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20 mai 2019 ~ 0 Commentaire

soudan (à l’encontre)

soudan

En quoi le Soudan est différent?

Gilbert Achacar: Au Soudan, le régime de Bachir a en fait combiné les deux pôles contre-révolutionnaires. Il a gouverné par l’armée tout comme les dictatures en Egypte ou en Algérie, mais en étroite collaboration avec les fondamentalistes islamiques. Ces derniers faisaient également partie du régime. C’est pourquoi j’ai parlé de Bachir comme d’une combinaison de Morsi et de Sissi; je l’ai appelé «Morsisi».

Le fait que les fondamentalistes islamiques fassent partie du régime les a empêchés de jouer un rôle dans le soulèvement; le peuple se soulevait en fait contre eux. Ils n’étaient donc pas en mesure de détourner le soulèvement comme ils l’ont fait en Egypte, en Tunisie, en Libye, au Yémen et en Syrie. Cette différence est très importante. Elle a façonné la révolte elle-même qui a dû défier les pôles fusionnés de la contre-révolution.

Cela a contribué à faire de la manifestation soudanaise la plus progressiste de tous les soulèvements que nous ayons vus dans la région jusqu’ici.

C’est la plus avancée en termes d’organisation et de politique. La coalition des groupes qui la dirigent se nomme: Forces de la Déclaration de la Liberté et du Changement (FDLC). Elle comprend à l’origine des associations professionnelles et ouvrières clandestines, des partis politiques de gauche comme le Parti Communiste, des mouvements musulmans libéraux, des mouvements armés luttant contre l’oppression ethnique, ainsi que des groupes féministes.

Ces forces progressistes ont façonné la politique de la révolte.

En particulier, les femmes et les organisations féministes, qui ont joué un rôle de premier plan, ont fait pression pour que les revendications féministes soient incluses dans le programme des FDLC. Ce programme stipule maintenant, par exemple, que le nouveau conseil législatif doit être composé à 40% de femmes.

Mais nous ne devons pas sous-estimer les défis auxquels les FDLC s’affrontent. La coalition est placée sous la contrainte d’une lutte acharnée contre les militaires, qui veulent maintenir le pouvoir entre leurs mains et n’accorder que des fonctions subordonnées aux civils. Les FDLC exigent au contraire que le pouvoir souverain soit entièrement entre les mains d’une majorité civile et que les forces armées soient limitées au rôle de défense apolitique qu’elles devraient normalement jouer dans un Etat civil.

Ainsi, les révolutionnaires soudanais font face aux militaires, qui sont soutenus par toutes les forces régionales et internationales de la contre-révolution. Le Qatar, le royaume saoudien, les Emirats arabes unis, la Russie et les Etats-Unis soutiennent tous les militaires dans cette lutte acharnée. Ajoutez à cela les fondamentalistes islamiques qui soutiennent naturellement l’armée.

Dans cette situation, la principale force du mouvement a été sa capacité à conquérir la base des forces armées et certains officiers subalternes. Jusqu’à présent, cela a dissuadé les militaires de tenter de noyer la révolution dans le sang. Bachir voulait que l’armée écrase le soulèvement, mais ses généraux ont refusé, non pas parce qu’ils sont démocrates ou humanistes, bien sûr, mais parce qu’ils n’étaient pas convaincus que les troupes suivraient leurs ordres.

Le commandement militaire savait qu’une partie des soldats et des officiers subalternes sympa-thisaient avec le soulèvement au point de même utiliser leurs armes pour défendre les manifes-tants contre les attaques des voyous du régime et de la police politique. La sympathie des trou-pes pour le mouvement populaire a été déterminante pour amener les généraux à se débar-rasser de Bachir.

La chose la plus importante à présent est que le mouvement consolide son soutien parmi les officiers de base et les officiers subalternes des forces armées. Le succès ou l’échec de cet effort déterminera tout le sort de la révolution.

Pourquoi les forces progressistes soudanaises ont-elles réussi à faire une percée aussi importante par rapport au reste de la région?

GA: La composition politique des FDLC n’est pas très différente de celle des forces progressis-tes partout dans la région. Mais ailleurs, ces forces progressistes ont été discréditées en prenant parti pour l’un des deux pôles contre-révolutionnaires. Là où les fondamentalistes islamiques étaient dans l’opposition, ils ont réussi à prendre le train en marche et à détourner le mouvement grâce aux moyens de loin supérieurs dont ils disposaient en termes d’organisation, de fonds et de médias.

Prenons l’exemple de l’Egypte. C’est là que les Frères musulmans ont détourné la révolte populaire. Ils répandent des illusions sur l’armée en 2011. Au moment du renversement de Moubarak et par la suite, les Frères travaillaient main dans la main avec les militaires. Cela a grandement aidé les militaires à désamorcer le mouvement populaire.

Parce que les deux pôles contre-révolutionnaires ont été combinés au Soudan, un espace s’est ouvert pour que les forces progressistes puissent percer par leurs propres moyens.

Ce n’est pas entièrement le cas en Algérie. Alors que les forces fondamentalistes islamiques ne jouent aucun rôle visible dans le soulèvement, elles conservent un réseau puissant et peuvent donc jouer un rôle contre-révolutionnaire si l’occasion se présente. De plus, contrairement au Soudan, il n’y a pas de leadership reconnu du soulèvement en Algérie, ce qui rend le mouvement vulnérable aux manipulations politiques.

Aujourd’hui, Trump semble vouloir réaffirmer la puissance américaine en soutenant des alliés comme Israël et l’Arabie saoudite, ainsi qu’en déployant des navires et des bombardiers dans le golfe Persique contre l’Iran. Que fait Trump?

GA: Eh bien, comme pour tout ce qui concerne Trump, sa politique est très grossière (fruste). Ce terme «grossier» (brut) convient particulièrement bien dans ce cas-ci parce que toute sa stratégie, si on peut l’appeler ainsi, est déterminée par le pétrole brut.

Il retire donc ses troupes de Syrie parce qu’il n’est pas intéressé à soutenir les guérillas kurdes de gauche et parce que le pays a peu de pétrole. Mais il n’a pas appelé au retrait des troupes américaines d’Irak. En fait, lorsque Trump a visité la base américaine dans ce pays, il a exprimé sa détermination à y rester. L’alibi était le besoin supposé de surveiller l’Iran, mais ce n’est en réalité qu’un prétexte puisque les Etats-Unis ont déjà de nombreuses bases dans tout le Golfe ainsi qu’une technologie sophistiquée pour surveiller l’Iran.

Mais, d’une manière typiquement peu diplomatique, Trump avait admis la vraie raison pour laquelle il veut des troupes américaines en Irak: le pétrole. Il a en fait déclaré que le pétrole était le prix que les Etats-Unis auraient dû obtenir comme récompense pour leur invasion et leur occupation de ce pays. Il a dit carrément: «Nous aurions dû prendre le pétrole irakien.» Il est donc extrêmement «grossier» (brut) dans ce double sens.

C’est pourquoi il soutient le royaume saoudien et les autres Etats clients de Washington parmi les monarchies pétrolières du Golfe. Il les traite comme des chiens et ils sont d’accord. Même lorsque Trump les insulte ouvertement, ils n’ont pas osé protester. Ce ne sont que des vassaux des Etats-Unis qui dépendent de leur seigneur pour leur protection.

La même «approche» pétrolière est à l’origine du brusque changement de cap de Trump sur la Libye. Il a changé radicalement la politique américaine qui consistait à soutenir le gouvernement soutenu par l’ONU à Tripoli, en appuyant soudainement Haftar de manière ouverte ( Et Macron? blog). Pourquoi? Parce que Haftar contrôle maintenant les champs de pétrole en Libye.

C’est la logique de ce que fait Trump, un impérialisme très «brut», déterminé par des intérêts économiques avant tout, sans aucune prétention idéologique sur la démocratie ou les droits de l’homme. A cet égard, comme il le dit ouvertement, il envie les dirigeants autoritaires.

De même, sa position agressive contre l’Iran n’est pas seulement pour plaire à son ami d’extrême droite, Netanyahou d’Israël, ni n’obéit à aucune fin démocratique, bien sûr, pas plus que sa position agressive contre le Venezuela. L’accent mis par Trump sur ces deux pays ne peut être dissocié de leurs principales réserves de pétrole. Quoi que l’on pense des régimes des deux pays, il est crucial de contrer les menaces et les gesticulations de l’administration Trump – surtout dans le cas de l’Iran, où le risque de guerre est assez élevé.

AS: C’est clair comme de l’eau de roche. Mais que devrait faire la gauche internationale à l’égard du Soudan?

GA: Le besoin le plus urgent est la solidarité avec le soulèvement, qui est dangereusement isolé en ce moment. Il est confronté à un seul camp contre-révolutionnaire soutenu par toutes les puissances impériales et régionales. Dans une telle situation, la solidarité internationale est extrêmement importante.

