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28 janvier 2023 ~ 0 Commentaire

australie (slate)

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En Australie, la date de la fête nationale est une gifle donnée aux peuples autochtones

Célébrant l’arrivée de la première flotte britannique venue établir une colonie pénitentiaire en 1788, les festivités du 26 janvier morcèlent la nation. Au point qu’un changement de date n’est pas à exclure.

En Australie, la fête nationale est célébrée ce jeudi 26 janvier. Depuis 1994, cet «Australia Day» est un jour férié commun à tous les États du pays. Mais pour combien de temps encore? Car le choix d’une telle date est loin de faire l’unanimité et n’a d’ailleurs jamais permis d’inclure tous les habitants dans les festivités.

Cette date historique commémore en effet, pour les uns, l’arrivée de la flotte britannique destinée à fonder la première colonie pénitentiaire du pays, à Sydney, en 1788, mais marque aussi, pour les Aborigènes d’Australie, premiers habitants connus du pays, le début d’une colonisation violente et forcée.

«C’est une idée très étrange d’utiliser le jour de l’invasion d’un pays comme date d’une fête nationale. Y compris pour les personnes qui ne sont pas autochtones, ça semble bizarre», affirme la professeure Jakelin Troy, directrice de recherche à l’Université de Sydney et membre du peuple Ngarigo des Snowy Mountains (sud-est de l’Australie). «C’est un jour qui a été choisi par un nombre très limité de représentants et de descendants de bureaucrates, qui voulaient célébrer le fait d’avoir réussi à prendre le pays sans aucune tentative d’accord et sans aucune reconnaissance de leur souveraineté.»

Fête nationale ou «jour de deuil»?

L’«Australia Day» est donc logiquement perçu de manière négative par les Aborigènes et les Insulaires du détroit de Torrès, les deux grands ensembles de peuples autochtones d’Australie. Certains nomment ce jour «Invasion Day», quand d’autres évoquent un «Survival Day», célébrant la résistance des cultures autochtones parvenues à survivre à l’invasion.

Se réappropriant cette date, alors que certaines villes organisaient déjà des festivités pour l’anniversaire de l’arrivée de la première flotte britannique, l’Aboriginal Progressive Association avait organisé, dès 1938, à Sydney, le premier «Day of Mourning» («jour de deuil»), contre-manifestation aborigène dénonçant les festivités du 26 janvier.

Ce 26 janvier 2023, Sydney, la plus grande ville du pays, se partagera donc encore entre célébrations de l’Australia Day, manifestation pour les droits des Aborigènes et marquant l’«Invasion Day», et contre-festival célébrant les cultures autochtones, Yabun. Chaque année, les marches de l’Invasion Day prennent de l’ampleur dans les grandes villes quand les festivités de l’Australia Day, elles, s’essoufflent.

Si les Australiens qui profitent du jour férié restent nombreux, peu sont finalement ceux qui semblent réellement attachés à la signification du choix de cette date, plutôt qu’une autre. C’est peut-être pour cela que les événements publics organisés dans les grandes villes voient leur fréquentation diminuer d’année en année. En septembre 2022, la mairie de Melbourne révélait ainsi dans un rapport que seuls 12.000 participants avaient été dénombrés en 2019 et, pire, 2.000 en 2020, lors de la dernière édition avant la pandémie de Covid-19, contre 72.000 en 2018.

«Qui célèbre l’invasion, le meurtre et le vol?»

L’appel à déplacer la fête nationale est soutenu par certains politiques. Voix importante des peuples autochtones, la sénatrice aborigène Lidia Thorpe appelle notamment à remplacer l’Australia Day par un jour de deuil pour les communautés autochtones. «Qui célèbre l’invasion, le meurtre et le vol ce 26 janvier?», interrogeait-elle sur Twitter le 8 janvier dernier. Sur les réseaux sociaux, de nombreux comptes affichent aussi leur soutien à l’abandon de cette date, à l’aide du hashtag #changethedate.

Dans certaines régions, des actions politiques se mettent en place. Chaque mois de janvier, le gouvernement de l’État du Victoria organise normalement une parade. Mais cette année, le Premier ministre de l’État, Daniel Andrews, a annulé l’événement en toute discrétion –cette fois, le Covid-19 n’y est pour rien. Une décision qui a été saluée par le coprésident de l’Assemblée des premiers peuples du Victoria, Marcus Stewart.

«C’est un pas en avant, c’est positif, mais nous avons encore un long chemin à parcourir, a-t-il déclaré. Nous devons créer une fête que nous pouvons tous célébrer, et non qui nous éloigne les uns des autres.» Il a également rappelé que cette parade était ressentie chaque année par les autochtones «comme une gifle, et a remué le couteau dans la plaie».

Une idée de jeunes?

Les entreprises commencent, elles aussi, à se positionner et, pour certaines, à prendre leurs distances avec l’Australia Day. La direction de l’enseigne de supermarchés Woolworths et celle de l’un des principaux opérateurs téléphoniques du pays, Telstra, laissent notamment le choix à leurs employés de travailler ou non ce jeudi 26 janvier.

«Pour de nombreux peuples des Premières Nations, l’Australia Day est un rappel douloureux de la discrimination et de l’exclusion qu’ils subissent. Cette date marque un tournant, la mort de nombreuses personnes, la dévalorisation d’une culture et la destruction de liens entre gens et lieux», a justifié sur LinkedIn la PDG de Telstra, Vicki Brady le 23 janvier, avant d’ajouter que malgré tout, «pour beaucoup de gens, cette journée est aussi l’occasion de passer du temps avec leurs amis et leur famille et de célébrer les nombreuses choses dont nous pouvons être fiers en tant que communauté».

Un sondage réalisé en janvier 2022 par l’Université Deakin montre toutefois que les Australiens ne partagent pas majoritairement l’idée d’un changement de date de leur fête nationale: 60% des personnes interrogées avaient même affirmé vouloir continuer à célébrer la fête nationale le 26 janvier. Ce chiffre varie cependant selon les catégories d’âge.

Si seulement 23% des personnes nées avant 1945 souhaitent un changement de date, les millennials (nés entre 1986 et 2002) sont en effet 53% à l’appeler de leur vœux. Une différence qui s’explique notamment, selon Jakelin Troy, par la reconnaissance progressive de l’histoire des peuples autochtones, avant la colonisation britannique.

«On n’évite plus le terme “invasion” dans beaucoup d’écoles. Aujourd’hui, on enseigne plutôt le fait que l’Australie était déjà peuplée, qu’on était déjà là, reprend la linguiste. Les gens comprennent et les jeunes peuvent être embarrassés à l’idée de célébrer cet événement. Je pense que c’est pour ça qu’ils prennent moins part aux festivités.»

Une fête pour «célébrer ce qu’est réellement ce pays»

Trouver une autre date n’est pas la priorité du gouvernement australien d’Anthony Albanese, qui doit notamment se charger, en 2023, d’organiser un référendum sur l’intégration d’une voix autochtone dans la Constitution. Mais si cela devait arriver, Jakelin Troy indique que les options ne manquent pas. La fête nationale devra cependant, pour elle, avoir du sens et «célébrer ce qu’est réellement ce pays». À savoir «un lieu hybride, mais un endroit qui appartient fondamentalement aux Aborigènes et Insulaires du détroit de Torrès».

«Autour de moi, beaucoup de personnes aborigènes parlent du Mabo Day», reprend la professeure de l’Université de Sydney. Certaines communautés aborigènes célèbrent déjà, chaque 3 juin, ce Mabo Day, soit l’abandon par l’Australie de la notion de Terra Nullius, une décision de justice reconnaissant que le pays était bien peuplé lors de l’arrivée des Britanniques.

Peut-être que cela arrivera: selon un autre sondage, réalisé par l’institut Ipsos en 2021, 49% des Australiens pensent que la date de leur fête nationale sera amenée à changer dans les dix prochaines années.

Léo Roussel — Édité par Natacha Zimmermann — 26 janvier 2023 à 9h06

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26 janvier 2023 ~ 0 Commentaire

nupes (le huff’)

macron soldat

Guerre en Ukraine : le possible envoi de chars français réveille les divisions de la NUPES

Alors que les insoumis et communistes veulent que cette question soit tranchée par le Parlement, socialistes et écologistes appellent sans détour à soutenir la résistance ukrainienn

- Unis en France sur le front des retraites, dissonants à l’international sur celui de l’Ukraine. Ce jeudi 26 janvier, l’insoumis Manuel Bompard et le communiste Fabien Roussel ont estimé que la question d’une possible livraison de chars Leclerc à Kiev pour faire face à l’agression russe doit être tranchée par les parlementaires.

« Si on devait prendre une telle décision, on ne peut pas le faire sans un débat à l’Assemblée nationale », a déclaré le député LFI des Bouches-du-Rhône, considérant que la livraison de ce matériel réclamée par Volodymyr Zelensky constitue « une montée en puissance du niveau d’armement qu’on fournirait aux Ukrainiens ».

À ce stade, le coordinateur de la France insoumise affirme que sa formation ne se prononcera pas « sans les informations stratégiques et militaires », justifiant cet envoi. Même chose du côté du communiste Fabien Roussel. « Cette décision ne peut pas être prise seulement par le président », a estimé le secrétaire national du Parti communiste, qui pointe un risque d’escalade.

« Est-ce que nous assumerions le risque de rentrer en conflit avec la Russie ? », interroge le député du Nord, craignant que cette livraison entraîne Vladimir Poutine à considérer la France comme cobelligérante. Un narratif déjà utilisé par les insoumis et les communistes.

Ambiguïté

Lors de la campagne présidentielle, Fabien Roussel estimait que la France « ne peut pas prendre part à ce conflit, ni directement, ni indirectement par l’intermédiaire de livraisons d’armes ». Ce qui était aussi le cas de Jean-Luc Mélenchon qui, à cette époque, considérait que la toute livraison d’armes « feraient de nous des cobelligérants », à rebours du consensus militaire sur le sujet et de l’article 51 de la Charte des Nations unies.

Les déclarations du jour de Manuel Bompard et de Fabien Roussel révèlent une forme d’ambiguïté longtemps reprochée aux communistes et aux insoumis au sujet de la Russie, qui considèrent que c’est exclusivement l’action diplomatique qui conduira la Vladimir Poutine à stopper son agression. « Seule la négociation peut permettre de sortir de l’impasse de la guerre totale », déclarait à l’Assemblée nationale Mathilde Panot, qui, à l’inverse de ses collègues socialistes et écologistes, n’avait pas applaudi la livraison d’armes en Ukraine.

Une dissonance qui revient, sans surprise, sur la question de l’envoi de chars. « On est pour l’envoi de chars et d’armes », tranche sans la moindre ambiguïté auprès du HuffPost une source parlementaire socialiste. Ce que confirme la députée PS Anna Pic, membre de la Commission défense de l’Assemblée nationale.

« Ce n’est pas de notre ressort »

« Il faut donner les moyens aux Ukrainiens de repousser l’agression russe, au plus près de ce dont ils ont besoin », justifie la députée de la Manche, qui ne partage pas l’idée émise par Manuel Bompard et Fabien Roussel de trancher cette question au Parlement. « Ce n’est pas de notre ressort. Il y a des contraintes d’urgence et de temporalité qui font que c’est au chef de l’État de décider », poursuit l’élue socialiste, qui précise que les parlementaires peuvent faire connaître leurs positions par le biais de résolutions débattues et votées au Parlement.

Anna Pic souligne également que pour se prononcer correctement, les députés et sénateurs auraient à discuter des détails publiquement. Des détails précieux et stratégiques auxquels aurait accès, de facto, Moscou en suivant les débats. « On peut passer par le Parlement lorsqu’il faut décider du maintien ou non de forces engagées sur un théâtre d’opérations, mais pas dans le cadre d’une livraison d’armes. Ou alors ce serait une première », insiste-t-elle.

Également membre de la Commission défense de l’Assemblée nationale, le député EELV de Paris Julien Bayou ne dit pas autre chose. « Nous sommes clairement pour l’envoi de chars en général », affirme au HuffPost l’élu parisien, qui émet néanmoins une petite réserve sur la compatibilité des chars Leclerc avec le théâtre ukrainien.

« Mais sur le principe, il faut soutenir l’Ukraine et d’un point de vue stratégie, agir de concert avec nos alliés », souligne l’écologiste, qui appelle à envoyer « le plus rapidement possible » les équipements nécessaires à la défense ukrainienne. Si Julien Bayou trouve « intéressant » que les parlementaires puissent travailler sur ces questions, il refuse de « subordonner un envoi qui n’a que trop tardé à un vote du Parlement ».

Le député trouve par ailleurs « ineptes » voire « hypocrites » les alertes sur les risques de cobelligérance, exprimées par certains de ses collègues de la NUPES : « notre devoir, c’est d’apporter une réponse juste, nécessaire et proportionnée à l’agression russe. Le pacifisme, ce n’est pas de laisser l’Ukraine se faire écraser ». À bon entendeur

Romain Herreros 26/01/2023

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18 janvier 2023 ~ 0 Commentaire

vietnam (radio france)

viet

Ça purge fort au Vietnam

Le président vietnamien Phuc a présenté sa démission alors même qu’il était en poste depuis moins d’un an. Avant lui des dizaines d’officiels en avaient fait de même, « victimes » d’une immense campagne contre la corruption qui prend des allures de purge.

Un président qui démissionne, des enquêtes de corruption, se passe-t-il au Vietnam ?

Il se passe exactement cela : le président Nguyen Xuan Phuc a présenté hier sa démission devant l’accumulation d’enquêtes de corruption qui commençaient dangereusement à se rapprocher de lui. Des rumeurs habilement orchestrées citaient même son épouse.

Rien d’étonnant en soi : le président vietnamien n’est que le dernier à tomber d’une furieuse campagne contre la corruption dont « la fournaise infernale » – c’est son nom officiel – est en train d’engloutir des centaines de personnalités depuis un an.

Elle a déjà emporté 70 officiels de haut-rang dont 5 ministres en exercice et 5 anciens ministres. Elle a pris une nouvelle ampleur depuis le 5 janvier avec la destitution surprise de deux vice-Premiers ministres et donc le retrait hier du président Phuc.

Président au Vietnam, c’est un poste important ?

Non, c’est un poste sans véritables responsabilités et un rôle largement cérémoniel. Sauf que le Vietnam est un régime dictatorial à parti unique, en l’occurrence le Parti communiste. Un parti qui déteste traditionnellement humilier ses cadres.

C’est encore plus vrai de ses hauts dirigeants. Or, le président qui a démissionné hier n’avait été désigné à ce poste que l’année dernière. Dans cet univers habituellement feutré, destituer – parce que c’est de cela qu’il s’agit – un prince rouge ça porte un nom : une purge.

Mais d’où vient-elle cette vague anti-corruption ?

Pour comprendre, il faut reprendre l’exemple chinois : en arrivant au pouvoir en 2012, Xi Jinping a déchainé la lutte contre la corruption : la campagne dite « des tigres et des mouches » pour expliquer qu’elle visait tous les niveaux de responsabilité.

C’était avant tout une reprise en main violente de l’appareil du parti tout en restant sur un thème populaire et populiste : lutter contre la corruption des élites. Résultat : le président Xi vient d’obtenir un 3e mandat absolument inédit dans l’Histoire récente de la Chine.

Le parallèle est saisissant avec le voisin vietnamien : l’actuel secrétaire général du parti, Nguyen Phu Trong, vient lui aussi d’obtenir un 3e mandat de 5 ans et les huit équipes d’enquêteurs qui sillonnent le pays à la recherche de coupables dépendent toutes de lui.

Vous parlez de parallèle… mais les deux sont liés ?

C’est compliqué : d’un côté le Vietnam et la Chine ont des systèmes politiques très semblables ; mais de l’autre, ils se sont fait la guerre aussi tardivement qu’en 1978/1979. Le Vietnam a d’ailleurs spectaculairement rossé la Chine. Du coup, les Vietnamiens veulent être prêts face à un durcissement militaire chinois.

En clair, plus la Chine se martialise, plus le Vietnam se raidit. Dans cette purge au sein de l’appareil de pouvoir, alias « campagne contre la corruption », ce sont les colombes qui ont perdu et les faucons qui semblent l’emporter.

Les deux pays se jaugent, même d’un point de vue économique. Les Etats-Unis cherchent une alternative à l’atelier du monde chinois ? Le Vietnam veut en être, lui qui est une des économies les plus dynamiques et les plus exportatrices au monde.

Donc la démission du président Phuc compte triple : elle signale une reprise en main du pouvoir, elle montre à la population que personne n’est à l’abri et c’est, en plus, un clin d’œil aux étrangers pour leur dire : ici votre argent peut s’investir en toute sécurité.

Mercredi 18 janvier 2023

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16 janvier 2023 ~ 0 Commentaire

iran (huff’post)

kurdes

Iran : derrière les exécutions de Téhéran, un régime à bout de souffle ?

Oscillant entre répression et gestes d’apaisement, Téhéran semble divisée sur la meilleure stratégie à adopter pour faire taire les manifestants iraniens.

Les récentes exécutions de personnes contestataires au régime de Téhéran font craindre le pire pour les milliers d’Iraniens enfermés en prison depuis septembre. Comme à Londres, où une importante manifestation de soutien au peuple iranien a eu lieu dimanche 8 janvier.

Unanimement condamnés sur la scène internationale, les nouvelles exécutions de personnes liées à la contestation en Iran amorcent-elles une nouvelle escalade macabre ? La question se pose après que la nouvelle utilisation de la peine capitale par la justice iranienne. Deux hommes ont été pendus ce samedi 7 janvier, après avoir été reconnus coupables d’avoir tué un paramilitaire lors des manifestations déclenchées par le décès de Mahsa Amini en septembre dernier.

Deux mises à mort qui ont suscité un tollé international. Les États-Unis ont dénoncé un « simulacre de procès » quand le Canada s’offusque d’« exécutions insensées » que la France « révoltantes ». Les Pays-Bas ont d’ailleurs convoqué l’ambassadeur iranien, invitant les pays membres de l’UE à faire de même.

Si les arrestations et condamnations de manifestants n’ont jamais cessé, la libération de certaines figures de la protestation montrent aussi que certains cherchent, en filigrane, à pousser pour une approche moins ferme au sein du régime. Un jeu d’équilibriste particulièrement risqué pour Téhéran, confronté à son plus grand défi politique et social depuis la révolution islamique de 1979.

Des motifs d’espoir

D’après un dernier bilan fourni fin décembre par l’ONG Iran Human Rights, au moins 476 personnes ont été tuées par les forces de sécurité depuis le 16 septembre. Environ 14 000 personnes ont été arrêtées, d’après l’ONU. À cela, s’ajoute la condamnation à la peine capitale de 14 personnes liées à la contestation. Quatre ont déjà été exécutées par la justice iranienne à ce jour, dont deux ce samedi.

Mais curieusement, le gouvernement iranien a depuis annoncé l’ouverture de nouveaux procès pour six des 14 condamnés, relançant l’espoir d’une peine éventuellement plus légère. Il s’agit là d’un « calcul politique », tranche Mehrzad Boroujerdi, spécialiste de l’Iran et auteur du livre « L’Iran post-révolution : un guide politique » interrogé par l’AFP.

« Ils savent que les exécutions massives (…) feront descendre plus de gens dans la rue », souligne-t-il. « D’autre part, ils veulent envoyer le signal qu’ils n’hésitent pas à exécuter des manifestants pour intimider les gens ». Un grand écart pour le régime de Téhéran, contraint de se montrer intraitable face aux manifestants, tout en contrôlant son propre degré de violence pour éviter une vague de manifestation toujours plus large.

Pour les analystes, la libération de Majid Tavakoli et Hossein Ronaghi, deux figures du mouvement de contestation, quelques semaines après leur arrestation, est une autre tentative de calmer la situation.

« Un os » jeté aux manifestants

Anoush Ehteshami, directeur de l’Institut d’études islamiques et moyen-orientales de l’Université de Durham en Angleterre, estime surtout que ces nouveaux procès reflètent des pressions extérieures et intérieures au régime. « Au sein même du régime, il y a des divisions sur la façon de gérer la situation », les partisans de la ligne dure d’un côté et ceux qui considèrent les exécutions comme un encouragement supplémentaire à la résistance, précise Anoush Ehteshami.

Les nouveaux procès et la libération de dissidents sont « des mesures d’apaisement (…) pour essayer de jeter un os » aux manifestants, estime-t-il. De telles mesures peuvent sembler insignifiantes pour certains mais « un régime sécuritaire et aux abois estime qu’il agit généreusement et répond à la pression publique ».

« Les messages contradictoires que nous recevons du régime iranien suggèrent un débat interne sur la manière de gérer les protestations », décrypte également Nader Hashemi, directeur du Centre d’études du Moyen-Orient à l’Université de Denver.

« Ce régime a survécu pendant 44 ans »

Selon Nader Hashemi, cette stratégie d’arrêter et de libérer est utilisée entre autres par le régime pour « tâter le terrain, voir quelle est la réaction » de la rue. L’« indulgence » dont font parfois preuve les autorités « vise à empêcher davantage de division au sein de l’establishment sécuritaire », la répression ayant aliéné certains de ses partisans, abonde l’universitaire Afshin Shahi.

Le régime « ne semble pas avoir de stratégie claire », poursuit-il. Malgré certaines libérations, d’autres personnalités croupissent depuis des mois en prison, comme le militant Arash Sadeghi et les deux journalistes qui ont aidé à révéler l’affaire Amini.

Pour Nader Hashemi, le régime a toutefois montré par le passé sa capacité à « faire des concessions quand il le fallait ». Il finit par conclure en soulignant la longue expérience du régime religieux de Téhéran : « Les gens oublient que ce régime a survécu pendant 44 ans parce qu’il peut être très intelligent, très malin, très machiavélique ».

08/01/2023

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15 janvier 2023 ~ 0 Commentaire

médias (basta!)

Quentin Müller
Quentin Müller
Journaliste reporter spécialiste de la péninsule arabique, travaille plus particulièrement sur le Yémen, Oman et l’Irak.

Pourquoi les médias s’intéressent-ils à la guerre en Ukraine mais pas aux conflits au Yémen et en Éthiopie ?

Il n’y a pas que l’Ukraine. Le conflit au Yémen dure depuis 2015. En Éthiopie, une guerre civile fait rage depuis 2020. Pourquoi en parle-t-on beaucoup moins dans les médias ? Réponse de Quentin Müller, grand reporter spécialiste du Yémen.

Techniquement, des pays comme le Yémen et l’Éthiopie sont beaucoup plus difficiles d’accès, et donc à couvrir pour les journalistes. Et tout le monde ne situe pas l’Éthiopie sur une carte.

Les médias parlent en général peu d’international, car les audiences et les ventes sont moindres sur ces sujets. Qui dit peu d’international dit qu’on va produire en priorité des reportages sur des pays qui « comptent » plus pour les audiences. C’est-à-dire surtout des sujets sur les États-Unis, la Russie, les puissances européennes, à la rigueur le Liban.

Plus on s’éloigne de ces références médiatiques françaises, plus c’est dur de se voir commander un reportage sur l’étranger. Ces contenus sont plus rares, car coûteux et vus par les médias comme peu vecteurs d’abonnements et d’audiences [1]. Ce qui explique que le conflit éthiopien soit peu couvert.

Il faut aussi savoir que les trois chaînes d’infos continues les plus célèbres, LCI, CNews, et BFMTV, ont délibérément et quasiment cessé de faire de l’international. Elles couvrent l’Ukraine uniquement parce que cela angoisse, à juste titre, les Français dans leur quotidien, et c’est donc susceptible de faire de l’audience.

France24 et RFI réalisent de leur côté des reportages sur les guerres qui nous paraissent lointaines, comme en Éthiopie et au Yémen. Mais encore faut-il regarder et écouter ces médias et surtout s’intéresser à l’actualité internationale qui est souvent anxiogène. Il y a un vrai problème d’intérêt du grand public pour l’actualité internationale.

Une autre donnée entre également en ligne de compte. L’invasion de l’Ukraine par la Russie est assez simple à lire pour qui n’aurait pas de notions en géopolitique. Une guerre civile, comme c’est le cas pour l’Éthiopie, suppose en revanche une connaissance ou un intérêt pour le pays ou la région pour en saisir les enjeux.

Une guerre civile est plus difficile à comprendre, car elle suppose des complexités de lecture intérieure au pays. Les médias ont alors peur de perdre leur lectorat. Nous, reporters, on nous demande constamment de faire court et de simplifier au maximum, au risque de dénaturer les nuances des situations sur le terrain.

Quand on fait du reportage sur ces conflits moins traités, comme je le fais pour le Yémen, on évoque souvent des factions et des groupes inconnus aux noms farfelus et ça, les médias mainstream en ont peur. Alors que pour la guerre en Ukraine, il y a grossièrement un « gros méchant », Poutine, et un peuple qui résiste avec courage.

C’est le récit que les médias ont adopté pour attirer le lectorat et l’audience. Ils ont un besoin de manichéisme, même quand il est flagrant comme ici, pour accrocher l’attention. Dans une guerre civile, c’est beaucoup plus compliqué, il y a rarement des « gentils » et des « méchants ».

Il y a souvent des revendications identitaires, géographiques, religieuses et linguistiques inconnues, faisant intervenir l’histoire ancienne de ces pays éloignés. C’est moins évident à lire, plus ardu, plus flou.

Quentin Müller est entre autres le coauteur du livre Les Esclaves de l’homme-pétrole. Coupe du monde 2022 au Qatar : la face cachée d’un esclavage contemporain, publié l’an dernier aux éditions Marchialy. Il collabore avec des médias comme Le Monde diplomatique, Marianne, Libération, Le Temps, La Croix ou encore So Foot.

13 janvier 2023 Quentin Müller

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09 janvier 2023 ~ 0 Commentaire

minorités (courrier)

kabyle

Rifains, Kabyles, Sahraouis : quand le Maroc et l’Algérie jouent de leurs minorités l’un contre l’autre

Rabat et Alger utilisent-ils les mouvements indépendantistes pour attiser les tensions ? Si le Polisario au Sahara occidental a longtemps bénéficié du soutien de l’Algérie, le Maroc soutient ouvertement la cause kabyle en Algérie, note “Mondiaal Nieuws”.

Le Sahara occidental est un territoire contesté qui a fortement influencé la politique marocaine et nord-africaine pendant des décennies. Il est situé sur la côte nord-ouest de l’Afrique, au nord de la Mauritanie et au sud du Maroc. Ce dernier contrôle encore aujourd’hui 80 % de la zone.

Pour le Maroc, le Sahara occidental a une grande valeur symbolique et économique. “Cette question est le prisme à travers lequel le Maroc regarde le monde”, a déclaré le roi Mohammed 6 pas plus tard qu’en août, à l’occasion du 69e anniversaire de la Révolution du roi et du peuple.

Le mouvement indépendantiste du Polisario lutte pour l’indépendance de la région depuis 1973 [création du Polisario]. En 2007, le Maroc a proposé un plan visant à accorder au Sahara occidental une forme d’autonomie étendue. Mais ce plan a été rejeté par le mouvement indépendantiste. Le royaume conserverait le contrôle de la politique étrangère et de la défense.

Le Sahara occidental était une colonie espagnole jusqu’en 1975. Après le retrait de l’Espagne, une guérilla du Polisario s’est développée contre la présence marocaine et mauritanienne dans la région. La Mauritanie s’est rapidement retirée et a signé un accord de paix avec le mouvement indépendantiste.

Le Maroc, quant à lui, maintient que la région est marocaine. Mais le Polisario et ses partisans, qui ne s’identifient pas comme marocains, continuent de nier la légitimité du Maroc sur la région.

En 1991, un accord de cessez-le-feu a été conclu entre le Maroc et le Polisario. L’ONU souhaitait organiser un référendum au cours duquel les habitants du Sahara occidental pourraient s’exprimer sur l’autodétermination, mais celui-ci n’a toujours pas eu lieu. Depuis 2007, le Maroc s’est donc concentré sur son plan d’autonomie.

La mère de toutes les querelles

Mais le Maroc ne peut pas compter sur le soutien de tous, et certainement pas de l’Algérie voisine. Ce n’est un secret pour personne qu’il existe des frustrations entre les deux pays depuis des années. L’Algérie soutient aussi ouvertement le Polisario dans le processus.

“Ce soutien remonte à 1975, explique Khadija Mohsen-Finan, politologue et auteur du livre Sahara occidental : les enjeux d’un conflit régional [CNRS éditions, Paris, 1997]. La motivation de ce soutien est essentiellement politique. Il s’agit d’affaiblir le Maroc.”

En effet, les deux pays veulent renforcer leur emprise sur la région. Contrairement au Maroc, l’Algérie n’a pas d’accès à l’océan Atlantique, ce que le Sahara occidental peut offrir. Il y a également beaucoup de phosphate à exploiter, l’un des principaux engrais synthétiques, qui est important pour la production agricole. Une société d’État marocaine l’extrait et l’exporte.

Le fait que l’Algérie soutienne le Polisario affaiblit la position de l’État marocain, et on le sait à Rabat. Le Maroc fait donc de même en soutenant ouvertement un mouvement indépendantiste algérien.

Le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) a vu le jour en 2001 et cherche à obtenir une Kabylie indépendante dans le nord-est de l’Algérie. Le mouvement a été fondé par Ferhat Mehenni, un ancien chanteur qui a fait de la sous-représentation de l’identité amazigh [berbère] kabyle le fer de lance de son militantisme. Il a constaté que l’identité, la culture et la langue des premiers habitants n’étaient pas suffisamment prises en compte par l’État algérien. Et à cela s’ajoutait une grande insatisfaction socio-économique au sein de cette population.

Le soutien marocain au MAK

Au départ, le MAK ne recherchait que l’autonomie, mais entre-temps, le mouvement s’est mis à rêver d’indépendance. Le soutien marocain à la cause kabyle a commencé en 2015. Le diplomate marocain Omar Rabi a alors appelé l’ONU à accorder à la Kabylie des droits d’autodétermination.

Cette position a été réitérée en 2021 par l’ambassadeur du Maroc à l’ONU, Omar Hilale, lors d’une réunion du Comité spécial des Nations unies sur la décolonisation. “Plus que quiconque, le peuple de Kabylie a le droit à l’autodétermination”, a-t-il affirmé.

Pour Paolo De Mas, un expert du Maroc et ancien directeur de l’Institut néerlandais au Maroc (Nimar), il s’agit là d’un paradoxe frappant. “Soutenir les mouvements indépendantistes dans un pays voisin, alors que les mouvements séparatistes et indépendantistes ne sont pas tolérés chez nous et sont combattus par tous les moyens.”

Pour le Maroc, il y a maintenant le risque supplémentaire que l’Algérie soutienne non seulement le Polisario mais aussi le mouvement indépendantiste rifain. C’est déjà le cas dans les médias algériens et sur les médias sociaux.

Échanges de mauvais procédés

Peu de temps après les déclarations de Hilale à l’ONU en 2021, le Conseil suprême de sécurité algérien a indiqué que les relations entre les deux pays avaient besoin d’être révisées, en raison des “actions hostiles du Maroc contre l’Algérie”. Ce conseil est un organe consultatif entre le président, l’armée et les forces de sécurité algériennes.

L’Algérie a également accusé le Maroc et le MAK d’avoir déclenché de violents incendies de forêt en Kabylie [à l’été 2021], mais sans aucune preuve. Elle a également qualifié de problématique la normalisation des relations entre le Maroc et Israël, en [décembre] 2020. Sur le plan économique et militaire, les deux pays coopèrent aujourd’hui, tandis que l’Algérie est fortement solidaire de la cause palestinienne.

La question échauffe également les esprits cette année. “Vous réclamez l’autodétermination et la décolonisation du Sahara occidental, mais vous oubliez de mettre fin à la colonisation des Kabyles, qui vivent sous occupation algérienne depuis 1962”, a déclaré Hilale, ambassadeur du Maroc à l’ONU.

[Selon Paolo De] Mas, “dans la lutte pour l’hégémonie régionale, le Maroc et l’Algérie utilisent tous les moyens, y compris la propagande, l’endoctrinement et les fake news. Le soutien algérien au Polisario est contrebalancé par le soutien public du Maroc au mouvement kabyle en Algérie. Le Maroc paie l’Algérie avec la même monnaie.”

Stratégie politique

Ferhat Mehenni, leader du MAK, vivant en France, se félicite du soutien marocain à la cause Kabyle. “Le Maroc peut nous aider en ouvrant une représentation diplomatique de la Kabylie à Rabat”, a-t-il indiqué dans une interview au site d’information L’Observateur.

Mehenni s’ingère également dans la question du Sahara occidental. Ainsi, il estime que le plan d’autonomie marocain est plus judicieux que la position algérienne.

“C’est une stratégie politique”, déclare Tashfin Essaguiar, étudiant en sciences politiques basé à Amsterdam, qui suit de près les développements politiques en Afrique du Nord liés aux groupes amazighs, ainsi que les tensions entre le Maroc et l’Algérie.

“Reconnaître le Sahara occidental comme faisant partie du Maroc et adopter ainsi une position promarocaine est une situation stratégique gagnant-gagnant pour les deux parties.”

Le soutien marocain au MAK, en réponse au soutien à long terme de l’Algérie au Polisario, peut agiter l’Algérie psychologiquement. “En raison de ce soutien marocain, le MAK figure en bonne place dans l’agenda politique algérien”, déclare Essaguiar.

Le soutien à la cause des Rifains se fait également de plus en plus sentir. Le chef du Polisario, Brahim Ghali, s’est par exemple exprimé clairement dans une interview accordée à la chaîne de télévision Alhurra. “Que le régime marocain soit généreux et accorde l’autonomie au Rif”, a-t-il déclaré.

L’Algérie a classé le MAK comme une organisation terroriste en 2021. Le Maroc n’a pas encore fait de déclarations officielles sur les mouvements rifains, comme The National Assembly of Rif (NAR) ou le Stichting Riffijns Republikeinse Congres (RRC) [Fondation du congrès républicain rifain].

La NAR a été fondée en 2018 par Fathi Moussa, son coordinateur, qui vit en Belgique. Elle vise à défendre les droits humains des Rifains dans le monde entier, mais ne cherche pas officiellement à obtenir une république rifaine indépendante. Cependant, de nombreux membres et sympathisants sont républicains. En 2019, le RRC a émergé aux Pays-Bas ; contrairement à la NAR, le RRC se concentre sur la fondation d’une république rifaine.

“Il est probable que le gouvernement de Rabat ne considère pas encore le républicanisme rifain comme un danger important en raison de son amateurisme, de son faible nombre d’adeptes et du manque de soutien et de croissance du mouvement”, déclare Essaguiar. Mais, souligne-t-il également, cela ne signifie pas que les militants rifains ont le champ libre.

De simples instruments

De Mas considère qu’il est peu probable que le soutien aux mouvements indépendantistes puisse provoquer une escalade entre l’Algérie et le Maroc. “De la propagande de pure forme”, dit-il maintenant. Mais, nuance-t-il également, “une aide financière réelle aux mouvements séparatistes pourrait bien provoquer une nouvelle escalade”.

Par ailleurs, il existe une grande différence entre le soutien algérien au Polisario et au mouvement rifain. “Les camps de réfugiés de Tindouf [une ville d’Algérie, à la frontière du Sahara occidental] sont soutenus par l’Algérie. Le soutien au Rif est plutôt verbal.”

En ce qui concerne l’acceptation du soutien d’acteurs extérieurs, les Rifains et les Kabyles devraient y réfléchir soigneusement, souligne De Mas. “Ils ne sont que des instruments jetables dans une joute géopolitique de plus haut niveau.”

Et il met également en garde contre les problèmes que le soutien étranger peut créer. “Les mouvements sécessionnistes sont considérés dans les deux pays comme l’ultime haute trahison contre laquelle le gouvernement utilise tous les moyens. Le soutien étranger peut être un prétexte supplémentaire pour abattre un mouvement et condamner ses dirigeants à de lourdes peines.”

Yassin Akouh

https://www.courrierinternational.com/

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Commentaire:

N’oublions pas qu’Israel se délecterait de voir les « arabes » se battre entre eux, avec leur aide comme pour les kurdes. Pour le moment le MAK est très minoritaire

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04 janvier 2023 ~ 0 Commentaire

kurdes (contretemps)

La carte et le territoire : le moment kurde - BOUGER LES LIGNES - C.  Galactéros

Qui a peur des Kurdes ?

Un nouveau massacre de personnes kurdes a été commis en plein Paris il y a quelques jours. Comme il y a exactement dix ans, trois kurdes ont été tués par un individu armé, dont une responsable de mouvement des femmes kurdes.

On sait que l’individu en question avait déjà attaqué un camp d’exilé·es mais on ne connaît pour l’instant pas grand-chose des conditions dans lesquelles il en est venu à cibler le Conseil démocratique kurde de France, précisément à l’heure où devait se tenir une réunion importante du mouvement des femmes kurdes.

Cette nouvelle attaque terroriste visant la minorité kurde doit nous amener à redoubler notre solidarité avec leur combat mais aussi à examiner le projet politique qui est porté par les organisations kurdes qui sont ciblées sans cesse par le régime d’Erdoğan, l’extrême droite turque et des courants intégristes armés présents notamment en Syrie, ainsi que la tentative de mise en oeuvre de ce projet au Rojava.

L’assassin raciste qui a tué trois Kurdes à Paris le 23 décembre 2022 a précisé qu’il leur en voulait d’avoir « constitué des prisonniers lors de leur combat contre Daesh au lieu de les tuer« . Quelques semaines auparavant, le 13 novembre, un attentat à Istanbul avait fait 6 morts et 81 blessés. Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a immédiatement accusé le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) et les Unités de défense du peuple (YPG), d’avoir ordonné l’attentat « à partir de Kobane« . Un prétexte idéal pour lancer une nouvelle opération militaire dans le nord de la Syrie. La suite est connue : des bombardements intensifs sur le Rojava et la menace d’une opération terrestre. Erdoğan est prêt à tout pour se faire réélire au printemps prochain.

Le PKK, les YPG et les Forces Démocratiques Syriennes(FDS) nient toute implication dans cet attentat et révèlent que la personne arrêtée est une Syrienne arabe mariée trois fois avec des membres de Daesh et dont le frère est commandant de l’Armée syrienne libre (ASL), opérant à Afrin, main dans la main avec l’armée turque.

De plus, son portable comportait le numéro de téléphone du responsable fasciste du parti d’action nationaliste (MHP) de Sirnak en Turquie. Tout cela ressemble à une mise en scène. Comme lors de l’assassinat de nos trois camarades kurdes, en plein Paris en janvier 2013, attribué « à une dissidence du PKK« . Victimes les Kurdes ? Certes. Mais n’est-ce pas parce qu’ils proposent un projet politique très novateur qu’ils se font attaquer par les nationalistes turcs, arabes et autres ?

Le 9 décembre 2022, dans Orient 21, Jean Michel Morel précise :

« S’il veut être reconduit à la magistrature suprême, Erdoğan doit donc convaincre au-delà de son camp et s’assurer plus que les voix de ses supporters du Parti de la justice et du développement (AKP) ainsi que celles de son allié le Parti d’action nationaliste (MHP) et les affidés de sa branche paramilitaire, les Loups gris fascisants. Pour ce faire, le levier du nationalisme et du racisme antikurde a de nouveau été actionné. Dans ce contexte, la bombe de la rue Istiklal à Istanbul (si elle n’a pas été déposée par les services secrets turcs) fut une heureuse surprise » (…)

« Maintenant, pour le président, la priorité est de rassembler « autour du drapeau » ceux qui se souviennent avec effroi de la prolifération d’attentats survenus entre 2015 et 2017. Il s’agit aussi de désigner à la vindicte populaire les ennemis qui lui résistent : le PKK dans les monts Qandil au nord de l’Irak, et le PYD dans le Rojava syrien. Des ennemis contre lesquels il a multiplié les opérations militaires, utilisant les drones Bayraktar TB2 pour commettre des assassinats ciblés de responsables du PKK et du PYD et envahissant par trois fois le nord de la Syrie. »

Un projet politique qui dérange 

Depuis 10 ans maintenant, les Kurdes syriens, avec leurs partenaires arabes, syriaques et ceux des autres peuples qui vivent en Syrie, essaient de mettre en place un système politique multi-communautaire et multi-confessionnel. Ce n’est pas simple dans un monde à proie à une inquiétante montée des nationalismes d’extrême droite. Faire le choix d’une Syrie fédérale, décentralisée, dotée d’une large autonomie au lieu d’un petit Kurdistan syrien indépendant (le Rojava a la superficie de la Belgique) n’était pas évident.

En 2011, au départ de la révolution syrienne, les Kurdes syriens – qui en majorité soutenaient la politique du clan conservateur du PDK de Barzani en Irak – étaient mis sous pression pour adhérer à l’opposition syrienne basée à Istanbul et rassemblée dans le « Conseil national syrien ». Mais avant de s’engager, les Kurdes ont voulu avoir des assurances : s’ils l’emportaient contre le régime syrien auraient-ils droit à une autonomie, au respect de leur identité ? Bassam Ishak, chrétien syriaque, ancien directeur d’une organisation des droits de l’Homme à Hassaké, avait d’abord rallié le Conseil national syrien (CNS) avant de rejoindre les forces politiques au Rojava:

« Quand la révolution est passée de manifestations pacifiques à une insurrection armée, le CNS a changé d’objectif. L’opposition syrienne que le CNS dit représenter veut chasser Bachar al-Assad sans attribuer la moindre forme d’autonomie ou reconnaissance des Kurdes en Syrie. J’avais donc le choix entre le projet d’État religieux du Conseil national syrien, ou bien celui d’une Syrie arabe nationaliste comme c’était avant, ou bien celui d’un État pluraliste. La meilleure façon d’éviter que nous ayons de nouveau un dictateur à Damas, c’est de répartir le pouvoir entre les régions. Donc j’ai rejoint l’option d’une solution fédérale et démocratique proposée par les Kurdes »[1]

La déroute de l’Armée syrienne libre (ASL) 

Même son de cloche chez Hikmet Habib, Arabe de Qamishli et co-président du Conseil démocratique syrien, la branche politique des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), une alliance kurdo-arabo-syriaque qui gère le nord et l’est de la Syrie. Hikmet Habib a perdu plusieurs membres de sa famille dans la lutte contre Daesh. Il avait rejoint l’Armée syrienne libre au début de la révolution syrienne :

« Je faisais partie de l’Armée syrienne libre ASL, mais je les ai quittée quand je me suis rendu compte qu’ils se comportaient très mal vis-à-vis la population civile. Enlèvement, extorsion, vol et viol. J’ai rejoint les Forces Démocratiques Syriennes et leur Conseil démocratique syrien, puisque je veux me battre pour une Syrie décentralisée. » (2)

Ce qui se passe dans la province d’Afrin après son invasion par la Turquie, symbolise le projet politique qu’Erdoğan entend appliquer dans l’ensemble du Rojava. Dans le canton d’Afrin des changements démographiques sont en cours.

La ville était à 95% une ville peuplée de Kurdes, ils ne sont plus que 15%. C’est le résultat du nettoyage ethnique auquel se sont livrés les autorités turques et leurs mercenaires syriens. Les Kurdes ont été remplacés par des Syriens venant d’Idleb ou de la Ghouta, souvent des familles de djihadistes qui ont combattu avec l’État islamique ou avec Al Nosra. Pillages, vols viols, enlèvements contre rançon, c’est ce qui attend tout le nord de la Syrie si jamais Erdoğan installe une « bande de sécurité » de 30 kilomètres tout le long de la frontière turco-syrienne.

L’Armée syrienne libre, ou ce qu’il en reste aujourd’hui, a définitivement perdu toute crédibilité dès lors que ses miliciens ont accompagné les chars turcs venus massacrer les Kurdes à Afrin en 2018 ou encore à Tal Abyad et Serekeniye en octobre 2019. Aujourd’hui, supplétifs de l’ar-mée turque, ce sont ces mêmes miliciens qui contrôlent la province d’Afrin et la zone comprise entre Tal Abyad et Serekeniye. Ilham Ahmed, co-présidente du Conseil démocratique syrien, justifie aussi l’impossibilité pour les Kurdes syriens de rejoindre l’opposition syrienne établie à Istanbul :

«La plupart des groupes armés sur le terrain sont des extrémistes et ils ont le soutien de la Turquie. Essayer de trouver un accord avec ces groupes radicaux et djihadistes équivaudrait pour nous à un suicide »[2].

 

Kobane : le tournant 

Au début de la guerre en Syrie, le régime d’Assad a retiré une grande partie de ses troupes des régions kurdes pour les utiliser ailleurs. Le Parti de l’union démocratique (PYD), devenu le plus important parti des régions kurdes de Syrie, a profité du vide institutionnel pour mettre en place son modèle de société au Rojava, choisissant la stratégie de la « troisième voie ». Le PYD, tout en s’opposant au régime d’Assad – qui opprimait les Kurdes depuis des décennies – n’était pas en faveur d’un soulèvement armé. Et encore moins quand la direction politico-militaire de cette opposition armée s’est trouvée entre les mains de groupes djihadistes.

Après la reconquête de Kobane, en 2015, par les Unités de protection du peuple (YPG) et les Unités de protection de la femme (YPJ), aidées par le PKK, les Kurdes ont poursuivi leur avancée. La population kurde en Syrie n’a pas tardé à soutenir les YPG et à adhérer au projet du PYD. Les uns et les autres assurant la sécurité et commençant à mettre en place des structures démocratiques, inspirées par le communalisme de Murray Bookchin et d’Abdullah Öcalan[3]. Le dirigeant kurde irakien Barzani, par contre, depuis longtemps cajolé par les États-Unis, Israël – donc aussi par Bernard-Henri Levy et autres Caroline Fourest – entretient de bonnes relations avec la Turquie et prône un petit Kurdistan indépendant en Syrie.

« Vivre ensemble » ou nationalisme rétrograde ?

Adopté en 2014, le texte fondamental, le Contrat social de la Fédération démocratique du Nord et de l’Est de la Syrie, rejette le nationalisme et prône une société égalitaire, paritaire, respectueuse des droits des minorités. Le gouvernement autonome a établi un nouveau système éducatif. L’une de ses priorités a été la mise en place d’un programme scolaire en trois langues, arabe, kurde et syriaque, avec de nouveaux contenus pédagogiques pour les matières non scientifiques.

La mise en place d’un système fédéral décentralisé va à l’encontre du nationalisme arabe, turc, iranien et même kurde. Les communautés non-kurdes en Syrie n’allaient pas s’engager avec les Kurdes syriens pour un Kurdistan indépendant dans lequel ils seraient à leur tour une minorité dépendante de la bonne volonté de « nouveaux maîtres ».

Là où les FDS et le Conseil démocratique syrien (CDS) ont le pouvoir, ils ont mis en place des communes, des conseils municipaux, régionaux et provinciaux où les Syriaques, les Arméniens, les Turkmènes, les Kurdes et les Arabes bénéficient d’une représentation proportionnelle et le respect de tous leurs droits. C’est la raison pour laquelle Raqqa a pu être libérée  par des forces composées majoritairement d’Arabes. Et c’est pour cela aussi que l’invasion de la Turquie à Tal Abyad et Serekeniye n’a pas conduit à un soulèvement des tribus arabes contre les Kurdes.

Mazloum Abdi, commandant en chef des FDS a connu les prisons du  régime d’al-Assad et sa tête est mise à prix par Erdoğan. Selon lui, « un des buts de lattaque militaire turque en octobre 2019 était de briser lunité existante des habitants de la région entre les Kurdes, les Arabes et les Syriaques chrétiens. Mais cest le contraire qui sest produit. Pas mal de gens espéraient que notre travail, mené ici depuis huit ans, soit anéanti et que les FDS disparaissent, mais les liens entre les communautés sont plus forts que jamais. Les populations ne veulent pas de la Turquie, ni dun retour du régime »[4].

Polat Can, commandant des YPG, était responsable des opérations qui ont conduit à la libération de Deir Ez-zor. En 2020, il témoignait de cette évolution des relations entre populations kurdes et arabes :

« Quand j’étais responsable de la libération de la région Deir Ez Zor, j’avais 13 000 soldats sous mes ordres. Seulement 100 parmi eux étaient Kurdes. Les autres étaient des Arabes. La grande majorité des 1 000 martyrs sont arabes. Nous vivons ensemble, nous travaillons ensemble, nous sommes obligés de nous respecter mutuellement. C’est dur, mais nous sommes en train de changer les mentalités. Dans le nord et l’est de la Syrie, Arabes et Kurdes vivent actuellement ensemble, et ça se passe de mieux en mieux. Il faut savoir que la plupart des Arabes ne veulent pas d’un retour du régime, ici »[5]

Le projet politique d’une fédération démocratique interpelle le régime de Damas. Pour qu’il soit viable, tôt ou tard, al-Assad et/ou ses protecteurs russes ou iraniens devront lui accorder une forme d’autonomie.

Aujourd’hui, il n’y a aucune déclaration, aucun pas concret ni de Damas, ni de Moscou et encore moins de Téhéran vers une reconnaissance de l’autonomie kurde au sein d’une Syrie décentralisée. Le refus de Damas à trouver un compromis sur la question de l’autonomie ou de la décentralisation empêche tout accord politique avec les Kurdes. Sans le soutien de l’Iran et de la Russie, le régime est incapable de se maintenir. Les quelques soldats déployés dans le nord-est constituent une force trop faible en comparaison aux FDS et ne signifient en aucun cas un « retour du régime » dans le nord et l’est de la Syrie.

Pas d’entente avec Damas

« La méfiance au sein des communautés arabes, turkmènes et autres vis-à-vis des Kurdes était grande. Elles craignaient que ceux qui ont vaincu lOrganisation de l’État islamique (OEI) ne se vengent sur elles des mauvais traitements des autorités syriennes à l’égard des Kurdes. Les Kurdes ont beaucoup souffert de la politique dassimilation menée par le régime baasiste, » rappelle Hikmet Habib.

« Dès que les FDS ont libéré des zones tenues par lOEI, nous avons fait de grands efforts pour rétablir la confiance en créant des comités de réconciliation et des conseils représentant tout le monde. Aujourdhui, on peut dire que 60 % des membres des FDS proviennent de tribus arabes ». 

Les Kurdes de Syrie se défendent de toute « collaboration » avec le régime. Ils parlent plutôt d’une cohabitation. Avant 2010, Damas désignait des gouverneurs dans les provinces qui a leur tour désignaient leurs subordonnés.

Depuis que la Fédération existe, l’administration dans le nord et l’est de la Syrie est décentra-lisée avec des représentant(e)s de toutes les communautés et il n’y a plus de religion d’État. Ilham Ahmed, co-président du Conseil démocratique syrien, qui, en juillet 2018, a conduit une délégation du CDS à Damas pour les premiers pourparlers avec le régime de Bachar al-Assad : «Nous exigeons que la Syrie de demain comprenne des zones autonomes. Nous voulons une nouvelle Constitution dans laquelle la décentralisation sera inscrite », nous explique celle qui, en juillet 2018, a conduit une délégation du CDS à Damas pour les premiers pourparlers avec le régime de M. Bachar al-Assad.

En octobre 2019, dans la revue en ligne Orient 21, le journaliste Fehim Tastekin explique :

« La position de Damas en direction des Kurdes a été formulé ainsi : ‘Débarrassez-vous d’abord des troupes nord-américaines et après on verra. Mais les Kurdes n’ayant aucune garantie que Damas, Moscou ou Téhéran leur accordent l’autonomie qu’ils revendiquent, comment auraient-ils pu demander aux États-Unis de se retirer ? De plus, les FDS exigent une autonomie militaire, ce que l’armée syrienne officielle n’est pas prête à leur accorder. »

En 2019, après la énième invasion turque dans le nord de la Syrie, et suite à un accord avec la Russie, l’armée régulière s’est déployée sur la frontière turque, installant de succincts postes frontaliers. C’est moins une une présence militaire qu’une présence politique symbolique afin d’empêcher que la Turquie aille au-delà de la zone entre Tall Abyad et Serê Kaniyê. Mais, Damas aimerait en profiter pour reprendre le contrôle de tout son territoire. Les FDS refusent et posent leurs conditions.

Pour Polat Can, « le Rojava ne peut pas revenir à la situation d’avant 2010. Cela n’arrivera jamais. Nous ne laisserons pas les Kurdes privés de leurs droits et nous ne détruirons pas la relation entre les Kurdes, les Arabes et les chrétiens. À part cela, nous pouvons négocier tout ce qu’ils veulent — le nom de la région, le drapeau, la frontière, tout. Il y a un accord militaire avec le régime syrien pour sécuriser la frontière mais, ailleurs, ce sont les FDS qui contrôlent toujours la région du Nord et de l’Est de la Syrie — à Manbij, à Kobane, à Raqqa, à Tabqa, à Qamishli, à Hassaké, à Derik… et c’est notre police, les Asayish, qui contrôlent les check-points. » 

Mazloum Abdi précise : « Nous demandons deux choses essentielles au régime syrien pour obtenir une solution à long terme en Syrie. Un : que l’autonomie fasse partie de la constitution syrienne. Deux : que les FDS fassent constitutionnellement partie de la défense de toute la Syrie. Tant que ces demandes ne sont pas réalisées, il n’y aura aucun accord car ce sont nos lignes rouges. Les combattant(e)s des FDS devront faire leur service militaire ici, dans cette région. »

Les rapports avec les États-Unis et la Russie 

Selon Polat Can, « le fait que ces puissances naient pas installé une zone dexclusion aérienne, une « no-fly zone », nous a fait beaucoup de mal. Je peux vous le dire : si nous obtenons maintenant une zone dexclusion aérienne, nous pouvons récupérer en une semaine Tall Abyad et Serê Kaniyê. Nous connaissons bien tous ces mercenaires. Ce sont des ex-al Nosra, des ex-combattants de l’État islamique. Nous les avons combattus et vaincus dans le passé.

La Turquie, donc lOTAN, les aide et les remet en selle. La Russie veut reprendre le contrôle de toute la Syrie, et elle est vraiment très fâchée de la relation que nous, les FDS, entretenons avec la coalition internationale dirigée par les États-Unis. Les Russes veulent travailler avec nous et trouver une solution avec Damas, mais au vu de leurs relations avec la Turquie, nous navons pas confiance en eux ». 

En 2018 à Qandil, une chaîne de montagnes qui abrite les troupes du PKK, nous avons rencontré Riza Altun, un haut responsable du PKK. Les circonstances étaient particulières : nous avions dû changer plusieurs fois de voiture et laisser nos téléphones portables loin derrière. Dans les airs, un drone turc nous survolait. Riza Altun nous avait alors déclaré :

« Aujourd’hui, il y a des contradictions partout. À l’origine, les Américains n’avaient pas l’intention stratégique de soutenir les FDS. Les Kurdes savent très bien que les États-Unis sont un État impérialiste, mais nous sommes obligés de maintenir cette relation paradoxale, car notre survie est en jeu ».

Le Rojava sous la menace d’une nouvelle invasion terrestre 

Depuis plusieurs mois Erdoğan menace d’une invasion terrestre le Rojava et au-delà pour compléter sa zone de « sécurité » d’Afrin jusqu’à Qandil. Les Russes ont utilisé ces menaces pour amener les FDS à céder le nord et l’est de la Syrie à Damas. Les FDS ont refusé. Quant aux Russes ils savent qu’ils jouent à un jeu risqué avec la Turquie, qui, une fois qu’elle a occupé un territoire ne s’en retire pas. L’exemple du nord du Chypre est là pour le prouver.

De leur côté, les États-Unis, bien qu’ils autorisent Ankara à bombarder le Rojava et à utiliser des drones tueurs, ont explicitement demandé à la Turquie de ne pas s’engager dans une invasion terrestre. Et ce, pour deux raisons : les territoires syriens occupés par la Turquie sont des sanctuaires pour toute la galaxie de djihadistes d’Al Qaida, de l’OEI, de Hayat Tarhir al-Sham, de l’Armée Nationale Syrienne, formée de mercenaires syriens au service de la Turquie, les reliquats de l’ASL, etc. Dans ce contexte, les FDS restent leurs alliés les plus efficaces. La lutte contre l’OEI est loin d’être terminée. L’organisation vient d’attaquer la prison et la municipalité de Raqqa. Les FDS sont menacées de tous côtés.

En Syrie, le projet démocratique des Forces démocratiques syriennes menace le nationalisme arabe du régime d’al-Assad. En Turquie, ce même projet démocratique pourrait, lors des élections l’année prochaine, mettre en déroute la politique de négation du peuple kurde d’Erdoğan qui gouverne avec les fascistes du MHP.

En Irak la coalition kurde KDP-UPK fait l’objet en permanence de la colère du peuple qui accepte de moins en moins la corruption et la mauvaise gestion du pays. Et en Iran, le slogan, Jin, Jiyan, Azadi (Femme, Vie, Liberté) lancé il y a des années par la branche féministe du PKK est devenu le principal slogan qui secoue le régime des mollahs.

La plus grande menace qui pèse sur l’aventure révolutionnaire du Rojava est son isolement et l’usure. Nous savons maintenant que le socialisme dans un seul pays n’est pas viable. Les Kurdes eux-mêmes font tout pour étendre cette expérience révolutionnaire vers d’autres pays. Ne pourrait-on pas les soutenir et les aider à ce qu’ils réussissent ? Leur succès sera le nôtre. Leur échec aussi.

Chris Den Hond 29 décembre 2022

https://www.contretemps.eu/

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03 janvier 2023 ~ 0 Commentaire

sénégal (jdd)

Qui sont les tirailleurs sénégalais ?

Dans le film Tirailleurs, qui sort demain au cinéma, Omar Sy incarne un tirailleur sénégalais lors de la Grande guerre. Mais qui sont les tirailleurs sénégalais ?

Depuis leur création en 1857 jusqu’à leur dissolution dans les années 1960, les tirailleurs sénégalais ont combattu pour la France sur de multiples champs de bataille. Il s’agit de soldats recrutés par l’armée française, majoritairement au Sénégal – d’où leur nom –, mais aussi dans toute l’Afrique subsaharienne, dans les colonies françaises.

Les autorités coloniales étaient chargées de leur recrutement en se rendant dans les campagnes reculées de l’Afrique de l’Ouest ou équatoriale. Les locaux étaient souvent enrôlés sous la contrainte et étaient ensuite formés sur place avant d’être envoyés sur le champ de bataille.

Lors de la Première Guerre mondiale, ils sont 200 000 à se rendre en France pour combattre. 30 000 d’entre eux périront. La France était alors le seul pays à utiliser des troupes coloniales à grande échelle. Dans son ouvrage La Force noire, le général Charles Mangin, promoteur d’une armée africaine au service de la France, parlait des tirailleurs africains comme « des hommes primitifs, mais de bons soldats ».

Ne parlant pas français pour la plupart, les tirailleurs vivent dans des conditions difficiles, installés dans des camps séparés des soldats français. L’hiver, beaucoup tombent malades et sont placés dans des camps mal isolés dans le sud de la France. 959 tirailleurs internés dans ces camps succombent à des maladies entre 1916 et 1917.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, ils étaient près de 150 000 à se battre à nouveau face aux forces allemandes. Ils mènent aussi des combats au Gabon en 1940 ou à Bir-Hakeim, en Libye, en 1942. Par la suite, certains sont également mobilisés lors des guerres d’Indochine et d’Algérie. Le bataillon des tirailleurs sera petit à petit dissous entre 1960 et 1962.

Guillaume Caire 03/01/2023

https://www.lejdd.fr/

Tirailleurs sénégalais (Wiki)

Après de longues années de bataille judiciaire et administrative, les anciens tirailleurs sénégalais ont finalement obtenu gain de cause. Ces soldats, recrutés par l’armée française dans les colonies d’Afrique noire, et pas seulement au Sénégal, vont pouvoir retourner vivre définitivement dans leur pays d’origine, tout en continuant à percevoir leur minimum vieillesse. Jusqu’à présent ils ne pouvaient le toucher qu’à la condition de passer au moins six mois de l’année en France. Le nombre de ces vétérans africains, qui sont tous âgés de 90 ans ou plus, est aujourd’hui estimé à une quarantaine par l’Office des anciens combattants alors que l’on estime à quelque 700 000 ceux enrôlés comme chair à canon par la puissance coloniale pendant les deux Guerres mondiales mais aussi pendant les guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie. Autant dire que le geste du gouvernement est purement symbolique et arrive trop tard pour nombre d’entre eux, morts dans la misère. Cette annonce coïncide avec la sortie dans les salles du film Tirailleurs, de et avec Omar Sy, qui raconte l’histoire de ces tirailleurs sénégalais pendant la Première Guerre mondiale. 5 janvier 2023

Omar Sy et le film Tirailleurs : une vérité qui dérange (Lutte Ouvrière)

Les propos de l’acteur Omar Sy dans le journal Le Parisien ont suscité les réactions imbéciles de certains politiciens. Il y était interrogé à propos de son film Tirailleurs évoquant la boucherie à laquelle les troupes africaines ont été envoyées lors de la Première Guerre mondiale.

Alors que le journaliste lui demandait s’il était découragé par ce qui se passe en Ukraine, lui dont la famille vient de Mauritanie, très marquée par les guerres, Omar Sy avait répondu : « L’Ukraine n’a pas été une révélation pour moi. Comme j’ai de la famille en Afrique, je sais qu’il y a toujours eu des enfants en guerre, des familles brisées. Ça n’a jamais cessé depuis la Seconde Guerre mondiale. Ça veut dire que quand c’est en Afrique vous êtes moins atteint ? Petit, j’ai été traumatisé par le conflit Iran-Irak, j’ai grandi avec ces images horribles. On a l’impression qu’il faut attendre l’Ukraine pour s’en rendre compte. »

Omar Sy énonçait là une évidence sur la différence de traitement des conflits. La guerre en Éthiopie a fait 600 000 morts en deux ans, et c’est à peine si les médias en ont parlé. Celle qui ravage en permanence la République démocratique du Congo et a fait des millions de victimes n’est pas mieux traitée. Quand l’armée française était au Mali, la misère des populations, la corruption du gouvernement n’étaient pas le sujet. En France, les médias passaient en boucle les enterrements de militaires morts pour défendre les intérêts de l’impérialisme français en affirmant qu’ils étaient allés là-bas pour protéger les Maliens.

Il n’en a pourtant pas fallu plus pour déclencher la colère de la députée européenne Nathalie Loiseau, ancienne ministre de Macron, qui s’est indignée : « Il y a 58 militaires français qui sont morts au Sahel en luttant contre les djihadistes. Non, Omar Sy, les Français ne sont pas moins atteints par ce qui se passe en Afrique. Certains ont donné leur vie pour que les Maliens cessent d’être menacés par les terroristes. » Les Maliens ont pourtant montré ce qu’ils pensaient de cette protection en demandant le départ de l’armée française… Mais Julien Odoul, porte-parole du Rassemblement national, en a rajouté une couche en reprochant à Omar Sy d’oublier que « les guerres africaines atteignent aussi les Français ».

Aujourd’hui comme en 1914, il y a des chiens de garde pour justifier les guerres impérialistes et sauter à la gorge de ceux qui semblent tant soit peu critiques.

Daniel MESCLA 04 Janvier 2023

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26 décembre 2022 ~ 0 Commentaire

pkk (contre temps)

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Fresque pour Kendall Breizh mort au Rojava, à Carhaix

Peux-tu revenir sur le projet politique du PKK ?

Comment comprendre le tournant de ces dix dernières années et la politique de paix promue par le PKK ? En dehors de la question nationale, comment cet acteur se situe-t-il sur le plan des rapports de classe ?

Lors de sa fondation en 1978 (même si le noyau existait depuis plusieurs années), le PKK est en somme une organisation assez classique pour les années 1970 en tant que parti de libération de nation opprimée, issue de la de gauche radicale, d’inspiration « marxiste-léniniste » avec pour modèle la guerre populaire prolongée. Reprenant le discours anticolonialiste, le PKK s’était fixé pour objectif la création d’un Kurdistan indépendant où il conviendrait d’imposer une révolution socialiste.

A. Öcalan, les fondateurs du PKK mais aussi sa base militante présentaient un profil très différent d’un notable tel que Barzani : il s’agissait de jeunes ruraux pauvres radicalisés durant leurs études et passés par le milieu de la gauche radicale. Le PKK va s’autonomiser de la gauche radicale. D’ailleurs, son nom PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) est en quelque sorte un tribut à cette origine. Cela explique aussi qu’il y a toujours eu en son sein un petit nombre de Turcs venus de la gauche radicale (y compris à des positions de direction) considérant la libération du Kurdistan comme condition à la révolution en Turquie.

En ce qui concerne le projet politique du PKK et surtout ses évolutions, un important récapitulatif a été réalisé par Alex de Jong pour Inprecor. Je vais relever quelques points saillants mais pour qui s’intéresse à la question, la lecture de l’article d’A.de Jong est incontournable. Pour une source plus universitaire sur le PKK, ce sont les travaux de Martin van Bruinessen (en anglais) et d’Olivier Grojean qui sont les plus précieux.

Outre l’inspiration marxiste-léniniste anticoloniale évoquée précédemment, un élément fondamental du discours du PKK est celui d’une forme de violence émancipatrice (une brochure de 1985 indique « La violence révolutionnaire doit jouer ce rôle [NDLA : de créer une société nouvelle] et elle prendra, nous le disons, la forme de la vengeance révolutionnaire »).

De plus, le PKK ne suit pas le commandement de Mao qui veut que « le Parti commande aux fusils » :le parti (et ses cadres politiques) et la guérilla ne font qu’un. L’entrée dans le parti est considérée dès lors comme une rupture totale.

À ce propos, De Jong relève à la suite d’Olivier Grojean l’accent mis dans le discours du PKK sur son ambition de créer un « homme nouveau », caractérisé par une « personnalité » marquée par un « psyché kurde » distinctif, ayant désappris la mentalité de son ancienne vie (d’avant le parti) et s’améliorant par la pratique de l’autocritique. Cette conception du socialisme comme la construction d’un « humain nouveau » a également servi de base de critique de l’URSS. Et en 1993, Öcalan affirme que le PKK, lorsqu’il parlait de « socialisme scientifique » ne se référait pas au marxisme mais au dépassement des « intérêts des États, de la nation et des classes ». Aujourd’hui encore, le PKK et le PYD (son parti frère dans le Rojava) affirment régulièrement lutter pour « toute l’humanité », discours d’autant plus facilement repris dans la lutte contre Daesh qu’il fait écho aux préoccupations occidentales.

La question des femmes est devenue absolument centrale dans le discours du PKK : au creux de ce discours, elles occupent le rôle d’avant-garde. On a effectivement assisté à une forte progression de la participation de femmes à la guérilla à partir de la deuxième moitié des années 1990. Cette position pro-femmes (plus que féministe) procède avant tout d’une essentialisation des caractéristiques des femmes et en fait les garantes de la société socialiste.

Depuis son arrestation en 1999, le discours d’Öcalan a connu plusieurs évolutions. Il a en effet évolué vers une forme d’anti-étatisme se revendiquant d’un retour aux valeurs libertaires de la société kurde originelle, par le biais de l’avènement de la République démocratique, l’autonomie démocratique (locale) et le confédéralisme démocratique.

Cette formule est absolument centrale aujourd’hui dans le discours de tout le mouvement kurde en Turquie. Öcalan propose comme source théorique essentielle Murray Bookchin (1921-2006), un théoricien socialiste libertaire des États-Unis passé par le trotskysme (dans le SWP étatsunien) qui plaçait au centre de sa réflexion la contradiction capital-environnement plutôt que travail et qui accordait une grande importance à la combinaison des mouvements sociaux avec les institutions politiques locales (municipalités). Dans le propos d’Öcalan, les questions de classe sont au second plan par rapport aux questions d’identités et de libertés démocratiques.

Finissons par le fait qu’Öcalan est resté la référence ultime pour le PKK et sa base populaire bien qu’il soit en détention, et ne puisse communiquer que via ses avocats. De Jong souligne un aspect très important et tout à fait récurrent : le potentiel du flou.

Les déclarations d’A. Öcalan sont souvent floues et confuses dans tous les sens du terme : difficilement compréhensibles et mélangeant des notions qui sont censées être bien distinctes. Mais l’essentiel n’est pas là. Je suis entièrement d’accord avec le constat de De Jong qui veut qu’en détention, loin du mouvement, Öcalan est devenu une sorte de prophète dont les déclarations sont ouvertes aux interprétations. (Extrait)

https://www.contretemps.eu/

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25 décembre 2022 ~ 0 Commentaire

ukraine (npa)

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Ukraine : lutte de classe en temps de guerre

Dix mois après le début d’un conflit sanglant, les travailleurEs ukrainiens se trouvent confrontés aux affres de la guerre en même temps qu’aux offensives d’un néolibéralisme qui ne s’embarrasse guère des souffrances d’une population exposée au martyre.

Avec environ 15 millions de réfugiéEs, un PIB en chute libre de 35 %, près de 5 millions d’emplois perdus, des mortEs — civils et militaires — qui se comptent par plusieurs dizaines de milliers et, dernièrement, la destruction systématique de l’infrastructure énergétique à l’amorce d’un hiver rude, c’est peu dire que le pays est au bord de l’asphyxie.

Évidemment, l’intérêt prioritaire du monde du travail ukrainien reste de mettre un terme à cette invasion brutale, terme qui passe nécessairement par le retrait des troupes russes de l’ensemble du territoire. Des 80 % de mortEs au travail liés à des faits de guerre dans les zones non occupées, aux meurtres, tortures, disparitions et à l’élimination physique de toute forme de contestation dans les zones sous contrôle russe, les luttes pour une amélioration réelle du quotidien ne peuvent être que conditionnées par cet objectif central.

70 % du salariat privé de la protection du code du travail

Malheureusement, la guerre n’est pas le seul ennemi des travailleuses et travailleurs ukrainiens, qui doivent simultanément faire face à des attaques frontales contre le droit du travail et les libertés syndicales de leur propre gouvernement. Ces réformes, initiées dès 2019 par le gouvernement Zelensky, avaient alors été bloquées par la mobilisation des travailleuses et travailleurs et l’action coordonnée de la FPU et de la KVPU, les deux principales centrales syndicales du pays.

Profitant de la loi martiale qui limite considérablement les capacités de protestation, la droite ukrainienne est revenue opportunément à la charge depuis le début de la guerre. L’un des textes de loi, passé au Parlement ukrainien en août dernier, prive de la protection du code du travail les salariéEs des PME, c’est-à-dire 70 % du salariat.

Les confédérations syndicales, coincées par la loi martiale et confrontées à une nouvelle loi antisyndicale, redoublent d’effort à l’international pour tenter de mettre sous pression le gouvernement Zelensky : recours constitutionnel, contestation devant l’Organisation internationale du travail (OIT), inadéquation de la loi avec la demande d’entrée dans l’UE, pétition internationale en lien avec le Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine (RESU).

Ce désastreux panorama ne doit pourtant pas cacher les résistances souterraines, comme nous le rappelle ces mineurs de Novovolynsk qui, au cours de l’été, refusèrent de travailler pour le nouveau directeur accusé de corruption :

« Le peuple est le gouvernement. Nous n’avons pas besoin de nous voir imposer de nouveaux dirigeants. Retournez d’où vous venez, nous ne travaillerons pas avec vous ». Si la lutte de classe est difficile en temps de guerre, les travailleurEs, ayant pris le relais d’un État défaillant en bien des domaines, ne se sentiront pas contraintEs de faire le dos rond indéfiniment.

Hebdo L’Anticapitaliste -22/12/2022 Vendredi 23 décembre 2022

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