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30 juin 2019 ~ 0 Commentaire

bougnoule (en point de mire)

bananes

Le Bougnoule, sa signification étymologique, son évolution sémantique, sa portée symbolique

Le contexte historique

A l’assaut des tranchées adverses, ployant sous un déluge d’obus, suffoquant sous l’effet des gaz mortels sur les champs de bataille brumeux et venteux du Nord-est de la France, sous la glaciation hivernale des nuits noires de novembre, à des milliers de kilomètres de leur tropique natal, les grandes rasades d’alcool galvanisaient leurs ardeurs combatives à défaut d’exalter leur patriotisme.

En ces temps là, «la chair à canon» carburait à la gnôle.

Par un subterfuge dont la raison détient seule le secret, qui n’en révèle pas moins les présupposés d’un peuple, les ressorts psychologiques d’une nation et la complexion mentale de ses dirigeants, la revendication ultime préludant au sacrifice suprême  «Aboul Gnoul», apporte l’alcool, finira par constituer, par un dévoiement de la pensée, la marque d’une stigmatisation absolue de ceux qui auront massivement contribué, à deux reprises, au péril de leur vie, à vaincre, paradoxalement, les oppresseurs de leurs propres oppresseurs.

«Bougnoule» tire son origine de l’expression argotique de cette supplique ante mortem.

Elle finira par confondre dans la même infamie tous les métèques de l’Empire, piétaille de la République, promus au rang de défenseurs occasionnels de la Patrie, défenseurs essentiels d’une patrie qui s’est toujours voulue distincte dans le concert des nations, qui se distinguera souvent d’une façon lumineuse (1), d’une façon hideuse parfois, traînant tel un boulet, Vichy, l’Algérie, la collaboration, la délation, la déportation et la torture, les pages honteuses de son histoire, peinant des décennies durant à expurger son passé, et, pour avoir tardé à purger son passif, en paiera le prix en termes de magistère moral.

Curieux rapport que celui qui lie la France à sa mémoire, étrange rapport que celui qui lie ce pays à lui-même, à la fois «Patrie des lumières et des Droits de l’Homme» et patrie du «Code Noir» de l’esclavage, le code de l’abomination, de la traite de l’Ebène et du mépris de l’Indigène.

Etrangement curieux le rapport qui lie ce pays à ses alliés de la période coloniale, les peuples colonisés d’Outre-mer. Par deux fois en un même siècle, phénomène rarissime dans l’histoire, ces soldats de l’avant, les avant-gardes de la mort et de la victoire, goumiers Algériens, spahis Marocains, tirailleurs Tunisiens, Sénégalais et Soudano nigériens, auront été embrigadés dans des conflits qui leur étaient, totalement étrangers.

Avant d’être rejetés, dans une sorte de catharsis, dans les ténèbres de l’infériorité, renvoyés à leur condition subalterne, sérieusement réprimés aussitôt leur devoir accompli, comme ce fut le cas d’une manière répétitive pour ne pas être un hasard, à Sétif (Algérie), en 1945, cruellement le jour de la victoire alliée de la seconde Guerre Mondiale, au camp de Thiaroye (Sénégal) en 1946, et, à Madagascar, en 1947, sans doute à titre de rétribution pour leur concours à l’effort de guerre français.

Substituer une sujétion à une autre, se faire décimer, au choix, sur les champs de bataille ou sur le terrain de la répression au retour au pays, avant d‘être mobilisé à nouveau pour la relance de l’économie de la Métropole, que de conséquences traumatiques ils pâtiront de cette «querelle de blancs».

Il n’était pas question à l’époque de «seuil de tolérance» mais de sang à verser à profusion.

Beaucoup acquitteront leur tribut du sang en faisant l’apprentissage de l’ébriété, sans connaître l’ivresse de la victoire. Beaucoup survivront à l’enfer de Verdun ou de Monte Cassino avant de sombrer dans le désarroi de l’incompréhension au sein de la cohorte des alcooliques anonymes. Beaucoup en perdront la raison devant une telle aberration de comportement. Beaucoup, plus tard, bien plus tard, basculeront dans une révolte libératoire qui sonnera le glas de l’empire français.

Recru d’épreuves au terme d’une vie brève mais houleuse, Lapaye Natou, vaillant combattant de l’armée de l’Union Française, miné par les ravages de l’alcool de palme, s’effondrera un crépuscule de l’été 1961. Gisant au pied du baobab de sa ville natale de Kaolack, dans la région du Sine Salloum, au Sénégal, un des centres mondiaux de l’arachide, qui fit la fortune des comptoirs coloniaux des négociants bordelais.

Lapaye Natou, l’auteur en a été le témoin, apostrophera dans un ultime sursaut de fierté son auditoire en ces termes: «C’est moi Lapaye Natou, l’homme de l’homme, coeur de lion, peau de panthère, l’homme qui en fait son dawar, en a Mer, en a Méditerranée, en à l’Est Baden-Baden. Celui qui me connaît ça va, celui qui ne me connaît pas tant pis».

En termes policés, c’est à dire en termes moins rudimentaires mais certainement moins expressifs, cela donnerait: «C’est moi Lapaye Natou, un être humain, courageux et résistant, un homme qui a répondu à l’appel du devoir en participant, loin de son pays natal, à tous les combats de la France, de la Méditerranée jusqu’au point de jonction des forces alliées au coeur de l’Europe. Je rends grâce à ceux qui reconnaissent ma valeur et voue aux gémonies ceux qui méconnaissent ma valeur et celle de mes semblables».

Rares sont les populations qui auront connu pareil parcours chaotique sans jamais cultiver une idéologie victimaire, sans jamais en faire usage ultérieurement dans leur combat pour leur acceptation. Un agrégé de grammaire de l’Université française, une discipline où les lauréats sont rarissimes, qui présidera par la suite aux plus hautes destinées de son pays, Léopold Sedar Senghor (3), gratifiera ces victimes muettes de l’Histoire de la dignité de «dogues noirs de la République».

Ciselée avec soin par un orfèvre dans l’art sémantique pour affirmer sa douloureuse solidarité avec ses frères de race, cette formule passera à la postérité comme la marque de scarification morale de leurs cerbères et de leurs héritiers naturels. «Les dogues noirs de la République», anti-mémoire de la France, sa face cachée, ainsi que son prolongement conceptuel, la «Négritude», que cet enfant chéri de la Francité forgera par opposition identitaire à ses anciens maîtres, constitueront le levier d’affranchissement du continent noir, son thème mobilisateur vers son indépendance.

Signification étymologique

Dans les ouvrages de référence de la société savante de l’élite française, le calvaire de leur dépersonnalisation et leur combat pour la restauration de leur identité et de leur dignité se résumeront à cette définition laconique: «Le bougnoule, nom masculin apparut en 1890, signifie noir en langue Wolof ( langue du Sénégal).

Donné familièrement par des blancs du Sénégal aux noirs autochtones, ce nom deviendra au 20è siècle une appellation injurieuse donnée par les Européens d’Afrique du Nord aux Nord-Africains. « Synonyme de bicot et de raton ».

