Archive | Antimilitarisme

02 août 2015 ~ 0 Commentaire

turquie: face à la politique guerrière de l’akp, défendons la paix! (essf)

88246616_o

Suite à l’attentat-suicide de Daesh où 32 jeunes étudiants s’apprêtant à se rendre à Kobané pour contribuer à la reconstruction de la ville ont trouvé la mort, et aux représailles du PKK causant la mort de 2 policiers, l’Etat turc a lancé une vaste opération d’arrestation de centaines de militants kurdes, d’extrême-gauche et (quelques dizaines) de Daesh ainsi que plusieurs bombardements aériens des camps du PKK en Irak du nord.

Une politique etrangère guerrière Si l’attentat de Suruç a été organisé par l’organisation djihadiste Daesh, c’est bel et bien la politique extérieure guerrière du régime Erdogan qui a fourni les conditions dans lesquelles la barbarie djihadiste a pu se déployer sur le territoire turc. La diplomatie turque dirigée par le ministre des Affaires étrangères (actuel Premier ministre) Ahmet Davutoglu depuis 2009, avait pour objectif une «normalisation» des rapports de la Turquie avec les pays voisins tout en étant paradoxalement accompagné de la moti- vation «néo-ottomane» d’établir une hégémonie politico-culturelle et économique sur les pays du Moyen-Orient.

Mais avec la révolte populaire en Syrie Ankara a misé sur un renversement rapide d’al- Assad. Cette illusion l’a entraîné à s’engager de tout son poids aux côtés des monarchies du Golfe et des États-Unis en soutenant l’opposition syrienne (ALS puis groupes djihadistes). Cependant il s’est avéré qu’ Assad tenait bon et que le régime n’était pas près de tomber. Ce que l’impérialisme occidental a fini par comprendre. Mais non l’AKP. L’adoption d’une politique extérieure ne concordant plus avec aucune de celles de ses principaux alliés, a fini par isoler l’État turc au niveau international.

L’AKP et Daesh : « L’ennemi de mon ennemi… » Une des principales raisons de l’enga- gement du régime d’Erdogan dans le combat pour le renversement d’al-Assad fut certaine- ment la présence d’une forte population kurde à la frontière turco-syrienne. La formation d’une administration régionale kurde au nord de l’Irak suite à l’intervention impérialiste en 2003 avait sans doute constitué un des traumatismes politiques les plus marquants de l’État turc. C’est donc manifestement la crainte de revoir le même scénario se réaliser à la suite d’un changement de régime en Syrie qui a poussé le gouvernement turc à tenter d’intervenir dans la crise syrienne dès le début du soulèvement et d’établir un contrôle sur l’opposition (face aux autres « amis de la Syrie »), tout d’abord à travers les Frères musulmans, puis par le soutien à d’autres courants islamistes.

Alors qu’un processus de négociation (accompagné d’un cessez-le-feu) avec le leader du mouvement kurde, Öcalan était en œuvre, le gouvernement turc est allé jusqu’à soutenir implicitement ou du moins souhaiter de tout cœur la prise de Kobanê (où le PYD organisa- tion sœur du PKK avait déclaré l’autonomie) par Daesh, permettant à ses militants de tra- verser librement la frontière dans les deux sens. Une région dominée par Daesh à sa fron- tière était ainsi préférable pour le régime d’Erdogan, au point où malgré la pression des Etats-Unis il ne participa que timidement et à contrecœur à la coalition anti-Daesh.

Erdogan joue sa dernière carte Comme conséquence de cette politique (et aussi du fait que le processus de négociation ne donna aucun résultat concret) l’AKP perdit son soutien dans le Kurdistan de Turquie et le HDP (lié au mouvement kurde) obtint 13%, un résultat inattendu. Ainsi l’AKP n’était plus en mesure de former le gouvernement tout seul, comme il été le cas depuis 2002.

Profitant de l’attentat de Suruç, l’AKP tente aujourd’hui, avec son changement de position envers Daesh, de redevenir un acteur crédible dans le Moyen-Orient aux yeux de l’impéria- lisme occidental (surtout face à la montée de l’Iran avec les accords nucléaires). En retour il obtient l’approbation de l’administration Obama pour ses frappes contre les camps du PKK.

Au niveau national, Erdogan espère que ce climat de conflit et de mobilisation anti- terroriste lui permettra de ré-émerger comme leader national, de discréditer le HDP, de récupérer les voix passées à l’extrême-droite pour renforcer celles de l’AKP dans le cas d’élections anticipés (forts probables), permettant ainsi la formation d’un nouveau gouver- nement AKP et la transition à un régime présidentiel-autocratique dont il serait le sultan.

La guerre est effectivement la continuation de la politique par d’autres moyens. Aux forces de gauche et au peuple kurde de se mobiliser pour défendre la paix !

Uraz Aydin 27 juillet 2015

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article35560

Lire la suite

31 juillet 2015 ~ 0 Commentaire

liberté, égalité, défilé! (la rotative)

 rafale

L’État français s’est exhibé à deux reprises durant le grand week-end du 14 Juillet, en participant à l’humiliation du peuple grec, puis offrant un podium à la junte mexicaine. Face à l’expression démocratique, le pouvoir en place préfère cirer les pompes des banquiers et lustrer les godillots des nervis.

Il paraît que le défilé parisien du 14 juillet fût un modèle du genre. Les gazettes nous vantent la prestation. La France a effectivement une curieuse habitude, commémorer sa fête nationale en faisant défiler des engins de mort et l’armée. Le Chef de l’État avait invité le président Mexicain, Enrique Peña Nieto et 150 pistoleros de son armée à la parade estivale. Ah le grand moment.

Au préalable, le président Mexicain a reçu la médaille de l’université de la Sorbonne, sans doute pour ses humanités. Il a dû ranger la nouvelle breloque avec la légion d’honneur déjà offerte par le président Hollande. C’est un signe d’amitié, un gage de la république. Lorsqu’on achète des hélicoptères, des chars, des radars et autres joyeusetés mortelles, on a des médailles. Un peu comme Auchan vous file un porte clés pour le caddie rempli. Là, le caddie fait 500 millions d’euros, alors il y aura deux porte clés et ils seront plus beaux.

François Hollande tient à affirmer que ces ventes sont nécessaires à l’État de Droit. Bien sûr, on vend des armes pour que le peuple soit rempli de ses droits, qui oserait en douter ? Du bon coté on met les gentils et les méchants en face, c’est simple et pas sorcier à comprendre.

Certains esprits chagrins (80 associations) n’ont pas manqué de rouspéter et critiquer la venue du chef du parti révolutionnaire institutionnel mexicain. Il est vrai que 46 000 disparus depuis quatre ans chiffonnent un tantinet l’État de Droit mexicain, sans parler des journa- listes emprisonnés, des 7 000 plaintes pour torture. Mais François Hollande a promis d’inter- peller son invité, pour qu’il ne recommence plus ses bêtises, comme le massacre d’Ecuan- dureo, où 42 civils désarmés furent abattus par l’armée depuis un hélicoptère, qu’il fasse aussi un effort pour expliquer la disparition de 43 élèves instituteurs.

Le voila prévenu et tancé, Enrique Peña Nieto, il doit lorgner ses chaussures à présent. Il est étonnant ce François Hollande, il a interdit une manif pro-palestinienne il y a un an, et il fait défiler une junte sur les Champs ; comparativement la diplomatie de Chirac vis-à-vis d’Israël et de la Palestine peut être classée à l’extrême-gauche. C’est pourtant difficile d’être président, il faut renouveler la clientèle de la France, décimée au printemps arabe.

Fini les campeurs libyens installés à l’Hôtel Marigny, impossible d’inviter Bachar el- Assad, les râleurs ne manqueraient pas, il a donc fallu qu’Hollande fasse la tournée des potes et despotes, morigéner les dirigeants propriétaires de l’Arabie Saoudite: «C’est pas parce qu’on vous vend des Rafales qu’on est d’accord avec vos 75 décapitations»; «vous n’avez pas honte de fouetter les blogueurs?»; «avec les Rafales je vous mets du Taser, des tonfas, des lacrymogènes?» En Arabie comme au Mexique, on aide l’État de Droit.

