Archive | Antimilitarisme

03 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

la fuite (the guardian + izar)

La Police espagnole se retire devant une manifestation

Depuis la Catalogne, étendre la mobilisation par la grève générale

Communiqué de Izquierda anticapitalista revolucionaria (IZAR)

Le 1er octobre est finalement arrivé en Catalogne et, bien que Rajoy ait répété
qu’il n’y aurait pas de référendum, il y a eu des urnes, des bulletins de vote et des files
d’attente de milliers de catalanes et de catalans.
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Au début de la matinée, les scènes de répression brutale ont continué à se dérouler
dans des écoles occupées tout au long de la nuit. Les forces de police ont agi avec des
gaz lacrymogènes et de balles de caoutchouc contre la mobilisation, les murs humains
et des sit-ins dans des villes et des villages au prix de plus de 830 blessés.
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Nous ne partageons pas la fable du gouvernement selon qui les policiers catalans
(Mossos d’Esquadra) sont devenus la «police alliée du peuple catalan» face à la Garde
Civile et à la Police Nationale, les renforts venus de Madrid.
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N’oublions pas le passé de répression contre le mouvement ouvrier et étudiant que la
police catalane a derrière elle. Ce ne sont pas des «camarades» du mouvement, ils jouent
le même rôle coercitif. Nous verrons sa conduite lors de la grève générale mardi.
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Avec effet boomerang, ces derniers jours, ont eu lieu des rassemblements et des
manifestations de solidarité dans différentes villes du pays. La violence de l’État a connu
un retentissement international et la Catalogne est devenue une préoccupation pour l’UE.
Le droit de décider, protagoniste d’aujourd’hui, a touché le cœur comme jamais
auparavant le régime de 78 qui continue à s’effondrer. Cependant, comme nous l’avons
dit, aucun référendum ne conduira à une autodétermination effective sans la mobilisation
de la classe ouvrière et de la jeunesse.
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L’appel à une grève générale Mardi 3 Octobre en Catalogne ouvre la possibilité de
donner la parole aux lieux de travail, d’étendre la lutte pour défendre les droits
démocratiques et d’ouvrir la question de savoir quel genre de société nous voulons:
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Interdire les licenciements, refuser le paiement de la dette, abroger les conte-réformes
frappant le camp du travail, exproprier  les banques, etc.
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La République catalane que veulent construire Puigdemont et Junqueras n’a rien à voir
avec un projet de Catalogne pour la classe ouvrière. Les déclarations du président qui
font appel aux valeurs de l’Union européenne révèle le désir d’un état catalan confortable
dans une économie de marché et sous les règles du déficit zéro. Nous savons qu’aucune
déclaration d’indépendance unilatérale ne rompra avec le capitalisme.
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Avec le soutien de la CUP à la grève annoncée par le CGT, le CAC et le COS, cette même
nuit, se sont joints les CCOO et l’ UGT. Le jour de grève en Catalogne devrait être prolongé,
dépasser le terrain défensif et contre la répression de l’État pour faciliter l’auto-organisation
des travailleurs, construire dans les lieux de travail une grève qui enverra Rajoy dans les
cordes et affronter les politiques anti-travail des deux gouvernements de Rajoy et Mas-
Puigdemont.
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Seule une réponse de classe est utile si elle est indépendante de la bourgeoisie catalane.
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Cela exige que les organisations politiques et syndicales du reste de l’État avec une présence dans le monde du travail et de la jeunesse appuient de manière univoque, unitaire et aussi massive que possible cette grève et demandent aux dirigeants syndicaux de tirer du même côté et d’élargir la mobilisation au fil du temps.
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Nous devons défendre dans les rues de l’État espagnol l’autodétermination nationale et
sociale de la Catalogne et expliquer qu’elle ne peut être réelle qu’avec l’extension de la
grève générale de la classe ouvrière et la mobilisation des jeunes.
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Pour Izquierda Anticapitalista Revolucionaria (IZAR),  le processus en Catalogne est une
opportunité donnée aux révolutionnaires d’intensifier la pression sur les capitalistes, de
faire tomber le gouvernement Rajoy et de renverser définitivement le régime de 78!
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Commentaire: IZAR est une des deux organisations anticapitalistes de l’état espagnol
avec « Anticapitalistas » qui eux interviennent dans « Podemos ».
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Lire aussi:
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02 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

catalogne répression (à l’encontre.ch + solidaires + npa)

arton269

Catalogne: « Non à la répression! Oui au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes! Soutien à la grève du 3 octobre! »

Depuis des semaines, l’Etat espagnol use de menaces et de répression en Catalogne. Interventions de la Guardia civil dans nombre de bâtiments officiels de la Generalitat de Catalunya, arrestations de responsables de l’administration et de ministres, harcèlement, violence et emprisonnement de militants et militantes de divers mouvements sociaux et politiques, lieux de vote pris d’assaut et interdits à la population, urnes volées, tirs sur des manifestants et manifestantes pacifiques…

Les évènements actuels montrent à quel point le spectre du franquisme est encore présent.

Comment nommer le régime d’un pays où les « forces de l’ordre » tirent sur les gens parce que ceux-ci veulent voter?

Indépendance ou non? C’est à la population qui vit en Catalogne de décider! Pas à d’autres. Les forces d’occupation de l’Etat espagnol doivent se retirer.

Depuis la mort du dictateur Franco, la société espagnole repose sur un pacte, conclu entre diverses forces politiques et syndicales. Il vise à maintenir, d’une part la monarchie, d’autre part «l’unité indissoluble de la Nation espagnole, patrie commune et indivisible» (Constitution de 1978).

Cela passe notamment par «l’oubli» des crimes perpétrés par les franquistes durant 40 ans.

Cette situation a permis le recyclage de bien des responsables de l’ancien régime dans les rouages du pouvoir issu de ce qu’ils appelèrent «la transition démocratique». Cette stabilité entre dictature et «démocratie» était aussi nécessaire pour garantir le système capitaliste, en améliorer l’efficacité du point de vue du patronat et des banquiers.

Ce qui se passe actuellement en Catalogne remet en cause cette situation; c’est un danger pour le pouvoir et ses alliés, comme l’ont été ou le sont les luttes du peuple basque ou celles des travailleurs et travailleuses dans tout l’Etat.

Nous sommes aux côtés des travailleurs et travailleuses de Catalogne.

Nous soutenons l’appel à une grève interprofessionnelle à partir du 3 octobre, lancée par plusieurs organisations syndicales en Catalogne (CGT, IAC, Intersindical-CSC, COS, COBAS, CNT, SO…). Nos droits, notre avenir, la démocratie, c’est par notre action directe que nous les défendons!

Contre la violence d’Etat
Pour les libertés et la démocratie
Pour le droit à l’autodétermination des peuples

Alencontre  2 octobre  2017

Réseau syndical international de solidarité et de luttes

https://www.solidaires.org/

http://alencontre.org/

Lire aussi:

Comprendre la situation en Catalogne

Catalogne : prendre parti dans une situation étrange

Face à la répression en Catalogne, un appel à la grève générale est lancé (Basta)

Contre la répression des autorités de Madrid : solidarité avec le peuple de Catalogne ! (NPA)

« Hem votat ! » Catalogne. 2,2 millions de bulletins, 844 blessés et un grand perdant (Révolution permanente)

Catalogne: déclaration de la Tendance Marxiste Internationale sur le référendum

 « Nous réclamons le droit de décider »  Entretien avec Lucía Martín (LVSL)

Entre le gouvernement espagnol et la Catalogne, l’histoire d’une séparation (Basta)

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02 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

paris barcelone

paris

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02 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

état espagnol 1 (essf)

 Mariano_

A moi la légion!

L’instant de vérité pour le mouvement indépendantiste catalan

Ce dimanche 1er octobre a eu lieu un référendum portant sur l’indépendance de la Catalogne, appelé conjointement par le Parlement et le gouvernement catalan. Interdit par le gouver-nement espagnol et la Cour constitutionnelle d’Espagne, ce référendum constitue l’acmé d’une confrontation sans précédent entre les institutions catalanes et espagnoles, et ce cinq ans après l’immense manifestation du 11 septembre 2012 (fête nationale catalane), qui avait marqué le point de départ du processus d’indépendance. Depuis lors, ce mouvement politique et social s’est inscrit dans la durée en étant capable d’organiser des manifestations tout aussi massives chaque 11 septembre.

Ce 1er octobre, véritable instant de vérité, est l’occasion de réaliser une évaluation globale, sous le prisme politique, du mouvement indépendantiste catalan, de ses possibilités stratégiques, mais aussi de ses limites.

 Le début du processus d’indépendance

Le mouvement surgi le 11 septembre 2012 est le produit de trois dynamiques distinctes mais combinées : dans un premier temps, le mécontentement issu du centralisme agressif espagnol, incarné par le second gouvernement Aznar (2000-2004), qui a fait du nationalisme dur espa- gnol le cœur de son projet politico-culturel ; dans un deuxième temps, l’échec subséquent de la réforme du statut de l’autonomie catalane, initiée en 2004.

Mis en place par le parlement catalan le 30 septembre 2005, le nouveau statut fut amputé d’une grande partie de son contenu par le Parlement espagnol en mars 2006, puis en juillet 2010, suite à un jugement de la Cour Constitutionnelle d’Espagne. L’échec de cette réforme a développé en Catalogne l’idée qu’il n’était pas possible de réformer l’Espagne de l’intérieur ; et, troisièmement, l’impact de la crise économique ainsi que l’adoption par l’Espagne d’une sévère politique d’austérité. La crise a renforcé le sentiment que l’Espagne était un échec, tant politique qu’économique.

De plus, les tensions entre les administrations régionales et les territoires ont été exacerbées lorsque le gouvernement de droite, cherchant à tirer avantage de la crise de la dette imposa une recentralisation administrative afin de réduire drastiquement les dépenses des gouverne- ments régionaux. En Catalogne, le malaise et la rébellion contre les politiques d’austérité, ainsi que la conscience de la collusion entre les élites politiques et financières se sont tout d’abord exprimées avec le « Mouvement 15-M » en mai 2011, mais ce sont aussi cristallisées dans un mouvement indépendantiste capable de mettre en place une proposition concrète – l’indépendance –, que l’on peut concevoir comme une sorte « d’utopie concrète », offrant une porte de sortie à la situation actuelle.

Erreurs stratégiques et potentiel démocratique du mouvement indépendantiste

Dès le début, un mouvement démocratique construit autour du slogan unique «indépendan- ce»  se forma sous la houlette de l’Assemblée Nationale Catalane (ANC), une organisation de masse comptant des branches tout autour du pays, et qui avait endossé le rôle de colonne vertébrale du mouvement. Son intérêt exclusif pour l’indépendance avait éloigné de lui toute possibilité de critique des politiques d’austérité et l’empêchait d’avancer des propositions économiques différentes.

La base discursive du principal mouvement indépendantiste fut ainsi basée sur la primauté de la question nationale comme une matrice d’identité partagée: « nous, catalans, devons nous unir car nous avons des intérêts communs » ainsi que sur la nécessité stratégique d’avoir avant tout un Etat indépendant, qui servirait alors de levier pour choisir le modèle à réaliser pour le pays «sans Etat, on ne peut rien faire». Dans le cas des soutiens de gauche à l’indé- pendance, cette double primauté, de la nation et de l’Etat par-dessus tout, a été acceptée dans une perspective de lutte « pas à pas»  tout d’abord, obtenons l’indépendance, nous combattrons ensuite pour d’autres politiques économiques et sociales ».

Le principal problème de cette stratégie du « pas à pas », c’est qu’elle oublie qu’au sein d’un processus de transition, c’est celui qui le contrôle qui décide de ce qui va par la suite se passer, et qu’il n’y a jamais d’équilibre des forces entre les acteurs sociaux. Les concessions et les reculs d’aujourd’hui ne pourront jamais être récupérés.

L’histoire est pleine de « révolutions » qui ont fonctionné pas à pas, et au sein desquelles, après la réalisation de l’État démocratique, on ne vit jamais arriver d’État social, perdu dans l’espace-temps des illusions brisées. Il n’est pas nécessaire de remonter très loin pour le réaliser, et ainsi paradoxalement la dialectique du « dans un premier temps obtenons l’indé-pendance, puis le reste » est incroyablement similaire à celle prônant « d’abord la démocratie, puis les droits sociaux », celle-là que la gauche avait adoptée lors de la transition post-Franco, et qui avait alors servi à justifier des reculs et des concessions sur lesquels celle-ci n’est jamais revenue.

En politique, les promesses pour le futur n’existent pas réellement ; elles sont à la fois illusoires et fugaces. Afin de tirer parti du moment opportun, il est nécessaire de dispo- ser de la conjoncture adéquate, et ce pour n’importe quel mouvement qui prétend défendre des revendications. Ce que l’on ne peut obtenir aujourd’hui, on ne peut assurer qu’on l’obtien- dra par la suite. Cette stratégie politique basée à la fois sur la double primauté de la nation et de l’Etat, ainsi que sur une progression au « pas à pas » a fabriqué depuis 2012 un mouve- ment qui se base sur de graves illusions, mais qui dans le même temps possède un projet démocratique qui s’oppose violemment aux structures institutionnelles du régime de 1978. Pour cette gauche qui combat le capitalisme néolibéral, c’est le point de départ de toute analyse stratégique.

Base sociale et composition de classe

Comme il est d’usage dans ce type de situations, le mouvement d’indépendance catalan est transversal et interclassiste. Cependant, on y observe une surreprésentation des classes moyennes et des jeunes. La grande bourgeoisie s’est opposée dès son début au processus d’indépendance et a tenté dans l’ombre de le saboter, ou tout au moins de lui faire faire fausse route.

Le cœur des immigrés arrivés en Catalogne après avoir quitté le sud de l’Espagne dans les années 1960 qui composait historiquement la classe ouvrière traditionnelle, se tient également à distance du processus d’indépendance.

C’est une conséquence de deux phénomènes distincts mais corrélés : la faible identification de ce groupe à la question nationale catalane, et la décomposition historique du mouvement ouvrier lui-même. Globalement, on pourrait dire que les classes populaires catalanes restent divisées sur la question de l’indépendance, et une part importante d’entre-elles ne considèrent pas l’indépendance comme un futur envisageable.

Il y a un paradoxe dans le processus d’indépendance. C’est que la force politique domi- nante depuis l’émergence du processus indépendantiste n’est autre que la droite nationaliste catalane, un parti ayant historiquement une forte audience, malgré son opposition à l’indépen- dance. Cependant malgré le fait qu’il ait été à la tête du gouvernement catalan au cours de ces cinq dernières années, ce parti perd une grande partie de son audience en faveur du centre gauche indépendantiste, et a de plus été totalement incapable de prendre contrôle du mouvement pour l’indépendance.

L’indépendance n’était pas un sujet d’intérêt pour la droite nationaliste catalane lors de son arrivée au pouvoir en 1980.  A sa tête Jordi Pujol, le chef de la Convergència Democràtica de Catalunya (CDC), cette date marque le début d’une hégémonie conservatrice sur le nationalisme catalan et la fin de la domination sur le catalanisme des forces progres-sistes, celles qui avaient été le fer de lance de la résistance contre la dictature franquiste.

A cette époque la lutte pour les revendications nationales catalanes et celles pour le droit des ouvriers marchaient main dans la main, et ce parce qu’ils avaient un ennemi commun. Leur liaison était la base de l’orientation adoptée par le mouvement ouvrier, et en particulier par sa principale organisation secrète, communiste, le Partit Socialista Unificat de Catalunya (PSUC). Celle-ci avait volontairement cherché à éviter l’apparition d’une fracture au sein de l’identité nationale de la classe ouvrière catalane, permettant aux ouvriers immigrés d’origine espagnole de s’identifier aux revendications nationales catalanes.

Au cours des années de la transition post-Franco, Pujol avait réussi à toucher les classes moyennes, en adoptant un projet modéré, nationaliste et démocratique, aux créances anti- franquistes irréprochables, lui permettant alors de se présenter comme le garant du transition politique calme, dépassant ainsi la gauche et développant une forte hégémonie politique qui allait se maintenir durant plus de deux décennies. En tant que président, Pujol combinait un pragmatisme positif face au gouvernement espagnol, une tentative de développer l’influence de la Catalogne au sein de la politique espagnole ainsi qu’un nationalisme culturel catalan identitaire, cela afin d’unir les classes moyennes qui composaient sa base sociale.

Dans les années 1990, puis dans la première décennie du 21è siècle, son gradualisme s’est peu à peu mué en une série de positions souverainistes plus marquées, qui visaient à déve- lopper l’autonomie politique catalane afin d’amener la Catalogne à une position plus avanta- geuse dans l’économie globale. En revanche, l’apparition soudaine du mouvement indépen- dantiste en 2012 força le président Artur Mas (successeur de Pujol) à suivre le flux, et à le diriger. Depuis lors s’est opérée un divorce politique entre les pouvoirs financiers et commer-ciaux, et leur parti politique traditionnel, Convergencia, qui continue néanmoins à représenter leurs intérêts de classe.

La première phase : la lutte pour un référendum (2012-2014)

Depuis son apparition soudaine en 2012, le mouvement indépendantiste a eu pour principal objectif d’organiser un référendum sur l’indépendance, requête qui lui a par ailleurs été constamment refusée par le gouvernement espagnol, et qui nie en fait la légitimité même du débat sur l’indépendance.

Cela reflète la véritable nature de l’État espagnol et du régime politique qui a émergé de la constitution de 1978.

La question nationale, et en son sein la « question catalane » était l’une des questions les plus délicates posées par la transition post-Franco, particulièrement pour les héritiers du régime franquiste et de son armée, lesquels avaient alors pour tâche de superviser la rédaction de la nouvelle constitution démocratique sur ce point. A l’époque, les partis catalans exigeaient principalement le rétablissement d’un gouvernement catalan autonome dans le cadre de la refonte démocratique de l’État espagnol.

Votée en 1978, la nouvelle constitution déclarait dans son article deux « l’unité indissoluble de la nation espagnole, patrie commune et indivisible pour tous les espagnols ».

Pour renvoyer aux caractères particuliers de la Catalogne, du Pays Basque ou de la Galice, le texte constitutionnel utilisait le terme ambigu de «nationalités», mais ne reconnaissait cepen- dant ni le caractère multinational de l’Etat espagnol, ni un quelconque droit des peuples cités à l’auto-détermination. En pratique, cela annonçait l’établissement d’un Etat fortement décen- tralisé, tant au niveau politique qu’administratif, tout en chargeant la constitution et son inter- prétation de plus en plus restrictive par la Cour Constitutionnelle de cadrer cette décentralisation.

En 2012, le gouvernement catalan promit d’organiser un référendum sur la question de l’indépendance, que l’on décida de planifier pour le 9 novembre 2014.

Lorsque la Cour Constitutionnelle décida de l’interdire, le gouvernement catalan suspendit son organisation, mais ne mit pas un terme à ses efforts, décidant alors d’opter pour une solution intermédiaire : il s’agirait d’organiser une consultation populaire semi-officielle, qu’ils appelèrent non pas «référendum», mais «processus participatif». Cela permettait de ne pas se rendre au diktat du gouvernement central, tout en évitant la confrontation institutionnelle directe.

Quant au gouvernement espagnol, il ne pouvait pas empêcher la tenue d’un évène- ment massif et démocratique en faveur de l’indépendance. Mais dans le même temps, le mouvement indépendantiste se retrouva incapable de présenter cet évènement comme un acte explicite de rupture institutionnelle, capable de précipiter décisivement les évènements. A la place, celui-ci opta pour une feinte de dernière minute, pour une réalisation qui peut-être n’était pas un simple témoin, mais qui par contre ne signait pas le commencement d’une dynamique claire à venir.

La deuxième phase : feuille de route illusoire et retour à la case départ (2014-2016)

Le 9 novembre a transmis un message politique ambigu, et ce pour deux raisons : premiè-rement, du fait de son caractère hybride: ce n’était ni un référendum reconnu ni une confron- tation institutionnelle clairement annoncée, l’évènement prit peut-être une importance incon- testable, mais celui-ci ne pouvait porter aucune conséquence politique ; deuxièmement l’hégé- monie du oui à l’indépendance était incontestable, mais ne constituait cependant pas une écrasante majorité absolue.

Le oui a totalisé 1 861 753 voix sur 2 305 290 suffrages exprimés: la totalité de l’électorat catalan était composée de 5,2 millions d’individus (même si dans ce cas un total de 6,2 millions d’individus pouvait exprimer leur voix sur le sujet, le gouvernement catalan ayant donné le droit de vote à tout individu de plus de 16 ans, ainsi qu’à 900 000 résidents étrangers).

Quelque part, l’évènement du 9 novembre a constitué la formule parfaite pour orga- niser un référendum sans en organiser un, et pour se vanter qu’un tel référendum ait pu avoir lieu, sans que cela soit vrai. Ainsi, malgré le fait qu’il constitua un succès politique et social incontestable, c’était une grave erreur stratégique qui avait mené le mouvement dans une impasse, pour ensuite lui donner une nouvelle feuille de route tout aussi défectueuse que la précédente.

http://www.europe-solidaire.org/

Premièrement, en transformant les élections régionales catalanes du 27 septembre 2015 en un plébiscite sur l’indépendance, et

Deuxièmement en initiant, après la formation d’un nouveau gouvernement, un proces- sus de dix-huit mois visant à se « déconnecter » (c’est le terme officiellement employé par le mouvement) de l’Etat espagnol, c’est-à-dire à proclamer son indépendance.

Cette feuille de route comprenait une contradiction indépassable: ce même mouve- ment, qui n’avait pas été capable de désobéir à l’interdiction d’organiser le référendum du 9 novembre, entrait maintenant dans la deuxième étape de son existence, laquelle exigeait plus de démonstrations de force, de mobilisations et de conflits qu’il n’avait été nécessaire d’en fournir pour organiser le référendum, pour lequel il avait déjà manqué de virulence.

Finalement, après un détour de deux ans qui n’a mené nulle part, les incohérences de cette feuille de route ont forcé le gouvernement catalan et le mouvement indépendantiste à faire amende honorable en septembre 2016, pour ensuite retourner à la case départ : il était nécessaire d’organiser un référendum sur l’indépendance, lequel constituerait alors le catalyseur de la confrontation démocratique – un instant de vérité, en quelque sorte.

La gauche contre l’indépendance en Catalogne

Le parti catalan d’Ada Colau, maire de Barcelone, Catalunya in Comύ, conserve une position très docile quant au 1er octobre, malgré le fait qu’il défende l’obtention d’un référendum autorisé par l’État.

Il occupe donc une position clairement passive et dans l’expectative, tout en dénon- çant la répression d’État. Ainsi le parti a-t-il décidé de prendre part à la mobilisation du 1er octobre, tout en insistant bien sur le fait qu’il s’agissait pour eux plus d’une « mobilisation » que d’un véritable référendum, en ce que ce dernier ne dispose pas des « garanties » nécessaires pour le considérer comme tel. De ce fait, Catalunya en Comύ estime que le vote du 1er octobre n’apportera aucune contrainte à respecter et explique qu’après sa tenue, il continuera à militer pour obtenir un référendum qui serait autorisé par l’État.

Ce positionnement pose de sérieux problèmes 

Le premier d’entre eux est qu’il est évident que le manque de garanties ainsi que les incertitudes procédurales et légales qui pèsent sur le vote sont le fait de la répression étatique espagnole qui a forcé le gouvernement catalan à agir d’une manière tout sauf conventionnelle pour éviter les obstacles qu’elle lui avait elle-même tendus.

Le second est que cela nie tout lien entre le 1er octobre et les conditions politiques qui naîtront le 2 octobre, sans réaliser que toute tentative d’établir un référendum contrai- gnant et reconnu par l’État après le 1er octobre ne pourrait être couronnée de succès que si le gouvernement espagnol subit une défaite politique, ou tout au moins si l’attitude répressive que celui-ci a adopté se révèle lui coûter très cher.

Le troisième problème est que malgré le fait que Catalunya en Comύ ait décidé de prendre part au référendum, le parti n’a pas accepté d’appeler à une mobilisation en masse pour le vote, et n’a même pas appelé à aller voter, faisant profil bas quant à son engagement vis-à-vis de l’évènement.

Il est aussi important de rappeler la position occupée par Podem, branche catalane de Podemos, qui ne fait pas stricto sensu partie de Catalunya en Comύ (même si les deux partis adopteront probablement une sorte d’accord électoral avant les prochaines élections catalanes), parti créé durant l’expansion générale de Podemos à travers toute l’Espagne suite à la campagne de 2014 pour les élections Européennes. Mais celui-ci s’est construit sans aucune réflexion sur la question nationale catalane ni, plus généralement, sur la manière dont il pourrait s’insérer en Catalogne et se relier au processus d’indépendance amorcé en 2012.

Le projet national-populaire espagnol défendu par la direction centrale de Podemos s’est retrouvé en conflit avec la situation politique en Catalogne sur la question nationale catalane, et y a ainsi affaibli le potentiel qu’avait Podem.

En un sens, ce qui avait fait de Podemos un parti incontournable partout en Espagne, en avait fait une formation politique marginale en Catalogne. Cependant, Podem a finalement opté pour le soutien actif à la participation au référendum du 1er octobre, ce qui constitue en l’espèce un engagement bien supérieur à celui souhaité par Pablo Iglesias (qui se rapproche alors bien plus de Catalunya en Comύ que de la branche catalane de son propre parti).

Malgré cela, Podem ne considère pas que le référendum du 1er octobre aura un quelconque effet contraignant, et soutient le vote contre l’indépendance. Mais il s’est définitivement rangé du côté de ceux qui, malgré le refus prononcé par l’État espagnol, veulent maintenir la tenue du référendum.

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02 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

état espagnol 2 (essf)

bomb

 La gauche catalane anticapitaliste et pour l’indépendance

Au sein du mouvement indépendantiste s’est formée une aile anticapitaliste significative autour des Candidatures d’Unitat Popular (CUP). L’indépendantisme radical, qui était plutôt marginal dans les années 1970, s’est significativement développé chez les jeunes et au sein de la gauche non-parlementaire au cours des années 1980, et s’est par la suite consolidée, durant les années 1990.

Il s’agissait d’une idéologie pertinente et présente dans le milieu militant, mais elle est cependant restée politiquement marginale jusque dans les années 2000.

A cette période elle commença à obtenir des sièges dans les conseils locaux, grâce à une stratégie municipaliste basée sur la création de CUP locales. Les CUP pénétrèrent au parle- ment catalan pour la première fois en 2012, totalisant alors 3.4% des voix, obtenant ainsi trois parlementaires. En 2015, ce score est monté à 8.2%, lui permettant d’obtenir 10 parlemen- taires. Au cours des cinq dernières années les CUP ont combiné fidélité au processus indépendantiste et affirmation d’un programme anticapitaliste.

Cependant, son action politique s’organisait majoritairement au sein du processus d’indépendance, sans réussir à lier ce programme anticapitaliste à une stratégie d’action qui, sans quitter le chemin de l’indépendance entamé en 2012, aurait pu à la fois relier ce dernier à des couches sociales extérieures tout en aidant à redéfinir certains des piliers stratégiques du mouvement indépendantiste officiel.

Durant cette période, les CUP ont commis deux erreurs d’importance, lesquelles sont d’une certaine manière interconnectées. La première d’entre elle a été de n’avoir pas de politi- que d’unification avec la gauche qui, tout en ne soutenant pas l’indépendance, défend le droit à l’autodétermination, comme la branche catalane de Podemos ou encore Catalunya en Comύ. Si elles avaient poursuivi cet objectif, la cartographie de la gauche catalane en aurait été changée.

Leur deuxième erreur a été dans un premier temps d’approuver la décision du gou- vernement catalan de ne pas maintenir le référendum prévu pour le 9 novembre, et d’orga- niser à la place le « processus participatif », semi officiel et non contraignant, et ensuite d’adopter la feuille de route allant avec, c’est-à-dire la transformation des élections régionales du 27 septembre 2015 en un plébiscite afin de faire naître par la suite un processus incertain de marche vers l’indépendance 18 mois plus tard.

Les CUP ont traité aussi bien qu’ils ont pu avec leurs difficultés internes, conséquen- ces d’une ligne politique erronée, mais cela sans réellement ni afficher leur participation au processus, ni le soutien de la base qui témoignait de sa démocratie interne et s’opposait ainsi clairement aux plébiscites autoritaires pratiqués par Podemos. Par la suite, en 2016, elles onnt joué un rôle décisif dans la transformation de la feuille de route post-élections régionales en un chemin vers le référendum. 

Bifurcation stratégique et horizons politiques

L’opposition entre le fédéralisme (et donc le droit à l’autodétermination) et l’indépendance a constitué le handicap stratégique principal de la gauche catalane, et a de ce fait formé une profonde ligne de démarcation entre leurs partisans respectifs.

De manière surprenante, presque personne n’a essayé de formuler un accord straté- gique entre les soutiens à l’indépendance et les fédéralistes en faveur du droit à l’autodétermination.

Un tel accord aurait pu être réalisé, en se basant sur la stratégie objective de fondation d’une République catalane, et aurait pu entamer, de manière unilatérale, un processus de constitu- ante catalane sans nécessairement être d’accord sur la finalité de la nouvelle République : indépendance ou une sorte de proposition d’alliance fédérale avec le reste de l’État espagnol.

Le corollaire politique de cette incapacité à fonder un accord stratégique entre les indépendantistes et les défenseurs du droit à l’autodétermination n’est autre que l’incapacité à organiser une convergence entre les objectifs stratégiques divergents qui émer- gent du processus d’indépendance, ainsi que du 15-M et de ses réincarnations. En refusant de mener quelque réflexion sérieuse que ce soit, d’un côté Catalunya en Comύ, et de l’autre les CUP, les deux partis se tirent une balle dans le pied, créant un grand nombre de lacunes, lesquelles les rendent actuellement boiteux, et menacent de se transformer en une série d’incapacités de long terme. Le résultat de ce refus c’est la division de la gauche radicale, qui laisse plus d’espace au parti indépendantiste de centre-gauche: Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) ainsi qu’à la droite catalane.

La Gauche espagnole et l’indépendance catalane : un rendez-vous manqué

La gauche espagnole entretient depuis longtemps des relations complexes avec la question nationale catalane, ou plutôt avec la mécompréhension de cette question, ainsi qu’avec l’incapacité de l’articuler stratégiquement avec son propre projet pour l’Espagne.

Ce fut d’ailleurs assez visible à certains moments clé de l’histoire de l’Espagne, comme lors de l’établissement de la Seconde République espagnole, le 14 avril 1931.

La « question catalane » était l’un des sujets les plus débattus, et la procédure visant à approuver le statut d’autonomie catalane (voté le 9 septembre 1932 par le parlement espa- gnol) fut turbulente. La formulation d’une « République intégrale », mais qui serait « compatible avec l’autonomie des villages et des régions », présente au sein de la constitution de la Seconde République contrastait violemment avec les revendications nationales catalanes.

Comme l’écrit dans son livre Révolution et Contre-révolution Joaquin Maurin, principal théo- ricien de l’hétérodoxe Partido Obrero de Unificacion Marxista (POUM, Parti ouvrier d’unification marxiste) : « la République n’était pas fédérale mais intégrale, un euphémisme d’unitaire ». Ce qui ne voulait pas uniquement dire qu’elle n’était pas capable de répondre par l’affirmative aux revendications catalanes, mais aussi qu’elle avait affaibli la République elle-même dans sa capacité à marquer une rupture avec l’ancien État monarchique :

« La République devait être l’antithèse de la monarchie. De ce fait sa mission était d’être en rupture permanente avec ce centralisme bureaucratique étouffant, cette carapace moisie que représentait l’ancien régime. La monarchie était centraliste ? Alors la République se devait d’être fédérale […]. Faire une république fédérale ou unitaire changeait absolument tout. Une structure fédérale aurait des conséquences positives d’importance : elle détruirait l’ancien appareil étatique, le déchirant en morceaux, le forçant à disparaitre. C’était une mesure plus révolutionnaire que la proclamation de la République elle-même ».

Dans la transition post-Franco des années 1970, les partis de gauche, y compris le PSOE, défendirent fermement le droit à l’autodétermination.

En réalité, cette défense était surtout rhétorique et la gauche, le Parti Communiste Espagnol (PCE) compris, accepta finalement une constitution qui reniait clairement ce droit. Depuis lors, le parti communiste, ainsi qu’Izquierda Unida, la coalition électorale qu’il a fondée en 1986, ont défendu le droit à l’autodétermination, mais de manière rhétorique, de manière abstraite et simplement en vue de transformer l’Espagne en un État fédéral, sans accepter le fait que le droit à l’autodétermination soit aussi un droit à la sécession.

Dans leurs programmes respectifs pour les élections législatives espagnoles du 20 décembre 2015, Podemos et Izquierda Unida estimaient tous deux qu’il était nécessaire d’organiser un référendum sur l’indépendance de la Catalogne, c’est-à-dire un référendum contraignant soutenu par l’État. De ce point de vue, le référendum faisait partie d’une lutte pour articuler une nouvelle majorité politique de gauche dans l’État espagnol tout entier.

Cependant, ceux-ci sont restés opposés à la tentative du gouvernement catalan d’organiser un référendum unilatéral sans l’aval de l’État, dans un contexte au sein duquel il est clair qu’il n’existe pas de perspective à court terme pour former une nouvelle majorité favorable au référendum au Parlement espagnol.

Izquierda Unida s’est désolidarisé du référendum du 1er octobre, pendant que Podemos a adopté la position de ses alliés de Catalunya en Comύ : il soutient la tenue du référendum le 1er octobre, mais pointe le fait qu’il s’agit plus d’une sorte de « mobilisation » que d’un véritable référendum, et qu’il manque à celle-ci les « garanties » qui en feraient un référendum à part entière, lui empêchant toute possibilité d’avoir un quelconque effet contraignant.

Cependant, polarisation extrême entre d’un côté le gouvernement catalan, et de l’autre l’État espagnol ainsi que l’escalade de la répression entamée par le gouvernement PP ont forcé à la fois Izquierda Unida et Podemos à rompre leur neutralité pour dénoncer les politiques autoritaires pratiquées par le gouvernement espagnol.

 Le régime de 1978 et la dialectique centre-périphérie

Une question stratégique essentielle concernant la progression du mouvement indépendantiste catalan tient dans la manière dont celui-ci affecte la vie politique ainsi que la société espa- gnole : contribue-t-il à affaiblir le gouvernement espagnol et le régime né en 1978 ? Ou au contraire le renforce-t-il en faisant office de bouc émissaire, sorte d’ennemi intérieur-extérieur permettant de remplumer les valeurs réactionnaires et l’hégémonie de la droite hors Catalogne ?

Il n’est pas possible de répondre sans équivoque à cette question pourtant essen- tielle, mais on peut dire que la gauche espagnole se doit de travailler en faveur de la réalisa- tion du premier scénario, ce qui veut dire combattre de front le projet hégémonique du nationa- lisme espagnol ainsi que sa rhétorique réactionnaire. Plus la gauche se rend à l’argumentaire de l’hégémonie espagnole, et plus elle essaie de tourner autour du pot en ce qui concerne les sujets délicats, plus elle prépare le terrain pour le PP et ses sbires afin qu’ils instrumentalisent l’indépendance catalane comme un bouc émissaire visant à détourner l’attention de sa propre incompétence.

Ce qui est en jeu c’est la capacité des forces de gauche espagnoles favorables à un système fédéral ou confédéral, ainsi que du mouvement indépendantiste catalan (de même que ses homologues basques et galiciens), sur la base d’un respect pour leurs projets mutuels. Autrement dit leur capacité à articuler une stratégie commune de lutte contre les piliers et les places fortes du régime de 1978, ainsi que contre les autorités économiques. En bref, le défi consiste en l’élaboration d’une dialectique centre-périphérie complexe, qui ne voit pas simplement les problèmes depuis le centre (l’arène politique espagnole), et qui ne s’enfer- me pas non plus dans une perspective visant à combattre uniquement depuis la périphérie (Catalogne, Pays-basque et Galice).

Ce problème stratégique crucial est malheureusement absent des débats depuis 2011 et 2012 et n’a pas l’air d’intéresser vraiment ni Podemos et Izquierda Unida d’un côté, ni les CUP et le courant indépendantiste de l’autre.

Au sein de ce scénario l’une des heureuses exceptions à la règle a été Anticapitalistas, l’orga- nisation révolutionnaire qui anime un courant minoritaire au sein de Podemos et qui cherche à construire une dialectique centre-périphérie pour abattre le régime de 1978. Anticapitalistas constitue probablement la seule organisation politique espagnole défendant le mouvement indépendantiste catalan ainsi que le droit des institutions catalanes à organiser un référendum sur leur indépendance.

Les défis du 1er Octobre

On ne peut pas rester neutre face au combat entre l’Etat espagnol et le gouvernement catalan. D’un côté se trouve une approche réactionnaire et antidémocratique qui nie le droit à l’auto-détermination ainsi que la revendication démocratique essentielle qu’est la demande d’un référendum. De l’autre côté, on trouve une revendication démocratique qui exprime un inconfort longtemps ressenti vis-à-vis de l’État espagnol.

Les mesures répressives mises en place par le gouvernement espagnol et les appareils éta- tiques qui ont été employés afin de paralyser l’organisation du référendum sont d’une intensité et d’une richesse de signification politique sans précédent. La Cour Constitutionnelle espa- gnole a invalidé l’acte portant sur le référendum voté par le Parlement catalan le 6 septembre. Ce vote avait annoncé le début d’un combat de légitimités ainsi que de légalités entre la Catalogne et l’Espagne, une situation de double pouvoir institutionnel fortement déséquilibrée.

Suite à la décision de la cour constitutionnelle, toutes les activités en lien avec le référendum ont été déclarées illégales. La Garde Civile (l’une des forces de police espa- gnoles) a perquisitionné plusieurs imprimeries, cherchant du matériel de campagne pour le référendum ainsi que des bulletins de vote. Ils ont fouillé ainsi les sièges de plusieurs médias. Le procureur général espagnol avait appelé au jugement de 712 maires catalans (sur 947), pour avoir officiellement exprimé leur soutien au gouvernement catalan sur la question du référendum et leur volonté de participer à son organisation.

Le 20 septembre, après avoir parcouru les registres de certains des quartiers généraux officiels du gouvernement catalan, la police espagnole arrêta des individus impliqués dans la mise en place pratique du référendum. De plus, les comptes bancaires du gouvernement catalan furent bloqués. Hors de Catalogne, tout action de solidarité envers le référendum fut sévèrement réprimée : l’exemple le plus connu est celui de ce juge qui avait interdit la tenue d’une réunion en faveur du référendum, qui devait avoir lieu dans un bâtiment du conseil municipal de Madrid, et qui fut finalement déplacé dans un théâtre privé.

Tout cela montre clairement que ce qui est en jeu avec le 1er octobre, ce n’est pas uniquement la possibilité pour les Catalans de faire entendre leur opinion sur l’indépendance de la Catalogne, mais bien une lutte démocratique plus large concernant le devenir des struc- tures institutionnelles créées en 1978, qui pourraient se renforcer ou au contraire être affai- blies selon l’issue.

La tâche principale de la gauche espagnole est maintenant de manifester sa soli- darité avec le peuple catalan concernant leur droit légitime à la tenue de ce référendum. Pour la gauche catalane, ce défi comporte trois dimensions.

Premièrement, il s’agit d’aider à défaire la répression exercée par l’État espagnol afin de pouvoir maintenir la tenue du référendum le premier octobre.

Deuxièmement, il s’agit de mobiliser le plus de participants possibles. La grande majorité des opposants à l’indépendance ne reconnait pas de légitimité à ce référendum, et appelle à son boycott, à l’exception notable de la branche catalane de Podemos, dont le secrétaire général défend à la fois le référendum et le non à celui-ci, et aussi Catalunya en Comu, dont les principaux leaders ont annoncé leur intention d’aller voter, mais pas le contenu dudit vote.

La troisième dimension de ce défi est sans aucun doute de défendre le « oui » com- me étant l’option stratégiquement la plus pertinente. Une réponse positive au référen- dum ne constitue pas seulement la seule option logique pour les indépendantistes, elle devrait aussi être celle de ceux qui défendent le choix d’une coexistence fédérale volontaire entre les peuples catalans et espagnols, un horizon fédéral qui ne peut qu’être fondé sur une base existante de souveraineté catalane.

C’est ce «oui» stratégique qui pourrait porter un coup important au régime de 1978 et libérer le potentiel démocratique de la Catalogne de construction de meilleures structures politiques et sociales, même s’il n’est pas certain que ce potentiel sera exploité pleinement. C’est précisément le défi stratégique pour l’avenir.

Josep Maria Antentas Traduit par Niels Laloë.

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01 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

sur place à barcelone (npa)

bomb

Catalogne : à la veille d’une bascule ?

La première journée de la délégation du NPA en Catalogne a donné plusieurs enseignements sur la réalité de la mobilisation pour le référendum sur l’indépendance de la Catalogne sous la forme d’une République (par opposition à l’actuelle monarchie espagnole).

La première impression s’oppose radicalement au discours des médias qui prétendent que la moitié des bureaux de vote ont été fermés.

Nous n’avons vu que des bureaux de vote ouverts, avec des dizaines de personnes à l’inté- rieur. Car, aujourd’hui, l’objectif des comités de défense du référendum (CDR, peut-être en référence aux comités de défense de la révolution à Cuba ?) était d’occuper les bureaux de vote par des animations culturelles, toute la journée et une partie de la nuit. En effet, le gou- vernement de Madrid a donné l’ordre d’évacuer les bureaux de vote à 6 heures du matin dimanche. Les occupants ont organisé, dans les établissements scolaires où se déroulent les votes, des débats, des jeux avec les enfants, des activités sportives toute la journée et vont y dormir.

A 5h30, les organisateurs du référendum, liés à la Generalitat, doivent prendre le relais.

Dans les discussions que nous avons eues, les occupants ne semblaient par alarmés par la menace de la Guardia Civil d’évacuer les bureaux de votes. La police catalane, les Mossos d’Esquadra, dont le gouvernement de Madrid tente de prendre le contrôle, semble ne pas vouloir prendre position dans le conflit. Ces policiers ont donc prévu de faire la tournée des bureaux et de rendre des rapports à la Guardia Civil, sans intervenir eux-mêmes.

Notre impression est limitée par la nature des bureaux de votes que nous avons visités, dans certains quartiers de Barcelone et de Figueres, mais plusieurs points s’en dégagent. Le premier est celui d’un mouvement « semi-massif » : les rues sont relativement vides mais les bureaux de votes sont pleins, certains quartiers sont remplis d’affiches mais d’autres beaucoup moins. Les raisons d’organiser le référendum et de le soutenir sont très diverses, entre les motivations sociales et les motivations culturelles.

En lisant les informations données en France, on avait l’impression que la population avait de grandes illusions dans le fait que le référendum se déroulerait tranquille- ment, sans violence.

Nos informations sur place nous font envisager une autre possibilité. Il semble que la police ait volé des urnes et des listes d’émargement pour diminuer la légitimité du référendum. Par ailleurs, des affrontements avec l’extrême droite ont eu lieu dans plusieurs quartiers. Il est donc possible que la police cherche à décrédibiliser le mouvement par ce biais également, pour tenter globalement de faire du référendum un non-événement.

La vérité des prix se fera demain : en effet, s’il y a des centaines de milliers de personnes qui viennent voter, il sera difficile pour l’Etat de minimiser le mouvement. Il semblerait que 60 000 personnes se soient inscrites pour organiser le référendum à Barcelone… tandis que 6 000 membres de la Guardia Civil ont été mobilisés et 15 000 Mossos dont le positionnement reste incertain.

Au-delà des illusions sur les formes institutionnelles de la lutte, sur les vertus du nationalisme catalan, une dynamique semble donc enclenchée qui remet en cause le pouvoir central de Madrid, de la monarchie et le régime de la transition issu du franquisme.

L’enthousiasme de milliers de personnes, la réappropriation des lieux publics, les débats multiples créent en eux-mêmes un début de remise en cause du système. La preuve, ce sont les manifestations de dizaines de milliers de jeunes des universités et des lycées et la grève des dockers empêchant le débarquement et le ravitaillement des policiers envoyés par Madrid pour empêcher le référendum.

L’appel syndical à la grève générale à partir du 3 octobre, quoiqu’ encore très minoritaire, montre également la possibilité d’une transformation du mouvement actuel en mouvement sous une forte influence de la classe ouvrière. Le mouvement est profond, c’est indéniable ; l’affrontement a été renforcé par l’autoritarisme de Madrid, qui met la grande majorité des habitants de Catalogne d’accord sur le droit démocratique de se prononcer et le refus de la répression.

A suivre…

Samedi 30 septembre 2017

https://npa2009.org/

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01 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

indépendantisme 1 (à l’encontre.ch)

catalunyareferendum

Je viens interroger les gens. Et tu vas leur demander quoi?

Classe, hégémonie et indépendantisme catalan

• L’un des arguments typiques, de «sens commun» de la gauche traditionnelle pour ne pas soutenir le référendum catalan du 1er octobre est que le Procés est dirigé par la bourgeoisie. Exprimée ainsi, cette appréciation est complètement fausse et elle ne peut que se fonder sur deux malentendus, le premier malveillant alors que le second ne peut qu’être le produit de l’ignorance ou d’un déplacement de catégories tellement absurde qu’il s’invalide de lui-même.

Le caractère erroné de cet argument peut être vérifié empiriquement. La grande bourgeoisie catalane a pris position régulièrement contre le Procés, car ce dernier serait irresponsable et qu’il provoquerait l’instabilité pour les «affaires économiques» (investisse-ments). Cela peut être vérifié pour quiconque se donne la peine de chercher sur Google les déclarations de l’organisation patronale catalane: Foment del Treball. L’ignorance découle du type de définition de la bourgeoisie, un concept que la gauche espagnole a utilisé au cours des quarante dernières années exclusivement pour faire référence à la Catalogne ou, dans le cas du Parti communiste espagnol (PCE), pour justifier sa politique d’alliances avec la bour- geoisie progressiste et nationale (sic) qui aurait été représentée en 1978 par Adolfo Suárez [1].

«Bourgeoisie» est un concept de l’économie classique repris par le marxisme, qui définit la classe dominante en son rapport avec la propriété des moyens de production.

Ainsi que nous l’avons signalé, les élites de ce secteur social sont opposées au Procés: le Foro Puente Aéreo [«conclave» de grands entrepreneurs de Madrid et de Barcelone, qui s’est réuni au siège de Madrid de la compagnie pétrolière espagnole Repsol le 19 septembre, l’organisation patronale Foment del Treball, l’élitaire Círculo Ecuestre, le Círculo de Economía ou encore la Trilateral commission [fondée en 1973, elle réunit certaines des «personnalités» les plus puissantes au monde; le président de sa branche européenne est l’ancien président en second de la BCE, Jean-Claude Trichet] ont manifesté à de nombreuses reprises leur opposition à l’indépendance, tout comme José Manuel Lara (du groupe de presse et d’édition Planeta), Isidre Fainé (président de la Caixa Bank), Josep Lluís Bonet (Freixenet, producteur du fameux «champagne catalan», le cava) ou encore Josep Oliu (Banque Sabadell, célèbre auteur, en juin 2014, de la formule selon laquelle la création d’un Podemos de droite était nécessaire).

Certains secteurs du Foment del Treball ont toutefois appuyé, devant le fait accompli, le Procés, dans l’espoir d’améliorer leur position et leurs prébendes face à la bourgeoisie du reste de l’Etat ainsi que sur le plain international. La dynamique de mobilisation populaire du Procés a reçu l’aval de la majorité des entrepreneurs des PME, organisés dans des entités telles que la PIMEC [Micro, petita i mitjana empresa de Catalunya], la Cecot ou encore la Cámara de Comercio.

Aucun de ces acteurs n’a, en aucune mesure, été à l’origine du Procés, ils ont toutefois, fidèles à leur pragmatisme proverbial, repositionné leurs intérêts à mesure qu’avançait le pro- cessus. Ainsi que l’a reconnu, avec une mélancolie lampédusienne, Artur Mas lui-même devant le Colegi d’economistes de Catalunya avant la consultation du 9 novembre 2014: «Les élites du pays ne doivent pas prétendre à changer le cours de l’histoire, mais elles doivent canaliser ce mouvement de base. Il ne s’agit pas de freiner ou d’arrêter, mais de faire en sorte que son résultat soit bon.»

Faire en sorte que le résultat des «choses» (événements) ne soit pas «bon» pour ces secteurs de la classe dominante, agir sur leurs contradictions et tenter d’empêcher qu’elles puissent «canaliser» la crise du régime, afin d’y mettre un terme d’en haut au moyen d’un nouvel accord et d’une nouvelle répartition du gâteau entre les élites, est la première tâche de toute organisation ou espace qui aspire au changement politique et social.

Observer de loin, avec l’excuse que des secteurs de la bourgeoisie catalane prétendent le «canaliser» en direction de leurs intérêts propres, que le plus important mouvement de masse qui se déroule actuellement en Europe s’écrase, n’est pas une alternative.

Au contraire, c’est précisément pour cette raison qu’il faut soutenir le mouvement et mener une bataille pour sa direction politique en faisant en sorte que ses secteurs les plus populaires agissent et se rassemblent. Dans le contexte d’un «article 155 de facto» [2] en Catalogne et d’une régression démocratique dans l’ensemble de l’Etat, ne pas comprendre que si le processus souverainiste s’écrase, nous nous écrasons toutes et tous a un mérite herméneutique: empêcher que la réalité gâche une bonne histoire.

• Qui donc dirige le mouvement? Ou, plutôt, qui surfe sur le mouvement souverainiste catalan? Il est évident qu’un secteur de la classe politique catalane (comprenant sans aucun doute des éléments peu désirables et peu suspects de vouloir réaliser une transformation radicale de la société) a cessé de représenter les intérêts politiques de la grande bourgeoisie catalane (bien qu’ils continuent de défendre son programme économique) et maintient son aspiration à tenir un rôle dirigeant par le biais de son contrôle d’une partie de l’appareil d’Etat et de sa capacité de s’adapter à un processus de masses indépendantiste.

Ce dont il est actuellement question est d’empêcher que le processus de mobili-sation sociale en cours serve de récit héroïque justifiant leur projet social et économique d’austérité.

Le défi ici ne consiste pas à savoir qui est capable de décrire avec le plus de fureur un secteur dirigeant du processus, mais plutôt de savoir de quelle manière nous sommes capables d’arti- culer un terrain commun entre la gauche indépendantiste et souverainiste de Catalogne et celle du reste de l’Etat qui permette de donner naissance à une nouvelle hégémonie: une république catalane et des processus constituants est un avenir possible qui pourrait être activé le 1er octobre si existait une volonté politique suffisante.

Loin de la tendance à voir le processus indépendantiste catalan comme quelque chose d’homogène, il est intéressant d’en explorer les contradictions internes et de le considérer comme un champ de luttes dont le terme n’est pas déterminé.

Au sein d’un processus national-populaire, l’homogénéité est une fiction préalable à la lutte réelle ou conquise au travers du monopole d’Etat: c’est-à-dire que le «national» tend à suturer toutes les contradictions de classe qui existent dans le «populaire». Toutefois, lorsque ce processus national-populaire se met en mouvement et entre en conflit avec les appareils de domination de l’Etat, les premières failles apparaissent, des répertoires de lutte qui vont au-delà de celles des élites dirigeantes du Procés.

Nous faisons l’hypothèse que personne n’affirmera qu’il y a plus de 2 millions de bourgeois ou de politiques en Catalogne.

Il est certain que la matrice dominante est lesdites «classes moyennes» (un concept qui place au premier plan sa propre définition de l’hétérogénéité des composantes de ces classes ainsi que leur rapport avec des attentes de classe déterminée au détriment d’une définition marxiste, c’est-à-dire en lien avec la propriété des moyens de production) et que la «classe laborieuse» dans son acception classique est absente. C’est-à-dire que nous nous trouvons devant un mouvement interclassiste, au sein duquel on rencontre des ouvriers, des petits propriétaires, des fonctionnaires, des politiciens, des avocats, médecins et ingénieurs ainsi que des patrons de petites et moyennes entreprises, etc.

Leur relation avec le mouvement indépendantiste n’est toutefois pas déterminée par leur place dans le rapport économique, mais plutôt par leur adhésion national-populaire au projet d’une Catalogne indépendante.

Cela implique un programme plein de contradictions: un secteur du Procés semble avoir comme modèle pour une Catalogne indépendante une sorte de Suisse du sud de l’Europe. La majorité des bases (un rêve qui est bien sûr partagé par la majorité de la base sociale du «progressisme» espagnol) tire son exemple d’une Suède méditerranéenne [en raison du type de «protection sociale», toujours plus affaiblie], au sein de laquelle le marché serait contrôlé par un Etat efficace et sensé.

Un secteur minoritaire, mais significatif (plus significatif, pour le moins, que dans le reste de l’Etat espagnol et qu’en tout autre endroit d’Europe) mise sur une issue nettement anticapitaliste du Procés.

Par conséquent, l’horizon d’une Catalogne indépendante dissimule des projets différents. Est-ce si étrange? Les mouvements politiques et sociaux de masse qui ont émergé suite à la défaite du mouvement ouvrier infligée par le néolibéralisme n’ont-ils pas été traversés de faiblesses similaires? L’une des limites principales de notre époque ne réside-t-elle pas dans l’absence d’une classe laborieuse «formée» et disposant d’un projet de transformation hégémonique?

Sans aucun doute, ces limites évidentes empêchent de parler du mouvement indépendantiste comme d’un mouvement socialement révolutionnaire car il ne met pas en cause les fondements matériels du capitalisme: ni la subordination des intérêts collectifs à la propriété privée, ni les rapports de production et de reproduction fondés sur l’exploitation et l’oppression.

Mais, était-ce le cas du 15M («les indignés»)? La classe laborieuse et ses intérêts tenaient-ils le rôle principal, occupant les lieux de travail et étendant un projet de société alternative depuis le cœur du capital? Il est vrai que le 15M était porteur d’un programme socialement plus avancé, mais cela n’est apparu comme quelque chose de réel qu’ensuite pour ce secteur de la gauche qui observe aujourd’hui avec méfiance la Catalogne et qui regardait avec la même méfiance le mouvement du 15M, car il ne se définissait pas de gauche ainsi que par l’absence en son sein de la «classe ouvrière».

Tous les mouvements sur lesquels s’appuie la gauche de transformation remplissent-ils nécessairement, a priori, toutes ces caractéristiques qui délimitent aussi nettement ce qui est révolutionnaire? Cette conception du rôle de la classe ouvrière rappelle la critique juste que formulait Ernesto Laclau à Karl Kautsky et à la Deuxième Internationale dans son ouvrage Hégémonie et stratégie socialiste [publié en 1985, la traduction française date de 2009]:

«Le prétendu radicalisme de sa position était, cependant, la pièce centrale d’une stratégie fondamentalement conservatrice; fondée sur le refus de tout compromis ou de toute alliance ainsi que sur le développement d’un processus dont l’issue ne dépendait pas d’initiatives politiques, ce radicalisme conduisait au quiétisme et à l’attente. La propagande et l’organisation étaient les deux tâches essentielles – en réalité les seules – du parti.

La propagande ne tendait pas à la formation d’une «volonté populaire» plus large sur la base de laquelle gagner de nouveaux secteurs à la cause socialiste mais plutôt, essentiellement, à un renforcement de l’identité ouvrière; en ce qui concerne l’organisation, son étendue ne signifiait pas une participation politique croissante sur divers fronts, mais plutôt la construction d’un ghetto au sein duquel la classe ouvrière mènerait une existence ségréguée et centrée sur elle-même.

Cette institutionnalisation progressive du mouvement correspondait bien à une conception selon laquelle la crise finale du système capitaliste serait l’œuvre de la bourgeoisie elle-même, qui se dirigeait vers sa ruine, le rôle de la classe ouvrière ne consistant finalement qu’à se préparer à intervenir au moment approprié. Depuis 1881, Kautsky affirmait: «notre tâche n’est pas d’organiser la révolution, mais de nous organiser pour la révolution; ne pas faire la révo- lution, mais de profiter de celle-ci». [Sur ces questions, voir les débats entre Kautsky, Rosa Luxemburg et Anton Pannekoek sur la grève de masse avant la Première Guerre mondiale publié en français sous le titre Socialisme, la voie occidentale (PUF, 1983).]

http://alencontre.org/

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01 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

indépendantisme 2 (à l’encontre.ch)

Control3

Il est vrai que l’absence d’une classe ouvrière en tant que vecteur central au sein du processus indépendantiste est une limite évidente.

Le nier reviendrait à faire une apologie de l’interclassisme populiste qui est aujourd’hui le fédérateur fondamental du Procés. Mais si nous voulons élever le débat sur le plan straté-gique, plutôt que de postuler un «socialisme en dehors du temps» et des consignes à destina- tion d’une consommation interne, nous devrions déplacer la discussion et commencer à penser que la politique est constituée non seulement de facteurs structurels, mais aussi d’agents politiques.

L’attitude d’une partie importante de la gauche face au mouvement indépendantiste est, pour le dire ainsi, pré-hégémonique en deux sens.

D’un côté, la majorité de la gauche catalane, ou au moins la partie fondamentale de cette dernière qui exerce des fonctions dirigeantes, le groupe d’Ada Colau et les Comunes, consi- dère le mouvement comme quelque chose de statique, incapable de connaître des développe- ments différents et ouverts, de transformations au travers de conflits internes.

La gauche qui, en Catalogne, se maintient, en ce moment critique, à la marge du mouvement souverainiste (en dépit du fait qu’elle en fait partie) revient à assumer une position passive qui ne dispute pas la direction du mouvement et qui n’intègre pas non plus des secteurs sociaux nouveaux provoquant la naissance d’une délimitation de classe au sein du processus même. Elle maintient une attitude ambiguë, d’attente, estimant que le projet indépendantiste perdra de sa force et de son élan, avec une stratégie fondée sur la récolte des cendres [du mouvement] pour en faire la clé de voûte d’une négociation néo-constitution- nelle fort possible avec les élites qui gouvernent l’Etat espagnol.

• A la passivité de la gauche des Comunes en Catalogne, il faut certainement ajouter les limites des CUP [Candidatures d’unité populaire, qui comptent 10 députés au Parlament et dont les voix ont été déterminantes pour le Govern de Catalogne] qui, malgré leur honnêteté radicale, ne se sont pas efforcées de jouer un rôle de lien entre cette gauche et le mouvement indépendantiste, préférant, en des lieux clés comme la municipalité de Barcelone, adopter une attitude sectaire qui garantisse le retranchement de son espace plutôt que d’opérer une politique d’alliances risquée pour attacher les Comunes à une bataille commune contre la direction PDeCAT-ERC du processus souverainiste.

Du côté de la gauche espagnole, existe une tendance à considérer le mouvement souverainiste comme une «farce», comme s’il n’était pas quelque chose de sérieux, seulement un jeu entre les élites, ce qui révèle une incompréhension de cette vieille idée d’un Lénine trop cité (qui est en réalité présente dans toute la «politique du conflit») selon laquelle la division entre les classes dominantes est une précondition à toute transformation sociale.

Une «précondition» signifie que c’est une chose qui n’est en elle-même pas suffisante, mais que c’est une contingence nécessaire, qui ouvre une brèche dans laquelle peuvent faire irruption les politiques émancipatrices, leurs subjectivités partisanes et leurs intérêts de classe. Il est vrai que le mouvement souverainiste peut s’achever en une farce lampédusienne [selon la formule «Il faut que tout change pour que rien ne change»], mais il en va de même avec tout. Rien ne naît en tant que vérité, cela devient vérité au travers de la lutte active et dans le conflit. C’est la passivité qui crée les mensonges, le faux et éternel verdict des faits accomplis: ceux d’en haut gagnent toujours. Bien que face à cela une position active ne garantit pas non plus la vérité, il s’agit une fois de plus d’une précondition de toute politique émancipatrice.

Ceux et celles d’en bas se meuvent toujours dans des conflits sociaux et politiques historiquement concrets, où les cartes sont distribuées par ceux d’en haut et au sein desquels les degrés de conscience sont variés et contradictoires. Celui qui cherche un terrain de lutte social pur, épuré de toutes ses contradictions politiques, culturelles, nationales, etc., cherche un terrain de lutte qui n’est pas de ce monde, qui n’existe que dans l’imaginaire iconographique des pires cauchemars du réalisme socialiste.

La classe laborieuse regrettée et absente ne se formera que dans la lutte politique, dans et au-delà du lieu de travail, en contact avec d’autres classes, délimitant ses intérêts comme étant la meilleure solution pour l’ensemble d’une société en crise. Car la classe labo- rieuse en tant que sujet politique n’existe pas en tant que telle, elle se forme: ce qui existe, c’est une masse multiforme que l’on appelle force de travail et qui est présente dans tous les pores de la société, bien qu’elle n’ait pas de conscience d’elle-même en tant que force politique émancipatrice.

Il est vrai que l’attitude de certains secteurs d’Izquierda Unida (IU) comme Garzón [député d’Unidos Podemos et dirigeant d’IU] et de Podemos est différente: il faut reconnaître que Podemos a défendu dans son discours la tenue d’un référendum, alors qu’IU n’a pas été en mesure de proposer autre chose qu’un «Etat fédéral» abstrait. L’arrangement proposé pour le thème catalan par Podemos part toutefois d’une prémisse qui n’est pas réa- lisée aujourd’hui: que Podemos remporte les élections à la majorité absolue, dans la mesure où un gouvernement aux côtés du PSOE, s’il était réaliste, aurait pour conséquence stricte le refus de ce référendum.

Il n’est pas impossible que cela se produise à un moment donné, mais il est difficile de croire que ce scénario relève du court terme. Car, ici, réside la grande tragédie des stratégies «gradualistes»: penser les temps politiques comme étant linéaires et uniformes, sans discordance, comme si le processus catalan et le 1er octobre n’étaient qu’une paren- thèse gênante dans une stratégie passive d’accumulation de forces électorales, au lieu d’articuler les différentes temporalités qui structurent le champ politique de l’Etat et penser le 1er octobre comme étant un catalyseur qui pourrait précipiter la chute du gouvernement du PP [un exemple: en raison des «événements» de Catalogne, le PP ne peut faire voter actuelle- ment le budget au Parlement: sans majorité absolue et avec le refus du PNV basque, le gou- vernement en est réduit à le proroger] et ouvrir sur une accélération du temps politique qui favoriserait un printemps de processus constituants [dans les régions et] pour l’ensemble du territoire de l’Etat] qui enterreraient, enfin, le régime de 1978 sous les ruines de la vallée des tombés [3].

• Toute crise est conjoncturelle: la crise du régime provoquée sur le «flanc catalan» [de l’Etat espagnol] ne durera pas éternellement et il est possible que le mouvement indépen- dantiste, s’il ne va pas jusqu’à son terme en ce moment de montée, n’ait pas d’autre opportunité avant longtemps.

Il semble difficile qu’il aille jusqu’à son terme avec la direction actuelle du Procés: la désobéissance destituante implique un degré de cohésion et de détermination que ni la classe politique catalane ne semble en condition d’assumer, ni la gauche catalane et espagnole disposée à alimenter et à tirer parti sur la base d’une optique de démocratie constituante. Peut-être que la tragédie est que «l’échec» hypothétique du processus souverainiste soit potentiellement fonctionnel autant pour la gauche que représente Ada Colau en Catalogne que pour celle que représente Podemos en Espagne.

Pour reprendre les termes de Josep María Antentas, le scénario dans la foulée du processus souverainiste catalan n’augure pas une situation de radicalisation démocratique, mais bien plutôt de passivité «face à l’enjeu indépendantiste, certaines organisations plus insérées dans le jeu de la gouvernabilité conventionnelle et la normalisation institutionnelle réfléchissent. Elles délimitent des forces politiques plus favorables à la fermeture de la crise institutionnelle par en haut sur le mode d’une mutation positive, bien que limitée, du système traditionnel de partis en faveur d’un nouveau au sein duquel la gauche post-néolibérale dispose d’un poids plus important qu’au cours de la phase antérieure.»

• Des étapes décisives, au cours desquelles il peut se passer des choses, sont encore à venir. Peut-être que la répression du PP et des appareils de l’Etat post-franquiste réveillent la gauche majoritaire de sa passivité. Car les opportunités passent et ensuite la seule chose qui nous reste, c’est la prophétie autoréalisatrice du «on ne peut pas» [inversion du slogan phare en Espagne «si se puede», repris du «Yes we can» d’Obama, lequel avait usurpé une formule du syndicaliste de l’United Farm Workers César Estrada Chávez].

Au cours des dernières semaines, un saut qualitatif s’est produit en termes de degré de conflit avec l’Etat et dans la réponse massive et spontanée de la population [4] contenant des éléments d’auto-organisation ainsi qu’un répertoire de lutte qui va au-delà de ce que nous a habitué la société civile institutionnalisée du Procés [ANC et Ominium]:

L’entrée en scène du monde du travail qui a convoqué une grève générale et sociale pour le 3 octobre s’il n’est pas possible de voter, la décision des dockers de refuser de ravitailler les navires qui mouillent dans les ports catalans et qui abritent les forces militaires, le mouvement étudiant coupant le trafic et occupant des facultés, différentes plates-formes qui promeuvent des actions de solidarité dans tout l’Etat ainsi qu’une charte de droits sociaux en Catalogne qui culmine en une assemblée des mouvements sociaux catalans ainsi que d’autres manifestations et actes de solidarité dans tout l’Etat.

Dans la mesure où cela se produit, dans la mesure où le monde du travail et les mouvements sociaux se placent au premier rang de la défense du droit à décider du peuple catalan, l’agenda social de ces mouvements ainsi que de larges secteurs populaires jusqu’ici absents commencera à gagner une force «constituante».

Cela est fondamental pour commencer à construire et à rendre visible un nouveau rapport de forces, un nouveau champ politique d’alliances stratégiques, qui, d’un côté, conteste l’agenda «constituant» néolibéral de Junts Pel Sí [coalition du PDeCat, d’ERC et de différents indépendants issus principalement de l’ANC] et qui oblige, de l’autre, la gauche du reste de l’Etat à passer à la vitesse supérieure et à miser sur la force destituante du régime de 1978 que représente le processus indépendantiste.

Le problème de l’Espagne et la question catalane ne se débloqueront que si les classes laborieuses et populaires proposent des solutions et qu’elles sont les actrices de ce que Gramsci nommait la «grande politique», c’est-à-dire de ce qui touche à la «configuration des Etats», les thèmes qui n’ont historiquement pas été résolus par les classes dominantes.

(Article paru le 27 septembre sur le site de la revue El Salto; traduction A L’Encontre)

Alencontre  30 septembre  2017

Marc Casanovas et Brais Fernándezsont membres du secrétariat de rédaction de la revue Viento Sur et militants d’Anticapitalistas, respectivement à Barcelone et à Madrid.

http://alencontre.org/

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01 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

morlaix salah amouri (afps)

salah

UN COLLECTIF « LIBERTÉ POUR SALAH HAMOURI » EN PAYS DE MORLAIX

C’est à l’initiative de l’Association France Palestine Solidarité du Pays de Morlaix, que les représentants de 17 associations, partis, syndicats et réseaux de solidarité* ont annoncé samedi matin lors d’une conférence de presse en ville, leur volonté de s’engager ensemble pour la libération de Salah Hamouri incarcéré par l’État israélien depuis le 23 août dernier.

Pour cela, ils ont décidé de constituer un collectif « Liberté pour Salah » en Pays de Morlaix comme il en existe un au niveau national dont la porte-parole est Elsa Lefort, la femme de Salah Hamouri.

Comme le permet le système judiciaire israélien, Salah Hamouri, militant des droits de l’homme à Jérusalem où il réside a été condamné sans aucun motif officiel ni inculpation et sans aucune forme de procès à 6 mois de détention administrative renouvelable indéfiniment par la seule volonté de ses juges.

Aujourd’hui, sur les 6000 prisonniers politiques palestiniens actuellement détenus par Israël, plus de 500 sont en détention administrative y compris des détenus mineurs et des députés palestiniens, certains depuis plusieurs années.

Ce qui paraît être reproché à Salah Hamouri aujourd’hui, c’est son engagement revendiqué auprès des prisonniers politiques palestiniens et ses sympathies supposées pour une organisation de la gauche palestinienne (le FPLP) que l’État israélien considère lui comme une organisation terroriste.

À Morlaix, comme partout ailleurs, ses défenseurs craignent aujourd’hui que Salah Hamouri ne devienne l’otage d’un système judiciaire arbitraire qui n’espère qu’une seule chose : se débarrasser d’un opposant d’autant plus gênant, qu’il venait d’obtenir son diplôme d’avocat… quelques jours avant son arrestation !

Le collectif « Liberté pour Salah » a commencé à interpeller les représentants de l’État et les élu-es locaux dont Sandrine Le Feur pour qu’à leur tour, ils tentent de convaincre le gouver- nement d’Emmanuel Macron d’intervenir avec détermination auprès des autorités israéliennes. Comme il l’a fait récemment pour obtenir la libération du journaliste Loup Bureau emprisonné en Turquie tout aussi arbitrairement que Salah Hamouri l’est aujourd’hui en Israël.

Motivé par sa volonté d’informer un public le plus large possible de la situation de Salah Hamouri, le collectif a également annoncé la tenue d’un

Rassemblement

Jeudi 5 Octobre  18 h

Place des Otages  Morlaix

*Le collectif « liberté pour Salah » du Pays de Morlaix est soutenu par :

AFPS, LDH, ACAT, Amnesty International, Association pour le jumelage Morlaix/Wavel, Utopistes en Action, Association Pays de Morlaix Solidarité Migrants, Mouvement de la Paix, UL-CGT, FSU, PS, PCF, France Insoumise, Ensemble, EELV, Mouvement du 1er juillet, NPA

Pour contacter le collectif écrire à : afpspaysdemorlaix@yahoo.fr

Facebook

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30 septembre 2017 ~ 0 Commentaire

paris catalogne (l’express)

Autodétermination en Catalogne: pourquoi Paris est contre

Alors que le Canada et le Royaume-Uni ont laissé voter les Québécois et les Ecossais, l’Espagne veut empêcher le référendum catalan le 1er octobre. Sans guère de réactions de ce côté-ci des Pyrénées.

« L’Écosse devrait-elle être un pays indépendant? » Le 18 septembre 2014, les Écossais se rendent en masse aux urnes pour trancher cette question, à l’issue d’un débat démocratique de haute tenue, organisé avec l’accord du Royaume-Uni. A 55,3 %, ils choisissent le « No ».

« Acceptez-vous que le Québec devienne souverain? » Le 30 octobre 1995, une très courte majorité de Québécois (50,6%, exactement) rejette cette perspective. 15 ans plus tôt, près de 60% d’entre eux s’étaient déjà prononcés contre toute idée de « souveraineté-association ». Les deux consultations avaient été acceptées par l’Etat canadien.

Rien de tel en Espagne où, face à une situation similaire sur bien des points, Madrid est résolu à empêcher les Catalans de dire si, oui ou non, ils veulent « que la Catalogne devienne un État indépendant sous forme de République ». Et, pour cela, il n’hésite pas à employer la méthode forte: arrestations de hauts-fonctionnaires, saisie des bulletins de vote, fermeture de sites web… Pourtant, des centaines de milliers de personnes ont défilé à plusieurs reprises pour exiger cette consultation, sans qu’à aucun moment les indépendantistes n’aient prôné ni exercé la violence.

Globalement, en France, la gêne prédomine

Ecosse, Québec, Catalogne: la comparaison, à l’évidence, ne tourne pas à l’avantage de nos voisins espagnols. Or, curieusement, cela ne suscite guère de réactions côté français. D’ordi- naire, pourtant, nos intellectuels ne manquent pas une occasion pour s’offusquer, s’indigner ou s’enthousiasmer. Et il en va de même chez les politiques. Benoit Hamon est l’un des rares à avoir marqué ses distances: « Le gouvernement espagnol a tort d’attiser la tension », a prudem- ment regretté l’ancien candidat du PS à la présidentielle. Mais globalement, la gêne prédomine.

Cette attitude atypique est très révélatrice. Et tient principalement aux idées reçues qui circulent en France au sujet du régionalisme. En voici quelques-unes: 

1. « Le référendum est illégal »

C’est la thèse du gouvernement espagnol, qui s’appuie sur une décision du Tribunal constitu- tionnel allant dans ce sens. Or, il n’est pas difficile de démontrer que ledit Tribunal est tout sauf neutre. Non seulement sa composition est biaisée (la grande majorité de ses membres a été nommée par deux mouvements unionistes, le Parti populaire de Mariano Rajoy et le Parti socialiste), mais, sur le fond, il est surtout l’expression d’un pouvoir centralisateur. Dès lors que la Constitution prévoit « lunité indissoluble de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols« , le débat est biaisé.

Pour mémoire, la Cour suprême d’Ottawa, saisie par le gouvernement fédéral, avait estimé que la souveraineté était un objectif légitime et que seuls les Québécois avaient le droit de voter. 

Le droit international est plus complexe. L’Espagne a en effet ratifié la déclaration des droits des peuples autochtones des Nations unies, laquelle stipule (article 3) que « les peuples auto- chtones ont le droit à l’autodétermination ». Elle est également signataire des accords d’Helsinki, dont l’article 8 est ainsi rédigé: « Les États participants respectent l’égalité de droits des peuples et leur droit à disposer d’eux-mêmes, en agissant à tout moment conformément (…) aux normes pertinentes du droit international, y compris celles qui ont trait à l’intégrité territoriale des Etats ». La France a également approuvé ces deux textes.

Juridiquement, le « droit des peuples à l’autodétermination » est toutefois encadré. Il faut déjà définir ce que l’on entend par « peuple », ce qui ne va pas de soi. Et tenir compte des résolutions 1514 et 2625 des Nations Unies qui en restreignent le champ d’application en excluant « toute tentative visant à détruire partiellement ou totalement l’unité nationale et l’inté- grité territoriale d’un pays et précise que ce droit ne peut être interprété « comme autorisant ou encourageant une action, quelle qu’elle soit, qui démembrerait ou menacerait, totalement ou partiellement l’intégrité territoriale ou l’unité politique de tout État souverain et indépendant ».

En clair ? Ces concepts totalement contradictoires se gèrent au cas par cas, comme l’ont montré récemment la création de l’Erythrée, le démembrement de la Yougoslovie et de l’URSS. 

Cependant, à moins de considérer que le droit à l’autodétermination doit être réservé aux peuples qui s’autodéterminent déjà, il paraît difficile de condamner les Catalans en se référant uniquement à la décision du Tribunal constitutionnel de Madrid. Au demeurant, les intellectuels français savent parfaitement dénoncer les légalités nationales lorsque celles-ci contreviennent aux grands principes universels. Pourquoi cette exception quand il s’agit de l’Espagne? Parce qu’il s’agit d’une démocratie et du souvenir de la guerre civile que connut le pays il n’y a pas si longtemps ? Bien sûr, mais ce ne sont pas les seules explications. Pour comprendre l’attitude française, il faut se plonger dans notre histoire nationale.

2. « Le régionalisme, c’est ringard »

La cause régionaliste, en France, n’a jamais trouvé de grands soutiens. Seul l’ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard fit exception, en estimant que notre pays s’était « créé par la destruction de cinq cultures, bretonne, occitane, alsacienne, corse et flamande ».

Ce mépris tient pour une part à une forme de snobisme. Dans un pays où la vie intellec- tuelle est concentrée à Paris, défendre les Catalans, les Basques ou les Alsaciens sent affreu- sement sa province et vous écarte de « ceux qui comptent » dans la capitale. Quand l’on aspire à être reconnu, il s’agit là d’une erreur à ne pas commettre.

Cette condescendance est d’autant plus ancrée que nos intellectuels n’ont guère de culture en la matière. Lesquels ont lu Frédéric Mistral, prix Nobel de Littérature pour une oeuvre écrite en provençal? Lesquels savent qu’au 12è siècle, le prestige littéraire du picard était largement supérieur à la langue du roi en usage à Paris? Lesquels ont étudié l’histoire de la Bretagne, de la Franche-Comté ou du Béarn avant leur rattachement à la France? Lesquels, pour revenir aux Catalans, savent comment Louis11 et sa soldatesque menèrent le terrible siège de Perpignan? Aucun ou presque. A leur décharge, l’école de la République ne s’attarde guère sur ces vérités parfois dérangeantes.  Cette méconnaissance ne les aide évidemment pas à émettre un jugement éclairé sur les événements de Barcelone.

3. « Le régionalisme, c’est la réaction »

Chez nous, les régionalismes ne sont pas seulement moqués ; ils sont aussi jugés réaction- naires. Il est vrai que, du Maréchal Pétain en passant par Charles Maurras, l’exaltation de « nos belles provinces » trouva dans l’Histoire ses meilleurs appuis à la droite de la droite.

Depuis, Mai 68 a nettement inversé la tendance: dans les années 1970, le régionalisme français a majoritairement basculé à gauche.Cela, visiblement, n’a pas suffi à venir à bout de la méfiance qu’il suscite.

C’est que le esprits, en la matière restent marqués par la Révolution française. A l’époque, les langues régionales – parlées par 80 % de la population – furent carrément assi- milées à… l’Ancien Régime. « Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton; l’émigration et haine de la République parlent allemand… La Contre-révolution parle l’italien et le fanatisme parle basque. Cassons ces instruments de dommage et d’erreurs », lance ainsi le conventionnel Barrère, le 27 janvier 1794.

C’est à ce titre qu’elles furent combattues avec acharnement et symboliquement ravalées au rang de « patois ». Un terme incroyablement méprisant quand on connaît son étymologie: « Agiter les mains, gesticuler pour se faire comprendre comme les sourds-muets » (dictionnaire historique de la langue française). Et ce malgré les enseignements de tous les linguistes. « Les langues régionales possèdent une richesse de vocabulaire au moins compa- rable, sinon parfois supérieure, à celle du français, et leur syntaxe est souvent plus riche », souligne Claude Hagège, l’un des plus célèbres d’entre eux.

Cela n’empêchera aucunement l’abbé Grégoire, auteur en 1794 d’un effrayant rapport « sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois », d’entrer au Panthéon en… 1989. Ni Emmanuel Macron de recourir à ce même terme de « patois » pour décrire les langues régionales voilà quelques semaines. Révélateur.

4 « Le régionalisme, c’est le repli sur soi »

Cette ignorance et ces a priori profondément ancrés ont fini par emporter la conviction de nombre d’intellectuels: défendre une identité locale serait nécessairement synonyme de repli sur soi, voire de xénophobie. Certains nationalistes bretons n’ont-ils pas collaboré avec les nazis?

Sans surprise, le très jacobin Jean-Luc Mélenchon vient ainsi de s’opposer aux revendications catalanes sur sa chaîne You tube. Y céder équivaudrait, selon lui, à revenir « à la période du Saint-Empire Germanique, avec des principautés, des duchés, des baronnies et, au-dessus de tout cela, le fric! » A ses yeux, seuls les Etats permettent aux individus de s’extraire de leur communauté et d’accéder à l’universel.

Ce raisonnement, très répandu en France, est aussi contestable que contesté. « Il existe, c’est indéniable, des dérives liées aux réflexes identitaires. Mais en quoi celles-ci seraient-elles l’apanage des identités régionales? Dois-je vous rappeler le nombre de guerres provoquées par les identités nationales? Propose-t-on pour autant de faire disparaître les nations? » interroge François de Rugy, le président (écologiste) de l’Assemblée nationale. D’autre part, comme l’explique l’historienne Mona Ozouf, spécialiste de la République dans son livre Composition française, l’identité française constitue aussi, à l’échelle mondiale, un particularisme. Faudrait-il pour autant y renoncer?

En réalité, quel que soit l’échelon géographique, on trouve des tenants d’une identité « ouverte » et des défenseurs d’une identité « fermée ». Mais rien ne permet de poser une équivalence entre régionalisme et repli sur soi. N’est-ce pas en France que le Front National prospère depuis plusieurs décennies? Et dans la très identitaire Bretagne qu’il obtient ses plus faibles scores?

5 « La Catalogne est trop petite pour constituer un Etat »

Là encore, le raisonnement est curieux. Avec une population de 7,5 millions d’habitants, la région est plus peuplée que des pays comme le Danemark, la Finlande, la Croatie ou L’Irlande. Sans parler du minuscule Luxembourg (560 000 habitants), membre fondateur de l’Union européenne.

6. « Les Catalans sont égoïstes »

En réclamant leur autonomie, les Catalans sont également soupçonnés de penser d’abord à leur portefeuille, dès lors qu’ils habitent l’une des régions les plus riches d’Espagne. Ce n’est pas impossible, mais il est cocasse de remarquer que, ailleurs, le raisonnement s’inverse. La Corse, trop pauvre, est ainsi accusée de n’avoir pas les moyens d’une éventuelle indépen- dance. Comme quoi les Etats sont capables d’une grande habileté rhétorique quand il s’agit de défendre leurs intérêts…

7. « Cela créerait un effet boule de neige »

Cette crainte est à prendre au sérieux et joue d’évidence en faveur de l’Espagne. Si la Cata- logne obtenait son indépendance, il y a fort à parier que les Basques s’engouffreraient dans la brèche. Et peut-être, à leur suite, les Galiciens et les Andalous.

Cela ne suffit pourtant pas à rejeter la revendication de Barcelone, sauf à considérer que l’unité d’un pays est systématiquement préférable au droit à l’autodétermination des peuples. Cela peut être vrai dans certaines situations (la « balkanisation » débouche parfois sur des conflits entre les Etats nouvellement créés), mais pas nécessairement. La République Tchèque et la Slovaquie se sont ainsi séparées sans drame.

Le précédent catalan

Il demeure que le précédent catalan pourrait faire tache d’huile en Europe. Le Royaume-Uni s’en inquiète, notamment depuis que le Brexit a relancé les velléités écossaises (voire irlan- daises). Il en va de même en Belgique, où les Flamands observent de près la situation. Et bien sûr en France, où les nationalistes corses, notamment, engrangent de spectaculaires succès électoraux depuis quelques années. Et qui compte aussi sur son sol une forte communauté catalane.

Ainsi s’explique l’étroite solidarité de Paris avec Madrid. Interrogé lors d’une conférence de presse tenue en compagnie de Mariano Rajoy, Emmanuel Macron lui a apporté un soutien sans réserves, déclarant: « Je connais seulement un partenaire et un ami qui est l’Espagne. L’Espagne tout entière. » Une déclaration qui s’inscrit dans une realpolitik très cohérente, mais qui écorne néanmoins l’image de « pays des droits de l’Homme » dont s’enorgueillit régulière- ment la France.  Oui, vraiment, tout cela pourrait fournir un beau sujet de méditation pour nos intellectuels…

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