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28 juin 2022 ~ 0 Commentaire

maroc ( sde )

refugees

La dictature marocaine tue 37 migrants à la frontière de Melilla et Pedro Sánchez les félicite et les remercie pour leur travail

C’est insensé mais c’est la réalité, l’amère et terrible réalité. Vendredi 24 juin, 37 immigrants subsahariens sont morts à Nador, à la frontière marocaine avec Melilla, victimes d’une charge sauvage de la police du dictateur marocain. 37 morts, bien que ce chiffre puisse augmenter, et plus de 150 blessés, qui faisaient partie des milliers de personnes qui tentaient de franchir la frontière à la recherche d’une vie meilleure, fuyant la faim, la guerre et la violence.

Mais contrairement à ce que nous voyons dans le cas de l’Ukraine, ce qu’ils ont rencontré était une répression si bestiale que le résultat a été 37 morts, 37 victimes innocentes des lois racistes et du système pénal de l’UE. Cet acte atroce a été condamné par toutes les associations de défense des droits de l’homme, mais a été salué par Pedro Sánchez, qui a félicité la police marocaine pour son action.

Jusqu’où ce gouvernement est-il prêt à aller ?  Dans quelques jours, ils tiendront le sommet de l’OTAN à Madrid et ces 37 cadavres ne feront l’objet d’aucune discussion et encore moins d’excuses officielles. Les images de ces 37 innocents morts et de centaines d’autres empilés les uns sur les autres sous le regard défiant des polices marocaine et espagnole nous rappellent que c’est en Occident que ces crimes d’État sont commis en toute impunité et sont justifiés et blanchis aux yeux de l’opinion publique.

Lors d’une conférence de presse, s’adressant solennellement à la société espagnole, Pedro Sánchez et son ministre des affaires étrangères, José Manuel Albares, ont tous deux salué l’action brutale du Maroc, se félicitant du fait qu’ils avaient « mis le paquet », et justifiant la répression par la Guardia Civil et l’utilisation de gaz lacrymogènes comme les moyens les plus efficaces de « défendre la souveraineté » contre cet « assaut ».

Un discours nauséabond qui aurait tout aussi bien pu être prononcé par Santiago Abascal. Cette harmonie avec la droite et l’extrême droite, ainsi qu’avec les propos de son collègue de parti Josep Borrell, qui n’a pas hésité à qualifier d’envahisseurs les immigrants de Syrie, d’Afghanistan ou d’Afrique du Nord, démontre sans ambages pourquoi la social-démocratie est le plus fidèle laquais de l’impérialisme, du militarisme, et ouvre grand les portes au racisme et à la xénophobie.

Ce sont précisément ces types de politiques réactionnaires qui encouragent la croissance de l’extrême droite. Après tout, s’il s’agit de défendre l’Espagne contre une invasion, qui de mieux pour le faire que le PP et Vox.

Une gauche repliée sur l’impérialisme

Nous ne pouvons oublier que cette action brutale contre des milliers d’immigrants désespérés et misérables est précédée par le revirement honteux de Pedro Sánchez sur le peuple sahraoui.

C’est un gouvernement PSOE, avec des ministres de l’UP, qui a trahi la lutte pour l’indépendance nationale du peuple sahraoui en reconnaissant le droit de la dictature marocaine à s’approprier ses terres, ses ressources, et à continuer à occuper ses territoires, tout comme le régime sioniste d’Israël le fait avec les Palestiniens.

Et tout ça en échange de quoi ? Pour que les policiers de Mohamed 6 retiennent à tout prix et quelles qu’en soient les conséquences des milliers de migrants à leurs frontières.

Le degré de cynisme et d’hypocrisie de l’Union européenne et de ses gouvernements, ainsi que du gouvernement de Pedro Sánchez, ne connaît aucune limite. Les mêmes personnes qui, jour après jour, dénoncent le danger de famine, pointant faussement du doigt Poutine comme seul responsable, ferment les frontières, battent et assassinent ceux qui tentent de chercher une vie meilleure et qui fuient cette famine. Une faim directement provoquée sur les bourses de Paris ou de Chicago par les monopoles capitalistes occidentaux qui n’hésitent pas à spéculer sur les récoltes si cela leur permet d’augmenter encore leurs profits obscènes.

Mais le pire, c’est que ces politiques racistes et réactionnaires sont menées par un gouvernement dans lequel siègent des ministres ayant la carte de Podemos, du PCE et de l’IU. Comment est-il possible qu’après le drame vécu à la frontière, après les déclarations de Pedro Sánchez et Albares, ces ministres maintiennent un tel silence complice ?

Si quelqu’un pense encore qu’en soutenant ces politiques, la droite sera exclue, il va avoir la surprise de sa vie. Le désaccord rhétorique ne sert à rien. Le soutien de facto de l’UP à cette action gouvernementale suscite le scepticisme, la démoralisation et la colère croissante de milliers de militants. Et c’est tout à fait logique. Agir en tant qu’écuyer d’un parti redevable aux États-Unis et à leurs intérêts impérialistes, qui ne manque pas de mettre en œuvre l’agenda de la CEOE et de l’IBEX 35, est une erreur qui sera chèrement payée.

La présence d’UP au Conseil des ministres consentant à ce type d’actions ne cesse de donner des ailes à la droite, alimentant sa croissance, comme nous l’avons vu en Andalousie. Il ne suffit pas de critiquer verbalement la tournure prise par le Maroc et la lutte du peuple sahraoui, ou l’OTAN, puis de soutenir l’envoi d’armes en Ukraine, ou maintenant cette répression brutale à la clôture de Melilla. Ce dont nous avons besoin, c’est que les discours et les paroles soient suivis d’actes. L’UP ne peut se maintenir dans un gouvernement qui agit selon les diktats des patrons et un appareil d’État complètement réactionnaire, sauf au prix de sa propre destruction.

Les images et les morts de Melilla mettent en évidence la barbarie que le capitalisme entraîne, et qui va s’aggraver dans la période à venir. La politique soi-disant réaliste de gestion du système signifie en fin de compte céder à la réaction. C’est pourquoi nous devons construire une gauche militante qui affronte cette barbarie dans les faits et avec un programme socialiste et internationaliste. C’est la seule façon de rendre justice pour ce crime d’État, qui restera très probablement impuni grâce au gouvernement espagnol.

27 juin 2022

https://sindicatodeestudiantes.net/

Drame de Melilla : l’ONU pointe du doigt le Maroc et l’Espagne

Le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a accusé le Maroc et l’Espagne d’avoir eu recours à Melilla à « un usage excessif de la force » contre des migrants qui s’est traduit par « la mort de dizaines d’êtres humains, demandeurs d’asile, migrants ». Et de poursuivre que ce drame « doit faire l’objet d’une enquête ». Le bilan définitif, qui s’établit à 38 morts, prouve bien sûr la férocité, le mépris, voire le racisme des polices marocaine et espagnole à l’égard de ces personnes pauvres venues le plus souvent d’Afrique sub-saharienne. Mais cette violence policière ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Les vrais responsables de ce drame, ce sont d’abord et avant tout les dirigeants de l’Union européenne qui tentent de maintenir à l’écart de leurs frontières, par tous les moyens, ces damnés de la terre qui veulent rejoindre l’Europe. Ce sont eux les criminels en chef. 29 juin 2022

Note:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Unidas_Podemos

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21 juin 2022 ~ 0 Commentaire

nupes (jdd)

bagarre

Pour son entrée à l’Assemblée nationale, la gauche tente de rassurer sur son unité

Au lendemain de la proposition par Jean-Luc Mélenchon de constituer un groupe unique de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), les différentes forces de gauche ont fait leur entrée à l’Assemblée nationale.

C’est bientôt les vacances d’été, mais eux ont fait leur rentrée ce mardi.

Les députés de gauche, réunis dans la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), s’étaient donnés rendez-vous place du Palais-Bourbon, face à l’entrée principale de l’Assemblée nationale.

L’écologiste Delphine Batho y discute avec l’Insoumis François Ruffin ; le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure traverse la rue avec l’attachée de presse de Jean-Luc Mélenchon, avant d’être rejoint par les Insoumis Clémentine Autain et Éric Coquerel ou encore de faire la bise à l’écologiste Julien Bayou.

Les communistes Pierre Dharréville et Sébastien Jumel sont présents. Ce mardi matin, tout ce petit monde – figures médiatiques et nouveaux élus – s’est mélangé… ce qui ne leur était plus arrivé depuis longtemps dans cette enceinte. « Le symbole est là », sourit alors Olivier Faure.

On est là, même si Macron ne veut pas, nous on est là

À l’applaudimètre du jour, Rachel Keke, femme de chambre devenue députée du Val-de-Marne, l’emporte. Devant une nuée de caméras, qui suit le moindre de ses mouvements, elle improvise un pas de danse avec plusieurs collègues. Quelques minutes plus tard, les Insoumis pénètrent dans la cour de l’Assemblée nationale, en compagnie de… Jean-Luc Mélenchon, député pour encore quelques heures. S’ensuit la traditionnelle photo de groupe et l’entrée aux sons de : « On est là, même si Macron ne veut pas, nous on est là ».

