Archive | Antiracisme

07 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

no border (actu)

No Border : brassage et métissage dans le pays de Brest

Les musiques de Bretagne tissent le fil rouge de le huitième édition du festival No Border dans le pays de Brest qui fait aussi la part belle aux musiques traditionnelles du monde.

Du Chenal à Porspoder à l’Eskal à Ouessant, en passant par le Quartz, le Vauban, les Capucins, le chapiteau du jardin Kennedy à Brest… Pas moins de dix lieux métropolitains et îliens jalonnent la huitième édition du festival No Border, le festival éclaté des musiques populaires du monde qu’organise le Quartz «entouré d’une constellation de partenariats», pour reprendre la métaphore de son directeur, Matthieu Banvillet.

Ainsi, du 8 au 16 décembre 2018, quelque 35 propositions artistiques composent le program-me de cette semaine «militante et métissée». Un melting-pot musical en provenance de Breta-gne bien sûr, mais aussi d’Auvergne, de Syrie, d’Occitanie, du Brésil, du Massif central, du Niger, de Colombie… Et sur scène, des hybridations musicales à base de folk, de flamenco, de rock, de transe, de reggae, de cumbia, d’électro…

Fest-deiz aux Capucins

Il est difficile et subjectif de retenir quelques rendez-vous dans ce brassage des musiques du monde. Citons toutefois l’atelier d’initiation aux danses bretonnes et le grand fest-deiz qui suivra aux ateliers des Capucins (samedi 15), les Filles de Illighadas sur la scène du Quartz, trois chanteuses et musiciennes du Niger (jeudi 13), les Colombiens Meridian Brothers qui transforment leurs concerts en fiestas électro-baroques complètement perchées (vendredi 14), le flamboyant Nino de Elche, un radical punk du flamenco et le quartet folk irlandais Lankum (samedi 15), les DJettes Missy Ness, la Tunisienne, et Wonderbraz, la Bretonne (samedi 15 au Vauban)…

Des after

Principale nouveauté de cette édition 2018 : un chapiteau dressé dans le jardin Kennedy accueillera (du 13 au 15 décembre) les after de No Border à partir de 21 h. Là aussi, les invitations aux voyages musicaux transporteront les festivaliers vers des ailleurs empreints de tradition et de modernité.

À noter, enfin, la tenue au Quartz de tables-rondes et de rencontres ouvertes aux festivaliers, acteurs associatifs, étudiants, professionnels de la culture et à toutes les personnes intéressées par la diversité culturelle.

Yvon Jézéquel   7 Décembre 2018

https://actu.fr/bretagne/brest

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Infos pratiques :
Du 8 au 16 décembre.
Lieux et programmation :
www.festivalnoborder.com

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05 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

immigration (jdd)

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« La France insoumise veut rassurer un peu ceux qui sont contre l’immigration »

La France insoumise est accusée d’ »ambiguïtés » sur les questions migratoires par les autres mouvements de gauche. Son positionnement est-il si différent du Parti Socialiste, du Parti Communiste ou d’Europe-Ecologie Les Verts, etc.?

Il y a deux enjeux qui ne se confondent pas totalement. D’une part, les positions de LFI sur le fond du sujet ; d’autre part, l’opportunité, la stratégie, d’en faire ou pas un thème central de propagande politique, ce qu’on appelle la saillance de cet enjeu dans la vie politique. Sur ce second point, LFI refuse assez clairement de faire de l’immigration un thème central de son discours et de la campagne pour l’élection européenne. Alors que Génération.s ou Europe-Ecologie Les Verts, d’après les dernières universités d’été par exemple, assument d’en faire une sorte d’étendard.

Et sur le fond?

Sur l’idéologie, c’est là que ça se brouille. Certaines déclarations de dirigeants insoumis sur la concurrence entre travailleurs [français et immigrés, NDLR] ont mis le feu aux poudres. Mais on exagère souvent la distance existante entre les positions de LFI et le reste de la gauche. Il y a aussi beaucoup d’oppositions construites de toutes pièces. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de différences, mais le programme insoumis reste quand même dans le champ de la gauche. Selon L’Avenir en commun [le programme de la campagne présidentielle, NDLR], les Insoumis sont très clairs : ils considèrent qu’il faut garantir et améliorer le droit d’asile. Ils veulent rétablir la carte de séjour de 10 ans comme titre de séjour de référence pour les étrangers. Et ils disent vouloir la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers.

Pourquoi ces propositions ne sont-elles pas plus mises en avant par les représentants des Insoumis? 

Leur réponse consiste souvent à résumer la position insoumise à, d’une part, l’accueil digne des immigrés, et d’autre part, à la lutte contre les causes de ces migrations (guerres, misère, changement climatique). Il y a deux éléments de réponse. D’abord, comme ils ne veulent pas faire de l’immigration un élément central de leur discours, ils veulent montrer qu’on ne peut pas déconnecter ce sujet d’autres aspects de leur programme.

Par exemple, ils relient l’enjeu de l’immigration à leurs combats contre le libre-échange ou l’impérialisme militaire. Il y a donc une recherche de cohérence. L’autre raison, la plus impor-tante à mon avis, c’est qu’ils sont convaincus, à tort ou à raison, qu’une position trop favorable à l’immigration les renverrait aux yeux du grand public à ce que le Rassemblement National appelle les « immigrationnistes ». Ils ont peur de ça.

Alors pour désamorcer ce risque, ils essaient, d’un côté, de pencher vers leur gauche, vers les militants des droits humains en disant « Ne vous inquiétez pas, nous on tient bon sur ce qui nous unit à gauche » (tout ce que j’ai rappelé plus tôt). Et d’autre part, ils envoient le signal que l’avenir de la France n’est pas dans l’accueil de plusieurs milliers de personnes chaque année, et donc ils veulent aider les gens à rester dans leur pays. L’idée, c’est de rassurer un peu ceux qui sont contre l’immigration, sans vendre le programme xénophobe du FN. Et ils habillent ça sous quelque chose qui peut apparaître aussi de gauche, parce que l’idée est de permettre aux gens de vivre et travailler chez eux. Et donc il faut combattre les traités inégaux de libre-échange, et arrêter les guerres.

Est-ce qu’il y a une évolution du discours des mélenchonistes sur cette question?

Je suis certain que Mélenchon n’a jamais été pour la liberté d’installation. Il a toujours eu ce discours qui consiste à dire que les frontières, pour lui, signifient quelque chose. La position, sur le respect des droits humains tout en s’opposant à la liberté d’installation, n’a pas varié. Ce qui est nouveau, ce sont les déclarations sur la concurrence entre travailleurs [français et étrangers, NDLR] qui ont instauré de l’ambiguïté. A mon sens, c’est plus une évolution sur la façon d’exprimer le positionnement, de le communiquer au grand public.

A quelles déclarations pensez-vous?

Quand Jean-Luc Mélenchon a sa phrase au Parlement européen, ça a beaucoup choqué [en juillet 2016, celui qui était encore eurodéputé évoquait le "travailleur détaché, qui vole son pain au travailleur qui se trouve sur place", NDLR]. Là, il y avait une opposition entre étrangers et Français, ça déviait totalement de sa position jusque-là équilibrée, car il y avait une mise en cause des travailleurs, au lieu du système, la mise en concurrence des travailleurs.

En interne, ça a beaucoup tangué, ça avait un peu alerté. Et on voit qu’il y a des oscillations : on n’a plus du tout eu, depuis, ce genre de formulation. C’était une embardée qui aurait pu représenter un changement assez choquant pour les gens de gauche, mais ça n’a jamais été reproduit.

Fabien Escalona, docteur en sciences politiques spécialiste des gauches radicales, explique au JDD la position de La France Insoumise sur les questions migratoires. Il est également jour-naliste à Mediapart. La France insoumise, ambiguë sur les questions migratoires? La critique est régulière, venue notamment d’autres forces de gauche. Fabien Escalona, docteur en scien-ces politiques spécialiste des gauches radicales*, analyse dans une interview au JDD le dis-cours et la position de La France insoumise (LFI) sur ce sujet. Le chercheur juge exagérés les dissensus sur le fond entre le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et les autres partis de cette famille politique. Mais il constate une évolution, sur la forme, de l’expression des mélenchonistes.

 4 décembre 2018

https://www.lejdd.fr/

 

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04 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

dominique vidal (npa)

vidal doom

Antisionisme-antisémitisme 

Enjeux d’un amalgame

Mon dernier livre, intitulé Antisionisme = Antisémitisme ?, est sous-titré Réponse à Emmanuel Macron1. Rien là d’un effet de style. J’ai en effet décidé de l’écrire le 16 juillet dernier, après avoir entendu le discours du président de la République à la commémoration du 75e anni-versaire de la rafle du Vel d’Hiv. Non seulement il avait invité, pour la première fois, le Premier ministre israélien à cette cérémonie, non seulement il lui avait donné du « cher Bibi », mais, à la fin de son (excellent) discours, il avait lâché : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme. »

Jamais un président de la République, même pas Nicolas Sarkozy ni François Hollande, n’avait jusqu’ici repris à son compte cet étrange amalgame entre antisionisme et antisémitisme. Étran-ge, en effet, puisqu’il confond dans une même réprobation un délit, le racisme anti-Juifs, condamné par la loi comme toutes les autres formes de racisme et une opinion, qui conteste l’impossibilité de l’assimilation des Juifs et donc la nécessité d’un État où ils se retrouveraient tous et, au-delà, la politique de cet État.

Un antisémitisme en recul

L’antijudaïsme, puis l’antisémitisme traversent l’histoire de l’Europe, plus, d’ailleurs, que celle du monde arabe. Ils s’y sont traduits, des siècles durant, par des discriminations, des expul-sions et des massacres, ainsi lors des Croisades, mais aussi, au 19è siècle notamment, lors des « pogromes » de l’Empire tsariste. Ces persécutions ont atteint leur apogée avec le géno-cide nazi, qui visait certes d’autres cibles (Tsiganes, malades mentaux, Slaves…), mais dans lequel les Juifs formaient le seul groupe destiné à être tué jusqu’au dernier : il exterminera de fait la moitié des Juifs d’Europe, un tiers de la population juive mondiale.

En France, où le régime de Vichy et sa police ont collaboré activement à la déportation de 75 000 Juifs (sur 330 000, français et étrangers, une proportion qui souligne la solidarité dont ils ont bénéficié), l’antisémitisme n’a cessé de reculer depuis la guerre. Selon toutes les enquê-tes, il représente aujourd’hui une idéologie marginale, alors que l’islamophobie bénéficie d’un quasi consensus.

La meilleure preuve, c’est, premier élément, la réponse de nos compatriotes à la question « Les Juifs sont-ils des “Français comme les autres” ? ». En 1946, seul un tiers répond par l’affirmative. Soixante-dix ans plus tard, selon une enquête d’IPSOS2, la proportion atteint… 92 % ! Ajoutons que 93 % estiment que « Rien ne peut excuser un acte ou une parole antisémite ». Ces résultats sont d’autant plus significatifs qu’ils s’inscrivent dans un contexte de rejet accru des musulmans. Non seulement 36 % des sondés (+12 en un an) les estiment « mal intégrés », mais 83 % les en rendent responsables, ils seraient « repliés sur eux-mêmes » et refuseraient de « s’ouvrir sur la société », contre 17 % qui pointent la responsabilité de la société…

En revanche, second élément, les chercheurs observent la persistance de certains préjugés vis-à-vis des Juifs, bien qu’ils soient en recul : 52 % des Français pensent que « les Juifs sont plus attachés à Israël qu’à la France », 52 % que « les Juifs ont beaucoup de pouvoir », 51 % que « Les Juifs sont plus riches que la moyenne des Français » et 38 % que « Les Juifs sont un peu trop présents dans les médias ». Mais il existe aussi des préjugés et combien !, contre les Corses, les Bretons ou les Auvergnats : parlera-t-on pour autant de racisme anti-corse, anti-breton ou anti-auvergnat ?

