Archive | Antimilitarisme

24 mars 2020 ~ 0 Commentaire

état espagnol (le monde)

podemos a

« Beaucoup d’Espagnols sont très critiques et considèrent que le gouvernement s’est réveillé trop tard »

Pascal : Quel est le profil des personnes décédées en Espagne ?

En Espagne, les décès concernent des personnes particulièrement âgées, davantage encore que dans d’autres pays : plus de 65 % ont plus de 80 ans (contre environ 50 % en Italie), 87 % ont plus de 70 ans, 95 % ont plus de 60 ans.

Ben : Certains chiffres montrent que la situation est pire que celle de l’Italie au même stade épidémique. Où sont les principaux foyers de contamination en Espagne ?

Effectivement, la courbe de propagation est encore plus raide, cependant les mesures de confi-nement ayant été prises à un stade moins avancé de l’épidémie, l’Espagne espère aplatir la courbe dans les prochains jours. Les principaux foyers sont Madrid, le Pays basque, la Navarre et la Catalogne.

Finistère : Quelle est la situation dans les différentes provinces, mais aussi aux Baléares et aux Canaries ?

La situation est très hétérogène selon les régions, mais aucune n’est épargnée. Aux Canaries, 557 cas ont été confirmés et 16 décès recensés, et aux Baléares, nous en sommes à 478 cas et 10 décès.

Toulousain : Quelle est la qualité du système de santé espagnol ?

Le système de santé espagnol est bon. Après la crise de 2008, il a souffert des politiques d’austérité évidemment. Cependant, il reste solide et peut compter sur un important réseau d’hôpitaux publics et d’hôpitaux privés, mis à disposition de l’administration régionale depuis l’état d’alerte.

Le problème n’en est pas moins grave. Les pénuries de matériels sont très inquiétantes, des médecins se fabriquent eux-mêmes des blouses dans des sacs-poubelle, essaient de stériliser des masques chirurgicaux à usage unique pour les réutiliser, et il y a de graves carences en nombre de respirateurs artificiels…

El Murcielago : Il semble que les Espagnols ont fait preuve de beaucoup d’insouciance avec les premiers cas sur place. Comment voyez-vous sur place la gestion du gouvernement de coalition ?

Le système de santé a souffert de la crise de 2008 mais a quelque peu récupéré ces dernières années. La légèreté durant le début de l’épidémie est effectivement plus surprenante, et Valence a mis du temps à se rendre compte que les Fallas (fêtes populaires de la mi-mars) devaient être supprimées. Après des erreurs de perception du danger dans un premier temps, qui ont notam-ment eu pour conséquence que les grandes manifestations du 8 mars n’ont pas été supprimées, le gouvernement prend désormais la crise très au sérieux.

Romulo : Le gouvernement espagnol est-il dépassé par les circonstances ?

Le gouvernement espagnol a mobilisé des ressources exceptionnelles pour faire face à la pandémie, avec l’état d’alerte le 14 mars, les mesures de confinement, la mobilisation de l’armée, la recentralisation des pouvoirs afin de mieux gérer la crise, la construction d’un grand hôpital de campagne près de Madrid…

Cependant, il peine à résoudre la question du matériel de protection indispensable aux méde-cins et aux infirmières, et cela est très grave. Près de 4 000 soignants ont été contaminés : c’est énorme. Cela correspond à plus de 12 % des cas confirmés et traduit de graves lacunes dans la gestion de la crise sanitaire, dès le début. Les personnels soignants auraient dû être davantage protégés.

Unequestion : Que pensent les Espagnols de la gestion de la crise par leur gouvernement ?

Beaucoup d’Espagnols sont très critiques et considèrent que le gouvernement s’est réveillé trop tard, a été trop confiant. Les grandes manifestations du 8 mars reviennent en boucle dans ces critiques car le gouvernement non seulement ne les a pas annulés mais il a appelé à y participer, comme l’a fait la vice-première ministre Carmen Calvo. Près de 120 000 personnes étaient dans la rue ce jour-là à Madrid pour la journée des droits des femmes. Mme Calvo est en ce moment hospitalisée pour une infection respiratoire et on attend le résultat des tests…

Ce jour-là, un meeting de l’extrême droite réunissant 9 000 personnes et des dizaines de milliers de personnes dans les stades s’est aussi tenu, alors que l’avancée rapide de l’épidémie était claire. Cela a en quelque sorte discrédité le gouvernement, bien qu’il prenne beaucoup de décisions fortes en ce moment. Plusieurs régions gouvernées par le Parti populaire accusent le gouvernement socialiste de réquisitionner leur matériel…

Cela attise des disputes politiques entre droite et gauche et une certaine division de la société dans un moment où l’unité est particulièrement recherchée. S’y ajoutent les pénuries de matériel sanitaire, très inquiétantes. Beaucoup de gens critiques réclament aussi la paralysie de toute l’économie non essentielle.

Diego : Parle-t-on d’une prolongation de la durée du confinement en Espagne ? Est-ce la même durée pour chaque région autonome ?

C’est la même durée pour toutes, et aujourd’hui en conseil des ministres il va être décidé de prolonger le confinement jusqu’au 11 avril, soit quinze jours de plus.

Hispanophile atterré : Comment expliquez-vous le temps de réaction du gouvernement espagnol au début de mars, et notamment l’absence de mesu-res nationales alors que le nombre de cas dépassait la centaine ? Les auto-nomies ont-elles tenté d’agir plus vite que l’Etat ?

Le gouvernement assure avoir suivi les recommandations des experts depuis le début. Un comité suit l’avancée de la pandémie depuis la fin de janvier, mais jusqu’à l’avalanche de cas dans les hôpitaux madrilènes il n’y a pas eu de réaction forte. Le gouvernement dit qu’alors l’épidémie n’était pas encore qualifiée de pandémie.

Seuls le Pays Basque, La Rioja et Madrid ont pris des mesures avant le gouvernement espagnol en ordonnant la fermeture des classes. La plupart ont traîné les pieds pour faire de même trois jours après, sous la pression du gouvernement.

D’autres ont demandé, un peu plus tard, le confinement de Madrid ou le leur : c’est le cas de la Catalogne et de la Murcie, par exemple. Plusieurs exigent à présent l’arrêt de toutes les activités économiques non essentielles… Les tensions politiques sont importantes en ce moment.