Pour entretenir l’esprit du 11 janvier, François Hollande a mis la main à la pâte afin que ce défilé pète le feu. Des clients à la tribune, des opérateurs de sécurité dans le défilé. Sitôt l’armée mexicaine escamotée, on fait défiler la Gendarmerie et la police, esprit du 11 janvier toujours! Des chicaneurs diront que le linceul de Rémy Fraisse est encore tiède, de cette nuit où les pandores, au service de la nomenklatura PS du Tarn, envoyèrent 23 grenades offensives à la cantonade au cas où, jusqu’à ce que…

Il y a aussi l’opération «sociale» d’Anne Hidalgo (de gauche), avec le concours des chaussures à clous et de la sûreté de l’État, à la Halle Pajol, pour «aider» les réfugiés. Clic clac, contact, matraque, l’affaire est dans le sac pour ne pas que les «gens» restent à la rue. On est loin de l’amateurisme du Parti Socialiste façon sac de Riz en Somalie, là on cible le client sur place. Ils veulent des papiers? On va leur en donner, 30 000 reconduites à la fron- tière, 60 000 obligations de quitter le territoire, 50 000 rétentions administratives concernant prés de 6 000 enfants. Allez hop, ça roule avec la gauche!

Ce gouvernement a décidément de l’audace. Imagine-t-on en 1962, la flicaille de Charon- ne ouvrir le défilé, ou en 61 les brigades de Papon acclamées sur les Champs après avoir foutus des algériens à la Seine, en 1985 la DGSE victorieuse d’une grande bataille navale (bateau de Greenpeace coulé en Nouvelle-Zélande, 1mort, note du blog), ou mieux en 1986 des motards voltigeurs (ayant tué Malik Oussékine note du blog) ouvrant le défilé? A partir d’aujourd’hui on peut tout imaginer, l’an prochain peut-être, le commissariat de Joué-lès-Tours…

Succédant à la police et aux mexicains, l’armée s’est mise à défiler. Monsieur Hollan- de? Un mot sur les viols des mômes en Afrique par nos troupes? Secret-Défense, tout va bien. C’est sûr que cette année, Hollande n’a pas invité l’armée grecque, ni distribué de mé- daille à Tsipras, mais bon, l’année était salement chargée. Faire passer une loi sécuritaire, quelques lois anti-sociales touchant près de 300 domaines, c’est du boulot. Ajoutez à ceci un congrès du PS où il fallut surtout ne rien dire, ne rien changer. On a ainsi pu entendre le président du groupe PS à l’Assemblée, Bruno Le Roux, assener: «La sécurité et la patrie étaient des thèmes de droite, ils ne le sont plus». Eh ben on te croit, pour une fois que le PS ne raconte pas de conneries.

Le défilé est fini, le Ricard a été séché dans les jardins de l’Élysée, la Grèce est mise au pas, les lois scélérates sont votées ou mise en place au forceps, un nouveau client à armer a rejoint la maison France, qui lorgne la troisième place des marchands d’armes, et Hollande attend, sûr de lui, son investiture en 2017, misant sur cette diplomatie au service des potes, sur une politique de la muselière et du recul social.

Quel tyran sera l’invité du prochain défilé militaire, combien de campements de misère la police va-t-elle détruire, combien de piquets de grèves réprimés, combien de trahisons diplomatiques au service du fric, combien de suppressions de postes dans les hôpitaux, les écoles, les universités, combien à payer encore pour vivre de plus en plus mal ? Cette man- dature présidentielle, la plus droitière qu’on ait jamais eu, lamine l’espoir de tout changement au service de l’Homme, englue les certitudes désespérantes. Pour faire suite à Sarkozy qui avait collé des peines planchers aux pauvres, la «Gôche» colle des peines plafonds aux riches avec la limitation des indemnités et dommages et intérêts des salariés aux prud’hom- mes. Les seules promesses tenues sont de larmes et de sang.

En France aujourd’hui, une infirmière de bloc opératoire, après 3 ans et demi de for- mation, gagne 1 329 euros, plus 170 euros de prime de bloc. Un député, environ 5900  eu- ros.  Manuel Valls, fort d’une licence en histoire et d’un CDD à la maison Rocard, prend 14990 euros mensuels, hors ses placements mirifiques, le mérite sans doute. Un député européen gagne, lui, 6 200 euros net. Tout ce petit personnel politique a également sa carte de gratuité pour le train, l’avion, les frais de gîte et de bouche, comme tout le monde quoi.

C’est ce staff de professionnels politiques qui juge de ce qui est bon pour l’ensemble des résidents du pays. L’adoption de la loi Macron traduit ainsi que les français sont trop payés, alors on rabote. Ce n’est pas grave, le VRP Hollande court la planète pour enrichir Dassault, c’est là l’essentiel. Jean Baptiste Clément posait une bonne question peu après la Commune: «Jusques à quand les gens de guerre Tiendront-ils le haut du pavé, Jusques à quand la sainte clique , nous croira-t-elle un vil bétail?»
La question a le mérite d’être encore ouverte.

Michel ANCE Ouvrier du Livre Publié le 30 juillet 2015 |
http://piquetdegreve.blogspot.fr/

http://larotative.info/liberte-egalite-defile-1124.html

Lire la suite

28 juillet 2015 ~ 0 Commentaire

la guerre contre l’état islamique est un alibi pour combattre les kurdes (ci)

88246616_o

Les attaques à l’encontre des militants kurdes, alliés de la coalition contre l’Etat islamique, accompagnent les raids turcs contre l’EI en Syrie.

Ankara privilégie ainsi son propre agenda politique au risque d’exacerber les tensions à l’intérieur du pays. La Turquie, présentée comme le fer de lance de la lutte contre le régime syrien du fait de son soutien actif aux groupes armés de l’opposition, s’est vu reprocher par ses alliés occidentaux sa connivence avec le groupe Etat islamique (EI) dans son opposition aux forces kurdes.

Ankara, qui partage une frontière de 900 kilomètres avec Damas, a en effet longtemps servi de base arrière pour les combattants [islamistes] de Nosra et de Ahrar El-Cham, et a été fustigée pour son attitude attentiste et troublante au moment où les Kurdes du Parti de l’union démocratique [PYD, parti kurde syrien proche du Parti des travailleurs du Kurdistan en Turquie, PKK, séparatiste] combattaient l’EI à Kobané. Si cette passivité a pu se justifier notamment par la volonté turque d’affaiblir le régime de Bachar El-Assad et de contenir les velléités autonomistes kurdes, elle n’en a pas moins irrité son allié américain, dont l’objectif déclaré est celui d’une guerre “totale” contre l’EI.