Reste que la France a connu, troisième élément, une flambée de violences anti-juives au début des années 2 000. Chaque année, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) publie un rapport intitulé la Lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, qui suit notamment l’évolution des actes et menaces racistes. Cette catégorie de « menace » incluant aussi bien un courriel d’insulte qu’une lettre anonyme ou un graffiti sur la voie publi-que, nous préférons nous référer aux « actes ». En 2002, par rapport à 2001, le nombre de ces derniers est multiplié par quatre, et, en leur sein, le nombre d’actes antisémites par six. Toutefois, dès 2003, on observe un net reflux des violences antisémites (- 36 %) et des autres violences racistes (- 23 %).

Ce recul se poursuit, irrégulièrement, tout au long des années suivantes s’agissant des violences antijuives. En revanche, les violences racistes, et notamment islamophobes, se maintiennent à un niveau élevé, avec une véritable explosion en 2015, dans le contexte des attentats terroristes : elles triplent cette année-là. Mais elles connaîtront un recul de près de 60 % en 2016. L’année 2017 marque une nouvelle décrue : 121 faits antimusulmans (- 34,5 %), 311 faits antijuifs (- 7,2 %) et 518 autres faits racistes (- 14,8 %). Notons cependant une poussée des violences proprement dites : 72 contre des musulmans (67 en 2016) et 97 contre des Juifs (77 en 2016).

Une nécessaire vigilance de tous les instants

Certains intellectuels parlent, depuis une quinzaine d’années, d’« antisémitisme musulman ». Cette thèse a même fait l’objet d’un procès, l’historien Georges Bensoussan ayant attribué, à tort, au sociologue Smaïn Laacher, lors de l’émission « Répliques » d’Alain Finkielkraut, l’idée que « dans les familles arabes, […] l’antisémitisme [se] tète avec le lait de la mère ». Blanchi par la justice de l’accusation d’« incitation au racisme », le responsable du Mémorial de la Shoah n’en a pas moins fait l’objet d’une mise en garde du Conseil supérieur de l’audio-visuel (CSA), considérant que « certains propos tenus par M. Bensoussan […] étaient susceptibles d’encourager des comportements discriminatoires ». 

Au-delà des dérapages, ce débat a été alimenté par un sondage réalisé en 2014 par la Fondation pour l’innovation politique3, qui a suscité de vives réactions. Ainsi la sociologue et politologue Nonna Mayer a-t-elle appelé, dans le Monde, à « parler d’antisémitisme avec rigueur »4. À ses sévères critiques d’ordre méthodologique, la chercheuse ajoutait « une interrogation plus générale sur la pertinence du concept de “nouvel antisémitisme” » défini notamment par rapport aux « travaux de Pierre-André Taguieff ». Or ce dernier, souligne Nonna Mayer, « voit un antisémitisme masqué derrière la critique d’Israël et du sionisme, au nom de l’antiracisme et des droits de l’homme, et porté tant par l’islamisme radical que par les idéologies tiers-mondistes d’extrême gauche ».

Toutes ces données quantitatives ne sauraient dissimuler les réalités qualitatives : le vécu des catégories concernées. D’autant que, pour la première fois depuis 1945, des Juifs, en ce début de siècle, ont été assassinés en tant que tels : les quatre victimes juives de Mohammed Merah, les quatre martyrs de l’Hyper Casher, mais aussi Ilan Halimi, Lucie Attal-Halimi et Mireille Knoll. La complexité des autres motivations des tueurs, meurtres crapuleux, voire acte de folie, n’empêche pas qu’ils soient d’abord perçus comme antisémites.

C’est dire que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme reste plus que jamais nécessaire. Et qu’il suppose une vigilance de tous les instants. Toute incitation à la haine raciale, toute propa-gande négationniste doivent être combattues et sanctionnées. De ce point de vue, la loi anti-raciste de 1881, celle de 1972, la loi Gayssot de 1990 et le Code pénal constituent un arsenal efficace.

Encore faut-il que celui-ci soit appliqué. Or, pendant des années, un Dieudonné ou un Soral ont pu jouer impunément avec l’antisémitisme et le négationnisme. Outre les provocations de ces hommes de gauche passés à l’extrême droite, il faut évoquer les dérapages que font ou tolèrent certains défenseurs auto-proclamés de la Palestine. Je veux le dire clairement : compte- =tenu des accusations dont ils font l’objet, les militants qui professent des idées anti-sionistes doivent être les plus vigilants. Toute « bavure » leur coûtera désormais très cher et, au-delà de leur personne, à la cause qu’ils entendent défendre…

Voilà pour le premier terme de la comparaison d’Emmanuel Macron.

La naissance du sionisme… et de l’antisionisme

Et pour le second ? Historiquement, la poussée de l’antisémitisme à la fin du XIXe siècle a aussi suscité la naissance du sionisme. Confronté aux pogromes de 1881-1882 en Russie, puis témoin à Paris de la dégradation du capitaine Dreyfus en 1895, Theodor Herzl en tire la conclusion que les Juifs sont inassimilables, même dans le pays qui, le premier, les a éman-cipés, et qu’ils doivent donc disposer d’un État à eux.

En 1896, il publie l’État des Juifs et, l’année suivante, réunit le Premier Congrès sioniste mondial : « Le sionisme, précise son programme, s’efforce d’obtenir pour le peuple juif en Palestine un foyer reconnu publiquement et garanti juridiquement. »5 Le fondateur du mouve-ment fait l’impasse sur l’existence, dans ce pays, d’un peuple arabe autochtone, qui représente alors les neuf dixièmes de sa population, et que le sionisme va progressivement priver de tous ses droits.

Vingt ans après le Congrès de Bâle, le Royaume-Uni, avec la Déclaration Balfour, fait sien le projet de Foyer national juif en Palestine, sur laquelle il obtient en 1922 le mandat. Pourtant, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et malgré Londres, les héritiers de Herzl ne rencontrent guère d’écho parmi les Juifs : l’essentiel des mouvements politiques juifs s’oppose à leur ambition.

Pour les communistes juifs, la solution de la question juive réside dans la révolution socialiste. Lénine, dès 1903, dénonce le nationalisme juif : « Absolument inconsistante au point de vue scientifique, l’idée d’un peuple juif spécial est, par sa portée politique, réactionnaire. » Pour le leader bolchevique, « dans toute l’Europe, la chute de la féodalité et le développement de la liberté politique ont marché de pair avec l’émancipation politique des Juifs, qui abandonnent le “yiddish” pour adopter la langue du peuple parmi lequel ils vivent et, d’une manière générale, leur assimilation progresse à l’époque ».

C’est pourquoi Lénine, à l’époque, polémique aussi avec le Bund, l’Union générale des ouvriers juifs de Lituanie, Pologne et Russie, pourtant également hostile au projet d’État juif. Pour ce mouvement social-démocrate, la solution de la « question juive » suppose la réalisation d’une autonomie culturelle des Juifs dans les pays où ils vivent. Les bundistes estiment en effet que la culture doit agir comme ciment des Juifs, davantage que ne le ferait un État ou un terri-toire. Ils considèrent le sionisme « comme une réaction de la classe bourgeoise contre l’anti-sémitisme et la situation anormale du peuple juif. Le sionisme politique érigeant pour but la création d’un territoire pour le peuple juif ne peut prétendre résoudre la question juive, [...] ni satisfaire le peuple dans son ensemble ».

Quant aux religieux orthodoxes, leur opposition au sionisme est radicale. Imaginer un État juif avant l’arrivée du Messie est purement et simplement blasphématoire. Seul le mouvement religieux Mizrahi ne voit pas de contradiction entre sa foi et la vision de Herzl. Il faudra attendre 1949 pour qu’une partie plus substantielle des religieux accepte de passer un compromis avec le jeune État d’Israël, qu’on appelle le « statu quo » et qui définit les devoirs réciproques de l’État et de la religion. De pressions en concessions, le premier cèdera de plus en plus de terrain à la seconde. Si bien qu’aujourd’hui seule une minorité d’ultra-orthodoxes conteste encore l’existence de l’État d’Israël.

Il faut dire que, de leur côté, Herzl et ses successeurs ne manquaient pas de griefs contre les religieux : pour eux, la religion a fait du peuple juif une entité passive, attendant son salut et son émancipation de la venue du Messie, qui permettrait le retour du peuple juif dans sa patrie historique, mais dans le cadre d’un projet divin et pas dans celui d’un projet politique conçu par des hommes.

Le bouleversement du génocide nazi

Les faits sont têtus : l’immense majorité des Juifs quittant l’Europe centrale et orientale se rend en Europe occidentale et surtout aux États-Unis, environ 3,5 millions de 1881 à 1924. En revanche, au début de la Seconde Guerre mondiale, la Palestine mandataire ne compte que 460 000 Juifs, soit 2,9 % de la population juive mondiale.

Une bonne partie de l’immigration est venue à l’époque d’Allemagne. La montée du nazisme a provoqué une accélération de l’émigration juive vers la Palestine : celle-ci passe de 1932 à 1939 à 247 000 arrivants, soit 30 000 par an, quatre fois plus que depuis la fin de la Première Guerre mondiale ! Il s’agit déjà moins d’un « choix sioniste » que d’une fuite face aux persécu-tions.

Fuite facilitée par l’accord dit Haavara (transfert), conclu par l’Organisation sioniste mondiale avec le gouvernement nazi, le 25 août 1933 : contrairement aux autres qui partent sans un mark en poche, les Juifs allemands allant en Palestine peuvent récupérer là-bas une partie de leurs biens sous la forme de produits exportés par le Reich là-bas. Plusieurs dizaines de milliers de Juifs allemands sauveront ainsi leur vie. Cet accord coûtera en revanche la sienne à son négociateur sioniste, Haïm Arlosoroff, assassiné sur la plage de Tel Aviv le 16 juin 1933.

Qu’on n’imagine pas Hitler converti au sionisme. Durant ses premières années, le régime nazi n’a pas encore conçu la « solution finale de la question juive ». Il s’attache d’abord à exclure les Juifs de la société allemande et à les pousser à l’émigration. Dans un second temps, il pensera en termes de déportation massive : vers Madagascar d’abord, puis vers la Pologne et enfin vers la Sibérie. Le projet génocidaire proprement dit se radicalisera à partir de l’invasion de l’URSS, le 22 juin 1941.

Le génocide nazi bouleverse tout. Six millions de Juifs ont été exterminés et des centaines de milliers de survivants ne peuvent pas retourner chez eux. Or Washington leur refuse tout visa. Bon nombre émigrent alors vers la Palestine, puis vers Israël, d’où la guerre de 1947-1949 a chassé 800 000 Arabes. Comme durant l’entre-deux guerres, les juifs se rendant là-bas le font moins par « choix sioniste » que par obligation ou calcul, qu’il s’agisse des vagues de Juifs arabes ou de celle des Soviétiques…

Dans un cas comme dans l’autre, l’aliya procède des circonstances. S’agissant des Juifs arabes, les raisons de l’émigration varient d’un pays à l’autre. Certains ont été expulsés, comme en Égypte. D’autres ont été « importés » par les autorités israéliennes : ainsi au Maroc, au Yémen, en Éthiopie et, en majorité, en Irak.