Avare de précision, la définition, masque-t-elle gêne, ignorance, indifférence ou volonté d’atténuation? L’expression était-elle vraiment familière? Serait-elle le fruit d’un paternalisme blanc de bon aloi envers de braves noirs «bons sauvages»? Qui sont donc ces Européens qui proféraient de telles appellations injurieuses? Des Suédois insultant des Phéniciens, les ancêtres des Carthaginois? De quelle planète étaient-ils les habitants? En quelle ère de notre Histoire?

Qui sont donc ces Nord-africains à l’identité mal définie qui faisaient -qui font- l’objet d’une telle interpellation? Le dictionnaire (4) qui donnait la définition du Bougnoule date pourtant de 1979, une époque récente de l’histoire contemporaine. Il se gardait bien d’identifier les Maghrébins, 30 ans après l’indépendance de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie, une nouvelle fois englobés dans le même sac de leur ancienne dénomination coloniale.

Treize ans plus tard, en 1996, ce même dictionnaire, cédant sans doute à l’esprit du temps sous l’effet des revendications des mouvements associatifs et des succès remportés par les jeunes générations issues de l’immigration, en donnera une définition laconique en un style télégra-phique qui masquait mal les connexions: «familier, péjoratif, injure raciste/ 2 maghrébins, arabes» sans qu’il soit précisé s’il s’agissait d’injures racistes proférées à l’encontre des Arabes et des Maghrébins ou des injures échangées entre eux par des Arabes et des Maghrébins.

Son évolution sémantique

Un glissement sémantique du terme bougnoule s’opérera au fil du temps pour englober, bien au delà de l’Afrique du Nord, l’ensemble de la France, tous les «arabo-berbères et négro-africains» chers à Senghor, pour finir par s’ancrer dans le tréfonds de la conscience comme la marque indélébile d’un dédain absolu, alors que parallèlement, par extension du terme raton qui lui est synonyme, le langage courant désignait par «ratonnade» une technique de répression policière sanctionnant le délit de faciès. Le sujet demeure largement tabou en France et le problème soigneusement occulté des manuels scolaires et débats publics.

Tel un spasme, il surgit par soubresaut par suite de malencontreuses réminiscences. Craint-elle tant, la France, au point de l’exorciser, l’idée «qu’un sang impur ait abreuvé ses sillons»? Croit-elle vraiment à la réalité d’un «sang impur» si pourtant abondamment sollicité sur les champs de bataille de Champagne-Ardenne, de Bir Hakeim, de Toubrouk, de Coufra et d’ailleurs?

Loin de participer d’une hypermnésie culpabilisante, le débat ne s’en impose pas moins tant sur la contribution des «peuples basanés» à la libération du sol français, que sur leur apport au rayonnement de leur pays d’accueil.

Réalité honteuse longtemps niée et même déniée par une sorte de péché d’orgueil, la perma-nence d’une posture du mépris et de l’irresponsabilité – la singulière «théorie du fusible à la française» – et d’une idéologie proto-fasciste inhérente à un pan de la culture française, finiront par s’imposer dans toute leur cruauté à l’occasion des élections présidentielles de 2002.

Plaçant les Français devant l’infamant dilemme de choisir entre un «escroc» et un «facho» (6), entre un «super menteur» et un «superfacho» (7), deux septuagénaires vétérans politiques de l’époque de la guerre froide occupant le devant de la scène depuis près de quaran-te ans, les deux candidats les plus âgés, les plus fortunés et les plus décriés de la compétition, mutuelle-ment confortés dans une campagne sécuritaire, l’héritier d’un gaullisme dévoyé dans l’affairisme le plus débridé (8) face à l’héritier d’un vichysme sublimé par un ancien tortionnaire de la Guerre d’Algérie.

Le premier, Jacques Chirac, auteur d’une formule chauvine d’une démagogie achevée sur les «bruits et les odeurs» des familles immigrées qui ponctionnent la sécurité sociale par leur prolificité génésique, le second, Jean Marie Le Pen, auteur d’une formule d’une abomination absolue sur le «Durafour crématoire (…) point de détail de l’Histoire».

La France ne saurait être le dépotoir de l’Europe, mais ni les Arabes, pas plus que les Africains ne sauraient être l’exutoire à tous les maux de la société française. L’HISTOIRE est incomplète sans le témoignage des perdants.

La première consultation populaire à l’échelon national du 21è siècle révélera aux Français et au Monde médusés, le délitement moral d’un pays volontiers sentencieux

Et une élite incapable d’assumer au terme d’un pouvoir monopolisé tout au long de la seconde moitié du 20è siècle, au niveau économique, la mutation postindustrielle de la société française, au niveau sociologique, sa mutation postcoloniale, au niveau de son opinion nationale, sa mutation psychologique, signe de l’échec patent de la politique d’intégration de sa composante afro musulmane. (Résumé)

En ces temps là, «la chair à canon» carburait à la gnôle. En guise de commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale (1914-1918). En signe solidarité avec Christine Taubira, grande dame de la justice française, victime d’un méprisable délit de faciès. (Pour les notes voir le lien).

René Naba 22 juillet 2002 .

https://www.renenaba.com/

En Point de Mire

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30 juin 2019 ~ 0 Commentaire

sans papier (global voices)

catalane

Maria Dantas rendant hommage à Marielle Franco après sa victoire en Espagne.

Cette Brésilienne qui est passée de la case “migrante sans papiers” à celle de “députée en Espagne”

La Brésilienne Maria Dantas, en veste en jean, a été élue députée en Espagne. Pour la première fois dans l’histoire de l’Espagne, une députée fédérale d’origine brésilienne va occuper un siège au Congrès des députés. Maria Dantas a été élue pour le parti Gauche Républicaine de Catalogne (ERC) le 28 avril 2019, lors des élections générales anticipées en Espagne.

La nomination de Dantas à ce poste est le fruit de ses années de militantisme social au sein du parti et de son travail en faveur des droits de l’homme en Catalogne. La députée était cinquième sur la liste de son parti, qui a obtenu un total de 15 sièges au Congrès. L’ERC est la première force politique catalane au Congrès espagnol – il y avait en tout 350 sièges en lice pour cette législature.

Maria Dantas est née en 1969 à Aracaju, capitale du Sergipe, dans le Nordeste du Brésil. Elle est avocate et militante sociale et elle vit à Barcelone depuis 25 ans. Elle est arrivée en Espagne pour faire des études de 2° et 3° cycle de Droit environnemental, philosophie juridique, morale et politique, et économie. Elle travaille actuellement dans une société catalane de financement, mais depuis des années, elle milite activement contre le racisme et le fascisme, et pour la défense des droits humains, civils et politiques des personnes.

La députée est, entre autres, membre de la plateforme Unité contre le fascisme et le racisme (UCFR). Elle collabore aussi avec le mouvement Tras la Manta (“Sous le manteau”, syndicat de vendeurs de rue à Barcelone), l’Association interculturelle des latinos pour la Catalogne, et l’Agence de communication interculturelle (Itacat).