Aussi Washington a-t-il apporté un soutien au Parti de l’union démocratique (PYD) qui administre le Kurdistan syrien depuis trois ans, en fournissant depuis décembre 2014 des armes au PYD sous la stricte condition qu’elles ne soient pas redistribuées au PKK turc, qui figure sur la liste terroriste des Etats-Unis. Le PYD et le PKK constituent cependant une seule et même organisation “terroriste” pour Ankara.
*
Dans un contexte où le rêve d’unité des trois cantons kurdes en Syrie pourrait se concrétiser, et face au dérapage de la situation sécuritaire interne et à l’évolution du rapport de force global régional, il semble que les Turcs aient fait le choix de conclure un accord avec l’administration Obama. Un accord qui fait de la Turquie une pierre angulaire de la lutte contre l’EI en permettant aux avions de la coalition d’utiliser ses bases aériennes.
*
Mais en contrepartie de quoi ? Du fait de la proximité des bases turques avec le territoire syrien, les membres de la coalition vont pouvoir effectuer des opérations moins coûteuses et plus opérationnelles. Mais qu’a obtenu M. Erdogan en contrepartie de cette faveur? Les Américains ont-ils accepté, comme les Turcs le laissent entendre, l’idée d’une zone d’exclu- sion aérienne au nord de la Syrie et la possibilité d’une intervention turque pour créer une zone tampon entre les cantons kurdes de Syrie ?Les officiels américains répondent par la négative, mais il semble que, du côté turc, l’appui concret à la coalition internationale en Syrie ne s’est traduit qu’après l’acceptation des garanties américaines visant à empêcher la création d’une zone autonome kurde en Syrie et la possibilité de mettre en place une zone tampon dans le nord de la Syrie, qui servirait de base à l’opposition syrienne.
*
Dans tous les cas, après avoir fait un pas en avant dans son engagement dans la coalition internationale, la Turquie s’est empressée de faire un pas en arrière en bombardant les positions du PKK, alors que les Kurdes du PYD (proche du PKK) sont les principaux alliés de l’Occident dans la lutte contre l’EI. Un bombardement qui attise un peu plus les tensions entre les différents acteurs et qui remet sérieusement en question le processus de paix entre Ankara et le PKK. La lutte contre l’EI n’est-elle qu’un alibi pour affaiblir le PKK et ses alliés, et pour, à terme, empêcher le projet d’union des trois cantons kurdes syriens?
*
In fine, si l’objectif demeure inchangé pour la Turquie, ce deal manifeste l’infléchis- sement de la position turque. L’équation “pas de bombardements de l’EI sans bombarde- ments du régime syrien” a été remplacée par l’équation “pas de bombardements contre l’EI sans bombardements contre les Kurdes”. Tout cela sans confrontation directe avec le régime Assad.La complexité de la situation turque, qui doit gérer, dans le même temps, une lutte contre trois ennemis (Assad/ les Kurdes du PKK/ l’EI) explique en partie ces revirements politiques. Revirements à haut risque pour Ankara : d’une part, le risque d’un mouvement de contes- tation de la part des Kurdes de Turquie (plus de 15 millions de personnes) ; d’autre part, le risque d’attentats de l’EI qui dispose de cellules dormantes en Turquie.

Lire la suite

24 juillet 2015 ~ 0 Commentaire

mythes et mensonges sur hiroshima et nagasaki (lcr.be)

enolagay

Différentes thèses s’affrontent pour expliquer les motivations réelles du bombar- dement atomique d’Hiroshima et de Nagasaki (les 6 et 9 août 1945) par les États-Unis, les amenant ainsi à commettre un crime contre l’Humanité.(…)

La thèse officielle, celle que tous les enfants étasuniens apprennent par coeur à l’école et qui, dernièrement encore, a été réaffirmée par le Sénat des États-Unis, explique que l’usage de la bombe atomique en 1945 a permis de précipiter la fin d’une guerre sang- lante, de perdre moins d’argent et d’épargner des milliers de vies humaines. Le président Truman, qui prit la décision finale, affirma que son geste avait sauvé la vie de près de 250. 000 « boys ». Après la guerre, dans ses « Mémoires », ce chiffre monta à 500.000 (1). D’autres ont été jusqu’à avancer des chiffres de l’ordre de 1… à 3 millions de vies épargnées !

Selon les tenants de cette thèse, au cas où les troupes U.S auraient débarqué au Japon, les soldats nippons, fanatiques et partisans d’une guerre à outrance, auraient opposé une résistance suicidaire et jusqu’au-boutiste. De plus, les soldats japonais auraient été épaulés par des millions de civils tout autant fanatisés. (…)

Face à cette série de dogmes officiels, plusieurs historiens ont osé les démonter pièce par pièce. Le premier d’entre eux, Gar Alperovitz, politologue étasunien, soutient depuis 1965 que son pays a fait usage de la bombe pour faire peur à Staline, dont les «visées expansion-nistes» menaçaient les intérêts (grandissants) des États-Unis dans le Sud-est asiatique et en Europe.

500.000…1.000.000 ? L’argument des 500.000 (ou plus) vies épargnées ne tient absolument pas debout. Un rapport des stratèges militaires américains prévoyant le coût humain d’une invasion du japon (prévue pour le 1er septembre 45) contient de tout autres chiffres. Rédigé par le Chef d’ Etat-Major, le général Marshall, et daté du 18 juin 1945, il estime avec précision les pertes américaines à… 46.000 hommes au maximum. (4). Ce rapport, qui n’a seulement été rendu public qu’en 1985, était adressé au président Truman, celui-ci a donc sciemment menti.

Les chiffres fantaisistes du président et consorts reposaient sur l’argument que les Japonais, civils et militaires, se battraient jusqu’à la mort. Or, pour ce qui est des soldats, ce fanatisme, réel à une certaine époque du conflit, commençait à se fissurer. Alors que durant les batailles précédentes les soldats japonais se faisaient tuer sur place plutôt que de se rendre, lors de l’importante bataille d’Okinawa au mois de juin 1945, plus de 7.000 d’entre eux se sont constitué prisonniers. Du jamais vu. (…)

Quant aux civils, l’argument est tout simplement absurde : le peuple japonais était totalement à bout après presque 13 années de guerre (d’abord avec la Chine, puis avec les Alliés) : privations, misère, faim, souffrance et mort sous les tapis de bombes largués par les bombardiers américains (plus de 21 millions de Japonais ont été d’une façon ou d’une autre touchés par ces bombardements massifs), etc. Un tel peuple n’aspirait plus qu’à la paix et l’on peut difficilement se l’imaginer fonçant droit vers des chars étasuniens avec des « pieux en bois » (5).

La Bombe et le sacrifice d’Hiroshima et de Nagasaki ont-ils au moins permis de préci- piter la fin de la guerre (d’au moins un an nous dit-on) en démontrant le potentiel destructif des États-Unis ? Rien de plus faux. Le Japon avait déjà virtuellement perdu la guerre car il était tout bonnement matériellement incapable de la poursuivre. Le potentiel militaire nippon était pratiquement détruit : 90% des bâtiments de la marine de guerre et de la flotte marchan- de reposait au fond l’océan, ce qui, pour une île dépourvue de ressources et de matières premières stratégiques indispensable à l’industrie de guerre, comme le pétrole par exemple, équivalait à une agonie rapide. (…)

Enfin, « La défense anti-aérienne s’était totalement effondrée » (6), ce qui explique la facilité avec laquelle des impressionnantes escadres de bombardiers US pénétraient dans le ciel nippon. Ces bombardements terroristes, aveugles et coûteux en vies humaines – c’était leur but ; celui de Tokyo du 9 mars 1945 a ainsi fait plus de 125.000 morts, soit plus de victimes directes qu’à Hiroshima ! – avaient complètement déstructuré les entreprises et la machine de guerre japonaise. Tokyo était rasée à 50%, Yokohama, le principal port du pays, à 85%, Kobe à 56%.(…) Imaginer dans ces conditions que le Japon pouvait encore soutenir le conflit pendant une année ou plus relève donc de la pure fantaisie.

Une bombe sans poids (…) Dès le mois d’avril 1945 en effet, l’Empereur était persuadé qu’il fallait négocier et conclure la paix au plus vite. Durant le mois de mai, une tentative de contact entre Japonais et Américains avait eu lieu via les diplomates nippons en poste à Berne. Vu l’échec de ces démarches, la diplomatie japonaise privilégiera ensuite des négociations détournées via Moscou.(…)

Mais les Japonais mettaient tous leurs espoirs de paix sur les Russes sans se douter qu’à la Conférence inter-alliés de Yalta, Moscou avait promis aux Alliés occidentaux de décla- rer la guerre au Japon six mois après la défaite nazie en Europe. (…)

Les autorités étasuniennes savaient parfaitement tout cela. Un rapport secret des services spéciaux américains (découvert en 1988) qui relate les discussions au sein du pouvoir nippon, nous apprend que « les recherches montrent que [au sein du cabinet japonais] il fut peu question de l’usage de la bombe atomique par les États-Unis lors des discussions menant à la décision d’arrêter les combats. [sans l’usage de la bombe], les Japonais auraient capitulés après l’entrée en guerre de l’URSS » (9).(…)

Mais le 10 août, lorsque les Japonais offrent officiellement leur reddition tout en demandant que Hiro-Hito et la monarchie soient maintenues, les États-Unis accepteront sans sourciller cette demande. On peut donc se demander pourquoi il ne l’ont pas men- tionné 15 jours plus tôt, ce qui leur aurait permis d’éviter d’utiliser la Bombe et de sacrifier inutilement des centaines de milliers vies humaines.

