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23 août 2019 ~ 0 Commentaire

frontières (afrique en lutte)

afrique

Externalisation des frontières

Oriol Piug raconte la frontière invisible en Afrique de l’Ouest

Les pays du Sahel font office de nouveaux murs de l’UE avec plus de contrôles frontaliers, augmentation des déportations et utilisation des fonds de coopération pour freiner les flux. L’externalisation de services européens vers des pays comme le Niger, le Mali et le Burkina Faso entraîne le détournement d’itinéraires, accroît la dangerosité de la route, le trafic informel et viole les droits de l’homme.

« On a récemment demandé à un ministre européen pourquoi il s’était rendu au Niger et il a répondu en assurant que « le Niger est notre voisin », symboliquement parlant ». C’est donc clair ». De cette manière voilée mais suggestive, le chef de mission de l’Organisation Interna-tionale pour les Migrations (OIM), Martin Wyss, admet l’externalisation des frontières européen-nes au Sahel. L’ambassadrice communautaire dans le pays, Denise-Elena Ionete, rejette le concept, mais reconnaît l’importance croissante du Niger dans la gestion de la question migratoire.

Le Niger est le gendarme de la migration irrégulière vers l’Europe et assume depuis 2015 les politiques européennes de confinement. C’est le produit de l’obsession de l’UE à freiner les flux d’entrée sur son territoire, malgré le fait que les mobilités à l’intérieur de l’Afrique sont supérieu-res – 70% – à celles dirigées vers l’Europe », d’après l’ONU.

La préservation des intérêts économiques dans la région, l’expansion du commerce de sécurité et « le refus atavique de l’Europe de former des sociétés mixtes », selon les termes de l’intellec-tuelle altermondialiste malienne Aminata DramaneTraoré, font avancer la stratégie de restriction de l’UE dans ce domaine. Il s’agit d’un mécanisme de contrôle fondé sur le renforcement des frontières, l’encouragement des déportations et des expulsions et l’utilisation des fonds de coopération souvent destinées au développement pour prévenir l’afflux de personnes.

Expulsions arbitraires et massives

Alex arrive au centre de transit de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) à Agadez. Il fait partie des plus de 40.000 personnes expulsées par l’Algérie vers la frontière nigérienne depuis 2014. Dans son cas, il se rendait au travail dans une carrière à Alger lorsque la police l’a arrêté soudainement et sans prévenir.

Ils ont réquisitionné tout ce qu’il portait, y compris son téléphone portable, et l’ont emmené à bord d’un autobus vers une destination inconnue. Après plusieurs jours de mauvais traitements physiques et d’humiliations, les forces de sécurité l’ont abandonné au milieu du désert du Sahara, avec des dizaines de citoyens subsahariens.

De là, ils ont marché une quinzaine de kilomètres jusqu’au sol nigérien, où l’OIM les attendait. Alex n’a jamais eu l’intention de continuer en Europe. Il était marié avec une femme algérienne depuis 8 ans et était à l’aise et bien installé dans le pays, malgré le racisme quotidien auquel il faisait face. « Ma femme m’attendait à la maison, mais à cette date, elle ne sait pas où je suis. J’ai insisté pour lui parler, mais ils ne m’ont pas laissé le faire. Elle est enceinte de deux mois et je veux juste lui dire que je suis vivant », dit-lui le cœur brisé.

OIM en question

Comme Alex, beaucoup d’autres ont été expulsés vers le Niger dans le cadre de l’accord de réadmission signé par Alger et Niamey en 2014 qui, théoriquement, ne concerne que les citoyens nigériens, mais dans la pratique, est appliqué à toutes les personnes subsahariennes.

Pour des associations militantes comme Alternative Espaces Citoyens, ces expulsions brutales sont une violation flagrante du droit international et des droits humains fondamentaux, puisqu’il s’agit de déportations massives et forcées, non communiquées à l’avance et, en outre, dans des conditions précaires et inhumaines.

L’OIM aide les victimes du côté nigérien de la frontière et les invite à participer à son programme de « retour volontaire » qui, pour une grande partie de la société civile et des experts, est « cynique » quand il se produit après une expulsion forcée, selon le chercheur burkinabé Idrissa Zidnaba.

L’organisme international préconise de ne travailler que dans des contextes « volontaires », mais évite de critiquer publiquement les actions de l’Algérie, car c’est « une question délicate entre deux pays souverains », d’après Martin Wyss. L’OIM, agence interétatique financée par des puissances internationales et liée à l’ONU, nie sa participation aux convois de déportation, mais assume le transport depuis la frontière vers les pays d’origine, par avion ou par voie terrestre.

Le Niger accueille plusieurs centres de transit de l’OIM et de plus en plus accepte la construction des « centres humanitaires des demandeurs d’asile » où il collabore avec le HCR pour identifier les demandeurs d’asile et/ou de réfugiés potentiels, en agissant selon la vision des hotspot proposée par le Président français, Emmanuel Macron, initialement rejetée par le gouvernement du Niger, mais finalement déployée.

Les installations, qui évacuent et protègent les migrants, jouent un rôle clé dans les politiques de confinement et se développent dans tout le Sahel. Pour certains militants et experts, cette orga-nisation remplit une double fonction, d’une part « caresse et de l’autre frappe », selon l’anthropo-logue et missionnaire Mauro Armanino. Pour le chercheur à l’Université de Bamako Bréma Dicko, « c’est l’exécuteur des politiques européennes », une sorte « d’agence de déportation » sous le parapluie de l’ONU.

Au Mali, par exemple, le rôle de l’agence est différent de celui du Niger, où tous les mécanismes de l’agence se sont installés sans difficultés majeures, donc l’importance de la diaspora malien-ne et de ses transferts de fonds ont empêché une mise en œuvre plus poussée.

Cependant, les deux Etats sont les bénéficiaires majoritaires de l’aide officielle européenne du Fonds fiduciaire d’urgence de l’Union européenne pour l’Afrique, le principal instrument pour tenter de « s’attaquer aux causes profondes de la migration », assure-t-il.

La société civile dénonce la conditionnalité de leurs dons, le détournement de fonds de l’éradica-tion de la pauvreté vers la sécurité, et l’inefficacité de la même aide due au syllogisme erroné entre migration et développement. En ce sens, il a été démontré que « le développement intensifie la mobilité » et non l’inverse, explique Harouna Mounkaila, directeur du groupe de recherche sur les migrations de l’Université de Niamey.

Inefficacité, dangers et clandestinité

Au Niger, la loi 2015/36, approuvée par le gouvernement, a criminalisé la traite et le trafic d’êtres humains selon la responsable de l’agence chargée de sa mise en œuvre, Gogé Maimouna Gazibo et a conduit à une « grande répression », en particulier pour la partie nord du pays, Selon les autorités locales, la persécution contre le soutien à la migration a démantelé des réseaux, emprisonné jusqu’à 200 personnes, confisqué des dizaines de véhicules et porté un dur coup à l’économie locale d’Agadez.

L’UE avait promis des subventions pour fournir des alternatives aux responsables de l’activité migratoire, mais celles-ci ne sont pas encore arrivées, sont insuffisantes et inefficaces.

« Ils nous demandent d’attendre, nous disant que le financement viendra, mais ils ne nous donnent que 1,5 million de FCFA pour démarrer une activité, alors que nous gagnions cela en une journée. C’est très peu », déclare Bachir Asma, un ancien passeur reconverti dans le cadre du programme de soutien aux acteurs de l’économie migratoire financé par l’UE.

Le mécontentement à l’égard des promesses non tenues augmente et la patience s’épuise. « Le blocage brusque des échanges commerciaux sans prise en compte des besoins de notre population a conduit au déploiement d’itinéraires alternatifs qui maintiennent le trafic de manière plus informelle », selon le maire adjoint d’Agadez, Ahmed Koussa.

Le trafic continue donc, mais d’une manière plus invisible. « La persécution de l’État pousse les gens à emprunter des routes plus compliquées, plus risquées et plus coûteuses », explique le responsable de Médecins Sans Frontières Francisco Otero.

« Sur les routes secondaires qui n’ont pas de points d’eau il y a des bandits armés, et une petite panne peut être fatale », dit Ahmed, un ancien chauffeur de la route vers la Libye. Les routes bifurquent vers le Tchad et surtout vers le Mali, où l’on a observé récemment une augmentation notable de la population qui se déplace dans la ville de Gao, passant de 7.000 en 2017 à 100.000 en 2018, selon les données de la Maison du Migrant.

Cela montre que la main de fer contre la migration au Niger « déplace le problème dans un autre pays sans le résoudre », selon Sadio Soukouna, chercheuse à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD).

Il y a donc une augmentation exponentielle de la traite informelle et des risques, qu’il s’agisse d’agression, de braquage, de viol ou d’enlèvement par des groupes armés ou des bandits. « Ils sont poussés dans l’illégalité », assure Otero.

« Ils interceptent leurs véhicules et leur disent qu’ils peuvent gagner de l’argent s’ils les suivent, et certains le font. D’autres, par contre, sont détournés contre leur gré et leur famille doit payer la rançon. L’année dernière, nous avons libéré 14 personnes », déclare le militant Eric Alain Kamdem.

La société civile considère également que le renforcement des frontières par des contrôles biométriques sophistiqués et le développement des points de surveillance sur les routes violent le protocole de libre circulation de la CEDEAO,

Au Burkina Faso, par exemple, Moussa Ouédraogo, responsable de l’ONG Grades, dénonce le fait que son pays est devenu une « pré-frontière, afin de bloquer la route au plus grand nombre de personnes possible » avant leur arrivée au Niger, et affirme que l’extension des contrôles sous prétexte de lutter contre le terrorisme ne cache pas que l’objectif est « l’intimidation des migrants ».

Le gouvernement nigérien se défend de l’accusation d’entrave à la liberté de circulation commu-nautaire et assure qu’il n’exige que les voyageurs soient munis de documents valides. En revan-che, il se félicite de la réduction des flux migratoires transitant par Agadez, un infléchissement de la courbe obtenu à la suite d’un impressionnant dispositif policier de quadrillage des routes et des points d’eau appuyé par des pays européens.

Des investissements financiers jetés par la fenêtre puisque de nombreux rapports d’ONG et de chercheurs indiquent que très peu des personnes évacuées du Maghreb restent dans leur pays, la plupart finissent par reprendre la route.

C’est le cas d’Ibrahim, ressortissant sénégalais, qui après un séjour en Libye, s’est retrouvé contre sa volonté en Algérie. « Je veux toujours aller en Europe, car je ne voulais pas rentrer dans mon pays. Dès que possible, je tenterai à nouveau la route marocaine, j’essaierai de sauter les clôtures : entrer ou mourir » a confessé l’intéressé.

10 août 2019 par Oriol Puig

http://www.afriquesenlutte.org/

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12 août 2019 ~ 0 Commentaire

lannion sans papiers (le trégor)

lannion

Sans papiers:  des tentes sur le quai d’Aiguillon pour attirer l’attention

Ce lundi 12 août, le Collectif de soutien aux sans papiers cherchait à alerter les autorités sur le sort de plusieurs familles de migrants, menacées d’être « mises à la rue ».

C’est un « appel à la conscience publique » qui a été lancé ce lundi par le Collectif de soutien aux sans papiers (CSSP). Avec plusieurs associations, il a installé des tentes de camping sur le quai d’Aiguillon. Jean Marc Fontaine, membre du collectif rappelle: « C’est une action symbolique»

Trois familles concernées

Le but : alerter les citoyens et les autorités sur le sort des sans papiers déboutés de leur deman-de de titre de séjour. Trois familles sont particulièrement concernées. Jean-Marc Fontaine:

Elles viennent du Congo, d’Angola et des Comores, avec sept enfants au total qui risquent de se retrouver à la rue du jour au lendemain. Ça va à l’encontre de tous les textes internationaux sur la protection de l’enfance que la France a signés. Ces familles n’ont ni abri ni ressources, des enfants à charge, on ne peut pas les mettre à la rue et fabriquer des clandestins, obligés de dormir dans des tentes ».

Arrivée en France il y a 4 ans

Parmi ces familles, celle de Babouana. Elle est arrivée en France il y a quatre ans avec ses enfants, pour rejoindre son mari. Depuis un an, elle loge à l’hôtel et redoute d’être mise à la porte : J’ai quatre enfants, deux fois des jumeaux. Ils sont déjà scolarisés à l’école de Pen Ar Ru et tout se passe bien, ils sont bien intégrés. J’ai peur ».

En effet, le CSSP, qui fournit une aide juridique aux sans papiers pour mener à bien leurs démarches administratives, est dans l’impasse. Les dossiers de ces familles ont été clos, les recours sont épuisés.

« Nous avons tout fait pour trouver une solution : explorer les possibilités de relogement privé, démarché tous les services sociaux et administratifs à tous les niveaux », rappelle Jean-Marc Fontaine. Pour autant, les autorités concernées, à la Maison du Département, se laissent jusqu’au 20 août pour statuer sur ces dossiers.

12 Août 2019

https://actu.fr/bretagne/lannion

http://cssp-lannion.fr/

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11 août 2019 ~ 0 Commentaire

lannion réfugiés (cssp)

lannion

DROIT ET HUMANITÉ AVANT TOUT

APPEL À LA CONSCIENCE PUBLIQUE

A Lannion le Lundi 12 août 2019àa 11h , nous installons des tentes sur le Quai des Possibles  pour mettre à l’abri deux familles comptant sept enfants dont trois de moins de trois ans, mais aussi quatre jeunes majeurs qui sont menacés d’être mis à la rue, tous sans abri ni ressources dans les jours qui viennent.

Nous avons tout fait pour trouver une solution : exploré les possibilités de relogement privé, démarché tous les services sociaux et administratifs à tous les niveaux. Mais cette incapacité passagère a régler ce problème  ne signifie pas résignation.

Nous constatons qu’en jetant des familles avec enfants à la rue, l’État ne respecte pas les textes de protection de l’enfance que la France a pourtant signé. Nous dénonçons des grilles et cadres législatifs et administratifs qui ne laissent aucune place à des considérations relevant des plus élémentaires notions de civilisation : on ne jette tout simplement pas à la rue des familles avec des enfants, dans notre pays.

L’État, les diverses instances administratives et politiques considèrent peut-être que cette pratique est justifiée, qu’elle fait du sens, qu’elle est raisonnable. Mais nous, associations et collectifs de citoyens, considérons qu’il s’agit là d’un acte de trahison des fondements du vivre-ensemble qui caractérise notre pays.

Nous nous sommes mobilisés depuis des années pour humaniser l’accueil des migrants, et suppléer, de fait, à la dureté des conditions qui leur sont faites par les instances officielles.

Nous les avons guidés dans le maquis des formulaires et démarches administratives, aidés à surmonter les incohérences des structures d’accueil, nous leur avons cherché et trouvé des logements, recueillis parfois dans nos propres foyers, distribué des aides d’urgence en espèces et en nature (plus de 12.000 euros de nos propres poches, des dons reçus, des recettes de vide-greniers etc.… pour le seul CSSP en 2018).

Bref, nous avons assumé, en tant que membres de la société civile, une part du devoir de décence et de solidarité qui constituent les bases de la civilisation.

Aujourd’hui, nous atteignons les limites de ce que nous pouvons faire.

Fatigués de jouer le rôle de supplétifs d’une politique que nous considérons comme honteuse, nous faisons appel à la société civile et l’opinion publique pour qu’elles s’opposent aux actes d’inhumanité qui sont sur le point d’être commis – discrètement, en plein mois d’août.

10 août 2019

http://cssp-lannion.fr/

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09 août 2019 ~ 0 Commentaire

migrants (france info)

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08 août 2019 ~ 0 Commentaire

inde (contretemps)

cpi inde

La catastrophe indienne, les élections d’avril-mai 2019

Même au sein de l’opposition, il était largement admis que le Bharatiya Janata Party (BJP) resterait le plus grand parti de l’Inde, peut-être même de très loin, mais que celui-ci n’obtiendrait pas de majorité après les élections [d’avril-mai 2019, NdT].

Peu auraient osé prédire le résultat final. Dépassant la majorité qu’il avait obtenue en 2014 de 282 sièges sur 543 à la Lok Sabha [chambre du peuple, chambre basse du Parlement, NdT], le BJP a désormais franchi la barre des trois cents sièges, et est passé de 31 à 38% des voix.

Cette fois-ci, la situation économique était désastreuse.

Un désarroi généralisé dans les campagnes a donné lieu à d’importantes mobilisations des paysans, le chômage (tout particulièrement des primo-entrants sur le marché du travail) a atteint de nouveaux sommets et l’accroissement des inégalités de revenu et de richesse a multiplié les mécontentements.

Le BJP a évité, lors de la campagne pour ces dernières élections générales, les références à l’économie, prenant comme thèmes centraux l’unité et la sécurité nationale prétendument menacées de l’extérieur par le Pakistan et les migrations musulmanes en provenance des États voisins et de l’intérieur par l’hostilité et la prise de distance des musulmans (et des laïques) envers les fondements culturels hindous du nationalisme indien. De tels dangers ne pouvaient être écartés que par l’entremise de « notre » homme fort hindou, Narendra Modi.

Un changement tectonique

Un populisme autoritaire d’extrême-droite qui a consciemment cherché à établir une identifica-tion de masse avec un « chef suprême » qui incarnerait la « volonté populaire », a ainsi triomphé. Il est difficile de rater les similitudes avec l’attrait et le style soigneusement construit des formations de type fasciste. 

Et maintenant ?

Les partis de la gauche mainstream, the Communist Party of India (CPI) and the Communist Party of India-Marxist (CPI-M) restent le seul espoir. Mieux vaut en dire le moins possible. Ces partis ont depuis longtemps été réduits à une force électorale, avec une base déclinante de cadres qui s’accroche aux vieilles vérités staliniennes quand elle pense au marxisme.

Leurs cadres, à quelques exceptions près dans quelques endroits, ont perdu la capacité et l’intérêt de mener une politique de mobilisation populaire autour de revendications sincères et justifiées.

La crise à laquelle doivent faire face ces partis est pire que celle que rencontre le pati du Congrès. Pris ensemble, le CPI et le CPI-M n’ont pu conquérir qu’un seul siège dans leur supposé bastion du Kerala, et obtenir quatre sièges dans l’état du Tamil Nadu, dans le sud, grâce à une alliance pré-électorale avec un parti qui est loin de se situer à gauche, la Dravida Munnetra Kazhagam (DMK) ou Conférence Dravidienne Progressiste.

La dernière option, selon moi la plus réaliste, est de créer une force de gauche beaucoup plus radicale, par un processus qui pendant longtemps consistera en une accumulation moléculaire, mais dont la croissance, au-delà d’un certain stade critique, pourra connaître une soudaine accélération.

La production de cadres idéologiquement formés et disciplinés, impliqués dans des luttes concrètes et sur de multiples fronts et guidés par une vision transformatrice plus large de construction d’un socialisme dépassant le capitalisme, dont le caractère démocratique sera beaucoup plus profond que celui que la démocratie libérale capitaliste prétend apporter, sera au cœur de ce processus.

Tout d’abord, le capitalisme contemporain n’est pas capable de résoudre trois problèmes vitaux qui, du fait de leur gravité, vont continuer à produire une colère croissante et une inquiétude généralisée, et, par conséquent, des militantismes de masse qui doivent être intégrés et canalisés afin de devenir une puissante force de transformation :

– Des formes de précarité massives, entraînant le déni de besoins fondamentaux tels que la santé, l’éducation ou la sécurité sociale vont perdurer. Le fait qu’elles cohabitent avec des niveaux honteux d’inégalités de revenus et de richesses montre que les ressources mondiales pourraient permettre de mettre un terme à ces carences pour tous.

