Archive | Antimilitarisme

20 juin 2020 ~ 0 Commentaire

bugeaud brest (fr3)

casquette_bugeaud

Brest : faut-il débaptiser l’école maternelle Bugeaud ?

L’école maternelle publique Bugeaud, à Brest, porte le nom d’un maréchal français aux méthodes violentes lors de colonisation de l’Algérie. Des riverains réclament depuis plusieurs années un changement de nom, quand d’autres souhaitent le maintenir. Le débat a trouvé un écho national. 

Tout est parti d’un tweet du journaliste Jean-Michel Aphatie, lundi 15 juin. Interpellant le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, il s’étonne qu’une « école maternelle à Brest [soit] baptisée du nom de Thomas Bugeaud, général, « enfumeur » de femmes, d’enfants et de veillards, lors de la conquête de l’Algérie, en 1845. »

Faut-il débaptiser cette école au nom controversé ? Le débat est relancé.

Qui était Thomas Bugeaud ?

Dans les années 1830 et 1840, ce maréchal français a tué des centaines d’Algériens par « enfumade », une technique qui consistait à asphyxier des personnes réfugiées ou enfermées dans une grotte, et d’allumer des feux à l’entrée. Le militaire a aussi mené une politique dite de la « terre brûlée », incendiant les villages des combattants arabes pour les priver de leurs biens et les affamer.

Les parents ou grands-parents d’élèves scolarisés dans l’établissement ignoraient pour la plupart les méthodes guerrières de Thomas Bugeaud. Ils se disent surpris de toute cette agitation autour de l’école qui, à sa création en 1908, a tout simplement pris le nom de la rue dans laquelle elle se situe (baptisée elle, en 1869). Et ce, sans une dénomination officielle.

Les riverains plaident un changement de nom

Cette rue Bugeaud est très contestée depuis plusieurs années. Elle choque, même. En 1986, des riverains réunis sous le collectif « Les Amis de la place Guérin » ont écrit au maire de l’époque pour demander à ce qu’elle soit renommée « rue de la Bollardière », symboliquement au nom d’un militaire pacifiste de la guerre d’Indochine et de la guerre d’Algérie.

La requête est rejetée pour des raisons administratives, changer chaque adresse coûte trop cher, mais elle reste d’actualité.

« Même sous pression d’un certain nombre d’habitants, on n’arrive pas à changer des espaces qui représentent une forme d’agressivité, de violence, et ça c’est grave« , déplore Claude Arnal, un habitant de la rue, passionné d’histoire.

Il faut que la ville évolue, s’adoucisse, qu’on apprenne d’autres moeurs que les moeurs guerrières. On a besoin pas simplement de regarder en arrière mais de regarder en avant : quelle vision du monde on propose à nos jeunes ?

Claude Arnal, riverain

Quant à l’école, ces riverains souhaiteraient la voir rebaptisée Kateb Yacine, en hommage à un poète algérien. Une décision qui doit être prise avec la Ville et validée par l’Éducation nationale.

« Ce n’est pas un combat d’historien, c’est une relation à sa ville : d’où l’on vient, où on est et ce qu’on veut y faire« , répondra Claude Arnal, sourire aux lèvres, à ses opposants.

Débaptiser, dans le sillage du mouvement anti-raciste

Il n’y a pas qu’à Brest que le nom de Bugeaud dérange. Il n’est pas non plus le seul visé. Partout en France, des lieux nommés en l’honneur de personnages au passées esclavagistes sont fortement critiquées tous comme leur statue. C’est le cas par exemple de Jean-Baptiste Colbert dont la statue figure devant l’Assemblée nationale. Aux États-Unis, au Royaume-Uni, ou encore en Belgique, certaines statues ont été déboulonnées.

Ces actions, menées dans le sillage de la lutte contre le racisme à travers le monde, a pris de l’ampleur suite à la mort de George Floyd, un homme noir américain tué fin mai sous le genou d’un policier blanc.

Dans son allocution télévisée, dimanche 14 juin, Emmanuel Macron s’est montré ferme : « La République n’effacera aucun nom, aucune trace de son histoire. La République ne déboulonnera aucune statue. Nous devons plutôt lucidement regarder ensemble toute notre Histoire, toutes nos mémoires (…) avec une volonté de vérité et en aucun cas de revisiter ou nier ce que nous sommes. »

Julie Jeunemaître  19/06/2020
.
Lire aussi:
.

 L’homme de la rue Transnonain 

Au cours de l’insurrection parisienne des 13 et 14 avril 1834, les forces destinées à réprimer cette insurrection sont divisées en trois brigades dont l’une commandée par Bugeaud. Lors de l’attaque d’une barricade par l’armée, rue Transnonain (aujourd’hui rue Beaubourg), un officier est tué d’un coup de feu parti d’une maison voisine : les soldats pénètrent dans la maison, tuent douze habitants et en blessent de nombreux autres (hommes, femmes, vieillards, enfants). Bien que l’endroit ne soit pas dans la circonscription assignée à la brigade de Bugeaud et que lui-même, donc, n’y ait nullement participé, la haine du peuple lie son nom à ce massacre et, malgré les déclarations contraires, persistera à le stigmatiser comme « l’homme de la rue Transnonain ».

Thomas Bugeaud déclare dans un discours à la Chambre le 24 janvier 1845 : « J’entrerai dans vos montagnes ; je brûlerai vos villages et vos moissons ; je couperai vos arbres fruitiers, et alors ne vous en prenez qu’à vous seuls ». Les colonnes infernales de Thomas Bugeaud et de ses adjoints mettent largement à exécution ces menaces à l’égard des populations insoumises ou en révolte. L’objectif n’était-il pas de vider l’Algérie de ses habitants, de n’y tolérer tout au moins que des esclaves ?

Lire la suite

18 juin 2020 ~ 0 Commentaire

comité adama (slate)

antiff 35

Le comité Adama bouscule l’antiracisme français

Le collectif rassemble large et fait oublier les associations qui menaient jusqu’alors le combat.

Plus de 20.000 personnes ont manifesté le 2 juin devant le tribunal de grande instance de Paris, et la foule était presque aussi nombreuse le 13 juin sur la place de la République. Le comité « La vérité pour Adama » a réussi à mobiliser la jeunesse parisienne et banlieusarde, quatre ans après la mort d’Adama Traoré, devenu symbole des violences policières.

«Cette foule immense était très jeune et notons-le bien plus racisée que les rendez-vous militants qu’organise en général la gauche», constatent les deux députées Clémentine Autain et Elsa Faucillon dans une tribune publiée dans le magazine Regards.

Face à ces mobilisations, le rassemblement en hommage à Georges Floyd organisé par SOS Racisme place de la République le 9 juin faisait pâle figure. Son président Dominique Sopo se justifie: «C’était un mardi, et il y a beaucoup plus de forces médiatiques du côté du comité Adama.»

Toujours est-il que les mouvements antiracistes que l’on connaissait jusqu’ici (SOS Racisme, la Licra, la Ligue des droits de l’homme et le MRAP) semblent marquer le pas dans les cercles militants.

«Le comité se réclame du Mouvement de l’immigration et les banlieues, de la marche de 1983. S0S Racisme ne s’est jamais vraiment attaqué au racisme structurel. À la base, c’est une grosse récupération politique du PS, avec un slogan paternaliste. Nous ne sommes pas une espère rare à sauver!», avance Youcef Brakni, membre du comité Adama, en faisant référence au slogan «Touche pas à mon pote».

Trente-cinq ans après sa création, SOS Racisme suscite l’indifférence au sein du comité: «On s’en moque», lâche le militant. «Il y a manifestement une volonté d’évitement», concède Dominique Sopo. Le 13 juin, ce dernier a même préféré ne pas se rendre au rassemblent du collectif: «Il y a une forme d’hostilité qui se manifeste et je n’ai pas envie d’être personnellement un élément de tension», a-t-il expliqué.

Stigmates de la marche de 1983

Depuis la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, les associations antiracistes ont laissé un mauvais souvenir chez certain·es militant·es des quartiers populaires.

Pour Samir Hadj Belgacem, maître de conférences en sociologie à l’université Jean-Monnet de Saint-Étienne, l’histoire se répète aujourd’hui: «À plus de trente ans d’intervalle, SOS Racisme organise une marche sans consulter le comité Adama, ni se positionner dans une logique d’alliance, mais plutôt de concurrence.»