Pas de groupe unique…

L’ambiance est bon enfant, mais une question reste sous-jacente. Quid de la proposition énoncée la veille par Jean-Luc Mélenchon sur la nécessité d’un groupe unique ? Sur le sujet, deux camps s’opposent. D’un côté, La France insoumise, qui continue de penser qu’une telle issue existe ; de l’autre, ses alliés, qui défendent l’importance de quatre groupes distincts.

Ce qui donne :

« Au vu de la situation politique, la question de donner de la cohérence à la première force d’opposition est sur la table. On va en discuter », estime Manuel Bompard. « Je ne crois pas que ce soit mort », ajoute Paul Vanier. « Les discussions ne sont pas finies. On va essayer de les convaincre », renchérit Éric Coquerel.

Ou encore, Aurélie Trouvé : « Pour qu’on soit incontestablement la première force et le premier groupe d’opposition, il faut aller plus loin. On propose cette avancée en plus. » Les Insoumis prennent toutefois garde de ne pas en faire un point de crispation. « Si ça ne se fait pas, on va continuer à travailler ensemble », assure Clémentine Autain. « Tout va bien », complète d’ailleurs le patron du PS, Olivier Faure.

Mieux vaut quatre groupes qui tapent fort qu’un seul

Car la proposition n’a pas convaincu. Écologistes, socialistes et communistes plaident pour l’accord initial. « Cela enlève un certain nombre de moyens en termes d’outils parlementaires », pour Sophie Taillé-Polian (Générations).

« Mieux vaut quatre groupes qui tapent fort qu’un seul. Ça discute encore mais je pense que ça restera quatre groupes », rétorque Sabrina Sebaihi (EELV). Arrivé en début d’après-midi à l’Assemblée nationale, le communiste Fabien Roussel ne dit pas autre chose : « Ce n’est pas la taille qui compte, on est plus fort en multipliant les possibilités d’interventions. » Peu après, lors de l’arrivée groupée – cette fois - des socialistes, Jérôme Guedj est sur la même ligne : « Pas besoin d’un groupe unique pour être uni. Je peux comprendre les raisons symboliques d’affichage mais on a déjà une coalition ». 

… mais un intergroupe « structuré » ?

Tous exhortent par contre à un intergroupe « fort » et « structuré ». Pour l’heure, s’il existe bel et bien dans l’accord initial signé par ces forces politiques, les contours demeurent flous. « C’est inédit, on va le construire.

On peut imaginer plein de choses, comme des sous-catégories : un intergroupe par région, par commission, par texte… », liste par exemple le secrétaire national d’EELV, Julien Bayou. « Il faut trouver le chemin pour que ce soit plus qu’un intergroupe technique tout en respectant la pluralité. Ce doit être un outil pour construire un projet pour les Français, pas juste de la coordination parlementaire », avance Benjamin Lucas (Générations). Certains voudraient aussi que l’ensemble des élus de la Nupes se retrouvent une fois par semaine.

J’ai fait la proposition. Dans la vie, certaines sont acceptées, d’autres sont refusées.

Moins de 48 heures après avoir été émise, la proposition d’un groupe unique semble en tout cas avortée. Ce que Jean-Luc Mélenchon a même semblé reconnaître vers 17 heures, face aux journalistes, dans la salle des Quatre-Colonnes : « Je ne sais pas. J’ai fait la proposition. Dans la vie, certaines sont acceptées, d’autres sont refusées. »

Si le leader Insoumis connaît bien les dédales et les codes de l’Assemblée nationale, pour y avoir passé cinq années, ce n’est pas le cas des primo-députés de la Nupes. En milieu de journée, dans les jardins du Palais-Bourbon, l’activiste Alma Dufour (LFI) s’interrogeait par exemple sur la manière de porter l’écharpe tricolore.

« De droite à gauche, le rouge en haut », a confirmé un huissier. Le pays de fabrication ? « C’est secret », a affirmé le même. Réponse de la nouvelle députée, en riant : « On fera une commission d’enquête ! »

21 juin 2022 Anne-Charlotte Dusseaulx

https://www.lejdd.fr/

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19 juin 2022 ~ 0 Commentaire

colonies (france-info libération nationalia)

colo

La Polynésie élit trois députés indépendantistes, la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna votent pour des macronistes

La Nouvelle-Calédonie et Wallis et Futuna, qui avaient largement voté pour Emmanuel Macron lors de la présidentielle, ont élu dimanche trois députés macronistes tandis que les électeurs Polynésiens ont élu trois candidats indépendantistes soutenus par la Nupes, lors du second tour des législatives.

En Polynésie, dans les trois circonscriptions de cette collectivité, un duel opposait un autonomiste, soutenu par le président du gouvernement local Edouard Fritch et par Ensemble!, à un indépendantiste soutenu par la Nupes. Dans la première, Nicole Bouteau, largement en tête au premier tour, est battue (49,12%) par un jeune indépendantiste de 21 ans, Tematai Le Gayic (50,88%), qui pourrait devenir le benjamin de l’Assemblée nationale.

Dans la deuxième circonscription, Steve Chailloux (58,89%), un jeune professeur de tahitien indépendantiste l’emporte face à Tepuaraurii Teriitahi (41,11%), la présidente de groupe de son parti autonomiste à l’Assemblée de la Polynésie française.

La victoire du député sortant Moetai Brotherson (61,32%) était plus attendue dans la troisième circonscription : il bat Tuterai Tumahai (38,68%) un autonomiste novice en politique qui avait surpris en exprimant à plusieurs reprises au cours de la campagne son adhésion aux idées de son adversaire. Les étiquettes politiques nationales influencent peu les électeurs polynésiens qui se positionnent surtout en fonction des consignes des partis locaux. Le parti indépendantiste doit aussi sa victoire à un front des oppositions contre la majorité locale.

C’est la première fois que ce parti parvient à faire élire plus d’un député, et la première fois qu’il remporte une élection sans alliance. A un an des Territoriales, les élections les plus importantes en Polynésie française, c’est aussi un avertissement au parti majoritaire et au gouvernement d’Edouard Fritch, mis en difficulté par la crise économique consécutive à l’épidémie de Covid.

19 juin 2022

https://la1ere.francetvinfo.fr/

colonies (france-info libération nationalia) dans Altermondialisme XE66NONE3JCLHDM5M22XFX4X24
Temetai Le Gayic, 21 ans, était soutenu par la Nupes et le parti indépendantiste Tavini.

Législatives 2022: en Polynésie, Tematai Le Gayic devient le plus jeune député de l’histoire de la Ve République

A 21 ans, cet ancien étudiant en sciences politiques a remonté un déficit de plus de 20 points pour s’imposer (avec 50,88% des voix) face Nicole Bouteau, candidate de la majorité.
Tematai Le Gayic, 21 ans, candidat soutenu par la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) est élu dans la 1ère circonscription de Polynésie française et devient le plus jeune député de l’histoire de la 5è République. Candidat sous la bannière du parti indépendantiste Tavini, il l’emporte de peu en recueillant 50,88 % des voix, devançant ainsi la représentante de la majorité sortante, Nicole Bouteau (49,12 %). Il dépoussière ainsi le record détenu depuis 2012 par Marion Maréchal (Le Pen) qui avait alors été élue députée à l’âge de 22 ans dans la 3e circonscription du Vaucluse. Le Gayic pourrait néanmoins partager son titre si jamais Louis Boyard (LFI), 21 ans, l’emporte ce dimanche soir dans la 3e circonscription du Val-de-Marne.

En Polynésie, les indépendantistes raflent la mise

Le diplômé d’une double licence d’histoire et de sciences-politiques succède à Maïna Sage, qui siégeait dans le groupe Agir ensemble. Au regard des scores du premier tour, c’est un exploit.

Avec 20,10 % des suffrages, Le Gayic, ancien président de l’Association des étudiants de Polynésie française, avait terminé 6 000 voix derrière Nicole Bouteau (41,90 %), ex-ministre du Travail et du Tourisme de la collectivité d’outre-mer.

Un résultat en droite ligne avec celui de la dernière présidentielle : dans ce territoire, Emmanuel Macron (44,8 %) avait largement devancé Marine Le Pen (17,9 %) et Jean-Luc Mélenchon (11,7 %). Pour autant, la victoire du tout frais député s’inscrit dans une certaine logique : dans les autres circonscriptions de Polynésie française, la 2e et la 3e, deux indépendantistes l’ont également emporté : Steve Chailloux et le député sortant Moetai Brotherson. Ce qui laisse augurer, l’an prochain, un scrutin territorial complexe pour le gouvernement d’Edouard Fritch, sous pression pour la gestion de la crise économique post-Covid.