Il y a environ dix ans, elle a obtenu la nationalité espagnole ce qui lui a donné accès à des droits politiques. Ces huit dernières années, elle s’est beaucoup investie dans des secteurs comme la citoyenneté, l’immigration et les mouvements sociaux au sein de la Gauche Républicaine de Catalogne (ERC).

Née dans une famille modeste, Dantas a vécu en Espagne pendant de nombreuses années comme une sans papiers et elle connaît bien les difficultés que cette réalité suppose. Après les élections, lors de son interview par téléphone à MigraMundo, elle a dédié sa victoire aux mouvements sociaux :

Je remercie grandement les mouvements sociaux pour leur soutien. C’est important qu’il y ait des femmes et des minorités au gouvernement pour changer les paradigmes.

Pour fêter sa victoire aux élections, Dantas portait un tee-shirt à l’effigie de Marielle Franco, conseillère municipale de Rio de Janeiro assassinée en mars 2018.

La députée a déclaré à MigraMundo avoir puisé son inspiration chez Marielle. Elle raconte qu’elle a accepté l’invitation à rejoindre la liste du parti motivée par une des idées de Marielle – sur l’importance de ne pas agir uniquement sur la base, mais aussi sur les institutions. “Le changement social se construit à partir de la base, mais il est important d’investir les institutions et d’agir de l’intérieur.”

L’avocate sait qu’elle n’a pas choisi la facilité. Brandir des étendards tels que les droits politiques pour les immigrants et trouver les moyens de les aider à entrer dans le pays, tout ceci va à l’encontre de la puissance des partis d’extrême droite à l’Assemblée nationale. C’est pourtant ce contexte hostile qui l’a décidée à accepter l’invitation de son parti.

Interrogée par MigraMundo sur la poussée de l’extrême droite en Espagne — représentée par le parti Vox , qui a obtenu 24 sièges, Dantas en a profité pour faire passer un message au député Santiago Abrascal, leader du parti. C’est en effet la première fois depuis la chute de la dictature de Francisco Franco (en 1975) qu’un parti d’inspiration franquiste va siéger au Congrès national.

“Il va devoir affronter une immigrante du Nordeste, une “cabra da peste” (au Brésil, personne courageuse, forte et sans peur que l’on pourrait traduire par : sale petite peste), qui lutte depuis des années contre les homophobes, les fascistes et les islamophobes”

Une fois l’élection passée, marquée par la victoire du parti socialiste de l’actuel Premier ministre Pedro Sánchez avec 123 sièges, le défi suivant est la formation du gouvernement, la formation d’alliances pour obtenir une majorité au Parlement. L’ERC, de Dantas, a déjà fait savoir qu’elle n’engagera aucune négociation avec les partis de droite et d’extrême droite.

17 Juin 2019

https://fr.globalvoices.org/

Lire aussi:

‘Qui a commandité l’assassinat de Marielle Franco ?’ demande le Brésil un an après le meurtre de la conseillère municipale (GV)

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30 juin 2019 ~ 0 Commentaire

métissage (global voices)

feminisme

« Le silence et l’invisibilité sont des violences masquées sous la supercherie qu’est le métissage »

Valeria Angola: Quand avez-vous commencé à vous reconnaître en tant que femme afro-mexicaine ?

Scarlet Estrada : Se reconnaître est un processus sans fin. Toute ma vie, les gens ont relevé une différence, cela signifie clairement que je ne suis pas comme les autres. Je me souviens que depuis mon enfance, les gens remettaient en cause ma nationalité. Ce processus d’auto-reconnaissance est donc constant, d’autant plus au Mexique, où les populations de descendance africaine sont invisibilisées.

VA: À quel moment avez-vous commencé à comprendre les raisons de ce phénomène ?

SE : Je n’avais jamais réfléchi à la question avant d’ étudier l’anthropologie. Pendant l’un de mes cours du deuxième semestre,  mon professeur a invité une étudiante colombienne à nous parler des cheveux afro et de l’afro-féminisme. Elle nous a parlé de ses cheveux, de l’importance de les laisser lâchés, frisés, libres. Pour elle, les laisser ainsi signifiait libérer une partie d’elle-même qui était opprimée. Elle nous a dit qu’elle s’était  sentie obligée de changer ses cheveux afin d’être acceptée et de s’intégrer dans la société. J’ai également vécu ça pendant mon enfance et mon adolescence.

VA: Est-ce de cette manière que vous avez réalisé que vous étiez noire ?

SE : Je crois que je l’ai toujours su, sans jamais le dire. Je voyais les dessins animés Barbie et je m’identifiais toujours à la poupée la plus foncée à cause de ses cheveux bouclés. Je m’identifiais également aux personnages noirs des séries que je regardais. Mais je pense au fond que cela a aussi quelque chose à voir avec le fait que les Afro-Mexicains me reconnaissent… Tu sais qui tu es dans le regard des autres.

VA: Quelles sont les conséquences de s’identifier en tant que telle au Mexique ?

SE : Cela signifie se rendre compte qu’il existe des populations invisibilisées depuis de nombreuses années. J’insiste, il faut embrasser et accepter la différence et nous donner les moyens d’agir grâce à elle également. Ne pas essayer d’assimiler nos corps à des règles de beauté qui ne sont pas faites pour nous. En outre, je pense que s’identifier ne signifie pas uniquement se proclamer afro-descendant. Dans la vie personnelle, cela signifie également prendre conscience des inégalités, des discriminations et du racisme dont sont victimes les afro-descendants et le reste des communautés indigènes du Mexique.

VA: Qu’est-ce que cela vous fait ressentir ?

SE : [Je me sens] libre et forte. Je ne me sens plus coupable d’avoir un si beau et gros fessier, je ne me sens plus coupable d’avoir les cheveux qui frisent. Je me sens totalement libérée, j’aime avoir ce corps. Je suis parfois en conflit avec moi-même, mais c’est un sentiment génial de pouvoir donner un nom aux violences dont nous femmes noires en particulier sommes victimes. J’ai la liberté et le pouvoir de nommer ces abus et de lutter contre eux.

VA: Comment décririez-vous le racisme au Mexique ?

SE : Au Mexique, bien que le racisme puisse se manifester de manière très explicite – comme par exemple lorsqu’il y a des attaques sur les réseaux sociaux contre l’actrice Yalitza Aparicio* à chaque fois qu’elle apparaît en couverture d’un magazine – il peut aussi se manifester silen-cieusement, lorsque la contribution politique, sociale et culturelle des Noirs est omise de l’histoire nationale. On dit qu’il n’y a pas de Noirs au Mexique, mais c’est faux.

En quoi le nationalisme a-t-il été utile au Mexique si ce n’est pour faire taire les voix et nier que les esclaves venus d’Afrique avaient la peau noire ? Le silence et l’invisibilité se cachent sous la supercherie que sont le métissage et la démocratie raciale du Mexique. Le métissage comme biopolitique a nié l’existence des Noirs de ce territoire.

