Archive | Antimilitarisme

02 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

demeter (eaux et rivières)

agrib

Agribashing  Non à une antenne Demeter en Bretagne

Un observatoire de l’agribashing en Ille-et-Vilaine est lancé par la préfète de Bretagne. Nous dénonçons cette mascarade et appelons tous nos adhérents à s’auto-dénoncer à la cellule Demeter.

Ce jeudi 2 juillet, la préfète d’Ille-et-Vilaine et de Bretagne annonce la mise en place d’un            « observatoire départemental de l’agribashing ». La Fédération Bretagne Nature Environnement, dont faire partie Eau et Rivières de Bretagne, dénonce la collusion et le manque d’objectivité à l’origine d’un tel projet. Il s’inscrit dans la droite ligne de la cellule Demeter, dont la dissolution a été demandée par 27 associations en février dernier.

Le monde associatif exclu de l’Observatoire

Cet « observatoire de l’agribashing » doit réunir la chambre départementale d’agriculture, les syndicats agricoles représentatifs (FDSEA, Jeunes agriculteurs, Confédération paysanne, Coordination rurale), les représentants du secteur agroalimentaire (ABEA, UGPVB) ainsi que les services de l’État (DDTM, DDCSPP, police et gendarmerie).

Le monde associatif est, bien malgré lui, prié de ne pas rejoindre la table des discussions et que l’expertise de nos associations sur la question agricole ne pourra certainement pas y être entendue.

Nous remettons donc en cause l’impartialité et l’objectivité des débats et des solutions pouvant être discutées et apportées par cet « observatoire ».

Collusion à grande échelle

L’annonce de la mise en place de cet « observatoire » a lieu au sein même de l’exploitation agricole du président de la chambre départementale d’agriculture d’Ille-et-Vilaine. Cela illustre parfaitement les liens douteux entre les représentants politiques départementaux et ces instances de promotion et diffusion d’un modèle agricole intensif et dévastateur.

Cette annonce fait suite à la nomination de Thierry Merret en tant que personnalité qualifiée au Conseil économique, social et environnemental (Ceser) par la préfète elle-même. Un autre geste éloquent en faveur du système agricole conventionnel et de ses fervents défenseurs.

Nous dénonçons fermement le manque de transparence et la complicité coupable de la préfecture d’Ille-et-Vilaine qui appuie avec force la mise en place d’un tel projet, lequel ne peut objectivement être considéré comme une priorité départementale.

« Agribashing » : la menace fantôme

La mise en place de ce projet est en lien direct avec son expression nationale, la cellule Demeter, projet gouvernemental déjà dénoncé par nos associations. Un objectif concret de cet « observatoire » est la constitution d’une base de données permettant une remontée d’informations vers la cellule.

Les actions portées par nos associations s’inscrivent dans le respect du droit pour la défense de l’intérêt général. La criminalisation d’actions associatives, assimilées à un agribashing, est en contradiction formelle avec le principe de liberté d’opinion.

Que dire des intimidations faites auprès de nos militants associatifs ? Des dégradations faites au niveau des locaux de nos associations ? Du droit environnemental bafoué d’un revers de la main, sous prétexte que nous ne sommes « que » des lanceurs d’alertes, parfois traités d’écolo-terroristes… Madame la Préfète pourrait créer un « observatoire de l’écolo-bashing » ?

Coupons l’herbe sous le pied de cet observatoire !

Pour couper l’herbe sous le pied de cette cellule et de l’observatoire, Eau et Rivières de Bretagne appelle tous ses adhérents et sympatisants à s’auto-dénoncer.

Comment ? En signant la pétition en ligne et en approuvant ce texte :

« J’exprime, jusqu’ici en toute liberté, des critiques vis à vis du système agro-industriel breton, en raison d’impacts que je juge négatifs sur l’environnement et la santé. L’opacité sur les cibles et les fonctions de l’observatoire me laissent penser que je pourrais être visé, à mon insu, et donc surveillé par des organisations corporatistes ou à but lucratif. Soucieux de la bonne utilisation des deniers publics, particulièrement mobilisés en ces temps de crise, je tiens à alléger la charge des opérateurs de l’observatoire en m’auto-dénonçant comme porteur résolu de critiques sur le système agro-industriel et ceux qui le font perdurer. »

02 juillet 2020

https://www.eau-et-rivieres.org/

Signez ici la pétition.

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02 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

euskadi corse (fr3)

euskal herria

Pays basque :  »la victoire des nationalistes n’est pas seulement électorale. C’est une victoire des idées »

À Ciboure, Urrugne ou encore Biriatou, le vote nationaliste pour des listes de la gauche abertzale a connu une forte progression lors des élections municipales. Le résultat d’un travail de fond sur plusieurs années, et d’une stratégie de rassemblement particulièrement efficace.

Il a 32 ans, et vient de remporter l’élection municipale de Ciboure au Pays basque. Eneko  Aldanat-Douat est désormais le nouveau maire de Ciboure, commune de 6 400 habitants jouxtant Saint-Jean de Luz.
Mais la tête de liste  » Ziburu Bizi « est aussi le nouveau visage d’un mouvement qui ne cesse de prendre de l’ampleur au Pays Basque : le vote nationaliste. Comme Ciboure, les communes de d’Urrugne, Ustaritz, ou Itxassou ont porté à leur tête des listes représentant la gauche abertzale.
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Une percée remarquée

Au premier tour, Saint-Pierre d’Irube, Biriatou à la frontière espagnole, ou encore  Baïgorry  avaient déjà opté pour ce choix. Partout sur le territoire, des listes de sensibilité abertzale ont obtenu des scores plus qu’honorables.

Une tendance qui n’a rien de surprenant, estime Eguzki Urteaga, professeur de sociologie à l’Université du Pays Basque, et auteur de L’essor du vote nationaliste basque, publié aux éditions L’Harmattan.

« Ces résultats sont cohérents avec l’évolution du vote nationaliste basque ces quinze dernières années, estime le chercheur. On a pu le voir déjà en 2014, avec des communes comme Ustaritz qui, déjà à l’époque, avaient voté pour un maire nationaliste ». Bruno Carrère, maire sortant et tête de liste Ustaritz Bai, a été largement réélu au deuxième tour de l’élection municipale ce dimanche 28 juin dans la commune de 6 800 habitants.