La réponse est évidente, Truman et Cie savaient pertinemment que les Japonais refu- seraient l’ultimatum de Potsdam et qu’ils auraient là l’occasion et la justification « morale » d’employer la bombe atomique. En vérité, comme on le verra plus loin, la plus grande crainte de Truman à cette époque n’était pas d’employer la bombe atomique, mais bien tout au contraire de ne pas avoir le temps ni l’occasion de le faire !

Il faut par ailleurs connaître certaines de ses déclarations pour se faire une idée du personnage tel qu’il fut, loin de cette fable d’un « homme torturé par une décision difficile qui lui a coûté ». Lorsqu’il apprit le succès du bombardement d’Hiroshima, Truman déclara joyeusement à ses proches: «Les gars, on leur à balancé un concombre de 20.000 tonnes sur la gueule! » (10). On est loin ici de la phrase « historique », grave et pesée que l’on pourrait attendre d’un homme sensé qui a pris un décision aussi terrible pour l’humanité. Peu de temps après, à un journaliste qui lui demande « Quel a été votre plus grand remord dans votre vie? », Truman répondra : « Ne pas m’être marié plus tôt »! (11) On voit là combien lui aura « coûté » son choix.

Pour conclure… Quelles furent donc les véritables raisons qui motivèrent Truman et sa clique? Plusieurs facteurs entrent en compte (12) et la thèse d’Alperovitz en apporte plu- sieurs. Mais elle est insuffisante quant à sa conclusion. Pour Alperovitz, les Étasuniens jugeaient que les rapports de forces, à l’heure d’un nouveau partage impérialiste du monde, étaient par trop favorables à l’URSS et qu’il fallait stopper « l’expansionnisme » soviétique.

La possession (et la démonstration pratique) d’une arme de destruction sans équivalent était donc un atout important aux mains des États-Unis non pas pour terminer la Seconde guerre mondiale mais bien pour entrer de plein pieds dans ce qui allait devenir la Guerre froide en menant une politique de «refoulement» de «l’expansionnisme rouge». C’est effec- tivement à la conférence de Potsdam que les Étasuniens vont commencer à modifier sen- siblement leur ligne de conduite par rapport à l’«Oncle Joe» comme la presse américaine appelait Staline. Et c’est justement à ce moment que Truman — qui sait depuis peu que la bombe atomique est opérationnelle — en rédigeant un ultimatum inacceptable pour les Japonais, décidait d’employer la bombe comme un atout stratégique majeur face à Moscou.

Mais l’explication donnée par Alperovitz d’une réaction motivée par «l’ expansionnisme soviétique» est plus qu’à nuancer car elle sous-entend une volonté de la part des Sovié- tiques de dominer et d’envahir la planète. Ce qui, lorsque l’on connaît la pratique et la nature du régime stalinien, est entièrement faux. La bureaucratie soviétique se contentait en fait de créer un glacis stratégique protecteur autour de ses frontières et sabotait par contre toute possibilité révolutionnaire en dehors de ce glacis stratégique géographiquement circonscrit – au sein duquel d’ailleurs il s’agissait avant tout de modifier les régimes sociaux et politique de manière bureaucratique, et non par le biais d’authentiques révolutions.

A la fin de la guerre, les Partis communistes staliniens, aux ordres de Moscou, ont ainsi, en France, en Italie et dans plusieurs pays coloniaux, étouffés les germes ou la mar- che en avant de la révolution. Rappelons également que Staline s’opposa avec véhémence à la révolution chinoise de Mao.(…) Le véritable expansionnisme était étasunien et non soviétique. La bombe atomique (et son usage sur Hiroshima et Nagasaki) était une arme politique, c’était une arme au service de l’impérialisme étasunien afin de s’assurer le statut d’une superpuissance mondiale sans partage. Par Ataulfo Riera

Article publié dans La Gauche en août 2000

http://www.gauchemip.org/spip.php?article3827

Lire la suite

22 juillet 2015 ~ 0 Commentaire

la remilitarisation du japon (essf)

japon pacif
*

Le Premier ministre japonais veut imposer une nouvelle loi militariste face à une opposition pacifiste massive.

Depuis des années, la droite nippone tente de faire accepter à la population une rupture radi- cale avec ses convictions pacifistes, forgées par la prise de conscience du désastre que représenta la période 1937-1945.

Tout est bon pour cette entreprise : dramatisation de la montée des tensions géopo- litiques dans la région ; déclarations négationnistes visant à banaliser les crimes commis sous le régime impérial, exaltation du nationalisme de puissance et recours aux sectes ou association telles la puissante Nihon Kaigi ; intervention sur les programmes scolaires en histoire, manipulation des symboles, rupture du tabou concernant l’arme nucléaire ; « réinter- prétation » de l’article 9 de la Constitution de 1947 renonçant à la guerre…

Bien qu’elles n’aient cessé de renforcer leur capacité, le rôle des Forces d’Autodéfense (FAD, le nom officiel de l’armée) est resté très délimité, centré sur l’Archipel. Les premières interventions extérieures ne remontent qu’à 1992, dans le cadre onusien et en dehors des zones de combat, dépendant à chaque fois d’une décision parlementaire. En juillet 2014, la « réinterprétation » de l’article 9 avait permis à Shinzo Abe, Premier ministre japonais, de donner au Japon le droit de participer à des systèmes de défense collective. Il a maintenant décidé de franchir un pas décisif en faisant adopter une nouvelle loi permettant aux FAD d’être déployées à l’étranger pour peu que « la survie du Japon soit menacée ». Ladite « survie » pouvant être « menacée » de bien des façons (approvisionnement énergétique, etc.), il s’agit en fait d’un blanc sein.

Shinzo Abe peut s’appuyer sur Washington, qui souhaite que Tokyo joue un rôle plus actif en ce domaine, et sur les majorités parlementaires. Il a obtenu le 16 juillet un premier vote favorable à la Chambre basse. Les textes doivent maintenant passer devant la Chambre haute. L’objectif est d’obtenir une adoption définitive à marche forcée, dès septembre.

Ce que le Premier ministre n’avait pas prévu, c’est l’ampleur de l’opposition pacifiste qui allait se manifester dans le pays, malgré des années de propagande militariste. Des dizai- nes de milliers de personnes ont manifesté contre le projet de loi, entourant notamment le Parlement le 16 juillet aux cris de «Abe démission», «Non à la guerre». La très grande majo- rité des juristes ont souligné qu’il était inconstitutionnel, contredisant l’article 9. De nombreux universitaires et intellectuels se mobilisent. Seuls 18 % des Japonais approuvent le projet, selon un sondage de la chaîne de télévision publique NHK en date du 12 juillet, et la cote de popularité de Shinzo Abe est tombée à 41 %.

L’offensive du gouvernement Abe ne se limite pas au seul rôle des FAD. Il veut impo- ser dans l’île méridionale d’Okinawa un redéploiement d’une base militaire états-unienne, mais il n’a toujours pas réussi à briser la résistance de la population et des élus locaux. Il introduit de lois sécuritaires (onze textes de plus ont été adoptés le 16 juillet) qui visent no- tamment à interdire de façon discrétionnaire, au nom de la sécurité nationale, la publication d’information qui mettrait en cause le système, y compris l’industrie nucléaire. Militarisme extérieur, autoritarisme intérieur, restriction des libertés civiques, reconstruction d’une histoire officielle et d’une idéologie nationaliste forment un tout.

Pierre Rousset 20 juillet 2015

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article35477

Lire la suite

30 juin 2015 ~ 0 Commentaire

ces pays vendeurs d’armes (basta)

 rafale

Qui profitent bien de l’instabilité du monde et du regain des tensions

Les exportations d’armes tricolores se portent au mieux. La France est le cinquième pays vendeur d’armes au monde et l’un des principaux fournisseurs des émirats et dictatures du Moyen-Orient. Un état de fait qui suscite à peine le débat, alors que le Parlement est censé contrôler le respect d’un minimum de critères encadrant ces exportations sensibles. Pire, le gouvernement français se féliciterait presque du regain des « tensions internationales », qui dynamise le complexe militaro-industriel.

