Archive | Antiracisme

12 mars 2020 ~ 0 Commentaire

trump (gauche anticapitaliste)

trump

Enfermons Trump !

Peu après la décision de l’OMS de qualifier de « pandémie » le Covid-19(1), Donald Trump, a provoqué un coup de tonnerre mondial en annonçant la suspension « pour trente jours et à partir du 13 mars » de tous les voyages d’étrangers depuis l’Europe vers les Etats-Unis.

« J’ai décidé de prendre des actions fortes mais nécessaires pour protéger la santé et le bien-être de tous les Américains ». L’épidémie due au coronavirus, a fait 38 morts et plus de 1 200 cas de contaminations dans son pays. Un discours bien dans les habitudes de ce président raciste qui a qualifié le Covid-19 de « virus étranger ».

Outre les relents racistes, venant de lui, il est permis de douter de l’intention affichée de « protéger la santé et le bien-être de tous les Américains », lui (et son administration) qui ont tout fait pour détruire les minces ébauches d’un système de protection sanitaire aux USA.

Il semble plutôt que le président des riches, jusqu’ici « corona-négationniste » (il y a peu il déclarait En avril, il fera plus chaud, ça va partir), ait senti flotter dans l’air un virus bien plus grave, pour lui en tant que milliardaire et pour ses semblables amis capitalistes (américains ou pas d’ailleurs).

C’est la perspective d’un effondrement boursier. En se retranchant dans sa forteresse, il croit permettre à son clan de rebondir plus vite pendant que les concurrents, les autres puissances capitalistes, sont ébranlés par la pandémie. N’oublions pas que dans quelques mois il joue sa réélection, ses compères comptent sur lui pour continuer à servir les intérêts des affaires.

Réaction finalement assez classique que des analystes de la firme de courtage BMO Nesbitt Burns envisageaient en 2005 : « Dans leur étude, Mme Cooper et son collègue Donald Coxe, affirment qu’une épidémie mondiale de grippe aurait notamment pour effet de clouer au sol les appareils des transporteurs aériens, de freiner le transport des marchandises et d’anéantir l’industrie du tourisme. (…)

L’impact économique d’une pandémie de grippe pourrait être comparable à la Grande Crise de 1929, selon eux, qui évoquent le spectre d’une chute de valeur des actifs immobiliers, d’une forte augmentation du nombre de faillites ainsi que d’un choc pour l’industrie de l’assurance. »

« Le monde de la finance se rend finalement compte que cela pourrait être la grosse pierre dans l’engrenage de l’économie », affirme M. Osterholm. Il estime qu’une pandémie de grippe aurait un effet dévastateur pour le commerce international.

« Toutes les catastrophes dont nous avons été témoins dans le monde au cours des dernières années ont eu pour effet de dresser des rideaux à nos frontières, précise M. Osterholm. Cela [une pandémie de grippe] équivaudrait plutôt à ériger une porte d’acier de six pouces d’épaisseur. Citation de l’article paru dans : ledevoir.com

Les rideaux, les portes d’aciers et les murs sont dans les habitudes maladives du président américain. Un virus raciste qui s’étend d’ailleurs parmi de nombreux dirigeants actuels. Il me semble que pour la santé du monde, il est urgent d’isoler ces malades et d’enfermer Trump!

Freddy Mathieu 12/03/2020

https://www.gaucheanticapitaliste.org/

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11 mars 2020 ~ 0 Commentaire

palestine (ujfp)

trump

Trump-Nétanyahou : l’arnaque du siècle

Avec ses méthodes de businessman, pour ne pas dire de gangster, Trump a un avantage : il ne fait pas semblant. Il rompt avec une longue période où l’existence d’un prétendu « Processus de Paix » a permis au rouleau compresseur colonial d’encercler et de dépecer la Palestine.

Oslo, la grande mystification

C’était il y a 27 ans (1993) : contrairement à ce que l’on a voulu faire croire, jamais les Israéliens n’ont promis à Oslo qu’il y aurait un État palestinien sur les 22% de la Palestine historique conquis par l’armée israélienne en 1967.

Jamais ils n’ont renoncé à l’annexion de Jérusalem-Est dont la surface a été décuplée.

Jamais ils n’ont promis le moindre gel de la colonisation.

Au contraire, pendant les 26 mois qui séparent la signature des accords de son assassinat, Rabin installe 60 000 nouveaux colons.

Jamais, il n’a été question d’évacuer les territoires occupés.

Au contraire, au lendemain du massacre de 29 Palestiniens à Hébron en 1994, Rabin a envoyé 2 000 soldats pour protéger les colons et ils sont toujours dans cette ville où l’apartheid est une réalité quotidienne.

En face, l’OLP a reconnu Israël

Sans même une mention dénonçant le nettoyage ethnique prémédité de 1948.

Elle a changé sa charte. Elle a abandonné à leur sort les millions de réfugiés palestiniens dispersés (rien n’a été signé à Oslo sur le droit au retour des réfugiés) et les Palestiniens d’Israël, citoyens de seconde zone.

L’OLP qui représentait les Palestiniens dans leur diversité géographique et politique a été mise en veilleuse au profit d’une « Autorité Palestinienne » dont la principale tâche est que l’occupé assure la sécurité de l’occupant.

Les accords de Taba en 1995 ont parachevé ce « processus »

La Cisjordanie a été morcelée en trois zones A, B et C, la zone C étant, de fait, annexée par l‘occupant. Des textes aussi incroyables que le contrôle total des importations ou exportations par l’occupant ou le fait qu’un colon consomme 8 fois plus d’eau qu’un Palestinien ont été signés. Ça devait être provisoire, n’est-ce pas ?

Faire capituler les Palestiniens par la ruse

Pendant des années, la « communauté internationale » a multiplié les pressions pour faire capi-tuler les Palestiniens sur leurs revendications essentielles qui n’ont pourtant rien d’extraordinai-res : les Palestiniens demandent la liberté, l’égalité et la justice.

Chaque fois qu’Israël construit de nouvelles colonies ou bombarde Gaza, il ne faut rien dire : ce serait une atteinte au « Processus de Paix »: « Deux États vivant côte à côte ».

Pour les dirigeants israéliens, c’est pain bénit :

Les crimes de guerre, la torture légalisée, les arrestations d’enfants, le vol des terres, les tapis de bombes sur Gaza … tout est permis, il n’y aura pas de sanctions. Par contre, s’il y a un attentat contre l’occupant ou une roquette partant de Gaza, les Palestiniens sont immédiatement condamnés comme « hostiles au processus de paix ».

Les « négociations » ont pris des noms divers : Wye Plantation, Charm-el-Cheikh, le Quartet, Annapolis … autant de masques pour exiger des Palestiniens qu’ils capitulent et acceptent de devenir les Amérindiens du Proche-Orient, enfermés dans leur réserve et privés de tout droit.

Dans l’odieux, la France s’est signalée.

Officiellement, elle est pour deux États et pour les résolutions de l’ONU. Dans les faits, elle soutient inconditionnellement l’État d’Israël, se tait quand l’occupant commet les pires massa-cres et organise à l’ambassade de Tel-Aviv un bal de solidarité avec l’occupant en pleine tuerie de « Plomb Durci ». Le gouvernement français a fait du CRIF, relais propagandiste des diri-geants israéliens, son interlocuteur privilégié. Il essaie de criminaliser l’antisionisme et le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) contre l’État d’Israël.

Faire capituler les Palestiniens par la force

Avec Trump, il n’est plus question de faire semblant. Il renverse la table et piétine le peu qui reste de droit international. Il transfère l’ambassade états-unienne à Jérusalem, reconnaît l’annexion du Golan et proclame la légalité des colonies.

En bon homme d’affaires, il exige des Palestiniens une reddition. Son discours est celui d’un gangster : « Palestiniens, vous avez perdu, pourquoi résister ? On va transformer vos réserves en zones franches où nos capitalistes pourront faire de juteuses affaires. Vous êtes battus, acceptez, vous n’avez pas le choix ».

Trump pense que la période est favorable. Il a de solides alliés qui ont les mêmes méthodes et les mêmes « valeurs » que lui et qui, bien sûr, soutiennent inconditionnellement Israël.

