Archive | Antiracisme

24 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

no to boris (ssp)

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24 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

boris (révolution permanente)

donald trumps boris

Pro-Brexit et réactionnaire

Le portrait de Boris Johnson, nouveau premier ministre britannique

Boris Johnson a été choisi par le parti conservateur britannique pour succéder à Theresa May. Issu d’une grande famille, sorti des meilleures écoles, celui qui va désormais diriger le Royaume-Uni multiplie les déclarations réactionnaires.

Trois an après le référendum de 2016 sur le Brexit et deux mois après la démission de Theresa May, Boris Johnson a été désigné ce mardi chef du parti conservateur. Il se présente devant la reine ce mercredi, après quoi il deviendra officiellement Premier ministre et devra former un gouvernement. Mais qui est vraiment Boris Johnson ?

Une famille de rois et de politiciens

Le père de Boris Johnson est un descendant d’un ministre de l’intérieur ottoman et du roi Georges II. Il possède des liens de parenté avec une grande partie des familles royales d’Europe. Son père était également un politicien, l’un des premiers britanniques à être nommé à la Commission européenne. Il est également un cousin éloigné de David Cameron, ancien Premier ministre.

Ces origines aristocratiques lui ont donné accès à une éducation très prestigieuse, notamment l’université d’Oxford. Pendant ses études, il fait partie du Bullingdon Club, un club réservé aux hommes et qui est réputé pour le niveau de vie de ses membres (l’uniforme coûte 4 000 euros) et leurs frasques – principalement, détruire les locaux où ils se réunissaient puis rembourser les dégâts grâce à leurs fortunes personnelles.

Un homme politique réactionnaire

Ayant commencé sa carrière comme journaliste, il n’a pas hésité à généraliser l’utilisation de propos violents pour se faire remarquer. Margaret Thatcher, ancienne première ministre, héroïne du néo-libéralisme et de la répression de la classe ouvrière, aurait déclaré qu’il était son journaliste préféré.

Une fois lancé en politique, il continue d’employer ces mêmes méthodes. Il est ainsi réputé pour ses nombreuses sorties racistes, parlant d’enfants noirs comme de « négrillons », des femmes en voile intégral comme des « boîtes aux lettres », de l’Afrique comme d’un « pays » ou encore d’une statue d’une divinité en Birmanie comme d’un « très gros cochon d’Inde ».

Le nouveau Premier ministre d’un Royaume-Uni en crise

Boris Johnson est avant tout un fervent partisan du Brexit, sur lequel il tient des positions dures. Il a promis une rupture avec l’Union Européenne d’ici le 31 octobre et ce « coûte que coûte » – c’est à dire y compris au prix d’un « no deal », une rupture sans accord.

Mais si « BoJo » fanfaronne, il entre en réalité en fonction dans une période très difficile.

L’instabilité est flagrante lorsque l’on observe les réactions de ses collègues : plusieurs ministres ont prévu de démissionner, alors même que le nouveau chef du parti conservateur de dispose que d’une très courte majorité – trois voix – au Parlement. Certains commentateurs estiment que le nouveau Premier ministre va faire face aux défis les plus difficiles pour un gouvernement britannique depuis 1945. La situation a en effet déjà coûté son poste à Theresa May.

Si Boris Johnson prétend porter un programme pour les plus précaires, en réalité ce sont surtout ses liens avec le patronat qui primeront pour décider de sa politique.

Il a déjà annoncé des baisses d’impôts pour les plus riches. Il a même évoqué la possibilité de transformer la Grande-Bretagne en une sorte de Singapour pour l’Europe, avec très peu de réglementations et de fiscalité pour les grandes entreprises.

Cléo Rivierre mardi 23 juillet

https://www.revolutionpermanente.fr/

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23 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

marche pour adama (regards)

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23 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

racisme (regards contretemps)

Comment est-on passé de « l’arabe » au « musulman » ?

Il y a cent ans, on haïssait au nom de la couleur de peau. Dans les années 1970, le racisme prend une forme culturelle : au pied des tours HLM, c’est désormais « l’arabe » que l’on dénonce comme « l’envahisseur ». Jusqu’à subir une nouvelle mutation, plus récente, en la figure du musulman. Quel chemin les mots ont-ils suivi ?

Pour les quinquas et leurs aînés, c’est une sorte de souvenir flou, confus, le sentiment que quelque chose dans le vocabulaire a changé. Il y a quelques dizaines d’années, dans les conversations de bistrot, on parlait plutôt des Arabes. Aujourd’hui, ce sont les musulmans et l’islam qui ont la cote sur les comptoirs en zinc, ou sur les comptoirs virtuels des réseaux sociaux.

Des « travailleurs arabes » aux « Arabes » tout court

Le vocabulaire s’adapte à l’époque. Il a en réalité connu plus d’une mutation : « Au temps des croisades on parlait des Sarrasins, au début du 19è siècle, c’était les « enturbannés », dans les années 1930 on disait les « Sidi » (du nom de la ville de Sidi Bel Abbès, à 80 km d’Oran, en Algérie, NDLR)… Cela correspond toujours à une posture ethno-historique », explique l’historien Pascal Blanchard.

C’est à partir des années 1970 qu’on commence à parler d’Arabes de manière très régulière pour désigner les populations dites maghrébines qui habitent en France, et qui sont d’abord associées à la question du travail. On parle ainsi beaucoup de « travailleurs étrangers ». Ou, dans une moindre mesure, de « travailleurs arabes ». Ainsi ce titre du journal Le Monde, sur une grève à Marseille, en 1973 : « Un mouvement de grève des travailleurs arabes a été diverse-ment suivi ». Ou cet autre titre, de 1971 : « L’alphabétisation : clé de l’intégration sociale des travailleurs étrangers ». « Plantu dessine alors des immigrés avec des casques d’ouvriers. Aujourd’hui il ajoute des mouches autour de la plupart des musulmans… », fait remarquer Thomas Deltombe auteur de L’islam imaginaire, sous-titré La construction médiatique de l’islamophobie en France, 1975-2005.

Dans la deuxième moitié des années 1970, à la faveur du regroupement familial qui s’accentue, ces thématiques liées au travail vont céder la place à des articles sur les pratiques culturelles des travailleurs immigrés. « Il y a une focalisation croissante sur ce qui est perçu comme différent », analyse Thomas Deltombe.

