Archive | Antimilitarisme

03 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Ukraine: une guerre innommable (npa)

2908-poutine

L’État-nation ukrainien est-il en train de se consolider contre un agresseur russe et ses relais ukrainiens séparatistes ? Ou bien le contraire ?
Questions sans réponses claires
Qu’exprime et que produira l’envoi de renforts russes «non déclarés» mais avérés: «volontaires» venant guerroyer pendant leur «congé» comme les a présentés le dirigeant sécessionniste de Donetsk, tanks russes franchissant la frontière «par erreur» comme on le dit sans rire à Moscou, ou encore «brigadistes» étrangers, d’extrême droite ou gauche venant défendre la «Nouvelle Russie» colorée en blanc ou en rouge?
L’«Offensive anti-terroriste» lancée par le pouvoir de Kiev a-t-elle combattu efficacement le risque d’explosion de l’Ukraine, ou l’inverse? Les désertions de l’armée ukrainienne souvent évoquées sont-elles réelles? Quelle est la composition et la perception populaire des «bataillons» de volontaires, patriotes de tous bords, ukrainiens ou étrangers?
La coalition «post-Maïdan» a éclaté et le président Porochenko, dissolvant la Rada, a annoncé des élections législatives pour le 25 octobre. Mais les popula- tions de l’Est et du Sud de l’Ukraine ne pourront s’exprimer qu’avec l’arrêt des violences, et dans quel sens iront-elles?
La propagande russe, comme celle du pouvoir ukrainien depuis l’annexion de la Crimée, censure la critique et rend difficile la vérification des informations. De part et d’autre, les mouvements ou forces protestataires sont assimilés à des cin- quièmes colonnes financées par l’étranger. Les politiques anti-sociales sont légiti- mées par un patriotisme, anti-occidental et anti-sanctions en Russie, ou anti-russe en Ukraine.
Mais la présence de forces d’extrême droite parmi les engagés volontaires des deux côtés, et l’émergence de fronts «rouges-bruns» ou blancs, se réclamant tous de «l’anti-fascisme» et de «l’anti-impérialisme» des deux côtés renforcent le brouillage des enjeux.
Contrairement aux arguments de ceux qui soutiennent la Russie contre « un camp impérialiste », la politique de Moscou donne force à la demande de l’Ukraine d’adhésion à l’Otan, demande qui sera davantage soutenue en Pologne et dans les Républiques baltes que par les grandes puissances  impérialistes. Quant au com- bat pour l’intégrité de l’Ukraine, il perd en efficacité s’il accepte l’interdiction des critiques envers le gouvernement de Kiev, qu’il s’agisse de son «Opération anti- terroriste» ou des politiques sociales qu’implique le recours à «l’aide» du FMI.
Une Ukraine « une et divisée », et néo-colonisée comme la Bosnie ? Les dis- cours et les agissements d’une Russie qui se prétend seulement «solidaire des populations russes» et qui tient tête aux pouvoirs impérialistes occidentaux embar- rassés, consolident à court terme le régime poutinien (80 % de popularité). Il serait critiqué pour «abandon» des sécessionnistes. Mais après l’envoi de convois humanitaires pour tenter de conquérir les cœurs et les esprits, l’affirmation d’un projet d’État de «Nouvelle Russie» est-il preuve de force ou de faiblesse?
Est-il l’expression d’un basculement populaire local en rupture avec l’Uk- raine, ou au contraire d’un accouchement aux forceps d’une « entité étatique » à dynamique séparatiste vers le «grand frère» voisin, mais sans engagement popu- laire actif dans/pour la guerre? Comme pour construire militairement l’«entité ser- be» de Bosnie, dite Republika Srpska (RS), il faudra en tout état de cause donner à la «Nouvelle Russie» proclamée une continuité territoriale, en l’occurrence une extension jusqu’à la Crimée et la Transnitrie, même si cette «entité» étatique demeure initialement dans le cadre d’une Ukraine «souveraine» et divisée.
Qui doit en décider? La constitution ukrainienne ne doit être rédigée ni à Moscou ni à Bruxelles (ou à Dayton comme le fut celle de Bosnie…). Et l’intégrité ukrai- nienne doit se confirmer (ou se contester) politiquement par un acte d’autodéter- mination de toutes les populations ukrainiennes, et pas sous contrainte armée. Comme le disait récemment un camarade de l’Opposition de gauche ukrainienne, la guerre n’est ni purement civile ni seulement d’agression extérieure, mais «hybride», et largement incontrôlée.
Contre cette guerre, c’est à la population ukrainienne elle-même, dans toutes ses composantes, que doivent appartenir les réponses, soutenues par des mou- vements internationalistes en Russie, en Ukraine, comme dans l’UE.

Catherine Samary Hebdo L’Anticapitaliste – 254 (04/09/2014)

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02 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Exercice de sécurité nucléaire dans la base navale: une réunion publique d’information (brest.fr)

brest

Le vendredi 5 septembre à la mairie de Brest

Les 1ers et 2 octobre prochains, un exercice de sécurité nucléaire se déroulera sur la base navale de Brest et les quartiers environnants (Rive droite et Siam). Avant cet exercice, une réunion d’information est organisée en maire de Brest le vendredi 5 septembre.

Organisé par le préfet du Finistère, le délégué à la sûreté nucléaire et à la radio- protection pour les activités et installations intéressant la défense (DSND) et la Marine nationale, cet exercice a pour objet de tester les dispositions opéra- tionnelles et de secours du Plan d’Urgence Interne de l’exploitant et du Plan Particulier d’Intervention de la base navale de Brest.

Des exercices de cet ordre sont programmés tous les trois ans sur les installations nucléaires de la Défense implantées à Brest et à l’Ile Longue. Ils sont également l’occasion d’informer la population concernée sur le risque induit par les instal- lations et de diffuser le plus largement les mesures réflexes que les pouvoirs publics seraient amenés à mettre en œuvre en cas d’incident.

Pour ce faire, une réunion publique d’information et d’échanges est organisée le vendredi 5 septembre, à 18 h, à la mairie de Brest. Ouverte à tous, la réunion associe les membres de la commission d’information de la base navale, élus, services de l’Etat, de la Région et du Département, et les associations de sécurité civile. 01/09/2014

En savoir plus : www.ppibrestilo.pref.gouv.fr

Source: Brest.fr

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02 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Vérités et contre-vérités sur l’ukraine (essf)