La France n’est pas une exception en Europe où plusieurs fabricants d’armes sont sous le feu des critiques, comme en Allemagne qui, malgré l’austérité, a allègrement vendu ses équipements à la Grèce. Un premier Traité international sur le commerce des armes doit cependant entrer en vigueur sous l’égide de l’Onu.

Un secteur ne connaît pas la crise : celui des exportations d’armes de guerre. Avec plus de huit milliards d’euros de commandes en 2014, l’industrie française de l’armement a réalisé l’année dernière le résultat « le meilleur jamais enregistré », se félicite le gouverne- ment [1].

Blindés, missiles, frégates, avions et hélicoptères de combat de fabrication tricolore se vendent bien et un peu partout : en Europe, en Asie, dans les pays du Golfe, et quelle que soit la nature des régimes en place. La France a ainsi livré missiles et frégates au Maroc, des blindés, canons d’artillerie et missiles à l’Indonésie, à l’Arabie Saoudite, aux Émirats arabes unis… Elle a aussi signé des contrats pour des blindés au Gabon et des avions de combat, les Rafale de Dassault, à l’Égypte et au Qatar. Sans oublier un contrat à plus de deux milliards d’euros pour livrer divers équipements au Liban. Le tout financé par l’Arabie Saoudite.

Merci les Saoudiens ! L’Arabie Saoudite est le plus gros client des fabricants d’armes fran- çais en terme de volume financier des contrats. À lui seul, le royaume saoudien a passé plus de 3 milliards d’euros de commandes en 2014. C’est aussi le deuxième plus gros impor- tateur d’armements au monde [2]. Rappelons que depuis le printemps, le royaume saoudien mène une intervention militaire au Yémen, pour soutenir le président en exil et contrer la rébellion houthiste. Le Yémen n’est pas l’Ukraine. Si la livraison des porte-hélicoptères Mis- tral à la Russie a été annulée pour cause d’interventionnisme russe contre Kiev, pas ques- tion de s’interroger en France sur ce qui se passe à la pointe de la péninsule arabique. (…)

Par Germain Lefebvre, Rachel Knaebel 30 juin 2015

Ceci est un extrait

http://www.bastamag.net/Le-commerce-international-des-armes-est-florissant-a-quand-plus-de-controle-et

Cet article vous a intéressé ? Basta ! a besoin de ses lecteurs pour poursuivre son travail, faites un don

Lire la suite

25 juin 2015 ~ 0 Commentaire

ils et elles s’engagent pour koltchenko (al)

JPEG - 95.2 ko
Photo: Zona Media

Syndicalistes, artistes, féministes, militantes et militants des droits de l’homme…

Des dizaines de personnalités soutiennent la demande de libération de notre camarade Alexandr Koltchenko, persécuté par les sbires du Kremlin.

LIBERTÉ POUR ALEXANDR KOLTCHENKO,
ANTIFASCISTE DE CRIMÉE,
KIDNAPPÉ ET EMPRISONNÉ PAR L’ÉTAT RUSSE !

Depuis plusieurs années, A. Koltchenko est connu en Crimée pour ses engagements anti- fascistes, syndicaux, anarchistes, écologistes. Ayant diffusé un film sur l’assassinat de la journaliste indépendante criméenne Anastasia Baburova, à Moscou en 2009, il avait déjà été attaqué au couteau par une bande fasciste. Il a poursuivi ses activités militantes en faveur des droits humains et a ainsi participé, dans le camp clairement antifasciste, aux manifes- tations de la place Maïdan qui ont abouti à chasser le président ukrainien Ianoukovytch, dont le clan pillait les richesses et exploitait la population de ce pays.

Lors de l’intervention militaire russe en Crimée, Alexandr Koltchenko a organisé des manifestations pacifiques de protestation contre l’occupation militaire, qui a faussé le réfé- rendum, aux côtés de citoyens et citoyennes tatar-es, ukrainien-nes ou russes. Quelques jours avant une de ces manifestations, la police politique russe (FSB) a enlevé plusieurs des organisateurs de ces résistances populaires ; ce fut le cas d’A. Koltchenko, le 16 mai 2014.

Avec trois autres personnes ainsi kidnappées, il a été accusé notamment «d’organi- sation d’un groupe terroriste lié à l’extrême-droite ukrainienne». S’en suit une litanie d’accu- sations délirantes: Koltchenko est accusé d’avoir planifié des explosions près de la statue de Lénine à Simféropol les 8 et 9 mai, saboté des voies ferrées et des lignes électriques, tenté d’incendier les locaux de l’Unité Russe et de la Communauté russe de Crimée le 14 avril, et ceux de Russie Unie le 18 avril ! Alexandr Koltchenko est un antifasciste que la police politique tente de faire passer pour un fasciste.

Alexandr Koltchenko est un homme qui se considère comme citoyen ukrainien et que la police politique russe veut juger en tant que russe. Il est enfermé dans des conditions draconiennes, ses avocats sont privés des droits élémentaires d’une défense digne de ce nom, et il est sous la menace de 15 à 20 ans de camp de travail.

  • A. Koltchenko est étudiant et militant syndical ; il travaillait aussi comme postier, en parallèle de ses études. Il défend activement, par sa pratique, le droit de s’organiser librement, le droit de créer et faire vivre des organisations associatives, syndicales, écologistes ou politiques.
  • Il fait partie des hommes et des femmes qui luttent contre l’extrême droite, qu’elle soit ukrainienne, russe ou autre.
  • Parce qu’il lutte contre la corruption et pour l’égalité des droits entre tous et toutes, A. Koltchenko, est la cible des clans oligarchiques, en Russie, en Ukraine.
  • A. Koltchenko milite pour le droit de chaque peuple à décider de son avenir.

La situation d’A. Koltchenko est emblématique de la répression exercée dans cette région du monde. Mais son cas est loin d’être le seul. A travers A. Koltchenko, ce sont les libertés démocratiques de tous et toutes que nous défendons. Notre démarche, comme celle d’A. Koltchenko, s’oppose donc à celles et ceux qui veulent restreindre ces libertés. Nous exigeons également la libération du cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, détenu sous les mêmes accusations et risquant une peine semblable.

Pour la libération immédiate d’Alexandr Koltchenko, d’Oleg Sentsov et pour les libertés démocratiques dans tous les pays, nous appelons à amplifier la solidarité internationale afin de dénoncer leur enlèvement et leur détention par les autorités russes (qui comptent les juger début juillet), exiger leur libération immédiate, et pour que le gouvernement ukrainien revendique explicitement leur libération.

http://alternativelibertaire.org/?Ils-et-elles-s-engagent-pour

Voir les dates et lieux des rassemblements de soutien

Kolchenko-1024x732-1cc2c

Lire la suite

24 juin 2015 ~ 0 Commentaire

ukraine: dire la vérité sur la guerre du donbass (essf)

usa rusia

Hanna Perekhoda: As-tu été surpris que la guerre ait commencé justement dans le Donbass ?

Serhiy Jadan Les armes auraient pu commencer à parler à Odessa, à Kharkov, à Zapo- rozhié, mais elles ont commencé à parler dans le Donbass… J’étais à Donetsk, le 3 mai 2014, il y a un peu plus d’une année. Les séparatistes étaient dans les rues, établissaient des check-points. Et il s’est passé quelque chose de très bizarre : les bâtiments adminis- tratifs étaient déjà occupés ; les autorités autoproclamées de Louhansk étaient «protégées» par une poignée de tireurs cagoulés avec mitraillettes, et on ne voyait personne à part eux. A Donetsk, c’était la même chose: quelques types avec des kalachnikovs aux abords des bâtiments officiels. Pourtant, dans les villes, la vie semblait normale, les gens travaillaient, étudiaient, faisaient leurs courses, allaient au cinéma… Jusqu’au dernier moment, ils essa- yaient de montrer que tout cela ne les concernait pas, que ce n’était pas leur guerre. Je n’ai pas vu de mobilisation massive de la population en faveur des séparatistes ni de volonté de prendre les armes… C’est pourquoi je pense que cette guerre est artificielle, et que person- ne ne la veut dans le Donbass, sauf une poignée des fanatiques. Pour moi, les gens ont été trahis et poussés dans un piège, dont ils ne savent pas comment sortir.