Aujourd’hui ces corps rebelles se lèvent, parlent, se rassemblent, discutent entre eux et s’organisent pour reconfigurer les dynamiques discursives populaires qui nient leur présence. Le peuple noir du Mexique existe : nous sommes là !

25 Juin 2019

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*Yalitza Aparicio est une actrice mexicaine d’ascendance mixtèque (peuple indigène du Mexique), nommée aux Oscars pour son rôle dans Roma d’Alfonso Cuarón

Entretien avec l’anthropologue mexicaine Scarlet Estrada

Scarlet Estrada est une anthropologue mexicaine qui étudie le journalisme à l’Université nationale autonome du Mexique. Son travail est centré sur la sexualisation des femmes noires au Mexique. Mme Estrada a également participé à plusieurs rencontres consacrées aux droits de l’homme ainsi qu’à des colloques universitaires concernant l’auto-dénomination des peuples noirs. Elle a en outre participé aux débats pour la reconnaissance du nombre de Noirs au Mexiqie afin que celui-ci soit pris en compte par l’Institut national des statistiques et de géographie en vue du recensement de 2020.

Dans cet entretien, Mme Estrada se penche sur ce qui se cache derrière la reconnaissance de l’appartenance aux communautés afros et de la difficulté de le faire dans un pays comme le Mexique, où l’imaginaire national exclut et rend invisible les Afro-Mexicains.

25 Juin 2019

https://fr.globalvoices.org/

 Afroféminas

https://afrofeminas.com/

Lire aussi:

Préface à « Le Maroc Noir. Une histoire de l’esclavage, de la race et de l’Islam » de Chouki el Hamel (Essf)

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28 juin 2019 ~ 0 Commentaire

stonewall (ucl npa guardian gr)

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Stonewall : 50 ans… et après

Dans la nuit du 27 au 28 juin 1969, il y a 50 ans exactement, débute ce que l’histoire a retenu comme « les émeutes de Stonewall » : 5 nuits d’affrontements contre la police. Aujourd’hui, 50 ans après, et alors que de nombreuses entreprises capitalistes (comme Google ou Netflix) ou gouvernements, voire la police new-yorkaise veulent nous faire croire qu’ils célèbrent les 50 ans de Stonewall, il est nécessaire de revenir sur ce pan de notre histoire et de nous le réapproprier.

Stonewall n’a pas été un phénomène isolé 

L’histoire de Stonewall est aujourd’hui largement connue : une descente de flics a lieu dans le Stonewall Inn, un bar gay tenu par la mafia dans Greenwich Village à New York. C’est la descente de trop, qui provoque une émeute, c’est-à-dire des affrontements entre les personnes trans, les drag queens, les gays, contre la police new yorkaise.

Cet événement est vu aujourd’hui comme fondateur du mouvement de libération gay et lesbien, dont le temps fort s’est fait dans les années 1970 pour réclamer la décriminalisation de l’homo-sexualité. Il faut savoir qu’aux Etats-Unis en 1969, il était par exemple illégal de se travestir. En France il faut le rappeler, l’homosexualité est dépénalisée à partir de 1981. Et il faudra attendre 1990 pour que l’homosexualité ne soit plus considérée comme une maladie psychiatrique.

Plus qu’un mouvement de libération sexuelle

C’est dans ce contexte de criminalisation que vivent les personnes LGBT mais, malgré tout,se développent en marge des identités gay et lesbienne à partir de la fin de la SecondeGuerre mondiale, pendant les « Trente glorieuses », en particulier aux États-Unis et dans de nombreux pays d’Europe marqués par la politique d’État-providence. Stonewall est le symbole du début de ce mouvement, et pourtant il est loin d’avoir été un phénomène isolé : aux États-Unis, entre 1959 et 1969, on compte pas moins d’une vingtaine d’émeutes dans plusieurs villes comme Los Angeles, New York et San Francisco, à l’image de celle de la « Compton’s Cafetaria »en 1966.

Ce qui fera qu’on attache en réalité une aussi grande importance à Stonewall, c’est bien parce que cette émeute marque un tournant, avecla compréhension qu’il faut s’organiser et se battre pour ne plus subir, sortir du secret afin de pouvoir vivre dignement.

À la suite de Stonewall, ce sont deux organisations qui seront ainsi créées : le Gay Liberation Front (GLF) et la Gay Activist Alliance. Le GLF, qui perdurera pendant trois ans à New York, remet en cause le système dans sa globalité, nourri par les différentes luttes de libérations et par les mouvements antiguerres, comme le sera d’ailleurs, à ses début, le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) en France.

Il y a à la naissance du mouvement LGBTI une forte remise en cause globale du capitalisme, parce qu’il y a une compréhension que nos identités remettent profondément en cause ce système, en mettant à mal la question de la reproduction de la force de travail, en démontrant que les normes genrées sont une supercherie.

Un an plus tard, des manifestations sont organisées à Los Angeles et à New York pour commémorer Stonewall où on peut entendre : « Gay Pride » (fierté gay), « Gay Power », « Gay is Good ». Ce seront les premières gay pride, marche des fiertés. Il faudra attendre l’année 1971 pour la première pride française.

Nos identités sont-elles solubles dans le capitalisme ?

Si aujourd’hui les marches des fiertés en France sont largement célébrées à coup de marketing de grosses entreprises, comme c’est le cas aux États-Unis, il a fallu d’abord traverser la répression, les années SIDA, les batailles parfois sans fin pour l’égalité des droits. Aujourd’hui, le capitalisme semble avoir en partie intégré les identités gay et lesbienne : depuis les années 2000, on peut voir une représentation des plus en plus importante dans la culture.

C’est ce que le capitalisme sait faire parfaitement : s’approprier nos luttes et nos symboles. Pourtant, nous n’oublions pas que les personnes LGBTI sont toujours criminalisées partout dans le monde, que l’égalité des droits est loin d’être acquise, que nous vivons toujours l’oppression dans notre vie quotidienne, que nous sommes agresséEs, harceléEs, violéEs, assassinéEs.

Si Stonewall nous a appris quelque chose, c’est que c’est par la lutte que nous pouvons faire reculer les réactionnaires, mais que c’est aussi par l’organisation collective que nous pouvons nous battre et arracher des droits. Aujourd’hui, plus que jamais, nous ne devons pas seulement commémorer Stonewall, mais reprendre la rue dans un contexte de montée de l’extrême droite et des réactionnaires.

Mimosa Effe  Vendredi 28 juin 2019

https://npa2009.org/

npa

Lire aussi:

50 ans après Stonewall, nos luttes doivent retrouver l’offensive ! (UCL)

La Marche des fiertés est-elle encore un événement politique ? (Anti-k)

Pride has sold its soul to rainbow-branded capitalism (The Guardian)

Il y a 50 ans : les émeutes de Stonewall (TMI)

50 ans après. Stonewall means fight back ! (RP)

« Au grand jour nous apparaissons » : les débuts du mouvement LGBT en France (RP)

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27 juin 2019 ~ 0 Commentaire

medef (france info)

papa sultz

« T’es sûr hein? Elle n’est pas de gauche?