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Popagande pro russe: comme s’il y avait une continuité entre la révolution de 1918, la contre révolution stalinienne (vainqueur des nazis) et le retour à actuel à la Russie tzariste…
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Le front de l’information et de la désinformation
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Dans chaque guerre, un des fronts est celui de l’information et de la désinfor-mation. Dans la crise que vit l’Ukraine actuellement, il y a un discours de l’État russe, exprimé par le ministère des Affaires étrangères, relayé par le monde poli- tique, diffusé par des médias qui sont de plus en plus aux ordres de l’État, ainsi que par les milices pro-russes de l’est de l’Ukraine. Son but est de délégitimer le gouvernement et l’État ukrainiens, et de légitimer l’ingérence russe dans les affaires du pays.
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Ce discours a un impact sur des secteurs importants des populations de l’est, méfiants à l’égard de Kiev et influencés par les médias russes. Il rencontre parfois même un certain écho dans les médias occidentaux et, ce qui est beau- coup plus grave, dans une partie de la gauche en Europe. Il semble important de contester la version russe des événements en Ukraine.
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Résumons cette vision des événements. Victor Ianoukovytch était le président légitime de l’Ukraine. Le mouvement de masse qui l’a renversé est réduit à des groupes manipulés et financés (le chiffre de 5 milliards de dollars est avancé) par l’Occident. Qui plus est, ces groupes étaient et sont toujours fascistes, néonazis, antisémites. Le renversement de Ianoukovytch relevait d’un coup d’État. Le gou- vernement ukrainien actuel, caractérisé comme une junte fasciste/nazie, est non-élu, illégitime et le produit de ce coup d’État.
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Les forces armées ukrainiennes mènent dans l’est du pays une guerre contre leur propre peuple. La Russie est, comme il y a 70 ans, un barrage contre le fas- cisme. Le but de la Russie est de combattre le fascisme et de favoriser une solu- tion par la négociation, en protégeant les populations russophones supposées être discriminées.
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Ce discours est globalement faux. Il ne sert qu’à déstabiliser et affaiblir le gou- vernement ukrainien pour maximiser l’influence russe sur le pays. Le discours, arme de l’État, est bien sûr modulable: il peut être durci ou adouci suivant les circonstances. Il convient de le décortiquer pour le combattre.
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La Russie, rempart contre le fascisme? Moscou propose un dialogue d’égal à égal entre le gouvernement et les insurgés de l’est, avec comme préalable l’arrêt des opérations de l’armée ukrainienne. De son côté, le gouvernement ukrainien sera prêt à arrêter les opérations à condition que les rebelles se désarment et quit- tent les lieux qu’ils occupent. La différence entre les deux démarches est de taille. Car toute négociation est menée sur fond des rapports de forces, et ils ne seront pas les mêmes dans les deux cas.
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Moscou veut une Ukraine fédérale. Mais les mots comme fédéral, fédéralisme, fédéralisation peuvent signifier des choses différentes. Les partisans d’une centra- lisation accrue de l’Union européenne se font appeler fédéralistes. Et puis des pays dits fédéraux recouvrent des réalités tout à fait différentes, États-Unis, Alle- magne, Russie, ex-Yougoslavie, URSS… Dans le cas ukrainien, ce que veut le gouvernement russe est une forme de fédéralisation/confédération très poussée, avec le droit pour les régions de mener leur propre politique économique et de conclure des accords internationaux. Il veut en effet démembrer le pays pour pouvoir se tailler une sphère d’influence à l’est, et en même temps affaiblir le pouvoir central.(…)
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Ni putsch ni coup d’État Ensuite, il y aurait à Kiev un «gouvernement/junte fasciste» (ou parfois nazi). Passons sur le terme «junte» qui est simplement utilisé pour faire plus sinistre et pour mieux coller au concept de «coup d’État». Le parti qui domine très largement ce gouvernement est Batkivshchina, le parti de Ioulia Timochenko. Un parti qu’on peut caractériser comme étant de droite, nationaliste, libéral, mais ni fasciste ni nazi. Reste le parti Svoboda. Qu’on peut certainement caractériser comme parti fasciste, en attendant une analyse plus fine. Quel est le rôle de Svoboda dans le gouvernement? Il a l’un des trois vice-premiers ministres et dirige deux ministères, ceux de l’Ecologie et de l’Agriculture. En plus, le Procureur général par intérim est un membre de Svoboda.
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Le poids de l’extrême droite est moins lourd qu’en Autriche en 2000, où le FPÖ avait la Justice, les Finances et la Défense. La présence de Svoboda au gouvernement est une réalité qu’il faut constater, mais sans l’exagérer (2). L’influ- ence de l’extrême droite est nuisible et doit être combattue, mais c’est au peuple ukrainien de le faire. Sans recevoir de leçons d’une gauche occidentale dont la vision de la réalité ukrainienne est parfois superficielle et caricaturale. Et surtout pas avec «l’aide» de la Russie.
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Une extrême droite russophile La réalité est que ce gouvernement est néoli- béral, largement composé de vieux routiers de la classe politique, fortement lié aux oligarques. Et qu’il est prêt à appliquer tout ce qu’on (le FMI, l’Union européenne) lui demande en matière de mesures d’austérité et de réformes structurelles. C’est à partir de cette réalité qu’il doit être combattu, pas en se lançant contre les mou- lins d’une soi-disant junte fasciste. Or, il ne manque pas de méfiance à l’égard de ce gouvernement parmi ceux qui ont fait le mouvement qu’on appelle maintenant Maïdan. Quand un journaliste du «Financial Times» demandait récemment pour- quoi les Maïdan étaient encore là, il a reçu la réponse: «Pour s’assurer que le nouveau gouvernement ne vole pas l’argent qui vient du FMI». Ce que le journa- liste trouvait «assez raisonnable». C’est un sentiment qui pourrait être partagé par ceux de l’est qui ont été majoritairement – mais pas unanimement – extérieurs à ce mouvement.
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Car eux aussi sont contre la corruption et le régime des oligarques. Seule- ment, pour les partisans d’une Ukraine unie, il est difficile de se mobiliser contre le seul gouvernement qui existe quand le pays est confronté au danger d’une inter- vention russe et à la réalité des agissements des milices paramilitaires à l’est. Et pour les populations de l’est, il est aussi difficile de se mobiliser, prises entre les milices et la campagne «antiterroriste» du gouvernement. C’est une des raisons pour lesquelles il faut démilitariser le conflit, laisser le champ libre à l’action politi- que, syndicale, associative. Une deuxième raison est qu’un tel conflit civil, au-delà des victimes immédiates, laisse toujours des traces longtemps après.
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Place à la politique et aux travailleurs! On entend aussi que le pays en géné- ral, et Kiev en particulier, serait sous le règne d’une terreur fasciste, nazi, antisé- mite. Pourtant, les premiers à réfuter cette caricature sont les organisations juives. Elles sont si nombreuses qu’il devient fastidieux de les énumérer, la dernière déclaration datant du 16 mai. La réaction de l’oligarque juif et gouverneur de Dnipropetrovsk, Ihor Kolomoïsky, fut assez succincte: «It’s bullshit/ des conne- ries». Et puis, il y a plein de témoignages de ceux et celles qui ont été à Kiev. Dont, notamment, Nadia Tolokonnikova des Pussy Riot (3).
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Evidemment qu’il y a de l’antisémitisme en Ukraine. Il y en a partout en Euro- pe. Evidemment qu’il y a des actes antisémites en Ukraine. Mais pas plus que les actes racistes et antisémites en Russie, et avec beaucoup moins de morts (4).
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Un rôle de choix dans cette supposée vague d’antisémitisme est attribué au Pravy Sektor (Secteur de droite), qui est par ailleurs rendu responsable par les médias russes de tout méfait en Ukraine, à tel point que s’il n’existait pas (5) il faudrait bien l’inventer. Comme l’a demandé l’écrivain russe Dimitri Glukovsky, «Qui a transformé le “Secteur de droite” d’une bande de désaxés de la rue, qui n’avait même pas un vrai nom auparavant, en force centrale du nationalisme ukrainien?». C’est surtout le gouvernement et les médias russes. Comme le dit Zakhar Popovytch, «Le Pravy Sektor est un parti très petit qui existe principa- lement sur des chaînes de télé russes». Pour chiffrer, pour le mois d’avril, le Sec- teur de droite a été cité dans les médias russes 18 895 fois, presque autant que la Russie unie, le parti de Poutine (19 050 fois), et presque quatre fois plus que Batkivshchina, le parti qui dirige le gouvernement à Kiev. Svoboda n’arrive même pas dans les sept premiers, donc avec moins de 2 700 mentions. Etrange pour la composante vraiment fasciste d’un gouvernement qui est censé l’être.
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Qu’est-ce qui se passe à l’est ? D’après le gouvernement, il s’agit d’actions de terroristes et de séparatistes. Le gouvernement russe les caractérise comme fédé- ralistes, et les prises de bâtiments comme étant le fait de simples citoyens qui refusent l’autorité d’un gouvernement de Kiev qu’ils jugent illégitime.
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Parmi les insurgés, il y a un noyau dur, qu’il n’est pas faux de caractériser comme terroriste, de nationalistes russes, qu’ils soient de nationalité russe ou ukrainienne, qui sont partisans du rattachement de ces régions à la Russie. Ce sont eux qui mènent la danse. Là-dedans il y a des gens qui sont venus de Russie. On peut spéculer sur leur statut exact; il y a certainement des agents des services russes, mais aussi des ex-militaires francs-tireurs et des mercenaires. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une aide de la Russie. Financière sans doute, mais aussi mili- taire. On ne trouve pas d’armes lourdes dans les caves des commissariats occu- pés. Et ceux qui descendent des hélicoptères avec des missiles sont des profes- sionnels. Il ne faut d’ailleurs pas un grand nombre d’agents russes: un certain nombre pour encadrer, des saboteurs, des provocateurs.
