Archive | Antimilitarisme

09 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

édito (npa)

npa 29 vertic

Racisme : de l’air, ouvrons les frontières !

Ces derniers jours ont été (une fois de plus) marqués par le racisme décomplexé de l’extrême droite à l’Assemblée nationale, suivi des premiers débats nauséabonds autour du nouveau projet de loi sur l’immigration…

La Méditerranée est toujours un cimetière

Alors que le député de la Nupes Carlos Martens Bilongo interpellait le gouvernement sur la situation inhumaine des migrantEs en Méditerranée – rappelant le chiffre de 3231 morts l’année passée –, il s’est fait interrompre par un député du Rassemblement national, Grégoire de Fournas, qui a hurlé : « Qu’il(s) retourne(nt) en Afrique ! »

Des propos intolérables, qu’ils aient été prononcés à destination du député ou qu’ils visent l’ensemble des migrantEs qui tentent de traverser la Méditerranée au péril de leur vie. Des propos révélateurs de la véritable nature du RN et de son projet : le racisme et la violence.

Tout le symbole du programme liberticide et meurtrier de l’extrême droite : augmenter la répression contre les migrantEs et contre celles et ceux qui les aident, mais aussi contre toutes celles et ceux qui se mobilisent en général.

Les navires humanitaires qui naviguent en Méditerranée ont secouru près de mille migrantEs fin octobre. Deux d’entre eux sont depuis bloqués en mer parce que les pays européens n’ouvrent pas leurs ports et se renvoient la balle.

L’Italie de Georgia Meloni, l’extrême droite « post-fasciste », refuse de laisser accoster les bateaux, y compris contre le droit international. Cette situation permet à la France et à l’hypocrite Darmanin, mais également à la Norvège, à l’Allemagne et nombreux autres pays de leur donner des leçons de droits humains tout en ne faisant rien.

Se mobiliser contre un projet de loi raciste

Le gouvernement et son réactionnaire ministre de l’Intérieur viennent de présenter leur projet de loi sur l’immigration. Un projet raciste qui, tout en précarisant administrativement encore plus les travailleurEs étrangers, renforce le cadre répressif des reconduites à la frontière.

Avec son projet, Macron pratique son « en même temps » : de droite et d’extrême droite ! Et Darmanin se répand en sorties racistes dans les médias, notamment autour d’une délinquance prétendument provoquée par l’immigration. La solution à tous les problèmes serait ainsi,selon lui, l’expulsion des migrantEs, par le renforcement des OQTF (obligation de quitter le territoire français).

Darmanin parle aussi du pourcentage de la population que cette immigration représenterait dans la population française, jouant ainsi avec le mythe du « grand remplacement »…

Ce projet de loi contient pour partie les mêmes éléments que les lois précédentes, venues de pouvoirs de droite comme de gauche : la volonté de limiter l’immigration, d’imposer toujours plus de critères (comme un examen de français préalable à la délivrance d’un permis de séjour), de limiter toujours plus l’immigration dite familiale, et de sélectionner la « bonne immigration » qui serait celle du travail…

Au centre du projet se trouve aussi la création d’un titre de séjour au rabais, pour les « métiers en tension » : un permis de séjour (aux critères modifiables à la discrétion des gouvernements) uniquement réservé aux métiers les plus durs et les plus précaires, où d’ailleurs les sans-papierEs sont déjà pléthore…

Pour Macron, Darmanin et l’ensemble du gouvernement, le meilleur rempart contre le RN et les idées d’extrême droite serait donc de mettre en œuvre une bonne partie de son programme ! Au contraire, les idées racistes et nauséabondes et les politiques migratoires mortifères doivent être combattues à tous les niveaux. Contre l’Europe des capitalistes et des barbelés, revendiquons l’ouverture des frontières et l’accueil inconditionnel de toutes et tous. Imposons par notre mobilisation la régularisation des sans-papierEs.

Mardi 8 novembre 2022

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09 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

callac (le poher)

callac (le poher) dans Altermondialisme

Communiqué : la CGT Guingamp soutient le journaliste du Poher agressé à Callac

« L’ union locale CGT de Guingamp apporte son soutien au journaliste de « Poher Hebdo » agressé samedi à Callac alors qu’il couvrait dans l’exercice de sa fonction le rassemblement de l’extrême droite.

La CGT considère la liberté de la presse comme un acquis fondamental et la libre expression des journalistes, tant envers leurs comités de rédaction qu’à travers les événements dont ils rendent compte, nécessaire aux confrontations démocratiques.

Nous exprimons donc toute notre sympathie à Erwan.

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UL CGT Guingamp

L’Hebdo du Centre Bretagne.

https://www.lepoher.fr

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07 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

brest manif samedi 12

ukrainz

 

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05 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

callac (lt)

Réfugiés à Callac : une manifestation sous haute tension

Opposées au projet d’accueil de réfugiés Horizon, environ 450 personnes ont manifesté, ce samedi, à Callac (22). En face, une contre-manifestation a réuni près de 500 personnes. Vers 15 h 30, des échauffourées ont éclaté.

Aux abords de Callac, 200 gendarmes étaient fortement mobilisés, ce samedi, en vue de cette manifestation. Les militaires ont ainsi contrôlé les identités et les véhicules de toutes les personnes qui arrivaient sur la commune costarmoricaine.

Démarrée à 14 h 30, la manifestation a rassemblé les opposants de l’accueil de réfugiés, d’un côté, et les défenseurs du projet, de l’autre. Si un tract indiquait que 70 familles de réfugiés seront accueillies sur la commune costarmoricaine, le préfet des Côtes-d’Armor, Stéphane Rouvé, évoquait, lui, deux familles originaires d’Afrique qui arriveraient d’ici la fin de l’année.

