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08 mai 2019 ~ 0 Commentaire

élections espagne (à l’encontre)

cata

Les élections d’avril et celles à venir, en mai

1 Les élections du 28 avril ont mobilisé une bonne partie de la population. La participation était plus élevée que lors des quatre échéances électorales antérieures: 75,8%. Ce chiffre reste éloigné du record de participation de près de 80%, atteint en 1982 [victoire des socialistes de Felipe González].

2 La loi d’Hondt [1] fausse encore certains résultats de manière significative. Le principe «une personne, un vote» n’est pas respecté. Cette caractéristique n’est pas neuve, mais il n’est pas inutile de la rappeler. Le nombre de voix nécessaires à l’obtention d’un siège n’est pas le même [dans chaque province]. Le ratio entre suffrages et sièges de député a été le plus coûteux pour la coalition du Pays Valencien Compromís: il lui a fallu 170 155 voix pour faire élire son unique député au Congrès; le Parti Régionaliste de Cantabrie est la formation qui a eu le moins besoin d’électeurs pour obtenir un siège: 51 922. Le rapport est de 3,3 pour 1. Le PSOE est le parti qui a, sans aucun doute, le plus bénéficié à cette occasion de la loi d’Hondt.

3 La droite a été défaite. Modérément, mais défaite. Les élections andalouses ont représenté une alerte quant à la possibilité que les trois partis de droite [PP, Ciudadanos et Vox] étendent leur accord à l’ensemble de l’État. Peu avant les élections, le PP a offert des postes de ministres à Vox. La possibilité de revenir à un gouvernement comprenant des sympathisants déclarés du franquisme était réelle le 28 avril dernier. La mobilisation électorale a été une réponse catégori-que. Les droites (y compris les formations Navarra Suma (2 députés) et le Parti Nationaliste Canarien (2 députés également) totalisent 11 414 116 voix (151 sièges).

L’ensemble des formations de gauche rassemble 12 867 448 suffrages (185 sièges),  les gauches présentes dans l’ensemble de l’État, les gauches nationales (en Catalogne, au Pays Basque et en Galice) ou les gauches présentes présentes seulement dans certaines Communautés Autonomes. Soit près d’un million et demi de suffrages en plus!

Les résultats globaux sont sans appel, même si nous ne pouvons négliger le fait que la droite l’emporte en Aragon, dans les deux Castilles, en Estrémadure, à Madrid, en Murcie et à La Rioja. En Andalousie et au Pays Valencien gauche et droite font jeu égal.

À la marge de ces deux blocs, les suffrages du Parti Nationaliste Basque (394 627 voix, 6 sièges) et de Junts Per Catalunya (497 638, 7 sièges).

Dans la conjoncture actuelle, il est difficile d’imaginer que ces formations pactisent avec la droite espagnole ultramontaine (*). Le Parti Animaliste contre la maltraitance animale (PACMA) a obtenu un résultat en rien négligeable: 326 045 voix. Disons-le ainsi: les gauches et le souverainisme ont gagné contre les droites ultraconservatrices et  réactionnaires du PP, de Ciudadanos et de Vox.

Ces élections ont mis en évidence une réalité incontournable: la réalité plurinationale du royaume d’Espagne.

La Catalogne et la Communauté Autonome Basque ont voté différemment (ou très différem-ment) du reste de l’État. La droite espagnoliste a obtenu 7 sièges en Catalogne (5 pour Ciuda-danos, 1 pour le PP et 1 pour Vox), les partis formellement souverainistes et partisans du droit à l’autodétermination ont obtenu 29 sièges (15 pour la Gauche Républicaine de Catalogne ERC, 7 pour En Comú Podem et 7 pour Junts per Catalunya).

Le Parti des Socialistes Catalans (PSC) section catalane du PSOE] 12. Si l’on ajoute ces sièges aux 7 de la droite et de l’extrême-droite, le bloc unioniste-constitutionnaliste contre la «rupture» de l’Espagne et «fondamentaliste» sur la Constitution de 1978, totalise donc 19 sièges. En d’autres termes, 29 souverainistes (dont 4 en prison: Oriol Junqueras, Josep Rull, Jordi Turull, Jordi Sànchez, auxquels il faut ajouter le siège au Sénat gagné par Raül Romeva, ce qui donne le chiffre de cinq prisonniers politiques en jugement depuis plusieurs mois élus) et 19 constitutionnalistes-unionistes.

Il s’agit là d’un résultat à souligner. Dans le cas de la Communauté Autonome Basque, ni le PP, ni Ciudadanos, ni Vox n’ont obtenu de siège. Les partis qui, plus ou moins clairement, sont en faveur du droit à l’autodétermination atteignent 14 sièges, le seul parti constitutionnaliste-unioniste, le Parti Socialiste Basque (PSE), 4.

Une autre donnée, déjà connue, mais qui vaut la peine d’être répétée: si l’on exclut la Catalogne et le Pays basque, le tripartite de droite aurait pu rééditer le modèle d’accord andalou au gouvernement espagnol. C’est là un point, nous nous permettons de le souligner, déterminant pour comprendre la situation politique dans le royaume d’Espagne.

La position du PSOE en cette matière lors des élections était très claire: pas un mot sur l’autodétermination. «Notre pays ne dispose pas de structure juridique pour que quiconque, avec aucun référendum sur son territoire, ne puisse rompre l’unité de l’État espagnol». «Il n’y aura pas d’indépendance, il n’y aura pas de référendum et il n’y aura pas d’autodétermination».

Mais, bien que la question catalane soit le principal facteur au cœur de la politique de la crise du régime de 1978, le gouvernement fera face à des défis supplémentaires. Abolir la loi  liber-ticide qui criminalise certaines formes de contestation, exiger des banques qu’elles remboursent 60 milliards d’euros, avancés lors du «sauvetage»; mettre un terme aux privilèges économiques et fiscaux de l’Église catholique et aboutir à la constitution d’un État laïc. Il s’agit d’aspects programmatiques que le parti qui gouvernera a assumés, à un moment ou l’autre. Et, selon comment ils traiteront de la question catalane, constitue ce que l’on définit comme une politique modérée, mais qui se prétend de gauche

Le programme social du PSOE est très fragile étant donné la situation économique et sociale qui prévaut en Espagne. Un taux de chômage très élevé, approche le 15%, dépassant 20% dans certaines Communautés Autonomes. Dans la zone euro, la moyenne dépasse légèrement 6%. Les salaires ont augmenté en moyenne de 0,3% entre 2010 et 2017. 34,4% des salarié·e·s percevaient en 2017 un salaire inférieur au Salaire minimuml, c’est-à-dire moins de 707,6 euros par mois (ce salaire est passé à 735,9 en 2018 et est de 900 en 2019).

Les inégalité se situent au quatrième rang de l’Union européenne. Au cours de la même période, le nombre de personne en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale a augmenté de près de 13%. L’augmentation des pauvres au sein de l’UE provient pour moitié de l’Espagne.

Devant une telle situation, quels sont les projets économiques et sociaux du PSOE? Le programme social de ce parti est, dans le meilleur des cas, extrêmement rachitique pour faire face à une situation économique et sociale telle qu’elle vient d’être sommairement brossée. Au pire, il l’aggravera.

Malgré le fait que la campagne électorale du 26 mai paralysera l’élection du président du gouvernement, il semble que Pedro Sánchez sera élu sans difficulté, au premier ou au second tour

La préférence de la CEOE [la confédération patronale], des banques, des investisseurs internationaux ainsi que du secteur «felipista» [du prénom de Felipe González] est publique: un gouvernement PSOE-Ciudadanos. Cela n’est pas impossible, mais cela semble difficile les militants du PSOE, rassemblés devant le siège, l’ont exprimé clairement le soir des élections: «con Rivera, no».

Probablement le PSOE va préférer gouverner seul afin d’avoir les mains libres et passer des accords avec la droite lorsque cela l’arrange. Le débat au sein de la base sur la proposition de Podemos d’entrer au gouvernement, de former un gouvernement de coalition, est intéressant.

Cet objectif est l’un des fils conducteurs de la campagne électorale, à tel point que Pablo Iglesias a déclaré que «nous sommes plus proches de gouverner que jamais». Il convient de réfléchir sur la proposition. La formation est passée, dans le sillage du mouvement des indignés du 15 mai 2011, d’une remise en question du régime de 1978 au désir de faire partie d’un gouvernement dont l’associé majoritaire [le PSOE] est un partisan fervent de l’actuel régime.

Le couplet sur la «caste» est bien lointain. L’argument utilisé est que c’est la seule manière d’assurer la mise en œuvre de politiques sociales.

10° Nous verrons bientôt ce que le futur gouvernement est disposé à faire autour de la question catalane. Le procès d’une bonne partie des dirigeants de la grande mobilisation pour l’autodéter-mination dure toujours. Certains n’hésitent pas à le qualifier de farce. Le PSOE lui-même est divisé sur la question.