« Malgré la faible participation le vote nationaliste a progressé au Pays basque en pourcentage, mais également en nombre de voix, précise Eguzki Urteaga, qui estime que l’abstention a joué en la faveur des abertzale : une plus forte participation aurait sans doute été le synonyme d’une mobilisation des non nationalistes ».
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Diffusion des idées

Comment expliquer ce succès ? Selon le sociologue, la progression de ce vote est la résultante d’un travail sur du très long terme.Depuis les années soixante, les nationalistes ont toujours été très présents et actifs dans les entreprises, les syndicats, les associations…
Progressivement, leurs revendications se sont étendues à l’ensemble de la société basque et à la classe politique locale. Eguzki Urteaga, sociologue

La question basque au centre des débats

Le résultat : soixante ans plus tard, les idées et thématiques des abertzale régissent les agendas politiques. Et l’appui des nationalistes devient indispensable à quiconque souhaite être élu localement.

Soutien à la langue basque, défense de la culture, mise en place d’un processus de paix,  création de la communauté de communes du Pays basque en 2017… , autant de thématiques qui ne font plus polémique.  »C’est plus qu’une victoire électorale, c’est une victoire des idées », abonde Eguzki Urteaga.
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Des listes ouvertes, « qui brassent large »
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Si le phénomène a d’abord concerné le Pays basque intérieur et rural, il s’étend désormais. Ainsi Urrugne , près de 10 000 habitants, a voté ce dimanche pour la liste de Philippe Aramendi. Une liste rassemblant écologistes et abertzale, une association devenue des plus communes.
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« La majorité de ces listes présentent une tête de liste nationaliste, et un socle élargi, allant de la gauche à l’extrême gauche. Ecologie, Insoumis, socialistes… la plupart des listes sont ouvertes, diversifiées et brassent large », explique Eguzki Urteaga.
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Leur volonté est de dépasser les thématiques propres aux nationalistes. Leur offre ne se résume pas aux questions identitaires, de la langue basque, ou de la culture. Il y a tout un travail qui a été fait sur des thématiques essentielles : l’environnement, l’économie, la mobilité, l’urbanisme…Les nationalistes proposent une offre globale qui vise à répondre aux préoccupations des électeurs basques. C’est ce qui explique leur succès.Eguzki Urteaga, sociologue
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Le BAB ne prend pas

Seul le BAB, les communes de Bayonne-Anglet et Biarritz semblent encore résister à l’appel nationaliste. À Biarritz, la liste « Euskal Herrian, Vert et solidaire » (Euskal Herria Bai, Europe Écologie Les Verts et les Insoumis), s’est alliée avec Guillaume Barucq. Avec ses 26,3%, elle est arrivée bien loin derrière la candidate LR Maïder Arosteguy (50,2% des suffrages).  À Anglet, c’est l’élu de droite Claude Olive qui s’est imposé dès le premier tour. Il n’avait pas d’adversaire abertzale face à lui.

Aucune alliance non plus à Bayonne avec le candidat socialiste Henri Etcheto, à qui les détracteurs reprochent un manque d’engagement sur la question de la culture et de la langue basque. Et c’est sur son adversaire centriste, le maire sortant Jean-René Etchegaray, que se sont reportées une partie des voix nationalistes : Jean René Etchegaray a été réélu le 28 juin avec près de 54% des voix.

« Première force de gauche »
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Quels enseignements tirer de ces élections municipales ? Pour Eguzki Urteaga, cet engouement n’a rien de passager.  » Les idées nationalistes sont désormais diffusées dans la société, et le vote va s’implanter durablement. Ce vote progresse lentement, mais sûrement.  Historiquement, le Pays basque est dominé par le centre droit. Désormais, les partis nationalistes se substituent au PS et deviennent la première force de gauche ».
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Maïté Koda  29/06/2020
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Lire aussi:
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29 juin 2020 ~ 0 Commentaire

assa traore (france 24)

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Lutte contre les violences policières : la Française Assa Traoré récompensée aux États-Unis

Assa Traoré, militante de 35 ans qui se bat contre le racisme et les violences policières en France depuis la mort de son frère Adama en 2016, a reçu dimanche soir le prix américain BET Global Good.

La Française Assa Traoré, figure de la lutte contre les violences policières et le racisme depuis la mort de son frère Adama, « tué » selon elle par les forces de l’ordre françaises, a reçu dimanche 28 juin le prix BET Global Good.

La militante de 35 ans a remercié BET, une chaîne de télévision américaine qui octroie des prix à des personnalités afro-américaines ou issues de minorités. « C’est une reconnaissance pour toutes les victimes, pour toutes les familles qui ne cessent de lutter pour la vérité et la justice », a-t-elle déclaré dans un message vidéo diffusé lors d’une cérémonie virtuelle de remise de prix.

Volumineuse coupe afro et portant toujours un T-shirt « justice pour Adama », Assa Traoré, qui n’avait jamais milité auparavant, se voit aujourd’hui comparée à une « Angela Davis » française, dans le sillage de la mort de l’Afro-Américain George Floyd.

« Vérité et justice »

Depuis la mort en juillet 2016 de son frère après son arrestation par des gendarmes à Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise), en région parisienne, elle enchaîne manifestations, prises de parole, interviews. Épaulée par un solide « comité » d’une vingtaine de proches et de militants des quartiers, elle réclame inlassablement « vérité et justice » pour Adama.

Sa « vérité » à elle est que son frère a été tué. L’enquête, toujours en cours, a viré à la bataille d’expertises.

Devenue militante à temps plein, elle n’a jamais repris son travail d’éducatrice spécialisée et vit avec ses trois enfants de 6, 8 et 12 ans dans un appartement aux portes de Paris.

Si le « combat Adama » restait jusqu’ici plutôt limité aux quartiers et aux sphères militantes, l’émotion planétaire suscitée par la mort de George Floyd lui a donné une autre ampleur. Avec son comité, Assa Traoré a rassemblé début juin des milliers de personnes dans la capitale et des centaines d’autres partout ailleurs en France.