Le Medef invite Marion Maréchal à son université d’été

C’est la première fois qu’une personnalité issue de l’extrême droite est conviée au traditionnel rendez-vous estival de l’organisation patronale. D’autres personnalités politiques, de La France Insoumise aux Républicains, en passant par LREM, ont aussi été invités.

Pour la première fois, le Medef fait le choix d’inviter une personnalité issue de l’extrême droite à son université d’été. L’organisation patronale a en effet confirmé à l’AFP, jeudi 27 juin, que l’ancienne députée RN, Marion Maréchal, avait été « sollicitée » pour participer, les 28 et 29 août à l’hippodrome de Longchamp, à Paris, à son traditionnel rendez-vous estival, rebaptisée « Rencontre des entrepreneurs de France ».

Au total, « 250 personnes ont été sollicitées jusqu’ici afin d’obtenir un panel aussi large que représentatif de l’ensemble des sensibilités politiques, de La France insoumise à Marion Maréchal. Cette dernière fait partie des personnes qui ont été sollicitées, rappelle à l’AFP la première organisation du patronat français. Depuis 2012, l’ensemble des partis ont été auditionnés par le Medef avant les différents scrutins européens ou nationaux. Marine Le Pen a d’ailleurs participé à une audition en 2017 dans le cadre des présidentielles comme tous les autres candidats ».

« Si cette information est exacte, c’est très grave »

Cette annonce n’a pas tardé à faire réagir. A commencer par l’ancienne présidente du Medef. « Si cette information est exacte, c’est très grave », a tweeté Laurence Parisot. Plusieurs députés LREM ont également décidé d’annuler leur présence fin août. Parmi eux, Roland Lescure : « Ce sera sans moi », dit-il sur Twitter.

L’invitation de Marion Maréchal « est une provocation dangereuse qui plus est. Et ce sera le boycott pour ma part », a réagi de son côté la députée LREM Olivia Grégoire. Si des candidats d’extrême droite ont déjà été auditionnés par le passé, jamais ils n’avaient, en revanche, été formellement invités à l’université d’été du Medef.

https://www.francetvinfo.fr/

Commentaire:

Le fascisme ne devient possible que si le patronat finance ses milices…

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26 juin 2019 ~ 0 Commentaire

séparatisme (gauche anticapitaliste.be)

 belgique

Flandre: un mouvement séparatiste de masse ?

Le séparatisme est-il devenu un mouvement de masse en Flandre ? C’est ce qu’affirme, avec amertume, l’historien Bruno de Wever dans une interview parue dans le quotidien De Standaard du 15 juin.

Il est vrai que les deux partis flamands qui se revendiquent du séparatisme, la NVA néo-libéral et le VB d’extrême droite, ont à eux deux plus de voix (45%) que les autres partis. Je crois pourtant qu’il faut nuancer cette affirmation. Ce n’est pas parce que la majorité des Flamands ont voté pour la NVA ou le VB qu’ils veulent mettre fin à l’existence de l’État Belgique.

Bruno de Wever, frère de Bart, est un spécialiste du mouvement flamand et de la collaboration avec le nazisme. Il a publié en 1994 une étude fondamentale sur le parti nationaliste flamand d’avant-guerre VNV, le Vlaamsch Nationaal Verbond, qu’il a caractérisé comme une organisation intrinsèquement fasciste.

Cela a suscité chez tous ceux qui ont des racines historiques et idéologiques avec ce parti, indignation et colère. On n’aime pas être associé à un passé criminel et on impute ce qu’ils appellent des faux pas à « l’idéalisme » au service des droits culturels flamands, quitte aux conséquences malodorantes. Les collaborateurs n’ont-ils pas combattu en Belgique une discrimination réelle et en Russie, les armes à la main, le communisme athée ?

L’idéologie flamande

Cet « idéalisme » est une des caractéristiques de l’idéologie flamande. Toute personne qui a eu des liens actifs avec le mouvent flamand, qu’il ait été démocrate, conservateur, fasciste, socialiste ou même communiste, est présenté comme un idéaliste, faisant partie d’une sainte alliance dans le combat pour la bonne cause nationaliste et sa participation à « l’éveil de son peuple » qui lui, était encore inconscient de sa tâche historique .

Devenir État (Volk wordt staat). Je mentionne que le marxiste (de la 4è internationale blog) Ernest Mandel est mentionné positivement dans la Nouvelle Encyclopédie du Mouvement Flamand publiée en 1998.

Les collaborateurs poursuivis se sont, sans vergogne, présentés comme les vraies victimes de la Deuxième Guerre mondiale. N’est-il pas remarquable qu’un politicien comme Willy Kuijpers, ancien député pour la Volksunie, le parti petit-bourgeois flamand d’obédience démocrate né après la guerre, a négocié dans les années 1970 avec les autorités allemandes pour que des collaborateurs, dont des hommes qui ont fait la guerre dans les rangs de la Waffen-SS, reçoivent une pension.

Cette idéologie nationaliste, pas nécessairement séparatiste, qui domine depuis un siècle le paysage culturel nationaliste flamand et au-delà, est réapparue avec force depuis la droitisation néo-libérale et l’apparition de mouvements populistes en Europe, fleurissant sur l’humus de l’insécurité sociale.

Bruno de Wever a tourné le dos aux idées nationalistes flamandes de sa famille en évoluant vers la gauche, tandis que son frère Bart, le chef de la NVA, a échangé ses idées petites-bourgeoises qui caractérisèrent le milieu nationaliste flamand, pour des positions néo-libérales, plus en accord avec l’émergence d’un patronat moderne en Flandre qui s’oppose à la bourgeoisie traditionnelle belge et francophone en déclin.

Deux ennemis amis: la NVA et le VB

L’historien souligne que les différences électorales prononcées entre la Wallonie et la Flandre s’expliquent par leurs traditions respectives et les circonstances politiques. En Wallonie le mouvement ouvrier a absorbé le nationalisme. Les protestations contre les inconvénients de la vie ne s’y expriment pas sur un fond nationaliste « ethnique ».

En Flandre cependant le séparatisme a toujours été lié à des idées de droite et d’extrême droite, tandis que la gauche s’est méfiée des sentiments nationalistes flamands, n’y opposant aucune alternative crédible.

Suite à la défaite allemande, les idées réactionnaires des nationalistes flamands ont continué à végéter dans des associations culturelles, des petites maisons d’éditions, des groupes de jeunesse, etc., qui avaient tous leur place dans les manifestations publiques flamandes de grande ampleur comme le « « Pélerinage à l’Iser » (IJzerbedevaart), ou la Fête du Chant National Flamand (Vlaams Nationaal Zangfeest).

