite avec la police de Miami. L’enquête révèle que l’homme n’est pas décédé d’une chute à moto, comme les forces de l’ordre l’avait expliqué, mais a été battu à mort par les policiers. Quand en mai 1980, les personnes impliquées sont acquittées par un jury exclusivement blanc, plusieurs manifestations dégénèrent en émeutes. Pendant trois jours, les affrontements entre manifestants, majoritairement issus de la communauté noire, et la police, font 18 morts et 100 millions de dollars de dégâts. L’État fédéral déclare Miami comme zone sinistrée. Un nouveau procès a lieu à San Antonio, au Texas, pour ne pas raviver les tensions. La famille d’Arthur McDuffie reçoit finalement 1,1 million de dollars de dédommagement.

1992 L’affaire Rodney King Arrêté pour un excès de vitesse en mars 1991, Rodney King, un jeune noir de 26 ans, est passé à tabac par la police de Los Angeles, sous les yeux d’un vidéaste amateur qui filme la scène. La vidéo fait le tour du monde, mais un an plus tard, les policiers impliqués sont blanchis. Environ 100.000 personnes descendent dans la rue pour protester et la manifestation dégénère rapidement. Il faut attendre six jours pour que le maire de Los Angeles, Tom Bradley, lève enfin le couvre-feu. Le bilan est lourd : 53 morts et plus d’un milliard de dollars de dégâts. Un an plus tard, lors d’un nouveau procès, les policiers sont finalement condamnés à 30 mois de prison.

2001 Les émeutes de Cincinnati Recherché pour 14 délits, Timothy Thomas est tué par un policier le 9 avril 2001 dans le nord de Cincinnati, alors qu’il ne porte pas d’arme. Comme précédemment à Miami et Los Angeles, les manifestations pacifiques éclatent vite en affrontements avec les forces de l’ordre. Le maire de la ville, Charles Luken, décrète l’état d’urgence et met en place un couvre-feu. Le 13 avril, quatre jours après les premiers heurts, le calme retombe enfin sur la ville. Les émeutes ont causé 3,6 millions de dollars de dégâts. En septembre 2001, le procès du policier Stephen Roach, qui a tiré sur Timothy Thomas, débute. L’homme sera acquitté, provoquant à nouveaux des violences, passagères cette fois. Dans les mois qui suivent, la police de Cincinnati met en place une série de mesures pour permettre à ses membres de mieux appréhender le genre de situation qui ont a conduit à la mort de Timothy Thomas.

2009  Le meurtre d’Oscar Grant Aux premières heures du Nouvel An 2009, Oscar Grant, un jeune noir de 22 ans, est abattu par Johannes Mehserle, un officier de la police du rail, aux abords de la station de métro de Fruitvale, à Oakland en Californie. La scène, filmée par un téléphone portable et diffusée sur Internet, montre le jeune homme plaqué au sol, mains dans le dos, tué d’un coup de revolver. Les images suscitent la colère de la communauté noire notamment, qui descend en masse dans les rues. Près de 300 commerces sont vandalisés et la police procède à l’arrestation d’une centaine de personnes. Ces heurts mettent en lumière la pauvreté qui touche certains quartiers de la ville et a fait d’Oakland un des endroits les plus dangereux des Etats-Unis. Lors de son procès, le policier inculpé déclare avoir confondu son arme avec son taser au moment d’en faire usage. Il n’est finalement condamné qu’à deux années de prison pour meurtre au second degré.

Thomas Liabot – leJDD.fr mardi 19 août 2014

http://www.lejdd.fr/International/USA/Trente-ans-d-emeutes-raciales-aux-Etats-Unis-681270

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18 août 2014 ~ 0 Commentaire

1992: no justice, no peace, les émeutes rodney king (1)

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Les émeutes de Los Angeles débutent après l’acquittement des policiers impliqués dans le tabassage de Rodney King, et touchent de plein fouet une Amérique blanche et riche, qui célèbre au début des années 1990 le triomphe du modèle américain. Ces révoltes, suivies en direct par toute la planète, sont révélatrices du nouvel ordre social.