À sa création en 1985 par les socialistes Julien Dray et Harlem Désir, SOS Racisme est accusée d’invisibiliser les participant·es à la marche et de transformer une revendication politique en une posture morale.

«Depuis l’émergence de SOS Racisme, les primo-concernés ne se sentent pas du tout représentés. Les premiers militants, qui vivaient le racisme au quotidien, se sont sentis complètement floués, ils ont eu l’impression de se faire voler leur combat», souligne Rachida Brahim, chercheuse associée au Laboratoire méditerranéen de sociologie.

Jusqu’aux années 2000, l’association combat le racisme à travers son opposition au Front National. Mais les temps ont changé. De nos jours, «Marine Le Pen aussi bien que des associations dites de gauche n’hésitent pas à instrumentaliser les concepts d’universalisme républicain et de laïcité», juge le militant Youcef Brakni.

Le mouvement antiraciste s’est pour sa part divisé sur les questions d’identité. Comme le 6 novembre 2004, lorsque SOS Racisme et la Licra ont refusé de participer à une manifestation contre le racisme organisée par le MRAP et la Ligue des droits de l’homme (LDH). En cause, la présence de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), considérée comme fondamentaliste, peu claire quant à l’égalité homme-femme et trop indulgente vis-à-vis de l’antisémitisme.

L’exposition «Exhibit B», créée par l’artiste sud-africain blanc Brett Bailey en 2014, en est un autre symbole. Alors qu’un collectif d’artistes en réclamait l’interdiction, des associations antiracistes lui ont publiquement apporté leur soutien. Dominique Sopo a personnellement écarté l’idée d’une censure dans une tribune publiée sur le Huffington Post.

En 2015, le sociologue Éric Fassin a évoqué cette fracture dans l’antiracisme lors d’un colloque organisé par la LDH: «Je m’inquiétais d’une fracture raciale entre les antiracistes classiques (plutôt blancs) et les nouveaux antiracistes (plutôt racisés), avec des accusations de racisme “en miroir”.»

Convergence des luttes

Face à ces guerres intestines, les militant·es des quartiers populaires, dont le comité Adama, parviennent à rassembler, mobiliser, développer leur réseau, leurs alliances: «Les marcheurs de 1983 étaient plus naïfs, ils y croyaient. Ceux d’aujourd’hui connaissent cette histoire. Ils ont grandi et disposent de relais dans les médias. Ils savent à quoi s’attendre», indique le sociologue Samir Hadj Belgacem.

Pour Youcef Brakni, c’est la présence sur le terrain qui paie: «On se rend régulièrement dans les quartiers, au pied des bâtiments, pour discuter avec les jeunes. On a un discours clair, sans concession. Les gens reconnaissent la sincérité, les mouvements incarnés.»

«Si le comité Adama rencontre un écho, c’est parce que ses actions sont en prise avec le terrain, au plus près de l’expérience de beaucoup de gens dans les quartiers populaires, confirme Éric Fassin. C’est une différence avec certaines formes d’antiracisme traditionnel, davantage tournées vers les cercles du pouvoir.»

En témoigne le refus du comité Adama de rencontrer la ministre de la Justice Nicole Belloubet: «La famille d’Adama Traoré rappelle qu’elle attend des avancées judiciaires, et non des invitations à la discussion qui n’auraient aucune finalité procédurale», précisait son communiqué.

Au-delà de l’incarnation, le comité Adama récolte les fruits de ses alliances, notamment avec les «gilets jaunes». Samedi 13 juin, plusieurs militantes féministes et afroféministes comme Aïssa Maïga, Rokhaya Diallo ou Adèle Haenel étaient aussi présentes. On a même vu des drapeaux du Parti communiste et du mouvement écologiste radical Extinction Rebellion.

Selon Éric Fassin, «quelque chose s’est cristallisé au moment où l’on a pris conscience que les violences policières sortaient des banlieues pour frapper des militants écologistes, des syndica-listes, des étudiants, des “gilets jaunes”. J’appelle ça la “convergence des coups”: c’est une expérience partagée de la violence policière».

La gauche à tâtons

Les mouvements de gauche peinent encore à aborder ces mouvements. Ces dernières années, plusieurs élu·es, à l’image des députés La France Insoumise Éric Coquerel et Clémentine Autain ou de la sénatrice verte Esther Benbassa, ont soutenu le collectif et participé aux manifestations.

Le 13 juin, Jean-Luc Mélenchon, député et président du groupe LFI à l’Assemblée nationale, était également présent, marquant une nouvelle étape. Le Parti socialiste, lui, a refusé de soutenir la marche, relève Médiapart, symbolisant la fracture au sujet de la question antiraciste. «Il faut que les organisations politiques se remettent en question, et la gauche au-delà de SOS Racisme. C’est une erreur stratégique pour la gauche d’ignorer ce mouvement», réagit Samir Hadj Belgacem.

«Les partis de gauche ne peuvent pas se permettre de passer à côté, acquiesce Éric Fassin. Rester en dehors du mouvement, c’est risquer de se griller durablement vis-à-vis de la jeunesse et des quartiers populaires. Quand on est de gauche, on doit porter un regard a priori bienveillant sur un mouvement issu des quartiers populaires qui réclame la justice et l’égalité: quoi de plus universaliste?»

Au lendemain du rassemblement, Emmanuel Macron a dénoncé le combat antiraciste «lorsqu’il se transforme en communautarisme, en réécriture haineuse ou fausse du passé». La président a aussi réaffirmé son soutien aux forces de l’ordre, malgré la mobilisation massive de la veille: «Ils méritent le soutien de la puissance publique et la reconnaissance de la Nation.»

Confrontées à cette fin de non-recevoir, les associations antiracistes pourraient être tentées de se remettre en cause. De son côté, le comité Adama ne reviendra pas sur ses revendications.

Louis Chahuneau 18 juin 2020

Lire la suite

18 juin 2020 ~ 0 Commentaire

almamy kanouté (politis)

almamy

Almamy Kanouté :

« Emmanuel Macron a méprisé une partie de la population »

Membre du Comité Adama, Amalmy Kanouté revient sur les récentes manifestations contre les violences policières et le racisme. Manifestation interdite par la préfecture de police de Paris le 13 juin, surdité et mutisme d’Emmanuel Macron, colère des policiers… Depuis le 2 juin, le Comité Adama a provoqué une lame de fond contre les violences policières et le racisme. Quatre questions à l’un de ses membres, Amalmy Kanouté.

Quelle leçon tirer après la mobilisation du 13 juin ?

Amalmy Kanouté : Qu’il est temps de désobéir. L’interdiction de manifester arrêtée par le préfet de police de Paris est un appel à défier les règles, légitimement. Mais si nous n’avons pas pu défiler, nous ne gardons que du positif. La jeunesse présente lors des mobilisations du 2 juin au tribunal de grande instance de Paris et partout en France, nous l’avons retrouvée aussi le 13 juin. Le Comité Adama représente la société civile et ouvre un front face au système. Nous proposons une alternative, un nouveau format, face à des responsables qui incarnent l’irresponsabilité absolue.

Lors de son allocution du 14 juin, Emmanuel Macron a mis en garde contre un antiracisme dévoyé par le « communautarisme » et la récupération de ce combat par des « séparatistes ». Qu’en pensez-vous ?

Il dissocie l’antisémitisme du racisme, voilà un séparatisme. Il voulait le pointer du doigt, mais par ces mots, il en a fait une démonstration. Pour le reste, nous ne nous attendions pas à grand-chose. Il a tenté de noyer le poisson avec sa critique du communautarisme. Mais à regarder les manifestants de ce week-end, leur diversité fait un pied de nez à ces accusations.

Emmanuel Macron ne semble pas avoir pris acte de la colère exprimée le 2 et le 13 juin. Comment l’interprétez-vous ?

Malgré le succès de la mobilisation, le gouvernement ne veut pas assumer notre légitimité et notre capacité à mobiliser autant de monde, autant que les syndicats ou les partis politiques. C’est bien dommage pour un président arrivé avec l’idée d’amener un nouveau souffle. Il n’admet pas l’existence de nouvelles paroles et conserve les vieilles recettes. Les gens ne sont pas dupes.