D’Algérie, la plupart des Juifs se sont retrouvés en France, dont ils possédaient la citoyenneté. Rares sont, parmi tous ces immigrants des années 1940 à 1970, ceux qui rejoignent Israël par choix idéologique. Il en va de même des Juifs soviétiques, dont une forte proportion, d’ailleurs, ne l’était pas : la répression de leur culte juif rendait difficile l’identification des Juifs. La plupart de ces arrivants ont profité de l’accord passé par Mikhaïl Gorbatchev avec Itzhak Shamir pour pouvoir quitter l’URSS, sans savoir que le Premier ministre israélien avait fait en sorte qu’ils ne puissent pas poursuivre leur voyage vers l’Europe ou les États-Unis, comme un grand nombre l’espérait.

Soixante-dix ans et plusieurs vagues d’immigrations après sa création, Israël compte 6,5 millions de Juifs et, avec les territoires occupés, le même nombre de Palestiniens. C’est dire que la majorité des 16 millions de Juifs du monde vit encore ailleurs. De surcroît, en Occident, leur assimilation s’accompagne d’une majorité de mariages avec des non-Juifs. Et des centaines de milliers d’Israéliens ont quitté leur pays, où ils ne vivent plus, rien qu’à Berlin, ils seraient plus de 100 000. Même parmi les Juifs de notre pays qui, ces dernières années, ont effectué leur alya en réaction aux violences antisémites, une forte proportion repart vers la France.

Dégradation de l’image d’Israël

Faut-il considérer tous ces Juifs qui, de génération en génération, ont résisté aux sirènes du sionisme comme des antisémites ? Ou bien, tout simplement, comme des citoyens ayant préfé-ré poursuivre leur vie dans leur patrie de longue date ou d’adoption ? Historiquement, la petite phrase du président de la République est donc absurde.

Les Français ne s’y trompent d’ailleurs pas. Selon la dernière enquête de l’IFOP6, 57 % ont une « mauvaise image d’Israël » (68 % chez les moins de 35 ans), 69 % une « mauvaise image du sionisme » (74 % chez les moins de 35 ans) et 71 % pensent qu’« Israël porte une lourde responsabilité dans l’absence de négociation avec les Palestiniens » (68 % chez les moins de 35 ans).

Selon une enquête toujours de l’IFOP, mais plus récente, 67 % des sondés voulaient que « le président Macron évoque explicitement la perspective de sanctions lors de sa rencontre avec Benyamin Netanyahou ». Sont-ils pour autant antisémites ? Évidemment non. Sous le titre « Un antisionisme qui ne se transforme pas en antisémitisme », l’enquête IPSOS déjà citée montre que les sympathisants de la France Insoumise et du Parti Communiste sont à la fois les plus critiques vis-à-vis de la politique d’Israël et les plus empathiques envers les Juifs de France.

« Au niveau individuel, conclut l’enquête sur ce point, il n’y a pas de relation évidente entre l’antisémitisme et l’antisionisme » Et d’ajouter que l’un comme l’autre « sont des attitudes cohérentes entre elles, mais qui concernent le plus souvent des individus différents ». Con-clusion de Brice Teinturier, qui présente l’enquête sur le site Akadem7 : « On ne peut pas, rapidement et un peu caricaturalement, dire que l’un dissimulerait l’autre. »

Au-delà du contresens qu’elle implique, la petite phrase du Vel d’Hiv comporte surtout, politi-quement un grave danger pour la liberté de pensée et d’expression. La manœuvre des dirigeants israéliens et de leurs inconditionnels français est cousue de fil blanc : ils tentent de criminaliser toute critique de leur politique parce qu’ils se savent isolés. À preuve la reconnais-sance croissante de l’État de Palestine, entré successivement à l’Unesco (2011), puis à l’Assemblée générale des Nations unies (2012) et même à la Cour pénale internationale (2015).

Il y a quelques semaines, l’Assemblée générale de l’ONU a voté en faveur de l’autodétermina-tion du peuple palestinien par 176 voix pour, 7 contre (Canada, États-Unis, Israël, Îles Marshall, États fédérés de Micronésie, Nauru et Palaos) et 4 abstentions (Cameroun, Honduras, Togo, Tonga).

Et cet isolement ne risque pas de se réduire. La droite et l’extrême droite au pouvoir à Tel-Aviv sont en effet engagées dans un inquiétant processus de radicalisation. Profitant du soutien de l’administration Trump et de leur alliance avec l’Arabie saoudite contre l’Iran, elles veulent passer de la colonisation, qu’elles accélèrent, à l’annexion. Plusieurs lois ont été ou vont être votées par la Knesset en ce sens. À terme, Tel Aviv enterrera la solution dite des deux États au profit d’un seul État, où les Palestiniens annexés avec leurs terres ne jouiraient pas du droit de vote : un État d’apartheid.

La nouvelle loi fondamentale en cours d’adoption à la Knesset symbolise ce tournant. Celle de 1992 définissait Israël comme un « État juif et démocratique » : le projet voté en première lectu-re parle d’« État-nation du peuple juif ». Et il précise : « Le droit à exercer l’autodétermination nationale au sein de l’État d’Israël appartient au seul peuple juif. » De surcroît, il prive l’arabe de son statut de « langue de l’État » réservé à l’hébreu. Bref, il renie explicitement la Déclara-tion d’indépendance qui, le 14 mai 1948, promettait que le nouvel État « développera le pays au bénéfice de tous ses habitants ; il sera fondé sur les principes de liberté, de justice et de paix enseignés par les prophètes d’Israël ; il assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe ; il garantira la pleine liberté de conscience, de culte, d’éducation et de culture ».

Il ne s’agit hélas pas seulement de la fuite en avant de dirigeants hors sol : selon les sondages, la moitié des sondés n’estiment « pas sage » de poursuivre la colonisation de la Cisjordanie, et 53 % s’opposent à son annexion8. Mais seuls 24 % estiment que les Palestiniens devraient,  en cas d’annexion, jouir du droit de vote, 30 % envisageant un statut de « résident ». Ce passage de la colonisation à l’annexion n’améliorera évidemment pas l’image d’Israël dans l’opinion mondiale.

Voilà pourquoi l’extrême droite israélienne et ses relais français voudraient interdire toute contestation. Premier objectif de l’opération : la condamnation de la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanction (BDS). Aucune loi ne l’interdisant, ses censeurs s’appuient sur une circulaire ministérielle, signée Michèle Alliot-Marie, que de rares parquets ont suivis. Et sur un arrêt de la Cour de Cassation, que la Cour européenne des droits de l’Homme peut néan-moins encore retoquer.

D’autant que la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, ne cesse de répéter : « L’Union européenne se positionne ferme-ment pour la protection de la liberté d’expression et de la liberté d’association, en cohérence avec la Charte des droits fondamentaux, qui est applicable au territoire des États membres, y compris en ce qui concerne les actions BDS menées sur ce territoire. »9

Vers l’interdiction de l’antisionisme ?

D’où un second objectif, auquel le propos d’Emmanuel Macron risquerait d’ouvrir la voie : l’interdiction de l’antisionisme proprement dit. En novembre dernier, Francis Kalifat, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), demandait ainsi au Premier ministre que la « définition (de l’International Holocaust Remembrance Alliance – IHRA), qui prend en compte l’antisionisme comme forme nouvelle de l’antisémitisme, soit transposée dans l’arsenal législatif français »…

Élaborée par l’IHRA le 26 mai 2016 à Budapest, elle présente l’antisémitisme comme « une certaine perception des Juifs, qui peut s’exprimer comme de la haine à leur égard. Les mani-festations rhétoriques et physiques d’antisémitisme visent des individus juifs ou non juifs ou/et leurs biens, des institutions et des lieux de culte juifs ». À ce texte s’ajoute une sorte de « mode d’emploi » l’explicitant, ajoutant notamment : « Ces manifestations peuvent inclure le fait de cibler l’État d’Israël, conçu comme collectivité juive. » Mais l’annexe ajoute : « Toutefois, la critique d’Israël similaire à celle émise contre tout autre pays, ne peut être considérée comme antisémite. » 

Cette notion de similarité pose un problème évident : comment traiter également des États qui ne violent ni le droit international ni les droits humains et ceux qui, comme Israël, violent ouvertement les uns et les autres ? L’occupation et la colonisation des territoires palestiniens depuis un demi-siècle bafouent en effet les Conventions de Genève comme les résolutions de l’ONU… Reste que le Parlement européen a adopté ladite résolution le 1er juin 2017.

Si la proposition de loi visant à interdire l’antisionisme ne constituait pas une manœuvre aussi grave, on pourrait presque en rire. Imagine-t-on les communistes demander l’interdiction de l’anticommunisme, les gaullistes celle de l’antigaullisme, les néolibéraux celle de l’altermo-ndialisme ? La prétention des ultra-sionistes relève ici d’une pensée qu’il faut bien qualifier de totalitaire.

Si ce projet prenait corps, le Conseil constitutionnel le bloquerait sans doute en route. Sinon, ce serait la première fois, depuis la guerre d’Algérie, que la France réinstaurerait le délit d’opinion. Je suis malheureusement assez âgé pour me souvenir des pages de journaux parsemées de blanc, car caviardées par la censure…

Or l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 affirme : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. » Quant à la Constitution de la Ve République, son article premier assure que la France « respecte toutes les croyances ». Et, pour sa part, la Convention européenne des droits de l’homme stipule dans son article 9 : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé. »

Ce débat, on le voit, dépasse donc les questions liées au conflit israélo-palestinien. Il pourrait même menacer nos libertés. Sans doute est-ce la raison pour laquelle l’Exécutif semble reculer. Au dîner du CRIF, le 7 mars, Emmanuel Macron n’a pas repris son amalgame entre antisionisme et antisémitisme. De même son Premier ministre, Édouard Philippe, qui l’avait fait sien en octobre 2017, l’a abandonné, le 19 mars 2018, en présentant le plan annuel du gouvernement contre le racisme et l’antisémitisme.

Faut-il en conclure que la lutte paie ? Pour l’affirmer et supprimer le point d’interrogation, il faudra sans doute encore poursuivre cette bataille avec détermination et sang froid.

Nous publions, avec l’aimable accord de son auteur, la version écrite de l’intervention de l’historien Dominique Vidal lors de notre dernière université d’été.

Mardi 4 décembre 2018

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29 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

frais d’inscription (npa)

racism

Frais d’inscription : Offensive raciste contre les étudiantEs étrangers

Bien plus qu’un arrêté ministériel, un système à combattre.

Difficile d’énumérer l’ensemble des législations racistes adoptées au cours des dix dernières années. Au printemps 2018, l’État se donnait les moyens d’enfermer deux fois plus longtemps une personne en centre de rétention administrative, et criminalisait le travail de 200 000 à 300 000 salariéEs sans papiers. Aujourd’hui, ils veulent racketter les étudiantEs. Un racket qui ne rapportera finalement pas grand-chose, sinon l’attention des racistes.

Une mesure raciste

Le gouvernement a décidé, par un arrêté ministériel, et donc par la décision « exécutoire » d’un ministre, de briser l’accès aux études des étudiantEs étrangers issus de notre classe, et de radier dans la pratique les étudiantEs sans papiers, avec la décision d’une augmentation spectaculaire des frais d’inscription à l’université pour les étudiantes étrangers « extra-euro-péens ». Quelques jours après l’annonce, le portail Campus France affichait déjà les nouveaux tarifs : 2 770 euros pour une année en cycle de licence (au lieu de 170 euros actuellement), 3 770 euros pour une année en cycle master et en doctorat (au lieu de 243 euros et 380 euros.