Baptiste Farge 19 juin 2022

https://www.liberation.fr/

Élection législative française : les autonomistes gagnent en Corse, les indépendantistes en Polynésie
D’autres « régionalistes » élus en Bretagne, Martinique, Guyane

10 députés pro-autonomie ou pro-indépendance siègeront à l’Assemblée nationale française lors de la législature 2022-2027, soit deux fois plus qu’auparavant. L’augmentation de ce chiffre est due à plusieurs victoires de ces candidats dans des territoires hors Europe. Sur le continent européen, les nationalistes corses ont réussi à conserver les 3 sièges qu’ils avaient déjà.

Les candidats officiellement qualifiés de « régionalistes » par le ministère français de l’intérieur (y compris les autonomistes et les indépendantistes) ont obtenu 264 779 voix au second tour de l’élection française, soit 1,28% du total. Il y a 5 ans, ils avaient obtenu 137 490 voix, soit 0,76%, ce qui se traduisait par 5 sièges.

Ces chiffres doivent toutefois être replacés dans leur contexte. Il faut savoir que des candidats (modérément) autonomistes comme Serge Letchimy (Martinique) et Gabriel Serville (Guyane) avaient obtenu des sièges en 2017 mais ils n’étaient pas considérés comme « régionalistes » par le ministère de l’époque. Pas plus que Paul Molac, qui se présentait alors comme macroniste mais désormais comme régionaliste breton.

Voici en tout cas les 10 sièges officiellement étiquetés « régionalistes », élus en 2022 en Corse, en Bretagne, en Polynésie, en Martinique et en Guyane.

3 autonomistes corses réélus alors que de nouvelles discussions avec Paris approchent.

Pas de changement en Corse. Les 3 députés nationalistes corses de la mandature 2017-2022 ont été réélus. Deux pour Femu a Corsica (Michel Castellani et Jean-Félix Acquaviva) et l’autre pour le Parti de la Nation Corse (Paul-André Colombani). La quatrième circonscription corse restera aux mains du candidat conservateur Laurent Marcangeli, qui a battu l’autonomiste Romain Colonna.

Les nationalistes corses voient dans leur victoire un soutien populaire alors que des réunions avec le gouvernement français sur un nouveau statut de la Corse au sein de la République française sont prévues dans les prochaines semaines.

Le précédent gouvernement français dirigé par Jean Castex avait accepté de parler d’une « évolution du statut » de la Corse. Cependant, on ne sait pas jusqu’où Paris sera prêt à faire des changements, et comment sa candidature s’inscrira dans l’atomisation du nouveau parlement français, où l’alliance Ensemble du président Emmanuel Macron a perdu la majorité absolue. Les partis nationalistes corses réclament un statut doté de pouvoirs législatifs et un statut de coofficiel pour le corse.

3 candidats indépendantistes élus pour la première fois en Polynésie

La grande nouvelle est la victoire des candidats indépendantistes de gauche Tavini Huiraatira dans les trois circonscriptions polynésiennes pour la première fois. Il s’agit de Moetai Brotherson, Steve Chailloux, et Tematai Le Gayic, qui a battu un record : à 21 ans, il est le plus jeune député de l’histoire de la Cinquième République.

Les candidats de Tavini ont reçu le soutien d’autres petits partis polynésiens ainsi que de l’alliance de gauche française Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale (NUPES). Les trois Polynésiens devraient siéger avec le groupe parlementaire de la NUPES.

Après les résultats, le leader du Tavini, Oscar Temaruhas, a déclaré que seule l’indépendance permettra de résoudre les problèmes de la Polynésie. Cependant, Temaru a également admis que l’indépendance « n’est pas pour demain. »

Tous les regards sont désormais tournés vers les élections de 2023 à l’Assemblée polynésienne, où le camp indépendantiste cherchera à évincer du gouvernement les autonomistes de centre-droit Tapura Huiraatira -Tapura sont les grands perdants des élections d’hier- et cherchera ensuite à faire avancer son programme pour la souveraineté de la Polynésie.

Deux députés martiniquais pro-souveraineté à l’Assemblée

Le parti de gauche martiniquais Péyi-A, fondé en 2019, a remporté 2 des 4 circonscriptions de l’île caribéenne, où les leaders du parti Marcellin Nadeau et Jean-Philippe Nilor ont été élus. Péyi-A rassemble notamment d’anciens membres de plusieurs partis indépendantistes martiniquais et se veut une alternative au Parti progressiste martiniquais (PPM) pro-autonomie et au Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM) pro-indépendance, qui a toutefois mis au placard depuis des années toute politique en faveur de la souveraineté de l’île.

Un candidat du parti indépendantiste élu en Guyane pour l’autonomie

Jean-Victor Castor, du parti indépendantiste de gauche Mouvement pour la décolonisation et l’émancipation sociale (MDES), a remporté (56% des voix) le second tour dans la 1ère circonscription de Guyane avec un discours dénonçant les injustices sociales, notamment la marginalisation de ce pays d’Amérique du Sud au sein de la République française. Bien que le MDES soit indépendantiste, le programme de Castor pour les 5 prochaines années réside dans la demande – partagée par les élus de Guyane – d’un statut d’autonomie pour le territoire.

20.06.2022.

https://www.nationalia.info/

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14 juin 2022 ~ 0 Commentaire

nupes (presse de gauche)

politis

Sur fond d’abstention majoritaire, la NUPES en tête, Macron en difficulté

Ce dimanche soir, c’est l’abstention qui sort grande gagnante de ce premier tour des législatives avec près de 53% des inscrits. Au coude à coude avec le bloc macroniste (25,8%), la NUPES (26,2%) s’impose comme la première opposition à l’Assemblée tandis qu’Ensemble ! risque de n’obtenir qu’une majorité relative, un véritable revers.

Dans le sillage des présidentielles, le premier tour des élections législatives 2022 confirme, sur fond d’abstention historique (52%), la recomposition profonde du paysage politique français. Si 2017 avait ouvert la voie à l’effondrement des partis traditionnels LR-PS, 2022 a marqué celle de la tripartition de la vie politique divisée dorénavant en trois pôles : le pôle de « centre-droit » menée par Macron, constitué de la coalition Ensemble formé par LREM, le MoDem et Horizons ; le pôle de « gauche » incarné par la NUPES, qui regroupe derrière Mélenchon une nouvelle union de la gauche allant jusqu’à EELV et le PS ; le pôle d’extrême droite représenté majoritairement par le RN.

Abstention majoritaire : expression d’une défiance toujours plus grande contre la classe politique

Sans surprise, après une campagne des législatives marquée par un très fort désintérêt de la part de la majorité du monde du travail, des classes populaires et de la jeunesse, l’abstention au premier tour des législatives atteint le niveau historique de 52,50%. S’il n’est pas nouveau que ce type de scrutin soit frappé massivement par l’abstention – de 31 % en 1993 à 51,3 % en 2017 – ce nouveau record est cependant loin d’être anodin. Avec le précédent record de 2017, c’est la deuxième fois que l’abstention est majoritaire lors d’un scrutin national dans l’histoire de la Vème République.

Cette abstention est l’expression supplémentaire d’une défiance toujours grandissante envers la classe politique. En effet, près de 40 % de la population jugent l’Assemblée nationale n’est « pas utile », selon une enquête commandée par l’institution elle-même en novembre 2021, soit 27 points de plus qu’en 1985. Elle signe un cran supplémentaire dans le discrédit des institutions sur fond de crise de régime ouverte depuis les années 2000.

Le macronisme en difficulté, échec relatif du RN, LR en chute

Pour Macron, l’enjeu de ces élections législatives est clé. Réélu en avril avec une faible légitimité, le fait d’obtenir une majorité relative ou faible majorité absolue jouera un rôle crucial pour la suite du quinquennat.

De ce point de vue, le score de 25,8% obtenu par la coalition Ensemble ! s’il lui permet potentiellement de conserver la majorité des sièges (entre 270 et 310) à l’Assemblée nationale, comporte un risque majeur de ne pas obtenir de majorité absolue. Or, la configuration de l’Assemblée nationale sera déterminante en interne à la coalition Ensemble !/MODEM/Horizons, où la faiblesse du macronisme pourrait être utilisée par Edouard Philippe comme François Bayrou, particulièrement malmenés dans la constitution du gouvernement Macron II et lors de la répartition des circonscriptions aux législatives. Cela se combine aux velléité d’Edouard Philippe de succéder à Emmanuel Macron. En externe, elle rendra probablement des alliances et des compromis avec LR nécessaires à la macronie.

Arrivé deuxième lors des élections présidentielles, le RN, qui tablait sur l’obtention d’une centaine de sièges, subit un échec relatif. Le parti de Marine Le Pen obtient 19,1% (+7%) des suffrages, ce qui représenterait de 15 à 30 sièges à l’Assemblée. La question reste de savoir s’il sera en capacité de constituer un groupe parlementaire, qui nécessite quinze députés au minimum. Des résultats en-deçà de leurs bons scores aux élections présidentielles, notamment liés à l’abstention très importante de la base électorale du RN, en particulier au sein des couches populaires, à l’absence de campagne nationale, mais aussi aux contradictions structurelles du RN, à son électorat volatile et à son manque d’implantation au sein des territoires.