Il y a Bolsonaro. Celui-ci est allé en visite officielle en Israël. Il a déclaré devant Yad Vashem (le mémorial du génocide nazi) : « Les nazis étaient de gauche, n’est-ce pas  ? ». Il n’a pas été démenti par ses hôtes.

Il y a Orban. Il a entrepris de réhabiliter le régime pro-nazi de l’Amiral Horthy, responsable avec l’occupant de l’extermination des Juifs hongrois. Orban a multiplié les déclarations antisémites, mais Nétanyahou l’a qualifié de grand ami.

Trump profite aussi de la situation du monde arabe. La dictature égyptienne participe activement au blocus de Gaza. Le roi d’Arabie Saoudite, dont l’armée participe à un véritable génocide au Yémen, fait pression sur les Palestiniens pour qu’ils capitulent. Le camp « antiaméricain » est très affaibli et beaucoup de pays arabes ont pour préoccupation essentielle une attaque contre l’Iran. Et puis, il y a l’Union Européenne dont la politique est un mélange de complicité et de lâcheté, pour ne pas dire de pure complicité.

En Israël

L’historien israélien Zeev Sternhell, pourtant sioniste, compare la fascisation (ce sont ses termes) à l’œuvre en Israël avec ce qui s’est déroulé dans l’Allemagne des années 30. Une idéologie raciste, militariste et suprématiste s’est imposée sans réel contrepoids.

L’inégalité des individus selon leur origine réelle ou supposée est désormais inscrite dans la loi d’Israël qui se définit comme « l’État-nation du peuple juif ». Les tests ADN viennent d’être approuvés par la Cour Suprême comme preuve qu’on est juif. C’est un exemple terrible de la proximité avec un marqueur essentiel de l’idéologie nazie.

Le pouvoir est disputé entre deux criminels de guerre, Nétanyahou et Ganz, ce dernier ayant dirigé l’armée qui a tué 2 500 civils à Gaza en 2014. Les deux compères ont été invités par Trump et approuvent bien sûr son plan. Il existe bien une petite minorité courageuse anticolonialiste, mais elle ne représente pas une alternative de pouvoir.

Ce régime d’extrême droite et ses relais (comme le CRIF) s’acharnent à instrumentaliser et à récupérer l’antisémitisme et la mémoire du génocide nazi. Et les dirigeants occidentaux soutiennent cette odieuse manipulation.

Et pourtant

Dans un contexte extrêmement défavorable, pour l’instant le peuple palestinien plie, mais ne rompt pas. Gaza est une prison à ciel fermé où l’occupant expérimente comment on peut enfermer deux millions de personnes, les priver d’eau potable et d’électricité et tirer sur des civils comme à la fête foraine.

En Cisjordanie, les Palestiniens sont confrontés tous les jours à la violence des colons et de l’armée, au vol des terres et aux destructions de maisons. Malgré cela, le peuple palestinien croit en l’avenir. Il persiste à tout faire pour scolariser les enfants, pour cultiver la terre, pour produire, pour ne pas être transformé en peuple d’assistés.

Entre Méditerranée et Jourdain, il y a 50 % de Juifs israéliens et 50 % de Palestiniens. Les uns ont tout, les autres quasiment rien.

L’apartheid a duré des décennies en Afrique du Sud ou dans le Sud des États-Unis, mais il a fini par s’écrouler. Trump ne connaît que le fric et la violence. Parions que, face à une lutte anti-apartheid, il ne saura pas faire.

Pierre Stambul mardi 10 mars 2020

Article paru dans CQFD.

https://www.ujfp.org/

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10 mars 2020 ~ 0 Commentaire

corse (le-monde le-point )

corse

Elections municipales en Corse

Les nationalistes en rangs dispersés

Pour le camp nationaliste, les élections des 15 et 22 mars sont surtout l’occasion de se jauger avant les territoriales de 2021.

La fête est finie. L’euphorie de la victoire remportée par la coalition autonomistes-indépendan-tistes Pè a Corsica (« Pour la Corse ») aux élections territoriales du 10 décembre 2017 a laissé place au désenchantement chez une partie des électeurs qui, en votant « natio », avaient cru en la promesse d’un changement et d’une rupture avec les vieilles pratiques claniques.
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Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes.La Collectivité de Corse (CdC), qui concentre depuis 2018 les attributions – et les quelque 4 600 agents – de l’ancienne Collectivité territoriale de Corse et des deux départements de l’île, peine à trouver ses marques.
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La majorité nationaliste s’est claquemurée dans un rapport de force institutionnel stérile avec l’Etat. La dynamique unitaire de la conquête du pouvoir s’est craquelée, confrontée à la réalité de son exercice.Le camp nationaliste se présente en ordre dispersé aux élections municipales et intercommunales des 15 et 22 mars en Corse. Or, nul n’en doute, ces municipales seront la rampe de lancement des élections territoriales de 2021.
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Elles sont l’occasion de se mesurer en vue de cette prochaine échéance majeure pour la collectivité. « La réélection de Gilles Simeoni en mars 2021 est le premier objectif, et les élections municipales doivent en assurer la perspective », marque très clairement l’éditorialiste d’Arritti, l’hebdomadaire proche du parti Femu a Corsica, qui y voit « le début d’un nouveau cycle politique ».
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Une manière d’enjamber le bilan mitigé des deux premières années de la collectivité dirigée par Gilles Simeoni, allié aux indépendantistes de Corsica libera et à leur chef de file, Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse, et à l’autre branche autonomiste, le Parti de la nation corse (PNC), dirigé par Jean-Christophe Angelini, conseiller exécutif et président de l’Office foncier et de l’Agence de développement économique de la Corse, qui a désormais créé son propre groupe à l’Assemblée de Corse.
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Le président du conseil exécutif reconnaît les difficultés mais les met sur le compte de l’inexpérience de la majorité nationaliste et de l’intransigeance de l’Etat. « Les victoires électorales se sont enchaînées sans forcément que nous soyons prêts et sans forcément que nous ayons intégré ce que cela entraînait en termes de responsabilités, estime M. Simeoni. Si on y ajoute que l’Etat a fermé la porte… »
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Trois listes nationalistes à Bastia, ville symbole (Suite payante)

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10 mars 2020 ~ 0 Commentaire

antiféminisme (inprecor)

turkeywomenpic

Antiféminisme

Le présent article tente d’analyser le rapport qu’entretiennent les nouvelles droites avec le féminisme.

Une croisade contre le féminisme

La signification de l’antiféminisme a varié à travers le temps et l’espace, mais il a été et est profondément politique. Il se base sur la négation de tout ou partie des affirmations suivantes :

le patriarcat existe, la division sexuelle du travail favorise les hommes ; il faut promouvoir des actions collectives pour corriger ces discriminations et inégalités. En d’autres termes, l’antiféminisme est une opposition collective à l’émancipation féminine (McRobbie, 2018).

L’antiféminisme est probablement aussi ancien que le féminisme.

Comme le note l’historienne Christine Bard dans le travail collectif Antiféminismes et masculinismes d’hier et d’aujourd’hui, dès le 19è siècle et au cours des 20è et 21è siècles, nous assistons à l’apparition de mouvements politiques néoconservateurs et réactionnaires comme réponse aux revendications féministes.

En commençant par les mouvements qui se sont opposés au droit de vote des femmes, à l’entrée des femmes sur le marché du travail ou à leur droit à s’affilier à un syndicat, jusqu’aux positions actuelles qui parlent de féminisme « suprémaciste » ou d’idéologie de genre pour s’opposer au féminisme.

L’antiféminisme actuel n’est pas homogène, certaines de ses expressions sont des attaques brutales contre les femmes et défendent clairement la division sexuelle du travail comme quelque chose de naturel et d’inévitable, si ce n’est voulu par Dieu.

Ses expressions sont sexistes, misogynes, racistes, colonialistes. C’est clairement le cas des sites et blogs de la manosphère. Cependant, certains acteurs de l’antiféminisme contemporain ont peaufiné leur discours.

Pour lutter contre un féminisme qui a gagné une légitimité sociale, politique et normative (Rubio, 2013), ils l’attaquent d’une manière qui paraît plus subtile, adoptant même une partie de son discours.

