Archive | Antiracisme

08 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

rennes (le télégramme)

refug

Manifestation pour la fermeture du centre de rétention

Hier, environ 300 personnes ont participé à une manifestation pour réclamer la fermeture du centre de rétention administrative (CRA) de Saint-Jacques-de-la-Lande (35), près de Rennes, construit il y a dix ans.
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Un collectif régional (Bretagne, Pays de la Loire et Normandie) de soutien aux personnes immigrées appelait à ce rassemblement pour « l’abolition de tous les CRA et la régularisation de tous les sans-papiers ».
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Une banderole réclamant la « Liberté de circulation et d’installation » a été brandie, pendant quelques minutes, sur un pont enjambant la quatre-voies menant à Redon.
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Le cortège s’est ensuite rendu devant le CRA, où les forces de l’ordre ont interdit l’entrée du site aux manifestants qui souhaitaient mettre en place un parloir sauvage. Finalement, une prise de parole s’est improvisée sur place avant que la manifestation ne se disperse dans le calme.
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08 octobre 2017

http://www.letelegramme.fr/

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05 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

dossier extrême droite (npa)

bretagne_antifascsiste_breizh_antifa

Guerre de position à l’extrême droite

Le départ de Florian Philippot du Front national est avant tout le résultat d’une lutte pour le pouvoir interne.

Alors qu’il était l’homme de confiance de la présidente du parti, Marine Le Pen, le jeune homme pressé a cherché à s’affranchir de celle-ci à partir de mai 2017. Le débat télé désastreux du 3 mai face à Emmanuel Macron l’avait apparemment fait douter des capacités de la cheffe de gagner un jour. C’est à partir de ce moment que Philippot a activement remis en cause la tutelle de la présidente du parti, lançant son association « Les Patriotes», un parti dans le parti, et refusant malgré les pressions d’en abandonner la direction. Cela tout en s’abstenant de façon (un peu trop) visible de participer réellement à la campagne du FN pour les législatives de juin.

La rupture entre Florian Philippot et Marine Le Pen n’est donc pas d’abord un divor- ce idéologique, d’autant moins que pendant plusieurs années c’est Philippot qui inspirait et insufflait la « ligne » de la cheffe. C’est la stratégie Philippot, partagée par Marine Le Pen, qui a conduit la direction du FN à mettre en avant les questions sociales et économiques ; tout en désertant – au moins en ce qui concerne ces deux-là, leur ligne n’étant pas partagée par d’autres cadres du FN – les manifestations réactionnaires contre le mariage homosexuel.

Toujours est-il que, à l’heure où Marine Le Pen vient de pousser Philippot vers la sortie d’abord parce qu’il était devenu trop insolent et encombrant, deuxièmement parce qu’il attirait la haine de certains dans le parti, le soupçonnant carrément d’être un « homme de gauche infiltré », cette décision est susceptible de déboucher sur des changements de ligne. Il n’est pas improbable que Marine Le Pen ait retiré ses fonctions à Florian Philippot tout en voulant conserver une large partie de son orientation : accent mis sur les aspects socio-économiques, discours tourné en partie vers les classes populaires, dénonciation du libéralisme économique, profil « ni gauche ni droite ».

Toutefois certains dans le FN (Nicolas Bay) et en dehors, mais proches du parti (Robert Ménard) souhaitent profiter de l’occasion pour obtenir des changements de ligne. Ils souhaitent refaire du FN un «vrai parti de droite », ce qu’il n’était plus aux yeux de certains en raison de son discours économique « socialisant ». C’est parce qu’il est « un homme de droite », avait expliqué en substance Marc-Étienne Lansade, le maire FN de Cogolin (élu en 2014), qu’il quittait le FN. À ses yeux, un discours qui semblait trop éloigné des intérêts immédiats patronaux devenait insupportable. Il n’est pas le seul à l’extrême droite.

Le départ de Florian Philippot aura-t-il des conséquences au sein du FN, qui tiendra son congrès au début de l’année prochaine, et, plus généralement, au sein de l’extrême droite? Va-t-on assister à la construction de nouvelles passerelles avec une droite «classique » de plus en plus acquise aux thèses du Front national ? S’il est difficile de répondre avec certitude à ces questions, il nous a semblé utile de proposer un état des lieux des forces en présence et des dynamiques en cours du côté de l’extrême droite et de la droite extrême.

Hebdo L’Anticapitaliste – 398 (28/09/2017)

La galaxie de l’extrême droite en évolution

Le Front National et la « loi travail XXL » : des contradictions manifestes

« Droite hors les murs » ou droite dans le mur ?

https://npa2009.org/

Dossier réalisé par la commission nationale antifasciste du NPA

tantquillefaudra.org

Lire aussi

D’où vient le Front national et où va-t-il ? (Anticapitalisme et Révolution)

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02 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

roms (cnrs)

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Qui sont vraiment les Roms de France ?

En 2016, 76 campements roms ont été évacués par les autorités françaises, sans propositions de relogement pour la plupart.

Depuis une quinzaine d’années, le « problème rom » est régulièrement soulevé dans les médias et les discours des hommes politiques, et pas seulement de façon rhétorique : en 2016, 76 campements roms ont été évacués par les autorités françaises selon la Ligue des droits de l’homme et près de 10 000 Roms ont dû quitter leur logement de fortune – soit deux Roms sur trois résidant sur le territoire français.

En parallèle, plusieurs milliers d’obligations de quitter le territoire français (OQTF) ont été « distribuées » dans ces mêmes camps. Malgré la politique d’exclusion mise en œuvre depuis la fin des années 1990, la population rom en France reste stable d’année en année, entre 15 000 et 20 000 personnes réparties dans les centres urbains : Paris et sa région, Nantes, Toulouse, Bordeaux, Marseille, Lyon, Lille, Clermont-Ferrand, Saint-Étienne, etc. « On est très loin de l’invasion fantasmée par certains, souligne l’anthropologue Alain Reyniers, directeur scientifique de la revue Études tsiganes.

Pourtant, nos sociétés se montrent extrêmement dures à l’égard des Roms : elles les voient comme une masse de gens, ce que les chiffres démentent, leur prêtent toutes sortes de comportements (voleurs, asociaux, fainéants…) et des intentions d’installation durable qui ne correspondent à aucune réalité, puisque la plupart d’entre eux sont seulement ici pour travailler quelques mois ou quelques années. » Alors, qui sont vraiment les Roms, et pourquoi tant de haine ?

Un problème de définition

Le premier problème auquel se heurtent les chercheurs est en réalité une question de défini- tion. « Rom », au sens large, est un terme générique qui désigne les lointains descendants d’une population ayant quitté l’Inde du Nord il y a plus de mille ans et dont la langue, le roma- nès, est apparentée au hindi. Plusieurs déplacements successifs à travers l’Europe ont cepen- dant « éclaté » cette population originelle en de multiples groupes.

Il n’y a plus grand-chose de commun entre les Manouches et les Gitans, installés en France et en Espagne depuis le début du 15è siècle, les Tsiganes, arrivés de Roumanie après l’abolition de l’esclavage dans ce pays au milieu du 19è siècle (pratique dont ils étaient les principales victimes), et les popu- lations venues d’Europe orientale et des Balkans depuis l’éclatement des républiques socia- listes, à la fin des années 1980. C’est pourquoi les chercheurs préfèrent parler de « Roms migrants » pour désigner les 15 000 personnes qui focalisent aujourd’hui l’attention dans l’Hexagone.

Aujourd’hui, il y a un amalgame entre les “gens du voyage”, qui sont citoyens fran- çais depuis des générations et les Roms venus en majorité de Roumanie et de Bulgarie.