Nous verrons bientôt également ce que ce gouvernement est prêt à faire dans les domaines de la laïcité, des répressions, de l’économie et du social. Nous renvoyons à des analyses futures la question de la politique extérieure; bornons-nous à mentionner les ventes d’armes aux monarchies sanguinaires amies de celle des Bourbons, comme l’Arabie Saoudite.

11° Dans un mois, le 26 mai, se tiendra une sorte de deuxième tour électoral. Les élections municipales, européennes et autonomiques [celles-ci dans 11 communautés sur 17] montreront si la tendance de ce mois d’avril est confirmée ou non. Le gouvernement de Communautés autonomes aux budgets importants est aussi en jeu, avec la questions comme des soins ou del’éducation.

Les élections d’avril et de mai ne résolvent toutefois pas le problème de fond, celui de la crise du régime.

«La crise de la première restauration borbonienne en 1874, après la Première République fut une longue agonie de plusieurs décennies, marquées par l’échec successif de toutes les formules tentées par les oligarchies d’alors.

Lors de la deuxième restauration, le régime de 1978, Franco a choisi pour successeur le roi Juan Carlos et on en est encore là. S’y opposer suppose une stratégie de changement démocratique et de mobilisation allant au-delà du régime actuel.

Ce n’est, pour le moment, pas le cas, aussi manifeste que soit la tâche première qui est de mettre en échec les droites». Ce dernier point a été atteint lors de cette première bataille électorale. Mais après les élections de mai, l’ouverture d’une réflexion politique, mais aussi stratégique, est nécessaire sur les perspectives des gauches pour aboutir à une alternative à ce régime. (Résumé)

(Article publié le 4 mai 2019 sur le site SinPermiso.info; traduction À L’Encontre)

Alencontre  8 mai 2019 Daniel Raventós Miguel Salas[

http://alencontre.org/

(1] Loi d’Hondt, du nom du mathématicien belge, et professeur de droit, Victor D’Hondt (1841- 1901) qui a élaboré un mode de calcul pour les scrutins à la proportionnelle plurinominale. Ce mode favorise les partis qui ont remporté le plus grand nombre de suffrages. Dans le cas de l’Espagne, un facteur joue un rôle plus important encore dans la «prime» accordée aux grands partis: les circonscriptions électorales sont basées sur les 50 provinces et deux villes autonomes de Ceuta et Mellila, découpage datant de 1833, sanctionné par la Constitution de 1978. Les provinces peu peuplées de «l’Espagne vide» de l’intérieur, disposant de 2 ou 3 sièges, privent systématiquement les 3e et 4e partis d’une représentation (réd. À L’Encontre)

Commentaire:

La méthode d’Hondt s’appelle aussi « à la plus forte moyenne » quand on fait le quotient électeurs/sièges. La méthode « au plus fort reste » est plus démocratique, elle permet aux petits partis d’être représentés.

(*): Ultramontanisme

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08 mai 2019 ~ 0 Commentaire

venezuela (essf àl’e)

venezula

Venezuela. La gauche internationale doit être lucide

La façon dont la gauche a débattu de l’expérience des gouvernements progressistes en Amérique latine reste défini par des termes venant de la période de la guerre froide. C’est la notion qu’il y a les bons et les méchants, qu’il y a l’impérialisme et les anti-impérialistes, et rien d’autre, et que vous devez prendre parti, et c’est tout. Il n’y a pas de réflexion possible entre les complexités de ce qui est en jeu. Et cela a de graves conséquences.

Pour la gauche et pour les médias de gauche aux États-Unis, le problème le plus important est de faire face à l’intervention américaine. C’est en quelque sorte une question de principe et une question d’urgence.

Il existe une menace réelle qui a été maintes fois annoncée par Bolton, par Pence, par Trump lui-même, selon laquelle toutes les options sont sur la table. La possibilité d’intervention est là.

Guaido a en fait appelé à une intervention américaine, une intervention militaire. Donc, ce n’est pas quelque chose à prendre à la légère. Et il y a un besoin urgent, et nous, bien sûr, du Venezuela, sommes très conscients que toute pression exercée sur le gouvernement américain et l’opinion publique américaine pour faire face à cette logique impérialiste, est la priorité.

Cependant, je pense que la façon dont la gauche a débattu de l’expérience des gouvernements progressistes restent définis par des termes venant de la période de la guerre froide. C’est la notion qu’il y a les bons et les méchants, qu’il y a l’impérialisme et les anti-impérialistes, et rien d’autre, et que vous devez prendre parti, et c’est tout. Il n’y a pas de réflexion possible entre les complexités de ce qui est en jeu. Et cela a de graves conséquences.

Ne pas répéter les erreurs du passé

Cela fait penser à la manière avec laquelle la gauche dans le monde avait de la difficulté à discuter de l’Union soviétique, du goulag, du stalinisme, du fait que des millions de personnes ont été tuées.

Tous les bons gars étaient d’un côté, tous les méchants de l’autre côté. Le refus de critiquer le stalinisme, le refus de critiquer la manière dont le gouvernement soviétique a complètement détruit toute possibilité de démocratie en Union soviétique, ont conduit à la solidarité avec un gouvernement et non avec le peuple.

Alors que les citoyens soviétiques subissaient les conséquences d’un gouvernement très répressif, ils s’attendaient à ce que la gauche dans le monde exprime de la solidarité avec leur lutte. Or cela n’a pas été le cas.

Cela a été une grave erreur avec d’énormes conséquences à long terme. Nous avons besoin d’une alternative au capitalisme. Nous avons besoin d’une société plus démocratique, où la participation est plus grande, où les menaces d’effondrement de l’environnement sont prises en compte de manière critique et centrale.

Nous avons besoin d’alternatives qui reconnaissent la diversité culturelle. Ainsi, à moins que l’imagination des possibilités d’un avenir différent ne soit plus attractive que la société capitaliste, le consumérisme écrasant de la société capitaliste triomphera toujours.

Les enjeux du Venezuela

Dans le cas du Venezuela, l’un des graves problèmes qui a conduit à la crise actuelle est le fait que le gouvernement Chavez a identifié le socialisme au contrôle de l’État et que de très nombreuses entreprises ont été nationalisées et sont passées sous le contrôle de l’État.

Mais l’État n’avait pas la capacité de gérer autant d’entreprises. Il privilégiait la pureté idéolo-gique par rapport à la compétence technique pour diriger ces entreprises. Et par conséquent, la très grande majorité de ces sociétés ont fait faillite. Si nous identifions le socialisme avec le contrôle de l’État, alors une majorité de la population refusera tout simplement de considérer cela comme une alternative politique attrayante, car les résultats sont visibles.

Le cas de Cuba

À Cuba, le niveau de contrôle de l’État a clairement conduit à des moyens très limités permettant aux Cubains de prendre en main leur propre vie. L’incitation à créer non seulement des activités économiques, mais aussi des activités intellectuelles ou artistiques, était complètement limitée par le fait que tout était hautement contrôlé par un État central.

Les intellectuels et les partis de gauche latino-américains en étaient conscients. Mais à cause du blocus, vous ne pouviez pas critiquer Cuba. Cela signifiait que vous ne pouviez pas contribuer au débat cubain, car il s’agissait de critiquer le Parti Communiste ou le gouvernement cubain.

Les acquis et les impasses au Venezuela

Au Venezuela, il y eu des progrès et des gains énormes dans de nombreux domaines. Tout cela avait à voir avec la démocratie participative et l’organisation populaire. Il s’agissait d’une trans-formation très significative de la vie des gens.

Leur sens de la dignité et leur capacité à avoir leur mot à dire dans leur propre vie ont une influence sur l’avenir du pays. Il y a eu un changement très important dans l’accès des personnes à la santé, à l’éducation. En même temps, il y avait des limites qui auraient pu être débattues, mais cela n’a pas été le cas.

Par exemple, il y avait une profonde contradiction entre cette promotion active des organisations de base et le fait que ces organisations n’étaient généralement pas vraiment autonomes. Elles étaient fortement, fortement dépendantes des ressources allouées par le gouvernement. Il y a quelques cas exceptionnels, dans le monde rural notamment où les gens ont construit leur propre base économique.

Il faut être lucide

Si nous poursuivons dans une logique binaire, si le monde est vu en termes de logique de la guerre froide, d’impérialisme, d’anti-impérialisme, cela limite réellement la possibilité d’une compréhension plus complexe et nuancée de l’expérience des gouvernements progressistes du siècle.

Il faut voir les problèmes, les limites, la corruption, les inefficacités, les conceptions qui condui-sent à des alternatives qui ne sont pas ce que nous pensions lorsque nous luttons pour une société plus libre. Il faut reconnaître les problèmes et en parler à leur sujet, sinon, nous demeurons complices de gouvernements qui n’ont pas mené à bien ce qu’ils étaient censés faire.

vendredi 3 mai 2019, par LANDER Edgardo, PERIES Sharmini

http://www.europe-solidaire.org/

The Real News Network
https://therealnews.com/

Version française
http://alter.quebec/

Lire aussi:

Venezuela. Les Forces armées renforcent leurs positions de pouvoir et «d’arbitre»(A l’Encontre)

Venezuela. Coup d’État manqué, Maduro dans l’incertitude et renforcement de l’armée (RP)

Commentaire:

Et le côté « matérialiste »? Le Venezuela n’exporte rien d’autre que son pétrole et importe tout. Un régime « socialiste » aurait-il pu avoir comme but l’autosuffisance alimentaire? Il aurait « toléré » un contrôle de l’agent public… 

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03 mai 2019 ~ 0 Commentaire

cuba (essf)

viva-cuba

Années 1990, Cuba souffrait de la crise économique causée par la chute du «socialisme réel» et la disparition de l’Union soviétique.

«Période spéciale en temps de paix» était le nom officiel de cette période de pénuries extrêmes, au cours de laquelle les coupures d’électricité dépassaient 20 heures par jour, le transport fonctionnait à un niveau minimal et obtenir la nourriture quotidienne relevait d’une odyssée.

Des temps difficiles

La «période spéciale» n’a jamais donné lieu à un déclaratio officielle. Ce qui s’en rapproche le plus, c’est un discours prononcé par Fidel Castro en janvier 1990, lors de la clôture d’un congrès syndical. A cette occasion, il a admis la possibilité que «les problèmes étaient si graves sur le terrain économique (…) que notre pays aura à faire face à une situation d’approvisionnement extrêmement difficile».

Quelques mois plus tard, le 29 août, un article publié dans les principaux journaux annonçait de sévères restrictions concernant la consommation de carburant, de nourriture et d’autres produits, et la paralysie de tous les investissements non liés au tourisme ou à la défense.

L’effondrement de l’économie a eu des conséquences sociales dramatiques, surtout depuis 1993, lorsque la «décriminalisation» du dollar a ouvert la porte à l’inégalité. Ce n’est pas par hasard que les magasins de devises étrangères (qui acceptaient les paiements en devises) ont été la cible favorite de la colère populaire lors du Maleconazo (du 5 août 1994), la manifestation de mécontentement sans précédent des habitants de la Havane à laquelle Fidel a dû faire face.

Depuis lors, la chaleur et la rareté se sont avérées être une combinaison extrêmement dangereuse, à tel point que pendant des années, le gouvernement a fait l’impossible pour éviter les pannes de courant pendant les mois les plus torrides, tout en augmentant les activités récréatives et en stabilisant l’approvisionnement en biens de consommation.

Dans ces circonstances, seule une urgence extrême justifie des décisions telles que celles annoncées au début du mois d’avril 2019 par le Président Miguel Diaz-Canel et le général Raul Castro, qui, en tant que premier secrétaire du parti, reste la principale figure du pouvoir sur l’île. Bien que dans leurs discours devant l’Assemblée nationale du pouvoir populaire, tous deux aient souligné que le pays est «en bien meilleure condition pour surmonter toute difficulté», l’optimisme du public n’atteint pas des sommets aussi élevés.

Depuis des mois, les Cubains se débattent à nouveau avec de longues files d’attente pour l’acquisition de divers articles. Les plus grandes files se forment devant les magasins où est vendu le poulet congelé, la principale source de protéines à la disposition des habitants de l’île. Malgré son prix élevé (la valeur d’un kilogramme dépasse le revenu quotidien de ceux qui perçoivent le salaire moyen de l’Etat), des dizaines, voire des centaines de personnes passent des heures devant ces magasins, pas toujours avec succès.

Des tensions similaires existent dans l’économie.

Après un début d’année 2019 marqué par de fortes réductions budgétaires, le ministère de l’Économie et de la Planification a annoncé fin mars de nouvelles réductions de devises pour les achats à l’étranger (dont près des deux tiers pour l’alimentation et les carburants).

Déjà lors des sessions extraordinaires de l’Assemblée nationale, le Président Díaz-Canel avait détaillé la situation difficile des finances nationales et appelé à «l’autosuffisance territoriale», une sorte d’autarcie créole dans laquelle les municipalités devraient pouvoir produire la plupart des aliments qu’elles consomment. En outre, il a appelé à une plus grande efficacité dans le tourisme et les services professionnels, et à encourager les nouvelles exportations dans le cadre d’un programme conçu en trois étapes qui s’étendra jusqu’en 2030.

Sur le papier, ces mesures semblent être des réponses logiques face à un scénario compliqué rempli de variables indépendantes de la volonté de La Havane. Mais le fait est qu’il y a presque trente ans, des propositions très similaires ont façonné la stratégie des sommets dirigeants, avec un succès limité, comme en témoignent les circonstances actuelles.

Etat de siège

En 1989, environ 85 % du commerce extérieur de Cuba s’effectuait avec l’Union soviétique et les pays d’Europe de l’Est. Au cours de la décennie suivante, les efforts se sont concentrés sur la diversification des échanges avec les gouvernements et les sociétés étrangères.

Cependant, au début des années 2000, après la montée au pouvoir d’Hugo Chavez et d’autres dirigeants progressistes d’Amérique latine, ces efforts de renouveau ont perdu de leur vigueur. Au cours des dernières années à la tête de l’appareil d’Etat, Fidel Castro pariait à nouveau sur une alliance stratégique avec un partenaire privilégié (le Venezuela) et surtout sur des liens étroits avec un petit nombre d’Etats, la Chine et la Russie pour les plus importants.

En 2008, Caracas et Beijing représentaient plus de la moitié du commerce extérieur de l’île, la République bolivarienne du Venezuela étant le principal client pour les exportations de services professionnels (médecins, etc.) et la Chine assumait un rôle de premier plan pour la fourniture de matériel et de matières premières.

Conscient de la fragilité d’un tel schéma de développement, Raúl Castro s’est lancé, dès 2011, dans une campagne de réformes regroupée sous le nom générique d’«actualización». L’élargis-sement du champ réservé au secteur privé, l’adoption d’une loi plus libérale sur l’investissement étranger et l’abrogation d’interdictions archaïques ont donné un second souffle à l’économie qui, après le début du «dégel», a finalement pu renégocier son importante dette extérieure et repren-dre le chemin de la croissance discrète du PIB (sans mentionner que cela a été atteint sans nouveaux crédits).

On peut toujours spéculer sur le chemin qu’aurait emprunté Cuba si Donald Trump n’avait pas accédé au pouvoir, lui qui est un fervent défenseur de la politique des sanctions contre La  Havane (y compris les sanctions annoncées et pas appliquées jusqu’à maintenant). Trump récompense ainsi le soutien apporté par les principales fortunes de la communauté cubano-américaine lors des élections présidentielles de 2016.

Ce n’est que de ce point de vue que l’on peut comprendre la décision prise par l’administration Trump d’activer la loi Helms-Burton [loi entrée en vigueur en 1996, mais pas appliquée dans toutes ses dimensions], en vertu de laquelel les tribunaux américains seraient habilités à sanctionner les entreprises d’autres pays (Espagne, Canada, France, etc.) qui «font usage économique de biens appartenant à des citoyens américains à l’époque de Batista» et à accroître les limitations aux envois de devises de la disapora.

La première mesure tente de couper les flux d’investissements étrangers dont le pays a besoin (au moins 2 milliards de dollars par an, selon les estimations officielles); la seconde, de faire de cesser une source de devises qu’un «think tank» américain a récemment estimé à environ 57 milliards de dollars, de 2008 à nos jour.

Après avoir perdu les centaines de millions de dollars rapportés par la participation de ses spécialistes au programme « Plus de médecins pour le Brésil » (programme aboli par Bolsonaro), après l’écroulement des aides en provenance du Venezuela (les transferts en carburant ont parfois été interrompus, ce qui a forcé Cuba à faire des achats en Algérie et en Russie aux prix du marché) et sans pouvoir compter sur le tourisme pour les caisses de l’Etat, Diaz-Canel et Raul Castro sont conscients de la nécessité «de se préparer au pire, car la situation pourrait se dégrader dans les prochains mois».

Une telle situation provoque des troubles dans les bureaux du Palais de la Révolution et du Centre d’affaires internationales du quartier exclusif de Miramar, mais beaucoup plus parmi les citoyens.

Il y a quelques jours, un journal provincial avertissait que «si, à un certain moment de la journée, le carburant alloué pour la journée était épuisé, il serait nécessaire d’interrompre le courant dans certains circuits».

Un quart de siècle plus tard, les souvenirs de l’étape la plus difficile de la «période spéciale» reviennent avec force dans la mémoire collective. Mon père, y compris, continue d’utiliser son vieux vélo.

Amaury Valdivia  2 mai 2019

(Article publié dans l’hebdomadaire Brecha, le 27 avril 2019, depuis La Havane)

http://alencontre.org/

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01 mai 2019 ~ 0 Commentaire

émile masson (trésor du breton)

emile m

1913 BRUG (Bruyères)

Quand le socialisme libertaire s’exprimait en breton

Quelques mois avant la Grande guerre, le débat politique français se focalise sur la militari-sation. Les défenseurs d’un nationalisme guerrier se heurtent aux convictions pacifistes du leader socialiste Jean Jaurès.

Celui-ci trouve un allié inattendu dans les campagnes bretonnes. Un professeur de Pontivy, Èmile Masson, crée en janvier 1913 la revue bilingue Brug qui milite contre l’allongement du service militaire :

Labourerien, lavarit ganeomp ne fell ket deoc’h al lezenn 3 bloaz, rak na fell da zen ebet ar brezel, ne fell ket deomp en em gannañ evit netra

(Travailleurs, dites avec nous que vous refusez la loi des trois ans, car personne ne veut la guerre, on ne veut pas se battre pour rien).

Brug, journal libertaire, prend pourtant le contrepied des socialistes bretons sur la question de la langue 

Ar re ruz o deus en em gemeret fall : disprizet o deus yezh o bro ha n’int ket komprenet gant ar bobl. Degasomp hor bro d’ar gwir republik a vo sikourapl d’an holl dud ha pas hebken d’un nebeut aotrouned hag a ra o aferioù a-raok re ar vro.

(Les rouges s’y sont mal pris : ils ont méprisé la langue de leur pays, ils ne sont pas compris par le peuple. Retrouvons la vraie République, celle qui doit aider tout le monde et pas seulement quelques messieurs qui font passer leurs affaires avant celles du pays).

Défenseur des paysans, Brug les incitent à se défendre en créant des syndicats :

Ar vistri a ziskennfe priz o douar a-walc’h ma vefe sindikadoù peizanted kourajus. Dle eo dezhe kemer ar vro-mañ evel o hini, bevañ, en em blijañ enni, labourat, kañviñ, festiñ… prest da gombat evit o buhez o boued hag o liberte

(Les propriétaires baisseraient leurs prix s’il y avait des syndicats de paysans courageux. Il faudrait qu’ils prennent leur pays en main, pour y vivre, travailler, peiner, faire la fête… prêts à combattre pour leur vie, leur subsistance et leur liberté).

Parmi la vingtaine de collaborateurs, Anatole le Braz sut trouver les mots pour fédérer nos Bretons Libertaires :

Sav alese, deus war hon lerc’h, A dreuz an noz, a dreuz an erc’h, da gad an amzerioù da-zont, Du-hont, du-hont

( Lève-toi et suis-nous, A travers la nuit à travers la neige, pour trouver d’autres avenirs, là-bas, là-bas !).

Un dra bennak a zo da cheñch er bed

(Quelque chose est à changer dans ce monde)

rêvaient les compagnons d’Èmile Masson qui virent l’utopie de Brug se fracasser sur les affres de la guerre 14-18.

07/04/2019

http://www.tresor-breton.bzh/

Lire aussi:

« Brug » : une revue libertaire de langue bretonne au début du 20e siècle (Langue Bretonne)

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01 mai 2019 ~ 0 Commentaire

communisme irak (essf)

irak

PCI le 1er mai 2018

Comment le communisme a façonné le chiisme politique irakien

Longtemps amorphe, affaibli puis muselé, le chiisme politique irakien était resté tapis dans l’ombre. C’était le communisme, très influent dans les années 1950 et jusqu’à la fin des années 1970 qui était implanté dans le sud du pays, jusqu’à devenir une religion de substitution pour une majorité de chiites en quête de réponses sociales et politiques. La famille Sadr inversera la tendance par son activisme inédit.

Au lendemain de la conférence de San Remo d’avril 1920, le Royaume-Uni obtient un mandat de la Société des Nations (SDN) sur l’Irak.

Un mois plus tard, il doit déjà faire face à une violente révolte organisée et relayée par les nationalistes, composés principalement de la bourgeoisie sunnite et des tribus chiites du sud. Les mujtahidin (hommes de religion chiite) appellent également au djihad contre la présence mandataire.

L’enjeu pour les chiites est alors capital, car il s’agit en réalité de s’opposer à la formation d’un État irakien sous tutelle britannique qui les écarte des rouages du pouvoir. Dès lors, les diri-geants religieux chiites prennent la tête de la lutte anticoloniale.

Ils appellent au boycott des élections de l’Assemblée constituante en 1924. Les Britanniques contraignent à l’exil les chefs religieux. Affaiblis par une terrible répression, les milieux cléricaux retournent à leur apolitisme premier. Ce mutisme politique a d’abord entraîné le repli du clergé dans les villes saintes de Najaf et Kerbala, puis sa chute d’influence à partir des années 1930. Le nombre d’étudiants religieux à la hawza (séminaire théologique chiite) diminue considérablement.

Face au repli et au déclin de leur clergé, les chiites irakiens se rallient massivement à des idéologies socialisantes et laïques à partir de 1940.

Ces années connaissent un exode rural des chiites du sud vers Bagdad et Bassora. « Le parti communiste a joué un rôle important dans les protestations des paysans qui demandaient des droits et qui s’opposaient aux mesures de répression de la part des propriétaires terriens », commente Raid Fahmi, secrétaire du comité central du Parti communiste irakien (PCI).

« Il était très bien structuré et très actif sous la royauté », rappelle Hamid Radhi Al-Amin, ancien militant communiste exilé au Koweït. Les paysans pauvres viennent gonfler les nouveaux quar-tiers populaires de Bagdad et s’intéressent rapidement aux idées d’égalité et de justice que prône le Parti communiste. Ils sont les premiers à y adhérer massivement. 

« À Bagdad notamment, l’exode rural a créé des concentrations d’agglomérations très pauvres avec une densité importante de population comme à Madinat Al-Thawra (renommé ensuite Saddam City, puis Sadr City). Là, les communistes étaient très implantés. À cette période, les revendications sociales primaient sur les questions religieuses et donc le parti pouvait fédérer autour de cette crise sociale », ajoute Raid Fahmi.

DEUX MOTS QUASI IDENTIQUES

Les divisions sociales, économiques et confessionnelles favorisent l’implantation du communis-me. En effet, le sud de l’Irak — principalement la région des vastes plaines du Tigre et de l’Euphrate — abrite les milieux ruraux défavorisés qui sont majoritairement chiites. Les milieux aisés se trouvent dans la région du centre, principalement à Bagdad.

Cette répartition socio-économique correspond aux héritages ottoman et britannique où les sunnites jouissaient de privilèges sociaux, économiques et politiques au détriment des chiites négligés par le pouvoir, car taxés de fanatisme. L’autre raison du succès du communisme auprès des chiites tient sans doute à la similarité doctrinale des deux idéologies. Les notions d’égalité, de lutte contre l’injustice, d’opposition au pouvoir, de défense de l’opprimé sont des idées communes au chiisme et au communisme.

« Il y a cette accroche identique entre le chiisme et le communisme de lutte contre l’exploitant », confirme Raid Fahmi.

Les communistes recrutent dans les régions du sud à Bassora, Amarah, Nassiriya, Al-Hillah et Kerbala où ils trouvent un large public. Pour convaincre cette communauté paysanne largement analphabète, les militants mettent en avant les similarités idéologiques, mais aussi la ressem-blance entre les mots « communiste » : shuyu’i et « chiite » : shi’i .

Ils utilisent également la figure de Hussein [1] pour illustrer la lutte contre l’injustice. Si le communisme s’implanta beaucoup plus dans les sociétés chiites que dans les sociétés sunnites, c’est aussi à cause de la présence d’une structure pyramidale. L’organisation cléricale chiite à la tête de laquelle se trouve un marja ayant lui-même ses propres wukala (agents) dans différentes régions fait écho au système politique communiste, construit autour d’un réseau de cellules et de sections.

CONTRE-ATTAQUE DU CLERGÉ

Il faut cependant attendre le 14 juillet 1958, la chute de la monarchie et l’arrivée au pouvoir d’une junte militaire grâce au coup d’État du général Abdel Karim Kassem pour prendre la mesure de l’influence communiste, y compris chez les officiers.

Mais lorsque les communistes commencent à faire sentir leur influence dans la ville sainte de Najaf et réussissent à recruter des membres de familles de religieux, des fils de sayyid, le clergé se sent défié.

Dhia Al-Assadi, ancien militant politique sadriste et ex-leader du bloc Al-Ahrar, coalition politique islamique chiite, porte la mémoire de cette période : « Les universitaires et religieux chiites étaient inquiets et alarmés par la propagation de ces idéologies non religieuses. De plus, ils étaient presque incapables de les combattre, car ces idées étaient portées par des partis politiques puissants comme le Parti communiste, mais aussi le nationalisme arabe ou encore le baasisme. C’était un sentiment partagé entre la peur, le défi et la légitime défense. »

Les chiites irakiens se devaient de répondre, mais leur hawza est divisée.

Une partie composée des quiétistes accepte de s’impliquer dans la lutte contre le communisme, mais refuse de s’enrôler dans l’activisme politique. Ces oulémas considèrent qu’ils doivent main-tenir un certain état de passivité politique pendant la période de l’Occultation de l’imam [2]. A contrario, une autre partie de la hawzaveut s’ériger contre la propagande communiste de manière politique et lutter contre le sentiment areligieux qui grandit dans le pays.

Dans un premier temps, la réponse du clergé chiite consiste à fonder l’association des oulémas de Najaf, sous l’égide du marja Mohsen Al-Hakim. Sa première action est de promulguer une fatwa contre le communisme.

Cela affaiblit l’alliance de Kassem avec les communistes.

Les oulémas décident par ailleurs de muscler davantage leur enseignement théologique et leurs actions caritatives, convaincus que l’attrait des chiites pour l’idéologie rivale résultait de l’igno-rance de leur religion. L’action de l’association passe par la construction d’écoles et de centres médicaux.

Les oulémas chargent des étudiants de la hawza de la propagande et du travail éducatif, ainsi que de la publication du journal de l’association, Al-Adhwa. Plusieurs étudiants y contribuent alors en tant qu’éditorialistes, à l’instar de Mohamed Bakr Al-Sadr. Ces articles avaient tous pour but de montrer la supériorité de l’islam sur les courants de pensée occidentale. Ils s’adressaient aux jeunes étudiants susceptibles d’être intéressés par le communisme.

LA NAISSANCE D’UNE DYNASTIE SADR

Cette réponse de la hawza, limitée au domaine culturel et caritatif ne satisfait pas certains jeunes clercs, qui, enthousiasmés par l’effervescence de la révolution de 1958, fondent le premier parti politique chiite, Al-Daawa.

Les bases de ce parti sont établies par Mohamed Bakr Al-Sadr. Elles consistent à proposer l’islam comme solution aux problèmes de la vie sociale, à la place du communisme. C’est dans cette optique que Mohamed Bakr Al-Sadr rédige deux des ouvrages majeurs : Iqtisadouna  (Notre économie)  et Falsafatouna (Notre philosophie). Ces deux études visent à mettre en évidence la supériorité de la pensée islamique en matière d’économie et de philosophie sur la pensée matérialiste.

C’est la première fois qu’un clerc présente une vision chiite de la justice sociale et de la philo-sophie en des termes et avec un langage familier aux lecteurs de Karl Marx. La connaissance de Mohamed Bakr Al-Sadr de la pensée des philosophes occidentaux ainsi que des courants de philosophie occidentale comme le rationalisme ou l’empirisme était chose peu commune dans le milieu clérical chiite.

Là réside toute l’originalité de Mohamed Bakr Al-Sadr.

Par sa connaissance et ses études comparatives, il entend mettre le chiisme sur un pied d’égalité avec le communisme, et ainsi lui donner une portée totalisante, c’est-à-dire qu’il va traiter tous les sujets profanes jadis négligés par le clergé et leur donner une dimension religieuse, à l’instar du politique. En tant que juriste du parti, sa première mission était de légitimer religieusement l’action politique, au grand dam des conservateurs de la hawza.

Mohamed Bakr Al-Sadr va plus loin

Présentant un programme politique islamique, au lendemain de la révolution islamique d’Iran de 1979, adressé aux rédacteurs de la Constitution de la jeune République islamique. « La stratégie adoptée par Mohamed Bakr Al-Sadr comportait de multiples facettes : il encourageait ses disci-ples et ses étudiants à s’éduquer politiquement et à se tourner vers l’activisme.

Il a ouvertement défié les régimes de Saddam et des baasistes. Il a ouvertement soutenu la révolution islamique iranienne. Il a écrit des œuvres authentiques et originales qui englobaient sa théorie et sa vision du monde », se souvient Dhia Al-Assadi. Il déclencha ainsi une révolution doctrinale au sein du clergé chiite et contribua largement à sa politisation, à sa victoire sur les communistes. Aujourd’hui, tous les partis politiques chiites se réclament de sa pensée.

jeudi 25 avril 2019

QUENTIN MÜLLER Journaliste. SABRINE LAKHRAM Étudiante en histoire, université Panthéon-Sorbonne, master « Les révoltes chiites en Irak de 1977 à 1980 », 2017.

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https://orientxxi.info/

Commentaire:

Parmi les candidats en 2018 se trouve Mountazer al-Zaïdi, journaliste, connu pour avoir lancé sa paire de chaussures sur le visage de l’ancien président américain, George W. Bush, en décem-bre 2008. Il se présente sur la liste de l’Alliance des révolutionnaires réformistes de Moqtada al-Sadr et du Parti communiste irakien qu’il présente comme « une liste indépendante qui veut casser les reins au confessionnalisme » La coalition a obtenu 54 sièges (dont 3 PCI) sur 329.

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01 mai 2019 ~ 0 Commentaire

législatives espagnoles (npa viento-sur bastamag)

cong1

La délégation catalane à Madrid en 2016 et 2019

Législative espagnole.

« La Catalogne a voté autodétermination » !

Il est de bon ton, comment faire autrement, de relever les très bons résultats obtenus à cette élection centrale par les indépendantistes catalans mais en escamotant ce qui constitue l’épine dans le pied du régime : non tant la question, importante s’il en est, de l’indépendantisme que celle, tout aussi déterminante, de l’autodétermination.
Précision : pour ceux et celles qui s’échinent, allez savoir pourquoi, à inclure ECP (Les Comuns de la maire Ada Colau blog) dans le groupe des anti-indépendantistes, il faut rappeler que leur tête de liste, Jaume Assens, est parmi les plus proches, parmi les Communs, des indépendantistes.Ce qui a d’ailleurs provoqué des remous dans Podem au moment de la confection de la liste. Et cela même si ce rassemblement ne prend pas partie pour l’indépendance, en droite ligne avec la position dite « niniste », « ni DUI (Déclaration Unilatérale d’Indépendance) ni 155 (dissolution des institutions représentatives de l’Autonomie catalane) », « ni Puigdemont, ni Rajoy », position que ses composantes, tant les Communs que Podem, ont défendue pendant la séquence référendaire de septembre-octobre 2017.Au demeurant la principale dirigeante des Communs, Ada Colau, maire de Barcelone, a voté à ce référendum et pas précisément pour l’indépendance.
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Le 28 avril, le programme de ECP sans ambiguïté (lire ici) 
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Il se prononce pour le « droit de décider », pour un référendum  avec « des garanties » et négocié avec l’Etat espagnol. La majorité de ce courant semble défavorable à l’indépendance (son secteur ouvertement indépendantiste en est récemment sorti pour se rapprocher de l’ERC) mais maintient que l’important est que chacun-e obtienne le droit démocratique de s’exprimer pour, contre ou sans avis sur l’indépendance comme pour toute autre proposition incluse dans une telle consultation (option fédérale, confédérale).Pour lui, l’Espagne doit s’affirmer clairement comme un Etat plurinational mais maintenu uni en une sorte d’Etat fédéral… qui ne dirait pas son nom (lire ici). Toujours est-il qu’au vu de ces données, il n’est pas possible de comptabiliser les voix obtenues par ECP parmi celles des anti-indépendantistes comme, d’ailleurs, parmi celles des indépendantistes.A la réserve près que ECP ne se retrouve jamais sur aucune position des anti-indépendantistes alors qu’il partage avec les indépendantistes la revendication du droit d’autodétermination par référendum !

A ce propos, il est une lecture de ces résultats en Catalogne qui donne 54,27% des exprimés aux partis favorables à l’autodétermination, alias « le droit de décider », autrement dit les partis indépendantistes et ECP.

Il n’est assurément pas question, comme le titre, délibérément provocateur, de ce billet pourrait le laisser entendre malgré les guillemets, de considérer que les voix qui se sont portées sur ces partis ont exprimé une adhésion consciente et pleine à leur revendication d’autodétermination.

Celle-ci n’est qu’un élément, certes important, du programme soumis aux électeurs mais retenons qu’au moins la motivation à voter pour ces partis (en particulier pour faire barrage à l’extrême droite mais aussi au sentiment hystérique anti-Catalogne qui s’est propagé dans tout le pays) n’a pas été entravée par leur point de vue autodéterministe.

D’autant que la forte polarisation créée par la droite, l’extrême droite mais aussi le PSOE et le gouvernement central sur la dénonciation de l’indépendantisme catalan, diabolisé comme horrible « séparatisme », était une incitation forte à faire du droit d’autodétermination, amalgamé avec l’idée d’indépendantisme, un repoussoir.

Constatons qu’il n’en a rien été en Catalogne.

Ce qui me semble participer probablement d’un fort réflexe démocratique au constat évident, comme l’Ecosse l’a montré assez récemment, que l’autodétermination n’est pas un truc d’indé-pendantistes sournois pour piéger le béotien démocrate pour peu qu’une négociation, à laquelle les espagnolistes se refusent, entre l’Etat central et la « région » en pose le cadre adéquat.

Un récent sondage précisément centré sur l’autodétermination, hors de toute autre question, permet d’aller dans ce sens puisque  » 78,7% des sondé-es s’y affirment favorables à un référendum d’autodétermination avec la particularité que 59,9% des électeurs du PSC s’en disent partisans alors que ce parti y est opposé.

Plus surprenant et inquiétant pour les partis les plus unionistes, le PP et Ciudadanos : 44,5% des électeurs du premier et 40% de ceux du second souhaitent ce référendum que les indépen-dantistes ont dû imposer le 1er octobre 2017 et qui vaut à leurs dirigeants, emprisonnés depuis un an et plus, d’être traînés aujourd’hui devant le tribunal ! » (lire ici).

Voilà de quoi méditer sur ce que d’aucuns voient comme un extraordinaire succès électoral de Pedro Sánchez, alors qu’il ne parvient pas à obtenir à lui seul la majorité absolue, que l’appoint de Podemos ne suffirait pas à l’atteindre et qu’il faudrait, pour cela, obtenir des voix des député-es catalanistes.

A moins que, comme y poussent, sans aucune retenue, les principaux médias du pays et les organisations patronales, tiens donc, le PSOE, comme il en a manifesté l’idée à plusieurs reprises, passe un accord de gouvernement avec Ciudadanos, ce parti qui a fait des indépendantistes, à l’unisson du PP et de l’extrême droite, les boucs émissaires de tous les malheurs qui accablent le bon peuple espagnol !

Un tel accord, en apparence est, du moins momentanément, écarté, pourrait bien faire l’effet d’une bombe en Catalogne et s’assimiler à une politique du pire dont on peut prédire que l’issue, quelle qu’elle soit, aurait un coût politique des plus élevés. Le bon Sánchez n’est pas près de sortir du labyrinthe catalan. Sa victoire électorale du 28 avril le signifie pour qui veut bien en décoder certains signes.

30 avr. 2019 Antoine (Montpellier) Membre du NPA

https://blogs.mediapart.fr/

cong 2

Une première lecture brute des résultats en Catalogne donne ceci en voix et en pourcentages

Signification des sigles : ERC : Esquerra Republicana de Catalunya (social-démocratie); JxC : Junts per Catalunya (centre droit); FR : Front Republicá (extrême gauche mais avec seulement une partie de la CUP);

PSC : Partit dels Socialistes de Catalunya ; CS : Ciudadanos (centre droit, ulltralibéral, proche de l’extrême droite sur la Catalogne); PP : Partido Popular (droite conservatrice polarisée par l’extrême droite); Vox (extrême droite néofranquiste);

ECP : En Comú Podem (les Communs, issus des Indigné-es et de divers associatifs catalans, alliés à Podem, le Podemos catalan).

Pour les indépendantistes

ERC : 1 020 358 (24,59%)

JxCat : 500 012 (12,05%)

FR : 113 695 (2,74 %)

Pour les anti-indépendantistes

PSC : 963 095 (23,21%)

Cs : 479 265 (11,55%)

PP : 201 250 (4,85%)

Vox : 149 381 (3,60%)

Pour les non-indépendantistes

ECP : 617 858 (14,89%)

Lire aussi:

Spanish State: PSOE gains from useful vote against the reactionary right (Viento Sur)

En Espagne, les « deux gauches » font mieux que les « trois droites » aux législatives (Bastamag)

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30 avril 2019 ~ 0 Commentaire

internationale brune (alternative libertaire)

godzilla

Netanyahou et Gaza

Monde: Vers une internationale brune ?

Benjamin Netanyahou, à la tête d’Israël depuis maintenant dix ans, multiplie sur le plan national et international les alliances avec des réactionnaires de tous poils. À l’international, il est l’un des acteurs d’une nouvelle alliance entre les dirigeants se revendiquant du retour à l’ordre et à la morale et d’un même rejet de la démocratie et des minorités tout en s’appuyant sur les classes possédantes et les religieux fanatiques.

Tour d’horizon des alliances de cette nouvelle internationale réactionnaire et xénophobe.

Les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Ce dicton maintes fois employé s’avère aujour-d’hui totalement justifié pour qualifier le sens des politiques d’alliances menées depuis de nombreuses années maintenant par divers dirigeants issus de rangs ou soutenus par des partis de la droite dite « de gouvernement ».

Jair Bolsonaro au Brésil, Donald Trump aux États-Unis, Viktor Orban en Hongrie, ­Andrzej Duda en Pologne et le « patriarche » Netanyahou sont la colonne vertébrale de cette nouvelle « Internationale brune » démocratiquement sortie des urnes.

Un paradoxe de cette triste histoire est que ces dirigeants, qui ont en commun la haine de la démocratie, du pluralisme (et aussi nous verrons plus loin des musulmans), sont des « leaders » qui doivent leur place à des systèmes démocratiques, particulièrement à bout de souffle, mais qui fonctionnent sans observateurs occidentaux (alors qu’on en trouve dans tant d’autres États situés eux dans le sud).

Ce sont les leaders d’un Occident qui regarde avec nostalgie ces glorieux siècles de domination et de massacres tout autour du globe et rêve de nouvelles conquêtes face aux tièdes – tout autre Occidental non versé dans l’autoritarisme, la violence et la haine contre l’ennemi principal : le terrorisme islamiste.

Alliances à droite toute

Au pouvoir depuis 2009, Benjamin Netanyahou a fait le choix constant de gouverner avec les extrémistes religieux et nationalistes. La situation des palestinien(ne)s et des arabes israélien(ne)s n’a cessé d’empirer et nul-le ne se fait plus d’illusions sur ce que l’on n’ose plus appeler un processus de paix.

Le parti pris de Netanyahou est simple 

Faire alliance contre ce qu’il juge être des intérêts « arabes ». Quitte, comme en 2015, à rejeter la responsabilité de l’Holocauste sur le grand mufti de Jérusalem (par ailleurs allié opportuniste des nazis il est vrai).

Face aux récentes mises en cause de Netanyahou dans différentes affaires pour fraude, corruption et abus de confiance, ce dernier persévère. Il est directement à la manœuvre dans l’alliance de deux mouvements extrémistes (Otzma Yehudit et HaBayit HaYehudi) qui permettra l’entrée à la Knesset de davantage de députés extrémistes.

La position de Netanyahou en Israël aujourd’hui s’est trouvée fort opportu-nément renforcée par l’élection fin 2016 de Donald Trump à la tête des États-Unis.

Netanyahou avait lors de la campagne (était-ce de l’ingérence ?) pris très directement parti pour le milliardaire réactionnaire, raciste, homophobe, etc. Ce dernier une fois élu orienta la politique de son administration vers une reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël.

Un véritable franchissement du Rubicon en forme d’enterrement symbolique de l’espérance des arabes à avoir un droit légitime à vivre sur la terre de leurs aïeux. Les deux hommes se retrou-vent également dans leur égale haine à l’encontre du régime iranien redevenu le centre de l’Empire du mal.

En juillet 2017, c’est vers ­l’Europe centrale que Netanyahou va nouer une nouvelle alliance avec le leader hongrois Viktor Orban. La poignée de main opportuniste de ces deux héros d’une nouvelle croisade antimusulmane effacent les propos antisémites tenus notamment par Orban à l’encontre de Soros, également détesté par les deux dirigeants.

Une rencontre à l’initiative ­d’Orban avec les dirigeants tchèque, slovaque et polonais devait même se tenir dans la foulée, mais les tensions entre la Pologne et Israël au sujet de la Shoah n’ont pas permis que ce quintet voie finalement le jour.

Le Brésilien Jair Bolsonaro et l’Israélien Benjamin Netanyahou, deux piliers de la fraction réac du capitalisme avec Trump et Poutine. 

Autre noce qu’il aurait été dommage de louper enfin, celle qui célébra fin décembre 2018 la nouvelle « fraternité » avec le Brésil de Bolsonaro – le capitaine de réserve nostalgique de la dictature militaire (1964-1985) et dont l’amour de la chose militaire n’a d’égale que sa haine d’une bonne partie de sa population : femmes, homosexuel.les, Noir.es, peuples indigènes.

Ces deux phares de l’Occident blanc judéo-chrétien envisagent avec envie de fructueuses collaborations économiques et militaires. Charmé par l’accueil de son hôte, Netanyahou se faisait lyrique : « Ensemble, avec d’autres pays comme les États-Unis, qui ont une idéologie semblable à la nôtre, nous avons tout pour nous entraider et apporter des bienfaits à nos pays. » Il faut dire que Bolsonaro avait dès le lendemain de son élection annoncé, à l’instar de ce qu’avaient fait les États-Unis en mai 2018, son désir de voir l’ambassade du Brésil transférée de Tel-Aviv à Jérusalem.

La fin d’un processus historique ?

Leur haine du multiculturalisme, des minorités (qu’elles soient nationales, religieuses ou sexuelles), du désordre (au sens très large), du débat (au sens large) les range du côté de l’extrême droite la plus traditionnelle.

Mais loin des coups de force armés qui durant le 20è siècle ont permis l’émergence de pouvoirs autoritaires en Europe et en Amérique du Sud, souvent pour sauver les intérêts des capitalistes du « péril rouge », ces leaders réactionnaires sont très légalement sortis des urnes. Certains, comme Netanyahou, ont même vu leur élection confirmée par la suite.

Faut-il y voir la fin d’un processus historiquement marqué de la mansuétude d’une frange de la bourgeoisie qui voyait dans le cirque électoral et le vernis démocratique les conditions de son maintien aux commandes ?

Le recul des forces et idéaux révolutionnaires et des aspirations collectives d’émancipation laissent aujourd’hui le champ libre à l’expression de la violence de la classe dirigeante. La démocratie représentative apparaît pour ce qu’elle est : un instrument, devenu obsolète aux yeux de beaucoup, dont le rôle historique fut de casser les solidarités de classe au nom d’un intérêt national qui n’est que l’intérêt des dominants.

Oui mais ! Ça branle dans le manche, les mauvais jours finiront. Et gare ! à la revanche quand tous les pauvres s’y mettront…

David (AL Grand-Paris-Sud) 24 avril 2019

http://alternativelibertaire.org/

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29 avril 2019 ~ 0 Commentaire

algérie (npa pst)

 

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27 avril 2019 ~ 0 Commentaire

bure (expansive info)

bure

Vent de Bure

Cap sur Nancy les 1er et 2 juin !

Contre la poubelle nucléaire à Bure, appel à converger massivement à Nancy, samedi 1er et dimanche 2 juin. À toutes celles et ceux qui partout en France et au-delà se sentent touché·es et concerné·es par la lutte de Bure, toutes celles et ceux qui s’interrogent, et veulent comprendre ce qui s’y trame !

Nous, collectif d’associations, de comités de soutien lorrains et d’habitant-es résistant depuis près de 25 ans contre la méga-poubelle nucléaire de Bure, appelons à converger massivement à Nancy, samedi 1er et dimanche 2 juin, toutes celles et ceux qui partout en France et au-delà se sentent touché-e-s et concerné-e-s par la lutte de Bure, toutes celles et ceux qui s’interrogent, veulent comprendre ce qui s’y trame !

Bure, c’est un petit bout de Meuse pour l’un des plus gros projet industriel européen : enfouir 85000 m3 des pires déchets radioactifs dans 300 kms de galeries, à 500 m sous terre. 130 ans de chantier, garanti sans risque pour 100 000 ans !

Derrière ces chiffres abstraits, des risques réels : explosions, incendies, contaminations, rejets massifs. Depuis 25 ans, pour faire accepter ce projet, État et nucléocrates cherchent à l’imposer en faisant de la population locale leur cobaye et en faisant taire les élu-es à coup de corruption légale d’un milliard d’euros.

Depuis l’été 2017, la carotte s’est transformée en bâton avec une vague de répression et de criminalisation inédite dans l’histoire récente des territoires en lutte – 60 procès, 28 interdictions de territoires, plusieurs peines de prison ferme, des dizaines de mois de sursis, et une instruction pour « association de malfaiteurs » qui empêche 9 personnes de se voir. Coûte que coûte, le trou de Cigéo doit se creuser, quitte à y enfouir quelques opposants avec les déchets nucléaires.

Néanmoins, nous nous élevons plus que jamais face à cette hérésie sociale éthique et environnementale. Toutes et tous, nous sommes animé-es par la détermination à enrayer ce sinistre projet et de porter nos voix contre cette machine de destruction. Face à l’omerta et au silence, nos voix crient, murmurent, rient, interpellent, hurlent qu’elles ne se tairont pas. Nous refusons à la fois les nuages radioactifs et ceux des lacrymos.

Nous sommes debout, mais parfois les braises ont besoin d’être ravivées pour retrouver la chaleur d’une force collective : tant mieux, du souffle, nous en avons et vous aussi !

2 avril 2019

https://expansive.info/

Lire aussi:

Vent de Bure : cap sur Nancy les 1er et 2 juin (SDN)

 

 

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25 avril 2019 ~ 0 Commentaire

25 avril 1974 (contretemps )

cravos

Le 25 avril et ses suites : luttes de classe dans la révolution portugaise

Le MFA est créé clandestinement en mars 1974, dans une indépendance relative à l’égard de la haute hiérarchie militaire. Composée pour l’essentiel d’officiers subalternes et traversée par l’ensemble des courants de l’opposition antifasciste (des démocrates libéraux à l’extrême-gauche en passant par la social-démocratie ou le PCP), c’est cette organisation qui va préparer puis exécuter avec succès l’initiative militaire du 25 avril.

A 0h25, la célèbre chanson « Grandôla, Vila Morena » est diffusée sur « Radio Renaissance » pour annoncer le lancement de l’action

Vers 3 heures du matin, les locaux des principales radios sont occupés, qui permettront de diffuser une série de communiqués dans les heures qui suivent, de même que les aéroports de Lisbonne et Porto. Les quartiers généraux des régions militaires des deux grandes villes, mais aussi les ministères, les bureaux de la police (PSP) et la banque du Portugal, sont assiégés par les troupes dirigées par le MFA.

Un ultimatum est adressé à Caetano qui, réfugié dans la caserne du Carmo au centre de Lisbonne, n’accepte de se démettre qu’à 16h30, exigeant de remettre la direction du pays à un officier supérieur, qui ne faisait pas partie du MFA, afin que le pouvoir « ne tombe pas dans la rue » : Antonio de Spinola, un général démis de ses fonctions deux mois auparavant en raison de son opposition, très mesurée, aux guerres menées par le régime dans les colonies.

Néanmoins, on ne saurait réduire le 25 avril ni à un simple putsch

Dans lequel certains adeptes des théories conspirationnistes virent la main de la CIA ou du groupe Bilderberg, ni même à une succession d’opérations militaires bien menées. Dès l’aube, la population portu- gaise descend spontanément dans la rue pour soutenir l’action du MFA  (offrant des œillets aux militaires), fêtant la fin de la dictature et veillant à ce que cette victoire ne leur soit pas volée, contredisant les communiqués du MFA qui l’invitaient à « garder son calme et à rentrer chez elle ».

Un capitaine du MFA, Maia de Santarem, a d’ailleurs déclaré après-coup 

« Nous sommes arrivés à la conclusion qu’il fallait faire quelque chose, parce que si nous ne le faisions pas, ce serait la population qui le ferait. Nous avions le sentiment que nous étions en train de marcher vers un abîme et que cet abîme aboutirait à une guerre civile où le peuple pren-drait les armes ». Même si cela ne reflète sans doute pas la gamme très variée des opinions au sein du MFA, il paraît clair que celui-ci n’avait ni prévu l’ampleur des manifestations de rue ni souhaité une telle irruption populaire.

Les militaires insurgés n’ont donc pas pu faire sans le peuple portugais

Qui a d’emblée manifesté un grand esprit d’initiative en cherchant à mettre à bas l’appareil répressif du régime, aussi détesté qu’imposant. Ainsi s’est affirmé un « 25 avril d’en bas » les manifestants à Lisbonne se réunissent devant la caserne de la GNR (Garde nationale républicaine) où s’était réfugié Caetano, assiègent le quartier général de la PIDE (qui tire sur la foule) et les locaux du parti unique, envahissent et mettent à sac l’immeuble de la censure, encerclent la prison de Caxias jusqu’à obtenir la libération de l’ensemble des prisonniers politiques (y compris de ceux que Spinola voulait maintenir enfermés en raison des attentats qu’ils avaient commis).

Presque partout dans le pays on retrouve ces mêmes scènes de liesse

Traduisant l’euphorie de voir enfin la dictature tomber, mais aussi la vigilance populaire contre une transition qui se contenterait de troquer un personnel dirigeant pour un autre en maintenant intacts les instruments de répression et de censure. Le peuple lisboète ne parviendra toutefois pas à éviter que Caetano s’enfuie tranquillement, escorté par les militaires du MFA dans un blindé, et laisse le pouvoir au général Spinola, sans être jugé pour ses crimes.

Celui-ci est alors le dirigeant sur lequel compte la bourgeoisie portugaise, sa trajectoire per- sonnelle rassurant tous ceux qui n’aspirent qu’à un polissage du régime et à une meilleure intégration du capital portugais au marché mondial, en somme une révolution sans révolution.

Engagé volontaire aux côtés des franquistes durant la guerre civile espagnole (1936-39) puis avec les troupes nazies sur le front est au moment de la bataille de Stalingrad, loyal serviteur de l’Estado novo dans ses guerres coloniales (ce qui lui assure le soutien des sommets de la hiérarchie militaire), proche des milieux financiers portugais pour avoir fréquenté les salons de la riche famille capitaliste Champalimaud, Spinola apparaît alors à la classe dominante comme la seule solution pour maintenir le calme dans le pays.

Et c’est effectivement à limiter la combativité populaire, qui se déploie dans les jours suivant le 25 avril (en particulier lors de la manifestation du 1er mai qui réunit entre 300 000 et 500 000 personnes), que va s’employer le « général au monocle ». Non seulement Spinola va échouer, mais ses tentatives d’accroître son pouvoir pour empêcher la décolonisation et réprimer les grèves qui se multiplient aux mois de mai-juin 1974, vont aboutir à des mouvements de masse d’ampleur croissante.

Le 16 mai 1974, le 28 septembre de la même année et le 11 mars 1975, les classes dominantes subissent des défaites retentissantes

Qui finissent par contraindre Spinola à s’enfuir en Espagne, où il fonde une organisation d’extrême-droite se donnant pour objectif d’imposer un régime autoritaire. Le 11 mars, la tentative de putsch est repoussée par la population qui forme des piquets devant les casernes, par les soldats et l’aile gauche du MFA qui s’organisent pour repousser les attaques des puts-chistes et par les travailleurs qui se mettent en grève partout dans le pays, à l’appel de l’Inter-syndicale (qui organise par ailleurs des manifestations très suivies dans la soirée).

Cette victoire populaire constitue un tournant dans la révolution 

Non seulement l’échec du spinolisme laisse la bourgeoisie sans solution politique ni perspective stratégique (au moins provisoirement), mais les travailleurs portugais prennent confiance et se politisent. D’avril 1974 à novembre 1975, les travailleurs portugais vont ainsi renouer avec les traditions combatives d’un mouvement ouvrier qui, sous la Première République (de 1910 à 1926), avait organisé pas moins de 158 grèves générales (près de 10 par an !), avant d’être brutalement réprimé après le coup d’Etat militaire de 1926.

Même si la montée d’une conscience anticapitaliste demeure très inégale d’un secteur d’activité à l’autre

Et d’une région à l’autre, l’auto-organisation progresse indéniablement. Dès le mois de mai 1974 sont organisées des occupations de maisons ou d’appartements vides par des familles pauvres, avant que des commissions d’habitants (moradores) se développent dans les villes. A la campa-gne, en particulier dans l’Alentejo, les ouvriers agricoles s’organisent pour arracher une véritable réforme agraire. Sur les lieux de travail, grèves et occupations s’accompagnent de la formation de commissions de travailleurs. Enfin, on voit émerger en août 1975 les comités SUV (« Soldats Unis Vaincront »), qui cherchent à favoriser l’auto-organisation et la politisation des soldats.

Ces initiatives demeurent minoritaires et ne sont pas structurées nationale-ment, si bien qu’on ne saurait parler d’une situation de « double pouvoir » sans prendre ses désirs pour la réalité.

Auraient-elles pu constituer un embryon de pouvoir populaire ? Sans doute, si du moins elles n’avaient été affaiblies par le sectarisme de certains mouvements maoïstes (notamment le MRPPqui voyait dans le PCP l’ennemi principal, qualifié de « social-fasciste »), et par l’hostilité des organisations réformistes, en particulier le PCP qui bénéficiait de loin de l’implantation la plus solide dans le monde du travail et dans les syndicats, n’acceptant de participer aux commissions de travailleurs que par crainte de perdre du terrain face à une extrême-gauche dont l’audience était croissante.

Reste que l’émergence et le développement des commissions de travailleurs, d’habitants et de soldats non seulement traduisent la radicalisation des mouvements de masse, en réponse aux velléités contre-révolutionnaires des classes dominantes, mais rappellent que la confrontation avec la bourgeoisie et son État ne peut s’engager favorablement que si la classe des exploités et des opprimés parvient à se doter, au cours même de la crise révolutionnaire, d’instruments unitaires et démocratiques de lutte, capables de se muer en organes d’un pouvoir alternatif à l’État capitaliste, du local au national.

« Les œillets sont coupés » les classes dominantes reprennent la main

L’hypothèque Spinola étant levée par la victoire du 11 mars, c’est en grande partie au sein du MFA, dont le prestige acquis le 25 avril reste très important tout au long de l’année 1975, que vont se nouer les contradictions sociales et politiques ayant émergé du processus révolution- naire, et que va se poser la question du pouvoir. En effet, le MFA prétend à la direction du processus et s’institutionnalise en mars à travers la création du Conseil de la Révolution.

Sous la pression des travailleurs, le Conseil des ministres décide une réforme agraire très partielle

Et décrète, de mars à août, une série de nationalisations dans des secteurs clés de l’économie portugaise (banques, assurances, électricité, transports, sidérurgie, compagnies pétrolières, tabacs, cimenteries, etc.), sans que soient toutefois posées les questions décisives, du point de vue révolutionnaire, de l’indemnisation des anciens propriétaires et du contrôle des travailleurs sur la gestion des entreprises nationalisées.

Le putsch des 25 et 26 novembre 1975, mené par les fractions de droite et d’extrême-droite de la hiérarchie militaire et du MFA, en liaison avec le PS

Le 12 novembre, une manifestation d’ouvriers du bâtiment encercle l’Assemblée nationale, séquestre les députés durant 36 heures jusqu’à ce que ces derniers accèdent à leurs reven- dications. Le 16 novembre, une manifestation appelée par les commissions et soutenue par le FUR (Front d’unité des révolutionnaires) et le PCP, réunit 100 000 personnes à Lisbonne. La bourgeoisie comprend que seul un coup de force pourrait lui permettre de modifier le rapport de forces en sa faveur, évitant préventivement une éventuelle insurrection populaire.

Sans les atermoiements de la gauche du MFA, qui bénéficiait pourtant d’une large supériorité militaire, et sans le refus du PCP de lancer une contre-offensive ouvrière, le putsch n’aurait sans doute pas abouti ou aurait conduit à une situation de confrontation militaire et politique.

Dès le 25 novembre, l’état de siège est décrété et la publication de la presse interdite, les putschistes occupent quelques points stratégiques mais ne parviennent pas à prendre la caser-ne de la police militaire (dominée par l’extrême-gauche). Plutôt que d’accepter le combat et de lancer leurs forces dans l’action, les leaders de la gauche du MFA se rendent au palais prési-dentiel pour négocier leur propre reddition. La révolution portugaise ne se relèvera pas d’un tel coup d’arrêt : la bourgeoisie reprend confiance dans ses propres forces, s’appuyant sur le PS pour assurer la normalisation et en finir avec les embryons de pouvoir populaire qui avaient émergé.

Les commissions de base (et les partis d’extrême-gauche) étaient trop faibles pour faire ce que le PCP ne voulait pas faire

A savoir résister à une offensive visant à rétablir l’autorité pleine et entière de l’État, mais trop développées pour ne pas effrayer la bourgeoisie, les partis de la gauche réformiste (PS et PCP) et la gauche du MFA, cette dernière restant attachée à la hiérarchie militaire et s’opposant frontalement à tout mouvement d’organisation des soldats.

La régression qui suivra les journées décisives de novembre 1975 sera aussi rapide que profonde.

Non seulement les acquis de la révolution sont remis en cause, mais la droite revient au pouvoir dès 1979 en la personne de Sa Carneiro, qui s’était distingué avant la révolution par son appartenance au parti unique, ce qui lui avait valu d’être élu député sous Caetano. Pire, le général Spinola est réhabilité dès 1978, élevé au titre de maréchal et nommé président de la commission chargée d’organiser la commémoration officielle du 10ème anni- versaire de la révolution des œillets.

A l’opposé, celui qui dirigea la mobilisation militaire du 25 avril 1974, Otelo de Carvalho

fut condamné en 1987 à 15 ans de prison pour sa participation supposée à une organisation clandestine armée (les Forces populaires du 25 avril). Les destins croisés de ces deux personnages marquants de la Révolution portugaise suffisent à illustrer l’ampleur de la réaction thermidorienne qui succéda au putsch du 26 novembre 1975. (Résumé)

Ugo Palheta 25 avril 2014

https://www.contretemps.eu/

Lire aussi:

25 avril 1974 : il y a 44 ans, les travailleurs portugais prenaient leurs affaires en main (RP)

Pour une histoire populaire de la Révolution portugaise. Entretien avec Raquel Varela (ESSF)

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