Le Vlaams Belang est l’expression politique unifiée et modernisée du visage démocrate de ces résidus d’extrême droite. Mais l’apparition d’une organisation aux allures paramilitaires comme Schild en Vrienden, nous rappelle que le fascisme n’y a pas disparu.

Notez que le Führer de cette organisation née dans le giron de la NVA, vient de se ranger du côté du VB, qui l’a accepté avec enthousiasme et l’a parachuté dans le parlement fédéral. Si le VB doit tenir compte d’élect.eur.rice.s qui ne partagent pas pour autant les idées éthiques réactionnaires traditionnelles de l’extrême droite (anti-avortement, homophobie, etc.), il doit également tenir compte de ses électeurs traditionnels.

Il faut donc louvoyer entre les deux électorats en mettant l’accent sur la xénophobie et l’islamophobie cristallisées dans le slogan « Nos gens d’abord » (Onze mensen eerst). La nouvelle direction du VB a très bien compris que la NVA (« un parti impitoyable qui ne s’intéresse nullement aux plus faibles » selon BDW) s’adresse principalement aux Flamand.e.s qui vivent dans une certaine aisance.

À la suite de Marine Le Pen ils ont attaché à leur programme islamophobe et anti-immigrants un volet social qui tranche avec les mesures anti-sociales de leur « ami hostile ». Cela ne repré-sente pas grand-chose mais assez pour capturer une partie de la classe ouvrière. En réalité ils restent foncièrement ennemis du monde syndical, sont partisans du néo-liberalisme et refusent toute solidarité avec le reste de la population ouvrière belge qui, selon eux, profite de la sécurité sociale au détriment des Flamands.

La NVA qui se proclame démocrate et qui avait réussi à capturer à ses débuts une partie substantielle de l’électorat VB, appartient selon Bruno de Wever, à la même famille politique nationaliste-séparatiste : ce sont des « amis ennemis ».

Observez le jeu que la NVA joue dans les pourparlers actuels pour la formation d’un gouverne-ment flamand, et sur le plan fédéral avec son chantage « confédéraliste ». La jeune NVA avait récupéré sur sa droite une partie des électeurs du VB (qu’elle vient de perdre aujourd’hui), mais elle a réussie à capturer par contre une partie importante des électeurs qui votaient par tradition pour la sociale démocratie, mais qui ne se retrouvent plus dans un SPA qui a sombré dans la collaboration avec le néo-libéralisme et la défense d’une Union Européenne non-démocratique.

Selon Bruno de Wever cela a poussé une partie du monde ouvrier à naviguer dans eaux des séparatistes. Il y a même plus grave : le poids de la NVA et du VB ensemble pousse les autres partis traditionnels de plus en plus vers la droite sur des questions comme la sécurité, l’immigration, droits démocratiques, etc.

Des voix dans ce sens ont résonné dans le SP.A suite à la droitisation autour de l’immigration de la sociale démocratie danoise sous la direction de madame Mette Frederiksen, ce qui lui a donné une victoire électorale.

Dans ce sens on peut dire que la droite nationaliste flamande domine idéologiquement le terrain politique. Et il est certain qu’elle s’efforce de propager l’idéologie séparatiste aussi largement que possible. Vu la situation sociale néo-libérale qui a miné les partis traditionnels chrétien-démocrate et social-démocrate, les seuls instruments du nationalisme flamand (flanqué par une organisation patronale comme le VOKA) sont l’idée séparatiste et la haine des fainéants et de immigrés tenus pour responsables de tous les maux possibles.

Coupure historique et dangers anticonstitutionnelles

Par rapport à la Belgique de l’après-guerre basé socialement sur un compromis entre le patronat et le mouvement syndical et politiquement sur l’existence des trois « piliers » politico-idéologiques (chrétien, socialiste et libéral), la situation politique et idéologique a changé de fond en comble. Il s’agit selon Bruno de Wever d’une coupure historique.

Mais il ajoute qu’un parti comme la NVA, du moment qu’il est porteur de l’État, payera tôt ou tard la note, comme cela a été le cas de feu la Volksunie d’Hugo Schiltz. « Depuis 1970 la constitu-tion est bloquée. En fait la NVA ne peut rien faire, sinon quitter le chemin démocratique et constitutionnel.

Sa stratégie/rhétorique d’un gouvernement sans les socialistes qui impliquait déjà une réforme de l’État, n’était pas tenable. » Il est vrai que, selon l’historien, un bloc séparatiste ayant la majorité absolue peut initier le chaos. « Alors des choses anticonstitutionnelles deviennent possibles. » Mais on en est pas là. « La Belgique survit pour la bonne raison que Bruxelles est un problème insoluble pour les séparatistes ». La NVA n’a pas de programme par rapport à la question bruxelloise. « Cette ville de 1,2 millions d’habitants est enclavée dans la Flandre. On ne peut la lâcher. Bruxelles garantit une longue vie à la Belgique ».

Quant au séparatisme comme mouvement de masse en Flandre, je dois remarquer que les électeurs de la NVA et du VB ont voté pour un éventail de raisons plein de contradictions, dont l’idée séparatiste d’origine romantique n’est qu’un aspect minoritaire.

La majorité des Flamands a trop les pieds sur terre pour se faire entraîner par ce qu’Antonio Gramsci appelait une « idéologie arbitraire » qu’est le séparatisme flamand, inventé par des nationalistes ultras qui font tout pour se faire élire, croyant qu’ainsi ils vont réaliser leur rêve fantasmagorique.

Les Flamands n’ont pas, pour des raisons historiques, de pensées organisées autour d’une idée centrale, comme par exemple les Français qui, dans leur grande majorité croient religieusement dans leur République et ses valeurs républicaines, nées en 1789-1792.

Ni la NVA ni le VB arriveront à inculquer une idéologie nationaliste analogue dans les têtes flamandes. Ces têtes ne sont pas de bois, ni rempli de bière comme affirmait publiquement l’empereur Joseph II, également duc du Brabant, duché qui donna son nom à la révolution qui établit en 1790 les États-Belgiques-Unis

Pips Patroons  25/06/2019

https://www.gaucheanticapitaliste.org/

Lire aussi:

Bruxelles, la Flandre et le fédéralisme (LCR)

Ernest Mandel Nationalité et lutte de classe en Belgique 1958 1973

Commentaire:

Toute proportion gardée, cela ressemble à la droite nationaliste bretonne: une partie libérale (Locarn) et une partie assumant son passé fasciste, voire nazi.  (Avec des passerelles).

Ernest Mandel est cité car il défendait un intellectuel flamand pro allemands (en 1914)

 

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21 juin 2019 ~ 0 Commentaire

mauritanie (france-info acat amnesty)

La Mauritanie, bastion de l’esclavagisme, s’apprête à voter

Ce grand pays d’Afrique de l’Ouest s’apprête à élire son président ce samedi 22 juin. Et ce pays dont on parle rarement, présente une particularité : c’est un bastion de l’esclavagisme.