En Europe, une partie de la gauche pense que Maïdan a été un mouvement d’extrê- me droite et que la véritable révolution se déroule dans le Donbass, où la population tente de se débarrasser de l’oligarchie et lutte contre l’impérialisme américain dont le gouvernement ukrainien serait une marionnette. Que penses-tu de ces discours ?

J’ai été déçu par la gauche occidentale, et pas seulement par elle. De façon générale, les militants de gauche réagissent d’une façon étrange par rapport à ces événements. Quand je parle de la gauche d’ici, je ne parle pas du Parti communiste de l’Ukraine (KPU), parce que c’est un parti au service des oligarques qui se cache derrière une rhétorique pseudo-sovié- tique. Je parle des nouveaux mouvements communistes, socialistes, anarchistes qui sont divisés. Une partie d’entre eux était sur le terrain, dans le mouvement de Maïdan. Chez nous, à Kharkov, les anarchistes ont occupé la rue avec les nationalistes. Bien sûr, ils ne s’ai- maient pas, mais ils faisaient le poing dans la poche, parce qu’ils comprenaient qu’ils avaient une cause commune à défendre. Pour moi, c’est ce qui montre qu’il s’est agi d’une authentique révolution.

Je connais bien ces discours portés par l’extrème-gauche selon lesquels Maïdan aurait été porté par l’extrême droite et financée par les USA, et que cette «révolution» n’aurait été qu’un épisode de la guerre Est-Ouest, l’Ukraine jouant juste le rôle de chair à canon. Mais, j’ai eu la possibilité d’observer cela de l’intérieur: j’ai été aux Maïdan de Donetsk, de Kharkov, de Louhansk, de Kirovograd, des villes de l’Ouest aussi, de Kiev évidemment. Qui a soutenu cette révolution, quel a été son moteur ? C’était une révolution démocratique typique, portée par la bourgeoise libérale, par les étudiants. En vérité, à Kiev, les « durs » ont commencé à donner le ton après coup […] Mais les affrontements violents ont été précédés par un mois et demi d’efforts de la société civile pour faire entendre ses revendications. Mais le pouvoir n’a rien voulu savoir.

Pourtant, on ne peut pas nier que le processus politique a pris ensuite un cours très conservateur, même s’il est absurde de le qualifier de fasciste…

Oui, dominé par le patriotisme et le nationalisme. Mais franchement, où sont les mouve- ments d’extrême droite en Ukraine? Ils sont toujours marginaux. Lors des dernières élections parlementaires, la droite dure a même perdu du terrain. Quels ont été les scores de Secteur Droite ou de Svoboda ? Nullissimes. On peut toujours montrer à la télé un gars en cagoule et dire qu’il représente la société ukrainienne. Par contre, si on examine les résultats des élections au parlement, ou les gens qui ont manifesté sur les places, on ne voit pas un grand enthousiasme pour l’ultranationalisme de Stepan Bandera (leader nationaliste durant l’entre-deux-guerres et la Seconde Guerre mondiale, NDT), ou pour le démontage des monuments de Lénine. Ces gens soutenaient la perspective de l’intégration européenne et de réformes économiques et sociales…

Certains disent que la révolution véritable a lieu dans le Donbass. Là-bas, les gens combattraient les oligarques et nationaliseraient les entreprises.

En effet, des séparatistes armés font passer le pillage pour des «nationalisations». Par exemple, ils ont pris l’habitude de «nationaliser» les supermarchés pour renouveler leurs stocks de nourriture. Cependant, les usines des principaux oligarques, comme celles de Monsieur Akhmetov, ne sont pas du tout nationalisées. Il faut une imagination sans bornes pour voir dans le Donbass l’Espagne de 1936: la révolution contre les riches, soutenue par les prolétaires de Tchétchénie et de Russie. Tout cela est absurde.

Il me semble que la gauche devrait être capable d’une attitude critique par rapport aux tentatives de manipulation et aux médias de masse. Mais il s’avère que non… Il semble parfois plus facile de manipuler les militants de gauche que les libéraux. Il suffit de leur rappeler les images de la guerre froide: il y a les méchants Américains d’un côté, et les Russes de l’autre, beaucoup moins méchants.

Actuellement, le gouvernement ukrainien prend des options qui compromettent le pays aux yeux des démocrates européens, y compris aux yeux des militants de gau- che qui soutiennent le peuple ukrainien. Par exemple, le président a signé une loi qui interdit toute propagande qui fait appel aux symboles de l’URSS et de l’Allema- gne nazie. La loi fixe une liste précise des organisations qui ont lutté pour l’indépen- dance de l’Ukraine, déterminant ainsi, d’une certaine manière, une vérité historique immuable. Comment interprètes-tu de telles décisions ?

[…] Le gouvernement a adopté cette loi aujourd’hui pour faire diversion. Il y a une année qu’il est en place et qu’il n’a fait aucune réforme significative. La corruption est toujours là. Alors que faire? Yanukovitch, par exemple, avait adopté des lois sur la langue russe; de son côté, le nouveau pouvoir a décidé de faire tomber les statues d’Illitch [Lénine]. Tout ça, c’est de la poudre aux yeux. Apparemment, nos députés n’ont rien de mieux à faire que de changer les noms soviétiques des villes et des rues. Mais je ne veux pas me renier, j’ai été pour la «désoviétisation». Je suis un vieux sympathisant des mouvements anarcho-­communistes, et je ne vois rien «de gauche» dans l’héritage historico-­culturel de l’Union soviétique. Qu’y a-t-il «de gauche» dans une figure comme celle de Brejnev, par exemple ?

Dans une telle situation, y a-t-il un avenir pour les mouvements de gauche en Ukraine ?

Oui, bien sûr. Il existe une énorme demande sociale pour un véritable mouvement de gau- che, mais elle n’est pas formulée dans des termes explicites. En bonne partie, parce qu’il existe beaucoup de préjugés envers tout ce qui est «de gauche», perçu comme «anti- ukrainien». Il faut dire qu’il est difficile de trouver un militant de gauche qui accorde assez d’attention et d’intérêt aux aspirations nationales de l’Ukraine, qui soit capable de reconnaître qu’il y a là un peuple avec sa culture, sa langue et son histoire. Je pense que la question nationale est une sorte de «ventre mou» du marxisme. Malheureusement, dans la situation actuelle d’Ukraine, on ne peut pas ignorer cette question. Cela dit, je suis content de voir que les nouveaux mouvements socialistes essayent d’agir, de travailler et de se développer au sein de la société ukrainienne en prenant en compte le fait que le peuple ukrainien existe et qu’il ne fait pas partie du «monde russe» ou d’une «Union soviétique bis» qui relève du fantasme. Il y a bien peu de forces socialistes dans le spectre politique de l’Ukraine. A Maïdan aussi, il n’y en avait pas assez. Et je pense que c’est un énorme problème. Car si les revendications sociales de Maïdan avaient été plus visibles et mieux défendues, peut-être que les habitants de l’Est de l’Ukraine auraient une attitude différente aujourd’hui envers ce mouvement.

Quels sont tes projets actuels ?