L’événement que constituent les émeutes de Los Angeles n’est pas toujours apprécié à sa juste importance. Pourtant la situation générale des prolétaires racisés états-uniens de 1992 n’est pas sans écho ailleurs dans le monde après trente ans de libéralisme économique.

Les émeutes de Los Angeles explosent après 20 ans de reflux des luttes du mouvement noir. Les émeutes des années 1960, à l’apogée des mouvements pour les droits civiques et du « Black Power », avaient lieu dans un contexte fortement revendicatif et nul ne doutait de leur caractère politisé. Ces mouvements ont dû essuyer une très lourde répression, les militants et militantes du Black Panthers Party (BPP) furent pourchassés et beaucoup furent emprisonnés et assassinés. L’effondrement du BPP dans les années 1970 marque en quelque sorte la fin des grands mouvements de protestations noirs [1]. Par la suite, les stratégies politiques plutôt réformistes et moins radicales gagnent du terrain : la décennie 1980 fut marquée notamment par la nomination aux primaires démocrates du révérend noir Jesse Jackson.

Les luttes pour les droits civiques, malgré des victoires considérables, n’ont pas réussi à parvenir à une égalité réelle. Ainsi, si juridiquement la ségrégation n’existe plus, par le biais des rouages du capitalisme et de l’État, l’oppression raciale perdure. Dans les années 1980, avec l’arrivée au pouvoir de Reagan, les ghettos vont connaître de lourdes attaques.

La politique libérale et de privatisations entreprise durant cette décennie ravage les quartiers noirs : suppressions de services sociaux, des budgets alloués à l’école publique, chômage, disparition rapide de l’État social à tous les niveaux, etc. Ces quartiers plongent dans la pauvreté extrême ; pour nombre de jeunes noirs à l’époque, il y a peu chance de sortir du ghetto ou de s’enrichir par la voie légale. Ce climat social dégradé favorise la mise en concurrence des communautés et des tensions qui en résultent.

Los Angeles et les tensions communautaires La situation des ghettos de Los Angeles (LA) au début de la décennie 1990 est particulièrement emblématique de ce climat social. Ces quartiers sont concentrés au sud de LA (notamment les quartiers de South-Central, Compton et Watts) et ont été sévèrement touchés par la récession nationale de la fin des années 1980. Ils concentrent des minorités ethniques noires, asiatiques, et latinos. La composition « raciale » de ces quar- tiers, historiquement noirs, a évolué lorsque les Hispaniques s’y sont installés (leur population aurait augmenté de 119 % en une décennie [2]).

À cela s’ajoute l’implantation de populations d’origines coréennes qui deviennent propriétaires des petites épiceries et des boutiques, anciennement détenues par des Noirs. La compétition économique entre les différentes populations des classes ouvrières est à l’origine d’une certaine animosité raciale : ainsi, dans les années 1980, les entreprises du centre de LA se séparent de la plupart de leurs employé-e-s noirs pour les remplacer par des immigrants et immigrantes latinos, payés moitié moins que leurs prédécesseurs syndiqués.

La pauvreté de ces communautés doublée par l’arrivée du crack dans les quartiers noirs favorisent les guerres de gangs. Les gangs aux États-Unis ne sont pas un phénomène seulement adolescent – des pères de familles, même parfois âgés, en font partie – et ne se résument pas à un seul phénomène de criminalité mais possèdent des aspects socio-structurels : l’appartenance à un gang représente une alternative sociale et possède un caractère affectif et identitaire. Mais la politique répressive contre ces gangs est impitoyable et dans tous ces quartiers, les violences policières sont monnaie courante.