Tout geste de solidarité significatif encouragera et donnera du courage au mouvement souda-nais. La clé aux Etats-Unis est de dénoncer le soutien de Trump à l’armée soudanaise, en compagnie des monarchies pétrolières. Il serait important de contraindre les démocrates, même si ce n’est que pour des raisons électorales, à mettre en question cette politique. C’est urgent, car cela pourrait grandement aider les FDLC à prendre l’avantage dans leur lutte acharnée contre l’armée pour la transition démocratique dans le pays.

L’expérience de l’Egypte et de la Tunisie leur a appris que plus les élections ont lieu tôt, plus il est probable que ceux qui ont le plus d’organisation, de ressources et de soutien international gagneront. Dans ces pays, c’étaient les fondamentalistes islamiques. Au Soudan, il s’agirait probablement de forces politiques issues de l’ancien régime, dont les Frères musulmans et les salafistes. Ils disposent de moyens matériels bien supérieurs à ceux des FDLC.

Il est donc très important que les forces politiques de gauche aux Etats-Unis se rallient pour soutenir le soulèvement soudanais et appuyer les exigences de ses dirigeants. Cela fait partie intégrante de la reconstruction d’une tradition de solidarité de la gauche internationaliste avec le mouvement mondial des exploité·e·s et des opprimé·e·s.

Entretien publié le 18 mai 2019 sur le site Jacobin; traduction A l’Encontre

Gilbert Achcar est professeur au SOAS (Université de Londres) et auteur de nombreux ouvrages dont Symptômes morbides: La rechute du soulèvement arabe, Actes Sud, 2017.

Ashley Smith collabore à de nombreuses publications de gauche aux Etats-Unis.

http://alencontre.org/moyenorient/

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19 mai 2019 ~ 0 Commentaire

soudan (amnesty)

soud

Omar el Béchir doit être traduit en justice pour ses crimes récents et passés

Faisant suite à l’annonce du procureur général du Soudan indiquant qu’il va inculper l’ancien président Omar el Béchir des récents homicides de manifestants, Seif Magango, directeur adjoint du programme Afrique de l’Est, Corne de l’Afrique et région des Grands Lacs d’Amnesty International, a déclaré :

Omar el Béchir doit être traduit en justice à la fois pour ses crimes récents et pour les crimes de droit international qu’il a vraisemblablement commis quand il était au pouvoir.

« Cette mesure promet d’être un premier pas pour amener Omar el Béchir à rendre des comptes pour ses crimes odieux, mais les autorités soudanaises doivent le remettre à la Cour pénale internationale pour qu’il réponde des accusations de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et de génocide. Omar el Béchir doit être traduit en justice à la fois pour ses crimes récents et pour les crimes de droit international qu’il a vraisemblablement commis quand il était au pouvoir.

« Cette annonce a d’autant plus de sens après une nouvelle nuit de violences sanglantes au Soudan, durant laquelle au moins quatre personnes ont été tuées et environ 90 ont été blessées par balle. Le procureur doit en outre diligenter des enquêtes et des poursuites contre toutes les autres personnes présumées responsables de l’usage persistant d’une force meurtrière excessive à l’encontre de manifestants pacifiques.

« Il ne faut pas oublier que le Conseil militaire de transition du Soudan porte également la responsabilité de ne pas avoir protégé les manifestants. Il doit amener tout membre des forces de sécurité ayant tiré à balles réelles sur les manifestants qui campaient devant le quartier général de l’armée et ailleurs dans le pays à rendre des comptes. »

Complément d’information

Le 13 mai vers midi, des membres des forces de sécurité en uniforme ont été filmés en train de fouetter des manifestants. La vidéo a été largement relayée sur les réseaux sociaux. La répres-sion a dégénéré aux alentours de 18 heures, lorsque des tirs à balles réelles ont fait au moins quatre morts, dont un militaire, et plus de 90 blessés, selon le Comité central des médecins soudanais. Les médecins ont indiqué avoir aussi soigné 40 personnes blessées par les coups de fouet ou intoxiquées par des gaz lacrymogènes.

14 mai 2019

https://www.amnesty.org/

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15 mai 2019 ~ 0 Commentaire

chassé croisé (clarté à gauche)

kotarac

Méchant chassé croisé LFI/ RN/ PS…

Un élu LFI appelle à voter RN aux Européennes alors que Mélenchon lorgne vers une « fédéra-tion populaire » qui pourrait inclure ces socialistes dont il rejetait, il y a peu, qu’ils puissent jamais devenir des alliés … Méchant contrepied aux Gilets Jaunes qui, secouant les vieilles routines politiciennes, spécialement l’électoralisme, sont un puissant révélateur de qui est qui et qui fait quoi.

Il y avait des signes annonciateurs

Soutien du poutinisme contre les  Syriens, « biaisage » sur le droit de circulation et d’installation des migrant-es…)…  Cela pouvait (devait ?) arriver, mais non, c’est le déni.

Dans cette gauche « radicale » mène une politique qui en conduit certains loin, loin des premiers points d’ancrage (qu’il faudrait cependant interroger, non ?)… en dérapage contrôlé !

Mais il ne faut pas oublier que pendant ce temps Mélenchon poursuit l’envoi de signaux d’ouverture vers ceux qu’il vilipendait il y a peu et qui ont ouvert la voie au FN/RN (et à Macron).

Vous vous souvenez : à propos des socialistes et même des communistes

« Le retour de la tambouille, jamais! » (septembre 2017).  Aujourd’hui le même Mélenchon s’adresse aux socialistes: «Que finisse cette longue solitude pour moi d’avoir été séparé de ma famille» (septembre 2018) … Ma famille, ça ne s’invente pas.

Alors ça invoque un « Front Populaire nouvelle manière » (toujours 2018) et aujourd’hui une « Fédération populaire » (Libé, avril 2019), pour nous faire accepter que le PS pourrait (ce sera dur) échapper au syndrome de la tambouille ! Maurel et Liennemann sont déjà là au chaud dans la mélenchonie.

Bref, pendant que l’un file vers les rivages du RN, l’autre aborde ceux d’une prochaine Union de la Gauche …

Et c’est avec ça, nous dit-on, que l’on fera barrage à Macron (qui a plumé la volaille socialiste) ? Et comme il y a déjà une brèche ouverte du côté de Le Pen puisqu’elle a pécho un poulet insoumis… le barrage antifachos renforcé par les débris du PS, on repassera…

L’un des dénominateurs communs de Kotarac et de JLM c’est l’électoralisme ! Alors moi, je préfère voir ce qui va émerger des Gilets Jaunes, je ne parle pas des quelques uns qui versent aussi dans l’électoralisme!

Ah, sûr, vous allez voter ?

15 mai 2019 Antoine (Montpellier)

https://blogs.mediapart.fr/

Commentaire:

A deux reprises, il y a un an, nous avons « crié dans le désert » à propos de la ligne poutinienne-national-populiste, contraire à tout internationalisme, illustrée notamment par l’élu régional LFI Rhône-Alpe Andrea Kotarac.

Ce mardi 14 mai celui-ci vient d’appeler à voter RN en basant sa position sur les rapports qu’ils souhaite établir entre les Etats français et russe.

Nous appelons tous les militants internationalistes ainsi que les militants, y compris « insoumis », attachés aux exigences démocratiques, à tirer le bilan de cette décision politique, dont nous pouvons dire en toute tranquilité qu’elle n’a pas Andrea Kotarac pour auteur, mais les « organes » avec lesquels il est lié depuis un certain temps, c’est une évidence.

Son alliance avec l’extrême-droite française reproduit celle qu’il avait déjà établie avec les occu-pants du Donbass, également d’extrême-droite. Kotarac était en Crimée récemment, aux côtés de Marion-Maréchal Le Pen.

Beaucoup, d’insoumis, mais aussi militants d’autre courants, avaient alors tenté de justifier la chose au nom de la « diplomatie », et devant le tollé qui montait peu à peu, il avait reçu le soutien de Sophia Chikirou. C’était il y a trois semaines. Maintenant les leçons doivent être tirées !

APLutSoc – Arguments Pour la Lutte Sociale

Lire aussi:

La présidente géorgienne répond à Jean-Luc Mélenchon sur l’Otan : « De quoi je me mêle? » (JDD)

Kotarac : comment la France Insoumise a laissé faire le rapprochement avec Le Pen (Lyon Mag)

France Insoumise : faites que la farce Kotarac soit la dernière (Regards)

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15 mai 2019 ~ 0 Commentaire

turquie (npa)

turkeywomenpic

Turquie : « Les femmes sont plus fortes ensemble »

Alors que de nombreuses mesures progressistes ont été adoptées grâce aux luttes féministes en Turquie, il est particulièrement difficile pour les femmes turques de voir que les pas en avant vers l’égalité femmes-hommes sont remis en question, un par un, par les cercles pro-gouvernementaux, par les médias et par le gouvernement lui-même.