«Aujourd’hui, il y a un amalgame entre ceux que l’on appelle les “gens du voyage”  des Manouches et Gitans pour l’essentiel, qui sont citoyens français depuis des générations et les Roms venus en majorité de Roumanie et de Bulgarie, qui sont des ressortissants de ces deux pays », souligne Céline Bergeon, géographe au laboratoire Migrations internationales, espaces et sociétés1 (Migrinter). Les autorités elles-mêmes font parfois la confusion… Et la chercheuse de citer l’exemple de ces Roms migrants installés dans des caravanes sur le parking d’un supermarché de Poitiers, auxquels les gendarmes ont demandé expressément de stationner sur l’aire de la ville réservée aux gens du voyage… «Sauf qu’ils n’ont aucun droit d’y accéder !» précise Céline Bergeon.

« La catégorie de “Tsiganes”, employée par les institutions européennes et plusieurs ONG internationales pour désigner l’ensemble de ces populations à travers le continent européen, entretient l’illusion d’une unicité ethnique et l’idée que ces populations seraient partout et de toute éternité confrontées aux mêmes problèmes : pauvreté, exclusion, discrimi- nation… », regrette de son côté Martin Olivera, anthropologue au Laboratoire architecture, ville, urbanisme, environnement2 (Lavue).

Les Roms eux-mêmes ne se voient pas comme un seul et unique groupe à l’échelle de l’Europe : ils sont de nationalités différentes, de religions différentes, certains sont catho- liques, d’autres orthodoxes, d’autres encore évangélistes, et sont loin de parler tous le roma- nès. « En Roumanie, leur situation est d’ailleurs plus contrastée qu’on veut bien le dire ici, complète Alain Reyniers. Il y a une petite bourgeoisie rom dont personne ne parle, des gens intégrés, des avocats, et des gens qui vivent dans une grande pauvreté ; il y a des groupes traditionalistes où les femmes portent jupes colorées et fichus, et d’autres très modernes… »

Une migration plus économique que politique

L’émigration rom actuelle vers l’Europe de l’Ouest et la France a débuté à la fin des années 1980, et s’est accélérée après la chute du Mur de Berlin : issus d’abord de Yougoslavie, puis de Hongrie et de Pologne, les flux migratoires sont devenus majoritairement roumains et bulgares dans les années 1990.

« Même si les régimes socialistes percevaient les Roms comme anachroniques, bon gré mal gré, ils leur ont assuré l’accès au travail, à l’école et à la santé. En revanche, ces derniers ont subi de plein fouet l’effondrement du système socialiste », explique Alain Reyniers. À Bistrita, en Transylvanie (nord de la Roumanie), certains Roms se retrouvent ainsi confrontés à un problème d’habitat ubuesque : ils vivent depuis quarante ans dans des maisons sur les- quelles ils n’ont plus aucun droit. « Ils ont été installés là par le régime communiste dans les années 1960-1970, souvent à la suite de spoliations, mais la transmission des droits fonciers ne s’est pas faite après la chute du Mur, explique Grégoire Cousin, juriste spécialiste de la question rom à la Maison des sciences de l’homme à Paris. Aujourd’hui, ils sont à la merci des politiques locales et le maire peut décider à tout moment de raser le quartier. »

La montée de l’ultranationalisme dans ces pays n’a pas facilité la situation des populations roms. « C’est en Roumanie que la population rom est estimée la plus nombreuse en Europe, avec 600 000 à 2,5 millions de personnes selon les critères utilisés et, dans l’ima- ginaire collectif, les Tsiganes symbolisent tout ce que la Roumanie ne veut plus être : un pays rural, féodal, marqué par des influences orientales », explique Martin Olivera. « La Roumanie dans son ensemble reste marquée par les stigmates d’une société post-esclavagiste qui, mal- gré ce lourd héritage, n’a jamais mis en place d’action positive de rattrapage ou de bienveillan- ce à l’égard des Roms », complète Grégoire Cousin.

Mais si le sentiment anti-Tsiganes est omniprésent en Roumanie comme dans d’autres pays de la région, pour les chercheurs, il est délicat de parler de violations des droits stricto sensu. « En milieu rural notamment, village par village, Roumains, Roms et parfois Hongrois de la minorité hongroise vivent côte à côte sans heurts majeurs », souligne ainsi Martin Olivera.

Dans les faits, le départ des Roms vers l’Europe de l’Ouest se fait avant tout pour des raisons économiques, à l’instar des millions de Roumains qui ont quitté leur pays ces vingt dernières années.

Le taux d’émigration des Roms n’est d’ailleurs guère différent du taux global en Roumanie, soit 20% de la population environ. « Les Roms de Roumanie sont pauvres mais guère plus que leurs voisins, analyse Martin Olivera. Beaucoup sont même propriétaires de leur petite maison. Ils émigrent car ils veulent améliorer leur situation et celles de leurs enfants : reconstruire leur maison, changer de quartier, de village, de ville, avoir un magasin ou une petite affaire… L’immense majorité des Roms migrants réinvestit l’essentiel de ses revenus “au pays”. »

Les bidonvilles roms, une exception française 

La France n’est pas la destination privilégiée des Roms migrants qui lui préfèrent l’Espagne et l’Italie, pour les activités agricoles, ou encore l’Allemagne. « En 2008-2010, il y avait entre 800 000 et 1 million de Roumains (Roms compris) dans chacun de ces pays, quand en France on les estimait à moins de 200 000 », relève Martin Olivera.

Pourtant, les Roms sont nettement plus « visibles » dans l’Hexagone que chez nos voisins, ce qui ne manque pas de renforcer le sentiment d’intolérance à leur égard. « En France, en raison de la crise du logement mais aussi d’une réelle discrimination dans l’accès à l’habitat, les migrants précaires d’origine européenne, qu’ils soient roms ou non, se retrouvent obligés d’habiter en bidonville, explique l’anthropologue. Ce n’est pas le cas en Espagne, par exemple, où une majorité de Roms arrivent à se loger dans le parc immobilier classique ou plus informel (sous-location, squat…). »

On dénombre quatre cents « campements illicites » dans l’Hexagone, selon la terminologie officielle, dont les deux tiers se trouvent en région parisienne.

Coincés près des voies ferrées ou sous des bretelles routières, ces bidonvilles faits de bara- ques en matériaux de récupération ou de vieilles caravanes offrent chaque jour une vue de désolation à des milliers d’automobilistes et de passagers des transports en commun… « Mal- gré les apparences, ces bidonvilles, surtout s’ils sont durables, sont moins miséreux qu’on les imagine vus de loin, nuance Martin Olivera. Certaines habitations sont même dotées de véranda avec double vitrage, comme le montrait bien Stella, le film de Vanina Vignal tourné en 2007 dans le bidonville du Hanul, à Saint-Denis en Seine-Saint-Denis. »

Fermé en 2010 après dix années d’existence, le Hanul reste cependant une excep- tion. Les évacuations régulières sont en effet la norme et certaines personnes peuvent se retrouver expulsées plusieurs fois au cours de la même année, ce qui ne fait que déplacer le problème, selon les chercheurs. Malgré la circulaire de 2012, qui demande d’effectuer un « diagnostic social et économique » avant chaque démantèlement de camp, l’immense majorité des expulsions en Île-de-France se font aujourd’hui sans proposition de relogement.