Controverse en France

Le « combat » d’Assa a aussi franchi les frontières. Plusieurs journaux américains ont fait son portrait ces derniers jours et la star Rihanna s’est fendue d’un post sur les réseaux sociaux via le compte de sa marque pour saluer son engagement.

En France, ses positionnements continuent de susciter la controverse, plusieurs intellectuels dénonçant une « racialisation » du débat public, au mépris de « l’universalisme républicain ».

Depuis 2016, son discours s’est politisé. « Avec le nom de mon frère, je changerai tout ce que je peux changer », a-t-elle récemment déclaré à l’AFP. On l’a ainsi vue prendre la tête d’une manifestation contre la politique d’Emmanuel Macron en 2018, défiler aux côtés des « Gilets jaunes » ou plus récemment des soignants.

: 29/06/2020 

https://www.france24.com

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28 juin 2020 ~ 0 Commentaire

brest quimper (afps)

afps

Place de la Liberté (Brest)

Quimper, des Cornouaillais prêts à relancer la campagne de boycott d’Israël

« C’est l’abandon de toute idée de paix, le choix d’une guerre sans fin pour imposer la domination sur un peuple » : la nouvelle étape de l’annexion de la Cisjordanie par Israël le 1er juillet, mobilise une nouvelle fois les défenseurs des droits de l’homme dans le monde.

À Quimper, les associations organisent un rassemblement et veulent relancer les campagnes de boycott.

Les représentants des associations et partis :

PCF, EELV, NPA, Mouvement de la paix, CCFD Terre Solidaire, France Palestine Solidarité. Manque ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), ARAC (Association républicaine des anciens combattants), Attac, Ensemble !, UDB

https://www.letelegramme.fr/

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26 juin 2020 ~ 0 Commentaire

armée (lutte ouvrière)

Tardi-Vernet-copie

Armée : l’État-major prépare la guerre

Le général Thierry Burkhard, chef d’état-major de l’armée de terre, est venu réclamer à l’Assemblée nationale une pluie d’argent public pour doter son armée de drones, de canons, de chars bourrés de technologie.

S’il est dans le rôle traditionnel d’un officier supérieur de réclamer toujours plus d’engins de mort, l’objectif affiché est clairement d’être fin prêt pour une éventuelle énième intervention impérialiste dans une ancienne colonie, mais aussi pour une guerre entre grandes puissances.

Jusqu’à présent, l’armée française était engagée dans des conflits dits asymétriques, contre des guérillas ou des bandes plus ou moins bien armées comme au Sahel et en Afghanistan, mais le général s’attend à de nouveaux conflits symétriques et entre États.

Dès maintenant, il s’agit donc selon lui « d’endurcir l’armée de terre pour qu’elle soit prête d’emblée à des engagements plus difficiles et des chocs ».

Si, devant l’Assemblée nationale, le militaire n’a pas désigné l’ennemi, le journal Le Monde relevait que plusieurs généraux font mention des multiples points de friction avec la Chine à propos des prétentions coloniales de la France dans l’océan Indien et le Pacifique.

Le même article citait un dirigeant de l’OTAN déclarant il y a quelques mois : « Le combat futur avec la Russie ne procédera pas d’une invasion, mais peut-être d’une erreur de calcul qui nous entraînera .»

Le général Burkhard affirme : « Le monde est dangereux, la crise contribue à cette dangerosité et un conflit majeur n’est pas improbable on voit en Libye quelque chose qui s’en approche. » Décidément en verve, il ajoute : « Face à une crise majeure, il faut être prêts d’emblée, et il faut être résilients, savoir encaisser les chocs, sinon nous serons balayés. […] Nous imaginions une situation en 2035… Mais en 2020 un certain nombre de cases sont déjà cochées. »

Sans doute afin de finir de jeter l’effroi parmi les députés pour les inciter à ne pas lésiner sur les crédits, le général a ajouté devant l’Assemblée : « Il est certain que notre armée n’a pas assez d’épaisseur pour faire face à un conflit majeur doublé d’une crise intérieure d’ampleur », autrement dit une crise sociale.

Jaurès, avant d’être assassiné au déclenchement de la guerre de 14-18, expliquait que « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ». Faute d’avoir renversé le capitalisme, la possibilité d’un orage guerrier reste entière.

Christian BERNAC 24 Juin 2020

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25 juin 2020 ~ 0 Commentaire

niet (fr24 msr)

vlad

Les Russes appelés aux urnes pour le référendum constitutionnel voulu par Vladimir Poutine

La Russie vote à partir de jeudi et jusqu’au 1er juillet pour un référendum devant permettre à Vladimir Poutine de se maintenir au pouvoir jusqu’en 2036. La réforme autorise le président en exercice à briguer deux mandats de plus après 2024.

Les électeurs russes sont appelés aux urnes à partir de jeudi et jusqu’au 1er juillet pour s’exprimer par référendum sur une réforme constitutionnelle. Cette dernière devrait permettre au président Vladimir Poutine de se maintenir au pouvoir jusqu’en 2036 et de marquer de son empreinte la Constitution.

La date formelle de la consultation populaire est le 1er juillet, mais les autorités ont ouvert les bureaux de vote dès le 25 juin, afin d’éviter une trop forte affluence, en raison de la pandémie de coronavirus. Masques et gels désinfectant sont mis à disposition des quelque 110 millions d’électeurs répartis sur les 11 fuseaux horaires que compte la Russie, de Petropavlovsk-Kamtchatsk (GMT+12) à Kaliningrad (GMT+2).

Le vote était initialement prévu le 22 avril mais a été repoussé à cause du Covid-19. Cette première réforme de la Constitution de 1993 a été initiée par Vladimir Poutine en janvier.

Alors que le texte a déjà été adopté par le Parlement, le président russe a tenu à organiser un tel plébiscite, arguant de l’importance du sujet.

Poutine à vie ?

Pour l’opposant numéro un au Kremlin, Alexeï Navalny, ce vote relève d’une démarche populiste dont le seul but est de « remettre le compteur des mandats de Poutine à zéro, lui donner droit à une présidence à vie ».  « C’est une violation de la Constitution, un coup d’État », a-t-il lancé en juin sur les réseaux sociaux.