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Lourdement armés Au-delà du noyau dur, la plupart des miliciens sont des hom- mes de la région, souvent avec une certaine expérience militaire. Et puis il y a la partie de la population qui les soutient, ou qui a pour le moins de la sympathie pour eux. Les assimiler aux terroristes et décrire l’intervention de l’armée comme «Opération antiterroriste» est pour le moins une maladresse.
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La façon d’agir des milices paramilitaires semble très bien planifiée. Ils com- mencent, au moins dans les villes importantes, par ce qu’il faut bien appeler des actions de commando, des prises de mairies, de sièges régionaux, de commis- sariats, menées d’une manière très professionnelle. Une fois installés, ils s’auto- proclament maires et gouverneurs «populaires». Ensuite, là où il y a des émet- teurs de télévision, ils cherchent à les prendre. S’ils réussissent, ils coupent tout de suite les chaînes ukrainiennes et branchent celles de la Russie, comme ce fut déjà le cas en Crimée. Ensuite, ils mènent une campagne d’intimidations, d’enlè- vements, de tortures et d’assassinats dont les cibles sont les partisans d’une Ukrai- ne unifiée, mais aussi des journalistes, de là-bas ou d’ailleurs, qui n’acceptent pas de censurer leurs reportages.(…)
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Mini-coups d’État La propagande russe parle de coup d’État à Kiev. Mais ce que nous venons de décrire, c’est le déroulement de mini-coups d’État, ville par ville. Écoutons Zakhar Popovytch: «La junte n’est pas à Kiev, mais à Slaviansk. À Kiev, vous pouvez facilement manifester avec des drapeaux rouges et diffuser toutes sortes de tracts. Ceci a été montré clairement à l’occasion des manifes-tations du 1er mai. Toutes les libertés libérales existent à Kiev, mais pas dans la République populaire de Donetsk». À Donetsk, le 28 avril, un millier de manifestants défilaient pour l’unité de l’Ukraine, pacifiquement, sans service d’ordre (ce qui était, par ailleurs, imprudent). Ils ont été attaqués et battus à terre par 300 miliciens armés de matraques et de barres de fer.
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Ces méthodes rappellent celles des milices, serbes surtout, qui se formaient au début des années 1990 en Yougoslavie. Ou celles des milices protestantes en Irlande du Nord. Y compris dans le type de personnel dirigeant: un mélange d’a- venturiers, de marginaux, de criminels, d’anciens militaires, de militants d’extrê- me droite et d’agents de l’État. Le personnage de Vyacheslav Ponomaryov, «maire populaire» de Slaviansk, est particulièrement intéressant. À la lecture d’une inter- view publiée par gazeta.ru (6), il émerge comme un véritable psychopathe. Même la journaliste est manifestement interloquée. Quant à son comparse Strelkov/ Gir- kin, ancien (ou pas) militaire russe et chef militaire des milices de Donetsk, il se- rait, d’après Popovytch, monarchiste et grand admirateur du général blanc Denikine (7).
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Un soutien populaire difficile à juger Il est difficile de juger du degré de soutien populaire pour le rattachement à la Russie ou pour les «républiques indépendan- tes». Quant aux référendums du 11 mai, on ne peut pas prendre au sérieux les chiffres de participation dans les deux oblasts (régions), 81 % et 75 %. Le gouver- nement et des observateurs russes indépendants avancent des chiffres nettement moins élevés. Mais ce sont des estimations, sans base empirique. En revanche, tous les sondages qui ont été menés depuis trois mois, de sources ukrainiennes ou étrangères, donnent une majorité nette pour l’unité ukrainienne, y compris dans les oblasts de Donetsk et Lougansk (autour de 70 %).
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On est frappé par le caractère squelettique des manifestations de soutien «populaire» aux milices. Il s’agit de manifestations d’un ou de deux milliers de personnes dans une ville comme Donetsk avec une population d’un million. Le 1er mai, ils étaient un millier de personnes à défiler dans cette ville en criant «Russie, Russie», «le Donbass avec la Russie», dans un faible écho de ces dizaines de milliers qui défilaient à Moscou sous des mots d’ordre chauvins. Une honte pour la fête internationale des travailleurs. À Donetsk, les syndicats de la ville ont boycotté la manifestation. Par ailleurs, le mouvement ouvrier organisé du Donbass, notam- ment les mineurs et les sidérurgistes, est assez peu intervenu en tant que tel. Il y a des exemples d’opposition aux séparatistes et de défense de l’unité ukrainienne, et plusieurs qui vont dans l’autre sens. Mais les choses ne sont pas encore claires. Sans doute, comme le reste de la population, les ouvriers sont, en tout état de cause, assez hostiles au gouvernement à Kiev.
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Ouvriers hostiles à Kiev Quant à l’idéologie et la composition du mouvement prorusse, c’est un mélange de tout ce qu’il y a de réactionnaire. «Admirateurs de Staline et fans du tsar-père, nazis russes et Cosaques ruritaniens, fanatiques orthodoxes et vieilles dames nostalgiques du temps de Brejnev, plus ceux qui sont contre la justice pour mineurs, le mariage gay et la vaccination contre la grippe », c’est ainsi que Sergei, un militant de gauche qui a fait un des meilleurs comptes rendus (8) des événements du 2 mai à Odessa, les décrit.
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Dans le monde que décrivent les partisans de la Russie, les partisans du gou- vernement sont antisémites et sèment la terreur à Kiev. Dans le monde réel, le mémorial de l’Holocauste à Novomoskovsk a été profané pour la deuxième fois en six semaines, avec une inscription «Mort aux Juifs-bandéristes» (9) et des gros- sièretés à l’égard du gouverneur juif Kolomoïsky. La terreur est à Donetsk et Lou- hansk, et surtout à Slaviansk. On pensera à ces mots de Winston Churchill: «Les fascistes de demain s’appelleront antifascistes».
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Au-delà de l’Ukraine, il y a la Russie. Poutine et ses acolytes et les médias à leur service dénoncent à volonté la «junte fasciste» et les néonazis en Ukraine, tout en utilisant en Ukraine des mercenaires qui viennent souvent des milieux d’ex- trême droite (10). Et en Russie, même l’extrême droite se porte bien. Passons sur l’idéologie eurasienne d’Alexandre Douguine (11). Et même sur le passé de cer- tains membres du gouvernement. En Russie, les groupes néonazis agissent en plein jour et apparemment sans être inquiétés, comme le montrent ces photos du 1er mai 2014 à Moscou (12). De telles manifestations ont également eu lieu à Saint-Pétersbourg et dans une vingtaine d’autres villes.
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Et ce n’est pas seulement en Russie et en Ukraine que l’extrême droite sert les intérêts de la Grande Russie. Car voici une chose intéressante. Vu que l’Ukraine est censée avoir un gouvernement fasciste et/ou est terrorisée par des bandes fascistes ou nazies, on aurait pu s’attendre à ce que l’extrême droite ukrainienne reçoive le soutien de ses pairs ailleurs en Europe. Mais pas du tout. Déjà au moment du référendum en Crimée, les résultats ont été vérifiés par des observateurs dont l’essentiel venait de l’extrême droite. Il y avait notamment des représentants du Front National (France), du FPÖ et BZ (Autriche), de Jobbik (Hongrie), du Vlaams Belang (Flandre), de la Ligue du Nord et de Fiamma Trico- lore (Italie) et d’Ataka (Bulgarie): le tout coordonné par le néonazi belge Luc Mi- chel. Il va sans dire que leur vérification ne vérifiait rien. En fait, il y a nombre d’analyses de la réalité de ce référendum qui contestent les chiffres invraisem- blables de participation (83,1 %) et des « oui » (96,77 %).(…)
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Mais les liens entre le régime russe et l’extrême droite européenne vont bien au-delà de tels services ponctuels. Ce sont des liens réguliers et structurés. Marine Le Pen, qui vient de se féliciter des «valeurs communes» défendues par Poutine, est elle-même un visiteur régulier à Moscou. Elle y était en août 2013 et en avril 2014, et a été reçue par le vice-premier ministre Dimitri Rogozine (ancien du parti d’extrême droite Rodina), ainsi que par le président de la Douma, Sergueï Narychkine. Un rôle clé dans les rapports entre le FN et le régime russe est joué par Aymeric Chauprade, conseiller auprès de Marine Le Pen pour les questions géopolitiques et tête de liste du FN en Île-de France aux élections européennes (il vient d’être élu au Parlement européen).(…)
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Ethniquement russe Le soutien de l’extrême droite en Europe à Poutine n’a en fait rien de surprenant. D’abord, sur le plan idéologique, qu’est-ce qu’il y a à ne pas aimer? Il y a le culte de la nation, et pas n’importe quelle nation: il s’agit claire- ment d’un nationalisme ethnique, de sang. En langue russe, il y a deux mots pour russe: «rossiyane», qui signifie citoyen ou sujet russe, et «Russkiye» qui signifie «ethniquement russe». On peut par exemple être citoyen de la Fédération russe, mais pas «russkiye», et se faire massacrer en Tchétchénie ou lyncher par une meute raciste à Moscou. On peut être résident d’Ukraine, de Lettonie ou du Kazakhstan, et même citoyen de ces pays, et être considéré comme «russkiye », donc susceptible d’être «protégé» par Poutine, ou plutôt instrumentalisés pour ses projets géopolitiques. Le parti néonazi hongrois Jobbik apprécie particulièrement cette vision de la nation.(…) SMITH Murray 30 mai 2014
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Paru dans Inprecor n° 605-606 juillet 2014 : http://ks3260355.kimsufi.com/inprecor/
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Murray Smith. Cet article a été d’abord publié par le journal électronique « Goosh », proche de Déi Lénk : http://www.goosch.lu
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30 août 2014 ~ 0 Commentaire