Quand une organisation n’a pas de lien direct avec les institutions ou n’est pas contenue par celles-ci, alors elle devient dangereuse pour le pouvoir. Il n’a pas prêté l’oreille au mouvement contre les violences policières et le racisme. S’il préfère entendre les revendications des fonctionnaires de police, alors nous pouvons remettre en question sa capacité à représenter tous les Français. Dimanche soir, il a méprisé une partie de la population.

Après son discours, des policiers ont manifesté au Trocadéro à Paris – comme dans de nombreuses autres villes ces derniers jours. De quel œil voyez-vous ces mobilisations ?

J’ai trouvé ça ridicule. Lundi matin sur France Inter, Sibeth Ndiaye a laissé entendre que le Comité Adama serait « manipulé » et « récupéré ». Nous pouvons avoir la même lecture de la mobilisation des syndicats policiers.

Ils manipulent et récupèrent les forces de l’ordre. Ces organisations font de la politique et mettent la pression sur le gouvernement, malgré le peu de personnes présentes à leurs rassemblements. Nous le répétons : s’il existe de bons policiers, alors jetez vos menottes, déposez vos armes, rejoignez-nous.

Romain Haillard 17 juin 2020

https://www.politis.fr/

Lire la suite

18 juin 2020 ~ 0 Commentaire

missile (lutte ouvrière)

missile

Bataille navale : sous-marin touché, budget explosé

Vendredi 12 juin, la marine française s’est rappelée à l’attention de tous ceux à qui on demande de se serrer la ceinture : elle a brûlé en une journée de quoi rénover bien des hôpitaux !

Le matin, un sous-marin a testé en baie d’Audierne le nouveau missile M51, fusée de 56 tonnes partie du fond de l’océan et capable d’emporter une bombe nucléaire à 8 000 km en passant par la stratosphère. Cet engin de mort coûte 120 millions l’unité, sans compter les frais de l’ensemble du programme. Il y en a quelques dizaines en ­production, œuvre commune des marchands de canons nationaux, Ariane, Airbus, Dassault, Thales et autres vautours de moindre envergure.

L’après-midi de ce même jour, à Toulon, le sous-­marin Perle prenait feu sur son chantier de carénage. L’incendie n’a heureusement pas fait de victimes et laisse ­espérer que le Perle ne risquera plus d’en faire. Mais les responsables des arsenaux en ont ­profité pour souligner la ­faiblesse de la flotte sous-­marine, le petit nombre de bâti­ments en fonction (dix quand même…). Et d’appeler à accélérer et à ­renforcer le nouveau ­programme de construction de sous-marins.

On peut parier que, ­magique ou pas, il y aura de l’argent pour ça.

P. G. 17 Juin 2020

Lire la suite

17 juin 2020 ~ 0 Commentaire

brésil (à l’encontre)

Batalhão_de_Operações_Policiais_Especiais_COMPLETO.svg

Brésil. Les vies noires comptent: l’urgence de la démilitarisation de la Police Militaire

L’Institut de sécurité publique (ISP) a annoncé il y a 10 jours qu’en avril, 177 personnes ont été assassinées à Rio de Janeiro par la Police Militaire Carioca (de Rio).

Ce chiffre est le plus élevé pour le mois d’avril en 18 ans. Et cela se produit en plein milieu de la pandémie. Les colonels de la Police militaire (PM) et les voix officielles de l’institution affirment que ces 177 morts étaient des morts de «marginaux». La Police militaire agit alors comme un «tribunal de rue». Il n’y a pas de procès. Elle définit le crime, définit les coupables, fixe la peine et indique qui sont les exclus.

L’utilisation du terme «marginal» est plus qu’un jeu de mots, c’est une construction politique qui cherche à déplacer ces jeunes assassinés vers un lieu qui légitime leur mort. Ceux qui sont considérés comme marginaux dans la logique formulée par l’État brésilien, sont des hors-la-loi. Ils sont dangereux; ils représentent une menace pour les bons citoyens; ils doivent donc être «fusillés» pour maintenir l’ordre public. Après tout, personne ne se soucie de la vie des «marginaux» qui sont dangereux. Cette logique qui légitime ces morts fait partie de la manière dont le racisme se développe dans la société.

Ces dernières semaines ont vu une révolte noire aux États-Unis qui a pris des caractéristiques gigantesques et internationales par des manifestations de masse contre le racisme et par la devise «Black lives matter». Les protestations ont commencé après que le policier Derek Chauvin, ainsi que trois autres policiers, ait assassiné George Floyd.

La philosophe américaine Angela Davis souligne dans un de ses livres le risque de militarisation de la police américaine, tant par l’idéologie des initiatives venant du domaine militaire que par l’acquisition d’armes et d’équipements provenant de l’armée états-unienne.

Au Brésil, nous avons vu, en mai, la PM assassiner des jeunes et des enfants; de nombreux Joãos [référence à João Paulo Mattos âgé de 14 ans et criblé de balles à Rio, le 19 mai, depuis un hélicoptère de la police militaire] sont éliminés. Ce dernier crime a suscité des manifestations et des discussions dans le pays. La Cour suprême fédérale a récemment interdit les actions dans les favelas de Rio pendant la période d’isolement sanitaire.

Dans notre pays, nous avons une force de police militarisée (la PM) qui est très meurtrière pour les jeunes Noirs. Le modèle de sécurité publique est basé sur la construction d’un ennemi interne qui doit être anéanti par des méthodes de guerre. Nous pensons que la discussion de ces deux thèmes est cruciale à l’heure actuelle, où nous constatons une croissance de l’agenda antiraciste.

Redémocratisation et gouvernements du PT

Après la redémocratisation (1985), nous avons eu le maintien constitutionnel de la PM et des Pompiers militaires comme forces auxiliaires et de réserve de l’armée. Il n’y a eu ni démocra-tisation ni changement dans la structure hiérarchique ou l’organisation interne de la PM, telles qu’elles avaient été façonnées sous la dictature militaire.

Faisons un saut dans l’histoire du Brésil et laissons derrière nous les gouvernements qui ont commencé l’application du néolibéralisme au Brésil. Et passons au début du 21è siècle avec l’administration Lula (dès 2003).

Sous la seconde administration Lula (dès 2007-2001), le PRONASCI – Programme national de sécurité publique de la citoyenneté – est né, ce qui a signifié une grande avancée en matière de politique de sécurité publique au niveau fédéral par rapport aux gouvernements précédents.

Cependant, c’est le président lui-même qui, par option politique, n’a pas avancé dans la construction d’un plan de Système unique de sécurité publique. C’est au cours de son second mandat que la loi 11.343/2006 – ou loi sur les drogues – a été instaurée, ce qui a eu pour conséquence néfaste l’augmentation significative de l’incarcération des jeunes noirs et des jeunes femmes noires dans le pays.

Ont été également mises en place des Unités de Police de Pacification (UPP) dans l’État de Rio de Janeiro par le gouvernement de ce dernier et avec le soutien du gouvernement fédéral, d’abord avec Lula et ensuite avec Dilma Rousseff. Cette mesure militarise les favelas de Rio et la vie de leurs habitants. Cette politique n’a servi qu’à renforcer le statut des «sujets noirs» en tant que «sujets marginalisés». Et à rendre nécessaire une action armée par le biais d’une occupation militaire qui criminalise leurs lieux d’habitation.

La PM et la criminalisation des corps noirs

Les policiers brésiliens sont les plus grands tueurs au monde. Parmi les personnes tuées par la police brésilienne, 79,2 % sont noires et 72,6 % sont jeunes. Les taux élevés de violence causés par la PM, en particulier, montrent clairement qu’il ne s’agit pas seulement de comportements individuels problématiques ou de problèmes occasionnels, mais d’un problème institutionnel qui trouve ses racines dans une culture militarisée et dans les protocoles d’action de combat au Brésil.

La violence, la torture, les mauvais traitements, les meurtres et l’impunité sont devenus des règles dans le système de sécurité publique brésilien, en plus de la sélectivité de la répression policière qui atteint la périphérie en tant qu’espace urbain et la jeunesse noire en tant que sujet social.