Concrètement la réforme autorise le président en exercice de rester au Kremlin deux mandats de plus, jusqu’en 2036, l’année de ses 84 ans. En l’état du droit, Vladimir Poutine aurait dû se retirer de la présidence en 2024.

«  Il faut travailler et pas chercher des successeurs » 

Du fait de l’épidémie et de l’absence d’accès des voix discordantes aux médias, la campagne contre la réforme n’a cependant jamais décollé. Les rassemblements prévus en avril à Moscou n’ont pu avoir lieu du fait du confinement. Le site « Niet » qui collectait les signatures de Russes opposés aux réformes a lui été bloqué par la justice, le forçant à se relancer sous un autre nom de domaine.

De hauts responsables politiques ont dans l’intervalle insisté sur l’importance de donner à Vladimir Poutine la possibilité de rester aux commandes du pays. Pour le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, la réforme est nécessaire pour « garantir la stabilité, lever une incertitude ».

Dimanche, à la télévision russe, Vladimir Poutine a dit ne pas avoir encore décidé s’il resterait au Kremlin après 2024, mais que lui en donner la possibilité était essentiel.

« Autrement, je sais que dans deux ans au lieu de travailler normalement à tous les niveaux de l’État, tous les regards se mettront en quête de successeurs potentiels. Il faut travailler et pas chercher des successeurs », a-t-il martelé.

Si la validation  de la réforme est quasi acquise — la constitution révisée est déjà en vente dans les librairies —, elle intervient néanmoins à l’heure où la popularité du président a souffert d’une réforme décriée des retraites et de la crise du coronavirus.

Valeurs traditionnelles

De mai 2018 à mai 2020, son taux d’approbation mesuré par l’institut indépendant Levada est passé de 79 % à 59 %. Outre la question des mandats, le président renforce avec ce  référendum certaines prérogatives, comme les nominations et limogeages de juges.

À cela s’ajoute une indexation des retraites, la « foi en Dieu » inscrite dans la Constitution et le mariage comme institution hétérosexuelle. Ces principes, censés fédérer les Russes, sont au cœur du système de valeurs patriotiques conservatrices du chef de l’État russe.

Dans les rues de Moscou, la campagne d’affichage sur la réforme insiste sur les thématiques sociétales comme cette enfant embrassant sa grand-mère sous le slogan « pour une retraite garantie », ou cette famille modèle qui veut « sauvegarder les valeurs familiales ».

25/06/2020

https://www.france24.com/fr/

msr

Nos camarades du MSR (Mouvement Socialiste Russe)

Résistance !

Un vote sur les amendements constitutionnels est prévu pour le 1er juillet.

Des « amendements sociaux » pathétiques, tels que l’abaissement artificiel du coût de la vie ou l’indexation annuelle des pensions deux ans après la scandaleuse réforme des retraites, ne sont que des paroles en l’air et une duplication des lois existantes. Le principal amendement auquel tout cela était destiné était de réduire à zéro les mandats du président sortant et de renforcer le pouvoir personnel de Poutine et de ses proches collaborateurs.

Le Kremlin souhaite un vote le plus rapidement possible, quelle que soit la situation épidémiolo-gique dans le pays et dans le monde. La seule raison en est la fonte du soutien de la société aux autorités et l’aggravation des contradictions sociales, y compris de classe.

À l’heure où des millions de personnes se retrouvent sans emploi, sans moyens de subsistance et sans aucune aide de l’État, nous devons dire clairement « NON » à ce spectacle coûteux.

S’attendant à une saison de calme politique, le Kremlin estime que seuls des fonctionnaires loyaux du gouvernement se rendront dans les bureaux de vote, et que toutes les falsifications et injections passeront inaperçues. Décevons ces marionnettistes !

Le débat sur les tactiques de vote qui a maintenant divisé l’opposition n’a aucun sens. Toute scission en signe de protestation fait le jeu des autorités. Nous pensons qu’il est maintenant nécessaire d’utiliser tous les moyens de lutte et de parler d’une seule voix. Nous soutenons tous ceux qui sont prêts à résister.

Nous sommes avec ceux qui sont prêts à dire « NON » dans les bureaux de vote et avec ceux qui sont prêts à dire « NON » dans les rues et sur les places.

Nous vous encourageons à voter, à dire non aux amendements et à soutenir d’autres formes de protestation !

Dites « NON » à la dictature des voleurs et des oligarques !

http://anticapitalist.ru/

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25 juin 2020 ~ 0 Commentaire

annexion stop! (afps)

afps

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24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

musulmans russes (global voices)

bakou 1920

Congrès des peuples d’Orient Bakou 1920

Revisiter la vision traditionnelle des musulman·e·s russes

Les musulman·e·s constituent 10 % de la population russe, faisant de l’islam la deuxième religion du pays derrière l’Église orthodoxe russe.

Elles et ils font partie de l’histoire russe depuis des siècles, et vivent sur l’ensemble du territoire, de la Sibérie au Caucase du Nord, et dans les grandes villes telles que Moscou ou Saint-Pétersbourg.

Le plus grand groupe ethnique musulman est celui des Tatars, qui constituent aussi la première minorité ethnique du pays, forte d’une population de plus 5 millions [en]. Les Tatars ont leur propre langue turcique et leur propre république à l’intérieur de la fédération de Russie, le Tatarstan.

Les Tatars ont joué un rôle spécifique dans l’expansion coloniale de la Russie tsariste en servant d’intermédiaires entre les groupes ethniques russes et les nations colonisées de Sibérie et d’Asie Centrale, qui partageaient souvent de grandes similitudes religieuses et linguistiques avec eux. Ils ont été les missionnaires, traducteur·rice·s, puis réformistes de l’islam à la fin du 19è et au début du 20è siècle.

Ils sont souvent décrits comme appartenant au courant des Jadides [en] – intellectuels, écrivains, penseurs qui ont proposé un nouveau courant islamique moderne inspiré par les réformes politiques et sociales vues dans l’Empire Ottoman et en Europe occidentale.