Pour LR (11.10%), parti qui incarne la droite traditionnelle, le premier tour des législatives s’inscrit dans la continuité de leur échec cuisant aux présidentielle, où Valérie Pécresse n’a même pas réussi à atteindre les 5%. LR passe de la première force d’opposition à l’Assemblée nationale, avec 97 sièges, à un faible groupe parlementaire, avec potentiellement de 33 à 53 sièges. Pour autant, le parti, dont la direction appelle pour l’instant à ne voter au second tour ni pour LREM, ni pour le RN, pourrait profiter de la faiblesse du macronisme pour monnayer son soutien à la coalition Ensemble ! et préserver son existence sur la scène politique nationale.
NUPES : une victoire en termes de pourcentages, en dépit d’une abstention record
Les excellents résultats de la NUPES (26,2%) au premier tour confirment son statut de première opposition face aux bloc macronien, avec la possibilité d’obtenir de 170 à 220 sièges à l’Assemblée, en étant présents dans plus de 500 circonscriptions au second tour. Un score qui fait de la coalition de gauche le vainqueur, en termes de pourcentages, de ce premier tour, et qui lui permettrait de multiplier par trois sa présence dans l’hémicycle.

Surtout, ce score renforce les attentes autour de la NUPES, qui a fait de la perspective de voir « Mélenchon premier ministre » l’objectif à atteindre. A tel point que le leader Insoumis lui-même ne s’est pas présentée aux législatives. Pour autant, la perspective reste un objectif qui sera difficile à atteindre du fait des mécanismes de la Ve République.

Malgré cette victoire, le pari de poursuivre la dynamique des Présidentielles, en mobilisant les quartiers populaires et, plus largement, les abstentionnistes, en faveur d’une mobilisation large autour du vote NUPES, reste en-deçà de ce qu’aurait pu espérer la coalition de gauche. En Seine-Saint-Denis, la participation n’atteint pas les 30%.

Quoi qu’il en soit, le succès de la NUPES pourrait pousser LREM, du fait de sa faible assise parlementaire, à devoir s’entendre avec la droite traditionnelle, incarnée par LR. Ce qui risque de limiter la capacités de la NUPES à jouer la stratégie de « guérilla parlementaire », par le biais d’amendements et de contre-amendements. Une stratégie en définitive incapable de stopper le projet de guerre sociale du gouvernement.

Vers un deuxième tour décisif

Le second tour ne fera l’objet que d’une poignée de triangulaires. Du fait de l’abstention record, la possibilité de réunir 12,5% des inscrits a rendu cette configuration exceptionnel. Déjà en 2017, une seule circonscription s’était retrouvée avec trois candidats au second tour.

Dans la majorité des circonscription, le deuxième tour sera ainsi un duel entre Ensemble ! et la NUPES. Dans ce contexte, l’un des enjeux pour Macron va être de convaincre les électeurs de droite du « vote utile » face à la NUPES. C’est en ce sens que le Président de la République a cherché à diaboliser Mélenchon, autour de la crainte du « péril rouge » et de l’insécurité, autour de ses déclarations sur la police. Une dynamique appelée à s’approfondir d’ici le second tour.

Du côté de Mélenchon, la question de la mobilisation des abstentionnistes sera à nouveau centrale pour réussir à obtenir le maximum de sièges. Il pourrait potentiellement revenir à un discours s’adressant aux « fâchés pas fachos », dans le but de mobiliser autour du vote anti-Macron une partie des électeurs du RN, tout en continuant à mobiliser le « peuple de gauche » qui constitue la majorité de sa base sociale.

Le second tour s’annonce riche en incertitudes. En premier lieu pour Emmanuel Macron, qui joue sa majorité absolue à l’Assemblée nationale, tandis que la NUPES devra transformer l’essai pour constituer l’opposition parlementaire la plus large possible. L’issue de ce scrutin sera une des variable déterminante pour répondre à la question : où ira le macronisme ?

mardi 14 juin 2022  Révolution permanente

https://www.pressegauche.org/

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29 mai 2022 ~ 0 Commentaire

étoile jaune (fr 24)

Enfants juifs à Paris

Il y a 80 ans, « le marquage » des juifs par l’étoile jaune en zone occupée

Le 29 mai 1942, une ordonnance allemande rendait obligatoire le port de l’étoile jaune à tous les juifs de plus de six ans habitant en zone occupée. Cette mesure discriminatoire, mise en place dès le 7 juin, a contribué à la mise en place des déportations de masse. Elle reste le symbole de la persécution des juifs en France.

« J’ai fait un scandale à ma mère pour ne pas mettre cette étoile. Je lui ai dit : ‘Je ne veux pas que tu couses cela !’ C’était terrible. » Rachel Jedinak a gardé un terrible souvenir de l’étoile jaune.

Elle n’a que huit ans en juin 1942, lorsque le port de cette pièce de tissu devient obligatoire pour les juifs de la zone occupée, français ou étrangers, âgés de plus de six ans. « Cela m’était très pénible d’être différenciée de mes petites camarades. Certaines de nos amies ont voulu continuer à jouer avec nous et d’autres pas. C’est très difficile pour un enfant », ajoute cette rescapée de la Shoah qui habitait dans le 20e arrondissement de Paris.

Quelques jours plus tôt, le 29 mai 1942, cette mesure avait été mise en place par une ordonnance signée par le Militärbefehlshaber in Frankreich ou MbF, le commandement militaire allemand en France. Elle est également instaurée à la même période aux Pays-Bas et en Belgique.

« Adolf Eichmann, chef du service des affaires juives à l’Office central de sécurité du Reich et à ce titre organisateur des déportations, convoque Theodor Dannecker, Judenreferent à Paris, avec ses confrères de La Haye et Bruxelles. Il leur expose les résultats de la réunion de Wannsee, qui a eu lieu le 20 janvier 1942, et les incite à introduire, de façon coordonnée sur chacun de leurs territoires d’administration, l’obligation de porter l’étoile jaune », explique l’historienne Claire Zalc, directrice de recherche au CNRS.

« Cette mesure discriminatoire est constitutive de l’antisémitisme »

L’idée n’est pas nouvelle. Cette mesure discriminatoire avait déjà été mise en place dès 1939 en Pologne et en 1941 dans le Reich, l’Alsace, la Bohême-Moravie et les territoires annexés de la Pologne de l’Ouest.

Elle renoue avec une certaine tradition du marquage imposé aux juifs au cours des siècles dans différents territoires. « Cette mesure discriminatoire est constitutive de l’antisémitisme. Elle est intrinsèquement liée à l’une de ses caractéristiques : le besoin de distinguer, d’assigner, de montrer par un signe ou un insigne une minorité pour la rabaisser ou l’avilir », résume l’historienne.

Depuis septembre 1940, un cortège de mesures avait été pris pour identifier, spolier, isoler, discriminer la population juive. « Aux recensements et spoliation des biens, imposés par la première ordonnance de septembre 1940, succèdent les discriminations professionnelles, les exclusions sociales. Les interdictions se multiplient : la possession de postes TSF, la participation à des cours d’assises. La sixième ordonnance, en février 1942, interdit aux juifs les sorties entre 20 h et 6 h, ainsi que les changements de résidence », détaille notamment Claire Zalc.

Dans les premiers jours de juin 1942, les juifs de zone occupée doivent retirer l’étoile auprès des mairies, sous-préfectures ou encore commissariats. Elle n’est pas gratuite et s’obtient contre des points de carte textile ou de l’argent. Certains bénéficient de dérogations, comme les juifs vivant en mariage mixte si leurs enfants sont reconnus comme non juifs, mais elles ne sont accordées que rarement.

En zone non-occupée, la mesure n’est pas appliquée. Pour cette spécialiste de la Shoah, cela ne démontre pas pour autant une opposition du maréchal Pétain qui l’avait qualifiée de « juste mesure ». « Le marquage ne pose pas de problème à Vichy puisque le tampon ‘juif’ sur la carte d’identité devient obligatoire en zone non-occupée à partir du 11 décembre 1942. Néanmoins, le régime de Vichy entend surtout préserver l’opinion publique de réactions de sympathie qui pourraient être suscitées par l’obligation de porter l’étoile », estime Claire Zalc.

Des réactions très différentes

Des gestes de solidarité sont en effet observées en zone occupée. La police interpelle des personnes affichant leur soutien à la population juive en portant des faux insignes ou des étoiles aux noms fantaisistes comme « auvergnat », « swing » ou encore « zazou ». D’autres, au contraire, en profitent pour afficher leur antisémitisme en insultant ceux qui doivent désormais porter l’étoile.