Il est courant d’entendre que la PM est l’héritière de la dictature, qu’elle en porte directement les stigmates et qu’elle est donc incompatible avec un État de droit démocratique. Je crois cepen-dant que l’actuelle PM est l’héritière directe de la division militaire de la Garde Royale, c’est-à-dire l’héritière de l’époque de l’esclavage et qu’elle apporte avec elle les expressions du racisme qui a façonné le Brésil.

Si au 19è siècle, les forces de police de l’époque avaient défini des fonctions qui étaient la garantie de la propriété des élites, et voyaient dans les corps des Noirs les sujets qui mena-çaient le maintien de l’ordre, peu de choses ont changé pour les forces de police au Brésil au 21è siècle.

Les corps des Noirs ont toujours été criminalisés, considérés comme dangereux, et leurs expressions culturelles ont subi le même sort. Si auparavant, il incombait directement aux esclavagistes de réprimer les esclaves, au cours des années et avec l’abolition (1888), l’État a commencé à réprimer et à criminaliser les expressions religieuses et culturelles du peuple noir, ainsi qu’à surveiller son corps et à le punir.

L’espace urbain est devenu le centre d’action des forces de police. L’État, après l’abolition, a nié et complètement abandonné la population noire. Les corps noirs qui transitaient dans des espaces qui n’étaient pas considérés comme leur place (lire les bidonvilles et les zones périphériques de la ville) ont souffert de la répression policière.

La relation entre l’observation et la punition des corps noirs, avec l’espace urbain, est représentée dans l’un des plus beaux écrits de notre littérature dans les pages écrites par Jorge Amado dans Capitães de Areia (Capitaines des Sables). (Extrait)

14 juin 2020 Alencontre Gabriel Santos

https://alencontre.org/

Lire la suite

15 juin 2020 ~ 0 Commentaire

mobilisation (courrier-inter fr24)

Mobilisation antiraciste : comment la mort de George Floyd a ouvert la voie

Depuis la mort de George Floyd à Minneapolis le 25 mai, des manifestations contre le racisme subi par les Noirs se sont multipliées aux États-Unis, puis en Europe et dans le reste du monde. Comment comprendre cet élan de mobilisation qui dépasse les frontières ? Décryptage en vidéo.

“Black Lives Matter” : depuis plusieurs semaines, ces trois mots sont clamés partout dans le monde, des États-Unis à la Nouvelle-Zélande, en passant par la France, le Royaume-Uni ou encore l’Indonésie.

L’élément déclencheur de cet élan de mobilisation contre les violences policières et le racisme subi par les Noirs, c’est la mort de George Floyd, Noir américain de 46 ans tué par un policier blanc le 25 mai à Minneapolis.

Dès le lendemain, cette ville du Minnesota s’embrase, bientôt suivie par des dizaines d’autres à travers le pays, à tel point que le président américain, Donald Trump, menace de déployer l’armée. En parallèle, des manifestations similaires sont organisées dans de nombreuses villes européennes et dans le reste du monde.

Pourquoi la mort de George Floyd aux États-Unis a-t-elle lancé un tel mouvement ? Comment la problématique du racisme subi par les Noirs se décline-t-elle dans les différents pays qui manifestent ? Que pourrait changer ce mouvement ?

Pour répondre à ces questions, nous avons contacté trois expertes des questions de la race et de l’ethnicité :

la Française Mame-Fatou Niang, maîtresse de conférences en études françaises à l’université Carnegie-Mellon de Pittsburgh et réalisatrice ;

et les Américaines Jean Beaman et Crystal Fleming. Jean Beaman enseigne la sociologie à l’université de Californie à Santa Barbara, et elle est l’autrice de Citizen Outsider, un ouvrage sur la condition des citoyens d’origine maghrébine en France.

Crystal Fleming est professeure en sociologie et études africaines à Stony Brooks (New York), et autrice de plusieurs ouvrages, notamment How to be less stupid about race (“Comment être moins stupide au sujet de la race”), paru en 2018, non traduit en français.

15/06/2020

https://www.courrierinternational.com/

Lire aussi:

États-Unis : quel avenir pour le mouvement Black Lives Matter ? (FR24)

Black Lives Matter : immense succès populaire (GA)

 

Lire la suite

15 juin 2020 ~ 0 Commentaire

espagne (mediapart)

felipe

Espagne. Les socialistes rattrapés par la séquence noire de leur histoire

La déclassification par la CIA de documents sur l’affaire des GAL chargés, dans les années 80, par les hautes sphères du gouvernement socialiste, d’éliminer les dirigeants de l’ETA, ne devrait pas manquer de créer une commotion politique d’envergure dans une situation (post) pandémique de grande fragilité gouvernementale mais aussi de l’ensemble du champ politique institutionnel.

La CIA vient de lâcher une bombe dans le champ politique et médiatique espagnol en déclassifiant des documents qui désignent l’ancien président du Gouvernement, le socialiste Felipe González, comme ayant donné son accord pour que soit créé le GAL (Groupe Antiterroriste de Libération), ce groupe terroriste composé de truands et de fascistes, afin qu’il assassine les dirigeants de l’ETA.

Cette organisation sévit entre 1983 et 1984 et tua 27 personnes dont certaines n’avaient rien à voir avec l’ETA.

Pour saisir dans toute son ampleur ce que fut cet épisode de guerre sale menée par l’Etat espagnol, il faut rappeler que ces assassinats eurent lieu, pour l’essentiel, au Pays Basque français.

Il s’agissait de trouver une solution à l’incapacité des forces répressives espagnoles, pourtant peu avares de méthodes type tortures et exécutions sommaires de militant.e.s etarras ou simplement suspecté.e.s d’en être, à en finir avec le groupe armé basque.

Celui-ci  conservait encore une partie de l’appui qu’il s’était gagné dans la population d’Euskadi pour sa lutte contre la dictature (il avait précipité la crise de celle-ci en exécutant, en 1973, l’amiral Carrero Blanco, celui qui, le dictateur s’approchant du terminus de sa vie, devait assurer la … transition sans heurts vers un franquisme sans Franco).

Par ailleurs, malgré toutes les tentatives du gouvernement socialiste et d’une partie de l’appareil judiciaire de faire obstacle à l’enquête du juge en charge de l’enquête, suite aux révélations produites par des journalistes, le Ministre de l’intérieur, le secrétaire d’Etat à la Sécurité et un général de la Garde Civile furent reconnus coupables, ainsi que huit autres responsables politiques ou des forces de police ou de la Garde Civile, d’avoir mis en place cette structure composée de tueurs.

Il fut cependant impossible de remonter jusqu’au commanditaire de ces opérations que la presse désignait par Monsieur X et que certains des condamnés disaient être Felipe González, ce qu’aujourd’hui les documents de la CIA confirmeraient.

Pour finir de dessiner le tableau de cette stupéfiante affaire politico-criminelle, rappelons que Felipe González et la direction du PSOE n’ont eu de cesse de demander la libération des deux membres de leur gouvernement condamnés. Jusqu’à l’obtenir de José María Aznar qui, justement grâce à l’onde choc de cette affaire, avait réussi à battre Felipe González en 1996 permettant au Parti Populaire d’accéder pour la première fois au Gouvernement.

Si les documents américains déclassifiés confirmaient de façon probante l’implication de l’ancien chef du gouvernement socialiste qui, rappelons-le, a gouverné le pays pendant 14 ans de façon ininterrompue, l’impact politique serait énorme.

Il serait en effet plus évident que jamais, malgré la propension à l’amnésie qui joue un rôle majeur dans l’histoire de la démocratie espagnole, que les socialistes espagnols ont bien eu, dans ce moment décisif de l’histoire que fut la sortie du franquisme, un rôle pour que s’installe un Etat capable, tout démocratique qu’il était, de déroger à sa propre légalité, en héritage direct de ce que fut la dictature franquiste.

Le PSOE, il fallait être aveugle pour ne pas le voir avant ces révélations, s’est moulé dans des institutions représentatives qui, la preuve déjà par les condamnations prononcées, ont autorisé des membres d’un gouvernement à jouer de tout ce que, parmi les logiques arbitraires de l’Etat antérieur, la mécanique de la Transition laissait à leur disposition.