Cependant, ce récit montrant des hommes musulmans seuls guides de la modernisation, qui a dominé dans le milieu universitaire jusqu’à très récemment, est de plus en plus contesté par les chercheur·e·s.

Filip Noubel : Le récit dominant dans le milieu universitaire, à la fois post-soviétique et occidental, est que la modernité dans les communautés musulmanes de l’Empire tsariste a seulement été possible avec l’arrivée des Jadides — des hommes réformateurs de l’islam et de la société. Dans votre dernier livre, vous remettez en question ce récit. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Danielle Ross (DR) : L’un des principaux objectifs de ce livre est de mettre à jour l’étude de l’islam et de la réforme islamique dans la région russe de la Volga-Oural [ancien centre historique du district de la Volga, ndlt] grâce aux nouvelles tendances de la recherche historique dans d’autres parties du monde.

 

Cela signifie se séparer d’un modèle de modernité considéré comme importé ou introduit par une certaine société dans une autre, et, à la place, visualiser les années 1600 à 1910 comme une période pendant laquelle un ensemble de changements – mondialisation du commerce et des politiques, centralisation du pouvoir gouvernemen-tal, hausse du taux d’alphabétisation, démocratisation de la religion – a eu lieu dans les sociétés à travers le monde.

 

La région Volga-Oural, reliée au monde entier à travers le règne de la Russie impériale, l’islam, et les échanges commerciaux européens et asiatiques, s’est tout autant formée via ces courants que la Grande-Bretagne ou la France ont pu l’être, à ceci près que cette région a été un espace colonisé plutôt qu’un centre impérial.

 

Si l’on se positionne dans cette perspective, les Jadides ne peuvent plus être vus comme ceux qui ont importé la modernité. Le Jadidisme apparaît plutôt comme l’une des nombreuses réponses locales à un colonialisme fort, à une production de masse intégrée verticalement, et à un renouveau de la religion à travers le monde des années 1880 aux années 1910.

 

Les Jadides entretenaient un dialogue avec leurs contemporains en dehors de leurs communautés ethniques, mais devaient aussi beaucoup aux générations passées de leur propre peuple, qui avaient répondu à des changements à l’échelle mondiale à leur époque. Dans mon livre, je voulais amener l’idée d’une région Volga-Oural comme un lieu continuellement dynamique, plutôt que comme un territoire et une culture figés en 1552 qui se seraient soudainement réveillés dans les années 1860.

Vous mettez aussi en avant dans votre recherche le fait que l’édification de l’Empire tsariste, et plus tard de l’Empire soviétique, n’étaient pas le monopole des groupes ethniques russes – d’autres groupes tels que les Tatars, les Allemands, les Juifs, les Géorgiens, etc. y ont joué un rôle. Pourquoi cet aspect n’est-il guère mentionné dans l’histoire coloniale de ces deux empires ?

DR : L’étude universitaire de l’Histoire telle que nous la connaissons aujourd’hui est arrivée dans le contexte d’un 19è siècle nationaliste et colonialiste. Avec une telle base, écrire l’Histoire servait deux buts : exprimer clairement un passé cohérent et unificateur pour l’État-nation moderne, et justifier la domination politique de certaines personnes sur d’autres.

 

Les historien·ne·s ont travaillé depuis les années 1960 pour déconstruire ces récits nationaux et coloniaux, mais, dans le cas de la Russie, un tel travail est difficile pour plusieurs raisons.

 

Premièrement, il y a la question d’assembler un récit cohérent. Raconter le passé de la Russie comme une histoire de grands princes, de tsars et de leaders du Parti Commu-niste est très ciblé et linéaire. Mais comment peut-on conter l’histoire cohérente, attrac-tive, de centaines de groupes ethno-confessionnels dispersés sur des milliers de kilomètres carrés ? Où est le cœur du récit ?

 

Deuxièmement, l’approche intellectuelle de la Russie et de l’Union soviétique envers les non-russes, non-orthodoxes, a été de positionner ces peuples dans des territoires déterminés (nationalités, républiques unitaires, etc.), et de confiner toute discussion de leurs cultures et de leurs passés en ces lieux.

 

Les ethnographes, expert·e·s régionaux et historien·ne·s de républiques unies et autonomes pouvaient choisir d’écrire sur des groupes d’ethnie et confession spécifi-ques, mais seul un nombre restreint de ces écrits ont été inclus dans l’histoire générale de la Russie et de l’URSS. La même structure d’espaces nationaux et de différen-ciation, utilisée sous l’Empire soviétique, a été répliquée et renforcée dans l’éducation occidentale durant la Guerre Froide.

 

Dans les années 1990, les historien·ne·s ont commencé à poursuivre une recherche qui démantèle et dépasse les différenciations nationales et régionales autour des-quelles les études historiques sur la période de la Guerre Froide ont été structurées, mais cette transformation est encore en cours, et n’est toujours pas bien représentée dans les manuels scolaires et autres ouvrages généralistes auxquels peuvent s’intéresser les non-spécialistes et étudiant·e·s abordant le domaine de l’histoire russe.

 

De fait, l’intégration de sources et récits non-russes dans l’histoire russe dominante, et la décentralisation ou régionalisation de cette histoire d’un point de vue ethnique, continuent d’être un procédé lent.

Quel est le discours actuel de Moscou sur le rôle et la présence des musulman·e·s en Russie, que ces personnes soient originaires de ce territoire ou immigrées ?

DR : Depuis que Poutine est arrivé au pouvoir, Moscou s’est de plus en plus tourné vers le nationalisme ethnique russe comme idéologie unificatrice. Au Tatarstan, où cohabitent plusieurs groupes ethniques, les récentes stratégies de consolidation et de rationalisation des institutions culturelles et éducatives ont eu pour conséquence la réduction des subventions qui soutiennent les langues et cultures non-russes.

La rhétorique de Moscou et la politique envers les migrants ouzbeks, tadjiks, kirghizes et azéris montrent que :

(1)  Ces musulman·e·s n’ont pas leur place en Russie malgré leur rôle indispensable dans l’économie du pays ; et

(2) Les cultures des musulman·e·s d’Asie Centrale et du Caucase sont étrangères et incompa-tibles avec la culture russe prédominante malgré l’expérience commune de soixante-dix ans de régime soviétique.

Vu la position actuelle de Moscou sur les personnes musulmanes originaires de Russie et migrantes ainsi que leurs cultures, il semble assez clair que le pays n’est pas prêt, à l’heure actuelle, à reconnaître les contributions des non-slaves, non-orthodoxes dans l’histoire russe, ou à proposer une vision du futur qui reconnaîtrait les musulman·e·s comme des membres à part entière de la société russe.

Qui sont les vecteurs de la modernité aujourd’hui dans les communautés musulmanes en Russie ?

DR : Je ne sais si le terme « vecteurs de la modernité » est utile pour parler de l’islam en Russie aujourd’hui. Contrairement à la période 1880-1920, les principaux discours au sein de l’islam de nos jours ne portent pas sur les façons d’adapter la foi, la loi et la culture islamiques au monde moderne, mais plutôt sur qui prend la parole au nom des musulman·e·s, quel islam est le plus exact et légitime, quelles sont les langues les plus appropriées pour transmettre le savoir islamique, et quelle devrait être la position de l’islam en Russie actuellement et à l’avenir.

Les différents visages de l’islam en Russie sont les personnes d’origine musulmane ainsi que les Russes (ethniques) récemment converti·e·s, les salafistes ainsi que les partisan·e·s de divers courants classiques de l’islam et des traditions intellectuelles musulmanes locales et nationales ainsi que des tendances internationales et transnationales. Cette multiplicité de voix et d’opinions confère du dynamisme aux communautés musulmanes russes.

Global Voices a interviewé Danielle Ross, qui a enseigné à l’Université de Nazarbayev au Noursoultan (Kazakhstan), et est maintenant maîtresse de conférences à l’Universi-té d’État de l’Utah où elle enseigne l’histoire asiatique et islamique. Dans son dernier livre, L’Empire Tatar : les musulmans de Kazan et la fondation de la Russie impériale [Tatar Empire: Kazan's Muslims and the Making of Imperial Russia, en, non traduit en français, ndlt], elle remet ouvertement en question [en] ce mythe et propose une autre vision de la situation. Ce qui précède est une version abrégée de cet entretien.

https://fr.globalvoices.org/

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24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

tunisie (france 24)

Tunisie: troisième jour de manifestation à Tataouine pour réclamer la libération d’un militant

Des centaines de Tunisiens ont manifesté, mardi 23 juin, à Tataouine dans le sud du pays, pour appeler à la libération d’une figure du mouvement de contestation qui réclame les milliers d’emplois promis par le gouvernement en 2017.

Pour le troisième jour consécutif, des centaines de Tunisiens se sont rassemblés, mardi 23 juin, à Tataouine pour manifester en faveur de la libération de Tarek Haddad, une figure du mouvement de contestation qui réclame des emplois promis par le gouvernement dans cette région marginalisée du sud du pays.

Massés dans le calme devant le tribunal de la ville où la police était déployée en nombre, ils ont exigé la libération du militant arrêté samedi.

Selon son avocat, Abdelaziz Ayeb, Tarek Haddad est poursuivi pour « outrage à un fonctionnaire public », « participation à un attroupement de nature à troubler la paix publique », « outrage via les réseaux sociaux », et « entrave à la circulation de la route par la force ».

Il doit comparaître le 2 juillet, a déclaré à l’AFP Me Ayeb, qui a déposé une demande de libération.

Les deux jours précédents, les forces de l’ordre ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui leur jetaient pierres. L’armée a été déployée depuis lundi pour protéger certains bâtiments de la ville située à 500 kilomètres au sud de Tunis.

« Tataouine, ne baisse pas les bras »

Le président tunisien Kaïs Saïed avait reçu en janvier des militants de Tataouine, où le taux de chômage atteint 30 %, le double de la moyenne nationale. Mardi il a estimé que « l’approche sécuritaire n’est pas une solution. Cela peut déclencher d’autres manifestations et points chauds ».

Le président a été pris à partie à Paris, où il est en visite, par des partisans des protestataires tunisiens, scandant « Tataouine, ne baisse pas les bras ». Il leur a proposé de recevoir des représentants des manifestants au palais présidentiel à son retour, selon un témoin.

Les promesses faites par le gouvernement en 2017, après des semaines de blocage d’un site pétrolier voisin, portaient sur des embauches dans des sociétés d’entretien des jardins et espa-ces verts. Ce type de sociétés publiques a servi à embaucher des chômeurs dans plusieurs régions marginalisées mais riches en matières premières. Néanmoins, à Tataouine les embauches ont été en deçà des promesses.

« Il n’y a pas de jardin à Tataouine », a souligné Kaïs Saïed dans son interview à France 24, appelant les chômeurs à  »présenter des projets de développement » à l’État. Un conseil ministériel spécial est prévu vendredi sur la situation à Tataouine, selon le gouvernement.

24/06/2020

https://www.france24.com/fr/

Lire aussi:

Tunisie : nouveaux heurts à Tataouine où les manifestants réclament des emplois (F24)

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24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

leopold 2 ( psl ga)

congo

Léopold 2 tombe de son piédestal

Faut-il déboulonner les statues de Léopold 2 ? Que retient-on du règne de Léopold 2 et doit-on lui rendre hommage? Comment Léopold II a géré l’État indépendant du Congo ? Comment l’État belge s’est-il comporté lorsqu’il était un État colonisateur ? Ces questions et tout un tas d’autres sont venues dans le débat public suite aux actions de solidarité contre le racisme et la violence policière.

L’enjeu politique de l’histoire

La discussion sur les statues de Léopold II a révélé qu’il y a un débat public sur l’histoire de la colonisation qui est loin d’être tranché en Belgique. Certains tentent de limiter le débat à la question de la sauvegarde et à la protection du patrimoine. D’autres veulent maintenir ces statues comme témoins de notre identité « belge ». D’autres encore veulent contextualiser ces statues pour qu’elles fassent œuvre d’éducation historique.

Alors que différentes associations appellent depuis des années à une réévaluation du discours d’État sur la colonisation, il a fallu un contexte mondial de mobilisations contre le racisme et la violence policière pour ouvrir ce débat.

Ce n’est pas un hasard, car la colonisation a toujours utilisé les clichés et préjugés racistes pour pouvoir se justifier. À cette occasion, il est apparu aux yeux de tous que la propagande coloniale est encore présente. Ceci n’est pas étonnant, la société dont on raconte l’histoire est traversé par des forces sociales antagonistes. L’étude de l’histoire éclaire le passé mais la manière dont celle-ci est racontée à beaucoup à voir avec le présent.

L’historien américain Howard Zinn mettait en avant que « tant que les lapins n’auront pas d’historiens, l’histoire sera raconté par les chasseurs ». C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la résurgence de la « propagande coloniale ».

Comme par le passé, elle vise à masquer sous les draps de l’honorable cause de la « mission civilisatrice » des meurtres de masses et sévices commis dans un but d’enrichissement personnel. Le prince Laurent a fait une sortie dans la presse pour nier les atrocités que Léopold 2 a commises.

L’écrivain Pierre Vidal Naquet parlait « d’assassins de la mémoire » pour qualifier les négationnistes. Des déclarations comme celle du Prince Laurent sont réalisées au mépris de la vérité historique établie scientifiquement. Ce genre de déclarations à peu à voir avec la recherche de la vérité et tout à voir avec la recherche de la défense de son intérêt personnel et de celui de sa classe sociale.

L’histoire vue par les chasseurs

La révolution de 1830 est le moment fondateur de l’État belge.

C’est pourtant un événement qui n’est pas largement connu dans son déroulement. Si à l’époque on avait demandé les causes et les objectifs de la révolution à Guillaume d’Orange Nassau, roi des Provinces-Unies ; au Major Vander Smissen de la garde bourgeoise ;à un ouvrier ou à un paysan du nouvel État, les réponses auraient été fort dissemblable.

Cela ne veut pas dire que la réalité se situe un peu au milieu de tout ça, ou alors que toute réalité est relative. Cela veut dire que les forces sociales à l’œuvre dans une révolution n’apparaissent pas à leur acteurs de manière consciente immédiatement.

Pour faire apparaître ces forces, il faut analyser en profondeur les développements historiques. La révolution belge de 1830 a été un soulèvement populaire qui a été récupéré par une classe sociale, la bourgeoisie.

Au lieu du suffrage universel, demandé par les masses révolutionnaires et vu comme le moyen d’aboutir à une amélioration de leurs conditions de vie, nous avons hérité du suffrage censitaire et d’une monarchie constitutionnelle.

C’est le résultat de l’affrontement des différentes forces sociales en Belgique d’une part mais aussi des rapports de forces internationaux d’autre part.

C’est ainsi que Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld est arrivé sur le trône de Belgique, sous le nom de Léopold Ier. Cela aurait pu être la Grèce, ce fut la Belgique. Karl Marx décrivait la Belgique en 1869 comme un « paradis pour les capitalistes ». Il mettait en avant la violence avec laquelle les luttes ouvrières étaient réprimées dans le sang au bénéfice des capitalistes. Certains traits liés à la fondation de la Belgique sont similaires à la manière dont Léopold II a pu acquérir une part du « gâteau africain ».

Léopold 2 et le partage du « gâteau africain »

À partir des années 1870, Léopold 2 est à la recherche d’une colonie. Dès le départ, il ne s’agissait pas de trouver un peuple à civiliser ou des esclaves à affranchir. Il s’agissait de répondre directement à la nécessité capitaliste.

Les forces productives étaient trop à l’étroit dans les frontières nationales. Elles avaient besoin de terre et de nouvelles forces de travail pour continuer la circulation de capital. C’est dans ce sens que Léopold tenta de racheter des zones aux grandes puissances impérialistes.

Il investit dans le chemin de fer en Chine, il tenta de racheter les Philippines à l’Empire espagnol, mais sur ce terrain la concurrence avec les grandes puissances était trop forte et personne ne voulait vendre. Il lui faudra se rabattre sur l’Afrique. Le seul continent qui n’avait pas été entièrement réparti par les puissances impérialistes.

La bourgeoisie belge est une bourgeoisie paresseuse et peu aventureuse. Lors de la révolution belge, elle avait tenté de maintenir le régime Orangiste pour ne pas perdre le marché des colonies néerlandaises.

C’est le risque de perdre le contrôle sur le processus révolutionnaire qui l’a amené à en prendre la tête et à revendiquer l’indépendance. Ces traits de caractères vont se retrouver lors de la guerre de conquête coloniale.

De 1874 à 1895, le roi Léopold 2 a investi toute la fortune que lui a légué son père pour établir une monarchie absolue dans l’État Indépendant du Congo (EIC), une dictature personnelle.

Lors de la conférence de Berlin de 1885, Léopold II a joué sur les antagonismes entre les grands puissances pour s’assurer le contrôle de l’ensemble du territoire que constituait l’EIC. À la conférence, il exhiba plus de 500 traités de cessions de terres signés avec les chefs locaux.

En fait, ceux qui refusaient de signer étaient détruits militairement et la plupart de ceux qui signaient ne comprenait pas que le fait d’apposer une croix sur ce document était un acte de cession de propriété.

Par ce biais, il s’est approprié un immense territoire, le domaine de la couronne. Alors qu’auparavant les villageois quittaient leurs terres une fois que celles-ci étaient épuisées, les terres dites « vacantes » appropriés par Léopold 2 ont créé une tension sur la question agraire qui était la base pour des luttes entre communautés.

Ce processus est une formidable démonstration que les riches accumulent des richesses en dépossédant les plus pauvres et, ce faisant, ils créent des problèmes sociaux et environnementaux.

Pour mettre en valeur son investissement, il a fallu construire le chemin de fer. Afin de limiter les dépenses en capital, c’est du travail humain forcé qui a été utilisé dans le cadre des corvées et des impôts en nature dus à l’État.

Les habitants étaient interdits de quitter leurs villages afin que les hommes de main de Léopold 2 aient toujours de la main d’œuvre disponible. Une véritable économie de rapine s’est mise en place. Il s’agit pas de hasard ou de méchanceté de la part de l’un ou l’autre administrateur du roi. C’est bien un système étudié pour être le plus rentable qui a occasionné des massacres de masses et une dépopulation de 1 à 5 millions de personnes selon les estimations des historiens.

Le Roi savait, tout le monde savait !

Ces atrocités ont soulevés une campagne internationale. La « propagande coloniale » parle de la ‘campagne anglaise’ car elle était portée par des personnalités comme l’anglais Edmund Moreel, Joseph Conrad ou l’écrivain américain Mark Twain.

C’est la preuve qu’à l’époque non seulement le Roi mais tous les politiciens et bourgeois savaient. Il y a eu aussi une commission d’enquête qui a recueilli des témoignages de locaux qui ont décrit les sévices réalisés par les troupes de Léopold 2.

Suite à cela, celui-ci a brûlé plusieurs archives, antidaté des documents afin qu’on ne puisse pas mettre au clair sa comptabilité et remonter jusqu’à lui. Dans une lettre du 3 juin 1906, Léopold 2 déclarait : « mes droits sur le Congo sont sans partages : ils sont le produit de mes peines et de mes dépenses ». Pour diverses raisons, l’État belge reprendra à son compte la gestion de la colonie en 1908.

À côté de cette campagne, il y a eu des campagnes menées par le mouvement ouvrier.

Emile Vandervelde, un libéral-radical passé au Parti ouvrier belge (POB) à sa fondation a écrit plusieurs ouvrages sur les crimes de la colonisation capitaliste. Une fois élu, il a fait plusieurs interpellations (1895-1900-1903-1905) au parlement suite aux luttes qui ont brisé le suffrage censitaire et ont amené le suffrage universel tempéré par le vote plural.

Malheureusement, l’orientation parlementariste de la direction du POB l’a amenée uniquement à orienter la critique sur le terrain parlementaire au lieu de la faire vivre dans la rue et parmi les masses dans le cadre de la revendication de la grève générale pour le suffrage universel.

Imaginons la force qui se serait dégagée du mouvement si la direction du POB avait appelé la classe ouvrière belge, qui combattait pour ses droits démocratiques économiques et sociaux, à se solidariser avec la lutte des peuples colonisés pour leur droits.

Mais il n’en fut rien et les appels d’Emile Vandervelde se sont limités à la couche progressiste du Parti Catholique du Parti Libéral. Il a même été plus loin lors de la Première Guerre mondiale en acceptant d’être ministre d’État d’un gouvernement qui avait repris la gestion de la colonie depuis 1908.

C’est avec la montée en puissance de l’industrie automobile et la découverte du caoutchouc qui est produit par l’Hévéa que l’EIC a commencé à être rentable pour le roi. C’est à ce moment-là aussi que la bourgeoisie belge a commencé à investir de manière massive avec des sociétés comme l’Union Minière ou la Société Générale.

Avec l’argent dégagé, Léopold II n’a pas investi pour développer les infrastructures du Congo, mais pour lancer une politique de grands travaux afin de s’assurer, à lui et à sa classe, une base sociale en Belgique.

L’histoire racontée par les lapins

Si Léopold II avait une qualité, c’est d’être l’un des meilleurs défenseurs de sa classe sociale, la bourgeoisie belge. Afin de fournir à lui-même et au capital belge ensuite un débouché pour ses forces productives, il a dû avancer masqué afin de se frayer un passage entre les grandes puissances.

C’est cela qui explique tout le discours sur la lutte contre l’esclavage arabe. Pour justifier moralement sa quête d’enrichissement personnel, il a dû se draper dans la toge du roi humanitaire alors que c’était un dictateur de la pire espèce dans les territoires qu’il avait conquis.

C’est la lutte de masse du mouvement ouvrier qui l’a empêché lui et la bourgeoisie de se conduire de la même manière en Belgique. Il a fallu aussi dépeindre le colonisé comme un sauvage à civiliser pour justifier la guerre de conquête. Ce sont ces préjugés qui ont été recyclés une fois que l’État belge a repris la gestion du Congo.

Dans le débat actuel, certains tentent de préserver l’institution monarchique qui est mise à mal par un énième thème.

Léopold Ier a hérité de la Belgique malgré lui, comme résultat du rapport de forces entre grandes puissances ; Léopold III a dû abdiquer suite à la lutte de masse de 1950 à cause de sa collaboration avec le Reich allemand nazi ; Baudouin a démontré qu’il était l’ennemi des droits des femmes et sa glorification a été mise à mal à cause de sa participation dans l’assassinat de Lumumba et de l’amitié de son couple avec le dictateur espagnol Franco.

L’autorité d’Albert II a été minée par la non-reconnaissance de sa fille. Les affaires des Saxe-Cobourg Gotha suintent de puanteur par tous leurs pores.

En rendant hommage à Léopold ou à « l’œuvre coloniale », on ne rend pas hommage à notre histoire mais seulement à une partie de celle-ci. L’histoire de l’exploitation de ‘l’Homme par l’Homme’ ou, pour être plus précis, l’histoire de l’exploitation d’une minorité sociale sur la majorité sociale.

Pour maintenir son règne, la minorité a toujours utilisé le développement inégal des forces productives, le sexisme, le racisme et les discriminations. Déboulonner les statues ne veut pas dire qu’on oublie l’histoire, au contraire cela veut dire qu’on l’a bien apprise.

Pour notre part, nous préférerons toujours célébrer ceux qui sont tombés pour la liberté et l’émancipation de la majorité sociale, que ce soit au Congo dans les luttes pour l’indépendance, devant le mur des Fédérés lors de la Commune de Paris, ou ceux qui sont tombés lors des révoltes de Roux en Belgique en 1886.

Ce sont ces expériences qui ont permis à la majorité sociale de jouir de droits économiques sociaux et démocratiques et c’est sur base de ces luttes que nous pourrons élargir ces droits et jeter l’exploitation dans les poubelles de l’histoire.

mardi 23/06/20 Alain (Namur)

https://fr.socialisme.be/

Lire aussi:

Les crimes de la Belgique coloniale au Congo : Devoir de mémoire (GA)

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