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16 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

semences (via campesina)

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16 octobre: La Via Campesina relance la « Campagne mondiale pour les semences, un héritage des peuples au service de l’humanité »

Communiqué de presse

La Via Campesina relance la « Campagne mondiale pour les semences, un héritage des peuples au service de l’humanité », à l’occasion de la journée internationale d’actions pour la souveraineté alimentaire des peuples et contre les multinationales,

(Harare, le 16 octobre 2018) Les semences paysannes sont un patrimoine des peuples au service de l’humanité. Elles sont la base de la production alimentaire mondiale et permettent aux paysannes et paysans de produire et aux consommateurs et citoyens de trouver une alimentation saine et diversifiée. Elles nous permettent de résister, maintenir nos cultures ancestrales et défendre notre identité paysanne.

Or, ces graines de vie sont menacées par les politiques semencières des pays riches, les accords de libre-échange et l’agri-business.

Sous prétexte “d’améliorer” la productivité des semences, l’agri-business a créé un système semencier néolibéral qui a homogénéisé, appauvri et monopolisé les semences, provoquant la perte des trois quarts de la diversité semencière et annihilant une diversité que les peuples – grâce aux travail des paysannes et paysans – avaient mis 10 000 ans à générer.

Trois entreprises, Monsanto-Bayer, Syngenta-ChemChina et Dupont-Dow, contrôlent plus de 50% des semences commerciales dans le monde

De plus en plus souvent des semences génétiquement modifiées afin de résister aux herbici-des et produire des insecticides. Sous l’impulsion de l’OMC, de la banque mondiale et du FMI, et au travers des accords de libre-échange ainsi que des lois brevetant les semences et proté-geant les droits des obtenteurs, comme les normes UPOV, ce système semencier n’autorise que la circulation de ses propres semences, criminalisant la sauvegarde, l’échange, le don et la vente des semences paysannes locales.

La situation est telle que les paysans et les paysannes ont perdu beaucoup de leurs semences locales, sont mis en prison pour la défense et l’échange de leur patrimoine semencier, et risquent les rafles et la saisie de leurs graines.

La biodiversité est détruite par l’utilisation d’engrais chimiques, de semences hybrides et d’organismes génétiquement modifiés développés par les entreprises multinationales. Les citoyennes et citoyens ont difficilement accès à une alimentation saine, diversifiée et bonne pour leur santé.

La Via Campesina et ses alliés se battent pour changer la donne.

Partout dans le monde, La Via Campesina et ses organisations membres multiplient les efforts de formation, d’éducation, de soutien mutuel et d’échange des semences. Nous nous battons pour que les lois nationales et les traités internationaux garantissent les droits des paysans de conserver, utiliser, échanger vendre et protéger leurs semences contre la biopiraterie et les contaminations génétiques, nous rédigeons des livres sur l’histoire des semences, réalisons des études et des cartographies.

Nous fondons aussi des écoles d’agroécologie et organisons des foires d’échange de semences paysannes.

Nous exerçons notre droit d’autodétermination pour sélectionner les variétés de semences que nous voulons planter et rejeter les variétés dangereuses économiquement, écologiquement et culturellement. Ce sont des droits affirmés par le Traité International sur les Ressources Phyto-génétiques pour l’Alimentation et l’Agriculture et par la Déclaration des Nations unies sur les droits paysans qui vient d’être adoptée par le Conseil des Droits de l’Homme à Genève. C’est également le seul moyen de garantir une alimentation saine aux citoyens, la préservation de la biodiversité et l’atteinte de la souveraineté alimentaire.

C’est dans cet esprit que nous avons lancé en 2001 à Rome la Campagne Internationale des Semences Paysannes, patrimoine des peuples au service de l’humanité, dans l’objectif de promouvoir la récupération des systèmes traditionnels de conservation, d’entretien et d’échan-ge des graines locales et les droits collectifs inaliénables des paysans sur leurs semences.

En ce 16 octobre 2018, à l’occasion de la journée mondiale d’Action pour la souveraineté alimentaire des peuples et contre les multinationales, nous relançons cette campagne et l’action « Adoptez une semence ».

Nous appelons chaque agriculteur, famille paysanne ou communauté à s’engager dans l’adoption d’une variété de semences végétale ou animale, à devenir le gardien de cette semence, en assurant sa propagation, sa reproduction et sa distribution et s’engager dans la défense collective de ses droits de les utiliser, les échanger, les vendre et les protéger. Nous créerons ainsi un grand réseau de semences paysannes permettant de sauver celles qui sont devenues rares et d’étendre la production vers la souveraineté alimentaire des peuples.

En adoptant une semence, les familles paysannes préservent leur identité et leur territoire et affirment leur mode de vie paysan. Elles revendiquent la mémoire historique et la culture ancestrale de la gestion des semences, en promouvant une agriculture écologique urbaine et rurale qui reproduit le miracle des semences et des aliments plus nombreux et de meilleure qualité, goût et valeur nutritionnelle.

Aucune mesure gouvernementale ne peut limiter les droits collectifs des paysans d’utiliser d’échanger et de vendre leurs des semences. Le consentement libre entre paysannes et paysans devrait être appliqué sans restriction.

Sans semences, il n’y a pas d’agriculture ; sans agriculture, il n’y a pas de nourriture ; et sans nourriture, il n’y a pas de peuples.

Nous nourrissons nos peuples et construisons le mouvement pour changer le monde !

16 octobre 2018 La Via Campesina

https://viacampesina.org/

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14 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

olivier besancenot (l’obs)

olivier

Olivier Besancenot : « Gauche et migrants, parlons clairement ! »

L’approche politique de l’immigration fait aujourd’hui débat au sein de la gauche de la gauche.

Cette discussion, si elle n’est pas nouvelle dans les rangs du mouvement ouvrier, prend une tournure singulière à l’heure où, aux quatre coins du monde, nos sociétés sont secouées par de profonds bouleversements politiques, illustrant une nouvelle phase de la crise de la mondia-lisation capitaliste et suscitant une poussée mondiale des mouvements et partis d’extrême droite.

Ce débat engendre les plus vives réactions et de nombreuses incompréhensions mutuelles

Tant il nous tient à cœur et relève, pour beaucoup d’entre nous, de fondamentaux politiques qui ont marqué nos engagements militants. Bien que douloureuse, cette discussion doit avoir lieu. Les petites phrases à double lecture, savamment médiatisées, ne pourront jamais se substituer à la confrontation d’idées. Les changements d’orientation sur cette question ne sauraient s’opérer à bas bruit.

Qui a ouvert la boîte de Pandore ?

A ceux qui accusent les partisans de la liberté de circulation et d’installation, dont je suis, de faire trop de bruit sur ce sujet depuis la rentrée au point de participer à ne faire des prochaines élections européennes qu’un référendum sur l’immigration – « jouant ainsi le jeu » du FN – en reléguant les questions sociales eu second plan, je voudrais dire fraternellement deux choses.

Qui, dans les rangs de la gauche, a décidé de donner de la visibilité à cette question ?

Ceux qui ont sciemment décidé de donner le change en modulant leurs discours, en bazardant les répertoires idéologiques et en brouillant les positionnements politiques en la matière ? La toute récente organisation de Madame Wagenknecht en Allemagne, qui dit vouloir en finir avec « la bonne conscience de la gauche sur la culture de l’accueil » ?

Djordje Kuzmanovic, ex-conseiller de Jean-Luc Mélenchon, qui propose d’ »assécher les flux migratoires » ? Ou bien les initiateurs du « Manifeste pour l’accueil des migrants » promu par « Regards », « Mediapart » et « Politis », manifeste qui n’a fait que coucher sur le papier le rappel basique de ce qui constituait il y a encore peu le patrimoine génétique prédéterminant de notre ADN commun ?

De cette boîte de Pandore ne pouvaient sortir que des maux.

Et si nos réactions vous paraissent prévisibles, dites-vous bien que les vôtres étaient bien plus attendues encore par les tenants de l’ordre établi, voire inespérées pour ceux que l’on trouve le plus à droite sur l’échiquier politique… Mettons-nous donc d’accord définitivement pour dire qu’il ne s’agit pas d’évoluer dans une cour de récréation, en cherchant à savoir qui a commen-cé, car l’enjeu est trop important.

Je voudrais donc préciser ceci : puisque la question est dorénavant, et de toutes les manières, posée, il faut alors y répondre.

Pour ma part, je milite pour le faire sans ambiguïté, en cessant de m’excuser d’être encore, toujours, malgré tout, pour la liberté d’installation. En ajoutant, au passage, que reprocher à ceux qui « campent » sur ces positions de vouloir, par la même, faire taire les questions sociales, revient à nous faire un bien mauvais procès. De la chemise arrachée d’Air France jusqu’aux ouvriers de Ford, des postiers jusqu’aux hospitaliers, des précaires jusqu’aux retraités, des chômeurs jusqu’aux étudiants, des ZAD jusqu’aux droits des femmes, je ne me souviens pas avoir parlé moins distinctement, sur aucun de ces dossiers, qu’à propos des migrants.