C’est tout un mythe, déjà bien mal en point, qui risque de s’effondrer définitivement : celui de la démocratie modèle qu’aurait été l’Espagne au sortir du franquisme, à un moment où la figure emblématique qui était au coeur de la propagande martelant cette idée, l’ancien roi Juan Carlos, est rattrapé par ses affaires de corruption et, par là-même, fait chanceler l’ensemble de la Maison Royale.

Pedro Sánchez lui-même ne devrait pas échapper aux retombées de cette affaire car c’est la légitimité de son parti qui s’en trouverait affectée et pas qu’un peu. Disons-le, nous risquons d’assister à un retour des plus virulents du refoulé d’une Transition que tant de gens, à gauche compris, à l’international comme à l’intérieur de l’Etat espagnol, ont cautionnée en abandonnant tout esprit critique.

Comment ne pas voir, entre autres choses, qu’à la lumière de ces révélations, le comportement antidémocratique et violent de l’Etat espagnol emmené par la droite mais soutenu par le PSOE, par Sánchez en personne, contre le processus d’autodétermination de la Catalogne, porte tous les signes de cette capacité terroriste de l’Etat démocratique espagnol ayant renoncé à se défranquiser radicalement.

Par où l’histoire s’énonce au présent, le passé se rappelle littéralement  et cruellement au souvenir du présent, avec une puissance qui risque d’être d’autant plus dévastatrice qu’ils auront été si longtemps contenus.

Le fil rouge, en fait le fil noir, qui a relié les fascistes du GAL à la rose socialiste des années 80, en se resserrant aujourd’hui autour de la figure tutélaire du PSOE qu’est Felipe González, ne pourra qu’enserrer les actuels dirigeants de ce parti et du gouvernement qu’il dirige et les prendre à revers dans leur incantatoire et mystificatrice proclamation qu’ils sont les fiers héritiers d’un parti exemplaire, d’une gauche immaculée.

Mais ils ne devraient pas être les seuls à subir les méchants contrecoups qui s’annoncent : gageons que le PP et l’extrême droite seront tentés d’en profiter pour pousser plus avant leur actuelle logique du « putschisme institutionnel » contre le Gouvernement.

Il serait pourtant assez facile de leur renvoyer que cette face sombre du « socialisme » des années de Transition et de post-Transition a structurellement à voir avec leur propre participation à ce consensus qui les a amenés à assumer, eux aussi, ce franquisme souterrainement continué qui fournit, de première main, l’outillage des GAL aux « démocrates » du moment.

Le PP, quand il s’appelait encore Alianza Popular, et les partisans de la dictature sont les pères et les mères dont se revendique aujourd’hui ouvertement Vox, encourageaient l’Etat à recourir à tous les moyens, je dis bien tous les moyens, pour écraser l’ETA. Les socialistes n’ont eu, pour ainsi dire, qu’à surfer sur ces incitations à sortir de l’Etat de droit !

J’ai employé le conditionnel « Il serait facile… » de neutraliser les velléités des droites d’attaquer, sur ce terrain des GAL, le « gouvernement progressiste » s’il avait existé aujourd’hui un parti en capacité de porter l’estocade depuis la gauche, depuis une gauche immunisée contre toute contamination systémique, c’est-à-dire jouissant d’une indépendance politique lui permettant de porter le fer, contre ce consensus de gauche et de droite dans le scandale d’Etat que fut et qu’est l’affaire des GAL.

Mais il n’y a pas ce parti dans le champ politique espagnol depuis que Podemos a décidé de gouverner avec le parti de Felipe González et de Pedro Sánchez. Depuis qu’Iglesias a décidé de relayer la mystification que le PSOE serait un parti de gauche (peut-on, étant de gauche, avoir créé une organisation d’assassins et ne jamais avoir opéré d’autocritique sur le sujet ?).

Et cela dans l’oubli opportuniste par le même Iglesias de ce qui l’amenait à dire, à ses tout débuts, que ce parti était, à l’égal du PP, « un parti de la caste », formule poliçant déjà l’abrupt « la même merde que le PP » des Indigné.e.s de 2011.

Qu’il est loin, politiquement loin, le Pablo Iglesias qui, en 2016 encore, avait le verbe haut, en pleine séance du Congrès des Député.e.s, même s’il l’employait pour convaincre Pedro Sánchez de faire gouvernement avec lui, quand il lui asséna « votre problème c’est que l’on vous a interdit de faire un pacte avec nous.

Felipe González, celui dont le passé est taché de chaux vive, l’a dit « . Allusion, ayant provoqué un tonitruant tapage des député.e. socialistes et une violente riposte de Pedro Sánchez, à l’un des crimes les plus odieux des GAL qui, après avoir assassiné deux etarras, avaient essayé de faire disparaître les corps sous de la chaux vive !

Mais ce Pablo Iglesias et ce Podemos sont rentrés dans le rang et se trouvent dans l’obligation de faire le constat qu’il serait suicidaire… de sortir de la fuite en avant de la solidarité gouver-nementale dans laquelle ils sont désormais engagés.

Lire la suite

Antoine 15 juin 2020 Antoine (Montpellier)

https://blogs.mediapart.fr/

Note : il est dit erronément dans l’article de El Nacional que José Luis Corcuera (et non José Corcuera) fut condamné dans l’affaire des GAL, or ce dirigeant socialiste, non seulement ne fut pas condamné, mais succéda au Ministère de l’Intérieur, en 1988, à José Barrionuevo qui, lui, impliqué dans cette affaire, fut condamné et emprisonné. Mais vite dispensé de peine car le PP sait se montrer conciliant avec la gauche dont il partage le soutien aux fondamentaux du régime né en 1978 dans les conditions dont nul ne devrait plus ignorer ce qu’elles furent ni les effets qu’elles ont sur le présent.

bzh euskadi

Lire aussi:

Felipe Gonzalez à l’origine de la création des GAL (Mediabask)

Des documents déclassifiés de l’Agence centrale d’intelligence (CIA) confirment que l’ancien premier ministre socialiste espagnol Felipe Gonzalez a approuvé la création des Groupes Antiterroristes de Libération (GAL). Ce groupe actif entre 1983 et 1987 est responsable d’une trentaine de morts en Pays Basque Nord.

« Felipe Gonzalez a accordé la création d’un groupe de mercenaires pour combattre illégalement les terroristes ». Cette phrase apparaît dans les documents déclassés de l’Agence centrale d’intelligence (CIA). Cette dernière a étudié la création des GAL dans les années 80, comme l’explique le quotidien La Razón qui vient de publier des documents de l’agence nord-américaine sur le sujet.

Ces documents déclassifiés contiennent des passages censurés. Malgré cela, ils confirment des aspects significatifs. La CIA souligne que le Gouvernement espagnol « se montre déterminé à adopter une stratégie peu orthodoxe face à ETA ». Suite à une phrase censurée qui pourrait indiquer le nom de la source, l’agence dit que « Gonzalez a approuvé la création d’un groupe de mercenaires contrôlés par l’Etat, pour combattre illégalement les terroristes ».

Après une autre phrase censurée, l’agence ajoute que « les mercenaires ne seront pas nécessairement espagnols et auront comme objectif d’assassiner les leaders d’ETA, en Espagne et en France ».

Un autre document cité par le journal indique que ce ne serait pas la première fois que l’Etat espagnol lutte contre ETA de manière illégale. Des sigles comme Anti Terrorismo ETA (ATE), la Alianza Apostólica Anticomunista (Triple A) et le Batallón Vasco Español apparaissent dans un dossier.

Concernant les passages encore cachés par la CIA, il semble indéniable que certains dossiers évoquant la guerre contre ETA contiennent les identités et CV des mercenaires.

Mediabask|15/06/2020

https://www.mediabask.eus/

 

Lire la suite

15 juin 2020 ~ 0 Commentaire

usa (solidarités)

AFFICHE-RACISME-POUTOU2017-BAT-1

Révoltes contre l’ordre dominant

L’étranglement de George Floyd fait suite à une série de meurtres racistes perpétrés par la police contre des personnes noires ces dernières semaines. 