Les mères russes mobilisent l’opinion publique (france tv)

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Soldats disparus en Ukraine

Les femmes et épouses de soldats disparus comptaient manifester jeudi 28 août 2014 après avoir appris que les funérailles de deux parachutistes avaient eu lieu secrètement dans le nord de la Russie.

Officiellement, la Russie n’est pas en guerre contre l’Ukraine.

Mais de plus en plus d’informations attestent de la présence de soldats du Kremlin sur le territoire ukrainien. En Russie, des épouses et mères de soldats, sans nou- velles de leurs proches, n’ont pas pu manifester le 28 août 2014 pour exiger des explications de la part des autorités sur leur sort.

Les accusations se multiplient, mais Vladimir Poutine ne change pas de discours : Moscou n’a pas envoyé de troupes combattre aux côtés des groupes pro-russes dans l’est de l’Ukraine, selon lui. Les parents et épouses de soldats russes com- mencent pourtant à être de plus en plus nombreux à ne plus avoir de nouvelles de leurs fils ou de leurs époux.

Valentina Melnikova, membre depuis plus de 20 ans du Comité des mères de soldats russes, citée jeudi par la chaîne de télévision d’opposition Dojd, estime à 15 000 le nombre de militaires de son pays qui se battraient en Ukraine. Plus d’une centaine y seraient morts le 13 août, selon deux membres d’un conseil des droits de l’homme rattaché à la présidence russe, cités par Veronika Dorman, correspondante de Libération à Moscou, dans le journal daté du vendredi 29 août. Pourtant, la Russie n’est pas officiellement en guerre contre Kiev.

Pour Moscou, pas de guerre, donc pas de victimes. Mais la disparition des soldats a éveillé les soupçons de leurs familles qui ont perdu tout contact avec eux. «Les soldats ne se manifestent plus sur les réseaux sociaux, tandis que les réponses du commandement, quand elles sont obtenues, sont au mieux éva- sives», souligne encore Libération. «La seule chose (que les autorités militaires) acceptent de nous dire, c’est qu’ils ne sont pas en Russie», déclare à l’AFP l’épouse de l’un des hommes du 331e régiment de la 98e division de parachutistes qui n’a pas donné signe de vie depuis plusieurs jours. Le général de l’Otan Nico Tak affirmait jeudi: «Bien plus d’un millier de soldats russes combattent actuel- lement en Ukraine. Ils soutiennent les séparatistes, se battent avec eux».

Comité des mères L’affaire de ces soldats clandestinement envoyés en Ukraine rappelle les tristes épisodes des guerres d’Afghanistan et de Tchétchénie. Un comité de mères de soldats russes s’était formé à la fin des années 1980 alors que l’URSS était embourbée dans la guerre d’Afghanistan. Entré en guerre contre Kaboul en 1979, Moscou avait longtemps nié cette situation.

Dans son livre La fin de l’URSS et la crise d’identité russe, Véronique Jobert souligne que «le service militaire qui est de trois ans dans la marine, de deux ans dans les autres armes est devenu la terreur de toutes les mères de famil- le». Car au risque d’être envoyé au combat, il faut ajouter le bizutage dont sont victimes toutes les jeunes recrues.