Une grille d’explication erronée et dangereuse

Y répondre, cela signifie le faire clairement, sans rien concéder aux fausses idées véhiculées par l’air du temps. Il y aurait de multiples aspects à approfondir (la nature des mouvements migratoires, leurs causes, leurs projections possibles, etc.). A ce stade d’une discussion qui ne fait que commencer, je voudrais souligner un point d’analyse qui pollue selon moi nos échan-ges, dans l’espoir que ces derniers ne virent pas au dialogue de sourds.

Cette idée qui associe, directement ou indirectement, l’immigration à la baisse des acquis sociaux pour les travailleurs « nationaux ». Cette corrélation, même lorsqu’elle est effectuée au titre de « l’instrumentalisation » patronale, n’est pas la réalité. La répéter en boucle ne suffit pas à la charger de véracité.

D’abord parce que, comme le rappelle le démographe François Héran, en France, les raisons contemporaines de l’immigration ne sont pas à trouver en priorité dans la recherche de travail. Nous ne sommes pas aujourd’hui dans la configuration de ces mouvements migratoires décidés après guerre par l’Etat et les classes dirigeantes françaises dans l’espoir de faire effectuer à une main-d’œuvre bon marché une multitude de tâches ingrates.

Celles et ceux qui postulent désormais à l’immigration l’effectuent bien plus au titre de droits élémentaires et fondamentaux (d’asile, de refuge, de regroupement familial…) pour lesquels nous nous sommes battus ensemble durant les années 1970 et 1980. Un des aspects pour le moins notable étant qu’aujourd’hui, un migrant sur deux est une femme, que l’espoir d’un avenir meilleur pousse sur les routes de la migration, pourtant fort dangereuses pour elles…

De plus, le grand patronat n’est pas en « faveur de l’immigration » en tout lieu et en tout temps.

Il ne l’est que lorsqu’il en a besoin. Si ce n’est plus le cas, l’histoire nous enseigne qu’il s’accommode volontiers de son expulsion, manu militari le cas échéant. Et lorsqu’il se sert de la main-d’œuvre immigrée, il le fait pour ce qu’il en attend expressément, c’est-à-dire une exploitation rentable et immédiate, bien plus que dans l’optique idéologique d’exercer une quelconque concurrence entre travailleurs entraînant mécaniquement une baisse des salaires.

D’ailleurs, rien ne prouve, loin s’en faut, que durant les Trente Glorieuses, tandis que ce type d’immigration économique était suscité, la tension contre les salaires était plus forte qu’aujour-d’hui. Dans le capitalisme mondialisé, la règle d’or de l’économie de marché n’a pas changé : c’est encore le capital, et non l’immigration – même « instrumentalisée » –, qui fait pression sur les salaires des travailleurs français ou étrangers.

Reprendre à son compte une grille d’explication erronée et porteuse de toutes les dérives possibles place d’emblée celui qui s’y essaie sur les sentiers d’une impasse idéologique. Dans cette voie sans issue, balisée par avance par les tenants de la « priorité nationale », le « nouveau passant » se verra harcelé par une foule de marcheurs mal intentionnés qui le sommeront de dérouler son raisonnement jusqu’au bout de sa logique immanente…

Par ailleurs, ce type de raisonnement faussement logique escamote l’analyse de la dégrada-tion du rapport de force social et idéologique, et nous empêche de discuter des voies et des moyens pour la contrebalancer en s’appuyant sur toute la diversité de notre camp en terme de genre, d’origine ou de trajectoire.

Le mouvement ouvrier a su évoluer

Ce type de débat a déjà tiraillé le mouvement ouvrier à la fin du 19è siècle. Jules Guesde ou Jean Jaurès, qui a le mérite d’avoir profondément évolué sur cette question avant d’être assassiné, ainsi que de nombreux dirigeants du mouvement ouvrier auxquels nous nous référons pourtant aujourd’hui ont tenu des propos que l’on ne saurait endosser de nos jours, mais qu’on ne saurait non plus déconnecter du contexte de l’époque où ils étaient tenus.

A quelques exceptions près, les marxistes de toute obédience, comme bien des anarchistes aussi, pensaient le monde autour d’un centre qui était les pays où ils évoluaient. Beaucoup pensaient les colonisés comme des objets politiques à « éclairer » bien plus que comme des sujets à part entière. D’aucuns diront que la période voulait probablement cela. Soit.

Mais, comment pourrions-nous, au 21è siècle, barrer d’un trait l’existence du siècle politique qui nous sépare d’eux ? Comment imaginer que le 20è siècle, ses révolutions, ses luttes de libération nationale, ses combats anticolonialistes – auxquels nous nous référons tout autant – ne fut qu’une parenthèse ?

Frantz Fanon, militant martiniquais qui a participé à la révolution algérienne, aimait rappeler que l’Europe, par sa politique de pillage des richesses, d’esclavagisme, de colonialisme, était, au sens premier du terme, une « construction des pays du tiers-monde ».

Que dire alors des politiques occidentales actuelles – avec au premier rang celle de la France – en Afrique, au Moyen-Orient ? Pourquoi devrions-nous taire le chaos économique, politique, militaire, et les guerres suscitées par ces ingérences, motivées par l’appât du gain et la soif de domination politique, qui sont la cause du déplacement de la plupart de ces migrants qui fuient l’enfer ?

Je ne souhaite à aucun des détracteurs de la liberté d’installation d’avoir à subir durant son existence de tels bouleversements ou à endurer ces affres qui viennent d’ailleurs et qui vous poussent légitimement à partir.

Le mouvement ouvrier a su évoluer sur ces questions, et c’est une chance, car aucune pensée qui se réclame de l’émancipation n’est figée.

Elle s’enrichit des expériences concrètes auxquelles elle apprend à se référer avec l’aide du temps. Pour mémoire, n’oublions pas qu’au début du 20è siècle, des pans entiers du mouve-ment politique et syndical n’envisageaient le travail des femmes que comme un outil de concurrence déloyale au sein de la classe ouvrière et s’y opposaient pour cette raison. « Pour leur plus grand bien », cela va sans dire… Viendrait-il aujourd’hui à l’idée de quelqu’un, après le mouvement des femmes, d’ »assécher » le travail des femmes ?

Notre discussion aura lieu. Elle a débuté.

Assumons-la, même si elle doit être parfois houleuse. Elle sera d’autant plus apaisée que nous la bâtirons sur la base de notre pratique commune, à travers ces nombreux combats où nous retrouvons côte à côte pour nous opposer aux dégâts des politiques xénophobes en cours : travailleurs sans-papiers, accueil de l’ »Aquarius », expulsions de campements de migrants, mineurs isolés…

Personne ne détient de label certifié en matière de solidarité. Moi pas plus que les autres. Et j’ai le plus profond respect pour tous ces militant.e.s, quelle que soit leur obédience, qui ne comptent ni leur temps ni leur énergie sur l’ensemble de ces fronts.

Dès lors, ma (dernière) question est la suivante : pourquoi devrions-nous maintenant restreindre nos combats communs à la seule lutte contre l’urgence engendrée par cette situation, en renonçant à dénoncer d’une même voix les causes profondes de cette offensive globale qui veut faire de l’immigré.e un bouc émissaire ?

Salutations internationalistes !

Olivier Besancenot 14 octobre 2018

https://web.nouvelobs.com/

 Aujourd’hui, dans une tribune, Olivier Besancenot, ancien candidat à la présidentielle et figure du NPA, partisan revendiqué de la liberté de circulation et d’installation, appelle la gauche à assumer le débat sur les migrants, à défendre ses valeurs et son histoire. Il répond notamment à Jean-Luc Mélenchon, qui, le 25 août à Marseille, avait lancé « honte à ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salaires ». Olivier Besancenot, facteur de profession, est membre du Nouveau Parti Anticapita-liste (NPA, ex-Ligue communiste révolutionnaire). Il fut candidat à la présidentielle en 2002 et en 2007. Dans une tribune à « l’Obs », Olivier Besancenot, figure du NPA, appelle la gauche à assumer le débat sur les migrants, à défendre ses valeurs et son histoire.

Lire aussi:

Comment la question des migrants divise communistes et Insoumis (Les Inrocks)

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14 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

berlin (unteilbar le-monde)

Quelques nouvelles rapides d’Allemagne:

Une manifestation de près de 250 000 personnes, spectaculaire et qui a surpris par son affluence, a eu lieu aujourd’hui 13 octobre à Berlin.

Dans un contexte d’élections régionales en Bavière où l’AfD peut faire de bons scores, c’était donc une manifestation pour la solidarité et contre l’exclusion et la ségrégation, sous des formulations souvent très humanistes et apolitiques : contre la haine, la chasse aux sorcières, pour l’empathie à l’égard des migrants.

Le mouvement avait choisi le Hashtag #unteilbar (qu’on peut traduire par indissociable ou indivisible). « Pour une société ouverte et libre », un genre de tous ensemble très citoyen. Y avaient appelé quelque 450 associations de tailles et caractères très divers – associations de handicapés, d’avocats démocrates, collectifs d’aide aux migrants et pro-asile, associations de locataires, petits cafés alternatifs, groupes théâtraux, etc.