L’affaire Rodney King C’est dans ce climat que survient le 3 mars 1991 le tabas- sage de Rodney King lors d’un contrôle radar par quatre policiers. Surpris à une vitesse de 160 km/h, il refuse de sortir du véhicule. En état d’ébriété, il finit par s’en prendre à eux et à les renverser par terre. Les policiers font alors usage de matraques électriques de 50.000 volts. En moins de deux minutes, les policiers s’acharnent sur King et lui assènent pas moins de 56 coups de matraque clas- sique. Vingt-quatre autres policiers sont ameutés sur les lieux : aucun n’intervient pour calmer leurs collègues déchaînés.

Ce tabassage filmé par un vidéaste amateur, George Holliday, est diffusé sur les chaînes de télé américaine et provoque une forte indignation. La solidarité autour de Rodney King se met en place, ce qui vaudra aux policiers un procès très médiatisé.

Les quatre policiers : le sergent Koon (qui commandait), Powell et Wind (les deux auteurs de coups de bâton), et Theodore Briseno (auteur d’un violent coup de pied) sont accusés d’« usage abusif de la force ». La vidéo de George Holliday est versée au dossier et sera examinée image par image par des experts. La défense ayant réfuté les Afro-américains, le jury est composé de dix Blancs, un Asiatique et un Latino. Le 29 avril, après sept jours de délibérations, le jury acquitte les quatre officiers de police.

Par Nicolas Pasadena (commission antiraciste d’AL)

http://albruxelles.wordpress.com/2014/08/16/1992-no-justice-no-peace-les-emeutes-rodney-king/#more-1029

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18 août 2014 ~ 0 Commentaire

1992, no justice, no peace, les émeutes rodney king (2)

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« No justice, No Peace »

L’acquittement des policiers met le feu aux poudres et des émeutes surviennent dès le premier soir. Le deuxième jour, la violence se répand sans aucun contrôle. On assiste à la télévision à des échanges de tirs quand les Coréens propriétaires de magasins décident d’utiliser des armes à feu afin de défendre leurs boutiques des pillards.

La couverture médiatique, possible grâce aux hélicoptères des équipes de télévision, permet une très large diffusion de l’événement, et les scènes de violence, notamment les images de la ville en flamme, des boutiques ouvertement pillées, et les coups de feu tirés, choquent le monde entier. D’autres émeutes, plus petites, ont lieu dans d’autres villes des États-Unis, comme à Las Vegas, San Francisco, Oakland ou encore New York, Seattle, Chicago, et même dans la ville canadienne de Toronto.

Un couvre-feu, le déploiement de troupes de la garde nationale californienne et des troupes fédérales dépêchées afin de mettre fin au «désordre», finit par faire diminuer la violence. C’est la plus grande opération de rétablissement de l’ordre coordonnée de l’histoire. Pendant des semaines, des unités de la police de L.A. recherchent les biens volés en pénétrant dans les logements ouvriers, pendant que les agents de la police des frontières patrouillent dans les rues à la recherche d’étrangers et d’étrangères en situation irrégulière. 13.212 personnes sont arrêtées, les peines d’amende et d’emprisonnement prononcées sont dans plusieurs cas complètement disproportionnées [3].

Un lourd bilan Les estimations du nombre de morts varient entre cinquante et soixante. 3.600 incendies sont allumés pendant ces émeutes, détruisant 1.100 bâtiments. Les commerces possédés par des Coréens et d’autres immigrants asiatiques sont principalement visés, même si ceux des Blancs et Noirs sont également attaqués. Certains gangs en profitent pour régler leurs comptes avec d’autres bandes et la police.

Certains commentateurs déclarent que les émeutes ne sont pas politiques mais seulement l’occasion d’actes crapuleux et de règlements de comptes. Si la révolte ne connut pas de relai idéologiquement revendicatif contrairement aux émeutes du temps du Black Power, elle est pour autant fortement politique. Un des slogans des émeutes a d’ailleurs fait florès depuis : « Pas de justice pas de paix ».

Outre le verdict du procès, de nombreux facteurs sont cités comme causes des émeutes, parmi lesquelles le taux de chômage extrêmement élevé parmi les résidents des quartiers du sud de la ville, et l’attitude de la police de LA perçue comme particulièrement violente et utilisant des profils raciaux. Le chef de la police Daryl Gates, déjà critiqué depuis longtemps pour le racisme et la corruption qui sévissaient dans son service, est renvoyé quelques temps après.