En 1989, Moscou retire ses troupes d’Afghanistan. Mais aujourd’hui, le combat des mères de soldats russes, Valentina Melnikova en tête, est loin d’être terminé. Au début des années 1990, la guerre de Tchétchénie est une nouvelle épreuve et ce groupe de femmes refuse de voir ses enfants, à peine sortis de l’adolescence, tomber sur les champs de bataille. Les mères de soldats russes deviennent célè- bres lors de la guerre en Tchétchénie lorsqu’elles vont récupérer leurs fils sur la ligne de front et en aident «des milliers d’autres à se dérober à la conscription», précise un article du quotidien québécois La Presse.

En 1996, à la fin de la guerre de Tchétchénie, Libération avait dressé le portrait de Maria Kirbassova, fondatrice du Comité des mères de soldats en 1989. «Les hommes soviétiques, on ne peut rien en tirer, parce qu’ils ont été dressés à l’ar- mée», avait-elle dit à la journaliste qui l’avait interrogée.

En Russie, ce sont donc les femmes qui doivent mener la lutte. Maria Kirbas- sova, elle, l’a fait à sa manière: en allant arracher son fils des griffes de l’armée et en aidant d’autres mères à faire de même. En juin 1996, «sous sa direction, le Comité a déjà introduit dans les montagnes caucasiennes, depuis le début de l’intervention russe dans la république indépendantiste (en décembre 1994 ndlr), près de mille mamans, afin qu’elles récupèrent leurs rejetons».

Par Julia Dumont (avec AFP) | Publié le 29/08/2014 à 15H20, mis à jour le 29/08/2014 à 16H16

http://geopolis.francetvinfo.fr/soldats-disparus-en-ukraine-les-meres-russes-mobilisent-lopinion-publique-41613

10.000 soldats russes en Ukraine selon le Comité des mères de soldats

Moscou nie toujours être impliqué sur le terrain dans le conflit ukrainien. Mais en Russie une voix s’élève, celle du Comité des mères de soldats russes, une ONG très respectée qui dénonce l’envoi de jeunes combattants alors qu’offi- ciellement le pays n’est pas en guerre.

Il y a eu les guerres d’Afghanistan et de Tchétchénie, il y a désormais aussi l’U- kraine, pour les mères de soldats russes. Ces derniers jours leur comité a été assailli de témoignages de familles de militaires blessés ou morts au combat. Pourtant, officiellement, la Russie n’est pas en guerre. Alors l’infatigable meneuse du comité, Valentina Melnikova, retrouve son rôle de lanceuse d’alerte. « On a  été alerté par les parents d’un soldat auquel les autorités ont fait signer un contrat d’engagement pour partir en mission sur le front. Ils lui ont dit, ‘si tu ne signes pas, on le fait à ta place et on t’envoie à Lougansk en Ukraine ». Alors on a déposé une plainte et c’est comme ça qu’on a commencé à s’intéresser aux soldats russes en Ukraine. »
Depuis, des dizaines de cercueils de soldats morts sur ce front qui ne dit pas son nom, ont été rapportés aux familles, et enterrés en secret. L’engagement russe en Ukraine est déjà massif, selon Valentina Melnikova. « Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a environ 10.000 soldats russes engagés en Ukraine ». « Il s’agit de soldats sous contrats et non pas de conscrits » précise la chercheuse en sociologie et sciences-politique post-soviétique, Anna Colin LebedevLe comité de Saint-Pétersbourg rapporte que 100 militaires sont soignés pour des blessures de guerre. Et selon le groupe de la ville de Stavropol, déjà 400 soldats seraient revenus les pieds devant, à travers tout le pays. Par Camille Magnard vendredi 29 août 2014 10:43

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27 août 2014 ~ 0 Commentaire

Le coup d’état permanent de l’armée (survie)

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L’armée française en Afrique

Sans surprise, le Gouvernement français a mis fin, dès le premier haussement de sourcils de l’état-major des armées, à ses timides tentatives d’économie sur le colossal budget de la défense française. Éducation et recherche, aménagement du territoire, logement, justice, santé, sécurité publique: tout sera sacrifié au moloch militaire.

Les hauts gradés défendent d’abord les rentes que l’État français leur assu- re. En effet, si l’engagé de base est envoyé au feu sans disposer de l’équipement minimal, la Cour des comptes observe que «le nombre d’officiers généraux est resté à peu près constant en dépit de la réduction du format des armées. L’ar- mée de terre compte ainsi 176 généraux pour seulement 15 brigades à comman- der. Pour les 3468 officiers ayant un grade équivalent à celui de colonel, les commandements disponibles de régiments, de bâtiments de la marine et de bases aériennes sont au nombre de 150.»

Ce budget considérable sert aussi à enrichir des sociétés privées dont les productions inutiles et coûteuses sont invendables sur les marchés extérieurs. Comment s’étonner dès lors qu’une industrie de la défense artificiellement dopée par la subvention automatique soit de moins en moins compétitive?

On comprend que ces lobbies communient dans l’idéologie impériale. Les chefs d’état-major n’ont pas manqué de souligner que des coupes budgétaires mettraient en péril la «capacité de projection» de nos armées. Il semble aller de soi que la France doit rester la troisième puissance militaire [1] et le deuxième pays au monde, après les USA, en nombre de soldats déployés hors du territoire national, forces concentrées quasi exclusivement en Afrique francophone.

L’exception militaire française est si invétérée qu’elle s’impose comme un objet sacré, au-dessus de tout examen officiel. Les guerres d’Indochine et d’Algérie, défaites militaires, échecs politiques et désastres humains, se sont prolongés en un long cycle d’errements aux conséquences délétères. Ainsi la guerre cruelle menée contre le mouvement nationaliste camerounais, de 1956 à 1963, vit se perpétrer maints Oradour, dans le seul but d’installer un régime qui a conduit le pays à la ruine.

Quant à l’action militaire de la France au Rwanda, la nécessité de tirer le bilan de ce qui a conduit la France à tremper dans ce génocide se heurte à un bloc de dénégation inexpugnable. L’évaluation des dix ans de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire n’est pas davantage à l’ordre du jour. Tous les rouages gouvernementaux, parlementaires, judiciaires de l’État français sont mobilisés pour maintenir l’opacité sur les épisodes de Bouaké, de l’hôtel Ivoire ou de l’affaire Mahé.

Pourquoi l’opération Epervier au Tchad dure-t-elle depuis 1986, pour quel résultat sinon pour le maintien du pays sous la coupe d’un pouvoir tyrannique et sanguinaire ? Etc.

Les interventions en cours au Mali et en Centrafrique n’ont permis aucune évolution favorable des maux qu’elles prétendaient guérir. Serval a conforté les antagonismes maliens au lieu de les résoudre. Sangaris a attisé l’incendie qui consume le pays. L’enlisement d’une pauvre France qui n’en peut mais dans ces opérations absurdes est probable. Le seul espoir est qu’il permette à notre pays, comme le désastre angolais l’a permis au Portugal, d’échapper enfin au vampiris- me des fanatiques des guerres d’Afrique.  Par Odile Tobner

Source : www.survie.org

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17 août 2014 ~ 0 Commentaire

1914: le refus de la guerre (npa)

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Les fusillés pour l’exemple

« Pour maintenir l’esprit d’obéissance et la discipline parmi les troupes, une première impression de terreur est indispensable» Général Pétain en 1915.