Sans oublier les assassinats commis ces dernières années par les forces de police, notamment à New York et Ferguson en 2014, qui ont mené à la création du mouvement populaire Black Lives Matter.Les derniers mots de George Floyd, « I can’t breathe » (« Je ne peux pas respirer »), tandis qu’il est menotté et plaqué au sol par un policier agenouillé sur son cou pendant près de 9 minutes, nous renvoient inévitablement à ceux d’Eric Garner, lui aussi asphyxié par la police, en 2014 à New York.

Black Lives Matter, encore et toujours

Les violences policières contre les populations noires et non-blanches aux États-Unis reflètent plus globalement le système d’exploitation raciste états-unien. Les personnes noires représentent 14 % de la population totale aux États-Unis, mais 40 % des sans-abri et 21 % des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, soit un taux 2,5 fois supérieur à celui de la population blanche.

Les populations noires et latinos travaillent en grande majorité dans des services essentiels, notamment dans la santé, mais aussi dans des emplois d’une grande précarité sans aucun droit du travail ni sécurité sociale. Les quartiers populaires, en majorité habités par les populations non-blanches, souffrent également le plus souvent de manque ou de l’absence de services publics.

La pandémie de Covid-19 a renforcé les inégalités. Parmi les plus de 43 millions de travailleurs·euses qui sont devenu·e·s chômeurs·euses depuis le début de la pandémie, une grande majorité est issue des populations noire et latino. De plus, la plupart des victimes sont noires, latinos et issues des classes pauvres.

Dans les villes de Chicago et Milwaukee, respectivement 73 % et 81 % des décès dus à la pandémie concernent les populations noires états-uniennes alors qu’elles représentent respectivement un tiers et un quart de la population de ces villes. Ce ne sont pas uniquement les taux de mortalité plus élevés qui alimentent cette colère, mais également le fait que les personnes noires se sont souvent vu refuser des soins de santé parce que les infirmiers·ères ou les médecins ne prenaient pas en compte leurs plaintes concernant les symptômes ressentis.

Répression violente et racisme structurel

Le président états-unien Trump n’a pas hésité à appeler à l’intervention de l’armée et à l’usage d’armes sur les manifestant·e·s qui s’en prennent aux supermarchés et aux bâtiments de police. Il a d’ailleurs repris mot pour mot la déclaration du chef de la police raciste de Miami, Walter Headley, prononcée en 1967 : « Quand le pillage commence, la fusillade aussi. » Par ses politiques et ses déclarations haineuses et racistes, Trump encourage et légitime les discours et actes racistes des organisations suprémacistes blanches.

Mais il ne faut pas oublier que le racisme aux États-Unis est plus profond : il prend sa source au cœur du système politique états-unien. Les deux partis, démocrate et républicain, sont en effet coupables de politiques néolibérales et racistes. Le maire de la ville de Minneapolis, Jacob Frey, et le gouverneur de l’État du Minnesota, Tim Walz, sont des membres du parti démocrate et ils ont donné l’ordre à la Garde nationale d’entrer dans la ville.

La répression contre les manifestant·e·s est violente : on compte plus de 4 000 arrestations et il est fait un usage intensif des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc. Des milliers de soldats de la Garde nationale ont été déployés dans plus d’une vingtaine de villes. La Garde nationale a été mobilisée pour la dernière fois en 1992, après les révoltes populaires de Los Angeles, après l’acquittement de quatre officiers de police blancs qui avaient passé à tabac un homme noir. De même, de nombreuses villes (Chicago, Denver, Los Angeles, Salt Lake City, Cleveland, Dallas, Indianapolis) ont décidé d’imposer un couvre-feu à leurs habitant·e·s.

Une révolte de classe contre l’ordre dominant

Des syndicats et la gauche se sont également mobilisés. L’Amalgamated Transit Union, le syndicat qui représente les chauffeurs de bus et les agents du métro de tout le pays, a par exemple appelé ses membres à refuser de transférer des prisonniers·ères pour la police.

La colère des populations noires paupérisées qui explose (à nouveau) aujourd’hui dans les rues de centaines de villes états-uniennes ne se limite pas à des manifestations antiracistes, mais remet en cause le système politique dominant.

C’est une révolte de classe contre l’ordre capitaliste et raciste états-unien.

Joseph Daher

https://solidarites.ch/

Lire la suite

14 juin 2020 ~ 0 Commentaire

4è internationale 1 (inprecor)

 trotsky

La crise Covid-19 menace la vie de millions de personnes, accélère la transformation géopolitique et allume la flamme des bouleversements sociaux

Dépression économique, mise en évidence de l’inégalité structurelle et des oppressions générées par le néolibéralisme, confrontation géopolitique pour la suprématie mondiale et acuité de l’imminence de l’effondrement environnemental… tout cela converge en 2020 au moment où l’humanité tout entière a fait face à une pandémie sans précédent depuis des décennies.

La pandémie a déjà provoqué plus de 400.000 décès dans le monde (401.000 le 8 juin), avec plus de 6,8 millions de cas officiellement enregistrés dans 216 pays. Dans la seconde moitié du mois de mars, avant que le confinement ne commence à être levé en Asie, plus de 3 milliards de personnes étaient bloquées chez elles.

À ce stade, il est impossible de dire dans quelle mesure il y aura une deuxième vague de cas – ni si le virus va muter.

C’est beaucoup plus qu’un problème de santé

C’est un moment qui condense des processus de longue durée, qui se développaient de manière relativement autonome et qui convergent maintenant de manière explosive : la crise écologique, les limites du néolibéralisme et ses inégalités, ainsi que la lutte géopolitique pour la suprématie entre le vieil impérialisme et la Chine. Les processus qui modifient structurellement le monde façonné en 1945 apparaissent et interagissent. C’est certainement une bifurcation dans l’histoire, un moment de grands enjeux pour tous les acteurs politiques.

Nous sommes au cœur d’une convergence de crises, pleines de dangers, une crise de la civilisation capitaliste, la plus grave depuis les guerres mondiales du 20è siècle. C’est ce que Gramsci a appelé une crise organique : des fissures commencent à apparaître dans l’édifice même du pouvoir bourgeois, sa prétention à l’universalité commence à s’effriter, et des affirmations jusque-là hégémoniques se révèlent être ce qu’elles sont réellement : une manière de préserver la stabilité capitaliste.

Le consensus social se dégrade et les exigences capitalistes ne sont plus perçues comme concourant au bien-être général. Une polarisation politique est en cours, un espace politique s’ouvre qui pourrait être conquis par les anticapitalistes écosocialistes, mais aussi par l’extrême droite, alors que des « symptômes morbides » commencent à apparaître.

Lorsque nous proposons une politique de santé basée sur la solidarité, il est clair que ces exigences dépassent le cadre fixé par le capitalisme. Notre santé dépend des conditions dans lesquelles nous vivons, si nous pouvons respirer un air pur, boire de l’eau non contaminée, nous procurer des aliments de bonne qualité, si nos villes nous offrent un environnement vivable, etc.

En bref, cela dépend de vivre dans des conditions correctes et d’avoir des revenus suffisants pour nous garantir une bonne vie. La santé est un ensemble physique, social, culturel et environnemental qui est à la base d’une vie humainement riche et correcte. Parce que les conditions de vie créées par le capitalisme ne nous permettent pas de mener une bonne vie, ni sur le plan social ni sur le plan culturel et écologique, une politique de santé fondée sur la solidarité dépasse les limites fixées par le capitalisme.

La crise écologique

La déforestation, l’extractivisme, la productivité capitaliste, la dévastation des écosystèmes et l’augmentation du confinement des animaux et de la consommation de viande ont facilité et augmenté le franchissement des barrières des espèces par les virus. Les trois quarts des nouvelles maladies apparues depuis 1960 sont des zoonoses. Il s’agit notamment de l’Ebola, du sida, du SRAS, du MERS et du Covid-19.

La mondialisation des échanges a entraîné une rapide prolifération des virus à l’échelle mondiale. La croissance des mégalopoles et des bidonvilles qui y sont liés accélère la vitesse de transmission entre les humains. Ainsi, la pandémie de Covid-19 est une conséquence de l’intersection des effets de la mondialisation.

Le GIEC prévoit une augmentation des températures moyennes mondiales allant jusqu’à 6° C d’ici 2100, ce qui implique des augmentations de température beaucoup plus importantes dans la plupart des régions continentales et dans l’océan Arctique, une élévation significative du niveau de la mer et une augmentation globale de la fréquence et de l’intensité des événements extrêmes tels que les canicules, les mégafeux, les sécheresses, les inondations et les ouragans ou typhons dévastateurs.