C’est un triste record pour ce territoire essentiellement désertique, grand comme deux fois la France, et situé au Nord du Sénégal. La Mauritanie est en effet considérée comme l’un des pays au monde où le nombre d’esclaves est le plus élevé en proportion de la population: entre 1 et 4%.

Selon une estimation d’Amnesty International, le pays compte au moins 43.000 esclaves 

Beaucoup de femmes et d’enfants, avec des mariages forcés et de nombreux viols. D’autres estimations parlent du double, 90.000 esclaves. Pour la plupart, ils appartiennent à la commu-nauté des Haratine, qui sont des descendants d’esclaves, réduits à ce statut il y a plusieurs siècles par les populations arabes et berbères du Nord. De nombreuses familles Haratine sont également contraintes de livrer toute une partie de leurs récoltes à leurs maîtres traditionnels.

Pas une priorité politique

Et ce sujet fait assez peu débat dans la campagne électorale qui s’achève. Début juin, toutes les ONG, réunies à l’initiative d’Amnesty International, ont appelé les 6 candidats à la présidentielle à s’engager contre l’esclavagisme, et aussi contre les violences faites aux femmes.

Mais en réalité, un seul des 6 candidats, Biram Dah Abeid, a fait de ce thème sa priorité. Les autres se contentent de promesses un peu floues et ils renvoient à la loi : officiellement, l’escla-vagisme est aboli en Mauritanie, depuis 1981. Et en 2015, une nouvelle loi a même durci les sanctions : les peines vont jusqu’à 20 ans de prison. Sauf que dans la pratique, ce n’est guère appliqué.

Les poursuites en justice sont rares et le plus souvent elles n’aboutissent pas. Quant aux mani-festations de colère des Harratine, elles sont généralement réprimées violemment. Pour le pouvoir en place, la priorité est ailleurs : lutter contre le terrorisme à la frontière du Mali à l’Est, et stabiliser l’économie. Il faut aussi préciser que depuis 40 ans, la Mauritanie a connu des coups d’Etat en série.

70% de femmes et 25% d’enfants

Il y a d’autres pays dans le monde où l’esclavagisme est encore pratiqué : l’Erythrée, la République Centrafricaine, le Soudan du Sud. En Libye, il y a de véritables marchés aux esclaves. En Asie, il y a l’Inde, le Pakistan, l’Ouzbékistan. Citons aussi Haïti, dans les Caraïbes, avec beaucoup d’enfants réduits en esclavage.

Au niveau mondial, si les chiffres sont cumulés, les femmes représentent 70% des esclaves, et les enfants 25%, là encore essentiellement des filles. Les statistiques sont difficiles à établir avec précision, mais certains rapports estiment que l’on compte encore 30 millions d’esclaves dans le monde.

20/06/2019

https://www.francetvinfo.fr/

Lire aussi:

Mauritanie 12 engagements pour promouvoir et protéger les droits humains en Mauritanie (ACAT)

Mauritanie (Amnesty)

En Mauritanie, une mission d’Amnesty International refoulée à l’aéroport de Nouackchott (Le Monde)

 

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20 juin 2019 ~ 0 Commentaire

réfugiés (acat)

refugies

Réfugiés climatiques : les oubliés du droit international

Le réchauffement climatique et la dégradation de l’environnement provoquent des déplacements de populations de plus en plus préoccupants. Ils obligent à repenser le droit international, notamment en ce qui concerne le statut de ces exilés.

Une personne chaque seconde.

Tel est, d’après l’Internal displacement monitoring centre, la fréquence des déplacements dus aux changements climatiques constatée entre 2008 et 2016. En 8 ans, ce sont ainsi près de 26,4 millions de personnes qui ont dû fuir leur foyer sans aucune garantie juridique de protection.

Les prévisions sont tout aussi alarmantes 

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés estime que 200 à 250 millions de personnes vont potentiellement être déplacées d’ici 2050. Les changements climatiques sont réputés être l’une des causes majeures de déplacements de personnes au 21è siècle.

À l’instar des îles du Pacifique qui sont menacées par la submersion, de nombreux États d’Asie du Sud font désormais figure de laboratoire des changements climatiques. Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (GIEC) a encore une fois confirmé la corré-lation entre la migration et la montée du niveau des eaux dans les États insulaires. Malgré cet état de fait, la protection de ces personnes déracinées n’en reste pas moins problématique.

D’où viennent les réfugiés climatiques ?

Selon le scénario le plus pessimiste établi par la Banque mondiale, l’Afrique subsaharienne, où la température moyenne a augmenté d’environ 1,5°C en 50 ans, pourrait compter 86 millions de migrants climatiques internes à l’horizon 2050.

L’Éthiopie figure « parmi les territoires les plus vulnérables », « en raison du poids prédominant de l’agriculture pluviale ». La rareté croissante de l’eau entraîne une baisse du rendement des cultures, poussant les populations à abandonner leurs activités agricoles et à migrer vers les villes. Parmi les cultures impactées, le café : 60 % des zones de production pourraient devenir inexploitables d’ici la fin du siècle. Le café représente un quart des recettes d’exportation de l’Éthiopie et 15 millions de travailleurs.

En 2016, le World Risk Index, calculé par les Nations unies, classait le Vanuatu comme pays le plus vulnérable face aux catastrophes naturelles. Déjà exposé à des risques géologiques majeurs, cet archipel de 83 îles pourrait être englouti.

En cause : l’élévation du niveau de la mer – 8 cm en moyenne ces 25 dernières années – causée par le réchauffement de l’océan et la fonte des glaciers. Alors que certaines îles font le choix de la migration – en 2005, un hameau des îles Torrès était déplacé, ses habitants devenant les premiers réfugiés climatiques de l’histoire reconnuspar l’ONU –, l’île de Pelé opte pour la résilience. Par exemple, les cultures de mangrove ou d’herbe de vétiver, réputées pour leur résistance face à l’érosion des côtes, sont privilégiées.

Les inondations sont les catastrophes naturelles poussant le plus de personnes à l’exode. Au Bangladesh, les marées, l’augmentation de la salinité des sols, la multiplication des orages, l’augmentation des températures et des pluies torrentielles provoquent des crues aux consé-quences multiples.

Les paysans et les communautés rurales voient leurs moyens de subsistance se réduire. Crises alimentaires, augmentation du chômage et de la pauvreté les poussent à migrer vers les villes, à tel point que la population de la capitale, Dacca, passera de 1,8 million en 2017 à environ 3,5 millions en 2035. Le scénario le plus pessimiste de la Banque mondiale annonce, pour l’Asie du Sud, 40 millions de déplacés climatiques internes à l’horizon 2050.

Emnet Gebre, consultante et docteure en droit public

 19 / 06 / 2019

https://www.acatfrance.fr/

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13 juin 2019 ~ 0 Commentaire

contre g7 (attac)

attac

Contre-G7, pour un autre monde

Du 19 au 26 août à Hendaye, mobilisons-nous et organisons-nous face au grand incendie du capitalisme!