Les familles n’ont par conséquent d’autre choix que de reconstruire un bidonville quelques kilomètres plus loin. « C’est préjudiciable aux enfants qui étaient scolarisés dans les écoles voisines, regrette Martin Olivera, et cela donne l’impression d’un afflux continu de migrants. » Ces expulsions font aussi des victimes collatérales, certains couples avec enfants se retrouvant à la rue et dans l’obligation de faire appel au Samu social. « Ils sont sur la bascule du 115 et font des allers-retours entre les hôtels des quartiers d’affaires le week-end et les hôtels de tourisme la semaine, raconte Grégoire Voisin. Faute de chambres disponibles, il n’est pas rare que ces familles doivent passer une à deux nuits par semaine dans la rue. »

Si les chercheurs remettent en question l’efficacité des évacuations pratiquées depuis quinze ans, ils s’interrogent aussi sur leur base légale.

« Dans un premier temps, ce sont les juges saisis directement par les propriétaires de ces terrains situés en zone périurbaine, généralement des organismes publics ou parapublics qui ordonnaient ces évacuations au motif du respect de la propriété privée, détaille Grégoire Cousin. Ces dernières années, néanmoins, la justice a eu tendance à opposer le droit à la vie privée et familiale au strict respect de la propriété privée… »

La majorité des expulsions de bidonvilles sont désormais prononcées par les maires des communes concernées. « Les édiles mobilisent pour cela un article du Code général des collectivités territoriales les autorisant à pratiquer des expulsions dans les cas de “menace grave et imminente à l’ordre public. » Une interprétation de l’« ordre public » qui fait aujourd’hui débat.

Biffins, ferrailleurs ou intérimaires…

Les Roms migrants qui vivent dans l’Hexagone y viennent avant tout pour travailler, quelques mois ou quelques années. Si la mendicité, pratiquée surtout par les femmes, ou encore la musique dans le métro, font partie de leurs activités les plus visibles, ce sont loin d’être les seules. « Certains Roms sont biffins: ils récupèrent ce qui peut l’être dans les poubelles des quartiers aisés et monnayent ces objets sur le marché aux puces, détaille Céline Bergeon. La ferraille qu’ils ramassent et revendent aux ferrailleurs est une autre niche économique assez répandue. Ces personnes souvent peu qualifiées font aussi des boulots d’intérim, dans les abattoirs par exemple ou dans les activités de ménage… »

Avec une spécificité forte : les revenus issus de ces activités sont redistribués au sein de la famille. « On parle ici d’un modèle très différent de la famille nucléaire à l’occiden- tale, précise Céline Bergeon. Une famille rom s’apparente davantage à une “maisonnée”, au sein de laquelle vivent plusieurs familles nucléaires, frères, sœurs, cousins, parfois avec les grands-parents, ce qui peut représenter jusqu’à vingt ou vingt-cinq personnes. »

Autant le dire tout de suite : ces « réseaux familiaux », bien réels, n’ont rien à voir avec les supposés réseaux criminels des bidonvilles roms.

« Les activités criminelles concernent très peu de gens, assure Grégoire Cousin, à moins de considérer que la mendicité est un délit, évidemment. Certes, il y a eu des cas de vol ou de prostitution motivés par le remboursement de dettes prohibitives contractées en Roumanie, c’est le système de la “kamata”, qui voit les taux d’intérêt doubler tous les mois, et bien sûr tous les Parisiens connaissent les “fausses sourdes-muettes”, ce groupe de jeunes filles en rupture avec leur famille qui fait signer des pétitions aux touristes pour mieux les détrousser, mais rien qui ressemble de près ou de loin à des réseaux organisés, comme certains les fantasment. »

En réalité, les activités économiques des Roms migrants sont en grande partie tributaires des politiques migratoires à l’égard de leurs pays d’origine : la Roumanie et la Bulgarie. S’ils sont aujourd’hui membres à part entière de l’Union européenne, ces deux pays d’Europe orientale ont en effet suivi un parcours d’intégration long et progressif…

Les Roms, des Européens aux droits limités

Dès l’ouverture des négociations de l’Union européenne avec la Roumanie et la Bulgarie en 2002, les ressortissants de ces deux pays ont pu circuler librement dans l’espace Schengen, mais comme touristes seulement. « Ils n’avaient pas le droit de s’installer plus de trois mois ou de travailler, explique Grégoire Cousin. C’est ce qui a justifié pas mal de reconduites à la frontière de personnes roms, au motif qu’elles étaient de faux touristes. »

En 2007, la Roumanie et la Bulgarie ont intégré officiellement l’Union européenne, mais le sort de leurs travailleurs, Roms ou non, n’a pas connu d’évolution majeure.

Inquiets de voir débarquer une masse de travailleurs non qualifiés, plusieurs pays européens dont la France ont en effet décidé de mettre en place des « mesures transitoires » les excluant de facto du marché du travail : seules quelques dizaines de professions « en tension », dûment listées (informaticien, aide-soignant, cuisinier, poissonnier, médecin ou mannequin…), leur étaient en effet accessibles.

D’où un véritable cercle vicieux : « Sans possibilité de travailler légalement, les Roms ont été cantonnés à l’économie grise, ce qui a permis de poursuivre la politique d’expulsion à leur égard au motif qu’ils ne pouvaient justifier de revenus suffisants pour rester sur le territoire français et qu’ils risquaient de devenir une charge pour la société française », indique Grégoire Cousin.

Une situation dont les chercheurs ne manquent pas de relever l’absurdité : depuis 2007, et l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’Union européenne, les Roms ressor- tissants de ces pays sont devenus des citoyens européens (en théorie) comme les autres et ont le droit de circuler librement dans toute l’Europe ; les obligations de quitter le territoire français (OQTF) que les forces de l’ordre continuent de leur distribuer « tombent » donc sitôt la frontière française franchie. « La plupart des Roms frappés d’une OQTF passent quelques jours au pays et reviennent en France, d’autres choisissent de faire des allers-retours entre les deux pays pour échapper à ces expulsions », précise Céline Bergeon.

La fin des mesures transitoires, effective depuis janvier 2014, commence à faire bouger les lignes : désormais, il n’est plus question de métiers réservés, et le marché du travail dans son entier est ouvert aux ressortissants roumains et bulgares. « De nombreux Roms âgés de 20 à 30 ans dégotent des boulots comme manœuvre à Rungis, chauffeur à mi-temps…, témoigne Martin Olivera. Certains trouvent des petits appartements ou des squats à deux familles et quittent le bidonville. » Si la logique institutionnelle d’exclusion reste obsti- nément la même, les histoires individuelles qui sont en train de s’écrire donnent aujourd’hui de vraies raisons d’être optimiste. ♦

On estime entre 15 000 et 20 000 le nombre de Roms en France. Venus majoritairement de Roumanie et de Bulgarie, ce sont des Européens à part entière. Ils font pourtant l’objet d’une logique politique d’exclusion et de préjugés tenaces. Des chercheurs démêlent le vrai du faux dans cet article initialement paru dans le numéro 2 de la revue Carnets de science..

18.09.2017 Laure Cailloce

https://lejournal.cnrs.fr/

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02 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

guingamp anti fasciste

guingamp

guin 3

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30 septembre 2017 ~ 0 Commentaire

borussia dortmund

Le club allemand ressort ce clip pour montrer que les nazis et le foot sont incompatibles

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28 septembre 2017 ~ 0 Commentaire

réacs (qdc)

fafs

L’école : un des enjeux de l’actuelle crise au FN ?

Au Front national, la démission de Florian Philippot a immédiatement été suivie de celle de ses plus proches partisans. L’un d’entre eux, le n° 1 du parti en Loire-Atlantique, n’est autre qu’Alain Avello, également président du Collectif Racine des « enseignants patriotes », le premier des collectifs créés au sein du Rassemblement Bleu Marine…

L’action de Florian Philippot et de ses amis s’était en effet résolument inscrite dans l’obsession historique de l’extrême droite pour l’éducation. En lui donnant toutefois une nouvelle coloration: républicaine et souverainiste, en phase avec l’évolution qu’ils souhaitaient donner au parti de la dynastie familiale Le Pen.

Le FN, porte-parole de ceux qui rêvent d’un retour à l’ordre scolaire d’antan…

Longtemps partisan d’un ultralibéralisme scolaire (avec la promotion du « chèque éducation » dans son programme jusqu’en 1996 et la revendication de parité de subvention entrel’ensei- gnement public et le privé), porteur d’une vision religieuse de l’enseignement (suppression de l’école maternelle, par exemple pour le retour des mères au foyer, etc.), le FN avait progres-sivement repris à son compte les diatribes du courant réac-publicain, son déclinisme et sa nostalgie de l’école d’avant 68. Surfant sur le succès de trente ans de pamphlets alarmistes sur l’effondrement du niveau, le FN entendait devenir le porte-parole de ceux qui rêvent d’un retour à l’ordre scolaire d’antan…

Le lancement du collectif Racine en 2013, tout comme la première des conventions prési- dentielles de Marine Le Pen sur le thème de l’éducation (septembre 2016) avec l’annonce des 100 mesures pour redresser l’école, avait replacé la question éducative au cœur du program- me frontiste et consacré le projet de Florian Philippot, d’ailleurs lui-même fils d’instituteur.

« Redresser les corps, redresser les esprits pour redresser la nation »

Un programme ainsi résumé par l’un des membres du Collectif : « Redresser les corps, redres- ser les esprits pour redresser la nation » et, pour cela, conquérir le pouvoir, et diriger depuis la rue de Grenelle la mise au pas des élèves et des personnels…

C’était l’objectif de l’opération séduction de Marine Le Pen en direction des enseignants, dès 2011.

« Je le sais, longtemps, il y a eu un malentendu entre nous. Longtemps, nous avons donné le sentiment de vous regarder en ennemis. » Un mea culpa qui ne signifiait en rien une remise en cause des déclarations de papa Le Pen ou des diatribes fascistes anti-immigrés… comme en témoignent ces propos de campagne en décembre 2016 : « Je n’ai rien contre les étrangers, mais je leur dis : « Si vous venez dans notre pays, ne vous attendez pas à ce que vous soyez pris en charge, à être soignés, que vos enfants soient éduqués gratuitement, maintenant c’est terminé, c’est la fin de la récréation ! » »

« C’est la fin de la récréation »

Le national-républicanisme version Philippot ne s’est pas imposé sans mal, surtout auprès de la frange intégriste du FN, farouchement attachée aux écoles privées, de préférence hors contrat. Quand Marion Marechal-Le Pen ou Robert Ménard se faisaient les défenseurs de l’enseignement privé religieux, le Collectif Racine prétendait, lui, agir au sein de l’école publique.

Le départ du FN du dirigeant de ce Collectif d’enseignants (précisons-le, assez microscopique) annonce donc très probablement des évolutions quant à la ligne « éducative » du parti. D’a- bord au sein du FN lui-même où les partisans des fondamentaux anti-école publique (on se souvient des diatribes de Jean-Marie Le Pen contre « la racaille enseignante » et « les profes- seurs avec des blue-jeans crasseux, aux savates éculés […] fumeurs de shit invétérés » pourraient reprendre la main sur le programme éducatif, s’inspirant peut-être du modèle des écoles Espérance banlieues.

Ainsi, à Béziers, c’est une école copiée sur le fonctionnement d’Espérance banlieues qui est créée par Ménard

Ainsi, à Béziers, c’est une école copiée sur le fonctionnement d’Espérance banlieues qui est créée par Ménard (uniforme, salut au drapeau, méthodes pédagogiques d’avant-hier, etc.) que le maire, Robert Ménard, a ouvert dans sa commune. Dans le 93, le secrétaire départemental FN 93, Jordan Bardella, avait visité le cours Alexandre-Dumas (qui s’en était d’ailleurs publiquement réjoui…).

Hors du parti aussi, ce départ aura des conséquences. N’en doutons pas, les démission- naires vont continuer leur action, de manière autonome ou en s’alliant avec d’autres, le parti de Nicolas Dupont-Aignan, par exemple. Opposés sur les questions économiques (retraites, droit du travail, etc.), ils se retrouvent cependant dans la même obsession pour remettre au pas l’école, à l’image du responsable éducation du parti Debout la France, le fameux Jean-Paul Brighelli (l’auteur de La Fabrique du crétin). Ce dernier, avant d’avoir appelé à voter Le Pen avait déjà salué le programme du collectif Racine, précisant même que celui-ci lui avait « volé » ses idées en matière de retour en arrière pédagogique.

De Brighelli à Philippot, en passant par Polony : une même obsession : remettre au pas l’école

Il est donc possible qu’une reconfiguration du paysage politique se dessine, paysage où les questions éducatives pourraient jouer un rôle fédérateur. Car d’autres courants, dans la galaxie souverainiste, y accordent aussi une extrême importance, sans être étiqueté à la droite de la droite (comme Natacha Polony).

Il y a deux ans, faisant tribune commune lors des universités d’été de Debout la France – consacrée à « l’école de l’excellence » et organisée par Jean-Paul Brighellli – Nicolas Dupont-Aignan est Jean-Pierre Chevènement affirmaient que « c’est autour de l’école que se fera l’union des souverainistes des deux rives »…

« Cest autour de l’école que se fera l’union des souverainistes des deux rives » …

« Libéré » de l’estampille FN, Philippot et ses éventuels alliés pourraient vouloir incarner un débouché politique pour la nébuleuse réac-publicaine dont le discours décliniste et nostalgique en appelle aux solutions autoritaires et identitaires.

Nos luttes : sociales et pédagogiques !

Face aux nouveaux visages de l’extrême droite, la vigilance sera de mise. À nous de veiller, dans nos réflexions, nos combats et nos pratiques, à ne pas leur laisser le monopole de la critique d’une institution déjà trop inégalitaire, injuste et autoritaire. Les luttes de demain, dans et hors l’école, seront sociales et pédagogiques !

Grégory Chambat  24 septembre 2017

http://www.questionsdeclasses.org/

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26 septembre 2017 ~ 0 Commentaire

deutschland (basta!)

SoZ04-01

Journal de nos camarades allemands

Pour la première fois depuis la chute du nazisme, l’extrême droite allemande entre au Parlement

Même si la CDU d’Angela Merkel arrive encore en tête des élections législatives allemandes du 24 septembre, c’est l’extrême droite qui en est sortie gagnante. Le parti Alternative für Deutschland (AfD), créé en 2013, a engrangé 13 % des voix, selon les derniers résultats.

Aux dernières élections, l’AfD, avait raté de peu l’entrée au Parlement allemand avec 4,7 % des voix. Depuis, le parti créé à l’origine contre l’euro, est devenu essentiellement raciste et nationaliste. Le parti d’extrême droite a réalisé des scores importants dans certaines circonscriptions d’ex-Allemagne de l’Est, avec plus de 22,5 %, voire 35 % des voix. La formation a aussi percé en Bavière.

Qui sont les électeurs de l’AfD ? Probablement en partie des anciens électeurs de la CDU/CSU. Avec 33 %, les conservateurs ont perdu plus de 8,5 % des suffrages comparé aux élections de 2013. Les sociaux-démocrates (SPD), eux, n’ont séduit que 20,5 % des électeurs (- 5 % par rapport à 2013). C’est leur plus mauvais score depuis 1949. Les libéraux du parti FDP, avec plus de 10 % des voix, font leur retour au Bundestag. Les Verts obtiennent 8,9 % , juste derrière la gauche radicale Die Linke avec 9,2 %, deux scores similaires à ceux d’il y a quatre ans.

Les sociaux-démocrates veulent passer dans l’opposition

Ce sera la première fois depuis la chute du Troisième Reich qu’un parti d’extrême droite siègera au Bundestag, avec 94 sièges sur 705, en arrivant en troisième position derrière les conservateurs et les sociaux-démocrates. Disposant de 246 sièges, Angela Merkel et son parti vont continuer de gouverner. Reste à savoir avec qui. Les sociaux-démocrates ont annoncé dimanche soir qu’ils ne souhaitaient pas reconduire la « grande coalition » en cours depuis 2013, dans laquelle ils participaient au gouvernement de Merkel.

Même avec un parti libéral à plus de 10 %, Merkel ne pourra pas gouverner avec leur seul soutien. Pour former un gouvernement, il faudrait donc une coalition entre les conservateurs, les libéraux et les Verts, qui disposent de 67 sièges. Avec seulement 289 sièges à eux trois, les différents partis de gauches:  sociaux-démocratesdu SPD, Verts et Die Linke, n’ont pas réuni assez de voix pour pouvoir former un gouvernement d’union des gauches.

Rachel Knaebel 25 septembre 2017

https://www.bastamag.net/

Commentaire: Un vieux classique:

Comment vaincre le fascisme ? Léon Trotsky

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25 septembre 2017 ~ 0 Commentaire

racisme (france culture)

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Bismarck, grosses bagnoles et Méphisto : le racisme anti-allemand

A la veille des élections allemandes, retour sur plus d’un siècle d’anti-germanisme en France.

Quand Jean-Luc Mélenchon a écrit Le Hareng de Bismarck, paru en 2015, il racontait des Allemands “roublards”, épris de “grosses bagnoles”, “bougons teutons” forcément dénués d’humour et “arrogants”. A une époque où les grosses cylindrées prisées par nos voisins n’existaient pas, un membre de la cour du Roi de France avait tenu une chronique de la Deuxième croisade. C’était au 12ème siècle, Français et Allemands combattaient côte à côte pour la première fois, et ce témoin décrivait les Allemands comme des gens “vulgaires”, “brutaux”, avides de “tout dévorer”.

En voyant des casques à pointe partout, le leader de la France Insoumise s’embar- rasse à peine de préciser que ce n’est pas à “l’Allemand” ontologique, celui qu’il appelle “le gros lourd”, mais à son gouvernement qu’il s’en prend.

D’un point de vue doctrinaire, c’est l’ordre libéral d’une Europe de l’orthodoxie budgétaire qui est ciblée, dix ans après la première victoire du parti d’Angela Merkel au Bundestag. L’exercice, à quelques mois d’entrer en campagne présidentielle, se voulait “pamphlétaire” et, évidem- ment, provocateur. Mais quatre ans plus tôt, c’était Arnaud Montebourg qui enfourchait le même épouvantail pour dénoncer, lui aussi “une politique à la Bismarck”.

Bismarck, épouvantail allemand

Bismarck, qui incarne la Prusse de la guerre de 1870 (perdue par la France, si vous êtes sujets aux trous de mémoire), est devenu cet épouvantail pour la gauche française bien avant la crise grecque.

Depuis les années 70, celui qu’on appelait le “Chancelier de fer” est même un motif récurrent de l’anti-germanisme politique. C’est-à-dire, cet anti-germanisme nourri par des hommes politiques ou des responsables syndicaux au nom de différences idéologiques… mais qui confine parfois, sous couvert de critique d’un anti-modèle, à déplorer le port des chaussettes dans les sandales.

Depuis une quarantaine d’années, cet anti-germanisme-là prospère plutôt à gauche. Une date marque son apogée : la campagne de 1979 pour les élections européennes. Et ce n’est pas un hasard si c’est un scrutin européen qui a achevé de décomplexer une partie de la classe politique : c’est le sort de l’Europe, ou plus précisément le sort de la place de la France dans l’Europe, qui attise un fond de braises encore mal éteint. A l’époque, Georges Marchais multiplie les dénonciations d’une “Europe à l’heure allemande”. Dès 1978, une affiche du Parti communiste français disait déjà : NON À UNE EUROPE ALLEMANDE. NOUS, NOUS VOULONS L’EUROPE DES TRAVAILLEURS

Officiellement, Georges Marchais s’efforcera de préciser, de loin en loin, que ce n’est pas au peuple allemand qu’il s’en prend mais à la droite française, au pouvoir en la personne de Valéry Giscard d’Estaing, parce que “leur seule volonté, c’est de prendre appui sur l’étranger pour s’opposer au peuple de France, dans la tradition des émigrés de Coblence, de Thiers s’alliant à Bismarck contre la Commune, ou de la collaboration pétainiste avec Hitler”.

Mais, dans les faits, les tracts distribués par la CGT dans les usines brocardent beaucoup l’Allemagne tout court, indistinctement. Au point que le concurrent syndical de la CGT, Edmond Maire, patron de la CFDT, dénoncera la germanophobie galopante dans les ateliers et les entreprises. Dans une émission de radio, le 4 février 1979, Edmond Maire s’élevait ainsi contre le “dévoiement “ de l’action syndicale : Il nous fallait réagir vite et fort contre l’exploitation d’un vieux fond anti-allemand toujours présent, surtout en Lorraine.

Le Parti communiste, qui fera 20% à ces élections européennes (à peine moins que le score de Jacques Duclos dix ans plus tôt, à la présidentielle de 1969), n’est pas le seul parti à remuer ce “vieux fond anti-allemand”. Le RPR créé fin 1976 par Jacques Chirac n’est pas en reste. Durant cette campagne pour l’élection des députés européens au suffrage universel, Chirac lui-même rivalise d’ambiguïté lorsqu’il dénonce par exemple “le parti de l’étranger”. C’était en décembre 1978, dans un discours prononcé depuis l’hôpital Cochin. L’Humanité reprendra à son compte l’idée du “parti de l’étranger” quelques mois plus tard. Mais, pour Henri Ménudier, c’est même Chirac qui initie la campagne la plus xénophobe à ce moment-là.

L’Europe et le « parti de l’étranger »

Après coup, le jeune patron du RPR expliquera qu’il entendait “parti de l’étranger” comme “le parti du doute”. Mais le plus souvent, il charge les lieutenants du gaullisme de répondre aux accusations d’anti-germanisme. Michel Debré, par exemple, à Marseille en 1979 :

« Je crains que ceux qui nous accusent de germanophobie et de xénophobie ne soient le plus souvent des francophobes. Non, ce n’est pas faire preuve d’anti-germanis- me, de xénophobie, que de dire que la politique de la sidérurgie française ne doit pas se faire sous la pression des sidérurgistes allemands. Avant bien d’autres nous avons voulu qu’il y ait un rapprochement profond entre la France et l’Allemagne. Mais ce rapprochement ne vaut que si une France forte équilibre une Allemagne qui a retrouvé sa puissance ».

Ces élections de 1979 montrent qu’à cette époque où la construction européenne bat son plein, l’anti-germanisme se nourrit de deux obsessions :

  • La question de la souveraineté française (et l’hostilité des communistes, comme des gaullistes, à une Europe supranationale)
  • La crainte d’une vassalisation de la France sous le poids de l’hégémonie allemande

Méphisto outre-Rhin

Bismarck devient le symbole de cette Allemagne prédatrice. Le contentieux militaire et territorial entre les deux pays a connu un paroxysme à la fin du 19è siècle, sous la houlette de ce chan- celier. Au point que des intellectuels s’emparaient déjà de l’épouvantail Bismarck. Dans sa conférence du 12 décembre 1914 à l’Académie des sciences morales et politiques, Henri Bergson, né en France d’une famille juive polonaise exilée, comparait Bismarck à Méphisto- phélès et disait ceci :

La civilisation avait déjà connu, sur tel ou tel de ses points, des retours offensifs de la barbarie; mais c’est la première fois que toutes les puissances du mal se dressent ensemble, coalisées, pour lui donner assaut ».