(…) Je trouve important de parler de la guerre, de l’Ukraine, de montrer que tout cela existe. A cause de la machine de propagande, l’interprétation de la réalité devient homogène. L’Ukrai- ne ne sait pas se défendre par rapport à cela, elle n’a aucune politique culturelle et d’infor- mation. Il ne s’agit pas de montrer que Poutine est un monstre, ou que les Russes ont déclenché la guerre. Il s’agit de dire la vérité sur ce qui se passe dans le Donbass. Par exemple, montrer l’ampleur des destructions, le nombre de personnes tuées, leurs noms, leurs visages. Il faut que l’on comprenne qu’il ne s’agit pas d’une guerre «géo­politique», qu’il ne s’agit pas d’une guerre «froide» entre Américains et Russes. Que derrière tout ce délire propagandiste, il y a des vies réelles, des gens qui meurent chaque jour ! Lorsque les intel- lectuels européens se disputent sur le fait de savoir si l’Ukraine a des droits sur ces terri- toires, si les insurgés sont vraiment des insurgés, si la Crimée est historiquement russe ou pas, etc. Tandis qu’ils parlent de tout cela en buvant un bon verre de vin, les gens de ces régions meurent chaque jour. Dans une telle situation, les artistes doivent essayer de cons- truire des ponts et de se substituer aux Etats pour diffuser l’information indispensable. […]

Tu es né dans la région de Louhansk, où la majorité de la population parle russe. Pourquoi as-tu décidé d’écrire tes textes en ukrainien ?

Pour moi, depuis l’enfance, la coexistence de ces deux langues était tout à fait naturelle. Je lisais des livres dans les deux langues et, autour de moi, je n’entendais pas tant le russe que le sourjyk (un parler mixte, un sociolecte utilisé par 20 % de la population). J’ai un diplôme de philologie ukrainienne, ce qui signifie que, pour moi, cette langue n’est pas seulement celle de la communication, mais aussi celle du travail. Cela fait 25 ans que j’habite Kharkov, et je n’ai jamais eu de problèmes à utiliser le russe ou l’ukrainien. C’est une ville ouverte : les gens parlent les deux langues, bien que le russe soit plus fréquemment utilisé. Ce « conflit langagier » a été créé de façon artificielle. On le fait sortir avant les élections et il disparaît juste après. En tout cas, penser que la guerre d’aujourd’hui résulterait d’un tel « conflit », c’est ne pas voir l’état réel des choses.

Entretien réalisé, transcrit et traduit du russe par Hanna Perekhoda

L’ÉCRIVAIN UKRAINIEN SERHIY JADAN:

Né en 1974 à Starobilsk, dans les régions minières d’Ukraine orientale, Serhiy Jadan est l’un des écrivains les plus populaires de sa génération. Chanteur de rock, essayiste et militant de gauche, il participe à l’organisation de festivals musicaux et culturels. Il avait été invité par l’Université de Fribourg, le 5 mai dernier, à présenter son premier roman traduit de l’ukrainien en français, La Route du Donbass (éd. Noir sur Blanc, Lausanne), qui lui a valu le Prix Jan Michalski (2014). Ce récit transforme le Donbass industriel en un pays fantastique, où souffle avant tout le désir de liberté. Nous en avons profité pour l’interviewer.

* Paru en Suisse dans « solidaritéS » n° 270 (11/06/2015) p. 5-6. http://www.solidarites.ch/journal/

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article35240

Lire la suite

19 juin 2015 ~ 0 Commentaire

les crs super gagnants (ccr)

534607464

 

Quand les milices du capitalisme utilisent leurs moyens propres pour « gagner encore plus »

Alors que les forces de répression sont déjà parmi les plus rémunérées de la fonction publique avec des niveaux de qualification pourtant très bas, elles se saisissent du contexte de répression accrue créé par le gouvernement pour monnayer une fidélité décisive. Conscients de leur poids politique, les CRS n’ont pas hésité à se mettre collectivement en arrêt de maladie et ont obtenu une augmentation de 30% de leur prime journalière. De quoi faire rêver bien des travailleurs qui peinent parfois pendant des mois pour obtenir la satisfaction de revendications bien moins ambitieuses.

Au sein de la fonction publique, certains valent plus que d’autres aux yeux de l’Etat

On s’attarde peu sur la rémunération des policiers et des forces répressives de l’État. Elles sont pourtant symptomatiques de ses priorités. Ainsi en début de carrière, un instituteur, qui est nécessairement BAC+5, est rémunéré 1428 euros hors primes, un « gardien de la paix », BAC+0 est rémunéré 1811 euros hors primes. Chez les gardiens de la paix CRS les primes sont au minimum de 500 euros par mois. Cet écart de rémunération a bien entendu un fondement. Un gouvernement au service du patronat et de la bourgeoisie qui monte à l’assaut des acquis de tous les travailleurs et joue tous les jours l’intimidation préventive et la répression effective.

Des forces de répression qui savent faire bloc et obtenir satisfaction

Sur fond de plan Vigipirate renforcé et de mobilisation accrue, les CRS ont décidé de se manifester collectivement en se plaçant par compagnie entière en arrêt de maladie. Vendredi 12 juin, plus de 80 CRS de deux compagnies se sont faits « porter pâles » alors qu’ils devaient assurer la sécurité du déplacement de François Hollande à Nantes. Depuis début avril, à plusieurs reprises, des compagnies entières de CRS s’étaient mises collectivement en arrêt de maladie, afin de manifester leur grogne contre les effets du plan Vigipirate qui les « épuise ». Des concertations ont eu lieu entre le ministère et les syndicats, et elles viennent d’aboutir : une revalorisation de 30 % de l’indemnité journalière d’absence temporaire (IJAT) perçue par les CRS et les gendarmes mobiles en déplacement, passant de 30 euros à 39 euros en 2017.

Pour une fois, une «grève» valorisée par les medias

Parce que les CRS ne sont pas des travailleurs mais des membres de l’appareil d’état, parce que leur «pression» à l’arrêt de maladie n’était pas une grève, à laquelle ils n’ont d’ailleurs pas droit, parce qu’ils ont été présentés comme des quasi héros lors des évènements de janvier, la presse bourgeoise s’est montrée favorable à l’action de «cette-police-qui-fait-un-travail-si-difficile». Pour une fois, elle s’est montrée favorable au camp des «grévistes». Personne pour parler de «prises en otages»  et une pointe d’admiration pour la cohésion et la rapidité de la victoire.

Comment ont-ils pu gagner autant et si vite.

Cette augmentation sans précédent de la rémunération des CRS et gendarmes mobiles qui viennent de tuer Rémi Fraisse est le symbole de l’utilisation accrue des forces de répression avec tout ce que cela implique: une dépendance plus grande du gouvernement et des capitalistes envers ces salariés très spéciaux. Tout cela est une conséquence des choix politiques anti-sociaux qui créent la contestation, et l’instabilité de la période.

Au-delà de la démonstration que «l’union fait la force» qui est vraie aussi pour les travailleurs en lutte et qu’une organisation collective massive peut porter des fruits très rapidement, les autres salariés du public ne seront pas dupes de cette victoire d’hommes chargés de leur répression. Les cheminots et les infirmières gazés très récemment pourront en témoigner. Publié le 18 juin 2015 Léo Serge

http://www.revolutionpermanente.fr/Les-CRS-super-gagnants

Lire la suite

18 juin 2015 ~ 0 Commentaire

le capitalisme c’est la guerre (ccr)

usa rusia

Surenchère militariste entre les Etats-Unis et la Russie

Mardi dernier on apprenait dans la presse que la Russie va renforcer son arsenal nucléaire avec 40 missiles intercontinentaux. Cela fait suite à l’information révélée dans le New York Times selon laquelle les Etats-Unis seraient prêts à installer de l’armement lourd dans les pays baltes et dans d’autres pays d’Europe de l’Est membres de l’OTAN. Déjà lors du défilé du 9 mai commémorant la victoire de l’URSS sur le régime nazi, Moscou avait fait défiler ses nouveautés militaires.

Assiste-t-on à une partie de poker politico-militaire entre la Russie et les Etats-Unis ou à une vraie escalade militariste qui préparerait des évènements tragiques, y compris un conflit nucléaire ?