Les révoltes ont d’autres impacts : l’opinion publique réclame un nouveau procès des policiers, et des charges fédérales, pour violation des droits civiques, sont déposées contre eux. Le verdict est lu le samedi 17 avril 1993 : deux des agents, l’officier Laurence Powell et le sergent Stacy Koon, sont déclarés coupables tandis que les deux autres sont acquittés. À la suite de la vidéo du tabassage, plusieurs organisations de « copwatch » (littéralement « surveillance de flics ») se développent aux États-Unis.

Des émeutes révélatrices du nouvel ordre social Les images du tabassage de Rodney King sont diffusées sur les télés au moment même où la guerre du Golfe prend fin, quelques mois après la dissolution de l’URSS et la victoire du capitalisme triomphant. Elles font quelque peu partir en fumée le conte de fée que l’Occident vit à cette époque, celui de la fin de l’histoire, l’instauration d’un monde meilleur sous la coupe du marché et la victoire du rêve américain. Le racisme et les injustices sociales resurgissent alors violemment dans la réalité étatsunienne.

Pour en réduire l’impact social explosif, la criminalisation des émeutiers et des gangs sont le mot d’ordre. Depuis, les dominations raciales n’ont pas disparu aux États-Unis, comme l’a prouvé la gestion des réfugiés noirs lors de l’ouragan Katrina en Louisiane, en 2005. Si l’élection de Barack Obama a tenté de faire croire à la naissance d’une Amérique post-raciale, la réalité est toute autre : les conditions de vie des noirs dans les ghettos en 2012 ne sont pas meilleures qu’en 1992, la crise économique est passée par là et les conséquences sont énormes pour les minorités raciales aux États-Unis.

Si la situation étatsunienne est spécifique, elle n’est pas sans similitude ailleurs. Le constat est clair : à travers le monde, les minorités racisées sont généralement en bas de l’échelle sociale, reléguées dans une forme de margi- nalité urbaine et territoriale, distincte selon les pays (que ce soit dans des bidonvilles, des quartiers-ghettos ou encore dans des zones rurales) et soumises à l’oppression policière.

Cette frange du prolétariat ne disposant pas toujours des moyens de luttes ni des solidarités des différents mouvements d’émancipation, les stratégies indivi- dualistes, les phénomènes de gangs et les replis et divisions identitaires s’y déve- loppent. Parallèlement nous constatons depuis quelques années une expansion du phénomène émeutier à travers le monde [4] : les émeutes Rodney King ont en quelques sortes inauguré cette période. Elles restent une des seules manifesta- tions politiques porteuses d’exigence de justice pour les catégories les plus pauvres du prolétariat.

Source : AL, Le Mensuel, avril 2012

http://albruxelles.wordpress.com/2014/08/16/1992-no-justice-no-peace-les-emeutes-rodney-king/#more-1029

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14 août 2014 ~ 0 Commentaire

Ferguson se révolte contre l’assassinat de michael brown, un jeune noir (al’e)

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«La police de Ferguson vient juste d’exécuter mon fils désarmé!!!»

C’est le message déchirant que Louis Head a écrit sur un carton avant de se déplacer pour le faire voir dans le quartier en le portant à bout de bras après que son petit-fils, Michael Brown, fut abattu lundi dernier, 9 août, dans les rues de Ferguson, dans la banlieue de Saint-Louis au Missouri. La mort du jeune homme de 18 ans a déclenché une vive indignation dans ce quartier à majorité afro-américaine, situé à l’extérieur de Saint-Louis, qui affirme que la brutalité policière contre les hommes noirs y est monnaie courante. Cet assassinat conduisit à des protestations de colère deux nuits de suite.