Dénazification et jumelages

En 1979, l’arrivée à la fonction (certes symbolique) de Président de la RFA d’un certain Karl Cartens, un ancien paramilitaire du parti nazi NSDAP, exacerbera encore ce sentiment anti- allemand. En particulier à gauche, et l’on trouve par exemple de nombreuses Une de L’Huma- nité consacrées dans les années 70 à ces hauts-fonctionnaires allemands, toujours en poste et nullement inquiétés, qui ont réchappé de l’épuration après la défaite de l’Allemagne nazie.

Mais au même moment, le travail de mémoire a lieu en Allemagne, tandis que le rapprochement entre la France et l’Allemagne. C’est l’époque où Helmut Schmidt, chan- celier social-démocrate en bons termes avec Valéry Giscard d’Estaing, revendique un devoir de mémoire impérieux. Une contrition à même de paralyser toute pulsion hégémonique dans son pays. C’est aussi l’époque où, parce qu’on dit qu’on fait la paix avec des hommes de chair et d’os et pas avec des nations, on a cherché à forger un récit commun. L’Office Franco-allemand pour la Jeunesse prendra ainsi son envol et les jumelages entre villes allemandes et françaises battront leur plein dans la foulée du Traité de l’Elysée, signé en 1963 par Konrad Adenauer et le Général de Gaulle.

Dans un article sur « L’amitié franco-allemande », Alfred Grosser raconte très bien que le Général de Gaulle a réussi à porter l’amitié franco-allemande au prix d’une révolution intime. Dès le mois de septembre 1958, très vite après son retour au pouvoir, Adenauer avait rendu visite à De Gaulle à Colombey-les-deux-Eglises pour le convaincre de la nécessité d’un tandem franco-allemand dans le contexte de la Guerre Froide. La relation entre les deux hommes sera une des clefs de ce tournant. Et il restera quelque chose d’intime voire de sentimental dans ce traité de l’Elysée. En conférence de presse, De Gaulle le défendra d’ailleurs en commençant par dire qu’il a “le coeur et l’esprit satisfaits” :

Après guerre, amitié et contrition

Cette politique de réconciliation mettra aussi l’anti-germanisme en sourdine en reléguant les accusations de nazisme au second plan. Le même Alfred Grosser raconte en effet que ce sont d’abord des Résistants qui, très tôt à la sortie de la guerre, ont commencé à préparer une politique de la réconciliation : « La seconde guerre mondiale n’a pas été franco-allemande, mais anti-hitlérienne. Nous nous sentions tous coresponsables de l’avenir démocratique de l’Allema- gne écrasée, du moins dans les trois zones d’occupation occidentales. Les rencontres et échanges ont ainsi commencé à se développer dès la fin des années quarante.

Pour que les âmes achèvent de fraterniser devant leur écran de télé, la chaîne de télé Arte, créée en 1991, a pour cahier des charges de diffuser des programmes communs (même si les horaires varient car on ne dîne pas à la même heure des deux côtés du Rhin). A la manœuvre, Jobst Plog côté allemand et Jérôme Clément, côté français. (…)

Vingt-cinq ans après la création d’Arte, près de 2% des couples, en Allemagne, sont franco-allemands. Mais le destin commun patine et un homme politique arrivé quatrième à l’élection présidentielle (Mélenchon, pour ceux qui ne suivent pas) continue de décrire les Allemands en “gros lourds” aux visées prédatrices boursouflées. Ni le traité de l’Elysée en 1963, ni Arte et ses programmes sur les stéréotypes (par exemple, l’émission Karambolage) n’enterreront complètement l’anti-germanisme. Et pas davantage les 200 000 jeunes français et allemand qui se côtoient encore chaque année sous le haut patronage de l’OFAJ, malgré l’allemand qui n’en finit pas de perdre du terrain dans l’apprentissage des langues au collège.

Après 1990, le come-back de Bismarck

Travail de mémoire oblige, ce n’est plus tant l’épouvantail du nazisme que la figure de Bismarck qui fait un retour en force depuis les années 90. Comme un retour aux fondamentaux ? La géographie n’y est pas pour rien : entre-temps, l’Allemagne s’est réunifiée et ses nouvelles frontières ravivent en fait celles de la Prusse d’hier. Et cette réunification a largement joué dans ce regain d’anti-germanisme.

François Mitterrand redoutait la réunification allemande pour le poids qu’elle allait conférer au voisin. Au point, même, d’avoir manqué de lucidité : peu de temps avant, le Président français gageait encore qu’une telle réunification des deux Allemagne était tout bonnement “impossible”. Totalement à rebours du sens de l’Histoire, François Mitterrand s’était d’ailleurs fendu d’une petite visite de courtoisie à la RDA le 20 décembre 1989.

Lorsque la Grande-Bretagne a déclassifié une partie de ses archives de l’époque, on a pu découvrir les propos que tenait François Mitterrand lors de ses rencontres avec Margaret Thatcher. Ainsi, consigné à la page d’une réunion du 20 janvier 1990, ce passage attribué au Président français : “La perspective de la réunification a provoqué un choc mental chez les Allemands”. Un choc qui aurait eu pour effet de les « faire redevenir les mauvais Allemands qu’ils étaient« , disait ce jour-là Mitterrand, redoutant que l’Allemagne ne se pique de “reprendre des territoires perdus pendant la guerre”.

Le symbole de Verdun

François Mitterrand s’était pourtant montré moins méfiant jusqu’à la Chute du mur. Avec De Gaulle et Giscard, il faisait partie des trois dirigeants français les plus actifs en matière de réconciliation franco-allemande. Une image soigneusement travaillée en témoigne : c’est ce cliché de François Mitterrand et Helmut Kohl, main dans la main, au cimetière de Verdun en 1984. Ce jour-là, les deux hommes donnent un nouvel élan à la réconciliation franco-alleman- de. Au passage, ils inventent aussi une gestuelle politique qui fera date : dix ans plus tard, cette poignée de mains servait de visuel pour la page d’accueil d’un des premiers sites web du Quai d’Orsay.

François Mitterrand aurait-il tendu cette main à Gerhard Schröder ? Lorsque le chan- celier social-démocrate est arrivé au pouvoir, et avec lui une génération qui n’avait pas connu la guerre, sa communication volontariste sur la fierté allemande retrouvée a ravivé l’inquiétude en France. Comme si l’amitié franco-allemande était possible pourvu que l’Allemagne se fasse petite et poursuive cette politique de contrition qui a prévalu après-guerre jusqu’à la fin des années 90. Depuis douze ans qu’Angela Merkel dirige le pays, l’hégémonie allemande n’a jamais été aussi forte. Et avec elle, l’anti-germanisme reprend du service.

21/09/2017

https://www.franceculture.fr/

Commentaire: En tant que « trotskiste » on ne peut que rappeler que si l’Allemagne a été conquise par Hitler, c’est la faute du mouvement ouvrier allemand, socialistes (soutenant la droite) et communistes (au sectarisme sans limite) qui ont préféré la division à l’unité contre le nazisme.

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24 septembre 2017 ~ 0 Commentaire

paroles juives (ujfp)

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20 septembre 2017 ~ 0 Commentaire

hugo palheta 1 (streetpress)

corporatism

Existe-t-il un danger fasciste en France ?

Le 12 août dernier, plusieurs groupes d’extrême droite se sont rassemblés à Charlottesville (Virginie, États-Unis). La manifestation a dégénéré. Une femme, qui participait à une contre-manif antiraciste, est morte. Comment interpréter ces événements ?

En quelques mots, je dirais que ce qui s’est déroulé à Charlottesville et ses suites signalent au moins trois choses, que l’on observe dans différents pays sous des formes différentes.

La première, c’est la confiance croissante de l’extrême droite, y compris dans ses variétés les plus brutales, qui lui permet d’apparaître de plus en plus au grand jour. En France, qu’un groupus- cule violent comme le Bloc Identitaire ait pu affréter un bateau pour empêcher des associations de secourir des migrants, donc pour ajouter des morts aux milliers de morts chaque année en Méditerrannée, en dit long sur l’assurance de ces groupes.

La seconde, c’est l’appui – généralement implicite ou indirecte – que l’extrême droite trouve auprès de dirigeants politi- ques, en l’occurrence ici Trump, qui joue manifestement un double jeu.
La troisième, c’est que des mobilisations antifascistes et antiracistes puissantes peuvent enrayer le processus de renforcement de l’extrême droite, avec l’exemple notamment de Boston, où a eu lieu une manifestation antifasciste de plusieurs dizaines de milliers de personnes, qui non seulement a ridiculisé complètement un rassemblement fasciste qui devait se tenir dans la ville, mais a provoqué surtout l’annulation de dizaines de rassemblements d’extrême droite à travers le pays.

Et en France, y a-t-il un fascisme qui monte ?

Il faut penser le fascisme comme une possibilité inscrite dans la situation présente, le produit d’un processus qui n’a rien d’inévitable mais dont les fondements sont suffisamment solides et les conséquences suffisamment funestes pour prendre le danger au sérieux. Évidemment, la première chose qui vient en tête est la montée de l’extrême droite, en l’occurrence du FN, qui a recueilli plus de 10 millions de voix lors des dernières élections présidentielles. Bien sûr, le racisme est d’ores et déjà endémique dans la société française, sous la forme de discrimina- tions structurelles (sur le marché du travail notamment), de législations islamophobes, etc. L’extrême droite développe en outre tout un discours sur ce qu’ils appellent le « grand rempla- cement », etc. Certains envisagent explicitement ce qu’ils appellent une « remigration » de millions de Français, c’est-à-dire des déportations de masse.

À la question posée par un journaliste italien du Corriere della Sera (dans un entre- tien publié le 30 octobre 2014)  « Mais alors que suggérez-vous de faire ? Déporter 5 millions de musulmans français?», voici ce que répondait le polémiste d’extrême droite Eric Zemmour: «Je sais, c’est irréaliste mais l’histoire est surprenante. Qui aurait dit en 1940 qu’un million de pieds-noirs, vingt ans plus tard, seraient partis d’Algérie pour revenir en France?».

Au regard du contexte français et européen, il faut prendre très au sérieux la possibilité que ces “idées” racistes, mais aussi nationalistes et autoritaires, se développent massivement et s’y attaquer dès maintenant. Bien sûr, on ne vit pas actuellement dans un régime fasciste en France. Même l’usage de plus en plus fréquent de procédures qui contournent les instances élues (49-3 ou ordonnances), ou encore l’intensification indéniable de la répression, ne suffisent pas, loin de là, à faire un régime fasciste. Cela ne veut pas dire pour autant que le fascisme n’est pas d’une certaine manière déjà là, attendant son heure dans l’ombre du néolibéralisme autoritaire.

annees 20

Quand vous parlez de fascisme, vous voulez dire quoi ?

Pour le dire rapidement, le fascisme est un mouvement de masse structuré qui cherche à obtenir et à exercer le pouvoir pour opérer ce qu’il présente comme une « régénération » de la nation, considérée comme menacée ou mutilée et essentialisée autour d’un principe d’unité (qu’il s’agisse de la culture ou de la race). Ce principe d’unité exclut nécessairement toute personne et tout groupe considérés comme des éléments étrangers à la nation (les minorités en général), ou récalcitrants à l’unanimisme nationaliste (les mouvements sociaux, dont le mouvement syndical, la gauche radicale, mais plus généralement toute forme de contestation sociale voire d’indépendance d’esprit).

D’un point de vue historique, je pense qu’il faut appréhender le fascisme en incluant évidem- ment l’Italie de Mussolini et l’Allemagne nazie, mais aussi les mouvements et régimes qui se sont situés dans le « champ magnétique du fascisme » et qui constituent des variétés diffé- rentes d’un phénomène similaire. Cela implique donc de réfléchir à partir d’autres cas que les exemples italien et allemand : la dictature salazariste au Portugal (qui s’est maintenue durant plus de quatre décennies), la dictature franquiste dans l’État espagnol (1939-1975), le régime de Pinochet au Chili, la dictature des colonels en Grèce, le régime de Vichy en France, mais aussi tous les mouvements d’extrême droite qui n’ont pas triomphé, c’est-à-dire qui n’ont pas conquis le pouvoir.

Tous ces mouvements et régimes politiques sont utiles pour penser le fascisme, dont il faut rappeler avec l’historien états-unien Robert Paxton à quel point il est un phénomène politique protéiforme, capable de s’adapter à des contextes nationaux et historiques très différents. Je suis en effet très réservé sur le principe d’une définition restrictive du fascisme, posée une fois pour toutes, et sur le fait de classer oui ou non tel ou tel régime dans cette catégorie, comme s’il s’agissait d’espèces radicalement différentes. À ce jeu, on se contente d’affirmer que chaque mouvement ou chaque régime est singulier, ce qui est une banalité, et on s’interdit d’apprendre quoi que ce soit de l’ascension des mouvements fascistes dans l’entre-deux-guerres, de la victoire de certains et de la défaite d’autres.

L’un de vos chapitres s’intéresse de près au FN. Peut-on comparer ce parti au fascisme de l’entre-deux-guerres ?

À mon sens oui, si évidemment on ne confond pas comparaison et assimilation pure et simple. Un tel exercice de comparaison va volontairement à l’encontre de ce qu’affirment plusieurs spécialistes du FN qui, par ailleurs, peuvent dire des choses tout à fait intéressantes sur le parti. Ainsi, la plupart d’entre eux refusent de proposer une comparaison entre ce parti et les mouvements fascistes de l’entre-deux-guerres. Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg ont par exemple affirmé que qualifier le FN de « fasciste » signalerait une forme de « paresse intellectuelle ».

Je pense exactement l’inverse : le seul exemple que l’on a de mouvements d’extrême droite qui s’enracinent et se développent dans une société jusqu’à y conquérir le pouvoir, et parfois à l’assumer durablement, c’est justement dans l’entre-deux-guerres. Donc se priver de cette étude comparative, c’est cela qui est paresseux et c’est à mon sens se priver d’armes intellectuelles permettant non seulement de mieux cerner le FN et les dangers que son ascen- sion fait courir, mais aussi de penser stratégiquement en tirant quelques leçons politiques – et pas seulement morales – du passé (ce que ces spécialistes s’interdisent de toute façon).

Cela renvoie à un problème plus profond dans notre manière d’aborder la question en France. Il y a d’abord cette idée avancée par une série d’historiens français depuis René Rémond, une idée extrêmement étrange au regard de ce que l’on sait de l’histoire extrêmement riche et vivace de l’extrême droite en France depuis la fin du 19e siècle, à savoir que la France aurait été « immunisée » au 20e siècle contre le fascisme, et d’une certaine manière le serait encore aujourd’hui.