Il faut le dire et le répéter, même si cela peut paraître évident :

Il s’agit bien là d’une mesure raciste. Cette augmentation des frais d’inscription n’est pas une énième loi d’austérité : un tel acte, antidémocratique qui plus est, marque un profond tournant dans le racisme à l’université. Si le gouvernement gagne, on va voir, par exemple, se transfor-mer radicalement une université comme celle de Paris 8, dans laquelle 1 500 des inscritEs bénéficient de l’aide médicale d’État.

Développer un front antiraciste

Face à de telles attaques, l’heure n’est décidément pas à promouvoir un programme « raison-né » sur l’immigration. Il est plus que jamais nécessaire que l’ensemble du mouvement étudiant réagisse. Alors que nombre d’entre nous occupions nos facs l’an dernier, trop peu avaient convergé vers les appels des collectifs de sans-papiers à manifester contre la loi asile-immi-gration.

Et pourtant, jusqu’à huit universités ont été occupées par des migrantEs, des dizaines de lycées ont été bloqués contre l’expulsion de l’un ou de l’unE des leurs, et dès à présent des assemblées générales se déroulent dans les universités. L’heure est donc à se doter d’une stratégie pour avancer une orientation dans ce mouvement.

La mobilisation, qui doit être la plus massive possible, doit s’appuyer sur la construction d’une autonomie politique du mouvement des étudiantEs migrants, car l’émancipation des oppriméEs ne se fera jamais sans les oppriméEs. Déjà de premières dates ont été déposées, comme le 1er décembre à 12 h au Panthéon à Paris, pour un rassemblement qui ira possiblement rejoin-dre le collectif Rosa Parks. Et des initiatives locales se multiplient dans les facs de toute la France.

La perspective du 18 décembre

Partout nous devons chercher à humilier ce gouvernement. Partout, il est nécessaire qu’émergent des fronts pérennes, en mesure de construire un rapport de forces nécessaire à faire barrage au racisme.

De multiples occasions vont surgir pour construire un mois de décembre antiraciste 

Le 1er décembre, le collectif Rosa Parks appelle à manifester suite à une « disparition » des raciséEs le 30 novembre, afin de montrer quelle peut être leur force.

Le 18 décembre, toutes les villes et les villages doivent s’enflammer avec les appels à manifes-ter initiés par des cadres unitaires regroupant collectifs, associations, partis et syndicats. Parce que ces augmentations transformeront encore un peu plus les universités, parce que cela écrasera la dignité des étrangerEs, nous devons résister !

Gaël (Paris 13e) Mercredi 28 novembre 2018

https://npa2009.org/

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25 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

étudiant étrangers (jdd)

titre sejour

Etudiants étrangers

L’Unef appelle à un rassemblement le 1er décembre

« Ce lundi 19 novembre, Edouard Philippe a fait des annonces concernant l’accueil des étu-diant·e·s étranger·e·s et l’attractivité de la France, lors des rencontres universitaires de la francophonie. Loin de permettre aux étudiant.e.s étranger.e.s de vivre dans de bonnes condi-tions, les mesures annoncées vont augmenter les difficultés qu’il.elle.s rencontrent!

En augmentant très fortement les frais d’inscription jusqu’à 3.800 euros en master et doctorat, le gouvernement va renforcer la précarité qu’il.elle.s rencontrent. Nous, associations de défense des étudiant.e.s étranger.e.s et syndicat étudiant, nous écrivons donc cette tribune pour exiger l’abandon de cette mesure!

Il faudrait mériter d’étudier en France et ce mérite résiderait dans la capacité de payer des frais exorbitants!

Cette très forte augmentation des frais d’inscription des étudiant.e.s étranger.e.s issu.e.s de pays ne faisant pas partie de l’Union européenne consacre la volonté du gouvernement français de trier les jeunes qui auront accès à l’Enseignement supérieur en France.

Après avoir instauré une sélection via Parcoursup ayant laissé de nombreux.ses jeunes sur le carreau en début d’année, le gouvernement continue sur sa lancée en mettant en place une sélection sur l’argent des étudiant.e.s étranger.e.s.

Alors qu’il affirme vouloir ‘attirer’ plus d’étudiant.e.s étranger.e.s en France, l’augmentation des frais d’inscription va dans le sens inverse!

Cette mesure et le discours tenu par Edouard Philippe ce lundi montrent qu’il.elle.s ne cher-chent en réalité qu’un seul type d’étudiant.e.s : ceux.celles issu.e.s de famille aisées ayant les moyens de payer! Ainsi, il faudrait mériter d’étudier en France et ce mérite résiderait dans la capacité de payer des frais exorbitants! Nous refusons que nos universités ne soient ouvertes qu’aux ‘élites’ alors même qu’il est nécessaire d’élever le niveau de formation dans les années qui viennent.

A l’inverse, nous affirmons que l’ensemble des jeunes qui souhaitent faire leurs études en France doivent pouvoir le faire, qu’il.elle.s soient français.e.s ou étranger.e.s. Le passage des frais d’inscription en licence de 170 à 2.800 euros et en master et doctorat de 243 à 3.800 euros ne fait que fermer les portes de l’Enseignement supérieur français à de nombreux.ses jeunes étranger.e.s qui ne pourront pas payer aussi cher.

Un tel montant oblige également à une dépendance familiale forte quand dans le même temps le salariat des étudiant.e.s étranger.e.s est limité. Ne permettre qu’aux étudiant.e.s issu.e.s de familles aisées de venir en France accroîtra donc les inégalités qui existent déjà partout dans le monde aujourd’hui dans l’accès à l’éducation.

Pour le gouvernement, cette augmentation est une mesure d’équité car il serait ‘injuste’ qu’un.e étudiant.e étranger.e paye autant qu’un.e étudiant.e français.e. Pourtant, quelle que soit notre nationalité nous étudions dans les mêmes filières, les mêmes amphis, consommons les mêmes choses. La nationalité ne doit pas devenir un critère de discrimination entre nous alors qu’il est déjà très fort aujourd’hui.

C’est l’égalité des droits qui est nécessaire et qui permettra d’améliorer l’’attractivité’ de notre pays, si chère au gouvernement français!

En effet, les étudiant.e.s étranger.e.s rencontrent aujourd’hui un certain nombre de galères : administratives (parce que les démarches pour obtenir un titre de séjour et une inscription sont très complexes), sociales (car la nationalité française est nécessaire pour accéder aux bourses sur critères sociaux et aux aides d’urgence du Crous), pédagogiques:  les préfectures ont la main sur le dossier des étudiant.e.s étranger.e.s et apprécient, alors qu’elles n’ont aucune compétence pédagogique pour le faire, le caractère ‘réel et sérieux’ des études afin d’autoriser le renouvellement d’un titre de séjour).

Face à une précarité qui progresse pour tou.te.s les étudiant.e.s mais qui est encore plus forte pour les étudiant.e.s étranger.e.s, nous affirmons que c’est l’égalité des droits qui est néces-saire et qui permettra d’améliorer l’’attractivité’ de notre pays, si chère au gouvernement français!

Dans le même temps, le gouvernement a annoncé investir dans les bourses que peuvent toucher les étudiant.e.s étranger.e.s, compensant ainsi l’augmentation drastique des frais d’inscription. Cependant, les bourses accessibles aux étudiant.e.s étranger.e.s sont rares et ne concernent que très peu d’étudiant.e.s.

Il s’agit soit d’aides du pays d’origine, soit d’aides pour lesquelles la sélection se fait souvent au mérite. Sur les 320.000 étudiant.e.s étranger.e.s en France, un très grand nombre trouve seul.e des solutions de financement. Nous rappelons qu’aider les étudiant.e.s qu’une fois qu’il.elle.s ont réussi ne permet pas de lutter contre les inégalités sociales et laisse encore une fois les mêmes sur le côté : les jeunes issu.e.s d’un milieu précaire.

Face à cela nous vous enjoignons Monsieur le Premier ministre de revenir sur votre décision d’augmenter les frais d’inscription pour les étudiant.e.s étranger.e.s hors UE. A ce titre, nous avons soutenu la pétition lancée par Youcef Fellah, étudiant en Master 2 à l’Université Paris 8, militant à l’UNEF et à l’UEAF.

A l’opposé de l’augmentation des frais d’inscription que vous prévoyez, nous revendiquons des mesures ambitieuses pour améliorer les conditions d’accueil et d’étude de tou.te.s les étudiant.e.s étranger.e.s :

Pour faciliter l’arrivée en France

  • Rendre gratuite la procédure d’obtention du titre de séjour étudiant en supprimant le coût du timbre fiscal.
  • Supprimer, ou a minima assouplir, les exigences de justificatifs d’hébergement et financiers nécessaires à l’obtention d’un titre de séjour.
  • Rendre effective la mise en œuvre du titre pluriannuel de séjour dans l’ensemble des préfectures et le rendre accessible dès la première année en France.
  • Permettre une dérogation aux accords bilatéraux (notamment entre l’Algérie et la France) afin de permettre aux étudiant.e.s concerné.e.s d’accéder au titre de séjour pluriannuel et à l’APS comme l’ensemble des étudiant.e.s étranger.e.s mais également à l’autorisation préalable de travail.

Pour faciliter l’inscription à l’université et améliorer les conditions de vie des étudiant.e.s étranger.e.s en France

  • Augmenter le nombre de vœux et de places sur la platefome « Etudier en France » de Campus France et permettre l’accès à la procédure complémentaire de Parcoursup.
  • Supprimer le critère de nationalité dans l’accès à l’ensemble des bourses attribuées par les CROUS (bourse sur critères sociaux, aides d’urgence annuelles, etc..) et quand à l’accessibilité à un logement au sein des Crous.

Nous appelons au rassemblement le samedi 1er décembre, à 12 heures, Place du Panthéon à Paris ainsi que dans d’autres villes de France. »

Les signataires :

Lilâ Le Bas, Unef (Union Nationale des Etudiants ), Thierno Laye Fall,  FESSEF (Fédération des Etudiants et Stagiaires Sénégalais), Aghiles Ait Mammar, UEAF ( Union des Etudiants Algériens ), Minh Duc Nguyen, UEVF (Union des Etudiants Vietnamiens), Fouad Miloudi, ECAF (Etudiants et Cadre Algériens), Taylan Tuzlu, DIDF-Jeunes, Alvaro Luna Porras, COLCREA (Association d’étudiants et créateurs colombiens en France), Illiassou Assoumane, UESNF (Union des Etudiants et Stagiaires Nigériens), Kombila Yébé Mariole, FEGAF (Fédération des Etudiants Gabonais), Ibrahima Tanou Sow, AJGF (Association des Jeunes Guinéens), Boubacar Afel Yattara, ADEM (Association des Diplomés et Etudiants Maliens). Aly Traore, JBF (Jeunes Burkinabé de France), Rosalie Gueye, L’étudiant 221 Sunugal, Ali Fuladkar, FLAP (Réseau Franco-Libanais d’Académiques et Professionnels)
Hussein Ghali, ADEEF (association des étudiants égyptiens.)