Quelques syndicats locaux, dont celui de l’éducation. Des personnalités aussi, mais pas de partis ni de personnalités politiques. C’étaient les « citoyens » qui étaient appelé à manifester, et ont répondu donc par dizaines de milliers. Une marée humaine qui, encore une fois, a étonné les participants.

Il faut dire que peu à peu l’info de la manifestation s’était répandue pour gonfler comme une vague, face à quoi le ministre des affaires étrangères, ce matin, s’était senti tenu d’avoir quelques propos favorables à l’initiative. Sahra Wagenknecht et le mouvement « Aufstehen », en revanche, n’ont pas appelé. Beaucoup de jeunes étaient présents, mais pas que…

Zara

Lire aussi:

Mobilisation massive contre le racisme dans les rues de Berlin (Le Monde)

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13 octobre 2018 ~ 1 Commentaire

rio de janeiro (psol carioca)

psol

Le PSOL de Rio de Janeiro fait  élire quatre femmes noires au Parlement

Le premier tour des élections de 2018 est achevé. Malgré un scénario très incertain pour le prochain tour, le PSOL de Rio de Janeiro a réussi à obtenir quelques succès. Chico Alencar a remporté le plus grand vote de l’histoire de notre parti dans l’État, avec 1 281 373 voix, dépassant même Marcelo Freixo, au deuxième tour de 2016 (1 163 662), même si ce n’était que dans la capitale . Marta Barçante, membre du PCP, parti qui a rejoint le PSOL lors de ces élections, a recueilli 52 734 voix.

Tacisio Motta a marqué l’histoire en se classant à la 3ème place du premier tour. Bien que boycotté par les sondages et la principale chaîne de télévision, le conseiller municipal de Rio de Janeiro a réalisé une belle campagne atteignant plus de 800 000 voix (819 248). Position et nombre de votes non publiés également pour le PSOL dans le conflit avec le gouvernement de l’État. Gordinho a vaincu Romário et Índio, consolidant son nom dans la politique progressiste et démocratique de Rio.

À Alerj, notre grande victoire. Le PSOL a pu élire trois conseillers à la place de Marielle Franco  lâchement assassinée en mars de cette année: Renata Sousa (63 937), Monica Francisco (40 631) et Dani Monteiro (27 982).

Outre les trois femmes noires élues, le député Flávio Serafini (61 754) et Eliomar Coelho (34 836) restent au palais de Tiradentes. Neuf autres candidats ont passé la limitation et seront nommés députés adjoints. Il y avait 495 533 voix dans la coalition changement possible PSOL-PCB, soit 489 151 pour le PSOL.

Pour Brasilia, nous avons porté à quatre le nombre de représentants fédéraux de Rio de Janeiro. Et cette fois, nous serons représentés par une femme noire.

Talíria Petrone, conseiller de Niterói, était le 9ème parti le plus voté de l’État avec plus de 107 000 voix (107 317). Marcelo Freixo était le deuxième député le plus voté de l’État avec 342 491 confirmations et nous avons également réélu Glauber Braga (40 199) et Jean Wyllys (24 295). Seul le conseiller municipal David Miranda (17 356) a réussi à surmonter la clause de limitation et est devenu le seul député du parti à la Chambre fédérale.

Liste des suppléants d’État PSOL:

Taís Ferreira – 24.759
Wanderson Nogueira – 19.073
Josemar – 19.001
Rose Cipriano – 17.483
Dr. Marcos Paulo – 16.377
Zaconne – 15.859
Siri – 14.212
André Barros – 12.835
Yuri – 12.623

9 octobre 2018

https://psolcarioca.com.br

Commentaire:

On votait pour les parlements des états et pour le parlement fédéral.

Le PSOL apparaît comme un petit parti, certes, mais ouvert (rejoint par un des PC brésiliens et d’autres groupes d’extrême gauche) et au coeur des luttes. Son candidat présidentiel était le représentant des « sans terres » et son adjointe une représentante des peuples indigènes.

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13 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

hugo palheta (regards)

Ugo Palheta : « Il y a un risque de fascisation accélérée du régime en Italie »

 Sur la tentation de l’extrême droite à l’échelle internationale 

« Ce n’est plus de l’ordre de la menace parce qu’il y a des pays où l’extrême droite est au pouvoir. L’Italie notamment, on l’évoque moins souvent mais Israël et l’Inde aussi sont dirigés par des gouvernements d’extrême droite. »

« Il y a des spécificités nationales mais au niveau international, il y a une crise d’hégémonie du capitalisme néolibéral qui a déstabilisé les systèmes politiques. Il y a un paradoxe puisque le capitalisme est triomphant mais fragile économiquement du fait de l’instabilité de la finance. Il est instable également et surtout, politiquement. Et cela dans de nombreux pays. »

 Sur le gouvernement italien actuel 

« Il y a un risque de fascisation accélérée du régime en Italie. […] Les régimes ne deviennent pas fascistes en quelques semaines ou en quelques mois. Cela a été le cas en Allemagne où les Nazis détruisent toute opposition très rapidement mais en Italie cela n’était pas le cas. Mussolini a mis 3 ou 4 années à se débarrasser de toutes oppositions politiques et syndicales constituées. »

 Sur les conditions de l’émergence du fascisme 

« Dans le fascisme de l’entre-deux guerres, il y a un rôle central joué par la première guerre mondiale dans ce que les historiens ont appelé la brutalisation de la société c’est-à-dire une accoutumance à une certaine forme de violence politique. »

« Aujourd’hui ce qui joue, c’est une crise des capacités des dominants à obtenir le consente-ment des masses ou des classes populaires et moyennes. » « Il y a également des formes de durcissement autoritaire qui sont mis en place par les classes dirigeantes elles-mêmes et avant même l’arrivée des fascistes au pouvoir. Cela tend à crédibiliser, à valider les options ultrasécuritaires que défendent les fascistes. »

 Sur le rapport capitalisme et fascisme 

« Si on veut in fine se débarrasser du poison fasciste, on a besoin d’une rupture avec une société qui produit l’exploitation ou qui produit les inégalités. » « Si on veut lutter contre le fascisme aujourd’hui, on ne peut pas non plus exiger de tout le monde qu’il soit anticapitaliste dès maintenant. »

 Sur les différents mouvements d’extrême droite en Europe 

« Ils ne se construisent pas tous sur les mêmes thématiques. En Europe de l’Ouest, c’est l’islamophobie tandis qu’en Europe de l’Est, ça reste l’antisémitisme. » « Dans certains cas, notamment l’UKIP, c’est une scission de la droite dans un sens souverainiste nationaliste. Dans d’autres cas comme en France, on a des partis qui viennent du fascisme historique. »

« Ils cherchent donc à faire des alliances avec des forces assez diverses. Le jeu étant de ne pas faire d’alliance avec des partis qui ne seraient pas assez respectables dans leurs pays. »
« Le Front National n’avait pas voulu faire d’alliance avec Aube Dorée en Grèce mais d’autres partis d’extrême droite en Europe peuvent avoir le même rapport au front national parce que le front national serait trop sulfureux pour eux. »

 Sur Emmanuel Macron et la situation française 

« Macron a toutes les chances de devenir plus impopulaire que Hollande. Dans cette situation là où l’instabilité est chronique avec 4 candidats à 20 % aux élections présidentielles, tout devient possible. » « On n’est plus dans une situation d’alternance tranquille entre une droite complexée (c’est-à-dire le PS) comme dirait Lordon et une droite décomplexée. »

« On ne peut plus prévoir à 5 ans ce qu’il peut se passer et on voit très bien les changements rapides qui peuvent subvenir dans une société, avec la victoire de Trump par exemple ou plus récemment au Brésil avec Bolsonaro. » « Il y a de quoi avoir peur mais surtout de quoi rentrer en action pour éviter que cette option fasciste soit celle qui triomphe de la crise annoncée. »

 Sur la notion de populisme 

« Le populisme a permis au FN de se laver des soupçons de collusion avec le fascisme classi-que. Cela a donné une sorte de crédit populaire au FN, en accolant ce terme au FN on a donné un ancrage que le FN n’avait pas dans les classes populaires. » « Le FN a une clientèle électorale dans toutes les catégories sociales et les classes dirigeantes mènent elles-mêmes des politiques autoritaires et xénophobes. »

 Sur la question migratoire 

« Le ralliement d’une partie de la gauche, notamment du PS, à cette idée que l’immigration est un problème qu’il faut résoudre, a joué un rôle crucial dans la montée de l’extrême droite. »

Partout dans le monde au Brésil, en Italie, en Inde, aux Etats-Unis, en Allemagne ou en Israël, la tentation de l’extrême droite est de plus en plus présente. Le sociologue, Ugo Palheta, auteur de « La possibilité du fascisme » (Editions La Découverte) est l’invité de #LaMidinale.