La grand’peur de l’indiscipline face à la boucherie (ainsi les fraternisations de Noël 1914) amène la hiérarchie militaire à instaurer une discipline de fer. En août 1914, le gouvernement autorise la traduction des soldats devant les cours mar- tiales sans instruction préalable. Le 1er septembre, le ministre de la Guerre, Alexandre Millerand, socialiste «indépendant», abolit toute possibilité de recours en révision ou en grâce jusqu’en janvier 1915. Les conseils de guerre prononcent 752 condamnations à mort entre août 1914 et décembre 1915, et 495 soldats seront effectivement exécutés. L’exécution se déroule en public, la troupe passe devant la dépouille.

Les raisons du refus Les motifs ? Mutilations volontaires, refus d’obéissance, comme ce soldat exécuté en février 1915 pour avoir refusé de porter un pantalon prélevé sur un mort et souillé de sang, comme ceux qui refusent de sortir des tran- chées sans préparation d’artillerie, ou même désertion, sachant que celle-ci sera même prononcée pour des soldats égarés… On ignore le nombre de soldats fusil- lés furtivement au bord d’un fossé ou dans un pré… «J’ai tué de ma main douze fuyards, écrit le général Blanc, et ces exemples n’ont pas suffi à faire cesser l’abandon du champ de bataille» (1). Patrick Le Moal

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Le refus de la guerre : les mutineries de 1917

«C’est la Révolution ! Nous n’irons plus à la Villette! On ne nous mènera plus à l’abattoir!» (1) Cris des manifestants du 85°RI le 25 juin 1917

Du 29 avril à la mi-juin 1917, selon les sources, entre 111 et 250 actes collectifs de refus apparaissent dans 69 à 78 divisions, les deux tiers de l’armée du front ouest. Ce sont des manifestations, des désertions, des refus collectifs, qui consti- tuent un vaste mouvement de désobéissance, d’action collective pour «mettre fin au massacre», qui impliquent à un titre ou un autre environ 500 000 soldats.

Du «consentement patriotique»… Depuis 1914, il y avait bien eu d’autres actes de désobéissance, mais isolés et sans extension. Ce qui caractérisait le poilu, c’était plutôt l’obéissance. Elle a d’ailleurs fait l’objet de la théorie du «consen- tement patriotique». André Loez (2) répond en citant le texte du sergent Louis Mairet, tué le 16 avril 1917 à Craonne, qui résume les raisons de cette obéis- sance: «Le soldat de 1916 ne se bat ni pour l’Alsace, ni pour ruiner l’Allemagne, ni pour la patrie. Il se bat par honnêteté, par habitude et par force. Il se bat parce qu’il ne peut faire autrement. Il se bat ensuite parce qu’après les premiers enthou- siasmes, après le découragement du premier hiver, est venue, avec le second, la résignation».

On s’adapte, on cherche une bonne affectation, on souhaite une «fine bles- sure», on endure la mort industrielle, on survit en aspirant à la paix. Pour faire fa- ce à la difficulté inouïe de la guerre au front, «les relations sociales se trouvent fortement resserrées dans les unités, où se met en place un régime émotionnel particulier, centré sur la valeur dominante du courage. Si les combattants des tran- chées «tiennent», c’est parce que les liens sociaux au front sont fortement resser- rés, et que leurs conduites publiques se conforment à des normes partagées» (3).

…À la révolte contre la guerre Les mutineries, leur généralisation sur plusieurs semaines se produisent par la volonté de sortir d’une guerre interminable. Entrent aussi en jeu la révolution en Russie, l’entrée en guerre des États-Unis, la prévision de la conférence socialiste de Stockholm et bien sûr l’échec de l’offensive Nivelle, dite «finale» au Chemin des Dames.

S’ajoute à cela la première vague de grèves à Paris en mai 1917. La prolon- gation de la guerre devient insupportable. Les actes d’indiscipline sont plus ou moins massifs, politisés, violents, contre les officiers, avec ou sans revendications négociables. L’autorité est bafouée, les officiers réduits à l’impuissance. On verra même un général céder devant les soldats, faisant libérer un «agitateur». Plus ra- res sont les fraternisations et les tracts politiques comme celui qui circule fin juin (4). La perspective de se rendre à Paris pour faire pression en faveur de la paix est même évoquée dans une dizaine d’unités.

Mais l’absence de coordination, d’organisation du mouvement permettent à la hiérarchie militaire de reprendre le contrôle de la situation. Robert Nivelle est rele- vé de ses fonctions et remplacé par Pétain, et même si les incidents  continuent,  les conditions matérielles des soldats sont améliorées, comme l’organisation des permissions. Après la décrue du mouvement, la répression frappe. La justice mili- taire jugera coupables 3 427 mutins, prononcera 554 condamnations à mort (majoritairement non exécutées). Au final, une trentaine de mutins seront fusillés.

Patrick Le Moal Hebdo L’Anticapitaliste – 253 (31/07/2014)

 

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17 août 2014 ~ 1 Commentaire

Ukraine : Manifeste de groupes de musique et de mouvements antifascistes (avanti.be)

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Nous représentants de groupes musicaux, de collectifs antifascistes et DIV-Inicitiv de différents pays, nous pensons que le moment est venu pour nous prononcer sur la situation dans l’est de l’Ukraine et son influence négative sur le mouvement antifasciste en général.

Nous sommes et seront toujours des antifascistes et des internationalistes. Beaucoup d’entre nous ont vu notre intégrité physique et notre liberté menacées pour ce positionnement. Nous ne pouvons pas continuer à fermer les yeux face à la « neutralité criminelle » et l’espoir que la situation change en mieux. Sûrs de ce que nous pensons, nous affirmons ce qui suit :

Nous exigeons la fin de l’affrontement militaire et une solution par la voie pacifique, à travers une négociation ouverte et sans menaces.

Nous sommes certains que dans les deux camps en conflit des criminels militaires commandent et manipulent en défense des intérêts des oligarques et des politiciens et qu’ils cherchent constamment à impliquer la population civile. Dans les camps se trouvent des mercenaires d’organisations tristement connues d’ultra-droite et pseudo-patriotiques de Russie, d’Ukraine, de Biélorussie et d’autres pays européens.

Nous condamnons tous ces « antifascistes » qui, d’une manière ou d’une autre, soutiennent l’opération antiterroriste dans l’est de l’Ukraine ; celle-ci suppose la destruction de la population civile et des infrastructures. Nous rejetons tous ceux qui apportent un soutien financier, moral ou d’un quelconque autre type aux forces armées qui sont avec le gouvernement anti-populaire, pro-fasciste et oligarchique de Kiev qui est en train de provoquer une catastrophe dans la zone et de nombreux réfugiés.

Les politiciens au pouvoir ne poursuivent que leur propre intérêt et non celui du peuple d’Ukraine.

Nous condamnons tous ces « antifascistes » qui soutiennent les régimes obscurantistes pro-russes, créations artificielles destinées à déstabiliser la situation dans l’est du pays. Nous ne sommes pas dans le même camp de ceux qui ne comprennent pas que les républiques de Donetsk et de Lougansk sont parrainées par des oligarques et des clans criminels qui utilisent la population civile pour leur propre intérêt. Nous ne croyons pas que cette « guerre d’indépendance » soit menée pour protéger les intérêts de la population de l’est. Nous ne croyons pas en la liberté sous le signe de la mitrailleuse, ni en ce soudain « antifascisme » de mercenaires armés aux mains dequels des gens meurent également.