Du 24 au 26 août, 7 des chefs des États parmi les plus riches de la planète se retrouvent à Biarritz sous la présidence de la France. De plus en plus autoritaires et bellicistes, ces 7 grands pyromanes se rencontrent pour perpétuer un système au service des plus riches et des multinationales. Il est temps de stopper ces incendiaires de la planète. Face à leurs faux discours, il est nécessaire de nous mobiliser au Pays Basque pour nous y opposer par nos idées, nos alternatives et nos luttes et imposer l’urgence écologique et sociale.

  • Du 19 au 24 août, village des alternatives (Urrugne, Hendaye, Irun) ;
  • Les 21,22 et 23 août, contre-sommet du G7
  • Samedi 24 août manifestation à Irun-Hendaye
  • Dimanche 25 août à midi : constitution d’une zone arc-en ciel par des rassemblements pacifiques dans 7 places du Pays basque pour la liberté de manifester.

Durant le contre-sommet des conférences, débats, constructions de résistances se dérouleront à l’initiative de nombreux mouvements, associations, syndicats (etc) du Pays Basque et d’ailleurs. Ce sera un point de convergence important des combats qui ont marqué l’année et de construction de nos futures mobilisations. Les débats seront structurés autour de 7 espaces représentant 7 brasiers du capitalisme :

  • Pour un autre monde, sortons du capitalisme et de la dictature des multinationales
  • Contre la destruction de notre planète, protégeons la terre, défendons le vivant
  • Pour un monde radicalement féministe, à bas le patriarcat
  • Respectons la diversité et la liberté des peuples, pour un monde décolonial et sans discriminations
  • Pour une démocratie sociale et les mêmes droits pour toutes et tous, à bas l’autoritarisme
  • Pour un monde juste et basé sur la solidarité entre les peuples, à bas les guerres et l’impérialisme
  • Personne n’est illégal sur cette planète, abolition des frontières pour les êtres humains

Ce contre-sommet sera l’occasion de partager des solutions concrètes pour une politique mondiale qui lutte efficacement contre les inégalités, la pauvreté, et les désastres écologiques et climatiques. Rejoignez la plateforme Alternatives G7 pour envisager ensemble un monde social et juste, respectueux des différences et de l’environnement.

mercredi 12 juin 2019

Pour participer à la mobilisation avec Attac: mobilisationg7@attac.org.

https://alternativesg7.org

https://france.attac.org/

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03 juin 2019 ~ 0 Commentaire

hébergement d’urgence (ldh)

refugies
Pour un retour à l’inconditionnalité de l’hébergement d’urgence
dans le Finistère
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Qu’est-ce que l’hébergement d’urgence ?
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L’hébergement d’urgence est un dispositif d’aide et d’accompagnement pouvant être délivré aux personnes sans abri et en difficulté sociale. Pour le solliciter, il faut faire le 115 qui est un numéro d’urgence comme l’est le 18 pour les pompiers, ou le 15 pour le Samu. Ce dispositif, ainsi prévu pour mettre à l’abri les personnes sans ressources lorsque cela est possible, est un dispositif de l’État mais dont l’organisation se fait à l’échelle du département.
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Sur le principe, la plateforme du 115 s’appuie alors généralement sur les disponibilités des CHRS ou des prises en charges hôtelières pour mettre à l’abri les personnes sans ressources. Malheureusement, il n’y a pas toujours assez de place pour toutes les personnes qui appellent le 115, et les « gestionnaires » de la plateforme ne parviennent pas à trouver une solution dans toutes les situations.
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Aujourd’hui nous ne sommes (même) pas là pour évoquer ou dénoncer le manque de place d’hébergement à l’échelle du territoire… Les structures autour de la table aujourd’hui veulent par contre dénoncer le fait que, depuis une date assez récente, dans le département, le 115 (ou plutôt le dispositif d’hébergement d’urgence), ne repose plus sur son principe fondamental qui est celui de l’inconditionnalité.
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Ça veut dire quoi l’inconditionnalité ?
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Ça veut dire que tout le monde peut appeler le 115. Ça veut dire que toute personne à la rue, sans ressource, en difficulté, peut solliciter l’aide à l’hébergement de ce dispositif. On peut (malheureusement) lui répondre qu’il n’y a plus de place, mais on ne peut pas lui répondre qu’elle n’y a pas droit !
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Or, aujourd’hui dans le Finistère, la DDCS (Direction Départementale de la Cohésion Sociale), sous les ordres du Préfet, donne comme consigne aux gestionnaires du 115 de ne pas traiter ou solutionner les appels provenant de personnes étrangères sans-papiers ou en cours de démarche pour obtenir une régularisation.
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Aujourd’hui, dans le Finistère, les salarié-e-s du 115 sont contraint-e-s de répondre aux étranger-e-s sans-papiers à la rue, et quelque-soit leur « détresse », qu’ils-elles ne peuvent pas avoir d’hébergement d’urgence. Ces salarié-e-s étaient d’ailleurs récemment en grève pour dénoncer ces consignes préfectorales.
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Pourtant, la loi sur le logement de 2014 et le Code de l’Action Sociale et des Famille prévoient que : « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence […] » (art. 345.2.2). Cette loi est ainsi régulièrement bafouée par la préfecture du Finistère.
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Nous, associations et collectifs qui conseillons et accompagnons des femmes victimes de violences, des personnes sans-papiers, des jeunes majeur-e-s isolé-e-s, etc., dénonçons ces consignes territoriales, qui sont discriminatoires et donc racistes. La préfecture n’a pas à poser la condition de la régularité de séjour pour autoriser l’accès au dispositif d’hébergement d’urgen-ce ! Et nous exigeons alors que soit rétablit le principe de l’aide inconditionnelle à l’hébergement d’urgence pour toute personne qui en a besoin.
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Nous appelons à une conférence de presse devant la préfecture du Finistère à Quimper le mercredi 5 juin à 17h.
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Nous appelons à nous rassembler/manifester, à Brest et à Quimper le mercredi 12 juin à 18h30.
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Nous appelons toutes les structures et groupes, mobilisé-e-s sur cette question, à nous rejoindre.
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 Premiers signataires :

100 pour un toit Cornouaille, 100 pour un toit de Landerneau, 100 pour un toit de Quimperlé, 100 pour un toit Saint Pol, Abri côtier urgence femmes de Concarneau, Abri Côtier de Quimperlé, Accueil des réfugiés dans le Cap, ADJIM Accompagnement des jeunes isolés migrants, Cimade du Finistère, Collectif Adé-Brest, Collectif aidons les réfugiés Brest, Collectif citoyens solidaires de Cornouaille, Droit d’asile Quimper, Digemer, EELV Kemper Kerne, France Insoumise de Quimper, Fraternité Douarnenez, Fraternité Quimper, FSU 29, Ligue des droits de l’Homme du Finistère, Morlaix-libertés, Nouvelle Donne Finistère, NPA 29, Planning familial 29, Solidarité Côte des Légendes, le Temps partagé, Travesias, Zéro personne à la rue…

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rassembmelent

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