Au sein de la communauté juive, les réactions sont aussi contrastées, comme le décrit Claire Zalc :  »Certains hésitent, refusent de la porter. D’autres la dissimulent sous le revers du manteau, ou encore l’équipent de boutons à pression pour pouvoir l’enlever facilement. Il y a des cas de suicides aussi. Il y a ceux qui ont le courage de ne pas la porter et ceux qui ont le courage de la porter. »

Âgée de huit ans à l’époque, Agnès Buisson se souvient du jour où sa mère est arrivée à la maison avec cet infâme insigne dans leur appartement parisien. « Elle a commencé à coudre ces étoiles jaunes sur les vêtements. Il était dit de les coudre par petits points et elle les a cousus à grands points avec une rage », se remémore-t-elle. « C’était pire que tout. »

Marquer sert à arrêter 

Pour Claire Zalc, ce marquage ne constituait pas seulement un moyen de stigmatiser et d’humilier les juifs, il permettait aussi de les isoler, les surveiller et de contrôler leurs mouvements.  »C’est au moment où s’organise la déportation massive aux fins d’exterminations des juifs d’Europe de l’Ouest que la politique de marquage est mise en place », insiste-t-elle.

Alors que la décision a été prise d’organiser les déportations de masse des juifs de France vers l’Est au printemps 1942, marquer sert aussi à arrêter. Quelques semaines après l’instauration du port de l’étoile, près de 13 000 personnes seront notamment interpellées les 16 et 17 juillet 1942 lors de la tristement célèbre rafle du Vél d’Hiv organisée à Paris et dans sa proche banlieue, avant d’être déportés vers Auschwitz-Birkenau.

Quatre-vingts ans plus tard, l’étoile jaune est devenue le symbole de la persécution des juifs. Elle représente pour les victimes et leurs descendants ce qu’ils ont vécu au cours de la Shoah. Renée Borycki, âgée de six ans en 1942, l’a conservée comme une relique. « Je l’avais reçue comme cadeau d’anniversaire », ironise cette enfant cachée qui a réchappé à la rafle du Vél d’Hiv.

« Quand je pouvais encore aller aux cérémonies, je la mettais toujours. À chaque événement. On m’en a proposé de l’argent. Jamais, je ne donnerai mon étoile. Je l’ai gardée pas seulement comme preuve, mais comme une chose sacrée. »

29/05/2022   Stéphanie TROUILLARD

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L’antisémitisme en France pendant la drôle de guerre

La survie des juifs en France (1940-1944)

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26 mai 2022 ~ 0 Commentaire

lyon (médiapart)

lyon

Raphaël Arnault, l’antifa qui veut être député

L’ancien porte-parole du collectif Jeune Garde se présente dans la deuxième circonscription de Lyon, avec le soutien du NPA, face au candidat désigné par la Nupes, l’ancien marcheur Hubert Julien-Laferrière. L’ultime métamorphose d’un antifascisme nouvelle génération. 

On ne le verra plus brandir le mégaphone orné du logo antifasciste des « trois flèches » pendant un moment. Depuis quelques semaines, Raphaël Arnault a quitté sa fonction de porte-parole de la Jeune Garde Lyon (JGL, un collectif antifasciste créé en 2018) pour se muer en candidat de la « gauche sociale, écologique et populaire » aux élections législatives des 12 et 19 juin, dans la 2circonscription de Lyon (Rhône).

Ce 20 mai, près du Gros Caillou, dans le quartier de la Croix-Rousse – un des plus ciblés par les groupuscules d’extrême droite, qui ont leurs bastions dans la ville –, l’écho des « siamo tutti antifascisti » semble loin. Le militant de 27 ans, assistant d’éducation, a policé son style pour lancer sa campagne – son catogan a disparu, et il prend la parole sans micro, en bras de chemise.

Les souvenirs des attaques de l’extrême droite la plus radicale sont pourtant encore frais dans les mémoires. L’événement n’a d’ailleurs pas été annoncé publiquement, par mesure de sécurité. La cinquantaine de personnes présentes a été prévenue par des boucles internes, en circuit fermé.

Pendant la présentation du binôme qu’il forme avec Mathilde Millat, sa suppléante de 24 ans, militante au Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et salariée dans une association d’éducation populaire, un service d’ordre (SO) composé de militants de la JGL surveille discrètement les alentours.

Une campagne sous tension

« À Lyon, dès qu’il y a un mouvement social, par expérience, on se pose la question des attaques. C’est une préoccupation systématique », justifie Raphaël Arnault. Sa campagne n’échappera pas à la règle.

Depuis que son visage est connu nationalement – il est passé dans l’émission « Touche pas à mon poste » sur la chaîne C8, manière de disputer l’hégémonie médiatique à l’extrême droite –, ce passionné de foot vit dans une vigilance permanente. En septembre 2021, des militants du groupuscule d’extrême droite Zouaves Paris lui avaient tendu un guet-apens à la gare de Lyon. Il s’en était tiré avec l’arcade ensanglantée.

« Quand ton engagement consiste à être en première ligne contre les fachos, la politique devient quelque chose de physique », commente le youtubeur de gauche Usul, collaborateur de Mediapart et ami de Raphaël Arnault, et exposé lui aussi aux menaces de ces groupes violents bien implantés dans le Vieux-Lyon.

La genèse de la JGL est liée à cette configuration locale. En janvier 2018, après une série d’attaques du Parti nationaliste français et du Bastion Social sur la Croix-Rousse, un groupe de cinq amis, militants dans des milieux divers – Raphaël Arnault a fait ses classes au NPA quand il était étudiant à Lyon 2 – décide d’organiser l’autodéfense.

« [À Lyon] il y a une nécessité immédiate de faire reculer ces groupes, de faire fermer leurs locaux, leurs salles de boxe, de les affaiblir pour que puisse se déployer davantage le militantisme pour l’émancipation au sens large, que ce soit les différentes luttes féministes, antiracistes, syndicales… », analyse le sociologue et militant anticapitaliste Ugo Palheta dans Défaire le racisme, affronter le fascisme (La Dispute, 2022).

À l’inverse de l’antifascisme autonome, viscéralement anti-État et qui fonctionne par réseau affinitaire, la JGL pratique un antifascisme « de classe », qui répond à cette situation locale en nouant des liens avec des groupes de gauche plus traditionnels.

« La seule fois où j’ai vu des néonazis reculer à Lyon, c’est quand ils ont été confrontés au SO de la CGT. C’est ce qui nous a guidés : on ne se targue pas d’avoir réinventer l’antifascisme, au contraire, on s’inspire de l’héritage du mouvement ouvrier », explique Raphaël Arnault, qui s’est fait tatouer au-dessus de l’oreille droite une branche de lauriers, symbole de son identité antifasciste.

Rapidement, le collectif « Fermons les locaux fascistes » voit le jour et gagne quelques victoires. C’est le creuset dont il dit tirer sa légitimité aujourd’hui. Présent dans la petite foule le 20 mai, Cédric, qui milite à Alternatiba, confirme cette description : « La Jeune Garde a absorbé la violence d’extrême droite dirigée vers le milieu militant. C’est devenu notre bouclier. »

« Apporter une visibilité à l’antifascisme a été important pour les gens qui militent ici, abonde Usul. Désormais, ils ont quelqu’un vers qui se tourner. La JGL a une existence concrète qui fait du bien au milieu. »

Annie (prénom modifié à sa demande), militante à la JGL de 20 ans, étudiante en classe préparatoire littéraire, raconte avoir grandi dans un « village raciste » près de Lyon. Le climat anxiogène qu’elle a ressenti en arrivant dans la ville, où les rixes avec l’extrême droite sont fréquentes, a achevé de la convaincre de rejoindre l’organisation.

Désormais, elle accompagne volontiers la métamorphose de « Raph » : « Cette candidature apporte de la visibilité au combat contre l’extrême droite. Pour nous, ça se joue aussi dans les institutions. Et le fait qu’on soit jeunes est aussi un symbole de notre volonté d’une politique qui vient d’en bas, de nous réapproprier nos moyens d’action. »

Occuper tous les terrains

Habité par la rhétorique d’Olivier Besancenot, dont il reprend les mimiques dans ses discours – grands gestes avec les mains, mélange de langage imagé et de jargon politique, références récurrentes à « notre camp social » –, le militant semble avoir fait sienne la devise de la Scred Connexion, groupe de rap que l’ancien porte-parole du NPA affectionne : « Jamais dans la tendance, mais toujours dans la bonne direction. »

Dans le milieu très codifié de l’antifascisme, sa candidature apparaît en effet comme une transgression. Les tensions entre le Groupe antifasciste Lyon et environs (Gale), récemment menacé de dissolution, et la JGL ont ainsi redoublé de violence en ce début de campagne. Les deux camps s’accusent mutuellement d’agressions physiques – la JGL a tenté de clore l’affaire en publiant un communiqué unitaire appelant à la « désescalade ».

Safak, un des cofondateurs de la Jeune Garde, carreleur dans la vraie vie, et qui cultive un look proche des rappeurs de PNL – barbe impeccablement taillée, tee-shirt blanc, banane en bandoulière, le tatouage « ACAB » (« All cops are bastards ») en plus sur l’avant-bras –, assume cette stratégie : « Cette lutte était privatisée par un militantisme très fermé, concentré dans le milieu universitaire. On a fondé la Jeune Garde ensemble pour sortir de cette logique. »

Et puis, il constate que l’extrême droite n’a pas la même pudeur à entrer dans les institutions. « Une blinde d’anciens militants identitaires sont recyclés comme candidats aux législatives, et beaucoup sont déjà assistants parlementaires. Après le score de Marine Le Pen, il y a d’autant plus un enjeu à les contrer partout où ils sont », argumente-t-il.

Le pas est d’autant plus facile à franchir pour Raphaël Arnault qu’il voit dans le score de Jean-Luc Mélenchon (pour qui il a voté) au premier tour de la présidentielle – 21,95 % – une opportunité de victoire sur une ligne « de rupture avec les politiques néolibérales ».

« Quand j’ai commencé à militer, après les trahisons de François Hollande, il n’y avait plus d’espoir de reconnexion entre les institutions et nous, les nouvelles générations engagées sur le terrain. Cette présidentielle a changé la donne, on se dit que la gauche redevient la gauche », raconte-t-il, posé sur un banc dans la cour d’une cité de la Croix-Rousse.

Sa suppléante, Mathilde Millat, qui a voté pour Philippe Poutou et revendique Usul, Olivier Besancenot et la militante féministe Andrea Dworkin comme sources d’inspiration, partage cette analyse : « Mélenchon a poussé le curseur à gauche par rapport à il y a quelques années sur l’antiracisme, le féminisme, les droits des animaux… Ce qu’il a dit sur la planification écologique a été entendu, sans que ça passe pour quelque chose d’extrémiste ou de populiste », se félicite-t-elle.

La tectonique des plaques à gauche joue, sur le papier, en faveur de leur offre politique radicale. Pourtant, dans la deuxième circonscription du Rhône, qui a voté à plus de 30 % pour Mélenchon – le quartier de la Presqu’île, bourgeois et catholique, faisant figure d’exception –, le binôme ne bénéficie pas de l’étiquette de la Nouvelle Union populaire, écologique et sociale (Nupes).

« Réparer une anomalie »

Au terme des négociations entre appareils à Paris, le NPA n’a pas été inclus dans l’accord (dont ils auraient pu, alors, tirer parti), et c’est le député sortant Hubert Julien-Laferrière, membre de Génération écologie, élu en 2017 sous la bannière d’En marche après avoir été membre du Parti socialiste (PS) tendance Gérard Collomb (ancien maire de Lyon devenu macroniste), qui a été investi.

Une décision très moyennement appréciée par les militantes et militants de gauche locaux. « Ceux qui le connaissent savent qu’il a longtemps été chapeauté par Collomb et qu’il a voté les lois de Macron pendant trois ans [avant de rompre – ndlr], ils l’ont donc en travers de la gorge. On essaye de réparer cette anomalie locale », affirme Raphaël Arnault, qui se présente donc sous l’étiquette d’une « gauche sociale, écologique et populaire » (le tiercé, dans le désordre).

De fait, Sarah, militante à La France insoumise (LFI) dans le Vieux-Lyon depuis décembre, confie que l’intégralité des groupes d’action (GA) des pentes de la Croix-Rousse et de La Duchère fait campagne pour lui : « Sa candidature a rassuré beaucoup de militants qui, dans cette configuration particulière, ne se voyaient pas voter pour le candidat de la Nupes. »

Exit, donc, les outils de campagne de l’Union populaire, comme l’application « Action populaire », bien pratique pour organiser tractages et porte-à-porte, et le logo reconnaissable en forme de « V ». Raphaël Arnault rejette pourtant le terme de « dissidence » : s’il est élu, il souhaite intégrer le groupe parlementaire de l’Union populaire.

Contacté par téléphone, Hubert Julien-Laferrière convient qu’il s’attendait à ce que sa candidature suscite des remous. Il se défend cependant : « On a été nombreux à gauche à croire dans certaines promesses de Macron. Je suis parti au bout de deux ans et demi, et depuis je mène des combats fidèles aux engagements que j’avais pris en 2017, pour les droits humains, la réduction des inégalités, contre les pesticides et les néonicotinoïdes. Je demande à ce qu’on regarde le boulot que j’ai fait à l’Assemblée, au-delà de l’étiquette “ex-LREM”. » Il estime aussi que la Nupes est une « chance » à saisir.

Devant ses soutiens, dont beaucoup de jeunes et quelques militants plus aguerris, Raphaël Arnault conclut son premier discours en revendiquant une plus grande fidélité à l’esprit du label : « La vraie union populaire est là, à la base. Cette candidature ne sort pas de nulle part. On peut vraiment gagner, on n’y va pas pour cueillir les coquelicots. »

Pour la logistique, il pourra compter sur le soutien du NPA, seule organisation à le soutenir officiellement – ailleurs, le NPA a décidé de soutenir à différents degrés les candidates et candidats de la Nupes quand ils incarnent une « gauche de rupture ». Philippe Poutou fera un saut à Lyon pour soutenir Raphaël Arnault et Mathilde Millat le 8 juin. Le groupe de rap ACS (pour « À contresens ») devrait aussi participer aux festivités.

Sur la photo de groupe, le 20 mai, certains font le « V » de la victoire, symbole de la fédération mélenchoniste. Safak sourit, satisfait : « Je sais qu’il est capable de déplacer les limites que l’antifascisme s’était fixées. »

Mathieu Dejean

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24 mai 2022 ~ 0 Commentaire

haïti (jdd)

haiti

Qu’est-ce qu’Haïti ?

Le New York Times a publié une longue enquête revenant sur l’enrichissement de la banque CIC grâce aux emprunts d’Haïti. Mais au fait quel est cet Etat?

Le New York Times a publié une séries d’articles dans son édition du week-end révélant le montant des « réparations » que la France a obtenues d’Haïti sous la menace des armes en 1825, le prix de sa liberté.

L’enquête revient aussi sur l’enrichissement de la banque CIC grâce aux emprunts formulés par la jeune République pour payer cette dette. Haïti est un État des Caraïbes qui occupe le tiers occidental de la grande île d’Hispaniola – le reste étant la République dominicaine. C’est à l’origine l’une des colonies françaises les plus riches grâce à la traite des esclaves et à l’industrie sucrière.

En 1791, alors que la Révolution française est en cours, les révoltes d’esclaves se multiplient sur Haïti. L’abolition de l’esclavage décidée par la France en 1794 accélère le mouvement. Quand Napoléon décide de rétablir l’esclavage et envoie des troupes françaises sur place, arrêtant notamment Toussaint-Louverture, le peuple haïtien s’unit et remporte la victoire. L’indépendance est proclamée en 1804. Mais le conflit avec la France n’est soldé qu’en 1825, quand le roi Charles X accepte de reconnaître Haïti contre une importante somme d’argent.

Durant deux siècles, le pays a connu une instabilité politique quasi-permanente, l’île ayant même été occupée de 1919 à 1934 par les Etats-Unis. La démocratie n’y est réellement en vigueur que depuis 1986 et la chute de Jean-Claude Duvalier.

Cette instabilité a eu des répercussions sur l’économie, qui a toujours souffert de son fort endettement. Selon le New York Times, la « rançon » exigée par la France en 1825 en est l’une des causes.

Haïti est aujourd’hui l’un des pays les moins développés au monde, avec un taux de chômage variant de 50 à 70 %. Sur une population estimée à 10,85 millions d’habitants, 70 % des personnes vivent sous le seuil de pauvreté et 24% sous le seuil de pauvreté extrême.

24 mai 2022 Gaël Vaillant

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haïti (jdd) dans Altermondialisme
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525 millions d’euros, le prix payé par Haïti à la France pour sa liberté

Dans une série d’articles consacrés à la « dette de l’indépendance » imposée à Haïti par l’ancien colon français, le « New York Times » chiffre pour la première fois les sommes dont le pays caribéen a dû s’acquitter pour sa liberté. Son enquête, dense, met sous les projecteurs un sujet mal connu, notamment en France où cette histoire n’est pas enseignée. Des historiens ont toutefois estimé que leur travail avait été invisibilisé.


Haïti a payé sa liberté au prix cher. Une première fois par le sang, lors de l’insurrection d’esclaves qui permit au pays d’arracher son indépendance, en 1804. Une seconde fois par l’argent, lorsque, vingt ans plus tard, l’ancien colon français lui demanda, sous la menace des armes, de verser des réparations financières à ses anciens esclavagistes.

Cette « dette de l’indépendance », certains préfèrent l’appeler « rançon ». On connaît désormais son montant : l’équivalent de 560 millions de dollars actuels (soit 525 millions d’euros).

Dans une série de cinq articles publiés le 20 mai, le New York Times revient sur l’histoire de cette somme, la manière dont les Haïtiens s’en sont acquittés et ses conséquences possibles sur la trajectoire de cet État antillais.

Si les grandes lignes de cette histoire sont désormais connues, de l’ultimatum adressé par le roi Charles X intimant aux Haïtiens, canons braqués sur Port-au-Prince, de payer des « réparations » aux esclavagistes français, au rôle de banques françaises, dont le Crédit industriel et commercial (CIC), le quotidien américain y apporte plusieurs éléments nouveaux.

 Montant colossal

Des chiffres, d’abord. Lorsque Charles X fait braquer ses canons sur la capitale haïtienne, le 3 juillet 1825, son émissaire exige le versement de 150 millions de francs français. La requête est inouïe : dans un improbable renversement de l’histoire, « la France exige des réparations de la part du peuple qu’elle a jadis asservi », relève le New York Times.

Le montant est colossal au regard des ressources du pays. Les revenus de l’État haïtien cette année-là sont estimés par l’historien Beaubrun Ardouin à 5 millions de francs – soit trente fois moins que ce que les anciens colons réclament. Lorsque les Français se rendent compte qu’Haïti ne pourra jamais payer, ils ramènent le montant de la « réparation » à 90 millions de francs français.

Mais le prix de la liberté ne se limite pas à cette somme. Pour s’en acquitter, les autorités haïtiennes ont dû souscrire des prêts… à des banques françaises, et leur régler des intérêts et pénalités de retard durant près de soixante-dix ans. Les journalistes du New York Times indiquent avoir « parcouru nombre d’archives et de documents officiels pour parvenir à ce que beaucoup d’historiens estiment être le premier état détaillé de ce qu’Haïti a effectivement payé pour son indépendance » : 112 millions de francs de l’époque, soit 525 millions d’euros actuels.

Le quotidien américain va plus loin encore, en tentant d’évaluer le préjudice à long terme sur l’économie haïtienne. « Cette somme est loin de correspondre au déficit économique réel subi par le pays. Si elle avait été injectée dans l’économie haïtienne et avait pu y fructifier ces deux derniers siècles au rythme actuel de croissance du pays — au lieu d’être expédiée en France sans biens ni services en retour —, elle aurait à terme rapporté à Haïti 21 milliards de dollars  », avancent ses journalistes, qui indiquent avoir fait valider leurs projections par quinze économistes et historiens « spécialistes des économies en développement et des effets des dettes publiques sur la croissance ».

 Possible rôle de la France dans le « coup » contre Jean-Bertrand Aristide

Autre élément nouveau apporté par cette enquête : le témoignage d’un ancien ambassadeur français, Thierry Burkhard, qui vient éclairer le possible rôle de la France dans un coup d’État à Port-au-Prince, en 2004.

En avril 2003, un président haïtien, Jean-Bertrand Aristide, demande publiquement à la France de rendre l’argent des « réparations ». Moins d’un an plus tard, il remet sa démission et s’enfuit au Congo-Brazzaville. Accusé de réprimer férocement opposants, journalistes et défenseurs des droits humains, a-t-il préféré quitter le pouvoir de lui-même afin de sauver sa peau ? Ou y a-t-il été poussé – au moins en partie – par la France, soucieuse d’écarter celui qui portait l’inflammable question des réparations ?

L’ambassadeur de France à Haïti de l’époque, Thierry Burkard, accrédite l’idée d’un coup d’État mené conjointement par Paris et Washington, auxquelles les positions d’Aristide sur les réparations ne seraient pas complètement étrangères. L’ancien ambassadeur « admet aujourd’hui que les deux pays ont bien orchestré “un coup” contre M. Aristide, écrit le New York Times. Quant au lien entre sa brusque éviction du pouvoir et la demande de restitution, M. Burkard reconnaît que “c’est probablement ça aussi un peu”. »

Au-delà de son contenu, la série du New York Times apporte, sur la forme, une indéniable visibilité à un sujet mal connu – en particulier en France où l’histoire de la rançon payée par Haïti n’est pas enseignée. Cet effort de pédagogie s’est-il fait au détriment du travail d’historiennes et d’historiens ?

Depuis la publication de la série d’articles, le 20 mai, plusieurs ont pris la parole pour estimer que leur contribution avait été invisibilisée par les journalistes : certains regrettent de n’être pas cités malgré l’aide qu’ils auraient apportée aux reporters. D’autres pointent, plus largement, la manière dont le quotidien met en avant le caractère « inédit » de son enquête, semblant ignorer le travail de dizaines d’universitaires, y compris haïtien·nes, sur ce sujet.

En France, les autorités ont réagi a minima à l’enquête. Contactées par le New York Times, elles indiquent rester sur la position défendue par le président François Hollande lors d’un voyage à Haïti en 2015 : la France a une « dette morale » envers Haïti, mais pas de dette financière. Le CIC, dont le rôle est longuement détaillé dans un volet de l’enquête du New York Times, a, lui, tenu à annoncer lundi 23 mai, par le biais de sa maison mère, le Crédit mutuel, qu’il « financera [it] des travaux universitaires indépendants pour faire la lumière sur ce passé ».


Pour en savoir plus :

Source : Mediapart

25 mai par Justine Brabant

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17 mai 2022 ~ 0 Commentaire

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10 mai 2022 ~ 0 Commentaire

malik oussekine (france info)

Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986 à Paris, le jeune Malik Oussekine meurt après avoir été roué de coups par des policiers. La série « Oussekine », d’Antoine Chevrollier reconstitue avec force et dignité cette tragédie et la volonté des proches du défunt de faire justice.

Décembre 1986. Malik Oussekine, jeune étudiant, rentre chez lui après un concert dans un club de Saint-Germain-des-Prés à écouter Nina Simone. Des policiers voltigeurs à moto sont chargés d’agir efficacement contre les étudiants qui manifestent contre la Loi Devaquet du nouveau gouvernement de Jacques Chirac.

Le lendemain, le jeune homme est retrouvé mort, roué de coups dans une cage d’escalier. Sa famille est sous le choc. Le ministre de la Sécurité, Robert Pandraud, cherche à disculper ses hommes. La série en quatre épisodes sort mercredi 11 mai sur Disney +.

C’est cette affaire d’Etat que raconte d’abord Oussekine, remarquable série sur une histoire de racisme à laquelle son auteur, Antoine Chevrollier, pensait depuis longtemps :

« Le nom de Malik Oussekine est resté gravé dans mon crâne depuis des décennies maintenant. La première fois que j’entends ce nom, Malik Oussekine, c’est en 1994 ou 1995, à la sortie du film La Haine de Mathieu Kassovitz. Il y a un album avec un groupe qui s’appelait Assassin. Et dedans, il y avait un morceau qui s’appelait L’Etat assassine et le refrain de ce morceau disait : L’Etat assassine un Malik Oussekine‘.

Et puis je me retrouve à pouvoir un tout petit peu creuser, chercher qui était ce Malik Oussekine. Je me suis très vite rendu compte qu’on pouvait évidemment parler de ce fait de société, mais qu’on pouvait également raconter, à travers la trajectoire familiale et à travers le combat de la famille, quelque chose de beaucoup plus ample. »

Olivier Gourmet incarne Robert Pandraud, un effroyable ministre de la sécurité. Kad Merad est méconnaissable dans le rôle de l’avocat de la famille Oussekine, George Kiejman, a la tête toute ronde.

Et Hiam Abbass, qu’on a aimé dans la série Succession est d’une infinie dignité dans le rôle de la mère de Malik Oussekine : « Je n’ai pas voulu ressembler nécessairement à la mère de Malik Oussekine. J’ai voulu rendre l’âme à une dame qui a perdu un enfant de manière injuste. Ce sont des gens complètement intégrés, des gens qui n’ont pas de haine contre un système, des gens qui sont bons et qui ont subi vraiment cette injustice de plein fouet, et sans avoir eu un choix même de se manifester politiquement dans un camp ou un autre. »

Oussekine, une série événement, qui parle de racisme, de la difficulté d’intégration, magnifiquement écrite, filmée et interprétée, à découvrir à partir du 11 mai sur Disney +.

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26 avril 2022 ~ 0 Commentaire

extrême droite (jdd)

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De 2002 à 2022, comment expliquer la progression de l’extrême droite à la présidentielle

La progression des voix du Rassemblement national depuis 2002 ne s’explique pas seulement par la « dédiabolisation » du parti lepéniste.

Pour la troisième fois en 20 ans, le second tour de la présidentielle a opposé un candidat d’extrême droite à un candidat de droite ou de centre, la gauche étant exclue du tour décisif.

Quelles évolutions a-t-on observées entre ces trois scrutins et comment les expliquer ? Peut-on, en particulier, les interpréter en fonction de l’évolution des valeurs des Français  ? Commençons par rappeler les résultats.

En 20 ans, l’extrême droite a beaucoup augmenté ses scores, au point que certains sondages au soir du premier tour pronostiquaient un résultat très serré. Emmanuel Macron est finalement réélu confortablement au second tour mais moins qu’en 2017. Dans le même temps, l’abstention et les votes blancs et nuls ont nettement augmenté par rapport à 2002.

Le poids des conjonctures dans les résultats électoraux

Bien sûr, une partie de ces évolutions peut s’expliquer par la conjoncture de chaque scrutin. En 2002 , la droite radicale avait obtenu 19,2 % des exprimés au premier tour (16,9 % pour Jean-Marie Le Pen et 2,3 % pour le dissident Bruno Mégret).

Jean-Marie Le Pen ne retrouvait même pas au tour décisif l’ensemble des voix de sa famille politique. Autrement dit, il n’avait aucune dynamique d’élargissement de son électorat à d’autres forces politiques qui, toutes, lui préférèrent très largement Jacques Chirac, élu avec un score impressionnant (82,2 %), bénéficiant d’une très grande partie des voix de gauche.

L’entre deux tours avait connu une très forte mobilisation citoyenne, avec de nombreuses manifestations pour s’opposer à l’extrême droite : le 1er mai, environ 1,5 million de personnes manifestèrent dans les rues des principales villes.

Si le premier tour avait très peu mobilisé les électeurs (28,4 % d’abstention), le second fut très différent : la participation augmentait de 8,1 points. Avant le premier tour, les deux têtes de l’exécutif, Jacques Chirac, président, et Lionel Jospin, premier ministre socialiste, ayant gouverné le pays pendant cinq ans de cohabitation, étaient considérés comme déjà quasiment qualifiés pour la bataille finale, ce qui n’incitait pas à aller voter.

Avec l’éviction de Lionel Jospin de la compétition finale et la présence du leader du Front national, les abstentionnistes du premier tour, ayant souvent mauvaise conscience, se mobilisèrent fortement pour faire barrage à l’extrême droite, dans une logique de « front républicain ».

Le tournant de 2017

En 2017 , Marine Le Pen a remplacé son père à la tête du Front national et a commencé à essayer de présenter un programme moins extrémiste. Elle obtient 21,3 % des suffrages au premier tour (soit 3,4 points de plus que son père 15 ans auparavant) et 33,9 % au second, montrant qu’elle pouvait désormais compter sur un report de voix d’électeurs de droite et de gauche : environ 20 % de l’électorat Fillon du premier tour et 10 % des voix de la gauche radicale se seraient prononcées en sa faveur.

Emmanuel Macron, élu largement pour son premier quinquennat avec 66,1 % des exprimés, aurait obtenu le report de 79 % des suffrages de Benoît Hamon, d’environ 50 % des votes Fillon et Mélenchon.

Cependant il n’y a pas eu de mobilisation anti-lepéniste comme en 2002, l’abstention progressant même de 3,2 points entre le premier et le second tour et les blancs et nuls s’envolant à 8,6 % des inscrits, un record absolu à une élection présidentielle. C’est surtout une partie des électeurs mélenchonistes qui ont refusé de choisir entre deux candidats jugés également mauvais.

En 2022, la droite radicale et identitaire représente au premier tour près du tiers des suffrages exprimés (Le Pen, 23,1 % ; Zemmour : 7,1 % ; Dupont-Aignan : 2,1 %), en forte progression par rapport à 2017.

Ce qui conduit assez naturellement au score très élevé de Marine Le Pen au second tour. Elle gagne environ 7,6 points, Emmanuel Macron en perdant autant. Il faut cependant souligner que celui-ci conserve une assise très importante pour un président sortant et que sa stratégie centriste du « en même temps » – et gauche, et centre et droite – a bien résisté au cours de ce quinquennat.

L’abstention progresse encore au second tour de 2022 (28 %), sans atteindre le record de 1969 (31,1 % d’abstentions et 6,4 % de blancs et nuls, déjà dans un duel entre centre et droite). Les reports de voix des candidats battus en faveur d’Emmanuel Macron semblent avoir été moins bons qu’en 2017.

Selon l’institut Ipsos, 42 % l’auraient choisi contre 52 % en 2017, tandis que 17 % votaient Le Pen contre 7 % 5 ans avant, contrairement à la demande du leader de la France insoumise de « ne pas donner une seule voix à l’extrême droite ». L’opération de dédiabolisation de la présidente du Rassemblement national semble avoir été payante même si elle a aussi plus ou moins généré la candidature dissidente d’Eric Zemmour.

L’évolution du programme électoral du Front national

L’évolution des voix de droite radicale ne s’explique pas seulement par une dédiabolisation dans la forme mais aussi par l’évolution du programme du Rassemblement national .

En 2002, le Front national défendait une politique économique assez libérale, notamment axée sur la défense des commerçants et des artisans, ainsi que de petites entreprises. Le Rassemblement national soutient aujourd’hui une politique plus interventionniste de l’État au service de la souveraineté nationale et a inscrit dans son programme une politique sociale favorable aux Français de catégories populaires.

Cette réorientation programmatique lui acquiert une partie importante du vote des ouvriers et des employés et facilite les reports de la gauche radicale, très en colère face au libéralisme économique d’Emmanuel Macron et à son apparent mépris pour le bas de l’échelle sociale.

Mais les programmes n’expliquent pas complètement les choix électoraux. Les personnalités des candidats jouent aussi, notamment leur image plus ou moins sympathique et leur « présidentialité » , c’est-à-dire leur capacité à remplir la fonction présidentielle, notamment à l’international.

La présidentialité du président sortant est évidemment bien plus forte que celle de son adversaire. Marine Le Pen peut avantageusement se présenter en candidate du peuple et du bon sens mais elle ne convainc pas vraiment sur sa présidentialité face à un Macron assez dominant, notamment dans le débat du second tour.

Des choix électoraux qui traduisent – en partie – un système de valeurs

Il faut enfin souligner que l’appréciation des électeurs sur le programme des candidats est très liée à leur système de valeurs.

De ce point de vue, l’évolution électorale traduit de nombreux phénomènes. La confortable réélection du président doit beaucoup à l’attachement d’une part importante des Français à des valeurs libérales , aussi bien au plan économique (ouverture à l’économie de marché et à la mondialisation) qu’à celui des libertés pour pouvoir librement choisir ses modes de vie.

Elle s’explique aussi par une ouverture sur l’Europe et un certain optimisme sur les possibilités d’améliorer la société. En 1990, 6O % des Français étaient favorables à la concurrence économique selon l’enquête sur les valeurs des Français et des Européens et c’est encore le cas de 50 % d’entre eux. Le libéralisme des mœurs est en forte progression , ce qui explique le soutien des électeurs aux réformes sur le mariage pour tous ou le souhait de libéraliser l’euthanasie.

Au contraire, la droite radicale est favorable à la préférence nationale, elle craint la présence immigrée en France, elle privilégie un entre-soi autour d’une vision traditionnelle de la francité et un hypernationalisme , elle manifeste un pessimisme fort à l’égard de la classe politique.

Elle défend une société d’ordre, avec un leader pour le faire respecter, une société où les individus accomplissent leurs devoirs au lieu de toujours revendiquer leurs droits. Ces orientations ne sont pas majoritaires dans le pays, les jeunes générations et les catégories favorisées y sont les plus réticentes mais il y a bien eu une certaine progression de ces valeurs depuis 20 ans, probablement en lien avec les discours alarmistes de droite et d’extrême droite sur l’immigration et l’insécurité, avec la montée de la petite délinquance et du terrorisme.

Dans le même temps, la gauche, électoralement affaiblie, est aujourd’hui clairement dominée par une vision radicale portée par Jean-Luc Mélenchon alors que son orientation modérée, incarnée par le PS, s’est effondrée au profit du camp macronien.

Elle est portée par des valeurs de justice sociale, de lutte contre les inégalités, de fraternité qui restent très fortes dans la société française mais n’arrivent pas à déterminer le choix électoral d’autant d’électeurs que par le passé : le total des voix de gauche au premier tour est passé de 42,9 % en 2002 à 31,9 % en 2022.

Quant à la montée de l’abstention et des bulletins blancs au second tour, elle est non seulement explicable par une banalisation du vote d’extrême droite et une exaspération de certains électeurs à l’égard du président sortant, elle tient aussi à des orientations de valeurs moins conformistes qu’autrefois.

On est devenu plus critique et suspicieux à l’égard de toutes les autorités, qu’il s’agisse des médecins, des enseignants ou des hommes politiques.

On se reporte donc plus difficilement sur un candidat de second tour jugé le moins mauvais, on hésite beaucoup à donner sa voix à celui qui n’était pas son candidat préféré.

Il y a là un trait de valeurs spécialement développé en France par rapport à d’autres pays, notamment du nord de l’Europe, où on accepte davantage de gouverner durablement ensemble sans être d’accord sur tout. On a de la difficulté à accepter de faire des compromis, de se rallier au merle à défaut d’avoir pu faire élire la grive.

Pierre Bréchon a publié récemment « Les élections présidentielles françaises », Presses universitaires de Grenoble-UGA éditions, février 2022.

Pierre Bréchon , Professeur émérite de science politique, Sciences Po Grenoble, Auteurs historiques The Conversation France

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original .

26 avril 2022 Pierre Bréchon, professeur émérite de science politique, Sciences Po Grenoble

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