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14 août 2018 ~ 0 Commentaire

esclavage (à l’encontre.ch)

Migrants Ital

Italie. La marche des «casquettes rouges» contre l’exploitation

Des centaines de journaliers africains défilent en Italie en protestation contre des conditions de travail propres à de l’esclavage.

«Nous sommes prêts à organiser la première marche pour la dignité et pour les droits. Pour dire non à toute forme d’esclavage, en particulier contre les diktats de la grande distribution.» Le jour se lève à Torretta Antonacci, près de l’ex-ghetto de Rignano, entre les champs de Rignano Garganico et de San Severo, à une vingtaine de kilomètres de Foggia, dans les Pouilles.

Aboubakar Soumahoro, syndicaliste de l’Unione sindacale di Base (USB), rassemble des centaines de journaliers avant de leur expliquer:

«Durant la matinée, nous traverserons les champs jusqu’à la préfecture de Foggia. Nous brandirons nos casquettes rouges pour dire non à l’exploitation. Pour dire clairement que les êtres humains priment sur les affaires.» Il ajoute: «Aujourd’hui, nous n’avons pas besoin de permis, nous voulons des réponses.»

Il est près de midi lorsque la manifestation, réunissant plusieurs centaines de journaliers africains qui ont aujourd’hui croisé les bras «pour protester contre un système agricole qui nous opprime», se rassemble devant la gare de Foggia avant de se rendre ensuite, leur nombre ayant atteint presque 1000, devant la municipalité de cette ville des Pouilles. Avec ce qui lui reste de voix suite à une longue journée qui avait commencé très tôt, Aboubakar conti-nue d’encourager au mégaphone les «camarades de lutte», ayant répondu à l’appel lancé par l’USB, qui sont réunis devant la municipalité de la ville.

«Il y a beaucoup à apprendre de cette grève

aujourd’hui vous écrivez une grande page d’histoire», déclare Michele Emiliano, président de la région des Pouilles [membre du Parti démocrate], s’adressant à Aboubakar Soumahoro: «Faire du syndicalisme, c’est ça: organiser des femmes et des hommes pour aboutir à des conquêtes sociales.» Le président de la région se propose de servir d’interlocuteur «avec n’importe quel gouvernement, afin de trouver une solution à la question de l’exploitation dans le secteur agricole».

Les journaliers africains s’adressent précisément au président du gouvernement, Giuseppe Conte, au moyen d’un message symbolique

Ils déposent une caisse de tomates à l’entrée de la municipalité de Foggia, juste avant la réunion du syndicat avec le préfet. Pendant ce temps, Aboubakar Soumahoro invite à la réflexion, rappelant qu’aujourd’hui, 8 août, «c’est l’anniversaire du désastre de Marcinelle [un incendie dans une mine de charbon près de Charleroi, en Wallonie qui, le 8 août 1956, a provoqué la mort de 262 personnes, dont 136 immigrés italiens], une époque où les ouvriers italiens étaient exploités et esclavagisés, entre autres en raison de leur nationalité». 

Sur les événements de Foggia, l’ordre du discours politico-institutionnel

Hier [7 août], le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, présidait dans les locaux de la préfecture de Foggia le Comité provincial pour l’ordre et la sécurité publique, convoqué en urgence après les deux accidents de la route [les 4 et 6 août] qui, au cours des derniers jours, ont provoqué la mort de 16 journaliers.

«Il s’agit d’un problème de mafia, pas de salaires au noir et de recrutement illégal de journaliers.

Dans la province de Foggia, il y a une criminalité mafieuse que j’ai l’intention d’éradiquer localité par localité», a déclaré Salvini lors de la conférence de presse qui s’est tenue à l’issue de la rencontre institutionnelle. Il a ensuite ajouté: «Je ne permettrai pas que l’on appose une éti-quette de criminelle sur l’agriculture italienne du seul fait que quelques-uns veulent s’enrichir dans l’illégalité. La grande majorité des employeurs de Foggia sont honnêtes.»   

Le ministre en a fait exclusivement, en l’espèce, une question de légalité, de respect de la loi, de sécurité sur les routes. «L’objectif est de gérer de manière transparente les transports, pour que les mafias n’en aient plus le contrôle», a insisté Salvini; en oubliant que la question de l’exploitation dans le secteur agricole relève d’un ensemble politique et économique, où sont en jeu les intérêts financiers de certaines de plus grandes entreprises du pays.

C’est précisément ce qu’a découvert il y a quelque temps le parquet de Lecce, ville du sud des Pouilles, lors de l’enquête sur le décès d’Abdullah Mohamed, un journalier soudanais de 47 ans, mort sous la chaleur dans les champs de Nardò [une ville de 30’000 habitants], le 20 juillet 2015.

Abdullah est mort sous la chaleur et suite aux efforts de la récolte de tomates.

Cet été, au moins dix personnes sont mortes dans les champs pour les mêmes raisons (cha-leur et épuisement). Seulement dans les Pouilles, cinq migrants sont morts en deux mois. L’en-quête de la magistrature des Pouilles a démontré l’existence d’une véritable chaîne d’exploita-tion agricole. Ces tomates ont été vendues à certaines des plus importantes entreprises de conditionnement d’Italie (en réalité, les grandes entreprises en question n’ont jusqu’ici pas même été évoquées dans l’enquête judiciaire, encore en cours).

En raison de l’émotion engendrée par les morts de l’été 2015, certaines mesures législatives ont toutefois été introduites, reformulant le délit d’activités d’intérim illégales et d’exploitation du travail, modifiant les dispositions prévues à l’article 603-bis du Code pénal. La nouveauté la plus significative est la disposition, figurant à l’article initial de la loi n° 199, prévoyant des sanc-tions pour l’entreprise contractante qui «utilise, contracte ou emploie de la main-d’œuvre recru-tée par le biais d’activités d’intérim, c’est-à-dire exploitant les travailleurs et profitant de leur état de nécessité».

Les nouvelles normes interviennent donc uniquement sur l’aspect pénal du problème, agissant comme une sorte de dispositif qui sanctionne l’exploi-tation.

«La loi sur l’intérim des journaliers rend les choses plus compliquées pour les entreprises. Il faut la changer», a déclaré le même Salvini, il y a quelques jours. Certes, il faudrait l’améliorer, précisément parce qu’elle se limite au niveau pénal alors que la question de l’exploitation des journaliers, surtout des migrants, est un thème politique qui doit être affronté en tant que tel. Il ne fait aucun doute que la marche des «casquettes rouges» de ce matin va dans cette direction.

Il y aura à Foggia, dans l’après-midi, vers 18 heures, une manifestation unitaire appelée également par la CGIL, la CISL et l’UIL, «car ce qui s’est passé est la conséquence extrême et dramatique d’une condition qui concerne tous les travailleurs agricoles de la Capitanata [terme ancien correspondant à la province de Foggia]: exploitation, illégalité, manque de sécurité, conditions de travail et de transport extrêmes», explique Ivana Galli, secrétaire générale de la section CGIL, responsable du secteur agricole et de l’industrie alimentaire.

Le même syndicat, lors de la présentation le 13 juillet dernier à Rome du quatrième rapport Agromafias de l’Observatoire Placido Rizzotto, dénonçait le fait qu’il y a aujourd’hui en Italie au moins 400 000 journaliers en danger de «super-exploitation» sur un total d’environ un million de personnes employées dans le secteur agricole, mais pas seulement.

En effet, en 2017, 286 940 d’entre eux sont des migrants enregistrés auxquels il faut ajouter 220 000 étrangers engagés au noir ou qui reçoivent des salaires largement inférieurs aux salaires prévus par les conventions nationales. C’est une réalité pour de nombreuses régions de notre pays, du nord au sud: de Brescia à Foggia, de Catane et Raguse se déroule un seul fil rouge, celui de l’exploitation du travail et de l’infiltration de la criminalité dans des affaires apparemment légales.

Dès lors sont vaines et hypocrites toutes les tentatives de réduire le débat à une dichotomie entre légalité et illégalité.

Il serait plutôt nécessaire de penser à la meilleure manière de garantir aux travailleurs de ne pas avoir à enlever leur chapeau devant le patron, ainsi que l’enseignait Peppino Di Vittorio, pour le garder fermement sur la tête. La marche d’aujourd’hui, pour les droits et la dignité, s’inscrit dans l’héritage de ces combats. Comme par le passé à Nardò, Castel Volturno et Rosarno, les journaliers africains, au cœur de la Capitanata, ont ajouté, aujourd’hui, une nouvelle page à l’histoire syndicale de notre pays.

(Article publié le 8 août sur le site DinamoPress, traduction A L’Encontre)

 14 août 2018 Gaetano de Monte

http://alencontre.org

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13 août 2018 ~ 0 Commentaire

palestine (ujfp)

strike palestine

Soutien à l’appel pour une grève nationale des Palestiniens dans le monde entier

La Loi sur l’État-nation que le parlement israélien vient de voter marque un tournant qualitatif en affirmant que l’État d’Israël est l’État des seuls Juifs.

Non seulement cela contredit la Déclaration d’Indépendance qui était jusqu’à maintenant la constitution de facto de l’État d’Israël et les engagements pris par les fondateurs de l’État auprès des Nations unies afin d’y être accepté comme État membre, mais cela transforme officiellement, constitutionnellement, 20 % de ses citoyens en citoyens de seconde zone.

Le fait même que Netanyahou et la Knesset ont mis le concept de “Nation” au cœur de ce tournant constitutionnel met les Palestiniens devant une nouvelle responsabilité, où qu’ils se trouvent.

Comme le dit le député Jamal Zahalka : au concept de nation juive, les Palestiniens doivent réagir en tant que nation palestinienne, pas simplement en tant que citoyens de l’État d’Israël qui sont agressés.

Le défi aujourd’hui est une réponse de la nation palestinienne, où que soient les Palestiniens, parce que la nation palestinienne est une fois de plus dépossédée de sa terre par une simple déclaration du parlement juif.

C’est l’ensemble de la nation palestinienne qui a été agressée et provoquée, de Nazareth à Gaza, de Hébron à Beyrouth, de Jaffa à Detroit, musulmans, chrétiens, Druzes, Arméniens, Caucasiens.

Chaque Palestinien.ne est concerné.e par la loi sur la Nation, où qu’il/elle vive, quelle que soit sa communauté.

Le député Zahalka appelle à une grève générale coordonnée de la nation palestinienne dans le monde entier, ce qui doit être la réponse palestinienne à la fausse revendication par la Knesset que cette terre est la patrie des Juifs et seulement eux.

Il est temps d’unir toutes les énergies de la nation palestinienne pour transformer cet appel en une action puissante,

Les amis de la nation palestinienne dans le monde entier, y compris dans la société israélienne, doivent exprimer leur solidarité inconditionnelle avec cet appel et cette action.

lundi 13 août 2018 Michel Warschawski

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12 août 2018 ~ 0 Commentaire

cancer (pùblico.es)

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Le blocus israélien interdit les traitements contre le cancer dans un hôpital de Gaza

Un nouvelle conséquence du blocus de Gaza par Israël

Un hôpital de la bande de Gaza a dû annuler le traitement des patients cancéreux en raison du manque de médicaments. L’hôpital Rantisi de la bande de Gaza, a été contraint de suspendre les traitements du cancer en raison du manque de médicaments pour chimiothérapie, conséquence directe du blocus par Israël, selon le ministère de la Santé de l’enclave.

« La mise en œuvre de la chimiothérapie pour les patients atteints de cancer à l’hôpital spécialisé de Rantisi sera suspendue dimanche matin », a indiqué un communiqué ministériel. La note assure qu’ils ont épuisé les réserves de médicaments pour chimiothérapie ainsi que du « Nubogen », utilisé pour augmenter l’immunité des patients.

Le ministère palestinien prévient que la vie de centaines de personnes atteintes de cancer est en danger. Le système de santé publique de Gaza, territoire palestinien isolé par onze années de blocus israélien, aggravé par le peu de passages vers l’Egypte ces dernières années, souffre d’une limitation des approvisionnements et donc de médicaments.

Il dépend également du ministère de la Santé de l’Autorité nationale palestinienne (ANP) de Cisjordanie, qui paye une partie du budget. Pour sa part, la Coordination santé du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a récemment déclaré que le nombre élevé de victimes des manifestations depuis Mars (17 000, plus de la moitié par balles), augmente encore les besoins.

08/12/2018

https://www.publico.es/

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“Collective punishment” of Gaza cancer patients denounced by human rightsorganisations (MAP)

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Gaza. «Nous avons peur, mais nous n’avons pas peur en même temps», dit un Gazaoui (Al’Encontre.ch)

‘L’art est une forme de résistance’ : Des frappes aériennes israéliennes détruisent le centre culturel de Gaza (AMP)

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09 août 2018 ~ 0 Commentaire

black panthers (lutte ouvrière)

black p

États-Unis : des militants du Black Power encore derrière les barreaux

Aux États-Unis, 19 militants afro-américains du Black Panther Party, de la Black Liberation Army et de l’organisation Move, arrêtés dans les années 1970 et 1980, sont encore derrière les barreaux.

Accusés d’avoir tué des policiers ou des gardiens de prison blancs, certains revendiquent ces assassinats comme des actes politiques, mais de nombreux autres, comme Mumia Abu-Jamal, ont toujours nié les meurtres qui leur étaient imputés.

Bien souvent, les accusations portées contre ces militants de la cause noire furent montées de toutes pièces et leurs procès furent des parodies de justice.

Depuis l’an 2000, dix de ces militants de la mouvance Black Power sont morts en prison. Mumia Abu-Jamal, s’il n’est plus menacé de la peine capitale, reste condamné à perpétuité et se voit refuser, à 64 ans, la prise en charge médicale dont il aurait besoin.

Coupables ou innocents des faits qui leur sont reprochés, ces activistes croupissent en prison depuis plus de quarante ans parce que l’État américain veut leur faire payer cher le fait d’avoir osé se dresser contre le système qui opprimait, et opprime encore, l’écrasante majorité des Afro-Américains. Le refus de les soigner correctement fait d’ailleurs aussi partie du châtiment politique infligé par le pouvoir. La justice américaine n’imagine pas les libérer et met un point d’honneur à les priver de liberté pour toujours.

Quant aux policiers blancs qui, chaque année, assassinent de jeunes Noirs, ils n’ont pas à s’inquiéter de connaître un tel sort. Protégés par l’État dont ils sont les serviteurs, ils ne passeront pour la plupart pas un jour de leur vie en prison.

Alan Grey 08 Août 2018

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08 août 2018 ~ 0 Commentaire

juifs arabes (orient 21)

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Sauras-tu reconnaître les berbères juifs et les arabes musulmans?

Ce que les juifs doivent aux musulmans

Le 23 avril dernier, Le Parisien publiait un « Appel des 300 contre le nouvel antisémitisme » suggérant que l’antisémitisme imprègne la tradition musul-mane. C’est oublier que l’expansion de l’islam joua un rôle dans la cons-truction du judaïsme.

Jamais ne s’est répandue en terre d’islam une judéophobie comparable à celle qui, dans le monde chrétien, fit des juifs une nation déicide. La « charte » (çahîfa) de Médine, rédigée peu après l’Hégire, mentionne que « les Croyants et Soumis de Qoraysh et de Yathrîb [Médine] et ceux qui les suivent se joignent à eux et luttent avec eux … forment une communauté unique, distincte des autres hommes », ou encore « les Juifs forment une seule communauté avec les Croyants ».

Les juifs étaient inclus dans l’oumma comme tous ceux qui « présenteront un front uni vers l’extérieur », Ceux des Juifs qui nous suivent ont droit à notre aide et à notre appui tant qu’ils n’auront pas agi incorrectement contre nous ou n’auront pas prêté secours (à des ennemis) contre nous. Des relations souvent cordiales furent entretenues avec les juifs d’Arabie. Le recueil de hadiths du Sahîh al-Bukharî rapporte que Mahomet était assis avec ses compa-gnons lorsque devant eux passa un convoi funèbre ; il se leva en signe de respect. Ses compagnons l’imitèrent, mais lui firent remarquer qu’il s’agissait des funérailles d’un juif. Il leur répondit : « N’est-ce donc pas une âme ? »

Une civilisation cosmopolite du Sahel à la Chine

L’islam mit en relation des espaces où se trouvaient des communautés localement converties au judaïsme. Sa progression permit que se constitue une civilisation cosmopolite de l’Afrique sahélienne à la Chine, qui fit de l’arabe une lingua franca. En pénétrant au Maghreb, les conquérants musulmans rencontrèrent des sociétés familiarisées avec le monothéisme, Berbè-res convertis au judaïsme ou au christianisme. Les judaïsants eurent peu de peine à adopter l’islam, ils observaient des interdits alimentaires similaires, pratiquaient la circoncision, et l’influence punique leur rendait accessible une langue sémitique. Dans le sillage de l’islam se propagea aussi une orthodoxie juive. Selon Joëlle Allouche-Benayoun et Doris Bensimon :

Au 7è siècle, les Arabes entreprennent la conquête du Maghreb ; leurs armées venant d’Orient étaient suivies de commerçants juifs du Yémen et de l’Égypte professant le judaïsme babylo-nien : Kairouan, fondé en 670, devient rapidement la capitale de cette orthodoxie juive qui s’oppose aux pratiques judéo-berbères considérées comme hétérodoxes.

À Kairouan se retrouvèrent des Orientaux nourris du Talmud de Babylone qui initièrent un influent centre d’étude.

Les expéditions arabes diffusèrent ainsi l’islam en même temps qu’elles facilitèrent l’expansion de l’orthodoxie talmudique. Au 11è siècle, la tribu musulmane des Banu Maqil originaire du sud de la péninsule Arabique entra au Sahara, accompagnée d’une clientèle de nomades arabes juifs venus du Yémen (où se trouvait encore au siècle le royaume judaïsé d’Himyar). Suivant l’expansion musulmane, un judaïsme oriental plus strict et moins teinté de paganisme que ne l’étaient les croyances judaïsantes berbères put se diffuser en terre africaine et poursuivre une mission prosélyte auprès d’Africains païens ou superficiellement judaïsés.

La cacherout, licite ou sacrilège ?

En Occident, cinq conciles interdirent aux chrétiens de partager le repas des juifs : Tout chré-tien, clerc ou laïc, doit s’abstenir de prendre part aux banquets des juifs ; ces deniers ne man-geant pas des mêmes aliments que les chrétiens, il est indigne et sacrilège que les chrétiens touchent à leur nourriture, précise le concile d’Agde en 506.

Pour l’islam, la consommation de viande cacher demeure licite, les conditions d’abattage étant conformes aux règles du halal. Dans le Coran, le cinquième verset de la sourate Al-Ma’idah rappelle : (…) vous sont rendues licites les choses bonnes. Par exemple, la nourriture de ceux qui ont reçu l’Écriture avant vous est licite pour vous, comme pour eux la vôtre … (trad. Jacques Berque)

Tout animal licite égorgé en citant le nom de Dieu peut être consommé par des musulmans qui se fient volontiers aux strictes règles de la cacherout. Le repas partagé avec des juifs et la sociabilité que cela implique étaient ainsi permis en terre d’islam. À voir leurs répétitions, on peut supposer que, même en terre chrétienne, les interdits conciliaires étaient toutefois faiblement respectés.

Berbères de toutes confessions

Dans Israël en exil publié en hébreu en 1926, l’historien Ben-Zion Dinur écrivait à propos de l’entrée des musulmans en Al-Andalus : Le troisième bataillon, envoyé contre Elvira, assiégea Grenade, la capitale de cet État, et la subjugua, il confia sa garde à une garnison composée de juifs et de musulmans. Et il en fut de même à chaque endroit où des juifs se trouvaient (…) ; après avoir neutralisé Carmona, Musa (ibn Nosseyr) poursuivit sa marche sur Séville (…). Après un siège de plusieurs mois, Musa conquit la ville, alors que les chrétiens s’enfuirent à Baya. Musa plaça les juifs en garnison à Séville et se dirigea vers Mérida.

La conquête de la péninsule ibérique menée en 711 par Tariq Ibn Ziyad fut le fait de contin-gents berbères islamisés parmi lesquels se trouvaient aussi des judaïsants. Shlomo Sand rappelle : Tariq Ibn Ziyad, le chef militaire suprême et premier gouverneur musulman de la péninsule ibérique (qui a donné son nom à Gibraltar), était un Berbère originaire de la tribu des Nefouça, celle de Dihya-el-Kahina. Il arriva en Espagne à la tête d’une armée de sept mille soldats qui bientôt s’agrandit à vingt-cinq mille hommes, recrutés parmi les populations locales. ‘‘ Parmi ceux-ci, il y avait aussi un grand nombre de Juifs’’, nous dit Dinur.

Tariq appartenait aux Ulhaça, issus des Nefzawa/Nefouça, tribu zénète comme celle des Djerawa à laquelle appartenait la Kahina. Il baigna sans doute dans une effervescence où le judaïsme était présent, ainsi Ibn Khaldun vit dans les Nefzawa une tribu judaïsée.

L’arabe, langue du judaïsme

La principale langue du judaïsme était l’arabe. Au 10è siècle, la traduction de la Bible en arabe par l’Égyptien Said Ibn Yusuf Al-Fayyumi, dit Saadia Gaon, descendant d’une famille convertie au judaïsme, témoigne de la nécessité de faire connaître la Torah à des Arabes juifs ne connaissant pas l’hébreu.

Le judéo-arabe ne fut pas l’équivalent d’un yiddish distinct des langues qui l’environnaient.

Les juifs du monde musulman ne parlaient pas une autre langue que celle des locuteurs non juifs qui les entouraient. Le judéo-arabe fut un arabe oral transposé à l’écrit, utilisé pour s’adresser à des lecteurs parlant un arabe « courant », déchiffrant les caractères hébraïques sans comprendre l’hébreu, ils n’en connaissaient que les formules liturgiques et peu familiers de l’écriture arabe. C’est dans cette langue que le « Rambam » Moussa Ibn Maïmoun, dit Moïse Maïmonide, écrivit son œuvre.

Une mystique judéo-musulmane se développa au Caire entre les 13è et 15è siècles, portée par le propre fils de Moïse Maïmonide. Abulmeni Maïmouni, plus connu sous le nom d’Avraham Maïmonide (1186-1237) en exposa les principes dans son Kitâb kifayat al-abidin Guide pour les serviteurs de Dieu »). Il n’y cachait ni son admiration pour les soufis ni son souhait d’imiter leur exemple. Le mouvement piétiste qu’il initia est connu grâce à un manuscrit de la guenizah du Caire, Futuhat az-zaman (Les conquêtes du temps), hommage aux Futuhat al-Makkiyya d’Ibn Arabi. Un courant mystique s’était aussi manifesté à Bagdad où les contacts furent nombreux entre juifs et soufis, et l’influence du mysticisme musulman put gagner jusqu’aux traditions hassidiques et kabbalistiques.

« Ne dites pas ‘‘Trois’’ »

Opposé au néo-polythéisme trinitaire chrétien, l’islam réactualisa le combat contre le poly-théisme jadis mené par un judaïsme dont le christianisme triomphant avait mis fin aux velléités prosélytes. Pour Mark R. Cohen, « contrairement au christianisme, l’islam n’éprouva nullement le besoin d’établir son identité aux dépens des juifs ». Les polémiques musulmanes visaient davantage les chrétiens, mushrikun (polythéistes) « associant » le nom de Dieu à celui du Christ. Les inscriptions de la mosquée du Dôme du Rocher à Jérusalem ne mentionnent pas les juifs, mais s’adressent aux chrétiens en leur rappelant l’indivisibilité de Dieu : Croyez en Dieu et aux envoyés, ne dites pas ‘‘Trois’’. Projeter une responsabilité de l’antisémitisme vers le monde musulman relève de la tentative d’en exonérer l’histoire européenne. Celle-ci fut pourtant davantage marquée par les persécutions antijuives que par l’édification d’une civilisation « judéo-chrétienne ».

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07 août 2018 ~ 0 Commentaire

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07 août 2018 ~ 0 Commentaire

colonies (amnesty International + afps)

Colonisation

Colonies israéliennes : le rôle de la France

Les colonies israéliennes grignotent de plus en plus de terres dans les Territoires palestiniens occupés depuis la guerre de 1967. La communauté internationale, singulièrement l’Union euro-péenne, ne cesse de dénoncer cette colonisation, illégale au regard du droit international. Des entreprises européennes et françaises participent à cette entreprise de colonisation, pourtant condamnée.Cette participation prend trois formes:

1/ Soutien économique direct et indirect

La première, invisible sur le terrain, consiste pour les sociétés françaises concernées à avoir des liens économiques et financiers avec des entreprises israéliennes elles-mêmes mises en cause pour leurs activités liées à la colonisation. En février 2017, l’ONG israélienne Who Profits, spécialisée dans la recherche des bénéfices économiques de la colonisation, publie un rapport mettant en cause les grandes banques israéliennes.

Quelques semaines plus tard, un rapport français de l’ONG CCFD révèle que quatre banques françaises et une entreprise d’assurance (NP Paribas, Crédit agricole, Société générale, BPCE, AXA) ont des participations dans ces banques israéliennes. Elles ont donc un lien avec l’entreprise de colonisation.

Aussi indirect qu’il puisse paraître, ce lien n’en n’est pas moins réel et fondamental. Selon un diplomate qui a tenu à rester anonyme, « toute relation économique avec une entité israélienne quelle qu’elle soit pourrait être mise en cause dans ce cadre de fourniture de services aux colo-nies. Ça toucherait alors toute la relation économique entre la France et Israël. »

Le deuxième type de participation est direct et concerne exclusivement le tramway de Jérusalem. Ce tramway présente une ligne en service avec un projet d’extension et deux lignes en projet. Il relie des blocs colonies de Jérusalem Est (occupée) à la partie ouest de la ville (israélienne). De ce fait, il est considéré comme illégal au regard du droit international. Dans ce cas, les entreprises françaises qui y participent se font les acteurs directs d’une entreprise de colonisation.

Veolia s’est retiré suite à une campagne internationale. Alstom est toujours présente, ainsi qu’Egis Rail. Systra, filiale de la SNCF, a annoncé son retrait le 20 juin 2018 après la publica-tion d’un rapport mettant en évidence le rôle des trois entreprises françaises dans la concep-tion, la réalisation et le fonctionnement du tramway.

La troisième forme de participation à l’économie des colonies concerne les biens produits dans les colonies et exportés vers la France ou d’autres pays de l’UE.

Le consommateur les trouve sur ses marchés, dans ses supermarchés, chez son caviste, dans son centre de beauté ou sur le site Internet de sociétés dont le siège social est en France. Il s’agit principalement de produits alimentaires, fruits, légumes, herbes aromatiques, vins et cos-métiques. Ces produits doivent, conformément à plusieurs directives et recommandations inter-nationales, européennes et françaises, porter la mention de leur provenance exacte, c’est-à- dire qu’il doit être clairement indiqué qu’ils proviennent de colonies israéliennes de Cisjordanie, Jérusalem Est ou Golan syrien occupés.

Un étiquetage qui pose question ?

C’est l’exportateur qui étiquète ses produits et une société agréée, dans le pays d’origine, délivre une déclaration d’origine. Mais, la Commission européenne l’a précisé en 2015, il incombe au pays importateur d’appliquer la législation européenne sur l’étiquetage des produits des colonies.

La France s’en donne-t-elle les moyens ?

Le contrôle relève, au sein du ministère de l’économie, de la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes). Les autorités compé-tentes peuvent obtenir l’information sur l’origine par les documents douaniers, les facteurs, documents de transport et par les codes postaux des lieux de production. Une liste des codes postaux des localités situées dans les Territoires occupés (Cisjordanie, Jérusalem Est, Golan syrien) est publiée par l’Union européenne Sur le papier, tout est donc fait pour que soient dûment signalés les produits issus des colonies.

David Elhaiini, président du Conseil régional de la Vallée du Jourdain représentant les colons et lui-même agriculteur, nous déclare que l’étiquette elle seule est « un appel au boycott ». Du coup, les colonies de la Vallée du Jourdain ont fait une croix sur le marché européen : « les exportations vers l’Europe ne représentent plus que 5 à 10 % de notre production globale aujourd’hui, contre 80 % il y a 10 ans, affirme David Elhaiini. Nous serions fiers de les étiqueter ‘production de la Vallée du Jourdain’, comme BMW est fier d’apposer sa marque sur ses voitures, mais les risques de boycott sont trop grands. »

Toujours selon lui, les produits sont donc exportés vers la Russie et l’Europe de l’Est, ce qui entraîne un manque à gagner financier. Le discours de David Elhaiini est en partie au moins contredit par une enquête de terrain. Nous avons constaté que des entreprises situées dans des colonies de la vallée du Jourdain apposent une étiquette « made in Israel » ou « produce of Israel » sur des dattes et des herbes aromatiques destinés au marché français. Ainsi, l’usine de conditionnement Tamar Dvash, installée depuis 3 ans dans la colonie de Naama, trie et conditionne les dattes d’une vingtaine d’agriculteurs dont un seul Palestinien.

En 2015, première année de son activité, 400 tonnes sont passées sur ses chaînes de condi-tionnement. Elles étaient 1 200 tonnes en 2016 et le chiffre est monté à 1 600 tonnes en 2017. Les cartons sont étiquetés en fonction de la demande du client : « pour certaines commandes, on ne remplit pas la case concernant l’origine du pays », nous dit l’employée responsable du conditionnement.

Quand cette origine est mentionnée, elle l’est par le « produit en Israël ». Ces dattes sont exportées vers l’Union européenne, notamment la France et l’Espagne par l’entreprise coopé-rative Galilee Export qui possède une filiale en France. « Produce of Israel » aussi sur les car-tons des herbes aromatiques exportées par la coopérative « the Growers » située dans la même colonie de Naama.

Les bureaux exigus et la petite unité de conditionnement occupent une partie seulement d’un bâtiment bas et délabré sur les murs extérieurs desquels on peut voir les enseignes défraî-chies de Carmel et d’Agrexco. Cette dernière a fait faillite deux fois, en 2011 puis en 2016. Sept producteurs d’herbes aromatiques ont alors décidé de se regrouper et de vendre directement leur production, soit 3 000 tonnes par an. 30 % de celle-ci part sur le marché israélien, 70 % à l’export, dont l’immense majorité vers l’Union européenne. Les cartons de basilic, romarin et autres menthes partent chaque jour vers Amsterdam et trois fois par semaine vers Rungis. Tous sont étiquetés « produce of Israel ».

Certaines sociétés tentent de « maquiller » leur localisation en ayant leur siège social dans les limites internationalement reconnues d’Israël et leurs moyens de production dans un des Territoires occupés. C’est le cas des Laboratoires de la Mer Morte, qui fabriquent et commer-cialisent la marque Ahava. Ils ont promis de déménager leur usine, leur centre de recherches et leur centre visiteurs situés à Mitzpe Shalem, en Cisjordanie, mais ils sont toujours au même endroit. D’autres, en revanche, ont fini par déménager, comme le producteur de boissons Soda Stream. Mais ces derniers exemples sont rares et l’étiquetage tel qu’il est appliqué aujourd’hui paraît une arme bien peu efficace pour faire respecter le droit international.

06.08.2018

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Le business des colonies israéliennes (AI)

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07 août 2018 ~ 0 Commentaire

référendum (lnc-nc)

kanak

Non-participation au référendum : Les précisions du Parti travailliste

Estimant que l’échéance est une « farce électorale » ou encore un rendez-vous « bidon », le Parti travailliste avait décidé, le 15 juillet dernier, lors d’un congrès extraordinaire à Nouméa, d’appeler à « la non-participation massive » au référendum du 4 novembre. Avant de préciser qu’il s’agit bien d’une non-participation, et pas d’un boycott.

Deux semaines après cette annonce du Parti travailliste, le groupe UC-FLNKS et Nationalistes (UCFN) au Congrès a déposé une nouvelle constitution de groupe auprès de l’institution : le nom est identique mais l’équipe n’est plus la même. Celle-ci est désormais composée de treize membres et non plus quinze. Les absents ? Louis-Kotra Uregei et Marie-Pierre Goyetche. Qui ont rejoint Basile Citré et Gaël Yanno, deux élus également sans étiquette.

Dans un communiqué diffusé ce jeudi 2 août, le Parti travailliste « tient à préciser que ses élus ont été des partenaires loyaux et assidus du groupe UCFN [et que] le représentant du Parti travailliste a été le seul à défendre les positions du groupe alors même que les élus de l’Union calédonienne ont renié ces positions initiales pour s’aligner derrière celles de Paul Néaoutyine et de l’état colonial […] afin de permettre et de faciliter toujours davantage les inscriptions de non-Kanak.

Le communiqué, signé du bureau politique du Parti travailliste, qualifie ensuite la charte des valeurs communes de « fruit d’une nouvelle couillonnade issue d’un G10 illégitime devenu le G7 encore plus illégitime puisque les représentants indépendantistes n’ont jamais été mandatés par le peuple kanak ».

« C’est dans la dignité, poursuit le bureau politique du Parti travailliste, que nous assumons avec détermination et confiance notre choix de ne pas participer, le 4 novembre, au parachè-vement de l’œuvre commencée avec l’Accord de Nouméa, de négation du peuple kanak au profit du pseudo-peuple calédonien bricolé, cher à Philippe Gomès [qui] n’est pas victime de l’histoire au sens de Nainville-Les-Roches, ainsi qu’à l’Etat colonial et à leur complices indépendantistes ».

02.08.2018

https://www.lnc.nc/

Commetaire: Le Parti travailliste refuse les conditions de ce référendum: beaucoup trop d’expats ou métropolitains ont le droit de vote tandis que des canaques ne sont pas inscrits sur les listes. Il a rompu avec l’Union Calédonienne principal force du FNLKS plus accommodants.

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03 août 2018 ~ 0 Commentaire

pub (tendance claire)

 tronche

Publicité : quelle critique anticapitaliste?

La publicité est devenue une sorte de symbole du capitalisme, et se retrouve donc critiquée par des mouvements de « gauche » très divers, allant d’associations modérées comme Résis-tance à l’agression publicitaire (RAP) à des groupes comme Casseurs de pubs (groupe fondé en 1999 qui a aussi fondé le journal La Décroissance en 2004). Si les actions anti-pub se limi-tent à des minorités, le « sentiment anti-pub » est largement partagé: un sondage de 2013 donnait par exemple 64 % des personnes en France trouvant la publicité « désagréable ». D’où l’intérêt de développer une critique anticapitaliste de la publicité.

La pub, enfant du capitalisme

Avant le capitalisme, les marchandises prenaient une part très réduite de la vie quotidienne. La division du travail était bien moins poussée (la nourriture et beaucoup d’objets étaient produits dans les foyers, comme les habits, meubles, bougies…), et même dans les villes les corpora-tions limitaient la concurrence, si bien qu’on allait davantage voir « le » forgeron, « le » potier, etc. que « telle marque ».

L’essor du capitalisme a représenté une généralisation de la marchandisation, et a engendré un objectif de maximisation des profits pour chaque capitaliste, qui pousse à passer par la publicité pour plusieurs raisons :

  • Vendre ses produits à la place de ceux des autres, dans un cadre où la concurrence s’est généralisée,
  • Vendre plus d’unité de chaque produit (d’autant plus que l’industrie apporte des écono-mies d’échelles qui font chuter le « coût marginal »), en touchant plus de gens et en stimulant des « besoins ».

Des débuts où la publicité était largement prise en charge par les grands industriels, la logique du capitalisme a, comme partout, donné naissance à un secteur spécialisé de la publicité, au-jourd’hui dominé par 3 grands groupes mondiaux : WPP (UK), Omnicom (USA) et Publicis (FR).

La pub, omniprésente

L’invasion publicitaire est étroitement liée à l’essor de la consommation, donc à la croissance. Elle commence donc à décoller dès le 19e siècle (où elle s’adresse d’abord à la bourgeoisie), et connaît un boom au moment où naissent les « sociétés de consommation » : années 1920 aux Etats-Unis, années 1960 en Europe… C’est donc logiquement dans l’après-guerre que vont se développer les mouvements anti-pub, spécialisés (comme le Billboard liberation front aux Etats-Unis) ou plus propagandistes (comme la critique situationniste de la « Société du spectacle »).

Aujourd’hui la publicité est réellement omniprésente : panneaux dans les rues, panneaux plus grands le long des routes (puisque l’on passe plus vite en voiture, il faut des panneaux plus grands, le tout-voiture accentue donc la nuisance), dans les journaux et les revues, à la télévision, sur les sites internet et les applications mobile… Comme autre phénomène assimi-lable à de la publicité, on peut citer les boutiques qui laissent leurs enseignes ou lumières intérieures allumées toute la nuit… Toutes ces dépenses, par ailleurs, nous les payons puis-qu’elles se répercutent dans les prix d’achat. Puisque les dépenses totales des annonceurs s’élèvent à 30 milliards par an en France, on peut estimer que chacun·e de nous paie 450 € / an pour ce « service » non demandé, certains parlent de « principe pollué-payeur ».

La publicité, c’est aussi le placement de produit 

Dans les films, les jeux vidéos1, les clips de musique et même les chansons, ou encore les romans : dès les années 1970 Gérard de Villiers négociait avec le groupe Havas le nombre de citations de la vodka Eristoff dans son prochain SAS2… L’utilisation des « influenceur·se·s » se développe aussi de plus en plus : Fanta qui organise un concours entre youtubeur·ses pour réaliser la meilleure pub pour elle, une marque de cosmétique va offrir des échantillons de produit à tel·le instagrameur·se pour qu’il en parle dans ses vidéos… Et ce serait jusqu’à 11 fois plus rentable qu’une publicité classique3.

La pub, un modèle économique rodé

On entend parfois des gens dire : « C’est pas efficace, ça marche pas sur moi ». Soyons clairs : si c’était le cas, les capitalistes ne réinvestiraient pas des milliards de leurs chiffres d’affaire dans la publicité (pour Coca-Cola c’est autour de 40 %). Si le secteur de la publicité en lui-même ne pèse que 5 % du PIB (et 2 % des emplois), il est une pièce majeure pour l’ensemble du capitalisme : certains estiment qu’un euro investi en publicité engendrerait 7 euros de PIB.4

Des experts se spécialisent dans l’analyse de l’efficacité publicitaire, mènent des études pour comparer les différents média (papier, télévision…). La publicité sur internet s’est beaucoup développée, et sa part a dépassé celle des autres médias depuis 2017. Une des possibilités qui intéresse particulièrement les annonceurs, c’est l’accumulation des données (« big data ») sur les utilisateur·trices, pour cibler la clientèle potentielle. L’idée est simple : à celui qui « like » un article sur les voitures électriques, on va envoyer une pub pour Tesla, à celle regarde des vidéos sur les jeux vidéos sur Youtube, on va envoyer des pub de jeux vidéo, etc. Il paraît ainsi inutile de diffuser des pubs pour couches au « segment » des jeunes sans enfant, de proposer une grosse Mercedes à un·e prolétaire sans le sou, etc.

Cependant d’autres « experts » nuancent cette idée 

Le fait d’avoir vu pendant des années des pubs pour les couches fait qu’on est influencé si un jour on veut en acheter. Par ailleurs, les publicités pour des produits de luxe diffusées pour le « grand public » ont aussi un effet : celui d’entretenir l’image sociale. C’est parce que « tout le monde sait quel bien est prestigieux » que la minorité qui peut se l’offrir va avoir un « intérêt » à le posséder, et donc à l’acheter.5 Certaines études indiquent même qu’un euro investit dans un spot publicitaire à la télé rapporte plus qu’un euro investi dans la pub en ligne. Il semble en tout cas que les plus grandes marques, à vocation « hégémonique », ont tout intérêt à être présentes sur tout type de média, même si certaines entreprises peuvent se contenter de mar-chés « ciblés ». On passe peut-être d’un modèle économique à plusieurs, mais la publicité n’est pour l’instant pas menacée…

Ces dernières années, de plus en plus de « services » gratuits ont été mis à notre disposition, sur la base du financement via la publicité (en particulier les différentes plateformes de réseaux sociaux). L’essor de la collecte des données sur les utilisateurs a rendu célèbre la formule « Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit ». Elle n’est pas exacte (les produits restent des marchandises que nous achèterons indirectement, les transactions de données n’étant qu’un secteur « improductif » intermédiaire), mais a le mérite de rappeler que l’entreprise qui «offre» le service gratuit s’y retrouve largement (elle pourra capter une part de la plus-value en échange de nos données).

Par certains côtés, ces nouveaux phénomènes ne font que prolonger une logique ancienne « d’entraide » entre capitalistes petits et gros. Dès les années 1960, JC Decaux inventait un modèle qui a connu un succès mondial, celui de l’abribus publicitaire (JC Decaux propose aux mairies du mobilier urbain à moindre coût grâce aux recettes de la pub)6. Cela fait aussi très longtemps que, par exemple, Coca ou Pepsi font des accords d’exclusivité avec des bars, en échange de verres Pepsi ou de mobilier Coca, ou en faisant figurer Coca sur l’enseigne du bar, etc.

La pub institutionnelle

Des campagnes « publicitaires » sont aussi massivement utilisées par des politiciens ou des institutions : la « pub » que va faire tel ou tel conseil général sur un bus ou une infrastructure qu’il a financée, l’apparition d’Obama dans le jeu vidéo Burnout Paradise pour sa campagne de 2008, le jeu vidéo America’s Army créé par l’armée états-unienne pour recruter… Bien sûr il s’agit de propagande et de ressorts différents de ceux de la sphère marchande. Mais la logi-que marchande façonne la façon de communiquer contemporaine : ces « pubs » sont des façons de « rentabiliser » les investissements de tel ou tel parti de gouvernement (avec une tendance à se réduire à des « marques » dépolitisées) dans le cadre de la « concurrence politique ». Elles utilisent les mêmes techniques et passent par les mêmes canaux (à l’image de Clear Channel qui s’occupe à la fois de coller des affiches publicitaires ou électorales).

La pub comme problème écologique

Une des principales critiques faites à la publicité est celle de son impact écologique, par son but d’incitation à la consommation comme par son coût direct. Il est malheureusement très diffi-cile de trouver un bilan global de l’empreinte écologique de la pub, si jamais il existe. Quelques indications permettent cependant de cerner le problème. On estime qu’un quart du papier consommé en France (chiffre en augmentation)7 est dû aux prospectus dans nos boîtes aux lettres. A cela il faudrait ajouter toutes les pages de pub dans les journaux, magasines, etc. pour avoir un bilan de tout le papier gâché.

Mais cela fait un certain temps que la publicité s’est mise à consommer de l’électricité de manière permanente, avec les panneaux électriques de tous types, et maintenant les écrans animés (plus redoutablement efficaces pour happer notre attention au détour d’un couloir de métro…). En région parisienne, les panneaux éclairés équivaudraient à la consommation élec-trique de plus de 100 000 personnes. Et bien évidemment il faudrait évaluer la part de la consommation due à la pub dans toute l’énergie utilisée pour faire tourner les serveurs d’internet.

Depuis le 1er juillet 2018, les enseignes et vitrines commerciales sont censées être éteintes entre 1h et 6h du matin (entrée en vigueur d’une loi de 20128). Cela devrait permettre d’éco-nomiser l’équivalent de la consommation annuelle d’électricité de 370 000 ménages. Mais l’expérience montre que ce genre de mesure nécessite des contrôles pour être un minimum appliquée, et ce n’est pas prévu…

La pub comme moyen de pression

La publicité est une recette majeure pour de nombreux médias, et devient donc pour les entre-prises un moyen de pression sur ces médias. Pendant l’affaire « dieselgate », une agence de publicité qui travaille pour Volkswagen a invité des journaux français à n’écrire « aucun article relatif à la crise VW » durant quelques jours, faute de quoi elle supprimerait 1,5 million d’euros d’ordres publicitaires9. EDF paie des encarts publicitaires dans la presse depuis des années, même à l’époque où elle avait le monopole de la fourniture d’électricité. L’intérêt est de mainte-nir une épée de Damoclès en menaçant de retirer cette manne… C’est arrivé par exemple à la Tribune après un article critique sur l’EPR…10

Bien sûr pour les grands médias on ne peut pas parler de domination, mais seulement d’échanges de bons procédés entre capitalistes. Ce qui pouvait être exprimé avec cynisme par Patrick Le Lay, ex-PDG de TF1, expliquant que son métier était de vendre « du temps de cerveau disponible »11.

La pub comme reflet du sexisme et du racisme

Le sexisme dans la publicité est si répandu que le terme de « publisexisme » a été forgé. On n’assumerait certes plus les pubs des années 1960 autour de l’électroménager centrées sur « la ménagère », mais très régulièrement des exemples viennent rappeler l’ancrage des rôles de genre. On avait la célèbre pub Audi de 1993 « il a la voiture, il aura la femme », on a (2015) « Tu veux pécho, passe ton permis moto ! ». Ou encore une pub de 2017 où une femme boit de la Volvic et se transforme en « Reine du shopping »… Autre fait marquant depuis la «libéra-tion sexuelle» des années 1970 : on nous sert des femmes à moitié nues pour vendre à peu près n’importe quoi.

Le terme de « publiracisme » n’existe pas, mais la réalité, si.

Là encore, on ne diffuserait plus une publicité « Ya bon Banania », mais H&M n’hésite pas à représenter un petit garçon noir avec un sweat « Coolest monkey in the jungle » (2018), et Dove récidive régulièrement en mettant en scène des femmes noires qui… deviennent blan-ches une fois savonnées, une crème affichant sans fard « pour peau normale à noire »…12 On peut bien évidemment parler de l’homophobie de la même façon. En 2017 une pub (Fireworld) faisait très fort avec le pitch : « Savoir si mon fils est gay : « il passe des heures à se coiffer ? il s’intéresse plus à la culture qu’au foot ? Encore mieux, notre logiciel espion pour savoir ce qu’il fait sur internet… ».13

La pub comme aliénation consumériste

Enfin une des grandes critiques qui revient contre la publicité, c’est la source d’aliénation qu’elle représente : le fait qu’elle contribue à nous faire faire des pseudo-choix qui ne nous appartiennent pas vraiment. Plusieurs ressorts psychologiques (fortement liés à l’état général de notre société) nous rendent perméables : vouloir acheter des biens ostensibles pour montrer un certain statut social, vouloir plus de biens parce qu’on n’est pas bien, qu’on pense compenser par là un manque de relations humaines, etc. Les géants de l’agroalimentaire savent aussi s’appuyer sur notre appétence en partie instinctive pour le gras, le sucré et le salé.

Une grande part du niveau de consommation actuel dans les pays dominants pourrait donc diminuer si l’on rompait avec le capitalisme.

Il est important cependant d’être prudents avant de prétendre juger ce qui est « faux besoin » et « vrai besoin », car c’est un domaine extrêmement subjectif, et sujet à toutes sortes de biais : biais patriarcal (suspecter comme superficielle avant tout la consommation des femmes), biais raciste et mépris de classe (focalisation sur les « m’as-tu-vu » de rue et valorisation des « m’as-tu-vu » snobs…).

La pub, réformable ?

Il y a bien sûr des régulations de la publicité, qui montrent qu’une certaine marge de manœu-vre existe : dimensions limitées, protection des paysages, interdictions/limitations pour certains produits (tabac, alcool…), protection des enfants (à Paris les panneaux publicitaires sont inter-dits à moins de 50 m des écoles, en Suède les publicités visant les moins de 12 ans sont inter-dites et toute publicité est interdite pendant les plages horaires réservées aux enfants…).

Il existe même de rares cas d’interdiction pure et simple des panneaux publicitaires 

Les Etats américains du Vermont et du Maine dès les années 1970, São Paulo depuis 2007, Grenoble en 2014… Mais cela engendre un manque à gagner important que seules des villes assez riches peuvent se permettre (Sao Paulo a réintroduit la pub en 2013…). Dans un contex-te de restrictions budgétaires, où les richesses sont accaparées par les capitalistes, les volon-tés anti-pub passent le plus souvent au second plan face aux propositions de financements des publicitaires. Même si la publicité ne représente qu’une faible part des recettes de la RATP (3%), une augmentation du prix des billets ou des impôts pour compenser sa suppression serait sans doute impopulaire. Encore plus impopulaire serait la suppression de la publicité à la télévision, qui nécessiterait des chaînes payantes ou des impôts plus élevés.

Il n’y a que quelques grandes chaînes publiques (comme la BBC, qui bénéficie d’une redevance plus élevée) qui se passent totalement de publicités.

Sarkozy avait passé une réforme qui supprimait la pub de 20h à 6h sur France Télévisions, officiellement pour fournir des chaînes publiques de qualité, officieusement pour faire un cadeau aux chaînes privées (qui récupèrent ainsi des recettes publicitaires) et à son ami Bouygues en particulier. Aujourd’hui avec le même double jeu, le patron de M6 réclame la suppression totale de la pub sur France Télévisions.

On voit donc que les avancées possibles dans le cadre de ce système sont maigres et repor-tent presque toujours le problème ailleurs. Pour sortir de ce dilemme « gratuité/publicité ou augmentation des prix » il faut des moyens, qui sont largement disponibles sur le papier, mais que les capitalistes gardent jalousement. La publicité est née avec le capitalisme et ne disparaîtra qu’avec lui.

La pub et nos revendications

Il faut donc une approche plus « radicale ». Cela ne veut pas dire basculer dans l’illusion d’une action directe comme solution, qui fétichise la pub et voit donc la subversion dans la casse ou le détournement. Non pas que ce soit toujours inutile (des tags sur une publicité sexiste n’ont probablement pas moins d’impact qu’un tract), mais il faut que ce soit adossé à un mouvement et à une perspective révolutionnaire.

Seul une reprise en main de l’économie par la classe travailleuse peut balayer ce système de la concurrence pour le profit, et donc supprimer la base de la publicité. En expropriant les grandes entreprises et en les faisant tourner en fonction des besoins, la distribution des biens pourra être planifiée, le revenu des travailleur·se·s garanti à vie, indépendamment du niveau des « ventes » (la sphère marchande pourra d’ailleurs laisser rapidement place à des services publics gratuits en nombre croissant).

Les travailleur·se·s du secteur de la publicité devront bien évidemment conserver leur revenu et se voir proposer de nouveaux métiers utilisant leurs compétences techniques et « artisti-ques ». Hors de la logique de marketing, des formes de « publicité » (à valeur informative) et de campagnes de sensibilisation perdureraient : des informations sur des concerts, exposi-tions… des campagnes antisexistes, antiracistes, écologistes, de prévention santé… De moyens d’aliénation, les médias actuellement utilisés par la pub pourraient devenir (comme les médias en général) des moyens de diffusions d’idées soutenues par des choix collectifs et libres.

Julien Varlin 01 août 2018

https://tendanceclaire.org/

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02 août 2018 ~ 0 Commentaire

nba (france info)

Messages anti-Trump, école pour enfants en difficulté… Quand LeBron James s’éloigne des parquets pour faire de la politique

Plus grande star du basket nord-américain, LeBron James est aussi un militant actif dès qu’il s’agit de critiquer Donald Trump ou de soutenir la communauté afro-américaine. « C’est l’un des plus grands moments de ma vie, si ce n’est le plus grand ». Sur l’estrade, devant les journalistes et le public, LeBron James, la superstar du basket, n’évoque pas un titre NBA  (la Ligue nord-américaine de basket) ou une énième récompense individuelle ou encore un nouveau record, mais simplement le fait d’avoir ouvert une école dans sa ville natale d’Akron dans l’Ohio (États-Unis). Mardi 31 juillet, le nouveau joueur des Los Angeles Lakers a inauguré l’établissement baptisé « I promise » (je promets).

Elle accueillera 240 enfants en difficulté.

« Je connais ces enfants probablement mieux qu’ils ne se connaissent. J’ai arpenté les mêmes rues. J’ai fait du vélo dans les mêmes rues qu’eux. J’ai ressenti les mêmes émotions, le bien, le mal, l’adversité », a déclaré LeBron James dans une interview pour sa propre plateforme Uninterrupted. Ce geste est symbolique de l’action du triple champion NBA sur les terrains des revendications politiques et sociales dans son pays.

Soutien de la communauté noire

En 2012, alors joueur à Miami (Floride), il fait pour la première fois entendre sa voix sur un sujet polémique : la mort du jeune Afro-américain de 17 ans, Trayvon Martin, tué par balles par un homme qui faisait une ronde de voisinage. Il poste une photo de son équipe accompagnée du hashtag #NousSommesTrayvonMartin. Sur cette photo, lui et ses coéquipiers posent en « hoodie« , ce pull à capuche que portait l’adolescent au moment de sa mort, devenu symbole de l’injustice raciale. Il a ensuite continuer à jouer de son influence pour dénoncer les bavures policières.

En décembre 2014, il arbore, avant un match à Brooklyn, un tee-shirt « I can’t breathe » (« je ne peux plus respirer ») pour rendre hommage aux derniers mots d’Eric Garner, cet homme noir étouffé par un policier dans ce quartier de New York. « En tant que société, nous devons faire mieux. Mais cela n’arrivera pas du jour au lendemain », commentait-il à l’époque.

Ennemi de Donald Trump

LeBron James est particulièrement virulent lorsqu’il parle de l’actuel président des États-Unis, Donald Trump. Lors de la campagne présidentielle, il avait officiellement soutenu la candida-ture d’Hillary Clinton. Depuis, il ne rate jamais une occasion de critiquer le milliardaire. Lors des événements de Charlottesville (Virginie) en août 2017, où des violences entre partisans de l’extrême droite et contre-manifestants avaient fait un mort, il avait attaqué la politique de Trump.

« La haine a toujours existé aux États-Unis. Oui, nous savons que Donald Trump l’a remise à la mode ! Les statues n’ont rien à voir avec ça. Ce qui se passe à Charlottesville est très triste. C’est dans cette direction que le pays va ? Rendre l’Amérique grande à nouveau, huh ? Il a dit ça ? », avait-il déclaré. Et, il en a remis une couche à l’occasion de l’inauguration de son école, mardi 31 juillet.

Benoît Jourdain 02/08/2018

Lire aussi:

Monument du basket aux États-Unis et engagé contre le racisme… Qui est LeBron James ?

Un autre:

Quand un basketteur de la NBA participe à un sauvetage en pleine Méditerranée

Commentaire: Bon, le soutien à Hilary Clinton… on aurait préféré qu’il soutienne Bernie Sanders!

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