Aucune hypothèse ne devrait être écartée. Cependant, pour l’instant, il semble peu probable que les Etats-Unis, aussi bien que la Russie, envisagent de s’engager à court terme dans un conflit militaire, aux conséquences imprévisibles. En effet, même si les deux camps s’opposent ouvertement sur la crise ukrainienne, ainsi que sur d’autres conflits, et malgré leurs intérêts contradictoires, ils se voient objectivement forcés de collaborer sur d’autres terrains (la lutte contre Daesh, le dossier du nucléaire iranien). Cependant, aussi bien pour l’un que pour l’autre la crise autour de l’Ukraine comporte des enjeux centraux. La Russie cherche en effet à préserver ce qu’elle considère sa «zone d’influence», dont l’Ukraine constitue une pièce centrale. C’est cela qui explique sa détermination à garder le contrôle sur une partie au moins du territoire ukrainien.

Les Etats-Unis, de leur côté, essayent parallèlement de repousser le plus à l’Est possible la frontière de la «zone d’influence» russe et de freiner l’avancée de la Russie dans certains pays, notamment en Europe de l’Est et du Sud. En effet, en profitant de la crise économique et politique que certains pays de la région connaissent, Poutine tente de créer de nouvelles alliances géopolitiques qui contrecarrent la progression que l’OTAN a effectuée dans la région depuis la chute du Mur de Berlin et les vagues d’adhésion à l’Alliance transatlantique, notamment en Pologne l’un des pays les plus farouchement opposés à Moscou. (…)

Le principal objectif stratégique de Washington est Berlin Au fur et à mesure que la crise ukrainienne s’approfondissait on a vu de plus en plus clairement des divergences surgir entre les puissances impérialistes occidentales, notamment entre l’Allemagne et les Etats-Unis. Alors que ces derniers se sont montrés beaucoup plus agressifs contre Poutine, attisant les tensions sur le terrain militaire et s’appuyant sur les gouvernements les plus belliqueux et antirusses de la région comme celui de la Pologne et des pays baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie), l’Allemagne a adopté une position beaucoup plus tournée vers le dialogue.

Cela ne relève pas d’un certain «pacifisme» allemand ou même d’un impérialisme plus «bienveillant» et «humain». Les souffrances imposées aux classes populaires de Grèce et d’autres pays de l’UE par le gouvernement d’Angela Merkel sont une preuve de son caractère tout aussi réactionnaire que celui de Barack Obama. Cependant, les capitalistes allemands et européens ont beaucoup plus à perdre dans une dégradation de leurs relations avec le régime russe que les Etats-Unis. C’est cela qui explique d’ailleurs toutes les pressions sur l’Allemagne, en interne comme en externe, pour lever les sanctions économiques contre la Russie, mises en place depuis juillet 2014. (…)

Les alliés de Poutine en Occident Jusqu’à présent la Russie a su jouer avec ces contradictions entre les impérialistes européens et les Etats-Unis, même si elle n’a pas encore réussi à faire que les premiers mettent fin aux sanctions économiques. Poutine utilise d’ailleurs les brèches ouvertes par la crise économique et politique que traverse l’UE et essaye de se rapprocher de certains gouvernements, parfois assez disparates politiquement. Ainsi, il tente de coopter des gouvernements marqués très à droite comme celui de Viktor Orban en Hongrie et, dans le même temps, il développe de bonnes relations avec le gouvernement Syriza-Anel en Grèce. Un autre allié de poids pour la Russie est l’Italie avec des échanges économiques entre les deux pays qui sont d’environ 49 milliards d’euros par an.

Ce rapprochement entre Moscou, Rome et Athènes est très important pour Poutine étant donné que ces deux pays sont au cœur de son projet de pipeline « Turkish Stream » qui amènera le gaz russe vers l’Europe en contournant l’Ukraine. D’ailleurs, dans ce projet la Russie engage un autre partenaire stratégique de l’impérialisme au Moyen-Orient : la Turquie.

Mais Poutine ne se limite pas à ces pays. Il essaye de se procurer des alliés politiques aussi bien dans les pays de l’ancien « bloc soviétique » à l’Est de l’Europe que dans les pays européens centraux. Pour ce faire, la Russie ne compte pas seulement sur le soutien traditionnel de certains courants de la gauche néo-stalinienne ou tiers-mondiste. Comme l’affirment des analystes du New York Times, Poutine s’appuie surtout sur des «forces d’extrême-droite opposées à l’Union Européenne et qui sympathisent avec l’attaque de Poutine contre ce qu’il appelle le déclin moral de l’Ouest». Selon ces mêmes auteurs, bien que le cas le plus notable soit le prêt de plus de 10 millions d’euros concédé au FN en France par une banque russo-tchèque, le régime de Poutine serait en relation avec d’autres partis d’extrême-droite comme le parti anti-euro Alternative pour l’Allemagne, le Jobbik en Hongrie, l’Attaka en Bulgarie, le Parti du Peuple de Slovaquie ainsi qu’avec des partis pro-russes dans les pays baltes. Selon le centre de recherche «Political Capital Institute» basé à Budapest, 15 partis d’extrême-droite européens seraient liés à la Russie. (…)

Un monde de plus en plus instable Cependant, malgré cette politique qui cherche à déstabiliser les puissances impérialistes, les discours et les annonces militaristes sur l’achat d’armement lourd et d’exercices militaires, la Russie ne semble pas vouloir d’un affrontement avec les occidentaux, en tout cas pour le moment. Ainsi, dans un entretien au journal italien Corriere Della Sera Poutine déclarait: «je pense que seulement un fou et seulement dans un rêve peut imaginer que la Russie pourrait attaquer soudainement l’OTAN». En effet, Poutine est conscient des risques qu’un tel affrontement impliquerait et que cela ne saurait être qu’un recours de dernière instance face à une situation où son régime n’aurait plus aucun autre choix.

Mais, une chose est sûre néanmoins, depuis le début de la crise en Ukraine le monde est rentré dans une situation de grande instabilité géopolitique. Un analyste militaire russe affirme dans les pages du New York Times : « tout le monde devrait comprendre que nous sommes en train de vivre dans un monde complètement différent depuis deux ans (…) Dans le monde, que nous avons perdu, il était possible d’organiser la sécurité des pays avec des traités, avec des mesures de confiance mutuelle (…) Maintenant, nous sommes arrivés à une situation complètement différente où en général la voie pour assurer la sécurité des pays est la dissuasion militaire  ».

La période d’après-Guerre Froide est finie. L’accélération du déclin relatif de l’hégémonie nord-américaine (les Etats-Unis n’arrivent plus à imposer leurs propres choix sans résistance) se combine avec le fait que des puissances régionales avec un grand poids géopolitique et militaire, comme la Russie, défient les puissances impérialistes sur certains terrains. Pour le moment Poutine est le dirigeant international qui le fait de la façon la plus ouverte.

Cependant, son opposition aux Etats-Unis n’a rien de progressiste, comme certains secteurs de gauche font croire. C’est le cas notamment de certaines fractions de gauche liées aux régimes d’Amérique latine dits «progressistes» comme Nicolas Maduro au Venezuela ou Rafael Correa en Equateur. Cela reflète en effet une vision simpliste qui considère que tout opposant aux Etats-Unis serait progressiste. La réalité c’est que sa politique grande-russe, anti-populaire et pro-capitaliste, au-delà d’un certain soutien au niveau national, lui empêche de gagner la sympathie des masses populaires à travers la planète (comme cela avait été le cas avec Hugo Chavez au Venezuela, malgré sa politique marquée par le nationalisme bourgeois). Ses alliances avec les pires groupes et partis d’extrême-droite en Europe en sont une autre preuve.

Contre les visions qui avaient effacé de l’horizon de la politique internationale les conflits entre les grandes puissances mondiales, nous devons constater que ces mouvements, prises de position et dissuasions militaires démontrent que le capitalisme c’est l’exploitation et la guerre. Pour les millions de travailleurs et travailleuses, pour la jeunesse et tous les opprimés les différentes options capitalistes et impérialistes ne représentent aucune alternative. Il leur faudra s’organiser pour lutter pour leurs propres intérêts économiques, sociaux et politiques.

17/06/2015 Publié le 17 juin 2015 Philippe Alcoy

http://www.revolutionpermanente.fr/Surenchere-militariste-entre-les-Etats-Unis-et-la-Russie

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin