Archive | Antimilitarisme

12 août 2019 ~ 0 Commentaire

vénézuela 1 (contretemps)

Chavez1

Qui dirige le Venezuela ?

Caste ou bolibourgeoisie ?

Les différentes fractions de la bourgeoisie en Amérique Latine et au Venezuela

La pénétration du capitalisme par la colonisation a créé une nouvelle classe dominante, la bourgeoisie, dont la fraction hégémonique est orientée vers le commerce avec les pays développés.

Cette fraction de la bourgeoisie, appelée la bourgeoisie comprador, s’est en quelque sorte spécialisée dans le commerce avec les multinationales. Puis commence à se développer une bourgeoisie « nationale », plus liée à la production endogène, industrielle ou agricole. Ces deux fractions de la bourgeoisie se sont souvent trouvées en concurrence ce qui s’est traduit par des conflits politiques.

Pour les pays dont l’essentiel de la production et du commerce est tiré par la rente, issue soit des hydrocarbures, soit des mines, la bourgeoisie orientée vers ce commerce international prend nettement le dessus[2].  Le capitalisme de rente a toujours été un système extrêmement corrompu. Phénomène qui ne peut que s’accentuer avec la libéralisation totale des marchés financiers, permettant ainsi toute latitude pour les opérations douteuses et frauduleuses.

Au Venezuela, l’industrie qui s’est développée hors secteur rentier est avant tout une industrie de montage (automobiles), et de traitement métallurgique (comme avec la SIDOR une des principales entreprises de sidérurgie du continent).

Mais le gros de la richesse produite et distribuée est concentré autour de la production d’hydro-carbures. La bourgeoisie qui en profite se construit grâce aux relations qu’elle noue avec les multinationales et les gouvernements étrangers.

Quand on sait que le gros de la production pétrolière alimentait directement les USA, on comprend mieux pourquoi le Venezuela est resté pendant toute la période post-révolution cubaine le pays le plus pro-américain du continent et surtout le seul à ne pas reconnaitre Cuba.

Car le gros de la bourgeoisie vénézuélienne est avant tout une bourgeoisie rentière adossée au marché mondial et qui s’enrichit soit en vendant à l’étranger, soit en transformant des produits importés.

Chávez est arrivé au pouvoir dans ce contexte particulier en pleine dérégulation néolibérale. Il a d’abord cherché à contrôler le pétrole, principale source de corruption, ce qui a expliqué la forte opposition de la bourgeoisie vénézuélienne.

C’est la source profonde de la violence de la réaction de la bourgeoisie, représentée par la droite et la Fedecamaras (fédération patronale vénézuélienne), mais aussi par celle de la CTV (centrale syndicale vénézuélienne) financée par la corruption, qui ont fomenté et réussi le coup d’État de 2002 avec l’aide des USA.

Le projet même de développement tel que l’exprimait Chávez dès le départ et notamment dans la Constitution [3], reposait sur une recherche d’alliance avec une bourgeoisie nationale. Malheureusement, dans une économie rentière, surtout dans le monde néolibéral actuel, la bourgeoisie des pays du Sud est totalement dépendante de la rente et du marché mondial.

Bien que Chávez n’ait jamais voulu remettre en cause le capitalisme, ses choix politiques, notamment le contrôle de la production d’hydrocarbures et la redistribution plus égalitaire de la rente, s’opposaient aux besoins de l’essentiel de la bourgeoisie comprador vénézuélienne toute orientée vers les USA et Miami.

Quel groupe social prend le pouvoir avec Chávez ?

Quand Hugo Chávez a été élu en 1998, c’est le personnage « atypique », on dirait antisystème de nos jours, qui a été choisi à l’encontre du pacte de non-agression des deux principaux partis qui se sont partagés le pouvoir depuis 1958, année de la chute de la dictature.

Il a profité de l’exaspération des couches populaires durement frappées par les mesures néolibérales des gouvernements précédents. Chávez a été largement soutenu par le peuple vénézuélien sur un programme anti-corruption, de rupture avec l’ordre constitutionnel et de meilleure répartition des richesses.

Mais en même temps son capital électoral ne se doublait pas d’une force politique ancrée au sein de la population, notamment chez les électeurs qu’il visait à convaincre. Le parti de Chávez, le  Movimiento Bolivariano Revolucionario 200 (MBR 200), est avant tout une organisation semi-clandestine, principalement composée de militaires (autour notamment de Raúl Isaías Baduel, Jesús Ernesto Urdaneta Hernández, Diosdado Cabello et Hugo Chávez). Sa création est aussi le résultat d’une stratégie menée par une fraction de la gauche révolutionnaire civile de s’implanter au sein des forces armées.

Le 21 octobre 1997, pour élargir sa base sociale en vue des élections présidentielles, le MBR-200 se transforme en MVR (Mouvement Cinquième république) et construit un regroupement de la gauche non social-démocrate, le Pôle Patriotique.

Hugo Chávez, candidat de ce rassemblement, est élu un an plus tard. Mais s’il conquiert le pouvoir politique, au sens qu’il investit l’ensemble des institutions et des administrations, et s’il s’inscrit clairement dans la gauche latino-américaine, de par son programme et ses alliances, le personnel politique qui occupe ce pouvoir est principalement issu de deux groupes.

Celui des militaires qui ont soutenu Chávez depuis la tentative ratée de coup d’état de 1992, et un regroupement des personnalités qui ont émergé au sein de la gauche révolutionnaire comme Alí Rodríguez Araque, Tarek William Saab Halabi, etc …

Le groupe social qui va diriger les affaires du pays est ainsi un regroupement composite, autour de la personnalité de Hugo Chávez, limité, mais il n’y a aucune organisation politique et sociale de masse, ni dans les quartiers populaires, ni dans les entreprises, ni dans les campagnes, qui puisse servir de point d’appui pour le nouveau pouvoir en gestation.

Le syndicalisme est totalement corrompu et inféodé à l’Action Démocratique, parti social-démo-crate qui partage le pouvoir depuis 1958 avec la droite représentée par le COPEI. Les organisa-tions populaires des quartiers pauvres et des bidonvilles ont été réprimées et décimées depuis le Caracazo de 1989. Quant au mouvement paysan il est d’une grande faiblesse, confronté à des propriétaires terriens qui règnent en maitre sur les terres cultivables du pays.

Cette originalité du chavisme, c’est d’avoir conquis le pouvoir sans appareil politique, en l’absen-ce d’armature organisée, à l’exclusion des forces armées qui l’ont soutenu. Cela explique en grande partie le poids déterminant de la personnalité de Chávez et le fait que l’orientation politi-que du régime, notamment ses virages successifs, ne font qu’une avec les intuitions politiques de Chávez.

Son arrivée au pouvoir implique un renouvellement du personnel politique, mais aussi la prise en main des entreprises publiques, ce qui nécessite des moyens humains. Le noyau originel est élargi et on retrouve quatre groupes visibles.

D’abord les anciens liés plus ou moins directement au précédent régime comme José Vicente Rangel (passé par l’URD[4], devenu candidat présidentiel indépendant, aux relations extérieures),  Álvaro José Silva Calderón (pétrole et mines), ou Maritza Izaguirre (économie et finances).

Puis quelques anciens militaires : outre Chávez lui-même, Luis Ramón Reyes Reyes (travaux publics et logement), puis Diosdado Cabello,  Raúl Isaías Baduel ou Jesse Chacón (défense)

Ensuite d’anciens dirigeants d’autres organisations politiques : Alfredo Antonio Peña (PCV, secrétariat de la présidence), Ali Rodriguez Araque (des FALN à la Causa R, pétrole et mines), Jorge Antonio Giordani Cordero (PCV, planification et développement), Gilberto Rodríguez Ochoa (AD puis MAS, santé), Luis Manuel Miquilena Hernández (justice, ancien de l’URD,), Julián Isaías Rodríguez (qui milita à l’AD puis au MEP, vice-président), ou Aristóbulo Istúriz Almeida (AD puis MEP, Causa R et PPT, éducation).

Enfin des personnalités diverses, dont le plus notable est Héctor Navarro (éducation)… Parmi ces collaborateurs de la première heure, nombreux sont ceux qui ont depuis rompu avec le chavisme, surtout après la victoire de Maduro, comme Hector Navarro,  Gustavo Márquez, etc  Quand d’autres ont été accusés de corruption après avoir critiqué Chávez, comme Raúl Isaías Baduel.

Ce panorama incomplet du début des gouvernements de Chávez correspond bien à un dosage complexe entre la volonté de s’entourer de « techniciens » comme Maritza Izaguirre, censée envoyer un signe favorable aux marchés financiers, Gilberto Rodríguez Ochoa, médecin et chercheur reconnu ou Álvaro José Silva Calderón, avocat ayant travaillé pour le régime précé-dent avec le ministère des mines et des hydrocarbures, et bien d’autres encore, mais aussi de militants qui l’ont soutenu, soit dans le cadre du Pôle Patriotique, soit pendant le coup d’État de 1992.

Autre caractéristique des gouvernements chavistes, dans les premières années, c’est la forte proportion de personnes issues des classes moyennes, notamment avocats, universitaires, ingénieurs, médecins. À la différence des gouvernements néo-libéraux, il y a une quasi absence de représentants du patronat, des milieux d’affaires ou de la finance.

Mais une campagne électorale cela demande des moyens. Et Chávez a bénéficié de soutiens au sein du patronat local comme Danilo Díaz Granado ou Umberto Petricca que nous retrouve-rons dans les arcanes du pouvoir, de même que plusieurs hommes d’affaires qui surgissent au début des années 2000 comme acheteurs des banques privées, avec Ricardo Fernández[5] (banques Confederado, Banpro et Bolívar), Torres Ciliberto dans les assurances ou Victor Vargas Irausquín, banquier vénézuélien qui a soutenu le gouvernement notamment dans sa recherche de fonds. Tous ces personnages amassent des fortunes considérables et sont des alliés du pouvoir chaviste.

Ce cinquième groupe de soutien au pouvoir en place amasse des fortunes grâce aux appuis que possèdent ses membres au sein des administrations. Économie rentière oblige, beaucoup font affaire dans le pétrole, soit en ayant la gestion directe de PDVSA (Petróleos de Venezuela S.A.), comme Rafael Ramírez, soit en obtenant des licences d’exploitation pétrolières comme Wilmer Ruperti.

Au départ, la consolidation de ce groupe social passe par l’obtention de licences d’exploitation ou d’importation, et la spéculation sur le bolivar et le dollar. Puis rapidement, surgissent les achats d’entreprises directement liées au marché financier international : banques, assurances, bourses locales. Ce groupe ne participe pas directement au pouvoir politique mais il s’associe avec lui pour réaliser des affaires.

Au fil des années, ce processus d’accumulation de richesses va être élargi aux personnalités liées directement au pouvoir politique. Cela va s’effectuer de deux manières : par la corruption, partie la plus visible du mécanisme d’enrichissement de la couche dirigeante car agrémentée de scandales périodiques, mais aussi par une législation qui va permettre à une partie du personnel politique chaviste d’accéder aux d’affaires et de créer leurs propres sociétés.

Mais à la différence de la république (1958-1998), cette nouvelle couche sociale qui regroupe aussi bien des bourgeois affairistes qui ont trouvé des opportunités à collaborer avec le régime chaviste, que de nouveaux entrepreneurs, directement issus des institutions, n’a pas de représentation politique clairement identifiée.

Le PSUV (Le parti « chaviste ») est devenu une machine électorale schizophrène, déchirée entre une direction peuplée de personnages qui profitent joyeusement du système, secoués régulière-ment par des cas de corruption, et une base qui proclame sa foi en la révolution et au socialisme.

L’absence de représentation politique de cette nouvelle couche sociale capable de réguler ses excès explique en partie l’abondance de règlements de compte qui traversent ce courant, ponctué d’accusation de corruption, de complot et de mises à l’écart. (Résumé voir lien)

Patrick Guillaudat  29 mai 201

http://www.contretemps.eu/

Lire aussi:

Vénézuela 2 (Contretemps)

Vénézuela 3 (Contretemps)

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10 août 2019 ~ 0 Commentaire

léonard peltier (le monde)

peltier_jan2019

Leonard Peltier, l’Indien rebelle, plus ancien prisonnier politique des Etats-Unis

En 1977, le militant de la cause indienne est condamné à la perpétuité pour le meurtre de deux policiers. Devenu le symbole de l’acharnement du FBI contre les Amérindiens, il continue de clamer son innocence.

En terre indienne, le drame n’est jamais loin des épisodes festifs. Au lendemain du 143anniversaire de la victoire de Little Big Horn, Pine Ridge commémore un événement plus sombre : la fusillade du 26 juin 1975 au cours de laquelle un militant indien a été tué, ainsi que deux agents du FBI.

Un fait d’armes pour lequel Leonard Peltier, 74 ans, le héraut de l’American Indian Movement (AIM), est toujours emprisonné. Après quarante-trois ans sous les verrous, Peltier est, selon Amnesty International, le plus ancien « prisonnier politique » des Etats-Unis.

Ce 26 juin a été proclamé « Journée de Leonard Peltier » à Pine Ridge.

Au bord du cimetière de la famille Little, où reposent les militants de l’AIM tués dans le tumulte des années 1970, quelques fidèles forment un cercle de prière : des anciens du mouvement Red Power, quoiqu’ils disparaissent inexorablement, comme Russell Means et Dennis Banks, morts en 2012 et 2017.

Des proches, vêtus du tee-shirt distribué par l’AIM. Et des enfants qui attendent sans impatience le goûter sur la propriété de la famille Jumping Bull, au bord du ruisseau où a eu lieu la fusillade. Comme chaque année, ils savent qu’ils vont recevoir des cadeaux, des ballons, des sacs à dos et des fournitures scolaires de la part de Leonard Peltier.

La loi du silence

« Nous croyons à l’innocence de Leonard, lance l’officiant, Fred Cedar Face, un ancien juge tribal. Et pourtant, il croupit en prison. »

L’atmosphère est lourde, plombée par le poids du passé. L’orateur déplore les divisions qui continuent sur la réserve, la loi du silence, la « négativité ».

Si Leonard Peltier n’est pas coupable, alors il doit se trouver quelqu’un à Pine Ridge qui sait la vérité, quelqu’un qui n’a pas témoigné. Qui a tiré à bout portant sur les deux agents du FBI ce 26 juin 1975 ?

Corine Lesnes 10 aout 2019

https://www.lemonde.fr/

Lire aussi:

Leonard Peltier : « Aux Etats-Unis, ce qui n’a pas changé, ce sont les tentatives des gouvernements d’en finir avec nous en tant que peuple indien » (Le Monde)

Leonard Peltier (Wikipédia)

American Indian Movement (Wikipédia)

Les Amérindiens et leurs luttes (TC)

 

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10 août 2019 ~ 0 Commentaire

puerto rico (pùblico)

 puerto

Porto Rico, une révolution en marche

Les portoricains ont réussi à renverser le gouverneur, Ricardo Rosselló et à créér un mouvement qui conteste le statut de l’île et réclame plus d’autonomie.

San Juan, des milliers de personnes bougent au rythme du reggaeton en criant « Ricky, démissionnez ». La musique réunit une foule qui a réussi à transformer la revendication des droits sociaux en une fête sans précédent, dans un engagement envers les corps vivants, qui contraste avec la dévastation et les plus de 4 000 morts causés par l’ouragan Maria en 2017.

Les chanteurs René Pérez (résident), Ricky Martin et Bad Bunny ont participé à des manifesta-tions qui n’ont pas permis de dissoudre les brutalités policières et les litres de gaz lacrymogène. Il y a eu des « cacerolazos », à moto, à cheval, par mer et par air, a rapporté la journaliste Victoria Leandra. Au-delà de l’anecdote, cette diversité révèle une complexité historique marquée par la résistance. Si l’avenir de l’île est incertain, ce n’est pas le cas de la capacité de combat de ses habitants, ni celle de la diaspora.

« C’est comme un autre 15M » (Indignés d’Espagne), me dit mon ami, « mais beaucoup plus mûr. » Plus d’un million de personnes, soit près du tiers de la population insulaire, ont pris part aux manifestations. C’est, comme le 15M, un mouvement sans leaders et dans lequel la critique totale des partis exprime une radicalité politique qui déborde toute institutionnalisation. Outre les parallèles, le mouvement portoricain est toutefois unique en son genre dans la « plus ancienne colonie du monde » et a acquis les formes les plus diverses.

L’histoire, les causes

J’ai demandé en 2018 à mon ami portoricain, le professeur et romancier Luis Othoniel Rosa de m’amener directement à la racine des manifestations, de revenir en arrière et de retracer le chemin parcou-ru par Porto Rico depuis 1898, depuis ce que l’on appelle en Espagne le « désastre », le moment à partir duquel l’île a cessé d’être une colonie espagnole et est passé au géant du nord. Il a une vision de l’avenir, quand il observe les rues et leurs désirs, qu’il analyse comme une « euphorie » incontrôlable, une « joie collective que les gringos ne peuvent pas comprendre ».

Nous avons parcouru San Juan où l’ouragan s’est abattu et où il y a encore des maisons effondrées et des feux de circulation qui ne fonctionnent pas. Nous avons dansé le Despacito et discuté des conséquences du démantèlement de l’université publique. Cette fête semble main-tenant la prémonition d’une rumeur qui a débuté le 13 juillet lorsque le Centre de journalisme d’investigation a mis au jour 899 pages d’une discussion au cours de laquelle le gouverneur Ricardo Rosselló et son équipe ont fait des commentaires machistes et homophobes, se sont moqués des victimes de l’ouragan Maria et ont même plaisanté de la possibilité de tuer la maire  Carmen Yulín Cruz dont l’affrontements avec Trump après la catastrophe ont fait d’elle une célébrité.

Après presque deux semaines de manifestations de masse dans les rues de la capitale, dans d’autres parties de l’île et dans plusieurs villes des États-Unis comme New York et Miami, Rosselló a officiellement annoncé sa démission le 24 juillet. Il est entré en vigueur le 2 août.

De plus, une douzaine de membres de son cabinet ont démissionné jusqu’à présent, y compris ceux impliqués dans les discussions en ligne. Quelques jours avant le début des manifestations, le FBI a arrêté la secrétaire à l’éducation, Julia Keleher, et la directrice de la Health Insurance Administration, Ángela Ávila, pour avoir offert des contrats d’une valeur supérieure à 15 millions de dollars à des entreprises amies.

Les causes de la colère populaire remontent à une crise politique et économique qui dure depuis plus d’une décennie.

En 2016, Porto Rico était sur le point de s’effondrer lorsque, incapables de se déclarer en faillite en raison de son statut d’État associé, les États-Unis ont adopté la loi dite Promise (Loi sur la supervision, la gestion et la stabilité économique de Porto Rico).

Cette loi a mis en place une commission de contrôle budgétaire qui gère le budget de l’île et qui, avec l’accord du gouvernement, a imposé des mesures d’austérité qui se sont traduites par de fortes réductions des services sociaux tels que l’éducation et la santé.

La Commission gère également une dette publique illégitime, sur un territoire où près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Cette perte d’autonomie financière s’est rajoutée au sentiment général que l’île n’est qu’une colonie, une nation avec sa propre culture mais dont la souveraineté est volée par la Maison Blanche.

Les Portoricains sont, d’un point de vue juridique, citoyens américains; cependant, il leur est interdit de voter aux élections présidentielles américaines et au Congrès. Cette citoyenneté a été accordée en 1917, stratégie politique qui permettait aux Portoricains de s’enrôler dans l’armée durant la Première Guerre mondiale.

Le statut colonial de Porto Rico, la méfiance absolue à l’égard de tous les partis politiques et la nécessité pour les citoyens de gérer les finances de l’île aux cris de : « Ricky, démission et prend la junte avec toi  » ont été  les messages les plus populaires dans les manifs.

En outre, une multitude de banderoles ont circulé dans les rues du vieux San Juan, rappelant les morts de l’ouragan Maria, à la fois sur des photos et sur des histoires personnelles, sous la forme d’un nombre: 4 645. Chiffre fourni par une étude de Harvard quelques mois après que l’administration Trump et le gouvernement déchu de Rosselló ait annoncé quelques dizaines seulement.

Si les conversations interceptées peuvent être considérés comme la goutte qui a fait déborder le verre et jeté les citoyens dans la rue, les protestations sont, pour l’anthropologue et professeur à l’Université de la ville de New York (CUNY) Yarimar Bonilla, le résultat direct de l’ouragan .

Dans une récente interview publiée par Jacobin Magazine, Bonilla souligne que le « chat » se déroulait alors même que la population de l’île avait du mal à survivre après la débâcle qui a laissé des milliers de personnes sans électricité ni eau courante pendant des mois, sans accès aux services médicaux de base et sans instruction.

Non seulement la nature a joué son rôle mais une étude d’Amnesty International a souligné l’impossibilité d’accéder à l’aide fédérale. La FEMA, l’agence chargée de la fournir, a exigé de compléter les demandes en ligne et en anglais, ainsi que de prouver la possession de la maison par le biais de documents qui ne sont pas courants sur l’île.

Tandis que les Portoricains enterraient leurs morts dans des fosses communes, des membres du cabinet ministériel se moquaient de ces corps. Selon Bonilla, la capacité des citoyens à survivre grâce aux réseaux communautaires, grâce au partage de la nourriture, de l’eau, des piles ou de l’insuline, est le résultat d’une culture d’autogestion face à la passivité des représentants. Pour l’anthropologue, c’est précisément cette résilience qui a envahi les rues ces jours-ci, qui a conduit le peuple « non seulement à prendre soin de lui-même, mais aussi à changer de gouvernement ».

Un avenir incertain

Cela fait plusieurs jours que Ricardo Rosselló a démissionné de son poste de gouverneur. Il est le premier à le faire depuis 1948, année où les Portoricains ont été autorisés à voter pour leur gouverneur. Avant il était choisi par le président des États-Unis.

Les lois régissant Porto Rico ne garantissent pas la convocation d’élections si le gouverneur démissionne, c’est le secrétaire d’État qui lui succède. Ce poste est devenu vacant après la démission de Luis G. Rivera Marín, qui a participé au chat.

Rosselló a ensuite désigné Pedro Pierluisi comme successeur avec une controverse sur la constitutionnalité de la procédure, qui a mis fin à son mandat en quelques jours. En outre, Pierluisi appartient à l’élite rejetée par les manifestants et ses liens avec la Junte sont connus,  il y a travaillé comme avocat. Après le départ de Pierluisi, sur mandat de la Cour suprême, la secrétaire à la Justice, Wanda Vázquez, a assumé le poste de gouverneur dans un climat d’instabilité politique qui ne semble pas prendre fin.

Quelle est la stratégie de Washington?

Depuis le début des manifestations, Trump a tenté de capitaliser sur la fureur collective en qualifiant le gouvernement portoricain de « corrompu » et en fournissant de faux chiffres sur l’aide reçue des fonds fédéraux: 92 milliards de dollars US, selon le président. Ils ont été un peu plus de 13.

Pour beaucoup, la mauvaise gestion de ces fonds destinés à la reconstruction post-Maria fournirait une justification pour restreindre l’accès de l’île aux fonds fédéraux et des médias tels que « The Intercept » ont annoncé que la remise en cause de la légitimité du gouvernement portoricain pourraitservir au renforcement de la commission de contrôle financier, qui aurait encore plus de pouvoir sur la colonie.

Mais « Et les rues? Et les gens? »

On peut affirmer catégoriquement que ceux qui ont occupé les entrailles de San Juan risquant une charge de la police et réclamant, avec la vitalité des corps dansants, la justice pour ceux qui sont sous terre, exigent plus d’autonomie et non une perte de la souveraineté déjà précaire et soumise à la Maison Blanche.

La lassitude face à une classe politique aisée, capable de se moquer des citoyens dans les moments les plus critiques et avec un statut colonial qui ne semble pas avoir changé depuis 1493, a rassemblé les différentes classes sociales, idéologies et générations dans un cri puissant qui est toujours actif.

Comme avec le 15 M (Indignés), les gens s’organisent en assemblées pour décider de l’avenir d’une nation dans laquelle la participation des citoyens dépasse les urnes. Un éventuel audit de la dette, une meilleure gestion de l’éducation et de la santé, des restrictions au pouvoir de la junte ou son élimination totale sont débattus.

Face au bandit « Politicien qui a volé tout l’argent et se représente de nouveau », dénoncé par Tego Calderón et Don Omar, on est arrivé à  » Aiguisons les couteaux » de René Pérez et Bad Bunny, l’hymne des manifestations, annonçant l’arrivée d’un peuple disposé à décider de son avenir.

Azahara Palomeque est écrivain, journaliste et poète. Exilée par la crise, elle a vécu à Lisbonne, São Paulo et Austin Texas. Elle est titulaire d’un doctorat en études culturelles de l’Université de Princeton. Sa voix est celle du déracinement et de la protestation.

9 août 2019

https://ctxt.es/es/

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09 août 2019 ~ 0 Commentaire

folk (mamm douar kafe)

mamm

Conférence : We Shall Not Be Moved 

Folk Music et Agit Prop pendant la Grande Dépression américaine

Dans la folk music, la notion même de folk, inventée à partir de la fin du 18è dans le contexte des révolutions démocratiques et de la création des états-nations, peut renvoyer tant à une mise en valeur des classes populaires qu’aux politiques identitaires les plus fermées.

Dans les États-Unis du début du 20è siècle, après un long combat pour en établir la dimension multiculturelle représentative du peuple américain: noirs, blancs, immigrants de multiples origines, voire amérindiens, les sympathisants communistes du Front Culturel et les Socialistes-Chrétiens l’investissent comme arme de mobilisation prolétaire et citoyenne.

Si certaines de ces actions échoueront presque totalement, d’autres fonderont une culture militante qui sera déterminante entre autres lors du mouvement des Droits Civiques.

Conférenciers :

Camille Moreddu est docteur en histoire, spécialiste des arrières-plans intellectuels et idéologiques de l’invention de la notion de « folk music américaine » au début du 20è siècle. Dans le milieu rock, elle est plus connue en tant que Calamity.

Yves Dorémieux, ethnologue mongoliste de formation, hante les conférences et séminaires de Popular music studies depuis une douzaine d’années. Il prétend travailler à acquérir une vision globale des musiques de bar, d’autres disent que c’est un bon prétexte. Pour les punk-rockeurs, c’est Ratel.

L’un et l’autre n’aiment rien tant que pérorer sur leurs obsessions en bonne compagnie, ils appellent ça des conférences, heureusement, ils passent de la bonne musique et montrent de belles images.

https://mammdouarkafe.bzh/

http://www.rennes-info.org

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09 août 2019 ~ 0 Commentaire

iran (global voices)

baloutchistan

Les enfants invisibles d’Iran

Sans carte d’identité, les « enfants anonymes » se voient privés d’avenir

L’Iran compte plus d’un million de sans-papiers, et un nombre significatif d’entre eux sont des enfants. L’une des principales causes de cet état de fait inhumain est une loi vieille de plusieurs décennies qui prive les femmes iraniennes mariées à des étrangers du droit de transmettre leur nationalité à leurs enfants. Des milliers d’enfants voient ainsi leur avenir condamné avant même leur naissance. Ces enfants n’ont pas accès à l’éducation ni aux soins de santé et leurs noms ne sont pas même inclus dans la base de données nationale.

En mai 2019, nombreux sont ceux qui se sont réjouis quand le parlement iranien, le Majlis, a amendé cette loi discriminatoire. Le Conseil des gardiens, l’organe qui examine les lois adoptées par les députés, a approuvé l’amendement, en y ajoutant cependant que des “enjeux sécuritai-res” pouvaient être invoqués pour refuser l’octroi de la nationalité.

Mais un changement dans la loi ne suffira pas à effacer toutes les discriminations dont les “enfants anonymes” sont victimes. Forte d’une population de deux millions de personnes, la minorité baloutche iranienne, par exemple, vit dans une région sous-développée proche de la frontière avec le Pakistan et l’Afghanistan et souffre de discriminations colossales de la part des autorités iraniennes, dont les politiques empêchent le peuple baloutche de jouir d’une pleine nationalité.

Nasser Boladai, porte-parole du Parti populaire du Baloutchistan (Balochistan People’s Party) et président de l’Organisation des nations et des peuples non représentés (UNPO en anglais), a déclaré à Global Voices :

Alors que certains enfants baloutches de pères étrangers se sont vu refuser la citoyenneté, la majorité des enfants baloutches sont issus de deux parents baloutches, et donc iraniens, et ayant vécu toute leur vie dans la province du Baloutchistan ou dans d’autres zones du Baloutchistan qui font partie des provinces de Kerman et du Hormozgan.

Le gouvernement estime à environ 40 000 le nombre d’enfants ayant des parents baloutches et ne possédant pas de carte d’identité nationale, alors que d’autres sources locales estiment que le phénomène touche deux fois plus d’enfants, entre 80 000 et 100 000.

Des témoignages de Baloutches révèlent la profondeur de leurs tourments : des mères dont le plus grand rêve est d’envoyer leurs enfants à l’école aux femmes qui se demandent pourquoi les autorités ont confisqué leurs cartes d’identité iraniennes, les laissant ainsi impuissantes.

Une bureaucracie kafkaïenne

Une des raisons pour lesquelles certains enfants baloutches n’ont pas de carte d’identité iranienne est que leurs parents vivent dans des régions isolées et, étant analphabètes, n’ont jamais obtenu leur propre carte et ne l’ont pas non plus demandée pour leurs enfants.

D’autres se retrouvent pris au piège de la bureaucratie kafkaïenne de l’Iran. Dans certains cas, on leur demande de passer des tests ADN, ce que beaucoup ne peuvent pas se permettre financièrement.

Dans d’autres cas, des cartes d’identité nationales précédemment émises sont confisquées, prétendument pour vérifier leur authenticité. Certains militants politiques et activistes de la société civile considèrent ces actes comme faisant partie d’une politique discriminatoire visant certains groupes religieux ou ethniques, notamment les sunnites et les Baloutches.

Nasser Boladai rapporte que, dans certains cas, les autorités iraniennes confisquent ou annulent les actes de naissance de Baloutches lorsque ceux-ci viennent renouveler leurs documents ou demander une carte d’identité.

Certains Baloutches pensent que ces mesures visent à punir les membres de la communauté qui n’adhèrent pas à la propagande du régime. Nasser Boladai pense également qu’elles sont utilisées comme “un prétexte pour changer la démographie de la région et faire des Baloutches une minorité dans leur terre d’origine”. Selon lui, pour atteindre cet objectif, le gouvernement envisage de transférer deux à cinq millions de personnes dans les provinces du Sistan-Balout-chistan et du Hormozgan, dans la région côtière du Baloutchistan.

“Ne pas avoir de carte d’identité signifie qu’il est difficile d’avoir une identité individuelle et collective reconnue dans la société”, a déclaré à Global Voices Azadeh Pourzand, chercheuse spécialisée dans les droits humains et directrice exécutive de la Siamak Pourzand Foundation.

“Par conséquent, il convient de garder à l’esprit les nombreux défis émotionnels et psychologi-ques que rencontrent les enfants baloutches qui sont privés d’une carte d’identité”. Sans pièce d’identité, il est impossible d’accéder aux services publics tels que les soins de santé ou l’école.

“L’une des principales raisons (mais pas la seule) derrière cette situation qui privent des milliers d’enfants baloutches d’éducation scolaire”, poursuit-elle, “est qu’ils ne possèdent pas de carte d’identité, une réalité qui a été critiquée y compris par certains responsables gouvernementaux dans la presse et les médias contrôlés par l’État. Malgré cela, très peu de mesures sont prises pour mettre fin à la situation désastreuse des enfants baloutches”.

Azadeh Pourzand ajoute que, même lorsque les enfants parviennent à aller à l’école, ils le font dans des bâtiments mal construits et mal entretenus, qui les exposent à un risque “de voir les plafonds et les murs de l’école s’écrouler sur eux à tout moment. De même, le manque d’accès à l’eau potable, à des sources d’énergie pour assurer une température suffisante dans l’école et dans les foyers, et les conditions sanitaires déplorables pèsent sur cette région pauvre du pays”.

“Compte tenu de l’historique de discriminations à l’encontre des minorités ethniques et religieu-ses dans la République islamique ainsi que des persécutions ciblées de ces groupes”, déclare Azadeh Pourzand, “cette carence d’infrastructures, cette négligence économique ainsi que l’ampleur de la pauvreté semblent intentionnelles, et constituent donc par conséquent une forme de discrimination, qui en engendre elle-même d’autres formes”.

Exode

Selon Nasser Boladai, dans l’idéal, les Baloutches devraient pouvoir rester dans leurs villages et poursuivre les activités qui sont traditionnellement les leurs, l’agriculture ou l’élevage, mais du fait du manque d’infrastructures et de la difficulté à exploiter la terre, beaucoup ont été forcés de quitter leurs villages.

Au fur et à mesure que les Baloutches se sont installés à la périphérie de villes comme Chahbhar, Zahidan et même Téhéran comme travailleurs journaliers, leur situation a commencé à attirer l’attention. “Souvent, ils sont harcelés ou battus et forcés de quitter leur domicile et de trouver un autre logement”, explique Nasser Boladai. “Il semblerait que le nombre d’apatrides baloutches augmente au lieu de diminuer”.

La politique répressive des autorités iraniennes à l’égard des minorités ethniques et religieuses fait partie intégrante de l’ADN de la République islamique depuis sa création. Dans ce jeu qui dure depuis des décennies, des milliers de Baloutches se sont vu devenir non pas des citoyens de seconde classe, mais pratiquement des êtres invisibles.

8 Août 2019

https://fr.globalvoices.org/

Lire aussi:

Baloutchistan Pakistan (Wikipedia)

Baloutchistan

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09 août 2019 ~ 0 Commentaire

sao paulo (pùblico)

venezula

La gauche d’Amérique latine soutient Maduro et prépare « les trois batailles d’octobre »

Le Forum de São Paulo considère que les élections clés en Argentine, en Bolivie et en Uruguay seront un frein à l’avancée de la droite dans la région.

La somme des organisations politiques qui composent la gauche latino-américaine a une nouvelle fois apporté son soutien total au président vénézuélien Nicolás Maduro lors de la 25è édition du Forum de São Paulo, tenu à Caracas.

La secrétaire exécutive de la principale organisation progressiste de la région: « Nous sommes ici pour dire à M. Trump de sortir ses mains sales du Venezuela, de l’Amérique latine et des Caraïbes », a déclaré Monica Valente (du Parti brésilien des Travailleurs). Le blocus des avoirs et les sanctions économiques, renforcés par le nouveau décret rédigé par la Maison Blanche, ont encore plus uni les membres du Forum.

Outre la centaine de partis politiques latino-américains représentés, le Forum de São Paulo a accueilli du 25 au 28 juillet des invités venus du monde entier. La représentation espagnole à Caracas comprenait, entre autres, Manu Pineda, Javier Moreno, Maite Mola et Carlos Esteban (tous membres de la Gauche unie / Parti Communiste Espagnol), Ana Surra (Gauche Républicaine de Catalogne) ou Eneko Compains (Sortu basque).

Pineda, eurodéputée d’IU, s’est entretenue avec Público, résumant cette atmosphère de résistance et de fraternisation avec Nicolás Maduro: « Au Venezuela, ils se préparent, ils organisent un siège similaire aux sièges médiévaux », a déclaré la secrétaire aux Relations internationales. Le Parti Communiste d’Espagne. « Ce qui se passe, c’est que je vois les gens très fermes, j’ai le sentiment que plus ils se sentent harcelés, plus ils sont cohérents contre l’agression. »

L’une des expériences les plus réussies de la gauche latino-américaine au cours des dernières décennies est celle de l’Uruguay. Malgré tout, Pablo González ( Frente Amplio) a souligné le changement de paradigme notable dans la région:

« Mon pays se situe entre les moyennes brésilienne Bolsonaro (Brésil) et Macri (Argentine), nous devons inverser cette situation en Amérique latine ». Et il faut commencer à inverser la tendance, poursuivre le travail d’éradication de la misère sur le continent: « Il n’y a pas de conscience politique qu’on grandit avec la faim. La faim génère le ressentiment, ne génère pas de conscience politique « .

« Nous craignons que l’agenda vénézuélien ne se répète un peu, ils feront tout leur possible pour que Evo Morales (Bolivie) ne soit pas réélu », a déclaré Manu Pineda.

Le front large uruguayen lui-même (Frente Amplio), avec Gonzalez, a également donné le ton à suivre au cours du second semestre de cette année, « Les trois combats d’octobre », dates décisives pour les élections.

Le premier, bien sûr, l’Uruguayen, se dirige vers le quatrième gouvernement consécutif, à condition que Daniel Martínez succède à son compatriote Tabaré Vázquez. La seconde, la tentative du duo Alberto Fernández / Cristina Fernández Kirchner en Argentine et le troisième, la réélection de Evo Morales en Bolivie.

Ce dernier rendez-vous suscite un certain malaise chez les membres du Forum de São Paulo, compte tenu du risque que le dirigeant autochtone bolivien soit la prochaine cible d’une tactique juridique le mettant à l’écart.

« Nous craignons que l’ordre du jour vénézuélien ne se répète un peu, ils feront tout ce qui est possible pour que Evo ne soit pas réélu », a déclaré Manu Pineda. « Et s’il est réélu, il ne sera pas reconnu et la déstabilisation recommencera, les guarimbas et les guerres de rue vécues depuis 2014 au Venezuela et récemment vécues au Nicaragua. »

08/09/2019 VÍCTOR DAVID LÓPEZ

https://www.publico.es/

Commentaire:

Nous ne sommes bien entendu pas de cette gauche-là! Pas question de suivre aveuglément des « caudillos de gauche » qui appliquent des politiques de droite! Les USA n’ont pas à intervenir, c’est tout ce qui nous rapproche.

Par contre il faut être aveugle pour ne pas voir que c’est l’austérité et la corruption qui provoque le rejet des régimes « progressistes ». Des politiques parfois dictées par le FMI , voire l’Eglise catholique au Nicaragua.

Ces gens sont prêts à tout pour rester au pouvoir comme Maduro et  Ortega. « La gauche » habituée à encenser Poutine et Bachar El Assad, continue de se ridiculiser. Sa candidate en Argentine appliquera une politique digne de Macron!

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08 août 2019 ~ 0 Commentaire

inde (contretemps)

cpi inde

La catastrophe indienne, les élections d’avril-mai 2019

Même au sein de l’opposition, il était largement admis que le Bharatiya Janata Party (BJP) resterait le plus grand parti de l’Inde, peut-être même de très loin, mais que celui-ci n’obtiendrait pas de majorité après les élections [d’avril-mai 2019, NdT].

Peu auraient osé prédire le résultat final. Dépassant la majorité qu’il avait obtenue en 2014 de 282 sièges sur 543 à la Lok Sabha [chambre du peuple, chambre basse du Parlement, NdT], le BJP a désormais franchi la barre des trois cents sièges, et est passé de 31 à 38% des voix.

Cette fois-ci, la situation économique était désastreuse.

Un désarroi généralisé dans les campagnes a donné lieu à d’importantes mobilisations des paysans, le chômage (tout particulièrement des primo-entrants sur le marché du travail) a atteint de nouveaux sommets et l’accroissement des inégalités de revenu et de richesse a multiplié les mécontentements.

Le BJP a évité, lors de la campagne pour ces dernières élections générales, les références à l’économie, prenant comme thèmes centraux l’unité et la sécurité nationale prétendument menacées de l’extérieur par le Pakistan et les migrations musulmanes en provenance des États voisins et de l’intérieur par l’hostilité et la prise de distance des musulmans (et des laïques) envers les fondements culturels hindous du nationalisme indien. De tels dangers ne pouvaient être écartés que par l’entremise de « notre » homme fort hindou, Narendra Modi.

Un changement tectonique

Un populisme autoritaire d’extrême-droite qui a consciemment cherché à établir une identifica-tion de masse avec un « chef suprême » qui incarnerait la « volonté populaire », a ainsi triomphé. Il est difficile de rater les similitudes avec l’attrait et le style soigneusement construit des formations de type fasciste. 

Et maintenant ?

Les partis de la gauche mainstream, the Communist Party of India (CPI) and the Communist Party of India-Marxist (CPI-M) restent le seul espoir. Mieux vaut en dire le moins possible. Ces partis ont depuis longtemps été réduits à une force électorale, avec une base déclinante de cadres qui s’accroche aux vieilles vérités staliniennes quand elle pense au marxisme.

Leurs cadres, à quelques exceptions près dans quelques endroits, ont perdu la capacité et l’intérêt de mener une politique de mobilisation populaire autour de revendications sincères et justifiées.

La crise à laquelle doivent faire face ces partis est pire que celle que rencontre le pati du Congrès. Pris ensemble, le CPI et le CPI-M n’ont pu conquérir qu’un seul siège dans leur supposé bastion du Kerala, et obtenir quatre sièges dans l’état du Tamil Nadu, dans le sud, grâce à une alliance pré-électorale avec un parti qui est loin de se situer à gauche, la Dravida Munnetra Kazhagam (DMK) ou Conférence Dravidienne Progressiste.

La dernière option, selon moi la plus réaliste, est de créer une force de gauche beaucoup plus radicale, par un processus qui pendant longtemps consistera en une accumulation moléculaire, mais dont la croissance, au-delà d’un certain stade critique, pourra connaître une soudaine accélération.

La production de cadres idéologiquement formés et disciplinés, impliqués dans des luttes concrètes et sur de multiples fronts et guidés par une vision transformatrice plus large de construction d’un socialisme dépassant le capitalisme, dont le caractère démocratique sera beaucoup plus profond que celui que la démocratie libérale capitaliste prétend apporter, sera au cœur de ce processus.

Tout d’abord, le capitalisme contemporain n’est pas capable de résoudre trois problèmes vitaux qui, du fait de leur gravité, vont continuer à produire une colère croissante et une inquiétude généralisée, et, par conséquent, des militantismes de masse qui doivent être intégrés et canalisés afin de devenir une puissante force de transformation :

– Des formes de précarité massives, entraînant le déni de besoins fondamentaux tels que la santé, l’éducation ou la sécurité sociale vont perdurer. Le fait qu’elles cohabitent avec des niveaux honteux d’inégalités de revenus et de richesses montre que les ressources mondiales pourraient permettre de mettre un terme à ces carences pour tous.

– La spoliation capitaliste de l’environnement est en train de porter atteinte, de manière inédite, à l’équilibre fragile qui sous-tend la relation entre l’écosystème global et les modes de vies de l’espèce humaine.

– Les nuages noirs chargés de la menace d’une guerre nucléaire restent au firmament, même si le lieu où ils projettent leur ombre ne cesse de changer.

Ce qui est spécifique à l’Inde, est que de part et d’autre du pays existent des groupes divers et des militants indépendants impliqués dans des combats progressistes. Ces derniers se considè-rent appartenir à la gauche radicale et révolutionnaire même si, au cours de leurs expériences, ils ont connu une désillusion à l’égard des deux traditions dominantes de la gauche indienne – le stalinisme et le maoïsme. Il y a donc un terrain fertile à labourer et nous devons nous y atteler. (Résumé voir lien)

Achin Vanaik est un écrivain et un militant. Ancien professeur de l’Université de Delhi, il est aujourd’hui membre du Transnational Institute d’Amsterdam. Il a notamment publié The Painful Transition : Bourgeois Democracy in India (1990) et The Rise of Hindu Authoritarianism (1997). Cet article a d’abord été publié en anglais par Jacobin [il est disponible en version originale sur ESSF]. Les élections d’avril-mai 2019 en Inde ont mené à une victoire sans appel du parti nationaliste hindou, le Bharatiya Janata Party (BJP), au pouvoir depuis 2014. Dans ce texte publié au lendemain des résultats, Achin Vanaik analyse les raisons de ce succès, les tendances prévisibles de la politique de Modi lors de ce second mandat et les différentes stratégies possibles pour mettre fin à l’hégémonie de l’Hindutva [1].

Achin Vanaik CONTRETEMPS, 8 août 2019

http://www.contretemps.eu/

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07 août 2019 ~ 0 Commentaire

chine (essf)

chine

Le climat politique d’août et l’essor des accidents du travail

Le ministère de la Gestion des situations d’urgence a publié une «analyse statistique» des accidents majeurs en Chine qui indique que le mois d’août est le plus dangereux de l’année. Le ministère l’a noté:

«Les températures et l’humidité élevées, les fortes pluies, les typhons et les inondations ont tous un impact évident sur la sécurité au travail, augmentant le risque d’accidents tels que les incen-dies, les explosions, les ruptures de barrages et les effondrements dans les secteurs du trans-port, des mines, de la chimie et du bâtiment. Il nous rappelle qu’il faut faire plus attention à la sécurité au travail pendant les mois chauds de l’été.»

Il y a eu 54 accidents majeurs (ceux qui ont fait plus de dix morts) et un total de 1 110 morts au mois d’août au cours des dix années allant de 2009 à 2018, ce qui représente 11% et 13,6% du total respectif pour la décennie, selon le ministère.

Ces pourcentages ont augmenté jusqu’à 20% des accidents et 24,8% des décès lorsque seuls les accidents d’une gravité exceptionnelle (plus de 30 décès) ont été inclus.

L’avertissement de se concentrer sur la sécurité au travail intervient une semaine seulement avant le quatrième anniversaire de l’incendie et de l’explosion de l’entrepôt de produits chimi-ques de Tianjin, le 12 août 2015, qui a tué au moins 173 personnes, dont 104 pompiers.

Le gouvernement semble soucieux d’éviter qu’une tragédie similaire ne se produise ce mois-ci, en particulier à l’approche du 70e anniversaire de la fondation de la République populaire le 1er  octobre, qui mettra en lumière toutes les réalisations du Parti Communiste au cours des sept dernières décennies.

Bien que l’analyse statistique du ministère sur les accidents majeurs ait un certain mérite, elle est trompeuse en ce sens que la grande majorité des accidents du travail en Chine font beaucoup moins de dix morts.

La Carte des accidents du travail du CLB, qui fait le suivi des accidents du travail depuis décem-bre 2014, montre que la plupart des accidents ne touchent qu’une poignée de travailleurs, mais qu’ils surviennent quotidiennement dans tout le pays et dans un large éventail d’industries, dont la construction, la réparation et l’entretien, les mines, les services sanitaires et de livraison.

Si l’on analyse ces accidents, seuls 9% se sont effectivement produits au cours des mois d’août 2015 à 2018 (soit environ la moyenne sur l’ensemble des 12 mois), ce qui suggère que la sécu-rité au travail est une question urgente qui exige une attention toute l’année et pas seulement lorsque des anniversaires importants sont à l’horizon.

China Labour Bulletin (CLB)

(Article publié dans le China Labour Bulletin du 6 août 2019; traduction rédaction A l’Encontre)

http://alencontre.org/

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06 août 2019 ~ 0 Commentaire

nationalisme 1 (la brèche numérique)

breizxit

Internationalisme, nationalisme et anti-impérialisme

Deux cents ans après l’appel de la Révolution française à la fraternité universelle du genre humain, et soixante-dix ans après la fondation de l’Internationale communiste, que reste-t-il du grand rêve de solidarité internationale entre tous les opprimés ?

Le nationalisme ne reste-t-il pas l’une des principales forces déterminant le cours de la politique mondiale ? Et comment les socialistes et les anti-impérialistes doivent-ils se situer par rapport à lui ?

Le rôle contradictoire du nationalisme est l’un des grands paradoxes de l’histoire de ce 20è siècle.

Au service de l’impérialisme et des forces réactionnaires, l’idéologie nationaliste a engendré et légitimé quelques-uns des crimes les plus atroces de ce siècle : les deux guerres mondiales, les génocides des Arméniens, des Juifs et des Gitans, les guerres colonialistes, la montée du fascisme et des dictatures militaires, la répression brutale par des « gouvernements nationaux » des mouvements progressistes et révolutionnaires, depuis la Chine dans les années vingt, jusqu’à l’Indonésie des années soixante, et l’Argentine des années soixante-dix.

En sens inverse, c’est au nom de la libération nationale que les peuples colonisés ont gagné leur indépendance, et que certains des plus importants et des plus radicaux processus de révolution socialiste ont pu gagner le soutien populaire et triompher : en Yougoslavie, en Chine, en Indochine, à Cuba et au Nicaragua.

Autre étonnant paradoxe 

Bien que le nationalisme ait été le facteur dominant dans la configuration politique du 20è siècle, la plus grande révolution de notre temps, celle d’Octobre 1917. ne doit rien au nationalisme et était même explicitement dirigée contre la « défense nationale de la patrie » dans la guerre avec l’Allemagne impériale. Qui plus est, il n’y a jamais eu dans l’histoire du mouvement ouvrier et socialiste d’organisation mondiale de masse aussi authentiquement internationaliste que laInternationale (au moins pendant ses premières années d’existence).

Comment comprendre ces paradoxes ? Le marxisme peut-il fournir des instruments théoriques pour une telle compréhension ? Quelles sont les perspectives pour le nationalisme et l’internationalisme dans les prochaines années de cette fin de siècle ?

Marxisme et nationalisme

En premier lieu, qu’est-ce qu’une nation ?

Ce problème a préoccupé plusieurs générations de penseurs et de dirigeants marxistes. Ils recherchaient des critères objectifs permettant de déterminer si une collectivité de personnes constituait ou non une nation. Pour Karl Kautsky la nation était essentiellement le produit d’une langue commune. Pour Otto Bauer, chaque nation avait un « caractère national » spécifique. Anton Pannekoek considérait la nation comme un simple « phénomène idéologique bourgeois ». D’autres avançaient des critères géographiques ou économiques.

La tentative la plus systématique pour élaborer le cadre théorique d’une telle classification est bien sûr le fameux essai de Joseph Staline de 1913 (le Marxisme et la question nationale). Combinant tous les critères « objectifs »: langue commune, territoire, vie économique, et « formation psychique » en une seule définition, il insistait sur le fait que « c’est seulement quand toutes les caractéristiques sont présentes conjointement que nous avons une nation ».

Ce cadre rigide et dogmatique fut un vrai lit de Procuste (élimination de ce qui ne rentre pas dans le moule) et devint pour de nombreuses décennies un énorme obstacle à la compré-hension de communautés nationales « hétérodoxes comme les Juifs, les Noirs des Etats-Unis, etc. Il ne permet pas d’expliquer comment l’Allemagne ne devint une nation que longtemps après son unification économique à travers l’Union douanière, ou pourquoi les Belges ou les Suisses francophones ne font pas partie de la nation française.

En opposition à une conception aussi abstraite et « fermée », Otto Bauer fit un apport tout à fait significatif à une analyse marxiste « ouverte » de la nation avec son approche historiciste : sans ignorer les différents autres critères (langue, économie, etc.) il définit la nation comme étant avant tout le produit d’un destin historique commun.

En d’autres termes : la nation est non seulement une cristallisation d’événements passés, un « morceau d’histoire solidifié » mais aussi « le produit jamais achevé d’un processus continu ». Cette méthode historique lui permit d’éviter des erreurs semblables à la théorie néo-hégélienne d’Engels sur les « nations sans histoire » (Tchèques, Roumains) condamnées à disparaître.

Il me semble que ce type d’analyse non dogmatique conduit logiquement à la conclusion selon laquelle une nation ne peut être définie seulement sur la base de critères abstraits, externes et « objectifs ».

La dimension subjective, c’est-à-dire la conscience d’une identité nationale, la vitalité de la culture nationale, l’existence d’un mouvement politique national, est tout aussi importante. Bien sûr, ces « facteurs subjectifs » ne sortent pas du néant.

Ils sont le résultat de certaines conditions historiques : persécutions, oppression, discriminations, etc. Mais ceci signifie qu’en dernière analyse ce ne sera pas quelque « expert » doctrinaire muni d’une liste de caractéristiques « objectives » qui tranchera la question de savoir si une commu-nauté constitue ou non une nation, mais la communauté elle-même (ou la partie de celle-ci qui se considère comme appartenant à une nation).

Il est important de distinguer soigneusement le sentiment d’identité nationale, l’attachement à une culture nationale, la conscience d’appartenir à une communauté nationale avec son propre passé historique — et le nationalisme.

Le nationalisme en tant qu’idéologie comprend tous ces éléments mais aussi quelque chose de plus, qui en est l’ingrédient décisif : le choix de la nation comme valeur primordiale du point de vue social et politique, valeur à laquelle toutes les autres doivent être en quelque sorte subor-données.

Hans Kohn, l’historien bien connu du nationalisme moderne, l’a ainsi défini comme « un état d’esprit, où l’on considère que la loyauté suprême de l’individu doit aller à l’Etat-nation ». On tient là une très bonne définition, à condition d’y ajouter la lutte en vue de l’établissement de l’Etat-nation, même s’il faut se rappeler l’existence de mouvements nationalistes (modérés) qui ne visent qu’à l’autonomie culturelle ou territoriale.

Il n’est pas facile d’indiquer avec précision comment et quand est né le nationalisme.

Certains auteurs pensent qu’il apparaît parallèlement à l’émergence de l’Etat-nation au 15è et 16è siècles (Machiavel). D’autres, comme Hans Kohn, renvoient aux premières grandes révolutions bourgeoises ; en Angleterre au 17è siècle et en France en 1789, l’Etat, pour la première fois, » cessa d’être l’État royal : il devint l’État du peuple, un État national, une patrie».

Plus récemment, Tom Nairn essaya de démontrer que le nationalisme a émergé au 19è siècle (comme résultat du développement inégal du capitalisme) dans les pays périphériques (Allemagne, Italie et Japon), et n’a atteint les « régions du centre » (Angleterre, France) que plus tard. Mais cette bizarre chronologie pèche par son arbitraire et semble ignorer des faits histori-ques bien connus comme la dimension patriotique de la Révolution française et des guerres napoléoniennes…

En tout cas, il est sûr que, durant de longs siècles, le réfèrant politique n’était pas la nation ou l’Etat-Nation, mais une forme autre d’organisation sociale et politique : le clan, l’Etat-cité, le seigneur féodal, l’Eglise, le royaume dynastique et l’Empire multinational. Et bien que l’on puisse trouver certains précédents dans le passé (les anciens Hébreux ou les anciens Grecs), leur nature et leur substance sont très éloignées du nationalisme moderne.

Développement inégal et solidarité internationale

Le socialisme marxiste est fondamentalement opposé au nationalisme. D’abord parce qu’il refuse de considérer la nation comme un tout indifférencié : toutes les nations sont divisées en classes sociales distinctes, avec des intérêts distincts et des conceptions distinctes de l’identité nationale.

Mais surtout, il rejette l’idéologie nationaliste et son échelle de valeurs parce que sa fidélité suprême ne va pas à une nation quelle qu’elle soit, mais à un sujet historique international (le prolétariat) et à un objectif historique international : la transformation socialiste du monde. Il est internationaliste pour des raisons à la fois éthiques et matérielles.

Les motivations éthiques sont importantes : pour un marxiste internationaliste, matérialiste et athée, la seule valeur qui puisse être considérée comme « sacrée » — c’est-à-dire absolue — est l’humanité elle-même (dont les exploités et les opprimés constituent la force d’émancipation).

En ce sens, le slogan « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » n’est pas seulement une directive pour l’action, mais aussi la réponse éthique du socialisme à « l’Amour sacré de la patrie » de l’idéologie nationaliste.

Le socialisme est donc un mouvement internationaliste en raison du caractère universaliste et humaniste de ses valeurs et de ses objectifs. Sans cette dimension éthique, il n’est pas possible de comprendre l’engagement total et les sacrifices de générations de militants du mouvement ouvrier à travers le monde à la cause du socialisme international (ou du communisme).

Comme le vieux bolchevik Adolf Yoffé l’écrivait à Trotsky dans sa dernière lettre (avant de se suicider en 1927) : « La vie humaine n’a pas de sens si elle n’est pas placée au service d’un infini, qui pour nous est l’humanité. »

Cependant, si l’internationalisme n’était qu’un principe moral, un impératif catégorique, il serait facile de le rejeter comme une belle utopie. Si ce n’est pas le cas, c’est que l’internationalisme prolétarien tire sa force politique de conditions objectives, concrètes et matérielles, déjà analy-sées par Marx dans le Manifeste du Parti Communiste : l’unification économique du monde par le système capitaliste.

Comme toute totalité dialectique, le capitalisme mondial n’est pas la somme de ses parties, les économies nationales, de même que la lutte de classes internationale n’est pas la somme des luttes nationales..

D’ailleurs l’analyse de Marx dans le Manifeste, loin d’être anachronique, convient encore mieux à notre époque qu’à la sienne : l’impérialisme a imposé au système capitaliste mondial un degré d’intégration bien plus élevé, et le contrôle du marché par les monopoles multinationaux est incomparablement plus grand.

En un mot, l’unification de la planète par le mode de production capitaliste a atteint aujourd’hui un niveau qualitativement plus élevé qu’en 1840. Et cette unification économique trouve égale-ment une expression politique et militaire avec l’atlantisme occidental, l’interventionnisme américain, etc.

Cela signifie que l’internationalisme plonge ses racines dans la structure de l’économie et de la politique mondiales ; l’internationalisme socialiste consiste aussi en la prise de conscience de cette réalité objective. (Résumé voir lien)

dimanche 9 octobre 2016 LÖWY Michael

https://www.preavis.org/breche-numerique/

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Nationalisme 2 (La Brèche Numérique)

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06 août 2019 ~ 0 Commentaire

nationalisme 2 (la brèche numérique)

Bretagnen Antifasciste

Quel est alors le facteur décisif de la lutte de classes : les conditions nationales ou internationales ?

Doit-on privilégier l’importance du processus mondial, ou bien, comme Mao a pu l’écrire, les facteurs internes et les déterminations nationales (endogènes) ? Posée ainsi, la question ne mène nulle part.

Elle implique une séparation abstraite, métaphysique et statique entre le national et l’interna-tional, « interne » et l’« externe « », le « dedans » et le « dehors ». Le point de vue dialectique repose précisément sur la compréhension de l’unité contradictoire entre l’économie nationale et le marché mondial, entre la lutte de classes nationale et internationale — unité qui apparaît déjà dans le fait que la spécificité nationale (économique et sociale) est le produit du développement inégal du capitalisme international.

En revanche, ce qui est faux dans le Manifeste, et dans d’autres écrits de Marx, c’est l’idée selon laquelle le capitalisme industriel moderne est essentiellement une force d’homogénéisation, qui crée des conditions de vie et de lutte identiques pour les exploités de tous les pays.

Dans un essai écrit en 1845 (et récemment découvert) il écrivait cette phrase surprenante : « La nation de l’ouvrier, ce n’est ni la France, l’Angleterre ou l’Allemagne, c’est le labeur, l’esclavage salarié, la vente de soi-même. Son gouvernement n’est pas français, anglais ou allemand, c’est le Capital. L’air qu’il respire n’est pas français, anglais ou allemand, c’est l’air de l’usine. La terre qui lui revient n’est ni française, ni anglaise, ni allemande, elle se trouve quelques pieds sous terre. »

Cette thèse contient une grande part de vérité, mais elle ignore non seulement les spécificités culturelles de chaque nation (que le capitalisme n’abolit en rien) mais aussi les différences socio-économiques qui existent entre les prolétariats des différentes nations, qui résultent du développement inégal et combiné du système capitaliste mondial.

On ne peut par ailleurs oublier l’importance des particularités nationales dans la « formation de la classe ouvrière » de chacun des pays, ainsi que dans le développement de sa propre tradition de résistance et de luttes anticapitalistes.

En d’autres termes : même si, dans les métropoles impérialistes comme dans les pays dominés, le capitalisme fait naître un prolétariat moderne qui s’oppose au même ennemi, et partage les mêmes intérêts historiques objectifs, cela ne signifie en aucun cas que leurs conditions de vie matérielle et sociale (sans parler des cultures nationales) sont identiques…

Comme Léon Trotsky a pu l’écrire : « Si nous prenons l’Angleterre et l’Inde comme les deux pôles du capitalisme, nous devons reconnaître que l’internationalisme des prolétariats anglais et indien n’est en rien fondé sur l’identité de leurs conditions, tâches et méthodes, mais sur leur étroite interdépendance ».

Le capitalisme mondial crée d’incroyables inégalités et de profondes différences dans les conditions de vie entre le centre et la périphérie du système : seule la relation de complémen-tarité et de réciprocité qui existe entre les différents pays peut engendrer la solidarité internatio-nale. C’est pourquoi les mouvements anti-guerre des années cinquante en France, et des années soixante et soixante-dix aux Etats-Unis ont puissamment épaulé la lutte des peuples algériens et indochinois et vice versa : ces luttes coloniales ont contribué au déclenchement de la contestation radicale dans les pays du centre.

Pour résumer : l’internationalisme n’est pas l’expression de l’identité de conditions de vie des exploités et des opprimés de tous les pays, mais une relation dialectique de complémentarité entre au moins deux sortes de luttes : le mouvement ouvrier socialiste dans les sociétés capitalistes avancées et le mouvement de libération sociale et nationale dans les pays capitalistes dépendants ou coloniaux.

La persistance du nationalisme

Les marxistes ont souvent sous-estimé le rôle de la question nationale ainsi que l’importance de la libération nationale pour les peuples dominés. Cela fait partie d’une tendance plus large à oublier, négliger ou au moins sous-estimer les formes d’oppression qui ne sont pas des oppres-sions de classe : nationale, raciale ou sexuelle.

Ce n’est pas que le marxisme soit incapable en tant que tel de prendre en compte ces dimensions, mais c’est l’approche économiste qui a dominé une bonne partie de la pensée marxiste (et aussi certains des propres écrits de Marx !) qui conduit à un tel résultat.

Les marxistes ont très souvent aussi sous-estimé la puissance du nationalisme.

Une combinaison spécifique d’économisme et d’illusions sur un progrès linéaire (héritées des Lumières) conduit à l’idée fausse selon laquelle le déclin du nationalisme serait inévitable. Par exemple, dans le Manifeste : « Déjà les démarcations nationales et les antagonismes entre les peuples disparaissent de plus en plus avec le développement de la bourgeoisie, la liberté de commerce, le marché mondial, l’uniformité de la production industrielle et les conditions d’existence qu’ils entraînent. »

La 2è Internationale, elle aussi, pensait que le nationalisme appartenait au passé et Karl Kautsky rêvait d’un avenir socialiste sans nations et d’une langue unique : « Les nations vont peu à peu fusionner entre elles, sans violence, un peu à la manière de la population romane des cantons des Grisons en Suisse, qui, insensiblement et sans résistance, est en train de se germaniser elle-même, parce qu’elle réalise qu’il est préférable de parler une langue comprise largement, plutôt qu’une langue qui n’est parlée que dans quelques vallées. »

Il est est évident qu’avec de telles conceptions les marxistes étaient mal préparés à affronter la fantastique vague de nationalisme qui, à partir d’août 1914, s’empara du mouvement ouvrier et conduisit à l’Union Sacrée en défense de la patrie » et au massacre de millions d’ouvriers de tous les pays.

Kautsky lui-même se rallia à la « défense nationale » de l’Empire germanique, en expliquant que le socialisme international était un instrument adapté aux époques pacifiques, mais qu’il fallait le ranger discrètement en temps de guerre…

Pour une confrontation efficace avec le nationalisme, il faut donc commencer par abandonner les illusions sur un progrès linéaire, autrement dit la croyance naïve en une évolution pacifique, en un dépérissement graduel du nationalisme et des guerres nationales, grâce à la modernisa-tion et à la démocratisation des sociétés industrielles, à l’internationalisation des forces productives, etc.

Comment expliquer cette force incroyable du nationalisme au cours du 20è siècle ?

Une première réponse possible renvoie à l’argument marxiste classique : le nationalisme est une idéologie bourgeoise et sa prégnance sur les masses populaires est l’une des principales formes que prend la domination idéologique de la bourgeoisie dans les sociétés capitalistes. Cette analyse n’est pas fausse, mais ne suffit pas à expliquer la force d’attraction du nationalisme, y compris parfois sur des fractions significatives du mouvement ouvrier.

Les deux nationalismes

Mais il existe une autre raison à la montée du nationalisme, qui doit être traitée tout à fait sérieu-sement par les marxistes et les socialistes : c’est la lutte pour leur libération des nations oppri-mées et colonisées. Bien que le marxisme soit en tant que tel opposé à l’idéologie nationaliste, il doit établir clairement une distinction entre le nationalisme des oppresseurs et le nationalisme des opprimés.

Il doit par conséquent soutenir toutes les luttes de libération nationale, ou pour le droit à l’autodétermination des nations opprimées, même si leur idéologie (ou celle de leurs dirigeants) est nationaliste.

Bien sûr, les internationalistes marxistes qui participent à un mouvement de libération nationale devront conserver leur indépendance, et chercher à persuader les masses populaires exploitées de la nécessité de développer leur lutte (selon un processus ininterrompu) au-delà des objectifs nationaux, vers une transformation révolutionnaire socialiste. Mais ils ne peuvent ignorer ou sous-estimer la signification de l’aspiration populaire à l’autonomie nationale.

La raison ne réside pas seulement dans l’opposition des socialistes à toute forme d’oppression (nationale, raciale, sexuelle, ou de classe) mais aussi parce qu’il existe une relation dialectique entre les droits nationaux et l’internationalisme.

L’internationalisme socialiste ne peut se développer si le mouvement ouvrier ne reconnaît pas l’égalité de droits de toutes les nations. De même que l’unité et la solidarité des travailleurs d’un seul et même pays ne peut s’établir autrement que sur un pied d’égalité, de même l’unité internationaliste des exploités ne peut être acquise que sur la base de la reconnaissance des droits nationaux de chaque peuple – et en particulier de son droit à l’autodétermination.

La reconnaissance des droits nationaux est une condition essentielle de la solidarité internatio-nale, dans la mesure où elle permet de résorber les méfiances, les haines et les peurs qui opposent les nations et nourrissent le chauvinisme.

Comme l’a écrit Lénine, sans le droit au divorce, en d’autres termes à un Etat séparé, il ne peut y avoir de mariage libre, en l’occurrence d’unification ou de fédération de nations. Malheureu-sement, après Octobre 1917, la politique du gouvernement bolchevik (Lénine inclus) n’a pas toujours correspondu à ces principes : invasion de la Pologne en 1920, occupation de la Géorgie en 1921, etc.

L’un des aspects les plus négatifs de la fameuse brochure de Staline de 1913 est que, contrairement à Lénine, elle ne faisait aucune distinction entre le nationalisme grand-russe oppresseur et le nationalisme des nations opprimées de l’Empire tsariste.

Dans un paragraphe très révélateur de son essai, il rejetait dans les mêmes termes le nationalisme « belliqueux et répressif venant d’en haut » c’est-à-dire celui de l’Empire tsariste et la « vague de nationalisme d’en bas qui se transforme parfois en chauvinisme le plus grossier » des Polonais, des Juifs, des Tatars, des Ukrainiens, des Géorgiens, etc.

Non seulement il ne réussissait pas à faire la différence entre nationalisme « d’en haut » et nationalisme « d’en bas », mais allait jusqu’à adresser les critiques les plus sévères aux sociaux-démocrates des nations opprimées qui n’avaient pas su « résister » face aux mouvements nationalistes.

Ce n’est pas parce qu’ils établissent une telle distinction entre le nationalisme des oppresseurs et celui des opprimés que les internationalistes socialistes doivent se rallier à ce dernier. Mais ils perçoivent sa nature contradictoire : sa dimension émancipatrice en tant que rébellion contre une oppression injuste, et ses limites en tant qu’idéologie fondée sur des particularismes.

II est donc tout à fait logique que tout mouvement combattant réellement pour la révolution sociale dans une nation opprimée place nécessairement la libération nationale au centre de sa lutte, tout en la liant à l’émancipation sociale vis-à-vis de l’exploitation capitaliste, tandis que dans les métropoles impérialistes c’est le refus du nationalisme qui se trouve au cœur de toute confrontation radicale avec l’ordre établi, du mouvement anti-guerre aux USA au Mai français (dont l’un des principaux slogans était « les frontières, on s’en fout ! »).

Cela dit, il faut insister sur le fait que la distinction entre les deux sortes de nationalisme est toujours relative et non absolue. Premièrement, parce que l’opprimé d’hier peut aisément devenir l’oppresseur de demain : les exemples historiques récents ne manquent pas…

Deuxièmement, parce que le nationalisme des nations opprimées est souvent à double tranchant : libérateur vis-à-vis de l’oppresseur, mais oppressif à rencontre de ses propres minorités nationales. Et troisièmement, parce qu’aucune des deux formes de nationalisme n’est exempt d’éléments de chauvinisme, de rejet global de « l’autre » et parfois de racisme.

Si l’internationalisme socialiste s’oppose à l’idéologie nationaliste, cela ne signifie en aucun cas qu’il rejette les traditions historiques et culturelles nationales. De la même façon que les mouvements internationalistes de chaque pays doivent parler la langue nationale, il leur faut aussi parler le langage de l’histoire et de la culture nationales – tout spécialement, bien sûr, lorsque cette culture est opprimée.

Comme Lénine le reconnaissait, toute culture et toute histoire nationale contiennent des aspects démocratiques, progressistes, révolutionnaires qu’il faut incorporer à la culture socialiste du mouvement ouvrier, et des aspects réactionnaires, chauvins et obscurantistes qui doivent être combattus sans compromission…

Mais il existe toujours des formes de nationalisme qui – malgré leurs limitations, leurs insuffisances, leurs contradictions – revêtent une dimension émancipatrice. Ce sont, en premier lieu, les mouvements anti-impérialistes et anti-coloniaux de libération en Amérique latine, en Afrique (Namibie, Afrique du Sud), au Moyen-Orient (Palestine), etc.

Ce sont ensuite les mouvements contre l’oppression nationale, les minorités nationales en Russie (Juifs, Tatars, Arméniens, etc.). Enfin, ce sont les minorités ou cultures nationales des principaux Etats-nations européens, en lutte pour leur droit à l’autodétermination ou au moins pour une forme d’autonomie nationale (Basques, Catalans, Andalous, Irlandais du Nord, Ecossais, Gallois, Bretons, Corses, etc. (Et le Québec) (Résumé voir lien)

Dimanche 9 octobre 2016 LÖWY Michael

https://www.preavis.org/breche-numerique/

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Nationalisme 1 (La Brèche Numérique)

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