Devant la mairie de Callac, ils étaient ainsi 450 opposants au projet Horizon, dont des nationalistes des Jeunesses angevines et vendéennes. Président d’Alternative France, Gilbert Collard a également effectué le déplacement. Une demande de rendez-vous en mairie a été refusée par le maire de Callac, Jean-Yves Rolland.

À 800 mètres de là, une contre-manifestation s’était également installée sous la banderole « BZH ouverte et solidaire ». Parmi les 500 personnes présentes, de nombreux élus, dont la sénatrice Annie Le Houerou, ainsi que des antifascistes, des militants de la CGT, du PCF, de Solidaires, de la France Insoumise…

Rapidement, une centaine de défenseurs du projet, notamment des « antifascistes », munis de fumigènes, ont pris la direction de la place de la mairie. Vers 15 h 30, des projectiles ont été lancés contre les forces de l’ordre, lesquelles ont répliqué par des jets de gaz lacrymogène. Une heure plus tard, la tension est descendue d’un cran et les manifestants ont commencé à se disperser.

05 novembre 2022

https://www.letelegramme.fr/

Lire aussi:

Samedi tendu à Callac (Le Poher)

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02 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

brésil (aplutsoc-cr-psl)

bresil

Brésil, note rapide sur les élections.

La réélection de Jair Bolsonaro aurait constitué une défaite des opprimés et des exploités. C’est en ce sens que la victoire de Lula est leur victoire.

Lula est donc gagnant avec seulement 50,9% des voix, Bolsonaro en a donc 49,1%, avec 20,6% d’abstentions et 4% de blancs et nuls. Le caractère serré du résultat est bien entendu une donnée fondamentale. « Droitisation durable » de la société, comme il est souvent convenu de le dire ?

Bolsonaro a été, à la base de la société, le candidat choisi par les classes dominantes et par l’appareil d’Etat, et il a eu les voix des classes dites « moyennes », victimes de la crise économique depuis 2008 et engagées dans les mouvements anti-corruption du début des années 2010, ainsi que des voix populaires drainées par les églises évangéliques.

Lula est historiquement le fondateur et leader du Pari des Travailleurs, le PT ; mais ses 16 années de pouvoir ont sapé la base initiale, industrielle et salariée, du PT dans les grandes villes du Sud comme Sao Paulo. Le vote Lula et le vote PT sont largement décrochés l’un de l’autre, et si Lula est élu, c’est grâce au vote massif des Etats pauvres, ruraux et catholiques du Nordeste, auquel s’ajoute la réaction anti-Bolsonaro d’un électorat sans grandes illusions sur Lula, dans tout le pays.

Plutôt que de spéculer sur la « droitisation » du pays ou la « modernisation » de ce qui fut sa gauche, mieux vaut prendre les réalités dans leur dynamique – celle des affrontements sociaux. Or, la manière dont s’est déroulé le scrutin lui-même et ce qui se passe depuis est, pour cela, décisive.

Les rumeurs de coup d’État ont balayé le pays le jour du scrutin. La Police fédérale et la Police fédérale autoroutière ont multiplié les opérations et les provocations, allant jusqu’à des violences graves dans le Nordeste, pour intimider l’électorat de Lula, empêcher des centaines de milliers d’électeurs de se rendre aux bureaux de votes souvent éloignés de leurs domiciles, en créant des bouchons et soit en supprimant, soit en perturbant gravement sa mise en œuvre, la gratuité des transports en commun qui est coutumière les jours d’élections dans les régions pauvres et les grandes banlieues.

Et, depuis l’annonce des résultats, les « camionneurs », c’est-à-dire les patrons des entreprises de transports aidés d’une partie de leur personnel, d’hommes de main et de policiers, continuent à bloquer des centaines d’axes routiers dans tout le pays. Bolsonaro n’a fait aucune déclaration pendant deux jours pour finalement dire qu’il « autorise la transition » (sic !), sans reconnaître explicitement la victoire de Lula.

Très clairement, nous assistons à une version « décentralisée », et plus rapide, de la tentative de coup d’État de Trump au Capitole. Le coup d’État trumpiste cependant, était battu d’avance car le rapport de force lui était beaucoup moins favorable en raison, tout d’abord, de la vague de manifestations ayant suivi l’assassinat policier de Georges Floyd, depuis des mois, et des menaces de grèves en cas de coup de force, et, en conséquence, de l’écart en voix beaucoup plus important qui le séparait de Joe Biden, lequel ne résultait donc pas des mérites propres de Biden et du Parti démocrate.

Un pronostic est toujours risqué mais le golpe dispersé des bolsonaristes a sans doute de fortes chances d’échouer (d’où la déclaration prudente de Bolsonaro), mais non en raison des appels de Lula à l’unité nationale et à s’en remettre à la police qui a elle-même été la force ayant initié les opérations factieuses, mais parce qu’il apparaît que si un coup d’Etat se dessinait vraiment, alors les forces sociales qui ont besoin de démocratie, paysans, ouvriers, jeunesse, se réveilleraient et se dresseraient, comme, et plus encore, elles s’étaient dressées aux Etats-Unis, mais ici avant le scrutin.

Et ce faisant, on peut parier qu’elles regrouperaient autour d’elles une grande partie des larges masses pauvres aliénées et déboussolées qui ont voté Bolsonaro, car la force sociale commencerait à redessiner une perspective.

La politique de Lula n’est pas orientée vers cela. Au sommet, les principaux partis bourgeois sont avec lui et il n’envisage en rien de former un gouvernement « de gauche », pour ne pas parler d’un gouvernement structuré par le PT, mais un gouvernement d’union nationale.

Cette union nationale qu’il veut mettre en place pour la passation de pouvoir en janvier 2023, il l’anticipe par une sorte d’union sacrée internationale allant de Biden à Poutine en passant par Macron, faisant mine de célébrer son élection comme si elle venait de sauver la planète, ce qui est totalement illusoire même pour l’Amazonie.