– La spoliation capitaliste de l’environnement est en train de porter atteinte, de manière inédite, à l’équilibre fragile qui sous-tend la relation entre l’écosystème global et les modes de vies de l’espèce humaine.

– Les nuages noirs chargés de la menace d’une guerre nucléaire restent au firmament, même si le lieu où ils projettent leur ombre ne cesse de changer.

Ce qui est spécifique à l’Inde, est que de part et d’autre du pays existent des groupes divers et des militants indépendants impliqués dans des combats progressistes. Ces derniers se considè-rent appartenir à la gauche radicale et révolutionnaire même si, au cours de leurs expériences, ils ont connu une désillusion à l’égard des deux traditions dominantes de la gauche indienne – le stalinisme et le maoïsme. Il y a donc un terrain fertile à labourer et nous devons nous y atteler. (Résumé voir lien)

Achin Vanaik est un écrivain et un militant. Ancien professeur de l’Université de Delhi, il est aujourd’hui membre du Transnational Institute d’Amsterdam. Il a notamment publié The Painful Transition : Bourgeois Democracy in India (1990) et The Rise of Hindu Authoritarianism (1997). Cet article a d’abord été publié en anglais par Jacobin [il est disponible en version originale sur ESSF]. Les élections d’avril-mai 2019 en Inde ont mené à une victoire sans appel du parti nationaliste hindou, le Bharatiya Janata Party (BJP), au pouvoir depuis 2014. Dans ce texte publié au lendemain des résultats, Achin Vanaik analyse les raisons de ce succès, les tendances prévisibles de la politique de Modi lors de ce second mandat et les différentes stratégies possibles pour mettre fin à l’hégémonie de l’Hindutva [1].

Achin Vanaik CONTRETEMPS, 8 août 2019

http://www.contretemps.eu/

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07 août 2019 ~ 0 Commentaire

brésil (le monde)

La déforestation au Brésil a explosé de 278% au mois de juillet, comparé à 2018

L’Institut national de recherche spatiale fait état de 2 254 kilomètres carrés de zones déforestées le mois passé, contre 596,6 en juillet 2018, soit une hausse de 278 %.

La déforestation au Brésil en juillet a été quasiment quatre fois supérieure au même mois de 2018, selon des chiffres officiels publiés mardi 6 août, confirmant un état des lieux préoccupant mais mis en cause de façon régulière par le président d’extrême droite Jair Bolsonaro.

L’Institut national de recherche spatiale (INPE) brésilien, l’organisme public chargé de mesurer la déforestation en Amazonie, a fait état de 2 254 kilomètres carrés de zones déforestées dans le pays le mois passé, contre 596,6 kilomètres carrés en juillet 2018, soit une augmentation de 278 % sur un an.

Les dernières données de l’INPE faisaient état d’une augmentation de 88 % de la déforestation au Brésil en juin par rapport à ce qui avait été recensé pour le même mois l’année dernière. Les zones déforestées atteignent 6 833 kilomètres carrés sur les douze mois écoulés, en augmentation de 40 %, selon le même organisme.

Directeur limogé

Le gouvernement Bolsonaro a limogé récemment le directeur de l’INPE, Ricardo Galvao, accusé de fournir des chiffres « mensongers » pour « faire le jeu des ONG ». Pour le chef de l’Etat, climatosceptique notoire, les données montrant une augmentation récente de la déforestation « ne correspondent pas à la réalité » et « portent préjudice à l’image du Brésil ».

Le Monde

https://www.lemonde.fr/

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06 août 2019 ~ 0 Commentaire

nationalisme 1 (la brèche numérique)

breizxit

Internationalisme, nationalisme et anti-impérialisme

Deux cents ans après l’appel de la Révolution française à la fraternité universelle du genre humain, et soixante-dix ans après la fondation de l’Internationale communiste, que reste-t-il du grand rêve de solidarité internationale entre tous les opprimés ?

Le nationalisme ne reste-t-il pas l’une des principales forces déterminant le cours de la politique mondiale ? Et comment les socialistes et les anti-impérialistes doivent-ils se situer par rapport à lui ?

Le rôle contradictoire du nationalisme est l’un des grands paradoxes de l’histoire de ce 20è siècle.

Au service de l’impérialisme et des forces réactionnaires, l’idéologie nationaliste a engendré et légitimé quelques-uns des crimes les plus atroces de ce siècle : les deux guerres mondiales, les génocides des Arméniens, des Juifs et des Gitans, les guerres colonialistes, la montée du fascisme et des dictatures militaires, la répression brutale par des « gouvernements nationaux » des mouvements progressistes et révolutionnaires, depuis la Chine dans les années vingt, jusqu’à l’Indonésie des années soixante, et l’Argentine des années soixante-dix.

En sens inverse, c’est au nom de la libération nationale que les peuples colonisés ont gagné leur indépendance, et que certains des plus importants et des plus radicaux processus de révolution socialiste ont pu gagner le soutien populaire et triompher : en Yougoslavie, en Chine, en Indochine, à Cuba et au Nicaragua.

Autre étonnant paradoxe 

Bien que le nationalisme ait été le facteur dominant dans la configuration politique du 20è siècle, la plus grande révolution de notre temps, celle d’Octobre 1917. ne doit rien au nationalisme et était même explicitement dirigée contre la « défense nationale de la patrie » dans la guerre avec l’Allemagne impériale. Qui plus est, il n’y a jamais eu dans l’histoire du mouvement ouvrier et socialiste d’organisation mondiale de masse aussi authentiquement internationaliste que laInternationale (au moins pendant ses premières années d’existence).

Comment comprendre ces paradoxes ? Le marxisme peut-il fournir des instruments théoriques pour une telle compréhension ? Quelles sont les perspectives pour le nationalisme et l’internationalisme dans les prochaines années de cette fin de siècle ?

Marxisme et nationalisme

En premier lieu, qu’est-ce qu’une nation ?

Ce problème a préoccupé plusieurs générations de penseurs et de dirigeants marxistes. Ils recherchaient des critères objectifs permettant de déterminer si une collectivité de personnes constituait ou non une nation. Pour Karl Kautsky la nation était essentiellement le produit d’une langue commune. Pour Otto Bauer, chaque nation avait un « caractère national » spécifique. Anton Pannekoek considérait la nation comme un simple « phénomène idéologique bourgeois ». D’autres avançaient des critères géographiques ou économiques.

La tentative la plus systématique pour élaborer le cadre théorique d’une telle classification est bien sûr le fameux essai de Joseph Staline de 1913 (le Marxisme et la question nationale). Combinant tous les critères « objectifs »: langue commune, territoire, vie économique, et « formation psychique » en une seule définition, il insistait sur le fait que « c’est seulement quand toutes les caractéristiques sont présentes conjointement que nous avons une nation ».

Ce cadre rigide et dogmatique fut un vrai lit de Procuste (élimination de ce qui ne rentre pas dans le moule) et devint pour de nombreuses décennies un énorme obstacle à la compré-hension de communautés nationales « hétérodoxes comme les Juifs, les Noirs des Etats-Unis, etc. Il ne permet pas d’expliquer comment l’Allemagne ne devint une nation que longtemps après son unification économique à travers l’Union douanière, ou pourquoi les Belges ou les Suisses francophones ne font pas partie de la nation française.

En opposition à une conception aussi abstraite et « fermée », Otto Bauer fit un apport tout à fait significatif à une analyse marxiste « ouverte » de la nation avec son approche historiciste : sans ignorer les différents autres critères (langue, économie, etc.) il définit la nation comme étant avant tout le produit d’un destin historique commun.

En d’autres termes : la nation est non seulement une cristallisation d’événements passés, un « morceau d’histoire solidifié » mais aussi « le produit jamais achevé d’un processus continu ». Cette méthode historique lui permit d’éviter des erreurs semblables à la théorie néo-hégélienne d’Engels sur les « nations sans histoire » (Tchèques, Roumains) condamnées à disparaître.

Il me semble que ce type d’analyse non dogmatique conduit logiquement à la conclusion selon laquelle une nation ne peut être définie seulement sur la base de critères abstraits, externes et « objectifs ».

La dimension subjective, c’est-à-dire la conscience d’une identité nationale, la vitalité de la culture nationale, l’existence d’un mouvement politique national, est tout aussi importante. Bien sûr, ces « facteurs subjectifs » ne sortent pas du néant.

Ils sont le résultat de certaines conditions historiques : persécutions, oppression, discriminations, etc. Mais ceci signifie qu’en dernière analyse ce ne sera pas quelque « expert » doctrinaire muni d’une liste de caractéristiques « objectives » qui tranchera la question de savoir si une commu-nauté constitue ou non une nation, mais la communauté elle-même (ou la partie de celle-ci qui se considère comme appartenant à une nation).

Il est important de distinguer soigneusement le sentiment d’identité nationale, l’attachement à une culture nationale, la conscience d’appartenir à une communauté nationale avec son propre passé historique — et le nationalisme.

Le nationalisme en tant qu’idéologie comprend tous ces éléments mais aussi quelque chose de plus, qui en est l’ingrédient décisif : le choix de la nation comme valeur primordiale du point de vue social et politique, valeur à laquelle toutes les autres doivent être en quelque sorte subor-données.

Hans Kohn, l’historien bien connu du nationalisme moderne, l’a ainsi défini comme « un état d’esprit, où l’on considère que la loyauté suprême de l’individu doit aller à l’Etat-nation ». On tient là une très bonne définition, à condition d’y ajouter la lutte en vue de l’établissement de l’Etat-nation, même s’il faut se rappeler l’existence de mouvements nationalistes (modérés) qui ne visent qu’à l’autonomie culturelle ou territoriale.

Il n’est pas facile d’indiquer avec précision comment et quand est né le nationalisme.

Certains auteurs pensent qu’il apparaît parallèlement à l’émergence de l’Etat-nation au 15è et 16è siècles (Machiavel). D’autres, comme Hans Kohn, renvoient aux premières grandes révolutions bourgeoises ; en Angleterre au 17è siècle et en France en 1789, l’Etat, pour la première fois, » cessa d’être l’État royal : il devint l’État du peuple, un État national, une patrie».

Plus récemment, Tom Nairn essaya de démontrer que le nationalisme a émergé au 19è siècle (comme résultat du développement inégal du capitalisme) dans les pays périphériques (Allemagne, Italie et Japon), et n’a atteint les « régions du centre » (Angleterre, France) que plus tard. Mais cette bizarre chronologie pèche par son arbitraire et semble ignorer des faits histori-ques bien connus comme la dimension patriotique de la Révolution française et des guerres napoléoniennes…

En tout cas, il est sûr que, durant de longs siècles, le réfèrant politique n’était pas la nation ou l’Etat-Nation, mais une forme autre d’organisation sociale et politique : le clan, l’Etat-cité, le seigneur féodal, l’Eglise, le royaume dynastique et l’Empire multinational. Et bien que l’on puisse trouver certains précédents dans le passé (les anciens Hébreux ou les anciens Grecs), leur nature et leur substance sont très éloignées du nationalisme moderne.

Développement inégal et solidarité internationale

Le socialisme marxiste est fondamentalement opposé au nationalisme. D’abord parce qu’il refuse de considérer la nation comme un tout indifférencié : toutes les nations sont divisées en classes sociales distinctes, avec des intérêts distincts et des conceptions distinctes de l’identité nationale.

Mais surtout, il rejette l’idéologie nationaliste et son échelle de valeurs parce que sa fidélité suprême ne va pas à une nation quelle qu’elle soit, mais à un sujet historique international (le prolétariat) et à un objectif historique international : la transformation socialiste du monde. Il est internationaliste pour des raisons à la fois éthiques et matérielles.

Les motivations éthiques sont importantes : pour un marxiste internationaliste, matérialiste et athée, la seule valeur qui puisse être considérée comme « sacrée » — c’est-à-dire absolue — est l’humanité elle-même (dont les exploités et les opprimés constituent la force d’émancipation).

En ce sens, le slogan « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » n’est pas seulement une directive pour l’action, mais aussi la réponse éthique du socialisme à « l’Amour sacré de la patrie » de l’idéologie nationaliste.

Le socialisme est donc un mouvement internationaliste en raison du caractère universaliste et humaniste de ses valeurs et de ses objectifs. Sans cette dimension éthique, il n’est pas possible de comprendre l’engagement total et les sacrifices de générations de militants du mouvement ouvrier à travers le monde à la cause du socialisme international (ou du communisme).

Comme le vieux bolchevik Adolf Yoffé l’écrivait à Trotsky dans sa dernière lettre (avant de se suicider en 1927) : « La vie humaine n’a pas de sens si elle n’est pas placée au service d’un infini, qui pour nous est l’humanité. »

Cependant, si l’internationalisme n’était qu’un principe moral, un impératif catégorique, il serait facile de le rejeter comme une belle utopie. Si ce n’est pas le cas, c’est que l’internationalisme prolétarien tire sa force politique de conditions objectives, concrètes et matérielles, déjà analy-sées par Marx dans le Manifeste du Parti Communiste : l’unification économique du monde par le système capitaliste.

Comme toute totalité dialectique, le capitalisme mondial n’est pas la somme de ses parties, les économies nationales, de même que la lutte de classes internationale n’est pas la somme des luttes nationales..

D’ailleurs l’analyse de Marx dans le Manifeste, loin d’être anachronique, convient encore mieux à notre époque qu’à la sienne : l’impérialisme a imposé au système capitaliste mondial un degré d’intégration bien plus élevé, et le contrôle du marché par les monopoles multinationaux est incomparablement plus grand.

En un mot, l’unification de la planète par le mode de production capitaliste a atteint aujourd’hui un niveau qualitativement plus élevé qu’en 1840. Et cette unification économique trouve égale-ment une expression politique et militaire avec l’atlantisme occidental, l’interventionnisme américain, etc.

Cela signifie que l’internationalisme plonge ses racines dans la structure de l’économie et de la politique mondiales ; l’internationalisme socialiste consiste aussi en la prise de conscience de cette réalité objective. (Résumé voir lien)

dimanche 9 octobre 2016 LÖWY Michael

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Nationalisme 2 (La Brèche Numérique)

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06 août 2019 ~ 0 Commentaire

nationalisme 2 (la brèche numérique)

Bretagnen Antifasciste

Quel est alors le facteur décisif de la lutte de classes : les conditions nationales ou internationales ?

Doit-on privilégier l’importance du processus mondial, ou bien, comme Mao a pu l’écrire, les facteurs internes et les déterminations nationales (endogènes) ? Posée ainsi, la question ne mène nulle part.

Elle implique une séparation abstraite, métaphysique et statique entre le national et l’interna-tional, « interne » et l’« externe « », le « dedans » et le « dehors ». Le point de vue dialectique repose précisément sur la compréhension de l’unité contradictoire entre l’économie nationale et le marché mondial, entre la lutte de classes nationale et internationale — unité qui apparaît déjà dans le fait que la spécificité nationale (économique et sociale) est le produit du développement inégal du capitalisme international.

En revanche, ce qui est faux dans le Manifeste, et dans d’autres écrits de Marx, c’est l’idée selon laquelle le capitalisme industriel moderne est essentiellement une force d’homogénéisation, qui crée des conditions de vie et de lutte identiques pour les exploités de tous les pays.

Dans un essai écrit en 1845 (et récemment découvert) il écrivait cette phrase surprenante : « La nation de l’ouvrier, ce n’est ni la France, l’Angleterre ou l’Allemagne, c’est le labeur, l’esclavage salarié, la vente de soi-même. Son gouvernement n’est pas français, anglais ou allemand, c’est le Capital. L’air qu’il respire n’est pas français, anglais ou allemand, c’est l’air de l’usine. La terre qui lui revient n’est ni française, ni anglaise, ni allemande, elle se trouve quelques pieds sous terre. »

Cette thèse contient une grande part de vérité, mais elle ignore non seulement les spécificités culturelles de chaque nation (que le capitalisme n’abolit en rien) mais aussi les différences socio-économiques qui existent entre les prolétariats des différentes nations, qui résultent du développement inégal et combiné du système capitaliste mondial.

On ne peut par ailleurs oublier l’importance des particularités nationales dans la « formation de la classe ouvrière » de chacun des pays, ainsi que dans le développement de sa propre tradition de résistance et de luttes anticapitalistes.

En d’autres termes : même si, dans les métropoles impérialistes comme dans les pays dominés, le capitalisme fait naître un prolétariat moderne qui s’oppose au même ennemi, et partage les mêmes intérêts historiques objectifs, cela ne signifie en aucun cas que leurs conditions de vie matérielle et sociale (sans parler des cultures nationales) sont identiques…

Comme Léon Trotsky a pu l’écrire : « Si nous prenons l’Angleterre et l’Inde comme les deux pôles du capitalisme, nous devons reconnaître que l’internationalisme des prolétariats anglais et indien n’est en rien fondé sur l’identité de leurs conditions, tâches et méthodes, mais sur leur étroite interdépendance ».

Le capitalisme mondial crée d’incroyables inégalités et de profondes différences dans les conditions de vie entre le centre et la périphérie du système : seule la relation de complémen-tarité et de réciprocité qui existe entre les différents pays peut engendrer la solidarité internatio-nale. C’est pourquoi les mouvements anti-guerre des années cinquante en France, et des années soixante et soixante-dix aux Etats-Unis ont puissamment épaulé la lutte des peuples algériens et indochinois et vice versa : ces luttes coloniales ont contribué au déclenchement de la contestation radicale dans les pays du centre.

Pour résumer : l’internationalisme n’est pas l’expression de l’identité de conditions de vie des exploités et des opprimés de tous les pays, mais une relation dialectique de complémentarité entre au moins deux sortes de luttes : le mouvement ouvrier socialiste dans les sociétés capitalistes avancées et le mouvement de libération sociale et nationale dans les pays capitalistes dépendants ou coloniaux.

La persistance du nationalisme

Les marxistes ont souvent sous-estimé le rôle de la question nationale ainsi que l’importance de la libération nationale pour les peuples dominés. Cela fait partie d’une tendance plus large à oublier, négliger ou au moins sous-estimer les formes d’oppression qui ne sont pas des oppres-sions de classe : nationale, raciale ou sexuelle.

Ce n’est pas que le marxisme soit incapable en tant que tel de prendre en compte ces dimensions, mais c’est l’approche économiste qui a dominé une bonne partie de la pensée marxiste (et aussi certains des propres écrits de Marx !) qui conduit à un tel résultat.

Les marxistes ont très souvent aussi sous-estimé la puissance du nationalisme.

Une combinaison spécifique d’économisme et d’illusions sur un progrès linéaire (héritées des Lumières) conduit à l’idée fausse selon laquelle le déclin du nationalisme serait inévitable. Par exemple, dans le Manifeste : « Déjà les démarcations nationales et les antagonismes entre les peuples disparaissent de plus en plus avec le développement de la bourgeoisie, la liberté de commerce, le marché mondial, l’uniformité de la production industrielle et les conditions d’existence qu’ils entraînent. »

La 2è Internationale, elle aussi, pensait que le nationalisme appartenait au passé et Karl Kautsky rêvait d’un avenir socialiste sans nations et d’une langue unique : « Les nations vont peu à peu fusionner entre elles, sans violence, un peu à la manière de la population romane des cantons des Grisons en Suisse, qui, insensiblement et sans résistance, est en train de se germaniser elle-même, parce qu’elle réalise qu’il est préférable de parler une langue comprise largement, plutôt qu’une langue qui n’est parlée que dans quelques vallées. »

Il est est évident qu’avec de telles conceptions les marxistes étaient mal préparés à affronter la fantastique vague de nationalisme qui, à partir d’août 1914, s’empara du mouvement ouvrier et conduisit à l’Union Sacrée en défense de la patrie » et au massacre de millions d’ouvriers de tous les pays.

Kautsky lui-même se rallia à la « défense nationale » de l’Empire germanique, en expliquant que le socialisme international était un instrument adapté aux époques pacifiques, mais qu’il fallait le ranger discrètement en temps de guerre…

Pour une confrontation efficace avec le nationalisme, il faut donc commencer par abandonner les illusions sur un progrès linéaire, autrement dit la croyance naïve en une évolution pacifique, en un dépérissement graduel du nationalisme et des guerres nationales, grâce à la modernisa-tion et à la démocratisation des sociétés industrielles, à l’internationalisation des forces productives, etc.

Comment expliquer cette force incroyable du nationalisme au cours du 20è siècle ?

Une première réponse possible renvoie à l’argument marxiste classique : le nationalisme est une idéologie bourgeoise et sa prégnance sur les masses populaires est l’une des principales formes que prend la domination idéologique de la bourgeoisie dans les sociétés capitalistes. Cette analyse n’est pas fausse, mais ne suffit pas à expliquer la force d’attraction du nationalisme, y compris parfois sur des fractions significatives du mouvement ouvrier.

Les deux nationalismes

Mais il existe une autre raison à la montée du nationalisme, qui doit être traitée tout à fait sérieu-sement par les marxistes et les socialistes : c’est la lutte pour leur libération des nations oppri-mées et colonisées. Bien que le marxisme soit en tant que tel opposé à l’idéologie nationaliste, il doit établir clairement une distinction entre le nationalisme des oppresseurs et le nationalisme des opprimés.

Il doit par conséquent soutenir toutes les luttes de libération nationale, ou pour le droit à l’autodétermination des nations opprimées, même si leur idéologie (ou celle de leurs dirigeants) est nationaliste.

Bien sûr, les internationalistes marxistes qui participent à un mouvement de libération nationale devront conserver leur indépendance, et chercher à persuader les masses populaires exploitées de la nécessité de développer leur lutte (selon un processus ininterrompu) au-delà des objectifs nationaux, vers une transformation révolutionnaire socialiste. Mais ils ne peuvent ignorer ou sous-estimer la signification de l’aspiration populaire à l’autonomie nationale.

La raison ne réside pas seulement dans l’opposition des socialistes à toute forme d’oppression (nationale, raciale, sexuelle, ou de classe) mais aussi parce qu’il existe une relation dialectique entre les droits nationaux et l’internationalisme.

L’internationalisme socialiste ne peut se développer si le mouvement ouvrier ne reconnaît pas l’égalité de droits de toutes les nations. De même que l’unité et la solidarité des travailleurs d’un seul et même pays ne peut s’établir autrement que sur un pied d’égalité, de même l’unité internationaliste des exploités ne peut être acquise que sur la base de la reconnaissance des droits nationaux de chaque peuple – et en particulier de son droit à l’autodétermination.

La reconnaissance des droits nationaux est une condition essentielle de la solidarité internatio-nale, dans la mesure où elle permet de résorber les méfiances, les haines et les peurs qui opposent les nations et nourrissent le chauvinisme.

Comme l’a écrit Lénine, sans le droit au divorce, en d’autres termes à un Etat séparé, il ne peut y avoir de mariage libre, en l’occurrence d’unification ou de fédération de nations. Malheureu-sement, après Octobre 1917, la politique du gouvernement bolchevik (Lénine inclus) n’a pas toujours correspondu à ces principes : invasion de la Pologne en 1920, occupation de la Géorgie en 1921, etc.

L’un des aspects les plus négatifs de la fameuse brochure de Staline de 1913 est que, contrairement à Lénine, elle ne faisait aucune distinction entre le nationalisme grand-russe oppresseur et le nationalisme des nations opprimées de l’Empire tsariste.

Dans un paragraphe très révélateur de son essai, il rejetait dans les mêmes termes le nationalisme « belliqueux et répressif venant d’en haut » c’est-à-dire celui de l’Empire tsariste et la « vague de nationalisme d’en bas qui se transforme parfois en chauvinisme le plus grossier » des Polonais, des Juifs, des Tatars, des Ukrainiens, des Géorgiens, etc.

Non seulement il ne réussissait pas à faire la différence entre nationalisme « d’en haut » et nationalisme « d’en bas », mais allait jusqu’à adresser les critiques les plus sévères aux sociaux-démocrates des nations opprimées qui n’avaient pas su « résister » face aux mouvements nationalistes.

Ce n’est pas parce qu’ils établissent une telle distinction entre le nationalisme des oppresseurs et celui des opprimés que les internationalistes socialistes doivent se rallier à ce dernier. Mais ils perçoivent sa nature contradictoire : sa dimension émancipatrice en tant que rébellion contre une oppression injuste, et ses limites en tant qu’idéologie fondée sur des particularismes.

II est donc tout à fait logique que tout mouvement combattant réellement pour la révolution sociale dans une nation opprimée place nécessairement la libération nationale au centre de sa lutte, tout en la liant à l’émancipation sociale vis-à-vis de l’exploitation capitaliste, tandis que dans les métropoles impérialistes c’est le refus du nationalisme qui se trouve au cœur de toute confrontation radicale avec l’ordre établi, du mouvement anti-guerre aux USA au Mai français (dont l’un des principaux slogans était « les frontières, on s’en fout ! »).

Cela dit, il faut insister sur le fait que la distinction entre les deux sortes de nationalisme est toujours relative et non absolue. Premièrement, parce que l’opprimé d’hier peut aisément devenir l’oppresseur de demain : les exemples historiques récents ne manquent pas…

Deuxièmement, parce que le nationalisme des nations opprimées est souvent à double tranchant : libérateur vis-à-vis de l’oppresseur, mais oppressif à rencontre de ses propres minorités nationales. Et troisièmement, parce qu’aucune des deux formes de nationalisme n’est exempt d’éléments de chauvinisme, de rejet global de « l’autre » et parfois de racisme.

Si l’internationalisme socialiste s’oppose à l’idéologie nationaliste, cela ne signifie en aucun cas qu’il rejette les traditions historiques et culturelles nationales. De la même façon que les mouvements internationalistes de chaque pays doivent parler la langue nationale, il leur faut aussi parler le langage de l’histoire et de la culture nationales – tout spécialement, bien sûr, lorsque cette culture est opprimée.

Comme Lénine le reconnaissait, toute culture et toute histoire nationale contiennent des aspects démocratiques, progressistes, révolutionnaires qu’il faut incorporer à la culture socialiste du mouvement ouvrier, et des aspects réactionnaires, chauvins et obscurantistes qui doivent être combattus sans compromission…

Mais il existe toujours des formes de nationalisme qui – malgré leurs limitations, leurs insuffisances, leurs contradictions – revêtent une dimension émancipatrice. Ce sont, en premier lieu, les mouvements anti-impérialistes et anti-coloniaux de libération en Amérique latine, en Afrique (Namibie, Afrique du Sud), au Moyen-Orient (Palestine), etc.

Ce sont ensuite les mouvements contre l’oppression nationale, les minorités nationales en Russie (Juifs, Tatars, Arméniens, etc.). Enfin, ce sont les minorités ou cultures nationales des principaux Etats-nations européens, en lutte pour leur droit à l’autodétermination ou au moins pour une forme d’autonomie nationale (Basques, Catalans, Andalous, Irlandais du Nord, Ecossais, Gallois, Bretons, Corses, etc. (Et le Québec) (Résumé voir lien)

Dimanche 9 octobre 2016 LÖWY Michael

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Nationalisme 1 (La Brèche Numérique)

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06 août 2019 ~ 0 Commentaire

gaza (via campesina)

Les pêcheurs de Gaza attaqués 155 fois au cours du premier semestre de 2019

Le département de Plaidoyer de l’Union des Comités d’Action Agricole palestinien a déclaré que ses comités de pêcheurs ont suivi et documenté 155 attaques contre des pêcheurs au cours du premier semestre 2019.

Ces attaques se sont accompagnées d’incidents de pourchasse et de tir sur des bateaux de pêcheurs. Les attaques ont été menées alors que la zone de pêche était manipulée, y compris par la fermeture fréquente de la mer par les forces d’occupation israéliennes, ce qui a entraîné la perte de centaines d’équipements de pêche.

Suite aux attaques des forces d’occupation israéliennes contre les pêcheurs au cours du premier semestre de 2019, 21 pêcheurs ont subi diverses blessures. La blessure la plus grave a été la perte de la vue du pêcheur Khader El-Seidi, qui a été blessé par balle par la marine israélienne, puis arrêté dans des conditions humiliantes.

Il n’a pas reçu de traitement et de soins médicaux pendant sa détention. En outre, 28 pêcheurs ont été arrêtés de manière humiliante et six d’entre eux sont toujours en détention. Au cours de la même période, 48 bateaux de pêche de différents types ont été complètement ou partielle-ment endommagés par les forces d’occupation israéliennes, tandis que 11 autres bateaux ont été confisqués.

A cet égard, le Département de Plaidoyer de l’UCAA a publié une vidéo d’information sur les attaques des forces d’occupation israéliennes contre les pêcheurs pendant la période couverte par le rapport.

Il convient de mentionner que l’UCAA, par l’intermédiaire de ses comités de pêcheurs, observe et documente les attaques contre les pêcheurs et publie des informations et rapports sur une page spéciale sur Facebook.

6 août 2019

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05 août 2019 ~ 0 Commentaire

édito (npa)

trump

Contre les violences racistes, aux États-Unis et ailleurs

Les tueries d’El Paso et Dayton, aux États-Unis, ont fait 29 morts et plus de 50 blessés. Ces
meurtres posent la question des armes à feu, mais surtout du racisme d’État, dans le pays de
Trump… et ailleurs.

Ce sont deux jeunes hommes, de 21 et 24 ans, qui ont attaqué des latino-américains.

Ce sont les 21è et 22è tueries de masse aux États-Unis depuis le début de l’année. Bien sûr, la
disponibilité des armes à feu est un facteur permettant ce type de crimes. Mais rappelons
qu’en Suisse, 46% des habitants en ont une, et qu’il y a seulement 5 décès par arme à feu
pour 100 000 personnes, contre 12 aux États-Unis. Rappelons aussi que les deux tiers des
morts par arme à feu sont des suicides.

Un crime raciste

Ce ne sont donc pas les armes à feux qui sont la cause principale de ces tueries, mais bien le
racisme. Le racisme, les violences contre les non-blancs, sont d’ailleurs un élément constitutif de la construction des États-Unis, de la colonisation à l’esclavage, en passant par les violences
policières régulières contre les noirs ou les crimes contre les latinos.

Chaque année, plus de 1 100 personnes sont tuées par la police, majoritaire-ment des noirs (Etude du journal PLOOS Medecine).

Le racisme tue aux États-Unis, et la présidence Trump l’encourage avec sa politique qui est
celles des suprématistes blancs. Il multiplie les sorties contre les migrants, y compris en
disant à des parlementaires démocrates de retourner « d’où elles viennent ».

Ces discours racistes visent à solidifier l’exploitation des différentes communautés, à les
diviser et à maintenir une peur intérieure qui permet d’imposer un ordre social totalement
injuste.

Plus de deux millions de personnes incarcérées, dont la moitié sont afro-américains
et un plus d’un quart sont latinos. C’est un moyen de contrôler, de faire travailler quasi
gratuitement des millions de personnes.

Et la France ?

Mais le racisme, la violence et leur encouragement par l’État ne sont pas l’apanage des
États-Unis. Un rapport de J. Toubon, Défenseur des droits, a dénoncé cette année les
«ordres et consignes discriminatoires » données à la police.

Le soir de la victoire de l’Algérie à la Coupe d’Afrique, des individus cagoulés ont attaqué des familles célébrant la victoire à la batte de base-ball à Lyon. Sans parler de la disparition de Steve à Nantes, un exemple parmi tant d’autres des violences policières plus globales.

Ce n’est pas par hasard que Christophe Castaner, ministre de l’intérieur, a déclaré « la haine
n’a pas sa place dans la République. […] Chaque coupable doit être trouvé et jugé », là où
Trump vient de déclarer « la haine n’a pas sa place aux États-Unis. […] Il faut que ça
s’arrête ».

La réalité est que ni l’un ni l’autre ne veulent en finir avec le racisme.

Ils souhaitent juste que la violence soit le monopole de l’État. Comme l’avait précisé le ministre Darmanin à propos des Gilets jaunes, « Dans un État républicain, le monopole de la violence légitime, c’est celle des policiers et des gendarmes ».

Pour vaincre le racisme, il faut de grandes mobilisations des premièrEs concernéEs, victimes
du racisme, travailleurEs sans-papiers pour imposer l’égalité réelle.

Pour en finir avec les violences policières, il faut imposer le désarmement de la police. Il y a urgence, aux États-Unis et ailleurs, dans un monde où la violence et la misère sont de
plus en plus répandues, à stopper cet engrenage infernal.

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