Les médias dominants se centrèrent sur les dommages à la propriété lors des manifestations, la police a arrêté, selon sa tradition, des dizaines de «cou- pables». Pour des millions de personnes dans tout le pays, toutefois, l’horreur face à l’exécution par la police d’un «nouveau» jeune Noir, et la conviction qu’il était temps que quelque chose soit fait contre la violence policière, était le sentiment prédominant.

Selon la version policière des événements, un propriétaire de magasin rapporta qu’une personne, dont l’apparence correspondait prétendument à celle de Brown, venait de réaliser un vol à l’étalage. Plus tard, un agent, dont le nom, à l’heure où cet article est écrit, n’a toujours pas été prononcé, arrêta Brown et l’un de ses amis alors qu’ils descendaient le long de la rue. Puis, toujours selon les flics, Brown tenta de pousser l’agent dans sa voiture et tenta d’atteindre l’arme de ce dernier. La police affirme que, lors de la lutte, un coup parti de l’arme de l’agent. Ensuite, alors que Brown, sans arme, parvint à s’enfuir, le flic tira plusieurs coups en direction de l’adolescent, le blessant mortellement.

La version décrite par les témoins est complètement différente. Dorian John- son, qui accompagnait Michael Brown, et Piaget Crenshaw, un passant qui assista aux coups de feu, déclarèrent à Fox 2 News [1] qu’après avoir fait face à Brown et Johnson parce qu’ils marchaient dans la rue, l’agent commença à agresser Brown en le saisissant à la gorge [prise pour étrangler, formellement interdite] et en tentant de le faire entrer dans sa voiture de patrouille. A ce moment l’arme de l’agent fit feu au moins une fois.

Lorsque les deux ados se mirent à courir, l’agent tira alors une seconde fois. Johnson déclara aux journalistes venus sur les lieux [2]: «[l’agent] tira encore et une fois que mon ami sentit ce coup, il se retourna et leva les mains et com- mença à se baisser. L’agent continua à s’approcher l’arme dégainée et il fit feu plusieurs fois.» Johnson ajoute: «Nous ne faisions de mal à personne. Nous n’avions aucune arme avec nous.»  

Les amis et la famille de Brown apprirent sa mort parce que son corps sans vie reposa dans la rue durant quatre heures alors que la police «enquêtait», ou tentait de se mettre d’accord sur le récit à rendre public, si l’on se fonde sur les descriptions des témoins. Ainsi que le rapporte le St. Louis Post-Dispatch [3], les amis de Brown «virent des photos de lui allongé sur la rue, à Canfield Dive, où son corps resta pendant des heures. Plusieurs se joignirent à la foule des per- sonnes en deuil et des manifestants qui s’étaient rassemblés là depuis l’homi- cide en protestation contre la manière dont Brown était mort: un Noir, désarmé et abattu de plusieurs coups de feu.» 

La mort, aux mains de la police, d’un autre jeune Noir fit déborder la colère de la communauté au cours des jours qui suivirent l’assassinat, bien que cela arrivât seulement après ce que beaucoup appelèrent une provocation policière délibérée. Les habitant·e·s noirs qui s’étaient rassemblés devant le poste de police le soir de la mort de Brown (le 9 août) pour une veillée furent accueillis de manière auto- ritaire. Des dizaines de policiers furent appelés des localités environnantes. Ils portaient des vêtements anti-émeute, beaucoup tenaient des fusils. La foule scan- dait: «Le peuple uni jamais ne sera vaincu» et certains habitant·e·s levèrent leurs mains pour montrer à la police qu’ils étaient désarmés, criant aux flics: «ne me tire pas dessus».  

La colère de la communauté est basée non seulement sur la mise en cause du récit policier au sujet de la mort de Brown, mais aussi sur la manière dont les mé- dias font le portrait de l’adolescent, lequel avait terminé son lycée et devait com- mencer son université le lundi 11 août.