Tout en introduisant l’idée que le mouvement féministe a déjà atteint ses objectifs et qu’il cherche à défendre aujourd’hui un statut plus avantageux pour les femmes que pour les hommes. Ils soulignent également que le féminisme, malgré son affirmation de défense de l’égalité, ignore les problèmes particuliers des hommes et leur nie des droits.

Bien qu’il ne faille pas confondre les déclarations des dirigeants avec la position de leur parti, les mots de certains légitiment l’antiféminisme, en le normalisant et le rendant plus acceptable. Duterte aux Philippines se vante du fait qu’il a tenté de violer une enfant quand il était adoles-cent. Trump attaque plusieurs parlementaires femmes du fait de leurs enfants. Et dernièrement, Bolsonaro s’est moqué de la différence d’âge d’Emmanuel Macron et de sa compagne, Brigitte Macron, plus âgée que lui.

Ces déclarations misogynes, sexistes et racistes, extraites d’une longue liste, ne sont pas seulement des « dérapages », mais font de l’antiféminisme et de l’autoritarisme la marque de fabrique d’un type d’action politique.

Différents acteurs confluent dans l’antiféminisme, depuis la droite conservatrice et les pouvoirs religieux jusqu’aux partis d’extrême droite et (néo)conservateurs. Leurs discours s’entrelacent et donnent forme à la même vague réactionnaire, qui ne mène pas seulement une bataille cultu-relle, mais également une bataille économique, sociale et démocratique contre les féminismes. La lutte est acharnée et, souvent, ce sont eux qui la gagnent.

L’agenda antiféministe s’articule autour de la négation du caractère structurel des violences machistes, d’actions contre les droits sexuels et reproductifs, en particulier sur la question de l’avortement, de la négation du genre comme construction sociale, avec l’homophobie et la transphobie qui en découlent, mais aussi du sexisme et de la lutte pour un vocabulaire et une grammaire inclusives, dans l’articulation de son discours sur l’« idéologie de genre », comme traits les plus saillants.

Existent également d’autres aspects, comme la ségrégation au travail ou les différences salariales, qui ne sont pas traitées ou alors reçoivent une réponse basée sur des logiques méritocratiques.

Quant au « concept » d’idéologie de genre, il a été inventé par la hiérarchie catholique dans les dernières années du mandat de Jean-Paul II au Vatican.

Il s’agit d’un discours qui cherche à combattre le genre comme concept (Alabao, 2018). Cette position est également avalisée par le pape François qui, dans des déclarations à l’occasion de la présentation de son livre « Cette économie qui tue », fait la réflexion suivante :

« Pensons aux armes nucléaires, à la possibilité de supprimer un grand nombre d’êtres humains en quelques instants. Pensons aussi à la manipulation génétique, à la manipulation de la vie ou à la théorie du genre, qui ne reconnaissent pas l’ordre de la création. Par cette attitude, l’homme commet un nouveau péché contre Dieu le créateur. Le vrai respect de la création n’a rien à voir avec les idéologies qui considèrent l’homme comme un accident, comme un problème à éliminer. Dieu a placé l’homme et la femme au sommet de la création et leur a confié la terre. Le dessein du Créateur est écrit dans la nature » (McElwee, 2015).

Comme l’explique Nuria Alabao (2018) : « Les secteurs ultra-religieux – tous les catholiques ne pensent pas la même chose – qui mènent cette nouvelle croisade veulent reconquérir l’idée de l’homme et de la femme comme biologiquement différenciés et lier cette différence naturelle à des préceptes divins, dont ils font un étendard.

Ces différences naturelles seraient bien sûr liées à une certaine image de la femme comme celle qui prend soin [care], et de la famille comme famille traditionnelle hétérosexuelle, où les fonctions sont réparties selon les sexes ». C’est donc la négation du genre comme construction socioculturelle et l’affirmation de celui-ci comme réalité naturelle.

Cette notion [d’idéologie de genre] construit un objet qui peut être utilisé dans différents buts, de façon transversale, de l’avortement aux supposées attaques contre la famille et/ou au mariage entre personnes de même sexe.

En Espagne, cette croisade n’a pris de l’importance que récemment. Les attaques contre la dite « idéologie de genre » existent depuis longtemps, mais elles étaient minoritaires et réduites à des secteurs associés au catholicisme le plus conservateur.

C’est avec Vox qu’elles sont entrées sur la scène politique et médiatique. La vice-secrétaire de mobilisation de Vox, Alicia V. Rubio, s’est fait remarquer comme une grande militante du « concept d’idéologie de genre », le défendant dans les divers rassemblements auxquels elle participe, et dans lesquels elle expose les thèses principales de son livre Quand ils nous ont interdit d’être des femmes… et vous poursuivirent parce que vous êtes des hommes : pour comprendre comment « l’idéologie de genre » nous affecte (Urbán, 2019).

Vox a ensuite poussé le PP à incorporer cette question dans son discours. Pablo Casado, pendant les primaires, s’est engagé à « une grande convention de réarmement idéologique », centrée fondamentalement sur le combat contre ce qu’ils appellent l’idéologie de genre, et sur la revendication de revenir sur la loi de 1985, relative à l’avortement, comme démonstration la plus concrète.

Là où le combat contre la dite « idéologie de genre » est très présent, c’est dans les Amériques. Cette croisade a été rapidement endossée par l’évangélisme, surtout dans sa version néo-pentecôtiste, la plus puissante, qui a joué notamment un rôle important dans l’élection de Bolsonaro. En Colombie, les positions évangélistes du « non » ont été un élément déterminant dans le référendum sur les accords de paix. Aux États-Unis, le vice-président Mike Pence, évangéliste, est considéré comme un des principaux ennemis du mouvement féministe et LGBTI (Urbán, 2019).

L’utilisation de la dite « idéologie de genre » a donc un caractère politique marqué. L’extrême droite a besoin de créer et de désigner des ennemis pour gagner en cohésion et répondre aux problèmes structurels par la désignation de groupes déterminés.

Le féminisme promeut l’égalité, et cela apparaît inacceptable pour le néo-machisme et le conservatisme le plus radical. La lutte des femmes devient un ennemi, tout comme le sont les migrants, vis-à-vis desquels l’axe central du discours est sécuritaire, avec une instrumentalisation du discours féministe par de nombreuses formations à l’extrême droite.

Nous n’avons que trop d’exemples de ce phénomène. Comme celui des Sverigedemokraterna (Démocrates suédois, SD), troisième force avec 17,6 % des votes en 2018, qui formulent un discours autour de la fierté du modèle scandinave/nordique, mais aussi de l’équité de genre, et présentent la migration comme un danger pour la nation.

Ebba Hermansson, 22 ans, plus jeune député du Parlement suédois, porte-parole pour l’égalité de genre de ce parti, déclare qu’une de ses préoccupations majeures est de « sauver les femmes des violences sexuelles. Si tu viens d’un pays où les femmes ne valent pas autant que les hommes, où les femmes n’ont pas le droit de vivre leur vie comme elles le désirent, il y a un choc quand tu arrives [en Suède] » (Chrisafis, Connolly, Giuffrida, 2019).

Des discours semblables sont tenus chez les Perussuomalaiset (Vrais Finlandais), deuxième force avec 17,5 % en 2019 ; chez le Dansk Folkeparti (Parti populaire danois, DF), avec 21,5 % et deuxième force en 2015 ; chez l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), avec 12,7 % en 2017, ou en Suisse chez l’Union démocratique du centre-Schwizerische Volkspartei (UDC-SVP), avec 29,4 % en 2018.

Ou encore dans l’UKIP (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, 1,8 % en 2017), mais on pourrait également citer Boris Johnson, quand il dit que « les femmes musulmanes qui portent des burqas ont l’air de boîtes aux lettres ». On peut encore mentionner la Ligue du Nord de Salvini, avec 17,4 % en 2018, ou le Front national en France, avec 21,3 % en 2017. La réponse de Le Pen devant la crise humanitaire en Méditerranée était : « J’ai peur que la crise migratoire signe le début de la fin des droits des femmes » (Chriafis, Connolly, Giuffrida, 2019).

Vox vient s’ajouter à cette liste, par exemple quand Abascal a déclaré au Congrès : « Quand un viol collectif répugnant est commis par des Espagnols, nous connaissons tous les détails des violeurs et on appelle à des manifestations. Mais pour des dizaines de délits similaires, quand les auteurs sont étrangers, tout change ».