440 féminicides en 2018

L’attaque de la police, à coups de gaz au poivre, contre la 17e édition du rassemblement nocturne d’Istanbul à l’occasion de la journée internationale pour les droits des femmes du 8 mars, a montré que le gouvernement entend adopter une attitude encore plus dure – si cela est possible – vis-à-vis des revendications des femmes et des questions d’égalité.

Cette année, la police turque a tout simplement déclaré illégal ce rassemblement pacifique, et bloqué tous les accès à l’avenue İstiklal, lieu de nombreuses manifestations et rassemblements de tout type depuis bien longtemps, soumis à un contrôle de plus en plus strict au cours des dernières années.

L’une des questions les plus importantes de l’agenda féministe en Turquie est la question des violences sexistes.

L’année dernière, ce sont pas moins de 440 femmes qui ont été tuées par des hommes, selon les chiffres de la plateforme « Nous stopperons les féminicides ». Plus de 60 % de ces meurtres ont été commis par des maris, des ex-maris, des frères ou des pères.

D’après un rapport présenté par Sezgin Tanrıkulu, député du parti d’opposition CHP, ce sont 15 034 femmes qui auraient été assassinées depuis l’accession au pouvoir d’Erdogan et de son parti AKP en 2002, année où 66 féminicides avaient été comptabilisés.

Mais au lieu de prendre des mesures pour lutter contre les violences sexistes, le gouvernement AKP préfère établir des commissions destinées à lutter contre le divorce, forcer les femmes à rester dans les foyers où elles sont victimes de torture quotidiennement, qualifier les féministes de briseuses de foyers et s’appuyer sur ses alliances avec les médias conservateurs pour attaquer les instruments légaux, nationaux et internationaux, les plus vitaux pour les femmes : loi nationale pour la prévention des violences, droit à la pension alimentaire pour les femmes, droits sexuels, convention d’Istanbul (1), CEDAW(2), etc.

Violences au foyer et au travail

Alors que la Turquie a été secouée par des affaires de maltraitance sur des enfants et de viols au cours des dernières années, le gouvernement a proposé un projet de loi dont l’objectif est de baisser l’âge légal pour les relations sexuelles dans le cadre d’un mariage.

Si ce projet devait être adopté, cela pourrait conduire au pardon de milliers d’hommes actuellement en prison pour des violences sexuelles et à leur libération, et les tribunaux pourraient retarder les peines ou différer les verdicts pour des hommes ayant illégalement épousé des filles trop jeunes.

On le voit, les raisons sont multiples pour que les femmes en Turquie soient en colère. En janvier dernier, une plateforme de 157 organisations féministes et LGBTIQ ont signé une déclaration pointant le fait qu’une telle amnistie serait un encouragement pour les auteurs de violences sexuelles et les mariages illégaux avec des enfants, et qu’elle découragerait définitivement les survivantes d’engager des ­poursuites judiciaires.

La place et la participation des femmes au travail est une autre question essentielle en Turquie, un pays dans lequel un ancien ministre des Finances de l’AKP avait déclaré que les taux de chômage « avaient l’air » élevés car les femmes aussi cherchaient des emplois…

Pas besoin, dans de telles circonstances, de faire de grandes démonstrations pour comprendre quelle est l’approche dominante quant aux questions d’égalité en Turquie. Avec moins de 35 % de femmes dans la force de travail, la Turquie se classe au 131e rang (sur 144) du Rapport mondial sur l’écart entre les sexes (édition 2017).

On peut le dire sans hésiter : en Turquie, le travail gratuit des femmes est invisible, et le travail salarié est plus précaire. En outre, les questions de discriminations au travail, de critères patriarcaux dans les embauches et d’inégalités de salaire sont loin d’être résolues.

Les femmes ne renoncent pas

Il convient en outre de souligner que l’espace dans lequel peuvent se développer les organi-sations travaillant sur les questions de genre est de plus en plus réduit, et de rappeler qu’à peu près toutes les organisations de femmes kurdes ont été déclarées illégales par le gouvernement après la proclamation de l’état d’urgence en 2015.

Cela ne signifie pas, bien sûr, que les femmes renoncent. Bien au contraire. En 2018, des organisations de femmes et des militantes indépendantes venues de toute la Turquie ont formé une nouvelle coalition, « Les femmes sont plus fortes ensemble », un front uni contre le patriarcat et les inégalités de genre. Parce que les femmes en Turquie en ont vraiment assez de l’antiféminisme, des fauteurs d’inégalités, et des attaques contre leurs corps, leurs identités, leurs droits et leurs vies.

Sanem Ozturk, traduit par J.S. Lundi 13 mai 2019

  • 1. Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, adoptée en 2011 à Istanbul.
  • 2. Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, adoptée en 1979 par l’Assemblée générale des Nations unies.

https://npa2009.org/

 

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13 mai 2019 ~ 0 Commentaire

louisa hanoune (pst lo)

pst algerie

Communiqué sur l’arrestation de madame Louiza Hanoune

L’arrestation aujourd’hui de madame Louiza Hanoune, Secrétaire Générale du Parti des Travailleurs, intervient dans un contexte de répression et de velléités d’atteintes aux libertés démocratiques.

Le pouvoir militaire de fait actuel, incarné par le chef d’Etat Major M. Gaïd Salah, semble s’enliser dans une campagne de purges et de règlement de comptes dans une perspective de recomposition du pouvoir mais dans la continuité du régime.

L’opacité dans laquelle s’opèrent ces arrestations et l’instrumentalisation évidente de l’appareil judiciaire civil et militaire n’augurent rien de bon pour l’avenir de nos droits et nos libertés démocratiques.

Les millions d’Algériens et d’Algériennes qui occupent les rues de tout le pays depuis le 22 février, dénoncent notamment l’autoritarisme de 20 années de dérive monarchique du régime. Ils n’accepteront pas de nouveau l’autoritarisme et la répression quelques soient les motifs.

Pour le PST, nos divergences multiples et profondes avec le Parti des Travailleurs, ne nous détourneront pas en ces moments particuliers de l’impérative dénonciation de la répression et de la manifestation militante de notre solidarité.

Parti socialiste des Travailleurs (PST), le Secrétariat National.
Alger, le 09 mai 2019.

Lire aussi:

Libération de Louisa Hanoune!  (LO)

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12 mai 2019 ~ 0 Commentaire

sacp (inprecor)

pc as

La trajectoire déplorable du stalinisme sud-africain

En décembre dernier, le syndicat de la métallurgie (Numsa) a tenu un congrès de rupture avec la centrale historique Cosatu en lui faisant procès d’appuyer la politique libérale de la coalition au pouvoir formée par l’ANC et le Parti Communiste.

Ce 11 février, la direction du Cosatu prend acte de cette rupture et met à son ordre du jour l’expulsion du syndicat dissident. Dans cette déclaration, un argument se singularise particulière-ment pour entériner la scission sans autre tentative de maintenir l’unité syndicale : le Numsa a décidé de suspendre son versement financier au profit du Cosatu … et du Parti Communiste.

Un étrange attelage

L’arrivée au pouvoir de l’ANC en 1994 se fit sous couvert d’une « coalition » avec le Parti Communiste sud-africain et la centrale syndicale majoritaire Cosatu. L’acceptation de cet assemblage par la classe dirigeante blanche et ses soutiens internationaux semblaient se justifier par le haut niveau de conflictualité sociale qu’avait connu le pays depuis la fin des années 1970.

Les longues années de négociations qui avaient précédé avaient donné le temps nécessaire aux protagonistes pour se mettre d’accord sur le fond, sur le système économique, sur le maintien de la propriété industrielle, sur un programme de « reconstruction ».

Mais il fallait donner le change aux populations noires au nom de la « révolution démocratique » et même du socialisme, terminologie massivement utilisée dans les luttes ouvrières et celles des townships. En proclamant l’existence d’une coalition tripartie dans laquelle le syndicat et le PC proclamaient haut et fort leur attachement au socialisme, l’illusion était garantie.

Toutes formes de coalition peuvent exister.

Mais celle-ci a sa singularité : le PC est financé par les syndicats. Les locaux du parti sont situés dans l’immeuble du Cosatu et payés par celui-ci. L’osmose entre directions syndicales et état-major du PC est totale, le tout sous le parapluie bienveillant de l’ANC et donc aussi du gouvernement, qui profitent de ce lien organique avec la « classe ouvrière » et « son parti ».

Le calcul se révéla très vite faisandé. En quelques mois, la corruption a englouti dirigeants syndicaux et cadres du PC. On ne comptait plus les anciens secrétaires généraux devenus businessmen, dirigeants de fonds de pension ou heureux acquéreurs d’actions minières.

Mais le souffle de la liberté et l’espoir né des luttes précédentes limitaient la lucidité du plus grand nombre. Il fallut attendre le remplacement de Mandela par Mbeki et surtout l’arrivée de Zuma à la présidence pour que les faits s’imposent à une part importante de la population. Ce qu’a reflété au demeurant la décision de rupture du Numsa.

L’affaire est en train de mal tourner et c’est une chance.

Trop c’est trop dans un pays voué aux politiques libérales. Il est de plus en plus difficile de prétendre gouverner au nom du peuple et des opprimés, notamment après l’assassinat par la police de 34 mineurs grévistes à Marikana en 2012. Tout le montage bureaucratique prend l’eau. Avec le départ du Numsa, d’autres vont suivre. Mais comment en est-on arrivé là ? L’histoire est ancienne et se confond avec celle du stalinisme.

Une longue trajectoire stalinienne

Le PC sud-africain a été fondé en 1921. Très vite, il s’attachera aux thèses politiques stalinien-nes. Durant trente ans, il est pour beaucoup composé de blancs mais pas exclusivement. Quand, après la seconde guerre mondiale, les luttes d’émancipation prennent leur essor un peu partout dans le monde, il se rapproche du mouvement nationaliste noir, l’African National Congress.

Au point de mordre sur ses rangs et d’influencer son élaboration politique. Plusieurs thèmes vont être ainsi transférés du PC vers l’ANC. D’abord, au début des années 1960, c’est la décision très discutable de la « lutte armée » (avec sa part de mimétisme du modèle algérien entre autres).

Ce choix, qui se réduisit très vite à une simple propagande armée (pose d’explosifs ici ou là essentiellement), avait deux conséquences qui intéressaient directement Moscou dans cette région (tout près des luttes armées du MPLA en Angola et du Frelimo au Mozambique) : d’une part se positionner comme pourvoyeur d’armes et d’autre part comme prestataire d’entraînement militaire et politique dans les camps situés à l’extérieur de l’Afrique du Sud et nourris par une exfiltration constante de militants venant de l’intérieur.

Le second apport, si l’on peut dire, de Moscou via le PC fut celui de la théorie du « colonialisme d’un type spécial », sorte de mouture locale de la théorie de la « révolution démocratique ».

Puisque l’Afrique du Sud n’était, selon le PC, qu’un pays colonial tardif, avec toutefois la présence d’une réelle classe dirigeante blanche locale, il fallait d’abord combattre pour un État démocratique, débarrassé de ses lois raciales, avant de poser la question sociale. La Charte de la Liberté, le programme de l’ANC, était dans cette ligne, même si elle pouvait apparaître plus radicale à certains égards en posant la revendication des nationalisations et de la réforme agraire.

Quand le mouvement de masse repartit à l’offensive au tout début des années 1980, le PC était devenu peu ou prou une sorte de poisson pilote de l’ANC principalement dans les bases extérieures en Angola, en Zambie, à Londres.

Mbeki, futur président, fut par exemple membre de son comité central.

Le PC se posait en représentant, unique évidemment, de la « classe ouvrière » au sein du futur dispositif démocratique. C’est au nom de ce monopole prolétarien qu’il monta en première ligne, entre 1982 et 1986, pour dénoncer (déjà à l’époque) les syndicalistes indépendants qui osaient défier la ligne de l’ANC en défendant une perspective socialiste et l’idée d’un parti des travail-leurs sous l’influence de l’exemple brésilien. « Économicistes », « gauchistes », « révolution-naires de salon » constituaient l’arsenal de caractérisations du PC à propos de ces syndicalistes.

Mais les choses de gâtèrent car le mouvement populaire prenait de l’ampleur.

Le syndicalisme sud-africain renaissant gagnait en influence en posant la question de l’exploita-tion sociale des Noirs. Le PC fit alors un virage radical pour se présenter comme le défenseur du socialisme. S’autoproclamant l’unique parti d’avant-garde et représentant du prolétariat, il couvrait ainsi le flanc gauche de l’ANC alors que se multipliaient les grèves dans les mines et les entreprises.

Or, l’ironie voulut que ce virage opportuniste soit pris alors que commençaient les négociations entre Mandela en prison, l’ANC en exil et les grands patrons sud-africains, dans un environnement mondial marqué par la perestroïka de Gorbatchev et les grandes négociations Est-Ouest.

Le PC joua alors un rôle peu reluisant.

À l’intérieur, une campagne de boycott scolaire était lancée avec pour mot d’ordre « pas d’éducation sans libération ». Ce mouvement, différemment encadré selon les lieux, pris très vite un cours très anarchique et de nombreux parents commencèrent à renâcler en voyant leurs jeunes enfants partir ainsi à l’assaut du système dans un très grand désordre politique et organisationnel.

Le PC lui adoptait alors une propagande totalement délirante : parlant de « zone libérées » et de double pouvoir, évoquant l’existence de tribunaux populaires dans les quartiers… Étrange positionnement, alors qu’il était investi dans des négociations au sommet visant tout bonnement à mettre en place une transition pacifiée, très éloignée même des revendications de la fameuse Charte de la Liberté.

La fin d’une histoire

C’est dans ce contexte que le PC accéda au pouvoir au côté de l’ANC, avec moult adhésions croisées entre les deux structures. Il participait d’un côté aux compromis avec le patronat et l’ancien parti au pouvoir et se prévalait, de l’autre, du souffle socialiste né du mouvement populaire des années 1980.

Et il apportait avec lui le contrôle total de la direction du Cosatu. Le PC autoproclamait le lien indéfectible et organique entre le « parti d’avant-garde » du prolétariat et le syndicat. Raison de plus, n’est-ce pas, pour se faire financer par les cotisations syndicales ! Cette posture hautement stalinienne, bureaucratique et corruptive est désormais en crise ouverte.

Mais la direction du Numsa, désormais sortie de ce piège, aurait tout intérêt à ne pas reproduire le même schéma, entre le futur parti ouvrier qu’elle appelle à construire et la recomposition syndicale en cours.

Elle doit elle-même tirer les leçons de son histoire récente, ne pas simplement l’expliquer par la trahison du PC et de la direction du Cosatu. Une évaluation poussée des phénomènes bureau-cratiques est nécessaire, ainsi que du lien soi-disant organique entre parti et syndicat. Attention aux auto-proclamations « marxistes-léninistes » quand on dirige des centaines de milliers d’ouvriers ayant peu de rapport avec l’histoire du communisme européen !

Pour l’heure, la direction du Numsa invite les forces – que nous pourrions qualifier de gauche radicale – à discuter de l’avenir et de la reconstruction d’un mouvement ouvrier. Elle le fait sans sectarisme, même si la frontière entre syndicat et parti reste très vague dans ses écrits.

Elle n’appellera donc pas à voter pour la coalition au pouvoir et cesse de financer le PC. Tout le monde s’accorde à dire que l’ANC sortira vainqueur mais d’une courte tête cette fois-ci, tant est forte la désillusion et donc l’abstention.

Cette rupture est un événement d’une grande ampleur qui se cumule avec le massacre de Marikana. Quelle que soit sa dynamique future, elle illustre la fin annoncée, lamentable et affligeante, d’un parti stalinien.

Claude Gabriel 13 février 2014

http://www.inprecor.fr/

Lire aussi:

Parti communiste sud-africain (Wikipedia)

Sur « Amandla » (Inprecor)

« Amandla » journal alternatif

NUMSA May Day Statement: South African miners union to launch socialist revolutionary party this year (ESSF)

Afrique du Sud: les permanences d’un Etat d’apartheid et la rupture (A l’Encontre)

L’Afrique du Sud après l’apartheid : les dilemmes du Parti communiste (Alter Québec)

APDUSA. Point de vue d’extrême gauche sur la situation politique en Afrique du Sud (RP)

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11 mai 2019 ~ 0 Commentaire

liberté (npa)

flic

La liberté de manifester n’est déjà plus un droit à défendre

Mais à reconquérir!

La manifestation parisienne du 1er mai a été l’occasion, pour le pouvoir, de franchir un nouveau cap répressif. Une ville en état de siège, près de 18 000 contrôles préventifs, et des techniques de « maintien de l’ordre » qui apparaissent de plus en plus comme étant destinées à dissuader quiconque de revenir défiler dans la rue. À Paris et ailleurs, beaucoup se posent de plus en plus la question : pourra-t-on encore, demain, manifester en France ?

Si la question peut paraître provocatrice ou excessive, elle est bel et bien dans l’air du temps, et l’on ne peut guère douter de la sincérité de celles et ceux qui (se) la posent, et des craintes bien réelles que ressentent un nombre croissant de gens qui n’osent plus descendre dans la rue alors que, dans un autre contexte, ils et elles viendraient grossir les rangs des manifestations du samedi… et des autres défilés revendicatifs.

Contrôles préventifs, violences policières, utilisation d’armes mutilantes, condamnations judiciaires, législation anti-manifestation : force est de constater que ces éléments ne font pas que s’additionner, mais forment, ensemble, un système cohérent, dont la finalité, malgré l’affichage sécuritaire, n’est autre que de décourager le plus grand nombre de participer à des manifestations.

Quelque chose a changé

La répression des manifestations n’est pas nouvelle. Mais les transformations qui se sont opérées ces dernières années, notamment depuis l’instauration de l’état d’urgence en novembre 2015, sont spectaculaires. À Paris, et dans bien d’autres villes, il semble ainsi bien loin, pour ne pas dire révolu, le temps des « manifestations familiales » du 1er mai, où l’on pouvait défiler sans risquer de se faire gazer ou charger à chaque instant, et où les stands des organisations politiques étaient des endroits où l’on pouvait se retrouver, se restaurer et discuter, et non des lieux de refuge (précaire) face aux agissements violents des policiers et gendarmes.

Quelque chose a changé. L’autoritarisme est en marche, n’en déplaise à ceux qui nous répètent chaque semaine sur les plateaux des chaînes d’information que « la France est une démocra-tie » et qu’ « il ne faut pas tout mélanger ». On a parfois peur, ou honte, de (se) le dire, notam-ment lorsque l’on est militantE, mais il n’y a aucune raison de ne pas l’affirmer.

La répression des manifestations a atteint un niveau sans précédent depuis le début des années 1960. Pour le formuler autrement : la quasi-totalité d’entre nous n’a jamais connu ça, et ça fait peur. Et lorsque l’on regarde le chemin parcouru au cours des 5 dernières années, on ose à peine imaginer ce que pourrait être la situation dans 5 ans si le rouleau compresseur n’est pas stoppé…

« J’ai cru qu’ils voulaient nous tuer »

« Nous ne pouvons pas bouger et nous nous prenons de plein fouet la pression de la foule tentant d’échapper aux coups de matraque. Soudain je sens et j’entends ma cage thoracique craquer. Je hurle. Je pense que je vais mourir là, écrasée par la foule, à cause de cette stratégie policière criminelle » ; « On voulait juste éviter de se faire gazer, de se prendre un projectile. C’était complètement fou : tout le monde voulait échapper à ce que faisaient les forces de l’ordre ! » ; « Je n’ai jamais eu aussi peur dans une manifestation » ; « J’ai déjà vécu des moments difficiles en manif. Mais jamais à ce point-là.

J’ai cru qu’ils voulaient nous tuer » : les témoignages recueillis par Bastamag1 après la manifestation du 1er mai à Paris sont éloquents. Des milliers de personnes ont été prises dans une nasse géante, que les forces de répression ont, petit à petit, resserrée, gazant et matraquant à tout va, semant la panique et contraignant les gens à trouver refuge dans des commerces, des halls d’immeuble ou… la cour de la Pitié-Salpêtrière.

Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, les récits et les vidéos affluent, depuis Paris, Toulouse, Bordeaux, Strasbourg, Lyon, Marseille, Rouen… qui confirment que nous sommes confrontés à une politique nationale, coordonnée, assumée par le pouvoir. Une politique violente, à l’image de la brutalité des contre-réformes d’un gouvernement pour qui l’anéantissement des droits démocratiques est le corollaire logique et même, dans une certaine mesure, la condition de possibilité, de la destruction des droits sociaux.

Crier au loup avant d’être dévorés

« Lorsque les fascistes reviendront, ils auront le parapluie bien roulé sous le bras et le chapeau melon. » Ainsi s’exprimait Georges Orwell, aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, pour avertir que l’histoire ne se répète jamais à l’identique et que le fascisme, à l’instar de bien d’autres courants politiques, pouvait tirer les leçons du passé et muter, au moins en apparence, pour se démarquer formellement d’un héritage peu glorieux tout en conservant l’essentiel de ses caractéristiques.

Il en va de même de l’autoritarisme, qui n’a pas besoin, pour se développer, d’instaurer le régime du parti unique, de mettre en place une police politique ou de jeter en prison l’ensemble de ses opposants.

Le pouvoir macronien ne peut évidemment pas être qualifié de fasciste, ce qui reviendrait à considérablement relativiser les singularités du fascisme, entre autres et notamment son obsession de la « régénération nationale » et de l’élimination des « dégénérés ». Mais l’affirma-tion selon laquelle, en France – comme dans bien d’autres « démocraties occidentales » –, l’autoritarisme est bel et bien en marche, est aujourd’hui difficilement contestable, à moins de vouloir s’accrocher à la métaphore-oxymore des « dérapages systématiques » ou d’oublier que la frontière entre quantité et qualité n’est pas étanche…

« L’autoritarisme se traduit notamment par la primauté de l’exécutif et la restriction des libertés politiques », nous apprend le dictionnaire Larousse : une définition certes incomplète et peu dynamique, mais qui décrit une réalité dont les ressemblances avec le macronisme ne sont pas purement fortuites…

Mensonges d’État

La multiplication des mensonges d’État, au cours des dernières semaines, est symptomatique de cette tendance. Là encore, dira-t-on, rien de bien nouveau. Mais on ne peut manquer de relever que, du cas de Geneviève Legay à la récente affaire de la Pitié-Salpêtrière, la récurrence de la dyade négation des violences policières-inversion de la culpabilité fait elle aussi système.

Confronté aux évidences, le pouvoir nie, le pouvoir ment, en conscience et effrontément, symptôme de sa crainte de laisser apparaître la moindre faille et, surtout, succession de réitérations quasi-pavloviennes de sa solidarité avec un appareil répressif duquel il est de plus en plus dépendant. Et l’on ne s’attardera pas ici sur cet autre indice qu’est le recours de plus en plus fréquent à une rhétorique toute orwellienne, par laquelle la guerre devient la paix, l’esclavage la liberté, l’ignorance la force et la répression la protection2.

Le développement de cet autoritarisme du 21e siècle n’est pas un accident de parcours. Répression policière, attaques contre la liberté de la presse et offensive contre les droits démocratiques font système, et sont un élément structurant du macronisme.

Comme le soulignait Romaric Godin3, la conviction de Macron et de ses proches de détenir la « vérité » en matière économique, à savoir la nécessité de « briser les compromis du passé et de soumettre le pays, pour son « bien », à l’ordre économique », couplée à la faiblesse de leur base sociale, légitime en effet à leurs yeux un contournement, voire une destruction des cadres démocratiques : « Puisque le président de la République connaît la vérité, sait quelle est la bonne voie pour la France, il a le devoir, pour le bien de la France, de mener le pays dans cette voie, contre le désir du pays lui-même. Il lui faut faire le bonheur de « son » peuple malgré lui. »

Ni fatalisme ni relativisme

Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de France. La bonne nouvelle, c’est que des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes l’ont compris, qui refusent de tolérer l’intolérable, de plier face à la répression, de céder face à la stratégie de terreur du pouvoir. En retournant chaque semaine dans la rue et/ou en continuant de dénoncer les violences policières et la politique ultra-répressive du gouvernement, ils et elles font passer un message indispensable : « Nous continuerons de revendiquer, vous ne nous ferez pas taire ».

Mais le danger est bien là

Celui de l’incorporation individuelle et collective de ces franchissements de cap et, partant, de la normalisation de l’intolérable. Ces processus sont malheureusement connus, par lesquels ce qui, hier encore, nous semblait inimaginable, devient petit à petit une norme, qui certes nous révolte, mais une norme tout de même.

Sans tomber dans le fatalisme, il convient donc de combattre toute forme de relativisme : l’intolérable est là, et il y a urgence à ce que syndicats, associations, partis, collectifs, groupes de Gilets jaunes, et bien d’autres encore, s’unissent pour enrayer cette machine infernale. Pour la liberté de manifester, qui n’est déjà plus, aujourd’hui, un droit à défendre, mais à reconquérir. Avant qu’il ne soit vraiment trop tard.

Julien Salingue  Mercredi 8 mai 2019

https://www.npa2009.org/

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10 mai 2019 ~ 0 Commentaire

armements (npa)

yemen

Course aux armements, capitalisme mondialisé et montée du militarisme

L’année passée a vu les dépenses militaires mondiales augmenter de 2,6 %, pour atteindre 1 620 milliards d’euros, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), qui a publié ces chiffres la semaine dernière.

En hausse pour la deuxième année consécutive, ce budget atteint ainsi son plus haut niveau depuis 1988. Une nouvelle démonstration qu’après la chute du mur et l’effondrement de l’URSS, le triomphe, à l’échelle mondiale, du capitalisme, du marché et de la concurrence effrénées, ne pouvaient déboucher que sur une instabilité et des ­tensions exacerbées.

America first !

Avec une augmentation de 4,6 %, les États-Unis représentent à eux seuls 36 % de ces dépenses, suivis par la Chine (14 %, en hausse de 83 % depuis 2009). La France arrive en cinquième position avec un budget de 57,16 milliards d’euros. Elle passe devant la Russie (54,5 milliards)…

En 2018, les États-Unis ont dépensé plus de deux fois et demi le budget militaire de la Chine, et plus de dix fois celui de la prétendue grande menace que représenterait la Russie. 

Alors que leur poids dans l’économie mondiale diminue, les USA entendent bien rester la première puissance militaire, main dans la main avec leur allié, l’Arabie saoudite, qui occupe le troisième rang avec 60,5 milliards d’euros. Sans oublier Israël… Depuis plus de quatre ans, l’Arabie saoudite mène sa sale guerre contre le Yémen avec des armes fournies par les USA et la France contre une population sans défense, semant la mort et la famine. Les dépenses militaires au Moyen-Orient ont augmenté de 6,2 %, et représentaient 5,2 % du PIB de la région, alors que dans aucune autre région du monde elles ne dépassent 1,8 % du PIB.

Instabilité et tensions mondiales

Après le Moyen-Orient, c’est en Asie que les tensions militaires sont le plus fortes. La guerre commerciale des USA contre la Chine se double d’une compétition militaire. La Chine est désormais sur ce terrain aussi la deuxième puissance mondiale. L’Inde vient en quatrième position avec 3,1 % de hausse pour atteindre 59 milliards d’euros.

Boostés par la pression des USA par le biais de l’Otan – dont les 29 membres ont réalisé la moitié des dépenses mondiales l’an dernier – face à la Russie, plusieurs pays d’Europe ont aussi fortement augmenté leurs dépenses, comme la Pologne (+ 8,9 %) ou l’Ukraine (+ 21 %).

À l’opposé, les dépenses militaires des pays africains continuent de baisser pour la quatrième année consécutive. Elles représentent 2,2 % des dépenses militaires mondiales. Le Nigeria et l’Afrique du Sud (18 % de hausse) y sont les principales puissances militaires, mais des petits pays comme le Burkina Faso ou le Zimbabwe se trouvent entraînés dans cette dévastatrice et ruineuse escalade militariste.

Un marché sans limite

Les affaires des marchands de canons sont florissantes et ont de solides perspectives. Un tiers du marché est entre les mains d’entreprises US. La Russie reste à la deuxième place, avec 25%  des exportations mondiales. La France occupe quant à elle 5,6 % du marché.

La Chine parvient au troisième rang.

Ses exportations ont augmenté de 88 % par rapport à la période de 2006-2010, même si elle n’occupe encore qu’une faible part du marché. Les exportations militaires d’Israël, le pays le plus militarisé du monde, ont augmenté de 40 % en 2017.

Au cours des trois dernières décennies, les États ont englouti plus de 41 000 milliards de dollars dans ces arsenaux de mort et de destruction. Cette fuite en avant militariste, nourrie par la logique de crise de la valorisation du capital et par la concurrence acharnée qui oppose les nations, participe d’un état de guerre permanent dont il serait illusoire de croire qu’il ne pourrait pas déboucher sur des conflagrations majeures.

La paix est dans le camp des travailleurEs du monde…

Yvan Lemaitre  Jeudi 9 mai 2019

https://npa2009.org/

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10 mai 2019 ~ 0 Commentaire

islamophobie 2 (essf)

islamophobie1

Les attaques terroristes et la crise des réfugiés

L’incohérence de l’idée du choc des civilisations n’a bien sûr pas empêché qu’il soit repris et utilisé par tous les racistes et xénophobes en politique et dans les médias.

La notion selon laquelle « ils » ne sont pas comme « nous », qu’ils sont un ennemi potentiel à l’intérieur et à l’extérieur, est profondément ancrée dans la conscience populaire occidentale. Mais l’islamophobie et les attaques terroristes aux États-Unis et en Europe occidentale ont une synergie terrible.

Bien que le nombre de victimes de ce terrorisme nihiliste soit faible comparé au nombre énorme de personnes tuées dans les pays musulmans par l’intervention militaire occidentale, il reste encore une terrible litanie de centaines de citoyens ordinaires tués sans pitié.

Cent quatre-vingt-onze personnes ont été tuées dans des attentats à la bombe commis contre un train à Madrid en 2004 ; 52 personnes ont été tuées dans les attaques de 2005 sur le système de transport de Londres ; 130 personnes ont été tuées dans les attentats de Paris en 2015 ; et 22 personnes ont été tuées dans l’attaque de Manchester en 2017. Ce ne sont là que quelques-unes des attaques les plus notables. Ce recours à la terreur est un résultat direct et largement prédit par les innombrables morts dans les guerres brutales de l’Occident sur les terres musulmanes.

En plus de l’islamophobie pure et simple, l’autre élément, qui se chevauche, qui alimente la droite raciste en Europe est la crise des réfugiés.

Des millions de personnes ont traversé la frontière européenne en Europe au cours des 15 dernières années et leur nombre s’est considérablement accéléré pour atteindre plus d’un million par an d’ici 2016.

Trois choses sont essentielles pour le comprendre

D’abord, un pourcentage énorme de migrants viennent de pays qui ont été détruits par la guerre et qui ont généralement été créés par l’Occident. La Libye, l’Afghanistan et l’Iraq sont des exemples majeurs, mais beaucoup viennent bien sûr de Syrie.

En second lieu dans les pays où l’intervention militaire occidentale directe n’est pas employée, les États et les entreprises occidentaux sont souvent complices des guerres et de l’effondrement économique. Comme l’explique Slavov Zizek à propos de la République démocratique du Congo (RDC) :

« … Un rapport de l’ONU sur l’exploitation illégale des ressources au Congo a révélé qu’il s’agissait principalement d’accès, de contrôle et de commerce de cinq ressources minérales clés : le cobalt, les diamants, le cuivre, le coltan et l’or. Sous la façade de la guerre ethnique, nous discernons ainsi le fonctionnement du capitalisme mondial. Le Congo n’existe plus en tant qu’État: c’est une multitude de territoires dirigés par des chefs de guerre locaux, avec des armées comprenant généralement des enfants drogués. Chacun de ces chefs de guerre entretient des relations d’affaires avec une société ou une société étrangère contrôlant la richesse minière principale de la région ».

Troisièmement, l’effondrement complet des politiciens du centre droit et du centre gauche devant la rhétorique anti-immigrés qui prépare le terrain pour l’extrême droite. La rhétorique anti-immi-grés, la promesse constante de lutter durement contre l’immigration, est le discours habituel des partis qui ont précédé Donald Trump et la nouvelle montée de l’extrême droite. Comme Kenan Malik l’explique :

« Trop souvent, lorsque nous discutons des portraits haineux de migrants, de musulmans ou d’autres minorités, nous nous concentrons sur l’extrême droite, sur des groupes tels que Pegida ou sur des pays tels que la Hongrie et des hommes politiques tels que Viktor Orbán. Il est certainement important de critiquer ces organisations et ces politiciens.

« Mais nous devons aussi reconnaître que la vérité sur la déshumanisation est beaucoup plus inconfortable et beaucoup plus proche de nous. Les idées et les politiques promues par l’extrême droite et par des personnalités anti-immigration populistes ne sont pas sorties de nulle part. Ils sont devenues acceptables, car les fondements ont été jetés et continuent de l’être par les principaux politiciens et commentateurs.

« Les libéraux ont tendance à voir un grand fossé en matière d’immigration entre le courant dominant et les populistes et entre une Europe occidentale plus libérale et un Est plus réac-tionnaire. C’est déformer la réalité. Car, s’il existe clairement des différences, les divisions ne sont pas aussi nettes. C’est la rhétorique et les politiques émanant d’Europe occidentale qui ont contribué à légitimer l’hostilité à l’immigration exprimée par les populistes d’Europe orientale. »

La peur de l’immigration « excessive », comme le disent à la fois Margaret Thatcher et David Cameron – « la peur d’être submergés » par un peuple et une culture extraterrestres, est à l’origine du discours du courant dominant anti-immigrés, avec de faux arguments:  » les immigrés baissent les salaires, utilisent excessivement les soins de santé et vivent des allocations « .

Le Daily Mail décrit peut-être Tommy Robinson comme un voyou raciste, mais l’idéologie raciste et l’hostilité envers les immigrants qui ont amené Robinson et ses groupes fascistes au premier plan ont été un thème constant du Mail, de l’Express et du Sun, et ont été constamment relayés dans le discours des politiciens conservateurs et néo-travaillistes et de leurs médias préférés comme le Telegraph et la BBC.

C’est cette atmosphère qui a créé « l’environnement hostile » proclamé par le Home Office sous Theresa May. Le racisme anti-immigrés a directement conduit les pays de l’Union européenne à échouer dans l’élaboration d’une stratégie d’aide aux migrants et à tolérer la mort de plusieurs centaines de personnes qui se sont noyées alors qu’elles tentaient d’atteindre l’Occident.

La représentation des musulmans comme l’insondable « autre » conduit directement à les traiter comme des êtres moins qu’humains, ou du moins moins humains que « nous ». Non seulement nous sommes résignés à laisser se noyer des centaines de naufragés, alors que pas un navire de la Royal Navy ne sauve un seul immigré en difficulté en mer, nous nous résignons à en laisser mourir des milliers d’autres directement par les forces militaires occidentales ou dans des guerres sponsorisées par l’Occident comme au Yémen.

Ensuite nous nous demandons pourquoi ils veulent s’échapper et venir en Europe!

Les musulmans sont devenus « l’ennemi idéal » de la droite extrémiste et des politiciens de droite de toutes sortes. « Ils sont étranges, pervers, violents et ont des obsessions ataviques incompréhensibles ». La campagne électorale de Donald Trump qui promettait de garder les visiteurs musulmans aux États-Unis « jusqu’à ce que nous sachions ce qui se passe » dit tout.  Cela justifie les nouveaux régimes militaristes et de répression chez nous. Surtout, cela contribue à fournir un cadre idéologique à la xénophobie et au nationalisme, utilisé pour diviser et diluer les manifestations de masse contre l’austérité et la pauvreté en période de crise.

Fonctionnement de l’islamophobie

Le racisme et la xénophobie modernes, dont l’islamophobie est le fer de lance, jouent un rôle clé dans la division de la classe ouvrière et des autres couches opprimées de la société, reliant d’importantes couches populaires à un discours pro-capitaliste et pro-austérité.

Parmi les millions de personnes qui ont voté pour Trump et le Brexit et pour des organisations comme le FN en France, la Liga en Italie et l’AfD en Allemagne, beaucoup sont convaincus que l’immigration est à l’origine de la crise économique et constitue une menace pour leur mode de vie traditionnel.

L’islamophobie est entretenue aux États-Unis et en Europe

Premièrement, l’action de l’État et les lois visent les communautés musulmanes. Aux États-Unis, une série de mesures dans le Patriot Act sont conçues pour contrôler la communauté musul-mane. En Grande-Bretagne, la stratégie Prevent est conçue pour que les enseignants et les travailleurs sociaux contrôlent les pensées et les attitudes de leurs étudiants, une majorité des renvois ont visé l’extrémisme islamiste présumé. Seulement 10% des renvois visaient l’extrême droite. L’objectif de la stratégie Prevent est d’intimider les musulmans et de créer un climat de peur, tout type de manifestation ou d’activisme vous qualifie d’extrémiste.

En France, l’interdiction de porter le hijab (foulard) dans les écoles, le niqab (masque couvrant le visage dans les lieux publics) et l’interdiction faite aux autorités locales d’empêcher que les écoles de la localité servent alternatives au porc à l’heure du déjeuner, est une pratique qui s’est poursuivie malgré la décision de justice rendue en 2017. Dans plusieurs autres pays européens, le niqab est interdit.

L’Autriche avait décidé de fermer sept mosquées et d’expulser 6o imams. L’implantation de mosquées continue de faire l’objet de controverses politiques dans de nombreuses villes européennes et de faire l’objet d’un militantisme d’extrême droite.

L’islamophobie a généré une augmentation massive des attaques violentes contre les musulmans, notamment aux États-Unis, notamment une série de fusillades. Un nombre disproportionné de ces attaques a visé des femmes portant le hijab ou le niqab.

La discrimination à l’égard des musulmans en matière d’emploi et de logement sévit au Royaume-Uni, en Europe et aux États-Unis. En Grande-Bretagne, les musulmans sont plus susceptibles de vivre dans des logements sociaux, plus susceptibles d’avoir des emplois peu rémunérés ou d’être au chômage et plus susceptibles de vivre dans des zones pauvres.

Même l’OSCE conservatrice et pro-OTAN a déclaré :

« L’intolérance et la discrimination à l’égard des musulmans sont devenues de plus en plus courantes dans la région de l’OSCE ces dernières années. La « guerre contre le terrorisme », la crise économique mondiale, les inquiétudes quant à l’identité nationale et les difficultés à faire face à la diversité croissante dans de nombreuses sociétés ont entraîné une montée du ressen-timent envers les musulmans et l’islam, parfois alimenté par un langage intolérant dans les médias et les médias ».

L’action de l’État est renforcée par un tir de barrage de propagande anti-musulmane. Nathan Lean a expliqué comment une « industrie » de plusieurs millions de dollars s’est développée aux États-Unis pour diffuser une propagande anti-musulmane.

Cela inclut des organisations anti-musulmanes de base telles que ACT pour l’Amérique, des organisations chrétiennes de droite, des blogueurs et des experts comme Pamela Geller et Milo Yanopoulos, ainsi qu’un grand nombre d’organisations « de droite de droite ». Ces groupes ont accès à des financements illimités et leurs points de vue sont constamment relayés dans les médias. Et bien sûr, le soutien à « nos boys » – les guerres militaires américaines et britanniques dans les pays musulmans, nage dans l’islamophobie.

« Il y a une relation mutuelle entre toutes ces choses. Si les inquiétudes à propos des musulmans n’existaient pas de manière organique, dans une certaine mesure, le terrain ne serait pas très fertile pour les agitateurs anti-musulmans de l’industrie de l’islamophobie.

« On peut soutenir que l’islamophobie est responsable des images, des récits, des mèmes, des tropes, des axiomes et même des politiques qui engendrent un climat de peur et de haine de l’Islam et des musulmans. Les gens ne naissent pas avec des préjugés.

En 2013, le journaliste universitaire et universitaire antiraciste Sunny Hundal a proclamé la victoire du multiculturalisme en Grande-Bretagne. Bien qu’il se soit basé sur les tendances réelles – la popularité du multiculturalisme parmi les jeunes en particulier -, il était beaucoup trop optimiste. Il se fondait sur un sondage d’opinion réalisé par Lord Ashcroft,  où 70% des personnes interrogées considéraient le multiculturalisme positif. À l’ère du Brexit, et de Donald Trump  il est très peu probable qu’un tel résultat soit répété!

 » Les alarmistes ont perdu la guerre, tandis que ceux qui pensent que la Grande-Bretagne est plus forte grâce à une identité multiraciale et multiculturelle ont gagné… la guerre menée par la presse de droite contre le multiculturalisme a complètement échoué.

Ce serait un résultat incroyablement positif si cela était vrai. Maintenant, ceux qui se battent pour une société d’égalité multiraciale ont beaucoup de travail et doivent commencer par combattre les nouveaux fascistes.

lundi 18 mars 2019 HEARSE Phil

http://www.europe-solidaire.org/

Lire aussi:

Islamophobie 1 (Essf)

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10 mai 2019 ~ 0 Commentaire

islamophobie 1 (essf)

croisades

Islamophobie et fascisme

L’extrême droite et les nouveaux fascistes sont à leur plus haut niveau en Europe depuis la seconde guerre mondiale.

Cela constitue une grave menace pour les droits démocratiques, les communautés d’immigrés, la gauche et le mouvement ouvrier – ainsi que pour les intérêts de la classe ouvrière et des opprimés plus généralement. La montée et, dans certains cas, l’installation au pouvoir de ces forces constitue une menace terrible pour le progrès social et pour les communautés immigrées, en particulier les femmes et les communautés LGBT.

En Italie, au Danemark, en Hongrie et en Autriche, des partis fascistes ou de droite sont déjà au pouvoir. En France, le Front National et en Allemagne, l’AfD (Alliance for Germany) continuent de représenter une menace. Et en Grande-Bretagne, la Football Lads Alliance « démocratique » de Tommy Robinson est la force fasciste la plus crédible et la plus dangereuse depuis des décennies – bien plus crédible, avec beaucoup plus de soutien, que le Front National dans les années 1970.

Ces phénomènes font partie d’un virage global vers la droite, illustré par l’élection de Donald Trump aux États-Unis et le vote du Brexit en Grande-Bretagne. Cela représente l’échec complet de la social-démocratie et des autres forces de « centre gauche » à proposer des politiques crédibles pour faire face à la crise d’austérité du néolibéralisme.

En effet, bon nombre de ces partis, comme le Parti Travailliste anglais, le Parti Socialiste français, le SPD en Allemagne et la Gauche Démocratique italienne, ont constituté le gouver-nement, ou une partie du gouvernement, qui a administré l’austérité néolibérale. Cependant, si cela a provoqué une polarisation à gauche et à droite, la marée est aujourd’hui massivement à droite.

Les racines de l’islamophobie

Les cartes de visite des fascistes et de l’extrême droite sont la xénophobie et le racisme, généralement mêlés à un mélange de misogynie et d’homophobie. Mais le racisme anti-immigrés est en pointe , et l’islamophobie à un niveau comparable à celui de l’antisémitisme en Allemagne avant l’arrivée des nazis au pouvoir en janvier 1933.

En quoi cette islamophobie de masse a-t-elle renforcé par le racisme anti-Noir (et le racisme anti-Latino aux États-Unis)? Bien entendu, l’islamophobie, l’antisémitisme et d’autres formes de racisme de masse ont subsisté dans les sociétés occidentales depuis l’avènement de l’impéria-lisme européen (et dans le cas de l’antisémitisme auparavant). Mais l’islamophobie actuelle est beaucoup plus profonde et beaucoup plus répandue. Ses racines se trouvent dans l’attaque du 11 septembre et dans la « guerre contre le terrorisme » qui a suivi, lancée par l’impérialisme américain.

Il y a eu une synergie désastreuse entre les forces de la droite absolue dans la politique occi-dentale et le terrorisme d’Al-Qaïda, puis d’Isis. Les attaques terroristes perpétrées contre des populations civiles par des personnes qui professent allégeance à l’islam ont été armées par la droite politique, utilisant les puissants moyens de communication de masse pour établir une série de stéréotypes sur les musulmans. Le plus important de ceux-ci est bien sûr l’association des musulmans avec le terrorisme, alors que la grande majorité des musulmans s’opposent au terrorisme et le répudient. À cela s’ajoute une mystification des pratiques religieuses et familiales des musulmans, qui a abouti aux caricatures de femmes qui portent le hijab ou le niqab.

Guerre contre la terreur

Chaque stade du capitalisme génère un « collage » idéologique dominant, une manière de justifier le statu quo et de lier la classe ouvrière à l’ordre existant. Au cours des quarante années de « guerre froide », de 1949 à 1989 environ, l’idéologie dominante était celle de la supériorité du capitalisme de consommation et de la démocratie libérale. L’ anti-communisme politique , qui ciblait l’ennemi étranger (principalement le bloc soviétique plus la Chine), tentait d’associer les régimes de ces États à la gauche politique – l’ennemi intérieur « .

Ce cadre idéologique anticommuniste était partagé par les principaux partis procapitalistes, principalement en Europe, de centre-gauche et de centre-droit, et aux États-Unis, les démo-crates et les républicains. Une grande partie du mouvement ouvrier européen, par exemple les sociaux-démocrates en Allemagne et le Parti Travailliste en Grande-Bretagne, ont adhéré à ce cadre anticommuniste, qui a également coïncidé avec l’ère d’une croissance économique, du plein emploi et de la protection sociale. Dans la plupart des pays capitalistes avancés, les régimes démocratiques libéraux étaient obligés de tolérer des mouvements de travailleurs puissants et des droits démocratiques étendus.

Mais il y avait des exceptions à ce modèle de « capitalisme bénin », notamment le traitement des minorités ethniques, mais aussi certains régimes intérieurs hostiles à la gauche – tels que la chasse aux sorcières anti-communiste mccarthyte dans les années 1950 et le régime autocra-tique gaulliste en France après 1958. Néanmoins, les politiciens social-démocrates et de centre-droit ont été en mesure de faire état de gains réels pour la classe ouvrière et d’opposer leurs sociétés aux régimes apparemment antidémocratiques de l’Union soviétique et de l’Europe de l’Est. L’idéologie du capitalisme de consommation, plus l’anticommunisme sous le parapluie de la domination militaire américaine, était puissante parce qu’elle semblait coïncider avec la réalité.

Ce cadre idéologique dominant a commencé à s’effriter au cours des années 1960 et 1970

Mais a été paradoxalement frappé d’un coup décisif par sa victoire : la chute du mur de Berlin, suivie de l’effondrement de l’Union soviétique. L’anticommunisme pouvait difficilement fonction-ner comme un axe idéologique central lorsque le communisme s’était effondré. En fait, les idéologues du capitalisme occidental ont eu du mal à mettre en place une idéologie politique crédible pour intégrer la classe ouvrière et unir les dirigeants politiques de chaque classe, les élites politiques et l’intelligentsia dans un cadre globalement procapitaliste.

Francis Fukuyama a tenté d’éclairer la thèse de Hegel sur la « fin de l’histoire », affirmant que le capitalisme libéral était le point final du développement historique de l’humanité et que le monde passerait désormais à un nirvana démocratique et prospère. C’était une idée trop minoritaire pour pouvoir atteindre la masse, d’autant plus qu’elle a été immédiatement démentie par des événements tels que la première guerre du Golfe. Avec l’avènement du néolibéralisme et de la crise économique croissante, l’idée d’un développement capitaliste bénin qui profite à tous n’est pas crédible.

L’occasion pour une nouvelle idéologie qui remplace l’anticommunisme, profondément ancré dans la conscience de masse, s’est présentée avec les attentats du 11 septembre aux États-Unis, qui, comme tout le monde le sait, ont tué plus de 3 000 personnes et provoqué une énor-me vague de choc et de deuil. en Amérique.

L’équipe militariste et profondément conservatrice de George Bush Junior a rapidement déployé la « guerre contre le terrorisme ». Cinq mois après l’attaque, Bush utilisait son discours de 2002 sur l’état de l’Union pour déclarer : « Vous êtes avec nous ou contre nous ». Un nouvel ennemi – le « terrorisme » – avait été déclaré et utilisait commodément le pouvoir militaire américain pour renforcer la domination politique américaine en Occident.

Il ne pouvait guère échapper à l’attention de personne que le terrorisme djihadiste qui visait les États-Unis était dirigé par des musulmans et mené au nom de l’islam. Sous l’impulsion du Patriot Act et de nouvelles sources tout à fait réactionnaires comme Fox News, l’hostilité et la suspicion envers les musulmans se sont normalisées aux États-Unis. Or chaque enquête montre qu’en Europe et aux États-Unis, le terrorisme est rejeté par une majorité écrasante de musulmans.

Cela n’a pas empêché les stéréotypes et le ciblage des communautés musulmanes de la part de tous les membres de la force réactionnaire et des États capitalistes occidentaux. Le Patriot Act, qui autorisait de nouveaux droits de détention étendus sans jugement, une sécurité accrue des frontières, une surveillance intrusive et des mesures de perquisition, était principalement destiné aux musulmans et avait été adopté cinq semaines après le 11 septembre.

Selon le FBI, les attaques racistes contre les musulmans ont augmenté de 16 000% en 2002, et même 15 ans plus tard, elles étaient cinq fois plus importantes qu’avant 2001. L ‘« alternance » des musulmans, les stéréotypant comme un « ennemi potentiel » suspect et potentiel, est devenue une partie de la conscience de masse. L’anti-communisme viscéral de la période de chasse aux sorcières mccarthyites dans les années 1950 a été remplacé par une islamophobie viscérale après le 11 septembre.

Parmi les élites politiques occidentales et l’intelligentsia de la classe moyenne, une nouvelle théorie est apparue, différente de la « fin de l’histoire » fragile de Fukuyama. C’était l’idée du « choc des civilisations », popularisée par le livre de Samuel Huntington, mais déjà présentée par Bernard Lewis en 1990, dans The Roots of Muslim Rage. Lewis discute d’un éventail d’explications possibles à la question « pourquoi nous haïssent-ils » ? « Nous » dans ce cas étant l’Occident et par extension Israël. (…)

Pour Lewis, la rage musulmane vise la modernité et la laïcité. Huntington affirme qu’il existe trois principales civilisations en conflit : judéo-chrétienne, musulmane et confucéenne (lire : Chine). Si le récit de Lewis sur le ressentiment des islamistes à l’égard de l’Occident est probablement exact en ce qui concerne les organisations politiques islamistes conscientes, c’est une caricature de la conscience des masses musulmanes. Tant Lewis que Huntington font de la lutte décisive entre la civilisation musulmane et la civilisation chrétienne, un conflit qui dure depuis 1300 ans.

Edward Said a écrit ce qui suit dans sa thèse sur le choc des civilisations

Pour Said, les écrits de Lewis et Huntington font partie d’un nouvel « Orientalisme », son mot décrivant les écrits et l’art des intellectuels européens de la fin du 19e siècle qui décrivaient les cultures de l’Asie et du Moyen-Orient comme sombres, mystérieuses et barbares.

Bien sûr, Lewis et Huntington n’avaient pas d’audience de masse au début des années 90 pour leurs idées de choc des civilisations. Mais une fois que l’attaque du 11 septembre a eu lieu en 2001, le gouvernement néolibéral et militariste des États-Unis, ainsi que les leaders d’opinion de droite dans le monde entier, se sont ralliés à l’idée du choc des civilisations, qui est devenue le cadre de la ‘ guerre contre la terreur’.

Il convient de noter, par exemple, que le précurseur de l’AfD (Alliance pour l’Allemagne), qui compte maintenant 94 sièges au Bundestag, était le mouvement militant de PEGIDA. Son nom signifie littéralement les Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident. Des événements comme le meurtre du néerlandais Theo van Gough en novembre 2004 par un homme d’origine marocaine, sont utilisés pour créer le stéréotype : « nous » sommes libéraux, « ils » sont violents. Plus important encore, nous devons les empêcher d’entrer.

lundi 18 mars 2019 HEARSE Phil

http://www.europe-solidaire.org/

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