TRIBUNE  Le syndicat étudiant Unef et 14 autres associations veulent mobiliser le 1er décembre contre la hausse des frais d’inscription à l’université pour les étudiants extra-européens. L’Unef entend mobiliser contre la hausse des frais d’inscription à l’université des étudiants extra-européens annoncée lundi (2.770 euros en licence, 3.770 euros en master et doctorat à la rentrée 2019). Avec quatorze associations d’étudiants étrangers, le syndicat étudiant cosigne une tribune pour « exiger l’abandon de cette mesure », soutient la pétition lancée sur change.org (plus de 150.000 signatures samedi matin) et appelle à des rassemble-ments le 1er décembre, place du Panthéon à Paris et dans d’autres villes. A ses yeux, les bourses promises pour compenser cette hausse ne suffiront pas à rétablir la balance pour les plus défavorisés.

25 novembre 2018

https://www.lejdd.fr/

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21 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

collectes brest (ouest france)

refugees

Migrants.

Nouvelle grande collecte ce samedi 24 novembre

Une nouvelle collecte en faveur des migrants est organisée dans différents endroits du pays de Brest.

Rendez-vous ce samedi 24 novembre.

Le collectif Collectes Solidarité Réfugiés appelle une nouvelle fois à la générosité de chacun et à l’esprit de Noël. Une liste des besoins a été établie avec les associations de terrain, afin de répondre au plus près au besoin des personnes.

Vêtements hommes (tailles S/M/L) :

Manteaux, blousons imperméables, survêtements, T-shirt, sweat, pull, ponchos, sous-vêtements, chaussettes, gants, écharpes, bonnets et chaussures solides, de sport, taille 39 à 44.

Vêtements femmes et enfants

Manteaux, blousons chauds, combinaisons de ski

Équipements divers

Tentes, couvertures chaudes, sacs de couchage, couvertures de survie, tapis de sol, chaufferettes, sacs à dos, grands sacs

Produits d’hygiène

Shampoing douche, rasoirs jetables, brosses à dents, dentifrice, tampons hygiéniques, couches.

Alimentaire

Conserves légumineuses, de poissons, huiles, riz, thé en sachet.

Les points de collecte

Brest  : Patronage laïque Cavale-Blanche, MPT du Guelmeur, Centre social de Pen ar Creac’h de 9 h à 12 h, Patronage Laïque Guérin de 10 h à 12 h et de 14 h à 16 h et patronage laïque Recouvrance de 15 h à 18 h.

Daoulas  : Salle Kernéis de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h.

Plougastel-Daoulas: Biocoop de 10 h à 12 h et espace Frézier, centre-ville, de 13 h 30 à 17 h.

Locmaria-Plouzané  : centre social Ti Lanvenec de 10 h à 15 h

Lesneven  : centre socio-culturel de 10 h à 12 h et de 14 h à 16 h.

et Saint Pabu… Local Bmh – Teven ar Reut – Près du salon de coiffure

refugees

Contact :

refugies29n@gmail.com et

Facebook : collectes solidarité Réfugiés pays de Brest.

21/11/2018

https://www.ouest-france.fr

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15 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

omar slaouti (regards)

 

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14 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

penser l’immigration (ballast)

migrants

Penser l’immigration

Olivier Besancenot et Danièle Obono

Qu’est-ce que vous attendez de cette rencontre ?Danièle Obono : Qu’on aille au-delà des caricatures. Qu’on pose les termes exacts du débat. Énormément de choses sont dites depuis la rentrée de septembre, mais elles ne relèvent pas d’une véritable discussion. On se fait traiter, à la France Insoumise, de « rouges-bruns » à demi-mot ; on nous prête des positions qui ne sont pas les nôtres ; on fait fi du travail qu’on fournit à l’Assemblée nationale et sur le terrain depuis plus d’un an. C’est insultant et extrême-ment violent. Il n’y a pas de « fracture » à gauche sur la question migratoire, il y a des diffé-rences, comme sur nombre d’autres sujets. Polémiquons au sens politique et positif du terme, c’est-à-dire sur des bases réelles.

Olivier Besancenot : Cette rencontre est une très bonne initiative. Auguste Blanqui disait que de la discussion peut toujours jaillir la lumière. J’attends de cet échange qu’il nous permette d’aborder les problématiques de fond qui peuvent faire désaccord entre nous. On ne peut plus se satisfaire de petites phrases savamment distillées. Assumons qu’il y a débat, et rendons-le lisible. On se respecte suffisamment pour tenter de le faire.

Un point de clarification, d’emblée, pour le lecteur. Vous parlez ici en votre nom propre ou au nom de vos organisations respectives ?

Danièle Obono : Je suis à la fois militante politique et députée de la France Insoumise. Je peux distinguer ce que je pense du mouvement, si distinction il y a, mais je parle publiquement comme responsable de la FI. J’ai d’ailleurs coordonné le livret L’Avenir en commun sur l’immigration.

Olivier Besancenot : Je ne suis pas mandaté en tant que tel pour cet entretien par le NPA, mais ce que je discute ici à titre individuel est en parfaite cohérence avec les positions défen-dues par notre parti. J’entends ce que tu dis, Danièle, mais j’ai peur de ne plus saisir les posi-tions de la FI. Je ne suis pas dans le « clash » mais on doit pouvoir se dire les choses sincère-ment. Notamment lorsque des sujets de dissension apparaissent. Et il y en a.

Quand je lis, par exemple, la députée allemande Sarah Wagenknecht, de l’organisation Aufstehen, prétendre pourfendre « la bonne conscience de gauche de l’accueil » ou Djordje Kuzmanovic, de la France Insoumise, qui suggère « d’assécher les flux migratoires », je me dis qu’une « fracture » politique voit le jour. Ferez-vous des alliances avec Aufstehen à échelle européenne ? La personne en question fera-t-elle partie de vos candidats aux élections européennes ?

Danièle Obono : Ça ne m’intéresse pas d’importer les débats allemands en France, comme ça a été fait sur ce sujet, de manière totalement biaisée et de mauvaise foi, sans même pren-dre la peine de traduire l’intégralité des positions réelles des uns et des autres. Leur situation n’est pas la même, leurs débats ne sont pas les nôtres, même si on partage bien sûr des valeurs communes.

Pas plus qu’on ne doit caricaturer les positions d’une personne, qui sont ce qu’elles sont, légitimes et discutables, mais qui ne sont pas pour autant celles du mouvement dans son ensemble. Djordje Kuzmanovic est un camarade : il n’est pas le « conseiller » de Jean-Luc Mélenchon sur les questions migratoires, comme ce dernier l’a publiquement fait savoir.

Je ne suis pas avec lui d’accord sur tout, mais il est très engagé dans le mouvement : il fait un gros travail, notamment sur les questions internationales ; je le respecte pour ça et partage avec lui l’essentiel, c’est-à-dire les idées et les propositions défendues dans notre programme « L’avenir en commun ». Je ne suis pas là pour parler de lui, pour lui, contre lui, à sa place, en sa défense, ou je ne sais quoi. Je suis là pour discuter de ce que je défends, moi, en tant que députée, de ce que notre groupe parlementaire, y compris Jean-Luc Mélenchon, qui en est le président, défend et par voie de conséquence de ce qui est la position de notre mouvement. Si on peut être clairs là-dessus dès le départ, ça permettrait de s’éviter de faux débats.

Olivier Besancenot : Jean Luc Mélenchon a déclaré qu’il n’était plus favorable à la liberté d’installation et de circulation…

Danièle Obono : Non : il a toujours été contre la liberté d’installation, en tout cas, depuis le Front de Gauche. Et il a toujours dit clairement que c’était sa position à lui. Nous fonctionnons au sein de la France Insoumise sur ce qui fait commun : comme cette question ne fait pas consensus, nous ne nous battons donc pas programmatiquement pour la liberté d’installation. Ce n’est donc pas nouveau ! Mais on est pour la liberté de circulation, on est favorables au fait de donner des papiers aux travailleurs vivant ici.

Olivier Besancenot : Mais comment peut-on être pour la liberté de circulation et contre celle de s’installer ? Si on admet le droit de pouvoir fuir son pays, et de traverser les frontières, alors il faut bien atterrir quelque part. Donc : en France, accueille-t-on ceux qui ont traversé la Méditerranée ? Quels sont alors les arguments qui s’opposent à la liberté d’installation ?

Danièle Obono : On a martelé, à commencer par Jean-Luc Mélenchon, qu’on doit accueillir les gens qui sont là. Qu’on ne doit jeter personne à la mer. Qu’on doit défendre le droit d’asile, on a même proposé de l’élargir. C’est écrit noir sur blanc. Mais la liberté d’installation, pour une partie de la FI, renvoie à l’imaginaire « no border », et la FI ne se positionne pas en faveur de l’abolition des frontières, ni de la suppression généralisée des visas.

Voilà pourquoi nous n’utilisons pas ce slogan. Mais, dans les faits, concrètement, nous donnons aux gens les moyens de vivre et de travailler. Personne ne semble avoir lu notre programme « L’avenir en commun » et le livret thématique n° 32, « Respecter les migrants, régler les causes des migrations », qui abordent tout ceci très concrètement ! Nous avons également élaboré une brochure de 40 pages, Pour une politique migratoire humaniste, solidaire, raisonnée et réaliste, qui présente nos propositions alternatives à l’infâme projet de loi macroniste sur l’asile et l’immigration, débattu et voté au printemps. À aucun moment nous n’accusons les migrants de faire baisser les salaires et les droits sociaux ; nous pointons seulement la responsabilité du patronat dans cette instrumentalisation. En quoi est-ce déshonorant ?

Olivier Besancenot : Dans un tweet, qui se faisait l’écho d’une déclaration de Jean-Luc Mélenchon, je m’étais autorisé à faire une simple piqûre de rappel marxiste : ce n’est pas l’immigration, même indirectement, qui fait pression sur les salaires, mais le Capital. L’équation que vous posez, et qui relie, même au titre de l’instrumentalisation, l’immigration à la baisse des salaires, est périlleuse. Je la rejette. Cette succession de déclarations m’inquiète : il existe des lignes rouges à ne pas dépasser.

Olivier, vous estimez qu’on ne peut pas mener ce débat « à bas bruit » car il va « reconfigurer l’avenir du mouvement ouvrier dans les prochaines années ». Pourquoi lui donner cette centralité ?

Olivier Besancenot : Nous nous orientons vers de profonds bouleversements politiques, en France comme ailleurs. Les espaces et les délimitations politiques risquent d’être durablement reconfigurés. La victoire de Bolsonaro, au Brésil, vient confirmer un tournant dans la période, marquée par une crise globale. Il y a le feu au lac.

Aux États-Unis, les élections se sont transformées en gigantesque référendum sur l’immigra-tion. L’air du temps est chargé de nuages noirs. Ce mouvement mondial prospère sur la crise sociale, écologique, économique et politique, qui s’enracine. Pour l’heure, il conduit principale-ment à l’émergence de courants populistes d’extrême droite, voire néofascistes. La question migratoire est au cœur de ce cyclone.

Quel degré d’importance lui accorder ? La traiter à la hauteur de son importance objective reviendrait-elle à faire de l’ombre à la question sociale ? Non, je continue de penser que les questions sociales et antiracistes sont complémentaires. On doit pouvoir parler fort, de manière décomplexée, sur ces deux enjeux. La stratégie gagnante des dominants est de trouver des boucs-émissaires sur le terrain de l’immigration : il nous faut penser contre notre temps. Et délimiter ensemble un espace politique clairement identifié auprès de l’opinion qui assume de dire que la liberté de circulation et d’installation sont des questions essentielles, pour aujourd’hui comme pour le projet de société qu’on imagine pour demain.

Danièle Obono : Qu’y a-t-il de nouveau dans les flux migratoires ? Une catastrophe climatique majeure va, dans l’avenir, peut-être imposer cette centralité. Mais, à la France Insoumise, nous refusons de placer la question migratoire au centre, c’est-à-dire d’épouser l’agenda des classes dominantes. On n’accepte pas les termes du débat, puisqu’ils sont biaisés. L’accueil des réfugiés politiques, économiques et climatiques, c’est une évidence, mais le traiter unique-ment par le biais de slogans comme « liberté d’installation » me paraît hors-sol.

Objectivement, la question migratoire ne fracture pas la société en deux. Elle n’oppose pas les migrants aux « vrais » Français. Pas plus qu’elle ne fracture la gauche ou le camp progressiste de manière fondamentale. L’immigration n’est pas un problème mais un des éléments politiques de notre époque : elle n’est pas centrale, fondamentale, structurelle, la centralité, c’est le partage des richesses et la crise écologique. C’est une analyse internationaliste que nous produisons. Qui, j’insiste, n’a à mes yeux rien de nouveau ni d’illégitime. C’est une probléma-tique et une ligne d’analyse qui fait par exemple partie, depuis toujours, des débats au sein du mouvement altermondialiste.

Olivier Besancenot : Affronter la réalité du monde, c’est affronter la réalité du monde capita-liste tel qu’il est, et tel qu’il développe sa propre crise. Les conflits militaires et les interventions impérialistes suscitent, par exemple, une partie des mouvements migratoires. Les libertés de circulation et d’installation ne sont pas des conceptions « hors-sol » : elles relèvent de droits vitaux liés à une urgence concrète.

Les peuples doivent être libres de vivre là où ils l’entendent, de rester ou de partir. Notre responsabilité, ici, consiste à lutter contre les politiques impérialistes menées par nos propres États et nos gouvernements guerriers. Bon nombre de migrants ne fuient pas pour le plaisir, c’est une évidence. Mais quand bien même aurions-nous réglé ces conflits, rien ne nous autorise à penser pouvoir figer les mouvements migratoires. Le principe essentiel qui subsiste reste, dès lors, le droit inaliénable, pour qui l’entend, de se déplacer, sans quoi, on s’arroge le droit de dire : « Toi, tu peux bouger, toi non. » Ce qui revient précisément à endosser la grille d’analyse de la classe dominante.

Le livret L’Avenir en commun consacré à l’immigration, et donc encadré par Danièle, pose trois points-clés. 1 : Arrêter les guerres ; 2 : Arrêter les accords commerciaux qui détruisent les économies locales ; 3 : Affronter le changement climatique. Olivier, avez-vous un désaccord sur ce triptyque ?

Olivier Besancenot : Bien sûr que non. Le débat est ailleurs. Le mouvement altermondialiste, qui a été évoqué tout à l’heure, n’a, par exemple, jamais revendiqué le fait de « lutter contre les causes » de l’immigration. Dans la confusion actuelle, celle de la percée de l’extrême droite et du racisme qui se distille partout, et tu l’as vécu dans ta chair, Danièle, on doit gagner en clarté politique. Quitte à être minoritaires, dans un premier temps. Je crois que ce mot d’ordre alimente la confusion politique.

Danièle Obono : La question que je pose, c’est celle de nos responsabilités, comme pays impérialiste dominant, pour agir dessus. En tant que puissance néolibérale, nous dévastons les économies et les agricultures des pays d’où viennent, en partie, les migrants. Nos grandes entreprises capitalistes déstabilisent les marchés africains.

Olivier Besancenot : Très bien, luttons sur ce terrain. Donc le budget de l’armée française. Mais c’est contradictoire avec la présence régulière d’une délégation de la France Insoumise au salon de l’armement du Bourget. Sans parler de votre critique de la baisse des budgets militaires ! On parle quand même de 300 milliards d’euros consacrés à loi de programmation militaire d’ici 2025. Un tiers du chiffre d’affaires de l’armement français passe par l’exportation des armes, nous plaçant au rang de troisième exportateur mondial.

Danièle Obono : C’est un autre débat.

Olivier Besancenot : C’est lié.

Danièle Obono : On peut, d’une part, critiquer les interventions impérialistes, y compris les ventes d’armes de la France, ce qu’on fait, et, d’autre part, sachant qu’on aspire à gouverner, assumer de nous intéresser à l’armée, aux objectifs et aux moyens qu’on lui donne. Car lors-que nous serons en responsabilités, nous devrons déterminer quoi faire ou ne pas faire. Les peuples doivent pouvoir disposer d’eux-mêmes, oui, mais cela signifie également, dans les conditions qui sont aujourd’hui les nôtres, d’avoir des frontières, des États, un territoire recon-nu et respecté, une protection. Autrement, c’est un slogan creux. Pourquoi les gens fuient-ils dans le pays voisin, pour passer dix ans dans des camps de réfugiés ? Car le leur, de pays, n’est pas stabilisé. Et les militants africains sont les premiers à le dire.

Olivier Besancenot : Le monde est tel qu’il est : 17 000 personnes ont crevé dans la Méditer-ranée depuis 2014 pour tenter de trouver refuge sur le sol européen. C’est donc un problème politique majeur. Je suis contre hiérarchiser les sujets de batailles politiques. La question nous est posée, donc nous devons y répondre sans bégayer, et sans feintes. Je n’ai jamais parlé d’effacer les réalités des territoires et des espaces portés par l’Histoire, dans toute leur complexité. Mais je ne crois pas aux identités assignées. Oui, ou non, ces 17 000 personnes avaient-elles le droit de trouver un lieu d’accueil ?

Danièle Obono : Là, on est d’accord, bien sûr ! On n’a jamais dit le contraire : c’est précisément ce qu’on défend depuis la campagne !

Olivier Besancenot : Mais que dit Jean-Luc Mélenchon ? Il faut accueillir, oui, mais se donner les moyens d’empêcher les gens de partir. Je ne suis pas d’accord. Qui l’autorise à penser ainsi le monde ? Imagine-t-il, lui, à contrario, qu’on puisse lui expliquer dans quel coin du monde il a le droit ou non de se rendre ? Le Nord qui contrôle les mouvements du Sud, c’est l’antienne de la pensée coloniale.

Qu’a dit Frantz Fanon à ce sujet ? L’Occident est une pure fabrication du tiers monde. Des décennies de pillage, d’esclavage et de colonialisme. Les richesses dont nous jouissons, si peu, ici, ont été extirpées là-bas. Nous, « Occidentaux », nous devrions nous protéger ? De qui, de quoi ? Tout en conservant, pour nous, le droit de circuler aux quatre coins du monde ; tout en restant persuadés que nos « ressortissants », eux, gardent la possibilité de s’installer partout. C’est toujours à sens unique. Je ne fais pas l’éloge de l’errance ou du nomadisme, pas plus que je ne fais celle de la sédentarisation.

Olivier, votre position implique-t-elle de remettre en cause les États-nations et les frontières que nous connaissons aujourd’hui ?

Olivier Besancenot : Frontière ou pas, les migrations ont lieu, à part peut-être en RDA, autrefois, mais ce n’est pas un modèle de société. Le démographe François Héran répond, lorsqu’on lui demande s’il est pour ou contre les migrations, que ça n’a pas plus de sens que d’être pour ou contre le vieillissement. D’un point de vue politique, des gens crèvent aujour-d’hui, donc, oui, je suis pour l’ouverture des frontières. Voilà comment la question se pose.

Plus généralement, l’État est quant à lui une structure de domination que je suis pour dépas-ser, en lui substituant un nouveau type de démocratie : l’expérience kurde doit nous interpeller. Durant des décennies, l’autodétermination du peuple kurde se traduisait essentiellement autour du mot d’ordre : un État avec des frontières. Depuis quelques années, le courant politi-que qui se construit autour du PKK formule ses revendications différemment : une solution fédérale pour l’ensemble des peuples de la région.

Danièle Obono : La majorité des peuples demande des États qui ne soient pas explosés. Les peuples aspirent à un territoire protégé.

Olivier Besancenot : Parce que l’État-nation constituerait une zone de protection ? En quoi est-il garant de stabilité ? J’opte volontiers pour la souveraineté populaire. Mais, personne ne peut pré-établir les espaces de cette souveraineté, encore moins vu d’en haut, et du Nord. L’échelle de cet espace peut être nationale, mais aussi régionale, locale, continentale ou internationale.

Frédéric Lordon a raison, sur ce point, de pointer un angle mort de notre pensée politique : nous sommes dans une séquence de régression politique collective liée aux expériences politi-ques du 20è siècle ; avant, le sujet de l’émancipation politique, la classe ouvrière, le prolétariat, se vivait plus volontiers par-delà les frontières du fait de son sentiment assumé d’appartenance de classe. Ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. Nous sommes en effet en quête d’espaces de souveraineté « stables ». Car la politique a horreur du vide. Mais pour les confiner aux frontières ? Il n’y a pas plus instable, historiquement, que l’État-nation ! Rien n’est plus chao-tique que sa construction même. Les États-nations, dans le jeu d’opposition qu’ils suscitent, sont à l’origine des plus grands conflits planétaires et des guerres les plus sanguinaires.

Danièle Obono : Vouloir penser les causes des départs forcés, ce n’est pas assigner les peuples à résidence nationale mais leur permettre d’avoir un choix, un choix véritable, qui ne soit pas entre crever et crever un peu moins. Nous appelons à un Office mondial des migra-tions au niveau de l’ONU, où 197 États sont reconnus : nous n’avons pas à décider entre Euro-péens. D’autant que les flux migratoires ne concernent pas majoritairement les pays occiden-taux, mais bien ceux du Sud. Ce que défend la France Insoumise ne caresse pas l’air du temps dans le sens du poil. Au contraire. Nous sortons de nous-mêmes et pensons la migration à échelle planétaire.

« Je suis internationaliste. Pas mondialiste. Je crois au bon usage des frontières », écrivait cette année Jean-Luc Mélenchon. Que signifie pour vous cette opposition entre « internationalisme » et « mondialisme » ?

Olivier Besancenot : Je ne suis pas mondialiste, mais c’est là le vocable de l’extrême droite, en général… Je suis un internationaliste conséquent. C’est devenu une vanne, dans la gauche radicale, d’affirmer qu’on est favorable au brassage, au mélange. Je ne suis pas béni-oui-oui, je ne suis pas sponsorisé par Erasmus, je rappelle seulement nos fondamentaux politiques. Je crois à la reconnaissance des spécificités, mais dans leur relation à l’universel. Avec ce point d’équilibre, toujours. Je préfère les identités-rhizomes, dont parlait Glissant, aux identités closes. Je veux croire que nous naissons de plusieurs racines.

Danièle, je te propose que nous menions une campagne commune sur le thème « L’immigra-tion n’est pas un problème », tel que tu l’as énoncé tout à l’heure. Que toutes les forces le disent ensemble et donnent un maximum de visibilité à cette ligne face au public. Ne laissons pas planer de mauvais doutes. Car n’importe quelle personne assise dans son canapé, qui entend dire à la télévision, dans nos bouches, qu’il faut d’abord traiter « les causes » de l’immigration se dit machinalement que l’immigration est donc bel et bien un problème.

Danièle Obono : De quoi parle-t-on ici ? Pas de celles et ceux qui font le choix, par désir de voir du pays ou par choix de vie, d’aller vivre ailleurs, ayant à leur disposition les moyens pour faire et obtenir des visas, des titres de séjour… Tant mieux pour elles et eux ! Aujourd’hui, quand on aborde le sujet des migrations, extrême droite mise à part, qui est contre toutes les migrations, y compris légales, on parle bien des migrations « forcées », que ce soit par contrainte politique, économique, écologique…

On parle de gens qui n’ont en vérité pas le choix de rester ou de partir, et pour qui l’émigration est, dès le départ, un déchirement, une souffrance. Sans parler de toutes celles qu’elles et ils vont connaitre ensuite sur les chemins de l’exil… C’est à ces causes-là, les causes du malheur et du désespoir, que nous disons qu’il faut s’attaquer. En France, les migrants ne sont pas un problème, ils ne créent pas des inégalités, ils ne volent le pain de la bouche de personne, mais on ne peut pas occulter l’autre versant.

Dire uniquement que « l’immigration n’est pas un problème », c’est effacer la violence des départs. Le « Manifeste » [de Mediapart, Regards et Politis] se contente de dire que c’est comme ça, qu’on ne peut rien y faire. Je ne vois pas en quoi c’est contradictoire. Faisons donc une campagne qui aille au-delà : n’acceptons pas cet état de fait, n’acceptons pas que des gens risquent leur vie, ou la perdent, pour finir dans ces conditions porte de la Chapelle [à Paris].

Une enquête de l’Ifop, parue fin 2017, avance que 64 % des Français trouvent que le rythme de l’immigration est « trop élevé » et qu’une majorité se montre favorable à la fin du regroupement familial et à l’abolition de l’espace Schengen. La même année, Le Monde publiait une autre étude : « 77 % des ouvriers jugent qu’il y a trop d’étrangers en France. » Comment, en tant que révolutionnaires, donc en tant que porteurs de l’émancipation populaire, appréhender ce sentiment visiblement dominant au sein du peuple ?

Olivier Besancenot : Les idées ne sont jamais figées : c’est une bataille. À cet égard, la pensée d’Antonio Gramsci est souvent dénaturée : l’idée de l’hégémonie ne signifiait pas, pour lui, s’adapter au cours des choses, à ce qui est en vogue dans l’opinion. Il s’agissait de créer des espaces politiques, sociaux et culturels, clairement balisés, de les faire vivre, de les fortifier dans l’optique de rendre un certain nombre d’idées majoritaires dans la société. Afin de démontrer, ici et maintenant, au sein de cette société que nos positions sont viables. Il ne renonçait pas à la confrontation avec la pensée dominante pour autant.

Il n’est donc pas question de moduler son discours politique au sens commun du moment ?

Olivier Besancenot : Toutes les luttes d’émancipation ont été minoritaires dans un premier temps ! Le combat pour le droit des femmes, qui sont pourtant plus nombreuses que les hommes, a, lui-même, été minoritaire durant des décennies et des décennies. Je ne défends pas une politique qui nous minorise ; j’assume seulement la nécessité de résister à l’air du temps.

Quitte à perdre les élections ?

Olivier Besancenot : Quitte à perdre des voix, s’il le faut. Je l’ai entendu 10 000 fois : des gens me tapent sur l’épaule pour m’encourager et me féliciter pour ce que je dis sur les riches et les profits, tout en ajoutant qu’ils ne me suivent pas sur l’immigration. Mais il est important qu’ils continuent de savoir qu’avec nous, c’est un paquet cadeau. Il s’agit de créer un certain nombre de digues dans la société, de positions inébranlables.

Danièle, un « cadre » de la FI avait dit au Figaro que si votre mouvement assume pour mot d’ordre celui de l’ouverture des frontières, vous seriez « morts politiquement ». Il y a donc bien une réflexion stratégique.

Danièle Obono : Je ne sais pas de quel « cadre » il s’agit, qui aurait dit quoi exactement et je ne suis pas d’accord pour discuter sur la base des « on dit » médiatiques. Et, je le redis, la position d’une personne ne résume pas celle du mouvement. Notre position est celle de l’accueil et du sauvetage des migrants, mais, oui, pas celle de « l’ouverture des frontières ». Parce que ça ne veut rien dire, ou tout et n’importe quoi en même temps ! Et que nous croyons au bon usage des frontières.

On veut être majoritaires, oui, mais en convaincant les gens sur nos idées. Et pour ça, on cherche des moyens, des slogans, des revendications qui soient audibles, compréhensibles, qui permettent d’accrocher et de convaincre le plus grand nombre. Pourquoi est-ce que nous défendons la régularisation des travailleurs sans-papiers, en insistant sur la dimension de « travailleurs » ? Car ça dédramatise et ça parle aux gens qui peuvent comprendre et s’iden-tifier plus facilement aux sans-papiers qui bossent, comme n’importe qui, et qui devraient donc avoir des droits et des protections.

Les gens, au quotidien, comprennent et sont d’accord avec l’idée qu’on ne peut pas séparer les familles. Donc quand on demande la régularisation des parents d’enfants qui sont scolarisés, là aussi, ça leur parle. On a sans doute un désaccord tactique avec le NPA : avoir des mots d’ordre concrets aide à gagner des batailles. On doit créer des brèches. On ne dit pas qu’on va régulariser « tout le monde » comme ça, on ne défend pas l’« ouverture des frontières » parce que oui, ça braque, c’est contre-productif, ça renvoie encore une fois aux idéologies « no border »….

Bernie Sanders affirme que l’ouverture des frontières est une « proposition de droite ». Que la suppression des frontières nationales favorise la venue d’une main d’œuvre à bas coût et qu’elle fragilise, dès lors, les chômeurs afro-américains, blancs et hispaniques. Que répondre à ça ?

Olivier Besancenot : Que je ne suis pas d’accord. Cela ne correspond pas, en outre, à la réalité des mouvements migratoires. Il n’y a pas de règle mathématique ni de corrélation mécanique entre immigration et mise en péril des droits sociaux pour les résidents. Lorsqu’en France, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, durant les Trente Glorieuses, les classes dominantes ont été chercher, de force, des travailleurs étrangers pour effectuer des travaux que pas grand monde ne souhaitait faire, il n’y a pas eu pour autant de « pression salariale » particulière pour les autres travailleurs. C’est un argument dangereux et fallacieux, mais il est vrai qu’il n’est pas nouveau dans le mouvement ouvrier…

Paul Lafargue, du Parti Ouvrier, par exemple.

Olivier Besancenot : Oui ! Et c’est inassumable aujourd’hui. Certains opposent également à ma position des citations de Jaurès. Mais Jaurès n’a pas dit que ça, et a évolué sur la ques-tion ; à la fin de sa vie, il découvrait, par son humanisme, la réalité coloniale. On ne peut pas enjamber le siècle d’expériences politiques qui nous sépare de cette période. On ne peut pas faire fi de la Révolution russe, oublier le congrès de Bakou de 1920? qui a donné, pour la première fois, la parole aux peuples colonisés et rayer d’un trait de plume les luttes de libération nationale qui ont suivi.

Tout un tas de figures historiques du mouvement ouvrier, auxquelles nous nous référons pourtant, ont tenu des propos sur la question coloniale qu’on ne peut plus reprendre à notre compte, à commencer par Marx et Engels. Dans un autre registre, des pans entiers du syndi-calisme, y compris anarchistes ou syndicalistes révolutionnaires, affirmaient à la fin du 19è siècle que l’arrivée des femmes sur le marché du travail allait faire pression sur les salaires des hommes et mettre les travailleurs en concurrence entre eux. Qui, aujourd’hui, aurait à l’idée de proposer « d’assécher » le travail des femmes ?

Danièle Obono : Mais c’est un argument que le patronat utilise. « Si tu n’es pas content, on te remplacera. » C’est certainement un autre de nos désaccords. La classe dominante instrumen-talise les migrations, comme elle le fait aujourd’hui avec le chômage ou l’emploi des femmes. Les femmes ont davantage de temps partiels et de temps précaires. Systémiquement, le différentiel est de – 20 à – 25 %.

Le système capitaliste et patriarcal développe objectivement une stratégie d’opposition, il joue sur les uns et les autres, il surexploite, discrimine et met en concurrence sur le « marché du travail » les uns, les unes et les autres : actifs contre chômeuses et chômeurs, femmes contre hommes, blancs contre racisés, nationaux contre immigrés…. Pointer du doigt la responsabilité des capitalistes est légitime, et ça n’ouvre aucune boîte de Pandore nationaliste.

Olivier Besancenot : Eh bien nivelons par le haut ! Je n’entends pas le patronat avancer aujourd’hui l’argument que tu énonces. Le patronat pense d’abord en termes de gains de productivité, et y répond, le cas échéant, en délocalisant à l’étranger. Le patronat met désor-mais les travailleurs en concurrence à l’échelle de la planète ; il n’a pas eu besoin de l’immi-gration pour amputer le monde du travail, ces dernières années, de 10 % du PIB chaque année, au profit du Capital.

Danièle Obono : Dans le secteur du bâtiment, ils ne délocalisent pas : ils emploient des travailleurs arrivés récemment, parfois sans papiers.

Olivier Besancenot : Oui, des « délocalisations » sur place, en quelque sorte. Réglons le problème en posant ensemble la question du partage des richesses. Et on y arrivera. Mais quand tu additionnes « lutter contre les causes de l’immigration », « créer les conditions pour que les gens ne partent pas », et poser une équation, même instrumentalisée, entre migrants et baisse des salaires, avoue que ça donne à réfléchir !

Tout ceci amplifie ce que j’appelle « l’effet tunnel » du grand public vis-à-vis de l’immigration. Lorsqu’un individu se retrouve en situation de tension parce qu’il se sent agressé par un autre individu, il est prouvé que son champ de vision réduit de moitié ou des deux tiers. Il se focalise sur ce qu’il pense être un danger : la société est frappée par cet « effet tunnel », et une partie de la gauche radicale n’est pas loin d’y succomber à son tour. Incarnons tous ensemble le camp de ceux qui n’ont pas peur. Et cessons de mettre des notes de bas de page dans nos déclarations pour être compris.

En 2016, le cinéaste Ken Loach, soutien historique du NPA, déclarait que la gauche n’entend pas qu’il est « très troublant et déstabilisant » pour les gens de voir leur environnement « changer de façon drastique en l’espace même de dix ans ». Est-ce là une pente glissante ?

Olivier Besancenot : Parlons des questions identitaires s’il le faut. Discutons-les au sein de la gauche radicale. Moi-même je suis un Parisien, un con de Parisien !  Avec les contradictions footballistiques qui vont avec. Je peux être vraiment très parisien devant un match. Imaginons des espaces démocratiques à même de définir ou redéfinir des identités singulières et communes, ça ne me choque absolument pas : il n’y a pas de tabous.

La démocratie qui implique la majorité au titre d’acteurs politiques et non de sujets est le seul cadre qui puisse permettre de dénouer les crispations. Le populisme de gauche, tel qu’il est défini par Mouffe et d’autres, postule d’entrée que les questions de société, migration incluse, divisent le peuple à unifier autour de quelques questions sociales dédiées. Il y a eu des débats récurrents à ce sujet au sein de Podemos.

Il ne faut pas perdre de vue que les sujets majeurs de préoccupation, au sein de la population, c’est le prix de l’essence, le logement, le salaire. On doit donc construire des blocs sociaux et politiques, où les questions sociales et de société s’articulent dans leur complémentarité. Bien sûr que s’appuyer sur des revendications partielles peut faire avancer la cause. Quand la CGT et SUD appuyaient les mouvements de grève des travailleurs sans-papiers, nous les avons soutenus sans failles, mais nous poussions aussi, quitte à se dire quelques vérités, à ce que la convergence se noue avec les collectifs de sans-papiers qui n’avaient pas nécessairement d’emplois.

Danièle Obono : La question migratoire est sociale. Quel est le prêt-à-penser sur le sujet ? Qu’on n’a pas assez pour nous-mêmes, donc qu’on ne peut plus accueillir personne. C’est faux. On est la 6e puissance mondiale : on peut donner des droits. Jean-Luc [Mélenchon] ne le dirait pas avec ce mot, mais on assume d’être une société multiculturelle. On peut être afro-français — mieux, on est. Le débat culturel et identitaire est normal dans un monde qui se déconstruit. Reste à savoir ce qu’on reconstruit ensemble. Qu’est-ce qui fait commun ? Comment fait-on société ? La Constituante, proposée par la FI, est une réponse à ça.

Olivier Besancenot : Dans mon bureau de poste, il y a trois guichets. On est en sous-effectifs, donc on a généralement un guichet qui n’est pas ouvert. Avec la file d’attente que ça induit. Au bout d’un moment, un type finit forcément par péter un plomb et s’adresse générale-ment vertement au guichetier en lui demandant d’accélérer. Heureusement, tu as aussi celui ou celle qui a tout compris et dit : « Je ne comprends pas, il y a trois guichets, pourquoi il manque un guichetier ? »

Remettre au centre la question du partage des richesses revient à ça. En France, on a la possibilité d’avoir trois guichets et trois guichetiers. C’est pareil sur la question de l’immigration. Que disent le plus souvent ces 64 % de Français mécontents, en tout cas tous ceux que je croise ? Ils parlent du logement, bien avant l’emploi. Des toits qui manquent, des listes d’atten-te pour les logements sociaux, qu’ils mettent en opposition avec l’accueil des migrants.

Eh bien, rappelons les fondamentaux : on a 1,8 millions de personnes en attente d’un logement social et 2,6 millions de logements laissés vacants. Donc, Danièle, disons ensemble « L’immi-gration n’est pas un problème » et rajoutons ce que tu veux derrière, si ça permet qu’on avan-ce de manière unitaire. Il faut seulement que le plus grand nombre comprenne qu’il existe un camp décomplexé qui n’a pas envie de s’excuser pour dire qu’il est clairement antiraciste. Donnons-nous les moyens de créer un bloc pour leur dire : « Vous nous faites chier, à la télé, de nous poser toujours les mêmes questions en boucle. »

Danièle Obono : La question migratoire est un élément de la guerre sociale et économique. Ne la dissocions pas du reste. Parlons de « droits égaux » et tirons ce fil.

Pourquoi cette rencontre ? Parce que trois tweets. Le premier, signé Jean-Luc Mélenchon : « Nous disons : honte à ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salaires et les acquis sociaux1 ! » Le second, quatre jours plus tard, en réponse au précédent et signé Olivier Besancenot : « Ce ne sont pas les immigrés qui font pression sur les salaires, mais le taux de profit que les capitalistes extirpent du travail des salariés, français ou immigrés, en France comme dans le monde entier. » Le troisième, enfin, signé Danièle Obono et invitant vivement Besancenot à relire le livre I du Capital de Marx et à s’unir contre Macron. Puisqu’il n’est d’échange que de vive voix et de débat qu’au prix du refus du « pour ou contre », nous avons convié l’ancien candidat NPA à la présidentielle, postier et auteur de 10 ouvrages, ainsi que la députée France Insoumise, ancienne bibliothécaire et préfacière d’un recueil de Trotsky, à s’entretenir — loin des réductions médiatiques — sur la question migratoire. Comment penser l’immigration à l’heure de la poussée nationaliste aux quatre coins du globe ?

Ballast 14 Novembre 2018

https://www.revue-ballast.fr/

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11 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

primelin (npa)

primelin

Rassemblement pacifiste, antimilitariste et internationaliste à Primelin.
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Le soleil brillait ce Dimanche 11 Novembre sur la petite commune de Primelin en Finistère, prés de Plogoff, haut lieu du refus nucléaire. Il brillait aussi sur le regroupement pacifiste, antimilitariste  et internationaliste contre la guerre, les guerres et le militarisme.
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Devant un monument en hommage à tous les morts de toutes les guerres et non à une quelconque victoire, plusieurs dizaines de personnes se sont retrouvées avec la libre pensée 29, le Mouvement de la Paix, l »Université Européenne pour la Paix, la LDH, les anciens combattants d’Algérie contre la guerre, la CNT mais aussi le POID , le NPA et d’autres..
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Si plusieurs interventions ont dénoncé la boucherie impérialiste de 14/18 et exigé la réha-bilitation « des fusillés pour l’exemple », il fut aussi évoqué la militarisation actuelle et le marché des armes dont la France est un des leader comme  les retrouvailles à Paris de tous les grands guerriers de ce,monde, Trump en tête.
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Ce fut aussi l’occasion de refuser les tentatives d’embrigadement de la jeunesse par l’armée qui, avec l’assentiment de l’éducation nationale est entrée dans les établissements scolaires de Quimper pour organiser un défilé commémoratif.
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Enfin ce rassemblement fut ponctué par la chanson de Craonne puis celle de la Butte Rouge avant que nous entonnions le 5ème couplet antimilitariste de l’Internationale, trop souvent occulté. »
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Correspondant NPA

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11 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

juifs arabes (orient 21)

Enrico Macias

Retour sur un siècle de relations entre juifs et musulmans

Un essai d’Ethan B. Katz 

Comment, dans l’espace colonial d’abord, puis sur le sol de la métropole, juifs et musulmans ont-ils cohabité au 20è siècle ? Quelles ont été leurs relations, au Maghreb d’abord, en France ensuite ? L’historien Ethan Katz revient sur un siècle de relations entre ces deux communautés, de l’ère coloniale à la société française contemporaine

Entreprise originale que celle d’Ethan B. Katz, professeur d’histoire à l’univer-sité de Cincinnati dans l’Ohio, et spécialiste de l’histoire contemporaine de la Méditerranée.

Dans la récente traduction française de son livre de 2015 Juifs et musulmans en France. Le poids de la fraternité, il raconte la tumultueuse coexistence en France des juifs et des musul-mans venus du Maghreb à partir de la guerre de 1914-1918. À suivre les péripéties de la vie de ces petites gens dans leur quotidien, on est loin des clichés de la reprise d’un conflit ances-tral et d’une animosité inévitable entre deux groupes.

Il y a plus d’un siècle, les juifs séfarades et les musulmans, surtout algériens à l’époque, partagent beaucoup de choses

Ils sont dans l’ensemble émigrés, habitent les mêmes quartiers de la Huchette à Paris ou de Belsunce à Marseille, parlent arabe, mangent la même nourriture, écoutent la même musique et fréquentent les mêmes restaurants et hôtels.

Une chose cependant les sépare 

Les juifs sont citoyens français depuis le décret Crémieux de 1870, les autres pas. C’est là qu’intervient le troisième protagoniste, l’État français, qui a une double casquette : républicain dans l’Hexagone, et impérial, voire impérialiste, outre-mer. Dans un cas, il intègre, dans l’autre, il écarte.

Le décret Crémieux a favorisé une meilleure intégration des juifs dans l’Algérie coloniale. Les musulmans, réduits au rang d’« indigènes », se sont sentis blessés. Les premiers seront les derniers. Avant 1830, juifs comme chrétiens vivaient en terre d’islam sous le statut de dhimmi, c’est-à-dire qu’ils étaient « protégés », autorisés à pratiquer leur culte, en contrepartie de discriminations comme le port de couleurs spécifiques et surtout le paiement d’un impôt spécifique.

Avec le décret Crémieux, les juifs sont devenus plus proches des colonisa-teurs, surtout dans les grandes villes comme Alger ou Oran 

Moins dans les vieilles cités musulmanes de Constantine ou de Tlemcen où ils continuent de vivre côte à côte. Cette « fraternité » culturelle antérieure à la colonisation a continué quand ils se sont exilés en métropole dans l’entre-deux-guerres. Certains juifs séfarades ont d’ailleurs toujours la nostalgie de ce partage intimement lié à leur terre d’origine et à sa culture, d’où le succès du mythe d’Al-Andalous, cette terre espagnole où, avant le 15è siècle et la reconquête chrétienne, juifs et musulmans auraient vécu en harmonie relative.

Une vraie mixité culturelle

Les autorités françaises joueront les uns contre les autres. Dans l’armée, certains gradés favorisent les musulmans quand d’autres montrent au contraire en exemple les juifs devant des soldats musulmans pour mieux les humilier.

Dans des villes comme Marseille ou Paris, les juifs d’Afrique du Nord se sont souvent installés à côté des Arabes ou vice versa. Dans les années 1930, dans le sud du quartier du Marais, à Paris, ils vivent les uns à côté des autres, fréquentent les cafés tenus par les uns et les autres, écoutent ensemble de la musique arabo-andalouse. Il existe alors une vraie mixité culturelle. Les orchestres sont composés de juifs et de musulmans, qui jouent devant des assemblées mixtes, même après la seconde guerre mondiale.

Pendant l’entre-deux guerre, dans l’ensemble, l’écart n’est pas trop mal vécu, tant l’espoir de voir ses droits reconnus est vivace, entretenu par l’illusion du Front Populaire et un militantisme partagé par nombre d’émigrés venus en France pour faire mieux vivre leur famille restée au pays.

À partir de la seconde guerre mondiale, les chemins divergent.

Les juifs sont victimes du nazisme, tandis qu’une partie des nationalistes arabes voient au con-traire dans le Reich l’ennemi de leur ennemi, la France. Mais là encore, la coupure n’est ja-mais totale. Si Kaddour Benghabrit, recteur de la Mosquée de Paris et vieux collaborateur de l’ordre colonial (en Algérie où il est né et au Maroc auprès du sultan) fait établir des certificats de bons musulmans à des juifs. Mais seulement à ceux des juifs qu’il connait et qui sont de ses amis…

Après-guerre, la naissance d’Israël et la décolonisation du Maghreb changent la donne

D’abord sur le plan du nombre, les musulmans devenant plus nombreux que les juifs en France. L’année 1962 traumatise les Algériens musulmans très nombreux qui émigrent à la même période. Ils perdent du jour au lendemain leur qualité de citoyens français acquise en 1958, et par conséquent ne bénéficient pas des facilités consenties aux rapatriés, dont les juifs, de nationalité française.

Israël et sa domination sans complexe des Palestiniens enragent nombre de musulmans de France qui deviennent hostiles aux juifs accusés de dominer le pays. Mais leur attitude diffère en général de l’antisémitisme des années d’avant-guerre. Ainsi dénoncent-ils Israël et les juifs mais affirment, selon les sondages, n’avoir dans leur majorité aucune hostilité vis-à-vis de leurs voisins juifs.

La coupure est-elle définitive ?

Nombre d’associations culturelles et d’artistes s’y refusent et travaillent sans relâche à un rapprochement. Réussiront-ils ? L’auteur, à la différence de nombre d’observateurs, veut y croire. L’histoire et la culture l’y autorisent.

Jean-Pierre Sereni Journaliste, ancien directeur du Nouvel Économiste et ex-rédacteur en chef de l’Express. 9 novembre 2018
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 Ethan B. Katz, Juifs et musulmans en France. Le poids de la fraternité Préface de Benjamin Stora, traduction de Patrick Hersant, Belin, 25 avril 2018. — 52 pages ; 25,50 euros.

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