Comme le note TheRoot.com [4], de nombreux médias choisirent d’utiliser une image d’un Brown qui ne souriait pas, exhibant un signe de paix, que certains définirent comme étant le «signe d’un gang». Ainsi que l’indique Yesha Callahan: «Vous aurez bien de la peine à trouver les médias dominants montrant Brown lors des promotions de son lycée ou avec les membres de sa famille. Il est iro- nique que toutes ces photos existent grâce à la page Facebook de Brown. Mal- heureusement, à cause de la police de Ferguson, vous ne pourrez jamais voir une photo de Brown lors de son premier jour d’université, aujourd’hui.»

La nuit qui suivit l’assassinat, le 10 août, des centaines de manifestant·e·s se réunirent pour une autre veillée aux chandelles. Lorsque certains défilèrent dans les rues, scandant: «Pas de justice, pas de paix», ils durent faire face à des centaines de policier en tenue antiémeute, accompagnés de chiens policiers.

Il a largement été fait état que des habitant·e·s noirs commencèrent à scan- der «tuons la police!» avant de débuter. Ce que les médias ont défini d’une ma- nière générale comme étant une «émeute», y compris le pillage de magasins lo- caux. Mais de nombreuses personnes qui ont affirmé avoir participé à la mani- festation insistèrent sur les réseaux sociaux que les manifestant·e·s ne scandaient pas «tuons la police!» mais «pas de justice, pas de paix!» Beaucoup déclarèrent également qu’ils furent délibérément provoqués par la lourde présence policière. C’est alors que l’on rapporta que certains manifestant·e·s avaient commencé à piller plusieurs magasins, dont un dépanneur incendié. La police utilisa finalement des gaz lacrymogènes pour les disperser.

Cette émeute fut une explosion compréhensible de colère face au racisme latent auquel les habitant·e·s noirs de Ferguson sont confrontés tous les jours, en particulier celui de la police. Les histoires de meurtres comme l’assassinat de Michael Brown sont, pour les Afro-Américains, terriblement «banals». Selon un rapport du Malcolm X Grassroots Movment, réalisé après la mort de Trayvon Martin en 2012, il s’en déroule un toutes les 36 heures.

Par Nicole Colson Publié par Alencontre le 13 – août – 2014

Publié le 12 août sur le site SocialistWorker.org; traduction A l’Encontre

http://alencontre.org/laune/etats-unis-ferguson-se-revolte-contre-lassassinat-de-michael-brown-un-jeune-noir.html

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08 août 2014 ~ 0 Commentaire

Que chacun travaille moins pour que tous travaillent! (rue 89)

Quand il est 12h01, devant les ascenseurs.

Chômage en hausse, économie en berne, faut-il une nouvelle fois mettre des points sur les «i»?

La nouvelle augmentation du nombre des chômeurs, la huitième hausse mensuelle consécutive, +0,3%, record battu avec 3 millions 660.000 inscrits à pôle emploi – ne va malheureusement rien changer à la stratégie, s’il en est, de lutte contre ce fléau déstructurant pour la société.

Du «on a tout essayé contre le chômage» de François Mitterrand au «la courbe va s’inverser» toujours démenti de François Hollande, on reste les bras ballants. On s’en remet aux emplois aidés, aux entreprises, à la croissance, ou à je ne sais quelle bonne fée pour faire refluer le nombre des chômeurs.

Il y aurait bien la solution allemande ou celle des Etats-Unis. Dans les deux cas l’artifice consiste à créer des sous-emplois sous-payés. Moins de chômeurs et davantage de travailleurs pauvres dont le sort n’est guère plus enviable si ce n’est un peu plus de socialisation…

Une idée simple… Et si l’on revenait à l’idée simple du «partage du travail». Sor- tons, s’il vous plaît, de la bagarre idéologique qui conduit par exemple François Fillon à liquider purement et simplement ce qui reste des 35 heures du gouver- nement Jospin. Sortons même des bénéfices bien réels de ces 35 heures en ter- mes de créations d’emplois car, instituées de façon trop rigide, notamment dans la fonction publique, elles n’ont pas porté tous les fruits escomptés.