Nous ne voulons rien avoir en commun avec des gens qui se sont récemment prononcés comme « antifascistes » ou « anarchistes » et qui, au fond, sont des nationalistes locaux ou des chauvinistes impérialistes. Nous n’avons rien commun avec ceux qui soutiennent la guerre civile et l’assassinat, le militarisme, les idées impérialistes, le culte de la personnalité, qui incitent à la haine entre les différents pays et qui se réjouissent de la mort des autres. Ceux là qui, sans le savoir ou consciemment dressent des barrières entre les activistes de différents pays et qui avec leurs intrigues diffusent une propagande et une agitation fausses. Votre place n’est pas parmi nous. Aucune tolérance envers les provocateurs et/ou les idiots utiles.

Nous considérons comme ennemis du peuple ceux qui en se déclarant « antifascistes » s’allient avec des hooligans de droite des équipes de football, qui sympathisent avec des organisations et des partis politiques de droite. A ceux qui justifient les mercenaires fascistes en essayant de réécrire ainsi l’histoire qui a été écrite avec le sang de nombreuses générations. Il y a des faits historiques qui montrent comment les nazis et les fascistes ont fini par tuer leurs propres « amis » circonstanciels et nous sommes certains que ce sera ici à nouveau le cas.

Nous rappelons combien de sang a été versé ces dix dernières années pour pouvoir créer un mouvement antifasciste international. Nos amis n’ont pas lutté et ne sont pas morts pour qu’aujourd’hui des jeunes antifascistes se dégradent et soient les victimes de la propagande d’Etat. Nous sommes tout autant contre les deux camps en conflit.

  • Non à tout compromis ou bloc avec des nazis
  • Non à tout signe de nationalisme ou de chauvinisme impérialiste
  • Non à la justification de crimes de guerre et de génocides
  • Non à la politique à double face et au pouvoir des oligarques

En ce moment où la société est divisée à cause du lavage de cerveaux et de la guerre de l’information, nous demandons aux personnes raisonnables qui sont encore dans le mouvement antifasciste de rejoindre et de soutenir notre déclaration en la signant et en la diffusant.

Ecrivez nous à : againstwar2014@list.ru

Salutations antifascistes

http://www.avanti4.be/actualite/article/ukraine-manifeste-de-groupes-de-musique-et-de

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15 août 2014 ~ 0 Commentaire

Cinéma: de la propagande militariste..(npa)

Cinéma: de la propagande militariste..(npa) dans Antimilitarisme tumblr_mcapxyNefH1r84iplo1_500

…au défaitisme révolutionnaire

L’historien Michel Anthony (1) recense près de 200 films de fiction consacrés à la « Grande guerre ».

Dans cette énorme production, dominent les films que l’on peut qualifier d’huma-nistes et de pacifistes, qui dénoncent les horreurs et l’absurdité de la guerre… mais seulement après la fin de celle-ci.

Parmi les plus remarquables : À l’Ouest, rien de nouveau de Lewis Milestone (1930),  et son remake en téléfilm par Delbert Mann (1979), tous deux adaptés du roman de Erich Maria Remarque qui reste l’un des grands classiques de la litté- rature de guerre.

On peut citer aussi Charlot soldat (1918) qui utilise l’arme de l’humour, et La grande illusion de Jean Renoir (1937) qui dut subir des coupes imposées par la censure, des Allemands étant présentés de façon trop humaine. La propagande n’a pourtant pas manqué d’utiliser ce moyen de communication de masse. L’un des tous premiers films de propagande, Cœurs du monde (1918), fut ainsi com- mandé à D.W. Griffith, réalisateur connu pour ses films à la gloire du Ku Klux Klan !, par le British War office.

Côté allemand, on produisit Le cercle enchanté (1917), à la gloire de l’invin- cible sous-marin U 35. Outre Atlantique, c’est à Howard Hawks qu’on comman- da Sergent York (1941), afin de vanter les mérites de ce héros national qui aurait tué 28 Allemands et fait 132 prisonniers, cela au moment où les États-Unis s’apprêtaient à entrer en guerre.

Antimilitaristes… après la guerre Les films plus franchement antimilitaristes sor- tiront à une époque où la guerre de 1914-18 sera devenue un sujet moins sensi- ble.

L’un des plus marquants, Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick (1957), ne sera pourtant pas diffusé en France avant 1975. Une autre guerre, celle d’Al- gérie, interdisait de s’en prendre ainsi aux assassins galonnés… Notons cepen- dant que, dès le début des années 30, le réalisateur allemand communiste Georg Wilhem Pabst plaidait pour la fraternité des ouvriers français et allemands dans La tragédie de la mine (1931).

Au rayon antimilitariste, il faut aussi ranger La victoire en chantant de Jean- Jacques Annaud (1976), qui nous montre comment colons français et allemands se font la guerre confortablement par Africains interposés ; Le Pantalon, téléfilm d’Yves Boisset (1997), sur le cas d’un fusillé pour l’exemple ; Capitaine Conan de Bertrand Tavernier (1996), qui nous montre comment certains individus peuvent s’épanouir dans la guerre ; Johnny s’en va-t-en guerre de Dalton Trumbo (1971), d’après son roman écrit… en 1939 en réponse à la propagande militariste.

Enfin, Joyeux Noël de Christian Carion (2005), montre des scènes de frater-nisation entre soldats français et allemands au cours d’une trêve. Un seul film pourtant, à notre connaissance, Les hommes contre… de Francesco Rosi (1970), s’engage clairement sur le terrain du défaitisme révolutionnaire: sur le front autri- chien, des soldats italiens socialistes retournent leurs armes contre leurs officiers sanguinaires, reprenant ainsi à leur compte les paroles célèbres de «L’interna- tionale», paroles que les Staliniens chercheront à effacer. (2)

Gérard Delteil Hebdo L’Anticapitaliste – 253 (31/07/2014)

1 – http://artic.ac-besancon.fr/histoire_geographie/HGFTP/Autres/Cinema/cine1418.doc
2 – « S’ils s’obstinent ces cannibales à faire de nous des héros, ils sauront bientôt que nos balles sont pour nos propres généraux. »

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14 août 2014 ~ 0 Commentaire

Versailles: le traité des rapaces (npa)

Versailles: le traité des rapaces (npa) dans Antiimpérialisme tumblr_m0aqa8gupj1qfzcnbo1_500

Le 28 juin 1919, le traité de Versailles est signé, complété par d’autres traités de moindre importance. Les impérialismes vainqueurs imposaient les conditions de paix à l’Allemagne et ses alliés.

Charcutages et pillages en tous genres En fait ce traité visait à garantir la suprématie franco-britannique sur l’Europe, avec les Américains en arrière-plan.
L’Allemagne était amputée de 15 % de son territoire, 10 % de sa population, et privée de ses colonies, la rive gauche du Rhin occupée par les vainqueurs.

L’empire austro-hongrois fut démantelé au profit de républiques hongroises, autrichiennes, yougoslaves, etc. Ces charcutages furent réalisés dans le plus total mépris du droit des peuples. Intenables à la longue, ces constructions exacer- baient les contradictions qui culminèrent avec le conflit inter-impérialiste de 1940-45.

L’Allemagne fut aussi contrainte à des indemnités massives, qui l’écraseront durant toutes les années 1920: la haine pour ce pillage alimentera le processus révolutionnaire des années 1920, mais aussi le nazisme.

