Archive | Antimilitarisme

19 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Garde à vue (Reporterre)

flic

Une journaliste de « Blast » en garde à vue après avoir couvert une manifestation

La reporter couvrait une manifestation menée au siège de l’entreprise d’armement Exxelia.

Une journaliste du média en ligne Blast a été interpellée le 18 juin par la police judiciaire et demeure placée à cette heure en garde à vue dans les locaux du commissariat du 11e arrondissement de Paris, indique le site d’information.

Dans le cadre d’une enquête sur les ventes d’armes en Israël, la reporter couvrait une manifestation menée au siège de l’entreprise d’armement Exxelia Technologies (ex-Eurofarad), visée par une plainte pour complicité de crimes de guerre et homicide. Cette manifestation a donné lieu à l’ouverture d’une enquête pour dégradation et intimidation par le parquet de Paris.

Risque d’« atteinte au secret des sources »

Plusieurs manifestants ont également été placés en garde à vue. En l’état, nous sommes dans l’attente de la décision du parquet quant au sort judiciaire de notre consœur.

Reporters sans frontières a réagi à cette nouvelle atteinte à la liberté d’informer : « RSF dénonce un risque d’atteinte au secret des sources d’une journaliste de Blast, dont la garde à vue a été prolongée jusqu’à [mercredi 19 juin] pour refus de remettre son portable. La reporter qui couvrait une action contre les ventes d’armes à Israël doit être libérée. »

Reporterre rappelle que l’interpellation de journalistes couvrant une action de la société civile n’est pas légale. La jurisprudence est claire, comme l’ont montré deux jugements en 2023.

Reporterre a remporté deux procès

Le journaliste de Reporterre, Alexandre-Reza Kokabi suivait en juin 2020 une action organisée par le mouvement Extinction Rebellion. Vingt-huit activistes ont pénétré sur les pistes de l’aéroport d’Orly, près de Paris, demandant l’interdiction des vols intérieurs « pour lutter contre le changement climatique ». Malgré la présentation de sa carte de presse et le fait qu’il ne s’était livré à aucun acte illégal, se contentant d’observer les activistes, le journaliste a été conduit et détenu dans un commissariat pendant dix heures.

En septembre 2021, M. Kokabi a de surcroît été condamné à payer une amende de 750 euros. Reporterre a refusé de payer et lancé une procédure devant la justice administrative. Trois ans après les faits, en novembre 2023, le tribunal nous a donné raison et a condamné l’État français.

De même, en novembre 2021, une journaliste de Reporterre, Elsa Souchay, avait couvert une action écologiste dans une usine stockant illégalement des semences génétiquement modifiées. Elle a été poursuivie en justice, et ce n’est qu’en juin 2023, après une forte mobilisation, que nous avons obtenu sa relaxe.

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04 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Sans eau et sans WC (Reporterre)

Enfermés, sans eau et sans WC : à Greendock et Amundi, le calvaire des militants écolos

Frappés, arrêtés, privés d’eau, de WC et de nourriture… Les mobilisations contre TotalEnergies et Greendock ont vu la police se lâcher sur les écologistes. Reporterre a recueilli leurs témoignages.

Enfermés, sans eau et sans WC : à Greendock et Amundi, le calvaire des militants écolos

« Le but, c’était de faire la fête », insiste Malo [*]. En ce vendredi 24 mai, une sono, des décors étaient prévus. L’objectif : dénoncer les investissements de TotalEnergies dans les énergies fossiles, à l’occasion de l’Assemblée générale de la multinationale. Le rendez-vous était fixé devant l’un de ses principaux actionnaires, la société de gestion d’actifs Amundi, dans le 15ᵉ arrondissement de Paris. Mais la mobilisation s’est transformée pour lui et ses camarades en journée infernale.

Selon les témoignages recueillis par Reporterre, environ 450 personnes [1] ont été nassées devant le siège de la multinationale, à partir de 11 h 15. Objectif pour la police : retrouver ceux qui, une heure plus tôt, avaient cassé une vitre et redécoré le hall d’entrée de l’immeuble Amundi avec de la peinture et des tags. Dans la bousculade, dix vigiles auraient été blessés, neuf transportés à l’hôpital, selon la police.

« J’ai soigné des personnes mordues au sang par les vigiles », indique un médic. En tout, 173 personnes ont été interpellées et placées en garde à vue. Cinquante d’entre elles ont dû rester jusqu’à presque minuit dans un bus où il faisait extrêmement chaud, sans possibilité d’aller aux toilettes, de manger, de voir un médecin et avec une quantité d’eau extrêmement limitée. Chez Extinction Rebellion (XR), qui organisait la mobilisation, on n’avait jamais vu autant de gardes à vue, des privations de liberté aussi longues et dans de telles circonstances.

Une ambiance qui a donné le ton du lendemain lors d’une autre mobilisation écologiste : entre 1 000 (selon la police) et 2 000 personnes (selon les manifestants) ont défilé le samedi 25 mai contre le projet d’entrepôt Greendock, à Gennevilliers. Selon les témoignages recueillis par Reporterre, un cortège détaché de la manifestation principale a été chargé par la BAC (Brigade anticriminalité), armée de LBD et de gaz lacrymogènes. Bilan : cinquante-neuf interpellations [2]. La police craignait que ce groupe aille mener des dégradations.

Alors qu’un rapporteur de l’ONU qualifie la France de « pire pays d’Europe concernant la répression policière des militants environnementaux », deux jours de suite, un très grand nombre d’interpellations et gardes à vues, parfois violentes et dégradantes, ont visé des manifestants écologistes. Reporterre a recueilli des témoignages de participants à ces deux journées.

Retenus sans explication

Le vendredi, devant Amundi, « c’est vers 11 h 15 qu’on a compris qu’on ne pouvait plus partir », se souvient Mat [*], membre de XR. « Les policiers nous donnaient très peu d’informations : pourquoi ils nous retenaient, est-ce qu’on allait être interpellés ? Ils voulaient faire des contrôles d’identité, on a refusé pour éviter le fichage. » Hadrien Goux est arrivé justement à ce moment-là. Salarié de l’association Bloom, qui a porté plainte contre TotalEnergies, il était accompagné de l’un des autres plaignants : Benjamin, Belge de 17 ans, non francophone.

Le jeune homme a failli mourir lors des inondations de 2021 en Wallonie et y a perdu Rosa, sa petite amie. Alors qu’ils ne pouvaient manifestement pas avoir participé aux dégradations, « personne ne nous a prévenus que si on entrait, on ne sortait pas », indique le responsable de campagne énergies fossiles. Ils ont enchaîné les entretiens avec la presse, et « on ne s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas sortir que vers 13 ou 14 heures. »

Pendant ce temps-là, l’un des vigiles d’Amundi a commencé à désigner des manifestants dans la foule, rapportent les témoignages. Facile : une grande partie des personnes entrées dans le siège de l’entreprise le matin étaient à visage découvert. La police a commencé les interpellations. Certaines étaient violentes. Une candidate LFI aux européennes a été traînée au sol. Mat a vu « des coups au visage avec un gant coqué ».

Deux témoins nous rapportent qu’un homme a été agrippé par l’entrejambe. Léa Thieullant, elle, a été embarquée vers 15 heures. « J’ai été pointée du doigt, puis ils m’ont agrippée de manière violente pour me porter. J’ai encore la marque des doigts du policier sur le bras gauche. Le médecin de la police m’a mis un jour d’ITT (Incapacité temporaire totale). »

Refuser de signer les PV

Hadrien Goux a filmé un homme à terre, manifestement en hyperventilation. « La police a fini par le jeter tel quel dans le bus », dit-il. Lui s’est retrouvé dans le même bus quelques minutes plus tard, pour ne pas laisser seul face à la police le jeune Benjamin, « sur lequel trois policiers ont fondu ». Les deux, partis en garde à vue, ont été libérés le soir même pour vice de forme.

« Ils m’ont quand même demandé de signer un PV sur lequel était inscrit “rassemblement en vue de commettre des dégradations et violences” et “terrorisme” », se souvient le salarié de Bloom. « Bien entendu, j’ai refusé ! » En tout, selon XR, seuls deux manifestants ont été déférés au tribunal et risquent des poursuites.

Pendant ce temps, à 15 h 15, les manifestants dans la nasse ne savaient toujours pas pourquoi ils étaient privés de liberté. La police semblait débordée par le nombre de personnes à interpeller. « Il y avait des juristes dans la foule, donc on savait que la privation de liberté au bout de quatre heures devient illégale », dit Mat. « Les gens sont sous le cagnard depuis plusieurs heures, ont faim, soif, ont besoin de sanitaires… »

Un coin pipi a été improvisé avec une bâche. Les élus — l’eurodéputée Manon Aubry, la députée Sandrine Rousseau — se relayaient et permettaient un ravitaillement. Arrivé dans l’après-midi, le député Éric Coquerel a demandé le statut des personnes nassées. « Le préfet m’a répondu par texto qu’elles étaient interpellées et que vu les violences du matin, elles allaient tous au commissariat. »

Certaines personnes ont été emmenées dans les fourgons classiques de la police. Et vers 17 heures, un nouveau bus a commencé à être rempli. Neo [*] faisait partie de ceux qui y sont montés. « Des policiers m’ont demandé de venir, je n’ai pas résisté », se souvient-il. Après un contrôle d’identité, il y est entré. Entre ces quatre parois de métal, « tout de suite il faisait très chaud. » Cela faisait déjà six heures que les personnes étaient dans la nasse. « On avait tous un peu faim, soif, envie de pisser. » En tout, cinquante personnes ont été embarquées, sans que leurs droits ou leur statut ne leur soient notifiés. Zénon [*], autre passager, se rappelle : « J’ai demandé en montant si on était en garde à vue, ils m’ont dit non. »

Un litre et demi d’eau pour un bus entier

Le bus a mis du temps à partir. « Il y a eu au moins une dizaine de coups de frein très violents avant qu’il ne parte », se souvient Malo. Puis a commencé une traversée de Paris et du périphérique à toute allure. « Une majorité de gens étaient debout car il y avait peu de places assises, c’était très dangereux », dit Neo.

« Déjà il y a eu de premiers signes de malaise, un vieux monsieur en face de moi était blanc comme un linge. On a demandé de l’eau, ils nous ont donné une bouteille d’un litre et demi pour tous », raconte Zénon. Après un premier stop, le bus atterrit devant le commissariat de Bobigny peu après 19 heures. Les passagers étaient soit très blancs, soit très rouges. Certains étaient au bord du malaise. Un policier a consenti à remplir quelques gourdes. La porte avant a été ouverte pour laisser entrer un peu d’air.

« On demande à aller aux toilettes, on nous dit non »

« On a demandé à aller aux toilettes, on nous a dit non mais les gens n’en pouvaient plus. Alors les policiers nous ont désigné un trou à l’arrière », dit Malo. Les urines s’évacuaient mal, très vite une forte odeur est monté. La situation semblait de plus en plus absurde alors qu’au même moment, vers 19 h 15, la nasse devant l’immeuble Amundi était finalement levée, près de huit heures après son début. Les manifestants sont repartis sans même avoir à subir un contrôle d’identité.

Mais pas question de relâcher les passagers du bus. « Une personne avait le poignet enflé, on suspectait une fracture. Ils lui ont refusé le médecin », se rappelle Neo. Il a l’impression que la situation amusait leurs geôliers. « Ils passaient, faisaient “coucou” et riaient. » Le jeune homme, parfois sujet à des crises d’angoisse, a fini par faire une attaque de panique. Il était allongé dans le bus, une codétenue lui tenait la main, le faisait respirer.

« J’avais besoin de manger quelque chose, les policiers ont refusé. Aussi que je prenne du Xanax, que j’avais sur moi. » Il fait partie des premiers à être sortis du bus… La nuit commençait à tomber, il était donc entre 21 h 30 et 22 heures. Par tout petits groupes, les manifestants ont été répartis dans différents commissariats pour être mis en garde à vue.

Enfermés six heures dans un bus

En parallèle, dans la nuit, Éric Coquerel s’est plaint auprès du préfet de la situation : « Il m’a répondu que les gens n’y étaient plus ! » Une de ses collègues, la députée Sarah Legrain, s’est rendue sur place. Il faisait nuit noire. Elle a exercé son droit de visite dans le bus, plus d’une trentaine de personnes s’y trouvaient encore, depuis bientôt six heures. Il a enfin été permis aux passagers d’aller aux toilettes. « On m’explique qu’a été dressé un PV de circonstances insurmontables pour justifier que ces personnes ne soient pas encore en garde à vue », a-t-elle dit en sortant.

Les dernières personnes sont sorties du bus vers minuit, et se sont donc vu notifier leur garde à vue environ douze heures après que la privation de liberté ait commencé. Répartis dans différents commissariats, ils ont enfin été libérés le lendemain.

Mais les commissariats d’Île-de-France n’ont pas tardé à être à nouveau remplis. Dès le samedi, une manifestation contre le projet d’entrepôt Greendock, coordonnée par les Soulèvements de la Terre, a elle aussi eu droit à l’intervention des forces de police. Ces dernières sont restées calmes jusque vers 16 heures, quand une partie du cortège s’est détachée. Une grille est démontée pour entrer dans un parc voisin. Objectif selon les Soulèvements de la Terre, faire « une balade surprise par le grand parc des Chanteraines pour aller découvrir les zones logistiques de Gennevilliers ».

La police a dit craindre immédiatement que ce groupe aille commettre des dégradations. Certains manifestants étaient masqués, beaucoup ne l’étaient pas. Comme Émilie [*], venue avec seulement ses lunettes de soleil et son téléphone, dépassée par la situation. « Tout d’un coup, il n’y a pas eu une dégradation, pas un caillou, pas une provocation, des policiers ont commencé à nous charger avec un LBD. Ils visaient les manifestants », raconte-t-elle. Elle assure n’avoir entendu aucune sommation. Les militants ont reconnu la BAC — Brigade anticriminalité.

« J’ai craché du sang »

« Ils étaient en mode cow-boys, l’un d’eux a dégoupillé lacrymo sur lacrymo », poursuit-elle. Un groupe de manifestants s’est retrouvé pris dans un épais nuage de gaz. « Je voyais à peine mes mains », nous raconte Sandrine [*]. « Certains ont vomi », ajoute Galad [*]. « J’ai craché du sang », dit Émilie. Quand le nuage s’est dissipé, la police a interpellé des personnes, les alignant le long des murs des maisons de la rue pavillonnaire. Très vite, il a été demandé aux personnes arrêtées de s’allonger, mains dans le dos.

Une vidéo montre des personnes à terre frappées par les agents. Notre photographe sur place a pu immortaliser un policier pointer avec un LBD la tête d’un manifestant à terre puis le maintenir au sol genou sur le cou. « Il y avait un excès de zèle », estime un autre témoin de la scène.

Cinquante-huit personnes (selon la police) ou cinquante-neuf (selon le parquet) ont été arrêtées et emmenées dans différents commissariats. L’une d’entre elles, un médic, a été emmenée à l’hôpital. Tout comme la veille lors de l’action Amundi, les policiers ont sous-entendu auprès de plusieurs militants que s’ils ne faisaient pas appel à un avocat, ils sortiraient plus vite. « Finalement, c’est la copine qui y a renoncé qui est sortie la dernière », observe Émilie.

Coup de pression en vue des JO

Ils sont accusés d’« attroupement en vue de commettre des dégradations ». La majorité des militants sont sortis de garde à vue le lendemain. D’après Le Parisien, qui cite le parquet de Nanterre, cinquante dossiers sur les cinquante-neuf ont été classés sans suite.

Autant de « coups de pression pour décourager, freiner le militantisme », estime Émilie. Plusieurs gardés à vue lors des deux événements se sont aussi vu délivrer un message de la part des policiers : ceci est un avertissement, tenez-vous tranquille pendant les Jeux olympiques, car la répression pourrait être alors bien plus sévère.

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30 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Commune de Paris

Commune de Paris dans A gauche du PS

Index :

Le 21 mai 1871 débutait la Semaine sanglante

Retour de l’ordre bourgeois dans le sang, la Semaine sanglante reste l’un des évènements les plus sombres du mouvement révolutionnaire français. Pas moins de 30 000 communard·e·s seront tué·e·s dans les combats et 46 835 seront fait prisonnier·e·s. En une semaine Adolphe Thiers et ses sabre-peuple décapitent Paris la Rouge. Mais si la Commune tombe, sa mémoire perdure.

Retour de l’ordre bourgeois dans le sang, la Semaine sanglante reste l’un des événements les plus sombres du mouvement révolutionnaire français. Environ 30 000 communard·e·s seront tué·e·s dans les combats et 46 835 seront fait prisonnier·e·s. Ils et elles seront ensuite 95 à être condamné·e·s à mort, 4 586 seront déporté·e·s, pour beaucoup en Nouvelle-Calédonie, 1 247 seront condamné·e·s à la réclusion perpétuelle et 3 359 à des peines de prison variables.

Si elle avait débuté dans la liesse populaire et l’union entre le peuple de Paris et les bataillons de l’armée [1], la Commune finit dans le sang. L’espoir suscité par l’expérience révolutionnaire régnant sur Paris depuis déjà deux mois était une défiance impardonnable pour le vieux monde. La réponse d’Adolphe Thiers fut sans pareille dans l’histoire de Paris. En une semaine, du dimanche 21 mai au dimanche 28 mai, l’armée versaillaise reprend Paris dans ce qui reste l’événement le plus meurtrier de l’histoire de la ville.

Déroulement de la Semaine sanglante

Dimanche 21 mai

Le dimanche 21 mai, entre 14 et 15 heures, Jules Ducatel, piqueur des Ponts et Chaussées et indicateur de l’armée versaillaise, découvre que la porte de Saint-Cloud et ses environs ne sont plus gardés. Il alerte les lignes versaillaises positionnées dans des tranchées creusées en contrebas, du côté du parc des Princes. Informé par le capitaine de frégate Auguste Trève, le général Douay en réfère à Adolphe Thiers, qui ordonne à l’armée régulière de pénétrer dans Paris. Libéré sur ordre de Douay après avoir été brièvement arrêté par les soldats qui craignaient une ruse des fédérés, Ducatel guide ensuite la division Vergé, alors commandée par le colonel Piquemal, vers le Trocadéro.

Le Conseil de la Commune, qui est en train de juger Cluseret, ancien délégué à la guerre tombé en disgrâce pour incompétence, n’envoie aucun renfort, malgré la demande qu’avait formulée le général Dombrowski qui commande le secteur.

Le Comité de salut public dépêche un observateur qui est fait prisonnier par les versaillais. L’armée de la République occupe Auteuil et Passy. Ils fouillent systématiquement les maisons, procèdent sur dénonciation à des arrestations et commencent à fusiller les gardes nationaux du secteur, qui seront ensuite conduits au cimetière de Longchamp. Au même moment se déroule la dernière réunion du Conseil de la Commune.

Lundi 22 mai

Au matin, les versaillais occupent les 15e et 16e arrondissements. Le reste de Paris apprend enfin la nouvelle par une affiche signée de Charles Delescluze, délégué à la Guerre. À la suite de cette proclamation, une grande partie des combattants de la Commune se replie dans leurs quartiers pour les défendre, abandonnant toute lutte coordonnée et rendant impossible toute contre-attaque pour repousser les versaillais. Des barricades s’érigent un peu partout dans Paris dans une ultime volonté défensive. L’armée de Thiers prend dans la journée le 7e, 8e et 17e arrondissement, durant leur offensive, les troupes versaillaises procèdent à de très nombreuses exécutions sommaires. Tout communard combattant est abattu.

Mardi 23 mai

Implacablement les forces versaillaises continuent à envahir Paris. Sur leur route les exécutions sommaires sont nombreuses. Face au chaos et à la débandade des forces communardes, le Comité de salut public publie, en vain, un appel à la fraternisation entre les troupes versaillaises et le peuple. Pendant les combats le général Jaroslaw Dombrowski est tué rue Myrha. Cet ancien général de l’armée russe avait offert ses compétences à la Commune de Paris et avait commandé la 11e légion de la Garde nationale. Il était, avec son compatriote polonais Walery Wroblewski, en exil à Paris après avoir participé aux insurrections polonaises de 1861-1864. Il y réclamait déjà la démocratie, la fin du servage et l’indépendance polonaise face à l’Empire russe.
Dans la soirée débutent les premiers incendies de grands bâtiments parisiens.

Mercredi 24 mai

Les incendies, qui débutèrent la veille, continuent et s’amplifient. Les dirigeants communards évacuent et font incendier volontairement l’Hôtel de Ville, la Préfecture de police et le Palais de justice. À la prison de la Roquette, les communards exécutent l’archevêque de Paris Georges Darboy et cinq autres otages, dont le président Bonjean. Face à l’implacable répression, l’espoir de changer le vieux monde s’est transformé en politique de la terre brûlée.

Jeudi 25 mai

Des combats acharnés à la Butte-aux-Cailles font rage. Le général Wroblewski résiste tant bien que mal face aux forces versaillaises. Place du Château d’Eau Charles Delescluze, délégué à la Guerre de la Commune, est tué. Wroblewski est proposé pour le poste de commandement en chef des forces de la Commune. Il le refuse, arguant du peu d’hommes restants capables de se battre de manière disciplinée et coordonnée, et terminera la Semaine sanglante en se battant comme simple soldat.

Vendredi 26 mai

Pendant la journée du 26 mai, toutes les forces communardes sur la rive gauche de la Seine sont tuées, arrêtées ou mises en déroute. Seul le nord-est de la ville continue le combat autour des Buttes-Chaumont et du cimetière du Père-Lachaise. Les exécutions sommaires sont nombreuses dans les deux camps. Au Panthéon de nombreux·ses communard·e·s sont massacrés et 52 prisonniers de la Roquette soupçonnés de sympathie pour Thiers sont exécutés au 85 de la rue Haxo.

Samedi 27 mai

Large offensive versaillaise au cimetière du Père-Lachaise où l’on combat à l’arme blanche entre les tombes. 147 Fédérés, combattants de la Commune, sont fusillés et jetés dans une fosse ouverte au pied du mur des Fédérés. Ce mur deviendra le lieu habituel de la commémoration de la Commune. Les Buttes-Chaumont tombent aussi sous la coupe des troupes versaillaises. Le soir même il ne reste plus que le quartier de Belleville aux mains des communards.

Dimanche 28 mai

Dans une ultime bataille, les dernier·e·s Communard·e·s tombent à Belleville. Si le lieu de la dernière barricade est incertain, une plaque commémorative des derniers combats se trouve rue de la Fontaine-au-Roi, dans le 11e arrondissement de Paris. Face aux 130 000 soldats versaillais déployés pour l’opération de reprise de la ville, entre 25 000 et 30 000 communard·e·s combattant.es auront résisté tant bien que mal. Il ne reste plus que le fort de Vincennes encerclé par les Allemands, il se rendra sans combattre le lundi 29 mai.

Répressions et conséquences de la Commune

Le bilan officiel, rapporté par le général Appert devant l’Assemblée nationale en 1875, fait état de 43 522 arrestations, dont 819 femmes et 538 enfants. 7 700 qui avaient été arrêtés par erreur sont relâchés. Mais au camp de Satory où sont parqués beaucoup des arrêtés, le calvaire continue : aucune hygiène, peu de soins pour les blessés, les épidémies se développent. On abat 300 prisonniers pour tentative de fuite dans la nuit du 27 au 28 mai. Des prisonniers fédérés furent transférés dans les pontons et ports de l’ouest de la France ; à Brest, Lorient, Cherbourg et Rochefort, ces transferts eurent lieu dans des wagons à bestiaux dans des conditions sanitaires volontairement déplorables. Environ 20 000 y furent détenu·e·s pendant plusieurs mois, au moins 1 000 y moururent.

Aucun bilan officiel ne vient par contre établir le nombre exact de morts durant la Semaine sanglante. Il est vrai qu’entre les exécutions sommaires et les morts des combats, il a longtemps été compliqué d’établir un nombre qui fasse consensus. Ainsi le nombre de morts a été longtemps gonflé artificiellement pour rendre le massacre encore plus sanglant qu’il ne l’était, ou alors minimisé par les autorités responsables du massacre. Choisir un chiffre dans la large fourchette entre 10 000 et 100 000 morts était alors un choix politique de ralliement ; au même titre qu’aujourd’hui, choisir de retenir les chiffres de la préfecture ou les chiffres de la CGT pour une manifestation n’est pas politiquement neutre. Avec les années et le recul, on considère généralement qu’il y aurait eu environ 30 000 morts. Un tiers serait mort au combat, les deux tiers restants étant tués lors d’exécutions sommaires.

Car c’est là que la Semaine sanglante fut la plus horrible. Car à l’arrière des combats et après avoir reconquis chaque quartier, l’armée versaillaise a systématiquement fait appel à des mouchards pour débusquer les sympathisants de la Commune. La reconquête militaire s’accompagnant d’une purge politique de tous les opposants au régime de Thiers. Le tout dans l’urgence la plus totale. Car le gouvernement souhaitait restaurer l’État de droit une fois la ville reprise.

Il fallait donc exécuter le plus rapidement possible le maximum de Communard·e·s pour éviter que la justice puisse être indulgente avec les insurgés. Ainsi sur les 46 835 communard·e·s fait·e·s prisonnier·e·s, « seulement » 95 seront condamné·e·s à mort quand il y aurait eu environ 20 000 exécutions sommaires. Cette même « justice » préfèrera en fin de compte déporter massivement les communard·e·s vers la Nouvelle-Calédonie afin de s’assurer qu’ils ne « contamineraient » plus la société.

La répression des différentes insurrections de 1870-1871 continua année après année. Empêcher toute résurgence insurrectionnelle devient le leitmotiv du gouvernement de Thiers. Si Paris est purgée des révolutionnaires tués, déportés, emprisonnés ou en exil, le gouvernement cherche à affaiblir tout mouvement révolutionnaire, et criminalise ainsi l’appartenance à l’Internationale le 14 mars 1872 [2], provoquant un fort recul de l’organisation.

Adolphe Thiers se souvient que la Commune de Paris fut précédée par la Commune de Lyon ; où Mikhail Bakounine et d’autres membres de l’AIT avaient proclamé la Commune de Lyon au balcon de l’Hôtel de Ville. La répression exacerbe les débats déjà houleux entre bakouniniens et marxistes au sein de l’organisation. Mikhail Bakounine en sera exclu lors du congrès de La Haye (du 2 au 9 septembre 1872) et la Première Internationale finira par disparaître en 1876, marquant une scission définitive du mouvement socialiste entre antiautoritaires et autoritaires.

Mais si la Commune et ses aspirations sont écrasées, ses idées ne craignent pas la mitraille. La IIIe République, devenue républicaine après la fin du gouvernement de Thiers, s’inspirera des réalisations de la Commune de Paris pour mettre en place ce qui reste encore de ses plus grandes réformes démocratiques. La séparation de l’Église et de l’État, la scolarité gratuite pour tous, le droit d’association ou encore la loi Waldeck-Rousseau autorisant les syndicats, la réaffirmation de la liberté de la presse, etc. ; mais tout en renforçant les dispositifs légaux et policiers de répression contre toute contestation politique radicale.

Ainsi les lois scélérates de 1893-1894 modifient la loi de 1881 sur la liberté de la presse qui ne punissait que la provocation directe ; désormais la provocation indirecte est condamnable, la fameuse « apologie » qui permet encore aujourd’hui la répression à tout va de tout discours non conforme à la normalité républicaine. Le tout sans compter toutes les boucheries orchestrées, organisées et perpétrées par cette fameuse République civilisatrice lors de sa vaste campagne de colonisation en Afrique, en Asie et dans le Pacifique ; ou pendant les deux guerres mondiales.
La Semaine sanglante fut ainsi une expérience concentrée de ce que fut la Troisième République dans son ensemble, entre réalisation démocratique, répression et bain de sang.

 dans Antifascisme

Une mémoire musicale de la Commune

La Semaine sanglante fut un événement qui marqua profondément le monde ouvrier et révolutionnaire, mais derrière la grande Histoire, l’événement marqua aussi les poètes et auteurs qui y participèrent.

Eugène Pottier et Jean-Batiste Clément furent deux d’entre eux. Rapidement après la fin de la Commune, ils écrivirent chacun un poème, qui fut ensuite mis en chanson : l’Internationale d’Eugène Pottier, qui devint célèbre dès le congrès d’Amsterdam de la IIe internationale en 1904, avant de devenir l’hymne de l’URSS en 1922 ; et la Semaine sanglante de Jean Baptiste Clément, qui dénonce les horreurs et crimes des versaillais pendant la période éponyme.

Avant d’être l’hymne officiel de l’Union soviétique de 1922 à 1944, et d’être charcuté par de nombreux gouvernements et groupes pour mieux coller aux doctrines et régimes qui la récupérèrent, L’Internationale fut bien écrite dans le sillage de la Commune.
Eugène Pottier, membre de la Garde nationale durant le siège de Paris de 1870, rejoint la Commune et siège à la Comission des Services publics dans le deuxième arrondissement où il est élu. Il participe aux combats de la Semaine sanglante contre les troupes versaillaises. C’est suite à ces événements qu’il devra se cacher dans Paris pour éviter la répression qui s’abat sur la ville.

C’est lors de cet exil intérieur qu’il écrira L’Internationale. Il fuit ensuite en Angleterre, mais, condamné à mort par contumace le 17 mai 1873, il décide de s’exiler aux États-Unis et rejoint le Parti ouvrier socialiste d’Amérique. Il ne rentrera en France qu’en 1880, suite à la loi d’amnistie du 11 juillet 1880 qui amnistie les Communard·e·s et permet le retour de nombre d’entre eux en France.

En 1888, un an après la première édition imprimée des paroles du poème, la chorale lilloise du Parti ouvrier demande à un de ses membres, Pierre Degeyter, de composer une musique originale pour L’Internationale. Le 23 juillet 1888, pour la première fois, la chorale de la Lyre des Travailleurs interprète le chant sur l’air nouveau. Sa partition est publiée en 1889.

De simple chanson d’amour perdu, écrite en 1866 et chantée sur un air mélancolique, le Temps des cerises devint un symbole pour tous ceux et celles qui vécurent intensément la lutte contre la République bourgeoise, contre le capitalisme sauvage et contre le fascisme. Elle devint alors une classique pour toutes les familles du socialisme, de l’anarchisme et du communisme, traversant le temps et les clivages politiques.
L’appropriation populaire et collective de la chanson en fera un classique repris autant par Coluche, la jouant au violon avec des gants de boxe, que dans Porco Rosso, film d’animation japonais de Hayao Miazaki de 1992, se déroulant dans l’Italie fasciste des années 1920.

 dans Antimilitarisme

Se souvenir, c’est déjà lutter !

Si la Commune de Paris reste aujourd’hui une référence commune de toutes les familles de gauche, toujours critiquée, revisitée, réinterprétée, mais bien partagée [3], c’est autant par l’espoir suscité par ses réalisations que par la répression sans pareille dont elle fut la victime.
À une époque où le « Roman national » fait son grand retour et où chaque événement de l’Histoire française est réinséré dans un roman à visée normalisatrice d’une pseudo « Identité nationale », il faut rappeler qu’encore aujourd’hui, presque 150 ans après les faits, la Commune reste une oubliée des programmes scolaires et de l’histoire française.

Aujourd’hui, le nouveau discours au centre, à droite et même à l’extrême-droite essaye de refaire de la Troisième République la référence idéologique par excellence et continuant ainsi à faire de la Commune une oubliée volontaire. Surtout quand la laïcité de 1905 sert à l’extrême-droite pour stigmatiser toute population non catholique, et que les débats sur les « bienfaits » de la colonisation sont rouverts. Il serait dommage de perturber cette foire à la saucisse idéologico-historique en rappelant que la Troisième République est née dans un bain de sang.

Face à l’oubli volontaire des politicards et de l’État, comme symptôme d’une ultime répression, la mémoire de la Commune, une mémoire révolutionnaire et internationaliste, est donc une arme pour rappeler que de tout temps le vieux monde peut vaciller, mais que plus il vacille, plus ses chiens montrent les crocs et mordent au sang. Que toute action révolutionnaire entraine une action contre-révolutionnaire et que la violence de l’État est toujours liée à son désir de maintenir une société d’exploitation et de contrôle. Quel que soit le régime ou quel que soit le numéro de la République en place, la lutte des classes perdure à tous les niveaux de la vie.

Note

Sur la Commune de 1871 :
• le web officiel des Amis de la Commune : Association qui cherche à faire vivre l’histoire et la mémoire de la Commune en proposant de nombreux textes, images, photographies, chansons, bibliographies, filmographies sur leur site.

21 mai 2024

https://paris-luttes.info/

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30 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Répression ( Reporterre )

ecologie-conflits-energie

Répression policière des militants écolos : « La France est le pire pays d’Europe »

Depuis 2022, Michel Forst est rapporteur spécial sur les défenseurs de l’environnement aux Nations unies. Depuis ce poste, il observe et protège les militants écologistes face à une répression grandissante.

En 2022, face aux menaces pesant sur les militants écologistes, les Nations unies ont créé le poste de rapporteur spécial sur les défenseurs de l’environnement. Ancien directeur d’Amnesty International France, Michel Forst a hérité de ce mandat inédit. Son objectif : les protéger contre toute forme de harcèlement, persécution ou pénalisation.

Dans cet entretien à Reporterre, il assure que la répression législative, policière et judiciaire de la désobéissance civile environnementale constitue une menace majeure pour la démocratie et les droits humains. Michel Forst note par ailleurs que « la France est le pire pays d’Europe » concernant le maintien de l’ordre.

Reporterre – Frappé par les témoignages recueillis aux quatre coins du continent, vous avez établi un panorama européen de la répression des militants écologistes. Considérez-vous que les droits humains soient aujourd’hui menacés ?

Michel Forst - Oui. À l’exception de la Norvège, véritable particularité dans ce paysage, les mêmes phénomènes s’observent partout. Les personnalités politiques commencent par marteler un discours très discriminant, voire diffamatoire, en utilisant des termes comme « écoterroristes » ou « talibans verts ».

Les médias mainstream relaient ces propos et encouragent involontairement les usagers à assimiler les militants à des terroristes ou des criminels. Preuve de l’impact de cette rhétorique : en Allemagne, des automobilistes ont traîné par les cheveux, frappé et roulé sur des manifestants alors qu’ils bloquaient simplement une route.

Par ailleurs, les autorités publiques s’en servent pour justifier le recours à des méthodes jusqu’à présent réservées à la lutte antiterroriste. En Italie, de nouvelles lois anti-mafia voient le jour et se durcissent. En Allemagne, les lois destinées à lutter contre la fraction armée rouge dans les années 1970 sont remises au goût du jour.

Des cellules spécialisées sont créées, comme Déméter en France [qui surveille les « atteintes au monde agricole »]. Et dans les documents officiels de quelques pays, des mouvements écologistes sont clairement désignés comme « à tendance terroriste », voire parfois terroristes. Cette assimilation me fait peur.

Comment se positionne la France dans ce panorama ?

La France est le pire pays d’Europe concernant la répression policière des militants environnementaux. La violence des forces de l’ordre est hors catégorie. Leurs homologues à l’étranger ne comprennent pas la manière dont les Français répondent aux manifestations, ne comprennent pas qu’on puisse user d’une telle violence.

« Si la France est la pire sur le maintien de l’ordre, la Grande-Bretagne est la pire en termes de répression judiciaire »

En Allemagne, les arrestations sont assez « musclées ». L’utilisation de prises très douloureuses, appelées « pain grip » et consistant à tordre le poignet, s’apparente à de la torture. Pour autant, cela n’a rien à voir avec l’actuelle répression policière que subissent de plein fouet les militants français. Ici, les grenades lacrymogènes et de désencerclement sont lancées sans aucune distinction. Le phénomène de nasses, pourtant interdit, est encore appliqué. Autant de dérives que l’on n’observe pas à l’étranger.

Y compris en Grande-Bretagne, où la répression des écologistes semble pourtant se durcir de mois en mois ?

Celle-ci est différente. Si la France est le pire pays européen en termes de maintien de l’ordre, la Grande-Bretagne est le pire en termes de répression judiciaire. Des peines allant jusqu’à 30 mois de prison ferme ont été prononcées pour un blocage de pont ou d’autoroute.

Par ailleurs, les entreprises autoroutières peuvent réclamer aux militants du climat des sommes faramineuses, sous prétexte que l’interruption du trafic a entraîné une perte financière de plusieurs centaines de milliers de pounds. Là où, en France, 1 euro symbolique aurait vraisemblablement été demandé.

Et ce n’est pas tout ! Des tribunaux interdisent aux avocats de présenter des défenses fondées sur la « nécessité ». Les militants n’ont pas le droit d’expliquer pourquoi ils ont agi. Le moindre fait de prononcer les mots « climat » ou « changement climatique » entraîne une condamnation pour outrage à la Cour.

Condamner des militants pacifistes à de telles peines est-il conforme au droit international ?

Pas du tout, et c’est bien là tout le paradoxe. Le droit international relatif aux droits humains considère que la désobéissance civile est protégée. Les États ont l’obligation de respecter et de protéger le droit d’avoir recours à cette forme d’expression. Les militants n’ont pas à être punis pour avoir occupé des arbres sur le chantier de l’A69, aspergé de peinture un ministère ou interrompu une compétition sportive. Le droit les protège.

J’accepte que le juge condamne, puisqu’il y a bien une infraction à la loi. Toutefois, la condamnation doit être symbolique, ou être prononcée mais non appliquée.

Dans plusieurs pays, comme l’Allemagne, la Suisse ou même la France, certains magistrats commencent à reconnaître la légitimité de la désobéissance civile. En avril, à La Rochelle, neuf militants d’Extinction Rebellion ont été relaxés par le tribunal correctionnel en raison de « l’état de nécessité ». Malheureusement, de nombreux magistrats en Europe ne suivent pas encore ce chemin.

Qu’entend-on précisément par « désobéissance civile » ?

Aujourd’hui, il n’existe aucune définition universellement reconnue. Le Rapport Spécial utilise toutefois quatre critères cumulatifs pour décider s’il saisit ou non un dossier : il doit s’agir d’actes de violation délibérée de la loi, dans le but d’attirer l’attention sur une question d’intérêt public, menés publiquement et non au fond de son jardin, et ce, sans avoir recours à la violence contre les personnes. Si ces critères sont réunis, alors la personne est protégée par le droit international.

Vous parlez uniquement de « violence contre les personnes ». Alors incendier des engins de chantier sur le tracé de l’A69 ou saboter une usine de l’entreprise Lafarge est-il aussi protégé ?

Une distinction très claire doit être établie entre les personnes et les biens. S’en prendre à quelqu’un est totalement prohibé. Dès lors que des militants commencent à lancer des pierres ou des cocktails Molotov, même en réponse à une violence policière, on entre dans la violence, et celle-ci est interdite par les Nations unies.

Pour les biens, c’est un peu différent. Moi, je n’utilise pas le mot de sabotage. Je me limite à l’observation. Encore une fois, la désobéissance civile se veut symbolique. Démonter la vanne d’une mégabassine pour la déposer devant une préfecture accompagné d’un message politique, ce n’est pas du sabotage violent et c’est donc autorisé par le droit international.

Même chose s’il s’agit de lacérer avec un cutter un mètre de plastique sur ces installations ou de casser un cadenas pour pénétrer dans une serre et arracher dix mètres carrés de plantes transgéniques… Il y a bien une entrave à la loi, mais c’est autorisé par le droit international. En revanche, saccager des serres entières de 100 m de long ne relève plus du symbole. Saboter une usine ou brûler des engins non plus. Là, on quitte le cadre de la désobéissance civile pacifiste.

Les journalistes aussi peuvent être victimes de cette répression.

Oui. La simple habitude prise par les journalistes de couvrir les manifestations avec des protections de la tête aux pieds est un mauvais signe. Les journalistes, dont le travail remarquable révèle au grand jour les connexions entre les intérêts privés et des décisions néfastes pour l’écologie prises par les États, sont des défenseurs de l’environnement. Ainsi, ils sont éligibles à une protection.

« La répression s’abat avec beaucoup de violence sur tous les mouvements de libertés »

Lorsque votre collègue de Reporterre, Elsa Souchay s’est adressée à moi [elle était accusée d’avoir participé à une action illégale des Faucheurs volontaires d’OGM], j’ai immédiatement décidé de me saisir du dossier. Dans de nombreux pays, les journalistes sont de plus en plus souvent assimilés aux militants. Ils ont beau porter un brassard de presse ou toutes sortes de signes distinctifs, ils sont parfois maltraités par les policiers, voire arrêtés.

J’ai d’ailleurs moi-même été témoin de ces dérives sur le chantier de l’A69, entre Toulouse et Castres. Venu observer le traitement réservé aux « écureuils » (le nom des militants perchés dans les arbres), j’ai découvert que les journalistes étaient bloqués par un cordon de gendarmes dans un ravin au-delà de la route. Le préfet avait demandé à ce qu’on les empêche d’approcher et de filmer mon intervention. J’ai donc été obligé de descendre vers eux pour leur détailler les raisons de ma venue.

Avec désormais un peu de recul, avez-vous le sentiment d’être entendu par les dirigeants à qui vous avez affaire ? Les Nations unies ont-elles encore un impact à ce niveau-là ?

Malheureusement, il est aujourd’hui indéniable que l’on vit dans une Europe et un monde très dangereux, dans lequel la répression s’abat avec beaucoup de violence sur tous les mouvements de libertés. Pour autant, nous parvenons à résoudre de nombreux dossiers. Souvent, le simple fait d’alerter dissuade les États ou les entreprises à poursuivre les démarches engagées contre un militant.

Quant aux nombreux parlementaires menant de front une contestation à l’encontre des Nations unies et de la Cour pénale internationale, sachez que ce sont des discours de campagne. Très clairement. Dans la pratique, les relations entre les États et l’ONU fonctionnent efficacement.

Emmanuel Clévenot

https://reporterre.net/

Lire aussi :

Dans les sous-sols de l’antiterrorisme, l’enfer de militants écologistes

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22 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Juifs et Gaza (ESSF)

pal

Les juifs et juives aux États-Unis à l’heure de la guerre à Gaza

Warren Montag est professeur des Humanités à Occidental College, une université de la région de Los Angeles. Ses études portent notamment sur la pensée de Spinoza et d’Althusser.

ContreTemps : Une partie de l’opinion publique française pense, soit par ignorance, soit dans la logique d’idées antisémites, que le soutien américain à Israël est dû au poids énorme de ce qu’ils appellent le « lobby juif » aux États-Unis. Or, tout le monde a remarqué que l’état d’esprit de la population juive des États-Unis à l’égard d’Israël est en pleine évolution. De quand date ce changement ?

Warren Montag : C’est une histoire compliquée, mais avant de l’aborder une clarification sur la question du « lobby juif » et du contrôle juif de la politique étrangère américaine s’impose.

L’explication de la politique étrangère américaine en tant qu’instrument d’un pouvoir juif est une conception erronée à tous points de vue. L’idée que les nations impérialistes sont dirigées par de petites entités essentiellement étrangères agissant en secret est non seulement absurde d’un point de vue empirique, mais incarne aussi une approche grossièrement réductrice de la politique, le plus souvent liée à l’une des nombreuses théories du complot qui confèrent aux juifs des pouvoirs surnaturels de tromperie et de manipulation.

Lorsque, comme cela n’est que trop prévisible, « l’entité étrangère » ou « l’ennemi de l’intérieur » se trouve être la communauté juive ou simplement « les juifs », l’erreur théorique relève de l’antisémitisme, pour la satisfaction de forces très différentes et souvent opposées.

Pour que les juifs jouent le rôle que leur assignent ces théories, ils devraient être capables de penser (élaborer des stratégies, conspirer et comploter) et d’agir comme un seul homme. Dans cette perspective, les apparentes différences politiques et culturelles internes à la communauté juive seraient expliquées comme des épiphénomènes au regard d’une communauté unie par le sang et façonnée par deux millénaires de haine implacable du monde non-juif.

L’unité supposée de la communauté juive américaine n’a jamais existé ; la population juive a toujours été extrêmement hétérogène, linguistiquement, culturellement et politiquement.

Même les formes d’observance religieuse variaient de manière significative. Par apport à cette diversité, le sionisme a consisté en une tentative d’homogénéisation, militant pour que les langues et les cultures du « ghetto », et surtout des juifs parlant le yiddish, la majorité (avant la Seconde Guerre mondiale), tout comme les diverses cultures des juifs iraniens, marocains, d’Asie centrale, soient abandonnées en faveur de l’hébreu et laisse la place à une nouvelle culture israélienne qui se présentait comme un retour à un passé mythique.

Ces efforts sionistes se sont heurtés à une forte résistance ; même la question de savoir ce qui fait d’un juif un juif, et quelles formes d’observance devaient être intégrées dans le droit civil, n’a pas été résolue.

Mais le fantasme d’un parti des juifs, secret homogène, uni et discipliné, n’est pas seulement faux et invoqué au service de la haine, il aboutit aussi à absoudre l’impérialisme américain (et tous les autres impérialismes) de toute responsabilité pour ses guerres, son pillage des ressources mondiales et la richesse qu’il a accumulée au prix de la misère de la classe ouvrière internationale, toutes choses qui sont maintenant attribuées aux juifs.

Les conséquences de cette position sont assez claires : la dernière décennie a vu un renouveau rapide et généralisé des déclarations exterminationnistes, telles que celles qui figurent sur les teeshirts portés par un certain nombre de partisans de Trump lors de l’occupation du Capitole à Washington le 6 janvier 2021 : « 6MWE », acronyme de « six millions, ce n’était pas assez ».

Aux États-Unis, la population juive n’a jamais été aussi divisée politiquement qu’aujourd’hui, et au centre de cette division se trouve non seulement la conduite d’Israël dans la guerre actuelle contre Gaza, mais plus fondamentalement la question du sionisme.

Une minorité significative de juifs (principalement ceux âgés de moins de quarante ans) constate une différence notable entre le sionisme qui leur a été enseigné et le sionisme réellement existant de l’État israélien.

Il ne s’agit plus (en fait, il ne s’est jamais agi) d’un sionisme fondé sur l’Exode et la Délivrance de la Maison de servitude, mais d’un sionisme, comme Netanyahou nous l’a récemment rappelé, dont l’inspiration est tirée de l’histoire des Amaléchites du Livre I Samuel 15 : 3 : « Maintenant, allez frapper Amalech, et détruisez tout ce qu’ils ont, sans les épargner ; tuez hommes et femmes, enfants et nourrissons, bœufs et moutons, chameaux et ânes ».

Cela a conduit une nouvelle génération de juifs à déclarer leur soutien à la cause palestinienne non pas en dépit de leur judéité, mais à cause d’elle.

lundi 13 mai 2024 BARZMAN John, MONTAG Warren (Extrait)

https://www.europe-solidaire.org/

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22 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Afrique du Sud (NPA)

Crédit Photo DR -Nosiviwe Mapisa-Nqakula Paul Martial
Hebdo L’Anticapitaliste – 709 (23/05/2024)

En Afrique du Sud, élections désenchantées

Les prochaines élections du 29 mai risquent d’être un tournant dans la vie politique de l’Afrique du Sud avec la perte pour l’ANC de sa majorité absolue, nécessitant pour la première fois de nouer des accords de gouvernement avec d’autres partis.

Trente ans après la première élection post-apartheid, l’ANC risque de passer en deçà de la barre des 50 % lors des élections générales et provinciales. L’organisation nationaliste qui gère le pays, en alliance avec le Parti communiste sud-africain (SACP) et la principale centrale syndicale la COSATU (Congress of South African Trade Unions), paie sa politique libérale.

Austérité et corruption

L’Afrique du Sud est l’un des pays les plus inégalitaires au monde, conséquence de décennies de politique libérale. Le chômage s’élève à près de 33 % de la population active et de plus de 45 % pour les jeunes. Les services de l’État assurent de moins en moins les prestations sociales, d’éducation et de santé pour les plus pauvres. Les coupures d’électricité sont en augmentation et durent plus longtemps. La société demeure violente particulièrement contre les femmes.

Dans le même temps, les gouvernements successifs de l’ANC ont été éclaboussés par de nombreuses affaires de corruption. Récemment Nosiviwe Mapisa-Nqakula, présidente de l’Assemblée nationale, a été arrêtée et accusée d’avoir touché des pots-de-vin lorsqu’elle était ministre de la Défense. Des corruptions qui ont des conséquences néfastes pour les populations. Ainsi le conseil d’administration du National Student Financial Aid Scheme, qui gère les bourses étudiantes, est dissout pour des contrats de sous-traitance douteux et pour son incapacité à remplir sa mission. Des milliers d’étudiantEs sont sans bourse depuis des mois.

Mêlée électorale

Face à cette crise sociale, l’offre politique n’est guère réjouissante. L’ANC qui détient la majorité absolue avec 230 sièges sur 400 s’est fragmenté avec l’apparition d’un nouveau parti MK (uMkhonto we Sizwe) conduit par Jacob Zuma, l’ancien président obligé de démissionner à cause de ses nombreuses implications dans des affaires de corruption. Très implanté dans le KwaZulu-Natal, il est crédité de 13 % de voix.

Les Economic Freedom Fighters de Julius Malema seraient autour de 10 % et développent une rhétorique populiste. À cela s’ajoutent d’autres petites formations dirigées par d’anciens membres de l’ANC à l’honnêteté contestable. Le principal parti d’opposition Democratic Alliance est de droite et, selon les sondages, connaîtrait une progression pour atteindre 27 %. Enfin, élément nouveau qui témoigne du délitement social, l’apparition d’organisations ouvertement xénophobes.

C’est le cas d’Action SA qui espère capitaliser sur les éruptions de violences récurrentes contre les étrangerEs. À l’issue des élections, il est probable que la question des alliances se posera, risquant d’aggraver les politiques d’austérité. La gauche radicale trop affaiblie ne participe pas à cette échéance électorale et concentre ses efforts dans un travail de recomposition en lien avec les acteurs et actrices des luttes sociales et environnementales.

Paul Martial Mardi 21 mai 2024

https://lanticapitaliste.org/

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20 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Brest POI

Mémoires des Résistants et FFI de l’arrondissement de Brest

Brest POI dans A gauche du PS

P.O.I

[1940 - 1943]

Petit parti communiste, de tendance trotskiste (4ème Internationale) le Parti ouvrier internationaliste (P.O.I) publie La Vérité, premier journal clandestin de la presse française à l’été 1940. Fin 1942, il mène une propagande de fraternisation antifasciste avec les soldats allemands, appelé le Travail allemand, et publie un journal, Arbeiter und Soldat, composé par la section allemande de ce parti clandestin.

À Brest et au Relecq-Kerhuon, un groupe se constitue en 1942, qui réussit à mettre sur pied une cellule au sein de l’armée allemande courant 1943, notamment grâce au soutien de plusieurs militants de Loire-Inférieure (44) ayant rejoint Brest (Robert Cruau et les frères Berthomé). Les militants du P.O.I sont de jeunes ouvriers qui ont milité au sein du mouvement des Auberges de Jeunesse, les Ajistes, avant la guerre.

Le groupe brestois du P.O.I est démantelé en octobre 1943 par une rafle, à la suite d’une trahison d’un soldat allemand. Outre les militants brestois, Robert Cruau, Yves Bodénez, Georges Berthomé, André Floc’h et Albert Goavec, plusieurs militants parisiens, dont Marcel Hic, responsable du parti et organisateur du Travail allemand, sont tués ou meurent déportation. Plusieurs dizaines de soldats allemands sont exécutés.

À Brest, ont été édités des tracts, un journal ronéoté, Front Ouvrier, et un petit bulletin Zeitung für Arbeiter und Soldat im Westen diffusé auprès de soldats allemands. Le groupe s’est opposé au départ vers l’Allemagne d’ouvriers de l’arsenal de Brest en octobre 1942 et aurait également participé à la collecte d’informations sur la base sous-marine, par l’intermédiaire de sous-mariniers allemands. Robert Cruau, exécuté par les Allemands le 6 octobre 1943, était membre du réseau Vélite-Thermopyles, Eliane Ronël (Quimper) du réseau C.N.D-Castille ! Ils ne furent pas reconnus comme résistants, du fait de la forme qu’ils avaient donné à leur combat. L’inscription administrative à des réseaux de renseignement, dépendant du B.C.R.A de Londres, régla cet épineux problème.

Présentation rédigée par Jean-Yves Guengant, le 24 novembre 2019.

https://www.resistance-brest.net/

14 fiches répertoriées

  • BAUFRÈRE Marcel

    Naissance : 28 juin 1914 – Paris – 14e arr (75)
    Résistance : P.O.I
    Secteur(s) d’action : France / Paris / Bordeaux / Brest
    Pseudonyme(s) : Liber / Danjou / Marceau / Ferdinand Lestin / Yvain
  • BODÉNEZ Yves

    Naissance : 15 novembre 1921 – Le Relecq-Kerhuon (29)
    Résistance : P.O.I
    Secteur(s) d’action : Brest
    Pseudonyme(s) : Huon
  • CALVÈS André

    Naissance : 6 février 1920 – Brest (29)
    Résistance : P.O.I
    Secteur(s) d’action : Paris, Brest
  • CRUAU Robert

    Naissance : 12 mars 1921 – Fégréac (44)
    Résistance : P.O.I
    Secteur(s) d’action : Nantes / Brest
    Pseudonyme(s) : Pleton / Max
  • DARLEY André

    Naissance : 24 décembre 1920 – Brienon-sur-Armançon (89)
    Résistance : P.O.I
    Secteur(s) d’action : Brest
    Pseudonyme(s) : Philippe
  • FLOCH André

    Naissance : 7 mai 1923 – Brest (29)
    Résistance : P.O.I
    Secteur(s) d’action : Le Relecq-Kerhuon
  • GOAVEC Albert

    Naissance : 27 mars 1922 – Brest (29)
    Résistance : P.O.I
    Secteur(s) d’action : Brest
  • HUBERT Anna

    Naissance : 2 février 1919 – Plougastel-Daoulas (29)
    Nom de jeune fille : KERVELLA
    Résistance : P.O.I
    Secteur(s) d’action : Brest
  • METAYER Marguerite

    Naissance : 1er février 1916 – Brest (29)
    Résistance : P.O.I
    Secteur(s) d’action : Brest, Paris
    Pseudonyme(s) : Renée Mortier
  • TRÉVIEN Gérard

    Naissance : 26 février 1920 – Brest (29)
    Résistance : P.O.I
    Secteur(s) d’action : Brest
  • TRÉVIEN Micheline

    Naissance : 28 décembre 1919 – Brest (29)
    Nom de jeune fille : GUERIN
    Résistance : P.O.I
    Secteur(s) d’action : Brest

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18 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Kanaky

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17 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Kanaks (Survie)

Kanaks (Survie) dans A gauche du PS
Sur les réseaux sociaux et devant les forces de l’ordre, les miliciens s’affichent ouvertement avec les armes dont ils font usage
 Kanaky-Nouvelle Calédonie : contre la violence coloniale

Conséquence logique du sabotage méthodique du processus de décolonisation par l’État français, l’heure est à l’affrontement en Kanaky-Nouvelle Calédonie, qui a déjà fait plusieurs morts. Il est urgent de dénoncer la responsabilité première de la politique coloniale française, des colons sur place, de s’opposer à la menace qui plane sur les indépendantistes et la CCAT (Cellule de coordination des actions sur le terrain) en particulier et de soutenir la lutte légitime du peuple Kanak.

La Nouvelle Calédonie est toujours une colonie française, c’est d’abord une réalité matérielle et une continuité historique : occupation militaire, politique d’installation de colons, spoliation des terres, racisme, massacres et violences diverses qui ont jalonné ces 171 années d’occupation. L’inscription du pays sur la liste des territoires à décoloniser de l’ONU depuis 1986 vient rappeler cette évidence.

En 1988, les accords de Matignon puis Nouméa avaient clôturé une période d’affrontements violents et ouvert la voie à un processus de décolonisation, qui prévoyait le transfert progressif des compétences que l’État français s’était arrogées, pour aller vers « la pleine émancipation ». L’application de ces accords a été difficile et sans cesse menacée tant par les gouvernements français que par les colons sur place.

Depuis l’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron, la France a mené un travail de sabotage radical de ce processus, dont la loi sur le dégel du corps électoral n’est que le dernier épisode [1]. En 2022, le choix de nommer Sonia Backès, issue des franges extrêmes des partis coloniaux locaux, au gouvernement français était un symbole fort de ce basculement.

1984-2024 : contre le retour aux années 1980 et la criminalisation de la CCAT

Il y a 40 ans, le niveau de violence avait fait plus de 90 morts, en très grande majorité Kanak. On retrouve aujourd’hui plusieurs ingrédients du pourrissement de l’époque : entêtement français autour de la question du statut et des modes de scrutin, mépris des Kanaks et de la revendication indépendantiste, militarisation de la répression, armement à outrance des colons… Faudra-t-il en arriver à un épisode comparable au massacre de la grotte d’Ouvéa pour que l’État français fasse machine arrière ?

Nous dénonçons la volonté exprimée ouvertement par le gouvernement français de criminaliser la CCAT (Cellule de coordination des actions de terrain), qualifiée par Gérald Darmanin de « groupe mafieux ». Les médias français reprennent sans distance la qualification de « frange la plus radicale du Front de libération Kanak socialiste (FLNKS) » distillée par l’État.

Cela ne correspond nullement à la réalité, et surtout, participe à une stratégie volontaire visant à isoler une partie du mouvement indépendantiste, préparant les esprit à son élimination politique ou même physique. Dans les années 1980, cette même stratégie avait été déployée par la France et avait abouti notamment à l’assassinat direct d’Éloi Machoro par le GIGN [2], présenté comme un élément radical, dissocié artificiellement du reste des indépendantistes.

Aujourd’hui, plusieurs membres actifs de la CCAT se cachent et se savent visés tant par la répression étatique que par les milices de colons. Gabriel Attal vient d’annoncer l’assignation à résidence de personnes désignées comme membres de la CCAT, dans le cadre de l’état d’urgence. Le gouvernement français serait directement responsable de toute atteinte à leur intégrité physique.

Bien nommer : exécutions arbitraires, prisonniers politiques

Car si, a priori, on peut imputer à des colons d’avoir tiré sur les jeunes Kanaks hier, la responsabilité première en incombe bien à l’État et à sa politique. C’est son entêtement et sa fermeture qui ont conduit à la situation actuelle. Il est donc responsable de l’éclatement du conflit et de toutes les morts qui en découlent. De nombreux témoignages indiquent d’ailleurs un bilan plus élevé chez les Kanaks que les 3 morts annoncés par l’État à l’heure de la rédaction de ce texte.

On constate aussi concrètement un parfait alignement entre les acteurs étatiques et les milices coloniales. Les gendarmes et policiers protégent et ouvrent la voie à ces milices que les colons se targuent d’essayer de créer « dans chaque quartier ».

Ces groupes portent ouvertement des armes, même en présence des forces de l’ordre, sans être désarmés. Le Haut-Commissaire et le commandant local de la gendarmerie ont tenu une conférence de presse conjointe avec Sonia Backès, présidente de la Province Sud. Aujourd’hui, le vice-président de cette province, s’affiche ouvertement sur les réseaux sociaux et sur le terrain, en tenue paramilitaire, pour donner des instructions à ces groupes armés.

L’assassinat de jeunes Kanak correspond pleinement à la définition d’exécutions arbitraires au sens de l’ONU, d’après la résolution 1994/67 de la Commission des droits de l’homme de l’ONU, qui considère que cette définition s’applique aussi quand ces actes sont commis par « des groupes paramilitaires, des forces de défense civile ou d’autres forces privées coopérant avec le gouvernement ou tolérées par lui ». Le Haut-Commissaire, qui représente l’État français dans le pays, a eu pour première réaction de relativiser la mort d’un des jeunes Kanak, en considérant qu’il avait été tué par « quelqu’un qui a certainement voulu se défendre » [3].

Par l’utilisation de termes comme « délinquants », les autorités françaises cherchent à disqualifier les mobilisations des jeunes Kanaks en lutte contre la colonisation, qui leur impose discriminations racistes, paupérisation et exclusion.

Solidarité avec le peuple Kanak dans sa lutte légitime pour son émancipation

L’association Survie exprime toute sa solidarité aux proches des victimes de cette violence coloniale, aux personnes arrêtées pour leur activité politique.

Nous nous opposons à la répression coloniale actuellement à l’œuvre : milices paramilitaires, déploiement de l’armée, état d’urgence, coupure de réseaux sociaux, et même, selon ce qui a pu nous être remonté, des coupures du réseau 4G.

Nous dénonçons la stratégie menée par la France de dissocier et isoler la CCAT du reste du mouvement indépendantiste, qui fait planer une menace politique, judiciaire et même physique sur ses membres, et nous réitérons notre soutien à l’ensemble de la lutte d’émancipation du peuple Kanak.

16 mai 2024 – Survie

Kanaky Nouvelle Calédonie

https://survie.org/

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17 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Nickel (Reporterre)

Nouvelle-Calédonie : un accord «<small class="fine d-inline"> </small>colonialiste<small class="fine d-inline"> </small>» sur le nickel attise les tensions

Le gouvernement français espère imposer à Nouméa un accord pour bénéficier de ses ressources en nickel et fabriquer davantage de voitures électriques. Une attitude vécue par les indépendantistes comme une « recolonisation » de leur territoire.

Nouvelle-Calédonie : un accord « colonialiste » sur le nickel attise les tensions

La question est éclipsée dans les débats depuis le début des affrontements en Nouvelle-Calédonie. Il s’agit pourtant d’un enjeu crucial : qui peut profiter des ressources minières de cet archipel du Pacifique ? Le territoire abrite à lui seul 20 à 30 % des ressources mondiales en nickel, un élément indispensable pour fabriquer des batteries de voitures électriques. Autrement dit, les sous-sols néo-calédoniens attirent les convoitises, et notamment celles de la France.

En novembre 2023, en visite sur l’archipel, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire avait présenté pour la première fois un « pacte nickel ». Son but : faire sortir de la faillite les trois usines métallurgiques du territoire, spécialisées dans le traitement du nickel. En effet, si la Nouvelle-Calédonie est riche en minerais, le secteur est en crise. Coût exorbitant de l’énergie, chute des cours du métal, baisse des ventes, concurrence avec les mines indonésiennes… La filière est en grande difficulté, alors qu’elle est la principale source de revenus pour le territoire, et qu’elle emploie 20 à 25 % de ses habitants.

Avec son « pacte nickel », Bruno Le Maire proposait de venir en aide aux usines en subventionnant les prix de l’énergie à hauteur de 200 millions d’euros, et de développer la capacité de production électrique sur le territoire. En échange, les collectivités locales devaient s’engager à faciliter l’accès aux ressources, et les usines devaient être exploitées par des industriels pour être « rentables ».

« Un pacte colonial »

Premier problème de cette proposition : c’est une ingérence qui passe mal. Dans le cadre de l’accord de Nouméa en 1998, la compétence de la gestion du nickel a été récupérée par la Nouvelle-Calédonie, pour qu’elle profite au développement du pays. Vingt-six ans après, le projet de Bruno Le Maire est donc perçu par les indépendantistes comme « un pacte colonial de reprise en main de la maîtrise des matières premières de la Nouvelle-Calédonie », écrit Ronald Frère, un proche du président de l’Union calédonienne (indépendantiste), cité par le journal Le Monde.

« Le pacte affiche clairement la couleur : la France a besoin du nickel calédonien pour produire des batteries de voitures électriques vendues en métropole, analyse pour Reporterre Christine Demmer, anthropologue au CNRS. On sort complètement du modèle consistant à ce que la rente minière profite à la Nouvelle-Calédonie, pour son propre développement. » Selon la chercheuse, le pacte est donc bien une forme de « recolonisation » du territoire.

« Il n’y a aucun retrait de souveraineté, aucun ! Il faut arrêter de dire n’importe quoi, parce qu’après les militants sur le terrain disent : “L’État veut nous voler notre nickel.” C’est lunaire », répond dans Le Monde Sonia Backès, cheffe de file des loyalistes (ceux qui ne souhaitent pas l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie) et ancienne secrétaire d’État dans le gouvernement d’Élisabeth Borne. Le député calédonien non indépendantiste Nicolas Metzdorf (Renaissance) a toutefois déposé une proposition de loi organique visant à restituer provisoirement la compétence du nickel à l’État français.

Autre difficulté de ce pacte : le ministre de l’Économie demande explicitement à la Nouvelle-Calédonie d’autoriser davantage d’exportations des minerais bruts. Les habitants de l’archipel, eux, estiment que la transformation du nickel doit se faire sur place pour conserver la valeur ajoutée — quand bien même l’extraction des mines est aussi une activité très polluante. Cerise sur le gâteau, même les loyalistes rejettent la contribution de 66,7 millions d’euros demandée par l’État à la Nouvelle-Calédonie, qu’ils jugent trop élevée au vu de la dette du territoire.

Problème de méthode

En venant dans le Pacifique, Bruno Le Maire imaginait que l’accord serait signé dans les jours suivants. Le ministre, qui affirme que les collectivités avaient été consultées en amont, avait appelé les élus à valider le texte tel quel. Mais rien ne s’est passé comme prévu. Les parlementaires du congrès calédonien ont refusé à plusieurs reprises d’habiliter Louis Mapou, le président du gouvernement local, à signer l’accord avec l’État. Les discussions sont donc au point mort depuis le mois d’avril.

Ce rejet de la population n’étonne pas l’anthropologue Christine Demmer : « La méthode du gouvernement est très inhabituelle. Depuis la signature des accords de Matignon en 1988, c’est généralement la recherche de consensus qui prime, pas une décision unilatérale de l’État, et encore moins prise depuis Paris. »

Or c’est bien le même souci de méthode que dénoncent les indépendantistes depuis le 14 mai, date à laquelle les affrontements ont commencé en Nouvelle-Calédonie. À ce jour, les violences ont entraîné la mort de cinq personnes, trois civils et deux gendarmes. L’état d’urgence a été déclaré par Emmanuel Macron et l’armée a été déployée sur le territoire.

Une partie des habitants s’oppose à une réforme promue par le gouvernement français visant à élargir le corps électoral pour les élections provinciales de Nouvelle-Calédonie. C’est un enjeu clé dans l’archipel : actuellement, seules les personnes inscrites avant 1998 (et leurs descendants) peuvent y voter. La réforme propose d’ouvrir ce droit aux personnes résidant sur le Caillou depuis au moins dix ans — soit 25 000 nouvelles personnes.

Jusqu’auboutisme

Deux positions s’opposent désormais. D’un côté, celle des habitants plus récents de l’archipel, qui rappellent qu’en République française, une personne égale une voix. Et de l’autre, celle du peuple autochtone indépendantiste kanak, qui estime que cette réforme va réduire son poids électoral et le marginaliser davantage, alors que ses membres sont les seuls à avoir été colonisés, et qu’ils ne représentent plus que 40 % de la population du territoire.

Depuis le processus de décolonisation lancé en 1988, la tradition calédonienne est de trouver un compromis entre chaque position, des indépendantistes aux loyalistes en passant par l’État. Mais cette tradition a volé en éclats en 2021, lorsque le gouvernement a refusé de repousser la date du troisième référendum sur l’autodétermination du territoire, alors que le peuple kanak demandait du temps pour enterrer ses morts dus à la pandémie de Covid-19.

Depuis, considérant que la victoire du « non » au référendum — quand bien même la majorité de la population n’est pas allée voter — était un feu vert à cette réforme, l’État a poursuivi sur sa lancée. La réforme a été adoptée par le Sénat le 2 avril, puis par les députés dans la nuit du 15 au 16 mai. Il devra être voté une dernière fois par les parlementaires réunis en Congrès en juin, sauf si un accord sur un texte global entre indépendantistes et loyalistes intervient avant.

Loin de la tradition du consensus et du « vivre ensemble » de Michel Rocard en 1988, alors Premier ministre, Emmanuel Macron et ses ministres ne s’embarrassent plus du temps nécessaire pour faire émerger des compromis entre toutes les parties de l’île. Que ce soit pour la question du nickel ou du corps électoral, l’État maintient sa démarche jusqu’auboutiste. « Cela fait trois ans que tout le monde alerte le gouvernement sur le problème de sa méthode, qui consiste à passer en force au lieu de privilégier le consensus », a rappelé l’anthropologue Benoît Trépied, au micro de France Culture. Et de souligner que c’est malheureusement « ce type de passage en force sans consensus qui [avait] déclenché la guerre civile des années 80 ».

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