Quelques jalons  :

  • Réduire la durée du travail significativement, par exemple passer d’un coup à 30 heures hebdomadaires, créerait immédiatement un appel d’air de créations d’emplois, sous réserve de négociations branche par branche et de péna- lisation des heures supplémentaires.
  • Cela induirait sans doute, des dépenses budgétaires supplémentaires pour l’Etat afin d’aider les entreprises à amortir le choc. Mais ces dépenses se- raient compensées et au-delà par la diminution des dépenses de l’assurance-chômage et par l’augmentation des cotisants aux caisses de sécurité sociale et donc des ressources de celles-ci.
  • La réduction de la durée hebdomadaire conduirait, comme avec les 35 heu- res, à une amélioration de la productivité horaire du travail. Bon nombre d’en- treprises l’ont bien perçu qui ne se sont pas plaintes, bien au contraire, des 35 heures. Travailler moins c’est souvent travailler mieux.
  • La contrepartie de la réduction du temps de travail serait probablement pour ceux qui ont un emploi aujourd’hui une moindre progression à venir de leur pouvoir d’achat. Ce serait, d’une certaine façon leur geste de solidarité vis- à-vis des chômeurs. On veut espérer qu’ils en soient capables sachant que la resocialisation d’un actif sur dix, aujourd’hui chômeur, vaut bien quelques sacrifices des autres. Le redémarrage de l’économie, dans un deuxième temps, est sans doute à ce prix.
  • Partager le travail n’aurait pas que des avantages économiques et sociaux. Cette orientation pourrait, conditionnel, permettre une inflexion de notre mode de consommation, voire de notre mode de vie, en libérant du temps libre, sou- venez-vous du «ministère du temps libre» inventé dans la foulée de mai 1981! Et donner, derrière cette inflexion bien sûr un autre contenu, plus qualitatif, à cette fameuse croissance dont on attend tant. Il faut revenir, à cet égard, aux travaux de la sociologue Dominique Méda  (dernier ouvrage «  La Mystique de la Croissance  », Flammarion, 2013).

Qu’on en discute… Bref, l’argumentaire peut être développé. Il vaut d’être pris en compte par les décideurs et d’être au moins discuté sur le devant de la scène. Car aujourd’hui, le débat apparent n’est plus qu’entre défenseurs d’une rigueur/ aus- térité salvatrice acidulée de «réformes» et productivistes pseudo-keynésiens amoureux de taux de croissance et de pouvoir d’achat. Chacun se reconnaîtra. Et il est grand temps d’en sortir.

Il paraît que François Hollande envisage désormais que la croissance attendue ne soit pas au rendez-vous fixé cette année. Combien de mois de hausses consé- cutives du chômage lui faudra-t-il encore attendre avant d’en venir à cette idée simple: que chacun travaille moins longtemps pour que tous trouvent un emploi ?

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06 août 2014 ~ 0 Commentaire

Arrêtez de relayer ces sites!

Quand tu arrives le matin et que tu constates que tous tes outils de supervision sont rouges. #Tumblr

Croah.fr et les fachos.

C’est un coup de gueule ! Un ras le bol. Nous avions déjà mis en garde il y a plusieurs mois sur la facho-sphère. Sa viralité est très forte il est vrai. Mais diable, quand on est de gauche, on ne partage pas, on ne relaie pas les sites internet de fascistes de base sous prétexte d’un contenu qui va dans notre sens !

Depuis le déclenchement de la guerre à Gaza début juillet, il y a une recrudes- cence des partages de sites de fachos par nos camarades de gauche. De deux choses l’une, soit nos militants ne font pas attention à recouper et sourcer leurs informations, soit ils sont d’accord avec le fond de ces articles immondes. Ce n’est pas parce que Tsahal se comporte de façon honteuse, que le silence de la communauté internationale est assourdissant que pour autant, nous devrions nous allier en circonstance avec les soraliens, les dieudonnistes et autres antisémites de base.