Pour ma part, il me semble d’abord évident que la France a connu des mouvements fascistes authentiques et puissants (le PPF de Doriot par exemple) et d’autres qui avaient une nette parenté avec le fascisme (les Croix-de-feu devenus PSF, sans parler du régime de Vichy qui, dans des conditions très particulières (la défaite et l’occupation de la France par l’Allemagne nazie), a constitué un régime empruntant certains de ses traits au fascisme. Mais par ailleurs, je considère que, depuis sa création en 1972, le FN est un parti néofasciste, ou au minimum protofasciste, c’est-à-dire un germe du fascisme qui, dans des circonstances exceptionnelles et imprévisibles, pourrait conquérir le pouvoir politique.

Qu’est-ce qui vous fait dire que le FN est néofasciste ?

Tout d’abord, il est très important de revenir sur la création du FN et son projet initial. Celle-ci est impulsée par différents courants de l’extrême droite mais, en grande partie, sous l’égide du mouvement alors le plus structuré et dont personne ne nie le caractère néofasciste, à savoir Ordre nouveau (qui avait succédé à Occident après la dissolution de ce dernier).

Observons la composition politique du parti, dès ses premières heures. On trouve des « nationalistes révolutionnaires », c’est-à-dire des néofascistes, dont par exemple François Duprat qui va devenir l’un des principaux dirigeants et stratèges du FN. Certains membres viennent des milieux OAS, donc des nostalgiques de l’Algérie française, d’autres des cercles catholiques intégristes, sans oublier les anciens vichystes et d’anciens Waffen SS. Le FN, comme l’indique son nom, est pensé comme un front de toutes les composantes d’extrême droite et comme une vitrine électorale.

La stratégie du FN, c’est donc en premier lieu l’unification des différentes franges de l’extrême droite et leur « dédiabolisation » (même si le mot n’est pas employé), essentielle- ment par l’emploi de méthodes pacifiques et électorales (donc à distance des batailles de rue). L’objectif, c’est que le FN apparaisse respectable pour que le nationalisme radical redevienne une force significative dans le champ politique, après la traversée du désert de l’après-guerre. Et pour cela, il faut éviter tout ce qui rappellerait l’extrême droite fasciste. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a aucun lien avec des fascistes assumés : le MSI, le mouvement social italien, un parti alors clairement néofasciste, a beaucoup aidé le FN à sa création (financièrement notamment). Même si c’est plus anecdotique, la flamme du FN, son symbole, est d’ailleurs inspirée du symbole du MSI, qui est censée représenter l’âme de Mussolini montant au ciel. Le FN a simplement modifié les couleurs : au départ verte, blanche et rouge pour l’Italie, elle devient bleue, blanche et rouge avec le FN.

Dans le même temps, il y a une stratégie d’hégémonie : il faut absorber dans le FN les nationalistes modérés (par exemple d’anciens gaullistes déçus par la politique de De Gaulle vis-à-vis de l’Algérie), tout en faisant en sorte que dominent les nationalistes radicaux.

Ajoutons que le centre de l’idéologie du FN a toujours été la nécessité d’une régénération nationale par une purge de tous les éléments considérés comme « anti-nationaux », soit parce qu’ils ne sont pas conformes à l’identité nationale (présentée selon les moments et selon les publics comme ayant un fondement culturel ou biologique), soit parce qu’ils créeraient des divisions (tous ceux qui contestent l’ordre des choses).

Ce nationalisme dit « intégral », inspiré de théoriciens français du début du 20e siècle comme Charles Maurras, oriente encore toute l’idéologie du FN. Les discours de Marine Le Pen lors de ses meetings pendant la présidentielle le montrent indéniablement (ce sont d’ailleurs ces discours qu’il faut écouter, pas ses interviews médiatiques, pour saisir un tant soit peu ce qu’est le FN, ce qu’il veut et ce que veulent ses sympathisants). Les mots changent, mais les idées restent fondamentalement les mêmes sur ce plan depuis les années 1970 : on ne dit plus « la France aux Français », mais « les Français d’abord » ; on ne revendique plus la « préfé- rence nationale », on réclame la « priorité nationale ». C’est du ripolinage qui ne modifie pas le projet stratégique et politique du FN sur le fond.

En revanche, depuis que Marine Le Pen est à la tête du FN (2011), le parti a opéré un changement important sur un point de sa stratégie idéologique : il est passé de l’anti- sémitisme viscéral (traditionnel dans l’extrême droite, en France comme ailleurs) à une idéolo- gie islamophobe beaucoup plus rentable électoralement (en particulier en France). C’est un changement qui a été pensé très explicitement. Louis Aliot, numéro 2 du parti et compagnon de la Marine Le Pen, a lui-même expliqué pourquoi dans une interview: « C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. Il n’y a que cela… À partir du moment où vous faites sauter ce verrou idéologique, vous libérez le reste ».

Il a eu raison d’une certaine manière, car le FN a en effet explosé depuis 2011. Jean- Marie Le Pen avait fait 18% au 2nd tour des présidentielles en 2002. Sa fille récolte 34% en 2017, soit près du double 15 ans plus tard. Les dirigeants du parti ont perçu qu’il était tout à fait acceptable d’être islamophobe dans le champ politique actuel, tant que l’hostilité à l’égard des musulmans et des musulmanes est justifiée par le respect de « la République », de « la laïcité ». D’ailleurs, Jean-Marie Le Pen a été sanctionné par la direction du parti pour ses remarques sur le génocide des juifs d’Europe, mais jamais pour ses discours sur les migrants, ou sur les musulmans. Quand il a dit, au sujet de l’immigration, que « Monseigneur Ebola [pourrait] régler ça en trois mois », il n’a pas été sanctionné par la direction du FN. Le parti est avant tout opportuniste en matière de cibles : ce qui compte, c’est que cela puisse payer dans les urnes.

Donc le parti demeure néofasciste ?

La direction du mouvement demeure à mon sens néofasciste, même si bien sûr elle n’est pas assez stupide pour se revendiquer d’une quelconque manière du fascisme : qui peut prétendre s’inspirer des mouvements totalitaires de l’entre-deux-guerres en Europe, sans perdre tout crédit ? De manière générale, il serait bon que l’on ne prenne pas les dirigeants d’extrême droite pour des gens stupides ; ce ne sont pas de vulgaires chefs de bande qui vivent dans le passé en vénérant les symboles du fascisme italien ou du nazisme. Ils ont un projet et une stratégie pour aujourd’hui.

En réalité, on pourrait avancer que le FN n’a jamais été aussi dangereux, non seule- ment du fait de sa progression électorale dans la période 2012-2017, mais parce qu’il a construit et popularisé une synthèse du nationalisme, de l’autoritarisme et d’un anti-néo- libéralisme qui peut attirer des franges de la population très diverses socialement.

Le parti de Marine Le Pen prétend en effet avoir opéré un “virage social”, ce qui est illusoire car elle ne fait aucune proposition qui améliorerait concrètement et significativement la vie des salariés. Mais du point de vue de la rhétorique politique, cela rapproche le FN actuel de la matrice fasciste, qui faisait une place importante à un anticapitalisme de façade et qui, dès son accession au pouvoir, mit instantanément à la poubelle cet aspect de son programme pour s’assurer le soutien des classes possédantes. Idem pour le nazisme. Jean-Marie Le Pen, au contraire, adorait l’ultralibéralisme de Ronald Reagan dans les années 1980 ; il se présentait d’ailleurs comme le « Reagan français » et entendait incarner la « vraie droite ». L’antilibé-ralisme (là encore de façade) et le « ni droite ni gauche » de Marine Le Pen se rapprochent bien davantage du fascisme classique.

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