Ou encore quand Vox devient le premier parti à refuser d’assister à une réception à l’ambassade de Téhéran, argumentant ne pas pouvoir être présent à un évènement « qui exige un traitement différencié pour les femmes », puisque celles-ci ne pouvaient serrer la main aux représentants iraniens.

Il s’agit de se rappeler aussi que dans l’État espagnol le premier parti qui a recouru au purplewashing a été la Plataforma per Catalunya (PxC), qui s’est dissoute en février 2019 en recommandant à ses membres d’intégrer Vox), parvenant à ce que de nombreuses municipalités de différentes couleurs politiques soutiennent leur proposition d’interdiction de la burqa au niveau local (Urbán, 2019).

• L’identité masculine attaquée.

Joan Sanfélix, sociologue spécialiste des masculinités, introduit de plus un facteur matériel intéressant : « Les fissures de l’identité masculine traditionnelle sont dues à la grande avancée des femmes, qui sont allées occuper l’espace public et défaire les structures familiales classi-ques. De plus, la crise économique a mis à mal l’idéal de carrières aux trajectoires stables et longues, un élément de base dans la construction de l’identité de genre masculine, lié à son rôle économique de soutien de la famille » (Sen, 2019).

À cette analyse s’ajoute l’insécurité provoquée par la précarité du travail et des parcours de vie générée par les politiques néolibérales, bien que cela ne doive pas camoufler le fait que la position antiféministe est provoquée par le refus des hommes de modifier la position privilégiée dans laquelle ils se trouvent.

Face à ces insécurités, l’extrême droite dénonce des coupables : les migrants, les pauvres et le mouvement féministe lui-même. Ainsi, l’antiféminisme recueille une partie des insécurités et mal-être sociaux et économiques d’un certain type d’hommes qui pensent que la mise en doute de la masculinité classique est à l’origine de leurs problèmes. Un mal-être transversal, qui ne peut pas seulement se circonscrire à une génération déterminée.

• Le corps des femmes comme champ de bataille.

Pour l’antiféminisme, la question de l’avortement et du contrôle du corps des femmes est un thème récurrent. La liberté sexuelle et reproductive des femmes est même considérée comme une menace pour la civilisation.

Les femmes ne veulent pas avoir d’enfants, ne veulent pas rester à la maison pour s’occuper du foyer. Le rôle essentiel de la femme est de donner la vie et de garantir la continuité de la patrie, et elles refusent ce rôle.

Dans une Europe en déclin démographique, c’est une question décisive, plus encore dans une logique de supposée invasion migratoire musulmane. Des théories conspirationnistes comme celle que propose Renaud Camus dans le Grand Remplacement, selon laquelle la population blanche chrétienne européenne en général – personnifiée par les Français – est en train d’être systématiquement remplacée par des peuples non européens, alimentent cette logique du contrôle du corps des femmes, de leur rôle dans la société et de comment les femmes européennes doivent vivre leur sexualité.

Le discours du purplewashing donne aussi à voir une volonté de contrôler le corps des femmes, dans ce cas des migrantes. Au nom d’une soi-disant libération des femmes qui « sont stéréo-typées comme victimes, comme des personnes sans capacité de libre arbitre » (Pérez, 2019), on les empêche de porter le voile, on leur dit comment elles peuvent ou non s’habiller dans l’espace public. Les « guerres du voile » sont en train de transformer le corps des femmes en champ de bataille.

• Le paternalisme émergeant.

Les positions antiféministes réactualisées, qui ont repris une partie du discours féministe, affirment aujourd’hui que l’égalité est réalisée et que le problème est de vouloir aller plus loin, parce que cela supposerait un déséquilibre de la balance en faveur des femmes. Ou encore qu’en Europe les femmes ne sont pas opprimées et que le problème se trouve dans d’autres régions du globe. Une lecture qui utilise toujours une vision paternaliste pour dire que le chemin parcouru jusqu’aujourd’hui est validé, mais qu’il est interdit d’aller au-delà.

Dans la même veine,  alors que le féminisme propose l’émancipation, l’extrême droite parle de libération, maintenant ainsi le schéma de l’homme (blanc, occidental et chrétien si possible) qui libère les femmes, opprimées à travers le monde et dans la société. Au passage, ils en profitent pour affirmer la supériorité de la civilisation occidentale et des valeurs libérales, en se servant paradoxalement pour cela de la formule très patriarcale « nous défendons nos femmes ». Émerge ainsi un paternalisme raciste et colonialiste.

• Une réponse anti-establishment ?

Les partis d’extrême droite ont construit une image et un discours fondés sur la provocation, en rompant avec le politiquement correct, en se présentant comme ceux qui disent ce que personne ne se risque à dire, quand bien même cela implique la délégitimation des prémisses démocratiques fondamentales, comme l’égalité, l’inclusion, les droits humains, la protection des minorités, la lutte contre la discrimination, mais aussi la science.

En guise de conclusion

L’extrême droite a trouvé un filon électoral avec l’antiféminisme parce qu’il joue un rôle important d’agrégateur d’identités. Avec l’antiféminisme, ils réussissent à polariser le débat politique par l’intégration de larges couches sociales mécontentes du système, en leur octroyant un sentiment d’appartenance, un rôle sexuel et de genre défini, que le néolibéralisme leur vole. (Résumé)

* Judith Carreras, militante féministe, préside la Fundación Viento Sur. Elle a publié (avec Carlos Sevilla et Miguel Urbán) Eurouniversidad, Mito y realidad del proceso de Bolonia, Icaria editorial, Barcelona 2006. Cet article a été d’abord publié par la revue espagnole Viento Sur n° 166

https://vientosur.info/ Traduit de l’espagnol par Louise Poulain.

http://www.inprecor.fr/

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10 mars 2020 ~ 0 Commentaire

haine des femmes (garance inprecor)

voilee

Trump aux Etats-Unis, Bolsonaro au Brésil et Duterte aux Philippines ne sont que la pointe infâme l’iceberg brun.

L’anti-féminisme virulent gagne du terrain notamment grâce aux financements américains de groupements européens d’ultra-droite.

En Europe, les exemples de la haine des femmes et des féministes que porte l’extrême-droite sont nombreux :

  • En Pologne, le Congrès de la nouvelle droite est mené par Janusz Korwin-Mikke qui voudrait abolir le droit de vote des femmes car celles-ci seraient moins intéressées par la politique que les hommes.
  • En Hongrie, Fidesz, le parti de Viktor Orban, mène une politique nataliste qui vise à renvoyer les femmes au foyer : faire des bébés hongrois, ce serait empêcher la migration. C’est pourquoi, la constitution protège depuis 2013 le mariage hétérosexuel et la famille traditionnelle, ainsi que le foetus à partir de la conception. Si l’avortement n’est pas encore interdit, la pression monte, avec le financement public de campagnes et d’organisations anti-choix et la récente proposition de mesures natalistes qui favorisent fiscalement et financièrement les familles jeunes et nombreuses.
  • En Espagne, VOX s’oppose au droit à l’avortement, aux quotas électoraux et au mariage de couples du même genre. Les mobilisations de masse féministes (5 millions de manifes-tantes pour la grève des femmes !) des dernières années mettent à mal la vision ultra-catholique de ce parti sur les relations de genre, et par conséquent, les élu.e.s tentent de déconstruire les avancées légales et sociales. Le parti s’attaque notamment aux mesures de lutte contre les violences conjugales et aux subventions d’associations féministes qui aident les femmes victimes de violence. Et évidemment, le féminisme est, pour VOX, une « dictature intellectuelle » de la gauche qui veut imposer partout son « idéologie du genre ».
  • Aux Pays-bas, Thierry Baudet du Forum voor Democratie défend une masculinité tradition-nelle et toxique : « Nous perdons notre masculinité, nous tendons vers le consensus, une valeur féminine. Nous avons peur ». Pour lui, l’émancipation des femmes est la raison pour laquelle la natalité en occident diminue (et grâce à la thèse du grand remplacement, il devient donc logique d’être raciste et sexiste à la fois).
  • En Suède, un scandal a éclaté chez les Sverigedemokraten (le seul grand parti suédois qui ne se dit pas féministe), juste avant les élections, autour de l’accusation du candidat en tête de liste Peter Lundgren pour harcèlement sexuel. La députée européenne des SD, Kristina Winberg, avait dénoncé dans les médias les attouchements de Lundgren sur une autre femme. Ce que Lundgren a confirmé et tenté de justifier par son état d’ébriété au moment des faits. Comme si ce n’était pas en soi suffisant pour démontrer le caractère sexiste du SD, le parti a rayé Winberg de la liste électorale pour avoir « conspiré à dénigrer un collègue de parti à l’aide des médias » et a publié une vidéo où la victime, une membre du parti, explique qu’il est malheureux que la fête où les attouchements ont eu lieu soit « devenue si stupide ».
  • Au Royaume-Uni, deux youtubeurs masculinistes étaient candidats pour UKIP. Les deux diffusent depuis longtemps de la misogynie pure sur la toile. Par exemple, ils défendent l’idée que les inégalités entre les femmes et les hommes n’existent pas, que les livres préférés des femmes mettent en scène des fantasmes de viol ou que l’on peut battre sa femme quand on a un mauvais jour. L’un d’eux, Carl Benjamin, a gagné en notoriété quand il a tweeté qu’il ne pourrait pas violer une élue travailliste, car elle ne serait pas assez attractive. L’autre, Mark Meechan, a été arrêté pour avoir enseigné le salut hitlérien au chien de sa copine. UKIP défend ce genre de remarques comme satire.
  • Lire aussi:

Nouvelles droites et antiféminisme

  • En Espagne, il existe une longue liste de sites et de blogs comme Stop Feminazis, groupe facebook sur la garde partagée ou contre les soi-disant dénonciations calomnieuses, et des médias, avec un argot propre – féminazie, féministe suprémaciste, idéologie de genre – qui promeut le sexisme, la misogynie, l’antiféminisme et l’« anti-genre ». Tout ce jargon – le glossaire de la manosphère – semble sortir d’une caricature réactionnaire de guerre de communication, mais contribue en réalité à articuler un discours antiféministe qui alimente les positions, organisations et partis de l’ultra-droite. Quand bien même il n’existe pas nécessairement de liens organiques, ce mouvement sur la toile a bien souvent rencontré référents et porte-parole dans les partis d’extrême droite.C’est le cas du parti espagnol Vox, qui a fait de ces thèmes des éléments centraux de son discours. L’utilisation des concepts de violence intrafamiliale et d’idéologie de genre, son refus de participer aux minutes de silence lorsqu’un meurtre machiste est commis, la remise en question, une fois de plus, de la loi sur l’avortement, ses demandes à accéder aux noms des femmes qui travaillent sur les violences de genre en Andalousie, et le discours répressif à propos des organisations féministes radicales, sont venus remettre sur la table des questions supposément déjà tranchées ou qui ne se posaient pas, et ont forcé d’autres partis, comme le Parti populaire (PP) et Ciudadanos (Cs), à réviser leurs positions.
  • Cependant, il semble que toutes les droites radicales n’ont pas les mêmes relations avec le féminisme et l’antiféminisme. Par exemple, ni Salvini ni Le Pen ne s’aventurent sur des sujets comme celui de l’avortement, alors que Vox et le PiS (la droite polonaise) ne s’en privent pas.
  • Nous observons également des inflexions dans le temps au sein d’un parti, comme c’est le cas pour le Front national-Rassemblement national, qui, avec Marine Le Pen, a voulu s’adresser davantage aux femmes et aux personnes homosexuelles, se différenciant ainsi des positions tenues par son père.
  • Des partis comme l’Alternative für Deutschland (AfD) en Allemagne ont promu des groupes de femmes (Frauen in der Alternativ) pour accroître la présence des femmes dans la structure du parti et au niveau électoral. Quelques membres de l’AfD sont allés plus loin encore en luttant pour les droits des femmes à travers l’utilisation du discours du mouvement MeToo.

S’agissant du féminisme, les partis d’extrême droite semblent tenir deux positions apparemment contradictoires mais qui, dans de nombreux cas, sont exprimées simultanément – en particulier en ce qui concerne l’extrême droite européenne. Nous définirons la première comme nettement antiféministe, « anti-genre », sexiste et misogyne, et incarnée par des figures comme celles de Jair Bolsonaro, condamné à indemniser une députée pour lui avoir dit qu’il ne la violerait pas « parce qu’elle ne le méritait pas », et qui a nommé Damares Alves ministre de la Femme, de la famille et des droits de l’homme, qui a déclaré que les féministes n’aiment pas les hommes « parce qu’elles sont moches » et « parce qu’aucun homme n’a voulu les épouser ».

La seconde position se caractérise par l’utilisation du féminisme pour défendre des mesures et des politiques xénophobes et racistes, sous prétexte qu’elles sont nécessaires à la libération des femmes. Nous pourrions appeler cette logique purplewashing (de l’anglais purple, violet, et whitewash, blanchir ou couvrir), pour utiliser un terme déjà répandu et inventé par la féministe Brigitte Vasallo, ou fémonationalisme (contraction de féminisme et nationalisme), concept plus récent de Sara R. Farris.

À titre d’exemple, Nicole Höchst, membre de l’AfD, affirmait à l’automne 2018 dans un entretien à Der Spiegel être préoccupée par l’avenir de l’Allemagne et par le fait de protéger les femmes des islamistes radicaux et des migrants. Elle ajoutait : « Je crois que nous sommes le seul parti en Allemagne qui lutte réellement pour les droits des femmes, parce que nous signalons le danger qui nous menace de perdre les libertés et les droits des femmes pour lesquelles nous avons lutté pendant des siècles » (Bonhomme, 2019).

Le purplewashing et le fémonationalisme sont devenus des procédés utilisés par la majorité, pour ne pas dire la totalité, des partis d’extrême droite en Europe. L’originalité, c’est que l’extrême droite n’est pas la seule à recourir à ces concepts, sur lesquels surfent également la droite conservatrice et le social-libéralisme.

La proposition de la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’inscrit dans cette logique en plaçant « la protection de notre style de vie européen » dans les six axes programmatiques de son prochain mandat. On pourrait penser, de façon naïve ou ingénue, qu’elle fait ici référence à la volonté d’inverser les effets de l’austérité, de renforcer le pilier social européen et de préserver les droits sociaux et économiques, mais le fait est que son discours est accompagné de l’idée de frontières extérieures fortes comme un élément de la politique intérieure :

« Nous avons besoin de frontières extérieures fortes. Un élément fondamental de cette ambition est le renforcement de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) », et d’un discours sécuritaire, toujours concernant la politique intérieure : « Toute personne qui se trouve dans l’Union a le droit de se sentir en sécurité dans la rue et dans son propre foyer. Quand il s’agit de protéger nos citoyens, on ne peut se passer d’aucun moyen. Nous devons améliorer notre coopération transfrontalière pour répondre aux lacunes de la lutte contre la criminalité et le terrorisme en Europe » (Gil, 2019).

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09 mars 2020 ~ 0 Commentaire

labour (inprecor)

corbyn

Pour préserver sa base ouvrière, le Labour doit-il glisser vers la droite ?

Un consensus se dégage au sein de la droite travailliste et de ses alliés dans les médias :

Les travaillistes doivent s’adresser à nouveau à leurs bastions « traditionnels » du centre du pays. Mais cela soulève un certain nombre de questions cruciales auxquelles il faut répondre avant que nous puissions donner un sens à l’argument selon lequel la classe ouvrière a abandonné le Parti travailliste :

Qu’est-ce que la classe ouvrière aujourd’hui, et où le Labour trouve-t-il ses racines naturelles ?

• Quels secteurs des électeurs de la classe ouvrière ont abandonné le Labour pour les Tories ?

• Quel rôle le nationalisme et le racisme ont-ils joué dans la victoire du référendum sur le retrait de l’Union européenne et dans le succès électoral des conservateurs en 2019 ?

• La classe ouvrière est-elle socialement conservatrice, ou y a-t-il certaines de ses composantes qui sont favorables aux vues conservatrices sur l’immigration et le nationalisme ?

• Et quelles conclusions les militants travaillistes devraient-ils tirer en ce qui concerne l’orientation politique du parti ?

C’est quoi aujourd’hui la classe ouvrière ?