Ce mélange des genres, il faut le stopper net. Nous en appelons aux partis politiques de gauche. Dans vos communications internes avec les militants, il faut que vous mettiez en place un organigramme précis de la mouvance d’extrême-droite. On se plaint sans cesse qu’il est scandaleux que l’extrême-droite progresse à grand pas, quitte à aller dire que marine Le Pen y arrivera en 2017, mais c’est d’autant plus normal que les camarades sont parfois désarmés face à la menace diffuse des fachos qui ne disent pas leur nom.

Nous allons prendre l’exemple d’un site internet en particulier, puisque ce der- nier semble avoir les faveurs de certains camarades de la gauche radicale. Il s’a- git du site Croah.fr. Il est tenu d’une main de fer par «Joe le Corbeau». Son vrai nom est Noël Gérard. Cet individu s’est spécialisé dans la caricature pro-Dieu- donné et soralienne. Il tire à vue sur les Juifs, les Franc-Maçons en titrant par exemple des dessins tels que «Les chambres à Gaz pour les Nuls» Vous allez avoir en photos un best-of des ses œuvres. Cet article est court mais il a vocation à ne pas rentrer dans les détails, le contenu est suffisamment explicite pour qui n’est pas idiot. Alors lorsque vous retomberez sur le site de ce gugusse, nous es- pérons que cet article aura au moins un peu servi à remettre des barrières moins poreuses avec ces fachos de la pire espèce.

Les palestiniens opprimés n’ont pas besoin de ce genre de soutien qui ne fait que les utiliser comme des boucliers humains face à tout ce qui touche de près ou de loin au judaïsme. Ils ont encore moins besoin que nous, militants laï- ques, internationalistes et pacifistes, diffusions des sites de haine. D’autant plus que ces derniers nous prennent également pour cible.

Arnaud Guvenata Plaidoyer Républicain  28 juillet 2014

http://plaidoyer-republicain.fr/croah-fr-et-les-fachos-arretez-de-relayer-ces-sites/

Lire aussi: http://tantquillefaudra.org/

 

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30 juillet 2014 ~ 0 Commentaire

Soutenons les palestiniens, dégageons les antisémites! (al)

1389.2 Holocaust H

Toutes et tous les anticolonialistes sincères soutiennent le peuple pales- tinien, malgré les interdictions gouvernementales, malgré les parasites anti- sémites qui essaient de polluer nos rassemblements.

Partout en France, des manifestations ont eu lieu ces deux dernières semaines pour soutenir le peuple palestinien bombardé à Gaza par l’État d’Israël. A Paris, des milliers de personnes se sont rassemblées malgré les interdictions du gouvernement et une dure répression policière et judiciaire, qui a par exemple ciblé Alain Pojolat, militant du NPA mis en examen pour avoir organisé la manif parisienne du 19 juillet, interdite par la préfecture.

Cette mobilisation n’est rien d’autre que l’expression de la solidarité avec un peuple en lutte contre un État colonisateur, raciste et belliqueux.

Néanmoins, on a pu observer dans les rassemblements parisiens la présence, très minoritaire mais visible, d’individus explicitement antisémites, des soralo-dieudonnistes effectuant quenelles ou authentiques saluts nazis, quand ils ne menacent et agressent pas les militants et militantes identifié-e-s comme d’extrême gauche ou antifascistes.

Ces néonazis déguisés n’ont pas leur place dans des rassemblements de solidarité avec la Palestine, qu’ils ne font qu’utiliser pour déverser leur haine raciste des juifs.

Ils sont les alliés objectifs du gouvernement et des sionistes, trop contents de pouvoir monter en épingle ces actions pour accuser l’ensemble des manifestants, et plus largement tout mouvement de solidarité avec la Palestine, d’antisémitisme.

Les militantes et militants propalestiniens sincères doivent prendre conscience du danger que font peser les antisémites sur notre mouvement de solidarité et refuser leur présence dans les manifestations.

Alternative libertaire, le 30 juillet 2014

http://alternativelibertaire.org/?Soutenons-les-Palestiniens

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