Dans le cadre de ses positions de gouvernement pour le capital et d’union nationale avec les classes dominantes brésiliennes et internationales, se situent d’ailleurs ses positions pro-impérialistes, c’est-à-dire pro-russes, contre l’Ukraine, analogues à celles de Bolsonaro.

De quoi ont besoin les déshérités, les paysans, les sans-terres, les ouvriers, les jeunes, les Indiens, les femmes … au Brésil ? D’indépendance, d’indépendance envers Lula et toutes les forces politiques, églises comprises, qui leurs chantent la petite musique de l’union et de l’inaction.

Bolsonaro menace encore : c’est leur action indépendante qui est nécessaire. La police est complice des bolsonaristes bloqueurs de routes. La meilleure chose qui puisse arriver, tout de suite, serait que des secteurs populaires confirment la défaite de Bolsonaro en les affrontant, pour exiger ensuite leur dû : échelle mobile des salaires et d’un revenu minima pour les miséreux, démocratie à tous les niveaux, préservation de l’Amazonie.

Mais la réalité incontournable, c’est que le plus petit pas en ce sens requiert de poser la question de l’État, c’est-à-dire, au Brésil comme au Chili, la question de la police et de l’armée qui doivent être démantelées.

1 novembre 2022 aplutsoc

https://aplutsoc.org/

Lire aussi:

Brésil : la victoire de la gauche a-t-elle évité le pire ?

Élections au Brésil. Bolsonaro battu !

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02 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

rroms (presse de gauche)

roms

Les Rroms choisissent de rester en Ukraine

Nous essayons constamment d’évaluer la situation concernant la situation des Rroms, et selon nos dernières recherches, nous avons vu que 75% des Rroms ont été déplacés selon ceux que nous avons interrogés, et c’est plus d’un millier de personnes, veulent toujours rester chez elles.

Environ 100 000 Rroms au total, selon nos estimations, ont été contraints de quitter leur foyer. Environ 50 000 personnes sont parties à l’étranger, mais au cours des derniers mois, nous avons constaté une tendance au retour. Les gens rentrent parce qu’ils ne trouvent pas d’abri adéquat dans les pays d’Europe de l’Est et font face à des préjugés. Prenons, par exemple, la région de Kharkiv. Presque toutes les familles rroms ont quitté la ville de Merefa, dans la région de Kharkiv. Nous savons que, malheureusement, beaucoup de Rroms ont quitté le Donbass, mais la plupart des familles sont restées dans la région de Louhansk. Beaucoup de gens ont également quitté Kherson – les hommes sont restés à la maison et les femmes sont parties avec les enfants. En général, tous ceux qui ont eu l’occasion de partir ont essayé de le faire.

Les personnes sans passeport

Le problème du manque de papiers chez les Rroms est très aigu. Nous avons déjà mentionné qu’environ 30 000 Rroms vivent en Ukraine sans papiers, en situation d’apatridie possible. Maintenant, cela a eu un grand impact sur la capacité de se déplacer et de recevoir une aide humanitaire. Nous avons enregistré de nombreux cas où des personnes, en raison de problèmes de documents, ont rencontré des difficultés pour se déplacer même à l’intérieur du pays, notamment en raison des contrôles supplémentaires.

La question du franchissement de la frontière était également assez compliquée : par exemple, il y avait une situation ambiguë quant à savoir s’il était possible de partir sans passeport ou non. Maintenant, nous savons que sur le territoire de la Pologne, il y a aussi des gens qui sont partis sans papiers. Parmi eux se trouvent des Rroms. Bien sûr, la procédure de sortie elle-même était compliquée et de nombreuses personnes étaient refusées si elles n’avaient pas de passeport. Il y avait différentes pratiques à différents points de contrôle. À certains moments, une personne sans papiers pouvait partir, à d’autres non. De telles pratiques, malheureusement, se sont produites, et cette dichotomie n’a pas contribué à un franchissement facile des frontières.

Discrimination

Bien sûr, parmi ceux qui sont partis à l’étranger, il y en a qui ont subi des préjugés en tant que Rroms, alors les Ukrainiens n’en subissaient pas. Cela était particulièrement vrai pour les personnes qui se trouvaient sur le territoire de la République tchèque et de la Hongrie – dire que les dirigeants de ces pays ont une attitude peu tolérante envers les Rroms est un euphémisme.

Il y a eu des cas où même des femmes avec des enfants ont simplement été hébergées temporairement dans des prisons – oui dans des locaux qui servaient auparavant à garder des personnes purgeant des peines. Ces femmes sont ensuite retournées en Ukraine, car elles ne pouvaient tout simplement pas tolérer un tel traitement. Il est difficile pour les migrants d’accepter cette situation – beaucoup de nos partenaires rroms des pays voisins nous disent que l’attitude envers les Rroms locaux est différente de celle qui existe envers les migrants venant d’Ukraine. Parce que ce stéréotype discriminant contre les Rroms existe de toute façon, et peut-être qu’ils s’y sont habitués. Et puis les gens n’ont parfois aucune connaissance de la situation des Rroms en Ukraine.

Combattants

De nombreux Rroms combattent désormais dans les forces armées ukrainiennes et dans d’autres formations militaires. Pour être honnête, nous-mêmes ne nous attendions même pas à ce qu’il y ait beaucoup de volontaires qui partiraient pour défendre le pays. La situation dans laquelle se trouvent les familles des personnes qui défendent le pays est également très importante. Ces deux problématiques sont liées : on essaie d’accompagner les épouses de militaires avec des colis alimentaires ou via un réseau de médiateurs rroms. Il s’agit également d’une assistance pour l’obtention de documents personnels, de consultations, etc., et en menant un travail bien coordonné avec les centres d’assistance gratuite, qui apportent également une assistance juridique aux familles déplacées.