Les arguments simplistes selon lesquels « la classe ouvrière a abandonné le Labour Party » impliquent nécessairement des définitions archaïques de la classe ouvrière – des stéréotypes qui envisagent une classe principalement impliquée dans le travail manuel, principalement blanche et principalement sous contrat à durée indéterminée.

Mais la classe ouvrière n’est plus comme ça depuis 40 ans. La réalité, comme l’explique Claire Ainsley, est très différente :

« Les emplois dans l’industrie lourde, qui ont constitué le socle de la classe ouvrière britannique pendant un siècle, ont fait place à une multitude d’emplois dans l’économie actuelle. Quatre emplois sur cinq sont aujourd’hui dans le secteur des services.

Beaucoup de ces emplois ne sont pas suffisamment rémunérés pour permettre aux gens d’avoir un niveau de vie décent et de faire face à l’augmentation des prix. Et les personnes employées pour les exercer sont également différentes.

« Cette nouvelle classe ouvrière est composée de personnes vivant avec des revenus faibles à moyens, employées dans le nettoyage, le commerce, les bars, assistants d’enseignement, cuisiniers, aides-soignants etc.

Elle est multi-ethnique et beaucoup plus diversifiée que la classe ouvrière traditionnelle. Cette nouvelle classe ouvrière représente près de la moitié de la population. Malgré les progrès sociaux et économiques importants réalisés au cours des 40 dernières années, il s’avère que nous ne sommes pas tous devenus des membres des classes moyennes.

En fait, comme les salaires et le niveau de vie sont toujours bloqués, il est tout à fait possible que cette nouvelle classe ouvrière deviendra encore plus nombreuse. » (6)

Comme on le sait, le déclin de l’industrie manufacturière a rendu les choses beaucoup plus difficiles pour les syndicats. Des défaites historiques comme la grève des mineurs des années 1980 se sont combinées aux énormes changements économiques, ce qui a miné le syndicalisme de masse.

Les traditions de solidarité de la classe ouvrière ont sans doute été affaiblies, mais les jeunes de la « nouvelle » classe ouvrière, concentrée surtout dans les grandes villes, sont beaucoup plus susceptibles d’avoir des attitudes sociales progressistes sur le multiculturalisme et sur les questions de genre et de sexualité – reflétant la diversité des âges, des sexes et des origines.

Ils sont probablement beaucoup plus susceptibles d’être sceptiques à l’égard du nationalisme et de son proche cousin le « patriotisme ». Et beaucoup plus susceptibles de s’opposer au militarisme et à la guerre.

« Des quartiers comme Hackney, Tower Hamlets et Islington [districts du Grand Londres], qui sont également des “bastions du labour”, ont des taux de pauvreté des enfants parmi les plus élevés du pays. Si des localités où 50 % des enfants vivent dans la pauvreté ne sont pas considérées comme délaissées, défavorisées, alors qui pourrait l’être ? » (8) La plupart des quartiers urbains défavorisés, où la « nouvelle » classe ouvrière est particulièrement nombreuse, n’ont pas abandonné le Labour lors des élections de 2019.

Quels secteurs de la classe ouvrière ont abandonné le Labour, et pourquoi ?

Il est évident que les électeurs qui sont passés du Labour aux Tories en décembre 2019 étaient principalement des personnes âgées, blanches pour la plupart, et concentrées dans les villes « délaissées » du Nord et des Midlands – et, bien sûr, beaucoup de ces endroits ont voté massivement pour le Brexit en 2016.

Comme les jeunes quittent souvent ces villes, ceux qui ont plus de 65 ans y sont plus nombreux que les 18-25 ans. Le Royaume-Uni ne compte que 5,5 millions de jeunes de 18 à 24 ans, et moins de la moitié d’entre eux ont voté. En revanche, il y a 11,8 millions de personnes de plus de 65 ans et 74 % d’entre elles ont voté. La victoire des conservateurs a été portée par les retraités.

Seulement 17 % des plus de 65 ans ont voté pour le Parti Travailliste, et ce dans la tranche d’âge la plus dépendante du Système national de santé (NHS), dont la défense était au centre de la campagne du Parti Travailliste.

De nombreux sondeurs citent des gens disant que l’hostilité envers Jeremy Corbyn était plus importante que le Brexit dans leur décision de voter conservateur. Mais le résultat est le suivant : une partie des travailleurs blancs âgés des villes « délaissées » ont été convaincus par le barrage réactionnaire contre Corbyn : son prétendument excessif souci des étrangers, son manque de « patriotisme », sa « sympathie pour les terroristes », son refus d’appuyer sur le bouton nucléaire etc. et tout cela ferait partie des prétendues préoccupations des étudiants et des Londoniens.

En fait, les divisions nord-sud ou manuel-col blanc dans la classe ouvrière ne se sont pas précisément alignées sur le vote conservateur. Les trois villes les plus ouvrières de Grande-Bretagne – Liverpool, Londres et Glasgow – ont voté massivement contre les conservateurs. À Glasgow, ce vote est allé principalement au Parti National Ecossais (SNP), en raison de l’incapacité néandertalienne des travaillistes d’évoluer sur la question nationale écossaise.

Les militants de gauche favorables à la sortie de l’Union européenne – les « lexiters » – affirment que le vote pour le Brexit a représenté la colère des gens contre « l’élite » qui les ignore alors qu’ils sont enlisés dans la pauvreté depuis des décennies, et leur désir de riposter à l’establish-ment (9). Tout cela est probablement vrai, mais cela n’explique pas pourquoi leur rébellion a pris la forme d’un vote pour le Brexit et pour le parti conservateur ni pourquoi ils ont été convaincus par la tonalité très réactionnaire de la campagne médiatique anti-Corbyn.

L’explication c’est que la tradition de solidarité de la classe ouvrière est en déclin dans de nombreuses zones « délaissées » depuis des décennies, que les 13 années de gouvernement du New Labour n’ont rien fait pour répondre aux préoccupations fondamentales, et que des puits profonds de racisme et de xénophobie existaient déjà dans la classe moyenne britannique et dans certaines parties de la classe ouvrière.

La campagne éclair réactionnaire du référendum de 2016 et des élections générales de 2019 ont pu se nourrir de tout cela. Ce potentiel-là était déjà apparent en 2009, lorsque UKIP a remporté 17 % des suffrages aux élections européennes (10). Ces faits évidents se heurtent à la résistance de nombreux militants du « lexit », qui n’imaginent pas qu’on puisse aligner dans la même phrase les termes « racisme » et « classe ouvrière ».

Au cours de la dernière décennie, de nombreux militants de gauche ont surestimé l’acceptation du multiculturalisme et ont prédit un irréversible déclin du racisme. En 2013, le journaliste indé-pendant Sunny Hundal écrivait dans le Guardian : « C’est officiel : 45 ans après le discours d’Enoch Powell sur les “rivières de sang”, les alarmistes ont perdu la guerre, tandis que ceux qui pensent que la Grande-Bretagne est plus forte grâce à son identité multiraciale et multiculturelle ont gagné.

Hundal avait noté des tendances bien précises, en particulier chez les jeunes, mais il avait surestimé à quel point cette acceptation du multiculturalisme était établie. Et notons que, même selon ces chiffres, 30 % des personnes interrogées – presque toutes blanches, je suppose – ne pensaient pas que le multiculturalisme était une évolution positive.

La droite et la presse de droite n’ont pas abandonné. En prenant appui sur la minorité raciste, ils ont riposté. Les 30 % de Britanniques interrogées par Ashcroft, qui n’appréciaient pas le multiculturalisme, correspondent à environ 40 % de blancs. Une bonne base pour amorcer la réaction nationaliste qui a remporté le référendum de 2016 pour le Brexit.

La classe ouvrière est-elle « socialement conservatrice » ?

En réponse aux résultats des élections, un large spectre à l’intérieur et à l’extérieur du Labour Party avance que le parti doit maintenant aller vers la droite pour prendre en compte les « préoccupations » de ses électeurs perdus. Cela signifie qu’il faut souligner le « patriotisme » des travaillistes et reconnaître que la base traditionnelle des travaillistes est en grande partie « socialement conservatrice ».

Dans la complexité du monde réel, il est tout à fait possible, par exemple, d’avoir des vues progressistes sur les rôles des hommes et des femmes, tout en étant réactionnaire sur les questions de multiculturalisme et d’immigration.