Rey : Comment a été accueillie l’intervention du roi ? Et comment ont été accueillies les révélations sur la « fortune cachée » de son père, Juan Carlos, dans ce contexte ?

Les uns ont apprécié son message apaisant et sa demande d’unité en temps de crise, surtout ceux qui critiquent le gouvernement et préfèrent se raccrocher à cette figure de chef d’Etat plutôt qu’à celui du premier ministre. Beaucoup d’autres ont organisé des « casserolades » des concerts de casseroles, pendant qu’il parlait pour signifier leur colère face à ce scandale financier qui entache la monarchie et leur rejet de la figure du roi.

A 21 heures, dans toute l’Espagne, on a ainsi entendu beaucoup de bruits de casserole, qui contrastent avec les applaudissements que tous les soirs à 20 heures les Espagnols dédient au personnel soignant.

Notre correspondante Sandrine Morel a répondu à vos questions sur la situation en Espagne, deuxième pays le plus touché en Europe. Correspondante du Monde à Madrid, Sandrine Morel estime, dans un tchat avec les internautes, que « les pénuries de matériels dont souffre le système de santé espagnol sont très inquiétantes ». L’Espagne a enregistré, mardi 24 mars, un nouveau record de morts dus au coronavirus en 24 heures avec 514 décès supplémentaires en 24 heures, ce qui porte le bilan total à 2.696. Le nombre total de cas confirmés a, lui, progressé de 20 % et s’approche des 40 000 alors que les autorités multiplient les tests.

Sandrine Morel 24 mars 2020

https://www.lemonde.fr/

Lire aussi:

Paula Farias (Médicos Sin Fronteras): « Intervenimos porque el sistema sanitario en España está colapsando » (El Diario)

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23 mars 2020 ~ 0 Commentaire

vladimir (jdd)

poutine

Coronavirus en Russie

Que cache Vladimir Poutine?

En Russie, le Kremlin affirme maîtriser le risque sanitaire lié au coronavirus mais l’opposition craint que l’opinion soit manipulée.

Fini l’insouciance. Lundi matin, toutes les écoles et universités du pays resteront fermées jusqu’au 12 avril. S’y ajoute la construction d’un hôpital de campagne de 500 lits dans la ­banlieue de Moscou.

« L’état d’alerte a en outre été déclenché dans toutes les régions, souligne Arnaud Dubien, directeur de ­l’Observatoire franco-russe. On commence à ­préparer les esprits à des scénarios plus durs car il n’y a pas de raison que la Russie échappe à la vague du coronavirus. »  »Tout est sous contrôle », disait pourtant encore Vladimir Poutine en début de semaine. Les chiffres officiels de la contamination, à peine 300 pour 145 millions d’habitants, sont ­ridiculement bas.

Jeudi, les ­autorités annonçaient le premier décès lié au coronavirus avant de se rétracter, affirmant que la patiente de 79 ans avait finalement succombé à un AVC. Peu d’infectés, pas de morts. Pour justifier ce bilan troublant, le Kremlin a vanté sa ­vitesse de réaction.

« Il est vrai que, dès le 1er février, un peu à la surprise générale, la frontière avec la Chine a été fermée », explique Arnaud ­Dubien. Depuis, des Russes sont revenus malades de leurs vacances à Milan ou Innsbruck. « Sans doute y a-t-il comme partout ailleurs une sous-estimation des cas », poursuit le chercheur français.

En Russie, « on court au désastre »

Le gouvernement, tout à son déni, prétend avoir mené plus de 100 000 tests. Mais c’est une entreprise et une seule, basée en ­Sibérie, qui les centralise. « Et elle ne travaille qu’avec 15 laboratoires, ce qui est ridicule à l’échelle du pays, dénonce Anastasia Vassilieva, ­présidente de l’Alliance des médecins de ­Russie. Mes collègues me disent que les résultats de certains tests ne leur reviennent jamais. Le système n’est pas fiable. » Pour cette proche de l’opposant Alexeï Navalny, les autorités mentent. « Il y a actuellement une explosion des cas de pneumonie, mais le gouvernement refuse de dire pourquoi », accuse-t-elle.

Poutine pourrait cesser d’être le maître des horloges

La Russie est-elle en mesure d’absorber le choc? « On court au désastre, affirme Vassilieva. Cela fait vingt ans que le pouvoir coupe dans les budgets. À Moscou, il y a dix ans, il y avait dix hôpitaux dédiés aux maladies infectieuses. Il n’en reste que deux. » La praticienne se plaint aussi du manque de masques pour le personnel soignant. « Poutine répète depuis vingt ans que le pays se porte bien, ajoute-t-elle. Le virus leur montrera que ce n’est pas vrai. »

Cette crise tombe mal pour le président russe, qui, pour se maintenir au pouvoir après 2024, a entrepris une réforme constitutionnelle d’ampleur. Cette semaine, il a annoncé la tenue d’un référendum le 22 avril sur la question.

« À cause du virus, le référendum pourrait ne pas avoir lieu, explique Arnaud Dubien. S’ajoutent l’effondrement du prix du pétrole, la chute du rouble. En raison de tout cela, la séquence politique de ­Poutine est contrariée et il pourrait cesser d’être le maître des horloges. »

22 mars 2020 Antoine Malo

https://www.lejdd.fr/

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22 mars 2020 ~ 0 Commentaire

après confinement (combat ouvrier)

GRS guad
Préparons les luttes de l’après confinement !

Depuis le 17 mars, toute la population est confinée à domicile sous peine d’amende.

Et ces décisions face à la pandémie sont justes et compréhensibles. Ce qui l’est moins c’est l’état des hôpitaux et le manque de matériel, alors que depuis des années, et encore plus ces derniers mois, les personnels des hôpitaux manifestent contre une telle situation.

Macron a déclaré : « la santé n’a pas de prix ». Tout à fait d’accord avec lui. Mais où est le plan massif d’urgence immédiate qui devrait être annoncé sans compter en cette période de pandé-mie, et prolongé après ? Nos camarades des hôpitaux n’ont que faire des flatteries hypocrites de Macron sur les « héros en blouse blanche ».

Dans la société capitaliste il y a une seule loi, c’est la loi du profit.

Qu’importent les risques pour la santé des travailleurs qui doivent travailler encore dans les secteurs dits non vitaux. Heureusement, dans certains secteurs, des travailleurs ont fait jouer leur droit de retrait.

Les usines automobiles ferment sous la pression des travailleurs. Sur certaines plantations de banane aux Antilles les travailleurs protestent avec raison. Et cela doit s’élargir. Il n’y a aucune raison que le confinement joue pour les cadres et non pour les ouvriers.

En ce qui concerne l’indemnisation du chômage partiel, dans ce cas, les travailleurs non smicards ne perçoivent que 84 % de leur salaire. Il y aura donc bel et bien une perte de salaire alors que les patrons eux seront totalement aidés par l’État. Ce dernier s’engage aussi à leur payer les impôts, les charges sociales, et même les factures d’eau et d’électricité… et encore plus !

Pour les salariés, les primes aussi risquent d’être supprimées. Mais l’État s’apprête à déverser 300 milliards d’euros pour l’instant dans les caisses des entreprises.

La banque centrale européenne vient de lancer un plan de 750 milliards pour les banques et les entreprises. Elle vient d’annoncer qu’il n’y aura aucune limite. Comme en 2008 les États absorbent l’hémorragie. Ils volent au secours de la finance et du grand capital. Mais les travailleurs et les couches populaires devront payer cette crise de mille et une manières alors même qu’ils continuent de payer les précédentes au quotidien. Notamment la crise financière de 2008 !

En Guadeloupe le manque d’eau pour des milliers d’usagers, en pleine crise sanitaire, montre bien que la crise nous la payons encore plus durement au moment où le geste de sauvegarde principal c’est de se laver les mains.

Macron a expliqué qu’il ne peut pas interdire les licenciements. Cela c’est le rappel de la guerre sociale menée par la bourgeoisie contre les travailleurs. Rappel lancé par un ennemi, bien visible celui-là, alors même que Macron explique à la population que « nous sommes en guerre » contre le virus.

Dans les grandes entreprises, malgré toutes les aides de l’État, des licenciements massifs sont annoncés : par exemple, 2 000 dans le groupe Air France – KLM. Au besoin l’État rachètera les entreprises par des nationalisations pour les remettre au grand capital quand elles marcheront mieux. En tout cas l’État les rassure au maximum.

Dans toute crise, c’est le grand capital qui sort toujours gagnant.

Celle du coronavirus ne fera pas exception.

Alors, camarades, préparons déjà l’après confinement en réfléchissant à nos luttes collectives à venir : contre les licenciements, pour des augmentations de salaire substantielles, pour l’abandon de la réforme du chômage et celle des retraites.

Profitons de cette période pour discuter entre nous, même par téléphone et réseaux sociaux, et envisager la riposte. Nous ne nous laisserons pas écraser au profit du grand capital !

http://www.combat-ouvrier.net/

Commentaire:

Combat Ouvrier c’est « Lutte Ouvrière » aux Antilles

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22 mars 2020 ~ 0 Commentaire

migrant-e-s (ujfp acat)

refugees

Exilé.e.s, migrant.e.s et demandeurs / euses d’asile

Sont nos frères et soeurs !

Face à l’épidémie de coronavirus qui sévit en France, Emmanuel Macron compte la freiner en faisant notamment appel à l’hôpital public.

Il compte aussi sur des mesures de confinement et de fermetures des frontières européennes.

Compte-t-il aussi la freiner en laissant les migrants entassés, dans des conditions déplorables, dans les Centres de rétention administrative (CRA) ? En laissant dormir dans la rue ou, quand ils ne sont pas détruits, dans des camps de fortunes, des mineurs étrangers isolés, des sans papiers, des femmes enceintes et/ou des enfant en bas âge ?

Compte-t-il aussi la freiner en poursuivant les expulsions hors des frontières, comme cela se fait notamment en Grèce, à coup de fusil et en repoussant les bateaux à la mer, sans aucun souci de la santé des personnes victimes de ces agissements ?

Compte-t-il la freiner en laissant des familles immigrées vivre dans des logements insalubres et trop petits ou en expulsant des travailleurs immigrés de leurs foyers ?

Compte-t-il la freiner en laissant nombre de travailleurs sans papiers continuer à travailler sous peine, s’ils se protègent en restant chez eux, de ne plus être payés ou, s’ils vont travailler, de se faire arrêter par la police et enfermer en CRA ?

Compte-t-il la freiner en continuant la chasse aux migrants, aux maraudeurs solidaires et à tous ceux qui aident les sans papiers ?

En fait, de toutes ces personnes, il n’est pas question dans les discours, alors que ce sont les plus précaires, celles qu’il faudrait protéger en priorité car les plus vulnérables. Tout se passe comme si elles n’existaient pas. Les migrants sont devenus invisibles.

Mais les virus ne connaissent pas les frontières, ni les origines des gens, ils frappent tout le monde, sans discriminations.

Alors que la journée internationale contre le racisme devait voir plusieurs manifestations en France le samedi 21 mars, l’UJFP tient à réaffirmer qu’elle continue à travailler contre le racisme et les discriminations sous toutes leurs formes. Nous demandons à tous d’être plus vigilants que jamais et de soutenir les migrants.

jeudi 19 mars 2020 par Coordination nationale de l’UJFP

https://www.ujfp.org/

Lire aussi:

Salubrité publique en période d’épidémie : une urgence humaine et sanitaire (Acat)

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21 mars 2020 ~ 0 Commentaire

ken loach (amp)

ken loach

Source

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17 mars 2020 ~ 0 Commentaire

gav (bastamag attac)

sciences

Des scientifiques en garde à vue pour avoir dénoncé l’inaction climatique

A la veille du premier tour des municipales, trois scientifiques ont été placés en garde à vue après avoir participé à une action où ils alertaient sur le manque de mesures face au changement climatique.

Trois scientifiques et neuf militants ont passé près de 24 heures en garde à vue entre le 13 et le 14 mars.

A la veille du premier tour des municipales, une action « démasquons Macron » visant à dresser le vrai bilan écologique et social du gouvernement s’est déroulée à proximité de l’Élysée, avec les portraits présidentiels réquisitionnés dans les mairies.

Parmi les gardés à vue figuraient l’épidémiologiste Kévin Jean, aux côtés du sociologue Milan Bouchet-Valat et de l’astrophysicien Jérôme Guilet. Tous les trois ont pris la parole en tant que co-initiateurs de l’appel des 1000 scientifiques enjoignant à la désobéissance civile « pour exiger des actes de la part de nos dirigeants politiques » face à la crise écologique.

Le 12 mars, Emmanuel Macron avait affirmé sa confiance dans les scientifiques et réclamait à la nation entière d’en faire autant, concernant les mesures prises face au coronavirus.

« J’ai notamment insisté sur la façon dont les mesures annoncées la veille étaient justifiées par des éléments scientifiques, souligne Kévin Jean, également président de l’association Sciences citoyennes.

En matière de climat et d’effondrement de la biodiversité, cela fait des années que les alertes existent. La situation actuelle montre que le gouvernement est capable de prendre des mesures inédites pour une crise visible et immédiate, et rien pour le climat dont les impacts sont moins visibles maintenant mais terrifiants à terme. »

« Les masques contre le coronavirus ne seront pas nos baillons »

C’est après avoir reçu des portraits réquisitionnés de Macron, que ces trois chercheurs ont été interpellés par les forces de l’ordre et emmenés au commissariat. La porte-parole d’Attac France, Aurélie Trouvé, qui participait à l’action, a également été placée en garde à vue dans un autre commissariat. Elle relate ses conditions indécentes de détention.

« Les conditions de la garde à vue restent très dégradantes mais contrairement à Aurélie Trouvé, on a plutôt été bien traités », observe Kévin Jean. « On a également eu l’impression un peu dérangeante d’avoir reçu un traitement de faveur par rapport à toutes les personnes qu’on y a côtoyées. »

« Étant donné que nos dossiers ont été classés sans suite, qu’ils n’avaient rien à nous reprocher, ces gardes à vue apparaissent comme autant de procédures de dissuasion », poursuit-il.

Une forme d’intimidation progressivement écartée lorsqu’il a découvert l’importance de la solidarité et de la mobilisation à la sortie du commissariat. « Les masques contre le coronavirus ne seront pas nos baillons » prévient l’association Sciences citoyennes. A l’aune des mesures de confinement, l’un des enjeux va être le renouvellement des modes d’actions pour les semaines à venir.

Sophie Chapelle 17 mars 2020

https://www.bastamag.net/

Lire aussi:

Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac, raconte sa garde à vue : « Ils veulent nous décourager » (Attac)

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11 mars 2020 ~ 0 Commentaire

palestine (ujfp)

trump

Trump-Nétanyahou : l’arnaque du siècle

Avec ses méthodes de businessman, pour ne pas dire de gangster, Trump a un avantage : il ne fait pas semblant. Il rompt avec une longue période où l’existence d’un prétendu « Processus de Paix » a permis au rouleau compresseur colonial d’encercler et de dépecer la Palestine.

Oslo, la grande mystification

C’était il y a 27 ans (1993) : contrairement à ce que l’on a voulu faire croire, jamais les Israéliens n’ont promis à Oslo qu’il y aurait un État palestinien sur les 22% de la Palestine historique conquis par l’armée israélienne en 1967.

Jamais ils n’ont renoncé à l’annexion de Jérusalem-Est dont la surface a été décuplée.

Jamais ils n’ont promis le moindre gel de la colonisation.

Au contraire, pendant les 26 mois qui séparent la signature des accords de son assassinat, Rabin installe 60 000 nouveaux colons.

Jamais, il n’a été question d’évacuer les territoires occupés.

Au contraire, au lendemain du massacre de 29 Palestiniens à Hébron en 1994, Rabin a envoyé 2 000 soldats pour protéger les colons et ils sont toujours dans cette ville où l’apartheid est une réalité quotidienne.

En face, l’OLP a reconnu Israël

Sans même une mention dénonçant le nettoyage ethnique prémédité de 1948.

Elle a changé sa charte. Elle a abandonné à leur sort les millions de réfugiés palestiniens dispersés (rien n’a été signé à Oslo sur le droit au retour des réfugiés) et les Palestiniens d’Israël, citoyens de seconde zone.

L’OLP qui représentait les Palestiniens dans leur diversité géographique et politique a été mise en veilleuse au profit d’une « Autorité Palestinienne » dont la principale tâche est que l’occupé assure la sécurité de l’occupant.

Les accords de Taba en 1995 ont parachevé ce « processus »

La Cisjordanie a été morcelée en trois zones A, B et C, la zone C étant, de fait, annexée par l‘occupant. Des textes aussi incroyables que le contrôle total des importations ou exportations par l’occupant ou le fait qu’un colon consomme 8 fois plus d’eau qu’un Palestinien ont été signés. Ça devait être provisoire, n’est-ce pas ?

Faire capituler les Palestiniens par la ruse

Pendant des années, la « communauté internationale » a multiplié les pressions pour faire capi-tuler les Palestiniens sur leurs revendications essentielles qui n’ont pourtant rien d’extraordinai-res : les Palestiniens demandent la liberté, l’égalité et la justice.

Chaque fois qu’Israël construit de nouvelles colonies ou bombarde Gaza, il ne faut rien dire : ce serait une atteinte au « Processus de Paix »: « Deux États vivant côte à côte ».

Pour les dirigeants israéliens, c’est pain bénit :

Les crimes de guerre, la torture légalisée, les arrestations d’enfants, le vol des terres, les tapis de bombes sur Gaza … tout est permis, il n’y aura pas de sanctions. Par contre, s’il y a un attentat contre l’occupant ou une roquette partant de Gaza, les Palestiniens sont immédiatement condamnés comme « hostiles au processus de paix ».

Les « négociations » ont pris des noms divers : Wye Plantation, Charm-el-Cheikh, le Quartet, Annapolis … autant de masques pour exiger des Palestiniens qu’ils capitulent et acceptent de devenir les Amérindiens du Proche-Orient, enfermés dans leur réserve et privés de tout droit.

Dans l’odieux, la France s’est signalée.

Officiellement, elle est pour deux États et pour les résolutions de l’ONU. Dans les faits, elle soutient inconditionnellement l’État d’Israël, se tait quand l’occupant commet les pires massa-cres et organise à l’ambassade de Tel-Aviv un bal de solidarité avec l’occupant en pleine tuerie de « Plomb Durci ». Le gouvernement français a fait du CRIF, relais propagandiste des diri-geants israéliens, son interlocuteur privilégié. Il essaie de criminaliser l’antisionisme et le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) contre l’État d’Israël.

Faire capituler les Palestiniens par la force

Avec Trump, il n’est plus question de faire semblant. Il renverse la table et piétine le peu qui reste de droit international. Il transfère l’ambassade états-unienne à Jérusalem, reconnaît l’annexion du Golan et proclame la légalité des colonies.

En bon homme d’affaires, il exige des Palestiniens une reddition. Son discours est celui d’un gangster : « Palestiniens, vous avez perdu, pourquoi résister ? On va transformer vos réserves en zones franches où nos capitalistes pourront faire de juteuses affaires. Vous êtes battus, acceptez, vous n’avez pas le choix ».

Trump pense que la période est favorable. Il a de solides alliés qui ont les mêmes méthodes et les mêmes « valeurs » que lui et qui, bien sûr, soutiennent inconditionnellement Israël.

Il y a Bolsonaro. Celui-ci est allé en visite officielle en Israël. Il a déclaré devant Yad Vashem (le mémorial du génocide nazi) : « Les nazis étaient de gauche, n’est-ce pas  ? ». Il n’a pas été démenti par ses hôtes.

Il y a Orban. Il a entrepris de réhabiliter le régime pro-nazi de l’Amiral Horthy, responsable avec l’occupant de l’extermination des Juifs hongrois. Orban a multiplié les déclarations antisémites, mais Nétanyahou l’a qualifié de grand ami.

Trump profite aussi de la situation du monde arabe. La dictature égyptienne participe activement au blocus de Gaza. Le roi d’Arabie Saoudite, dont l’armée participe à un véritable génocide au Yémen, fait pression sur les Palestiniens pour qu’ils capitulent. Le camp « antiaméricain » est très affaibli et beaucoup de pays arabes ont pour préoccupation essentielle une attaque contre l’Iran. Et puis, il y a l’Union Européenne dont la politique est un mélange de complicité et de lâcheté, pour ne pas dire de pure complicité.

En Israël

L’historien israélien Zeev Sternhell, pourtant sioniste, compare la fascisation (ce sont ses termes) à l’œuvre en Israël avec ce qui s’est déroulé dans l’Allemagne des années 30. Une idéologie raciste, militariste et suprématiste s’est imposée sans réel contrepoids.

L’inégalité des individus selon leur origine réelle ou supposée est désormais inscrite dans la loi d’Israël qui se définit comme « l’État-nation du peuple juif ». Les tests ADN viennent d’être approuvés par la Cour Suprême comme preuve qu’on est juif. C’est un exemple terrible de la proximité avec un marqueur essentiel de l’idéologie nazie.

Le pouvoir est disputé entre deux criminels de guerre, Nétanyahou et Ganz, ce dernier ayant dirigé l’armée qui a tué 2 500 civils à Gaza en 2014. Les deux compères ont été invités par Trump et approuvent bien sûr son plan. Il existe bien une petite minorité courageuse anticolonialiste, mais elle ne représente pas une alternative de pouvoir.

Ce régime d’extrême droite et ses relais (comme le CRIF) s’acharnent à instrumentaliser et à récupérer l’antisémitisme et la mémoire du génocide nazi. Et les dirigeants occidentaux soutiennent cette odieuse manipulation.

Et pourtant

Dans un contexte extrêmement défavorable, pour l’instant le peuple palestinien plie, mais ne rompt pas. Gaza est une prison à ciel fermé où l’occupant expérimente comment on peut enfermer deux millions de personnes, les priver d’eau potable et d’électricité et tirer sur des civils comme à la fête foraine.

En Cisjordanie, les Palestiniens sont confrontés tous les jours à la violence des colons et de l’armée, au vol des terres et aux destructions de maisons. Malgré cela, le peuple palestinien croit en l’avenir. Il persiste à tout faire pour scolariser les enfants, pour cultiver la terre, pour produire, pour ne pas être transformé en peuple d’assistés.

Entre Méditerranée et Jourdain, il y a 50 % de Juifs israéliens et 50 % de Palestiniens. Les uns ont tout, les autres quasiment rien.

L’apartheid a duré des décennies en Afrique du Sud ou dans le Sud des États-Unis, mais il a fini par s’écrouler. Trump ne connaît que le fric et la violence. Parions que, face à une lutte anti-apartheid, il ne saura pas faire.

Pierre Stambul mardi 10 mars 2020

Article paru dans CQFD.

https://www.ujfp.org/

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10 mars 2020 ~ 0 Commentaire

corse (le-monde le-point )

corse

Elections municipales en Corse

Les nationalistes en rangs dispersés

Pour le camp nationaliste, les élections des 15 et 22 mars sont surtout l’occasion de se jauger avant les territoriales de 2021.

La fête est finie. L’euphorie de la victoire remportée par la coalition autonomistes-indépendan-tistes Pè a Corsica (« Pour la Corse ») aux élections territoriales du 10 décembre 2017 a laissé place au désenchantement chez une partie des électeurs qui, en votant « natio », avaient cru en la promesse d’un changement et d’une rupture avec les vieilles pratiques claniques.
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Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes.La Collectivité de Corse (CdC), qui concentre depuis 2018 les attributions – et les quelque 4 600 agents – de l’ancienne Collectivité territoriale de Corse et des deux départements de l’île, peine à trouver ses marques.
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La majorité nationaliste s’est claquemurée dans un rapport de force institutionnel stérile avec l’Etat. La dynamique unitaire de la conquête du pouvoir s’est craquelée, confrontée à la réalité de son exercice.Le camp nationaliste se présente en ordre dispersé aux élections municipales et intercommunales des 15 et 22 mars en Corse. Or, nul n’en doute, ces municipales seront la rampe de lancement des élections territoriales de 2021.
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Elles sont l’occasion de se mesurer en vue de cette prochaine échéance majeure pour la collectivité. « La réélection de Gilles Simeoni en mars 2021 est le premier objectif, et les élections municipales doivent en assurer la perspective », marque très clairement l’éditorialiste d’Arritti, l’hebdomadaire proche du parti Femu a Corsica, qui y voit « le début d’un nouveau cycle politique ».
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Une manière d’enjamber le bilan mitigé des deux premières années de la collectivité dirigée par Gilles Simeoni, allié aux indépendantistes de Corsica libera et à leur chef de file, Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse, et à l’autre branche autonomiste, le Parti de la nation corse (PNC), dirigé par Jean-Christophe Angelini, conseiller exécutif et président de l’Office foncier et de l’Agence de développement économique de la Corse, qui a désormais créé son propre groupe à l’Assemblée de Corse.
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Le président du conseil exécutif reconnaît les difficultés mais les met sur le compte de l’inexpérience de la majorité nationaliste et de l’intransigeance de l’Etat. « Les victoires électorales se sont enchaînées sans forcément que nous soyons prêts et sans forcément que nous ayons intégré ce que cela entraînait en termes de responsabilités, estime M. Simeoni. Si on y ajoute que l’Etat a fermé la porte… »
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Trois listes nationalistes à Bastia, ville symbole (Suite payante)

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09 mars 2020 ~ 0 Commentaire

labour (inprecor)

corbyn

Pour préserver sa base ouvrière, le Labour doit-il glisser vers la droite ?

Un consensus se dégage au sein de la droite travailliste et de ses alliés dans les médias :

Les travaillistes doivent s’adresser à nouveau à leurs bastions « traditionnels » du centre du pays. Mais cela soulève un certain nombre de questions cruciales auxquelles il faut répondre avant que nous puissions donner un sens à l’argument selon lequel la classe ouvrière a abandonné le Parti travailliste :

Qu’est-ce que la classe ouvrière aujourd’hui, et où le Labour trouve-t-il ses racines naturelles ?

• Quels secteurs des électeurs de la classe ouvrière ont abandonné le Labour pour les Tories ?

• Quel rôle le nationalisme et le racisme ont-ils joué dans la victoire du référendum sur le retrait de l’Union européenne et dans le succès électoral des conservateurs en 2019 ?

• La classe ouvrière est-elle socialement conservatrice, ou y a-t-il certaines de ses composantes qui sont favorables aux vues conservatrices sur l’immigration et le nationalisme ?

• Et quelles conclusions les militants travaillistes devraient-ils tirer en ce qui concerne l’orientation politique du parti ?

C’est quoi aujourd’hui la classe ouvrière ?

Les arguments simplistes selon lesquels « la classe ouvrière a abandonné le Labour Party » impliquent nécessairement des définitions archaïques de la classe ouvrière – des stéréotypes qui envisagent une classe principalement impliquée dans le travail manuel, principalement blanche et principalement sous contrat à durée indéterminée.

Mais la classe ouvrière n’est plus comme ça depuis 40 ans. La réalité, comme l’explique Claire Ainsley, est très différente :

« Les emplois dans l’industrie lourde, qui ont constitué le socle de la classe ouvrière britannique pendant un siècle, ont fait place à une multitude d’emplois dans l’économie actuelle. Quatre emplois sur cinq sont aujourd’hui dans le secteur des services.

Beaucoup de ces emplois ne sont pas suffisamment rémunérés pour permettre aux gens d’avoir un niveau de vie décent et de faire face à l’augmentation des prix. Et les personnes employées pour les exercer sont également différentes.

« Cette nouvelle classe ouvrière est composée de personnes vivant avec des revenus faibles à moyens, employées dans le nettoyage, le commerce, les bars, assistants d’enseignement, cuisiniers, aides-soignants etc.

Elle est multi-ethnique et beaucoup plus diversifiée que la classe ouvrière traditionnelle. Cette nouvelle classe ouvrière représente près de la moitié de la population. Malgré les progrès sociaux et économiques importants réalisés au cours des 40 dernières années, il s’avère que nous ne sommes pas tous devenus des membres des classes moyennes.

En fait, comme les salaires et le niveau de vie sont toujours bloqués, il est tout à fait possible que cette nouvelle classe ouvrière deviendra encore plus nombreuse. » (6)

Comme on le sait, le déclin de l’industrie manufacturière a rendu les choses beaucoup plus difficiles pour les syndicats. Des défaites historiques comme la grève des mineurs des années 1980 se sont combinées aux énormes changements économiques, ce qui a miné le syndicalisme de masse.

Les traditions de solidarité de la classe ouvrière ont sans doute été affaiblies, mais les jeunes de la « nouvelle » classe ouvrière, concentrée surtout dans les grandes villes, sont beaucoup plus susceptibles d’avoir des attitudes sociales progressistes sur le multiculturalisme et sur les questions de genre et de sexualité – reflétant la diversité des âges, des sexes et des origines.

Ils sont probablement beaucoup plus susceptibles d’être sceptiques à l’égard du nationalisme et de son proche cousin le « patriotisme ». Et beaucoup plus susceptibles de s’opposer au militarisme et à la guerre.

« Des quartiers comme Hackney, Tower Hamlets et Islington [districts du Grand Londres], qui sont également des “bastions du labour”, ont des taux de pauvreté des enfants parmi les plus élevés du pays. Si des localités où 50 % des enfants vivent dans la pauvreté ne sont pas considérées comme délaissées, défavorisées, alors qui pourrait l’être ? » (8) La plupart des quartiers urbains défavorisés, où la « nouvelle » classe ouvrière est particulièrement nombreuse, n’ont pas abandonné le Labour lors des élections de 2019.

Quels secteurs de la classe ouvrière ont abandonné le Labour, et pourquoi ?

Il est évident que les électeurs qui sont passés du Labour aux Tories en décembre 2019 étaient principalement des personnes âgées, blanches pour la plupart, et concentrées dans les villes « délaissées » du Nord et des Midlands – et, bien sûr, beaucoup de ces endroits ont voté massivement pour le Brexit en 2016.

Comme les jeunes quittent souvent ces villes, ceux qui ont plus de 65 ans y sont plus nombreux que les 18-25 ans. Le Royaume-Uni ne compte que 5,5 millions de jeunes de 18 à 24 ans, et moins de la moitié d’entre eux ont voté. En revanche, il y a 11,8 millions de personnes de plus de 65 ans et 74 % d’entre elles ont voté. La victoire des conservateurs a été portée par les retraités.

Seulement 17 % des plus de 65 ans ont voté pour le Parti Travailliste, et ce dans la tranche d’âge la plus dépendante du Système national de santé (NHS), dont la défense était au centre de la campagne du Parti Travailliste.

De nombreux sondeurs citent des gens disant que l’hostilité envers Jeremy Corbyn était plus importante que le Brexit dans leur décision de voter conservateur. Mais le résultat est le suivant : une partie des travailleurs blancs âgés des villes « délaissées » ont été convaincus par le barrage réactionnaire contre Corbyn : son prétendument excessif souci des étrangers, son manque de « patriotisme », sa « sympathie pour les terroristes », son refus d’appuyer sur le bouton nucléaire etc. et tout cela ferait partie des prétendues préoccupations des étudiants et des Londoniens.

En fait, les divisions nord-sud ou manuel-col blanc dans la classe ouvrière ne se sont pas précisément alignées sur le vote conservateur. Les trois villes les plus ouvrières de Grande-Bretagne – Liverpool, Londres et Glasgow – ont voté massivement contre les conservateurs. À Glasgow, ce vote est allé principalement au Parti National Ecossais (SNP), en raison de l’incapacité néandertalienne des travaillistes d’évoluer sur la question nationale écossaise.

Les militants de gauche favorables à la sortie de l’Union européenne – les « lexiters » – affirment que le vote pour le Brexit a représenté la colère des gens contre « l’élite » qui les ignore alors qu’ils sont enlisés dans la pauvreté depuis des décennies, et leur désir de riposter à l’establish-ment (9). Tout cela est probablement vrai, mais cela n’explique pas pourquoi leur rébellion a pris la forme d’un vote pour le Brexit et pour le parti conservateur ni pourquoi ils ont été convaincus par la tonalité très réactionnaire de la campagne médiatique anti-Corbyn.

L’explication c’est que la tradition de solidarité de la classe ouvrière est en déclin dans de nombreuses zones « délaissées » depuis des décennies, que les 13 années de gouvernement du New Labour n’ont rien fait pour répondre aux préoccupations fondamentales, et que des puits profonds de racisme et de xénophobie existaient déjà dans la classe moyenne britannique et dans certaines parties de la classe ouvrière.

La campagne éclair réactionnaire du référendum de 2016 et des élections générales de 2019 ont pu se nourrir de tout cela. Ce potentiel-là était déjà apparent en 2009, lorsque UKIP a remporté 17 % des suffrages aux élections européennes (10). Ces faits évidents se heurtent à la résistance de nombreux militants du « lexit », qui n’imaginent pas qu’on puisse aligner dans la même phrase les termes « racisme » et « classe ouvrière ».

Au cours de la dernière décennie, de nombreux militants de gauche ont surestimé l’acceptation du multiculturalisme et ont prédit un irréversible déclin du racisme. En 2013, le journaliste indé-pendant Sunny Hundal écrivait dans le Guardian : « C’est officiel : 45 ans après le discours d’Enoch Powell sur les “rivières de sang”, les alarmistes ont perdu la guerre, tandis que ceux qui pensent que la Grande-Bretagne est plus forte grâce à son identité multiraciale et multiculturelle ont gagné.

Hundal avait noté des tendances bien précises, en particulier chez les jeunes, mais il avait surestimé à quel point cette acceptation du multiculturalisme était établie. Et notons que, même selon ces chiffres, 30 % des personnes interrogées – presque toutes blanches, je suppose – ne pensaient pas que le multiculturalisme était une évolution positive.

La droite et la presse de droite n’ont pas abandonné. En prenant appui sur la minorité raciste, ils ont riposté. Les 30 % de Britanniques interrogées par Ashcroft, qui n’appréciaient pas le multiculturalisme, correspondent à environ 40 % de blancs. Une bonne base pour amorcer la réaction nationaliste qui a remporté le référendum de 2016 pour le Brexit.

La classe ouvrière est-elle « socialement conservatrice » ?

En réponse aux résultats des élections, un large spectre à l’intérieur et à l’extérieur du Labour Party avance que le parti doit maintenant aller vers la droite pour prendre en compte les « préoccupations » de ses électeurs perdus. Cela signifie qu’il faut souligner le « patriotisme » des travaillistes et reconnaître que la base traditionnelle des travaillistes est en grande partie « socialement conservatrice ».

Dans la complexité du monde réel, il est tout à fait possible, par exemple, d’avoir des vues progressistes sur les rôles des hommes et des femmes, tout en étant réactionnaire sur les questions de multiculturalisme et d’immigration.

Lorsque les commentateurs plaident pour que le Labour se repositionne politiquement afin de reconquérir ses prétendus bastions traditionnels, ils veulent dire qu’il faut avancer sur les questions d’immigration et de multiculturalisme. Ils veulent dire qu’il faut suivre les Tories à droite. Au sein du parti travailliste, cela prend souvent la forme d’un plaidoyer en faveur du « patriotisme ».

L’ancien président français Charles de Gaulle aurait dit un jour que le patriotisme, c’est quand son propre pays passe en premier, alors que le nationalisme, c’est quand on déteste tous les autres (13). Même selon cette définition, le patriotisme et le nationalisme ne s’excluent pas mutuellement. Mais dans tous les cas, l’implication est que, si votre propre peuple passe en premier, alors au moins vous discriminez tous les autres. Nombreux sont ceux qui nient être racistes, mais pensent qu’il est injuste que les immigrants récents soient « devant eux » dans la file d’attente pour la chirurgie.

Mais comme le souligne Andy Stowe : « Les opinions hostiles aux migrants sont la marque du racisme dans toute l’Europe. Elles s’expriment désormais toujours en termes de pénurie de logements, de places dans les hôpitaux, etc. Céder à cette façon de penser est l’une des conséquences de l’incompréhension de la raison d’être des partis politiques. Oui, ils existent pour gagner des élections, mais ils existent aussi pour changer la façon dont les gens pensent les choses.

« Un Parti Travailliste qui ne s’attaque pas frontalement à ces idées racistes sera celui qui s’y laissera entraîner. Long-Bailey (14), ou tout futur leader, qui essaie de s’envelopper dans le drapeau du Royaume-Uni sera toujours en train de courir derrière les Tories quand il s’agit de nationalisme chauvin. C’est un jeu auquel les socialistes ne doivent pas jouer, non seulement parce qu’il ne peut pas être gagné, mais aussi parce qu’il est fondamentalement anti-ouvrier. » (15)

S’adapter ou se battre ?

Les élections de décembre 2019 ont montré que la classe ouvrière était divisée sur les questions clés du nationalisme, de l’immigration et de la xénophobie (actuellement réhabilitée comme étant le « patriotisme »). Les militants pour le socialisme doivent se baser sur les secteurs les plus avancés de la classe ouvrière et construire à partir de là. S’incliner devant la partie de la classe ouvrière qui a été séduite par la caricature de Corbyn et des socialistes comme étant une « élite libérale » ne nous mènera nulle part. Contre les notions réactionnaires de patriotisme, il faut mener un combat politique. Sinon, on finit par céder toujours plus de terrain.

La position du Labour sur le Brexit a été déformée car elle tentait de concilier des positions incompatibles. Il a essayé d’unir la classe ouvrière autour de positions incompatibles. En adoptant le « patriotisme progressiste », Rebecca Long-Bailey donne un mauvais signal indiquant qu’une attitude fondamentalement bureaucratique est toujours répandue dans les couches supérieures du corbynisme.

Des signes très inquiétants laissent penser qu’une grande partie de la gauche travailliste ne comprend pas vraiment ce que la droite du parti est en train de préparer. Cette droite du Labour veut une contre-révolution de haut en bas au sein du parti travailliste.

Elle veut chasser – bureaucratiquement ou par la démoralisation – des centaines de milliers de militants de gauche. L’offensive de droite ne peut être contrée que par la lutte, et non par la capitulation et les compromis. (Résumé voir lien)

Londres, le 4 janvier 2020 Phil Hearse*

* Phil Hearse écrit dans Mutiny et dans Socialist Resistance, le journal et website de la section britannique de la Quatrième Internationale.

http://www.inprecor.fr/

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08 mars 2020 ~ 0 Commentaire

amilcar cabral (pùblico)

cabral
Amilcar Cabral

Amílcar Cabral est le deuxième plus grand leader mondial selon la BBC

Fondateur du PAIGC, décrit comme le «grand combattant de l’indépendance de l’Afrique», il a rassemblé plus d’un million de Guinéens pour se libérer de l’occupation portugaise. Cabral dépasse Winston Churchill, Catarina la Grande ou le Pharaon Amenhotep III.

L’idéologue indépendantiste de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert, Amílcar Cabral, est considéré comme le deuxième plus grand leader mondial de tous les temps, dans une liste établie par les historiens de la BBC. La liste vient du BBC World Histories Magazine et a été faite par des historiens, qui ont nommé celui qu’ils considèrent comme le plus grand leader – quelqu’un qui détenait le pouvoir et avait un impact positif sur l’humanité.

Dans un travail qui a commencé au début de l’année, le magazine a compté sur la collaboration des historiens les plus distingués et le vote des lecteurs, qui ont choisi Maharadja Ranjit Singh, chef de l’empire sikh du début du 19è siècle, comme le plus grand chef de file de l’histoire.

Le maharadja Ranjit Singh était considéré comme un modernisateur et unificateur, avec un règne qui a marqué une époque très positive pour le Pendjab et le nord-ouest de l’Inde. Il a euplus de 38% des voix.

Et immédiatement après, avec 25% des voix, Amílcar Cabral apparaît, décrit comme le «combattant pour l’indépendance de l’Afrique», qui a rassemblé plus d’un million de Guinéens pour se libérer de l’occupation portugaise, une action qui a conduit d’autres pays africains colonisés à se battre pour l’indépendance.

La liste comprenait le pharaon Amenhotep III; le roi anglais Guillaume III; l’impératrice de Chine Wu Zetian; la française Jeanne d’Arc; l’empereur du Mali Mansa Musa; l’impératrice russe Catherine la Grande ou lePape Innocent III, parmi vingt noms.

Amílcar Cabral a été choisie par l’historien britannique Hakim Adi, spécialiste des affaires africaines, selon laquelle la lutte de Cabral pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert a également transformé le Portugal.

Professeur de histoire et de la diaspora africaine à l’Université britannique de Chichester, Hakim Adi rappelle, pour justifier le choix d’Amílcar Cabral, que la plupart des pays africains ont accédé à l’indépendance au début des années 1960, ce qui ne s’est pas produit avec les colonies  portugaises.

«Le grand Amílcar Cabral», en plus de la lutte pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert, a également joué un rôle de premier plan dans la libération des autres colonies portugaises. Et ces luttes armées ont fini par aboutir à une révolution au Portugal et au début d’une nouvelle ère démocratique dans le pays.

«De nombreux Africains continuent d’être inspirés par Cabral. Sa vie et son œuvre montrent que, quels que soient les obstacles, les gens sont capables d’être leurs propres libérateurs », explique l’historien.

Les historiens invités qui ont choisi «leurs» dirigeants comprennent le professeur d’histoire et politologue de l’Université d’Oxford spécialisé en histoire chinoise, Rana Mitter, la professeure et historienne de l’Université de Toronto Margaret MacMillan, ou l’historienne et directeur du Smithsonian’s National Museum of African Art à Washington, Gus Casely-Hayford.

Né en Guinée-Bissau le 12 septembre 1924, fils de Cap-Verdiens, Amílcar Cabral a fondé le Parti de l’indépendance africaine de Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC), jetant les bases du mouvement qui conduira à l’indépendance des deux anciennes colonies Portugais.

Le fondateur du PAIGC a été assassiné le 20 janvier 1973, à Conakry, dans des circonstances qui ne sont pas encore tout à fait claires aujourd’hui, avant de voir les deux pays devenir indépendants.

7 mars 2020

https://www.publico.pt/

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