11 octobre 2018

https://www.anti-k.org/

 

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10 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

ujfp (mee)

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En France, l’Union juive française pour la paix fait entendre une autre parole juive

Depuis 1994, l’UJFP construit sa voie sur la question de l’antiracisme politique et la dépossession des Palestiniens.

Des causes à contre-courant des positions officielles françaises, et surtout du discours du CRIF, réputé proche d’Israël. Paris, 12e arrondissement, librairie La Brèche. Entre les rayonna-ges où s’amoncèlent les livres sur la révolution russe de 1917 et la Commune de Paris de 1870, Gramsci côtoie Michel Foucault, lequel voisine avec Derrida. La seconde édition du livre collectif de l’Union juive française pour la paix (UJFP), Une Parole juive contre le racisme, trône sans trancher avec tous ces ouvrages pointus de philosophie politique.

« Le racisme, est-ce une simple affaire d’individus, voire de groupes ? N’est-ce pas plutôt un outil utilisé par le pouvoir pour dominer ? » Extrait d’Une Parole juive contre le racisme

La seconde édition de ce livre tient tout autant du manifeste sur l’antiracisme politique que du manuel didactique à l’intention du personnel éducatif et des jeunes Français, public à qui il est d’abord destiné.

Dans cet essai, l’UJFP ne dissocie pas la question palestinienne de la problématique du racisme en France. Elle parvient même à les articuler dans une réflexion qui interroge autant la diplomatie de la France que sa politique vis-à-vis de ses minorités, quelles qu’elles soient.

« Porter une parole juive dont nous ressentions être privés »

L’UJFP est une association qui s’est donnée pour ligne, comme il est rappelé dès l’introduction du livre, de « soutenir les droits de tous les êtres vivant en Israël et dans les territoires occupés palestiniens, voulant porter une parole juive dont nous ressentions être privés par la prétention des dirigeants d’Israël de parler au nom des juifs du monde entier ».

Dès l’introduction, le livre précise : c’est « la montée du racisme » qui a conduit l’UJFP à « défendre en même temps ces mêmes droits humains ici et maintenant en France ». Et si, selon l’association, « l’antisémitisme n’a pas disparu », « nous devons aussi constater que les principales victimes du racisme ne sont plus les juifs […] quand l’islamophobie se déchaîne, quand la négrophobie est quotidienne […] ».

L’ouvrage le revendique ainsi clairement : « la lutte contre le racisme est indivisible ».

« L’UJFP se bat contre le racisme et non pas contre le racisme et l’antisémitisme », explique le coordinateur du livre, Dominique Natanson. « Cette dissociation suppose qu’il y aurait, à cause de la Shoah, un racisme suprême, l’antisémitisme. Nous refusons ainsi ce distinguo […]. »

« […] les principales victimes du racisme ne sont plus les juifs […] quand l’islamophobie se déchaîne, quand la négrophobie est quotidienne […] ». Extrait d’Une Parole juive contre le racisme

Une Parole juive contre le racisme aborde de front les questions qui font depuis quelques années vaciller, voire trembler, la France sur son socle républicain du « vivre-ensemble ». « Le racisme, est-ce une simple affaire d’individus, voire de groupes ? N’est-ce pas plutôt un outil utilisé par le pouvoir pour dominer ? », interrogent les auteurs.

Pour l’UJFP, la lutte contre le racisme n’est pas une simple affaire morale, réduite à la peur, l’ignorance ou la bêtise de chacun, mais une véritable problématique politique. Cette démarche suppose de montrer et dénoncer les mécanismes de pouvoir qui jouent de ce racisme. Voire le favorisent. Et dans les cas extrêmes, en tirent leur propre légitimation.

Antisémitisme ou antisionisme ?

Autre point sur lequel s’engage fermement l’UJFP, la distinction entre antisémitisme et antisio-nisme. « Fondamentalement, l’antisionisme, c’est l’idée que le sionisme a créé une société raciste et discriminatoire. Et qu’une paix fondée sur l’égalité des droits est antinomique avec l’existence d’États basés sur l’origine ethnique ou la religion », rappelle Une Parole juive contre le racisme.

« […] dans les quartiers populaires et au-delà, se développe un anti-israélis-me, c’est-à-dire un rejet profond de la politique coloniale et discriminatoire envers le peuple palestinien menée par l’État d’Israël », précise le livre.

« Parfois, cette opposition [à Israël] s’exprime comme une opposition aux juifs, tant Israël se prétend l’État des juifs du monde entier, que les représentants les plus médiatiques de la ‘’communauté’’ juive soutiennent cet État dans toutes ses actions y compris criminelles, et que les dirigeants de notre propre pays s’opposent à toute sanction contre cet État » Extrait d’Une Parole juive contre le racisme

« Il est vrai que parfois, cette opposition s’exprime comme une opposition aux juifs, tant Israël se prétend l’État des juifs du monde entier, que les représentants les plus médiatiques de la ‘’communauté’’ juive soutiennent cet État dans toutes ses actions y compris criminelles, et que les dirigeants de notre propre pays s’opposent à toute sanction contre cet État, pratiquant un ‘’deux poids, deux mesures’’ ».

Pour Dominique Natanson, « si les préjugés antisémites existent dans la société française, ils sont en très forte régression. Les sondages montrent que les juifs, parmi tous les racisés, sont la catégorie la moins rejetée. […] Toute cette théorie de ‘’nouvel antisémitisme’’ est basée sur la défense d’Israël, car elle suppose que toute critique d’Israël est antisémite. Pourtant, un sondage récent a montré que la catégorie politique la moins touchée par l’antisémitisme est celle qui est la plus critique envers la politique d’Israël ».

Pour celui qui fut aussi le co-président de l’UJFP, cette idée que la critique de l’État d’Israël serait par nature antisioniste puis, par glissement, antisémite, trouverait ses racines dans l’impérialisme occidental : « J’ai longtemps pensé qu’il y avait une culpabilité occidentale qui expliquerait le soutien occidental à Israël. Je pense désormais que ce soutien tient à des ques-tions impérialistes. Israël est faible et chaque fois qu’il s’est fait taper sur les doigts par ses protecteurs occidentaux, il a obtempéré.

« Les Israéliens ont peur de ne plus avoir peur. […] La peur est un ciment pour ce pays, sinon il imploserait » Dominique Natanson, ex co-président de l’UJFP

« En outre, les Israéliens ont peur de ne plus avoir peur. Ils voient même de l’antisémitisme dans des manifestations pacifiques, comme récemment à Gaza. La peur est un ciment pour ce pays, sinon il imploserait. »

Le mot « apartheid » est aussi utilisé dans Une Parole juive contre le racisme pour qualifier le sort fait aux Palestiniens. « Des faits en Palestine rappellent ce crime, estime Dominique Natan-son. La ségrégation spatiale, la création de zones qui pourrait s’apparenter à des bantoustans. Si on rapporte les financements publics aux habitants, les Arabes israéliens reçoivent 4 % alors qu’ils sont 20 % de la population.

« La ségrégation est diffuse. Par exemple, les Arabes de citoyenneté israélienne sont dispen-sés du service militaire. Or, pour certains emplois, accès à des bourses universitaires, il y a obligation de l’avoir effectué. »

Qui a peur de l’Union juive française pour la paix ?

Les positions de l’UJFP tranchent ainsi nettement avec celles du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), l’autre voix juive, jugée en France « représentative ». Mais l’est-elle vraiment ? « Beaucoup [de juifs français] pensent que la voie de Netanyahou est une erreur mais n’osent pas en parler publiquement. Pourtant, aux États-Unis, les digues sont rompues et certains juifs américains sont très critiques de la politique israélienne »

Dominique Natanson relève que « peut-être un quart des juifs se reconnaissent dans les positions du CRIF ; mais même là, cela est difficile à dire car les statistiques ethniques sont interdites en France ».

Une vraie évolution idéologique et dans le soutien à Israël s’est observée chez les juifs de France, note-t-il.

« Longtemps, ils ont été plutôt de gauche, très antiracistes. Après 1967, il y eut comme un engouement autour de la défense d’Israël chez les juifs de France. On a aussi observé une droitisation du CRIF, qui est passé de Théo Klein à une proximité avec les idées d’extrême droite. Lors de la manifestation pour la mémoire de Mireille Knoll, ceux qui ont protégé Marine Le Pen portaient un écusson de la police des frontières israéliennes. »

Le militant observe par ailleurs comme une « impasse » dans laquelle se trouveraient ses concitoyens de confession juive : « Ils sont sensibles à la distorsion de leurs valeurs par rapport à ce qui se passe en Israël. Beaucoup pensent que la voie de Netanyahou est une erreur mais n’osent pas en parler publiquement. Pourtant, aux États-Unis, les digues sont rompues et certains juifs américains sont très critiques de la politique israélienne. »

Du fait de ses positions, l’UJFP crispe. Dès la première édition d’Une Parole juive contre le racisme, le CRIF envoie une lettre à Manuel Valls, alors Premier ministre, pour se plaindre des subventions publiques qu’il a reçues, précise Dominique Natanson. L’UJFP obtient toutefois une nouvelle subvention du CGET (Commissariat général à l’égalité des territoires) pour publier la seconde édition et réaliser des clips de sensibilisation sur le racisme à destination du jeune public.

Cependant, raconte Dominique Natanson, « le CGET a été furieux en raison de la notion de racisme d’État qui est abordée dans le livre. Il a demandé à ce que soit retiré son logo des clips et a demandé le remboursement de la subvention […] ». Une décision contestée par l’UJFP devant le tribunal administratif. D’autres pressions auraient eu lieu, notamment, « des coups de fils pour dissuader un lycée de recevoir l’UJFP pour une intervention sur le livre ».

L’antiracisme politique, la convergence des causes

Patrick Silberstein, éditeur du livre au sein de la maison d’édition Syllepse, défend la démarche de l’UJFP. Une démarche nécessaire, selon lui, pour « reconstruire la lutte antiraciste ». « Le racisme inter-racisé est aussi le résultat du racisme d’État. À nous de construire notre propre mécanisme pour ne pas reproduire ce mécanisme institutionnel, car le racisme est d’abord une affaire de domination »

« Cette reconstruction n’est possible que si les racisés s’emparent de cette question et s’auto-organisent, explique-t-il. On a appris de la question noire aux États-Unis qu’il fallait passer par une phase de séparation : hommes noirs ensemble, femmes noires ensemble… car chacun porte des problématiques singulières. Chaque groupe doit s’organiser en autonomie puis, de cette organisation, doit naître un mouvement unitaire », estime-t-il.

Un mouvement unitaire ? C’est aussi ce qu’appelle de ses vœux Omar Slaouti, militant antiraciste.

Pour lui, la lutte antiraciste est désormais la question politique centrale. « Même quand on parle de Parcours Sup, par exemple, on en revient au voile de Maryam Pougetoux, laquelle a été renvoyée à son voile. Il y a une crispation identitaire qui se traduit par des lois. Les gouver-nements sociaux-libéraux ont fait le choix de cette crispation identitaire pour mieux évacuer la question sociale. »

Pour Omar Slaouti, cette lutte transversale concerne tout le monde : « […] il faut élargir à d’autres questions : les services publics, les conditions de travail. Un même individu peut subir un ensemble d’exploitations. Mais l’exploitation subie par tous peut être vécue autrement tout en bas de l’échelle si on est racisé. […] Il n’y a pas de césure entre la lutte raciale et la lutte sociale ».

Même analyse pour Saimir Mile de La Voix des Rroms, pour qui « il faut séparer les luttes pour mieux les réunir ». Des travaux de réflexion sont ainsi menés entre l’UJFP, le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), la Voix des Rroms et d’autres associations sur la rénovation de la lutte politique contre le racisme.

Pour Saimir Mile, il s’agit aussi de poser la question du racisme inter-racisés. Négrophobie chez les Arabes, romophobie chez les Arabes et les noirs… et les Roms qui disent « avoir peur des noirs et des terroristes ». Selon lui, « le racisme inter-racisé est aussi le résultat du racisme d’État. À nous de construire notre propre mécanisme pour ne pas reproduire ce mécanisme institutionnel, car le racisme est d’abord une affaire de domination ».

Ces militants rejettent aussi le « racisme mélioratif », à l’instar du philosémitisme, « une forme de mise en avant, mise à l’écart, instrumentalisation pour dire que les juifs sont les vrais répu-blicains, contrairement à d’autres », explique Dominique Natanson. Selon lui, cela est aussi dangereux qu’« assimiler tous les juifs à l’État d’Israël, on crée ainsi de l’antisémitisme. Le rôle de l’UJFP est important pour montrer que cela est faux. »

« Le problème, relève toutefois Omar Slaouti, c’est qu’on n’entend pas suffisamment cette autre voix juive dans les médias. »

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09 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

guillaume meurice (politis)

poutou meuriice

Guillaume Meurice sur le non-accueil des migrants: « Un crime contre l’humanité »

Pourquoi avez-vous signé cet appel pour l’accueil des migrants ?

Simplement parce que l’on m’a sollicité et que je suis d’accord en tout point avec le texte. À titre personnel, je suis très sceptique quand à l’impact réel d’un tel appel. Mais que faire face à la lâcheté généralisée des « pouvoirs publics » ? Ne pas se résigner est le premier des devoirs.

Quelle est votre implication personnelle autour des migrants ? En avez-vous croisés, rencontrés, suivez-vous cette actualité ?

Je suis soutien de SOS Méditerranée depuis qu’Alice Gautreau, alors sage-femme sur le bateau, m’a contacté pour m’expliquer la situation à bord. Je suis pote avec Cédric Herrou, considéré comme un délinquant par le pays des droits de l’homme. J’ai joué mon spectacle dans la Roya et j’ai été rendre visite aux réfugié.e.s qu’il accueille. J’aide également autant que possible le BAAM dans leurs actions. Lorsque je fais des chroniques sur le thème, je refile la thune à ces assocs. Je suis très admiratif des bénévoles qui les composent.

Quelle est votre réaction quand une réunion européenne s’articule autour de la réception de seulement 58 migrants à partager en Europe, dont 18 person-nes en France, comme cela a été le cas la semaine dernière ?

Envie de foutre tous ces bien mal nommés « responsables » sur une barque en pleine Méditerranée et les regarder se démerder.

Quel symbole est devenu l’Aquarius ?

La preuve que, certes le pire existe chez l’être humain, mais le meilleur aussi. Quelles que soient les époques et les crises, il y aura toujours des gens pour porter assistance aux autres. L’idéologie dominante nous présente la compétition et la lutte de chacun contre tous comme l’horizon indépassable de la civilisation, alors que l’humanité aurait sans doute déjà disparu sans la coopération, l’entraide, la solidarité. Fous Laurent Wauquiez à poil dans la forêt et demande lui s’il pense toujours que « l’assistanat est le cancer de la société ».

Il n’y a plus de bateaux, en dehors de l’Aquarius, pour secourir les migrants, tandis qu’il y en avait encore dix au printemps…

C’est juste dégueulasse. De la non-assistance à personnes en danger. Du racisme institutionnel. Un crime contre l’humanité.

Peut-on parler de faillite démocratique et humanitaire ?

Oui. On peut aussi parler de cynisme crasse. De politicailleries vulgaires. De honte absolue. La peur est devenue une variable d’ajustement électorale. Faire croire que des gens qui deman-dent de l’aide représentent eux-mêmes une menace pour la démocratie est au top du hit-para-de de la propagande politique. Sur ce point, aucune différence entre Macron et Le Pen. Gérard Collomb n’est simplement qu’un Robert Ménard complexé.

N’est-ce pas étonnant de voir l’Europe déléguer à des dictateurs ou des sei-gneurs de guerre la gestion des flux migratoires en Afrique du Nord ou bien de laisser la Grèce se débrouiller seule ?

Non ce n’est pas étonnant. Il n’existe pas d’Europe sociale et encore moins d’Europe humani-taire. L’Union européenne est une structure économique et uniquement économique. Un grand marché dans lequel un être humain est simplement une statistique, une variable d’ajustement. Un espace où l’indécence se nomme désormais « pragmatisme ».

« L’humanisme, ce n’est pas le bon sentiment », a déclaré Emmanuel Macron à l’ONU. Quelle est votre réaction ?

Emmanuel Macron qui parle d’humanisme, ça me fait le même effet que Barbarin qui parle de puériculture.

Guillaume Meurice a été l’un des premiers signataires de l’Appel pour l’accueil des migrants. Il s’en explique et livre son regard sur la tragédie.

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08 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

francophonie (cadtm peuple-breton)

afrique
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L’œuvre négative du néocolonialisme français et Européen en Afrique. La francophonie

La diffusion de la langue française en Afrique est partie intégrante du projet colonial.

Elle fait partie intégrante de l’ « œuvre civilisatrice » que prétendait apporter le colonialisme. La civilisation est, en effet, entendue dans le projet colonial, comme l’extraction de l’homme afri-cain de ses cultures « barbares » pour le faire entrer dans l’histoire et dans la civilisation par l’assimilation. Les indépendances africaines de la décennie 60 voient ainsi arriver au pouvoir des « élites » francophones dans des pays où les cultures et langues maternelles ont été asphyxiées quand elles n’ont pas été réduites à du folklore. Ce qui s’appelle déjà dès l’ère coloniale « francophonie » s’impose rapidement comme politique publique de maintien de la dépendance des élites et d’aliénation des masses populaires africaines.(…)

Langue française et colonisation

(…) Loin d’être isolée, l’idée d’une langue française civilisatrice préside à la création de « l’Alliance française » (dont le titre intégral est : Association nationale pour la propagation de la langue française dans les colonies et à l’étranger) en juillet 1883. La diversité politique des fondateurs de cette institution souligne le consensus colonial quasi-total de l’époque: le général Faidher-be, le cardinal de Lavigerie, Ferdinand de Lesseps, Paul Bert, Louis Pasteur, Ernest Renan, etc. Les objectifs sont, en effet, sans ambiguïtés et sont résumés comme suit deux ans après la création de l’institution coloniale : « Par l’école, vulgariser l’usage du français dans nos colo-nies et nos protectorats ; par l’école, soutenir le prestige de la France dans les contrées barbares [sic] où il domine depuis longtemps, particulièrement dans les pays musulmans du Levant ; etc [3]. »

La troisième république laïque n’hésite pas à s’appuyer sur l’Église pour diffuser cette langue française que l’on considère nécessaire à la « conquête des esprits » devant parachever la conquête militaire. « Les missionnaires doivent être des agents de l’influence française par la diffusion de la langue. […] L’objectif fixé aux écoles confessionnelles est précis et limité : [faire des élèves] des auxiliaires de la colonisation [4] » résume le prêtre et historien Joseph Roger Benoist. Le chercheur en sciences sociales Raberh Achi évoque même une « exception coloniale à la laïcité ».

Il n’y a donc aucun projet de scolarisation généralisée des colonisés mais volonté de créer une « élite » francisée au service de la colonisation.

« Les autorités françaises utilisaient ces élites comme instruments de leur domination sur les masses indigènes. Elles espéraient également qu’elles guideraient par leur exemple l’évolution de leur société dans la voie de l’association, du rapprochement, voire de la « fusion des races  [5] » analyse l’historien Guy Pervillé. Faisant le bilan de l’œuvre civilisatrice française dans les colonies en 1943, l’historien et directeur de l’école coloniale en Afrique Occidentale Française de 1926 à 1943, Georges Hardy insiste sur la fonction politique de cette élite indigène.

L’auteur développe dans ses thèses l’idée d’une limitation de l’accès à l’enseignement à une infime élite. Une ouverture plus large aurait des effets dangereux pour le système colonial.

Un grand soin est apporté à la production de cette élite conçue comme chainon entre le colonisateur et le colonisé. On se préoccupe par exemple de leur mariage avec la création d’écoles féminines visant à produire les épouses de ces « évolués » : « C’est un malaise de constater le nombre croissant de jeunes hommes instruits et le petit nombre de femmes éduquées que nous plaçons à côté d’eux […].

Qui épouseront-ils tous ces médecins, ces comptables, ces employés de postes et quantité d’hommes évolués que nous créons à jets continus suivant les besoins de la colonie [8]. » Il s’agit bien de produire un groupe social spécifique culturellement et socialement attaché à la culture et à la langue du colonisateur.

L’enseignement offert à cette élite évoluée est articulé à un processus d’alié-nation qu’un livre consacré à « l’aliénation colonialiste » en Algérie décrit comme suit en 1961 :

« Convaincre les indigènes de leur infériorité, à tous égards par rapport aux français est selon lui (Cavaignac) le devoir fondamental des dirigeants de l’entreprise en Algérie ». Complexe qu’on s’est efforcé de créer surtout chez ceux qui ont eu le privilège des bancs de l’école. En effet, chez ces derniers les enseignants et la propagande officielle ont contribué à faire exister, valoriser, admirer en exclusivité comme étant le bien et le beau absolus, le patrimoine de la France : sa culture, son histoire, ses héros, ses poètes, ses savants, ses coutumes, sa mode vestimentaire, etc., en bref la civilisation française. Par là même, tout a concouru à nier l’exis-tence d’autres valeurs, à refuser toute qualité à ce qui n’est pas français ou au moins occidental et en premier lieu donc, à tout ce qui est algérien [10].

La confrontation avec l’injustice coloniale conduira une partie non négligeable de cette élite au combat pour l’indépendance.

Cependant les socialisations scolaires et les habitus continuent de les rattacher à l’ancienne puissance coloniale : habitudes de vie, modes de consommation, contenus des enseigne-ments, réseaux d’amis, souvenirs de voyages et/ou d’études en France, capital de lectures et donc système de références, etc. Le dispositif institutionnel de la francophonie s’appuie sur cette dépendance culturelle pour la faire perdurer et la renforcer au-delà les indépendances.

La toile d’araignée francophone

Si Onésime Reclus est présenté par le discours officiel de la francophonie comme le père fondateur du concept, l’événement fondateur pour la « mythistoire francophone [11] » est la publication en 1962 du numéro de la revue Esprit intitulé « Le français, langue vivante ». Si le numéro de la revue Esprit est réellement une défense de la francophonie à laquelle participent des chefs d’État de l’ancien empire colonial, il n’est pas contrairement à l’affirmation officielle « l’acte de naissance ».

Deux ans plus tôt le gouvernement français prenait l’initiative de créer la « Conférence des Ministres de l’Éducation des pays africains et malgache d’expression française » (Confemen) qui est de ce fait la première institution intergouvernementale francophone postcoloniale. Cette institution qui regroupe à sa naissance 15 États (c’est-à-dire la plupart des pays de l’ancien empire colonial africain français et la France) se réunit tous les deux ans pour « pour tracer les orientations en matière d’éducation et de formation au service du développement [13] ».

Le choix de l’éducation nationale comme premier terrain de la francophonie n’est, bien entendu, pas anodin.

La colonisation et sa scolarisation sélective ont suscité une soif et une attente de scolarité qu’aucun État nouvellement indépendant ne peut ignorer. La légitimité politique passe, entre autre, au moment des indépendances, par une démocratisation de l’enseignement. De fait tous les États nouvellement indépendant d’Afrique, quel que soit leur orientation politique mettront en place une telle orientation qui en quelques années donneront des résultats laissant loin derrière toute « l’œuvre scolaire » coloniale.

Dans ce contexte l’enjeu devient dès lors le contenu et la langue de cette scolarisation.

En témoigne la passe d’arme lors de l’inauguration de l’Université de Dakar le 9 décembre 1959 entre le recteur français Lucien Paye et le président de l’Union générale des Étudiants d’Afrique occidentale (UGEAO) Daouda Sow. Le premier déclare : « Est-il plus noble program-me que celui auquel le Conseil de l’université, lors de sa récente séance, apportait une adhésion unanime : « Être une université française au service de l’Afrique ? »

Le second lui rétorque : « L’Université de Dakar se doit de porter, selon nous, un cachet typiquement africain. On y doit sentir battre le cœur de l’Afrique d’hier et de demain. Vous comprenez alors que notre souhait demeure de voir cette université devenir un foyer de chercheurs à vocation africaine, mais au service de l’Universel et de la vérité [14]. »

L’auteur à qui nous empruntons ces citations, l’historien ivoirien Chikouna Cissé, analyse comme suit la stratégie française de ces premiers pas de la francophonie postcoloniale :

Confrontée à l’exaltation de la ferveur panafricaniste, la France choisit de resserrer les liens avec ses anciennes colonies, au début des années 1960, à des fins de contrôle politique. Ce bornage du pré-carré trouva son expression tangible dans la multitude de rencontres des ministres de l’Éducation d’expression française où l’on pouvait noter souvent, une surrepré-sentation française. Dix-huit conférences, selon le décompte de l’historien Laurent Manière, réunirent Français et Africains entre 1960 et 1969, dans le cadre de la signature et de l’application d’accords de coopération signés [15].

Cette première institution francophone inscrite dans les accords de coopération (dont nous avons soulignés la dimension néocoloniale dans une livraison antérieure [16]), sera suivie de nombreuses autres. L’ensemble des champs éducatif, sportif, médiatique et culturel sont désormais couvert par le réseau institutionnel francophone. Outre leurs propres réseaux, ces institutions peuvent s’appuyer sur le plus que centenaire réseau des « Alliances Françaises » qui regroupe 835 agences en 2018 dont 115 en Afrique couvrant 35 pays.

Pour couronner l’ensemble du dispositif des « Sommets des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage », plus connus sous le nom « Sommet de la Franco-phonie » se réunissent à partir de 1986 tous les deux ans.  Le dernier sommet de 2016 a ainsi vu la participation de 54 États membres, 4 membres associés et 26 observateurs (dont 31 pays africains).

Les mécanismes de la dépendance

La question et le problème que pose la Francophonie n’est, bien entendu pas réductible à la question de l’usage du français. L’approche essentialiste de la langue n’aide en rien à comprendre l’enjeu posé par la francophonie néocoloniale.

Comme le souligne Kateb Yacine, la langue de l’ancien colonisateur, peut s’appréhender comme un « butin de guerre » pouvant être mis au service de l’émancipation. Après tout de nombreux leaders des indépendances ont subvertit les enseignements appris à l’école colo-niale française pour les mettre au service de la libération de leurs pays. Il ne s’agit donc pas de rejeter une langue en soi mais d’interroger les mécanismes d’un dispositif institutionnel politique et ses conséquences sur les États africains.

Le refus de l’essentialisme en matière de langue ne doit cependant pas nous amener à faire l’erreur exactement inverse c’est-à-dire ne considérer celle-ci que comme un instrument de communication neutre rendant toutes les langues interchangeables sans conséquences.

La langue est un système […] par le biais duquel les membres d’une communauté se repré-sentent la réalité (physique, psychologique, sociale, conceptuelle, virtuelle, etc.), communi-quent entre eux et s’identifient culturellement [18] » explique le chercheur canadien en sciences de l’éducation Pierre Legendre.

« Il est clair que la langue est nécessaire à la constitution d’une identité collective, qu’elle garantit la cohésion sociale d’une communauté, qu’elle en constitue d’autant plus le ciment qu’elle s’affiche [19] » complète le linguiste français Patrick Charaudeau. On ne change pas de langue comme de lunettes. Celle-ci apporte au sujet une dimension culturelle et identitaire, une vision du monde résultat d’une expérience historique collective. Elle inscrit le sujet dans une filiation et une histoire.

Bien entendu la langue est une réalité vivante mutant avec l’expérience collective du groupe qui la parle.

L’utilisation d’une même langue ne signifie donc pas en soi une similitude des identités. Qu’un sénégalais ou un québécois parlent le français ne signifient donc pas qu’ils ont la même iden-tité. Cependant la présence d’une situation et de rapports de domination ouvre un processus d’aliénation qui à son tour alimente et renforce la domination. C’est pourquoi le choix de la langue nationale n’est jamais une question secondaire et c’est aussi la raison d’une telle insistance à promouvoir la francophonie de la part de l’ancienne puissance coloniale.

Sur le plan de chaque nation la question linguistique s’articule à la question des classes sociales du fait d’une maîtrise inégale de la langue officielle selon l’appartenance sociale.

Le romancier kenyan N’Gugi wa Thiong’o explique comme suit sa décision de ne plus écrire en anglais pour écrire désormais en Kikuyu et en kiswahili : « Coupée du peuple [la littérature des premières décennies des indépendances], prisonnière des barrières linguistiques héritées du colonialisme, la nouvelle littérature échouait à rassembler au-delà d’une frange d’étudiants, de professeurs et de fonctionnaires en tous genres [20]. ».

Autrement dit l’inégalité de maîtrise de la langue nationale contribue au renforcement des pouvoirs néocoloniaux. « Préconiser la francophonie dans le cadre d’un enseignement de classe destiné à for­mer une élite de technocrates, c’est vouloir tout simplement perpétuer le système de relais de domination entre l’ancienne métropole et les peuples exploités [21] » résume Hassan Benaddi un des animateurs de la revue progressiste marocaine Souffles. Pour prévenir les critiques il précise : « clamons-le encore nous sommes contre la Francophonie et seuls les messieurs Jourdain du néo-colonialisme oseront désormais nous traiter de francophobes [22]. »

La figure de Senghor illustre pleinement la dimension aliénante de la franco-phonie dominante c’est-à-dire celle qui fonctionne réellement et concrètement.

Celui qui est présenté avec le tunisien Habib Bourguiba comme un des « fondateurs » de la francophonie) défend la thèse d’une symbiose harmonieuse entre le français (langue officielle) et les six langues nationales (le wolof, le serere, le diola, le peul, le manding, le soninke). Pourtant plus de cinquante ans après l’indépendance le français reste la langue de l’élite, de ses institutions et du pouvoir, alors que les langues nationales sont la langue des masses et de la rue.

Un de ses arguments est le nombre important de langues africaines empêchant d’en choisir une (c’est-à-dire rendant nécessaire de choisir le français comme langue commune).

Cet argument ne tient pas pour le Sénégal. D’une part comme l’a démontré Cheikh Anta Diop, les différentes langues du Sénégal sont apparentées entre elles [25]. D’autre part toutes les minorités sont très majoritairement bilingues et parlent la langue majoritaire le Wolof. « Environ 80 % de la population le pratique sur toute l’étendue du territoire [26] » rappellent le linguiste sénégalais Jean Léopold Diouf et la linguiste française Marina Yaguello. La situation est sensiblement la même dans de nombreux pays africains.

En outre le choix du français reproduit la balkanisation issue des anciennes puissances coloniales.

Ainsi la Gambie « anglophone » et le Sénégal « francophone » ont le Wolof comme langue commune. Alors qu’existent de nombreuses langues transnationales de communication, chacun des États continue d’utiliser comme langue officielle celle de son ancien colonisateur.

C’est le cas du Haoussa qui est utilisé au Nigéria, au Niger et au Tchad ; du Soninké parlé au Sénégal, au Mali et en Mauritanie ; du peul que l’on trouve au Mali, en Mauritanie, au Sénégal, en Guinée, au Burkina Faso, au Niger et au Nigéria ; etc.

Ces différentes langues parlées par les paysans et les ouvriers constituent des ponts entre les États africains pouvant servir de base à un développement économique autocentré correspon-dant aux besoins de ces peuples. C’est ce que souligne Cheikh Anta Diop dans son combat pour l’adoption de langues officielles africaines. Dès 1954 il soulignait qu’ « on ne saurait insister suffisamment sur le fait que l’impérialisme culturel est la vis de sécurité de l’impérialis-me économique ; détruire les bases du premier c’est donc contribuer à la suppression du second [27] ».

La francophonie ne se limite pas à sa seule dimension linguistique

Même les scénarios des films d’Hollywood sont des armes. Il suffit d’écouter les applaudisse-ments des spectateurs africains quand les héros hollywoodiens massacrent les Indiens ou les Asiatiques pour se rendre compte de la puissance d’un tel moyen. En effet, dans les continents en voie de développement où l’héritage colonialiste a laissé une grande majorité d’illettrés même le plus petit enfant est atteint par le message contenu dans les histoires de sang et de violence venues de Californie. Et avec le meurtre et le Far West arrive un barrage incessant de propagande anti-socialiste, dans lequel le syndicaliste, le révolutionnaire ou l’homme à la peau sombre joue généralement le rôle du traitre, alors que le policier, le détective, l’agent fédéral – en un mot l’espion type CIA – est toujours un héros [28]

Ingérences et résistances

Le lien entre francophonie et intérêts économiques est parfois publiquement assumé comme en témoigne la déclaration du ministre français des affaires étrangères, Yvon Bourges, à l’assemblée nationale française le 23 octobre 1967 :

Et naturellement le premier objectif de mon département est de favoriser la pénétration de la langue et de la culture françaises dans les pays d’Afrique et de Madagascar… ; le second objectif que nous nous proposons est d’ordre économique : le maintien et le développement des intérêts commerciaux et industriels français constituent également une préoccupation constante du Secrétariat d’Etat aux Affaires Etrangères en charge de la coopération. Je le dis sans aucune honte. Cela n’a d’ailleurs rien d’illégitime ni de sordide. La coopération n’est pas une entreprise intéressée au sens égoïste du terme, mais il ne peut s’agir ni de gaspillage ni de prodigalité … [30]

La parole se fera plus prudente ultérieurement mais l’articulation entre francophonie et défenses des intérêts économiques français reste une constante jusqu’à aujourd’hui.

L’évolution des thèmes des sommets de la francophonie en témoigne. Ainsi en est-il du quinziè-me sommet de Dakar en 2014 dont l’objectif était d’adopter une « stratégie économique pour la Francophonie ». Ceux qui pensent encore que la Francophonie institutionnelle est une affaire de « langue en partage » sont ou naïfs ou malhonnêtes face à la simple idée d’une stratégie économique commune possible en maintenant le franc CFA, les accords de partenariat économique (APE), la dette et ses plans d’ajustement structurel, les multiples interventions militaires, etc.

L’annulation de la dette publique de 7 pays africains par le Canada lors du sommet du Québec en 1987 puis l’annulation partielle de la dette publique par la France lors du sommet de Dakar en 1989 pèsent peu face à l’immensité de la dette privée et aux pressions des « amis franco-phones » pour qu’elle soit remboursée au prix de Plans d’ajustement structurel qui empêchent toute possibilité de développement.

Si la Francophonie connaît un élargissement notable des pays membres en s’élargissant désormais à des pays de l’Est de l’Europe, elle est en revanche de plus en plus critiquée et remise en cause en Afrique. En témoigne les multiples écrits visant à démontrer qu’elle n’est pas de nature néocolonialiste.

L’argument de l’élargissement extra-africain souligne justement que la francophonie est devenue un des outils dans la concurrence mondiale entre les USA, l’Union européenne et le Canada qui n’a cessé de s’exacerber depuis le début de la mondialisation. Celui de l’origine de ses fondateurs rappelle simplement le mode d’accès à l’indépendance ayant pour cœur la préparation d’une transition entre le colonialisme et le néocolonialisme. Les trois chefs d’État africains généralement cités (Senghor, Bourguiba et Diori) ont été dans cette période de transition de « bons élèves ».

Les voix africaines remettant en cause la francophonie institutionnelle ne cessent en revanche de se multiplier.

« Si le français, en Afrique de l’Ouest, à mesure que les colons justifiaient leur « mission » civilisatrice, a longtemps valu comme langue du progrès, il constitue aujourd’hui, pour certains, de par son ambiguïté, un symbole d’assujettissement qui, du point de vue local, serait à l’origine de la négation, voire de la destruction des cultures africaines. […] il est alors possible d’entendre à Bamako : « À bas la francophonie ! » dans un meeting associatif [33] » remar-que la sociolinguiste Cécile Canut.

A l’occasion du quarantième anniversaire de la franco-phonie en 2010, le quotidien Burkinabais « Le pays-Ouagadougou » va dans le même sens en soulignant :

En francophonie, on note un réel déséquilibre entre pays du Nord et du Sud, les seconds étant étroitement dépendants des premiers qui assurent pour la plupart le financement du dévelop-pement. Ce déséquilibre s’est accentué au fil du temps du fait du poids de la France en rapport avec les visées géostratégiques de l’Élysée. Le rayonnement culturel étant sous-jacent à l’influ-ence économique, la France qui n’a plus ses colonies, sent qu’elle perd de son lustre d’antan. La francophonie devient alors le cadre idéal pour restaurer cette influence. On le sent lors des grandes messes rituelles. Paris dissimule à peine qu’elle se trouve au centre des prises de décisions [34].

Plus grave encore pour la stratégie néocoloniale, on assiste à un mouvement populaire de réaffirmation de soi et de réinvestissement des langues locales. Ainsi au Sénégal présenté par l’histoire officielle francophone comme le berceau de la francophonie, « le français recule au profit du wolof. Un phénomène de fond qui n’est pas sans conséquence sur la vie quotidien-ne [35] » souligne un article au titre significatif (« Le Sénégal est-il encore un pays francopho-ne ? ») de Slate Afrique de 2016. Une émission de TV 5 Monde titre dans le même sens en février 2018 : « Le Sénégal perd son français au profit du wolof. »

Ces réactions populaires convergent avec des prises de position politique à l’exemple de l’appel à un « contre-sommet anti-francophone » en 2014 à l’occasion du sommet de la francophonie 

« Les parties signataires de la présente plateforme considèrent que les Sommets dits franco-phones ne sont qu’un mauvais cirque destiné, principalement à couvrir et cautionner les abus de puissance multiformes du néocolonialisme français en Afrique, aujourd’hui placé sous la tutelle des Usa depuis sa réintégration dans le commandement de l’Otan ; et accessoirement à entretenir la corruption, la concussion et des trafics « françafricains » en tous genres [36]. » L’évènement a été évalué comme suffisamment important pour susciter une interdiction des manifestations publiques par le gouverneur de Dakar pendant la durée du sommet francophone pour des raisons de « sécurité ».

Ces militants qui s’opposent à la francophonie institutionnelle restent encore largement mino-ritaire. Leur simple existence est un signe du développement des consciences au regard de la période précédente. Le jeune âge de ces militants souligne l’émergence d’une nouvelle géné-ration militante porteuse d’avenir pour les peuples africains. (Résumé, pour l’intégrale, voir lien)

8 octobre Saïd Bouamama

http://www.cadtm.org/

Lire aussi:

Macron : « la francophonie est une famille aux dimensions planétaires » (Le Peuple Breton)

Ne pas confondre:

Onésime Reclus (Wikipédia)

Élisée Reclus (Wikipédia)

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07 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

riace italie (le huffington post)

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En Italie, des milliers de personnes réclament la libération du célèbre maire pro-migrants de Riace

Domenico Lucano, qui a fait de Riace un modèle mondial de l’intégration des demandeurs d’asile, est actuellement assigné à résidence.

Plusieurs milliers de manifestants sont descendus bruyamment samedi 6 octobre dans les rues de Riace, village du sud de l’Italie présentée comme un modèle d’intégration des migrants, réclamant la libération du maire soupçonné d’aide aux clandestins via des mariages blancs, selon les télévisions italiennes.

Les manifestants, parmi lesquels de nombreux ressortissants étrangers, des syndicalistes, des membres d’associations ou partis politiques, se sont notamment rassemblés devant le domicile du maire assigné à résidence, Domenico Lucano, qui les a salués avec le poing levé depuis une fenêtre. « Tiens bon! Continue à lutter », ont-ils lancé, tandis qu’on pouvait lire sur une banderole « le monde l’adore, l’Italie l’arrête ».

Le maire de Riace, village de Calabre de 1.800 habitants, a été arrêté mardi, au moment où le gouvernement populiste italien remet en question le système d’accueil des migrants dans des petites structures, qui profite à nombre de communes. Maire depuis 2004, proche de la gauche, Domenico Lucano est aussi accusé de s’être passé d’appel d’offres pour attribuer la gestion des ordures de son village à des coopératives liées aux migrants.

Son arrestation a provoqué un coup de tonnerre en Italie, tant le « modèle » de Riace a été salué à travers le monde: depuis les années 2000, grâce à des fonds italiens et européens, ce village qui se dépeuplait a repris vie grâce à l’accueil de centaines de demandeurs d’asile.

06/10/2018

https://www.huffingtonpost.fr/

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06 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

gérard collomb (politis révolution-permanente)

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Gérard Collomb, symbole de la dérive des socialistes

En dix-sept mois passés au ministère de l’Intérieur, l’ex et futur (?) maire de Lyon a développé une orientation ultra-répressive tant face aux migrants qu’en matière de sécurité.

Gérard Collomb était un pilier de la macronie. Après avoir annoncé, parmi les tout premiers, au printemps 2016, son soutien et son espoir que le ministre de l’Économie de François Hollande accède à l’Élysée, le sénateur maire de Lyon a appuyé cette candidature de tous les moyens en sa possession. Y compris peut-être municipaux : la justice qui est saisie d’une plainte à ce sujet le dira.

Ce faisant, il a légitimé le candidat En marche

Auprès d’une large part de l’électorat socialiste. Car avant d’être macronien, Gérard Collomb était une figure du Parti socialiste, président de son conseil national de 2003 à 2015.

Souvent moqué par ses camarades pour ses propos droitiers, notamment sur le mariage homosexuel auquel il était hostile, il n’avait jamais été ministre avant l’élection d’Emmanuel Macron, bien qu’il ait participé à la refondation du PS dès la fin des années 60. Il s’était toute-fois fait un nom auprès d’eux et avait acquis une certaine aura en conquérant en 2001 la mairie de Lyon. Des élections municipales marquées au plan national par la perte de nombreuses villes détenues par le PS.

Rares étaient ses camarades de parti à s’inquiéter de sa gestion qui alliait opportunisme économique et autoritarisme sécuritaire.

Elle annonçait pourtant ce qu’a été son action ministérielle. Ministre d’État en charge du ministère de l’Intérieur, il a pris pour directeur de cabinet, Stéphane Fratacci, ancien secrétaire général du ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développe-ment solidaire sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Ce qui signait d’entrée une orientation répressive en matière migratoire, manifeste dès de son premier déplacement à Calais. Il s’y montrait d’emblée plus proche des Identitaires que des humanitaires.

Une inquiétante dérive sécuritaire

Une orientation confirmée avec la « circulaire Collomb » sur le recensement, ou plutôt le tri, des étrangers dans les centres d’hébergement d’urgence, rejetée par les associations d’aide aux migrants et dont le défenseur des droits a demandé le retrait, en vain.

Ou encore la loi Warsmann sur le dispositif « Dublin » qui a eu pour effet de bloquer la réforme du règlement du même nom, contrairement à ce que le candidat Emmanuel Macron disait rechercher.

Et surtout la funeste loi asile, immigration et intégration, véritable « code de la honte »

Elle allonge la durée de placement en centres de rétention, légalise la détention administrative des enfants… Sans oublier les pratiques indignes des forces de l’ordre contre les réfugiés (destruction de tentes, de duvets…) couvertes par le « premier flic de France », indifférent au drame qui se joue toujours en Méditerranée, sourd aux appels des ONG.

Le nom de Gérard Collomb restera aussi attaché à la loi sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme du 30 octobre 2017. Elle fait entrer dans le droit commun plusieurs dispositions jusqu’ici applicables uniquement en cas d’état d’urgence, témoignant d’une inquiétante dérive sécuritaire.

En quittant la place Beauvau, Gérard Collomb s’est dit fier, dans un entretien au Figaro, d’avoir « impulsé » ces « réformes », heureux également d’avoir obtenu, « grâce à la confiance du président de la République », que « le budget du ministère de l’Intérieur progresse de 3,4 % » en 2019, « alors que le budget de l’État observera une croissance de 0,8 % ».

En un an, cinq mois et six jours passés place Beauveau, Gérard Collomb aura été la figure de proue et le symbole de l’extrême dérive idéologique de tous les socialistes

Ils sont nombreux, ralliés à Emmanuel Macron. « Comment est-ce possible de trahir à ce point ce qu’on a pu être ? » demandait la semaine dernière Olivier Faure, le patron du PS, devant quelques journalistes. À cette question, comme d’autres sur le bilan du quinquennat Hollande, le PS évitera de répondre. Mardi soir, à l’annonce de la démission de Gérard Collomb, le bureau national du PS a fait part de son inquiétude dans un communiqué : « La maison France n’est plus tenue. » Elle l’était donc ?

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