Lorsque les commentateurs plaident pour que le Labour se repositionne politiquement afin de reconquérir ses prétendus bastions traditionnels, ils veulent dire qu’il faut avancer sur les questions d’immigration et de multiculturalisme. Ils veulent dire qu’il faut suivre les Tories à droite. Au sein du parti travailliste, cela prend souvent la forme d’un plaidoyer en faveur du « patriotisme ».

L’ancien président français Charles de Gaulle aurait dit un jour que le patriotisme, c’est quand son propre pays passe en premier, alors que le nationalisme, c’est quand on déteste tous les autres (13). Même selon cette définition, le patriotisme et le nationalisme ne s’excluent pas mutuellement. Mais dans tous les cas, l’implication est que, si votre propre peuple passe en premier, alors au moins vous discriminez tous les autres. Nombreux sont ceux qui nient être racistes, mais pensent qu’il est injuste que les immigrants récents soient « devant eux » dans la file d’attente pour la chirurgie.

Mais comme le souligne Andy Stowe : « Les opinions hostiles aux migrants sont la marque du racisme dans toute l’Europe. Elles s’expriment désormais toujours en termes de pénurie de logements, de places dans les hôpitaux, etc. Céder à cette façon de penser est l’une des conséquences de l’incompréhension de la raison d’être des partis politiques. Oui, ils existent pour gagner des élections, mais ils existent aussi pour changer la façon dont les gens pensent les choses.

« Un Parti Travailliste qui ne s’attaque pas frontalement à ces idées racistes sera celui qui s’y laissera entraîner. Long-Bailey (14), ou tout futur leader, qui essaie de s’envelopper dans le drapeau du Royaume-Uni sera toujours en train de courir derrière les Tories quand il s’agit de nationalisme chauvin. C’est un jeu auquel les socialistes ne doivent pas jouer, non seulement parce qu’il ne peut pas être gagné, mais aussi parce qu’il est fondamentalement anti-ouvrier. » (15)

S’adapter ou se battre ?

Les élections de décembre 2019 ont montré que la classe ouvrière était divisée sur les questions clés du nationalisme, de l’immigration et de la xénophobie (actuellement réhabilitée comme étant le « patriotisme »). Les militants pour le socialisme doivent se baser sur les secteurs les plus avancés de la classe ouvrière et construire à partir de là. S’incliner devant la partie de la classe ouvrière qui a été séduite par la caricature de Corbyn et des socialistes comme étant une « élite libérale » ne nous mènera nulle part. Contre les notions réactionnaires de patriotisme, il faut mener un combat politique. Sinon, on finit par céder toujours plus de terrain.

La position du Labour sur le Brexit a été déformée car elle tentait de concilier des positions incompatibles. Il a essayé d’unir la classe ouvrière autour de positions incompatibles. En adoptant le « patriotisme progressiste », Rebecca Long-Bailey donne un mauvais signal indiquant qu’une attitude fondamentalement bureaucratique est toujours répandue dans les couches supérieures du corbynisme.

Des signes très inquiétants laissent penser qu’une grande partie de la gauche travailliste ne comprend pas vraiment ce que la droite du parti est en train de préparer. Cette droite du Labour veut une contre-révolution de haut en bas au sein du parti travailliste.

Elle veut chasser – bureaucratiquement ou par la démoralisation – des centaines de milliers de militants de gauche. L’offensive de droite ne peut être contrée que par la lutte, et non par la capitulation et les compromis. (Résumé voir lien)

Londres, le 4 janvier 2020 Phil Hearse*

* Phil Hearse écrit dans Mutiny et dans Socialist Resistance, le journal et website de la section britannique de la Quatrième Internationale.

http://www.inprecor.fr/

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06 mars 2020 ~ 0 Commentaire

frantz fanon (lcr)

morlaix

Frantz Fanon : hier, aujourd’hui

En présence du réalisateur, Hassane Mezzine

Ti an Oll Plourin-les-Morlaix dimanche 15 mars 15h

« Le film d’Hassane Mezzine présenté à Ti an Oll ce dimanche 15 mars à 15h parle de décolonisation et de liberté de tous les Hommes. Ça parle aussi des luttes en Côte d’Ivoire, en Palestine, en Algérie, mais aussi en France dans les quartiers populaires.  » (Ronan Pérot)

Ti an Oll propose dans le cadre du Festival de Lutte contre les Discriminations « L’autre c’est toi, c’est moi » un ciné – discussion le dimanche 15 mars.

Ce film présente qui était Frantz Fanon, le « guerrier-silex » selon la belle formule d’Aimé Césaire, cet engagé pour la « libération de tous les Hommes ».

La vie de l’auteur de Peau noire, masques blancs et des Damnés de la terre a été courte : né à Fort-de-France en 1925, le psychiatre, intellectuel et militant, est décédé en 1961.

Elle n’en aura pas moins été intense. Engagé dans l’armée française pour libérer la France du nazisme, Fanon y découvre racisme, discrimination et mépris. « Je me suis trompé », écrira-t-il à ses parents, lettre de désillusion, poignante, et qui semble marquer une rupture. Il prend la direction d’un hôpital psychiatrique à Blida (Algérie), puis s’engage pour l’indépendance de l’Algérie. Il y sera inhumé à sa demande.

Pour Hassane Mezzine, la vision de Fanon est « humaniste, inclusive : Fanon parle d’amour. Il propose sur cette base de recommencer sur des bases renouvelées et assainies une humanité nouvelle ».

Le film donne la parole à des femmes et des hommes qui ont connu et partagé avec Frantz Fanon des moments privilégiés au cours de la lutte mais aussi dans l’intimité familiale et amicale.

Puis le réalisateur s’attache à explorer le monde d’aujourd’hui pour trouver quel est l’héritage actuel de Fanon, dans les luttes en Côte d’Ivoire, Palestine, France, Algérie…. Car s’il est mort en décembre 1961, sa pensée irrigue de nombreux terrains de lutte à travers la planète. Et comme ces paroles sont galvanisantes !

Dimanche 15 Mars / à 15h / à Ti an Oll, Plourin-lès-Morlaix

http://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr/

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06 mars 2020 ~ 0 Commentaire

marielle (bastamag)

mariellefranco

Féminicide politique

Les étranges liens du clan Bolsonaro avec le meurtre de Marielle Franco

Son visage et son nom sont devenus symboles de lutte au Brésil. Sociologue et femme politique, issue d’une favela, noire et lesbienne, Marielle Franco a été assassinée il y a deux ans, le 14 mars 2018. Les enquêteurs recherchent encore les commanditaires du meurtre. L’une des pistes s’arrête à l’entrée de la résidence où habitent le président Jair Bolsonaro et ses fils.

Dimanche 16 février 2020. Stade du Maracaña, à Rio de Janeiro. L’équipe de Flamengo, championne en titre du Brésil et d’Amérique du Sud, dispute un match de football. Le Président Bolsonaro et quelques-uns de ses ministres sont présents. Le dirigeant d’extrême-droite est affublé du maillot de sa récente équipe de cœur. Cet événement qu’il voulait triomphal vire alors au couac de communication quand montent des tribunes populaires huées et sifflements d’une partie de la foule, scandant « Fora Bolsonaro » (« Dehors Bolsonaro »).

Une large banderole est déployée : elle représente le visage de Marielle Franco avec la question : « Combien d’autres devront mourir pour que cette terre se réveille ? ». Pour certains des supporters mais aussi bon nombre de Brésiliens, la connivence des Bolsonaro père et fils avec les assassins de la députée de Rio ne fait aucun doute. Comment le président de la plus grande démocratie d’Amérique du Sud en est arrivé là ?

Un meurtre planifié pendant des mois

Le 14 mars 2018, c’était un soir d’automne brésilien comme un autre pour la conseillère municipale du Parti socialisme et liberté (PSOL, gauche), âgée de 38 ans. Après une réunion sur le féminisme noir, Marielle Franco reprend le chemin de son domicile vers 21h30, accompagnée d’Anderson Gomes, son chauffeur.

Dans la pénombre, plus d’une dizaine de coups de feu claquent en direction du véhicule aux vitres teintées. La jeune femme reçoit quatre balles de 9 millimètres dans la tête, et décède, tout comme son chauffeur, sur le coup. L’opération est aussi organisée que chirurgicale. Rien n’est dérobé : c’est clairement une exécution qui porte le sceau de professionnels du crime. Selon l’enquête, elle a été planifiée en détails pendant près de trois mois.

Pourquoi assassiner Marielle Franco ?

Outre son activisme en faveur des femmes, de la cause LGBT, des noirs et des habitants des favelas, Marielle Franco s’en prenait aussi régulièrement à la police de la ville, dont la violence a peu d’équivalent dans le monde.

La police de Rio de Janeiro a tué plus de 1 810 personnes en 2019, soit cinq morts chaque jour ! « Marielle Franco incarnait les combats des lesbiennes et gays, des pauvres et des favelas », nous résume Renata Souza, députée PSOL de l’État de Rio de Janeiro et ancienne collègue de Marielle.

« Cette femme se situait dans le profil des personnes “potentiellement susceptibles d’être assassinées” au Brésil. Dans notre pays, sept homicides sur du dix touchent de jeunes noirs issus des favelas », continue celle qui est originaire du même quartier que la victime : le Complexo da Maré, conglomérat de favelas au nord de la ville de Rio de Janeiro.

C’est au bout d’un an que l’enquête – toujours en cours – pointe enfin la responsabilité des milices dans le meurtre de Marielle Franco. Ces groupes paramilitaires illégaux, composés de policiers ou d’anciens policiers, sont les héritiers des escadrons de la mort datant de la dictature militaire. Ils sévissent particulièrement à Rio de Janeiro et sont connus pour leurs exactions criminelles. La famille Bolsonaro entretient des liens très particuliers avec certaines d’entre elles, à tel point qu’elle est surnommée par certains Brésiliens la « familice »… (Pour la suite voir lien)

Guy Pichard 6 mars 2020

https://www.bastamag.net/

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04 mars 2020 ~ 0 Commentaire

lesbos (npa)

refugies

Des humains monnaie d’échange

Pour amener les autres membres de l’OTAN à soutenir son offensive en Syrie, le président turc Erdogan a annoncé qu’il n’arrêterait plus les les réfugiés voulant passer de Turquie en Europe.

En 2016, l’Union européenne avait « dealé » avec la Turquie pour qu’elle ne laisse plus passer les réfugiéEs, notamment syriens, en échange de quelques milliards d’euros.

Les réfugiéEs qui se sont mis en mouvement ces derniers jours sont mus par l’espoir d’entrer en Grèce, que ce soit par voie terrestre, via la ville d’Edirne en Thrace orientale, ou maritime, depuis les côtes de la mer Egée vers les îles grecques. Au-delà, ils et elles voudraient poursuivre vers d’autres pays qui, tous, ont de fait fermé leurs frontières.

Des centaines de réfugiéEs bloquéEs par la police grecque s’entassent aujourd’hui à la frontière terrestre gréco-turque. D’autres essaient de passer par la Bulgarie.

Des affrontements avec la police ont fait des blessés sur les îles grecques de Lesbos et Chios : des habitantEs et des groupes d’extrême droite protestent contre la construction de nouveaux camps pour les migrantEs et s’attaquent à ces derniers.

Il est clair que sur certaines de ces îles, d’étendue réduite, un afflux massif de migrantEs, qui ne peuvent en repartir, crée une situation difficile à gérer si une véritable politique d’accueil n’est pas mise en œuvre.

L’inverse de ce que fait le gouvernement actuel de la Grèce, de droite avec des éléments d’extrême droite, qui distille un discours xénophobe qui gangrène les mentalités.

Non seulement la Turquie, mais tous les États européens, sont responsables de ces évènements, y compris ceux qui, comme le gouvernement français se donnent le beau rôle mais, en fait, se sont accommodé de voir les îles grecques transformées en prisons surpeuplées à ciel ouvert.

« Une fois de plus, des personnes en quête d’asile sont utilisées comme une monnaie d’échange dans un jeu politique meurtrier, conséquence prévisible de l’accord UE-Turquie », a déploré Massimo Moratti, directeur adjoint d’Amnesty International.

Les réfugiéEs, les êtres humains, devient effectivement une monnaie d’échange dans ce capitalisme pourrissant où chacune des puissances veille au grain de ses intérêts fluctuants, sans se préoccuper des conséquences sur les peuples.

Henri Wilno Mercredi 4 mars 2020

https://npa2009.org/

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02 mars 2020 ~ 0 Commentaire

ouïghours (pùblico mee)

ouighours

Des Ouïghours forcés de travailler dans des usines chinoises qui fournissent des marques comme Nike, Adidas et Apple

Au Xinjiang, la détention massive des Ouïghours, une minorité musulmane, était déjà connue. On sait maintenant qu’ils sont expédiés vers des usines d’autres régions de Chine qui fournissent 83 grandes marques internationales.

Au moins 80 000 personnes de la minorité ouïghoure ont été transférées de la région autonome chinoise du Xinjiang, directement des centres de «rééducation», vers des usines d’autres régions de Chine qui fournissent des produits pour diverses marques internationales, selon un rapport de l’Institut australien de Stratégies (ASPI), basé à Canberra.

Dans des conditions qui «suggèrent fortement le travail forcé», rapporte ASPI, ces Ouïghours travaillent dans des usines qui font partie des chaînes d’approvisionnement d’au moins 83 grandes marques dans les secteurs de la technologie, de l’habillement et de l’automobile, y compris des marques comme Apple, BMW, Gap, Huawei, Nike, Samsung, Sony et Volkswagen.

À l’aide de documents publics, d’images satellites, de recherches universitaires et de sources d’information, le groupe de réflexion australien a identifié 27 usines dans neuf provinces chinoises avec des Ouïghours et d’autres travailleurs issus de minorités ethniques qui ont été transférés du Xinjiang entre 2017 et 2019, par le gouvernement. , grâce à un programme de transfert de main-d’œuvre financé par l’État, appelé «aide du Xinjiang».

Il semblerait que les autorités locales et les intermédiaires privés soient « payés par tête » par le gouvernement du Xinjiang pour organiser les transferts, que l’ASPI décrit comme « une nouvelle phase de la répression en cours en Chine » contre les Ouïghours, une minorité musulmane.

Le rapport Ouïghours à vendre décrit les travailleurs de cette minorité vivant dans des dortoirs séparés, suivant des cours de mandarin et une formation idéologique en dehors des heures de travail et sous surveillance constante. Selon les documents officiels analysés par l’ASPI, certains travailleurs se voient attribuer des conseillers. Loin de chez eux, il leur est également interdit de se conformer à leurs pratiques religieuses, comme le jeûne du Ramadan.

L’estimation de 80 000 Ouïghours déplacés est un minima, note l’ASPI, qui estime que le nombre réel de Ouïghours transférés pourrait être beaucoup plus élevé. « Notre rapport indique très clairement que l’expropriation des Ouïghours et d’autres minorités ethniques au Xinjiang est également très forte en termes d’exploitation économique », a déclaré à la BBC Nathan Ruser, co-auteur du rapport. «Nous avons identifié cette main oeuvre invisible et jusqu’ici cachée dans la chaîne d’approvisionnement mondiale.»

L’un des cas mentionnés dans le rapport ouïghours à vendre est celui de Qingdao Taekwang Shoes, une usine de l’est de la Chine qui produit des chaussures pour Nike. Là, ils ont principalement identifié des femmes ouïghoures, des comtés de Hotan et Kashgar (dans le sud du Xinjiang), qui ont été forcées de suivre des cours du soir dont le contenu était similaire à celui des camps de rééducation.

La Chine a été la cible de condamnations internationales en raison du réseau de «camps de rééducation» extrajudiciaires dans le Xinjiang. Au cours des dernières années, environ un million d’Ouïghours ont été emmenés dans ces camps de détention pour être punis et «endoctrinés». Les autorités disent qu’elles combattent le terrorisme et l’extrémisme religieux.

Le rapport ASPI rapporté par le journal britannique The Guardian, intervient quelques mois seulement après l’annonce de la libération de personnes détenues dans ces « camps de rééducation » car « formées ». Le document du groupe de réflexion décrit cela comme une nouvelle étape dans la «rééducation» des Ouïghours et d’autres minorités ethniques par les autorités chinoises.

2 mars 2020

https://www.publico.pt/

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