Cela amènerait 3,5 milliards de personnes à quitter 19 % de la surface terrestre, dont les zones côtières et les régions tropicales. Cette catastrophe climatique, ainsi que d’autres points de basculement environnementaux, notamment la perte de biodiversité, la déforestation et le manque d’eau potable, auraient des conséquences encore plus terribles que celles du Covid-19. La pandémie nous donne ainsi un aperçu de ce que pourrait devenir un monde victime de telles catastrophes.

Dans certaines régions du monde, le moment de la pandémie est utilisé par l’agro-industrie pour faire avancer le projet capitaliste de destruction de la nature. Le Brésil en est un exemple : en mars et avril, la déforestation de la forêt amazonienne y a augmenté de 29,9 % par rapport à la même période l’année précédente.

Cette avancée destructrice sur la forêt est aussi une avancée du génocide de ses peuples, en particulier les peuples indigènes, qui ont été parmi les plus touchés par le Covid-19. Il est essentiel que nos organisations éco-sociales participent à la défense internationale de la forêt amazonienne et de la santé des peuples indigènes pendant cette période de pandémie !

L’impact géopolitique et géo-économique sur la situation mondiale

Le conflit pour la suprématie est assumé et belliqueux, dans une bipolarité résolument construite par les États-Unis et la Chine.

Depuis un demi-siècle, la Chine s’est développée dans le cadre d’un partenariat stratégique avec les États-Unis. L’administration Obama avait déjà tenté de répondre à la croissance menaçante de la Chine en essayant de la saper par le biais du Traité de partenariat transpacifique signé en 2015. Mais dans le cadre du réalignement géopolitique promu par le projet Trump, son gouvernement a dénoncé l’accord en janvier 2017, ce qui a permis à Pékin de commencer à se poser en champion du libre-échange et de la mondialisation économique face au protectionnisme nationaliste de Washington.

La rupture de cette alliance a eu des répercussions dans toutes les sphères de la société mondiale. Les États-Unis et l’Union européenne (UE) sortent donc affaiblis de cette phase. L’UE, déjà touchée par Brexit, sera la plus endommagée.

L’incapacité de mobiliser une réponse sanitaire paneuropéenne à la crise a porté un coup à l’UE : les États membres n’ont pas agi de concert lorsque la crise a éclaté en Europe, mais unilaté-ralement, en fermant les frontières, en suspendant la libre circulation et en interrompant sans coordination les liaisons de transport. Pendant des semaines, l’Italie n’a reçu aucune aide, ni des pays voisins, comme la France ou l’Allemagne (qui ont également bloqué les exportations de fournitures et d’équipements médicaux), ni au niveau de l’UE. La Chine a fait davantage en matière de fourniture d’équipements. Cuba, malgré le blocus criminel des États-Unis, a envoyé des brigades médicales dans plus de 20 pays.

Les pays endettés comme l’Espagne, la Grèce ou l’Italie sont renvoyés vers le mécanisme européen de stabilisation financière (MESF) dans le cadre d’un soutien spécial à la crise pandémique de 240 milliards d’euros. Ce mécanisme exige des mesures d’austérité – et des suppressions de services publics – en échange de crédits.

Avec 40 millions de demandes d’inscription au chômage au début du mois de juin, l’économie américaine devrait décliner de 5,8 % (FMI) à la fin de l’année. Dans le contexte de la crise sociale (et d’une vague de soulèvements antiracistes actuellement en cours), le pays a prévu des élections en novembre, qui marqueront le cours de la situation politique intérieure et extérieure.

Trump utilisera tous les moyens possibles pour se faire réélire (y compris la fraude), mais il aura du mal à y parvenir. Son prestige auprès de la moitié de la population a été très affecté. L’érup-tion actuelle de mobilisations massives et radicales aux États-Unis survient dans le contexte de l’inégalité sociale et raciale historique, du mécontentement politique et de l’expérience de lutte accumulée par les nouvelles générations. C’est aussi le produit de la gestion désastreuse de la pandémie par le gouvernement Trump, qui a provoqué un impact disproportionné sur les communautés noires.

Dans les pays les plus pauvres, les populations subiront à la fois des dommages sanitaires et des effets économiques. Au Brésil, au Pérou, au Chili et au Mexique, on constate une forte augmentation du nombre des infections. Au Brésil, les experts de la santé prévoient une explosion de Covid-19 en juin, aggravée par les politiques criminelles de Bolsonaro.

Ce pays combine de manière explosive une crise sanitaire qui s’aggrave avec une récession économique et une grave crise institutionnelle. Bolsonaro est plus isolé et fait appel à sa base radicale d’idéologie fasciste, soutenue par des secteurs des services de police de l’État, de l’armée et des milices, pour faire taire le Congrès et la Cour suprême afin de gouverner de manière explicitement dictatoriale.

En Afrique et au Moyen-Orient

les systèmes de santé sont encore plus défaillants, touchés par les situations de guerre et, même si le nombre de malades est faible, les risques de cette épidémie s’ajoutent à ceux déjà présents : en Afrique, par exemple, le paludisme a tué 380.000 personnes en 2018, la tuberculose 607.000 et la malnutrition entre 2 et 3 millions. Les peuples seront sérieusement confrontés à une plus grande austérité et à un approfondissement du sous-développement, de la dépendance alimentaire, de l’endettement, de la mainmise des multinationales et du grand capital local sur l’économie et les ressources. Ce sont ces mêmes causes qui ont déclenché le processus révolutionnaire dans la région arabe et qui lui donneront un nouvel élan pour un nouveau cycle après le Covid-19.

L’incertitude totale quant à une reprise économique en forme de V tend à rendre les groupes capitalistes et leurs gouvernements plus agressifs. Tant que le capitalisme ne sera pas vaincu, tout espoir d’un « monde d’après », différent et meilleur, sera pure utopie ; il sera encore plus inégal. La lutte pour une alternative anticapitaliste est d’autant plus urgente.

http://www.inprecor.fr/

Lire la suite

14 juin 2020 ~ 0 Commentaire

4è internationale 3 (inprecor)

leon t

Le programme de transition

Face à la pandémie, un plan d’urgence dans les domaines de la santé, du logement, de l’emploi et des salaires, l’éducation, l’accueil des migrants et l’environnement :

• Partout, et notamment dans les régions touchées par la pandémie, garantie des moyens suffisants pour la mise à disposition massive de kits de dépistage, multiplication des lits de réanimation et des respirateurs ainsi que généralisation à l’ensemble de la population des masques de protection et des tests biologiques appropriés.

• Reprise des activités économiques seulement si la santé des travailleurs est protégée : mise à disposition de moyens de protection (masques, gels, lunettes, gants) pour tous les employés, et exercice immédiat du droit de retrait si les conditions de sécurité ne sont pas respectées.

• Prise en charge à 100 % par les entreprises et/ou l’État des salaires des travailleuses et travailleurs ayant suspendu leur activité – y compris les migrant·es, les précaires, les temporaires, les domestiques, les indépendant·es et les saisonnier·es – sans obligation de prendre des jours de congé ou de récupérer ultérieurement les heures non travaillées. Obligation pour les États de payer les salaires des employé·es que les employeurs refusent de payer pendant la crise. Le gouvernement doit ensuite récupérer le coût de cette intervention en infligeant une amende à l’entreprise coupable de ne pas payer les salaires.

• Fourniture par l’État d’un revenu minimum garanti suffisant pour vivre décemment aux travailleurs du secteur informel, aux chômeurs non rémunérés, aux étudiants, à toutes celles et ceux qui en ont besoin.

• Interdiction de tout licenciement et de toute fermeture d’entreprise par des groupes capitalistes, réintégration des salariés licenciés depuis le début de la pandémie.

• Ouverture d’écoles dans des conditions sûres pour les élèves et les enseignants. Pas de pénalisation des étudiants suite à la suppression des cours.

• Refus de toute mesure autoritaire et exceptionnelle de suspension des droits sociaux, en particulier du droit de grève, et surtout du maintien de ces mesures après la levée du confinement.