La désignation de ces populations comme musulmanes est quasiment absente des discours. Même l’extrême droite n’y a pas recours : « Les mots du racisme contre les Arabes sont à l’origine laïques : « bicot », « bougnoule ». À l’extrême droite, on avait parfois des sympathies pour l’islam. François Duprat ( figure de l’extrême droite dans les années 1960-1970) n’a pas une ligne contre la religion musulmane. Quand il met en place le discours anti-immigration du FN dans les années 1970, les arguments se veulent exclusivement centrés sur le coût social », explique le spécialiste du Front National Nicolas Lebourg.

À cette époque, l’extrême droite essaye plutôt d’instiller l’idée d’une « invasion arabe », avance l’historien Todd Shepard. C’est en particulier l’intention des fondateurs de la Nouvelle Droite, Dominique Venner et Alain de Benoist. Les peurs qu’ils agitent tournent autour des mariages mixtes ou de la criminalité sexuelle, pas de la religion.

« Musulmans », un retour

Des outils linguistiques confirment l’hypothèse d’un déclin de l’utilisation de l’expression « les Arabes », comme celui développé par le laboratoire Praxiling, à l’université de Montpellier. Maître de conférences, Sascha Diwersy a constitué une base lexicale à partir d’un échantillon-nage des articles du Monde de 1944 à 2015, soit 350 millions de mots. Il montre que l’expres-sion commence à être utilisée dans les années 1960 et atteint un pic entre 1969 et 1975.

L’analyse doit être nuancée par le fait que nombre de ces occurrences de « les Arabes » renvoient en fait aux pays arabes. Mais le pic d’utilisation correspond exactement à la période indiquée par les historiens et sociologues que nous avons interrogés.

Pourquoi l’expression décline-t-elle à la fin des années 1970 ?

Avec la culturalisation de l’immigration, et l’émergence de thématiques liées au racisme culturel, le mot « Arabe » prend peu à peu une connotation péjorative. Puisqu’il est le mot utilisé par les racistes et l’extrême droite pour dénoncer les travailleurs immigrés, la presse et le monde politique commencent à s’en distancier.

C’est alors qu’émerge, au début des années 1980, le terme « musulmans » : « On constate à cette époque une méfiance vis-à-vis du mot « arabe », qui diminue en fréquence, fait remarquer le linguiste Alain Rey. L’appartenance religieuse paraît plus correcte pour déterminer quelqu’un. On passe alors au mot « musulmans » pour des raisons de correction, mais sans s’occuper de savoir si les personnes en question sont bien musulmanes. » Un peu à la manière d’un Nicolas Sarkozy, qui invente le concept de « musulmans d’apparence »…

« Ça fait raciste de parler des Arabes, ça désigne des peuples, une origine ethnique, c’est mal vu, alors que parler de musulmans, c’est tout à fait permis. En passant d’Arabes à musulmans, on a l’air d’être moins raciste. Et c’est aussi pratique parce qu’on peut leur trouver une faute, autre que leur origine ou que de manger du couscous. Être musulmans, ils pourraient arrêter de l’être », commente la sociologue Christine Delphy.

Là encore, l’outil Ngram Viewer confirme l’hypothèse d’un effet de vases communicants entre les mots Arabes d’un côté et musulmans de l’autre. Cet outil analyse les données de près de cinq millions d’ouvrages, soit environ 4% des livres jamais publiés, le plus gros corpus linguistique de tous les temps d’après le linguiste Jean Veronis. Ngram montre bien un pic de l’utilisation du mot « Arabes » au milieu des années 1970, puis un déclin, et une augmentation presque concomitante du mot musulmans.

L’islamisation des regards

Il est intéressant de noter aussi que le mot « musulman », en émergeant à cette période-là, n’effectue en réalité qu’un retour. Le corpus utilisé par Praxiling montre une très forte utilisation de l’expression dans les années 1950 et 1960, correspondant au statut des personnes coloni-sées en Algérie, qu’on va qualifier administrativement sous la catégorie « musulmans », tout en affirmant que cette catégorie n’a rien à voir avec la religion.

« C’était leur statut de Français musulmans d’Algérie (FMA) au parlement, c’est comme si vous disiez que le terme de binational est péjoratif. C’est un statut juridique », explique Pascal Blanchard, qui ajoute que l’on pouvait avoir le statut de musulman sans être pratiquant. Ironie de l’histoire, les hommes politiques de l’époque utilisaient le terme pour désigner un groupe ethnique, tout en se défendant de lui donner un caractère religieux. Alors qu’aujourd’hui, c’est le contraire : « On prétend parler seulement de religieux, alors qu’on puise dans les références racistes et racialisées, historiquement ancrées en France », fait remarquer Todd Shepard.

Jusque-là, une grande partie de la gauche est fascinée par ce qu’on englobe sous le terme de « Révolution arabe », qui désigne alors « l’héritage de la révolution algérienne et l’urgence de la lutte palestinienne, mais aussi le conflit du Sahara occidental, le nassérisme et les débats intra-algériens contemporains », raconte Todd Shepard dans son livre, Mâle décolonisation. Elle apparaît, aux yeux des militants français, « comme un fantasme alternatif, chargé de potentialités radicales ».

La révolution iranienne va doucher les espoirs des militants. Le régime iranien punit de mort l’homosexualité ou la sodomie et réserve un triste sort aux femmes : elles doivent porter le hijab et sont écartées de toutes les hautes fonctions publiques. On parle alors beaucoup des musul-mans, et surtout des musulmanes. C’est à ce moment-là, au début des années 1980, que commence ce que Thomas Deltombe appelle « l’islamisation des regards ». Une période dont on ne serait, selon lui, toujours pas sortis.

Un événement singulier, en 1983, symbolise cette mutation. Face au tournant de la rigueur, le gouvernement est confronté à des grèves de longue durée chez Citroën à Aulnay, chez Talbot à Poissy, ou encore à Flins, chez Renault. Des socialistes peuvent-ils utiliser l’argument écono-mique pour faire cesser les contestations ? Comment mater une grève, lorsque l’on se prétend proche des ouvriers ? Devant ce dilemme, le premier ministre Pierre Mauroy, aidé de Gaston Defferre (Intérieur) et Jean Auroux (Travail), va utiliser un subterfuge : déplacer le débat sur le terrain de la religion.

Les grévistes de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois viennent du Maroc, d’Algérie, de Mauritanie, du Mali ou de Turquie. Ils seront taxés d’intégristes, accusés d’être « agités par des groupes reli-gieux ». Gaston Defferre évoque « des grèves saintes d’intégristes, de musulmans, de chiites ». La lutte des classes risquait de tourner dans l’opinion au profit des salariés, le gouvernement joue la carte de la lutte des religions. Pourtant, tout cela ne repose que sur du vent. La CGT a bien intégré à la liste de revendications celle d’une salle de prière, mais il n’y a jamais eu de groupe religieux, démontre une enquête de Libération.

Une montée en islam

Tout au long de cette décennie, d’autres événements viendront cristalliser la confessionnali-sation de la question sociale et de la figure de l’Arabe. C’est l’échec de la Marche pour l’égalité et contre le racisme, qui selon Nedjib Sidi Moussa, auteur de La fabrique du musulman, « aura été pour beaucoup dans la percée de l’islamisme en France ». Ou encore la stratégie de SOS racisme de mettre sur un même plan racisme anti-Arabes et antisémitisme. Et c’est enfin, à la fin des années 1980, « l’affaire de Creil », qui constitue un tournant selon le spécialiste des religions Olivier Roy : l’exclusion de trois collégiennes de leur école parce qu’elles refusent de retirer leur foulard en classe.

Dans le même temps, explique le sociologue Patrick Simon, les organisations militantes ou d’éducation populaire, qui étaient très présentes dans les quartiers, sont progressivement remplacées par des associations à fondement religieux. Elles prennent le relais des pouvoirs publics et des partis, qui abandonnent ou sont contraints d’abandonner le terrain, faute de relais suffisants.

La construction progressive d’un regard religieux sur les immigrés du Maghreb n’est pas uniquement fantasmée, ou créée par le pouvoir. Elle est aussi le fait de demandes religieuses, qui s’étaient jusque-là plutôt rendues invisibles, et qui vont devenir croissantes à partir des années 1980-1990. C’est une époque où les musulmans ont besoin de lieux de culte, où ils ouvrent des boucheries halal.

Après avoir déployé tous ses efforts dans son installation immédiate, cette génération construit désormais de l’infrastructure, de la pérennité, et se rend nécessairement plus visible. Leurs enfants vont maintenant à l’école, à l’université. Ils sont nés ici, et n’ont aucune raison de dire merci : ils veulent les mêmes droits que tous les Français, tout simplement. Et parmi ces droits figurent celui de pratiquer leur religion, un droit qu’ils revendiquent d’autant plus qu’on les regarde maintenant depuis quelques années davantage comme des musulmans que comme des Arabes…

En 1944 Jean-Paul Sartre affirmait que « c’est l’antisémite qui fait le Juif ». Soixante ans plus tard, le réalisateur Karim Miské observait que « c’est l’islamophobe qui fait le musulman ». Aux faits s’oppose la prophétie auto-réalisatrice, qui elle-même engendrera d’autres faits, dans une dialectique complexe et dont il serait impossible de déterminer le premier facteur. L’islamisation des regards créé le musulman, qui lui-même en retour renforce le regard qu’on a faussement porté sur lui.

La construction de la menace

Alors que la figure du musulman est désormais bien installée dans le paysage médiatique et politique, les années 1990-2000 vont la teinter d’une couleur menaçante, celle du terrorisme. Le « musulman » est remplacé par le « musulman dangereux », et ce dès la guerre du Golfe, qui « mobilise des figures de l’Arabe menaçant la France depuis l’extérieur », montre Thomas Deltombe dans un article co-écrit avec Mathieu Rigouste.

« C’est le moment où le concept d’islamisme arrive dans le débat public, alors qu’avant on parlait plutôt d’intégrisme. C’est aussi le moment où est introduit le concept de communauté musulmane », nous explique le chercheur. Les attentats de 1995 renforcent cette figure menaçante : « Le personnage de Khaled Kelkal, co-auteur présumé de l’attentat de la station RER de Saint-Michel, est décrit à la fois comme un « terroriste islamique né à Mostaganem en Algérie » et comme un « jeune délinquant originaire de Vaulx-en-Velin » », écrit Thomas Deltombe.

Dans ces années-là, si l’image du musulman a pris le dessus sur celle de l’Arabe, elle est encore ambiguë. L’extrême droite, notamment, hésite encore sur sa cible. « Entre 1989 et 1998, le FN considère dans sa revue théorique que l’islamisme participe comme lui d’un front identitaire contre le nouvel ordre mondial », explique Nicolas Lebourg.

L’attentat du 11 septembre 2001 est le point d’orgue de cette évolution, qui installe durablement la figure du terroriste musulman dans l’imaginaire collectif, et oriente la stratégie de l’extrême droite. « C’est là que l’islam devient, pour certains, antinomique avec la République », selon Pascal Blanchard. C’est là aussi que la vision populaire misérabiliste, celle de personnes passives inadaptées à la société française, fait place à la vision beaucoup plus active de personnes autonomes qui vont nous adapter, qui voudraient nous changer, à défaut de se changer eux-mêmes. « C’est l’idée d’une contrainte sociale, que les musulmans imposeraient leur rythme, leurs valeurs, que l’on peut voir dans le livre de Houellebecq, Soumission », commente Patrick Simon.

Les années qui suivent sont des années de crispation de part et d’autre, qui entérinent définitivement la figure du musulman dangereux ou du musulman revendicatif dans le paysage mental. À l’installation en 2003 de la commission Stasi chargée de réfléchir à « l’application du principe de laïcité » – en réalité à l’interdiction du foulard en l’école – et aux propos polémiques de l’éditorialiste Claude Imbert (« Moi, je suis un peu islamophobe. Cela ne me gêne pas de le dire ») répond la création du Collectif contre l’islamophobie (CCIF).

Un racisme reformulé

La suite est connue : le terrorisme qui se revendique de l’islam s’est multiplié, tout comme les unes des journaux titrant sur « cet islam sans gêne » ou « la peur de l’islam ». Le paradigme qui s’est mis en place dans les années 1980 ne s’est pas évanoui, il s’est même renforcé, tandis que l’expression « les Arabes » a presque complètement disparu du langage politique.

C’est ce que montre l’étude des tweets des hommes et femmes politiques, à partir d’un autre outil linguistique. #ideo2017, créé par l’équipe du linguiste Julien Longhi, recense les tweets des candidats et candidates aux élections présidentielles. Doctorante au laboratoire Praxiling, Manon Pengam a interrogé pour nous cette base. Résultat : elle n’a relevé qu’une seule occurrence du mot arabe, dans un tweet de Marine Le Pen, qui mentionne la « langue arabe ». En revanche, le mot « musulmans » ou ses dérivés sont utilisés dans une cinquantaine de tweets des candidats.

Si le musulman a supplanté l’Arabe, il ne faut toutefois pas se méprendre : le contenu de ces deux expressions conserve de nombreux points communs.

« Le rejet aujourd’hui des musulmans présente beaucoup de ressemblances avec celui de l’Arabe dans les années 1970 », estime Todd Shepard. « On n’ose plus parler des Arabes, mais les mêmes préjugés, la même détestation subsistent », complète Christine Delphy.

On observe donc à la fois une recodification et un glissement de sens. Recodification, parce ce qu’une partie du contenu et de l’imaginaire xénophobe sous-entendu dans l’expression « les Arabes » subsiste dans l’emploi actuel de l’expression « les musulmans ». Et glissement, parce que l’opinion publique plaque aussi des choses nouvelles derrière cette expression : « Le racis-me anti-Arabes a été recodé en islamophobie tactique, mais cette islamophobie a aujourd’hui une vie organique qui lui est propre », estime Marwan Muhammad, directeur du CCIF.

Arabe ou musulman, il s’agit dans les deux cas de la réduction d’un individu à une seule de ses caractéristiques, réduction qui peut s’avérer violente, aliénante. « Nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles », écrivait le philosophe Henri Bergson, dans Le Rire. Les mots sont essentiels à la vie en commun, forment des œuvres d’art uniques, mais ils sont aussi de terribles instruments de pouvoir.

Aude Lorriaux 23 juillet 2019

http://www.regards.fr/

Lire aussi:

Dossier : politiques racistes, antiracisme politique (Contretemps)

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22 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

képis (cqfd)

vaches

Quand les képis font la loi

« Dans l’affaire Adama Traoré, il n’y a pas que le procureur et la maire de Beaumont-sur-Oise qui ont pris fait et cause pour les gendarmes tueurs, le ministère de l’Intérieur a pesé lui aussi de tout son poids. Quand Bruno Le Roux a été nommé ministre, c’est à la gendarmerie de Persan, où Adama est mort, qu’il a effectué son premier déplacement officiel.

C’est le gouvernement qui en a fait une affaire d’État.

Pour comprendre pourquoi, il faut garder à l’esprit que les forces de l’ordre constituent un pouvoir de plus en plus hostile au gouvernement, qui espère contenir cette rébellion en leur accordant mille faveurs, depuis le droit de porter leur arme même quand ils ne sont pas en service jusqu’à l’extension de l’usage de la légitime défen-se, en passant par la gratuité des transports RATP ou l’équipement de la BAC en fusils d’assaut.

Le 18 mai 2016, lors du rassemblement de flics organisé place de la République à Paris par le syndicat Alliance, Marion Le Pen et Gilbert Collard sont venus s’afficher aux côtés des manifestants.

C’est la première fois qu’on a vu des leaders d’extrême droite aussi chaleureusement accueillis par des policiers aussi nombreux. Dans le même temps, des études indiquaient qu’entre 50 et 70 % des policiers et gendarmes votaient Front National. Là-dessus, t’as des centaines de policiers qui manifestent cagoulés et armés dans les rues de Paris. Quand tu additionnes tout ça, tu ne t’étonnes plus que les dirigeants politiques baissent de plus en plus la tête devant les syndicats de police.

Ce à quoi on assiste, c’est une autonomisation des forces de l’ordre

La police n’est plus seulement le bras armé de l’État, c’est une force qui impose par elle-même son propre agenda politique. Cette évolution s’est d’abord manifestée sur le terrain médiatique : chaque fois que les violences policières font un mort, dans l’heure qui suit les syndicats de flics envahissent les plateaux télé pour marteler leur version, qui devient aussitôt la version officielle, celle que les médias vont relayer en boucle.

La famille ou le comité de soutien de la victime auront beau démasquer les mensonges de la version officielle, leur parole aura du mal à faire le poids.

La puissance des syndicats de flics en France reste un angle mort, on n’en parle jamais, alors que la police constitue un État dans l’État, un ministère dans l’Intérieur. Lors du mouvement social contre la loi Travail, tout se passait comme si le gouvernement laissait sa police réprimer en roue libre.

Des policiers se sont même étonnés publiquement : on ne reçoit pas d’ordres, ils nous laissent faire ce qu’on veut.

Cette autonomisation saute aux yeux quand tu vas sur les comptes Facebook communautaires des flics, où ils se lâchent complètement, sur le mode : laissez-nous faire, on va nettoyer la France.

Exemple, la page Facebook de Robert P, un ancien du Raid qui s’est présenté comme l’un des meneurs des manifs cagoulées d’octobre dernier : il y partage des vidéos ouvertement d’extrême droite. C’est devenu banal.

Quand t’as le directeur général de la police nationale qui se fait huer et mettre la pression par des flics en armes, chauffés à blanc par leurs syndicats, comme en octobre 2016, tu te dis que dans n’importe quel pays cela provoquerait des enquêtes et des mises à pied. Pas en France. Il y a même une vidéo où l’on entend des flics crier “les francs-macs en prison”, à se demander s’ils ne visaient pas leurs propres supérieurs. Tout ça passe comme une lettre à la Poste.

À droite et à gauche, on continue de nous bassiner avec la “police républicaine”, pendant que l’un de ses représentants les plus en vue dans les médias se sent suffisamment à l’aise pour faire l’apologie du mot “bamboula” sur un plateau de télévision. »

Et si la police n’était plus seulement le bras armé de l’État, mais une force d’occupation autonome, capable de dicter sa loi aux politiques ? Éléments d’analyse avec Mohamed, membre du collectif Quartiers 21 et militant aguerri contre les violences policières.

Propos recueillis par Olivier Cyran & Karima Younsi CQFD n°153 (avril 2017)
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22 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

ouïghours (the guardian)

ouighours

La Chine nie l’origine turque des Ouïghours

Et affirme que des « forces hostiles » tentent de diviser le pays

Le gouvernement a déclaré que les « forces hostiles » voulaient séparer la Chine et ont qualifié la région du Xinjiang de « partie inséparable » de la Chine. Les autorités chinoises répriment l’expression de la culture ouïghoure et de la religion musulmane dans la région.

L’extrême nord-ouest du Xinjiang est une partie «inséparable» de la Chine malgré les efforts des extrémistes pour déformer l’histoire et les faits afin de scinder le pays, a annoncé le gouvernement chinois dans un document publié dimanche.

Le gouvernement a déclaré dans un livre blanc publié par le Bureau d’information du Conseil d’Etat qu’il était faux que des membres de la minorité musulmane ouïghoure du Xinjiang descendaient des Turcs, soulignant qu’ils étaient devenus l’outil politique des groupes pan-turcs et pan-islamiques.

Selon le journal, « des forces hostiles à l’intérieur et à l’extérieur de la Chine, en particulier des séparatistes, des extrémistes religieux et des terroristes, tentent de scinder la Chine et de la séparer en faussant l’histoire et les faits ».

Pékin est accusé de persécuter les Ouïghours. Au moins un million de personnes auraient été arrêtées dans ce que la Chine affirme être des centres de formation professionnelle destinés à réduire la propagation de l’extrémisme islamiste.

Le livre blanc du gouvernement indique que le Xinjiang fait partie de la Chine depuis la dynastie Han au troisième siècle et que ses peuples et ses cultures ethniques ont été formés par un long processus de migration et d’intégration.

Il a également précisé que l’islam n’était pas le système de croyance autochtone ou unique des Ouïghours, mais qu’il avait été imposé par l’expansion de l’empire arabe et que la «théocratie» et le «suprémacisme religieux» constituaient une trahison à laquelle il fallait s’opposer.

«Les forces étrangères hostiles et les forces séparatistes, extrémistes religieuses et terroristes qui se sont concertées pour déformer l’histoire (…) seront rejetées par l’histoire et le peuple», a-t-il déclaré.

Lun. 22 juil. 2019

https://www.theguardian.com/

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21 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

adama traoré (le-huff’ npa politis reporterre)

Justice et vérité pour Adama 

Olivier Besancenot et Philippe Poutou à la marche de Beaumont-sur-Oise

Trois ans après l’assassinat d’Adama Traoré, 24 ans, la famille et le Comité organisent à Beaumont-sur-Oise une nouvelle marche pour que la vérité et la justice lui soient enfin rendue, et pour riposter à l’autoritarisme. Le NPA soutient cette marche dans la ville où Adama vivait et a été tué le jour de son anniversaire pendant son interpellation par les gendarmes.

Depuis trois ans, le combat de la famille a imposé le combat pour Adama comme une question politique majeure. Ce combat est devenu le combat contre les violences et les mensonges d’État qui ont également envoyé quatre de ses frères en prison. Ce combat est devenu le nom de tous les jeunes hommes, assassinés, blessés, emprisonnés, du fait de ces violences policières et judiciaires, simplement parce qu’ils sont des habitants de quartiers populaires.

Ce combat prend une acuité toute particulière après 8 mois de mobilisations sociales des Gilets jaunes, mobilisations dans lesquelles le Comité Adama a pris toute sa place et qui ont connu un niveau de répression policière et judiciaire inédit contre un mouvement social.

C’est particulièrement vrai au lendemain de la décoration par le ministre Castaner de 9 000 policiers, dont ceux qui ont participé à la mort de Zineb Redouane à Marseille, aux blessures de Geneviève Legay à Nice ou à la disparition tragique de Steve Maia Caniço à Nantes, ainsi que bien d’autres.

Par ce geste, Castaner affiche la solidarité indéfectible du gouvernement avec les cogneurs et les assassins qui mènent la répression d’État. Avec le Comité Adama, les familles de victimes de violences policières, les Gilets jaunes et toutes celles et ceux qui refusent l’autoritarisme de ce pouvoir, le NPA appelle à marcher toutes et tous ensemble et sera présent, autour de ses porte-parole Olivier Besancenot et Philippe Poutou.

Ce sera une étape importante pour préparer la riposte contre le gouvernement Macron, ses « réformes », son mépris de classe et sa politique répressive.

Montreuil samedi 20 juillet 2019

https://npa2009.org/

Lire aussi:

Adama Traoré: une marche avec les gilets jaunes contre les violences policières (Le Huff’)

Marche pour Adama : « Sans justice, vous n’aurez jamais la paix » (Politis)

3 ans après la mort d’Adama Traoré, Gilets Jaunes et quartiers populaires convergent pour exiger Justice et Vérité (RP)

Gilets jaunes, écologistes et Collectif pour Adama, ensemble contre les crimes de la police (Reporterre)

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20 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

violences 2017 (regards)

robots

Violences policières : un mort par mois, en silence

Trois ans qu’Adama Traoré est mort. Trois ans que ses proches demandent la justice, la vérité. Samedi 20 juillet, une troisième marche est organisée à Beaumont-sur-Oise, à 14h30 au départ de la gare de Persan-Beaumont.

Dans notre trimestriel du printemps 2017, nous avions publié l’article qui suit. D’une terrible actualité.

5 novembre 2016, Paris. Plusieurs centaines de personnes marchent, au départ de la place du Châtelet, laissant ainsi le Palais de Justice dans leur dos pour aller vers la place de la République. Tout un symbole. Des Noirs, des Arabes, des Blancs. Deux mondes cohabitent pour la mémoire d’Adama Traoré. Les uns protestent contre un racisme assassin, une justice sourde et muette.

Les autres, antifascistes, témoignent de leur opposition face à un « État policier ». Ils n’ont pas les mêmes codes, mais ce jour-là, un même élan les pousse. Boulevard Saint-Martin, le cortège s’arrête. De longues minutes à égrener au porte-voix les très nombreux noms de ceux qui sont morts sous les coups de la police. Entre chaque nom, la foule scande : « On n’oublie pas, on ne pardonne pas ». L’écho laisse place au silence. Zyed, Bouna, Malik Oussekine, Rémi Fraisse, Adama Traoré, mais aussi des dizaines d’inconnus. La liste n’en finit plus. Et pour cause, en France, on estime les victimes des « gardiens de la paix » entre huit et quinze morts par an.

Données cachées

Si l’on ne dispose que des données de quelques médias, associations ou collectifs, de Basta ! à l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) en passant par Urgence notre police assassine, c’est que le ministère de l’Intérieur refuse de fournir des chiffres officiels.

Pour Aline Daillère, responsable des programmes France à l’ACAT, la situation est très claire : « Si l’Intérieur ne publie pas ces chiffres, c’est par manque de volonté politique. Ces chiffres existent, mais on nous dit qu’on ne les a pas, ce qui paraît invraisemblable ». Le secrétaire général de la CGT-Police Alexandre Langlois [1] confirme : « L’Intérieur ne communique sur rien. On n’arrive même pas à savoir le nombre de suicides dans la police ». Alors, ce qu’Aline Daillère craint par-dessus tout, c’est que sans données officielles, « les gens n’y croient pas. Et comme les médias n’en parlent pas, ça n’existe pas ».

Les proches des victimes demandent tous « justice et vérité ». Et cela commence par la vérité, soit un rapport de forces entre citoyens lambda et ceux qui portent l’uniforme. « Il y a un processus systématique à chaque fois que quelqu’un meurt entre les mains de la police, explique Amal Bentounsi, fondatrice du collectif Urgence notre police assassine. Dès le départ, il y a criminalisation de la victime, mensonges, version policière relayée à outrance par les médias. »

Ainsi, dans les jours qui ont suivi sa mort, Adama Traoré était – selon les autorités – un drogué et un alcoolique souffrant d’une infection pulmonaire. Mais aussi, et surtout, un délinquant. La méthode est bien connue : elle invite l’opinion publique à se désolidariser de la victime, en faisant émerger « le sentiment que ces personnes le méritaient. Ce qui nourrit une forme d’apathie dans l’opinion. Donc, il n’y a pas de protestation », analyse Rokhaya Diallo.

Outrage et rébellion

La mort causée, la victime criminalisée, les forces de l’ordre doivent faire face aux familles, endeuillées et révoltées. Vient alors une deuxième phase : la « réaffirmation d’autorité », pour reprendre l’expression d’Alexandre Langlois. Les violences policières n’ont pas n’importe quel lieu pour théâtre. Elles ont cours principalement en banlieue des grandes villes. Alors, quand les habitants des quartiers populaires dénoncent ces bavures, lesquelles « n’existent pas pour la police », affirme Aline Daillère, survient une deuxième salve de violence.

Ce fut le cas à Beaumont-sur-Oise.

Après la mort d’Adama Traoré, réunis devant la mairie pour assister au conseil municipal du 17 novembre 2016, les proches ont été accueillis par les forces de l’ordre qui finiront par gazer les manifestants. Plus tard dans la soirée, « il y a eu quatre cents gendarmes déployés à Beaumont, des checkpoints à tous les ronds-points, des rondes où ils éclairaient les façades des immeubles avec des projecteurs », raconte Guillaume Vadot militant au NPA.

Par la suite, Youssouf et Bagui, deux des frères d’Adama, seront sanctionnés à de la prison ferme pour outrage et rébellion, en plus de 7 390 euros de dommages et intérêts. Quant à Bagui, il sera condamné à deux ans d’interdiction de séjour à Beaumont, justifié par la Cour pour « rétablir, par son caractère exemplaire, l’autorité des forces de l’ordre ».

La répression post-violences policières, « ça se passe tout le temps », confie Aline Daillère, rapportant que « les familles de victimes dénoncent souvent les représailles, qu’elles soient judiciaires, mais aussi au quotidien, avec des voitures de police qui passent, qui suivent les proches, etc. Ce sont des formes de menaces, d’intimidations. Les familles disent qu’on voudrait les « faire plier » ».

« Justice nulle part »

Malgré tout, il arrive que des membres forces de l’ordre impliqués dans des faits de violences policières se retrouvent au tribunal. Combien de policiers et gendarmes condamnés après avoir tué quelqu’un ? Dans son rapport publié début 2016, sur 89 cas de violences policières étudiés entre 2005 et 2015, l’ACAT faisait état de « 26 décès pour lesquels on a deux affaires avec des condamnations ». Des condamnations qui ne dépassent pas les vingt-quatre mois de prison avec sursis, ce qu’Aline Daillère qualifie d’« exceptionnellement élevé ». Pour les autres, ce sont « des non-lieux, des relaxes, des affaires qui traînent », se désole Amal Bentounsi.

Peut-on alors parler d’impunité ?

Pour le sociologue spécialiste des questions de délinquance Laurent Mucchielli, « la justice est en difficulté : d’un côté, elle a envie de réaffirmer son autorité, d’un l’autre, la police et la gendar-merie sont ses partenaires au quotidien ». Au Tribunal de grande instance de Bobigny, un magistrat se confie : « Il y a une proximité professionnelle entre le parquet et la police qui peut engendrer une forme de protection des policiers. Pour les ménager, le parquet choisit de ne pas les poursuivre ».

Que dire alors de l’IGPN, la « police des polices » ?

« On ne peut pas être jugé par ses pairs », lance Madjid Messaoudene, conseiller municipal à Saint-Denis en charge de la lutte contre les discriminations, qui aimerait voir « la même sévérité de la part de la justice quand des policiers sont attaqués, comme à Viry-Chatillon, et quand des policiers éborgnent des manifestants ».

Mais pour Alexandre Langlois, « il y a une impunité à partir d’un certain niveau hiérarchique. À partir de commissaire, on peut faire ce qu’on veut ». S’il admet que « ne pas sanctionner les policiers est contre-productif », le secrétaire général de la CGT-Police n’est pas dupe : « Les condamnations de l’IGPN se font selon les besoins en communication. A-t-on besoin de soutenir la police ou de charger un policier quoi qu’il arrive ? »

(Il)légitime défense

Sous couvert d’anonymat, le magistrat de Bobigny explique qu’il est « rare qu’un policier soit poursuivi pour « meurtre », mais plutôt pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner » ». Selon lui, les seules conditions pour qu’un policier soit condamné à de la prison ferme, ce sont « des preuves solides, comme une vidéo, ou des éléments graves, une déchirure anale ou la mort, par exemple ».

Mais il rappelle qu’en général, l’enquête porte sur la légitimité des violences policières : « Une violence légitime peut déraper et conduire à la mort. Mais ce premier temps de violence légitime altère l’intensité des poursuites et la décision judiciaire ». Un contexte que le parquet prend en compte, même s’il n’est « pas justifié ».

Car les policiers bénéficient d’un joker : la légitime défense.

Une loi pour l’assouplir a été définitivement adoptée par le Parlement à la fin du mois de février. Mais faut-il y voir-là un « permis de tuer » ? Pas du point de vue d’Alexandre Langlois, mais il est tout de même inquiet : « Le texte de base sur la légitime défense est déjà très dangereux, autant pour la police que pour la population. Quand on arrive devant le juge, dans 90% des cas, on ne sait pas si on a fait une faute. La réforme ajoute encore plus de flou. On ne sait toujours pas exactement quand est-ce qu’on peut sortir une arme. Mais maintenant, le policier peut penser qu’il a bien agi, alors que le texte de base n’a pas changé ».

Pratiques discriminatoires

Les contrôles d’identité conduisent souvent à des violences. Les rapports sur les contrôles au faciès sont nombreux, dont celui, paru en janvier 2017, du Défenseur des droits. Il montre que les jeunes hommes « perçus comme noirs ou arabes » ont « une probabilité vingt fois plus élevée que les autres d’être contrôlés » par la police. « C’est d’autant plus vrai dans les cas de décès. Sur les 26 décès étudiés, on a 22 personnes non-blanches », assure Aline Daillère.

Même constat de la part « d’Urgence notre police assassine »

Entre 2005 et 2015, le collectif a comptabilisé 103 jeunes personnes noires ou arabes tuées par la police. « Dans 95% des cas, les victimes sont noires ou arabes. 99% si l’on compte les Rroms, les gitans, etc. », commente Amal Bentounsi, arguant que Rémi Fraisse n’était que l’exception qui confirme la règle.

Et l’historien spécialiste du passé colonial et de l’immigration en France Pascal Blanchard de rappeler que jusqu’aux années 90, 95% des victimes étaient des Maghrébins. Il précise : « C’est une longue tradition qui remonte aux années 50.  »Tuer un Arabe » n’est pas qu’un acte de police, c’est aussi quelque chose qui s’inscrit dans la culture et dans la pratique ».

Une situation difficile à saisir, ou même à croire « si l’on ne vit pas soi-même les violences policières, les contrôles au faciès », souligne Rokhaya Diallo. En septembre 2016, Guillaume Vadot s’est violemment fait contrôler par la police à la gare de Saint-Denis. Nacira Guénif, sociologue et enseignante à Paris 8, le qualifiera de « dommage collatéral ». En effet, son seul tort fut de filmer la police en train de contrôler des Noirs à la sortie de la gare. Cela lui vaudra des coups, des insultes, des menaces de viol, de mort, et une décharge de Taser.

Jacques de Maillard, professeur de science politique à l’université de Versailles Saint-Quentin, qualifie ces pratiques de « discriminatoires ». « Il y a une disproportion des minorités visibles lors des contrôles, qui résulte souvent d’une forme de syllogisme qui consiste à dire : « On a des chances de succès plus importantes ». Ce raisonnement, en soi, n’est pas raciste, mais il conduit à des pratiques discriminatoires ».

Pour Laurent Mucchielli, « les pratiques donnent l’impression de confirmer les préjugés et les policiers se justifient en disant : « Vu que ce sont toujours les mêmes en garde-à-vue, c’est bien eux qu’il faut contrôler » ». Lui aussi atteste que « ce cercle vicieux n’a rien à voir avec un racisme idéologique chez les policiers, mais avec des pratiques professionnelles ». Des pratiques qu’Alexandre Langlois impute à la « politique du chiffre ».

Une police républicaine ?

Mais si l’on place ces pratiques dans la perspective des diverses études du CEVIPOF, dont la plus récente montre que « chez les policiers [...] les intentions de vote en faveur de Marine Le Pen dépassent les 56% », il y a de quoi interroger, a minima, le rapport des forces de l’ordre à la figure de l’étranger. Aux dires de Madjid Messaoudene, « la police cesse d’être républicaine à partir du moment où elle vote Front National ». Et l’idée d’avoir des sympathisants frontistes armés dans les quartiers populaires ne rassure personne. Mais tout ceci est-il nouveau ?

À l’inverse, pour Pascal Blanchard, il faut y voir une certaine continuité de l’histoire du contrôle policier des minorités en France et, au-delà, de ce qui se passait dans les colonies : « À partir de 1926, il y a des services de contrôle des Maghrébins sur Paris : les « services de la rue Lecomte ». Ils avaient pour mission de surveiller les travailleurs maghrébins, les syndicalistes ou les militants dans des lieux aussi divers que les usines, les garnis et hôtels, la grande mosquée, puis plus tard autour de l’hôpital franco-musulman de Bobigny.

Cette structure s’est ensuite transformée en Brigade nord-africaine avec les mêmes objectifs : la surveillance des Maghrébins, avant d’être supprimée et de renaître avec la BAV ». Cette Brigade des agressions et violences, rappelle l’historien, « est créée par Maurice Papon en juillet 1953. La BAV n’a été déconstruite que dans les années 70 ».

Tous les chercheurs déplorent l’absence de travail réflexif des forces de l’ordre sur leurs pratiques, sur leur imaginaire. La France serait-elle dans le déni ? D’après Rokhaya Diallo, « remettre en cause la police, c’est remettre en cause la République. Et en France, en plus d’être dans une sacralisation de la République, la question raciale est totalement absente ».

Un vaste problème qui entremêle pratiques policières, fonctionnement de la justice et histoire coloniale, qu’aucun politique n’a encore osé remettre en cause. Ne reste qu’une solution pour Assa Traoré, sœur d’Adama : « Il faut se battre, car c’est fini le temps de l’esclavage ».

Loïc Le Clerc

1] Depuis la rédaction de cet article, Alexandre Langlois a pris la tête du syndicat policier Vigi. Le 3 juillet 2019, il a été suspendu pour « critiques outrancières » contre l’institution.

http://www.regards.fr/

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19 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

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Le 20 juillet, pour Adama, et touTEs les autres

Le 20 juillet prochain, trois ans après la mort d’Adama Traoré, tué le jour de ses 24 ans par des gendarmes après son interpellation à Beaumont-sur-Oise, une grande marche est organisée. Pour que justice soit faite et vérité soit rendue.

Mais aussi, comme le rappellent les organisateurEs de la marche, pour « riposter à l’autoritarisme ». 

Trois ans après, le mensonge d’État concernant la mort d’Adama Traoré se poursuit. On a voulu faire passer ce crime raciste pour un faits divers. On a voulu fausser l’autopsie et nous faire croire qu’il était mort de maladie. On a voulu empêcher sa famille d’organiser la lutte pour la vérité, en jetant un à un ses frères en prison.

Mais la famille d’Adama a tenu. Sa sœur Assa a pris la tête du combat pour la mémoire de son frère et, au-delà, comme elle le répète souvent, pour celle de tous les jeunes hommes des quartiers populaires victimes des violences perpétrées par les forces dites « de l’ordre ».

Et le « combat Adama » est finalement devenu une question politique majeure.

Que de chemin parcouru depuis trois ans. Mais aussi que de violences policières. Contre les jeunes des quartiers, encore et toujours. Contre les migrantEs, les militantEs, les manifestantEs, les journalistes, les Gilets jaunes. Contre toutes celles et tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, refusent de se résigner, de baisser les yeux, de rentrer chez eux.

Et que de mensonges d’État.

Où est Steve ? Qui a tué Zineb ? Pourquoi l’arme qui a tué Babacar Gueye a-t-elle disparu ? Des questions sans réponse, qui sont le nom d’autant de scandales qui auraient dû, depuis long-temps et au même titre que le déchaînement de violences policières à grand renfort d’armes de guerre, conduire à des condamnations et à des démissions.

C’est pourquoi nous manifesterons le 20 juillet

A Beaumont-sur-Oise, au côté des proches d’Adama Traoré, des familles d’autres victimes des flics, mais aussi de toutes celles et tous ceux, et l’on espère qu’ils et elles seront nombreux, qui ont conscience que céder face à la gouvernance autoritaire de Macron, c’est se condamner à ne plus pouvoir lutter demain.

Nous manifesterons le 20 juillet à Beaumont-sur-Oise, pour dire notre refus de la violence et des mensonges d’État, et notre détermination à renverser la vapeur face à un pouvoir qui a fait le choix de l’épreuve de force. Pour Adama, pour touTEs les autres, pour leur mémoire, pour la justice, pour nos droits.

Julien Salingue Jeudi 18 juillet 2019

https://npa2009.org/

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19 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

pantheon (npa basta)

gilets noirs

Les « Gilets noirs » au Panthéon

Le 12 juillet, aux environs de 13 heures, plusieurs centaines de sans-papiers liés au mouvement des « Gilets noirs » ont investi le Panthéon, avec le soutien du collectif la Chapelle debout et de l’association Droits devant.

Une action destinée à attirer l’attention du public et des autorités sur la situation des sans-papiers, et qui s’est soldée, une fois de plus, par une violente intervention policière.

Le tract distribué lors de l’occupation du Panthéon était explicite 

« On est des sans-papiers, des sans-voix, des sans-visages pour la République française. On vient sur la tombe de vos grands hommes pour dénoncer vos profanations, celles des mémoires de nos camarades, de nos pères, de nos mères, de nos frères et sœurs en Méditerranée, dans les rues de Paris, dans les foyers et les prisons. » Pour les occupantEs et leurs soutiens, l’objectif était clair : faire parler de la situation des sans-papiers en France, plus généralement de la question des migrantEs, et exiger une rencontre avec le Premier ministre Édouard Philippe.

Contre la loi asile-Immigration 

« [La loi asile-immigration] et les pratiques administratives des préfectures placées sous votre responsabilité ont entériné et aggravé les situations inextricables dans lesquelles se trouvent les dublinéEs, les demandeurs d’asile, les travailleurs sans-papiers, et tous les autres étrangers illégaliséEs présentEs sur le territoire français », expliquent les Gilets noirs, qui regroupent notamment des habitantEs de 43 foyers d’Île-de-France, dans une lettre ouverte à Édouard Philippe rendue publique lors de l’occupation.

Et de dénoncer, entre autres, la chasse aux immigréEs, les destructions de campements, les rafles, le recours systématique aux centres de rétention administrative, les expulsions, etc.

Pour seule réponse, les autorités ont envoyé les flics, qui ont rapidement pris position autour du Panthéon. Après près de 4 heures d’occupation sans incident, les organisateurs ont négocié une sortie des lieux, et obtenu l’engagement que, s’ils sortaient par l’arrière du Panthéon dans le calme, les occupantEs ne seraient pas inquiétés. Promesse de flic, malheureusement, puisque c’est une grande nasse qui attendait les occupantEs, et que les forces dites de l’ordre leur ont alors proposé une « solution » inacceptable : sortir unE par unE, avec contrôle d’identité.

Une fois de plus, les coups de matraque

Face au refus des occupantEs, et le temps passant, les flics ont alors violemment chargé à plusieurs reprises et opéré des dizaines d’arrestations. Un journaliste de Basta présent sur les lieux raconte1 :

« Brutalement, et sans sommation, les policiers procèdent à une première série d’arrestations. Bousculée par la violence de la manœuvre, une manifestante d’une cinquantaine d’années, à côté de nous, en tremble pendant de longues minutes, prostrée dans les bras d’une camarade.

La scène se répétera au moins trois fois, générant un climat de peur. À chacune, un groupe d’une vingtaine de policiers avance lentement, avant de brutalement « arracher » une ou plusieurs personnes directement au sein du groupe. Observer le calme, la froideur, avec lesquels l’approche est effectuée, de manière méthodique, est glaçant. »

Au total, 37 personnes seront interpellées, parmi lesquelles 16 seront conduites en centre de rétention, avant d’être relâchées quelques jours plus tard en raison du caractère illégal des interpellations.

Une chose est toutefois certaine :

Face aux légitimes revendications des sans-papiers, le gouvernement a une fois de plus fait le choix de la politique de la matraque. La mobilisation doit se poursuivre contre ce pouvoir raciste et autoritaire !

Julien Salingue  Jeudi 18 juillet 2019

  • 1. Thomas Clerget, « Occupation du Panthéon : « Ils ont voulu terroriser des gens qui ont relevé la tête, et qui n’ont plus peur » », Basta, 15 juillet 2019.

https://npa2009.org/

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Occupation du Panthéon : « Ils ont voulu terroriser des gens qui ont relevé la tête, et qui n’ont plus peur » (Basta)

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