Les Rroms dans les forces armées ukrainiennes sont aujourd’hui l’occasion pour nous de montrer notre solidarité avec l’ensemble de la société et de montrer qui sont les vrais patriotes. Depuis le début de la guerre en 2014 et jusqu’au 24 février de cette année, le concept de « patriotisme » a été maintes fois discuté. Malheureusement, au cours de ces dernières huit années, certains groupes de la société ont, dans une certaine mesure, monopolisé le récit du patriotisme.

Aujourd’hui, nous voyons des Rroms, des Arméniens, des Tatars de Crimée, des Juifs et d’autres nationalités défendre notre pays. Cela montre vraiment le contexte réel de la guerre. C’est une résistance, une volonté de se protéger. Et les Rroms, comme toutes les personnes actives et bien- veillantes de notre pays, contribuent à la préservation de notre intégrité

Julian Kondur 1 novembre 2022
Coordinateur de l’organisation internationale Roma Women’s Fund Chirikli.

[1] Voir également le dossier « Les Rroms d’Ukraine » dans le volume 9 de Soutien à l’Ukraine résistante.

Publié par HB LIFE, 8 septembre 2022
Traduction Patrick Le Tréhondat
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https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com

https://www.pressegauche.org/

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31 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

fnl 2 (psl)

algerie

Dans la première partie de cette série, nous avons retracé la conquête coloniale de l’Algérie par la France et l’éveil de l’aspiration à l’indépendance portée par le mouvement national algérien.

En 1945 l’oppression coloniale rime cependant toujours avec la misère. Pour la période 1950-1954, l’espérance de vie à la naissance de la population algérienne musulmane est la moitié de celle de la population européenne.

De son côté le mouvement nationaliste (MNA) est en crise: son dirigeant, Messali Hadj, assigné à résidence et isolé de la masse des militants, veut devenir président à vie alors que les membres de son Comité central s’y opposent.

1er novembre 1954

En mai 1954 la défaite de l’armée française à Diên Biên Phu (Indochine) encourage les nationalistes algériens à passer à l ‘action. Pour sortir de l’immobilisme, une poignée de cadres nationalistes lance une insurrection le 1er novembre 1954 au nom du FLN (Front de Libération Nationale). Ce jour-là une vague d’attentats frappe tout le territoire algérien (casernes, entrepôts, dépôts de carburant) et fait une demi-douzaine de morts (militaires, policiers, mais aussi civils).

Les autorités françaises (2) lancent la police et l’armée aux trousses du FLN. François Mitterrand, ministre de l’Intérieur, déclare : « La seule négociation, c’est la guerre! ». Le Parti Communiste Français déclare vouloir « la paix », c’est-à-dire le statu quo. Le Parti Communiste algérien s’aligne sur le PCF.

Alors que sur le terrain le FLN multiplie les attentats, en France métropolitaine militants du FLN et partisans de Messali s’entretuent pour le contrôle des cotisations collectées auprès des ouvriers algériens et destinées au financement des maquis.

Une guerre coloniale barbare

Sur le terrain les combattants algériens installés dans les zones montagneuses (Aurès, Kabylie) passent de 500 à 15.000. L’armée française envoie 100.000 soldats(3) dans les Aurès : à la fois des régiments de parachutistes entraînés à la guérilla et des centaines de milliers de rappelés réquisitionnés contre leur gré. Des mouvements spontanés de protestation éclatent chez les rappelés mais ils restent isolés car non soutenus par le mouvement ouvrier. En 1956, socialistes et communistes votent les pouvoirs spéciaux au gouvernement.

Certaines unités de l’armée française – et en particulier les parachutistes – vont se comporter en Algérie à l’image des divisions SS en Europe de l’Est dans les années 40 : ratissages de populations civiles, tortures, exécutions sommaires, bombardements de villages au napalm ou au canon. En 1957, lors de la bataille d’Alger, le pouvoir effectif et remis aux mains des parachutistes sous les ordres du général Massu.

Porteurs de valises

En Europe des réseaux clandestins de soutien au FLN voient le jour. Composés de militants pacifistes, anarchistes ou trotskystes (du PCI blog), appelés « porteurs de valises », ils transportent au-delà des frontières des valises bourrées de billets de banque, fruit de la collecte des cotisations par les militants du FLN en France.

En Belgique, ce réseau est notamment animé par Pierre Legrève, militant de la Quatrième Internationale. En plus de l’activité publique de soutien à la lutte des Algériens (notamment un meeting à Bruxelles avec Jean-Paul Sartre, devant 7.000 personnes) il organise le passage clandestin de frontières et l’hébergement de militants du FLN.(4)

30/10/22 Par Guy Van Sinoy

https://fr.socialisme.be/

1) Voir Lutte socialiste de septembre 2022
2) La France vit alors sous le régime de la 4è République.
3) Au total 1.400.000 militaires français, dont 1.100.000 d’appelés, seront envoyés en Algérie pour y combattre.
4) La suite de cet article paraîtra dans le numéro de novembre 2022 de Lutte socialiste.

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28 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

nord de l’irlande (pùblico of)

ireland

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Le gouvernement britannique convoque des élections anticipées en Irlande du Nord

La date éventuelle des élections sera connue la semaine prochaine, mais elles pourraient se tenir le 15 décembre.

Le ministre britannique chargé de l’Irlande du Nord, Chris Heaton-Harris, a annoncé vendredi qu’il allait convoquer des élections régionales anticipées dans la région. Les divergences sur le protocole de Brexit ont empêché jusqu’à présent les partis régionaux de parvenir à un accord pour rétablir le gouvernement de partage du pouvoir. La date éventuelle des élections sera connue la semaine prochaine, mais elles pourraient se tenir le 15 décembre.

La tentative de jeudi de rétablir l’exécutif d’Irlande du Nord était la dernière en date. Les nationalistes et les unionistes ne sont pas parvenus à un accord permettant de combler les différences sur le protocole du Brexit, et la province devra donc retourner aux urnes.

L’Assemblée de Belfast s’est réunie sans succès pour la quatrième fois afin d’élire d’abord le président et ensuite l’exécutif décentralisé, qui est suspendu depuis février dernier. Le veto du parti unioniste démocratique (DUP très à droite blog) pro-britannique a empêché l’élection du président du Parlement et a automatiquement suspendu la nomination des candidats aux postes de ministre en chef et de ministre en chef adjoint, qui reviennent respectivement au Sinn Féin républicain et au DUP, selon les résultats des élections de mai.

Le chef du DUP, Jeffrey Donaldson, a insisté jeudi sur le fait que son parti ne changera pas de position tant que le protocole de Brexit ne sera pas « mis au rebut ». Cet instrument, a-t-il dit, a porté atteinte à « notre économie » et a modifié le « statut constitutionnel » de l’Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni « sans notre consentement ».

La vice-présidente du Sinn Féin, Michelle O’Neill, a accusé Donaldson et le DUP de « vivre en confrontation constante avec le public », avec « une majorité qu’ils ne représentent pas ». « C’est un désastre et un manque de leadership de sa part et de celle de son parti », a déclaré M. O’Neill jeudi.

madrid 28/10/2022

https://www.publico.es/

Socialist Democracy Ireland

Nouvelles élections en Irlande du Nord pour sortir de l’impasse politique sur fond de Brexit (of)

Incapables de se mettre d’accord depuis des mois avec les pro-Irlande du Sinn Fein pour gouverner, les unionistes du DUP ont bloqué jeudi soir la formation d’un gouvernement dans la province britannique. Conséquence : les Nord-Irlandais vont devoir revoter à la mi-décembre.

L’Irlande du Nord va connaître des élections anticipées à la mi-décembre, après l’échec jeudi d’une réunion de la dernière chance des élus nord-irlandais qui n’a pas permis de sortir de l’impasse politique.

Alors que la paix règne dans cette province britannique depuis les accords du Vendredi saint en 1998, le blocage politique est en partie liée au statut post-Brexit de la province. On vous aide à comprendre pourquoi en quatre questions.

Qu’est-ce qui bloque pour la formation d’un gouvernement nord-irlandais ?

Le parti unioniste DUP, pro-Londres et opposé aux dispositions post-Brexit concernant l’Irlande du Nord, refuse de participer à l’assemblée locale, malgré les pressions de Londres qui vient de connaître trois Premiers ministres en quelques mois et aimerait retirer ce caillou de sa chaussure.

Le boycott du DUP (d’extrême droite) empêche la formation d’un exécutif qui doit être partagé, selon les accords de paix, avec les républicains du Sinn Fein pro-rattachement à l’Irlande. C’était ce parti qui avait gagné les précédentes élections locales en mai. Faute de gouvernement, c’est Londres qui gère les affaires courantes.

En quoi la frontière douanière en mer d’Irlande inquiète le DUP ?

Les unionistes veulent maintenir l’Irlande du Nord dans le Royaume-Uni et sont furieux de l’accord post-Brexit trouvé par l’ancien Premier ministre Boris Johnson et l’Union européenne. Pour éviter le retour d’une frontière physique entre Irlande et Irlande du Nord, qui provoquerait un retour des tensions armées, ( c’est à dire d’attaques des protestants contre les catholiques blog) la province britannique a un statut douanier particulier.

Les contrôles douaniers ont lieu en mer d’Irlande, avant leur arrivée sur l’île, à la grande fureur des unionistes qui s’estiment détachés de la mère patrie britannique. Mais le DUP ne propose pas non plus d’alternative pour permettre la circulation des marchandises sur les routes qui franchissent en de multiples points la frontière avec l’Irlande.

Quelle est la position de Rishi Sunak sur le protocole irlandais ?

Londres veut revenir sur sa signature de l’accord avec l’Union européenne et a prolongé la phase de transition unilatéralement. La Commission a déjà fait savoir qu’elle n’accepterait que des aménagements mineurs. Hors de question de créer une faille irlandaise dans le marché intérieur européen avec des produits non conformes aux règles européennes qui passeraient par la frontière britannique.

Boris Johnson et ses successeurs à Downing Street soutiennent un projet de loi modifiant unilatéralement le protocole, un casus belli pour les Européens. Confronté à cette crise dès sa première semaine au pouvoir, le nouveau Premier ministre britannique Rishi Sunak a assuré préférer une solution négociée​, mais n’a pas pour autant retiré le projet de loi et reste flou sur ses propositions pratiques.

Qui sont les favoris des prochaines élections ?

La défaite du DUP face au Sinn Fein aux dernières élections a été un séisme politique dans la province britannique, créée au départ pour les protestants votant massivement pour les unionistes. D’autant plus que les catholiques, plus favorables au Sinn Fein, sont désormais plus nombreux selon un récent recensement.

Ce n’était pour autant pas sur la question du Brexit ou du rattachement à l’Irlande que s’était jouée l’élection en faveur du Sinn Fein. Mais sur l’envolée du coût de la vie, les questions sociales et sociétales. Le parti libéral de l’Alliance, qui refuse de se positionner sur les questions constitutionnelles, avait ainsi doublé en mai avec 17 élus son score grâce au vote de ceux qui en ont assez des crises politiques sans fin.

Fabien CAZENAVE. 28/10/2022

https://www.ouest-france.fr/

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26 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

russie (solidarités)

Manifestantes tenant des pancartes contre la guerre en Ukraine

Manifestation contre la guerre et contre la mobilisation organisée par Future Russia, association de Russes de Suisse. Zurich, 23 septembre 2022.
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Mobilisation des pauvres: la classe l’emporte sur l’ethnie

Poutine a annoncé une mobilisation «partielle», bien que la loi ne prévoie pas un tel concept, ce qui donne carte blanche aux autorités. Lors de cette première vague, 300 000 réservistes doivent être appelés, ce qui constitue une perte d’environ 0,5 % de la main d’œuvre sur le marché du travail. Depuis le début de la guerre, le chef de l’État assurait pourtant aux femmes que les civils ne seraient pas enrôlés

Quelques jours avant l’annonce de la mobilisation dite « partielle », les médias d’État ont prétendu que depuis février, « seulement » six mille soldats russes ont héroïquement perdu leurs vies, que tout se déroulait comme prévu et que l’ennemi serait bientôt vaincu. Pourquoi, alors, le milliardaire Prigojine fait-il des tournées des prisons pour y recruter des criminels pour son groupe Wagner ? Pourquoi mobiliser des centaines de milliers de civils sans expérience ? De toute évidence, les autorités tentent de résoudre leurs échecs politiques, diplomatiques, militaires et économiques aux dépens du sang des ouvrier·e·s.

L’État ne vous doit rien

Après la guerre avec la Géorgie en 2008, la réforme militaire visait à passer de l’armée de mobilisation du modèle soviétique à l’armée de réaction rapide, en réduisant progressivement le nombre de conscrits et en augmentant le nombre de soldats sous contrat. Aujourd’hui, l’armée compte plus de militaires sous contrat que de conscrits, soit 400 000. Mais pourquoi un tel manque d’engagement ? N’est-ce pas parce que, depuis trente ans, l’État se désengage de plus en plus de ses obligations, déclarant « ne rien devoir » ? Pourquoi ne pas contraindre les 4,5 millions d’agents de forces de sécurité à accomplir leur devoir envers la patrie ?

Cependant, il y a ceux qui acceptent d’aller se battre en Ukraine. Provenant des régions pauvres, précaires et subventionnées où les salaires sont bas (les autorités attirent avec des avantages pour les militaires, des paiements qui peuvent être dépensés en règlement des hypothèques et des prêts) et où l’armée est la seule mobilité ascendante : les républiques de Daghestan, Sakha-Yakoutie (Nord-Est de la Sibérie), la Bouriatie (à la frontière mongolienne), la Tchouvachie et la Crimée. Ce sont de ces mêmes républiques d’où sont partis en février les soldats sous contrat.

À leur arrivée à l’unité militaire, les soldats découvrent qu’ils doivent se munir eux-mêmes de fournitures médicales et de certains équipements (sacs de couchage, sous-vêtement thermique, sacs à dos, bottes), dont le coût total pouvait atteindre plusieurs centaines de dollars. Des vidéos circulant sur Telegram montrent des conscrits, qui n’avaient jamais tenu d’armes, être envoyés au front après quelques jours d’entraînement seulement !

Même dans les milieux pro-­gouvernementaux (à l’instar du militaire Igor Guirkine), on commence à se rendre compte que la Russie ne dispose pas d’une prépondérance d’équipements et d’armements. Tout d’un coup, il s’est avéré que pour produire des armements, pour avoir des soldats motivés, il faut une certaine base économique et industrielle, ce qu’on détruisait avec détermination au cours des trente dernières décennies. La Russie de Poutine n’a pas les ressources qui pourraient assurer la victoire militaire ni l’infrastructure économique que les travailleurs·euses seraient intéressé·es à défendre.

Résistance

Le fait de ne pas se présenter au bureau de recrutement expose à une amende, mais le plus souvent n’entraîne rien. De graves sanctions pénales ne sont réservées qu’aux déserteurs. C’est pourquoi au moins 300 000 personnes en ont profité pour partir au Kazakhstan, en Géorgie et en Finlande, les autorités laissent partir toutes et tous les dissident·e·s potentiel·le·s.

Il existe des dizaines de canaux d’aide et d’ONG sur l’application de messagerie instantanée Telegram, qui assistent les personnes à échapper au service militaire ou à partir à l’étranger.  Les militant·e·s des droits des peuples ethniquement non-russes affirment que la corrélation est celle de classe plutôt que celle d’ethnie. Car celles et ceux qui quittent le pays sont aussi celles et ceux qui disposent de moyens pour partir, la « classe moyenne ».

En même temps, on voit une réaction plus proactive à la mobilisation, les activistes sont descendu·e·s dans les rues des deux capitales, bien que le nombre de manifestant·e·s ne soit pas relativement impressionnant. Le chiffre total de personnes détenues pendant les manifes-tations contre la mobilisation, du 21 au 26 septembre, s’élève à 2 500 personnes. Les manifestations anti-guerre au Daghestan et en Bouriatie étaient particulièrement marquantes, avec une forte voire violente participation des femmes. Il existe aussi une résistance plus radicale, coordonnée à travers Telegram : sabotage des chemins de fer et incendie des bureaux de recrutement.

Tout se déroule «comme prévu »

Parmi les factions de l’establishment du Kremlin, nous pouvons déjà observer les contours d’une lutte interne pour une Russie post-Poutine. Ainsi, ces dernières (Kadyrov, Prigojine, entre autres) essaient de rendre les militaires les boucs émissaires et les responsables de l’échec du Blitz-krieg et de la situation de crise afin de les écarter plus tard. Depuis le début de la guerre, on a vu le départ de milliardaires (Iouri Milner, Anatoly Tchoubaïs) qui ne sont pas d’accord avec la ligne de Poutine de rupture radicale avec l’Occident et qui ne veulent pas perdre leurs comptes dans les banques occidentales. Divergences aussi sur la nécessité d’une annexion rapide des régions occupées.

Bien que les autorités n’aient eu aucun plan stratégie dès le départ, les conséquences sont assez évidentes. Dans tous les cas, le pays va glisser plus loin vers l’autoritarisme, comme en témoignent les récentes arrestations des militants syndicaux Kirill Oukraïntsev et Anton Orlov. Dans une guerre, ce ne sont pas les soldats qui comptent, mais les économies.

Alexandre Bazarov  socialiste russe

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pesticides
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Autodéterminez-vous, sinon on vous tue

Moscou essaie désespérément de maintenir son statut d’empire semi-périphérique et de garder l’Ukraine dans sa périphérie en l’occupant pour l’empêcher de tomber dans les mains du centre occidental d’accumulation capitaliste.

Du 23 au 27 septembre 2022, des soi-disant référendums ont eu lieu à Lougansk et à Donetsk, ainsi que dans les régions occupées de Kherson, Zaporijjia et Mykolaïv sur l’entrée de ces régions dans la Fédération de Russie. La « transparence » du vote était garantie par l’observateur André Chanclu, un militant français d’extrême droite. Les résultats sont, sans surprise, de 87 à 93 % « pour ».

La Chine, l’Iran et la Serbie ont déjà refusé de reconnaître l’annexion de ces territoires par Moscou. La Chine, dont les principaux marchés d’exportation sont les États-Unis et l’Europe, n’est absolument pas prête à rompre ses relations avec eux, sans toutefois condamner la Russie.

Dans la province de Kherson, seules les chaînes de télévision russes fonctionnent et il ne reste que les personnes âgées qui n’ont pas accès à Internet et qui votent comme le leur ont dit les autorités locales collaborationnistes. Les dernières nouvelles sur les rassemblements de masse contre la guerre à Kherson remontent au mois d’avril.

Les autorités russes déclarent qu’après l’entrée formelle des territoires occupés dans la Fédération, la constitution russe s’appliquera à eux, ce qui signifie que l’avancée de l’armée ukrainienne sur eux peut devenir un motif formel de déclaration de guerre.

Selon les analystes politiques russes, le président considère les « référendums » comme une base pour l’utilisation d’armes nucléaires tactiques en Ukraine, ainsi qu’une opportunité de redéployer légalement l’armée russe dans les zones nouvellement annexées. Et si la Crimée fait partie du « monde russe » pour les autorités russes, alors les nouvelles régions ne sont qu’une monnaie d’échange dans les négociations avec l’Occident et un moyen de faire pression pour forcer Zelensky à négocier plus vite. Après tout, après le sabotage du gazoduc Nord Stream, Poutine perd l’un de ses leviers de pression sur l’Europe. En réponse, le jour de l’anniversaire de son homologue russe, Zelensky a appelé à des frappes nucléaires préventives sur la Russie.

Concernant l’autodétermination pacifique en Ukraine, les socialistes comprennent que l’auto-détermination des peuples, jusqu’à leur sécession, doit passer par une votation transparente, en l’absence de toute pression militaire bourgeoise. Le capitalisme est constamment en guerre, et les périodes de stabilité ne sont donc que des trêves temporaires. Si les conditions économiques sont objectives, n’oublions pas le facteur subjectif qui est la résistance des ouvrier·e·s

Alexandre Bazarov  socialiste russe

https://solidarites.ch/

 

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21 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

kurdes (the conversation)

Iran : quand la révolte des femmes accueille d’autres luttes

Depuis un mois maintenant, les manifestations se poursuivent en Iran suite au décès de Mahsa Amini, 22 ans, battue à mort par la police des mœurs le 13 septembre.

Ces protestations, sévèrement réprimées par le régime, portaient initialement sur les droits des femmes. Mais, rapidement, d’autres revendications s’y sont ajoutées. Mieux le comprendre nécessite une approche intersectionnelle, car nous assistons à une convergence des luttes sociales derrière la cause des femmes : celle-ci va de pair avec l’apparition d’une nouvelle génération militante, de nouvelles revendications et de nouvelles formes d’action.

Un soulèvement au nom de la cause des femmes

Lors de la cérémonie de funérailles de Mahsa Amini, plusieurs femmes auraient ôté leur voile scandant le slogan « Jin Jiyan Azadi » (Femme Vie Liberté) afin de protester contre la loi imposant en toutes circonstances le port du hidjab. Très vite, ce slogan a été repris à travers le pays, notamment dans les universités de Téhéran, comme ElmoSanat, et de Tabriz. Ces manifestations ont suscité une réponse violente du régime.

Rappelons que l’obligation du hidjab en tant que question religieuse, politique et idéologique peut être considérée comme le symbole de la politique répressive et inégalitaire mise en œuvre en Iran dès le lendemain de la révolution de 1979 : les femmes font l’objet depuis plus de quarante ans de nombreuses mesures discriminatoires, qui les privent de nombre de leurs droits fondamentaux comme le droit de choisir leurs propres vêtements, le droit égal au divorce et à la garde des enfants, le droit de voyager à l’étranger, le droit d’être présentes dans certains espaces publics (tels les stades de football ou d’autres types de stades sportifs), le droit d’exercer certains métiers ou des postes clés comme président de la République, juge et plusieurs autres postes militaires et religieux

C’est pourquoi des militantes féministes qualifient l’Iran actuel d’apartheid de genre et dénoncent la « ségrégation sexuelle systématique » qui y a cours.

Ces dénonciations ont été récurrentes – et toujours réprimées – tout au long des plus de quarante-trois ans d’existence de la République islamique. À partir de 2017, on assiste à l’émergence de nouvelles formes de protestation (des protestations individuelles), portées par de nouvelles générations d’activistes féministes, et même à la mobilisation de divers groupes marginalisés et des hommes pour la cause des femmes. Le 27 décembre 2017, Vida Movahed brandit un hidjab blanc, attaché au bout d’un bâton. Son geste a un grand impact en Iran et d’autres femmes suivent son exemple dans d’autres villes, jusqu’à aujourd’hui.

L’une des spécificités du mouvement actuel réside dans le fait qu’aux revendications féministes se mêlent aussi des exigences liées à une autre cause, d’ordre cette fois ethnique.

La cause ethnique

L’Iran est un pays pluriethnique dont l’ethnie dominante – c’est-à-dire les Perses, qui occupent plutôt le plateau central du pays – ne représente que 50 % de la population totale. Parmi les autres grands groupes ethnolinguistiques, citons les Turcs azerbaïdjanais (entre 20,6 et 24 %), les Kurdes (entre 7 et 10 %), les Arabes (entre 3 et 3,5 %), les Baloutches (entre 2 et 2,7 %), les Turkmènes (entre 0,6 et 2 %) et les Lors (entre 2 % et 8,8 %)…

Des tensions ethniques importantes existent en Iran au moins depuis le début du 20è siècle, quand a été mise en place une politique assimilationniste qui s’est notamment soldée par une répression violente des minorités ethniques des provinces iraniennes d’Azerbaïdjan, du Kurdistan, du Turkménistan, du Khouzistân et du Baloutchistan. Ces violences reprennent après la Seconde Guerre mondiale, avec l’écrasement de la République autonome d’Azerbaïdjan (juillet 1945 – décembre 1946) et de la république de Mahabad (janvier 1946–décembre 1946) au Kurdistan.

Après la révolution de 1979, ces tensions ont continué de se manifester, particulièrement dans la province iranienne d’Azerbaïdjan et au Khouzistân.

C’est dans ce contexte qu’interviennent les événements dont nous sommes aujourd’hui témoins. Après la médiatisation du décès de Mahsa Amini, qui était kurde, les partis d’opposition kurdes ont appelé les villes du Kurdistan iranien à se mettre en grève générale. Un appel qui a été suivi le 17 septembre par les commerçants et les habitants de Saqqez, ville natale de Mahsa Amini, où des centaines de personnes avaient assisté à ses funérailles, et dans certaines petites et grandes villes de la région.

La minorité azerbaïdjanaise d’Iran a rejoint le mouvement et soutenu les Kurdes avec le slogan « l’Azerbaïdjan s’est réveillé et soutient le Kurdistan ». Ce message de solidarité s’est propagé à d’autres régions et a mobilisé d’autres groupes ethnico-religieux comme les Arabes et les Baloutches.

Ce sont précisément les Baloutches qui ont payé le plus cher leur implication dans cette contestation. Le vendredi 30 septembre, une manifestation pacifique a été organisée par les minorités baloutches à Zahedan, ville de la province du Sistan-Baloutchistan dans le sud-est de l’Iran, en soutien aux Kurdes, mais aussi en protestation contre le viol d’une jeune fille baloutche de 15 ans par un chef de police dans la ville baloutche de Chabahar. La répression a été d’une immense violence : près de 100 personnes auraient trouvé la mort. Un massacre que le régime justifie par la lutte contre le séparatisme.

Nouvelles revendications, nouveaux acteurs

De nouveaux acteurs apparaissent à travers cette révolte, à commencer par une nouvelle génération de militantes féministes avec un nouveau répertoire d’actions et un nouveau discours, et également une nouvelle génération appelée la « génération Z », comme des jeunes lycéens ou collégiens.

À partir de la deuxième semaine, des étudiants et lycéens ont commencé à manifester dans les universités, les lycées et collèges en scandant des slogans. Ce qui a poussé les forces de sécurité à attaquer des lycées lors de la quatrième semaine de manifestations. Lors de l’intervention policière du 13 octobre contre le lycée Shahed dans la ville d’Ardebil, au nord du pays, une lycéenne nommée Esra Panahi a été tuée et plusieurs dizaines de lycéennes ont été blessées et certaines arrêtées, ce qui a déclenché des manifestations dans les villes d’Ardabil et de Tabriz. Plus de 1 700 personnes ont été arrêtées à Tabriz, selon Sina Yousefi, un avocat qui a été lui-même été arrêté par le gouvernement suite à la diffusion de cette information.

De nombreuses femmes écrivains ont également annoncé qu’elles ne publieraient plus de livres sous la tutelle et l’audit du ministère de la Culture et de l’orientation islamique, chargé d’autoriser ou non les productions culturelles. Dans une vidéo mise en ligne le 4 octobre, Mahdieh Ahani, la directrice du magazine Ban, publié à Tabriz, se filmant tête nue, a brûlé son permis de travail devant la caméra tout en dénonçant l’obligation du hidjab et les mesures répressives envers les femmes, la censure et la liberté d’expression. De même, Atekeh Radjabi,une institutrice à Ahmadabad, s’est elle aussi filmée tête nue en déclarant faire la grève.

Les étudiants ont également appelé à la grève dans de nombreuses universités chantant « les étudiants préfèrent la mort à l’humiliation », « Mort à l’oppresseur, qu’il soit roi ou mollah » et « Femme, vie, liberté ». Ils remettent en question d’une manière radicale non seulement les politiques et les lois imposées par le régime, mais aussi les normes et les valeurs culturelles, traditionnelles et religieuses instaurées dans la société iranienne.

Leur contestation ne porte plus seulement sur l’obligation du port du voile : ils vont jusqu’à s’en prendre au régime de la République islamique en tant que tel, et ciblent le guide suprême Ali Khamenei, dont plusieurs photos accrochées dans les espaces publics ou dans les salles de cours, ont été brûlées et déchirées.

Solidarités internationales et situation révolutionnaire

Ces colères, largement diffusées à travers les réseaux sociaux, ont rapidement suscité des messages de solidarité adressés par de nombreuses femmes notamment en Turquie, au Liban, en Syrie et dans divers pays occidentaux, y compris en France.

L’ampleur de la mobilisation est telle qu’il est possible de parler de situation révolutionnaire. Pour la première fois, la cause des femmes n’est pas minimisée au profit des autres luttes et reven-dications, mais se trouve au cœur de cette insurrection, et s’articule aux luttes des minorités nationales, des groupes marginalisés, des classes moyennes et populaires exaspérées par la situation politique et économique, ainsi qu’aux luttes environnementales. C’est ainsi qu’elle conduit à un soulèvement exceptionnel à travers tout le pays, qui semble parti pour durer.

19 octobre 2022 Dorna Javan Doctorante en science politique à IEP de Lyon, Université Lumière Lyon 2

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