Concernant le Moyen-Orient, les traités de Sèvres-Lausanne organisèrent le démembrement de l’empire ottoman au profit des franco-britanniques, et l’établis- sement d’un «foyer national juif» en Palestine fut encouragé.

«Sécurité collective» et humiliation… La Société des nations (SDN) fut aussi constituée à Versailles. Identifiée aux orientations défendues par le président américain Wilson. Son objectif était la «sécurité collective», la paix grâce à la négociation entre puissances. La SDN était en fait avant tout garante des condi- tions de «paix» échafaudées à Versailles.

Ultérieurement, elle ne put empêcher la marche à la guerre mondiale (guerre d’Espagne, etc.) et s’effondrera en 1940-45. Une nouvelle organisation, l’ONU, sera créée dans l’après-guerre. Le jeune pouvoir rouge de Russie fut évidemment écarté de la signature d’un traité qu’il dénonça immédiatement.

Selon l’Internationale communiste, «le traité de Versailles a placé l’Allemagne et toute une série d’États vaincus dans des conditions qui rendent matériellement impossible leur existence économique, les privent de tous droits et les humilient.» En conséquence, le jeune Parti communiste allemand, notamment, fut aux avant-postes de la lutte contre le paiement des réparations.

Hebdo L’Anticapitaliste – 253 (31/07/2014)Pascal Morsu

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14 août 2014 ~ 0 Commentaire

1914 1944: des célébrations racoleuses qui légitiment les guerres(rue 89)

1914 1944: des célébrations racoleuses qui légitiment les guerres(rue 89) dans Anticolonialisme 1728434489

Faire sonner les cloches de toutes les églises de France pour commémorer le début de la Première Guerre mondiale: de cette initiative ubuesque, on pour- rait à juste titre s’amuser, tant la méthode choisie, une circulaire autoritaire, adres- sée en pleines vacances d’été à l’ensemble de la population, paraît décalée par rapport aux attentes habituelles en matière de mémoire historique.

Indécentes, également, ces invraisemblables cérémonies, défilés, recons-titutions militaires à la limite de l’obscène, censés rappeler aux foules joyeusement rassemblées comme pour un Tour de France la libération de l’été 1944: pour tous ces inconscients, la guerre est une fête (ici, par exemple).

Mais à bien y regarder, cette frénésie commémorative protéiforme qui mélange sans scrupules les événements du passé au point qu’ils en deviennent inintel- ligibles, cache mal les intentions politiques de ses organisateurs.

Une mémoire instrumentalisée Depuis plusieurs mois déjà, l’Education natio- nale, qui n’est jamais en retard d’une guerre dès lors qu’il s’agit de commémorer un peu tout et n’importe quoi, n’avait pas ménagé ses efforts pour sensibiliser les élèves à l’événement, mettant à contribution toute sa hiérarchie au service d’une très discutable conception mémorielle.

  • Par exemple, en labellisant pour l’école primaire le concours des « petits artistes de la mémoire », en réalité une initiative d’anciens combattants imprégnée des pires clichés bellicistes d’il y a un siècle ;
  • ou encore, ces milliers d’élèves réquisitionnés par le recteur de l’académie de Caen, pour servir d’arrière-plan au barnum commémoratif organisé autour de l’anniversaire du débarquement en Normandie.

Ce n’est probablement pas le fruit d’une coïncidence si le défaut d’historicité de ces manifestations à n’en plus finir, répercute les préoccupations clairement affi- chées dans le communiqué publié par l’Elysée à l’occasion du centenaire de la déclaration de guerre en août 1914.

En quelques mots, François Hollande réécrit l’histoire: «Les Français de 1914 se sont levés pour défendre leur patrie et pour l’idée qu’ils se faisaient de la République [...] Pendant quatre années, la France a souffert, non pour conquérir ou pour asservir mais pour rester libre.»

Défendre leur patrie, leur liberté? Ou plutôt partir à la guerre parce qu’on ne leur en avait pas laissé le choix: endoctrinés par des années d’école dont l’objectif clairement affiché était de faire d’eux des soldats, les jeunes de 1914 se sont trou- vés piégés par un système de conscription qui ne leur laissait d’autre alternative que le champ de bataille ou la prison pour désertion, en attendant le poteau d’exécution pour les mutins.

Une mémoire politisée A vrai dire, pouvait-on réellement attendre autre chose que cette rhétorique digne des «détrousseurs de cadavres et imposteurs» (Dalton Trumbo) qui résonne comme l’écho de la politique aventureuse et cocardière menée depuis deux ans par François Hollande ?

En 1914 comme en Afrique aujourd’hui, la guerre est toujours justifiée. Il n’est pas indifférent de remarquer que la reconstitution historique fantaisiste à laquelle se livre le président de la République, se poursuit, dans le même message du 1er août, par l’évocation des «menaces» qui pèseraient aujourd’hui sur la France. «Aujourd’hui, notre pays fait face à d’autres menaces», affirme-t-il.

Et d’avancer pêle-mêle, les troubles en Ukraine, la guerre en Syrie, les persé- cutions des chrétiens d’Irak, le terrorisme en Afrique, etc, c’est-à-dire au final, des troubles qui ne menacent en rien la France, mais dont l’énumération anxio- gène vise surtout à légitimer une action politique: celle faite d’interventions incon- sidérées en Afrique, de dépenses militaires exorbitantes, de législations qui, sous couvert de lutte anti-terroriste, menacent toujours plus les libertés civiles. Faire parler les morts pour justifier les prochaines guerres ou pour donner le change ? Si les célébrations racoleuses organisées en cet été 2014 n’avaient qu’un objectif à remplir, ce serait d’abord celui-ci.

Une mémoire militarisée De fait, à travers le rapprochement factice de dates, 1914 et 1944, arbitrairement réunies, cet épisode mémoriel à grand spectacle a en réalité plus à voir avec une mise en scène du passé qu’avec l’histoire. Car dans le cas présent, il ne s’agit pas de faire comprendre, d’instruire, ni même de témoigner, mais de susciter dans le public, car c’en est un, avec une admiration béate pour le clinquant des parades militaires, l’adhésion au caractère inéluctable des guerres, à leur légitimité.

Dans cette optique, le recentrage prioritaire de la commémoration sur un petit nombre d’épisodes militaires, sortis de leur contexte, au détriment du reste, n’est pas le fait du hasard. Il résulte pour une bonne part du choix, évidemment politi- que, qui a été fait en France, de donner au ministère de la Défense le premier rang dans l’organisation de l’épisode commémoratif, ce qui fait de lui, par exem- ple, le partenaire privilégié de l’Education nationale pour tout ce qui s’y rapporte.

On notera de la même façon que la Mission du centenaire de la Première guerre mondiale se trouve placé directement sous l’autorité du secrétaire d’Etat «aux anciens combattants et à la mémoire», une titulature pour le moins curieuse qui fait des anciens combattants des guerres coloniales les dépositaires du sou- venir d’épisodes historiques, les deux guerres mondiales, auxquels ils n’ont jamais participé.

Une commémoration, finalement, pour quoi faire? Tout simplement, banaliser les guerres du passé pour détourner hypocritement l’attention de celles qui se déroulent aujourd’hui sous nos yeux. Ici, des enfants massivement réquisitionnés se divertissent du spectacle de la guerre reconstituée; de l’autre côté de la Médi- terranée, des enfants meurent pour de vrai dans de vraies guerres.

Bernard Girard Enseignant en collège Publié le 14/08/2014 à 10h43

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