• Arrêt de toutes les expulsions de locataires, suspension des loyers, des prêts personnels et des factures d’eau et d’énergie, mise à disposition de logements convenables pour tous ceux qui vivent dans la précarité ou sans logement, réquisition des logements vides.

• Fourniture d’une aide sociale adéquate aux personnes handicapées, aux personnes âgées et à tous ceux qui sont ou ont été socialement isolés par le confinement.

• Mise en place de mesures de protection d’urgence immédiates pour les femmes et les enfants victimes de violence, avec des décisions rapides pour éloigner les conjoints violents ou fournir un logement de remplacement aux victimes, garantie de l’accès en temps opportun à la contraception et à l’avortement en tant que procédures médicales essentielles.

• Conversion des centres fermés pour réfugiés en centres d’accueil ouverts dotés d’installations sanitaires. Régularisation immédiate de toutes et tous les sans-papiers et réfugiés afin de donner accès à tous aux systèmes de protection sociale et de mettre fin à toutes les expulsions. Fermeture immédiate des camps de détention pour migrants, très surpeuplés, en particulier celui de Moria à Lesbos et ceux qui longent la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Lutter contre l’organisation capitaliste de la société, mettre les intérêts des classes populaires et les besoins sociaux au premier plan par une série de décisions urgentes :

1. Tous les domaines essentiels du système de santé, y compris les assurances maladie, de même que l’industrie pharmaceutique et biotechnologique ainsi que toutes les recherches et le développement médical et pharmaceutique ne doivent pas être privés mais être placés sous contrôle public. Les brevets sur les médicaments, les connaissances et les produits médicaux doivent être abolis. La recherche médicale doit être menée au niveau international dans un esprit de solidarité et être consacrée uniquement au service de l’humanité. Le savoir et les technologies doivent être mises gratuitement à la disposition de chaque pays.

2. Cela doit s’accompagner du développement d’une infrastructure sociale gratuite pour la santé, au niveau local, au plus près des besoins, et national. Les emplois essentiels de la reproduction sociale, occupés majoritairement voire exclusivement par des femmes, doivent être socialement reconsidérés et mieux rémunérés.

3. Il est évident que dans le cadre de cette restructuration du système de santé, tous les hôpitaux privés doivent être placés sous contrôle public et transférés à la propriété sociale. Un secteur unifié des soins de santé et des soins cliniques est absolument essentiel.

4. Les services de nettoyage et autres services nécessaires au fonctionnement des hôpitaux et de tous les établissements de soins doivent être réintégrés dans le service public. Les employés de ces services doivent être rémunérés décemment et l’intégrité de leur santé sur le lieu de travail doit être garantie.

5. Afin de pouvoir faire face à tout cela, il faut arrêter toute production d’armes, convertir les usines vers des productions socialement utiles et investir les fonds ainsi libérés dans le développement du système de santé.

6. Financer les coûts engendrés par l’expansion du système de santé au moyen d’impôts spéciaux sur les hauts revenus, les rentes et le patrimoine. Tout doit être fait pour que les coûts de la crise soient supportés par ceux qui ont réalisé d’énormes profits et accumulé des richesses aux dépens du reste de la population au cours des dernières décennies.

7. Les conditions de travail ne doivent pas rendre les gens malades et doivent être propices à leur développement et à leur santé. Cela est particulièrement urgent pour les travailleurs non qualifiés de l’industrie de la viande, de l’agriculture, des soins aux personnes âgées et des services de livraison. La sécurité du travail, des mesures sanitaires et d’hygiène adéquates doivent être garanties. Réduction du temps de travail et amélioration des dispositions en matière de pause.

8. Éradication des logements précaires et insalubres avec des plans d’urbanisme pour la construction de logements publics de qualité.

9. Renforcement et extension du système d’éducation public, refus de sa privatisation par le développement d’entreprises proposant des modules d’apprentissage sur Internet.

10. Transfert à la propriété publique des principales plateformes de médias sociaux (Facebook, WhatsApp, Amazon et Zoom) qui profitent massivement du confinement et collectent des données qui généreront d’énormes profits à l’avenir. Elles devraient être expropriées (sans compensation, elles ont déjà trop rapporté) et fonctionner en tant que service public transparent et sans but lucratif.

11. Mise en régie publique des services funéraires. Des entreprises privées ne devraient pas être autorisées à tirer profit de la mort et à tenter de manipuler le chagrin des gens pour maximiser leurs recettes.

12. Une agriculture soutenable et une justice alimentaire mondiale, en réorganisant les circuits de production et de distribution en fonction des besoins sociaux. Réduction des transports des aliments et de la consommation de viande. Arrêt de la déforestation, en particulier celle provoquée par l’agrobusiness.

13. Expropriation des banques privées sans indemnisation des principaux actionnaires et socialisation du système financier sous contrôle citoyen ; suspension de tous les frais bancaires sur les comptes privés et octroi aux classes populaires de prêts à taux zéro pour répondre à leurs besoins immédiats ; gel des dettes bancaires des familles, du microcrédit et des loyers ; garantie de l’eau, de l’électricité, du gaz et de l’internet pour tous.

14. La suspension immédiate du paiement des dettes publiques doit permettre de mobiliser les fonds suffisants dont les pays ont besoin pour répondre aux besoins populaires pendant la pandémie. La suspension du paiement de la dette doit être combinée à un audit avec la participation des citoyens afin d’identifier la partie illégitime et de l’annuler.

15. Ouverture des frontières pour l’admission sûre des migrants, avec un statut légal et l’accès aux services de santé et d’aide sociale.

16. La lutte contre la discrimination dans l’accès aux services publics des autochtones, des migrants, des Noirs, des femmes, des LGBTIQ et des personnes handicapées ne peut se faire que par des programmes d’action positive visant à combattre des siècles de discrimination institutionnelle et par la consultation et la participation permanentes de ces communautés à une véritable prise de décision afin de créer des services qui répondent réellement aux besoins de chacune et chacun.

Un autre monde est nécessaire et urgent !

Puisqu’elle met en péril les fondements de la vie humaine, la convergence actuelle des crises exige une politique anticapitaliste avec une perspective écosocialiste. Elle montre l’urgence d’une société fondée sur les besoins sociaux, organisée par et pour les classes populaires avec une propriété publique des banques et des principaux moyens de production. Cette crise montre l’urgence de mettre un frein aux causes du changement climatique, d’arrêter la déprédation environnementale qui détruit « notre maison commune », réduit la biodiversité et ouvre la voie aux pestes contemporaines, tels que les syndromes respiratoires graves de nature virale.

Dans la première décennie du néolibéralisme, des secteurs sociaux s’unissaient pour dire Un autre monde est possible, aujourd’hui nous devons nous unir pour dire Un autre monde est nécessaire et urgent ! Nous avons besoin d’une action internationaliste commune pour aller vers un monde où la vie vaut plus que le profit, où la nature cesse d’être une marchandise. La crise actuelle montre clairement qu’une partie importante de la production capitaliste est purement prédatrice, totalement superflue et gaspilleuse.

Au début des années 2000, le mouvement pour la justice mondiale a rassemblé des millions de personnes, issues de mouvements sociaux, de syndicats, avec la participation d’organisations de la gauche radicale.

Aujourd’hui, nous devons construire de tels rassemblements, en proposant des revendications pour lutter contre le capitalisme, le changement climatique et les discriminations. Dans différents pays ou au niveau international, certaines initiatives poursuivant cet objectif commencent à voir le jour. Les organisations et les militants de la Quatrième Internationale consacreront leurs efforts au succès de ces initiatives. Il est urgent que les organisations et les courants sociaux, anticapitalistes et révolutionnaires se coordonnent, débattent et établissent des actions communes au niveau régional et international.

Il sera impossible de revenir à l’état dit normal d’avant la crise Covid-19 – c’était une « normalité » capitaliste menaçant l’avenir de l’humanité et de la planète. Il est urgent de passer à une nouvelle société basée sur les besoins sociaux, organisée par et pour les classes populaires, avec la propriété publique des banques et des principaux moyens de production. C’est pourquoi une perspective de transformation socio-écologique radicale est nécessaire.

8 juin 2020 Résolution du Bureau exécutif de la IV Internationale

http://www.inprecor.fr/

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin