Archive | Antiracisme

08 février 2018 ~ 0 Commentaire

racisme d’état? (slate)

Intervention de Rokhaya Diallo aux Nations Unies

A-t-on le droit de parler de racisme d’État ?

Pointée du doigt pour avoir dénoncé un racisme d’État, la journaliste et militante Rokhaya Diallo a été débarquée fin décembre du Conseil national du numérique. Elle explique ici, exemples à l’appui, comment l’État peut produire du racisme… sans être raciste.

La section Seine-Saint-Denis du syndicat d’enseignants SUD Éducation a récemment déclen- ché une intense polémique. Son stage dédié à la lutte contre le racisme à l’école propo- sait «l’analyse du racisme d’État dans la société et en particulier dans l’Éducation nationale». L’expression a suscité un tollé mené par le ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer, qui a dénoncé une «expression […] absolument scandaleuse» avant d’annoncer le dépôt d’une plainte contre le syndicat. Interviewée à ce sujet quelques semaines plus tard, j’ai moi aussi fait part de ma conviction quant à l’existence d’un racisme d’État.

À mon sens, si le racisme est omniprésent dans la société française, on peut aisément ima- giner qu’il ait une incidence sur les pratiques institutionnelles. Cette simple évocation pourtant théoriquement protégée par ma liberté d’expression m’a valu toutes sortes de critiques, dont certaines ont nourri l’argumentaire de celles et ceux qui estimaient que je ne pouvais avoir ma place dans une institution, même pour y effectuer un travail bénévole. La République est-elle une entité sacrée dont la critique est interdite? Et comment un pays qui a placé la liberté d’expression à un tel rang peut-il de manière aussi brutale chercher à faire taire l’expression d’une parole divergente?

Racisme individuel et racisme institutionnel

Racisme d’État ne signifie pas État raciste ni régime raciste. Par conséquent, cela n’induit nécessairement pas le fait que le pays soit structuré autour de lois explicitement racistes ou ségrégationnistes. Car si la France a par le passé instauré des mesures légales racistes, les discriminations sont aujourd’hui interdites. De ce fait, à l’évidence, aucun texte officiel ne pourrait porter une disposition directement et ouvertement raciste sous peine d’inconstitu-tionnalité. Mais l’absence de telles mesures rend-elle impossible la production de racisme par l’État?

Ce sont des militants afro-américains issus du Black Panther Party qui ont dessiné la différence entre le racisme individuel et le racisme institutionnel (de nature systémique ou structurelle). Selon leur définition, le racisme n’est pas seulement le fait d’individus motivés par des préjugés mais il est aussi le résultat d’une mécanique parfois nourrie par le fonctionnement même des institutions. De ce fait le racisme peut être perpétué de manière indirecte par des institutions dépendant d’États sans que des attitudes individuelles racistes ne soient en cause.

Les contrôles au faciès, une réalité quotidienne

Preuve que l’État français peut produire du racisme, sa condamnation en 2015 par la cour d’appel de Paris pour « faute lourde » suite à des contrôles d’identité discriminatoires. Lors de son pourvoi en cassation, l’État a avancé des arguments qui non seulement ne contestaient pas les motivations racistes des actes incriminés mais les justifiaient. Le mémorandum, rendu public par Médiapart, légitimait le fait que soit ciblée «la seule population dont il apparaît qu’elle peut être étrangère.»

Ainsi le représentant de l’État ne contestait pas la base raciste sur laquelle avait été opérée une distinction entre «les personnes d’apparence étrangère». La Cour de cassation a finale- ment rejeté son pourvoi arguant notamment du fait«que la pratique des contrôles au faciès était une réalité quotidienne en France dénoncée par l’ensemble des institutions interna- tionales, européennes, communautaires et internes et que pour autant, en dépit des engage- ments pris par les plus hautes autorités françaises, ce constat n’avait donné lieu à aucune mesure positive.» Alors que la distinction volontaire entre citoyennes et citoyens blancs et non-blancs est avérée et que l’absence de volonté politique de remédier à cette injustice est pointée du doigt par la juridiction la plus élevée de l’ordre judiciaire français, une interrogation quant au racisme nourri par l’état ne me semble pas superflue.

Les scandales des Outre-mer

La gestion des Outre-mer français peut également susciter des doutes quant à la consi- dération que la France porte à ces citoyennes et citoyens majoritairement non-blancs. Dans son livre Le ventre des femmes, la politologue Françoise Verges a rappelé le scandale qui avait secoué la Réunion dans les années 1970: à leur insu, des centaines de femmes réunionnaises avaient été stérilisées ou avortées.

Alors même que l’avortement est encore illégal en France, l’affaire fut bien vite oubliée tandis que les responsables de cette cruelle déshumanisation bénéficiaient de l’indulgence de la justice. L’île a également été le théâtre d’autres drames humains: entre 1963 et 1982, plusieurs milliers d’enfants réunionnais abandonnés ou non étaient déportés et placés de force dans des familles hexagonales dans le but de repeupler des départements victimes de l’hémorragie démographique liée à l’exode rural. Ces enfants rebaptisés «les enfants de la Creuse» sont devenus le symbole de la maltraitance des citoyennes et citoyens issus des Outre-mer. Ce n’est qu’en 2014 que l’Assemblée Nationale reconnait la responsabilité de l’État dans ce drame.

Sur le plan écologique, les Outre-mer semblent être le terrain d’expérimentations dont on imagine difficilement qu’elles puissent avoir lieu sur le sol hexagonal. Les conséquences des essais nucléaires pratiqués en Polynésie ont longtemps été cachées par l’armée française, et aujourd’hui les victimes peinent à recevoir des indemnisations.

Aux Antilles, pendant des décennies, l’usage du chlordécone, un insecticide extrêmement toxique, a été utilisé dans les bananeraies alors même que les travaux scientifiques relatifs à sa toxicité étaient disponibles. Après une utilisation massive de ce pesticide, la Guadeloupe et en Martinique connaissent un des taux de cancer de la prostate les plus élevés le monde.

De même les épandages aériens (déversement de pesticides par avion, susceptibles de se répandre sur les habitations et écoles voisines), qui sont théoriquement interdits, font régulièrement l’objet de dérogations dans les Outre-mer. Malgré l’annonce de leur abandon en 2014, une dérogation permet toujours d’y recourir, en Guyane par exemple pour la culture du riz. Ce rapport très élastique avec le respect de la santé des populations et de l’environnement interroge quant aux critères selon lesquels la République choisit de protéger ou non ses citoyennes et citoyens.

Afro!

Dans un registre qui peut paraître plus léger, j’ai écrit en 2015 un livre nommé Afro ! avec la photographe Brigitte Sombié. Notre but: célébrer le port du cheveu afro au naturel chez les personnes afro-descendantes qui sont plutôt incitées par les canons de beauté dominants à les lisser ou à les masquer derrières des cheveux artificiels.

Au cours de cette enquête doublée d’une série d’entretiens, j’ai réalisé que la plupart de ces personnes n’avaient pas accès à l’écrasante majorité des salons de coiffure de France. En effet, les coiffeurs et coiffeuses diplômées ne sont pas compétentes pour prendre en charge leur type de cheveux. Pourquoi? Parce que le certificat d’aptitude professionnelle (CAP) de coiffure ne sanctionne que les compétences relatives aux cheveux lisses, il n’inclut pas d’apprentissage obligatoire relatif aux cheveux frisés ou crépus. Or c’est l’éducation nationale qui détermine le contenu de ce diplôme et qui par conséquent prive une partie de la population –du seul fait de ses origines– du droit à pouvoir recourir à des professionnelles et professionnels formés. Cette omission se traduit de manière très concrète, dans la vie quotidienne de millions de personnes qui sont condamnées à des services ghettoïsés ou outrancièrement onéreux.

Lorsque Manuel Valls dénonçait l’existence en France d’un «apartheid territorial, social, ethnique»

Parmi les arguments qui contestaient mon droit à parler de racisme d’État, nombreux faisaient référence à ma situation personnelle. Je suis une femme noire, journaliste et réalisatrice, qui a eu accès à des études supérieures en partie financées par une bourse d’État (et aussi par de nombreux jobs étudiants). Cela serait la preuve implacable du fait que l’État français est incapable de racisme. Or, j’ai certes explosé le plafond de verre mais j’ai bien conscience du caractère exceptionnel de ma trajectoire. Et si je suis en position d’émettre de telles critiques c’est bien parce que je suis aujourd’hui dans une situation privilégiée qui n’est en rien représentative de celle de la plupart des minorités en France. Si l’État produit du racisme, ce racisme ne frappe pas toutes les personnes non-blanches qui vivent dans notre pays de manière absolue et surtout elle ne les affecte pas toutes de la même manière. Par exemple, les contrôles au faciès que j’ai évoqués plus haut touchent très majoritairement des hommes –je n’en ai d’ailleurs jamais subi.

Si je ne suis pas à plaindre, devrais-je pour autant me taire? N’est-ce pas mon devoir de citoyenne que d’exiger de la République qu’elle respecte les principes qu’elle arbore fièrement sur le fronton de toutes les mairies?

Étrangement, lorsqu’en 2015 Manuel Valls a dénoncé l’existence en France d’un«apartheid territorial, social, ethnique» alors qu’il était Premier Ministre, personne n’a songé à remettre en cause la légitimité de sa parole ou à demander son éviction du gouvernement. Pourtant, accuser la France d’apartheid est autrement plus grave que de pointer du doigt un racisme d’état. Une politique d’apartheid induit la mise en place volontaire de mesures règlementaires ou légales sciemment conçues dans un objectif raciste et ségrégationniste. A croire que le droit à la critique est réservé à certains tandis que d’autres ne disposent que du seul droit de remercier la République en chantant ses louanges….

L’État français ne traite pas tous ses citoyennes et citoyens de manière égale, c’est un fait. Si l’on n’est pas blanc, on est davantage susceptible d’être exposé à des injustices produites par cet État pourtant censé nous en protéger. Il existe une République idéale, que quelques unes et quelques-un sacralisent depuis leurs tours d’ivoires médiatiques ou politiques, mais la plupart d’entre nous en expérimentent une version réelle et trop souvent injuste.

Slate, 24 janvier 2018 Rokhaya Diallo

http://www.anti-k.org/

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03 février 2018 ~ 0 Commentaire

extrême droite (socialisme libertaire)

fafs

L’extrême-droite c’est quoi ?

L’extrême-droite, c’est la fin du syndicalisme :

Le syndicalisme est né d’un rapport de force entre salarié.es (dominé.es) et un patron (dominant). Pour l’extrême-droite, patron et salarié.es ont des intérêts communs dans l’entre- prise, mais aussi dans le soutien à l’État, au pays, à la Nation, au dogme, à la religion, au chef. Certains groupes d’extrême-droite amalgament leur refus de la « mondialisation néo libérale » et celui de l’existence de la lutte de classe.

L’extrême-droite divise les salarié.es et la population

Tout le discours repose sur un basique « eux » et « nous ». La désignation de boucs émis- saires étrangers au groupe comme cause de déclin, de l’unité et du fonctionnement du groupe « majoritaire ». On y retrouve le racisme, le sexisme, l’homophobie, l’antisémitisme… Groupe   contre groupe alors que tout n’est pas si simple. L’extrême-droite ne cherche qu’un bouc émissaire responsable de tout ce qui ne va pas.

L’extrême-droite n’est pas « anti-système »

L’extrême-droite réécrit une histoire du pays et/ou de la Nation fantasmée, d’où une propa- gande galopante complotiste ( nouveaux mots, « les médias nous mentent », « c’était mieux avant »…). Elle milite pour un repli de l’éducation et de l’enseignement selon des critères réactionnaires : on croit en des lois intangibles, à un pays éternel, une religion.

L’extrême-droite n’est pas « le premier parti des chômeurs.es et des précaires »

[...] Son discours, lorsqu’elle parle « des précaires » n’est que pour les opposer aux réfugiés et aux migrants. Dans la réalité, les pratiques de l’extrême-droite, c’est la fermeture du Secours Populaire comme à Hayange et à Hénin-Beaumont. Ses militant.es sont absent.es du secteur associatif solidaires et des actions humanitaires.

L’extrême-droite, c’est « le régime de la Peur »

Une éloge du nationalisme dont découle naturellement une glorification des valeurs martiales, de l’armée. Une obsession de la sécurité nationale envers les ennemis extérieurs mais aussi intérieurs, d’où une obsession sur le sujet de la criminalité .Primauté de la police sur la justice (discours sécuritaire), mieux à même de faire « justice » que les lois et les juges.

L’extrême-droite, c’est le « culte du chef »

L’extrême-droite est dirigé par un chef. « Celui-ci sait ». Il sait « les désirs de son peuple » puisqu’il représente le « pays réel » contre les élites. L’expression de « pays réel » est née en  1900 sous la plume de Charles Maurras (Action française). Suivant le degré de fanatisme de la population et l’idéologie du parti d’extrême droite, il mettra en place un style de gouvernement pouvant aller du type autoritaire à la pire dictature totalitaire.

L’extrême-droite, c’est « le mépris pour les sciences, les intellectuels et les arts »

Pour les adeptes de la pensée d’extrême-droite, les sciences et les arts sont les émanations vivantes du « système », les intellectuels leurs gardiens du temple. C’est pourquoi chaque dictature d’extrême-droite tend à créer « sa » propre science, à contrôler les intellectuels, voire à les réprimer, et à créer son art « revivifié ».

SOURCE : La Horde

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 2 Février 2018

http://www.socialisme-libertaire.fr/

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03 février 2018 ~ 0 Commentaire

daniel guérin (émancipation)

congo

Un combat anti-colonialiste

C’est le sous-titre du livre de Daniel Guérin, Algérie 1954-1965, que les éditions Spartacus viennent de publier. Il s’agit en fait de textes réunis et ordonnés, dont la plupart avaient été publiés en 1979, dans « Quand l’Algérie s’insurgeai »t, aux éditions La pensée sauvage.

Alors que l’histoire des relations franco-algériennes pendant la période coloniale, la guerre d’indépendance puis la période post-coloniale, continue de diviser les opinions dans les deux pays, cette réédition, complétée d’autres écrits, constitue un apport précieux dans la bibliographie déjà abondante consacrée aux diverses facettes du conflit algérien.

Daniel Guérin, militant révolutionnaire

Par son œuvre et son parcours politique, Daniel Guérin (1904-1988) figure parmi les intellectuelLEs et témoins les plus importantEs de la gauche révolutionnaire française. Dès les années 30, il s’engage dans la tendance “Gauche Révolutionnaire” de la SFIO, animée par Marceau Pivert. Un voyage en Allemagne l’amène à publier son premier texte marquant, La peste brune , en 1933, qu’il complétera avec Fascisme et grand capital en 1936, deux livres qui font encore aujourd’hui référence.

Durant la guerre civile espagnole puis la Seconde guerre mondiale, il se rapproche des groupes trotskystes. À la fin des années 1950, son parcours politique le conduit dans les rangs des organisations libertaires et, s’affranchissant de tout sectarisme, il travaille à une tentative de synthèse entre anarchisme et marxisme. S’ouvre alors la période la plus féconde de son œuvre, avec de nombreux ouvrages qui ont fait date, comme La lutte des classes sous la Première République , en 1946, réédité en 1968, L’Anarchisme (1965, réédité plusieurs fois), ou encore Pour un marxisme libertaire , en 1969.

L’anticolonialisme a toujours été l’un des moteurs principaux de l’engagement de Daniel Guérin. Dès 1930, à la suite d’un voyage en Syrie et en Indochine, il se révolte contre les réalités coloniales. L’anticolonialisme occupe une place non négligeable dans sa longue bibliographie : il publie notamment Au service des colonisés en 1954, aux Éditions de Minuit, puis Les Antilles décolonisées en 1956.

Daniel Guérin et la guerre d’Algérie

C’est donc en intellectuel et militant, marxiste mais résolument anti-stalinien et donc très critique à l’égard des partis communistes, que Daniel Guérin suit de près les évolutions et composantes du mouvement nationaliste algérien. Cette réédition des textes réunis pour la plupart dans Quand l’Algérie s’insurgeait , complétée par d’autres de ses écrits pour en élargir la perspective, nous livre ainsi un témoignage précieux sur des faits et des acteurs de premier plan de l’insurrection algérienne, et aussi du mouvement anticolonialiste français de l’époque.

Nous suivons ainsi les débats et les errements du Comité France-Maghreb, animé par François Mauriac et Pierre Mendes-France, la tentative de la Fédération Communiste Libertaire et du Parti Communiste Internationaliste (ancêtre de la LCR note du blog)  pour impulser la constitution du comité de lutte contre la répression colonialiste, les efforts du Comité d’action des intellectuels, les constitutions de comités de soutien aux victimes de la répression, les divisions qui obèrent toute perspective d’unification efficace des forces anticolonialistes.

De nombreux textes nous font suivre aussi ses rencontres et ses échanges avec Mohammed Harbi et surtout Messali Hadj, dont il contribue à réhabiliter l’action. On ne s’étonnera donc pas d’y lire de nombreuses et virulentes critiques à l’encontre du FLN, du Parti Communiste Algérien, et aussi de la politique du Parti Communiste Français, qu’il juge déphasé. Nous voyons ainsi presque de l’intérieur se creuser le fossé qui sépare le MNA et le FLN, conduisant à des luttes fratricides.

Au-delà du conflit algérien

Les écrits réunis par les éditions Spartacus débordent largement du cadre chronologique du conflit algérien. Le corpus aborde d’abord la période 1930-1954, qui voit la gestation du mouvement national algérien. Viennent ensuite les textes qui éclairent le conflit proprement dit, où l’on peut distinguer les années 1954-1958, puis les années 1958-1962. Le livre se termine sur les premières années de l’indépendance algérienne et la construction du nouvel État. Daniel Guérin y développe une analyse très critique du régime qui se met en place avec Ben Bella, notamment dans la série d’articles publiés dans le journal Combat en 1964.

Avec ce livre, les éditions Spartacus nous proposent non seulement un témoignage précieux pour celles et ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’Algérie, mais aussi une contribution utile à l’histoire du mouvement anticolonialiste français. Dans son apport à la réhabilitation de Messali Hadj, il pourra être complété par la lecture des ouvrages de Jacques Simon.

Raymond Jousmet mercredi 31 janvier 2018

  • Daniel Guérin, Algérie 1954-1965. Un combat anticolonialiste , éditions Spartacus, Paris, novembre 2017, 250 p., 14 e.

À commander à l’EDMP (8, impasse Crozatier, Paris 12e, didier.mainchin@gmail.com 14 €)

http://www.emancipation.fr/

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Daniel Guérin (Wikipédia)

Portrait d’un anarchiste : Daniel Guérin (Socialisme Libertaire)

Daniel Guérin, Bourgeois et bras-nus.

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31 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

antisémitisme (libération)

Ghetto_Uprising_10
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Pologne: Holocauste : à Varsovie, la révision plutôt que l’examen de conscience
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Le parti Droit et Justice veut imposer une vision idéalisée du rôle de la Pologne dans l’Holocauste.

Depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2015, le parti ultraconservateur Droit et Justice (PiS) impose peu à peu sa «politique historique», au risque de faire rejaillir avec violence le passé douloureux que partagent Polonais et Juifs, et que l’on aurait pu croire normalisé après la chute du communisme. La proposition de loi visant à interdire l’expression «camps de la mort polonais» et toute implication de la «responsabilité ou coresponsabilité» des Polonais dans la mise en œuvre de la Solution finale n’est qu’un épisode de plus dans un long processus visant à renverser la «politique historique de la honte» du précédent gouvernement libéral, qui mettait, selon la droite aujourd’hui au pouvoir, «la Pologne à genoux devant le monde».

Le PiS s’est d’abord attaché à réécrire ses années passées sous le joug de Moscou. Ainsi, une loi oblige les communes à changer le nom des rues et des places ayant un rapport avec le communisme. Les derniers monuments de l’Armée rouge ont été enlevés de l’espace public. Des politiques, à l’instar du nouveau Premier ministre, Mateusz Morawiecki, ont même avancé l’idée de démolir le Palais de la culture et de la science, gigantesque tour voulue par Staline au cœur de Varsovie, que certains considèrent comme un symbole de l’oppression communiste.

«Infantile»

Le PiS s’en est ensuite pris au musée de la Seconde Guerre mondiale à Gdansk, projet international de haut niveau menacé de fermeture, accusé de n’avoir pas assez mis l’accent sur l’héroïsme des Polonais. A l’inverse, le gouvernement a inauguré en 2016 le premier musée dédié aux Justes polonais dans la localité de Markowa.

A la télévision publique, les histoires de sauvetages de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale sont mises en valeur. La Pologne a perdu 6 millions de ses citoyens durant la guerre, dont 3 millions de Juifs. «C’est infantile de la part du PiS de promouvoir une narration unilaté- rale dans laquelle les Polonais ne sont que des héros, juge Barbara Engelking, présidente du conseil international du musée d’Auschwitz. Il y a eu des personnages comme Irena Sendler qui ont sauvé plusieurs centaines d’enfants juifs du ghetto de Varsovie, mais aussi des délateurs qui ont travaillé pour les nazis.

Et il y a eu aussi Jedwabne, où des Polonais ont brûlé leurs voisins juifs.

La vérité est plus compliquée que celle présentée par le PiS. En majorité, les Polonais ont été soit indifférents, soit ont livré leurs voisins juifs aux nazis. Ils ont donc fait partie du mécanisme nazi de l’Holocauste. Par peur pour leur vie ou pour l’argent…»

Colère

Pour Engelking, la dernière proposition de loi polémique est «aussi absurde qu’inapplicable». Si cette dernière avait pour but originel de proscrire la désignation anglo-saxonne «camp polonais», considérée comme diffamatoire et blessante pour les Polonais, cette législation présente un «danger» pour la recherche, selon l’historienne. «Avec ce texte, les chercheurs pourront continuer à travailler sur ce passé difficile sans être pénalisé, mais ils n’auront pas le droit d’en parler au grand public, affirme cette auteure de nombreuses études sur le ghetto juif de Varsovie. A quoi servira leur travail ? Un enseignant d’histoire ou un guide ne pourra pas, si la loi entre en vigueur, dire que les Polonais sont en partie responsables de l’Holocauste. Alors qu’ils le sont.»

Signe du double discours du gouvernement que pointent nombre d’observateurs, le gouvernement prépare une loi sur la «reprivatisation» des bâtiments confisqués lors de l’ère communiste. Mais elle ne prendrait pas en compte les familles juives… De son côté, la droite polonaise s’est efforcée de minimiser la colère israélienne en mettant la réaction de Benyamin Nétanyahou sur le compte d’un affrontement interne avec Yaïr Lapid, le leader du parti centriste Yesh Adit. Les Jeunesses de la Grande Pologne, parti d’extrême droite, ont, elles, prévu une manifestation devant l’ambassade d’Israël à Varsovie mercredi sous le slogan «Stop à l’antipolonisme».

Maja Zoltowska,  29 janvier 2018

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29 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

république (médiapart)

Couv-MarianneS

Les dévôts de la République

L’idolâtrie républicaine gagne la France comme autrefois la vérole, lorsqu’elle s’abattait sur le bas-clergé qui n’en pouvait mais. Pour être différent, assurément, ce premier mal n’en est pas moins grave au regard de ses conséquences sur les individus atteints et sur ceux qui tentent de le combattre. Fort divers, venus d’horizons politiques distincts, parfois adversaires résolus qui n’ont pas de mots assez durs pour s’opposer les uns aux autres, ces nouveaux zélotes de la République forment aujourd’hui une coalition hétéroclite et souvent hargneuse dont les membres se prosternent devant leur Déesse : Marianne.

A leurs yeux, elle est grande, belle, généreuse, libre, égale et fraternelle, bien sûr. En un mot, sublime, forcément sublime.

A l’instar de tous ceux qui adorent un ou plusieurs êtres imaginaires, dont l’existence est pour- tant improbable, ils lui trouvent des qualités et des vertus extraordinaires. A les entendre, elle guide de ses pas fermes et de son bras vigoureux le peuple et la nation vers un avenir radieux. Un éternel printemps républicain, prétendent certains qui ont juré de la servir et de la défendre toujours. Que dis-je, il est déjà possible d’observer les effets de ses pouvoirs augustes ; l’His- toire et le présent portent les marques de ses exploits multiples et tous se souviennent des batailles remportées contre des ennemis, quelquefois aidés par la main odieuse de l’étranger.

« Aux armes citoyens ! »

De l’exceptionnelle révolution qui l’a vue naître, grandir et prospérer jusqu’à nos jours, en dépit d’épreuves nombreuses, qu’elle a toujours surmontées avec courage et ténacité, Marianne n’a eu de cesse de veiller sur ses enfants. Elle les couvre de soins maternels afin que tous puis- sent s’épanouir et vivre dignement, librement et fraternellement dans ce pays à nul autre pareil qui se nomme la France ; celle-là même où elle s’est établie pour le plus grand bonheur de ses habitants et de l’humanité toute entière.

Marianne, en effet, étend ses bienfaits au-delà des frontières de l’Hexagone harmonieux, patiemment façonné par les mains d’un peuple fier, vaillant et laborieux.

La République est universelle, et l’humanité souffrante a toujours bénéficié de ses lumières, de sa culture immense, de ses sciences triomphantes, de son amour dispensé sur tous les cont- inents, et, enfin, de sa fidélité constante aux principes qui la guident depuis qu’elle a vu le jour au milieu des fracas de l’Histoire. Gloire à toi, oh Marianne qui, debout sur la barricade dressée contre la tyrannie, fièrement coiffée de ton bonnet phrygien, bravant la mitraille, tous les dangers et toutes les morts promises, a défait les despotes pour défendre ce peuple que tu aimes comme il t’aime !

Aux dires unanimes des spécialistes es-prophètes, divinités et mystères, il en est un qui fit reculer la mer pour libérer ses ouailles d’une impitoyable oppression, un autre qui, sous les yeux attendris de sa mère toujours vierge, marcha sur les eaux tumultueuses à la rencontre de ses disciples.

N’oublions pas celui qui, par une chaude et claire nuit d’Arabie, a fendu la lune devant des mecquois médusés. Certains sont dotés de quatre bras, d’autres encore ont les oreilles allon- gées, une protubérance sur le crâne, qui dit leur sagesse infinie, et un troisième œil au milieu du front.

Marianne a n’a point de ces fantaisies fantastiques mais la puissance de ses pou- voirs ne laisse pas de surprendre et ses miracles sont aussi nombreux que fameux.

Comme les alchimistes qui changeaient le vil plomb en or, elle transforme les guerres de conquête en aventures glorieuses au service de la liberté, d’impitoyables généraux, qui ont sacrifié des milliers d’hommes sur l’autel de leurs ambitions, en héros pensionnés, couverts de médailles et d’honneurs.

Quant à la brutale colonisation, elle se mue en une paisible et admirable civilisation, et l’écrasement impitoyable des classes pauvres en triomphe de la paix civile, du progrès et du droit. Jamais Marianne n’attaque, toujours elle se défend et son hospitalité légendaire a fait de la France une douce terre d’accueil. Sur tous les continents, le nom de cette République résonne comme la promesse d’une aube nouvelle offerte aux miséreux et aux persécutés qu’elle étreint de ses bras généreux.

Admirable ! Français, soyez fiers ! Immarcescibles beautés du passé qu’il faut aimer, admi- rer et conter afin que nul n’ignore la marche triomphale de Marianne, tant de fois abattue mais jamais vaincue. Depuis longtemps établie, elle continue d’avancer et de prospérer vaillamment pour le plus grand bonheur des citoyens. Fort nombreux, ses admirateurs transis narrent avec docilité sa gloire et ses victoires en croyant, pas ces récits pompeux, livrer une nouvelle his- toire. Jusqu’à la rue du quai de Conti, dans la française académie, on applaudit à ces mièvres écrits.

Ces dévôts ont aussi leurs lieux de culte, leurs cérémonies et leur signe de ralliement :

Un drapeau bleu, blanc, rouge qu’ils adorent et protègent des outrages qui pourraient le souiller. Gare à celui qui s’en rit, en mésuse ou, pire encore, le brûle. « Odieux blasphème » tonnent alors ceux qui prétendent se réjouir de la disparition de ce crime attaché à l’Ancien régime abattu en 1789. Ces fétichistes républicains, dont les ancêtres se gaussaient des “noirs sauvages” d’Afrique et de l’adoration aveugle qu’ils portaient à d’étranges créatures et objets, deviennent féroces lorsque cet étendard est attaqué.

Mise au ban de la société, scandale et condamnation, telles sont les peines promises à ceux qui osent flétrir cette bannière devant laquelle ses pieux adorateurs s’inclinent comme d’autres s’agenouillent au pied de leur divinité. Sainte relique de la République. Parfois certains baisent ce drapeau avant de l’élever majestueux vers les cieux dans un silence religieux. Plus singulier encore, les mêmes parfois adorent un fier gallinacé à la crête rouge et dentelée ; le coq est leur emblème et il décore, monnaies, insignes, monuments et palais.

Que de coutumes étranges !

Pour mieux se retrouver, communier et dire d’une même voix la passion qu’ils vouent à la sublime Marianne, ces dévôts ont un chant de ralliement, martial et mâle. De droite ou de gauche, quels que soient leur obédience, les clans et les sociétés diverses auxquels ils appartiennent, tous l’entonnent en maintes occasions. Cet hymne, chacun doit le connaître et, lors de cérémonies solennelles, l’entonner à tue-tête, en public et en chœur sauf à passer pour un traitre. Que la honte s’abatte sur celui qui l’ignore.

« La République est la République, et Marianne est sa déesse » ; telle est profession de foi de ces sectateurs zélés qui se poussent du col pour dire, plus fort et mieux que les autres, leur amour de Marianne. Ils rivalisent de déclarations enflammées en clamant urbi et orbi leur volonté de la servir et de combattre ses adversaires qui, dangereusement, vitupèrent et prospèrent. N’osez aucune critique, le courroux et l’indignation de ces dévôts braillards sont à la mesure de leur aveuglante passion ; tous deux sont terribles, de même leurs collectives accusations. « Ennemis, traitres, collaborateurs, islamo-gauchistes, communautaristes, droits-de-l’hommistes, etc., ». Sinistre mais féconde est leur imagination qui appelle de nouvelles proscriptions.

Divin marquis, réveille-toi, ils sont devenus fous. Je t’abandonne la plume. « Tenons donc aujourd’hui dans le même mépris et le dieu vain que des imposteurs ont prêché, et toutes les subtilités religieuses qui découlent de sa ridicule adoption ; ce n’est plus avec ce hochet qu’on peut amuser des hommes libres. (…) Ne nous contentons pas de briser les sceptres ; pulvérisons à jamais les idoles ! »

6 déc. 2017 Olivier Le Cour Grandmaison

  1. Le Cour Grandmaison, universitaire. Dernier ouvrage paru : L’Empire des hygiénistes. Vivre aux colonies, Fayard, 2014. https://www.academia.edu/

https://blogs.mediapart.fr/

Commentaire: Les révolutionnaires se réclament des débuts de la Révolution (où nos ancêtres les  » enragés » se firent massacrer par Robespierre), du peuple massacré en 1848 par le bleu blanc rouge et de la commune de Paris. La République elle est l’outil de la bourgeoisie pour maintenir l’exploitation.

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28 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

charles maurras (jdd)

maurras

Charles Maurras a été condamné en 1945 pour haute trahison et intelligence avec l’ennemi.

Charles Maurras ne sera pas commémoré par l’Etat français

Le ministère de la Culture va retirer la référence à l’écrivain d’extrême droite Charles Maurras dans le livre des commémorations nationales 2018 à la suite des protestations d’associations antiracistes, a annoncé la ministre Françoise Nyssen dimanche dans un communiqué.

Après Céline, Charles Maurras a semé la pagaille au comité des commémorations nationales.

Dimanche matin, le ministère de la Culture a annoncé qu’allait être retirée la référence à l’écrivain d’extrême droite Charles Maurras dans le livre des commémorations nationales 2018 à la suite des protestations d’associations antiracistes, a annoncé Françoise Nyssen dimanche dans un communiqué. Pour « lever l’ambiguïté » sur « des malentendus qui sont de nature à diviser la société française », la ministre a demandé le rappel du livre des commémorations nationales pour l’année en cours et sa réimpression « après retrait de la référence à Maurras », indique-t-elle dans un communiqué.

En 2011 déjà, une mention à Céline avait déjà fait polémique

Le « Monsieur antiracisme » du gouvernement, Frédéric Potier, avait demandé samedi le retrait de Charles Maurras de ce recueil, rejoint par SOS Racisme et la Ligue internationale de lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Licra). Après Céline en 2011, c’est la deuxième fois ces dernières années que le ministère, alors dirigé par Frédéric Mitterrand, retire un auteur de ce recueil après une polémique.

La ministre a également indiqué qu’elle recevrait « très prochainement » les membres du Haut-comité qui a rédigé le recueil « afin de questionner, ensemble, la pertinence de cette démarche mémorielle conduite au nom de l’Etat par des experts ». Présidé par l’Académicienne Danièle Sallenave, ce comité est composé entre autres des historiens Pascal Ory, Jean-Noël Jeanneney et Claude Gauvard. « Le travail et l’expertise des membres du Haut-comité ne sont évidemment pas en cause », affirme la ministre dans son communiqué.

28 janvier 2018

http://www.lejdd.fr/

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21 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

nazis 1 (lvsl)

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« Les nazis n’ont rien inventé. Ils ont puisé dans la culture dominante de l’Occident libéral »  Entretien avec Johann Chapoutot

LVSL : Les programmes scolaires présentent le national-socialisme comme une rupture radicale, presque comme une énigme, un monstre né au milieu de nulle part au sein de l’Occident libéral, l’Europe des Lumières. Dans votre livre Fascisme, nazisme et régimes autoritaires, vous suggérez pourtant que l’idéologie nazie trouve ses racines dans la pensée dominante et la culture de l’Europe du 19ème et 20ème siècle…

Johann Chapoutot – Radicalité et rupture il y a eu en effet, dans la mesure où les nazis ont agi avec une violence extrême, dès 1933, contre leurs opposants politiques, c’est-à-dire la gauche sociale-démocrate, communiste et syndicale ; puis contre des personnes considérées comme biologiquement malades, qui ont été stérilisées dans un premier temps. Les nazis incarnent donc une rupture dans et par l’action.

Mais au niveau des idées, si l’on fait une analyse de la vision du monde nazie, si on décom- pose le nazisme en ses éléments constitutifs : le racisme, l’antisémitisme, l’eugénisme, le darwinisme social, le capitalisme version enfants dans les mines, le nationalisme, l’impérialisme, le militarisme… on découvre que ces éléments sont d’une grande banalité dans l’Europe, et plus largement dans l’Occident de l’époque. Les nazis puisent largement dans la langue de leurs contemporains, et c’est ce qui les rend fréquentables jusqu’au début de la guerre.

On se demande pourquoi les démocraties n’ont pas réagi face au nazisme ; d’une part, elles avaient autre chose à faire. D’autre part, elles considéraient que ce que faisait Hitler dans son pays était honorable : plus de gauche, plus de syndicats … l’Allemagne est devenu un paradis pour les investisseurs à partir de 1933. Dans ce climat de lutte contre le communisme, l’Allema- gne apparaissait en outre comme un rempart contre l’Est.

Lorsque Hitler évoquait ses intentions en politique étrangère, ses déclarations étaient reçues à l’étranger et actées. Un exemple : en mars 1939, Hitler envahit le reste de la Tchécoslovaquie, violant ainsi les accords de Munich. Protestation de Roosevelet devant cet homme si peu fiable qu’il déchire les traités ; Hitler répond à Roosevelt et aux chancelleries occidentales dans son discours du 23 avril 1939 au Reichstag.

Il déclare qu’il est responsable du sort de 80 millions de « Germains » (au sens racial) et qu’il doit les nourrir ; que l’Allemagne abrite 150 habitants au kilomètre carré, contre 15 kilomètre carré aux Etats-Unis : l’Allemagne a donc besoin de conquérir un espace, un espace vital. Hitler ajoute que les démocraties occidentales, elles, ont leurs colonies. Que les Etats-Unis possèdent leur propre colonie intérieure, née du massacre des Indiens. Hitler déclare donc que les trois grandes démocraties du monde (les Etats-Unis, l’Angleterre et la France) n’ont rien à dire à l’Allemagne, parce que ce qu’elles pensent en terme d’hinterland colonial (des espaces dont les métropoles tirent subsistance), l’Allemagne nazie le pense en terme de biotope.

Ce discours est structuré par deux logiques sous-jacentes. D’une part, une logique de darwi- nisme social : un peuple blanc doit pouvoir s’étendre au détriment d’autres peuples moins é- volués et moins civilisés. D’autre part, une logique encore plus clairement biologique: il doit y a- voir une adéquation entre l’espace et l’espèce, entre le territoire et la race. Quand les chan- celleries se trouvent face à ce genre de discours, que voulez-vous qu’elles trouvent à répon- dre? Surtout de la part de pays qui ont conclu un Traité sans que l’Allemagne y ait son mot à dire, volé 15% de son territoire et confisqué ses colonies…

Hitler joue sur deux choses : la mauvaise conscience des Occidentaux, vainqueurs d’hier, et le fait qu’il existe un monde commun entre eux. Il existe entre eux des catégories communes : la race, le juif, l’hinterland, une vision darwiniste du monde. Ce qu’ils font de ces catégories est différent, mais dire que les Juifs posent problème est un discours que personne ne conteste. En 1938, à la conférence d’Evian, chargée de statuer sur le sort des Juifs, aucun pays au monde ne veut accueillir les réfugiés ; seule la République dominicaine (sous le dictateur Trujillo) accepte d’accueillir les Juifs, pour des raisons racistes : il s’agissait de blanchir la population de la République dominicaine… Toutes ces catégories communes forment un monde commun entre l’Allemagne nazie et l’Occident libéral.

Il y a un saut épistémique dans la mesure où les nazis reprennent ces idées, très banales, très communes, qui constituent depuis le 19ème siècle la grille de lecture des Occidentaux, et les mettent en cohérence, dans une vision du monde très organisée, et surtout en application. Prenons la stérilisation des malades, par exemple ; ce n’est pas l’Allemagne nazie qui l’a inven- tée : on la pratiquait aux Etats-Unis, en Suisse, en Scandinavie. Mais cette stérilisation a atteint une échelle inégalée en Allemagne nazie : 400.000 personnes ont été stérilisées jusqu’en 1945, contre quelques dizaines de milliers auparavant. Les nazis agissent très massivement, très violemment et très rapidement. Pourquoi? Parce que (autre idée propre aux nazis) les nazis pensent que l’Allemagne est en train de mourir, qu’elle est en train de s’éteindre biolo- giquement. Et que s’il n’y a pas une réaction violente, l’Allemagne va s’éteindre en tant que peuple.

LVSL : Vous mentionnez à plusieurs reprises l’importance du darwinisme social dans la vision du monde nationale-socialiste, ce courant de pensée selon lequel les individus les plus faibles d’une société sont destinés à mourir, en vertu de la loi impitoyable de la sélection naturelle. À l’origine, c’était une grille de lecture utilisée par des penseurs libéraux anglo-américains, destinée à justifier la mortalité que causait le capitalisme au sein des classes populaires… Existe-t-il une continuité entre ce courant de pensée, et l’eugénisme racialiste propre au national-socialisme ?

Totalement. Les nazis sont des gens qui n’inventent rien. Lorsque j’ai commencé à étudier le nazisme il y a quinze ans, je l’ai fait dans l’idée qu’il était un phénomène monstrueux, maléfique, incompréhensible, en rupture radicale avec ce qui l’avait précédé… Mais quand j’ai lu les nazis, j’ai découvert qu’ils disent des choses tout à fait banales par rapport aux penseurs de leur temps. L’idée que toute vie est combat est d’une banalité absolue dans l’Europe du 20ème siècle. Le darwinisme social a été introduit en Allemagne par un britannique, Houston Stewart Chamberlain, gendre de Wagner et mélomane. Il avait lu Darwin et surtout les darwinistes sociaux : Spencer, Galton… En 1897, il rédige les Fondements du 19ème siècle, un livre qui pose les bases du darwinisme social allemand. Cet ouvrage est la passerelle culturelle entre le darwinisme social anglo-saxon et sa version allemande.

Cette idée d’une lutte pour la vie, et d’une vie comme zoologie, d’une lutte zoologique pour l’existence en somme, qui passe par la sécurisation des approvisionnements et de la repro- duction, se retrouve partout, singulièrement en Grande-Bretagne et en France ; en effet, le darwinisme social est la théorie d’une pratique politique – l’ordre capitaliste, et géopolitique – la colonisation. Il se trouve qu’au 19ème siècle, l’aventure coloniale allemande n’est pas très importante par rapport à ce qu’elle est en France et en Grande-Bretagne.

Elle a donc été introduite tardivement dans ce pays, par Chamberlain. Cette idée prospère rapidement, se développe, et nourrit les argumentaires pangermaniques : les Germains sont supérieurs aux Slaves comme les Britanniques le sont aux « Nègres » ; par conséquent, les Germains doivent conquérir leur espace vital au détriment des Slaves. Les nazis récupèrent ces idées banales radicalisées par la Grande Guerre. La guerre de 14-18 prouve que les darwinistes sociaux ont raison : tout est guerre, lutte et combat. Les nazis décident de faire de cette expérience une politique : si les Allemands ne veulent pas mourir, ils doivent être réalis- tes, et laisser choir l’humanisme et l’humanitarisme. Il faut accepter que toute vie est combat, sous peine de mourir.

J’irais plus loin que le cadre de votre question. Je trouve que ce darwinisme social se porte très bien aujourd’hui. Il se retrouve dans des petits tics de la langue qui se veulent bienveillants (« t’es un battant toi« …). Il se retrouve dans la bêtise de certaines personnes que l’on prétend philosophes et qui vous parlent des gens qui ne sont rien, des assistés, des fainéants… Si l’on se retrouve au sommet de la société parce qu’on a été banquier, haut fonctionnaire, président de la République, alors on a tendance à croire que c’est un ordre naturel qui nous a élu, que l’on est là parce qu’on est le meilleur, naturellement ; que l’on s’est affirmé dans la lutte pour la vie, en somme. Cela part d’un manque de lucidité stupéfiant sur la fabrique sociale de la « réussite ».

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21 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

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LVSL : Les historiens marxistes mettent l’accent sur une autre forme de continuité : la continuité économique et sociale qui existe entre l’ordre pré-nazi et le 3ème Reich, c’est-à-dire la perpétuation de la domination d’une classe de financiers et d’indus-triels sur celle des travailleurs. Que pensez-vous de la thèse marxiste classique, qui analyse le fascisme et le nazisme comme « expressions politiques du capitalisme monopolistique » ?

C’est la thèse officielle du Komintern à partir de 1935. Les membres du Komintern se sentent fautifs, car jusqu’alors c’est la stratégie « classe contre classe » qui a prévalu ; elle a abouti à ce que les communistes combattent les sociaux-démocrates davantage que les nazis. L’arrivée d’Hitler au pouvoir a constitué un vrai choc pour eux. D’où l’abandon de la stratégie « classe contre classe » au profit de la tactique du « Front Populaire ».

Les communistes allemands ont été traumatisés par la disparition de la gauche la plus puissan- te d’Europe, la gauche allemande. Pour penser ce traumatisme, ils ont élaboré cette hermé- neutique, en stricte orthodoxie marxiste, qui consiste à dire que le “fascisme” constitue la dernière tentative d’une bourgeoisie aux abois pour se maintenir en position de domination sociale, économique, politique, financière…

Le « fascisme » devient un terme générique qui désigne tout aussi bien la doctrine de Musso- lini que celle des nationaux-socialistes allemands (en Europe de l’Est, on parlait de « deutsche Faschismus« , fascisme allemand), alors que ce n’est pas du tout la même chose. Dans sa formulation la plus résumée et la plus dogmatique, cette grille de lecture devient un catéchisme un peu idiot. Cette lecture orthodoxe issue du Komintern est demeurée celle d’une historio- graphie de gauche fortement marquée par l’histoire sociale, qui n’est pas à rejeter, car elle a produit de grands travaux.

La grande industrie allemande et la finance allemande ont évidemment trouvé tout leur intérêt à l’arrivée des nazis au pouvoir. Les répercussions de la crise de 1929 sont terribles en Alle- magne. L’Allemagne est le pays le plus touché, parce qu’il était le mieux intégré au circuit du capital international ; il a beaucoup souffert de la fuite brutale des capitaux américains.

À l’été 1932, l’Allemagne compte 14 millions de chômeurs ; si on prend en compte les chô- meurs non déclarés, elle en compte 20 millions. La crise signifie pour les Allemands la famine et la tuberculose. Les nazis ont été vus comme les derniers remparts possibles contre une révolution bolchévique. D’où la lettre ouverte de novembre 1932 à Hindenburg qui l’appelle à nommer Hitler chancelier, signée par des grands patrons de l’industrie et de la banque.

Le parti nazi reçoit des soutiens financiers considérables. C’est grâce à eux qu’il peut fournir à des centaines de milliers de SA des bottes, des casquettes, des chemises, de la nourriture. Les campagnes électorales des nazis coûtent une fortune, notamment du fait de l’organisation de leurs gigantesques meetings ; Hitler ne cesse de se déplacer en avion, à une époque où l’heure de vol est hors de prix. Les mécènes qui financent le parti nazi voient en lui le dernier rempart contre le péril rouge. Ils sont gâtés, car d’une part les nazis détruisent de fait la gau- che allemande, les syndicats, l’expression publique ; de l’autre, ils relancent l’économie comme personne ne l’avait fait avant eux par la mise en place de grands travaux d’infrastructure à vocation militaire, et par des commandes d’armement inédites dans l’histoire de l’humanité. Les commandes d’armement font travailler le charbon, l’acier, la chimie, les composants électriques, le cuir, la fourrure, la mécanique, l’aviation…

Les industriels savent très bien que l’Etat allemand ne peut pas financer ce qu’il est en train de faire. L’Etat commande des chars, des avions, mais ne paie pas ; il joue un jeu assez complexe et plutôt malin (je vais simplifier, mais le principe est là). Il paie les industriels en bons à inté- rêt… et leur déclare que ceux-ci seront versés grâce au pillage de l’Europe. Tout le monde est au courant, les industriels au premier rang, parce qu’ils ne sont pas payés, ou très peu : l’heu- re des comptes va sonner plus tard, quand le Reich aura les moyens d’envahir l’Europe. Les industriels ont donc été les complices et les bénéficiaires du Reich.

Ne parlons même pas de ce qu’est devenue leur activité après 1940. Leurs commandes aug- mentent, et l’industrie obtient via Himmler que l’on mette le système concentrationnaire à son service. On en arrive à la loi d’airain des salaires de Karl Marx : vous ne rémunérez la force de travail qu’autant que nécessaire, afin qu’elle puisse se renouveler pour se maintenir. La loi d’airain des salaires dans les années 1940, c’était les camps de concentration, c’est-à-dire l’exploitation jusqu’à son terme de travailleurs que l’on n’a même pas besoin maintenir en vie, parce qu’il y avait une telle rotation que si un travailleur mourait en deux jours, un autre le remplaçait aussitôt.

LVSL : On commémore le centenaire de la Révolution d’octobre 1917, et on a pu voir un certain nombre de parallèles effectués entre 3ème Reich et Union Soviétique. Dans les programmes scolaires de Première, les deux sont clairement amalgamés sous le concept de « totalitarismes », et des parallèles très nets sont effectués entre l’idéologie nazie et l’idéologie marxiste-léniniste : « lutte des races » d’un côté, « lutte des classes » de l’autre. Que pensez-vous de ces parallèles ?

La comparaison est toujours légitime en histoire ; même inconsciente, elle est à la base de la démarche historienne. Les paroles que je prononce ici et maintenant prennent sens comp- arées à autre chose. La comparaison est l’essence même de l’intelligence historienne. Ce qui est plus gênant, c’est l’assimilation. Comparaison n’est pas assimilation.

Le concept de totalitarisme n’est pas inintéressant à la base, tel qu’il a été pensé par Enzo Traverso. L’utilisation qui en a été faite après 45 a été politiquement investie. Il s’agissait par la comparaison entre l’Union Soviétique, ennemie du monde libre, et le nazisme, d’induire l’idée que le communisme dans sa version stalinienne était criminel et maléfique.

Cela est absolument indubitable en termes de pratique sociale ou si on prend en compte le nombre de morts. Le problème, c’est que cette assimilation, qui n’est plus une comparaison, et qui est motivée par une logique de Guerre froide, en vient à fausser l’intelligence historienne. En tant que spécialiste du nazisme, je ne me sers pas du concept de totalitarisme. C’est un concept scolastique, qui ne m’apporte rien d’un point de vue heuristique. Il n’apporte rien non plus à Nicolas Werth, lorsqu’il s’agit de parler de l’URSS. Le totalitarisme est devenu un objet d’étude en soi, dont le parcours et l’histoire sont intéressants ; mais pour un regard heuristique sur nos objets, ce concept nous embarrasse tant il est chargé de son histoire propre. Son introduction dans les programmes scolaires et sa déclinaison en trois branches, « commu- nisme », « fascisme” et « nazisme » (qui sont ainsi assimilés) fausse totalement la perspective historienne, parce qu’il existe des différences flagrantes entre ces visions du monde.

On peut vous opposer qu’une balle du NKVD vaut une balle du SD [service de renseignement de la SS]. Mais il reste que l’histoire, qui est en partie un art de la comparaison, reste un art de la distinction. Une victime du goulag n’est pas tuée pour les mêmes raisons, et aux mêmes fins qu’une victime de la Shoah. La biologisation chez les nazis est poussée à l’extrême, totalement, partout. Une victime du nazisme ne peut pas, biologiquement, échapper au nazisme ; un Juif ne peut pas échapper au fait qu’il soit biologiquement Juif. Cette biologisation est absente de la culture communiste. Elle est présente dans le stalinisme : Staline raisonnait en termes d’ethnies et avait des penchants antisémites. Mais cette dimension biologique est censée être absente du stalinisme. Une victime de la répression stalinienne est censée pouvoir y échapper en faisant amende honorable. On peut sortir d’un goulag. On ne sort pas d’un centre de mise à mort nazi. On est condamné de naissance à mourir, parce qu’on n’échappe pas à sa biologie. En théorie ce n’est pas le cas avec le stalinisme, même si c’est différent en pratique…

LVSL : Aujourd’hui, on assiste à une montée de l’extrême-droite partout en Europe. On ne compte plus les références faites aux « années 30 » pour parler de la situation actuelle. Peut-on comparer ces deux époques s’agissant de la montée de l’extrême-droite en Europe ?

Le parallèle est pertinent entre les extrêmes-droites actuelles et celles des années 20 et 30. D’une part, parce que les extrêmes-droites actuelles en sont les héritières en filiation sociale. On connaît l’histoire du Front National ; on sait que des anciens Waffen SS ont contribué à sa création, ou que d’ex-nazis ont participé à la fondation du FPÖ autrichien. En termes de genè- se, il y a bien une filiation sociale et intellectuelle.

Il y a en effet une filiation idéologique, parce que leurs dirigeants se réclament des mêmes réflexes, font appel aux mêmes lieux communs, aux mêmes angoisses, aux mêmes aspirations : critique de la modernité cosmopolite, critique de la mixité des sexes, nationalisme ultra, alliance avec les intérêts financiers et industriels… Cela ne veut pas dire, par exemple, que le Front National est une organisation fasciste, c’est une extrême-droite qui n’a pas besoin d’aller cher- cher ailleurs ses références. Zeev Sternhel a très bien démontré qu’elle les puise dans la France des 19ème et 20ème siècles (Boulanger, Maurras, Barrès, l’OAS…).

Comparer les périodes, en revanche, est non pertinent. Bien qu’il y ait des éléments similaires (remise en cause de la démocratie, doutes politiques, sociaux, éthiques, etc…), on ne vit pas dans le même monde, ne serait-ce que parce que l’Europe des années 30 était un monde informé, créé par la Grande Guerre. L’Europe des années 30 était habitée par 80 millions d’hommes à qui l’on a dit qu’il était bien de tuer, de frapper, de blesser. Ils avaient un rapport à la violence et à la mort qui n’est pas le nôtre aujourd’hui. Nous (je parle des Européens de l’Ouest et du centre, je n’inclus pas les Balkans qui ont connu une guerre civile au début des années 90) avons un rapport à la violence et à la mort qui ne vient pas encourager quelque chose comme le nazisme. Le nazisme se nourrit de cette fascination pour la mort, de ce romantisme héroïque à la fois mortifère et morbide…

LVSL : Dans vos ouvrages (et notamment La loi du sang), la doctrine nazie apparaît comme une vision du monde unifiée, systématisée, presque monolithique. Le nazis- me possédait-il une telle cohérence, ou avez-vous procédé à une reconstitution a posteriori, à la mise en place d’une sorte d’idéal-type de la pensée nazie, pour lui donner une cohérence qu’elle n’avait pas ?

La manière dont je représente la vision du monde nazie n’est pas monolithique. Je montre qu’il existe des débats, des désaccords, que le traitement des populations à l’Est faisait l’objet de disputes politiques entre Alfred Rosenberg et Himmler par exemple ; je montre qu’il y a des désaccords entre les acteurs sociaux qui sont porteurs de cette vision du monde, qu’il existe des contradictions, mais aussi que cette vision du monde est suffisamment plastique et dynamique pour digérer ses propres contradictions.

Un exemple : quand j’étudiais la vision de l’Antiquité des nazis, j’ai constaté qu’il existait des désaccords autour d’Alexandre le Grand : selon certains auteurs, Alexandre était un grand conquérant nordique blond aux yeux bleus, le premier à avoir soumis l’Asie, le premier guerrier impérial germanique… Selon d’autres, Alexandre avait fauté, péché contre la race, parce qu’il avait diligenté les noces de Suse entre l’élite macédonienne nordique et l’élite perse asiatique, sémitique.

J’ai montré qu’il y a eu un dépassement de cette contradiction dû à la puissance agrégative de la vision du monde nazie : en définitive, l’élite perse était une élite germanique, parce que l’empire perse ne pouvait avoir été créé, dans sa magnificence, que par le génie germanique ; l’élite impériale était donc restée germaniquement pure ; avec la célébration des noces de Suse, Alexandre recréait finalement le lien racial entre les élites nordiques : cela permettait de sauver Alexandre pour la cause raciste.

C’est une des raisons multiples pour lesquelles la vision du monde nazie séduit, convainc, fonctionne : elle est agrégative, dynamique, cumulative et infalsifiable. Vous avez toujours raison quand vous la mobilisez : elle a cela en commun avec n’importe quelle théorie du com- plot ; soit un élément vient la confirmer : ça veut dire que cette vision du monde est la bonne ; soit un élément vient l’infirmer, mais cela signifie qu’il a été créé par les ennemis de la théorie du complot. C’est pour cela qu’il est difficile de discuter avec un nazi (cela existe encore !) ou un négationniste. Aux arguments scientifiques, ils opposent que vous êtes payés par les Juifs. En cela les négationnistes sont de vrais petits héritiers de leurs modèles nazis.

LVSL : Justement, peut-on pousser plus loin ce parallèle entre la vision du monde nazie et les « théories du complot » dans les mécanismes psychologiques qu’elles mobilisent ? Dans le Système totalitaire, Hannah Arendt explique l’attrait des idéologies totalitaires par le fait qu’elles proposent des visions du monde globales et structurantes, qui ramènent la multiplicité des phénomènes à des schémas explicatifs systémiques et rassurants. Les théories du complot fonctionnent-elles de la même manière ?

C’est l’un des grands mérites intellectuels et psychologiques d’une théorie du complot. Très clairement, le nazisme est une théorie du complot : le complot racial, le complot juif, judéo-chrétien, judéo-bolchévique… Le grand mérite intellectuel de ces discours-là, c’est d’être aisément compréhensibles, puisqu’on ramène la complexité à un principe simple, aisément digérable, infalsifiable, et qui apporte un réconfort psychologique. Vous étiez démuni face à un choc, un traumatisme, une incompréhension… et désormais vous êtes pleinement rassurés. En plus vous faites partie de la caste des illuminés, des sages, des mages, de ceux qui ont compris la complexité du monde…

Vincent Ortiz décembre 11, 2017

Johann Chapoutot est professeur d’histoire à l’Université Paris-Sorbonne, spécialiste de l’Allemagne nazie. Il a consacré de nombreux  ouvrages à l’étude de l’idéologie nationale-socialiste (La loi du sang, le nazisme et l’Antiquité…) traduits en sept langues et récompensés par de nombreux prix. Il s’intéresse aux fondements philosophiques, historiques et (pseudo-)scientifiques du nazisme ; il étudie les moyens par lesquels cette vision du monde a pu devenir hégémonique en Allemagne à partir de 1933. Ses analyses mettent en lumière certains aspects peu connus de ce phénomène historique ; nous avons décidé de le rencontrer.

Pour aller plus loin :

  • Johann Chapoutot, Le nazisme et l’Antiquité (2012)
  • Johann Chapoutot, Fascisme, nazisme et régimes autoritaires en Europe (2013)
  • Johann Chapoutot, La loi du sang (2014)
  • Johann Chapoutot, La révolution culturelle nazie (2017)

http://lvsl.fr/

Lire aussi:

Comment vaincre le fascisme ? Introduction : La théorie du fascisme chez Léon Trotsky (Ernest Mandel)

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20 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

rojava brest quimper

kobane

ACTES en Cornouailles, l’AFPS Brest, les Amis du Monde Diplo Brest, ATTAC Brest, ATTAC Quimper, la Ligue des Droits de l’Homme BMO, la LDH Quimper, le Patronage laïque Guérin et  organisons des projections, suivies de débats avec les deux réalisateurs, du documentaire « Rojava : une utopie au cœur du chaos syrien ».

Elles auront lieu :

Quimper le mercredi 24 janvier, de 20h, aux halles Saint-François (rue Astor)
Brest le jeudi 25 janvier, de 19h à 20h30, au Patronage laïque Guérin (1, rue A Ribot)

A Brest, l’association de cinéma Termaji a bien voulu prêter main forte pour assurer la technique.

Projection en présence de Mireille Court et Chris Den Hond, réalisateurs du film.

Vous trouverez l’article de Mireille Court et Chris Den Hond paru dans le Monde diplomatique  au lien suivant : https://www.monde-diplo

Et la présentation de l’ouvrage collectif qu’ils ont dirigé avec Stephen Bouquin La Commune du Rojava. L’alternative kurde à l’État-nation  aux éditions Syllepse sur celui-ci : https://www.syllepse.net/

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20 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

socialistes usa (solidarités + iso)

swp

Parle-moi de l’Amérique, camarade…

(…) PG: Quelque chose de nouveau semble se dessiner aux USA. Ainsi par exemple, The Nation prétend que 37% des citoyens adultes des Etats-Unis, d’après un sondage, «préfè- rent le socialisme au capitalisme». De son côté, CNN se demande si « la politique réac- tionnaire de Trump va booster les socialistes révolutionnaires ».

KM: Si l’élection de Trump et ses clins d’œil aux racistes et à l’extrême droite encouragent ces derniers, son élection et sa politique réactionnaire ont aussi stimulé les forces progressistes avec l’apparition d’une nouvelle génération qui se tourne vers le militantisme. Ces dynamiques suscitent aussi un vif intérêt pour le socialisme. On en a fini avec l’époque où le mot «socialis- me» était un mot tabou que l’on ne pouvait associer qu’aux crimes de Staline et à tous les fantasmes et les peurs entretenus à son propos. Les racines de cette nouvelle radicalisation à gauche remontent au mouvement Occupy en 2011 et aux luttes telles le soulèvement de Madison, dans le Wisconsin, contre les attaques portées au droit de négociation collective.

Ce regain d’intérêt pour le socialisme ouvre un espace important pour les organi- sations socialistes. Ainsi, un groupe tel que les Democratic Socialist of America (DSA) qui existe depuis 1973, aurait plus que triplé ses effectif au cours des six derniers mois, passant de 8 000 à 25 000 membres. Qu’est-ce que DSA ?

C’est DSA qui a bénéficié principalement de cette radicalisation. Fondée en 1973, DSA c’est la social-démocratie étatsunienne. Réformiste (*), souvent proche du Parti démocrate, DSA n’a cependant pas suivi le tournant vers le néo-libéralisme opéré par la social-démocratie en Europe et en Amérique latine. La plupart de ses nouveaux adhérents sont jeunes et ouverts aux différentes perspectives socialistes, y compris au socialisme révolutionnaire. Pour l’instant DSA reste très majoritairement composée de militants blancs et n’attire que peu de noirs, de latinos et d’autres minorités ethniques ; c’est un problème majeur car ces groupes constituent un grand pourcentage de la population des USA et des couches très importantes de la classe ouvrière.

Les chiffres des sondages que tu cites sont vraiment significatifs. Pendant des décennies, en particulier durant la guerre froide, l’anticommunisme n’était pas seulement l’axe de la politique extérieure des USA. Il était aussi une arme idéologique utilisée par le gouvernement, les patrons et l’Etat pour chasser les militants de gauche des syndicats et discréditer les leaders du mouvement en faveur des droits civiques dont Martin Luther King lui-même.

L’anticommunisme permettait de discréditer n’importe quel discours critique sur le capitalisme et ses aspects sociaux troublants. La chute du mur de Berlin, de l’URSS, et la fin de la guerre froide ont privé la classe dominante et ses idéologues de l’arme de l’anticommunisme. N’oublie pas que celles et ceux qui, aujourd’hui, sont étudiants ou jeunes travailleurs sont nés après la fin de la guerre froide. Le mouvement Occupy en 2011 a mis en évidence ce que des millions de gens sentaient confusément et que les sociologues savaient, soit qu’on vit dans une société aux inégalités énormes et que c’est la faute au système.

C’est l’articulation de ces réalités qui explique le succès inédit de Bernie Sanders. Le fait que Sanders se dise « socialiste » stimule aussi l’intérêt pour le socialisme même si l’ancien adversaire de Mme Clinton est clairement un social-démocrate style social-démocratie européenne des trente glorieuses -l’état de providence, etc.

Quelle politique adoptez-vous, en tant qu’organisation socialiste-révolutionnaire à l’égard de DSA?

C’est parce qu’il y a un esprit d’ouverture de la part de la direction de DSA et qu’il y a un renouveau militant que Solidarity a voté un texte lors de notre congrès qui s’est tenu en juillet à Chicago qui préconise de participer à la construction de ce nouveau DSA pour le renforcer et le pousser dans une direction révolutionnaire. Des dizaines des camarades de solidarity ont pris leur carte de membre de DSA (DSA et solidarity acceptent la double appartenance) et beaucoup sont très actifs.

De son côté, l’International Socialist Organisation,la plus importante organisation de la gauche radicale aux USA, voit principalement le DSA sous l’angle du profil traditionnellement réfor- miste. Considérant DSA comme une organisation concurrente, l’ISO se contente de “débattre” avec eux de l’extérieur.

Malgré ce regain d’intérêt pour le socialisme, Trump bénéficie toujours de larges sou- tiens parmi la classe ouvrière blanche. Quelle est pour la gauche radicale étasunienne (Solidarity, ISO,…), l’articulation entre la nécessité de donner des réponses à la souf- france sociale des anciens « cols bleus » et les luttes contre le racisme, contre le mur anti-mexicain, contre la construction de l’oléoduc, par exemple ?

On peut tout aussi bien défendre les conditions des cols bleus à la peau blanche et lutter contre le racisme. En fait, les deux choses sont indissociables. D’abord, l’électorat de Trump doit être scruté de près car il n’est pas une masse homogène. Même si beaucoup ont été séduits par le protectionnisme qui ouvre la porte aux arguments anti-immigration et donc anti-immigrés, une frange importante de l’électorat ouvrier blanc de Trump avait voté pour Obama en 2008 et 2012 et pour Sanders lors des primaires démocrates. Ces gens ne sont pas devenus racistes d’un jour à l’autre.

Des millions de cols bleus qui avaient des bons emplois souvent syndiqués il y a quelques années, se trouvent aujourd’hui avec des boulots précaires. Pour le prolétariat entier, les salaires n’ont plus bougé depuis des années creusant l’écart entre les possédants et tous les autres. Dans ce pays, 1% de la population détient 34.5% de la richesse privée et engrange 17% des salaires versés alors que les 20% les moins aisés touchent 3% des rémunérations versées. Ce sont eux qui disposent de ce qu’on appelle pudiquement une «richesse négative». Autrement dit, ils sont endettés.(…)

Paolo Gilardi interroge Keith Mann, professeur de sociologie à Miami University, membre de Solidarity, une des organisations de la gauche radicale aux USA, proche de la Quatrième Internationale.

27 octobre 2017

https://www.solidarites.ch/

(*)Réformiste dans le sens classique, à savoir qui préconise la création de la société socialiste non pas par la révolution et la prise du pouvoir, mais par les réformes. Mais qui toutefois garde le cap du dépassement du capitalisme.

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